Vive l'Anarchie - Semaine 13, 2020

Sommaire

Bram (Aude) : Une certaine idée du « déconfinement » – 21 et 22 mars 2020

Publié le 2020-03-30 02:07:06

A Bram, dans l’Aude, une partie du bourg s’est retrouvée sans téléphone ni internet. Le 21 ou 22 mars 2020, un sabotage de câbles de fibre optique a impacté le réseau de télécommunication durant plusieurs jours, notamment dans les zones de l’avenue de Gaulle, rues de la Concorde de la Paix et avenue du Razès.

Plusieurs câbles ont été sectionnés et arrachés, alors que la fibre optique venait tout juste d’être installée (il y a quelques semaines seulement). Le SYADEN (Syndicat Audois d’Energies et du Numérique) a du faire appel à un prestataire pour les réparations, qui ont duré jusqu’au jeudi 26 mars en fin de journée.

Malheureusement, ces quelques récalcitrants au confinement, bien déterminés à tout déconnecter, se sont faits rattraper par les confineurs en uniforme : gendarmes et policiers municipaux, après avoir recueilli des témoignages de quelques citoyens délateurs en faisant du porte-à-porte, leur ont mis le grappin dessus. « Les auteurs des faits » comparaîtront au tribunal pour « dégradations volontaires ».

De leurs côtés, professionnels (commerçants, artisans..) et habitant.e.s confiné.e.s ont trouvé le temps long en cette période d’assignation généralisée. En sabotant la propagande d’Etat, en brisant toute possibilité de travail à distance ou de commande d’achats en ligne, il s’en est fallu de peu pour que tout le monde sorte de chez soi pour se parler et ainsi sortir de son isolement… Peut-être que c’est ce qui s’est produit pour certain.e.s. Mais bien sûr, l’histoire relayée par la Dépêche (29.03.2020) ne nous le dirait pas. Et quand on sert à maintenir le pouvoir depuis des années, il est inconcevable qu’une telle idée, celle visant à se libérer des chaînes de la technologie et de la citoyenneté, ne leur vienne à l’esprit.

 

Comment contester une amende pour non respect du confinement ?

Publié le 2020-03-30 12:09:04

Le groupe facebook « Confinés mais pas isolés 35 » a mis en ligne un document PDF qui permet de contester une amende forfaitaire infligée pour non-respect des mesures de confinement.



Attention, si vous entendez contester une amende, il ne faut pas la régler ! Le paiement de l’amende vaut reconnaissance des faits.

Depuis le 17 mars 2020, la France est en situation de confinement, mesure consistant entre autres à restreindre les déplacements individuels afin de lutter contre l’épidémie de COVID-19.

Dans ce contexte, cette présentation des voies de recours ouvertes à tous-tes afin de contester, le cas échéant, une amende forfaitaire a pour simple objectif d’assurer à chacun le respect de ses droits, et ne vise en aucun cas à présenter une stratégie de contournement des règles du confinement, qui doivent être respectées par tous-tes, de façon responsable.

Comment contester l’amende forfaitaire ? [1]

  1.  !! Si vous entendez contester une amende forfaitaire, il ne faut pas la régler.
    Le paiement de l’amende vaut reconnaissance des faits et ferme l’exercice des voies de recours. [2]
  2. La contestation doit être formée dans un délai de 45 jours à compter de l’avis de contravention [3].
    Passé ce délai, la contestation n’est plus recevable et l’amende forfaitaire est majorée.
  3. Forme de la contestation
    Votre contestation doit être :
    • Motivée, i.e indiquer les raisons factuelles et /ou juridiques pour lesquelles vous contestez la contravention et joignez toute pièce utile à votre argumentation.
    • Adressée en LR/AR au service indiqué sur l’avis de contravention.
    • Accompagnée de l’original de l’avis de contravention (dont vous conserverez une copie).

 ! Attention : en cas d’amende forfaitaire majorée, les modalités de contestation sont différentes
Vous disposez alors d’un délai de 30 jours à compter de la réception de l’avis d’amende forfaitaire majorée pour adresser votre réclamation motivée au Procureur de la République du Tribunal Judiciaire dont vous dépendez, en LRAR, accompagnée de l’original de l’avis d’amende forfaitaire majorée et de toute pièce utile [4].

Dans quels cas contester l’amende forfaitaire ?

La régularité et le bien-fondé d’une sanction pénale sont toujours affaire de circonstances individuelles → chaque cas est particulier, des subtilités formelles et procédurales existent [5], une analyse plus poussée par un-e professionnel-le du droit est parfois nécessaire → les indications ci-après ne constituent en aucun cas une certitude d’annulation de votre amende.

Schématiquement, deux moyens peuvent être soulevés pour contester une amende forfaitaire :

  • Sur le plan procédural / formel : la procédure imposée par les textes n’a pas été respectée et/ou l’avis de contravention ne respecte pas les prescriptions formelles imposées par les textes.
  • Sur le fond : vous ne vous trouviez pas en situation de violation des règles de restriction des déplacements et de définition des déplacements dérogatoires admis, ou du moins vous estimez ne pas vous trouver dans une telle situation.

Pour apprécier si tel est le cas, vous pouvez vous référer utilement aux dispositions de l’article L 3136-1 du Code de la santé publique et au décret n° 2020-293 du 23.03.2020 qui définissent les restrictions de déplacement et dérogations admises.

Par ailleurs, les forces de l’ordre restent naturellement soumises aux principes et règles de droit commun, et doivent donc s’abstenir, lors des contrôles, de toute forme de violence, physique ou verbale, discrimination, etc.

version pdf


Notes :

[1Fondements textuels : décrets n° 2020-260 du 16.03.2020 et n° 2020-264 du 17.03.2020 applicables aux sanctions infligées avant le 24.03.2020 ; décret n° 2020-293 du 23.03.2020, loi du 23.03.2020 relative à l’état d’urgence sanitaire (articles L 3136-1 Code de la Santé Publique) pour les infractions postérieures.
Les peines encourues sont les suivantes : 135 € pour l’amende initiale, 375 € pour l’amende forfaitaire majorée (i.e en l’absence de contestation ou de paiement dans un délai de 45 jours) ; 1.500 € s’il s’agit de la 2e contravention constatée en 15 jours ; 6 mois d’emprisonnement et 3.750 € d’amende si vous avez été verbalisé-e à + de 3 reprises en 30 jours

[2Décret n° 2020-264 du 17.03.2020 ; article 529 du Code de procédure pénale

[3Article 529-2 du Code de procédure pénale

[4Article 529-2 du Code de procédure pénale

[5Notamment dans l’hypothèse, sans doute la plus fréquente, où le contrôle d’attestation s’accompagne d’un contrôle d’identité

Avis aux militant-es

Publié le 2020-03-30 16:18:03

Imaginer ce que vous clameriez/avez clamé en cas de guerre, rejoindre l’armée.

Plutôt attaquer tout pouvoir militaire !

Par cet écrit je me désengage officiellement de votre confinement.

Si je m’en réfère non pas à vos dogmes ni à vos catastrophismes, aux statistiques :

 » Pour un total de 67,5 millions d’habitant-es (chiffreINSEE), il y a en tout et pour tout
quelques 2000/2500 décès officiels (chiffreARS) liés au Coronavirus . »

Ou 0,00003 % de décès. C’est quand même ridicule d’avoir peur du Coronavirus.

Quiconque prône le confinement seulement et seulement en cas exceptionnel de Coronavirus
participe à l’instauration d’une proto-dictature temporaire.

Vos dogmes, j’en peux plus. Vos réponses toutes faites non plus. Maintenant que vous êtes confiné-
es, au moins vous avez moins à répondre à toutes ces injonctions de vos groupes politiques, alors
parlez-nous un peu de vous !

Gnagna le vous gnagna le nous gnagna le je !

Révoltes et luttes pour la liberté dans les CRA depuis le 16 Mars/

Publié le 2020-03-30 20:01:05

Alors que d’un coté pas mal de retenu·e·s sont peu à peu libéré·e·s, les préfectures ne sont pas pour autant dans une politique de fermeture des CRA face aux risques de l’épidémie en cours et aujourd’hui la plupart des CRA sont encore ouverts et continuent à enfermer de nouvelles personnes.. À l’intérieur, les luttes continuent !



[paris] dimanche 29/03. j+13. premier contrôle sous confinement.

Publié le 2020-03-31 10:09:05

Rue de Belleville, au niveau du monoprix, j’aperçois quatres gendarmes mobiles à pieds contrôlant les passant-es. Peu téméraire mais pas paniqué, je tente une esquive par la rue des Pyrénées. Les pandores me retrouvent au croisement Pyrénées-Belleville, et c’est parti. Ils me demandent très poliment à pouvoir voir mon attestation, je m’exécute sans répondre et sans zèle. Sur l’attestation, mon vrai nom, une adresse à 4 kilomètres, et comme prétexte, achats de premières nécessités. Pour ma petite histoire, chercher des clopes dans le 93 en période de confinement un dimanche, c’est mort, je vais voir dans Paris.

Ils me demandent ma pièce d’identité, je leur répond que je ne l’ai pas et que je n’ai rien sur moi pour prouver mon identité. Ils me disent que ce sera une vérification au poste, je trouve une carte bleue au fond d’une poche, ça a l’air de leur suffire. De toute façon, je me prends la morale pour les 4 kilomètres et le gendarme le plus zélé est déjà en train de me mettre la prune.

S’ensuit une série de questions, peut-être car je suis fiché S, peut-être pas. Ils entrent mon état civil dans la tablette [2], se rendent compte, j’imagine, que l’adresse donnée ne correspond pas à celle présente dans leur fichiers. Ils me demandent si je suis locataire ou propriétaire, je réponds hébergé. Ils me demandent le nom de la personne qui m’hébergent. Je refuse dans un premier temps, mais pression de l’amende je lâche un (faux) blaze. Pareil pour le téléphone, je me balade avec les écouteurs, du coup quand je dis que je veux pas leur donner mon numéro, pression amendes, et hop ca fonctionne. Est à noté que le gendarme a essayé de m’appeler pour voir si c’était le bon. Ils m’ont aussi fait ouvrir mon sac, sans le fouiller, mais demandant ce qu’il y avait dedans. Ils me demandent quel taf je fais, je répond que je suis au RSA et que je serai trop dans la merde avec cette amende.

Je ne suis pas certain qu’ils aient enregistré les infos dans la tablette Neogend mais cela parait très probable. Ils ne m’ont pas mis la prune au final, et m’ont laissé repartir dans la direction opposée à chez moi. 20 minutes de contrôle, pression plutôt modérée mais pression tout de même. Pas de fouilles ou de palpation, une bonne part de bluff.

Continuons à combattre toute autorité.

Notes
[1] Mec, la bonne trentaine, babtou un peu schlag.

[2] A propos des tablettes https://fr.wikipedia.org/wiki/NEO_(terminal_mobile_police_gendarmerie)
On peut aussi (re-)lire le texte Technopolis dans https://avisdetempetes.noblogs.org/files/2018/02/Avisdetempetes2.pdf

Venansault (Vendée) : Confinement ? Couvre-feu ? Non, vandalisme !

Publié le 2020-03-31 10:10:04

Le Journal du pays Yonnais / lundi 30 mars 2020

[…] Après avoir dégradé la caméra de vidéosurveillance du foyer des jeunes Color’Ado, les vandales ont caillassé les baies vitrées du bâtiment. Des tables de pique-nique, des plaques sur un regard et des panneaux sur le chemin VTT ont été dégradés.

[…] La mairie a porté plainte et le chiffrage des dégradations est en cours. « La gendarmerie a des indices et est en train d’effectuer des recoupements pour mettre des identités sur les têtes vues sur les vidéos. » Selon les premiers éléments, il pourrait s’agir de deux jeunes, probablement originaires de la commune.
[…] Aussi, l’édile n’a pas hésité, dès lundi 23 mars, à instaurer un couvre-feu sur sa commune, entre 20 heures et 6 heures, jusqu’au 31 mars. Une mesure forte, comme à La Roche-sur-Yon, qui visait à faire respecter le confinement aux plus récalcitrants.
Sauf que le préfet a mis son veto, dès le mardi 24 mars, et a annulé l’arrêté. « La préfecture n’est pas favorable à ce que des collectivités prennent ce genre d’initiative. Je trouve ça dommage, mais j’obéis aux décisions préfectorales », s’est plié le maire […].

Chili : Le combat ne s’arrête pas

Publié le 2020-03-31 13:08:08

reçu par mail / dimanche 29 mars 2020

Dans les prisons et dans la rue, le combat ne s’arrête pas.
Aucune situation empêchera la propagation de l’anarchie comme la pire peste noire, contre tout gouvernement et toute forme de pouvoir.

Contre l’autorité et toutes ses cages
Insurrection et solidarité anticarcérale

Luttons contre l’isolement, à l’intérieur et à l’extérieur des prisons
Contre la facilité et la stagnation
Rien n’est fini, tout continue

Solidarité avec Gabriel Pombo Da Silva et avec los compas emprisonné.e.s au Chili, en Italie, en Grèce et partout dans le monde

Bram (Aude) : Coupure de la fibre optique

Publié le 2020-03-31 13:09:06

La Dépêche / dimanche 29 mars 2020

Depuis le week-end dernier, plusieurs habitants du centre ville étaient privés de
téléphone et d’internet.

Et essentiellement ceux qui venaient de conclure ou modifier
leur abonnement en optant pour la fibre optique. C’est le secteur avenue de Gaulle,
rues de la Concorde de la Paix et avenue du Razès qui était le plus impacté. Le réseau
de la fibre étant en cours de déploiement, c’est le SYADEN (Syndicat Audois d’Energies
et du Numérique) qui en est propriétaire et qui a demandé à un prestataire d’intervenir
pour la réparation. Arrivés sur les lieux, les techniciens constataient que l’origine des
pannes était en fait plusieurs actes de vandalisme avec des câbles posés il y a
quelques semaines qui avaient été sectionnés ou arrachés. L’intervention fut plus
longue que prévue avec des dégâts relativement importants.

Panne électrique – les impacts d’une attaque physique sur le réseau électrique

Publié le 2020-04-01 11:59:11

Renverse.co / lundi 30 mars 2020

“ Tout groupe terroriste qui souhaiterait mettre un pays à genoux a les moyens de le faire. ”
Grégoire Chambaz, Capitaine de l’armée suisse, au sujet des attaques sur le réseau électrique

Qu’ont en commun les aéroports, les installations de traitement de l’eau, les stations-service et les machines à espresso ? Une dépendance à l’égard d’un réseau fiable et stable de production et de distribution d’électricité. Dans le monde entier, nos réseaux électriques sont vieillissants, sur-sollicités, et de plus en plus exposés aux attaques. La centralisation et l’interdépendance accrue de ces réseaux signifient que le risque de défaillance à grande échelle n’a jamais été aussi grand. La prochaine fois que les lumières s’éteindront, elles pourraient ne plus jamais s’allumer.

Avant toute chose, imaginons ce que provoquerait une coupure de courant généralisée (un blackout). D’abord, les lumières, les vidéoprojecteurs et ordinateurs s’éteignent. Faute de pouvoir travailler ou étudier, vous cherchez donc à sortir. Il s’avère que la plupart des portes automatiques et portiques ne marchent plus, mais finalement vous parvenez à regagner la rue.

Vous souhaitez peut-être manger quelque chose. Cela dit, vous rencontrez plusieurs problèmes. Premièrement, si vous n’avez pas de monnaie, vous ne pouvez rien acheter, car la carte bancaire a besoin du réseau pour fonctionner. Au bout de quelques heures, l’ensemble des denrées qui étaient congelées dans les restaurants et supermarchés doivent être consommées ou jetées, ce qui entraine d’énormes pertes. Enfin, la plupart des plaques de cuisson étant électriques, vous devez probablement ressortir votre réchaud de camping pour pouvoir cuisiner.

