Vive l'Anarchie - Semaine 09, 2018

Sommaire

Dépassement

Publié le 2018-02-26 00:32:05
“Je l’ai cramée avec mes ex-collèques dedans (j’étais flic), mais je suis guéri !“
Métro Sèvres-Babylone, Paris (VIIe), février 2018

“Je l’ai cramée avec mes ex-collèques dedans (j’étais flic), mais je suis guéri !“

Métro Sèvres-Babylone, Paris (VIIe), février 2018

paris france 2018 métro flics février 2018

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Madrid : Quelques considérations sur les nouveautés de la vidéosurveillance (...)

Publié le 2018-02-26 08:57:04

Le 16 février, le rapport présenté par la Direction générale de la police de Madrid pour l’installation de vidéosurveillance dans plusieurs zones de Vallekas, en particulier àproximité de Puente de Vallekas, a été rendu public. Tel que rapporté par El Salto Diario, l’installation de ces 25 caméras transformera Puente de Vallekas en une belle promenade où l’Etat et ses mercenaires contrôleront ce qui s’y passe 24 heures par jour. Ce rapport a été présenté àla demande du Conseil de District avec àsa tête le Sénateur Paco Pérez (un conseiller d’Ahora Madrid [1], surprise ?) et est l’aboutissement d’une campagne médiatique qui a appelé àl’augmentation de la présence policière dans le quartier avec l’excuse ancienne et répétée de la délinquance, cette fois mettant l’accent sur des opportuns « gangs de narcotrafiquants ».



Des journalistes, des politiciens (de toutes sortes), des agences immobilières et des entreprises unissent leurs forces pour faire de Vallekas une zone contrôlée et militarisée par la police (en patrouille ou en civil), où la seule la logique est basée sur la consommation, où la spéculation capitaliste chasse les pauvres de leurs foyers. Les occupations et toutes les pratiques qui cherchent la subversion des relations de domination actuelles et menacent la normalité démocratique sont mises en échec. Ce processus, que certains ont appelé gentrification, bien que pour d’autres ce ne soit qu’un nouveau réajustement de la ville capitaliste et de ses quartiers selon les intérêts de l’État et du capitalisme, n’est pas unique ou spécifique àVallekas. àdes rythmes différents. Le processus de spéculation capitaliste expérimenté àMalasaña, Lavapiés, Tetuán, Carabanchel et Vallekas conjugue deux intérêts importants : celui strictement économique via la spéculation immobilière, et le contrôle social par le renforcement de la présence des sbirres de l’État et l’utilisation de la technique et de la technologie au service des intérêts du pouvoir.

Une autre question qui ne devrait pas passer inaperçue est l’accent mis sur les gangs de narcos. Tout d’abord, il faut souligner que le trafic de drogue n’est qu’un cadre pyramidal international qui implique non seulement les entrepreneurs sans visage étiquetés « narcos », mais aussi les services de police, les gouvernements, les politiciens … En raison de leur nature illégale, les marché international fortement pénétré par des rythmes capitalistes les plus violents, qui laissent derrière eux d’innombrables processus et niveaux d’exploitation dans sa chaîne de production et de distribution.

Ce contexte général du marché de la drogue a néanmoins ses propres caractéristiques àVallekas où il est utilisé comme bouc émissaire (ou argument fallacieux ? ndT) par les médias pour justifier la répression et la spéculation. Ce processus de légitimation des forces répressives est toujours présent, Etat qui nous soumet, et trouve dans un quartier comme Vallekas une merveilleuse accroche avec la question de la drogue. Dans la mémoire collective du quartier il y a les années d’héroïne, la génération perdue et les ravages qu’elle a causés parmi les enfants des classes laborieuses. Ce fait ne peut jamais être séparé du contexte dans lequel il a eu lieu : un État espagnol sur le train européen, pendant les années de l’implantation du nouveau régime démocratique, avec une conversion industrielle féroce qui a conduit àla ruine et la misère de millions de gens. La drogue a joué un rôle clé en tant qu’outil de contrôle social contre une génération qui a été contrainte àla misère. Par conséquent, l’implication de la police et des dirigeants politiques dans tout l’État dans le trafic de drogue ne devrait pas être surprenante. Loin d’être une exception, c’est une pratique normalisée, bien établie dans les forces policières du monde entier. Le démantèlement définitif du mouvement ouvrier, le rôle du syndicalisme dans le nouveau capitalisme conciliant et démocratique et le renforcement des mécanismes de pacification et d’intégration sociale ont fait le reste.

L’Etat sait toucher les cordes sensibles, gérer les peurs et construire un concept de sécurité en fonction de ses intérêts de contrôle et de domination. Et si en cours de route, il est possible de virer le squat, une pratique d’action directe qui met en échec l’un des piliers du capitalisme, la propriété privée, alors allons-y.

L’idée est de mettre l’accent ailleurs que sur l’exploitation quotidienne àlaquelle nous sommes soumis. Pour que nous ne détestions pas notre patron qui nous vole nos vies dans ce qu’ils appellent le travail, de sorte que nous soyons soumis àl’esclavage salarié avec la menace du chômage et de la pauvreté comme seules alternatives. Persécutant d’autres personnes exploitées, comme nous, àcause de leur statut de migrant, dans les contrôles racistes àl’entrée du métro, ou alors ils meurent abattus et noyés par des balles en caoutchouc dans le détroit. Leurs guerres, leurs armées, leurs drapeaux. Alors que nos vies sont dominées par l’obéissance, par la délégation des politiciens professionnels, en votant de temps en temps. Alors que les prisons et les postes de police continuent àvoler des vies àcause de la misère que le système génère. Alors que nous devenons complètement dépossédés de nos capacités et que notre autonomie déjàdiminuée est de plus en plus réduite. La destruction du territoire et de la terre. Alors que nous oublions tout et que notre seul problème soit les gangs de narcos et la solution … la solution qui nous est donné l’Etat et ses institutions, leurs représentants, leurs porte-parole et leurs laquais.

Sachant tout cela, nous avons des armes très claires que nous pouvons utiliser. Action directe contre leurs caméras et la police. Action directe contre leurs représentants politiques, appelés Partido Popular [2] ou Ahora Madrid. La guerre contre les mafias qui tirent profit sur la mort et un moyen de contrôle comme la drogue ne peuvent jamais oublier la guerre contre l’Etat, car elles sont deux façons de faire la même chose : générer un contrôle et une soumission, leur confrontation apparente n’est que monopole sur la violence. Créer des points de rupture, des brèches et des confrontations contre les projets de restructuration capitalistes àtravers la mise en Å“uvre de la solidarité et de l’entraide mutuelle. Passer àl’action ici et maintenant, sans demander la permission de personne ou le wating pour n’importe qui.

Guerre au contrôle social !
Vive l’anarchie !

[/ Des anarchistes de Vallekas. /]

[Traduit de Contramadriz par Article 13.]




[1Un parti politique populiste de gauche.

[2Un parti politique conservateur de droite.

Monterblanc (Morbihan), France : Le maire dans le viseur

Publié le 2018-02-26 10:53:04

Gérard Guilleron, le maire de Monterblanc, petite commune située à une dizaine de kilomètres au nord de Vannes dans le Morbihan, connaît quelques déboires depuis plusieurs semaines. Il reçoit des visites hostiles à son domicile.

Dans la matinée de mercredi 21 février, il découvre que le portail et le visiophone de sa maison ont été recouverts de peinture rouge.

Peu de temps avant, il avait découvert sept clous dans les pneus de sa voiture.

Il a annoncé avoir déposé plainte à la gendarmerie: une enquête a été ouverte.

[Reformulé de la presse locale]

Toulouse, France : Evasion du centre de rétention de Cornebarrieu

Publié le 2018-02-26 10:53:05

Dimanche 4 février 2018, un retenu du centre de rétention de Cornebarrieu est parvenu à s’évader, avec la complicité de deux autres retenus.

Selon plusieurs sources, l’homme se serait fait aider par deux « complices » à l’intérieur du Centre de rétention, plus exactement dans la cour de promenade arrière : là, deux personnes lui ont fait la courte-échelle pour qu’il franchisse le grillage. Il aurait ensuite disposé des vêtements ou des serviettes de toilettes sur les barbelés pour ne pas se blesser et franchir cette barrière avant de se laisser glisser de l’autre côté. Il a ensuite pris la fuite et n’a depuis pas été retrouvé par les autorités. L’évadé serait un ressortissant algérien.

