Vive l'Anarchie - Semaine 04, 2026

Sommaire

plus chaud que le nucléaire – pour un printemps noir en 2026 !

Publié le 2026-01-27 08:28:00

Appel à une offensive militante contre CIGEO, le nucléaire, et son monde de merde !

Alors que le mouvement antinucléaire en France et dans le monde semble avoir depuis longtemps
dépassé son apogée, la question du nucléaire redevient aujourd’hui une actualité cruciale. Avec les
conflits militaires actuels entre diverses puissances atomiques quasiment prêtes à appuyer sur le
bouton réorganisant les rapports de force mondiaux ; le développement du programme nucléaire « 
civil » national (relance du nucléaire), ou avec la mise en œuvre progressive d’un concept
totalement irresponsable de gestion des déchets radioactifs, l’avenir s’assombrit d’avantage.
Nous ne voulons pas répéter ici tous les arguments qui s’opposent à l’utilisation de cette « 
technologie de domination sur les populations et de destruction totale d’un point de vu militaire.
Ceux-ci ont déjà été suffisamment exposés et documentés dans le passé. Ce texte se concentre
plutôt sur l’état actuel du mouvement de résistance antinucléaire en France, ainsi que sur les options
d’action réalisable qui en découlent, et cela d’un point de vue anarchiste.

2025 a été une année mouvementée et chargée pour la lutte antinucléaire à Bure et au-delà. D’un
côté, des expropriations massives par l’ANDRA s’accaparant terres agricoles ainsi que l’ancienne
gare de Luméville (un des lieux de résistance et d’organisation contre Cigéo), et l’avancé de travaux
préalables à l’intérieur et à l’extérieur du laboratoire, de l’autre, la mise en œuvre de l’occupation de la Gare, le camp de « septembre infini » et la manifestation déterminée le même mois. Ailleurs
aussi, à La Hague, des protestations visibles contre l’extension de l’usine de refroidissement des
combustibles usés qui portait le slogan : Ni à la Hague ni à Bure ni ailleurs nous ne voulons être des
décharges radioactives ! Ont éclaté.
Même si la résistance contre le programme nucléaire civile et militaire français reste relativement
faible au regard de l’ampleur du problème pour les générations actuelles et futures, nous constatons
une certaine dynamique positive au sein du mouvement antinucléaire dans sa globalité. Et celle-ci
est absolument nécessaire, car à l’avenir, le mouvement, et avec lui, l’humanité tout entière sera
confronté à des défis considérables.

Actuellement, la Gare est toujours occupée, mais on ignore combien de temps cela va durer. Les
occupant.e.s appellent toujours à les rejoindre et les soutenir, notamment par des actions de
solidarité (lien), et ont également lancé un appel en cas de tentative d’expulsion (lien). Nous soutenons ces appels et estimons en effet qu’il est judicieux de préparer à l’avance un plan d’action en cas d’attaque contre la Gare. Si l’occupation se poursuit avec succès – ce que nous souhaitons bien sûr aux occupant.es, le fait de se concentrer sur la situation uniquement locale peut toutefois devenir problématique et limité. Compte tenu notamment de l’avancée des travaux sur CIGEO, nous trouverions néfaste d’adopter une attitude attentiste plutôt que de passer à l’offensive. Mais nous ne voulons pas non plus discuter de ces approches les unes contre les autres afin de déterminer laquelle est la « meilleure », l’offensive juridique nous a à maintes reprises prouvé son efficacité dans sa propre stratégie. Nous pensons que les pratiques de résistance doivent se compléter et se renforcer mutuellement, et c’est dans cet état d’esprit qu’il faut comprendre notre proposition actuelle.

La proposition concrète : quelle que soit l’évolution de la situation à la Gare, nous appelons à
profiter des mois de printemps pour mener une vague d’actions massive contre les projets en cours,
les financeurs et les complices de l’industrie nucléaire de manière ciblée, décentralisée, subversive
et autonome. Nous voulons également inviter les groupes actifs de la lutte écologiste radicale à
mettre davantage en avant les aspects liés à la politique du nucléaire dans leurs discours et à s’ancrer ainsi dans une perspective combative et solidaire avec la résistance à Bure et le mouvement
antinucléaire en général. Nous appelons en outre à situer explicitement ces actions et revendications
dans le contexte de cette appel : « pour un printemps noir en 2026 » afin de créer une dynamique collective sur une base informelle et autonome, pour faire avancer une posture commune, et ainsi ce
renforcer mutuellement.