Bien évidemment, les avions sont immédiatement cloués au sol faute de contrôle aérien. Les trains et transports publics (tram, métro) marchent à l’électricité, ils sont également à l’arrêt. La circulation terrestre est gênée, car les feux de circulation sont éteints, provoquant accidents et ralentissements. Cependant, cela ne dure pas bien longtemps : les pompes à essence fonctionnent aussi à l’électricité. Bientôt, les routes se vident.

Les échanges monétaires cessent, la bourse s’interrompt immédiatement. Sans informatique, sans communication, sans transport, la plupart des activités économiques s’arrêtent.

Vous suivez toutes ces informations avec attention. Puis vos téléphones, les antennes relais et les postes émetteurs n’ont plus d’énergie en stock. À partir de là, les nouvelles ne vous parviennent que de manière sporadique. Les décideurs aussi naviguent à vue : sans instruments de contrôle ou de communication centralisés, ils sont assez impuissants.

Le blackout : un super-risque

Vous l’aurez compris, l’électricité est critique. Elle est nécessaire pour tous les pans de notre activité, et nous ne savons plus vivre sans. Voici ce qu’explique Grégoire Chambaz :

En quoi le risque de blackout est-il si singulier ? Avant tout, il s’agit d’un risque directement lié à un secteur critique, ce qui n’est pas le cas d’une pandémie ou d’une crise économique. Ce secteur critique, c’est l’approvisionnement en électricité. En effet, sans électricité, nos sociétés ne pourraient pas fonctionner. Si elles peuvent se permettre de se passer quelques jours de pétrole, une coupure de courant les affecte immédiatement.

Comment cela se fait-il ? Pour deux raisons principales. La première, c’est que l’électricité irrigue tous les autres secteurs et infrastructures critiques. Ceux-ci sont pratiquement incapables de fonctionner sans elle. La deuxième raison, c’est que le blackout paralyse les deux secteurs critiques les plus importants après l’électricité, à savoir les télécommunications et les systèmes d’information. Sans eux, la coordination devient très difficile, surtout lors d’une situation de crise comme celle d’une coupure de courant. Cette centralité de l’électricité a été mise en évidence en 2010 dans un rapport de l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) sur la criticité des secteurs critiques. L’OFPP y définit la criticité comme « l’importance relative d’un secteur critique en fonction des effets que son arrêt ou sa destruction auraient pour l’économie et la population ».

Dans ce cadre, le rapport effectue une évaluation qualitative (sur quatre degrés : 0, 1, 2, 3) de l’importance de chaque secteur critique par rapport aux autres. Les résultats font apparaître la centralité de l’approvisionnement électrique, touchant plus de secteurs que tout autre et provoquant le plus d’effets sur l’ensemble (voir tableau ci-dessous). Les systèmes d’information et les télécommunications passent respectivement en deuxième et troisième position. À l’inverse, les secteurs les plus vulnérables à l’arrêt des autres sont les services de secours et hôpitaux. En conséquence, la criticité de l’approvisionnement électrique détermine le blackout comme le risque plus important et motive sa qualification de « super-risque ».

“Le blackout, un « super-risque » : Une explication par la criticalité“, G. Chambaz, RMS No 05-2018 (cf. plus bas)

Recouvrement du réseau

Quand tout le réseau électrique s’est effondré, redémarre-t-il en quelques instants ? Pas si simple. C’est une étape très délicate, parce que la demande doit être en permanence ajustée à l’offre, alors que les consommateurs veulent juste utiliser de l’électricité. Cette reconstruction se fait petit à petit, secteur par secteur, le tout sans télécommunication. Cela peut s’étaler sur des mois. Si le blackout ne dure qu’une journée, la récupération est rapide. S’il dure plus de 48 h, la récupération du réseau est moins probable, voire impossible. Tous les instruments qui pilotent les réseaux sont alimentés eux-mêmes en électricité, ils ont une autonomie de 2 à 5 jours. Une fois qu’ils n’ont plus de batterie, il faut se rendre sur place pour les redémarrer, de manière synchronisée avec le reste du réseau, toujours sans télécommunication. Si l’on n’a pas rétabli le réseau au bout de 5 jours, il ne pourra pas l’être sans aide extérieure. Si le blackout est régional, il y a des services d’urgence et de réparation qui peuvent être dépêchés. S’il est national ou continental, la situation peut perdurer voire même être fatale pour le réseau.

Ce scénario — catastrophique pour certains, rêvé pour d’autres —semble en tout cas irréaliste. Et pourtant… Ce réseau dont nous dépendons tant est loin d’être aussi solide qu’on pourrait le croire. Cela notamment à cause d’un élément : les transformateurs.

Les transformateurs, pièces centrales du réseau

On trouve des transformateurs à tous les niveaux du réseau. Le rôle d’un transformateur est simplement de modifier la tension de l’électricité. Certains l’augmentent pour qu’elle puisse circuler sur de longues distances (sur des lignes « haute tension »), d’autres la baissent afin qu’elle corresponde à la tension de nos prises de courant. Ils sont donc nécessaires pour raccorder les différentes pièces du réseau.

Il y a de très nombreux transformateurs, des petits, standardisés, qui se trouvent toutes les 3 à 4 maisons. En cas de défaillance, ceux-ci sont facilement remplacés. Et puis il y a ceux qui passent de la haute à la basse tension, qui sont énormes (et vieillissants). Ce sont ces derniers qui nous intéressent.

Ces choses sont monstrueuses, elles coûtent des millions d’euros, pèsent jusqu’à 350 tonnes. Elles font la taille de conteneurs d’expédition, entièrement constituées d’acier et de cuivre (métaux qui participent pour moitié au prix exorbitant du matériel). La fabrication de tels équipements est longue (5 à 20 mois), car ils sont élaborés sur mesure. En général, une seule pièce est construite à la fois pour chaque modèle, il n’y a donc pas de pièces de rechange ni de pièces interchangeables. De ce fait, les réparations sont également très longues et complexes.

Leur transport est aussi un casse-tête. Le moyen le plus courant est le rail, mais seuls des wagons spécialisés peuvent supporter le poids. En France, c’est la STSI qui effectue ce genre de transport, elle dispose en tout de 10 wagons spéciaux. Aux États-Unis, ce sont seulement 30 wagons qui existent. Si le lieu n’est pas accessible en chemin de fer, le déplacement se fait par la route. On utilise alors des semi-remorques spécialisés, des « chenilles », dotés de 200 roues. Ils ont besoin d’autorisation pour traverser n’importe quelle municipalité, et il faut modifier la voirie et déplacer des lignes électriques pour permettre le passage. Bref, vous l’aurez compris, la construction comme le déplacement des transformateurs fait qu’ils ne sont pas facilement remplaçables.

Criticité des transformateurs

Nous l’avons dit, les transformateurs sont essentiels pour le réseau. Ils sont installés dans ce qu’on appelle des sous-stations, entourées de murs et de grillage. Certaines sous-stations sont très critiques. Lorsqu’un transformateur tombe en panne, cela peut avoir des effets en cascade sur l’ensemble du réseau. À titre d’exemple, il y a 55 000 sous-stations aux États-Unis. 350 d’entre elles sont les plus critiques. Des études réalisées par le gouvernement états-unien et des entreprises publiques estiment qu’à peine 9 sous-stations mises hors services pourraient faire tomber le réseau américain dans son ensemble pendant 18 mois. Souvenons-nous des conséquences d’un blackout de 5 jours. 18 mois seraient fatal pour le réseau.

Protection des transformateurs

Au vu de la criticité de tels équipements, on s’attendrait à ce qu’ils soient ultra-protégés. En réalité, la sécurité des postes est si déficiente qu’elle en est parfois comique.

Par exemple, une sous-station en Arizona — la sous-station Liberty — est une importante sous-station qui relie de nombreux états du Nord et du Sud sur le réseau occidental. Et en 2013, une série d’attaques physiques ont été menées contre cette station.

D’abord, quelqu’un a coupé les câbles de fibre optique de Liberty, ce qui a désactivé les communications pendant quelques heures. Ils n’ont jamais compris qui avait réalisé cela, ni pour quelle raison. Mais deux semaines plus tard, de multiples alarmes ont commencé à se déclencher dans un centre de contrôle voisin, signalant que quelque chose n’allait pas à la sous-station. Ces alarmes se sont déclenchées pendant deux jours avant que quelqu’un ne soit envoyé pour vérifier. Quand ils sont arrivés, ils ont découvert que la clôture avait été ouverte, que le bâtiment de contrôle avait été cambriolé et qu’on avait utilisé plusieurs des ordinateurs sur place. Lorsque l’équipe de sécurité a vérifié les enregistrements des caméras, elle a réalisé que la plupart d’entre elles pointaient vers le ciel.

Ils ont donc installé de nouvelles caméras. Mais deux mois plus tard, une nouvelle effraction a eu lieu dans la même station. Lorsqu’ils ont vérifié les nouvelles caméras, ils ont découvert qu’aucune d’entre elles ne fonctionnait parce qu’elles n’avaient pas été programmées correctement. Si cet exemple vous a choqué, un autre exemple est encore plus frappant.

L’exemple de l’attaque Metcalf

En 2013 a eu lieu l’attaque la plus mystérieuse et intéressante du réseau électrique 6. Nous sommes donc à Coyote, en Californie, un peu en dehors de San Jose. À cet endroit, une entreprise appelée Metcalf possède une sous-station qui transmet une bonne partie de l’électricité de la Californie.

La nuit du 17 avril 2013, vers 1 heure du matin, quelqu’un s’introduit dans une chambre forte juste à côté de la sous-station et coupe des câbles de fibre optique. Il a fallu un peu de temps à l’opérateur pour s’en rendre compte. Dix minutes plus tard, une autre série de câbles est coupée dans une autre chambre forte à proximité.

30 minutes plus tard, une caméra de sécurité de la sous-station remarque une traînée de lumière au loin. Les enquêteurs comprendront plus tard que cette traînée de lumière était un signal lumineux effectué avec une lampe de poche. Immédiatement après – c’est-à-dire à 1 h 31 du matin — la caméra enregistre au loin le flash des fusils et les étincelles des balles frappant le grillage de la clôture. Toute cette action dans la caméra déclenche une alarme. Il est 1 h 37 du matin, quelques minutes après le début des tirs.

À 1 h 41, 10 minutes après le signal, le département du shérif reçoit un appel au 911 ; c’était en fait l’ingénieur de la centrale qui avait entendu les coups de feu. Le shérif alerté arrive 10 minutes plus tard, mais déjà, tout est calme. Il est arrivé une minute après qu’un autre signal de lampe de poche entraîne la fin de l’attaque.

Sur quoi tiraient les attaquants ? Justement, sur ces très gros transformateurs.

Les transformateurs sont en fait des choses physiquement simples, ce ne sont que des fils de cuivre enroulés dans de grosses cages métalliques. Mais les transformateurs chauffent, énormément, et sont donc refroidis. Pour ce faire, ils ont des réservoirs avec un liquide de refroidissement. Les tirs ont ciblé ces réservoirs de liquide, ils y ont fait des centaines de trous puis le liquide s’est échappé. La police est arrivée et n’a rien remarqué, il faisait sombre, on ne peut pas leur en vouloir. Plus de 200 000 litres d’huile se sont lentement écoulés. Après un petit moment, les transformateurs ont surchauffé et explosé. Un travailleur est arrivé quelques heures plus tard pour constater les dégâts, mais c’était déjà fait.

Cette attaque a alarmé les pouvoirs publics. Le FBI a enquêté. Ils ont trouvé des balles provenant de l’endroit où les attaquants avaient tiré, mais les empreintes digitales avaient été nettoyées. Ils ont trouvé des pierres marquant l’endroit où les attaquants devaient tirer, ce qui signifie qu’ils avaient déjà repéré ce site et savaient exactement où se présenter pour infliger un maximum de dégâts. Le fait d’avoir ciblé le réservoir de refroidissement montre qu’ils savaient quoi cibler pour générer des dégâts.

17 des 21 transformateurs de la sous-station ont été mis hors service. Il en aurait suffi d’un ou deux supplémentaires pour mettre la Californie dans le noir

L’attaque a été qualifiée d’attaque terroriste sophistiquée, exécutée par une équipe de tireurs d’élite. On a pensé qu’elle pouvait être un essai pour une attaque plus importante sur le réseau électrique de la nation. Sauf que, selon le FBI, l’attaque n’était pas particulièrement difficile à réaliser, et elle aurait pu être réalisée par une personne seule, et cette personne n’était pas particulièrement précise dans ses tirs. « Nous ne pensons pas qu’il s’agissait d’une attaque sophistiquée », a déclaré John Lightfoot, qui gère les efforts de lutte contre le terrorisme du FBI dans la région de la Baie. « Il ne faut pas un très haut degré de formation ou d’accès à la technologie pour mener à bien cette attaque ». Quoi qu’il en soit, le FBI n’a aucune piste à ce jour.

17 des 21 transformateurs de la sous-station ont été mis hors service. Il en aurait suffi d’un ou deux supplémentaires pour mettre la Californie dans le noir. En l’occurrence, la compagnie d’électricité a pu rapidement contourner la sous-station. La Silicon Valley a continué à avoir de l’électricité, bien qu’on leur ait demandé de réduire leur consommation d’énergie pour la journée. Les dommages ont été réparés en 27 jours. Si plusieurs sous-stations avaient été touchées dans cette période, empêchant ainsi le re-routage, cela aurait pu être une toute autre histoire

 

Pour aller plus loin :

 

NdAtt. : cet article est issu du blog www.vert-resistance.org, reproduit ici sans demander rien à personne (mais avec des compliments pour le bon travail).

 

* Note d’Attaque : on remarquera que les militaires suisses ont pris en compte les effets qu’une épidémie pourrait avoir sur le réseau électrique de leur pays – à p. 39 (quatrième du fichier) on lit par exemple qu’à leur avis « Une pandémie peut grandement réduire le nombre d’employés du secteur électrique, ceux-ci étant malades, ou absents soit pour s’occuper de leurs proches, soit parce qu’ils craignent pour leur santé. Dans ces conditions, le réseau électrique pourrait ne plus suffisamment être encadré, un facteur de vulnérabilité pouvant mener à un blackout. »

Pour un bon confit :

Publié le 2020-04-01 12:40:03

Un confit est une préparation culinaire qui consiste à faire cuire lentement des aliments dans du sucre ou dans de la graisse. Ce procédé va permettre de mieux les conserver.

L’annonce de l’arrivée du Coronavirus sur le territoire national est vue comme le nouvel ennemi intérieur à combattre. Nous étions (presque) habitués au vocabulaire belliqueux des médias et des gouvernements, vocabulaire en accord avec un état d’urgence exceptionnel mis en place de façon durable pour palier à un terrorisme diffus, mal connu mais reconnaissable à son visage barbu, à un k-way jaune ou encore un à gilet noir. Nous étions habitués aux dispositifs d’exceptions (caméras, fichage ADN, repérage GPS grâce aux smartphones). On se savait surveillés mais tant que nous n’avions rien à nous reprocher, nous pouvions circuler en toute tranquillité dans la smart-city, de notre lieu de vie à notre lieu de travail en passant au supermarché et même jusqu’au bureau de vote. Une douce vie en somme, que venaient perturber certes quelques drôles d’énergumènes adeptes d’une promenade hebdomadaire en groupe qui malgré une pluie de gaz lacrymogène criaient « anti-capitaliste, à bas le gouvernement ».