Il semblerait que d’après la presse, les évasions sont rares depuis cette prison pour étrangers, située à proximité de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Toulouse et ailleurs : Actions de solidarité avec la lutte contre la poubelle nucléaire à Bure

Publié le 2018-02-26 10:53:07

action de solidarité avec Bure depuis Toulouse

Jeudi 22 février, à l’aube, l’état décide de montrer les muscles et de déloger les dizaines de hiboux qui ont investit la forêt du bois Lejuc à Bure (Meuse). Après une « sortie de crise » pacifié sur la zad de Notre-Dame-Des-Landes pour le moins efficace ou les échos des chants de victoire résonnent encore, on envoie 500 gendarmes armées jusqu’au dents pour virer une poignée de personnes à l’autre bout de la France.

Afin de ne pas se laisser envahir par le sentiment d’impuissance que de tels matins apportent, nous nous voulions apporter un soutient concret aux compagnon.ne.s là-haut.

Ainsi durant la nuit quelques vitres d’Enedis (qui distribue l’énergie nucléaire dans toute la France et au-delà) sont parties en éclat, a Toulouse. Nous avons laissé notre rage exploser et une dizaine de cailloux a volé à travers leur vitres. Un peu de peinture est aussi venu égayer leur mornes façades.

Pour un monde sans radiations

Dans le bois ou ailleurs on se tcheck le 3 et 4 mars.

[Publié sur indymedia nantes, samedi 24 février 2018]


Bure : face aux expulsions nous ripostons

petit récit d’événement survenu suite a l’expulsion du bois lejuc

Suite a l’expulsion du bois lejuc un certaines personnes haitantes du bois ou non, on décider de laisser exprimer leurs rages dans le village de Bure.

Des barricades ont été érigées, les forces de l’ordre attaqué et leurs amies les journalistes aussi.

Toutes les vitres de la mairie on volé en éclat, nous espérons d’ailleurs que cette nouvelle ventilation n’empêchera pas le cornu de venir a la mairie de Bure comme il devait le faire aujourd’hui.

Solidarité avec toutes les interpellées et les armoires ayant finit leurs vies en barricades

[Publié sur indymedia nantes, vendredi 23 février 2018]

****

Le soir même de la tentative d’expulsion au Bois Lejuc à l’aube du jeudi 22 février, des dizaines de rassemblement se sont tenus partout en France et même au-delà pour se solidariser avec les Hiboux de Bure et faire écho à la lutte contre la poubelle nucléaire et son monde.

Avignon – A la suite du rassemblement devant la préf, une trentaine d’oppsant.e.s au monde du nucléaire font irruption dans la permanence d’un député « En Marche », Jean-François Cesarini, absent au moment de la visite. L’occupation, qui durera près de trois quarts d’heure, se soldera par quelques dossiers jetés à terre et un bureau retourné. 

Rennes – Le rassemblement de soutien aux opposant-e-s du projet CIGEO et occupant-e-s du bois Lejuc a réuni 150 à 200 personnes, une banderole recyclée (merci à elle) et pas d’uniforme place Sainte Anne. La police était quasiment absente du centre ville avec seulement 4 fourgons place de la mairie, (on nous avait habitué à mieux…). Livré-e-s à nous même, nous sentions comme des picotements dans les cordes vocales, des fourmilles dans les jambes. Il ne nous en fallu pas plus pour nous lancer ! C’est dans une ambiance plutôt bon enfant que le cortège s’est déplacé, scandant des « L’ANDRA, dégage ! Résistance et sabotage ! », ou « Le nucléaire crée des emplois, dans les cimetières, et les commissariats ». De quoi ravir le cœur des passant-e-s en égaillant tout un-e chacun-e !

Saint-Brieuc – Une quarantaine de personnes se sont retrouvées puis sont parties en manif sauvage à travers la ville, derrière une banderole sur laquelle était écrit: « Bure – Pas d’expulsion ! pas de poubelle nucléaire ».

Nantes – 200 à 300 personnes se sont réunies à Nantes, sont parties en manif sauvage et ont tenté à plusieurs reprises de déborder le dispositif policier…

Poitiers – 50 personnes, prise de parole sur France 3 local en solidarité avec les expulsé-e-s, manif sauvage, bac à l’arrivée, préfecture et mairie dignement redécorées !

Dijon – Des pneux cramés au petit matin devant une permanence d’EDF, des banderoles suspendues à des ponts sur le périph, une centaine de personnes en manif zbeulifiante ! La réaction dijonnaise ne s’est pas fait attendre. Il faut dire que c’est précisément la maisonette en dur du comité Dijon-Bure pour renforcer l’occupation de la forêt qui a servi d’argument aux autorités pour justifier l’expulsion avant que « les occupants s’installent durablement »…

Bordeaux – Une trentaine de copain-e-s se sont rassemblé-e-s à Bordeaux dans un rassemblement qui a fini par se faire matraquer par les flics après qu’iels aient tenter de piquer une des caméras…

Strasbourg – Manif sauvage en solidarité avec les expulsé-e-s du bois Lejuc ! Nuke la police. Après le rassemblement organisé hier en soutien à Bure quelques personnes sont parties en manif sauvage bloquant trams et routes pendant une vingtaine de minutes. Comme quoi même à une quinzaine c’est possible ! On a pu y entendre quelques doux slogans : « De Notre-Dame-des-Landes à Bure, ZAD partout !; Blocage contre le nucléaire, solidarité avec les expulsés !; Nucléocrate sers toi de ta cravate !; Si t’es fier d’être CRS tape ton collègue ! »

A Coutances, dans la Manche

Nancy – Une centaine de personne s’est regroupée à 18h place Stanislas [cf photo en-tête].

Besançon – « Ce jeudi 22 février à Besançon, une vingtaine de personnes s’est rassemblée devant la préfecture en solidarité avec les Hiboux du Bois Lejuc, qui ont dû faire face à une invasion de gendarmes mobiles le matin-même. Une banderole [disant « Pour un monde sans nucléaire – Solidarité face à la terreur d’Etat », NdSAD] a été suspendue en face du bâtiment et quelques affiches collées un peu partout en ville. Des pancartes ont aussi été réalisées, afin de rappeler les conséquences mortelles du nucléaire et d’exprimer notre soutien aux ZAD qui fleurissent un peu partout. Solidarité indéfectible avec la lutte contre la poubelle nucléaire, mais aussi avec les occupant.e.s de la forêt de Hambach en Rhénanie, qui luttent contre un énième projet d’empoisonnement de la terre, en l’occurrence contre une mine à charbon à ciel ouvert exploitée par RWE. Force et solidarité avec les 4 personnes encore en prison!« 

A Gorleben, en Allemagne :

De Vienne, en Autriche :

Athènes, Grèce : Attaque du siège du groupe pharmaceutique suisse Novartis

Publié le 2018-02-26 10:53:09

ATHENES, 25 février – Une trentaine de militants du groupuscule anarchiste grec Rouvikonas ont maculé de peinture et brisé les vitres de l’entrée du siège du groupe pharmaceutique suisse Novartis dimanche à Athènes, a annoncé la police grecque.

Les assaillants ont fracassé les vitres de l’entrée à coups de massue puis ils ont aspergé de la peinture rouge avant de s’enfuir. Le parlement grec a décidé jeudi de former une commission d’enquête sur l’affaire des pots-de-vin versés par Novartis à une dizaine d’importants responsables politiques, dont l’ancien Premier ministre conservateur Antonis Samaras, lorsqu’ils étaient en fonctions.

Dans un communiqué publié sur internet reproduit ci-dessous, Rouvikonas précise que l‘attaque est liée à l‘enquête pour pots-de-vin qu‘aurait versés Novartis à des médecins et à des responsables grecs.

Parmi les politiques mis en cause et désignés par des témoins protégés dans une enquête pour l’essentiel américaine, figurent également le commissaire européen aux Migrations Dimitris Avramopoulos et le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras. Les intéressés rejettent les accusations à leur encontre.