Il est évident qu’une campagne ciblant spécifiquement une entreprise participant à la construction de
CIGEO aux côtés de l’ANDRA pourrait générer une plus grande visibilité publique et causer
davantage de dommages économiques ou de pression sur celle-ci. Nous avons néanmoins décidé
d’appeler à un « printemps noir » contre l’ensemble du complexe nucléaire. D’une part, nous voulons
ainsi rendre possible la participation de structures autonomes éloignées de Bure, d’autre part, nous
voulons contrer une tendance que nous considérons comme plutôt réductrice : Limiter la critique du
nucléaire à ses enjeux locaux ou à la gestion des déchets qu’il produit.

En effet, nous sommes convaincus que le mouvement antinucléaire n’aura de victoire que s’il
parvient, dans une mesure plus importante qu’aujourd’hui, à mettre en évidence les liens étroits entre
les politiques nucléaires et les questions urgentes de notre époque et à en tirer les conséquences en
terme de convergence. Cela vaut non seulement pour les enjeux sociaux à l’échelle du monde, ceux
du changement climatique, celle des ressources minières exacerbant de nouvelles ambitions
colonialistes, mais aussi les enjeux militaires menant à des conflits dévastateurs actuels et à
craindre dans les années à venir. Car l’utilisation militaire, la soif effrénée d’énergie et ressources dans le développement de l’IA, du big data & co, ainsi que le mythe d’une transition prétendument propre de ce secteur sont les principaux moteurs du développement actuel du programme nucléaire mondial.

Avec cet appel, nous faisons donc délibérément référence à la campagne très réussie « Accueille le
printemps – crame une Tesla » (lien) qui, au cours du premier semestre de l’année 2025, a non
seulement mobilisé contre la mobilité électrique et la collecte outrageante de données par les
entreprises, mais a également mis l’accent sur les liens entre l’oligarchie technologique et le
fascisme naissant.

Avec cet appel « pour un printemps noir en 2026 » on vous invite à enterrer définitivement non pas
les déchets radioactifs, mais le projet CIGEO dans les sous-sols de la Meuse et par la même
occasion, de tenter d’enrayer encore un peu plus les rouages de la machine techno-industrielle de
l’atome et ses opérateurs.
Cependant, nous pensons qu’il est grand temps d’être honnête, ce qui signifie également, en cas de
doute, d’admettre sa propre faiblesse. L’action directe et le sabotage peuvent être un moyen de
surmonter cette faiblesse et d’avancer ensemble. Cela ne vaut toutefois que si nous comprenons
l’option militante pour ce qu’elle est : un outil stratégique et non une profession de foi d’une identité politique radicale. Pour cela, il faut valider la viabilité de telles stratégies d’action dans la pratique.
Partons ensemble à sa recherche – nous attendons vos contributions avec impatience !

Vous pouvez arracher toutes les fleurs, mais vous ne pourrez pas empêcher le printemps
d’arriver ! (proverbe kurde)


Lixing-lès-Saint-Avold (Moselle) : Un mirador de chassé incendié

Publié le 2026-01-27 08:34:37

Le Républicain Lorrain / jeudi 22 janvier 2026

Stupéfaction chez les chasseurs locaux. Un mirador a été volontairement détruit par un incendie. Cet aménagement est situé à l’écart, entre la rivière Nied du Bischwald et l’arrière du bois de Witz, au lieu-dit Langborn, sur le ban de la commune de Lixing-lès-Saint-Avold. L’incendiaire a grimpé l’échelle pour accéder à l’intérieur de la cage d’affût et y a mis le feu. Le mirador est totalement détruit.
L’adjudicataire a subi un préjudice et a de ce fait déposé plainte à la brigade de gendarmerie de Morhange.