Cependant, voilà que le 16 mars nos vies basculent, notre nouvel ennemi commun n’a pas de visage, pas de « signes particuliers » et il est difficile de le prendre sur le fait en train de « commettre un acte en vue de », a priori il est invisible aux caméras et pire encore il est partout, dans l’air. On se demande alors si respirer pourrait devenir un acte de collaboration avec l’ennemi.

Le nombre de morts en Mediterranée, la résurgence de la syphilis et de la tuberculose dans la Jungle à calais, n’auraient ils pas dû aussi mériter alors l’élan de la société, réquisitionnée aujourd’hui au nom d’une guerre invisible. Notre société immuno-dépressive se jette à corps perdu dans les bras de mesures qui laisseront autant de séquelles que ce virus. Les handicapés confinés dans les MAS, shootés au valium pour supporter la solitude, la privation des familles, ne s’en remettront peut être pas ; mais ce n’est pas l’épanouissement des corps et des êtres qui est en jeu, mais le mythe de la nation pour oublier que cette guerre a commencé avant. Par la destruction de tout ce qui était initiative collective à petite échelle, coupe budgétaire et centralisation des structures hospitalières. On ne réparera pas ce qui a été détruit par quelques médailles et une cagnotte illusoire. Les soignants sont trop cons d’avoir laissé partir en miette ce qui donnait un sens à ce métier. Et pour ceux qui ont lutté jusqu’à perdre leur propre santé, c’est amer de voir que la classe moyenne redécouvrant sa mortalité s’intéresse soudain à ce que les hôpitaux aient effectivement de quoi soigner.

Dans ce contexte de rabattage médiatique il devient de plus en plus complexe de réfléchir à ce qui nous agresse, et de comprendre comment nous pouvons et voulons nous en défendre singulièrement et collectivement. La crise du virus covid implique un pan bien plus large de notre existence qu’une crise sanitaire.

La réappropriation du corps, des soins, de la santé, il s’agit bien de cela ; mais on ne se l’autorise plus en temps de pandémie. La situation nous coule entre les doigts et l’on se résignera à attendre la réponse miracle à genoux car nous n’avons pas confiance en notre capacité de réflexion.

L’immunologie est une partie de la médecine qui est complexe, s’y pencher paraît intéressant ces temps-ci ; quand certains ne prennent pas position car ce ne serait que de médecine dont il s’agit. Mais les médecins deviennent eux-mêmes dépassés dans les services et les soignants appellent à toujours plus de confinement, devons-nous pour autant les suivre les yeux fermés ? La médecine n’est pas une science exacte mais nous avons du mal à l’accepter, comme le fait que notre système de santé est en délabrement et que sa course après une technologie à la pointe cache bien des manques de base. L’immunologie n’est peut-être pas à la portée de tous pour soigner les patients à l’hôpital mais elle peut l’être pour se pencher sur la sienne.

Se pencher une minute sur quelques bases ne permettra pas des connaissances solides mais peut-être d’y être curieux.

Le système immunitaire agit à plusieurs niveaux et est difficilement prévisible d’une personne à l’autre. Une première barrière nous protège de ce qui nous attaque, ce sont d’abord peau, poils, muqueuses et sécrétions qui sont en contact avec l’extérieur qui procèdent à un tri. Les cellules du système immunitaire prennent le relais en détectant si ces cellules étrangères sont porteuses d’une bactérie ou d’un virus qui pourrait attaquer notre organisme. En d’autres termes, des cellules nous constituent, d’autres nous sont extérieures et inoffensives et d’autres encore nous attaquent. Il s’agit pour l’organisme de différencier ce qui nous constitue de ce qui nous détruit.

Deux types de défenses s’appliquent ; innée et adaptative. La défense innée est ce qui déclenche les réactions inflammatoires à chaque agression, pour prévenir du danger. lors d’une plaie par exemple, une peau qui devient rouge, gonflée et chaude est en pleine réaction inflammatoire, elle prévient le corps par la douleur et l’aspect qu ‘il y a quelque chose qui cloche. Cette défense innée tente aussi de faire un premier nettoyage en s’attaquant assez basiquement aux cellules infectées. La défense adaptative est celle qui conserve la mémoire des infections précédentes et des manières de s’en défendre. c’est celle-là qui fabriquera des anticorps spécifiques aux virus ou bactéries entrant dans notre organisme et qui est donc témoin de l’expérience et de l’histoire du corps. Dans les maladies auto-immunes, l’organisme s’attaque à ses propres cellules ne pouvant différencier les siennes des cellules ennemies, ce qui explique une fragilité à l’égard de n’importe quel microbe.

L’immunité est bien singulière et on verra l’intérêt d’y être attentif pour se connaître. Le confinement nous a enfermé dans une réflexion individualiste qui a enchaîné panique et dépolitisation, mais l’immunité est bien collective aussi. On se rend compte début avril que le confinement va être compliqué à lever car il n’y aura pas assez de personnes immunisées contre ce virus. L’immunité collective consiste à ce que la majorité de la population contracte le virus. Soit par la vaccination en injectant un peu du virus pour stimuler nos systèmes immunitaires et créer une défense spécifique, soit par la contamination directe où l’organisme produit également des anticorps au contact du virus. Dans ce cas-là on peut renforcer nos systèmes immunitaires pour qu’ils soient plus réactifs qu’à l’habitude.

La décision politique de confiner la population aujourd’hui met en évidence le contrôle de notre immunité par l’institution de la médecine et dans le même temps de l’état. « Le corps est une réalité bio-politique, la médecine est une stratégie bio-politique »i, on ne peut se contenter de considérer que ce que nous sommes en train de vivre n’est qu’une réponse autoritaire à une crise sanitaire apparue à cause d’un virus inconnu. Elle vient pointer notre insuffisance à s’emparer d’une pensée corporelle qui ne se séparerait pas du politique. Le capitalisme n’a pas attendu une crise sanitaire pour s’emparer du corps comme réalité politique. Il l’a réduit à sa fonction productive, à sa force de travail. « Le contrôle de la société sur les individus ne s’effectue pas seulement par la conscience ou par l’idéologie, mais aussi dans le corps et avec le corps. Pour la société capitaliste, c’est le bio-politique qui importait avant tout, le biologique, le somatique, le corporel. »ii Ainsi, est apparu une médecine sociale qui devient hégémonique au détriment d’une médecine collective et privée avec des solutions hétérogènes pour se prémunir contre la maladie, de voir et d’accepter la mort possible entraînée par celle-ci. N’avoir qu’une seule réponse « médicale » pour un même mal ne relève pas d’une médecine intelligente, mais bien d’une idéologie totalisante loin d’être pragmatique et efficace. Elle réduit le corps à un mécanisme rationnel et réifie l’humanité, ne lui donnant qu’une valeur productive. Elle produit la notion aussi des personnes vulnérables selon des critères très variables. Si la vulnérabilité existe, il s’agit de se connaître et de connaître ses faiblesses pour ne pas déléguer sa protection à une entité étatique qui n’a pas les moyens réels de le faire. L’immunité peut être variable et des facteurs divers sont à prendre en compte pour ne pas s’exposer. Mais c’est aussi à ceux qui le peuvent de fabriquer des anticorps pour éviter des épidémies comme celle qui sévit actuellement.

Ce qui pose question dans la défense immunitaire est ce que l’on veut mettre en jeu pour se protéger de ce qui nous entoure, quels risques on veut prendre. Les bactéries et virus circulent, autant au sein d’un groupe qui vit ensemble qu’au niveau d’une ville et plus largement comme on le voit par exemple au niveau mondial avec le coronavirus. S’en prémunir complètement est quasi impossible à moins d’avoir une hygiène drastique et aucune vie sociale, encore que n’être jamais en contact avec des bactéries autres que les siennes expose à une fragilité importante. Doit-on rappeler que le métissage et la circulation est ce qui permet d’avoir une santé et non l’inverse ? Nous dégénérons dans l’entre-soi. Mais on touche là au rêve d’aseptisation de nos lieux de vie et de nos sociétés. L’asepsie est nécessaire pour désinfecter les plaies, dans les hôpitaux pour soigner les patients. Mais il est différent de l’inviter dans la ville, nos appartements, la confiner dans nos intimités.

C’est pourtant le rêve porté par les dirigeants de nos métropoles : désinfecter nos centre-villes. Chercher un milieu le plus safe possible au milieu de cette smart city. Le traitement du coronavirus arriverait à nous faire rentrer dans la tête que toute vie sociale est synonyme de saleté.

Pour se soigner ou se prémunir d’une grippe ou du coronavirus, il existerait bien d’autres manières que de s’arracher masques et gants pour les porter systématiquement, là où ça augmente une hystérie plus que ça n’est utile quand on se promène seul dehors. Porter un masque est par exemple utile pour la personne malade mais là encore il faudrait que l’on sache à quoi servent les outils de soin plutôt que de leur faire subir la loi du marché. En France, les tests apparaissent utiles plus pour contrôler le déconfinement que pour ralentir l’épidémie, on commence à se dire qu’il pourrait être utile de savoir si l’on est infecté après trois semaines de confinement.

Il ne s’agira pas tellement de proposer LA solution concernant les gestes à adopter quand et comment, on ne nous apportera pas ces réponses sur un plateau. Se poser ces questions nécessite de chercher, de revenir sur ses pas, et de décider en sachant faire état de ses erreurs et de les partager. Cela ne peut se faire quand la seule chose recherchée est d’être rassurée à tout prix. Une fois de plus c’est une affaire de choix et de pouvoir en être conscients, de ce que l’on met en jeu, ce qu’on perd et ce que l’on gagne.

C’est à l’œuvre dans les choix que font les parents : vaccinations, surprotection ou exposition aux bactéries etc, ils prennent des responsabilités sans pouvoir garantir la bonne santé même si leurs choix peuvent la guider sur un certain mode. Ce qui paraît important est plutôt d’être logique avec soi-même et ceux avec qui l’on vit, une sorte d’intégrité, et cette question d’immunité devient alors envisageable au niveau local.

Envisager une santé au niveau local et politique n’est pas nouveau. Depuis les années 60, des groupes ont pris en compte les déterminants sociaux et culturels de la santé, le besoin de faire avec ceux-ci et des expériences sont à l’œuvre malgré des subventions qui ne suivent pas. Que ce soit les campagnes pour la santé menées par les Black Panthers qui repolitisent cette question ou les centres de santé communautaires, ils voient l’absurdité de ne pas partir de l’existence des gens pour les soigner. Une attention est portée aux soins de base et à l’alimentation et la santé sort de sa tour d’ivoire médicale. La santé communautaire pose la question matérielle là où la majorité des pays occidentaux a mis l’accent sur le progrès technologique en médecine et non sur la prévention pour tous.

Le gouvernement a (pour une fois) entendu l’avis d’experts qui scientifiquement apportent des réponses objectives et rationnelles pour notre bien-être. Et l’information qui est tombée n’est pas des moindres : la maladie tue et la mort n’est rien d’autre que le néant, et n’a d’autre sens que celui de l’injustice providentielle.

La maladie et la mort font peur, et ces inconnues nous cloisonnent dans l’idée qu’il faut trouver la solution, l’appliquer et enfin guérir pour être tous en vie, biologiquement. Mais en vie pour quoi faire? Il n’est pas entendable de revenir sur cette question, car il va de soi que les humains doivent être sauvés. Ce qui vient peut-être pointer notre rapport culturel à la mort, après la mort il y a le néant. Le corps reste la preuve du vivant donc il est plus éthique de maintenir un corps biologique en survie que de le laisser partir vers le néant quitte à vider son existence de sens.

Pour prendre l’exemple des personnes âgées qui sont aujourd’hui ciblées par le virus de par leur fragilité, cette question du choix n’est pas à ses prémices. Les maisons de retraite pullulent et deviennent un marché avec des grands groupes comme Korian et Orpea qui font raquer les résidents tous les mois, exploitent du personnel avec des conventions dans le privé mais proposent un service matériellement désirable avec télés, service à la personne, médicalisation et aseptisation des lieux. La fin de vie en maison de retraite n’est même plus un choix à prendre pour ceux qui ont de quoi les payer, c’est une évidence. Et au nom de la sécurité médicale de ces personnes, on fera passer tout le reste en second. Dépossédées de leurs voisins, des marchés, de leurs animaux et de leurs habitudes. Mais ce sont pourtant bien des choix qui s’opèrent, éviter toute pathologie et allonger la durée de vie, au risque de dépressions ancrées comme on en voit beaucoup dans ces lieux. Car en effet quel est le sens à continuer de se prémunir des maladies et de l’extérieur quand on ne reçoit rien de toute façon de cet extérieur. Ainsi les repas sont sous vide et suivent une chaîne qui évite tout contact pour se protéger des intoxications, les personnes sont placées à table, souvent éloignées et parfois esseulées pour se prémunir de conflits relationnels. Mais on aura la garantie – quand le personnel n’est pas en sous-effectif comme souvent – que ces personnes auront leurs médicaments sans faute, l’huile anti-escarre tous les soirs et qu’on changera leurs protections.

Un vieux patient avait ainsi gardé une gousse d’ail dans sa chambre car il adorait ça et c’était son dernier plaisir qu’il s’octroyait lors des repas qu’il devait prendre seul dans sa chambre. On ne tarda pas à le lui enlever sans rien demander avec l’évidence des questions d’hygiène et de sécurité.

On peut paraître loin du covid, mais on est souvent réduits à notre corps biologique en Ehpad, pour pouvoir finir son existence le plus loin possible de la maladie, qui est en même temps omniprésente. Il ne s’agit pas de démontrer la supériorité d’un choix de vie, mais de questionner ce qu’on laisse aux mains de l’institution, ce qu’on considère comme intègre ou désintégrant.

En cette période de confinement qu’on ne peut critiquer sans passer pour un meurtrier qui ne penserait pas aux plus fragiles, on pourrait déjà leur demander, aux personnes âgées ce qu’elles en pensent. Les vieux ne sont pas un amas de personnes homogène et il y en a pour lesquelles continuer de voir leurs amis et faire leurs courses sera plus désirable que de se parquer pour ne pas risquer la fin de vie à l’hôpital.

Outre les personnes âgées, ce sont celles qui ont des maladies chroniques qui ont le plus de risque d’aller vers une aggravation ou la mort avec le covid. Le diabète et l’hypertension artérielle sont apparues principalement avec la malbouffe, le stress et la sédentarisation. Pour les maladies respiratoires, on devine l’influence importante de la pollution et des gaz. Le capitalisme a produit sur nos corps fragilités et maladies, mais que voulons-nous en faire maintenant ? Les classes les plus pauvres sont les plus touchées on n’en doutera pas, mais devons-nous subir en plus le traitement du système ?

« Il faut « endiguer » le coronavirus par tous les moyens, et cela ne peut se faire sans une position claire et ferme : le confinement. » Effectivement, les chiffres sont alarmants si ON ne fait rien. La prédiction de Neil Ferguson, un épidémiologiste qui utilise notamment la méthode de la modélisation mathématique, est formelle : « Au global, dans une épidémie non mitigée, nous prédisons approximativement 510.000 morts en Grande-Bretagne et 2,2 millions aux États-Unis ». L’homme de science s’appuie sur des analyses de différentes pandémies grippales et l’évaluation de différentes interventions possibles pour endiguer la propagation du virus, comme la fermeture des écoles, la mise en quarantaine des personnes infectées ou encore la fermeture des frontières. La différence entre ces mesures se fait donc sur la nuance des restrictions sociales. Il ne semble pas suggérer la réouverture des services hospitaliers fermés récemment, de mobiliser des fonds pour pallier au déficit budgétaire de la santé publique en baisse depuis des décennies, ou de faire appel des équipe de chercheurs (comme l’ont tenté certains à Marseille ou ailleurs avec moins de bruit) qui aurait trouvé un traitement curatif contre le fléau.

