Vive l'Anarchie - Semaine 24, 2018

Sommaire

Répression du 22 mai : une personne reste en détention provisoire

Publié le 2018-06-11 09:40:04

Suite aux opérations policières du 22 mai, deux jeunes qui manifestaient à Paris le 22 mai ont été arrêtés, placés 48 heures en garde à vue, déférés au palais de justice pour y être jugés en comparution immédiate. Contrairement aux autres, ils sont placés en détention provisoire et l’un d’eux y est encore. Si vous souhaitez lui écrire, envoyez-nous un mail à stoprepression(AT)riseup.net pour connaître son numéro d’écrou.



Le 22 mai, ielles sont plus de 130 à se faire arrêter, 128 gardé-e-s vue, et une bonne vingtaine à passer en comparution immédiate (sans parler des nombreux mineur-e-s dont une quinzaine mis en examen devant un juge pour enfants). Toutes et tous vont demander à ne pas être jugé.e.s immédiatement pour pouvoir préparer leur défense. Cela leur sera accordé. Toutes et tous se verront signifier leur date de procès et repartiront libres du tribunal avec, quand même pour certain.e.s, un contrôle judiciaire, l’interdiction de communiquer entre elleux, des interdictions de paraître à Paris et des interdictions de manifester.

Toutes et tous ? Non ! Pour l’exemple, deux jeunes, qui sont accusés des mêmes faits que les autres, qui présentent les mêmes garanties de représentation que les autres, sont partis en détention provisoire. C’est à dire qu’ils ont eu l’immense privilège d’aller préparer leur procès à Fleury-Mérogis ! Pour plus d’un mois, leur date de procès étant fixée encore plus tard que les autres (29 juin). En sachant que – pas de jaloux-ses – les procureuses avaient requis ce jour là de la détention provisoire pour tou-te-s les prévenu-e-s.

Pourquoi ces deux là ? Les juges de chambre 23.2 ne se sont pas posés la question.
Le mardi 5 juin, une demande de mise en liberté (DML) était examinée dans cette même chambre avec d’autres juges et une autre procureuse pour les deux mis en détention provisoire.

L’un s’est vu refuser sa mise en liberté dans l’attente de son procès, au motif qu’il restait « potentiellement dangereux au vu des dégâts que commettaient les black blocs », dixit la procureuse (qui déclarait donc, de fait, la personne coupable avant qu’elle soit jugée) 

L’autre verra sa demande accordée, mais en raison d’un vice de procédure portant sur le délai de l’examen de sa demande. La procureuse et les juges n’ont donc pas agi par bienveillance ni sens de l’équilibre ou d’équité (qui y croyait encore ?), ils et elles ont été contraintes de s’incliner, mais ont assorti leur décision d’un contrôle judiciaire très sévère (assignation en province au domicile de ses parents, obligation de pointer deux fois par semaine, interdiction de paraître à Paris sauf pour passer des examens universitaires sur justificatifs – trois dans cette période – et bien sur pour se rendre à son procès...

Pour l’exemple, donc, un jeune de 18 ans va faire un mois de prison ferme avant d’être jugé du simple fait de l’arbitraire d’un tribunal. Contrairement à d’autres, il avait accepté de se laisser identifier en donnant empreintes et prélèvement ADN, laissant clairement entendre que cette piètre injonction au fichage de masse n’encourage aucune bienveillance de la part de ces messieurs dames de la magistrature. Une autre DML sera déposée prochainement par son avocat.

Des rassemblements de soutien vont avoir lieu au TGI de la Porte de Clichy le 29 juin prochain, jour de leur procès. Avant cela, il y aura une audience mardi 12 juin pour deux camarades arrêtés lors du 1er mai. Il y a aussi un appel à rassemblement le vendredi 15 pour les autres procès des inculpé-e-s du 22 mai.

Si vous souhaitez écrire au copain toujours en détention, envoyez-nous un mail à stoprepression@riseup.net pour connaître son numéro d’écrou.

La solidarité est notre arme !

Le Groupe légal de la Coordination antirep.
Caisse collective : http://tinyurl.com/stoprep2
stoprepression(AT)riseup.net

Appel à action : les monstres de cigéo

Publié le 2018-06-11 10:33:04

La réussite de CIGEO dépend de l’implication non seulement de l’ANDRA, mais aussi de centaines d’autres entreprises, tous les sous-traitants du projet.

C’est pour cela que nous, les MONSTRES de CIGEO (Malfaiteureuses Organisant le Naufrage des Sous-TRaitants Et Soutiens de CIGEO) appelons à se mettre en action contre les MONSTRES de CIGEO (Malfaiteureuses Organisé.e.s du Nucléaire : Sous-TRaitants Et Soutiens de CIGEO).

Nous proposons de concentrer nos efforts dans un premier temps sur l’entreprise INGEROP, pour son implication énorme dans CIGEO et les projets connexes. INGEROP est une boîte française d’ingénierie qui assure la maîtrise d’ouvrage sur certains des pires projets de notre bout d’Europe : le Grand Paris, une partie du tunnel de la ligne de train Lyon-Turin, la bretelle du Grand-Contournement-Ouest de Strasbourg et donc, CIGEO. Environ 1700 employé.e.s. Une trentaine d’agences en France, des filiales ailleurs dans le monde (Suisse, Royaume-Uni, Afrique du Sud, Amérique du Sud).

Toute forme d’action est la bienvenue, soyons créatif.ve.s, obstiné.e.s, déterminé.e.s, pour obtenir d’INGEROP qu’elle se retire du projet CIGEO et de tous les projets connexes. Vous trouverez sur le site lesmonstresdecigeo.noblogs.org toutes les infos utiles pour mener vos actions.

[Vaulx-en-Velin] La mairie augmente les moyens de la police, les habitants attaquent le commissariat

Publié le 2018-06-11 19:50:03

La fin du mois de mai 2018 a été marquée par une série violences dans les banlieues de Lyon : des rixes, des rodeos, des coups de feux, sans pour autant qu’il n’y ait de liens particuliers entre ces actes.

Pour Hélène Geoffroy, maire de Vaulx et récente « secrétaire nationale du PS chargée de la “République des territoires” », la cause de ces violences est pourtant toute trouvée : « cette flambée de violence est liée au processus de transformation urbaine que nous menons, et qui bouscule ce qui est enraciné dans la ville en termes de trafics ». Alors même que ces violences concernent des quartiers qui ne sont pas concernés par ces réhabilitations, ou dont les rénovations sont terminées depuis plus de 10 ans. L’occasion rêvée pour elle de donner sa vision de la politique de la ville, dans la droite ligne de Collomb : policiers municipaux armés, leurs effectifs doublés, des brigades de nuit et 80 caméras de surveillance dernière génération.

Alors que depuis le début de l’année, les écoles, collèges et lycées de la ville sont régulièrement en grève pour demander une hausse des moyens - ce à quoi la mairie leur répond sans cesse qu’elle n’en a pas les moyens - Geoffroy débloque en quelques jours « un budget dépassant le million d’euros » pour des mesures répressives.

La réaction d’une partie de la jeunesse vaudaise ne s’est pas fait attendre. Le vendredi suivant les annonces démagos de la maire pour se faire mousser sur le dos de la population d’une des 20 communes de France où le taux de pauvreté est le plus élevé, le commissariat était attaqué par une centaine de personnes à coup de cocktails molotov et de mortiers.

https://www.youtube.com/watch?v=WfUTk6qdDl0

Plus d’info sur Rebellyon :

A Vaulx-en-Velin, le commissariat municipal attaqué après l’annonce d’une série de mesures sécuritaires

Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin, a saisi l’occasion d’une série d’incidents dans la ville sans lien entre eux a priori, pour annoncer jeudi 31 mai une série de mesures répressives pour plus d’un million d’€. Alors même que le manque de budgets sociaux ou éducatifs sont régulièrement dénoncés. Réaction immédiate : près de 100 personnes ont attaqué le commissariat municipal le lendemain.

A lire sur Rebellyon.info

Bâle, Suisse : Balade à la prison de Bässlergut – Samedi 26 mai 2018

Publié le 2018-06-11 19:52:02

Le chantier de Bässlergut II progresse. L’imposante construction a pris de la hauteur, entourée d’un mur tout aussi imposant. Il devrait être terminé d’ici deux ans, prêt à se remplir de gens.

Toutefois, les avancées de ce chantier ne nous empêchent pas de continuer à lutter contre cette prison et la répression d’État dans son ensemble.

C’est pourquoi samedi 26 mai, près d’une vingtaine de personnes s’est retrouvée devant la taule de Bässlergut et salué les prisonnier.e.s avec des feux d’artifice et des slogans. Peu de temps après avoir laissé quelques tags sur les murs de la prison, les encagoulés ont disparu dans la forêt.

Nous saisissons l’occasion pour exprimer notre solidarité avec celles et ceux qui se sont faits réveiller par les flics la semaine dernière dans le cadre des enquêtes sur les émeutes du G20.

Liberté pour toutes et tous, à l’intérieur des taules comme à l’extérieur !

[Traduit de l’allemand de Barrikade.info, 4. Juni 2018]

Villefranche-sur-Saône, France : Un zadiste en cavale arrêté par les flics lors d’un contrôle – Dimanche 10 juin 2018

Publié le 2018-06-11 19:52:03

Un zadiste, condamné par le Tribunal de Nantes à deux ans de prison ferme pour avoir jeté un engin explosif de type cocktail Molotov aux pieds de deux gendarmes le 8 mai, sur la ZAD, était sous le coup d’un mandat d’arrêt. On apprend qu’il a été repris ce dimanche 10 juin à Villefranche-sur-Saône lors d’un contrôle inopiné.

Alors qu’il devait être jugé dans le cadre d’une comparution immédiate, cet homme avait demandé un délai pour préparer sa défense. Il avait été placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès. Seulement, il ne s’était pas représenté devant ses juges. Il avait donc été condamné, en son absence, le 1er juin.

Par le passé, il avait été condamné à Castres pour des violences sur les gendarmes commises près d’Agen.

[Reformulé de Presse Océan, 10.06.2018]

Saint-Jean-du-Gard, France : La ville repeinte par des anarchistes – Samedi 9 juin 2018 [Mise-à-jour, 12 juin]

Publié le 2018-06-11 20:04:02

Samedi 9 juin, des individus ont sillonné la ville de Saint-Jean-du-Gard en recouvrant de tags divers bâtiments publics et commerces. On pouvait lire entre autres: « no nation, no border » ; « la police assassine », « Anti-France », « Tendresse et vandalisme », « Queer violence » et des A cerclés. Parmi les cibles, le monument aux morts de la place Carnot et la mairie. D’autres bâtiments bien moins sacralisés ont aussi été décorés d’inscriptions similaires.

Un article de France Bleu, on apprend que les gendarmes font un lien direct avec la décision attendue ce mardi du TGI d’Alès quant à l’expulsion des occupants du site de La Borie. « Dans les années 80, tout le village de Saint-Jean-du Gard, s’était mobilisé contre un projet de barrage sur le site de La Borie. » Le projet a depuis été abandonné, mais les occupant.e.s sont resté.e.s et font vivre les terres. Il s’agit d’un des plus vieux squats de France. La mairie de Saint-Jean-du-Gard compte récupérer les terres pour les vendre à un ou des agriculteurs. En réponse, une manifestation est prévue par les occupant.e.s de La Borie mardi en fin de matinée devant la mairie, en marge du procès. La gendarmerie du Gard annonce qu’elle y mettra les moyens pour maintenir l’ordre.

[Reformulé de leur presse, 10.06.2018]

Déclaration de la zone d’expression populaire

Publié le 2018-06-12 08:36:05
Juin 112018
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

8 juin 2018, soit disant québec

Face à l’abonimable déploiement du dispositif sécuritaire mis sur place pendant le G7, nous avons décidé de nous organiser entre amiEs et de bloquer l’autoroute Dufrin-Momorency nous-même. On avait bien vu que les rendez-vous et autres actions appelées par le RAG7, par la CLAC et cie n’avaient aucune chance de nous permettre de vivre quelque chose de sérieusement amusant et pour tout dire, on n’avait pas envie de rester découragéEs à rien faire pendant que nos quartiers étaient pris d’assault par les flics.

Euphoriques, nous avons installé sur l’intersection des divans et meublé l’espace avec des bannières, des rires et des chansons. Des camarades ont mis leurs corps entre l’espace nommé pour l’occasion Zone d’expression populaire et l’anti-émeute pour nous permettre de s’amuser encore un peu pis on a fini par mettre le feu au salon et partir en manif dans la ville.

La vie, ou rien…

Les médias, omnubilés par les divans en flammes, n’ont pas cru bon de relayer le communiqué de la Brigade Espace Public (BEP). Nous avons donc choisi de le difuser ici :

Brigade espace public : pas de panique, tout est sous contrôle

C’est bien le problème.

Même la possibilité de critiquer l’État est encadré par la police et les clôtures. Des zones de libre expression emmurées, des manifestations permises à conditions de ne déranger personne. On s’est fait voler le monde jusqu’à la possibilité de le remettre en question. Et tranquillement le monde reste à sa place, devant son téléviseur, accroché à la radio, suspendu aux écrans.

Chaque année, c’est la même pièce de théâtre qui se rejoue : tout le monde est là, à son poste. La dictature des ordres atteint son paroxysme et les peuples tentent tant bien que mal de montrer une opposition organisée à ce spectacle.

Alors qu’on nous gave de messages de peur face aux possibles montées de tension entre police et manifestant.es, ceux qui discutent sécurité et répression, extraction pétrolière et colonisation, guerre et haine des migrant-e-s, exploitation des travailleuses et déréglementation ont le beau jeu. La question de la violence doit être posée sur un autre plan.

Cette zone d’expression populaire est à l’opposé de cette bouffonnerie, de ce désert que vous appelez G7. C’est la réappropriation par le bas, par la rue, de nos vie, de nos corps, le réapprentissage du territoire et de la liberté de se mettre en action contre la misère de ce système pourri.

Ici, on arrête le vieux monde. Ici, on creuse le nôtre dans les failles de son pouvoir en déclin. Ici est maintenant, c’est la vie.

Soutiens extérieurs à la zad : ce que nous (ne) défendons (pas)

Publié le 2018-06-12 11:27:04

 

Ne vivant pas sur la ZAD, ou du moins jamais assez longtemps, il n’est ni possible ni souhaitable pour nous de publier une opinion tranchée sur les différentes divisions* qui la traversent. D’autres dans la même situation que nous ne s’en privent pas, et on trouve cela dégueulasse en plus d’être totalement irresponsable. Cela n’empêche bien sûr pas nos affinités d’être traversées par des discussions, des doutes, des engueulades et des perspectives.

Nous savons ce que nous soutenons “de l’extérieur” depuis maintenant une dizaine d’années (parfois au prix fort) et ce que nous ne soutiendrons jamais.

 

********************-*********************-*********************         Ce que nous défendons :

> Ce n’est pas uniquement des terres agricoles à exploiter. C’est une terre à protéger et à vivre.

 Ce n’est pas la possibilité pour certaines personnes de privatiser légalement un bout de ce territoire en lutte et de s’y installer “de manière pérenne”. C’est la possibilité pour quiconque de venir s’y installer, avec les personnes qui y ont lutté, sans s’octroyer une exclusivité permanente.

 Ce n’est pas l’exclusion de personnes qui ont participé à empêcher le projet d’aéroport. C’est l’autodéfense collective.

 Ce ne sont pas des ressources dont quelques-un·e·s auraient l’usage ou la défense d’intérêts particuliers. C’est un bien commmun qu’il s’agit de gérer ensemble et la défense d’un intérêt collectif.

 Ce n’est pas d’habiter ce territoire selon les normes de l’état, même “en faisant semblant” de rentrer dans les cadres. C’est de pouvoir occuper et habiter ce territoire en se fiant aux dynamiques continuellement redéfinies de ses habitant·e·s.

 Ce n’est pas l’unité. C’est la solidarité.

 Ce n’est pas UNE stratégie prétendument commune (ni la barricade seule ni la négociation sans condition ni quoi que ce soit d’unique). Ce sont DES tactiques diverses qui produisent un rapport de forces.

 Ce n’est pas une fin en soi. C’est la cohérence des moyens qu’on utilise.

 Ce n’est pas UN autre monde possible. Ce sont DES réalités déjà là.

 Ce n’est pas le mythe, utile à l’état, de deux “camps” qui s’opposeraient sur place et auxquels il faudrait s’identifier. C’est une diversité insaisissable**.

 Ce n’est pas la victoire ou la défaite. C’est la lutte, sans fin par définition.

 Ce n’est pas nous dire qu’on ne peut pas tout avoir et qu’il faut se contenter de ce que l’état voudra bien nous permettre. C’est continuer à s’emparer de l’impossible et à semer les graines d’autres possibles.

C’est rire de nous, rêver haut, s’enthousiasmer, gagner, perdre, gagner encore, rencontrer, trouver et créer les brèches, occuper et défendre ensemble des zones qui rendent tout cela possible.