Niort : «  Fachos cassez-vous ! »

Publié le 2026-01-27 08:38:09

Extrait d’ici (ex France Bleu) / samedi 24 janvier 2026

[tous les politicards du cirque de gauche] ont choisi de manifester samedi devant la maison des associations de Sainte-Pezenne, quartier nord résidentiel de Niort, où une réunion publique de la candidate RN aux municipales est prévue samedi à 15 heures.
Dès samedi matin, les murs de la salle des fêtes voisine étaient tagués de plusieurs messages hostiles à la présence du Rassemblement National. […]

Indonésie : Le compagnon anarchiste Eat assigné à résidence

Publié le 2026-01-27 08:42:57

Dark Nights / jeudi 22 janvier 2026

Des nouvelles de l’affaire Chaos Star, le 22 janvier 2026.

Le compagnon anarchiste Eat, inculpé dans l’affaire Chaos Star, a été relâché du complexe de la police paramilitaire de Java occidental, pour être assigné à résidence chez lui/dans sa ville. Eat devrait être étroitement surveillé par l’unité antiterroriste Densus 88. Des compas et des avocats sont allé.es à sa rencontrer et l’ont amené, pour qu’il reçoive de la nourriture et des médicaments et qu’il se repose. Eat reste sous enquête et l’affaire est toujours ouverte. Voici ce que l’avocat d’Eat a dit à propos de sa situation légale :

« Eat a été libéré d’office, parce que la période de détention préventive pendant l’enquête avait expiré et ne pouvait pas être prolongée. Cependant, cette libération est temporaire, car la procédure judiciaire est toujours en cours. Actuellement, l’affaire attend d’être transférée depuis le bureau du procureur. Si elle passe à l’étape des poursuites, Eat pourrait être placé à nouveau en détention et transféré à la maison d’arrêt de Kebon Waru, en attente du procès.

D’un point de vue substantiel, Eat a en réalité un avantage judiciaire, dans cette affaire. Les chefs d’accusation et le dossier de l’enquête ne remplissent pas les conditions légales requises, en particulier celles liées à la provocation aux crimes et délits. Il n’y a pas de preuve claire d’un appel direct ou d’instructions en vue d’organiser ou de réaliser les protestations de l’année dernière, comme le prétend l’accusation. À cause de cela, les procureurs eux-mêmes hésitent à porter son affaire devant le tribunal. »

Cette hésitation a aussi influencé la décision des enquêteurs de ne pas poursuivre une deuxième affaire, impliquant Eat et un autre compagnon identifié. Nous remercions tout le monde pour la solidarité et le soutien. Nous croyons que sans pression internationale Eat n’aurait pas été relâché.

Rien n’est fini. Eat pourrait être arrêté à nouveau. Il y a 73 autres anarchistes inculpé.es et des centaines de prisonnier.es du soulèvement toujours détenu.es. Pourtant, il s’agit d’un grand succès, puisque le Densus 88 voulait faire d’Eat un bouc-émissaire, en tant que figure emblématique organisationnelle et leader du faux réseau Chaos Star et de l’insurrection elle-même.

S’il vous plaît, restez attentif.ves à l’état de santé et aux procédures judiciaires d’Eat et des autres prisonnier.es. Le compagnon anarchiste Dena reste dans le complexe de la police de Java occidental et souffre aussi à cause du manque de médicaments contre le VIH. Menez des actions et faites des dons au Palang Hitam/ABC Indonésie. Nous n’avons pas assez de soutien pour fournir de manière adéquate une infrastructure à un si grand nombre de prisonnier.es, à un moment où le mouvement anarchiste est sous attaque en Indonésie. Pour faire un don, contactez Dark Nights, […] IWOC UK ou tout groupe de l’Anarchist Black Cross existant de longue date.

Feu aux prisons !