Non, apparemment, endiguer une épidémie au XXIème siècle se fait au son du doux terme « confinement ». Doux car il s’accorde avec celui de confort, synonyme de soirée-canapé-pizza-(#commandéesurUber)-sérieNetflix-recentrement-intellectuel-sur-arte-dans-un-appartement-Ikéa-aménagé-pour-le-télétravail. Rien d’effrayant ou d’alarmant, l’ordre ne nécessite pas d’y réfléchir à deux fois, et de plus, il est moins intrusif que de devoir choisir entre deux listes électorales. Certes c’est malheureux pour et celles et ceux qui n’ont pas de jardin et ou de salon, mais que veux-tu, il en faut bien non ? Puis, ON en appelle à notre « devoir de citoyenneté » qui prend du galon par l’injonction de « responsabilité individuelle » pour sauver la nation ! Nous n’avons plus le temps de réfléchir sur notre condition sociale, il faut impérativement faire fît de nos différences quelles qu’elles soient pour vaincre l’ennemi.

Et le gouvernement a pour cela envoyé tout le monde au front, sans oublier les petites mains, l’arrière garde qui ne doivent pas oublier leurs corvées qui sont de l’ordre de l’utilité publique. À celui-ci de leur faire oublier les risques qu’ils prennent au quotidien : « Si on répète qu’il y a un danger de mort à aller travailler, le risque est que les salariés de l’agroalimentaire fassent logiquement valoir leur droit de retrait. Dans ce cas cela peut provoquer des réactions en chaîne, avec des émeutes en cas de pénurie. Il faut vraiment veiller à cela. »iii Le gouvernement veille, et c’est bien rassurant, à ce que rien ne soit touché au niveau des privilèges, nous pouvons lui faire confiance pour prendre des mesures adéquates, si jamais l’arrière garde force un peu trop le ton sur ses condition de travail.

On voit bien qu’il n’y a pas dix chemins, l’immunité pour les gouvernements c’est le confinement. Et c’est bien ce qui veut être préservé ici en priorité. Vu comme la réponse ultime à une épidémie que l’on doit combattre « solidairement », il serait indécent de ne pas suivre la marche. Mais il est imposé à tous. Il est une réponse, des plus répressives et autoritaires emprunté au modèle chinois qui n’est pas réputé pour jouir de ses libertés. Ce traitement qui devient la norme sur le globe, ne pourrait se mettre en place sans un état d’urgence permanent.

Il nous réduit à un corps biologique en nous dépossédant de nos choix.

Certains craignent un pic à la fin de la quarantaine, et un enchaînement sur la durée de cycles de semi-confinements pour endiguer progressivement le virus et ne pas régresser sur la mortalité. Comme quoi même cette réponse est un tâtonnement, long et incertain.

Et elle l’est aussi parce qu’on ne pourra jamais opérer un contrôle total sur l’homme pour le cloisonner et le prémunir d’un virus. Là est bien tout le nœud de ces jours-ci. On dirait que l’être humain est prêt à vivre sous un contrôle étatique exceptionnel pour combattre un virus. Lâcher toute lutte pour la réduire uniquement à un combat médical quand certains entreverront la chute du capitalisme à travers le confinement. Mais même s’il n’y a plus que ces mots à la bouche des journalistes, une crise n’est jamais complètement que sanitaire, elle a des enjeux politiques et est pétrie de nos singularités. Au delà de ce que nous voudrions être, elle révèle au fond que beaucoup se contentent que leur impuissance soit justifiée par l’État, qu’il soit d’urgence ou pas. Ceux qui affichaient leur radicalité contre le gouvernement et sa police se mettent à genoux devant les règles de confinement en rivalisant avec médecins du monde question maraude. Les cagnottes et les ravitaillements sont très bien, un peu humiliants pour les soignants d’avoir les invendus et des chocolats quand tout le monde pense d’abord à sa gueule. Très dur pour ceux qui sont à la rue qu’on abreuve de bons sentiments en les laissant crever face aux amendes et polices toujours plus nombreuses dans les rues. Ce texte vient rappeler que la curiosité pour ce qui nous arrive ne trouvera pas de réponses faciles, mais qu’il est nécessaire de savoir ce qu’on nomme chacun par immunité et ce qu’on en connaît de la nôtre avant de suivre telle ou telle mesure. Être juste ne donne aucune médaille, mais coûte souvent en solitude et en conflit. Nous le savions déjà quand nous luttions contre la numérisation de nos vies et la traque aux indésirables avant le COVID. Il n’y aura pas d’avant et d’après le COVID, il y a maintenant une prise de parti qui matérialise des fossés bien plus profonds et irrémédiables que jamais.

i Foucault « naissance de la médecine sociale »

ii idem

iii Le Monde, 25 mars 2020, proche de Macron

Comportement correct en cas de pillage

Publié le 2020-04-01 12:41:08

Ce qui suit fonctionne mieux si vous êtes un groupe de référence bien préparé, mais il peut aussi être fait seul, avec un appartement partagé, avec quelques voisins, etc.

Si vous constatez qu’il y a des pillages dans votre région, passez rapidement à l’action, même si vous ne voulez pas y prendre part vous-même. Arrivé sur place (sans ordre de préséance) :

1. exhorte tous ceux qui entrent à mettre des masques ( !) et des gants pour leur propre sécurité (le G20 vous salue)

2. détruit immédiatement tout l’alcool, en particulier l’alcool fort Les foules agressives et ivres ont tendance à mettre en danger leur environnement immédiat (en particulier les groupes d’hommes ivres *toux*). De nombreuses émeutes se sont également endormies à cause d’un excès d’alcool au sens propre du terme.

3. tenir les personnes à l’intérieur constamment informées de la situation à l’extérieur.

4. envoyer des personnes pour vérifier les voies d’évacuation et signaler tout mouvement des flics.

5. essayer d’appliquer des règles simples qui augmentent la justice distributive. Par exemple, ne prenez que le nombre de personnes que vous pouvez transporter, les chariots de supermarché ne sont pas autorisés, il y en a donc plus pour tout le monde. Les vieux et les faibles d’abord, etc.

6. sécuriser les extincteurs. Ils permettent de lutter non seulement contre les incendies dans les pièces fermées (très dangereux s’il y a d’autres étages au-dessus), mais aussi comme arme contre les flics et autres idiots.

7. les vidéastes de téléphone portable et autres se voient retirer leurs outils d’information.

8. si vous en avez la capacité, participez à la construction de barricades dans les rues avoisinantes.

Restez en bonne santé et restez ensemble !

 

Des mauvais moments pour les bleus (fin mars 2020)

Publié le 2020-04-01 14:58:06

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : Pendant le confinement, on déteste encore plus les flics ! 

actuSeine-Saint-Denis / vendredi 27 mars 2020

Depuis le début du confinement suite au coronavirus Covid-19, des tensions éclatent dans plusieurs cités de Seine-Saint-Denis. Jeudi 26 mars 2020, dans la soirée c’est dans le quartier du Franc-Moisin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) que le ton est monté, aux alentours de 00h.
Selon une source policière, « une vingtaine d’individus ont tendu un piège aux forces de secours et de police en dressant un guet-apens. Ils ont mis le feu à une voiture pour les forces de l’ordre se déplacent. Les pompiers et les policiers ont été la cible de jets de projectiles et de tirs de mortiers, une fois sur place ». […]

extrait du Le Parisien / samedi 28 mars 2020

[…] aux alentours de minuit dans le quartier des Francs-Moisins. Sur les images tournées par les riverains, on voit des dizaines de feux d’artifice qui explosent en tous sens vers le ciel et d’autres qui s’écrasent sur la façade d’un immeuble. Des poubelles ont été incendiées. Au sol une barricade a été érigée avec un véhicule et des poubelles incendiées. On distingue aussi des bruits de mortiers.
Au milieu de la rue, une voiture de police sérigraphiée est prise dans ces tirs croisés d’engins pyrotechniques, comme le raconte le commentateur de la vidéo : « Ils ont emprisonné une voiture de condés. Ils vont faire brûler tout ça ». On voit ensuite le véhicule redémarrer. Fin de la séquence. Ce guet-apens très spectaculaire n’occasionnera aucun blessé d’un côté comme de l’autre. […]

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Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : Au 3 000 on ouvre les danses du confinement

Le Parisien / mercredi 18 mars 2020

Soudaine poussée de fièvre, mardi soir, dans le quartier des 3 000 à Aulnay-sous-Bois. Une vingtaine de jeunes encapuchonnés ont mis en place un guet-apens. Après avoir caillassé les pompiers et la police, six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue pour « participation à un attroupement armé ». Ce mercredi soir, le parquet de Bobigny indique qu’ils ont été relâchés, car les faits « étaient insuffisamment caractérisés ».
Mardi soir, il est 22h30 quand une quinzaine de conteneurs sont cependant incendiés dans les rues Auguste-Renoir et de Tourville. Le secteur a été au préalable plongé volontairement dans le noir. « Comme c’est le cas toutes les nuits, les compteurs électriques sont neutralisés par des individus », précise une source policière.
Les premiers véhicules des sapeurs-pompiers sont accueillis par des jets de projectiles à l’angle des rues Marco-Polo et Degas. Les forces de l’ordre, une vingtaine de policiers de la nationale et la municipale, venues en renfort, sont également la cible des lanceurs de pavés et de barres de fer, comme le raconte un agent arrivé sur place.
La police fait alors usage d’une grenade de désencerclement pour disperser la foule. « Mais personne n’est venu au contact. En 40 minutes, c’était réglé. À 23 heures, tout était rentré dans l’ordre », poursuit ce témoin. […]

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Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) : Des tirs de mortiers pour les keufs

Le Parisien / jeudi 26 mars 2020

Une partie de la soirée de mercredi a été tendue dans le quartier des Hautes-Noues à Villiers-sur-Marne. Selon une source policière, des équipages de la brigade anti-criminalité et de police-secours de Chennevières ont été visés par des tirs de mortier alors qu’ils accompagnaient des pompiers dans la cité. Un des fonctionnaires a été légèrement blessé au mollet, atteint par un jet de projectiles.
Les échauffourées ont éclaté vers 23 heures alors que les pompiers intervenaient pour un feu de poubelle, accompagnés de policiers. Une quinzaine de mortiers ont été tirés en direction des fonctionnaires. […]
Depuis la mise en place des mesures de restriction, le confinement est difficile à faire respecter dans les quartiers populaires où la promiscuité est plus forte. A Villiers, comme dans beaucoup de cités, il y a toujours des rassemblements le soir. […]

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Lyon : On attend de pied ferme flics et pompiers

Le Progrès / lundi 16 mars 2020

Dans le quartier de la Duchère, dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mars, les pompiers et les policiers ont été caillassés à deux reprises, par une cinquantaine de personnes qui avaient allumé des feux.
Selon les pompiers, peu avant minuit, un feu de poubelle est signalé à La Duchère. Ils s’y rendent avec la police et reçoivent des projectiles sur les véhicules jetés depuis les toits. Il n’y a pas de blessé parmi les 14 pompiers qui sont intervenus.
Plus tard, vers 2 heures, ils sont avertis d’un feu de voiture dans ce même quartier de Lyon. Mais, c’est encore un guet-apens. Les soldats du feu, toujours accompagnés de policiers, sont une nouvelle fois la cible de projectiles, qui ne blesseront personne. Cinq voitures ont brûlé, dont quatre par propagation

Et le lendemain, rebelote

même torchon, édition du lendemain

Après les incendies et les jets de projectiles de dimanche soir, de nouvelles violences urbaines ont éclaté au cours de la nuit de lundi à mardi dans le quartier de la Duchère à Lyon (9e).
Après minuit, des groupes d’individus ont incendié des poubelles et des voitures, et s’en sont pris aux pompiers et aux policiers qui ont été la cible de jets de projectiles.
Ces affrontements n’ont pas fait de blessés et n’ont donné lieu à aucune interpellation.

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Beauvais : Attention, chute de pierres !

Le Parisien / mercredi 25 mars 2020

Une policière de 23 ans a été grièvement blessée à la tête mardi à Beauvais (Oise) par un jet de projectile lors d’un contrôle lié au confinement dû à l’épidémie de Covid-19, a-t-on appris mercredi de sources concordantes.
Mardi, vers 17h30, dans la cité de la Roseraie à Beauvais, les policiers remarquent un groupe d’une dizaine de personnes, a expliqué une source policière à l’AFP. Alors qu’ils s’apprêtent à contrôler les attestations de déplacement, les policiers sont la cible de jets de projectiles. La policière en reçoit un à la tête.
Souffrant d’un hématome crânien, elle a été transportée à l’hôpital d’Amiens où elle a été opérée. A 23 heures, son état était jugé stable et son pronostic vital n’était pas engagé, selon la même source. Deux frères de 22 et 17 ans ont été interpellés. […]

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Brunoy (Essonne) : Vengeance judiciaire après les émeutes

Le Parisien / samedi 14 mars 2020

Un prévenu a été conduit en prison à l’issue de l’audience, les quatre autres ont écopé de peines aménageables allant de deux à sept mois d’emprisonnement. Jugés ce vendredi par le tribunal correctionnel d’Evry-Courcouronnes, tous comparaissaient pour des violences à l’encontre des forces de l’ordre commises mercredi dans le quartier des Hautes-Mardelles à Brunoy.
Ce jour-là, le contrôle de police a dégénéré. Rapidement pris à partie par un groupe, les policiers ont été contraints de quitter rapidement les lieux après avoir interpellé deux personnes. « Trois collègues ont été blessés, rappelle le syndicat de police Alliance. Les interventions sont de plus en plus violentes sur le terrain. Il faut une réponse ferme de la justice. »
Depuis plusieurs semaines, ce quartier est animé par des scènes de violences urbaines. Fin février, lors d’une soirée d’émeutes où les forces de l’ordre étaient la cible de projectiles et de tirs de feu d’artifice, un jeune a perdu un œil, touché par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Le policier mis en cause a été mis en examen pour violence volontaire avec arme ayant entraîné une infirmité permanente.
Ces échauffourées à répétition ont poussé le maire à prendre un arrêté le 24 février dernier. Ce dernier interdit aux mineurs de circuler dans la résidence entre 22 heures et 6 heures du matin.

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Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) : Surpriiiise !

Le Parisien / samedi 7 mars 2020

[…] La maison d’un couple de policiers – en poste dans deux services différents en Seine-Saint-Denis – a été la cible d’un jet d’engin incendiaire, dans la nuit de mardi à mercredi, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne).
C’est vers 2h15 que les gendarmes sont intervenus à leur domicile. Le couple dormait lorsqu’il a entendu du bruit provenant de l’extérieur de sa maison. Le fonctionnaire est sorti et a constaté un départ de feu, qu’il a réussi à maîtriser avec un tuyau d’arrosage. Personne n’a été blessé.
Lorsque les gendarmes sont arrivés, ils ont découvert des morceaux de verre à l’endroit où l’incendie avait démarré. Le ou les auteurs avaient, selon les premières constatations, lancé l’engin incendiaire – de type cocktail Molotov – sur la voiture des victimes, stationnée devant leur maison. La bouteille contenant le produit inflammable a rebondi dessus avant d’atterrir sur le mur.
L’enquête pour « dégradation par moyen dangereux pour les personnes » a été confiée à la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Meaux. Les enquêteurs ont procédé à de multiples prélèvements, notamment sur les morceaux de verre, afin d’identifier les auteurs. Personne n’a été interpellé pour le moment.
Les enquêteurs vont tenter de déterminer si cette affaire a un lien avec la tentative de cambriolage et les menaces de mort, dont ce couple a déjà été victime le 3 décembre 2019. Ce jour-là, alors que les policiers étaient en vacances, leur véhicule avait été dégradé avec un tag. « Nique les keuf on va te crevé bâtard ACAB (NDLR, all cops are bastards) », avait-on écrit.