Novartis est soupçonné d’avoir versé entre 2006 et 2015 des pots-de-vin à des responsables politiques et à des médecins pour acquérir une position dominante sur le marché grec, et écouler des médicaments à prix élevés alors même que des alternatives meilleur marché étaient disponibles. Des estimations judiciaires portent à quelque 3 milliards d’euros les pertes pour les caisses publiques grecques.


Communiqué reçu lundi 26 février 2018 et publié sur Insurrection News:

« Ce dimanche 25 février 2018, un groupe de compagnons du collectif Rouvikonas a attaqué le siège de Novartis à Athènes en utilisant des marteaux et des bouteilles de peinture.

Novartis est une multinationale de plusieurs milliards de dollars qui fait des affaires dans le secteur pharmaceutique. Cette entreprise monstrueuse est accusée dans de nombreux pays à travers le monde de multiples cas de corruption, de manipulation sur le marché pharmaceutique et de blanchiment d’argent.

En Grèce, ce qui est appelé la « Novartis Gate » implique des politiciens, des directeurs du monde médical et des centaines de médecins. La perte totale pour le secteur public de la santé causée par les activités de l’entreprise est estimée entre 28 et 50 millliards d’euros sur une période de 10 à 15 ans.

Nous avons réalisé cette action pour manifester notre opposition à de telles activités car elles vont à l’encontre de nos intérêts. »

Note complémentaire: la multinationale Novartis est liée à Huntington Life Sciences. A la fin des années 90 est lancée une une campagne internationale contre Huntington Life Sciences, le plus grand laboratoire de vivisection d’Europe, où des milliers d’animaux sont privés de liberté et soumis à la torture continue pour le profit de quelques entreprises.

[Repris des deux agences de presse – AFP & Reuters, 26/02/2018]

Une marche nocture pour des féminismes révolutionnaires

Publié le 2018-03-01 08:31:47

Le 8 mars, ensemble pour une lutte anti-sexiste, anti-raciste, anti-colonialiste et anti-capitaliste



T’en as marre que l’on te demande d’où tu viennes ? Qu’on te touche les cheveux ? Qu’on pense que tu n’as pas choisi ton voile ? Tu es moins payé·e·x que tes collègues hommes ou que tes collègues blanc·he·x·s ? Tu dois te battre pour obtenir la même reconnaissance qu’elleux ? Tu n’oses pas parler de harcèlement sexuel de peur de perdre ton poste ? Tu ne parles pas ou peu français et tu lis ce texte ? T’es fatigué·e·x de ne pas être pris·e·x au sérieux, de devoir en faire toujours deux fois plus ? Tu te sens obligé·e·x d’être une « vraie » femme ou un « vrai » homme dans cette société ? T’en peux plus de te faire mégenrer ? T’en as marre de devoir faire les tâches ménagères et de t’occuper des enfants en rentrant du travail sans que personne ne te remercie jamais ni ne te paie jamais pour cela ? Tu veux te marier ? Tu ne veux pas te marier ? Tu veux des enfants ? Tu n’en veux pas ? Tu en as déjà ? On te force à regarder ton échographie avant ton avortement ? T’en as marre de devoir céder aux avances de ton ami ou de ton mari pour obtenir de l’attention ? Tu as déjà subi un viol ? Tu as suivi le mouvement #metoo ? Tu as déposé plainte après un viol mais tu as perdu le procès ? Tu viens d’arriver en Suisse ? Ta demande d’asile n’avance pas ? Tu fais du sexe tarifé ?

Tu veux des enfants ? Tu n’en veux pas ? Tu en as déjà ?

Tu n’aimes pas le sexe ? Tu aimes le sexe ? T’en as marre de ne pas pouvoir t’habiller comme tu veux pour mériter du respect ? Tu n’as pas le droit de sortir le soir alors que ton frère oui ? Tu n’es pas blanc.he.x ? Tu préfères ne pas appeler la police pour te protéger ? T’en as marre de te faire contrôler dans la rue sans raison ? Tu n’es pas militant·e·x ? Tu es militant·e·x ? Tu n’es pas (uniquement) attiré·e·x par des hommes cisgenres ? T’en as marre de devoir choisir entre ton identité de genre ou ton orientation sexuelle et être racisé·e·x ? Tu es croyant·e·x ? Tu es athé·e·x ? Tu es malendant·e·x ? Tu es en chaise roulante et tu te sens constamment réduit·e·x à ta situation de « handicap » ? Tu as une maladie rare ? T’es pas monogame ? Tu préfères ne pas être en couple ? Tu n’oses pas faire ton coming-out ? T’en as marre qu’on te dise de prendre des hormones pour être plus crédible en tant que personne trans* et/ou non-binaire ? Tu ne veux pas passer par un parcours de transition dans les institutions ? Tu as subi des mutilations génitales sans ton consentement pour être une « vraie » fille ou un « vrai » garçon ? T’en as marre de ce système qui t’envoie en psychiatrie pour valider ton vécu et/ou ton identité tout en te pathologisant ? Tu laisses pousser tes poils ? Tu t’épiles ? Tu prends des drogues et tu sais qu’on te regarde de travers pour ça ? T’es sous anti-dépresseurs ? Tu bois trop ? Tu ne vas jamais chez le gynéco ? T’as pas un rond ? Tu te demandes si t’es assez émancipé·e·x ? T’en as marre de savoir que ta voix ne compte pas assez dans ce système ? T’en as marre de devoir toujours être poli·e·x ? Tu préfères parler fort plutôt que de ne rien dire ? Tu préfères te taire que de parler ? Tu n’as pas envie de te justifier aujourd’hui ? Tu t’en sors toujours ?

Tu préfères parler fort plutôt que de ne rien dire ? Tu préfères te taire que de parler ?

ne t’en sors pas ? Tu veux avoir le choix de te définir à ta manière sans avoir besoin de t’expliquer ou de te justifier ? T’en as marre d’avoir trop de colère et de ne jamais être pris·e·x au sérieux ? Tu te sens seul·e·x ? Tu cherches des espaces et d’autres personnes pour partager ton vécu ? Tu te dis féministe ? Ou pas ? Tu ne veux pas d’un féminisme qui ne te ressemble pas ? Tu te demandes si le 8 mars est aussi fait pour toi ? Tu te reconnais un peu dans ces phrases ? 


Rejoins-nous le 8 mars pour une marche féministe nocturne, collective et intergénérationnelle, en mixité choisie sans hommes cisgenres et destinée aux femmes, personnes trans*, non-binaires, intersexes et à toute personne subissant notamment des violences basées sur le genre et les normes (hétérocis)sexistes.


LA RUE EST À NOUS !

Nous marcherons, chanterons et hurlerons collectivement contre l’hétérocisnormativité, le sexisme, la misogynie, le racisme, la transphobie, l’homophobie, la lesbophobie, la bi/panphobie, le mépris de classe, l’islamophobie, la putophobie, la négrophobie, la psychophobie, le validisme, la grossophobie, l’antisémitisme, l’anti-tsiganisme (liste non-exaustive). Contre le patriarcat blanc et tout système d’oppression capitaliste qui fait que la société continue à vouloir nous posséder, nous faire tenir des rôles qui ne sont pas ce que nous sommes et voulons être. Nous ne voulons plus être réduit·e·x à des sujets que l’on méprise, ignore, harcèle, agresse, insulte, tape, force, tue, lentement ou soudainement, lorsque nous souhaitons simplement nous émanciper ou vivre nos vies.

Nous marchons ensemble dans la rue, cet espace où nous sommes censé·e·x·s avoir peur et sentir le contrôle social nous assaillir de mille yeux. Nous voulons reprendre de la force, recréer de la complicité et de la solidarité dans un espace hostile.

Nous voulons être à l’aise et en confiance : nous voulons plus de choix, plus de droits, donc plus de libertés.

Nous revendiquons des féminismes multiples :des voix et des expériences qui se mettent en résonances, sans s’assourdir mutuellement ni se faire taire.

Nous sommes fièr·e·x·s de nos émotions et notamment de nos colères !

NOUS N’ATTENDONS PAS LE RESPECT : NOUS LE PRENONS. LEMARS, REJOINS-NOUS !

CISGENRE  : personne qui se reconnaît intimement et socialement dans le genre qu’on lui a assigné à la naissance. Un homme cisgenre est donc une personne qui a été assignée homme à la naissance et qui se reconnaît toujours dans cette identité.