Palang Hitam/ABC

Carapatage 96# : Lutte contre les FIES en Espagne

Publié le 2026-01-27 08:48:01

Emission 96#

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Une émission sur la lutte contre les régimes FIES, régime d’isolement et de mauvais traitement, accentuant la différentiation entre les détenus pour maintenir l’ordre dans les prisons de l’etat espagnol, mis en place dans les années 1990 par un gouvernement de gauche suite aux différentes luttes en prison des années précédentes. Dans les années 2000, une lutte dure menée de l’intérieur des régimes administratif FIES, relayés avec convictions à l’exterieur, a pris de l’envergure pour dénoncer les conditions et le traitement des détenus malades alors que le VIH et la drogue font rage entre autres en prison.

Sommaire :

Playlist :

Ressources :

Pantin (93): retour sur l’ouverture et l’expulsion du squat de l’ancien cinéma Météor

Publié le 2026-01-28 07:03:07

Pantin (93): retour sur l’ouverture et l’expulsion du squat de l’ancien cinéma Météor



NB: Cette ouverture de squat s’est faite dans le cadre du week-end de rencontres et de lutte autour de l’autonomie quotidienne « Avant-première ».

Brescia (Italie) : Toujours aux côtés de Juan, condamné à cinq ans

Publié le 2026-01-28 11:13:03

Il Rovescio / samedi 17 janvier 2026

Toujours aux côtés de Juan, condamné à cinq ans dans le procès de Brescia

Le jeudi 15 janvier, notre ami et compagnon Juan a été condamné à cinq ans de prison pour « acte avec une finalité de terrorisme » (art. 280bis du code pénal), dans le procès de Brescia pour l’action contre l’école de police (POLGAI). Si cette condamnation devient définitive, la date de fin de peine pour Juanito, qui pour l’instant est fixée au 2045, se déplacerait encore plus loin dans le temps.

Étant donné l’inconsistance de l’enquête et des éléments à charge du compagnon, contestés point par point par son avocat, on pouvait espérer un acquittement. Ça n’a pas été le cas : de toute évidence, les juges de Brescia et les jurés qui composaient la Cour d’assise, avec la lâcheté et l’indifférence pour les vies des autres habituelles, n’ont pas voulu envoyer au pilon une enquête qui a duré des années et coûté plusieurs milliers d’euro, à la troisième tentative d’attribuer à Juan (et au début aussi à un autre compagnon, ensuite définitivement acquitté) la responsabilité de cette action.

Pour notre part, dans l’attente du procès en appel, nous continuons la mobilisation aux côtés de notre compagnon Juan : s’il est « innocent » il mérite toute notre solidarité, s’il est « coupable » il la mérite encore plus.

NOUS N’OUBLIONS JAMAIS NOS COMPAGNONS ! LIBERTÉ POUR JUAN, À BAS LA POLGAI !

Compagnons et compagnonnes

 

Pour continuer à écrire à Juan :

Juan Antonio Sorroche Fernandez
C.C. di Terni
strada delle Campore, 32
05100 – Terni (Italie)

Brême (Allemagne) : Une visite chez le directeur des Renseignements

Publié le 2026-01-28 11:18:03

Tumulte / samedi 24 janvier 2026

La nuit dernière, nous avons rendu visite à Thorge Köhler, à son adresse privée : 28 Moselstraße, 28199 Brême.

Nous avons barbouillé la maison avec de la peinture et nous avons démoli les vitres et les pneus de sa voiture – une VW Golf, immatriculée HB EL 477.

Il y a peu, l’Interventionistische Linke de Brême a démasqué un indicateur dans ses rangs*. Pendant plus de huit ans, Dîlan S. a informé le service de renseignement** de tout ce qui se passait, au niveau politique et privé, dans son groupe. En plus de l’IL, il espionnait aussi d’autres groupes dans lesquels il était actif. Pour de l’argent, il a trahi tou.tes celles/ceux qui lui étaient proches et maintenant il doit se cacher de ses ancien.nes potes. Nous éprouvons surtout du mépris pour ce rat. Notre haine va aux services de de renseignement.