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Bouguenais (Loire-Atlantique) : Haine envers les keufs et les curés

Ouest-France / mercredi 25 mars 2020

Profitant de la nuit du mardi 24 au mercredi 25 mars, un ou vraisemblablement plusieurs inconnus ont peint des tags injurieux sur l’église du bourg de Bouguenais, ainsi que sur plusieurs bâtiments publics ou propriétés privées. Cela, sur les quelques centaines de mètres qui séparent l’église de l’hôtel-de-ville. Ces inscriptions grossières visaient notamment la police, la gendarmerie et les hommes d’Église. […]

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Indre (Loire-Atlantique) : ACAB

extrait d’Ouest-France / mardi 31 mars 2020

[…] La semaine dernière, dans les nuits de mercredi 25 à jeudi 26, puis la nuit suivante, des tags ont fleuri en plusieurs endroits de la ville. Sur la porte de l’église, un « Vive le mariage libre » orné d’un cœur. Moins fleur bleue, sur des aubettes et des jardinières, les passants ont pu découvrir des « Plus de meufs, moins de keufs » ou « des « All cops are b******s ». Les gendarmes ont très vite identifié l’auteure […]

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Bourganeuf (Creuse) : Bah, ouais, il y a de quoi s’énerver

La Montagne / vendredi 27 mars 2020

Dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 mars, le mur d’enceinte de la brigade de proximité de Bourganeuf a été orné d’un tag jaune fluo fruit d’un contrevenant aux restrictions de circulation édictées pour le confinement.
Son message ? « Jeudi, 135 euros, pour notre santé bande de p… ». S’acharnant à recouvrir de peinture le clavier d’appel du portail, ce dernier ne fonctionne plus.
Un forfait vite puni : mercredi en fin d’après-midi, la patrouille a appréhendé un homme de 28 ans demeurant à Bourganeuf, qui a reconnu les faits.
Mais, au moment de la remise de sa convocation en justice, il s’est emporté, a déchiré le document et a tenté de frapper les militaires. Dix minutes seront nécessaires pour calmer l’individu.
Sur décision du parquet, il a été placé en garde à vue. Transporté au centre hospitalier de Guéret pour examen médical, le jeune homme a fait l’objet d’un placement en hospitalisation d’office au centre psychiatrique de Saint-Vaury [encore une fois, la psychiatrie œuvre main dans la main avec les flics ; NdAtt.].

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Gauchy (Aisne) : Affichage mobile ! 

L’Aisne Nouvelle / jeudi 26 mars 2020

Le commissariat de Saint-Quentin a été sollicité jeudi 26 mars, en début d’après-midi, pour constater un tag sur une voiture. Celle-ci se trouvait dans une cour, rue Condorcet. Sur le véhicule était inscrit « Nique la police » [article payant ; NdAtt.]

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Ouistreham (Calvados) : Les migrants caillassent les flics

Ouest-France / mardi 10 mars 2020

De vives tensions entre migrants et gendarmes, se soldant par des jets de pierres d’un côté et une réplique par bombe lacrymogène de l’autre, se sont produites à Ouistreham, peu après 16 h, ce lundi 9 mars 2020.
Une première altercation entre une quarantaine de migrants et les forces de l’ordre s’est produite à proximité de la rue de La Fontaine. L’échauffourée s’est déplacée vers la place De Gaulle et la rue de l’Yser, à proximité du canal, qui ont été coupées à la circulation. […]

Voyage à Paris

Publié le 2020-04-01 15:39:07

Quatre jours à paris.
Je pars en renfort en tant qu’infirmière dans un service de maladies infectieuses et tropicales organisé en secteur COVID depuis deux semaines.

A l’entrée de la gare, cinq policiers filtrent les entrées. Le hall est vide ou presque, une queue distendue par le mètre de distance obligatoire occupe un coin de grand hall qui n’a aucun charme. Le vide rend encore plus criant la nullité architecturale des nouvelles gares. Je suis soignante, mon laissez-passer me vaut une escorte jusqu’au quai. Là encore des policiers effectuent un deuxième contrôle.
On me dit le wagon 17 est à vous. Docile, j’y vais. Soudain, un contrôleur court dans le wagon. Au fond, sous les sièges deux hommes s’étaient cachés. “je les ai trouvés” cria-t-il en appelant les policiers qui le suivaient. Et merde, ils essaient de partir mais sont rattrapés. Sur le quai, un policier projette l’un des hommes contre le grillage. J’ai envie de vomir, je suis seule. Le contrôleur annonce, «Désolé du retard du à la présence de personnes non désirées à bord». Le désir qui se dessine est une pornographie indécente. Le confinement actuel est une violence inouïe. S’isoler quand on est malade ou qu’on se sent fragilisé ou potentiellement porteur,se laver les mains ou apprendre à le faire, avoir des tests systématiques et des masques dès les premiers cas de suspicion, cela serait une raison sanitaire, un bon sens collectif. La peur aujourd’hui prend la place au désir de comprendre, à cette solidarité qui ne peut être confinée sans être une abstraction sans effet. C’est l’habitude de s’abstraire de tout effet qui peut donner illusion aux balcons d’être autre chose que l’image de l’impuissance sociale et d’une vie morbide. Nous n’avons pas ni à l’échelle locale et encore moins nationale, une pensée du soin qui par la prévention et la reflexion amène chacun à se connaitre et savoir le sprécautions standard. C’est d’un ministère ignorant que des directives dissémine la panique et un confinement brutal qui peine à masquer l’insuffisance des vraies mesures médicales et preventives contre le COVID.

...Si j’étais peintre, je déverserais beaucoup de rouge, beaucoup de jaune sur la fin de ce voyage
Car je crois bien que nous étions tous un peu fou
Et qu’un délire immense ensanglantait les faces énervées de mes compagnons de voyage…
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Le train roule. On se retient même de se racler la gorge. j’ai les yeux secs. Je me demande si j’ai bien fait d’aller travailler. Comme disait l’autre aux “infos” à la radio un matin, l’essentiel est de “se soigner, manger et travailler”…”Rejoignez le front, la grande armée de l’agriculture, de la nation…tous troufions. Le désir est ailleurs.
Je reconnais une ville aux liens que j’y ai tissé. je ne reconnais pas Paris. Les amis ont peur de sortir, surtout à cause des amendes. Dans les quartiers bourges, la police ne contrôle pas autant qu’au Nord-Est parisien.
Clarifications: les velib pour les soignants, ça marche pas, les taxis ça a a marché le premier jour, puis l’AP-HP a dit ah non c’est trop cher y a des abus. Alors maintenant il faut un compte soignant, une inscription personne ne sait trop où, de toute façon en prenant son poste on a déjà à peine le temps de prendre les transmissions alors aller s’inscrire pour commander un taxi le soir…laisse tomber. c’est vrai que les nuits sont devenues étranges, plus de risques pour les femmes seules de se faire emmerder car les rues sont vides désormais. Plus de folie. Le confinement est une drôle d’illusion. Il assure aux nantis qu’ils ont bien fait d’avoir misé sur la sécurité et pour les autres qu’ils crèvent ou s’endettent à jamais en collectionnant les amendes.Les hôtels c’est pas gratuits mais 60 euros la nuit, les chambres d’appoint c’est 5 euros. L’argent de calogero et consort, on rigole en service pour savoir où il va atterrir. Quant aux repas des soignants ce sont les invendus sodebo. Merci. Plutôt l’indifférence.

Jour 2

L’annonce dans les médias du décès d’une jeune fille de 16 ans me trouble. On en cause en service, c’est pas net, trop de tests négatifs, pas d’autopsie possible sur les corps directement mis en bière. Il y a tout un protocole quand uen personne meurt désormais. Il faut batailler pour que les proches puissent la voir. Je le fais, je bataille en service. Je comprenais en 2017 quand des émeutes éclataient pour récupérer les corps que l’armée allait brûler au Congo pendant l’épidémie d’Ebola. Je n’aurais pas laissé ma mère sans la voir. Même s’il faut que ce soit rapide, emmitouflée dans une blouse, charlottes, gants sur-chaussures et masques. On doit dire au revoir si on le peut.
J’ai accès à un logement de fonction épique. Dans les sous-sols de l’hôpital des machines automatiques circulent toutes seules dans une ronde absurde. Par fois des êtres vivants apparaissent, l’un d’eux me tend ma clé 47 après une longue attente. Il fait beau dehors devant les urgences, peu de gens. Deux personnes toussent. La plupart ont des masques. Une famille hurle au téléphone, sûrement à leur père malade en service : «papa, papa reviens. Tu nous représentes, bats toi.» ces cris me touchent au cœur.

Cette nuit je rêve de l’inquisition, je suis hérétiques sous une bure blanche je vois mes pieds au bord d’un gouffre, mais je ne tombe pas car la tête baissée je l’ai vu à temps. J’étais jugée pour un crime inconnu. Des passants venaient pour observer le vide.

Nous sommes 5 infirmiers et nous avons 6 patients chacun à charge. Nous manquons de blouses, de masques et de sur-chaussures. Nous manquons bientôt d’hypnovel. Nous manquons de compétences sur la question immunitaire. Les infirmiers sont livrés à eux mêmes avec des protocoles pour mettre en place les traitements par morphine et hypnovel (hypnotique). Si ces traitements apportent un confort dans la douleur et la difficulté respiratoire, ils signent la fin de vie. Comment décider que le cap est passé dans des manifestations aussi brutales et devant tant d’inconnues. Hors ces protocoles sont mis en place à tour de bras.
Il y aura deux morts ce jour dans le service. (un sous plaquenil traitement à base de chloroquine qui est en essai européen)
Un mort suffit à faire pleurer. Les chiffres annoncés chaque jour attisent la peur mais ne donnent pas à penser. Chaque jour le gouvernement veut faire oublier par sa dramatisation bon marché, toutes ses annonces et décisions absurdes qui depuis deux ans affichent leur mépris du bon sens et de la vérité. Il n’y a pas de pénurie de tests, par exemple. La plupart des écouvillons fonctionnent mais aucun accès n’est facilité. Même pour les soignants au cœur des services COVID, il faut se planquer pour s’écouvillonner ou être déjà fiévreux. Les mesures de confinement et de contrôle, avec cette vieille passion bureaucratique de la France qui produit chaque jour des nouveaux documents à remplir, ne sont pas ce qui permet d’être efficace. C’est mignon, mais l’immunité est une chose sérieuse qui ne souffre pas de faux semblant. La seule véritable armée est celle qui se prépare à mater les émeutes dans les quartiers et les territoires d’outre-mer. Paris en effet semble en fin de vie.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète. Je ne savais pas aller jusqu’au bout. J’avais faim. Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres. J’aurais voulu les boire et les casser.Et toutes les vitrines et toutes les rues. Et toutes les maisons et toutes les vies. Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés.J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive. Et j’aurais voulu broyer tous les os. Et arracher toutes les langues. Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…

Jour 3

Dormi jusqu’à 11h. Douche chaude et je pars à la recherche d’un café et d’un pain au chocolat. Il n’y a plus que du café. l’hôpital est complètement désert. Un homme avec une plaie au crâne dans une salle d’accueil en plastique car tout est fermé. Je sors, des sdfs, des joggers, des queues en file interminables devant les magasins. Certains essayent de faire la manche mais à un mètre de distance c’est compliqué…je réponds à l’un d’entre eux, il est tellement ému qu’on lui parle qu’il me remercie et oublie de me demander de l’argent. Il ne veut pas des non plus des invendus pour les soignants. Je le comprends. Pauvre humanité.

Cette nuit j’ai rêvé des alpes, c’est une chaude soirée de printemps, j’ai l’impression d’être en pologne. Il y a des restaurants ouverts et de la musique partout, je danse dans la rue avec une très veille personne (j’ai peur qu’elle ait un arrêt cardiaque d’ailleurs) d’autres personnes me parlent d’AZF, et surtout les plats dans les restaurants ont l’air merveilleux.
j’ai terriblement faim d’ailleurs, ici la bouffe est immonde. Ma collègue avait mangé de l’oignon à midi. Elle me dit « et merde j’aurais pas du ! » et oui sachez que dans un masque on peut suffoquer de sa propre haleine. Attention au lendemain de cuite.

La journée fut longue, les soins s’enchaînent mais surtout une personne s’enfonce, mise sous morphine et hypnovel depuis déjà plusieurs jours, les antibactériens sont arrêtés depuis deux jours. l’interne de trente ans a arrêté tous les traitements ce dimanche. Hier il parlait, essayait de se battre pour nous reconnaître, parler à sa famille…il est mort à 21h. j’étais avec lui et en tenant sa main je lui disais le pauvre poème que je me rappelais.

Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

J’essaye d’arracher toutes les infos que je peux en service. Le virus est brutal, mais j’apprends qu’après la première phase d’invasion et de combat, une seconde suit. Qui elle est surtout une réaction inflammatoire démesurée qui provoque des détresses respiratoires sévères :hypersecretions cytokiniques. un nouvel essai sur les immunomodulateurs va commencer ce lundi ou mardi 31 mars.

(2 sorties ce jour là, guéries, et un résultats négatif après 6 jours de plaquenil. Le chef de service n’est pas content, il voulait prouver que cela ne marchait pas ; le voilà bien embêté. Les résultats sont tres partiels mais difficile de trancher, cela réduit la charge virale dans de nombreux cas mais ne sauve pas forcemement.)

Jour 4
J’ai pris froid à la gare Montparnasse, l’attente du seul train, l’absence de nourriture convenable, les tas de gens flippés en attente d’un éventuel train, les policiers en petits bancs qui circulent pour contrôler aux abords du train…tout ça me rend malade, plus malade que ces trois jours à soigner des personnes en train de cracher leur poumons. Le policier me demande quel train je prends, je le regarde avec consternation. Il me demande pourquoi et si j’ai déjà été contrôlé pour le regarder avec dédain. Je dis il n‘y a qu’un seul train. « ah oui ».
dans le train, mes voisins viennent d‘apprendre que leur famille va rester confinée alors qu’ils arrivent pour les rejoindre. Ils sont dégoûtés. Moi aussi. Moi aussi je regarde autour de moi et peu de choses me restent essentielles.
Je voyage en première. Les sièges sont de moins d’un mètre mais larges pourtant. Un autre voisin se plaint « Et le mètre de sécurité ! »

Et la seule flamme de l’univers Est une pauvre pensée…Du fond de mon cœur des larmes me viennent.Si je pense, Amour, à ma maîtresse; Elle n’est qu’une enfant que je trouvai ainsi.Pâle, immaculée au fond d’un bordel…Car elle est mon amour et les autres femmes
N’ont que des robes d’or sur de grands corps de flammes, ma pauvre amie est si esseulée, Elle est toute nue, n’a pas de corps – elle est trop pauvre.

