Pierleone Porcu – « Solidarietà rivoluzionaria », publié dans la revue Anarchismo, n. 72, mai 1993
Il y a de nombreuses manières de manifester de la solidarité envers des compagnons criminalisés par l’État, chacune d’entre elles est une expression directe de la manière dont on intervient dans le conflit social en général.
Il y a ceux qui voient la solidarité comme un service social prêté à tel ou tel compagnon arrêté, et ils font des choses telles que : chercher des avocats, envoyer de l’argent et des vêtements, rendre visite, etc. Cette solidarité purement humanitaire se traduit aussi par la constitution de comités de défense et leurs campagnes dont le but est d’influencer l’opinion publique.
Et puis il y a ceux qui voient la solidarité dans un sens strictement politique et qui jouent à faire un tas de « distinctions » dont le but est de ne pas compromettre l’image de leur propre activité. Donc pour des raisons opportunistes, ils défendent et font preuve de solidarité envers ceux qui se déclarent innocents, pas envers ceux qui revendiquent leurs actions.
D’autres encore, s’ils voient qu’il y a quelque chose à gagner en termes de propagande politique, sortent immédiatement des tracts et des brochures en solidarité formelle avec le ou les compagnons arrêtés, c’est-à-dire, ils se déclarent solidaires en mots, tandis qu’en pratique il n’y en a pas la moindre trace.
Et puis il y a la solidarité dans un contexte idéologique. C’est le cas des marxistes-léninistes dans leur version du parti révolutionnaire combattant. Ils expriment leur solidarité avec ceux qui ont des positions semblables aux leurs, et sont en opposition avec ceux qui ne partagent pas ou ne reconnaissent pas leur ligne politique ou leur stratégie, utilisant souvent la censure et l’ostracisme contre ceux qu’ils considèrent gênants.
Qu’est-ce que nous pensons que solidarité révolutionnaire veut dire alors ?
Le premier aspect est celui de voir la solidarité comme le prolongement de la pratique sociale insurrectionnelle que l’on mène déjà au sein du conflit de classe, c’est-à-dire, comme une démonstration directe d’actions d’attaque contre toutes les structures du pouvoir, grandes et petites, qui sont présentes sur son propre territoire. Et ceci parce que celles-ci devraient toujours être tenues pour responsables de tout ce qui arrive dans la réalité sociale, y compris, par conséquent, la criminalisation et l’arrestation de compagnons où qu’ils soient. Réduire la question de la répression contre des compagnons à quelque chose de strictement lié à l’appareil policier et judiciaire serait un manque de vue à long terme. La criminalisation et l’arrestation de compagnons doivent être vu dans le contexte de la lutte sociale dans son ensemble, précisément parce que celles-ci sont toujours les moyens matériels hâtifs utilisés par l’État pour décourager partout la radicalisation. Peut importe sa grandeur ou son insignifiance, tout acte de répression fait partie des rapports de la lutte sociale en cours contre les structures de la domination.
Le deuxième aspect est que tout les compagnons révolutionnaires devraient être défendus par principe, peu importent les accusations portées contre eux par l’appareil légal et policier de l’État, tout d’abord parce qu’il est question de les arracher à leurs griffes, c’est-à-dire, aux conditions d’« otage » auxquelles ils ont été réduits. En outre, il est aussi question de ne pas perdre l’occasion d’intensifier l’attaque contre la « loi » qui se veut l’expression régulatrice de touts les rapports de pouvoir présents dans la société constituée.
Le troisième aspect concerne le refus d’accepter la logique de défense qui est inhérente à la loi constitutionnelle, comme par exemple le problème de l’« innocence » ou de la « culpabilité » des compagnons impliqués, et cela parce que nous avons beaucoup de bonnes raisons de les défendre et personne ne peut justifier l’opportunisme politique de ne pas le faire. Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas nous considérer comme des avocats, mais comme des anarchistes révolutionnaires en guerre sur tous les fronts contre l’ordre social constitué. Nous cherchons à détruire radicalement ce dernier de haut en bas, le juger, comme il le fait avec nous, ne nous intéresse pas. Pour cette raison, nous considérons toute sentence dictée par les vautours de l’État contre des prolétaires révoltés, et d’autant plus s’il s’agit de compagnons, comme une sentence dictée contre nous et qui doit, comme telle, être vengée par tous les moyens que nous considérons opportuns, en accord avec notre tempérament et nos goûts personnels.
Le quatrième et dernier aspect concerne notre attitude à l’égard des compagnons arrêtés, envers qui nous continuons à nous comporter comme à l’égard de ceux qui ne sont pas en prison. Ce qui veut dire que nous unissons toujours, dans chacun des cas, une critique radicale à la solidarité révolutionnaire. Nous pouvons montrer notre solidarité envers des compagnons, et nous le faisons, sans pour autant épouser leurs idées. Ceux qui montrent leur solidarité envers des compagnons ne sont pas nécessairement mêlés à leurs opinions et points de vue, et la même chose vaut pour nous en ce qui les concerne. Nous soutenons activement tous les compagnons emprisonnés en tout, mais seulement dans la mesure où ce que nous faisons pour eux n’entre pas en opposition avec ou ne contredit pas notre manière d’être révolutionnaire insurrectionnaliste. Notre relation est exclusivement celle entre révolutionnaires sociaux en révolte, pas celle d’un marchandage de positions. Nous ne sacrifions aucune part de nous-mêmes, tout comme nous n’en attendons pas moins des autres.
Nous considérons la solidarité comme une façon d’être complices, comme une manière de prendre un plaisir réciproque et nullement comme un devoir, un sacrifice pour la « bonne et sacrée cause », parce que c’est notre propre cause, c’est-à-dire, nous-mêmes.
En partant de ces principes, de première importance dans le développement de notre action anarchiste insurrectionnaliste, la solidarité révolutionnaire prend du sens en tant que telle, parce que nous montrerions un simple soutien matériel à n’importe quel ami qui se retrouve en prison.
La solidarité révolutionnaire est partie intégrante de notre être en tant qu’anarchistes insurrectionnels. C’est dans cette dimension qu’elle devrait être manifestée sans cesse, précisément parce que cela contribue à élargir ce que nous faisons déjà.
[Traduction française : La Cavale, n° 11, janvier 2008]
Nous appelons, d’ores et déjà et minimalement, à une présence solidaire au procès qui se déroulera le 23 juin 2017 à 13h30 à la 12e chambre du tribunal de Grande instance de Paris (métro Cité – prévoir de l’avance), et nous appelons chacun et chacune à exprimer sa solidarité à sa manière, collectivement et/ou individuellement.
Affaire Machine à expulser : Erratum du 05/06/2017
D’après de nouvelles informations, il semblerait que la justice prévoie de passer d'autres personnes en procès dans le cadre de cette affaire, sans pour autant qu'une date d'audience ait été fixée. Plus d'informations seront rendues publiques dés que possible, et notamment à la réunion publique du 9 juin (https://paris-luttes.info/affaire-machine-a-expulser-reunion-8275) Il est d'autant plus nécessaire de se mettre en contact et/ou se retrouver pour en parler.
Après sept ans et demi d’instruction, des milliers de pages de dossier, une quinzaine de personnes perquisitionnées, arrêtées, filaturées, écoutées, filmées, mises en examen, incarcérées, assignées à résidence, maintenues sous des contrôles judiciaires variés pendant plus de sept ans, l’État et la justice ne passeront finalement que quatre personnes en procès, le 23 juin 2017 à Paris. Les chefs d’inculpations les plus graves n’auront servi qu’à justifier l’intensité de la répression puisqu’ils sont tous tombés, laissant place à des accusations plus limitées (tags, dégradations légères, refus de prélèvement ADN et signalétique, etc.). A cette occasion, soyons nombreux pour exprimer notre solidarité contre les frontières et contre toutes formes d’enfermement, dans le refus des catégories du pouvoir comme « innocent » et « coupable », dans le refus de la Justice.
Juin 2008, cela fait un moment déjà qu’éclatent au CRA de Vincennes grèves de la faim, affrontements avec les flics et séquences de lutte d’intensités variables, lorsque Salem Souli meurt d’une crise cardiaque. Le 22 juin 2008, le lendemain, une mutinerie générale éclate au CRA, il est entièrement réduit en cendres et les sans papiers sont évacués. Dix seront inculpés dans un procès couru d’avance où ils prendront de 8 mois à 3 ans de prison ferme en première instance. En solidarité avec les inculpés, de très nombreuses initiatives offensives ont lieu dans toute la France (et ailleurs), parmi lesquelles de nombreux sabotages de DAB de banques qui balancent des sans-papiers aux flics. Deux vagues de perquisitions sont menées le 15 février et le 8 juin 2010 contre une dizaine de camarades et compagnons, parmi lesquels Dan, Olivier et Camille qui seront incarcérés en janvier 2011 entre une semaine et trois mois, puis François pendant une semaine.
L’importance de cette affaire, communément dite « de la Machine à Expulser » et diligentée en partie par la Section Anti Terroriste (SAT-PP) de la Brigade Criminelle, tient d’abord à l’ampleur des moyens judiciaires et policiers mis en œuvre sur la base d’un dossier consolidé afin de valider la construction par l’État d’une identité « anarcho-autonome francilienne » (la fameuse MAAF) et de maintenir les camarades et compagnons pendant des années sous la menace d’une instruction en cours et d’une surveillance accrue des services de renseignement. Mais son importance tient surtout aux dynamiques de luttes autonomes qu’il s’agissait de faire cesser en cherchant à rompre les liens qui se construisaient alors entre les luttes à l’intérieur et à l’extérieur des Centres de Rétention Administrative, et particulièrement celui de Vincennes, alors plus grande prison pour étrangers d’Europe. Comme dans d’autres affaires de ces dix dernières années en France (affaire dite « mauvaises intentions », affaire dite « de Chambéry », affaire dite « de Tarnac »), il s’est agit aussi pour l’État de parvenir à classifier nos luttes, nos attaques, et nos désirs derrière la dénomination utilitaire de « terrorisme » afin de constituer pour un temps un ennemi de l’intérieur isolé des autres formes de conflictualités sociales et à la merci, une fois catégorisé ainsi, des moyens de contrôle, de surveillance et de répression qui y sont associés.
Nous appelons, d’ores et déjà et minimalement, à une présence solidaire au procès qui se déroulera le 23 juin 2017 à 13h30 à la 12e chambre du tribunal de Grande instance de Paris (métro Cité – prévoir de l’avance), et nous appelons chacun et chacune à exprimer sa solidarité à sa manière, collectivement et/ou individuellement.
Ne nous laissons pas juger en silence
Liberté pour tous et toutes, avec ou sans papiers
Feu aux centres de rétention !