Dans sa déclaration, l’IL souligne l’illégalité du recours à Dîlan et cite plusieurs lois qui ont été enfreintes. Cela ne nous intéresse pas. Nous voulons abolir les services de renseignement, qu’ils respectent ou non leurs propres règles. Au plus tard depuis l’affaire NSU***, il doit être clair pour tout le monde que les services de renseignement sont en soi le problème. Ils ne protègent ni les valeurs démocratiques ni les personnes. Ils protègent les rapports capitalistes. C’est pourquoi ils espionnent les structures antifascistes, communistes et anarchistes et surveillent les gens jusque dans les recoins les plus intimes de leur vie. Köhler travaille depuis 2018 au service de renseignement de Brême et dirige ce service depuis 2023. Il porte la responsabilité des actuelles activités d’espionnage.
Köhler, tu n’es pas le seul à avoir beaucoup d’informations. Ne te sens jamais en sécurité.

Entreprise de déménagement Landlust

Notes d’Atatque :
* une organisation gauchiste, prônant des larges alliances dans la société civile. Pour l’indic démasqué, voir (en allemand) ici
** Le Verfassungschutz (littéralement, la « défense de la constitution ») est l’équivalent de la DGSI française, mais organisé de manière fédérale, chaque Land (comme la ville-État de Brême) ayant son service autonome (LfV). L’Office fédéral (BfV) coordonne le tout ou intervient de son propre chef.
*** Nationalsozialistischer Untergrund, un groupe terroriste néonazi, qui a tué dix personnes, surtout des immigré.es, dans les années 2010. Ses trois membres ont très probablement bénéficié de la couverture des services de renseignement allemands.

Contre tous les abatteurs, contre tous les abattoirs !

Publié le 2026-01-29 06:25:00

Depuis mi-décembre, à l’initiative notamment de la Coordination Rurale, syndicat d’extrême droite, des agriculteurs et éleveurs se mobilisent pour dénoncer l’abattage (!!) de boeufs par l’État, afin d’endiguer une épidémie qui se propage dans les troupeaux d’Europe (….). 

Cela a donné lieu à quelques images spectaculaires de barricades enflammées, de l’habituelle spectacle de tracteurs déversant toute sorte de merde devant les préfectures et autres bâtiments, et, plus nouveau, d’agriculteurs barricadés dans des fermes qui affrontent la flicaille à coups de pierres et, parfois, de cocktails molotovs.

Il n’en fallait pas plus pour agiter tout le troupeau gauchiste : le Front National et la France Insoumise viennent draguer des électeurs à coup de qui défend le mieux les agriculteurs, la Confédération Paysanne (syndicat de paysans gauchiste) suit difficilement derrière la Coordination Rurale et une partie du milieu autonome, fantasmant éternellement sur un retour des gilets jaunes, multiplie les appels à converger avec les agriculteurs et leur mobilisation. En tête de troupeau, on trouve évidemment les franges les plus populistes, prônes au confusionnisme et appellistes du mouvement : Lundi Matin, Nantes Révoltée, Cerveaux Non Disponibles et, bien sûr, Les Soulèvements de la Terre. Ces derniers se sont notamment fendus d’un communiqué « d’éleveurs et éleveuses de la coordination agricole des Soulèvements de la Terre », particulièrement catastrophique, tandis qu’on peut lire sur Lundi Matin un « récit d’une journée de blocage » en Ariège émanant d’éleveuses, assez édifiant dans son témoignage du confusionnisme qui règne.

Évacuons immédiatement le premier sujet qui fâche, et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre (par exemple, ce texte revient largement dessus) : la Coordination Rurale est une organisation nationaliste, raciste et masculiniste, proche du Front National, vigoureusement anti écologie. Tous les témoignages de participant-es à tout ce foin le confirment encore et encore, témoignant par ailleurs de la présence majoritaire de drapeaux français ou d’une forte présence fasciste, allant du Front National à l’Action Française en passant par d’obscurs groupuscules de telle ou telle autre déclinaison fasciste. Plusieurs retours témoignent d’une forte hostilité à la présence de marqueurs de la lutte pro-palestinienne, entre autres, ainsi que d’agressions et idéologies patriarcales. Les Soulèvements contre la Terre, dont les pratiques autoritaires sont dénoncées depuis de nombreuses années, écrivent donc bien évidemment que cela ne leur posera que peu de problèmes de se tenir aux côtés de la CR dont iels « comprennent et partagent la colère », ne dénonçant que (mollement) le « poison identitaire » des seuls dirigeants du syndicat. Partagent-ils aussi la colère de ces agriculteurs de la CR qui se sont attaqués à tous les lieux liés à la lutte contre les méga-bassines dans les Deux-Sèvres, que ce soit une mairie qui avait accueilli les manifestations, une permanence écolo, un cairn en hommage aux victimes de Sainte-Soline, ou une ferme qui avait accueilli le village de l’eau ? L’autre communiqué, dans son fantasme appelo-confusionniste, romantise un effacement des appartenances et idéologies dans le conflit avec la police. Il va de soit qu’une telle chose ne se produit pas, et que cela ressort de façon évidente dans le récit.