Corps inflammatoires et confits d’humanité

Le virus fait réagir.
Il sort de l’abstraction
voilà un gouvernement huître qui cherche ses petits fours et ne peut plus compenser par ses soirées mondaines la vacuité de son nihilisme politique.
Une société qui ne l’est plus. La simulation ne marche pas en situation extrême.
On dit que grandir c’est savoir que tout ne se répare pas, c’est la responsabilité.
Trop tard les masques, trop tard les tests, trop tard l’isolement des personnes affectées et la protection des personnes âgées.
L’irresponsabilité n’est pas de refuser le confinement, quand on sait se laver les mains et batailler pour se faire tester si on a le moindre risque d’être porteur sain. C’est celle de ne pas se mettre à genoux devant son incompétence. La france a su montrer pour elle que l’essentiel est le chacun pour soi, le frigo bien rempli et la bonne conscience.
Les prisons hurlent.
Les soignants sont pris pour des cons et des enfants quand ils mendient des masques et des blouses et se cachent dans les couloirs pour se tester après une semaine à prendre en charge des malades du COVID et aider les familles en pleurs.
Merde à l’état qui infeste les espaces publics de policiers au lieu de soutenir ceux qui font les soins dans les Ehpads, ou dans la rue.
Merde aux gauchistes qui dans leurs chaumières et leurs palais font la morale à ceux qui continuent de lutter sans prendre leur balcon pour l’expression de leur solidarité.

Amiens : Crève la justice, crève la taule, crève l’État et crève !

Publié le 2020-04-01 18:44:09

France Bleu / mercredi 1er avril 2020

C’est la première fois que les bureaux du SPIP, le service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Somme sont visés par une telle attaque. Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3h30 du matin, un ou plusieurs individus ont brûlé plusieurs véhicules.


Les véhicules étaient stationnés sur un parking privé, à l’arrière des bureaux. Deux fourgons permettant d’emmener les détenus au palais de justice ont brûlés.  Cinq voitures qui permettaient aux agents de se rendre chez les détenus placés en milieu ouvert, pour les libérations conditionnelles par exemple ont aussi été détruites. […]

« Crève la justice, crève la taule, crève l’Etat et crève » ont été taggués à la peinture noire sur les murs du parking. Des inscriptions signées d’un A, symbole de la mouvance anarchiste. Mais le procureur d’Amiens se montre prudent. Rien pour l’instant ne vient confirmer cette piste. Alexandre de Bosschère pour qui cette attaque est avant tout symbolique : « ce n’est pas le SPIP en lui même qui est visé mais la justice, l’Etat »

Une enquête a été ouverte et les images des caméras de vidéosurveillance exploitées. Mais pour le syndicat Force Ouvrière, le ou les individus seraient passés par l’arrière des bâtiments. Une simple barrière protège l’entrée du parking alors que devant, face à la prison, la lourde porte blanche est placée sous vidéosurveillance.

et selon France Info :

[…] Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 3h20, vraisemblablement plusieurs individus s’introduisent sur le parking du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), trois voitures sont d’abord incendiées. Puis le feu est mis à deux fourgons cellulaires, des véhicules qui servent au transfert des détenus. Le bâtiment est ensuite pris pour cible, une fenêtre est cassée, un départ de feu sera mis en évidence, fort heureusement, il ne s’est pas propagé à tout le bâtiment. A ce moment-là, une alarme se serait déclenchée, provoquant la fuite du ou des auteurs, et l’arrivée sur place du gardien qui ne pourra que constater les dégâts. […]

[in english][in italiano][en español]

Contre toutes les prisons! affiche

Publié le 2020-04-01 18:48:05

Le confinement, le temps qui passe à l’identique chaque jour, l’ennuie, l’attente, la peur de ne pas être en règle, l’arbitraire, la limitation de nos mouvements et de nos relations sociales… Si certain-e-s aujourd’hui ressentent un peu ce que veut dire être enfermé, c’est ce que vivent de façon permanente des milliers de personnes dans les prisons, les centres de rétention ou autres lieux d’enfermement.

Aujourd’hui dans les prisons, au nom de la lutte contre la propagation de l’épidémie, l’isolement et la violence de l’enfermement sont exacerbés. Les activités, comme les régimes « portes ouvertes » sont supprimés. Il ne reste aux prisonnier-ère-s qu’entre une et deux heures de promenade par jour. Les parloirs avec les proches et les avocat-e-s, seul moyen pour certain-e-s d’avoir des nouvelles rapidement, sont également suspendus. La ministre de la justice a annoncé qu’en avril la télé, ainsi que des heures de communication seraient offertes. Non seulement ça va prendre du temps à mettre en place, quand on sait la lenteur de l’Administration Pénitentiaire en « temps normal ». Mais en plus le téléphone bénéficiera peu aux personnes prévenues puisqu’il est souvent refusé pendant l’instruction.

En prison l’accès aux soins est difficile. Les détenus doivent faire face à de nombreux obstacles : le refus des matons de les emmener à l’infirmerie, le peu de personnel soignant, les hospitalisations sous surveillance et parfois même attaché. Ils doivent aussi supporter l’hygiène dégueulasse des lieux et la promiscuité forcée. Les détenus sont considérés comme le risque alors que ce sont les matons qui vont et viennent dehors, et continuent de postillonner leurs ordres à la gueule des détenu-e-s. Ces conditions rendent les détenu-e-s plus vulnérables face à l’épidémie.

En plus, quand on sait que les prisons sont surpeuplées, c’est entassé-e-s qu’ils subissent le confinement. Et pour certain-e-s dans des cellules d’isolement où chacun-e peut se retrouver au moindre soupçon d’infection, sans aucun test pour le justifier. Alors que plus de 900 détenu-e-s seraient infecté-e-s, presque aucune information n’est communiquée à l’intérieur. Aucune mesure n’est prise face au virus, excepté des mesures privatives supplémentaires, comme le rationnement des cantines qui permettent pourtant d’obtenir des denrées nécessaires à la vie en prison. A l’extérieur non plus, les proches n’ont pas d’information sur les personnes contaminé-e-s, ni sur d’éventuels transferts suite à des révoltes.

Dans un moment où le rapport à la mort est encore plus présent, pour soi et pour ses proches, ne pas pouvoir donner et recevoir de nouvelles et se sentir davantage à la merci de l’administration pénitentiaire qui fait déjà subir un quotidien angoissant aux détenu-e-s, donne envie de se révolter face à la suppression des rares espaces qu’il reste pour respirer. Et pourquoi pas des envies de liberté. Face à cela, les prisonnier-ère-s se révoltent dès l’annonce de la suppression des parloirs et les jours suivants. Puis le week-end du 21 mars c’est dans dans plus d’une quinzaine de prison que des centaines de prisonnier-e-s se sont révoltés. Certains refusent de remonter en cellule, d’autres montent sur les toits, prennent le contrôle de zones réservées à l’Administration Pénitentiaire et brûlent des parties de la prison.  Avant cela des mutineries semblables avaient éclaté en Italie : incendies, évasions, rassemblements en solidarité, mais aussi des détenus blessés et tués.  Depuis les révoltes se multiplient dans différents pays sur tous les continents, avec souvent de nombreux morts suite à l’intervention de la police ou de l’armée.

Comme à l’accoutumée, l’AP va désigner des meneurs et la justice donner des peines supplémentaires. Déjà plus d’ une quinzaine de personnes ont été mises en garde-à-vue en France et des peines ont été distribuées, jusqu’à un an ferme suite à la révolte à Bézier. Nous avons toutes les raisons d’en être solidaire !

D’autre part, face au rapport de force établi par les prisonnier-e-s et la peur d’un scenario à l’italienne, l’État annonce la libération de 5000 détenu-e-s. Sur plus de 71.000 prisonnier-e-s c’est finalement peu de monde… Cette décision, plus qu’une mesure sanitaire, cherche à acheter les prisonnier.e.s à peu de frais et répondre aux menaces de grève des matons qui réclament un confinement encore plus strict à l’intérieur. Mais toutes ces réactions d’insoumission à l’autorité carcérale laisse entrevoir la possibilité d’en finir un jour avec tous les lieux d’enfermement (prisons, centres de rétention ou hôpitaux psychiatrique). Avec ou sans epidémie, liberté pour tou-te-s !

Alors que les prisonnier-ere-s se révoltent,...

Publié le 2020-04-01 21:43:07

Alors que les prisonnier-ere-s se révoltent, nous sommes confiné.e.s, sommé.e.s de déclarer chaque déplacement. Ecrire sur ce qu’il se passe à l’intérieur des taules et sortir pour tenter de l’afficher dans la rue, est une des possibiltés pour exprimer notre solidarité avec les révolté.e.s et essayer de rompre avec notre propre isolement !
D’autres articles et emissions de radio déja en ligne et à venir reviennent de manière plus précises sur les révoltes et situations dans les différentes prisons.



Le confinement, le temps qui passe à l’identique chaque jour, l’ennuie, l’attente, la peur de ne pas être en règle, l’arbitraire, la limitation de nos mouvements et de nos relations sociales… Si certain-e-s aujourd’hui ressentent un peu ce que veut dire être enfermé, c’est ce que vivent de façon permanente des milliers de personnes dans les prisons, les centres de rétention ou autres lieux d’enfermement.

Aujourd’hui dans les prisons, au nom de la lutte contre la propagation de l’épidémie, l’isolement et la violence de l’enfermement sont exacerbés. Les activités, comme les régimes « portes ouvertes » sont supprimés. Il ne reste aux prisonnier-ère-s qu’entre une et deux heures de promenade par jour. Les parloirs avec les proches et les avocat-e-s, seul moyen pour certain-e-s d’avoir des nouvelles rapidement, sont également suspendus.
La ministre de la justice a annoncé qu’en avril la télé, ainsi que des heures de communication seraient offertes. Non seulement ça va prendre du temps à mettre en place, quand on sait la lenteur de l’Administration Pénitentiaire en « temps normal ». Mais en plus le téléphone bénéficiera peu aux personnes prévenues puisqu’il est souvent refusé pendant l’instruction. 

En prison l’accès aux soins est difficile. Les détenus doivent faire face à de nombreux obstacles : le refus des matons de les emmener à l’infirmerie, le peu de personnel soignant, les hospitalisations sous surveillance et parfois même attaché. Ils doivent aussi supporter l’hygiène dégueulasse des lieux et la promiscuité forcée. Les détenus sont considérés comme le risque alors que ce sont les matons qui vont et viennent dehors, et continuent de postillonner leurs ordres à la gueule des détenu-e-s. Ces conditions rendent les détenu-e-s plus vulnérables face à l’épidémie. 
En plus, quand on sait que les prisons sont surpeuplées, c’est entassé-e-s qu’ils subissent le confinement. Et pour certain-e-s dans des cellules d’isolement où chacun-e peut se retrouver au moindre soupçon d’infection, sans aucun test pour le justifier. Alors que plus de 900 détenu-e-s seraient infecté-e-s, presque aucune information n’est communiquée à l’intérieur. Aucune mesure n’est prise face au virus, excepté des mesures privatives supplémentaires, comme le rationnement des cantines qui permettent pourtant d’obtenir des denrées nécessaires à la vie en prison.
A l’extérieur non plus, les proches n’ont pas d’information sur les personnes contaminé-e-s, ni sur d’éventuels transferts suite à des révoltes.

Dans un moment où le rapport à la mort est encore plus présent, pour soi et pour ses proches, ne pas pouvoir donner et recevoir de nouvelles et se sentir davantage à la merci de l’administration pénitentiaire qui fait déjà subir un quotidien angoissant aux détenu-e-s, donne envie de se révolter face à la suppression des rares espaces qu’il reste pour respirer. Et pourquoi pas des envies de liberté.

Face à cela, les prisonnier-ère-s se révoltent dès l’annonce de la suppression des parloirs et les jours suivants. Puis le week-end du 21 mars c’est dans dans plus d’une quinzaine de prison que des centaines de prisonnier-e-s se sont révoltés. Certains refusent de remonter en cellule, d’autres montent sur les toits, prennent le contrôle de zones réservées à l’Administration Pénitentiaire et brûlent des parties de la prison. 
Avant cela des mutineries semblables avaient éclaté en Italie : incendies, évasions, rassemblements en solidarité, mais aussi des détenus blessés et tués. 
Depuis les révoltes se multiplient dans différents pays sur tous les continents, avec souvent de nombreux morts suite à l’intervention de la police ou de l’armée.
Comme à l’accoutumée, l’AP va désigner des meneurs et la justice donner des peines supplémentaires. Déjà plus d’ une quinzaine de personnes ont été mises en garde-à-vue en France et des peines ont été distribuées, jusqu’à un an ferme suite à la révolte à Bézier. Nous avons toutes les raisons d’en être solidaire !
D’autre part, face au rapport de force établi par les prisonnier-e-s et la peur d’un scenario à l’italienne, l’État annonce la libération de 5000 détenu-e-s. Sur plus de 71.000 prisonnier-e-s c’est finalement peu de monde…
Cette décision, plus qu’une mesure sanitaire, cherche à acheter les prisonnier.e.s à peu de frais et répondre aux menaces de grève des matons qui réclament un confinement encore plus strict à l’intérieur.

Mais toutes ces réactions d’insoumission à l’autorité carcérale laisse entrevoir la possibilité d’en finir un jour avec tous les lieux d’enfermement (prisons, centres de rétention ou hôpitaux psychiatrique).
Avec ou sans epidémie, liberté pour tou-te-s !

version pdf :

Marseille (Bouches-du-Rhône) : Briser le confinement pour un salut solidaire devant le CRA du Canet – 31 mars 2020

Publié le 2020-04-02 00:52:05

CREVE LE CONFINEMENT

Mardi soir, après 20h30, un petit groupe de personnes a cassé la quarantaine pour aller faire un salut solidaire aux personnes encore détenues au CRA du Canet malgré les rumeurs de fermeture. Elles ont lancé des feux d’artifice et crié : « Liberté! » , « crève la taule » , « les CRA en feu les keufs au milieu »

Liberté pour tou.te.s
Contre tous les enfermements
crève la taule

[Publié sur indy nantes, 1er avril 2020]

Validisme en terrain militant

Publié le 2020-04-02 00:55:03

A mes camarades et ami.e.s militant.e.s valides.

J’en ai marre d’être avec des personnes aussi valid(iste)s.

Les réunions interminables qui me fatiguent et me bouffent ma journée.
Les réunions qui commencent bien après l’heure de début.
L’heure de début qui n’est jamais respectée le temps que vous arriviez, le temps que vous fumiez votre clope, le temps que vous preniez votre temps, parce que vous avez tout votre temps et votre énergie pour les utiliser comme ça, et surtout, parce que vous chiez allègrement sur mes besoins spécifiques.
Le temps que j’aurai passé à vous attendre, c’est le temps en moins que j’aurai à être en état de faire une réu, une action, un atelier.
Le temps que j’aurai passé à vous attendre, c’est le temps en plus de récupération qui viendra s’ajouter au temps de récupération habituel pour n’importe quelle (non-/)activité.
Ce temps-là, c’est du temps qui fuit et que je ne pourrai jamais retrouver. Ce temps-là, c’est du temps que vous me volez.
Le temps et l’énergie que je choisis de prendre pour faire des réunions, c’est du temps que je choisis de ne pas mettre pour des temps de sociabilisation (ou pour autre chose), et inversement. Je dois choisir. Si je fais l’un, je ne suis plus en état de faire l’autre. Donc quand je viens pour une réunion, j’ai fait en sorte d’être au mieux pour pouvoir la suivre et y prendre part, et c’est là-dedans que je veux mettre mon énergie à cet instant. J’ai pas le temps de vous attendre.

Je ne serai pas la caution débile, malade ou estropiée de nos espaces. Je ne serai pas toujours là pour vous faire de la pédagogie pour dévalidiser votre point de vue. Et votre condescendance, votre pitié, ou votre « chapeau tiré », je les refuse. Arrêtez.