Une réunion publique sera annoncée d’ici peu et un dossier récapitulatif de l’affaire sera publié prochainement. Toute autre initiative est la bienvenue, notamment pour récolter de l’argent en vue du procès.
Contact : pafledab@distruzione.org
PS : Depuis toutes ces années, les nombreuses personnes concernées de près ou de loin par cette affaire, qu’elles passent en jugement ou non, qu’elles soient mises en examen, relâchées sans suites, témoins assistées, participantes à ces luttes ou simplement solidaires, ont eu tout le temps de s’éparpiller géographiquement, politiquement, etc. Quelles que soient les raisons qui nous ont éloignés, il est désormais urgent que nous nous remettions en contact, l’adresse mail pafledab@distruzione.org a donc été créée à cette fin. Toutes celles et ceux qui veulent participer à l’organisation de mobilisations autour de ce procès, peuvent aussi s’y manifester. Il ne s’agit en aucun cas de centraliser la solidarité, mais de trouver pratiquement un moyen de remettre en route la mobilisation, dans l’urgence du calendrier de l’ennemi.
Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre.
Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre. Une goutte d’eau qui sera qualifiée de violences volontaires avec arme par destination ! Et lui vaudra : une interpellation suivie d’une garde à vue, une nuit au dépôt, une première proposition de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité de 4 mois avec sursis dont 1 pour refus d’ADN et 105 heure de Tig, ramenée ensuite à 3 mois avec sursis et une amende pour l’adn.
Deux propositions disproportionnées et bien sûr refusées par le camarade, qui est donc reconvoqué le 3 octobre 2017 à 9h devant le tribunal correctionnel de Paris.
Dommage pour El khomri qui voulait éviter toute publicité. N’hésitons pas chaque fois qu’on la croise à lui rafraîchir la mémoire, quitte à lui faire boire la tasse.
N’oublions pas qu’à quelques jours d’une élection l’objectif est toujours le même : faire croire que le problème c’est la sécurité. Les même épouvantails sont toujours agités : tous les plus précaires, migrant-e-s, vendeur-ses à la sauvette, toxicomanes...
Ne laissons pas cette logique sécuritaire envahir/étouffer nos quartiers.
Discussion publique le dimanche 4 juin à 18h aux Condos, avec la venue d’un compagnon de Bruxelles autour des luttes anti-autoritaires et de la répression anti-terroriste qui s’en suit.
Le 30 mai 2017, la chambre du Conseil doit statuer sur l’éventuel renvoi en procès antiterroriste de 12 compagnon-ne-s anarchistes et anti-autoritaires.
Depuis de nombreuses années, différentes luttes sont venues perturber les velléités de pacification de l’État belge. A l’intérieur comme à l’extérieur des taules, la révolte s’est étendue sous diverses formes (mutineries, évasions, solidarité dans la rue ...). Les centres de rétention n’ont pas été épargnés, et une lutte a par exemple été menée contre la construction d’un nouveau centre fermé à travers l’action directe et l’auto-organisation. L’agitation subversive a aussi critiqué en mots et en actes plusieurs autres aspects de la domination comme la métropole, la technologie, la propriété, etc.
Face à une conflictualité diffuse, le Pouvoir a fait le choix d’attribuer près de 150 attaques entre 2008 à 2013 à une association terroriste présumée, et 12 compagnon-ne-s anarchistes et anti-autoritaires se voient donc pour l’heure accusé-e-s d’ « appartenance à une organisation terroriste » pendant des périodes plus ou moins longues. L’invention d’un groupe terroriste qui serait responsable de l’ensemble de ces faits (ne serait ce que par le fait de « les avoir rendus possibles ») permet de jolies pirouettes servant l’accusation : une bibliothèque devient un lieu de recrutement, des discussions deviennent des réunions clandestines, des tracts et des journaux de critique anarchiste deviennent des manuels de guérilla urbaine, des manifs et des rassemblements deviennent des appels au terrorisme, des liens affinitaires entre des personnes en lutte et l’auto-organisation qui peut en découler deviennent « un groupe terroriste structuré ». Ce qui est renvoyé devant le tribunal, c’est donc toute une mosaïque de luttes, de révoltes, d’idées, d’actions directes, de critiques, d’imaginaires révolutionnaires, d’agitations qui ont, pendant des années, cherché à s’attaquer à la domination.
Le 4 juin 2017, la venue d’un compagnon de Bruxelles sera l’occasion de revenir sur ces luttes sans médiation et la répression qui a suivi, de discuter de comment faire exister une continuité d’idées et de pratiques malgré les coups répressifs et des différentes manières d’exprimer une solidarité.
Discussion publique le 4 juin 2017 à 18h au Condensateur, 43 rue de Stalingrad, Montreuil M° Croix de Chavaux ou Mairie de Montreuil.
Apéro free-style où on pourra déguster ce que chacun-e aura apporter.
[Flyer] Discussion autour des luttes anti-autoritaires et de la répression à Bruxelles
Vendredi soir, une vingtaine de jeunes ont violemment agressé à coups de barre de fer et de battes cloutées une dizaine d’agents de sécurité de la base de loisirs de Vaires-Torcy en Seine-et-Marne. Certains d’entre eux avaient été refoulés le matin car ils refusaient de payer les 5 euros d’entrée.
Les centaines de familles présentes à l’île de loisirs de Vaires-Torcy (Seine-et-Marne) ont assisté à une bagarre d’une rare violence, vendredi vers 19 heures. Une vingtaine de jeunes, certains cagoulés et casqués, s’en sont pris aux agents de sécurité présents sur le site. Ils les ont frappés avec « des barres de fer, des battes cloutées et des matraques télescopiques » précise Patrick Karam, le vice-président de la région Île-de-France en charge des sports et de la jeunesse qui s’est rendu sur place samedi. Cinq agents ont été emmenés à l’hôpital blessés, dont un sérieusement à la tête.
Cette vendetta s’apparente à un règlement de compte puisque le matin de l’agression, certains jeunes du groupe — entrés par effraction sur l’île — ont été refoulés par les agents de sécurité car ils refusaient de payer l’entrée de 5 euros. L’un de ces jeunes a alors prévenu qu’il reviendrait pour se venger. C’est ce qu’il a fait le soir, en passant sur le côté du parc, forçant des clôtures, puis en se postant sur le haut d’une butte. L’ayant reconnu, les agents de sécurité sont immédiatement allés à sa rencontre et c’est à ce moment-là qu’une vingtaine de jeunes se sont précipités sur les agents. Un véritable « guet-apens » selon Patrick Karam. Un des jeunes en question avait déjà eu une altercation quelques jours auparavant avec du personnel de sécurité.
Ce type d’événement est très rare selon l’élu. Cependant, « sur les douze îles de loisirs gérées par la région, nous remarquons une progression de la violence » dit-il. La région a investi 1 400 000 euros en 2016 et en 2017 pour le budget sécurité sur ces bases de loisirs. Mais ça ne suffit pas pour Patrick Karam : « Nos agents de sécurité ne sont pas armés et lorsqu’il y a des individus armés en face d’eux, c’est un peu compliqué. C’est pourquoi nous demandons à l’État de reconnaître nos îles de loisirs comme des stations balnéaires et qu’ainsi, un dispositif policier puisse être mis en place en juillet-août. La présence de ces policiers est dissuasive. Ils peuvent maintenir l’ordre quand nos agents ne peuvent pas le faire. Nos bases reçoivent 4 à 6 millions de visiteurs chaque année. La question des bandes qui s’y invitent se pose depuis quelques années, nous tentons d’y répondre mais ce n’est pas suffisant aujourd’hui. L’État doit prendre ses responsabilités ! »
La région Île-de-France compte porter plainte ce lundi ainsi que les agents agressés.
[Ci-dessous un comuniqué revendiquant l’attaque d’une des nombreuses entreprises qui est impliquée dans le chantier d’agrandissement du centre de rétention de « Bässlergut ». Bien que la date ne soit pas précisée dans le texte, cette attaque s’est produite lundi 29 mai, si l’on se réfère aux précisions en ligne]
En ces temps où chaque migrant est parqué dans des camps ; où des flics en patrouille pavanent à travers les rues du « Kleinbasel » [1] et font tout bonnement la chasse aux personnes n’ayant pas une couleur de peau convenable.
En ces temps où une énième taule se construit à Bâle afin de renforcer la répression et le contrôle à l’encontre des opprimés de cette société. Dans une période où une manif contre ce même agrandissement de la prison est empêchée par la force.
Durant cette même période, nous nous sommes décidés à faire un geste enflammé en incendiant une voiture de Rosenmund AG, entreprise qui participe à l’agrandissement du camp de rétention de Bässlergut.
La voiture est partie en fumée devant le n°27 de la Wettsteinallee, le domicile de Baschi Dürr [2] (directeur du département de la justice et de la sécurité de la ville de Bâle), dont son corps policier, en plus de sa pratique quotidienne répugnante, a suscité pas mal de remous en raison de ses excès sexistes et de scandales au sein de la police.
Nous espérons Baschi que la vue d’une voiture d’entreprise en feu t’ait tiré de ton sommeil et montré que, en dépit de la répression étatique et du regard hideux de tes flics, ceux qui profitent des prisons et de ses conditions d’enfermement demeurent vulnérables. Rien n’est fini.
[1] Qui se traduit par le « Petit Bâle », partie de la ville bâloise située à la droite du Rhin.
[2] Sebastian « Baschi » Dürr est un politicien suisse du parti libéral FDP. Il est présent au Conseil d’Etat du canton de Bâle depuis le 1er février 2013.
Pour eux, la coupe est pleine. Le maire de Monein, Yves Salanave-Péhé a pris rendez-vous avec la presse ce lundi après-midi et a alerté le préfet. L’édile dénonce des dégradations et agressions multiples et répétées dans la commune. Il raconte comment samedi soir, l’un de ses adjoints est intervenu à la piscine municipale à la demande des riverains. Une bande d’individus était entrée par effraction dans le bâtiment. L’élu Marcel Saliou dit avoir été victime de coups. Il souffre d’une luxation d’épaule et s’est vu prescrire plusieurs jours d’ITT.
Cet incident ne serait pas isolé. Le week-end prolongé de l’Ascension n’aurait été qu’une longue liste d’actes de délinquance.« Urinoirs du dessous de halles complètement détruits, témoigne le maire.Vitre de la salle de cinéma brisée par des jets de cailloux, extincteurs de la salle d’accueil et de rencontre vidés et déménagés devant la porte de la mairie probablement à titre de provocation… »
Face à cette « escalade dans l’agressivité et une montée du manque de respect des institutions et des personnes qui y travaillent », Yves Salanave-Péhé a décidé d’interpeller les autorités.
Cinq véhicules et treize poubelles ont été incendiées dans plusieurs villes des Yvelines, au cours de la nuit de mercredi à jeudi 25 mai.