La défaite que beaucoup ressentent actuellement, pire qu’une défaite militaire, n’enlève rien à l’amour que nous portons à cette zone, ce que nous y avons vécu et y vivrons. Nous continuons à vivre des moments magnifiques sur zone, et quoi de plus normal. Quel que soit son futur, sur lequel nous pouvons/devons agir, l’état ne pourra rien reprendre de ce que la ZAD a apporté à nos luttes et continue de nourrir.

Nous voudrions saluer les personnes qui continuent de tenir le site web, la radio, de s’investir pour le zad news et pour organiser des discussions, les nombreuses activités sur place en plus de la résistance et de la reconstruction, celles qui se sont barrées et qui sont dégoûtées, celles qui partent pour mieux revenir, les inculpées et celles qui les soutiennent, celles qui (se) soignent, nous voudrions saluer Maxime et les autres blessé·e·s à vie, celleux qui n’oublient pas de les soutenir, les personnes qui continuent d’informer leur entourage sur pourquoi et comment le pouvoir ne peut supporter une telle expérience, les personnes qui continuent à se rendre sur place chaque semaine avec leurs coups de main et leur “recul” (parfois chiant, parfois qui redonne de l’air), celleux qui font vivre le commun.

*On utilise ici le terme “divisions” en parlant de ce que l’état espère le plus, c’est-à-dire des oppositions binaires entre positions en fait multiples. Nous pensons que ces divisions ont progressivement pris le dessus sur les conflits politiques, qui sont un phénomene difficile mais nécéssaire et constructif quand le temps pour le débat et les désaccords assumés est pris.

**Cette diversité insaisissable est toujours à l’oeuvre sur la ZAD, même si elle nous semble manquer de commun actuellement. Nous ne nions pas pour autant l’existence de tendances, ce qui est tout ce qu’il y a de plus logique dans une lutte, et ne pensons pas non plus qu’elles se “valent toutes” (cfr. ce que nous n’avons jamais défendu et ne défendrons pas). Ce que nous nions c’est, par exemple, l’existence d’un groupe fourre-tout dans lequel on retrouverait toutes les personnes paysannes/arrivistes/réformistes/négociatrices et d’un autre groupe fourre-tout dans lequel on retrouverait toutes les personnes précaires/puristes/radicales/violentes. Nous nions la vision que ces deux groupes existeraient et seraient fixés d’une manière qui rende toute solidarité impossible.

 

Besançon: tags partout en soutien à la zad

Publié le 2018-06-12 11:30:05

 

 

A divers endroits de Besançon, des dizaines de tags sont venus rappeler les mutilations des forces de l’ordre dans le bocage nantais et la lutte acharnée d’une partie des occupant.e.s contre la mainmise de l’État sur nos vies et nos plantations: sur la permanence LREM de la rue des Artisans, on pouvait lire « Ah ZAD ira, ZAD ira, les politicards à la lanterne… » sur le long de la façade. Un gros « ZAD » en noir a été inscrit sur la façade blanche écarlate de l’église du Sacré-cœur. Dans le même temps, l’église Saint-Joseph s’est fait décorer d’un « Plutôt agitateur que prêcheur » et d’un « ¨Pour Maxime ». La veille du rassemblement annoncé « Contre les violences d’État, pour des ZAD partout ! », trois statues ont eu leurs mains repeintes à la peinture rouge, comme cela a été fait à Rennes il y a quelques jours : Jouffroy d’Abbans sur le pont Battant, la fontaine du Doubs au carrefour de la rue Mégevand et de la rue Ronchaux, mais aussi l’Homme et l’Enfant dans la promenade des Glacis (à côté de la Gare Viotte). Enfin, les murs de la cathédrale Saint-Jean, ainsi que sa partie en chantier ont été recouverts de slogans: « ZAD vaincra ; ZAD partout ; la police mutile; Feu aux aménageurs » ou encore « Gendarmes assassins, cathos complices ».

D’autres inscriptions ont vu le jour sur la promenade au bord du Doubs.

 

En période estival et touristique, repeignons les centre-ville de nos rages, de nos solidarités acerbes contre le pouvoir et ses flics !

Cultivons notre aversion pour l’Etat et ses divers collabos !

Balance ton orga

Publié le 2018-06-13 08:13:04

Les aventures de la CNT TDS 31 emportée dans le naufrage antiféministe de la plus respectable des confédérations



Brochure téléchargeable sur https://cnttds31.noblogs.org

La brochure que vous vous apprêtez à lire raconte plusieurs histoires.

Le fil conducteur est l’histoire d’un petit syndicat de TDS [1]. Son histoire n’aurait pas grand intérêt en soi si elle ne s’entremêlait pas avec plusieurs autres histoires : des histoires de pouvoir et d’antiféminisme au sein d’organisations militantes, l’histoire d’une camarade violée qui a trouvé le courage de ne pas se taire, l’histoire d’un conflit ouvert entre une parole qui se libère et le déni qu’on lui oppose, le tout agrémenté d’un soupçon de putophobie latente. Cette histoire est donc multiple, et pourtant une cohérence s’en dégage constamment : celle de l’oppression patriarcale en milieu militant.

Je me suis longtemps demandé quelle était la principale raison pour laquelle les organisations militantes étaient principalement composées d’hommes. Je supposais naïvement que les réponses étaient à chercher du côté de l’oppression économique des femmes et de la double journée de travail. Je n’avais pas encore pris la mesure de l’oppression patriarcale en milieu militant. Je tiens à partager ici les nombreux éléments dont j’ai pu être témoin sur une courte période.

Cette brochure n’a pas pour objectif de nuire aux personnes ou aux organisations qui y sont évoquées, au contraire. Mais les mouvements #metoo et #balancetonporc, ainsi que le courage dont font preuve toutes les femmes témoignant publiquement de leurs agressions, ont renforcé ma conviction de la nécessité de faire circuler le savoir chaud [2]. Chaque témoignage apporte un nouvel élément de compréhension de la structure patriarcale qui nous est imposée.
Et pour détruire une oppression, il faut la comprendre. Je suis convaincu de la nécessité de décrire aussi clairement que possible la manière dont le patriarcat opère à tous les niveaux, notamment pour aider le milieu auquel j’appartiens à se débarrasser de ses vieux réflexes oppressifs.

Je n’ai aucun goût pour les embrouilles entre camarades, et je préfèrerais utiliser le peu de temps dont je dispose à construire des solidarités. Mais par honnêteté politique, je ne peux pas contribuer à taire cette histoire.

Pour plus de clarté, j’ai choisi de raconter l’histoire que voici dans l’ordre chronologique, soit une année jalonnée de nombreuses déceptions qui aura vu la création du syndicat CNT TDS 31 et son extinction.

Je n’éprouve aucun plaisir à livrer publiquement des éléments de ma vie personnelle, mais l’endroit d’où je parle a son importance propre, il n’est pas anodin. Je suis né en France métropolitaine de parentEs françaiSEs il y a plus de trente-cinq ans et je suis blanc. Je suis queer et pansexuel mais j’ai le vécu social et tous les privilèges sociaux d’un homme cisgenre hétérosexuel blanc. Je suis issu d’une famille de classe moyenne avec laquelle j’ai rompu les liens très tôt, pour des raisons de violence patriarcale.

Vers la fin de mon adolescence, un partenaire sexuel a décidé de jouer les prolongations dans mon rectum alors que je lui avais demandé d’arrêter. C’est ainsi que j’ai pu expérimenter dans mon intimité (savoir chaud) l’importance du strict respect du consentement. Cette expérience a largement contribué à ma prise de conscience des violences sexuelles.

J’ai exercé (dans l’ordre) les emplois de jardinier, cuisinier, serveur, barman, homme de chambre, manutentionnaire, caissier, boulanger, secrétaire, assistant de vie scolaire, technicien son et lumière, boucher, et bûcheron. J’ai pratiquement toujours été travailleur précaire jusqu’à ce que des problèmes chroniques de santé m’obligent à reconsidérer mes ressources économiques.

Quand on a des problèmes de santé ou un handicap, on peut être très fatigable et avoir des périodes plus ou moins propices à l’aptitude au travail. Un paramètre économique occupe alors une place de plus en plus importante : le salaire horaire. Le SMIC horaire est une rémunération insoutenable qui nous met dans de grandes difficultés, mais tant que l’on peut travailler 35 heures par semaine, et avec un peu de chance, on peut arriver à garder tout juste la bouche hors de l’eau. Dès lors que l’on se retrouve dans l’incapacité à travailler à plein temps, la précarité prend une autre dimension, et changer de fonctionnement économique revêt alors un caractère d’urgence. La débrouille, parfois illégale, envahit notre quotidien, mais ça ne suffit pas.

J’avais la chance d’avoir un peu fréquenté les nuits gay quinze ans auparavant et d’avoir déjà songé à l’éventualité de proposer des services sexuels rémunérés, tant j’avais pu constater que la demande était intense. Sans jamais imaginer un jour concrétiser cette idée, j’ai toujours su que le tapin pourrait être envisagé en cas de coup dur. Et puis il y a deux ans et demi, pris à la gorge par mes problèmes de santé, je me suis enfin décidé.

J’ai passé une annonce sur un site spécialisé dans les services sexuels entre hommes. Sur cette annonce étaient décrits explicitement mes services et tarifs, et j’ai eu assez rapidement un certain nombre de contacts. J’ai pris le temps de choisir un client qui me semblait particulièrement respectueux, et je suis allé chez lui. Malgré l’apparence physique repoussante de cet homme, je me suis surpris à être très à l’aise dans la prestation que je lui ai fournie. J’ai vraiment eu la sensation de travailler honnêtement et d’apporter du bien-être à quelqu’un qui en avait vraiment besoin. Cette séance d’une heure s’est déroulée d’une manière qui, contrairement à la plupart des emplois exercés auparavant, n’entrait en conflit ni avec mes convictions politiques, ni avec mes difficultés physiques et psychologiques. Je me suis senti plus respecté par mon client que je ne l’avais jamais été par un patron.

Après tant d’années à me faire exploiter, cette autre forme d’exploitation semblait être celle qui me correspondait le mieux, et le salaire horaire (100€) étant compatible avec mes problèmes de santé, j’allais peut-être pouvoir enfin souffler un peu. J’ai tout d’abord exercé quelques mois en étant très isolé, mais étant antérieurement investi dans le syndicalisme, j’avais toutes les clés pour prendre conscience du danger que pouvait entraîner cet isolement.

Dans toute forme d’exploitation, c’est le rapport de force qui détermine les termes du contrat. Rester isolé dans un travail aussi marginalisé signifie donc s’exposer à de nombreuses déconvenues, pouvant aller jusqu’à de graves violences physiques. Par ailleurs, mes convictions personnelles anarcho-syndicalistes et ma volonté de militer correspondaient parfaitement à la nécessité de me rapprocher d’autres collègues.

Mais la quasi-totalité des personnes exerçant le travail du sexe étant très discrètes sur leur activité, il est tout d’abord très difficile de sortir de l’isolement. Puis j’ai réalisé que cet isolement était en grande partie surmonté au travers du réseau social Facebook. Étant à cette époque encore totalement hermétique à ce mode de communication, j’ai donc découvert Facebook par mes échanges avec la communauté des TDS, et j’ai très pu constater que ce réseau est un outil absolument incontournable pour cette communauté particulièrement éparpillée et fragilisée.

J’ai alors appris que les « Rencontres internationales des travailleuRses du sexe » seraient organisées cette année-là (juin 2016) par l’antenne de Toulouse du Strass [3]. C’était pour moi la meilleure occasion de rencontrer des collègues afin de briser l’isolement. Je me suis donc retrouvé courant avril 2016 à m’intéresser au fonctionnement du Strass, alors seule organisation de TDS affichant une volonté syndicale en France. Étant moi-même sympathisant de la CNT [4] depuis 1997 et y militant activement depuis 2010, j’avais eu la chance d’y développer mon regard critique sur la forme que peut prendre une organisation ouvrière. La consultation des statuts du Strass sur leur page internet était donc pour moi une démarche préalable à toute réflexion.

Le Strass se présente publiquement comme un « syndicat autogéré », deux mots faisant sens à mes yeux. Sur le plan économique, le Strass est financé par des subventions, de l’ordre de 40 000€ par an. Sur le plan administratif, le Strass n’est en fait pas déclaré comme syndicat mais comme association, et ce qui pourrait n’être qu’un détail de forme correspond en réalité à un mode de fonctionnement très éloigné du syndicalisme ou même d’une quelconque volonté autogestionnaire :

Extraits des statuts du Strass :
« Le STRASS dispose des structures suivantes :
• L’Assemblée générale, réunion de tous les adhérents de l’association,
• Le Conseil d’administration, organe politique de décision, d’administration et de promotion de l’association,
• Le Bureau. […]
Le Conseil d’administration est composé des membres du Bureau et de six membres actifs, élus par l’Assemblée générale ordinaire ayant statué aux conditions de quorum fixées par les présents statuts et à la majorité de ses membres présents ou représentés. […]
Il n’existe pas de quorum pour tenir valablement une assemblée générale […]
Le conseil d’administration est investi des pouvoirs de gestion les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de l’association dans la limite de son objet et conformément aux résolutions approuvées en Assemblée générale. Le conseil d’administration a, entre autres, les pouvoirs suivants :
Il anime et oriente la politique générale de l’association, harmonise et coordonne les activités de ses membres, veille à la discipline et édicte toutes règles de déontologie.
Il crée tous services nécessaires à la réalisation de l’objet. […]
[Le bureau] gère le patrimoine de l’association, à charge de rendre compte à l’assemblée générale.[…]
L’assemblée générale ordinaire statue sur toutes les questions qui ne sont pas réservées à d’autres instances […] »

On m’a appris plus tard que le terme « autogéré » était en fait employé par le Strass pour le distinguer des associations de santé communautaire dirigées par des personnes qui n’ont jamais exercé le travail du sexe. Bien que nécessaire, ce principe ne suffit pas du tout à caractériser l’autogestion réelle. L’autogestion n’est en fait réalisable qu’au sein d’une structure sans aucune forme de hiérarchie, où chaque personne peut participer directement aux prises de décisions, sans représentantE. L’anarcho-syndicalisme auquel je suis habitué permet de s’organiser de manière horizontale, c’est-à-dire sans hiérarchie et par la démocratie directe.
Je n’ai aucune envie de quitter la CNT à l’époque, et les statuts autoritaires du Strass me confirment qu’en aucun cas je ne rejoindrai cette organisation. Je commence pourtant à échanger avec des militantEs du Strass Toulouse avec lesquelles s’installe une forte estime politique. J’apprends alors progressivement à questionner mes propres préjugés par rapport au travail du sexe et je découvre parallèlement les nombreuses tensions internes qui traversent le Strass, qui sont précisément à cette époque en train de prendre la forme d’une véritable scission. Deux tendances se dégagent grossièrement d’un conflit de longue date, qui oppose des partisanEs libérales d’un syndicalisme « de service » à des militantEs syndicales sincèrement anticapitalistes. Les camarades subissent alors diverses attaques personnelles et autres coups bas.

La principale figure médiatique du Strass, que j’appellerai Bernard, est pour le moins habile. L’un de ses ouvrages pourrait laisser croire qu’il se positionne clairement dans le camp anticapitaliste, et par là détourner l’attention de ses ambitions électoralistes au sein du parti Europe Ecologie Les Verts. Bernard n’est pas directement employé par le Strass mais par le réseau « Droits et prostitution », financé par le Strass et dont le seul employé est… Bernard. Sa fiche de poste : lobbyiste. Au moment où je découvre cet univers, la tendance libérale du Strass menée par Bernard est en train de perdre patience face à la détermination politique de certainEs adhérentEs.
Courant mai 2016, la tendance libérale du Strass multiplie les attaques à l’encontre des adhérentEs qui résistent à la droitisation, et réintègre au sein du CA pour le noyauter plusieurs anciennes membres dont certaines exclues par le passé pour agression et harcèlement. En permettant les procurations illimitées pour les votes, les capitalistes putschistes prennent alors le pouvoir au sein du CA. La gauche du Strass est poussée vers la sortie, de nombreuses démissions laissent alors le champ libre à la tendance libérale.

Dès le début des rencontres internationales des TDS à Toulouse le 9 juin, la tension est palpable et des positions marquées s’expriment ouvertement durant les ateliers. Tout au long de ces trois jours, deux positions très différentes sont affirmées. D’un côté les putschistes qui affirment leur ambition de faire du Strass un syndicat de service apolitique. De l’autre les anticapitalistes et démissionnaires qui restent fidèles à leurs convictions. Durant les ateliers, quelques collègues et moi-même exprimons notre désaccord face aux propos tenus par la tendance libérale. Une forte sympathie politique s’installe alors au sujet de l’avenir du syndicalisme TDS. Nous aboutissons à la même conclusion : le Strass ne doit plus être la seule organisation pour les TDS, un syndicat réellement anticapitaliste et autogestionnaire est nécessaire. À Toulouse, la CNT étant de longue date solidaire des luttes de TDS, c’est tout naturellement que nous réfléchissons à la possibilité d’y militer, nos valeurs étant théoriquement en parfaite adéquation avec l’éthique cénétiste [5].