J’en ai marre que vous ne preniez pas la mesure de votre position validiste à gerber, et par conséquent, de votre manque voire votre absence de considération pour les handicaps et les personnes qui sont derrière, ces handicaps créés et entretenus par notre société.
J’en ai marre que vous parliez avec mépris de ces « seulement trois marches », ces 3 marches « de rien du tout », qui en plus d’être des barrières physiques pour certain.e.s de mes copaines, rejouent incessamment ce truc des structures et constructions faites par et pour lae dominant.e, lae valide.
Ces trois marches, c’est aussi toute la violence qu’on se prend dans la gueule à longueur de temps, quand on est dans un monde qui n’est pas fait pour soi, un monde où de toute façon, on n’est pas sensé.e.s être là. Elles sont le symbole de notre système validiste, et toutes les mesures qui ne sont pas prises pour qu’on galère moins, parce que quand même, faudrait pas non plus qu’on puisse faire ce qu’on veut de notre existence dans cette société.
Qu’est-ce que ça veut dire politiquement de s’organiser en grande majorité dans des espaces qui reprennent ces codes (architecturaux notamment) des dominant.e.s ? Qu’est-ce que ça veut dire de ne pas se bouger les fesses pour trouver autre chose, et faire différemment ?

Tant qu’on n’inclut pas ces questionnements dans notre réflexion collective, nos espaces resteront valido-centrés et validistes. Un grand nombre de mes adelphes handi.e.s ne veulent pas de ces espaces où se rejouent les mêmes rapports de domination. Un grand nombre de mes adelphes handi.e.s ne viendront pas dans nos espaces s’ils restent tels qu’ils sont aujourd’hui.

J’en ai marre que nos espaces soient autant valido-centrés.
J’en ai marre que nos réflexions le soient aussi.
J’en ai marre de ne pas me sentir assez valide pour faire des trucs avec vous, parce que nos actions sont des trucs de valides, parce que nos manifs sont des trucs de valides, parce que nos événements sont des trucs de valides, parce que nos modes de sociabilisation sont des trucs de valides.
Parce que votre position est celle de personnes valides, parce que votre regard est validiste, parce que vous avez le nez dans votre merde d’oppresseureuse.

A suivre.

 

Madrid, Espagne : Attaque d’une agence immobilière – 1er avril 2020

Publié le 2020-04-02 03:51:08

Au petit matin du 1er avril, les vitrines d’une agence immobilière ont été défoncées à Vallekas [quartier populaire de Madrid]. À la misère d’avant, il faut ajouter la misère que vient provoquer la crise du covid-19. La militarisation des rues, la répression, l’exploitation, les licenciements, la peur et l’incertitude sont quelques-uns des visages de la démocratie et de l’État de toujours, seulement accentués par une accélération subite de ces processus à cause d’un virus.

Des hommes d’affaires, des politiciens, des juges, des journalistes, des propriétaires, des flics et des militaires dansent au rythme mondial des “états d’urgence”, nous piétinant de leurs bottes dures de militaires. Les tensions et ruptures ont aussi fait leur apparition sous la forme de grèves, de mutineries, de pillages et d’émeutes, si l’on cartographie un peu le panorama international et local. La cocotte-minute se fait de plus en plus vaste. Ceci n’est qu’une petite et modeste contribution sous forme d’attaque.

Pour la contagion de la révolte !
Vive l’anarchie !

[Traduction de l’espagnol de contramadriz reçue par mail, 01.04.2020]

Un peu partout : les peines s’enchaînent contre les réfractaires (III)

Publié le 2020-04-02 11:00:06
  • Confinement : le contrôle des gendarmes tourne mal en Lorraine, un homme en prison
    Lorraineactu, 1er avril 2020 (extrait)

La semaine dernière, après avoir contrôlé une première fois – « avec indulgence » – un individu dans le centre-ville de Senones (Vosges), les gendarmes de Raon-l’Étape voient ce dernier à nouveau dehors.

Accompagné d’un ami, il détient des bouteilles d’alcool pour seuls « achats de première nécessité », expliquent les gendarmes des Vosges.

Ils sont ensuite contrôlés une deuxième fois dans la même commune. Un contrôle qui va toutefois rapidement être avorté. Selon les gendarmes : « Pour éviter un nouveau contrôle, les deux comparses prennent la fuite. Rapidement retrouvés par la patrouille, ils insultent les gendarmes et l’un d’eux s’oppose violemment à son interpellation« .

Le principal suspect a été placé en garde-à-vue. À l’issue, le trentenaire agressif a été jugé en comparution immédiate. Condamné à 12 mois de prison dont six avec sursis, il a été incarcéré à la maison d’arrêt d’Épinal.

Son ami outrageant a fait l’objet d’une convocation devant le procureur de la République pour reconnaissance préalable de la culpabilité.


  • Coronavirus : à Quetigny, un homme en détention provisoire pour non-respect du confinement
    France3 Bourgogne Franche-Comté, 31 mars 2020
Âgé de presque vingt ans, il a été contrôlé quatre fois en quelques jours à Quetigny, près de Dijon, et n’a jamais pu produire d’attestation, comme l’indique le procureur de la République de Dijon dans un communiqué lundi 30 mars.Le 27 mars, il est contrôlé dans un hall d’immeuble. Le lendemain matin, les gendarmes l’aperçoivent au même endroit. Il prend la fuite mais est rattrapé par les militaires et verbalisé. Dans l’après-midi du 28 mars, c’est sur la place centrale de Quetigny que les forces de l’ordre croisent à nouveau sa route. Le 29 mars, il est interpellé toujours dans le même hall d’immeuble. « Lors de la fouille, les militaires découvr[ent] que l’intéressé [est] porteur de 9,8 grammes de résine de cannabis« , détaille le procureur dans son communiqué.L’homme est donc placé en garde à vue pour « réitération, à plus de trois reprises dans un délai de 30 jours, de violation des interdictions ou obligations édictées dans une circonscription territoriale où l’état d’urgence sanitaire est déclaré« . Un délit puni de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Le jeune homme explique qu’il voulait voir ses amis. Il avait pourtant l’interdiction d’être présent dans le département de la Côte-d’Or après une précédente décision du tribunal de Dijon.

Lors de sa comparution immédiate lundi 30 mars pour non-respect du confinement et détention de stupéfiants en récidive, le parquet a requis « neuf mois d’emprisonnement et un mandat de dépôt, outre la révocation de six mois d’emprisonnement d’un précédent sursis probatoire. » Le tribunal a demandé un supplément d’information « pour vérifier la matérialité des précédentes verbalisations« . Il a décidé de placer le prévenu en détention provisoire et a renvoyé le dossier au 30 avril 2020.


France Bleu Saint-Étienne Loire, 1er avril 2020

Ce Stéphanois âgé de 20 ans devait rester à la maison d’arrêt de La Talaudière jusqu’au 18 avril notamment pour avoir commis des cambriolages quand il était mineur. du fait de l’état d’urgence sanitaire, des détenus peuvent bénéficier d’une sortie précoce.

C’est le parquet qui décide au cas par cas, et c’est ce dont a bénéficié douze détenus dont ce jeune homme, qui est sorti vendredi avec une assignation à domicile. Sauf qu’il est sorti de chez lui sans respecter les règles du confinement : les policiers de Saint-Étienne l’ont contrôlé trois fois entre dimanche et mardi. Hier, la quatrième verbalisation l’a conduit comme le prévoit la loi en garde à vue avant d’être jugé en comparution immédiate ce mercredi. Cinq jours après avoir fait sa valise, ce jeune homme est retourné derrière les barreaux de La Talaudière. Le tribunal de Saint-Étienne l’a condamné à quatre mois de prison.

Avant d’intégrer une cellule classique, il devra passer quatorze jours dans une partie du quartier des arrivants spécialement dédiée aux détenus susceptibles d’avoir contracté le Covid-19.  Le médecin qui l’a examiné au commissariat de Fauriel a estimé que c’était très vraisemblable, vu les symptômes qu’il présentait.


  • Besançon Verbalisé pour la 8e fois pour non-respect du confinement, il finit en garde à vue
    Est Républicain, 31 mars 2020 (extrait)

Coronavirus ? Confinement ? Et alors ? Ce jeune homme n’en a visiblement rien à faire. Alors qu’ils patrouillaient dans le quartier de Planoise, ce mercredi vers 10h30 à Besançon, les policiers ont aperçu un visage bien connu de leurs services.

Lorsque les forces de l’ordre ont procédé à son contrôle, l’individu déambulait à proximité de la rue de Picardie sans attestation de déplacement dérogatoire. Comme à son habitude. Depuis le début du confinement, en effet, ce Bisontin  avait déjà été verbalisé à sept reprises, précise le parquet. Face à ce déni caractérisé des obligations liées au confinement, l’individu a été arrêté, puis placé en garde à vue. Une première dans le Doubs. Face aux policiers, il s’est mollement justifié en expliquant qu’il avait prévu de se rendre en courses, au Norma voisin.

Le multirécidiviste a été relâché dans la journée, avec dans sa poche une convocation devant le tribunal correctionnel de Besançon en juin prochain, où il comparaîtra sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).


  • Dijon : recherché pour effectuer trois peines de prison ferme, il a été écroué
    Bien Public, 31 mars 2020

« Une personne a été contrôlée hier soir [ mardi, ndlr ] par la police de Dijon dans le cadre du confinement. Il avait trois peines fermes à exécuter. Il a été présenté au parquet puis conduit à la maison d’arrêt de Dijon », a indiqué ce mercredi après-midi Eric Mathais, procureur de la République de Dijon, sur son compte Twitter.

Contacté, le vice-procureur Jean-Luc Chemin nous a précisé que les trois peines étaient, pour deux, de durées de huit mois, et pour une autre, de dix mois, « soit un total de 26 mois ferme ». « S’il ne fait pas appel dans les dix jours, sa détention provisoire deviendrait définitive. »

Il s’agit d’un habitant du canton de Châtillon-sur-Seine âgé de 25 ans, qui se trouvait, ce mardi, à Dijon, avec un groupe d’amis, ce qui avait entraîné le contrôle des policiers.



Un peu partout : l’armée se déploie pour éviter les pillages (mis à jour)

Publié le 2020-04-02 11:00:06

Après l’opération Sentinelle anti-« terroriste » qui est toujours en place dans les grandes villes (7000 soldats), une nouvelle opération militaire nommée Résilience avec des soldats supplémentaires est en train de se déployer depuis lundi. Annoncée le 25 mars dernier par le Président Macron depuis l’hôpital de Mulhouse, Résilience est placée sous le commandement direct du Chef d’État-Major des Armées, le général François Lecointre, un spécialiste musclé des populations civiles puisqu’il a déjà œuvré « en République centrafricaine en 1989, lors de la guerre du Golfe en 1991, en Somalie en 1993, au Gabon puis au Rwanda en 1994, à Sarajevo en 1995. » L’opération de guerre intérieure Résilience sera pilotée sept jours sur sept par le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) situé dans les locaux du ministère des Armées à Balard, dans le 15e arrondissement de Paris, dans le même centre où sont actuellement pilotées les opérations de guerre extérieure en cours Barkhane (au Sahel) ou Chammal (au Levant).

Vendue comme une quasi mission humanitaire avec ses hôpitaux de campagne et ses dispositifs d’évacuation médicale aéroportée, les assassins en uniforme ont d’autres missions bien plus essentielles pour l’État : assister les forces de l’ordre pour faire respecter le confinement, surveiller les « sites d’intérêts stratégiques », mais aussi les supermarchés et zones commerciales pour éviter les pillages, ainsi que le transport de fret. Petit tour d’horizon régional.

  • Opération Résilience dans les Pyrénées-Atlantiques : 54 soldats en renfort dès ce mardi
    La République des Pyrénées, 31 mars 2020

Dans un point presse en audioconférence ce mardi matin, le préfet des Pyrénées-Atlantiques Eric Spitz a confirmé l’entrée en action dès ce mardi 31 mars de 54 soldats de l’armée de terre, venus en renfort pour le bon respect du confinement. Ils seront notamment chargés de surveiller les plages, les gares, les grandes surfaces.
Une section sera dédiée à la côte basque, l’autre à l’agglomération paloise. Ce renfort entre dans le cadre de l’opération Résilience annoncée par le Président de la République Emmanuel Macron il y a quelques jours.


Lancée le 25 mars 2020 par le Président de la République, Emmanuel Macron, l’opération Résilience constitue la contribution des armées à l’engagement interministériel contre la propagation du COVID-19 sur tout le territoire national. Dans ce cadre, les militaires sont arrivés à Toulouse ce mercredi 1er avril 2020.

Comme cela est prévu par l’opération Résilience, les armées de France ont pour mission de protéger les sites sensibles, comme le précise la Préfecture d’Occitanie : « En Haute-Garonne, les militaires engagés dans cette opération assurent depuis mercredi 1er avril, la protection de sites sensibles, ainsi que des missions de surveillance et de présence dissuasive en appui des forces de sécurité intérieure (FSI), sur des sites tels que des établissements de santé, des sites logistiques, des centres commerciaux etc. »


En Sarthe, une section du 2e Régiment d’Infanterie de Marine dont la caserne est basée à Auvours (Champagné) est « mise à disposition du Préfet », selon les gendarmes sarthois.

Ces militaires renfonceront les unités gendarmerie et police. « Les missions de ces patrouilles seront principalement de rassurer la population par une présence ferme mais courtoise de jour et d’assurer dissuasion et sécurité autour des principales zones commerciales du département et plus particulièrement autour de l’agglomération mancelle la nuit », précisent les gendarmes.


  • Coronavirus : l’opération Résilience se déploie en Charente-Maritime et dans la Vienne
    France3 Nouvelle Aquitaine/Sud Ouest, 1er avril 2020 (extrait)

Les premiers militaires sont arrivés aujourd’hui à La Rochelle. Il s’agit de soldats d’un détachement de l’Armée de Terre dont le nombre n’est pas communiqué. Ils seront affectés à la surveillance du centre hospitalier, mais aussi de la gare et des zones commerciales où des tensions sont parfois susceptibles d’apparaître.
(…) Le commissaire Baud est plus prolixe quant aux missions dévolues à ces militaires : « Assistance à la population, surveillance de sites stratégiques comme les pharmacies, les hôpitaux mais aussi les supermarchés. » Bref, tout lieu où une situation pourrait, pour une raison ou une autre, tourner vinaigre.
Le commissaire Baud ajoute aussi que « les militaires n’ont pas vocation à contrôler les mesures liées au confinement« , donc à vérifier les documents de sortie. Mais prudence étant mère de sûreté, il convient de ne pas perdre de vue que les patrouilles (issues de la logique « Vigipirate », mot encore présent sur les véhicules, ou « Sentinelle ») peuvent requérir la force publique et qu’en cas de situation suspecte.

Même déploiement à Poitiers où une unité de 24 soldats divisée en trois pelotons de huit doit arriver. Ce sont des soldats de l’armée de terre dont les régiments sont en cours de désignation par le ministère des Armées. Ils seront déployés aux abords du CHU et en ville et viendront en appui des forces de sécurité publique. Mais ils pourront aussi être amenés à sécuriser des convois de transport de fret ou de patients, d’un hôpital à l’autre.


  • Des soldats du 92e régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand déployés à Limoges
    Charente Libre, 1er avril 2020

Un détachement du 92e régiment d’infanterie de Clermont-Ferrand va être envoyé à Limoges le 3 avril, dans le cadre de l’opération « Résilience » lancée le 25 mars, par le chef de l’Etat Emmanuel Macron. Les trois objectifs affichés, sont d’apporter un soutien à la gendarmerie locale pour sécuriser les lieux de rassemblements et de passage, mais aussi les lieux sensibles comme le CHU. Protéger la population et apporter un soutien logistique et un accompagnement, dans les transports. Ces missions, pilotées par le préfet de la Haute-Vienne et le Délégué militaire départemental, seront amenées à évoluer.