Le premier feu de voiture a été constaté à Poissy, rue de la Bidonnière peu après minuit. Pour les mêmes raisons, les sapeurs-pompiers sont, un peu plus tard, intervenus successivement place des Pierreuses à Chanteloup-lès-Vignes, puis rue de Reims à Sartrouville, rue Laennec, au Val fourré à Mantes-la-Jolie et enfin, vers 2 heures, aux Clayes-sous-Bois, dans la contre-allée de la RN12 où là aussi un véhicule était embrasé. Dans tous les cas, il s’agit d’incendies dont l’origine criminelle ne fait aucun doute. Une dizaine de containers poubelles ont par ailleurs été incendiés : 6 à Maurepas (avenue du Forez) et 7 à Chatou (rue des Landes).
A Mantes-la-Jolie, ce même jeudi vers 18 heures, un équipage de CRS en mission de sécurisation dans le quartier du Val Fourré a été la cible de jets de projectiles par une trentaine d’individus, rue Albert Camus. Aucun blessé n’a été déploré et aucun dégât constaté.
La nuit du 28 au 29 rue de romainville aux lilas, on a incendié un utilitaire de la direction interdépartementale des routes de l’île de france, un des nombreux rouages périphériques de l’état.
Solidarité aussi avec Damien. Son attitude combative face à la taule nous donne de la motiv’. On pense que la solidarité est un rapport de réconnaissance mutuelle qui se base sur la conflictualité contre l’existant. On n’est pas solidaires du malheur, mais de la révolte.
Dans la nuit du 29 au 30 mai 2017 une douzaine de véhicules ont été pris pour cibles.
Les entreprises les plus mortifères se vétissent stratégiquement de nouvelles parures. Suez devient Engie, Vinci devient Indigo, ERDF devient Enedis. Ce goût pour l’apparence ne trompe plus que les mirauds. Dans un monde où la communication falsifie tout, exhibons franchement les responsables du désastre organisé. ERDF travaille à l’électrification constante de nos territoires. ERDF se déploie entre chaque site de production et foyer de consommation. C’est ce réseau, ce maillage de cables qui branche les êtres humains sur les barrages, les éoliennes, le photovoltaïque, les centrales nucléaires. EDF, alter-ego d’ERDF administre les doses, la bureaucratie énergétique contrôle. Nous ne palabrerons pas sur les insignifiantes disctinctions que d’autres aiment à faire entre les modes industriels de production électrique. Nous les condamnons tous.
Cette nuit nous avons détruit du matériel d’ERDF, nous nous en expliquons. Si nous avions des allume-feu en poche, quelques litres de mélange inflammable, un briquet et nos déterminations, c’est que le sabotage devient pour nous une évidence contre l’un des mille avatars de l’infrastructure capitaliste.
À la fonction vitale de cette entreprise dans la gestion des flux. À la dévastation des milieux où courent désormais des lignes THT. À notre dépendance aigüe à l’industrie électrique.
S’ajoute aujourd’hui ce petit objet hautement néfaste, le Linky. Ce compteur a déjà défrayé la chronique et d’autres ont su mieux que nous en décrypter les dangers. Le Linky n’est qu’un prélude, un dispositif pionnier dans la déferlante de technologie domestique qui s’annonce. La domotique progresse, le vieux rêve cybernétique s’incarne. N’en restons pas là, remontons aux causes, à la genèse des nuisances. Derrière le Linky il y a l’omniprésente industrie et la logique dépossession matérielle de moyens de produire nous même notre énergie.
Il s’agit d’attaquer, et les cibles sont nombreuses. Nous attaquons les responsables de l’état actuel du monde. Nous sommes opportunistes, pourquoi cette cible plutôt qu’une autre ? Vinci, Suez, Eiffage, le CEA sont autant d’ennemis. Il y en a d’autres. Leur arrogance est insuportable. Nous cherchons les failles, nous cherchons où frapper pour rappeller que des personnes résistent et transforment leur critique en actes.
Cette pratique du sabotage, nous souhaitons la partager. Elle est ancienne et toujours d’actualité. C’est mettre un grain dans les rouages de la machine. Nous sommes conscient-e-s qu’ERDF et ces mefaits ne seront pas arretés par notre action. Nous sommes conscient-e-s que sans des actions offensives à son encontre ERDF est libre d’étendre son emprise.
Il ne s’agit pas de dialoguer ou de critiquer ERDF. Avec le sabotage de ces véhicules nous attaquons un ennemi, nous instaurons un rapport de force, et nous démontrons que nous pouvons dépasser nos peurs. Parce qu’il ne nous est plus possible de contempler la misère en pansant nos plaies ou simplement sans rien faire. Mais le sabotage n’est pas une fin en soi. Cette pratique s’inscrit dans nos vies aux côtés de beaucoup d’autres. Nous les choisissons pour vivre pleinement nos existences.
L’objectif du préfet et du directeur départemental de la police était d’interdire, de nasser et de réprimer la manifestation de ce 27 avril. La manifestation est marquée par une organisation militaire du dispositif policier, regroupant à nouveau la BAC, la BST, la SIR (la Brigade d’Intervention), un hélico et une escouade de gendarmes mobiles. Dès le début de la manifestation, les interventions se sont multipliées :
* Rue de l’Alma à 13h45 le 27 avril 2017, 3 cars de la SIR ont foncé dans le cortège et traversé la manifestation pour prendre position boulevard Beaumont.
* Plus tard, une charge violente a eu lieu à proximité du pont de Nantes faisant plusieurs blessés dont un passant
* plusieurs nasses (notamment à la fin de la manifestation à Croix Saint Hélier) ont eu lieu ponctuées de fouilles et de provocations diverses.
* Plusieurs interpellations ont eu lieu au cours des charges de la part des CRS présents au Pont de Nantes.
Il s’agit bien d’un contexte d’affrontement. Et c’est dans ce contexte d’affrontement qu’a eu lieu l’altercation avec les motards ouvrant la voie aux brigades d’intervention..
Heureusement, il faut faire remarquer qu’aucun policier n’a été blessé et qu’aucun manifestant n’a été éborgné ou tué, un des motards ayant sorti son arme.
Nous rappelons que toutes les plaintes déposées contre les violences policières, pourtant circonstanciées ont été classées sans suite (sauf celle à l’encontre des policiers de la SIR qui ont éborgné l’étudiant en Histoire, semble-t-il) .
Cette stratégie de l’affrontement mise en œuvre par l’ex ministre de l’intérieur M. Cazeneuve lors des manifestations lors de la loi travail se poursuit de manière stérile. Le 27 avril, il y avait près de 3000 manifestants de 12h à 14h à Rennes.
Ne pouvant mettre fin au mouvement social et au mouvement de la jeunesse, la répression policière vise à multiplier les arrestations et les procédures judiciaires. 3 doivent passer en tribunal correctionnel le 2 juin à 16h. 7 sont en garde à vue aujourd’hui !
Demain, Amnesty International qui sort son rapport sur le droit de manifester en France, constate la mise en œuvre de restrictions disproportionnées à la liberté de réunions pacifiques sous couvert de l’état d’urgence en France.
La stratégie préfectorale de l’affrontement à Rennes que nous dénonçons illustre ce contexte analysé par Amnesty International.
La répression policière, pas plus que l’état d’urgence ne mettront fin au mouvement social commencé il y a plus d’un.
Rennes le 30 mai 2017
Sud PTT 35 – Le bureau départemental
Publié le 2017-06-02 21:13:21
Il y a un an, au début du mois d’avril 2016, des prisonnières de la maison d’arrêt des femmes (MAF) de Fleury-Mérogis entamaient une lutte contre le durcissement de leurs conditions de détention. Au prétexte d’uniformiser les régimes des hommes et des femmes, l’administration pénitentiaire mettait en place le logiciel Genesis (Gestion nationale des personnes écrouées pour le suivi individualisé et la sécurité). Sa mise en place a eu pour effet immédiat de supprimer une promenade par jour, de réduire l’accès aux parloirs, aux activités et de limiter les contacts que les prisonnières pouvaient avoir entre elles.
En plein mouvement contre la « loi travail », la publication des lettres des prisonnières en lutte à Fleury avaient incité des personnes de l’extérieur à inonder de courriers le directeur de la MAF, à se rassembler devant la prison et à témoigner de leur solidarité.
Dans la foulée, des prisonnières de Fresnes avaient collectivement dénoncé l’autoritarisme des surveillantes.
Le logiciel de gestion de la détention a finalement été mis en place, certaines prisonnières ont subi de longues semaines d’isolement en représailles et le mouvement s’est essouflé… mais il reste exceptionnel par sa durée et sa vitalité.
Alors que le groupe anticarcéral « les Trois passants » vient d’organiser à Toulouse une très belle journée de rencontres sur le thème « des femmes face à la prison », nous avons décidé de republier une longue lettre de Marina, qui revenait sur la vie à Fleury avant le début du mouvement. Vous pouvez par ailleurs écouter la dernière émission de l’Envolée pour avoir des nouvelles de Marina actuellement enfermée à la prison de Rennes.
Maison d’arrêt des femmes de Fleury– Mérogis, le 10 mai 2016
Je suis arrivée a la MAF (maison d’arrêt des femmes) de Fleury-Mérogis en 2006, et en 2016, après un petit tour par d’autres prisons, je suis encore là. J’ai donc vu l’évolution (ou plutôt l’involution) de cette maison d’arrêt, qui tombe en lambeaux depuis des années déjà : douches pourries, murs pleins de moisissure, morceaux du mur extérieur qui tombent sur la cour de promenade… dégradation matérielle qui vient s’ajouter à la dégradation psychique d’une administration malade de sécurité et de contrôle. Pendant des années, l’AP a laissé pourrir cette prison parce que, soi– disant, de grands travaux de renouvellement étaient prévus pour… 2012. Après, ça a été reporté jusqu’en 2014. Nous sommes en 2016, et après avoir fait des travaux à la maison d’arrêt des hommes et au centre des jeunes détenus, il semblerait qu’il ne reste plus de budget pour rénover la MAF. Cela ne les a pas empêchés de dépenser de l’argent pour renforcer les mesures sécuritaires : barbelés, caméras, portiques, construction d’une nouvelle cage (impossible d’appeler ça une promenade) pour isoler les mineures… pour cela, oui, il y a de l’argent.