De notre point de vue, nous ne voyons ici que de nombreux ennemis qui, malgré leurs différences superficielles, convergent sur de mêmes bases : que ce soit l’Etat, la FNSEA, la Coordination Rurale ou la Confédération Paysanne (malgré des appels à former… une section antispéciste à la conf?).

Au milieu de tout ce foin, il y a en effet quelques clarifications que l’on voudrait aborder sur des points que l’on voit plus rarement discutés. Tous les bords, du Front National à la France Insoumise, de la Coordination Rurale à la Confédération Paysanne sont d’accord sur un point : lorsque l’État abat un troupeau, elle tue les agriculteurs, et les « laisse crever dans le silence »… ah bon ? Le grand oublié de toute cette histoire, c’est quand même le premier concerné, le centre du sujet : les animaux. Cette mobilisation replace l’exploitation animale et le massacre systématique des animaux (non-humains) comme un fait central de chacune des idéologies, du social-démocrate au fasciste, de l’agriculteur corpo-nationaliste à l’agriculteur écolo-appelliste. On se scandalise de quelques centaines de vaches « saines » abattues, et on ignore les quelques millions de vaches, toutes aussi saines, abattues chaque année.

Le centre du problème est là : les agriculteurs ne sont pas contre le fait d’abattre des animaux (sinon ils ne seraient pas agriculteurs !), mais uniquement contre le fait qu’un agent extérieur vienne abattre « leurs » animaux. C’est une bête question de propriété privée : les petits patrons sont en colère contre un État qui vient empiéter sur leurs biens et sur leur [croissance] économique. L’Etat et les grands patrons agricoles, représentés par la FNSEA, défendent eux leurs profits et la possibilité d’exporter leur propre propriété, ce qui n’est possible que sans la présence d’animaux malades sur le territoire.

À de nombreuses reprises, jusqu’aux communiqués des soulèvements [contre] la terre, il est mis en avant que le problème des abattages n’est pas le meurtre indiscriminé d’êtres vivants, mais le fait de priver les éleveurs d’un héritage et d’une sélection génétique remontant parfois à plusieurs générations et qui, pour les soulèvements, fait « la singularité quasi artisanale du métier d’éleveur ». Mais de quoi parle-t-on vraiment, derrière le « compagnonnage sensible avec ses bêtes » et autres romantisations dégoûtantes ? On parle d’êtres vivants, et non de « bêtes », que l’on a achetés comme de vulgaires objets, privés de leur liberté, forcés à se reproduire encore et encore pour le profit économique d’un petit patron, et finalement massacrés pour le profit gustatif de consommateurs humains. On notera au passage la focalisation sur des pratiques cruelles, telles que la sélection génétique ici mais aussi l’insémination artificielle et les mutilations, qui ne sont en rien l’apanage de l’élevage industriel, mais sont toutes aussi communes chez les « éleveurs-artisans ».

Remettons alors les choses en place : ceux que l’on tue, ce ne sont pas les éleveurs qui défendent leur propriété privée et leur droit à exploiter et tuer, mais des êtres vivants que l’on prive de liberté et sur lesquels untel ou un autre s’octroie tout droit de vie ou de mort.