A PROPOS DE LA MIXITE CHOISIE DE LA MARCHE : Nous (personnes ayant participé aux réunions d’organisation) avons choisi, par consensus, de reprendre la rue sans hommes cisgenres, c’est-à-dire de créer un espace plus sécure et solidaire pour nous, le temps d’une marche. Mais nous sommes également attentif.ve.x.s à la récupération raciste et/ou classiste des discours féministes et ne souhaitons pas que ce choix de mixité choisie soit utilisé comme tel. En effet, l’attention des médias se focalise souvent sur le harcèlement de rue comme preuve ultime que les hommes cisgenres racisés et/ou issues des classes pauvres seraient plus sexistes que les cols blancs et ce afin de justifier des politiques racistes, anti-pauvres et sécuritaires. Pourtant, l’hétérocissexisme est partout, dans la rue comme au supermarché, au travail comme en vacances, à la télévision comme dans les jeux vidéos, la musique, au cinéma, dans les livres, chez la.e médecin (liste non exhaustive) mais aussi dans nos vies privées et nos lits où manquent souvent d’autres témoins.

Pendant le temps de la marche, les hommes cisgenres pourront continuer à vaquer à leurs occupations, réfléchir à faciliter la présence des personnes concernées par la marche, pendant la marche, mais également soutenir leur voix et leurs décisions tout au long de l’année. Les enfants et les adolescent·e·x·s quelque soit leur genre sont les bienvenu·e·x·s.



Grèce : Des nouvelles sur la situation de Konstantinos Giagtzoglou et la solidarité

Publié le 2018-03-01 08:31:50

reçu par mail / lundi 26 février 2018

Le compagnon Konstantinos Giagtzoglou est en grève de la faim depuis 5 jours et en grève de la soif depuis 2 jours. Aujourd’hui il a été emmené à l’infirmerie de la prison [de Larissa; NdAtt.] après s’être senti mal. Maintenant, il pèse 55kg (avant il pesait 61kg). Malgré les promesses du Ministère de la Justice, à cette date (lundi) il n’y a pas eu de nouvelles à propos de sa demande d’être transféré de façon stable à la prison de Korydallos.

Concernant les action de solidarité, quelques dizaines d’anarchistes ont occupé le bâtiment central de l’Université Nationale, à Athènes, dans le centre-ville.

– Un groupe d’anarchistes a attaqué l’extérieur de la prison de Volos avec des cocktails Molotov, le 25 février.
– Un groupe d’anarchistes a attaqué des flics anti-émeute stationnés dans le quartier d’Exarcheia, à Athènes,  le 25 février [pour plus de détails sur ces deux attaques, voir ici; NdAtt.].
– Un groupe d’anarchistes a attaqué des banques et des bureaux d’entreprises, dans la rue centrale de la ville de Patras, le 26 février.
– Une cellule de la Fédération Anarchiste Informelle nommé « Collaboration de anarchistes inflexibles – FAI/FRI » a revendiqué 5 attaques incendiaires contre des véhicules de fachos bien connus, les bureaux d’une télé d’extrême droite, une voiture diplomatique et les bureaux d’une entreprise de vêtement branchés appartenant à la femme du chef du parti « Nea Democratia » (il s’agit du plus gros parti de droite en Grèce, qui incarne aujourd’hui l’opposition au parlement)

Un groupe de compagnon.ne.s de Ntinos

Bure, France: Point de situation au 27/02 – le week-end du 3/4 mars, son program

Publié le 2018-03-01 08:31:53

*Point de situation au 27/02*

Depuis le 22 février, après l’expulsion largement médiatisée du bois Lejuc, de nombreuses personnes ont continué à occuper les arbres en hauteur, à silloner et arpenter la forêt pour surveiller les gendarmes mobiles, à observer si des travaux débutaient, à ravitailler et soutenir les chouettes hiboux perché-e-s dans les cimes. D’autres se sont concentrées sur le suivi antirep pour tous-tes les camarades passées en vérif’ d’identité, en garde à vue, et pour les deux personnes actuellement en détention préventive. D’autres assurent un accueil de plus en plus large pour les personnes qui arrivent à la Maison de résistance, ou dans les différents lieux dans lesquels nous habitons tout autour. Et, surtout, prennent soin les un-e-s des autres après cette épreuve.

Pendant ce temps, la préfecture ne démilitarise pas la zone, et passe des arrêtés hallucinants pour interdire toute circulation autour du bois Lejuc… Lundi 26 février des camions et des pelleteuses ont été vu.e.s travaillant dans la forêt. Cela va probablement continuer dans la semaine. On essaie de vous tenir au courant de toutes les nouvelles via les actualisations régulières sur vmc.camp. La situation est extrêmement mouvante, donc revenez aux nouvelles souvent!

*Maintien du WE intercomité*

Au milieu de tout ça, la date des 3-4 mars tient comme une pierre au milieu du torrent ! Chaque jour nous nous organisons pour préparer l’accueil des centaines de personnes qui viendront ce week-end. La logistique du dodo est en route, ainsi que les cantines collectives. Il y a dans tout cela une bonne dose d’imprévu et d’improvisation, et toutes les énergies de l’autogestion sont et seront les bienvenues pour nous permettre d’organiser ce week-end, et la suite, et faire face à la violence de l’État et ses milices, suite à l’expulsion et au harcèlement policier permanent…

Le 22 février n’a pas été qu’une expulsion : ça a aussi été une chaîne de solidarité incroyable de plus de 70 rassemblements en France et en Europe. 300 personnes à Paris, 200 personnes en manif sauvage à Nantes ou Rennes, 20 personnes bloquant les trams pendant une petite demie-heure à Strasbourg, des vitrines d’EDF étoilées à Toulouse, des tractages sur les places publiques à Lons-le-Saunier, une photo de solidarité à Gorleben et Leipzig en Allemagne et Skouries en Grèce, et tant d’autres moments… De nouveaux comités de soutien créés en Vienne, dans le Finistère, à Metz, etc.  Le gouvernement a communiqué sur l’expulsion d’une « quinzaine » d’occupant-e-s du bois Lejuc mais ce sont des milliers de personnes qui sont sorties dans les rues partout…
Ça ils ne pourront jamais l’expulser.

Le week-end du 3 & 4 mars, nous aimerions que ces comités, existants ou en cours de création, ainsi que toutes les personnes qui ont envie de lutter avec Bure partout où elles sont, puissent, à la manière qui leur plaît et si elles le désirent, manifester et visibiliser qu’elles luttent déjà avec Bure depuis de nombreux lieux, rendre tangible cette chaîne de solidarité… On suggère ici des pistes qui sont uniquement à prendre comme des invitations : par exemple, préparer des banderole créatives symbolisant les villes des comités et les luttes qu’iels mènent (oules banderoles utilisées lors des rassemblements du 22 février), ou tout autres objets et symboles à cet effet, etc. Ou encore rapporter des combinaisons blanches, de la peinture, des beaux masques de hiboux personnalisés et customisés, etc. Nous appelons aussi les gentes qui vont venir à, autant que faire se peut, ramener des tentes, vêtements chauds, bottes, frontales, nourritures, etc, de quoi être un maximum autonome… Nous essayons de prévoir des couchages et logements
pour tous-tes mais c’est bien si tout le monde assure au maximum au cas où nous sommes trop nombreux-euses…

Il y a également une première liste logistique des besoins matériels d’urgence. qui sera complétée bientôt.

* Note sur la prise d’image et de son les 3-4 mars*

En venant ici, il faut prendre en compte que nous venons de vivre un épisode repressif très fort, où les forces de police cherchent à
identifier les hiboux pour mieux les enfermer. Nous vous demandons donc votre compréhension lorsque nous exigeons de ne pas prendre d’images ni même de sons. Si c’est vraiment votre dada, contacter l’équipe automédia une fois sur place pour la rejoindre. Nous montrerons une tolérance nulle, par nécessité, à toute image ou tout enregistrement pris en dehors du cadre de l’automédia. Si vous avez de bons appareils que vous souhaitez mettre à disposition, ça pourrait nous intéresser.

*Programme général du WE*

Le déroulé du week-end est encore en train d’être discuté. Nous avions dit avant l’expulsion que nous voulions absolument prendre un temps de rencontres et discussions largement pour renforcer la lutte en France et en Europe, et nous comptons bien tenir ce temps là parmi toutes les autres choses.