La MAF de Fleury a été construite en 1968, c’est donc une prison ancienne. Elle fait partie d’un programme pilote qui prétendait tenir compte des caractéristiques spécifiques des femmes, – dans l’optique hétéropatriarcale, en nous considérant comme des êtres faibles à protéger. Juste pour donner quelques exemples : dans les quartiers des hommes il y a des matons et des matonnes, mais chez les femmes il y a seulement des matonnes ; les vêtements trop courts, un peu transparents, les décolletés, ou même le fait de ne pas porter de soutien– gorge font l’objet de remarques et de prohibition ; les activités proposées sont orientées vers des occupations dites « féminines » : patchwork, tricot, couture, soins corporels, etc. ; enfin les parloirs avec des proches masculins sont doublement surveillés. Autre particularité ; les fenêtres des cellules n’ont pas de barreaux – peut-être nous croit-on incapables de tenter une évasion. Elles sont grandes, dégagées, ce qui permet de voir un grand morceau de ciel, mais en revanche, ce système ne permet pas d’aérer la cellule parce que la fenêtre ne s’ouvre que de dix centimètres en bas et en haut – à peine la place pour sortir l’étendoir.
Cette maison d’arrêt est donc construite à l’ancienne : une promenade avec de l’herbe, deux ou trois arbres… il y a des grilles pour séparer la promenade des fenêtres des cellules, mais elles ne sont pas assez hautes pour empêcher de s’envoyer un peu de tabac ou du café ; il y a encore des douches collectives et aussi des espaces où objets et histoires se sont accumulés au fil des années. Je dis cela parce que j’ai connu des prisons récentes et qu’elles sont toutes en béton, grises, sans vie ni histoire, aseptisées, cloisonnées, froides, compactes, grillagées… et ça fait une grande différence.
Le fait est que la structure de la prison ne permet pas encore de nous isoler autant que l’AP le voudrait – alors comment empêcher le contact et la communication ? Comment mettre en place de nouvelles mesures sécuritaires ? En limitant nos mouvements au maximum, en nous isolant de plus en plus en cellule.
A mon avis, c’est dans cette logique que le système de promenade unique et les changements qui vont avec ont été conçus.
A l’intérieur, nous sommes à peu près 260 femmes. Il y a une aile arrivantes, 3 ailes pour les prévenues, 3 ailes pour les condamnées, une pour les mineures – elles sont entre 15 et 20 à galérer dans un espace exigu, persécutées et fouillées sans cesse par les matonnes à la recherche de tabac, avec un seul jour de sport par semaine et des conditions vraiment pénibles… Ça mériterait tout un texte a part ! Et il y a la nursery dans un espace complètement différencié. Dans chaque aile il y a 20 ou 30 cellules de 9m2, avec un lit superposé pour 2 personnes, mais aussi des cellules collectives de 6 lits. Être seule en cellule, pour celles qui le veulent, c’est considéré comme un cadeau que l’AP te fait. Les cellules sont en très mauvais état : la peinture tombe, il y a de la moisissure sur les murs, il manque des carreaux au sol. Il y a quelques cellules dans lesquelles le soleil ne rentre jamais, ce qui les rend très froides et humides en hiver. ll y a un chauffage au sol, mais il ne marche pas dans toutes les cellules. D’autres, au contraire, sont orientées est – ouest, et en été elles sont en plein soleil pendant des heures et des heures.
Dans les cellules, le mobilier est composé de deux ou trois armoires, une ou deux tables, des WC séparés par un rideau, un bidet et un lavabo. II y a une seule prise de courant tout en haut, au plafond, ce qui nous oblige à mettre des rallonges bout à bout pour brancher la bouilloire, la plaque électrique, le poste de radio, la télé, etc. L’installation étant ancienne, ça pète souvent, à la moindre surcharge. C’est l’excuse de l’AP pour ne pas installer de frigos et limiter l’accès aux appareils électriques (sèche-cheveux, lecteur DVD, etc.). Dans la cellule, il n’y a pas de système d’alarme ni d’interphone, ce qui veut dire que si quelqu’une a une urgence ou fait un malaise, nous sommes obligées d’alerter nos voisines et de taper sur les portes toutes ensemble jusqu’à être entendues par les matonnes, qui peuvent prendre tout leur temps pour venir. Les repas sont distribués en cellule ; ici, ça marche encore à la louche. Composés de produits en boîte ou surgelés, ils sont répétitifs, ni variés ni équilibrés et toujours en quantité insuffisante ; parfois il y a de la salade ou un fruit, Ici chacune mange seule en cellule, impossible de partager un repas, ni même un café. Pour faire passer de la nourriture d’une cellule à l’autre, ça dépend toujours de la matonne, et il n’y en a pas beaucoup qui acceptent de le faire. Nous pouvons faire la cuisine en cellule avec des produits que nous achetons à la cantine – pour celles qui ont de l’argent, bien sûr. Il n’y a pas beaucoup de variété, mais il y a pas mal de fruits et légumes, et de ce côté-là, ça passe ; j’ai vu pire, surtout dans les prisons semi– privées, où les prix explosent. Comme nous n’avons pas de frigo, en été nous devons consommer tous les produits périssables en vitesse ou de bien regarder s’ils ne sont pas pourris. Pas de boisons fraiches non plus.
En ce qui concerne l’hygiène, nous avons droit à trois douches par semaine, mais celles qui vont à la salle de sport peuvent se doucher là-bas aussi. Dans mon bâtiment, les deux ailes – à peu près 60 femmes – doivent se partager 6 douches. Les murs sont sales et le nettoyage inexistant, le seul changement des dernières années a été de passer une couche de peinture sur les murs pourris, mais maintenant la peinture tombe, et cela augmente encore la sensation de saleté ; il n’y a pas assez d’aération ; les dalles en plastique disposées au sol ont disparu : nous les avons sorties dans le couloir il y a quelques mois pour protester parce qu’elles étaient noires de moisissure et pleines de petites bêtes qui couraient en dessous ; nous ne pouvons pas régler la température de l’eau, et comme il n’y a pas assez de pression, il n’y a qu’un petit filet d’eau qui sort.
Avant, il y avait un salon de coiffure géré par une surveillante et deux auxiliaires, mais il y a deux ans, le salon a été fermé, et depuis lors il n’y a plus de service ; alors chacune se débrouille comme elle peut pour se faire couper ou tresser les cheveux… Suite à nos protestations des derniers jours pour dénoncer la dégradation de nos conditions de vie en général, il semblerait que la direction envisage de rouvrir le salon, mais pour l’instant il n’y a rien de fait.
Tous les produits d’hygiène corporelle doivent être achetés, car ce qu’on appelle partout la « trousse mensuelle »(deux rouleaux de papier toilette, un gel de douche, un paquet de mouchoirs, un peigne, une savonnette, des serviettes hygiéniques, une brosse à dents et un tube de dentifrice) n’est maintenant distribuée que deux ou trois fois par an. Pour le nettoyage des cellules, nous recevons chaque mois (sauf quand il y a la trousse) un flacon de liquide vaisselle, un autre pour faire la lessive, une éponge à récurer et une dosette d’eau de javel. Avant, il y avait un service payant de lingerie, mais il a été supprimé il y a des années déjà, donc nous lavons tout notre linge dans de petites cuvettes.
Le plus gros de la journée, nous le passons enfermées en cellule. Quand il n’y a ni sport ni activités pour cause de vacances, week-end, annulations, etc., le seul moment que nous avons pour nous rencontrer, c’est la promenade.
Les condamnées et les prévenues sortent dans des promenades différentes. Avant la séparation prévenues – condamnées en 2009, nous sortions ensemble, une heure le matin, et deux heures l’après-midi en horaire d’hiver – trois heures en horaire d’été. Après, l’horaire d’été a été supprimé et elles ont mis deux tours de chaque côté. Le temps de promenade est compté dès que les matonnes démarrent les mouvements, alors la dernière à sortir peut perdre 15 à 20 minutes de promenade. Et pour rentrer, c’est pareil : si la promenade doit finir par exemple, à 11 heures, la surveillante va appeler à 10 h 50, afin qu’à 11 heures tout soit fini. Avec le système de promenade unique, il y a des jours où nous passons vingt-deux heures consécutives enfermées en cellule, et cela a des conséquences à tous les niveaux.
La promenade est l’espace des échanges, où on peut se dépanner les unes les autres d’un peu de tabac, discuter avec les copines, passer un appel, marcher ou faire un peu de sport, s’allonger dans l’herbe, partager de bonnes ou mauvaises nouvelles, évacuer l’angoisse, respirer de l’air frais… Et les heures sont longues en cellule, surtout quand il fait beau a l’extérieur.
La chaleur est insupportable et te laisse dans un état de fatigue physique permanente aggravée par le manque de mouvement. En cellule, tu passes de la chaise au lit, du lit à la chaise, et le corps en subit les conséquences. Il faut être très motivée pour faire du sport sur même pas 2 mètres carrés (le seul espace qui reste dégagé). Psychologiquement, c’est très dur, car tu ne peux jamais « déconnecter » : toute l’activité se passe dans la tête, et même si tu es une personne qui aime lire, écrire ou étudier, il arrive toujours un moment où il faut que tu bouges, que tu communiques, que tu changes d’activité. Et en cellule, il n’y a pas beaucoup d’options pour cela. En plus, dans le couloir, il y a constamment des mouvements et des bruits qui t’empêchent de te concentrer. Dès le premier contrôle à 7 heures du matin, la prison te tombe dessus, le bruit des serrures, le claquement des portes, les matonnes qui se parlent entre elles en criant d’un bout à l’autre du couloir, la sortie de la poubelle, la distribution des bons de cantine, du pain, du courrier. En une matinée, on peut t’ouvrir la porte au moins dix fois. En plus, il y a des matonnes qui t’obligent à te déplacer jusqu’à la porte pour récupérer ce qu’elles ont à distribuer. Si tu ne te lèves pas pour prendre le pain, tu restes sans pain toute la journée ; c’est comme ça, à Fleury.
Sur les matonnes et le personnel pénitentiaire en général… que dire ? Qu’elles ont une apparence humaine et que cela nous confond parfois. On croirait qu’en tant que personnes, elles peuvent raisonner, argumenter, être sensibles, comprendre des situations graves et agir en conséquence, avoir de l’empathie… Mais non, il semblerait qu’en signant le contrat avec l’Etat, elles échangent leur cerveau contre un règlement et lui jurent obéissance absolue. Les effets sont dévastateurs. Nous avons vu mille fois le processus de dégradation d’une jeune stagiaire parfois arrivée toute fraîche et souriante, croyant venir faire du « social », ou l’autre extrême, la version apeurée et raide, venue protéger la société de toute cette racaille. Toutes découvrent très vite la parcelle de pouvoir qu’elles acquièrent avec l’uniforme, c’est-à-dire le pouvoir de décider si tu sors ou pas, si tu appelles, si ton attitude est suspecte et si tu dois être fouillée, si ton attitude est indécente et doit faire l’objet d’un rapport, si tu passes trop de temps sous la douche, en bref le pouvoir d’imposer quelque chose à quelqu’un, et elles y prennent goût rapidement. Maintenant, elles sont l’AUTORITé ! Et qu’importe si la matonne sort de sa poche une nouvelle règle sortie de son interprétation personnelle du règlement, ou même de sa vision du monde personnelle : tous les bleus se couvrent systématiquement entre eux et c’est sa décision qui va finir par s’imposer.