Au-delà de tout discours ridicule sur la soi-disant relation entre l’exploiteur humain et l’exploité non-humain (auquel ils croient sans doute sincèrement, comme d’autres prétendent aimer les animaux tout en achetant leur carcasse massacrée pour faire plaisir à leurs papilles), les intérêts économiques sont parfaitement explicites dans cette mobilisation. Ils sont d’autant plus cruels lorsque, en Ariège par exemple, des agriculteurs se sont mobilisés durant plusieurs jours pour « défendre » une ferme et son troupeau, allant jusqu’à la confrontation avec les keufs qui aboutira à des gaz lacrymogènes sur les vaches, puis leur abattage indiscriminé par l’État. La vie de ces animaux n’a de valeur ni aux yeux de l’État, ni aux yeux du mouvement paysan qui prétend les protéger : l’un comme l’autre se bat pour la possession de ce qu’ils considèrent comme leur propriété sur laquelle chacun a tous les droits. À aucun moment, dans cette « défense » (alors même qu’on lit par exemple qu’un cheval enfermé dans la ferme se débat sous les lacrymogènes) et ce mouvement ne se pose une question, ou solution, qui pourrait être pourtant plus évidente : celle de la liberté des animaux enfermés.

Sur cette question, on remarquera aisément qu’il n’y a plus de désaccords politiques entre les fascistes, les social-démocrates, et les autonomes/appellistes. Si l’on veut prendre la composante la plus « sympathique » du mouvement, auquel nombre d’appels font référence pour les rejoindre, la Confédération Paysanne est un syndicat profondément spéciste et anti-vegan. Dans le plus banal des corporatismes propres à l’organisation en syndicat, la « Conf' » publie depuis de nombreuses années des communiqués contre les « extrémistes vegans et antispécistes » et attaque tout produit végétal, s’offusquant comme n’importe quel petit facho scandalisé qu’on veuille lui interdire son jambon-beurre. Dès le début des Soulèvements de la Terre, elle a largement bloqué toute tentative d’y construire des voix et mobilisations antispécistes (sinon, comment se faire de la thune en vendant ses merguez sur chaque mobilisation !). Bref, malgré son opposition à « l’élevage industriel », la Confédération Paysanne reste profondément ancrée dans la défense de l’exploitation animale et de la mise à mort systématique de ceux-ci pour le plaisir et le divertissement humains.

Cette convergence avec les Soulèvements de la Terre, notamment, est particulièrement ridicule lorsque l’on considère l’aspect écologique. L’élevage, industriel ou non, est spécifiquement une abberation écologique, l’un des facteurs les plus aggravants de la mise à mort écocidaire de la planète. Si les flux mondiaux d’import-export y sont évidemment pour beaucoup, c’est l’élevage, dans son ensemble, qui est particulièrement émetteur de gaz à effets de serre (d’autant plus l’élevage de vaches !), consomme des quantités astronomiques d’eau et utilise une surface agricole gigantesque. Il serait illusoire de croire qu’un quelconque élevage paysan ou « écolo » pourrait y changer quoique ce soit.

Les zoonoses telles que la DNC sont par ailleurs des conséquences mêmes de l’élevage, en apparaissant que ce soit à cause du dérèglement climatique ou de nombre de ses pratiques telles que la sélection génétique. C’est la création d’espèces qui n’existent que pour parfaire des standards de productivité, en tant que propriété privée, qui est à l’origine de l’émergence de nombreuses maladies. C’est le dérèglement climatique dont l’élevage est l’une des causes principales qui est à l’origine de l’émergence de nombreuses autres maladies, dont la DNC. Il existe une solution simple pour éviter que des troupeaux entiers soient abattus à cause de telles maladies : abolir l’élevage, laisser vivre les animaux en liberté, cesser de jouer avec leurs corps et descendance.

Notons, dans une courte divagation, qu’il est par ailleurs ironique que de nombreux agriculteurs appellent alors à des campagnes de vaccination, lorsqu’une frange importante de ce mouvement est complotiste, antivax et confusionniste. Cela est d’autant plus ironique que le COVID est, en toute vraisemblance, une autre zoonose qui a émergé à cause de l’élevage massif, du dérèglement climatique et de la destruction des espaces naturels. Rendons aux plus complotistes, que l’on retrouve par exemple très facilement dans les commentaires de Cerveaux non Disponibles et autres confu-compatibles, leur cohérence : certains appellent les agriculteurs à ne pas vacciner les vaches, car ils ne voudraient pas manger des vaches vaccinées (!!!).