Pour l’instant les premiers éléments du programme sont :
– Vendredi 2 au soir : accueil permanent dans la cuisine de la Maison de résistance de Bure (BZL) pour aider à la répartition des couchages, à l’inclusion dans les tâches d’autogestion etc. À 18h30, un premier temps d’accueil et d’information sera proposé avant de manger !
– Samedi 3, en  matinée (À Mandres-en-Barrois) : rencontres et discussions entre les différents comités de lutte et les différentes
personnes désireuses de soutenir la lutte à Bure. Le programme détaillé arrivera très vite.
– Samedi 3, après-midi : construction d’une vigie aux abords de la forêt.
– Dimanche 4 : poursuite des activités du samedi !

Il y aura en parallèle du programme sans doute des quantités de choses pas annoncées, un peu de joyeux chaos, beaucoup d’improvisation. Quoi qu’il en soit, nous porterons (et vous encourageons à porter) une grande attention à ce que tout le monde puisse, au maximum, trouver une place et se sentir bien.

Nous vous attendons nombreux-euses le week-end du 3-4 mars (ou avant, ou après) !

On ne nous atomisera jamais !

Quelques hiboux de Bure.

informations en allemand

Combattre la répression quotidienne dans les prisons

Publié le 2018-03-03 14:36:10

Dans les prisons, le quotidien n’est que répression. A travers l’enfermement ou l’arbitraire de ses décisions, l’administration pénitentiaire harcèle et violente les prisonnier-e-s et leurs proches. Il est temps de combattre cette sordide banalité.



Il y a encore quelques jours était publié un texte des proches d’Antonin Bernanos dans lequel elles/ils expliquaient les conditions intolérables d’enfermement qu’il subit. Samedi dernier, lors d’un événement organisé par le collectif libérons-les, Geneviève Bernanos, la mère d’Antonin, expliquait qu’Antonin vivait une situation similaire à l’ensemble des prisonnier-e-s de France. C’est ce que nous souhaitons rappeler à travers ce texte : ce sont soixante-dix mille prisonnier-e-s en plus de leurs proches qui souffrent aujourd’hui de ces mêmes conditions inhumaines. Pour faire en sorte que les mécanismes répressifs dans les prisons françaises ne soient pas passés sous silence et encourager à lutter contre la prison dans son ensemble.

Soyons clair, ce que subit Antonin est intolérable : que ce soit l’enfermement, l’interdiction de communiquer avec l’extérieur, les transferts, les changements de cellule ou encore leur fouille punitive. Ce qui gêne dans ces textes, ce ne sont pas ce qu’ils combattent – nous aussi souhaitons voir les prisons en feu ainsi que le système de contrôle social qu’elles portent – mais la manière dont est présenté l’intolérable quotidien des prisons françaises qui semble devenir une mesure d’exception réservé à un militant qui a été médiatisé. Mais ce n’est pas le cas, ce qui est raconté est bien l’atroce banalité des prisons.

Les mesures subies ne sont pas exceptionnelles et ne sont pas réservées à un prisonnier qui tient un discours politique depuis l’intérieur des murs. Présenter ces mesures de la sorte revient à nier la répression quotidienne des matons et cette répression n’est pas plus tolérable lorsqu’elle touche d’autres formes d’insoumission à l’arbitraire carcérale.

Il semble donc nécessaire de rappeler les banalités intolérables des prisons françaises ; avec l’espoir que ce rappel mobilisera pour la lutte anti-carcérale et étendra les solidarités envers tou-te-s les prisonnier-e-s et leurs proches.

Non, en France, un-e prisonnier-e n’a pas le droit de parler. Sa parole est contrôlée par l’administration pénitentiaire : les matons lisent l’ensemble de sa correspondance et ne se prive pas de la censurer ou d’arrêter un coup de fils lorsqu’ils considèrent que cela est dangereux (par exemple : hier, mon codétenu s’est fait défoncé par les matons, j’ai peur pour ma gueu.Biiiippp… Biiiippp… Biiiippp…). Savez-vous que l’administration pénitentiaire a le droit de refuser qu’un détenu s’exprime à visage découvert dans un documentaire ? Comme cela a été le cas pour le documentaire Le déménagement interdit de diffusion à la télévision durant deux ans car sa réalisatrice a refusé de flouter des personnes qui souhaitaient s’exprimer face caméra.

Oui, les fouilles de cellule sont utilisées comme punition. Tous les matons de France savent qu’il y a des téléphones et du shit dans la grande majorité des cellules (surtout que bien souvent ça leur permet d’arrondir leur fin de mois). Surtout, c’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de tou-te-s les détenu-e-s. Il suffit qu’un maton se dise "aujourd’hui, c’est lui que je veux faire chier", il fait une fouille de cellule et peut envoyer n’importe qui au mitard (le mitard, c’est la prison dans la prison – tu es seul.e en cellule tous les meubles sont soudés au sol, le matelas est parfois enlevé la journée, tu n’as le droit qu’à une radio, tabac, bouquin, stylo et papier).
Lorsque un.e prisonnier.e montre publiquement qu’il.elle a accès à des choses illégales en prison, l’Administration Pénitentiare ne laisse pas passer. Ce n’est pas une question de discours politique… Bibi-craveur qui a filmé un clip de rap en détention, les boys de Villepinte qui font un mannequin challenge… BigUp à tous de forcer ces espaces de liberté que ce soit pour une prise de parole politique pour Antonin, artistique pour Bibi-craveur, ou juste un délire pour les gars de Villepinte. Surtout qu’on sait que vous avez mangé derrière.

Oui, les « décisions de gestion des établissements » sont des attaques supplémentaires. Une fois qu’un-e prisonnier-e a passé les murs de la prison, l’Administration Pénitentiaire a les pleins pouvoirs sur son devenir. Arbitrairement, elle peut décider des changements de cellule, de régime de détention, et même de prison. Par ces mesures, elle tente de briser les liens qui existent entre les prisonnier-e-s et avec l’extérieur, et les solidarités qui pourraient se construire. C’est aussi utilisé comme un moyen de pression afin de calmer les révoltes, avec par exemple des retours en régime fermé (22h/24 enfermé en cellule) alors qu’on bénéficiait de portes ouvertes à l’étage. Enfin, les transferts de prison éreintent les proches qui doivent toujours s’adapter aux bornes en plus et subir les retards des nouveaux permis de visite.

Non, il n’y a pas de courrier complétement secret en détention. Normalement, les correspondances avec les avocats, les juges, les autorités administratives indépendantes (contrôleur général des lieux de privation de liberté et défenseur des droits) ne peuvent être ouvertes. Mais souvent, des "erreurs" sont commises… Chacun sait que ce ne sont pas des erreurs mais bien des ouvertures illégales de courrier. Aucun maton ne sera réprimandé ou rendu responsable de ces formalités illégales, comme pour les faux en écriture des policiers.

Oui, les familles et proches de détenu-e-s subissent aussi l’incarcération. En effet, pour faire des demandes de parloir c’est la croix et la bannière. Les dossiers incomplets sont refusés. Le juge d’instruction ou la direction de la prison peuvent décider comme bon leur semble de refuser à une personne un parloir. Ils n’ont même pas besoin de justifier leur refus. Des recours administratifs peuvent être réalisés, mais ces derniers sont long et aboutissent assez rarement. Il arrive d’obtenir la décision d’un appel de refus de parloir, plusieurs mois après. Parfois même, la personne est sortie. Alors imaginez le processus d’une demande de parloir lorsque les proches n’ont pas de papiers, lorsqu’ils ne parlent pas français, …

Tout ce que nous venons de décrire est intolérable et est subi par l’ensemble des soixante-dix mille prisonnier-e-s de France. Nous n’avons décrit ici qu’une petite partie des attaques de l’administration pénitentiaire contre les enfermé-e-s. Nous n’avons pas, non plus, développé le rôle social de la prison qui est de dompter les pauvres.

Les réactions, à l’extérieur, existent (rassemblement devant Fleury pendant la grève des matons à la suite de l’appel de l’intérieur, manif à Montreuil Occupons les maisons, détruisons les prisons et autres…) mais restent peu nombreuses. Surtout, il semble que le quotidien carcéral ou le rôle social de la taule dans le monde capitaliste intéressent peu les militants, ou seulement lorsqu’un camarade est touché. L’objectif n’est pas ici d’en faire le procès, mais bien le constat, pour qu’enfin nous réagissions !