Pour nous, les DPS (détenues particulièrement signalées), le contrôle est total jour et nuit : tous nos mouvements sont notés dans des cahiers aux ronds-points intérieurs, où nos photos sont affichées. Il y est noté aussi avec qui nous parlons en promenade, avec qui nous nous promenons, ce que nous faisons… La nuit, nous subissons des contrôles toutes les deux heures, les surveillantes allument la lumière, certaines d’entre elles font claquer l’œilleton, frappent parfois à la porte pour nous faire bouger – cela pendant des années et des années. Nous sommes fouillées par palpation et nous devons passer sous les portiques détecteurs de métaux pour sortir en promenade, pour nous rendre aux parloirs famille et avocats, et même pour faire des photos. Nous subissons encore la fouille à nu à la sortie des parloirs, ainsi qu’à chaque extraction au palais ou à l’hôpital, et à chaque fouille de cellule.
Nous avons imposé des limites, et nous n’acceptons pas certaines choses, comme les demandes de montrer l’intérieur de la bouche, retirer le tampon ou montrer ses fesses, mais ceci suppose toujours un moment de tension qui peut bien te gâcher ton parloir ou ta journée. Les matonnes contrôlent aussi le sac que nous emportons au sport, et parfois même la bassine pour aller à la douche. A tout cela il faut ajouter le contrôle de toutes nos communications écrites ou téléphoniques.
Ici nous vivons sous la contrainte permanente, torturées quotidiennement, oui, torturées, parce que cela n’a pas d’autre nom.
Il y aurait plein d’autres choses à dire, mais j’espère qu’avec ça vous pourrez vous faire une idée de comment nous survivons ici. Je ne vous ai pas parlé du mitard parce qu’ils ont fermé l’ancien et que nous ne connaissons pas encore le nouveau, mais ne vous inquiétez pas, peut-être que nous pourrons bientôt vous en dire quelque chose…
Demain, les 4 d’entre nous qui avons été choisies comme bouc-émissaires, allons passer en commission disciplinaire à cause des blocages, et nous ferons sûrement l’objet d’une lourde punition. Rien de nouveau, cela nous le savions déjà. L’AP ne tolère pas l’insoumission, et encore moins quand elle est collective. Elle nous impose des mesures de sécurité toujours plus strictes et veut que nous avalions tout sans protester ; quand nous ne le faisons pas, toute la machinerie répressive se met en route pour nous écraser. C’est le modèle régnant : obéir et se taire.
Contre cela, il nous reste toujours l’immense plaisir de désobéir et de crier bien haut que « non ! », on ne va pas tout avaler, et qu’il n’y a pas de grillage ni de mur assez hauts pour enfermer notre détermination !
Il y a un an, au début du mois d’avril 2016, des prisonnières de la maison d’arrêt des femmes (MAF) de Fleury-Mérogis entamaient une lutte contre le durcissement de leurs conditions de détention. Au prétexte d’uniformiser les régimes des hommes et des femmes, l’administration pénitentiaire mettait en place le logiciel Genesis (Gestion nationale des personnes écrouées pour le suivi individualisé et la sécurité). Sa mise en place a eu pour effet immédiat de supprimer une promenade par jour, de réduire l’accès aux parloirs, aux activités et de limiter les contacts que les prisonnières pouvaient avoir entre elles.
En plein mouvement contre la « loi travail », la publication des lettres des prisonnières en lutte à Fleury avaient incité des personnes de l’extérieur à inonder de courriers le directeur de la MAF, à se rassembler devant la prison et à témoigner de leur solidarité.
Dans la foulée, des prisonnières de Fresnes avaient collectivement dénoncé l’autoritarisme des surveillantes.
Le logiciel de gestion de la détention a finalement été mis en place, certaines prisonnières ont subi de longues semaines d’isolement en représailles et le mouvement s’est essouflé… mais il reste exceptionnel par sa durée et sa vitalité.
Alors que le groupe anticarcéral « les Trois passants » vient d’organiser à Toulouse une très belle journée de rencontres sur le thème « des femmes face à la prison », nous avons décidé de republier une longue lettre de Marina, qui revenait sur la vie à Fleury avant le début du mouvement. Vous pouvez par ailleurs écouter la dernière émission de l’Envolée pour avoir des nouvelles de Marina actuellement enfermée à la prison de Rennes.
Maison d’arrêt des femmes de Fleury– Mérogis, le 10 mai 2016
Je suis arrivée a la MAF (maison d’arrêt des femmes) de Fleury-Mérogis en 2006, et en 2016, après un petit tour par d’autres prisons, je suis encore là. J’ai donc vu l’évolution (ou plutôt l’involution) de cette maison d’arrêt, qui tombe en lambeaux depuis des années déjà : douches pourries, murs pleins de moisissure, morceaux du mur extérieur qui tombent sur la cour de promenade… dégradation matérielle qui vient s’ajouter à la dégradation psychique d’une administration malade de sécurité et de contrôle. Pendant des années, l’AP a laissé pourrir cette prison parce que, soi– disant, de grands travaux de renouvellement étaient prévus pour… 2012. Après, ça a été reporté jusqu’en 2014. Nous sommes en 2016, et après avoir fait des travaux à la maison d’arrêt des hommes et au centre des jeunes détenus, il semblerait qu’il ne reste plus de budget pour rénover la MAF. Cela ne les a pas empêchés de dépenser de l’argent pour renforcer les mesures sécuritaires : barbelés, caméras, portiques, construction d’une nouvelle cage (impossible d’appeler ça une promenade) pour isoler les mineures… pour cela, oui, il y a de l’argent.
La MAF de Fleury a été construite en 1968, c’est donc une prison ancienne. Elle fait partie d’un programme pilote qui prétendait tenir compte des caractéristiques spécifiques des femmes, – dans l’optique hétéropatriarcale, en nous considérant comme des êtres faibles à protéger. Juste pour donner quelques exemples : dans les quartiers des hommes il y a des matons et des matonnes, mais chez les femmes il y a seulement des matonnes ; les vêtements trop courts, un peu transparents, les décolletés, ou même le fait de ne pas porter de soutien– gorge font l’objet de remarques et de prohibition ; les activités proposées sont orientées vers des occupations dites « féminines » : patchwork, tricot, couture, soins corporels, etc. ; enfin les parloirs avec des proches masculins sont doublement surveillés. Autre particularité ; les fenêtres des cellules n’ont pas de barreaux – peut-être nous croit-on incapables de tenter une évasion. Elles sont grandes, dégagées, ce qui permet de voir un grand morceau de ciel, mais en revanche, ce système ne permet pas d’aérer la cellule parce que la fenêtre ne s’ouvre que de dix centimètres en bas et en haut – à peine la place pour sortir l’étendoir.
Cette maison d’arrêt est donc construite à l’ancienne : une promenade avec de l’herbe, deux ou trois arbres… il y a des grilles pour séparer la promenade des fenêtres des cellules, mais elles ne sont pas assez hautes pour empêcher de s’envoyer un peu de tabac ou du café ; il y a encore des douches collectives et aussi des espaces où objets et histoires se sont accumulés au fil des années. Je dis cela parce que j’ai connu des prisons récentes et qu’elles sont toutes en béton, grises, sans vie ni histoire, aseptisées, cloisonnées, froides, compactes, grillagées… et ça fait une grande différence.
Le fait est que la structure de la prison ne permet pas encore de nous isoler autant que l’AP le voudrait – alors comment empêcher le contact et la communication ? Comment mettre en place de nouvelles mesures sécuritaires ? En limitant nos mouvements au maximum, en nous isolant de plus en plus en cellule.
A mon avis, c’est dans cette logique que le système de promenade unique et les changements qui vont avec ont été conçus.
A l’intérieur, nous sommes à peu près 260 femmes. Il y a une aile arrivantes, 3 ailes pour les prévenues, 3 ailes pour les condamnées, une pour les mineures – elles sont entre 15 et 20 à galérer dans un espace exigu, persécutées et fouillées sans cesse par les matonnes à la recherche de tabac, avec un seul jour de sport par semaine et des conditions vraiment pénibles… Ça mériterait tout un texte a part ! Et il y a la nursery dans un espace complètement différencié. Dans chaque aile il y a 20 ou 30 cellules de 9m2, avec un lit superposé pour 2 personnes, mais aussi des cellules collectives de 6 lits. Être seule en cellule, pour celles qui le veulent, c’est considéré comme un cadeau que l’AP te fait. Les cellules sont en très mauvais état : la peinture tombe, il y a de la moisissure sur les murs, il manque des carreaux au sol. Il y a quelques cellules dans lesquelles le soleil ne rentre jamais, ce qui les rend très froides et humides en hiver. ll y a un chauffage au sol, mais il ne marche pas dans toutes les cellules. D’autres, au contraire, sont orientées est – ouest, et en été elles sont en plein soleil pendant des heures et des heures.
Dans les cellules, le mobilier est composé de deux ou trois armoires, une ou deux tables, des WC séparés par un rideau, un bidet et un lavabo. II y a une seule prise de courant tout en haut, au plafond, ce qui nous oblige à mettre des rallonges bout à bout pour brancher la bouilloire, la plaque électrique, le poste de radio, la télé, etc. L’installation étant ancienne, ça pète souvent, à la moindre surcharge. C’est l’excuse de l’AP pour ne pas installer de frigos et limiter l’accès aux appareils électriques (sèche-cheveux, lecteur DVD, etc.). Dans la cellule, il n’y a pas de système d’alarme ni d’interphone, ce qui veut dire que si quelqu’une a une urgence ou fait un malaise, nous sommes obligées d’alerter nos voisines et de taper sur les portes toutes ensemble jusqu’à être entendues par les matonnes, qui peuvent prendre tout leur temps pour venir. Les repas sont distribués en cellule ; ici, ça marche encore à la louche. Composés de produits en boîte ou surgelés, ils sont répétitifs, ni variés ni équilibrés et toujours en quantité insuffisante ; parfois il y a de la salade ou un fruit, Ici chacune mange seule en cellule, impossible de partager un repas, ni même un café. Pour faire passer de la nourriture d’une cellule à l’autre, ça dépend toujours de la matonne, et il n’y en a pas beaucoup qui acceptent de le faire. Nous pouvons faire la cuisine en cellule avec des produits que nous achetons à la cantine – pour celles qui ont de l’argent, bien sûr. Il n’y a pas beaucoup de variété, mais il y a pas mal de fruits et légumes, et de ce côté-là, ça passe ; j’ai vu pire, surtout dans les prisons semi– privées, où les prix explosent. Comme nous n’avons pas de frigo, en été nous devons consommer tous les produits périssables en vitesse ou de bien regarder s’ils ne sont pas pourris. Pas de boisons fraiches non plus.