Dans un monde où les précaires s’appellent maintenant auto-entrepreneuRses et où le quotidien des TDS comporte de plus en plus de passerelles avec celui des autres précaires, notre mise à l’écart du mouvement syndical n’a aucun sens. Rejoindre une confédération syndicale est donc nécessaire.

La CNT, tout comme la culture anarcho-punk/skin dont elle est très proche, compte de nombreux jeunes hommes qui cherchent à se réaliser en performant l’image fantasmée du prolétaire masculin au grand coeur, perdus quelque part entre les images d’Épinal de la révolution espagnole et les refrains de quelques standards de oi antifasciste. M’étant moi-même par le passé fourvoyé dans ces caricatures, je ne peux l’ignorer. Cet héritage notoirement viriliste de la CNT nous fait alors réfléchir un peu, mais notre motivation et une bonne dose d’optimisme auront raison de nos doutes.

Nous nous donnons alors l’été pour réfléchir à cet engagement lourd de conséquences.
Pour clore le chapitre du Strass, Bernard rencontrera le futur porte-parole du Front National le 20 mars 2017 dans une perspective de lobbying. Bernard donnera aussi une interview au magazine de droite Causeur le 11 mai 2017. La crédibilité du Strass est alors officiellement anéantie.

Le 29 septembre 2016, nous sommes quatre camarades putes [6] blancHEs à créer le syndicat CNT TDS 31 et à le déposer en mairie de Toulouse. Trois meufs cis [7] et un mec cis.
Être un mec cis au sein d’un syndicat de TDS n’est pas anodin, c’est une drôle de position. Cette position est nécessaire car elle permet de sortir de l’invisibilité les nombreux mecs cis travailleurs du sexe, métier qui dans la croyance populaire est uniquement réservé aux femmes. Et nous savons combien lutter contre ces croyances est nécessaire.

Bien sûr, les mecs cis peuvent vivre l’homophobie, parfois cumulée avec d’autres oppressions. Il est aussi remarquable que le métier de pute est le seul où les salaires des hommes sont très inférieurs à ceux des femmes. Mais mon vécu social de mec cis constitue pourtant un privilège de taille vis-à-vis de mes camarades. La lutte des TDS est avant tout une lutte de femmes, une lutte féministe, et un mec cis doit être très attentif à ne pas étouffer une fois de plus les voix des femmes. Il est donc particulièrement hasardeux en tant que mec cis de participer activement à porter une parole de TDS, et c’est pour cette raison que j’ai souvent fait le choix du silence. Mais je fais ici le choix de m’exprimer car j’en ai la possibilité matérielle et temporelle, ce qui n’est pas le cas de mes camarades.

Pour comprendre la suite, il est nécessaire d’avoir une idée du fonctionnement d’une confédération syndicale. La CNT est une confédération qui regroupe à cette époque environ 80 syndicats. Chacun d’entre eux est localisé sur un département, et parfois spécifique à une industrie [8]. En l’occurrence, notre syndicat CNT TDS 31 est localisé en Haute-Garonne et spécifique à l’industrie du sexe. Un syndicat nouvellement déposé en mairie doit ensuite effectuer une demande de « labellisation » auprès de la confédération pour y appartenir. La confédération, qui regroupe tous les syndicats de France, valide alors la labellisation selon des critères très clairs, inscrits dans les statuts de la CNT. En attendant que notre syndicat soit labellisé, nous adhérons chacunEs individuellement au syndicat CNT Interpro 31 pour commencer dès lors à lutter et participer à la vie confédérale. Les règles et statuts de la CNT ont été amendés de congrès en congrès par les militantEs depuis 1946, et ont pour objectif notamment de garantir le caractère autogestionnaire de la CNT. Les statuts sont un ensemble de règles par et pour nous-mêmes et nous sommes très attachéEs à leur respect, qui doit empêcher les dérives comme par exemple celles du Strass. Mais nous verrons plus loin que les statuts de la CNT, en l’état, ne pouvaient pas nous prémunir de tout.

Dès octobre 2016, nous commençons à nous intéresser à la manière dont la question de la prostitution a déjà été abordée au sein de la CNT, notre expérience pouvant apporter beaucoup à la réflexion. La question de la prostitution était notamment débattue au sein de la commission antisexiste de la CNT, et notre première contribution au sein de la CNT fut à l’attention de cette commission, par un texte argumentant la nécessité de notre syndicalisation. La commission antisexiste, rassemblant des adhérentEs de tout le territoire, avait alors du mal à se réunir régulièrement. Un congrès bisannuel de tous les syndicats étant prévu à Paris du 11 au 13 novembre 2016, la date du 10 novembre permettait d’économiser un déplacement, mettant tout le monde d’accord. Nous sommes alors deux camarades du syndicat (pas encore labellisé) CNT TDS 31 à nous rendre à Paris du 10 au 13, avec comme projet d’entamer quelques discussions informelles auprès de camarades afin de les inviter à réfléchir à la question du travail du sexe pour préparer notre demande de labellisation à venir. Nous savions que notre tâche serait rude, mais nous n’imaginions pas ce qui nous attendait.

Vous avez certainement remarqué que je précise de nombreux détails, ce qui peut paraître étonnant dans un récit. Dès lors que l’on se positionne clairement du côté d’une personne agressée, on est soupçonnéE, comme la victime, de mentir, et donc continuellement enjointE à se justifier. C’est pourquoi, afin de couper court à toute tentative de réécriture de l’histoire, je choisis délibérément d’inclure un grand nombre de précisions.

Jeudi 10 novembre, la commission antisexiste se réunit officiellement rue des Vignoles à Paris. On est une douzaine, à peu près autant de mecs que de meufs, provenant de divers endroits de la France. Nous sommes plusieurs à ne nous être jamais rencontréEs, on pose des visages sur des adresses email.

En début de réunion, des camarades nous apprennent qu’une camarade voudrait venir témoigner de l’agression dont elle a été victime par un militant de la CNT, que j’appellerai Michel. Cette femme qui vient de parcourir 400 km attend dans un café à côté, pas certaine que nous accepterons de la recevoir, et pas rassurée du tout à l’idée de parler de son intimité devant une douzaine d’inconnuEs. Nous acceptons de recueillir son témoignage à l’unanimité, et il ne fait pour nous aucun doute qu’une réunion de la commission antisexiste est l’endroit le plus adapté pour ce cas de figure exceptionnel au sein de la CNT.

La camarade agressée nous rejoint alors. Elle est visiblement inquiète de la manière dont nous allons réagir, mais a volontairement choisi de s’adresser à un groupe de personnes s’intéressant supposément aux questions antisexistes plutôt qu’à d’autres camarades. Elle nous raconte son viol, qui a eu lieu durant un camping organisé par AL [9].

À partir de ce moment, nous ne sommes plus des membres d’une commission, mais des camarades non mandatéEs [10] faisant face à un problème très concret. Existait-il un protocole « statutaire », que nous aurions pu appliquer proprement ? Non, car si nous avions suivi les statuts à la lettre, nous aurions dû renvoyer la camarade vers le syndicat de Michel, c’est-à-dire vers les proches de son agresseur. C’était hors de question, et c’est cette transgression qui nous vaudra l’anathème. Alors que nous venons touTEs de régions et syndicats variéEs, il apparaît que les membres de la commission antisexiste présentEs avions touTEs en tête les notions de base concernant les manières de réagir dans ce type de cas : premièrement, ne pas questionner la véracité du récit, deuxièmement, protéger la victime notamment en lui évitant d’être confrontée à son agresseur. Ces notions élémentaires seront pourtant très malmenées dans les mois qui suivront, au prétexte de la présomption d’innocence.

Alors que la camarade nous raconte les faits, une drôle de coïncidence fait que le secrétaire général de la CNT, géographiquement très proche de Michel (Metz), entre dans la salle pour se faire un café. Avait-il eu vent de l’affaire ? Nous lui demandons de sortir, il comprend la situation et nous laisse poursuivre la réunion. Quelques instants après, c’est le mandaté confédéral à la vidéo (Paris) qui fait irruption, et qui lui réagit très mal lorsque nous lui demandons de partir. Plus tard, une fois officiellement au courant de ce qui se jouait à ce moment-là, ce dernier se plaindra, sans honte, d’avoir été exclu de la pièce, trouvant inacceptable de ne pas pouvoir siroter son café en assistant en badaud au recueil d’un viol.
Une fois passées les interruptions, nous cherchons à connaître les volontés de l’agressée quant à son bien-être et aux suites à donner. Elle nous fait part de la nécessité d’être soutenue par les deux organisations (AL et CNT) auxquelles adhère Michel. Michel est une figure de la CNT depuis vingt ans, plutôt apprécié, mais surtout craint par de nombreuXses camarades en raison de ses accès de violence et de ses attitudes intimidantes. La camarade agressée exprime le besoin qu’il soit écarté du milieu militant, pour ne pas subir de pressions. Nous apprenons que la commission antipatriarcat d’AL va se réunir spécialement à ce sujet le 11 et le 12 à Paris et nous propose de les rencontrer à cette occasion. Nous prenons rendez-vous le dimanche 13 à 11h30.
Nous avons par la suite l’occasion d’échanger sur le travail du sexe au sein de la commission antisexiste. Le dialogue est établi et respectueux, nous nous sentons écoutéEs, respectéEs et comprisEs dans notre démarche.

Le congrès bisannuel des syndicats de la CNT se déroule les 11 et 12 sans accrocs, nos occasions de discuter du travail du sexe sont rares car celui-ci n’est pas à l’ordre du jour, mais sur le plan informel les contacts sont plutôt bienveillants voire encourageants.
Sur demande de la camarade agressée, les informations concernant le viol ne doivent pas être divulguées, et nous sommes très mal à l’aise de devoir faire semblant que tout va bien, notamment vis-à-vis des proches de Michel, dont nous n’avons alors aucune raison de penser qu’ils soient au courant. Certains indices pourraient laisser croire qu’il y avait peut-être erreur sur la question.

Dimanche 13, alors que le congrès touche à sa fin à la Parole Errante à Montreuil, des membres de la commission antipatriarcat d’AL rencontrent plusieurs membres de la commission antisexiste de la CNT rue des Vignoles. Elles nous informent que dès le lendemain, tout AL sera informé et qu’une procédure d’exclusion sera enclenchée vis-à-vis de Michel. Nous comprenons alors que malgré notre silence, les adhérentEs de la CNT seront rapidement prévenuEs en discours rapporté, non officiel. Or, les camarades présentEs avons bien en tête la triste réalité des agressions sexuelles : les victimes sont rarement prises au sérieux et les agresseurs sont rarement inquiétés. Mais le pire pour une victime, c’est que l’agresseur soit au courant des accusations par voie informelle, et c’était ce qui se profilait. Nous avons donc dû prendre une décision en quelques minutes, et nous avons choisi que le plus grand nombre de syndicats soient informés en même temps, sans tarder. En l’absence d’un protocole spécifiquement adapté aux agressions sexuelles, il n’y avait pas de meilleure option.
Pensant qu’il serait absurde de ne pas en discuter de vive voix avec les très nombreux syndicats exceptionnellement présents pour le congrès, et ayant l’accord de la camarade agressée, nous courons (littéralement) rejoindre le congrès se terminant à la Parole Errante. Nous craignons que cela parte en bruits de couloir ou divulgations par email et que la camarade agressée en fasse les frais. Nous arrivons à la tribune, le congrès vient de se terminer mais n’est pas officiellement clôturé. « Attention, c’est au tour des féminazies haha » entend-on chuchoter un adhérent parisien. L’info concernant le viol est balancée au micro comme ça, sans prévenir, triste et choquante. Tout le monde s’arrête de manger, demande des explications, on recompte le quorum [11], et la discussion est lancée. C’est bordélique, pas très réglementaire, sans aucun doute. Nous n’étions pas préparéEs à ce cas de figure inédit à la CNT.

AL était en train d’examiner l’exclusion d’un membre de la CNT pour viol, c’est une information importante que nous avons eu à transmettre à tous les syndicats, dans une fenêtre de temps extrêmement courte. Nous avons choisi la transparence, et ce congrès, où la plupart des syndicats étaient présents, offrait une possibilité plus humaine que de transmettre l’information sur une liste e-mail. Par la suite, la commission antisexiste a été énormément critiquée pour avoir agi de manière non-statutaire, pour la manière dont cela s’est déroulé. On nous a même reproché de l’avoir annoncé durant le repas, coupant l’appétit de personnes attablées avec cette information. Le nôtre était en vrac depuis trois jours. Nous non plus n’avions pas encore digéré cette info, et commencions tout juste à évaluer l’ampleur de ce qui se profilait.

Les réactions à chaud furent ma première grande déception. Au lieu de mesurer sereinement la profondeur du problème pour réfléchir collectivement aux suites à donner, une grande part des réactions ont consisté à s’en prendre, caricaturalement, à la commission antisexiste qui avait porté l’information. Les réactions déplacées ont pris des formes diverses : une focalisation à outrance sur l’aspect non-statutaire du recueil du viol par la commission antisexiste ; des critiques portant toujours sur la forme sans jamais aborder le fond ; des injonctions à la judiciarisation de l’affaire ; au nom des sacro-saints statuts, le refus que l’affaire soit traitée en-dehors du syndicat de Michel ; la peur que l’image de la CNT soit ternie ; la présomption d’innocence instrumentalisée à tour de bras pour tenter d’étouffer l’affaire.

Je prends alors conscience du fossé qui nous sépare d’une grande partie des autres cénétistes. Une fracture qui va progressivement atteindre des proportions abyssales.
Dans une organisation anarcho-syndicaliste, où nous sommes touTEs potentiellement amenéEs à être écrouéEs par des institutions judiciaires classistes, la présomption d’innocence n’est pas une notion que l’on peut faire semblant d’ignorer. En effet, c’est bien cette notion qui souvent nous protège de l’injustice bourgeoise. Mais dans le cas des agressions sexuelles, souvent très difficiles à prouver, la présomption d’innocence contredit directement la nécessité de croire la victime, puisque pour la croire, des preuves sont nécessaires [12]. Et cette contradiction est un des facteurs entraînant une proportion minimale de condamnations pour agressions sexuelles.
La présomption d’innocence de l’agresseur a pour corollaire inévitable la présomption de culpabilité (de mensonge) de la victime. On sait pourtant que les fausses déclarations sont très rares, et que les viols impunis sont innombrables. Et donc que la probabilité d’une injustice envers un accusé est infiniment moins plausible qu’une injustice envers une victime. Ce système envoie donc un message clair : il vaut mieux être injuste envers cent femmes qu’être injuste envers un seul homme.

Si la présomption d’innocence est généralement considérée comme une notion pouvant servir à protéger des prolétaires – victimes du classisme – de l’injustice bourgeoise, dans le cas spécifique des agressions sexuelles la présomption d’innocence empêche que des agresseurs – auteurs du sexisme – soient reconnus comme tels. Si la présomption d’innocence est un principe pouvant parfois servir à protéger des dominéEs, dans le cas précis des agressions sexuelles elle renforce, au contraire, l’impunité des dominants face à leurs victimes. Et c’est pour cette raison précise que la présomption d’innocence est très discutable concernant les affaires d’agression sexuelle.

Ce qui ressort techniquement du congrès c’est la non-reconnaissance du fait que ce cas exceptionnel devrait faire l’objet d’un traitement sur mesure. Les soutiens de Michel ont très rapidement convaincu le congrès que les statuts, ne prévoyant pourtant aucunement ce genre de cas, doivent être respectés à la lettre et que la gestion des suites de l’affaire doit être assurée par le syndicat de Michel, c’est-à-dire par les proches du violeur. En effet, les statuts de la CNT garantissent l’autonomie de chaque syndicat par rapport à la confédération, notamment en ce qui concerne toute forme d’intervention sur unE camarade, c’est-à-dire que la confédération ne peut théoriquement prendre aucune décision concernant unE syndiquéE. Seul son syndicat peut le faire, c’est-à-dire ses camarades les plus proches. D’un point de vue féministe, nous savons que c’est une catastrophe, mais nous ne pouvons alors qu’attendre la suite des événements.

Dans les semaines qui suivent, les listes email internes sont le théâtre de violentes injonctions de la part des soutiens de Michel à l’encontre de la commission antisexiste, exigeant notamment que soit transmis le récit du viol. Pour un grand nombre de cénétistes, ce n’était pas à Michel de rendre des comptes mais à la commission antisexiste. La commission antisexiste est accusée de manœuvres politiques et l’idée d’un complot malfaisant l’unissant à AL est même évoquée… Pour nous TDS, ce point est particulièrement étonnant. AL est une organisation connue pour ses positions abolitionnistes, présentant les TDS comme des ennemies plutôt que comme des camarades. En tant que TDS, nous ne pouvons donc pas considérer AL comme des camarades, et nous imaginer uniEs à AL est incohérent. Mais dans ce cas de figure, nous n’avons pu que constater qu’AL était tout à fait préparée à réagir convenablement à un cas de viol, et n’a pas traîné à prendre les mesures minimales nécessaires à la reconnaissance et à la protection de la camarade agressée. Tous ces détails viennent alourdir une situation qui n’en finit pas de se compliquer.