Ne laissons pas les soixante-dix mille prisonniers et prisonnières de France seuls.
Feu à la taule. Liberté pour toutes et tous.

Des proches de prisonniers et prisonnières.

Ivrea[ Italie] Greg de retour en prison

Publié le 2018-03-03 14:36:12

Greg a de nouveau été arrêté le 19/02. Il est entré dans la caserne des carabiniers où il doit pointer tous les jours depuis plusieurs mois, il est ressorti dans la voiture de la Digos qui l’a emmené à la prison d’Ivrea. L’arrestation a été ordonnée par le juge qui l’avait condamné au contrôle judiciaire, car à certaines occasions, Greg aurait signé en retard par rapport à l’heure prévue. Ce pourquoi il a pris un durcissement de peine. Dès le premier soir, des compagnons sont allés le saluer devant les murs de la prison.

 

Pour lui écrire :
Gregoire Yves Robert Poupin
Casa Circondariale Corso Vercelli, 165, 10015 Ivrea TO

Les coordonnées bancaires pour qui souhaite lui apporter un soutien :

IBAN     IT58A0347501605CC0011061808

BIC        INGBITD1

A l’intention de Giulia Merlini                                              Source roundrobin.info

Author: Article 13

Besançon : « Une rage soudaine » contre cette société pourrie, évaluée à plus de 22.000 euros

Publié le 2018-03-03 14:36:16

L’Est Républicain / Mercredi 28 février 2018

Trois mineurs, responsables présumés des multiples dégradations sur Planoise, à Besançon, le 31 octobre dernier, le soir d’Halloween ont été interpellés ce mardi. Les policiers ont mené une enquête minutieuse, plusieurs mois durant, pour retrouver les auteurs du caillassage du tramway et de l’abribus Europe-Allende, du fracassage de la porte de la piscine La Fayette et de celui d’un distributeur de billets, à coups de poing et de pieds, entre autres. « Une rage soudaine » qui surprend encore Stéphane Clément, le procureur chargé du dossier.

« Ces mineurs n’étaient pas connus de la justice. Ils se sont retrouvés en compagnie d’une dizaine d’autres individus, probablement aussi jeunes qu’eux. Il a suffi d’une étincelle, d’un petit jet de pierre, pour que tout dégénère. Toutes les vidéos ont été analysées. Trois portraits ont pu être tirés, ceux des prévenus. Un travail exigeant, ingrat, que la police a mené de main de maître, d’autant plus que la bande était en majorité cagoulée. Les trois suspects ont reconnu les faits en garde à vue. Ils n’ont pas souhaité dénoncer leurs complices. »

Le préjudice total des dégradations s’élève à plus de 22 000 €. Les trois jeunes gens, âgés respectivement de 15, 16 et 17 ans, ont été présentés au juge des enfants ce mercredi puis remis en liberté surveillée, suivis par un éducateur, en attendant leur prochaine audience au tribunal.

 

Grèce : Actualisation de la situation de Konstantinos Giagtzoglou et de la solidarité révolutionnaire en cours

Publié le 2018-03-03 14:36:19

reçu par mail / mercredi 28 février 2018

Aujourd’hui, le compagnon Konstantinos Giagtzoglou a été transféré à l’hôpital après un sérieux évanouissement qu’il a eu dans sa cellule. Les fonctionnaires du Ministère de la Justice ont informé ses avocats que la réunion décidant du sort du compagnon (à savoir si, oui ou non, il sera transféré de façon permanente à la prison de Korydallos) aura lieu vendredi, 4 jours après la date initialement promise (lundi). Vendredi, Ntinos en sera à sa neuvième journée de grève de la faim et à sa cinquième journée de grève de la soif.

Le comité de lutte des prisonniers de Korydallos a fait une déclaration, informant le Ministère de la Justice que si cette réunion n’a pas lieu vendredi, il y aura des émeutes dans les prisons de tout le pays.

Le bâtiment central de l’Université Nationale d’Athènes reste occupé et une autre série d’actions et attaques a eu lieu :

– Environ 250 anarchistes ont manifesté hier soir dans les rues centrales d’Athènes, en solidarité avec Ntinos.
– Un groupe d’anarchistes a défoncé plusieurs vitrines dans la rue Ermou (la plus importante rue commerciale d’Athènes).
– Un groupe d’anarchistes a dressé des barricades dans l’avenue Egniatia, dans le centre de Thessalonique.
– Un groupe d’anarchistes a bloqué une rue centrale de Patras.
– Un groupe nommé « Travailleurs de la nuit » a incendié une voiture d’une entreprise de sécurité privée et une voiture diplomatique, le 21 et 25 février à Thessalonique.
– Un groupe nommé « Fraction anarchiste pour l’autodéfense politique » a défoncé les vitres de deux banques, à Athènes, les 27 et 28 février.
– Un groupe nommé « Réseau Anarchiste Informel – commando Haris Temperekindis » a incendié une voiture d’une entreprise de sécurité privée (G4S) et a attaqué avec des cocktails Molotovs le siège central de la même entreprise, à Athènes, le 27 février.
– Un groupe nommé « Cellules anarchistes en solidarité et conspiration » a incendié un DAB, lancé 10 cocktails Molotov contre un bureau du Ministère de l’Agriculture, défoncé les vitrines d’un supermarché et incendié la voiture personnelle d’un flic, le 28 février à Patras.
– Un groupe de 40 anarchistes a occupé pendant quelques heures les bureaux de Avgri, le journal officiel de SY.RIZ.A., à Athènes.
– Un groupe d’anarchistes a empêché une conférence de N. Voutsis, président du parlement et un des membres les plus en vue de SY.RIZ.A., bloquant l’entrée de l’hôtel où la conférence aurait dû se tenir.

 

Un groupe d’amis de Ntinos

 

[NdAtt. : les photos sont tirées d’Insurrection news, à propos des vitrines détruites dans la rue Ermou]

Le militantisme exotique : réflexions sur les films de Yannis Youlountas

Publié le 2018-03-03 14:36:34

Trois films dans l’air du temps : “Ne vivons plus comme des esclaves”, “Je lutte donc j’existe” et le tout dernier “L’amour et la révolution”. Tel un chasseur d’images, ou plutôt de luttes, Yannis Youlountas prétend illustrer la résistance dans le sud de l’Europe. Les scènes s’enchaînent pour créer une apparence d’ensemble, pour représenter l’exotique avec le moindre effort. Et c’est ainsi que cet opérateur-explorateur s’invente une convergence de luttes et usurpe le rôle de l’expert. Nous sommes alors le public d’un spectacle. Notre rôle est réduit à consommer ces images et d’éprouver de l’admiration pour ce qui se passe ailleurs.



Comment mieux résumer ces films que par les paroles de leur réalisateur ? Yannis Youlountas décrit son travail cinématographique comme un voyage en terre de résistance et de luttes. Nous lisons également sur son site que c’est avec poésie qu’il délaisse l’analyse chiffrée pour un voyage émouvant. Et effectivement, il ne tente pas d’analyse. Il n’approfondit aucun sujet qui émerge de ses rencontres. Dans son deuxième film "Je lutte donc je suis" il tente cependant un fil rouge en déléguant la parole, entre autres, à Eric Toussaint -membre fondateur du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde) mandaté par le gouvernement Syriza - qui voit la crise principalement comme une affaire comptable. C’est précisément ce type d’approche technocratique qui peine à relever les transformations que nos sociétés subissent ces dernières années. Les images représentant des luttes, qui ne manquent pas depuis 2008, s’inscrivent alors dans une relation de cause à effet, où la cause est l’austérité, pour citer le réalisateur lui-même, et l’effet l’agitation, ou pour être plus précis le manque de calme. Suivant la loi d’action-réaction, Youlountas nous invite à observer les réactions, et ceci à travers des cartes-postales en mouvement d’un zoo humain grandeur nature.