En ce qui concerne l’hygiène, nous avons droit à trois douches par semaine, mais celles qui vont à la salle de sport peuvent se doucher là-bas aussi. Dans mon bâtiment, les deux ailes – à peu près 60 femmes – doivent se partager 6 douches. Les murs sont sales et le nettoyage inexistant, le seul changement des dernières années a été de passer une couche de peinture sur les murs pourris, mais maintenant la peinture tombe, et cela augmente encore la sensation de saleté ; il n’y a pas assez d’aération ; les dalles en plastique disposées au sol ont disparu : nous les avons sorties dans le couloir il y a quelques mois pour protester parce qu’elles étaient noires de moisissure et pleines de petites bêtes qui couraient en dessous ; nous ne pouvons pas régler la température de l’eau, et comme il n’y a pas assez de pression, il n’y a qu’un petit filet d’eau qui sort.
Avant, il y avait un salon de coiffure géré par une surveillante et deux auxiliaires, mais il y a deux ans, le salon a été fermé, et depuis lors il n’y a plus de service ; alors chacune se débrouille comme elle peut pour se faire couper ou tresser les cheveux… Suite à nos protestations des derniers jours pour dénoncer la dégradation de nos conditions de vie en général, il semblerait que la direction envisage de rouvrir le salon, mais pour l’instant il n’y a rien de fait.
Tous les produits d’hygiène corporelle doivent être achetés, car ce qu’on appelle partout la « trousse mensuelle »(deux rouleaux de papier toilette, un gel de douche, un paquet de mouchoirs, un peigne, une savonnette, des serviettes hygiéniques, une brosse à dents et un tube de dentifrice) n’est maintenant distribuée que deux ou trois fois par an. Pour le nettoyage des cellules, nous recevons chaque mois (sauf quand il y a la trousse) un flacon de liquide vaisselle, un autre pour faire la lessive, une éponge à récurer et une dosette d’eau de javel. Avant, il y avait un service payant de lingerie, mais il a été supprimé il y a des années déjà, donc nous lavons tout notre linge dans de petites cuvettes.
Le plus gros de la journée, nous le passons enfermées en cellule. Quand il n’y a ni sport ni activités pour cause de vacances, week-end, annulations, etc., le seul moment que nous avons pour nous rencontrer, c’est la promenade.
Les condamnées et les prévenues sortent dans des promenades différentes. Avant la séparation prévenues – condamnées en 2009, nous sortions ensemble, une heure le matin, et deux heures l’après-midi en horaire d’hiver – trois heures en horaire d’été. Après, l’horaire d’été a été supprimé et elles ont mis deux tours de chaque côté. Le temps de promenade est compté dès que les matonnes démarrent les mouvements, alors la dernière à sortir peut perdre 15 à 20 minutes de promenade. Et pour rentrer, c’est pareil : si la promenade doit finir par exemple, à 11 heures, la surveillante va appeler à 10 h 50, afin qu’à 11 heures tout soit fini. Avec le système de promenade unique, il y a des jours où nous passons vingt-deux heures consécutives enfermées en cellule, et cela a des conséquences à tous les niveaux.
La promenade est l’espace des échanges, où on peut se dépanner les unes les autres d’un peu de tabac, discuter avec les copines, passer un appel, marcher ou faire un peu de sport, s’allonger dans l’herbe, partager de bonnes ou mauvaises nouvelles, évacuer l’angoisse, respirer de l’air frais… Et les heures sont longues en cellule, surtout quand il fait beau a l’extérieur.
La chaleur est insupportable et te laisse dans un état de fatigue physique permanente aggravée par le manque de mouvement. En cellule, tu passes de la chaise au lit, du lit à la chaise, et le corps en subit les conséquences. Il faut être très motivée pour faire du sport sur même pas 2 mètres carrés (le seul espace qui reste dégagé). Psychologiquement, c’est très dur, car tu ne peux jamais « déconnecter » : toute l’activité se passe dans la tête, et même si tu es une personne qui aime lire, écrire ou étudier, il arrive toujours un moment où il faut que tu bouges, que tu communiques, que tu changes d’activité. Et en cellule, il n’y a pas beaucoup d’options pour cela. En plus, dans le couloir, il y a constamment des mouvements et des bruits qui t’empêchent de te concentrer. Dès le premier contrôle à 7 heures du matin, la prison te tombe dessus, le bruit des serrures, le claquement des portes, les matonnes qui se parlent entre elles en criant d’un bout à l’autre du couloir, la sortie de la poubelle, la distribution des bons de cantine, du pain, du courrier. En une matinée, on peut t’ouvrir la porte au moins dix fois. En plus, il y a des matonnes qui t’obligent à te déplacer jusqu’à la porte pour récupérer ce qu’elles ont à distribuer. Si tu ne te lèves pas pour prendre le pain, tu restes sans pain toute la journée ; c’est comme ça, à Fleury.
Sur les matonnes et le personnel pénitentiaire en général… que dire ? Qu’elles ont une apparence humaine et que cela nous confond parfois. On croirait qu’en tant que personnes, elles peuvent raisonner, argumenter, être sensibles, comprendre des situations graves et agir en conséquence, avoir de l’empathie… Mais non, il semblerait qu’en signant le contrat avec l’Etat, elles échangent leur cerveau contre un règlement et lui jurent obéissance absolue. Les effets sont dévastateurs. Nous avons vu mille fois le processus de dégradation d’une jeune stagiaire parfois arrivée toute fraîche et souriante, croyant venir faire du « social », ou l’autre extrême, la version apeurée et raide, venue protéger la société de toute cette racaille. Toutes découvrent très vite la parcelle de pouvoir qu’elles acquièrent avec l’uniforme, c’est-à-dire le pouvoir de décider si tu sors ou pas, si tu appelles, si ton attitude est suspecte et si tu dois être fouillée, si ton attitude est indécente et doit faire l’objet d’un rapport, si tu passes trop de temps sous la douche, en bref le pouvoir d’imposer quelque chose à quelqu’un, et elles y prennent goût rapidement. Maintenant, elles sont l’AUTORITé ! Et qu’importe si la matonne sort de sa poche une nouvelle règle sortie de son interprétation personnelle du règlement, ou même de sa vision du monde personnelle : tous les bleus se couvrent systématiquement entre eux et c’est sa décision qui va finir par s’imposer.
Pour nous, les DPS (détenues particulièrement signalées), le contrôle est total jour et nuit : tous nos mouvements sont notés dans des cahiers aux ronds-points intérieurs, où nos photos sont affichées. Il y est noté aussi avec qui nous parlons en promenade, avec qui nous nous promenons, ce que nous faisons… La nuit, nous subissons des contrôles toutes les deux heures, les surveillantes allument la lumière, certaines d’entre elles font claquer l’œilleton, frappent parfois à la porte pour nous faire bouger – cela pendant des années et des années. Nous sommes fouillées par palpation et nous devons passer sous les portiques détecteurs de métaux pour sortir en promenade, pour nous rendre aux parloirs famille et avocats, et même pour faire des photos. Nous subissons encore la fouille à nu à la sortie des parloirs, ainsi qu’à chaque extraction au palais ou à l’hôpital, et à chaque fouille de cellule.
Nous avons imposé des limites, et nous n’acceptons pas certaines choses, comme les demandes de montrer l’intérieur de la bouche, retirer le tampon ou montrer ses fesses, mais ceci suppose toujours un moment de tension qui peut bien te gâcher ton parloir ou ta journée. Les matonnes contrôlent aussi le sac que nous emportons au sport, et parfois même la bassine pour aller à la douche. A tout cela il faut ajouter le contrôle de toutes nos communications écrites ou téléphoniques.
Ici nous vivons sous la contrainte permanente, torturées quotidiennement, oui, torturées, parce que cela n’a pas d’autre nom.
Il y aurait plein d’autres choses à dire, mais j’espère qu’avec ça vous pourrez vous faire une idée de comment nous survivons ici. Je ne vous ai pas parlé du mitard parce qu’ils ont fermé l’ancien et que nous ne connaissons pas encore le nouveau, mais ne vous inquiétez pas, peut-être que nous pourrons bientôt vous en dire quelque chose…
Demain, les 4 d’entre nous qui avons été choisies comme bouc-émissaires, allons passer en commission disciplinaire à cause des blocages, et nous ferons sûrement l’objet d’une lourde punition. Rien de nouveau, cela nous le savions déjà. L’AP ne tolère pas l’insoumission, et encore moins quand elle est collective. Elle nous impose des mesures de sécurité toujours plus strictes et veut que nous avalions tout sans protester ; quand nous ne le faisons pas, toute la machinerie répressive se met en route pour nous écraser. C’est le modèle régnant : obéir et se taire.
Contre cela, il nous reste toujours l’immense plaisir de désobéir et de crier bien haut que « non ! », on ne va pas tout avaler, et qu’il n’y a pas de grillage ni de mur assez hauts pour enfermer notre détermination !
4 des 16 agences que compte Pôle Emploi Guadeloupe ont été victimes d’actes de vandalisme. Les dégâts matériels sont importants [dans une vidéo jointe à l’article, le directeur de Pôle Emploi Guadeloupe, Stephan Jules, donne des détails sur ces actes de sabotage: toutes les serrures ont été fracassées et mises hors-service, de l’huile de vidange déversée sur les façades; NdA]. Ils ont nécessité. la fermeture de ces établissements. Des actes de vandalisme, perpétrés cette nuit dans un contexte social particulièrement agité ce mercredi 31 mai, jour initialement prévu pour le procès d’Elie Domota au Tribunal de Pointe-à-Pître
Refusons de nous rendre invisibles ! Soyons fièrEs des multiplicités de nos identités et de leurs expressions ! Ne laissons plus personne porter atteinte à nos libertés, à nos corps, à nos désirs, à nos identités, à nos amours ! Refusons de nous taire ! Soyons en colère ! Passons à l’offensive ! Rendez-vous samedi 10 juin à 14h place du Capitole.
Nos identités sont politiques - trans pédé bies gouines à l’offensive !
Le 28 juin 1970 ont lieu les premières Marches des Fiertés à Los Angeles et New-York en mémoire des émeutes de Stonewall qui s’étaient déroulées un an auparavant. Émeutes contre la répression étatique et policière où trans, pédés, putes, gouines, sans papièrEs et personnes non-blanches se sont organisées ensemble face aux forces de l’ordre. Bien que la marche des fiertés ait depuis pour but de commémorer ces événements, on peut constater que ces dernières décennies le milieu institutionnel a une fâcheuse tendance à réécrire notre histoire. En effet, les noms de Marsha P. Johnson, une femme trans noire artiste drag queen, connue pour avoir été une des premières à lancer un pavé à Stonewall et celui de Sylvia Rae Rivera, autre femme trans qui dénonçait les abus transmisogynes, que ce soit dans "straight land" ou au sein de la communauté LGBT, basculent peu à peu dans l’oubli.