  • Valence : une section du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces installée chez les Spahis
    Dauphiné Libéré, 1er avril 2020

Une section du 7e  bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère), relevant de l’opération « Résilience », est installée au 1er régiment de Spahis de Valence. Ils sont arrivés en début de semaine au quartier Baquet. Pour l’heure, les militaires isérois n’ont pas été engagés sur des missions dans la Drôme, mais sont mobilisables à tout instant sur sollicitation pour de l’appui sanitaire, de logistique ou des missions de sécurisation de sites stratégiques.

Précisons que le 1er régiment de Spahis de Valence, qui est en grande partie engagé en opérations extérieures, n’a, pour l’heure, pas contribué à l’opération « Résilience ».


  • Coronavirus : des légionnaires des Bouches-du-Rhône déployés dans le Gard
    France Bleu, 3 avril 2020 (extrait)

Dans le Gard, ce sont  des légionnaires du 1er REC (Régiment Etranger de Cavalerie) situé à Carpiagne dans les Bouches-du-Rhône qui vont mener cette mission, notamment à Nîmes et dans la métropole Nîmoise. Pour des raisons de sécurité l’armée ne préfère pas communiquer sur le nombre de militaires déployés dans le département du Gard.

Concernant les militaires des régiments gardois, ils ne sont actuellement pas mobilisés sur l’opération Résilience, car ils sont pour l’heure nombreux, 1.500, à participer à des opérations extérieurs notamment au Mali.


Agen, 4 avril 2020

  • Agen. Les militaires du 48e RT patrouillent depuis vendredi
    La Dépêche, 5 avril 2020 (extrait)

C’est suffisamment rare pour être signalé. C’est même, à notre connaissance, une première : des militaires du 48e Régiment de transmissions d’Agen patrouillent depuis hier dans les rues de leur ville. Ils agissent dans le cadre de l’opération Résilience, qui regroupe l’action des forces armées dans la bataille engagée par la France contre le coronavirus.

Les militaires sont opérationnels depuis hier matin, 24 heures sur 24, pour une durée qui reste indéterminée. « Les effectifs ont été calculés en fonction des besoins« , affirme une source militaire. Les patrouilles (armées) à pied ou en véhicules s’effectueront autour de sites restés confidentiels.

Ces patrouilles à domicile (« Un don du 48e RT à sa ville« , confie un officier) ne sont pas placées sous le commandement du régiment. Ces moyens militaires sont mis à disposition du préfet, sous la responsabilité de l’officier général de la zone de défense et de sécurité (OGZDS) Sud-Ouest basé à Bordeaux. Au quotidien, ces moyens sont pilotés par la délégation militaire départementale. Les patrouilles ont commencé à Agen, mais peuvent théoriquement s’étendre à tout le Lot-et-Garonne.


Des militaires en intervention au Cannet et dans d’autres communes du bassin canno-grassois
Nice Matin, 10 avril 2020 (extrait)

Des militaires de l’Armée de terre, équipés de pied en cap, patrouillent dans les rues du Cannet et participent à la lutte contre le coronavirus.

Ces soldats viennent en aide aux populations sur le plan sanitaire, logistique et en soutien des forces de police et des services de premières urgences.  Ils sont en mission de surveillance des sites sensibles (comme les pharmacies) au Cannet, ainsi que dans d’autres communes du bassin canno-grassois, dans le cadre de l’opération gouvernementale « Résilience ».

« Il s’agit d’une action de coopération concertée avec la ville et sa police municipale présente sur le terrain pour faire aussi respecter les limitations de déplacement », précise encore la mairie du Cannet. Dans le cadre de cette opération, la municipalité du Cannet a mis à disposition un local municipal où les militaires prennent leur quartier pour quelques heures de repos durant leurs tournées multiples sur le territoire canno-grassois.

 

Madrid (Espagne) : une agence immobilière perd ses vitres

Publié le 2020-04-02 11:01:04

Attaque contre une agence immobilière

Au petit matin du 1er avril, les vitrines d’une agence immobilière ont été défoncées dans le quartier de Vallekas. À la misère d’avant, il faut ajouter la misère que vient provoquer la crise du covid-19. La militarisation des rues, la répression, l’exploitation, les licenciements, la peur et l’incertitude sont quelques-uns des visages de la démocratie et de l’État de toujours, seulement accentués par une accélération subite de ces processus à cause d’un virus.
Les entrepreneurs, les politiques, les juges, les journalistes, les propriétaires, les flics et les militaires dansent au rythme mondial des “états d’urgence”, nous piétinant de leur dure botte soldatesque. Les tensions et ruptures ont aussi fait leur apparition sous la forme de grèves, de mutineries, de pillages et d’émeutes, si l’on cartographie un peu le panorama international et local. La cocotte-minute se fait toujours plus grande. Ceci n’est qu’une petite et modeste contribution sous forme d’attaque.

Pour la contagion de la révolte !
Vive l’anarchie !

[Traduction de l’espagnol de contramadriz, 01.04.2020]

LA RUE OU RIEN

Publié le 2020-04-02 12:01:07

(Source: twitter.com)

LA RUE OU RIEN

Publié le 2020-04-02 12:01:08

(Source: twitter.com)

You’ll never riot alone

Publié le 2020-04-02 13:59:04

Une autre pandémie est aujourd’hui en cours sur toute la planète. L’OMS ne s’en occupe pas le moins du monde, ce n’est pas de sa compétence, et les médias tentent de la passer sous silence ou de la minimiser. Mais les gouvernements du monde entier sont préoccupés par le risque qu’elle implique. Cette pandémie est en train de se diffuser dans le sillage du virus biologique qui remplit aujourd’hui les hôpitaux. Elle se répand là où passe le Covid-19, en somme. Elle coupe également le souffle. La peur de la contagion est en effet en train de provoquer la contagion de la rage. Les premiers symptômes de malaise ont tendance à s’aggraver, se transformant d’abord en frustration, puis en désespoir, et enfin en rage. Une rage suite à la disparition, sur décret sanitaire, des dernières miettes de survie qui restaient.

Il est significatif que suite à l’annonce des mesures restrictives prises par l’autorité pour empêcher la propagation de l’épidémie, une sorte d’assignation à résidence volontaire, ce soient justement les personnes qui affrontent déjà quotidiennement la réclusion derrière quatre murs, qui aient mis le feu aux poudres. Le fait d’être privés du peu de contacts humains qui leur restait, qui plus est avec le risque de mourir comme des rats en cage, a déclenché ce qui n’arrivait pas depuis des années. La transformation immédiate de la résignation en fureur.

Tout a commencé dans le pays occidental le plus touché par le virus, l’Italie, où des émeutes ont éclaté le 9 mars dernier dans une trentaine de prisons juste après la suspension des parloirs avec les proches. Au cours des désordres, douze prisonniers sont morts – presque tous « par overdose », selon les infâmes infos ministérielles – et de nombreux autres ont été massacrés. A Foggia, 77 prisonniers ont réussi à profiter de l’occasion pour s’évader (même si malheureusement pour beaucoup d’entre eux, la liberté n’a que trop peu duré). Une telle nouvelle ne pouvait que faire le tour du monde et qui sait si elle n’a pas inspiré les protestations qui, à partir de ce moment-là, se sont diffusées parmi les enterrés-vivants des quatre continents : battages contre les barreaux, grèves de la faim, refus de rentrer en cellule après la promenade… mais pas seulement.

Au Moyen-Orient, le matin du 16 mars, les équipes anti-émeute font irruption dans deux des plus grandes prisons du Liban, à Roumieh et Zahle, pour ramener le calme ; plusieurs témoins parlent de barreaux démontés, de colonnes de fumée, de prisonniers blessés. En Amérique Latine, le 18 mars, une évasion de masse a eu lieu dans la prison de San Carlos (Zulia) au Venezuela, au cours d’une émeute déclenchée là aussi suite à l’annonce des mesures restrictives : 84 prisonniers réussissent à s’évader, 10 sont abattus au cours de la tentative. Le jour d’après, 19 mars, plusieurs prisonniers de la taule de Santiago, au Chili, tentent la fuite. Après avoir pris le contrôle de leur aile, mis le feu au poste de garde, et ouvert les grilles du couloir, ils s’affrontent avec les matons. La tentative d’évasion échoue et est durement réprimée. En Afrique le 20 mars, se produit une nouvelle tentative d’évasion de masse dans la prison Amsinéné de N’Djamena, capitale du Tchad. Encore en Amérique Latine, le 22 mars ce sont les détenus de la prison La Modelo de Bogotà, en Colombie, qui se soulèvent. C’est un massacre : 23 morts et 83 blessés parmi les prisonniers. De nouveau en Europe, le 23 mars, c’est une section de la prison écossaise de Addiewell qui finit aux mains des révoltés et est dévastée. Aux États-Unis, ce même jour, 9 prisonnières s’évadent de la prison pour femmes de Pierre (Dakota du Sud) le jour même où une d’entre elles avait été testée positive au Covid-19 (quatre d’entre elles seront capturées les jours suivants). Toujours le 23 mars, 14 détenus s’évadent d’une prison du comté de Yakima (Washington DC) peu après l’annonce du gouverneur sur l’obligation de rester confiner à la maison. Encore en Asie, la libération « provisoire » de 85 000 prisonniers de droit commun en Iran ne réussit pas à étouffer la rage qui couve dans de nombreuses prisons : le 27 mars, 80 détenus s’évadent de la prison de Saqqez, dans le Kurdistan iranien. Deux jours plus tard, le 29 mars, une autre révolte éclate en Thaïlande dans la prison de Burinam, au nord-est du pays, où plusieurs détenus réussissent à s’échapper. Mais il n’y a pas que les prisons, puisque même les centres où sont enfermés les immigrés sans-papiers s’agitent, comme le démontrent les désordres qui ont éclaté au centre de rétention de Gradisca d’Isonzo, en Italie, le 29 mars. Mais si les prisons à ciel fermé surpeuplées de damnés de la Terre semblent aujourd’hui plus que jamais des bombes à retardement qui explosent petit-à-petit, que dire des prisons à ciel ouvert ? Combien de temps encore la peur de la maladie aura-t-elle le dessus sur la peur de la faim, paralysant les muscles et blessant les esprits ? En Amérique Latine, le 23 mars, 70 personnes prennent d’assaut une grande pharmacie à Tecámac au Mexique ; deux jours plus tard, c’est un supermarché de Oaxaca qui est pillé par une trentaine de personnes. Le même jour, 25 mars, de l’autre côté de l’Océan Atlantique, en Afrique, la police doit disperser à coup de lacrymogènes la foule présente sur le marché de Kisumu, au Kenya. Aux policiers qui les exhortaient de s’enfermer chez eux, les vendeurs et les clients ont répondu : « nous connaissons le risque du Coronavirus, mais nous sommes pauvres ; nous avons besoin de travailler et de manger ». Le lendemain, 26 mars, la police italienne a commencé à stationner devant plusieurs supermarchés de Palerme, après qu’un groupe de personnes a tenté de sortir avec des chariots remplis sans s’arrêter aux caisses dans l’un d’entre eux.

On ne peut pas dire que la mise en résidence surveillée imposée à des centaines de millions de personnes ait complètement stoppée la détermination de ceux qui ont l’intention de saboter ce monde mortifère. La nuit du 18 au 19 mars à Vauclin, sur l’île de la Martinique, un local technique de la compagnie de téléphone Orange est incendié, coupant les lignes à quelques milliers d’usagers. En Allemagne également, où les mesures de confinement ont été décrétées le 16 mars, les attaques nocturnes continuent imperturbablement. Le 18 mars, tandis qu’à Berlin ce sont plusieurs véhicules des concessionnaires Toyota et Mercedes qui partent en fumée, à Cologne ce sont les vitres de la société immobilière Vonovia qui sont brisées. A l’aube du 19 mars, c’est une agence bancaire qui est attaquée à Hambourg, tandis qu’à Berlin c’est le véhicule d’une entreprise de sécurité qui est incendié. La nuit du 19 au 20 mars, la voiture d’un militaire réserviste de Nuremberg est livrée aux flammes pour protester contre la militarisation croissante, à Werder ce sont trois yachts qui sont incendiés, et Berlin perd une autre automobile de sécurité. La nuit du 20 au 21 mars à Leipzig est également incendiée la énième voiture d’une entreprise liée aux technologies de sécurité. Cette même nuit, aussi bien en Allemagne qu’en France certains ont tenté d’arracher l’épine de l’aliénation. La tentative échoue à Paderborn, où les pompiers allemands sauvent de justesse une antenne de téléphonie mobile sur le point de partir en flammes. La chance n’a pas non plus souri aux auteurs de la dégradation de plusieurs câble de fibre optique de Bram, en France. Une partie du village restera sans internet et sans téléphone pendant plusieurs jours, mais les responsables seront arrêtés à cause de la dénonciation de plusieurs témoins. La nuit suivante, celle du 22 mars, la voiture d’un douanier est réduite en cendres près de Hambourg. Ceux qui ont accompli cette action diffuseront un texte où l’on peut lire : « C’est justement dans cette période de pandémie qui s’accompagne de resserrement et de restriction du mouvement de liberté, qu’il est d’autant plus important de préserver sa capacité d’action et de se montrer à soi-même, ainsi qu’à d’autres subversifs, que la lutte contre les contraintes de cette époque continue, même si elle semble folle et difficile. Si on capitule face au souhait de l’État de nous isoler, qu’on se contente d’un haussement d’épaule face à la menace de couvre-feu, on lui donne la possibilité de continuer ses machinations…». Il s’agit d’une pensée qui enflamment les esprits à travers toute la planète, aussi vrai que cette même nuit du 22 au 23 mars c’est l’aéroport international de la Tontouta, en Nouvelle -Calédonie, qui a été pris pour cible (vitrines brisées et véhicules de la douane vandalisés) par ceux qu n’ont évidemment pas d’accord avec les paroles du président du Sénat traditionnel, selon lequel « La violence ne remplace pas le dialogue. Les décisions prises dans l’urgence par les autorités publiques sans explications immédiates ne doivent pas inciter a la violence. »

Mais le fait qui plus que n’importe quel autre pourrait laisser une marque profonde, comme des braises couvant sous des couches de totalitarisme et desquelles pourraient naître des étincelles, est l’émeute qui a éclaté le 27 mars à côté de Wuhan, épicentre de la pandémie actuelle, à cheval entre les Provinces du Hubei et de Jiangxi (la seule qui soit parvenue jusqu’à nous). Des milliers de Chinois à peine sortis d’une quarantaine qui a duré deux mois ont exprimé leurs remerciements et toute leur gratitude pour les mesures restrictives imposées par le gouvernement en attaquant la police qui tentait de bloquer le passage sur le pont du fleuve Yangtsé.

De ce côté du continent, le monde tel que nous l’avons toujours connu vacille depuis un mois. Rien n’est plus comme avant et, comme beaucoup le disent tout en étant d’opinions variées, rien ne sera plus comme avant. Ce qui a remis en cause sa reproduction tranquille n’a de fait pas été l’insurrection, mais bien une catastrophe. Qu’elle soit réelle ou seulement ressentie, ne fait aucune différence. Aucun doute que les gouvernements feront tout pour profiter de cette situation et éliminer toute liberté restante, qui aille au-delà du fait de choisir quelle marchandise consommer. Aucun doute non plus qu’ils ont toutes les cartes techniques en mains pour clore la partie, et imposer un ordre social sans bavures. Ceci dit, on sait que même les mécanismes les plus solides et les plus précis peuvent partir à vau-l’eau pour un rien. Leur calcul des risques estimés, et acceptés, pourrait s’avérer erroné. Dramatiquement erroné et, pour une fois, surtout pour eux. C’est à chacun de nous de faire en sorte que cela arrive.

Traduit de l’italien de Finimondo, 30/03/20

LA RUE OU RIEN

Publié le 2020-04-02 15:00:07

(Source: twitter.com)