Dès les premières communications internes du syndicat de Michel, nous découvrons que ses démarches sont calquées sur une procédure judiciaire : enquête, recueil de témoignages, équivalence de la valeur des propos de l’agresseur et de l’agressée, procédure contradictoire, volonté (qui n’aboutira évidemment jamais) d’émettre un jugement. Michel niant purement et simplement les faits, le propos de son syndicat est simple : il est impossible de se positionner, alors pas d’intervention, pas de suspension, pas de formation, pas d’accompagnement… Rien du tout. Nous sommes nombreuXses à penser qu’une exclusion n’est pas la solution à tous les problèmes, et qu’elle est surtout très insuffisante si aucun accompagnement n’est envisagé. Mais rien n’est envisageable tant que le viol n’est pas reconnu. Dès le 21 novembre, le syndicat de Michel s’appuiera sur le nombre des ses cotisantEs, comptant trois quarts de femmes, pour affirmer n’avoir « aucune leçon d’antisexisme à recevoir ».

Nous verrons au cours de ce récit que la CNT est loin d’avoir une position uniforme sur les sujets concernant de près ou de loin l’oppression patriarcale. Mais au fur et à mesure se dégagent géographiquement deux courants antagonistes : d’un côté, une tendance antiféministe exprimée par Metz, Paris et Nîmes, et de l’autre côté, venant d’à peu près tout le reste de la France, une volonté claire d’avancer sur la question patriarcale. Mais nous verrons par la suite que certains syndicats sont plus influents que d’autres dans les décisions adoptées, constat d’une dérive qui bafoue directement les principes anarcho-syndicalistes et autogestionnaires de la CNT.

Le 22 novembre 2017, soit seulement neuf jours après l’annonce du viol en congrès, un syndicat parisien influent demande à sa région l’exclusion d’adhérentEs « qui instrumentalisent la question de la lutte contre le sexisme dans leur action destructrice et délétère ». Il se trouve, quelle coïncidence, que trois de ces huit adhérentEs avaient participé au recueil du viol et à la dénonciation de propos homophobes puis sexistes (de la part d’un adhérent fils et neveu de deux cénétistes historiques) et qu’un quatrième a déjà été agressé par Michel. On leur reproche également d’avoir comptabilisé les présences et interventions d’hommes/femmes, de n’avoir pas ouvert le recueil du viol à quiconque voulait se faire un café, et bien entendu, les « lourdes et graves accusations à l’encontre d’un membre de la CNT ». Fait exceptionnellement rare au sein de la CNT, ces huit adhérentEs seront effectivement excluEs le 5 décembre, soit seulement 22 jours après l’annonce du viol en congrès. Le motif aura entre temps été modifié : elleux se seraient auto-excluEs en se réunissant sans autorisation… La bureaucratie stalinienne n’aurait pas trouvé mieux.

Il est à noter que ce syndicat parisien demande dans le même courrier la « mise en sommeil » de la commission antisexiste, alors que par la suite, les exclusions seront présentées comme n’ayant aucun lien avec la question de l’antisexisme, bien entendu !
Il est intéressant de noter que dans l’affaire du viol, l’accent a été mis sur l’impossibilité statutaire d’intervenir depuis l’extérieur du syndicat sur un adhérent violeur, alors qu’il n’a posé aucun souci de s’arranger avec les statuts pour qu’une région exclue plusieurs camarades féministes. L’une des camarades exclues continuera par la suite à être surveillée, plusieurs captures d’écran de son compte Facebook seront envoyées à tous les syndicats par des membres du Bureau Confédéral, et elle sera même prise en photo par l’un d’entre eux lors du rassemblement du 24 juin 2017.

Enfin officiellement reconnu par la mairie de Toulouse le 15 décembre 2016, le syndicat CNT TDS 31 est du point de vue administratif le premier syndicat de TDS à être enregistré en France. Dès le lendemain, nous participons à notre premier rassemblement public officiel pour protester contre les violences envers les TDS. C’est le début pour nous d’une période palpitante de soirées de présentation et de soutien, où nous cherchons à faire connaître notre initiative ainsi que nos positions divergentes vis-à-vis de celles du Strass, et les nombreuses perspectives militantes qu’ouvre notre syndicat. Mais la triste actualité de la CNT est déjà sur toutes les lèvres, et beaucoup de nos collègues exprimeront leur refus de rejoindre une organisation ayant des positions aussi graves sur la question sexuelle. Deux des fondatrices nous quitteront pour cette raison. Dans un syndicat si jeune et si peu développé, un départ est très dommageable, et fort heureusement à la même époque un camarade trans [13] nous rejoint malgré la difficulté de la situation.

Le 4 mars 2017, notre syndicat CNT TDS 31 envoie sa demande officielle de labellisation à l’ensemble de la CNT. C’est le début d’une période fascinante de débats écrits qui nous opposera tout particulièrement à un autre syndicat parisien influent qui, parallèlement, s’illustrera régulièrement dans son soutien à Michel. La position que nous défendrons sera principalement la nécessité de pouvoir nous organiser et lutter aux côtés des autres prolétaires. Contrairement au Strass, nous affirmons que si le travail du sexe est avant tout un travail salarié, il est donc de ce fait une forme d’exploitation. Nous nous appuierons sur ce postulat pour démontrer que nous devons pouvoir y exercer de la solidarité afin que ses conditions d’exercice n’empirent pas, quelles que soient les raisons qui nous ont amenéEs à ce travail.
Le 5 mars 2017, le syndicat de Michel transmet un document de 37 pages de « conclusions » documentant leur incapacité à se prononcer sur la culpabilité de l’accusé. On y lit quelques perles de ce genre : « C’est une réalité, le fait est que dans l’immense majorité des cas (plus de 90 %) les plaintes pour agression sexuelle ou viol qui parvient devant les tribunaux finissent par une reconnaissance de la culpabilité de l’homme. ». Étant donné que les chiffres officiels tournent en réalité aux alentours de 18 %, cela donne une idée de la rigueur avec laquelle ce document a été rédigé et des sources masculinistes sur lesquelles il s’appuie. Ce syndicat publie alors sa position [14] sur le site confédéral (vitrine officielle de toute la CNT) et engage de fait publiquement toute la confédération sans l’avoir consultée.

Au rythme très calme de l’anarcho-syndicalisme dont l’objectif d’horizontalité (pas toujours atteint) a pour conséquence inévitable une réactivité très modérée, de nombreux syndicats s’expriment en interne sur l’affaire de viol, demandant à faire évoluer une situation qui devient insupportable à nombre d’entre nous. Mais le déni et la connivence du bureau confédéral, de Paris, de Metz, et de Nîmes embourbent toujours plus profondément la situation. Les incohérences sur l’interprétation des statuts se multiplient : suivant qu’ils apportent de l’eau au moulin des soutiens de Michel ou de la labellisation de notre syndicat, ces derniers sont brandis ou ignorés, quand ils ne sont pas tout simplement tronqués ou vidés de leur sens originel. Nous découvrons avec stupeur que cette organisation qui nous semblait au-dessus de la mauvaise foi bureaucratique n’en est absolument pas exempte.

Nous avions déjà rempli toutes les conditions nécessaires pour notre labellisation et attendions une réponse positive du bureau confédéral. Mais ce qui n’est qu’une simple formalité pour d’autres travailleuRses prend une autre forme dès lors que l’on est pute. Le 27 mars 2017, le bureau confédéral annonce qu’au vu des débats suscités, la prochaine assemblée semestrielle des régions [15] « instance décisionnaire compétente en matière de labellisation » est seule à pouvoir se prononcer. Cette annonce justifiée nous convient parfaitement, étant donné que nous souhaitons depuis le début que notre labellisation soit sérieusement discutée, une décision sans discussion n’ayant que peu de sens à nos yeux.

Le 29 mars, argumentant que l’expression d’un conflit entre syndicats ne serait pas statutaire, le secrétaire confédéral intérimaire et la webmaster (Nîmes) bloquent la publication sur le site confédéral d’un communiqué émanant des syndicats de Grenoble se désolidarisant du communiqué du syndicat de Michel.

Le 29 avril, le secrétaire confédéral intérimaire publie comme de rigueur la circulaire contenant l’ordre du jour de l’assemblée semestrielle des régions qui examinera notre labellisation, sauf que l’argumentaire que notre syndicat a fourni n’y figure pas. Aussi, un extrait des statuts y figure, habilement tronqué de manière à orienter la discussion concernant notre labellisation sur un terrain propice à un vote négatif. Désormais, le couple formé par le secrétaire confédéral intérimaire et la webmaster ne tentera plus de cacher son parti pris contre le féminisme et contre les TDS.

À la même époque, notre camarade trans adhérent de la CNT TDS 31 est victime de harcèlement et de menaces depuis plusieurs semaines. Les harceleurs cherchent à le dissuader de soutenir la dénonciation d’une tentative d’agression sexuelle par un militant marxiste-léniniste toulousain sur une autre camarade de la CNT TDS 31, elle aussi victime de menaces et harcèlement. Les auteurs ont entre autres tenté de s’introduire dans son logement. Le 16 mai 2017 a lieu à Toulouse une marche de nuit en mixité choisie LGBTQI [16] contre les violences faites aux LGBTQI. Notre camarade y est tout d’abord insulté puis frappé au visage par l’un de ses harceleurs, un homme cisgenre hétérosexuel n’ayant pourtant pas sa place à cet endroit. Notre camarade TDS se retire sans répondre, demande vainement de l’aide aux organisateurICEs puis se réfugie derrière la banderole de tête, pensant s’y trouver en sécurité. Mais une demi-heure plus tard, il reçoit des insultes putophobes et transphobes, une demi-douzaine de coups de poing, des coups de pieds, des menaces de mort. Cette scène improbable, l’attaque d’une banderole de tête, entraîne l’intervention de la flicaille, visiblement étonnée de l’absence de réaction des organisations présentes, et notre camarade doit quitter la manif pour se protéger. La réaction des organisateurICEs est effarante « s’ils se font frapper il doit y avoir une raison » et nous découvrons qu’un milieu supposément féministe peut réagir exactement comme d’autres le feraient, c’est-à-dire en blâmant la victime.

Bien qu’il soit compréhensible que dans le brouhaha d’une manif certaines personnes n’aient pas clairement identifié la situation, nous sommes étonnéEs que les insultes n’aient pas suscité de réaction dans un cortège qui criait quelques minutes plus tôt : « Les transphobes hors de nos fiertés » et « Putophobie hors de nos vies ». Pareille interrogation concernant les organisations signataires d’une marche contre les violences faites aux LGBTQI mais ne se désolidarisant pas des agresseuRses. Il nous est finalement apparu évident que certainEs refusaient de se positionner car l’une des autrices de l’agression accueille de nombreuses soirées de soutien dans ses locaux, si rares à Toulouse. De ce fait, les agresseuRses bénéficient d’une immunité totale auprès de plusieurs organisations toulousaines. Le harcèlement à l’encontre de mes deux camarades n’étant toujours pas terminé à l’heure où j’écris ces lignes, ces dernierEs ont finalement été contraintEs de déménager pour se protéger. Depuis, une campagne de dénigrement et de diffamation a été menée, notamment par OCMLVP [17], aussi bien à l’encontre des victimes que contre un de leurs soutiens, camarade anarchiste lui aussi menacé de mort. Un courrier d’OCMLVP envoyé le 5 février 2018 à toutes les organisations militantes toulousaines demande carrément son bannissement du milieu militant. Toute cette affaire a très fortement impacté la CNT TDS 31, privant finalement notre syndicat de deux militantEs après les avoir maintenuEs dans l’angoisse durant une année.

Revenons à notre confédération. L’assemblée semestrielle des régions des 27 et 28 mai 2017 à Marseille est décisive sur de nombreux points à l’ordre du jour :

La labellisation du syndicat CNT TDS 31 y est votée à la majorité, notre syndicat fait alors officiellement partie de la confédération, conformément à la décision de la plupart des régions. Il y est décidé presque unanimement qu’un congrès extraordinaire sur la question des violences sexistes doit avoir lieu. Pour respecter les statuts, cette décision devra simplement être validée par un référendum auprès de chaque syndicat de France. À ce moment, il ne fait aucun doute que ce congrès extraordinaire aura lieu et permettra d’avancer sur la situation.
La commission antisexiste y est suspendue pour avoir outrepassé son mandat. Le mandat impératif de la commission antisexiste portant uniquement sur la production de propagande, elle était censée se cantonner au rôle de vitrine de la CNT. En étant saisie pour l’affaire de viol, la commission antisexiste a donné aux antiféministes ce qu’elleux attendaient depuis longtemps : l’occasion pour la faire taire.

Lorsque la région parisienne y exprime le souhait « que la commission antisexiste s’en tienne à son mandat, à savoir de proposer des tracts et des affiches » puisque « il ne peut pas y avoir de problèmes de sexisme dans une organisation anarchiste », on réalise qu’il ne s’agit pas d’un simple malentendu, mais d’un choix politique ouvertement antiféministe.

Y est aussi confirmé le blocage de la publication sur le site national de deux communiqués de Nantes et de Grenoble se désolidarisant de Metz. Un militant de Metz affirme tranquillement que l’« on pourrait résumer l’affaire [de viol] à un collant troué ».

Les notes de l’assemblée semestrielle des régions sont prises par la webmaster (Nîmes) et par l’ex-mandaté confédéral à la vidéo (de Paris) devenu secrétaire confédéral adjoint, qui remanieront habilement les propos déplacés de leurs amis antiféministes.

Nous recevons le 5 juin 2017 un courrier du secrétariat confédéral nous confirmant notre labellisation et notamment « La labellisation de votre syndicat vous ouvre l’accès à l’ensemble de la vie confédérale […] Vous pouvez d’ores et déjà […] demander au webmaster CNT la création d’un nom de domaine rattaché au site confédéral www.cnt-f.org\monsyndicat pour mettre en ligne votre site web ». Nous effectuons alors la demande…

Le 11 juin 2017, le Bureau Confédéral annonce ouvrir jusqu’au 17 août la consultation référendaire nécessaire à la tenue d’un congrès extraordinaire sur la question des violences sexistes. La date de clôture n’est pas anodine, puisqu’elle est la plus stratégiquement opportune pour obtenir la plus faible participation possible. La majorité des vacancierEs s’absentant ordinairement du 14 juillet au 15 août, ajouter deux semaines de consultation aurait grandement changé la donne. De plus, la participation au référendum étant soumise au règlement de cotisations, il suffit que laE trésorierE d’un syndicat soit absentE pour que le vote de tout un syndicat ne soit pas pris en compte.

Le 11 juin 2017, suite à des pressions de syndicats influents, le Bureau Confédéral sème le doute en annonçant que la labellisation de notre syndicat de TDS résulte en fait d’« une erreur ».

Alors que nous respectons les statuts à la lettre, cette annonce du Bureau Confédéral enfreint l’article 1 [18] des statuts de la CNT en traitant la labellisation des TDS d’une manière différente que pour d’autres travailleuRses, et en exerçant de fait une discrimination. Elle enfreint également l’article 2 [19] des statuts de la CNT en nous obligeant à militer au sein d’un syndicat intercorporatif alors que nous avons suivi la démarche préconisée par les statuts consistant à créer un syndicat d’industrie (du sexe en l’occurrence) [20]. Là encore, aucun problème pour enfreindre les statuts lorsque ça permet de freiner l’émancipation de personnes particulièrement touchées par l’oppression patriarcale. Pour la bureaucratie cénétiste comme ailleurs, putophobie et antiféminisme font généralement bon ménage.

Dans le même courrier, il nous est reproché d’avoir pris position sur Facebook concernant l’affaire de viol ainsi que d’avoir expliqué sur Facebook que « la commission antisexiste n’était mandatée que pour produire des visuels, sa suspension n’affecte donc que l’image de la CNT, pas son fonctionnement ». Reproche d’une hypocrisie sans borne en regard de la demande formulée par la région parisienne deux semaines plus tôt [21]. Après avoir demandé à la commission antisexiste de rester à sa place de simple façade antisexiste, les antiféministes ont honte que leurs propres injonctions soient exposées au grand jour.