Des non-témoignages

Si l’intention du réalisateur est de récolter des témoignages ou bien de donner la parole aux luttes, cette parole ne nous parvient pas car il la fait disparaître dans son propre bavardage. Ces films sont constitués d’une immense quantité de scènes éparses : des luttes, des militant.e.s, des images d’émeute, des groupes politiques, des lieux, des initiatives, des partis politiques, des artistes d’envergure internationale, des paysans. Tout y passe. Comme un zapping. Faute de thème, toutes ces séquences isolées ne sont reliées que par des moyens purement techniques : une citation, de la musique, une superposition d’images. Comme si l’accumulation d’informations suffisait pour rassembler, dépasser les clivages et faire converger les luttes (dixit Florian Salazar-Martin, Maire Adjoint à la Culture de Martigues dans La Provence le 05/09/2015). Mais cette convergence n’existe que sur les écrans.

Youlountas donne ainsi l’impression que tout ce monde lutte ensemble. Mais quel est le lien, et dans quel récit, entre le NON du référendum en Grèce, la nostalgie de la résistance pendant la dictature des colonels (1967-1974) et les émeutes sur fond musical ? Que partagent les militants du centre médical autogéré à Exarchia (quartier dit “anarchiste” au centre ville d’Athènes) et la tenancière d’un bistrot privé qui se plaint des effets catastrophiques que subit le domaine du tourisme à cause de la crise ?

L’exotisme sensationel

Cette dernière précise que les visiteurs choisissent la Grèce pour “sa sauvagerie” et le “fond intrinsèque un peu libértaire” de ses habitant.e.s. Et ce fantasme, n’est pas seulement celui des touristes.

Ces dernières années, une fascination s’est créée autour des luttes des pays du sud de l’Europe, et notamment en Grèce et en Espagne. Ces sociétés sont idéalisées, les milieux militants sont sublimés, le cocktail Molotov est idolâtré. On s’y rend pour s’évader, la conscience tranquille : on ne fait pas juste du tourisme (c’est bien cette démarche-là qui a donné lieu au Volontourisme, désormais institutionnalisé). Nous apercevons bien l’explorateur-opérateur chez Yannis Youlountas qui se charge de relayer à son public francophone ses aventures exotiques dans les milieux militants du sud.

Mais toutes les séquences de ces films sont systématiquement extraites de leur contexte. Elles sont recontextualisées dans un montage qui vise à provoquer des émotions. Et ceci s’adresse à une autre société, et notamment aux pays européens francophones. Le sensationnalisme s’avère une fois de plus être un bel outil. La pitié revient de plus belle. Notre baroudeur ne s’est pas gêné de demander ce qu’une grecque aurait à transmettre à un ami français imaginaire (un peu comme écrire au père Noël). Comme il ne s’est pas gêné d’illustrer la fameuse crise, sur une bande-son un peu tristounette, par des plans sur des sans-abris, des gens qui dorment dans un train de nuit (!), tous et toutes filmé.e.s à leur insu. Et enfin, il enchaîne avec des images d’enfants insouciants qui jouent et de personnes en exil qui mangent, qui font du sport et qui s’intéressent à la civilisation grecque (à une statue de Sophocle plus précisément !). Bien évidemment, cela sous-entend une reconnaissance de la part de ces personnes en état de vulnérabilité.

L’appropriation et l’héroïsation

Or la réalité sociale ne peut pas être représentée à travers ce fétichisme voyeuriste et sensationnaliste. Yannis Youlountas en est très bien conscient. En mettant en place un exotisme par tous les moyens possibles, il s’offre une distance de sécurité entre son public francophone et les terres de son périple. Ainsi il se donne la possibilité de revendiquer aisément sa place dans son récit : il se fait passer aux yeux des spectateurs pour quelqu’un de l’intérieur, pour celui qui a réussi à pénétrer dans les milieux militants locaux. Étant donné que Yannis Youlountas souhaite transmettre l’enthousiasme, les utopies en marche et la joie de créer, il a besoin, pour y parvenir, de planter un décor de misère dans lequel se produisent des héros et des héroïnes. Il se place alors sur les côtés des personnes qu’il choisit de sublimer. Dès lors, il peut se présenter en tant que camarade anarchiste grec. Il se flatte alors d’être à la fois le messager et l’expert.

Et il n’oublie pas que la fin justifie les moyens. Afin de pimenter ses aventures et affirmer sa place, il inclut dans son montage des séquences qu’il n’a pas filmé lui-même, sans pour autant nous en informer. Yannis Youlountas emploie la même tactique lorsqu’il se met à écrire (ou à parler). Il n’hésite pas de s’approprier d’une assemblée publique et s’inventer la qualité de membre de l’assemblée d’occupation de l’Ecole Polytechnique à Athènes pour signer son article "Athènes sur un volcan" (par ailleurs bourré d’impertinences et de comparaisons foireuses). Comme il n’hésite pas à nous exposer, toujours en tant qu’expert, "les dessous de l’assassinat de Pavlos Fyssas" ou bien de nous expliquer en 8 minutes "Comment aider la résistance grecque".

Or ce concept de résistance grecque est monté de toutes pièces. Et Yannis Youlountas en est certainement au courant.



LA RUE OU RIEN

Publié le 2018-03-03 14:36:37

Lettre de Laura depuis le centre pénitentiaire de Nancy (01/03/2018)

Publié le 2018-03-04 22:33:03

[marron]NdNF : Laura a été enfermée le 23 février, ainsi qu’un autre, dans la foulée des évènements qui ont suivi l’expulsion du Bois Lejuc, forêt occupée àBure (Meuse) depuis un an et demi contre un projet de centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Le jour de l’expulsion, la presse faisait état de « sept gardes àvue en cours, une àla suite de l’évacuation du bois Lejuc et six pour outrages et/ou violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique dans le cadre d’une perquisition menée àla Maison de résistance àBure dans l’après-midi  ». Pour le moment nous n’en savons pas beaucoup plus, mais nous saluons Laura, chaleureusement et solidairement.[/marron]



J’esquive un peu l’hypnose télévisuelle pour vous écrire depuis la MAF de Nancy. Comme disait Hafed démystifier la prison c’est déjouer la « Â meilleure des polices  », la peur de la répression.
Je sais que le compagnon est làaussi, côté "hommes", dans le bâtiment arrivants. Après le repas je guette parfois, fenêtre entr’ouverte, histoire de déceler sa voix au milieu des cris du soir.
Ici, vue imprenable sur les HLM, le mirador, les murs, les grilles, le terrain de basket, ses grilles surmontées de barbelés àrasoirs, la grille fixée àla fenêtre, les cinq barreaux, la vitre. J’oublie sà»rement une grille ou deux. Ici tout est ordre, calme et dà»reté.
Une balle en mousse fluo casse un peu la grisaille des lignes droites. Lino, bitume. Mes semelles n’ont pas touché la moindre terre depuis ma capture. La terre, un carré d’herbe, c’est le terrain de jeu privé des corbeaux àcôté de la cour de « Â promenade  ». Le vent sibérien ne nous fait pas toutes renoncer àces tours en rond, parfois quelques passes de ballon.
Ambiance collège samedi après-midi. On discute, on rigole au soleil, le cul par terre. L’ennui nous incite ànous surveiller entre nous. Qui a de belles baskets. Qui a des poux. Qui a buté ses gosses. Qui se cahetonne àmort.
Les grilles fixées aux fenêtres sont làpour empêcher les yoyos et parachutes. On s’en fout des réprimandes matonnes, on y coince des morceaux de pain, solidaires des oiseaux au milieu de ce désert en béton glacé. Deux d’entre eux nichent dans les spirales de barbelés, pour se protéger des corbeaux me dit une détenue. À trente et quelques, c’est tendu de faire tomber ces grilles (facturées 250 ou 400 euros pièce) et d’arracher un rapport de force en notre faveur. Côté "hommes", ils sont 800, elles seront tombées.
Comme dit une compagne de promenade : « Â tu peux même pas essorer ta serpillère. Tu restes avec ta merde àl’intérieur.  »

*

À mon arrivée, une nuée de corbeaux me fait un dernier clin d’oeil, puis les gendarmes me lâchent en cage. En donnant mes empreintes je pleure de rage, la mise ànu me gèle même si la matonne ne me touche pas et ne me regarde pas par le trou du cul. On m’amène au bureau des matons de veille qui s’assurent qu’une suicidée ne viendra pas troubler leur ronde de nuit pénarde. En mal de connivence face àmon air renfrogné, l’un d’eux me demande de « Â quelle origine  » je suis, et m’annonce qu’il est algérien. À quoi je réponds, je m’en fous.
Comme dit Bonnano « Â ils nous répriment avec tellement de bienveillance  »Â ; les matonnes ne comprennent pas pourquoi leur "ça va ?", "ça va ?", "ça va aller ?" se heurtent àun "non, je suis en prison. C’est une question stupide". Ou encore : "Vous m’avez l’air chafouine". Je devrais avoir le sourire, apparemment "ici, c’est pas le pire !", et même que d’après l’aumônière catho "chez les hommes, c’est pire"…
Les Soeurs nous bénissent de leur visite une semaine sur deux, j’ai hâte. Les cathos, toujours làoù il faut. Elles occupaient ma daronne dans la toute nouvelle nation algérienne, elles lâchent pas l’affaire avec nous. Le temps disjoncte ici.