Manif devant la mairie de New York, avril 1973
Sylvia Rivera, Marsha P. Johnson, Jane Vercaine, Barbara Deming, Kady Vandeurs, Carol Grosberg
Cette réécriture de notre histoire n’est pas anodine quand on voit tout ce que vivent actuellement les minoriséEs dans le monde.
Aux USA, depuis le début de l’année 2017, la situation des personnes trans, la plupart du temps non-blanches, se détériore. On les oblige, dans certains états, à aller dans les toilettes du genre assigné à leur naissance dans les lieux publics.
En Russie, depuis de nombreuses années, le régime réactionnaire se montre de plus en plus répressif envers la communauté LGBT, que ce soit à travers des lois interdisant tout acte de "propagande" homosexuelle, avec l’interdiction pour les transexuelLEs et les travestiEs de conduire une voiture, ou la com plaisance des autorités face à des violences de groupes d’extrême-droite. Le résultat c’est la montée des violences LGBT-phobes, l’impunité policière face à la torture et la détention de notre communauté ainsi qu’une contamination au VIH/sida exponentielle et galopante.
Depuis le mois d’avril 2017, les autorités tchétchènes orchestrent la répression des homosexuels, les arrêtant et les torturant, alors que le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, entend exterminer la communauté LGBTQI au plus vite.
En France, la situation des personnes LGBT n’est pas aussi rose qu’on le souhaiterait. La PMA pour touTEs n’a toujours pas été adoptée. Le changement de sexe à l’état civil pour les personnes trans est complètement bloqué depuis novembre 2016 et il sera toujours soumis au regard d’unE juge, tandis que le changement de prénom, désormais possible en mairie, fait face à de nombreux blocages de la part des maires et des officierEs d’Etat Civil, perpétuant ainsi la pathologisation des personnes trans. Les travailleuRses du sexe subissent une précarité, des violences, une insécurité renforcées par la loi de pénalisation des clients adoptée en avril 2016. Alors que l’Europe a condamné la France sur la question des mutilations imposées aux enfants intersexuéEs, ces opérations non vitales et non consenties ont toujours lieu, les bourreaux restent libres et les victimes ne sont pas dédommagées. Les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) se voient toujours refuser la possibilité du don du sang s’ils ne respectent pas une abstinence d’un an.
"Ils m’ont aggressé et violé parce que je suis gay"
Zak Ostmane
Cette année les personnes LGBT en France subissent des violences diverses : le 3 mars 2017, Zak Ostmane, militant gay algérien réfugié en France, est séquestré et violé dans un hôtel à Marseille.
Émilie Dauby, militante trans aggressée le 5 avril 2017 à Paris
Le 5 avril la militante trans Emilie Dauby est agressée par un motard devant le centre LGBTQI du quartier du Marais à Paris. Sans oublier l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie au quotidien renforcées par des discours rétrogrades et contre l’égalité des droits du nouveau président Macron et nombre de ses ministres (Darmanin, Collomb etc.) en passant par des émissions de TV comme celle de l’homophobe Cyril Hanouna.
N’oublions pas que nos communautés ne sont pas exemptes d’oppressions et de rapports de dominations : racisme, antisémitisme, islamophobie, follophobie, sexisme, sérophobie, LGBTQIphobies... De plus en plus de personnes cèdent aux sirènes du nationalisme et de l’extrême droite !
Plus largement, nous vivons dans un état d’urgence permanent depuis novembre 2015, et le président élu vient de nouveau de demander sa prolongation jusqu’en novembre. En sortirons-nous un jour ? Cet état d’urgence est la parfaite excuse pour criminaliser nos luttes, et même tenter de nous invisibiliser et nous faire taire. On l’a vu à Toulouse où la marche des fiertés a failli ne pas avoir lieu dans les conditions habituelles, la mairie menaçant de nous excentrer et de faire payer des conditions sécuritaires ahurissantes à l’association organisatrice de l’événement.
Cette situation ne peut plus durer !
C’est pourquoi nous exigeons :
la PMA pour touTEs sans discrimination de l’orientation sexuelle et/ou de genre, et/ou de la nationalité
le changement d’état civil démédicalisé, libre et gratuit sur simple déclaration en mairie pour les personnes trans
la régularisation de touTEs les sans papièrEs et libre circulation et installation pour touTEs
l’autorisation des soins funéraires pour les personnes séropositives au VIH et aux hépatites
la décriminalisation des travailleuses et travailleurs du sexe
l’arrêt des mutilations sur les personnes intersexes
un système de santé gratuit, inclusif, sans jugement, respectueux des identités de genre et/ou des orientations sexuelles
l’ouverture du don du sang aux HSH
la mise en place d’un réseau de soutien international pour les personnes LGBT en Tchétchénie et ailleurs
NOS IDENTITES SONT POLITIQUES
TRANS PÉDÉ BIES GOUINES À L’OFFENSIVE !
Cortège radical et unitaire de Toulouse de la marche des fiertés 2017
Premiers signataires : Act Up-Sud Ouest, Clar-T, CNT 31, OCML-VP
Refusons de nous rendre invisibles ! Soyons fièrEs des multiplicités de nos identités et de leurs expressions ! Ne laissons plus personne porter atteinte à nos libertés, à nos corps, à nos désirs, à nos identités, à nos amours ! Refusons de nous taire ! Soyons en colère ! Passons à l’offensive ! Rendez-vous samedi 10 juin à 14h place du Capitole.
Nos identités sont politiques - trans pédé bies gouines à l’offensive !
Le 28 juin 1970 ont lieu les premières Marches des Fiertés à Los Angeles et New-York en mémoire des émeutes de Stonewall qui s’étaient déroulées un an auparavant. Émeutes contre la répression étatique et policière où trans, pédés, putes, gouines, sans papièrEs et personnes non-blanches se sont organisées ensemble face aux forces de l’ordre. Bien que la marche des fiertés ait depuis pour but de commémorer ces événements, on peut constater que ces dernières décennies le milieu institutionnel a une fâcheuse tendance à réécrire notre histoire. En effet, les noms de Marsha P. Johnson, une femme trans noire artiste drag queen, connue pour avoir été une des premières à lancer un pavé à Stonewall et celui de Sylvia Rae Rivera, autre femme trans qui dénonçait les abus transmisogynes, que ce soit dans "straight land" ou au sein de la communauté LGBT, basculent peu à peu dans l’oubli.
Manif devant la mairie de New York, avril 1973
Sylvia Rivera, Marsha P. Johnson, Jane Vercaine, Barbara Deming, Kady Vandeurs, Carol Grosberg
Cette réécriture de notre histoire n’est pas anodine quand on voit tout ce que vivent actuellement les minoriséEs dans le monde.
Aux USA, depuis le début de l’année 2017, la situation des personnes trans, la plupart du temps non-blanches, se détériore. On les oblige, dans certains états, à aller dans les toilettes du genre assigné à leur naissance dans les lieux publics.
En Russie, depuis de nombreuses années, le régime réactionnaire se montre de plus en plus répressif envers la communauté LGBT, que ce soit à travers des lois interdisant tout acte de "propagande" homosexuelle, avec l’interdiction pour les transexuelLEs et les travestiEs de conduire une voiture, ou la com plaisance des autorités face à des violences de groupes d’extrême-droite. Le résultat c’est la montée des violences LGBT-phobes, l’impunité policière face à la torture et la détention de notre communauté ainsi qu’une contamination au VIH/sida exponentielle et galopante.
Depuis le mois d’avril 2017, les autorités tchétchènes orchestrent la répression des homosexuels, les arrêtant et les torturant, alors que le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, entend exterminer la communauté LGBTQI au plus vite.
En France, la situation des personnes LGBT n’est pas aussi rose qu’on le souhaiterait. La PMA pour touTEs n’a toujours pas été adoptée. Le changement de sexe à l’état civil pour les personnes trans est complètement bloqué depuis novembre 2016 et il sera toujours soumis au regard d’unE juge, tandis que le changement de prénom, désormais possible en mairie, fait face à de nombreux blocages de la part des maires et des officierEs d’Etat Civil, perpétuant ainsi la pathologisation des personnes trans. Les travailleuRses du sexe subissent une précarité, des violences, une insécurité renforcées par la loi de pénalisation des clients adoptée en avril 2016. Alors que l’Europe a condamné la France sur la question des mutilations imposées aux enfants intersexuéEs, ces opérations non vitales et non consenties ont toujours lieu, les bourreaux restent libres et les victimes ne sont pas dédommagées. Les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) se voient toujours refuser la possibilité du don du sang s’ils ne respectent pas une abstinence d’un an.
"Ils m’ont aggressé et violé parce que je suis gay"
Zak Ostmane
Cette année les personnes LGBT en France subissent des violences diverses : le 3 mars 2017, Zak Ostmane, militant gay algérien réfugié en France, est séquestré et violé dans un hôtel à Marseille.
Émilie Dauby, militante trans aggressée le 5 avril 2017 à Paris
Le 5 avril la militante trans Emilie Dauby est agressée par un motard devant le centre LGBTQI du quartier du Marais à Paris. Sans oublier l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie au quotidien renforcées par des discours rétrogrades et contre l’égalité des droits du nouveau président Macron et nombre de ses ministres (Darmanin, Collomb etc.) en passant par des émissions de TV comme celle de l’homophobe Cyril Hanouna.
N’oublions pas que nos communautés ne sont pas exemptes d’oppressions et de rapports de dominations : racisme, antisémitisme, islamophobie, follophobie, sexisme, sérophobie, LGBTQIphobies... De plus en plus de personnes cèdent aux sirènes du nationalisme et de l’extrême droite !
Plus largement, nous vivons dans un état d’urgence permanent depuis novembre 2015, et le président élu vient de nouveau de demander sa prolongation jusqu’en novembre. En sortirons-nous un jour ? Cet état d’urgence est la parfaite excuse pour criminaliser nos luttes, et même tenter de nous invisibiliser et nous faire taire. On l’a vu à Toulouse où la marche des fiertés a failli ne pas avoir lieu dans les conditions habituelles, la mairie menaçant de nous excentrer et de faire payer des conditions sécuritaires ahurissantes à l’association organisatrice de l’événement.
Cette situation ne peut plus durer !