Courant juin 2017, nous apprenons que le service d’ordre de la CNT est officieusement mandaté pour empêcher les camarades excluEs par la région parisienne d’entrer au festival annuel de la CNT prévu à la Parole Errante à Montreuil le week-end du 24 juin. Alors que le service d’ordre de la CNT a toujours été réputé pour l’efficacité de ses actions antifascistes, il est maintenant détourné pour exclure des féministes, et permettre à Michel de festoyer sans risquer d’être importuné. Les camarades féministes appellent alors à un rassemblement de protestation devant l’entrée du festival le 24 juin. Les réactions en face sont irrespectueuses, tendues, épidermiques. Le mandaté au secteur vidéo filmera et photographiera consciencieusement les camarades féministes, démontrant à nouveau ses compétences en matière de fichage, alors que son mandat ne prévoit aucunement le fichage des féministes. Ce même personnage s’était déjà illustré dans la surveillance du compte facebook personnel d’une des camarades féministes. Le 30 juin, le bureau régional de la région parisienne communique sur les faits en interne, les présentant sans surprise d’un point de vue totalement antiféministe.
Le 1er juillet 2017, la webmaster confédérale nous annonce son refus de fournir à notre syndicat de TDS un espace web sur le serveur de la CNT, et son refus de nous faire apparaître dans l’annuaire confédéral comme y a droit n’importe quel autre syndicat, nous condamnant à l’invisibilité. Encore une fois, les statuts sont enfreints par une discrimination de notre activité de travailleuRses du sexe. Suite à l’affaire des communiqués bloqués, je commence à comprendre que la webmaster accorde une grande importance à façonner par la censure une image numérique de la CNT correspondant à ses propres convictions.

Le 16 août 2018, le syndicat CNT TDS 31 propose pour le congrès extraordinaire à venir un total de 46 motions pour enfin permettre à la CNT de poser les bases de l’antisexisme, au sujet duquel les statuts sont encore absolument silencieux. Nous sommes alors encore très enthousiastes à l’idée de participer à l’évolution de notre confédération.

Le 18 août 2017, le secrétaire général adjoint met fin à nos espoirs. Le nombre de syndicats ayant pu régler leurs cotisations durant la trêve estivale étant trop faible, nous apprenons que le seuil de participation au référendum n’a pas été atteint, ce qui était prévisible compte-tenu de la période choisie. Mais les modalités de comptage par le Bureau Confédéral s’avèrent étonnamment subjectives. En effet, comme l’a démontré le syndicat d’Alsace par un courrier, une interprétation comptable très différente et tout aussi valable aurait pu être actée, et permettre le congrès extraordinaire tant attendu par la plupart des cénétistes. Empêcher la tenue du congrès extraordinaire sur les violences sexistes relevait donc encore une fois d’un choix politique délibéré que n’autorise pourtant pas le mandat impératif de secrétaire général. Seulement, alors que certains syndicats sont suffisamment influents pour invalider à eux seuls une labellisation, d’autres comme celui d’Alsace ne sont même pas écoutés. Finalement, alors que 19 syndicats ont voté « pour », et seulement deux syndicats contre, la mauvaise foi bureaucratique aura réussi à empêcher la tenue d’un congrès extraordinaire qui aurait peut-être pu sauver la CNT de son naufrage antiféministe.

Fin août 2017, la CNT Bordeaux propose un dossier sur le patriarcat pour alimenter le mensuel de la CNT, comme toutE adhérentE de la CNT est encouragéE à le faire. Ce dossier traite notamment de l’approche féministe intersectionnelle et des violences patriarcales. À peine bouclé et envoyé chez l’imprimeur, une version numérique est transmise à la webmaster afin que le sommaire soit affiché sur le site de la CNT. Cette dernière écrit le 1er septembre à la Commission Administrative de la CNT pour signaler que « notre organe d’expression semble avoir été instrumentalisé par ce qui apparaît comme une tendance idéologique naissante dans notre confédération. En effet, ce numéro contient une apologie de l’intersectionnalité, et autres considérations sur le féminisme qui sont loin d’aller de soi ». « Coup de force », « cheval de Troie », « instrumentalisation », les mots ne manquent pas pour faire taire l’expression du féminisme. Deux jours plus tard, le secrétaire confédéral adjoint prend à son tour la plume pour soutenir l’indignation de sa compagne, déplorant que des camarades « lésé.es » soient contraintEs de ne pas vendre le mensuel par peur de passer pour ce qu’elleux ne sont pas (des féministes). Il est nécessaire de préciser qu’avant cet épisode, de nombreux articles traitant d’autres sujets ne faisant pas l’unanimité, traitant de sujets polémiques, étaient parus sans accroc, sans consultation des syndicats. Mais dès lors qu’il s’agit de féminisme, le traitement est tout autre. Les exemplaires du mensuel étant alors déjà imprimés, les antiféministes ne pourront pas cette fois-ci exercer leur censure.

Le 21 octobre 2017, notre syndicat de TDS informe tous les autres syndicats que « les positions antiféministes soutenues à maintes reprises par un groupe affinitaire, ainsi que l’impossibilité d’en discuter imposée par la non-tenue du congrès extraordinaire, entretiennent un climat très particulier au sein de la CNT-F. Ce climat ne nous autorise pas à conseiller à nos collègues locales de nous rejoindre, car nous ne pouvons pas prendre le risque d’exposer des personnes – très concernées par l’oppression patriarcale – à une organisation où l’oppression patriarcale est autant ignorée. Le fait que la très mauvaise réputation de la CNT (sur la question du sexisme) soit totalement justifiée, et qu’il nous soit impossible de plaider honnêtement en sa faveur, nous empêche purement et simplement d’accueillir de nouveAUXlles adhérentEs et même de les conserver en notre sein.

Par conséquence de l’impossibilité à agrandir nos effectifs, notre vie syndicale ne repose que sur quelques camarades qui, et ce n’est pas une coïncidence, sont particulièrement touchéEs par des situations individuelles difficiles. En effet, l’hétéro-patriarcat et la précarité ne sont pas que des mots, ce sont nos réalités, nos quotidiens. »

Les situations aberrantes que vit notre syndicat, au niveau national au sein de la CNT, et au niveau local par le harcèlement, auront raison de notre jeune et fragile syndicat. Prise en sandwich par ces deux problèmes, la CNT TDS 31 ne peut alors pas poursuivre son initiative.
Le 4 décembre 2017, un syndicat parisien influent exprime dans le bulletin intérieur son point de vue sur le dossier sur le patriarcat paru dans le mensuel de la CNT. Les positions qui y sont exprimées ne sont pas seulement antiféministes mais aussi exceptionnellement réactionnaires et violemment putophobes. Les travailleuRses du sexe y sont comparées à un ouvrier produisant des mines anti-personnel, en toute simplicité.

Les 20 et 21 janvier 2018, l’assemblée semestrielle des régions a pour ordre du jour notamment la suspension du syndicat de Michel (Metz). Le secrétaire confédéral répond par la négative lorsque des camarades lui demandent s’il a bien reçu la demande de procuration de notre région Midi-Pyrénées, que pourtant tous les syndicats de la confédération ont reçu le 18 janvier. Malgré ce mensonge éhonté et ce refus de prise en compte du vote de Midi-Pyrénées, la suspension de Metz est votée de justesse. Pourtant, le groupe antiféministe aux manettes arrive à imposer que la décision ne soit pas appliquée, le secrétaire confédéral arguant « qu’il n’y ait pas eu d’argumentaire », et que les termes d’une suspension ne sont pas décrits dans les statuts !

Le 23 février 2018, alors que le compte rendu de cette assemblée semestrielle des régions n’a toujours pas été transmis aux syndicats, et que la situation commence à gêner suffisamment le Bureau Confédéral pour que celui-ci ne sache plus trop comment présenter les choses, le syndicat de Michel sort les fumigènes en annonçant sa fusion avec un autre syndicat (industrie de l’éducation) de Metz. Comment alors suspendre un syndicat qui n’existe plus, dont le nom et les effectifs ont changé ? Par la même occasion, Metz annonce que le violeur a quitté la CNT « suite à la fusion ». Comme c’est pratique ! La fumée se dissipe, le violeur a disparu, son syndicat a changé de nom, circulez il n’y a plus rien à voir… Cette affaire restera donc définitivement non-réglée, jusqu’au bout, par l’évitement.

Plus d’un an et demi après les faits, Michel n’a jamais fait l’objet d’une quelconque forme d’accompagnement. Aucune mesure n’a pu être ne serait-ce qu’envisagée, discutée. D’ailleurs Michel n’a exprimé aucune volonté de dépasser sa condition. Rien ne l’empêchera à l’avenir de ré-adhérer à un autre syndicat CNT comme si rien ne s’était passé. L’affaire de viol aura finalement été étouffée, tant bien que mal, par les antiféministes de la CNT.

Nous avons vu que le courant antiféministe, pourtant minoritaire, a su à chaque fois imposer ses orientations : se débarrasser d’un sujet encombrant (le viol), se débarrasser des féministes en les poussant vers la sortie ou en les excluant, se débarrasser des TDS, tout ça en manipulant les statuts, en revenant sur des décisions actées, et en empêchant toute forme de discussion constructive, notamment en empêchant le congrès extraordinaire qui aurait permis de percer l’abcès.

Comment est-il advenu que certainEs adhérentEs et syndicats soient plus influentEs que d’autres dans une organisation anarcho-syndicaliste ? Dans toute organisation réellement autogérée, chaque adhérentE s’investit à hauteur de ses capacités. Il est évident qu’unE camarade en difficulté dans sa vie quotidienne pour joindre les deux bouts aura beaucoup moins de temps pour s’investir que les camarades plus à l’aise économiquement. Et de cette manière émerge, presque inévitablement, un certain pouvoir des classes moyennes sur les prolétaires et précaires au sein de l’organisation. La CNT est loin d’être exempte de classisme en interne. Lorsqu’en plein congrès, le mandaté confédéral à la vidéo accuse les camarades qui peinent à payer leurs cotisations d’avoir « des oursins dans les poches », le mépris de classe est assumé.

Nous avons pu constater que si pour de nombreuxsEs cénétistes il n’est pas envisageable de relativiser la pertinence du respect des statuts pour protéger une camarade ayant subi un viol, cela ne leur pose aucun problème de transgresser régulièrement les mêmes statuts – et toute l’éthique cénétiste – pour réduire au silence des camarades qui luttent contre l’oppression patriarcale, ou des travailleuRses du sexe qui s’auto-organisent. De tous ces faits se dégage très nettement un courant antiféministe.

Si la CNT-F « Vignoles » fut jusqu’ici la seule confédération syndicale horizontale porteuse d’espoir contre le capitalisme, le courant antiféministe trop largement développé en son sein nous a empêché d’y militer. Ce dont nous avons été témoin nous a profondément dérangéEs sur le plan politique, mais a également empêché toute possibilité de développement comme syndicat de travailleuRses du sexe, un syndicat au sein duquel la question patriarcale est particulièrement sensible.

Ce constat est pour moi douloureux, compte-tenu de mon propre rapport affectif vis-à-vis de la CNT et de certainEs de ses militantEs, et aussi compte-tenu du fait que je suis convaincu qu’aucune autre organisation ne permet aujourd’hui d’envisager un plus grand espoir révolutionnaire.

Mais si nous avions choisi de persévérer malgré tout au sein de la CNT, nous aurions dû passer toute notre énergie à lutter en interne contre l’absence de formation féministe de nos camarades. En vain de toute façon, car beaucoup d’entre elleux n’ont manifestement aucune volonté pour se former. Notre expérience au sein de la CNT nous laisse un arrière-goût de régression, d’avoir dû lutter pour faire reconnaître des évidences, une énorme perte de temps.
La CNT est un outil de lutte sans équivalent en France. Il est dramatique que les militantes soient privées de cet outil, et que son accaparement par la tendance antiféministe matérialise un obstacle de plus sur le long chemin de la lutte révolutionnaire.

Alors que les attaques contre les TDS sont de plus en plus dures à l’échelle nationale comme internationale, une organisation syndicale réellement horizontale des TDS est plus que jamais nécessaire, et reste encore à créer.

Nous n’ignorons pas les nombreuXses camarades sincèrement féministes adhérant encore aujourd’hui à la CNT dans de nombreuses régions, nous les assurons de tout notre soutien et les saluons pour leur persévérance. Mais nos situations personnelles trop précaires ne nous permettent pas de dépenser tant d’énergie dans une lutte interne épuisante qui devrait déjà être largement acquise, au sein d’une organisation qui n’est plus toute jeune. Si à l’avenir d’autres camarades TDS de Haute-Garonne souhaitent utiliser notre structure pour reprendre la lutte, nous les soutiendrons dans cette démarche, et pour cette raison notre syndicat, aujourd’hui en sommeil, ne sera pas dissous sur le plan administratif.

Vous pouvez nous contacter pour recevoir gratuitement cette brochure sur papier :
cnttds31 arobase riseup point net

La caisse du syndicat CNT TDS 31 sera utilisée pour imprimer cette brochure. Le reste sera intégralement reversé au syndicat CNT Interpro 31 qui, comme la majorité des syndicats constituant la CNT, s’est toujours positionné sans ambiguïté contre le sexisme, la putophobie et l’antiféminisme.

Cette histoire n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du patriarcat, et la CNT est loin d’être la seule organisation militante à être touchée par l’antiféminisme. Il n’est aucunement question de désigner la CNT comme pire que d’autres, car ce serait malheureusement faux. Mais cette expérience peut servir à identifier des schémas de domination bien rodés et essayer d’empêcher qu’ils soient reproduits à l’avenir.



Notes

[1Travailleuses et travailleurs du sexe

[2Savoir chaud : connaissance acquise au cours d’une expérience vécue, par opposition au savoir froid théorique, acquis de manière académique.

[3Syndicat du travail sexuel

[4Confédération nationale du travail (dite « Vignoles » du nom de l’adresse de son siège). La CNT est la plus importante organisation anarcho-syndicaliste en France.

[5Cénétiste : adjectif pour désigner ce qui est propre à la CNT, souvent employé dans le jargon syndicaliste.

[6Nous sommes de nombreuXses militantEs TDS à choisir de nous désigner nous-mêmes en nous réappropriant un mot qui est, à l’origine, une insulte misogyne.

[7Cisgenre : dont le genre correspond à l’assignation sexuelle de naissance, qui n’est pas trans.

[8Dans une confédération syndicale, les syndicats sont fédérés par industrie : métallurgie, éducation, transports, santé, etc.

[9Alternative libertaire, organisation communiste-libertaire

[10Au sein d’un organisation anarcho-syndicaliste, il n’y a pas de « mandat représentatif » (carte banche donnée à une personne élue pour une durée). Il n’y existe que des « mandats impératifs », qui impliquent que le champ d’action du mandat et ses modalités soient définies précisément et que la marge de manœuvre soit très restreinte, dans le but d’empêcher toute prise de pouvoir.

[11Nombre minimum de syndicats pour que le congrès soit en mesure de délibérer

[12Pour prouver un viol, la victime doit dans les heures qui suivent ne pas se laver, ne pas changer de vêtements, déposer plainte et se confronter à la stupidité policière, pour avoir finalement accès à une Unité Médico Judiciaire (s’il en existe une dans son département) où elle devra subir un examen gynécologique éprouvant, puis un examen psychologique encore plus violent. Mais toutes ces démarches ne garantissent aucunement le recueil de traces. En effet, si aucune lésion vaginale ou anale n’est constatée, s’il n’y a pas de marques de violences physiques, si du liquide séminal n’est pas retrouvé, alors ces démarches n’auront servi à rien. Et si des traces sont constatées, rien ne garantit qu’elles seront considérées comme des preuves de viol, souvent déqualifié en agression sexuelle, voire en non-lieu si l’absence de consentement n’est pas prouvée elle non plus. Il est donc techniquement impossible de prouver la plupart des viols qui sont majoritairement commis sans violence physique et ne laissent généralement pas de traces visibles.

[13Transgenre : dont le genre ne correspond pas à l’assignation sexuelle de naissance, qui n’est pas cisgenre.

[15CCN dans le jargon cénétiste.

[16Lesbienne Gay BisexuelLE Transgenre Queer Intersexe

[17Organisation communiste marxiste-léniniste voie prolétarienne. Bien qu’anarcho-syndicalisme et marxisme-léninisme fassent tout deux partie de la grande famille du communisme, ces deux courants sont opposés théoriquement et historiquement. Théoriquement en raison de leur rapport diamétralement opposé à l’autorité, et historiquement depuis 1918 lorsque Lénine et Trotsky ont pourchassé et décimé les anarcho-syndicalistes de leur pays.

[18« La Confédération Nationale du Travail a pour but : – De grouper, sur le terrain spécifiquement économique, sans autre forme de discrimination, pour la défense de leurs intérêts matériels et moraux, tous les travailleurs/ses à l’exception des employeurs/ses et des forces répressives de l’Etat considéréEs comme des ennemiEs des travailleurs/ses. »

[19« La C.N.T. est constituée par : Les Syndicats d’industrie – ou intercorporatifs lorsqu’il n’est pas possible de créer les premiers »

[20Pouvoir s’organiser entre TDS est pourtant indispensable ne serait-ce que pour aborder maintes problématiques intimes qui trouveraient difficilement leur place dans une AG regroupant des travailleuRses d’autres industries. Ce qui n’empêche pourtant pas de militer avec nos camarades d’autres industries au sein de l’Union Locale et de l’Union Régionale.