*

L’espace parle de lui-même. Le chtar est au bout du bout de la chaîne de l’usine sociale sur les hauteurs de Maxéville, le Haut-du-Lièvre. Quand je découvre ce quartier où une partie de ma famille a vécu un temps, les gendarmes me font serrer les dents. « Â On est loin de la Place Stanislas ici ! Je comprends pourquoi je suis jamais venue ici  ». « Â Y a le camp des manouches là-bas, regardez, et avant yavait un camp de Romanos  ». « Â On est quand même mieux dans une cabane du bois Lejuc !  ». Et je vous passe les détails du show.

*

La grève des matons en janvier a laissé des traces de rage bien vives chez mes compagnes de promenade. Seul signe avant-coureur : des portions de petit-dèj en plus. Le lundi, premier jour, l’unique repas de la journée leur parvient à16h30. Les mardi et mercredi elles ne sont nourries qu’à17h et 17h30. Le début de semaine est crucial pour commander et recevoir les cantines, celles-ci n’arrivent que le mercredi. Pas de promenade, d’activité ni de cours. Les gentes sous méta ne reçoivent leur traitement qu’en fin de journée, au lieu du matin. La tension est implosive, les CRS débarquent et asphyxient les couloirs le mercredi (ou le jeudi). Les "hommes" saccagent leur cage, les meubles volent, les portes tremblent. Le jeudi, côté "femmes", une promenade d’1h30 est accordée, le repas de midi, toujours pas.
Vendredi, « Â retour àl’anormal  » en raison du recours d’un.e détenu.e, plus tôt que prévu. Une détenue fait grève dans la grève, elle refuse de bosser dès le lundi.

*

En 2016, une matonne fait la maline au moment de la distribution du repas et se prend un coup de fourchette dans le cou. Elle ne taffe plus ici. Côté "hommes", une matonne dite "la Camionneuse" est cernée sur le parking et se fait casser les poignets àcoups de lattes. Elle est toujours là.
La rébellion côté "meufs" est moins spectaculaire ; elle pousse dans les interstices qui échappent àla surveillance permanente, àla loi du néon. Je passe le relais àvos imaginations.
La normalité de genre, la guedro, les gosses font une grande part du taf de pacification avant l’incarcération. Les matonnes n’ont pas grand-chose àmater et trouvent le moyen d’économiser le moindre geste. Juste avant le sondage des barreaux l’une d’elles me crie « Â Fenêtre !  ». « Â Ben oui, je vais pas ouvrir la fenêtre en plus  » elle me précise, àquoi je lui réponds : « Â ah ben non, sinon vous risquez un TMS  ».
Des années àmordre la colère, avec quelques-unes on se deale notre rage. Finalement je retourne en adolescence, même journées àregarder des clips àla télé, àlire, avec des bâtiments HLM àl’horizon.
Près des boîtes aux lettres, une affiche me fait marrer àchaque fois que je passe devant. Quelque chose comme "la violence en détention n’est pas acceptable. Ne restez pas seul". Vos gueules les miséricordieux.
Je ne crois en rien, ni au hasard. La rage de penser que les deux personnes aux noms pas très dans la norme ont été les seules àrefuser de les donner aux keufs, jusqu’au déferrement. "Camarade", viens me dire que je vois des rapports de domination partout, tu embrasseras mes phalanges.
Compagnes, compagnons, on s’écharpe, on s’écharpe (racialistes VS anti-racialistes), la réalité s’en fout elle et trace plus vite que nos idées. Entre détenues, si nos rapports sont surtout utilitaires, le racisme amplifie des détails infimes mais déterminants. Une détenue bulgare sur le point d’accoucher me raconte, en anglais, qu’une de mes compagnes de promenade lui a servi de bonnes portions de bouffe. Mais depuis, la personne de service a changé et elle n’est pas assez nourrie. Toutes nos demandes ou presque passent par l’écrit en interne, elle n’a pas d’interprète et une seule matonne parle anglais.

*

J’ai trouvé les articles de l’est républicain àla bibli. Celui de F-X Grimaud : un hélico, un drone, 500 gendarmes, le général d’armée Richard Lizurey en personne contre 15 "zadistes" ; j’en rigole depuis ma cage. « Â Aucun blessé  », j’en ris noir ; le compagnon bouclé dans la cellule de GAV voisine de la mienne a demandé àêtre soigné, que ses pansements soient changés.
L’ANDRA est pressée de « Â rétablir les chemins de circulation  » dans la forêt. Circulez, ya rien àvoir. Pas de souche, pas de flammes, ni de rouge-gorge. Pas de ver, de renard ni de lichen. Circulez, y a rien àvoir, mange-toi tes contrôles d’identité, fais-toi capturer, finis àFleury (je pense àtoi), finis àNancy.
Pour le moment.
Pour le moment j’observe les corbeaux perchés sur les câbles qui se croisent au-dessus de nos têtes, entre des murs qui finalement ne font pas une grande différence.

En attendant, que nos "camarades" si avisé.es se pavanent dans les médias.

[/ « Â On en était venu àadmettre que les cochons, étant manifestement les plus intelligents des animaux, décideraient àl’avenir de toutes questions touchant la politique de la ferme, sous réserve de ratification àla majorité des voix  »
La Ferme des Animaux./]

Collaborez avec la société spectaculaire-marchande, nourrissez les keufs tout en vous croyant critiques voire subversifs. Vous restez des bouffon.nes àmes yeux, prêts àtoutes les acrobaties sémantiques et bricolages idéologiques, du moment que vous tirez profit des luttes. Mon "moment historique" comme tu dis "camarade" se conclut dans une cage verrouillée àmultiple tour. Niquez vos maires, donc.

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Un merci tendre aux compagni. Le lendemain de la destruction de vos maisons àcoups de bulldozer, vous avez eu la force de vous taper la force répressive. Je me suis sentie moins seul. Prenez soin de nos compagnons non humains, des autres copaines et de vous, prisonniers, mutines et déserteurs de la guerre sociale. J’ai hâte de vous revoir mais plutôt hors des murs ; je refuse l’idée que vous vous retrouviez enfermé.es ici, même une heure.

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De l’école àla prison il n’y a qu’un pas et certains s’étonnent encore que des lycées du 93 crâment. Les matonnes nous appellent "les filles". Elles me grondent quand je porte mon bonnet àl’intérieur et les mains dans les poches. Elles nous font "chut !" dans les couloirs, nous crient "Restez àvotre place !" en agitant l’index losqu’on tape àla porte parce que notre ligne n’a pas été ramassé à7h. Une matonne pro-active surnommée Adolf m’embrouille parce que je garde un briquet dans ma veste et que je ne fume pas ; « Â vous voulez mettre le feu ?  ».

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La rage n’a pas de plan, elle n’a pas de montre. Elle n’attend pas la "temporalité" dictée par les gestionnaires stratèges. En 2005 elle n’a pas attendu. En 2007 non plus ; ni 2008, ni 2011… Ni tous les jours, tout le temps.

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Clins d’oeil aux Milots : « Â Enfermez-les / Affamez-les / Enragez-les tous...  ».
Aux Sauvages Ni martyrs ni victimes, « Â Hommage àla marge… Ici il pleut en cage  »
Pour la fin du bruit des clés
Pour le chaos,
La beauté de la forêt et des émeutes dans un ciel vide,
Rage et Tendresse !

[/[Lettre datée du premier mars, reçue le 4 mars.]/]