Entre tous ces beuglements des petits patrons agricoles, on peut difficilement entendre les voix de ceux et celles qu’ils exploitent ; que ce soient les animaux enfermés et massacrés, ou les ouvriers surexploités, souvent des sans-papiers, qui font leur besogne à risque pour leur propre santé.

L’élevage, et l’agriculture en général, sont des secteurs cruels par nature. Même s’ils ne reposaient pas sur l’exploitation généralisée de personnes sans-papiers, sur la destruction de la planète, sur l’exploitation et le ravage du Sud Global, ils resteraient intégralement construits sur l’oppression de milliards d’être vivants. On se fiche de savoir si l’on consommera des animaux assassinés ici ou à des milliers de kilomètres, comme l’on se fiche de savoir si l’on consommera des animaux assassinés par des petits patrons nationalistes ou par des multinationales écocidaires : le véritable problème, c’est le meurtre d’animaux non-humains !

En tant qu’anarchistes, notre solidarité ira toujours aux opprimé-es et exploité-es du monde. Notre solidarité est forcément anti-carcérale : l’anarchie implique de combattre toute forme et tout lieu d’enfermement. Comment supporter que des milliards d’être vivants soient enfermés dans le seul but de les faire se reproduire ou de les massacrer ? Comment considérer un quelconque élevage, aussi « humain » ou « ouvert » soit-il, aussi compatissant, aimant ou précaire soit son geôlier, comme autre chose qu’une prison ? Si nous devons exercer notre solidarité avec quelqu’un dans ce mouvement, c’est bien aux animaux que nous voulons l’étendre. Comment, alors, celle-ci pourrait-elle se matérialiser ?

Évidemment, nous nous opposons à l’abattage indiscriminé et systématique par l’État de populations entières de vaches, situation par ailleurs créée par le choix conscient d’éviter des solutions alternatives, en particulier une large campagne de vaccination, afin de préserver des intérêts économiques. Cette opposition peut cependant difficilement être compatible avec le fait de se tenir derrière les barricades, entre les fascistes et les exploiteurs de gauche, pour empêcher l’abattage sur le très court terme ; nous nous opposons aussi à l’abattage indiscriminé et systématique par l’industrie agricole de populations entières de vaches, que ce soit pour les manger ou toute autre exploitation de leur corps. Que serait une solidarité qui sauverait les animaux de tel abattage pour les condamner à tel autre abattoir ?

La proposition est, encore et toujours, l’action directe anarchiste et insurrectionnelle. La seule manière d’agir et d’être en solidarité avec les animaux menacés de mort, c’est de les libérer de leur enfermement. C’est la seule voie qui n’implique pas leur mise à mort planifiée, la transformation de leur corps en produit capitaliste, la gestion de leur existence comme propriété privée. C’est la seule voie qui offre des perspectives véritablement libératrices, anti-capitalistes et contre toute forme de domination.

Il s’agit alors de faire dysfonctionner la machine de mise à mort : libérer les animaux enfermés dans les fermes, les élevages ou les zoos, attaquer l’État et sa police, bloquer et saboter le bon fonctionnement des abattoirs, saboter la consommation des corps meurtris des animaux et le flux logistique qui la permet, attaquer les fascistes et leurs idées nauséabondes, rendre économiquement non viable de s’enrichir sur la vente ou le massacre d’animaux, rendre socialement inacceptable l’idée même d’élevage, d’abattoir et de consommation d’animaux, rendre visible les lieux d’exploitation en s’attaquant à leurs vitrines. L’exploitation animale est au centre du système capitaliste écocidaire mondial : ce sont les intérêts économiques d’un côté comme de l’autre que nous voulons saboter.

La CRisi (Confédération des Rats Insurrectionnels Sans Insurrection)