[21Pour rappel : « que la commission antisexiste s’en tienne à son mandat, à savoir de proposer des tracts et des affiches »

Mexique] Fernando Barcenas sort de prison !

Publié le 2018-06-13 08:17:05

[reçu par mail]

F

Aujourd’hui, 11 juin 2018, le compagnon anarchiste Fernando Barcenas Castillo est sorti de prison.Fernando est sorti de prison, le 11 juin 2018 vers 21 heures, une fois dehors, il a brûlé son uniforme couleur beige qu’il a dû porter pendant quatre ans et demi.

Arrêté le 13 décembre 2013, dans le cadre des protestations contre l’augmentation du prix des billets du métro, Fer avait été accusé d’avoir mis le feu à l’arbre de Noël de l’entreprise Coca-Cola, depuis lors il se trouvait dans la prison Nord dite le ReNo, dans la ville de Mexico.

En décembre 2014 il a été condamné à 5 ans et 9 mois de prison pour les délits d’attaques à la paix publique et association délictueuse.  Peu après sa detention Fernando n’a cessé d’élaborer de multiples projets : des ateliers de musique  d’écriture, de diffusion et d’information tels des fanzines et le journal anti-carcéral  indépendant de combat : « El Canero », qui signifie « celui qui est en taule ». Il s’agit d’un média libre produit par des prisonniers et prisonnières, derrière les barreaux de plusieurs geôles de la capitale mexicaine et d’ailleurs.

Pour Fernando « Le Canero est un projet qui veut expliquer la réalité vécue dans les prisons et la mettre en rapport avec un contexte social plus large, dont nous sommes tous prisonniers à différents niveaux. Ce journal contribue à diffuser la lutte anti-carcérale en tissant un lien de communication entre prisonniers et avec l’extérieur ». Il s’agit pour lui  « De démontrer que la lutte se mène quel que soit le lieu et avec les moyens dont on dispose, sans attendre que toutes les conditions soient réunies ».

Ainsi, le premier Canero est sorti en juin 2014, à ce jour, cinq numéros ont été écrits : au fil du temps, le contenu évolue. Ce journal est le produit des nombreuses réunions de prisonnier.e.s, des échanges et des réflexions, des actions conjointes, des grèves de la faim … Dans son cheminement, le Canero voit naître des organisations informelles de prisonnier.e.s en résistance, des actions coordonnées, des communiqués dénonçant la bête pénitentiaire, l’autorité et l’enfermement dans et hors les murs.

Depuis le mois de novembre 2017, Fernando lance une nouvelle idée, mettre en place une bibliothèque autonome gérée par les propres prisonniers et après plusieurs mois de travail et de construction, la bibliothèque est inaugurée le 28 avril 2018 avec le nom de Xosé Tarrío González *, la bibliothèque continue de grandir et à ce jour elle compte avec de nombreux documents, entre livres, revues et brochures… la bibliothèque continue sa route.

Pendant toutes ces années Fer a également encouragé et lancé l’organisation des prisonnier-e-s en résistance, tout d’abord il encourage la formation du C.C.P.R (Coordination Combative de Prisonniers en Résistance) plus tard il participe à la coordination des grèves de la faim avec d’autres prisonniers anarchistes de la ville de Mexico. Par la suite, Fer lance et encourage la formation de la C.I.P.RE (Coordination Informelle des Prisonniers en Résistance) comme forme et espace d’organisation pour tous ceux et celles qui ont été brimé.e.s et torturés par la machinerie pénitentiaire. La CIPRE étant une organisation informelle s’est dissoute et aujourd’hui s’efface non sans laisser toute une expérience organisationnelle derrière elle. Fer lance une nouvelle proposition donnant lieu au collectif des prisonniers CIMARRON, qui fait référence au sens « s’échapper, fuir » s’évader de la propriété d’un maître.

Va une forte accolade Fer, un abrazo compañero!

Enfin dans la rue.

Jusqu’à la liberté totale!

Les trois passants

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*NOTE : Xosé Tarrío González est né en 1968 à la Coruña. A onze ans il est enfermé dans un internat, puis en maison de redressement pour se retrouver à 17 ans en prison où il contracte le SIDA. En prison, il met en oeuvre l’anarchisme et la rébellion, menant de nombreuses tentatives d‘évasions, pratiquant la solidarité réelle entre les prisonniers, luttant résolument contre la prison et les gardiens de prisons ; toutes ces attitudes entraînent humiliations, mises à l’isolement et il est de nombreuses fois torturé. En 2004, son état de santé se dégrade une nouvelle fois dû à sa maladie et finalement, le 2 janvier 2005 il meurt victime de l’institution carcérale et de la société qui la soutient. Xosé était un prisonnier du régime spécial FIES (Fichier Interne de Suivi Spécial) et auteur du livre « Huye, hombre, huye »

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Aviso de CNA mx (Cruz Negra Anarquista de Mexico):

Proyecto Ambulante:
http://www.proyectoambulante.org/2018/06/11/fernando-barcenas-en-libertad/

La PSQ, ou quand la sécurité devient « la première des libertés »

Publié le 2018-06-13 08:26:02

La PSQ, où Police de Sécurité du Quotidien, a été lancée officiellement par le ministre de l’intérieur le 8 février dernier suite à la volonté du gouvernement de s’« engager dans une évolution des missions de la police et de la gendarmerie pour répondre à la priorité des Français : la sécurité. »

Cette expérimentation fait suite à une concertation large menée à la fois en partant « du terrain » : pas moins de 70 000 questionnaires ont été renvoyés par les policiers et les gendarmes au gouvernement pour formuler leurs attentes ; et à la fois au niveau départemental : plus de 500 réunions ont été menées réunissant préfets, associations élus, organisations syndicales de la police et structures de concertation de la gendarmerie, représentants des policiers municipaux, acteurs de la sécurité privée et des transports, experts, etc. Plus de 150 contributions ont également été rédigées par les syndicats, universitaires, entreprises et associations d’élus.

Cette prise en considération des acteurs de la « sécurité » a certainement dû faire s’arracher quelques cheveux aux associatifs œuvrant sur la question de l’immigration – qui relève pourtant du même ministère – force de constater que ces derniers goûtent plus souvent à la saveur des portes closes qu’à celle des petits fours…

Le dossier de presse1 présentant la PSQ apporte comme propositions principales de : rendre les condamnations judiciaires et les mesures répressives plus dissuasives (enfermer plus et plus longtemps), développer davantage la coopération avec les polices municipales (être fliqué au plus près), accroître la participation des habitants à leur propre sécurité (vers la création de milices d’auto-défense citoyenne ?), simplifier la procédure pénale et réduire les tâches administratives (afin de ne plus s’embêter avec la paperasse et la défense des accusés).

La PSQ prévoit ainsi de travailler de façon beaucoup plus partenariale avec les maires et leurs polices municipales, les bailleurs sociaux, les entreprises de transport ou les agents de sécurité privée, c’est à dire un large pan d’acteurs de proximité. « Les élus, en particulier les maires, sont ceux qui connaissent le mieux leur territoire, qui savent où se développe la délinquance. Je demande que dans les trois prochains mois on puisse prendre contact avec eux pour définir en partenariat une vraie stratégie de sécurité pour le territoire », nous précise le ministre. Pour ceux qui hébergent des sans-papiers dans leur village ou celles qui vendent une barrette de shit derrière les abris de bus, gare aux mouchards !!

Au niveau national, 20 départements ont été ciblés pour faire l’objet de renforts en zone gendarmerie, et 30 quartiers en zone police subtilement dénommés « de reconquête républicaine » ont été retenus. Parmi les moyens alloués à ce dispositif, 10 000 postes seront créés entre 2018 et 2022. Dans les Hautes-Alpes2, les objectifs sont notamment d’« élargir les zones de participation citoyenne sur la ville de Gap » (plus de délation) et de « travailler à la mise en place d’un réseau de vidéoprotection sur la ville de Briançon » (pour faciliter la surveillance et l’interpellation des migrants ?).

Les premières expérimentations de la PSQ ont débuté au cours du premier trimestre 2018. Une démonstration grandeur nature a été effectuée récemment le jeudi 31 mai dans les Bouches-du-Rhône, comme nous l’indique un quotidien local3. Pendant deux heures, 213 agents de la direction départementale de la sécurité publique, de la police aux frontières, des CRS et de la gendarmerie, des policiers municipaux, épaulés par des agents SNCF et RTM, ont pris d’assaut l’ensemble des transports en commun de Marseille et Aix-en-Provence. Les gares de Saint-Charles, de l’Arbois, d’Aix-centre, celles de Gardanne, Simiane et Septèmes, mais aussi les bus entre ces deux villes et plusieurs stations de métro ont fait l’objet de ce déploiement massif destiné à marquer les esprits, et durant lequel pas moins de 7 906 voyageurs ont été contrôlés (avec au final 12 arrestations pour séjour irrégulier, fiche de recherche et détention d’arme blanche, et 293 procès verbaux dressés pour fraude). Apercevant les uniformes, près de 4000 personnes auraient fait demi-tour, preuve s’il en faut qu’une large partie de la population ne se laisse ni attraper docilement comme des moutons, ni berner par les « priorités » sécuritaires du gouvernement.

Article repris du site Cévennes sans frontières

Lutte contre la poubelle nucléaire à Bure : Appel à actions contre les monstres de CIGEO

Publié le 2018-06-13 08:35:03

À Bure, dans la Meuse, l’État français prépare depuis déjà 20 ans la construction d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires appelé CIGEO. L’idée est d’enfouir dans des galeries à 500 mètres sous terre les déchets dont l’industrie nucléaire ne sait pas quoi faire, de sceller définitivement le centre au bout de 100 ans, et d’oublier tout ça. L’énorme projet (plusieurs dizaines de milliards d’€) est mené par l’Agence Nationale des Déchets RAdiactifs (Andra). Pour l’instant les travaux du centre en tant que tel ne sont pas commencés mais tout se prépare.

Tout comme les personnes qui, à Bure et ailleurs et depuis des années, s’opposent à CIGEO, nous pensons qu’oublier les déchets sous terre valide et renforce l’industrie nucléaire. De plus, le projet en lui même présente des risques graves tels que les départs d’incendies incontrôlables, les fuites vers l’environnement, la radioactivité des gaz libérés par les cheminées d’aération du site, les accidents et les fuites lors du transport des déchets, etc… Une bonne partie de ces risques ont d’ailleurs été mis en lumière récemment dans les rapports de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et de l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). Nous dénonçons également le système capitaliste qui va autour de cette industrie, l’exploitation des travailleur.se.s, le pillage des ressources, la destruction des espaces de vie des êtres vivant.e.s humain.e.s et non-humain.e.s.

La réussite de CIGEO dépend de l’implication non seulement de l’ANDRA, mais aussi de centaines d’autres entreprises, tous les sous-traitants du projet.

C’est pour cela que nous, les MONSTRES de CIGEO (Malfaiteureuses Organisant le Naufrage des Sous-TRaitants Et Soutiens de CIGEO) appelons à se mettre en action contre les MONSTRES de CIGEO (Malfaiteureuses Organisé.e.s du Nucléaire : Sous-TRaitants Et Soutiens de CIGEO).

Nous proposons de concentrer nos efforts dans un premier temps sur l’entreprise INGEROP, pour son implication énorme dans CIGEO et les projets connexes. INGEROP est une boîte française d’ingénierie qui assure la maîtrise d’ouvrage sur certains des pires projets de notre bout d’Europe : le Grand Paris, une partie du tunnel de la ligne de train Lyon-Turin, la bretelle du Grand-Contournement-Ouest de Strasbourg et donc, CIGEO. Environ 1700 employé.e.s. Une trentaine d’agences en France, des filiales ailleurs dans le monde (Suisse, Royaume-Uni, Afrique du Sud, Amérique du Sud).

Toute forme d’action est la bienvenue, soyons créatif.ve.s, obstiné.e.s, déterminé.e.s, pour obtenir d’INGEROP qu’elle se retire du projet CIGEO et de tous les projets connexes.

Vous trouverez sur le site lesmonstresdecigeo.noblogs.org toutes les infos utiles pour mener vos actions.

Tunisie : Manifs et attaques des institutions après un énième naufrage en (...)

Publié le 2018-06-13 22:33:02

Dans la nuit du 2 au 3 juin a eu lieu un énième naufrage d’embarcation au large de l’île tunisienne Kerkennah, avec près de 180 personnes migrantes àbord. Selon l’Organisation Internationale de la Migration (OIM), il s’agissait de « la pire tragédie en mer en 2018  ». 68 personnes ont survécu (61 Tunisien.ne.s et 7 personnes d’autres nationalités) et on décompte au moins 112 morts et disparus, et pour l’instant seuls 73 corps ont été retrouvés. […]



La plupart des personnes présentes àbord était des Tunisien.ne.s qui tentaient d’échapper au chômage et àla crise économique qui persistent dans le pays depuis la chute de Ben Ali en 2011.

Dans la ville El Hamma (Gouvernorat de Gabès), une grosse manifestation a eu lieu dans la soirée du 5 juin contre le naufrage de Kerkennah. Lors de la catastrophe, dix jeunes de El Hamma ont trouvé la mort, trois autres sont toujours portés disparus, 24 parmi les survivant.e.s viennent de cette ville. Lors de la manifestation, des slogans ont été scandés tels que « Le peuple veut la chute du gouvernement  », « Assassins de nos enfants, voleurs de notre pays  », « Essebsi, tu a fais ton temps  » (NdT : Beji Caid Essebsi est président de la République Tunisienne depuis le 31 décembre 2014).

La nuit suivante, les manifestant.es sont allé.e.s jusqu’au quartier général de la délégation du gouvernement, dont l’armée assurait la protection. Les manifestant.e.s ont tenté de prendre d’assaut le poste de la Garde Nationale, ont bloqué les rues avec des pneus enflammés et jeté des pierres sur les forces de sécurité. Après coup, plusieurs jeunes ont été arrêté.e.s dans les quartiers de la ville.

Les organisations nationales de la région de Gabès, la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et la section régionale de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) ont, dans un communiqué, attribué la responsabilité de cette tragédie au gouvernement et attiré l’attention sur le modèle de développement qui est d’après eux la cause du chômage des jeunes et de leur désespoir. Dans la région, le taux de chômage au sein de la population atteint plus de 25 %, chez les jeunes diplômé.e.s il s’élève même à55,2 %.

Lundi 4 et mardi 5 juin, plusieurs manifestations ont également eu lieu dans la ville de Tataouine dans le Gouvernorat du même nom. C’était surtout des jeunes qui sont descendu.e.s dans la rue pour exprimer leur rage et exiger la démission du gouvernement. Les manifestant.e.s ont marché jusqu’àl’hôpital régional où se trouvent les cinq personnes mortes noyées lors de cette tragédie et qui étaient originaires de cette ville.
Dans la ville de Beni Khedache (dans le gouvernorat de Medenine) le 7 juin, des jeunes ont attaqué le poste de la Garde Nationale du centre-ville. Quatre personnes, mortes noyées lors du naufrage, habitaient dans cette ville.

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khelifa Chibani, le poste de la Garde Nationale a été caillassé vers deux heures du matin. Tout de suite après, les manifestant.e.s auraient forcé l’entrée du bâtiment et incendié ou détruit quelques documents. Ensuite, c’est le quartier général de la délégation gouvernementale qui a été ciblé, où la salle de garde a été incendié. Les manifestant.e.s ont dénoncé la marginalisation de la jeunesse par le gouvernement et la situation sociale et économique ains que le manque de perspectives dans la région. Le porte-parole du ministère de l’intérieur a également déclaré que la situation était de nouveau sous contrôle et que l’armée protégeait les principaux bâtiments.

Afin de calmer les protestations, le gouvernement tunisien a mis en place une commission de crise pour soutenir les familles des victimes et garantir la prise en charge des survivant.e.s. De plus, de nombreux agents de sécurité ont été révoqués du ministère de l’intérieur.

[Repris de Sans attendre demain.]

Harrisburg (Pennsylvanie), États-Unis : Sabotage en solidarité avec la ZAD de Notre-Dame des Landes – 8 juin 2018

Publié le 2018-06-13 22:33:05

Dans les premières heures du 8 juin à Harrisburg (en Pennsylvanie), nous avons immobilisé un engin de terrassement d’un nouveau projet de développement..

Ce petit geste a été fait en solidarité avec la ZAD de Notre-Dame des Landes en France, où des rebelles se sont battu.e.s pour maintenir une zone autonome, libérée de l’État et de ses projets pendant près d’une décennie.

D’abord, la ZAD a été occupée il y a neuf ans pour empêcher la construction d’un d’aéroport, projet qui a été récemment abandonné, ce qui a inspiré des éco-rebelles à travers le monde, notamment par la défense de la zone contre « l’opération César », une grosse tentative d’expulsion fin 2012.