C’est pourquoi nous exigeons :
la PMA pour touTEs sans discrimination de l’orientation sexuelle et/ou de genre, et/ou de la nationalité
le changement d’état civil démédicalisé, libre et gratuit sur simple déclaration en mairie pour les personnes trans
la régularisation de touTEs les sans papièrEs et libre circulation et installation pour touTEs
l’autorisation des soins funéraires pour les personnes séropositives au VIH et aux hépatites
la décriminalisation des travailleuses et travailleurs du sexe
l’arrêt des mutilations sur les personnes intersexes
un système de santé gratuit, inclusif, sans jugement, respectueux des identités de genre et/ou des orientations sexuelles
l’ouverture du don du sang aux HSH
la mise en place d’un réseau de soutien international pour les personnes LGBT en Tchétchénie et ailleurs
NOS IDENTITES SONT POLITIQUES
TRANS PÉDÉ BIES GOUINES À L’OFFENSIVE !
Cortège radical et unitaire de Toulouse de la marche des fiertés 2017
Premiers signataires : Act Up-Sud Ouest, Clar-T, CNT 31, OCML-VP
Une soixantaine de membres de la communauté des gens du voyage ont manifesté ce vendredi soir à Pau, en brûlant des véhicules et des pneus, près du magasin Auchan, pour protester contre une décision de justice qui interdit au frère de Mickaël, tué à Toulouse, d’assister aux obsèques.
Avec cette action, qui a débuté vers 20h, ce vendredi soir dans les rues de Pau, la communauté des gens du voyage entendait protester contre la décision de justice interdisant à Franck, incarcéré à la prison de Pau, d’assister aux obsèques à Montaut dans les Pyrénées-Atlantiques, ce samedi matin, de son frère, Mickaël, tué [plutôt assassiné par les flics; NdAtt.] dans la nuit de mardi à mercredi à Toulouse.
Les policiers toulousains avaient tiré sur un chauffard qui refusait de s’arrêter dans une ruelle en plein centre de la ville. Touché au torse et à la tête, le conducteur, âgé de 27 ans, qui circulait à bord d’une voiture volée, est mort mercredi matin. Les policiers ont estimé avoir agi en état de légitime défense.
La permission de sortie pour son frère n’a pas été accordée par la justice ce vendredi. Après le face à face entre les manifestants et la police, un dialogue s’est noué. Selon les autorités, un terrain d’entente a été trouvé pour permettre au frère de s’incliner sur la tombe de la victime, d’ici les prochains jours. La décision est désormais dans les mains du juge d’application des peines.
Le calme est revenu à Pau en fin de soirée, vers 23h. Aucune victime n’est à déplorer, mais les pompiers ont dû intervenir pour éteindre les restes d’incendie sur la chaussée, avenue du Général Leclerc. Un bus Idélis et cinq voitures ont été incendiés dans le quartier Trespoey. Une cinquantaine de pneus, volés au garage Peugeot, et des caddies de l’hypermarché Auchan ont également été brûlés.
*****
France Bleu / samedi 3 juin 2017
Après la manifestation très tendue menée par une soixantaine de membres de la communauté du voyage vendredi, les dégâts sont très importants avenue du Général Leclerc. Sept plaintes ont déjà été déposées.
L’heure est au bilan des dégâts après la violente manifestation qui a eu lieu vendredi soir avenue du Général Leclerc à Pau. Une soixantaine de personnes issues de la communauté du voyage protestaient contre une décision de justice qui interdisait au frère du Palois tué à Toulouse mardi, d’assister aux obsèques. Pour le moment sept plaintes ont été déposées au commissariat par Auchan, Idélis, l’agence immobilière Cofim et aussi par quatre propriétaires de voitures brûlées ou incendiées. On ne sait pas encore à combien s’élève le préjudice, mais cette nuit va coûter très cher. À Idélis d’abord, deux bus ont été incendiés dans les locaux de la société de transport. Ils ont été complètement détruits. De gros dégâts au garage Peugeot, avec des grillages découpés et plus de 40 pneus volés et incendiés.Des vols aussi à Auchan, juste à côté, avec 82 caddies qui ont disparus. L’agence immobilière Cofim a également fait les frais de ces affrontements.
Depuis la section des nouveaux arrivants du bloc B de la prison des Vallette, Fran a envoyé une lettre dans laquelle il nous communique qu’il a fait une grève de la faim de 24 heures, du samedi 27 au dimanche 28 mai, avec un autre compagnon de section, contre les conditions de détention à l’intérieur de la section des nouveaux arrivants, en solidarité avec d’autres prisonniers révolutionnaires et pour adhérer à l’appel « Pour un mois de juin dangereux ».
Dans une autre lettre arrivée juste après la première, Fran nous informe qu’il commencera une autre grève de la faim, cette fois de 7 jours à partir du 5 juin, contre les conditions de détention dans la section des nouveaux arrivants et pour obtenir un transfert dans une autre section.
Nous profitons de cette article pour communiquer qu’il a été décidé que le procès de l’opération du 3 mai commencera le 5 octobre.
La lettre qui suit est celle concernant la grève de la faim de 24 heures.
Salut à tous et à toutes,
Je suis dans le bloc B, dans la section des nouveaux arrivants de la prison des Vallette à Turin.
Dans cette section il est possible d’aller à la salle de sport deux matins par semaines, au cinéma un matin par semaine et une activité de théâtre ou d’art un après midi par semaine. Il y a aussi un cours d’italien qui a lieu au même moment que la salle de sport ou que l’activité d’art ou théâtre. D’habitude tous veulent aller à ces activités parce qu’elles durent 30 minutes de plus que la promenade.
Nous sommes enfermés 22 heures par jour, les 2 heures restantes sont pour la promenade. Aucune possibilité de faire la « socialité » (être à plusieurs détenus qui le veulent dans une même cellule pendant 2 heures par jour), entre détenus on ne peut se parler qu’à travers les barreaux ou pendant la douche. Presque tous les matelas sont pourris, nous recevons menaces et chantages continus de la part des gardiens et très peu ou pas d’informations de ce qu’est la prison et de nos droits. Pour savoir quelque chose on se passe les infos entre détenus ou il faut attendre que les bourreaux soient de l’humeur juste. C’est carrément une section punitive, contraints d’entendre leurs réponses dégradantes et apathiques !
Avec le hurlement de Rompre l’isolement ! (appel écrit par l’anarchiste Alfredo Cospito, prisonnier en section de haute sécurité et qui subit une censure féroce, en italien ici), les grèves de la faim dans les prisons en Palestine et l’appel « Pour un mois de juin dangereux », j’ai décidé de mener une grève de la faim de 24 heures. De samedi 27 mai à l’heure où les lumières s’éteignent jusqu’à dimanche 28 à la même heure, vers 21h. Je le fais non seulement pour raconter ce qu’est la section des nouveaux arrivants, c’est à dire une réclusion punitive de fait, non seulement pour saluer les rebelles, les révolutionnaires et ceux et celles qui luttent pour la libération totale, tous et toutes les prisonnièr-es qui ne baissent pas la tête et tous ceux et toutes celles qui refusent leurs contrôles judiciaires comme les compagnonnes de Madrid et de Barcelone, Codo a Codo (coude à coude) ; mais aussi pour justement pour donner force et détermination aux compagnons et aux compagnonnes qui ont décidé d’appeler à « pour un mois de juin dangereux ».
Pendant qu’en Italie les chefs d’état du G7 et toutes les merdes comme eux mangeront caviar et langouste, moi et un autre compagnon de galère nous ne mangerons pas. Nous ne retenons pas opportuns prévenir l’administration pénitentiaire de notre choix, parce que nous n’obtiendrons rien d’elle, vu leur politique de punition mise en place contre les nouveaux arrivants. C’est important que cette protestation, même si symbolique, montre que la communication soit précise et que se créent des rapports de complicité, et pour cela je ne serais pas seul, ni dedans ni dehors.
J’ai fait ce choix, même si un peu en retard et sans me coordonner avec d’autres compagnons enfermés dans cette prison des Vallette vu les temps longs de communication via postale, parce que je crois qu’il soit juste de soutenir les choix d’autres compagnons avec lesquels je me trouves très d’accord et pour raconter la merde que l’on doit subir ici ! Après avoir lu l’appel d’Alfredo « rompre l’isolement », pour sa grève de la faim , après avoir appris la grève de la faim des prisonniers palestinien et après l’appel pour le mois de juin j’ai pris cette décision.
D’autres compagnons de section sont d’accord pour protester en particulier contre l’isolement que nous vivons ici en nous niant la socialité ; nous avons décidé de protester le dimanche parce que c’est le jour où les menaces et les chantages sont les plus fréquents : nous devons trouver milles moyens pour gagner quelques minutes en dehors de la cellule, après la douche, après la promenade, on entend les fréquentes demandes à rester quelques secondes discuter avec un autre détenu. Ils pensent nous faire rester tranquilles en nous donnant les gâteaux. Les raisons de la protestation sont nombreux, par exemple dans mon cas et vu que je ne parles quasiment jamais aux gardiens, il a été difficiles de comprendre le fonctionnement de la prison, je perdais donc de temps en temps quelques avantages. D’autres sont dans une situation bien pire que la mienne. En cellule j’ai de tout, d’autres beaucoup moins et sont en cellule lisses.
Ce dimanche nous ne mangerons pas, nous ne prendrons rien de leur bouffe de merde, ni les gâteaux, ni le lapin. Il peuvent se les garder leurs gâteaux de merde. Cette situation place les détenus travailleurs de la section, qui ont la cellule ouverte toute la journée, dans le rôle de gardiens dans une réelle jungle de pouvoirs, jour après jour.
Avec le compagnon de section qui veut mener cette grève de la faim avec moi, nous avons décidé de la communiquer à travers un papier accroché sur l’extérieur de la prote blindée, de manière à ce que les bourreaux et ceux qui le veulent puissent la lire. Quand le chariot passera je fermerais la porte blindée et je le communiquerai au détenu qui sert la nourriture.
Si il y avait plus de conscience politique, on pourrait chercher à conquérir la « socialité » ou d’avoir les cellules ouvertes, comme après le bordel de 2008 lorsque les détenus ont réussi à se faire apporter la nourriture le dimanche (le dimanche pas de nourriture cuisinée, ndt).
A tous ceux qui ont cru et lutté, à tous ceux qui croient et luttent, à tous ceux qui croîront et lutteront, pour la libération totale. Pour l’anarchie, Un salut rebel.
4 prisonniers se sontr évadés le 14./10 d’un fourgon pénitentiaire lors d’un transfert entre le tribunal et les Baumettes. Feu rouge. Ils ont forcé la porte pendant que les autres faisaient du bruit puis menottés 2deux par deux, ils se sont enfuis par des ruelles du centre.
Les matons s’en sont rendu compte une fois arrivés à la ZonZ. 3 correctionnel, 1 criminel.