Une fois de plus, la ZAD est confrontée à une nouvelle vague de répression,  sous la forme à la fois d’une intense violence policière et d’un processus récupérateur de négociation visant à domestiquer et à légaliser la zone non contrôlée.

Pour la défense du territoire contre les intérêts du capital.

Pour le sabotage des instruments de la dévastation écologique.

[Traduit de It’s going down, June 11, 2018]

Rapide compte-rendu de la journée du 12 juin au tribunal

Publié le 2018-06-13 22:33:07

La dernière personne en détention provisoire depuis les interpellations du 22 mai, a été libérée cet après-midi. Dans le même temps quatre personnes passaient en procès dans la chambre 6.01 suite aux interpellations et aux GAV de la manif du 1er mai.



La dernière personne en détention provisoire depuis les interpellations du 22 mai, a été libérée cet après-midi suite à une deuxième demande de mise en liberté.
Elle reste poursuivie et sera jugée le vendredi 29 juin 2018. C’est avec un réel soulagement que nous avons appris cette décision.

Merci à toutes les personnes qui lui ont écrit et qui se sont mobilisées pour rester solidaires. On a toujours raison d’espérer. A bas toutes les prisons.

Dans le même temps quatre personnes passaient en procès dans la chambre 6.01 suite aux interpellations et aux GAV de la manif du 1er mai.

Les avocat.e.s ont plaidé pour les quatre le procès politique (à travers la qualification de « participation à un groupement... ») et ont présenté des exceptions de nullité in limine litis, c’est à dire qu’ielles ont remis en cause le fait même des interpellations et des garde à vue au motif, entre autres, de fiches d’interpellations « vides » où ne figuraient pas suivant les cas la date, les motifs ou le nom des agents interpellateurs. Ielles ont aussi remis en cause l’annonce tardive aux interpellé.e.s de leur garde à vue ou le motif politique de cette GAV. Ces exceptions si elles sont prises en compte permettent d’annuler l’ensemble de la procédure pour vice de forme.

Le ministère public par la voix de son procureur a bien sûr remis en cause ces demandes et s’est particulièrement acharné sur l’un des prévenus en l’assimilant aux black blocs en raison de son « attirail » : du sérum phy, des lunettes de ski, un sweat de couleur noire, des gants..... le tout dans son sac à dos.

Les réquisitions du procureur :

Les quatre délibérés auront lieu le mardi 3 juillet 2018 dans la même chambre à 13 heures 30.
Le 15 juin 2018 ce seront d’autres personnes qui seront jugées, pour à peu près les mêmes faits, suite à leur arrestation dans la mobilisation du 22 mai...

Le Groupe légal de la Coord anti-rep.
stoprepression@riseup.net

Prison de La Talaudière : Il se fait la belle grâce à une chaise !

Publié le 2018-06-13 22:39:02

Le Parisien / lundi 11 juin 2018

Un détenu de 23 ans s’est évadé dans la nuit de samedi à dimanche de la maison d’arrêt de La Talaudière (Loire). Trois tentatives d’évasion ont récemment eu lieu dans cette prison [comme en avril; NdAtt.].
Libérable en octobre, le détenu a forcé avec une chaise la grille qui recouvrait la fenêtre de sa cellule, située dans le quartier de semi-liberté, accolé à la maison d’arrêt et où il séjournait la nuit. Ce jeune homme, qui suivait dans le cadre de sa réinsertion une formation d’entretien des espaces verts, a ensuite franchi le grillage d’enceinte d’environ trois mètres de haut, surmonté d’un barbelé, et a été «récupéré» par un complice qui l’attendait en voiture.
Condamné pour des délits routiers et des infractions à la législation sur les stupéfiants, il n’est pas considéré comme dangereux. […]

Les 9 et 16 mai derniers, trois détenus de cette prison ayant réalisé une tentative d’évasion, remontant au 2 avril et au 12 mai, dont un avait été repris par la police une demi-heure après avoir franchi le mur d’enceinte, avaient chacun été condamnés à plusieurs mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne.

Kouaoua (Nouvelle-Caledonie) : Et de trois pour la serpentine du centre minier

Publié le 2018-06-13 22:40:05

France Info / mercredi 13 juin 2018

La serpentine de la SLN à Kouaoua de nouveau ravagée par les flammes dans la nuit de dimanche à lundi. C’est le 3ème incendie depuis le début de l’année. Deux départs de feu ont endommagé 800m de tapis sur le convoyeur de minerai de nickel. Le personnel appelle à la mobilisation ce jeudi

Nouveau coup dur pour la SLN : 800 mètres de serpentine ont brûlé. L’incendie s’est déclaré dans la nuit de dimanche à lundi peu après 1h du matin. Deux départs de feu sont à l’origine du sinistre et semblent indiquer qu’ils seraient de nature criminelle. Une enquête est en cours par la gendarmerie, pour trouver les auteurs et les causes exactes de l’incendie. C’est le troisième incendie depuis le début de l’année, et le cinquième en deux ans [voir par exemple ici et ici;, NdAtt.].

La serpentine de Kouaoua est en fonction depuis 1977. Pour la SLN, premier employeur de la commune, les conséquences de cet incendie sont désastreuses. Un comité extraordinaire s’est tenu ce mercredi matin au cours duquel l’industriel a annoncé la poursuite de l’activité. Les travaux de réparation qui ont débuté mardi devraient durer une dizaine de jours, pour un coût estimé à 50 millions de francs. La SLN va par ailleurs mettre en place un système de détection des incendies sur le site. Ce dispositif couvrira 5 des 11 kilomètres du tapis.

Les syndicats défendent les outils de l’exploitation

Ces incendies volontaires qui détruisent l’outil de travail ne sont pas acceptables, soulignent les syndicats de la SLN qui sont quotidiennement en relation avec leurs représentants sur le site de Kouaoua.

Toulouse : Arrestation d’un camarade italien en cavale

Publié le 2018-06-13 22:40:08

Les médias italiens disent que le 9 juin dernier, Marco a été arrêté à Toulouse.
Accusé pour les faits du 1er mai 2015 à Milan, notamment de « devastazione et saccheggio » (littéralement « dévastation et pillage », une accusation avec une « fourchette » de peine qui va de 8 à 15 ans…) et de résistance, car accusé d’avoir été parmi les manifestants qui ont tabassé un commissaire divisionnaire adjoint.
Il a été mis sous enquête le 9 novembre 2015, puis a fait l’objet d’un mandat d’arrestation européen, le 12 juillet 2016. La DIGOS de Milan l’aurait retrouvé grâce à des écoutes téléphoniques et a mandaté la police française, qui l’a interpellé. Son extradition vers l’Italie devrait être statuée dans les prochains jours.

Solidarité !

Indymedia Lille

Publié le 2018-06-14 06:28:02

COMMUNIQUÉ

Action locale pour un désordre global

Lille,
le 13.06.2018

Le matin du 13 juin 2018, les habitant·e·s du quartier Vauban ont vu la façade du bâtiment de leurs gardien·ne·s de la paix repeinte de multiples couleurs, et de l’inscription « vous avez du sang sur les mains » ; « deuxième sommation ». Ils et elles pourraient légitimement se demander :
Pourquoi le commissariat rue Lavoisier a-t-il été repeint ?

Mais la vraie question que cet acte veut poser est plutôt : pourquoi des personnes subissent mortellement les coups de la police ? Pourquoi Sélom, pourquoi Matisse à Fives en décembre 2017 ? Pourquoi Maxime, étudiant lilloise mutilé à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en mai 2018 ? Pourquoi tou·te·s les autres, pourquoi ce nombre incalculable de victimes de la police ?

- 

Il semble s’agir d’une problématique de territoire et d’État de droit. Le concept d’État est une vision du monde, une façon de faire. Le seul instrument pour nous faire avaler cette définition est la répression. Celui-ci sonne faux : c’est bel et bien de la violence, symbolique et physique.

Parce qu’une violence s’est généralisée, systémique (incluse et acquise dans le système néo-libéral qui nous entoure) et parfois systématique en fonction du contexte.

→ Le contexte qui a mis fin aux jours de deux jeunes habitants d’un quartier populaire sur-encadré.
→ Le contexte qui a mutilé un étudiant qui défendait un lieu d’expérimentation collective incarnée dans la ZAD.
→ Le contexte qui empêche les exilé·e·s, les migrant·e·s et les sans papiers, à Calais, de vivre comme ils et elles l’entendent parce que leur situation est jugée irrégulière.

Cette violence, toujours légitime si nous écoutons Gérard Collomb, peut toucher tout le monde, à tout moment. Mais l’accent est aussi porté sur les marginales et les marginaux. Ceux et celles qui sont déjà En Marge et qui peinent à s’intégrer à un système qui les oppresse quotidiennement. Celles et ceux qui refusent de se mettre En Marche et s’opposent à un système par leur mode de vie et·ou par leurs actions politiques. Les hommes qui occupent des lieux, des squats, des universités ; les femmes qui occupent leurs rues, leurs quartiers et leurs villes ; les hommes et les femmes qui manifestent non passivement, qui se manifestent ici et là, qui rêvent en poussant un cri trop souvent recouvert par une répression systématisée.

- 

Viser un commissariat, c’est donc viser non-seulement l’institution qui s’attaque directement à nous, mais c’est aussi cibler une conception de l’organisation de la société dont la police se fait le bras droit inaliénable. L’environnement économique et politique actuel n’est que la conséquence d’enchaînements historiques et de décisions politiques que nous sommes légitimement en droit de questionner. Les notions de justice (le culte de la loi), de démocratie (l’ordre social), de ce qui est institué (la politique), de peuple (les citoyen·ne·s) doivent être redéfinies avec nos propres mots (plutôt que ceux du gouvernement). Nous subissons chaque jour les effets d’un État dit de droit. Leur droit, leur justice, leur démocratie, leurs institutions… pour quel peuple ? Nous prônons plutôt l’état de non-droit.

Certain·e·s diront que cette action est violente. Mais pourquoi rester passif·ve·s face à leurs actes et leurs idées imposées à coups de matraque ? Nous refusons de banaliser le monopole de la violence par le gouvernement, et son utilisation pour régler les conflits sociaux et pour évincer toute tentative dissidente. Nous refusons d’accepter la systématisation de son emploi pour court-circuiter toute mobilisation et pour réprimer celles et ceux qui galèrent.

Par notre action, nous affirmons ne pas attendre patiemment une révolution généralisée. Nous préférons des îlots d’actions indépendants contre un ennemi commun, plutôt que d’espérer aveuglément une insurrection globale. Il n’y a pas de rupture à faire entre le fond de nos idées et la forme de nos actes. Le « vandalisme » est une réponse proportionnelle à l’absurdité du monde imposé par les gouvernant·e·s.
Ainsi posons-nous la question : qui est le plus violent, la machine policière ou des mots et des couleurs sur un commissariat ?

Dans tous les cas, ACAB, All Colors Are Beautiful.

Le commissariat rue Lavoisier avait déjà été repeint une première fois deux semaines auparavant. Malgré ce premier avertissement, ils et elles ont continué à être flics. La deuxième sommation n’était pas un luxe, elle était nécessaire.

Soutien aux mutilé·e·s

Ni oubli, ni pardon pour les assassiné·e·s

La police a du sang sur les mains

Ceci est une deuxième sommation


Souvenirs d'une occupation

Publié le 2018-06-15 08:13:06

Il y avait une occupation, nous avions un peu d’herbe à vendre, c’était une excellente opportunité.



J’y étais allé à reculons, à vrai dire, je n’avais jamais foutu les pieds dans une université.

J’avais déjà eut tellement de mal avec les lycéen-nes, qui avaient ce sale besoin de te faire sentir le fait que tu sois parti en professionnel. Je n’ai jamais su au fond, si c’était la faute de ma susceptibilité muée en complexe d’infériorité ou s’iels étaient véritablement détestables.

L’école avait toujours été un supplice.

Stress, pression, chantage, punitions, notes, concurrence...

Je me souviens de mon meilleur ami qui faisait des crises d’angoisse devant le portail de la primaire, à sa mère de le ramener chez lui. Je n’avais pas une maman de ce calibre, la mienne présentait son empathie par la puissance rhétorique d’un « t’en veux une autre ? ».

Parqué-es, une salle, une cour, du grillage, les yeux sur l’horloge, minutes interminables, putain d’enfance.

Je n’avais jamais fait un seul devoir de toute ma scolarité, par fainéantise et insolence, autant que par la fraternité qu’impliquait l’insuccès choisi. Oui, il y avait dans le rang du fond, cet espèce de contrat tacite entre nous, un honneur à ne rien faire, à refuser la nullité de cet enseignement, de ce savoir-vivre austère, de l’ennui, avant tout, quitte à prendre quelques coups de règles, puis des baffes en rentrant.

Moi, j’avais toujours préféré traîner dehors, attendant que la daronne gueule mon nom du balcon. Je préférais partir chasser la vipère, choper des grenouilles, cueillir des cerises et faire des ricochets…

Se satisfaire de l’école ?

C’était une question qui avait pris le poids des années et me faisait apparaître les étudiants comme des enfants-traîtres.

Avec mes partenaires, nous n’avions toujours eu qu’une seule obsession : la fin du dressage, l’existence pour récréation.

J’avais du mal à imaginer une psychologie qui avait su s’accommoder de cela, de ce conditionnement châtieur mais pire, qui en redemandait encore.

Je ne connaissais pas d’étudiant, ah si, un seul avait fait sport étude et, pour tout dire, c’était un fantastique débrouillard. Les autres, je ne savais pas quoi en penser, mes a priori allaient à l’unisson vers une détestation toute naturelle.

Nous y sommes rentrés tranquillement.

Il y avait une occupation, nous avions un peu d’herbe à vendre, c’était une excellente opportunité.

Les couloirs étaient larges, haut de gamme disons, quelques bustes grotesques ornaient une petite cours franchement agréable.

Comment pouvait-on se sentir à l’aise dans un lieux qui nous surestimait de fait par son architecture ?

Tout semblait là depuis une éternité.

Les étudiant-es, quant à eux/elles, étaient poli-es, présentables, trop peut-être.
Dans l’ensemble, c’était tout de même moins pathétique que ce que j’avais pu imaginer.

Au bout du couloir principal, un attroupement interpella ma curiosité, je fis un signe aux camarades en m’éloignant d’eux/d’elles, au moins, iels ne me chercheraient pas pendant des heures.

Une discussion publique semblait être la cause de cette agitation.
Je pris place dans ce qu’une jeune fille animée nomma « l’amphi ».

Quelques personnes semblaient assez excitées par la venue d’intervenants apparemment réputés. Pour tout dire, je trouvais ce spectacle plutôt surréaliste.

Iels désiraient « bloquer la production intellectuelle », comme l’affirmait un écriteau à l’entrée de la faculté, mais continuaient à s’aligner en rang de façon à écouter des invités spécialistes.

Je ne comprenais pas le sens de cette démarche.

Une jeune fille s’assit à ma gauche, je lui soumis à voix basse :

« Tu sais ce qu’on fout là ? »
« C’est à dire ? »
« On pourrait écouter n’importe quel clochard qu’il aurait des trucs plus intéressants à nous dire... »
« C’est ironique ? »
« Non, je comprends pas pourquoi on devrait étudier, c’est une grève ou un système de production alternatif ? On est encore en cours là ? Y a quand même des trucs plus sympa à faire que d’écouter des mecs qu’on peut retrouver sur Youtube... On pourrait tomber amoureux par exemple, repeindre les escaliers en rouge, partir brûler le centre ville en dansant... »

Elle resta silencieuse, pensa certainement que je me débrouillais relativement mal en humour…

L’arrivée des intervenants avait suscité des acclamations.
L’impression d’être dans un mauvais péplum.

Pourquoi pas... il semblerait que nous soyons tous réduit à supporter quelque chose, un club de foot, un intellectuel, au fond quelle différence pour notre production de dopamine ?

Alors que je pensais avoir refroidit la camarade de gauche, elle riposta une impression :

« C’est vrai que c’est un peu ridicule... »
« Je suis pas étudiant, ça me paraît un poil folklorique... »

Bien incapable de prêter mon attention aux conférenciers, absorbé par les dynamiques et les typologies qui composaient cette socialité disciplinée par l’apprentissage, submergé par l’abondance d’informations nouvelles que mon esprit un tant soit peu analytique tentait de synthétiser et, interloqué par tant d’exotisme, je sillonnais du regard cet impeccable malentendu.

De toute façon, les arguments à gorge déployé avaient toujours eu la fâcheuse tendance de me répugner. Je ne parvenais pas à savoir si ces savants du bavardage étaient pleinement convaincus de ce qu’ils revendiquaient officiellement, ou s’ils s’arrangeaient des regards amoureux de ce jeune public en quête de nouvelles leçons. Quoi qu’il en soit, nous semblions peu à ressentir ce malaise qui me liquéfiait.

Ordonné-es en ligne, la grande majorité semblait soutenir cette parole qui se relâchait sur nous.
Tout semblait fonctionner selon les lois de l’applaudimètre.

Je n’avais l’énergie de rien, encore moins celle de m’opposer à tant de médiocrité ordinaire, je laissais faire par dépit, exclusivement à l’écoute de ma propre lassitude. C’est pourquoi j’ai lancé un sourire gêné à ma camarade de gauche qui, après lui avoir mimer mon départ, me renvoya une mine amicale, puis fit la place nécessaire à ma désertion.

À l’extérieur, quelques petits groupes d’individu-es discutaient.
La cantine avait encore du potage à prix libre, je flânais donc en mangeant.

Au loin, un camarade me fit signe.
À ma portée, lâcha dans un bâillement :

« On a trouvé la salle des ordis. »

Nous prenons le pas, et réalisons sur place que nous n’avons pas le matériel adéquat pour soustraire un ordinateur complet, dommage.

Nous avons donc pris ce que nous avons pu, essentiellement du beau papier A4, quelques gadgets numériques, câbles, prises… et papier toilette.

Le dernier gramme venait enfin d’être vendu : libres.

Nous pouvions déguerpir, nous l’avons fait sur-le-champ.

Annotation :

Ce texte relate une expérience personnelle, il n’est en aucune sorte un appel au mimétisme. Aucune revendication politique n’y est faite, aucune fierté, aucun éloge, une description sincère d’une journée somme toute ordinaire.

Nous rapportons ces faits dans l’espoir de restituer une pluralité aux mémoires, persuadé qu’elles peuvent se faire échos entre elles, renvoyer à d’autres, encore ignorées car minoritaires...

Il nous semble en effet nécessaire d’inclure au "politique" la désillusion, le désespoir et même l’indifférence, les comptes rendus concernant l’époque ne peuvent être réduits aux seuls termes de l’organisation, de l’agenda militant, d’une ligne politique formelle et languissante.

La mémoire collective est, comme son nom l’indique, la somme des épreuves, des tentatives, des échecs, des pensées mises en commun, elle ne devrait donc pas se dérober aux contrastes, mais plutôt les admettre comme des occasions d’affirmer une mise en perspective composite et nuancée.

Nous avons besoin de tout le matériel disponible pour comprendre l’époque et ses contradictions, pour comprendre les besoins et les meurtrissures de chacun-e, afin de nous donner la faculté de les dépasser ensemble, surtout.

Prison de Villenauxe-la-Grande : Il prend en otage une de ceux qui le prennent en otage

Publié le 2018-06-15 08:20:03

Le Parisien / jeudi 14 juin 2018

Un détenu a pris en otage une surveillante ce jeudi matin au centre de détention de Villenauxe-la-Grande, dans l’Aube. La prise d’otage, qui avait débuté à 8h30, s’est terminée un peu moins de trois heures plus tard
Cette libération est intervenue après les négociations engagées par les équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) avec le détenu, qui réclamait son transfert dans un autre établissement à la suite d’une nouvelle condamnation, selon des sources judiciaires, syndicale et de l’administration pénitentiaire. […]

Selon une source proche du dossier, le détenu, originaire d’un pays de l’Es et incarcéré depuis août 2016 pour « vol sur personne vulnérable », serait âgé d’une vingtaine d’années et était porteur d’une fourchette.
D’après une autre source proche du dossier, il était « libérable en juillet » mais avait vu son maintien en détention prolongé jusqu’en avril 2019 « à la suite d’une mise à l’écrou pour une nouvelle peine », qui lui a été signifié mercredi de source syndicale.

 

NdAtt. : le centre de détention de Villenauxe-la-Grande a été construit à partir de 1989, faisant partie du « programme 13000« . Il est en gestion déléguée avec le groupe « Sodexo justice services », qui se fait du fric avec la restauration, la cantine, la maintenance, le travail et la formation professionnelle des détenus (100 prisonniers travaillent dans le façonnage, le conditionnement, le montages, l’assemblage…).

Université Aix-Marseille : 400.000 balles de dégâts

Publié le 2018-06-15 08:21:05

Var-matin / jeudi 14 juin 2018

Il n’y aura pas que les notes de partiels qui s’afficheront en ce mois de juin. Une autre note, beaucoup plus salée, va aussi apparaître. Celle du coût des dégradations causées par le blocage de l’université d’Aix-Marseille suite à l’instauration de la loi ORE.
La sélection à l’entrée des universités avait suscité dans plusieurs établissements de vives manifestations. Les « bloqueurs » avaient occupé pendant plusieurs semaines différents sites.
À l’université AMU (Aix-Marseille université), deux sites ont été occupés.
Celui de Saint-Charles avec la faculté des sciences pour Marseille et celui de Schuman avec la faculté ALLSH (Arts, lettres, langues, sciences humaines) pour Aix-en-Provence.


Les dégradations ont été constatées par un huissier et une plainte a été déposée.
La liste des dommages est longue: matériel audiovisuel volé, classes et amphithéâtre tagués, détritus dans les cours ou encore serrures cassées. Le coût total des dégradations s’élève à 400.000 euros, somme à la charge de l’université.
Les blocages ont commencé la semaine du 20 avril et ont duré un peu plus de cinq semaines. Le président de l’université, Yvon Berland, s’est exprimé dans plusieurs communiqués adressés à l’ensemble des étudiants et personnels d’AMU.
« Je suis et nous sommes tous consternés quand on sait les efforts consentis chaque année par l’université pour rénover son patrimoine immobilier et améliorer les conditions de travail et d’études des personnels et des étudiants. C’est franchement affligeant. »
Un vaste projet de rénovation des différents sites d’Aix-en-Provence, campus Mirabeau, pour près d’un milliard d’euros a en effet été lancé depuis plusieurs années, les travaux devant se terminer prochainement.
Le site d’Aix ayant été occupé venait d’être rénové dans ce cadre.

Perquisition G20 – Mandat d’arrêt européen, cavale et négociation

Publié le 2018-06-15 08:23:06

« Ce 29 mai, c’est une action policière coordonnée de plusieurs dizaines de perquisitions à travers l’Europe : Italie, Suisse, Espagne et France. Ce jour là, 15 policiers réalisent une perquisition au domicile de mes parents de la cave au grenier. Elle durera 4h, jusqu’à 00h00. »
Communiqué de Loïc, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, dans le cadre des perquisitions coordonnées du 29 mai dernier suite au contre-sommet du G20 à Hambourg.



Le mardi 29 Mai, lorsque mon père part au travail, la police rôde dans la ruelle. L’un d’eux précisera qu’il était présent depuis 3h30 du matin, guettant mon retour au domicile familial. C’est lorsque ma mère rentre le soir à 19h30 que 15 policiers réalisent une perquisition de la cave au grenier. Elle durera 4h, jusqu’à 00h00.

La police allemande est également présente. Ils prennent des clés USB (dont celle de mon père qu’il utilise pour le travail), des cd, deux disques durs externes (dont celui de ma petite soeur), une bombe de peinture, des habits (ils recherchent longuement un slip en particulier, sans succès), le vieux caméscope familial, un feu d’artifice, un masque de hiboux de la lutte à Bure etc.. Des gendarmes de Commercy sont également présents, profitant de l’occasion pour faire une perquisition en rapport avec Bure sans préciser les motifs, la fameuse enquête « d’association de malfaiteurs » ?

Ce qui a surtout motivé le déploiement de 15 policiers, c’est la manifestation contre le G20 qui a eu lieu à Hambourg l’année dernière. Lors de cette rencontre des chefs d’État des plus grandes puissances de ce monde et des leaders des banques centrales, malgré les 20 000 policiers venus de toute l’Allemagne, le centre-ville d’Hambourg est hors-contrôle. Les gens sont dans la rue, font face à la police, enflamment des barricades. Le ministre allemand des finances et l’épouse du président Américain Mélania Trump sont bloqué·e·s et annulent leur déplacement. Impossible de rejoindre le G20. Des prêtres hébergent dans leurs églises des militantes et militants venu·e·s du monde entier. Impossible pour les leaders capitalistes et grands responsables du réchauffement climatique de se retrouver en paix. On récolte ce que l’on sème. Pour reprendre le contrôle de la rue, la police allemande déploiera même une unité spéciale, fusils d’assaut à la main. Le ministre fédéral de la justice allemande déclarera « Il n’y aura plus de G20 dans une grande ville allemande. » Victoire ! Mais a quel prix ?

Propagande, criminalisation, avis de recherche, le moindre acte de révolte se retrouve fortement réprimé. La vengeance des puissants s’annonce terrible. Des appels à la délation sont lancés dans les journaux allemands, publiant des photos de manifestant·e·s le visage découvert lançant des pierres. Ces mêmes journaux qui pourtant font l’éloge des gens jetant des projectiles sur la police au Vénézuela [1]. Ou comment les médias soi-disant impartiaux jugent ce qui est politiquement correct et conditionnent l’esprit de révolte. Des personnes répondront à l’appel de délation lancé par la police d’Hambourg sur son site internet, une méthode qui évoque de sombres souvenirs.

Ce sont 3 343 enquêtes qui ont été ouvertes par le commando spécial d’investigation, qui possède plus de 13 Terrabytes de données à traiter.

Ce 29 mai, c’est une action policière coordonnée de plusieurs dizaines de perquisitions à travers l’Europe, : Italie, Suisse, Espagne et France. Rien qu’en Suisse c’est 150 policiers qui sont entrés en action. Le commando spécial Argus a également participé à l’opération en attaquant un appartement privé et en menottant et bâillonnant tou·te·s les habitant·e·s [2]. Au même moment, une soixantaine de policiers entraient au « Kultur Zentrum », cassant toutes les portes et restant dans la maison pendant une bonne heure. À la fin, ils ont confisqué et transporté deux remorques remplies d’objets différents.

Je n’étais pas chez mes parents, ils n’ont pas laissé de convocation, rien m’invitant à me rendre au commissariat. Non, je suis directement sous mandat d’arrêt européen. Recherché par la police. Mes 2 parents seront auditionnés comme témoins au commissariat. De mémoire, vu qu’ils n’ont reçu aucun papier, je serais accusé de complicité & aussi de bande organisée pour dégradation, incendie de bâtiment (peine de 10 + 5 ans), port d’arme de catégorie A et violence sur agent.

Vu que j’ai actuellement pas mal de procès dont la moitié ne devrait pas exister, avant de me rendre à la police afin de me défendre et comprendre ces nouvelles accusations ahurissantes, je souhaite rentrer en négociation. Je demande la suppression de la moitié de mes procès qui sont illégitimes au regard de la vérité et de vos principes légalistes. En effet, je suis victime d’un acharnement judiciaire et policer. Cette affaire sur le G20 serait mon 6e procès.

Mon premier procès fut pour complicité d’attaques informatiques avec Anonymous de l’Opération contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, je me suis défendu au tribunal expliquant la raison de mon acte. J’ai eu 4 mois de prison avec sursis et 5 000 € de dédommagement collectif avec les 2 autres personnes arrêtées [3].

Mon 2e procès fut pour complicité d’attaques informatiques avec Anonymous de l’Opération contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, je me suis défendu au tribunal expliquant que j’ai déjà été jugé pour ça. Je suis relaxé par le juge grâce au principe de « Non Bis in Idem » (ne pas être jugé 2 fois pour la même chose) mais le parquet décide de faire appel. Cette deuxième audience arrive au mois de septembre 2018. (Procès illégitime) [4].

Mon 3e procès fut pour « Outrage et rébellion » & « Incitation directe à la rébellion » lors de la manifestation du 15 septembre 2016 contre la loi travail. Grâce à une vidéo [5] qui prouve l’inexistence de « l’outrage » et le mensonge de « l’incitation directe à la rébellion » créés par plusieurs policiers se mettant d’accord pour délivrer ce faux témoignage : « on est plus nombreux qu’eux, on leur rentre dedans », ces 2 accusations tombent à l’eau mais je suis quand même condamné pour « rébellion ».
Alors que je suis victime d’une arrestation qui n’a plus aucun motifs d’interpellations, je suis condamné ce 18 mai à 1 mois de prison ferme si je ne paye pas les 600 € d’amende dans le mois. Je dois également payer 350 € au policier au titre de préjudice moral et des frais judiciaires.

Reprenons. Des policiers m’interpellent sous des motifs mensongers, l’un me frappe au visage, je saigne du nez : on me condamne pour avoir gesticulé des bras et des jambes. Très bien. Inversons un instant les rôles. Si je travestis la vérité avec des complices : je serais accusé de faux témoignages en réunion. Le policier gesticule pendant que je le frappe au visage, il saigne du nez : je serais accusé de violence sur agent ayant entraîné X jours d’ITT. Nous vivons apparemment dans un pays où existe le principe d’égalité et de justice. Si il y avait réellement une justice, ces policiers seraient poursuivis pour faux témoignage et violence hors usage « légitime » de la force. Mais l’impunité policière puise sa force dans le privilège de l’uniforme et sans abolition des privilèges, point d’égalité. (Procès illégitime) [6].

Mon 4e procès fut pour avoir fait tomber la clôture de l’ANDRA autour de son projet d’enfouissement de déchets nucléaire à Bure. Je me suis défendu au tribunal expliquant la raison de cet acte collectif. La procureure demande 5 mois de prison ferme et 5 mois de sursis, le juge donnera 4 mois avec sursis. Le parquet mécontent, décide de faire appel. Je n’ai toujours pas la date. Voici le compte rendu complet avec les dialogues du procès [7].

Mon 5e procès est basé sur mon précédent procès de la clôture de l’ANDRA. Le commandant de Gendarmerie DUBOIS m’accuse de diffamation suite à un article de Médiapart [8] retranscrivant le discours que j’ai fait au tribunal. Lorsque j’y relate mon interpellation, je précise que ce commandant m’a étranglé pendant plusieurs longues secondes, que je n’arrivais ni à parler, ni à respirer. Le médecin au début de la GAV notera une rougeur de type griffure de 8 cm sur le cou. Afin de le pousser à la vérité, je fais croire dans mes échanges téléphoniques et mail non sécurisé que j’ai reçu une vidéo que je garde pour la fin du procès où l’on voit son étranglement. Le commandant pendant l’audience précisera (chose qu’il n’avait pas faite dans ses PV d’auditions) qu’il a entouré avec son bras ma tête afin de me protéger pour que celle-ci ne cogne pas le sol, il ne reconnaît pas l’étranglement. Je suis condamné à 1400 € pour « atteinte à l’honneur » et « diffamation » ainsi que les frais de justice du commandant. Pourquoi n’ai-je pas porté plainte pour l’étranglement ? Parce que c’est la police qui m’agresse et que l’on porte plainte chez la police. Parce que j’ai déjà essayé, suite au coup de poing que je me suis pris au visage pendant la manifestation contre la loi travail et que c’est finalement moi qui suis condamné pour « Rébellion ». D’ailleurs, j’ai aussi été accusé de rébellion le jour où je me suis fait étrangler mais finalement je suis relaxé de ce chef d’inculpation le jour du procès. Pourtant je gesticulais des bras et des jambes cachant mes mains et essayant de m’échapper ! Ceci est le fruit d’un pacte silencieux qui s’est fait naturellement de manière inconsciente. Tu ne dis rien sur mon étranglement, je ne te poursuivrai pas pour rébellion. Mais si tu oses le dénoncer, la bande organisée gendarmesque se fera un plaisir de porter une atteinte à la vérité pour sauver l’honneur du commandant. Retrouvez-ici le compte rendu de l’audience.

Sans l’amnistie par le parlement (grâce à l’article 133-9 code pénal) des condamnations de ces 3 procès illégitimes ainsi que le désistement de l’appel du parquet pour la clôture de l’ANDRA, je n’accepterai pas de me rendre dans ce que l’on nomme avec ignorance justice. Ayant vécu dans leur enceinte l’acharnement et le mensonge embelli sous le vocabulaire pompeux de la judiciarisation, mon dégoût m’amène aujourd’hui à ne plus vouloir goûter à leur injustice. Je choisi la cavale. J’aurai préféré ne pas jouer ce jeu du chat et de la souris. Mais que voulez vous, je ne suis qu’une souris, ne soyez plus chat.

Je tiens à préciser que je refuserai l’amnistie ou la grâce si elle est délivrée par Macron. C’est un arriviste élu pour 2 raisons. La première est qu’il existe un rapport entre le temps de passage à la télévision et le résultat des élections, comme Macron vient de la finance et que la majorité des médias appartiennent aux riches, la propagande médiatique est à son avantage. La deuxième est qu’il a servi de barrage au FN, chose bien triste car mieux que le bulletin de vote par dépit il existe le pavé de Paris. On peut en faire de bonnes barricades et c’est un magnifique projectile qui nous permet de ne pas faire de compromis.

Entre le président ou le parlement, j’opte donc pour la moins mauvaise des solutions comme dirait Nicolas Hulot sur Bure, malgré sa conviction antérieure « Cigéo je dis non ». À l’instar de ce ministre de l’environnement, l’amnistie ne me fera pas retourner ma veste. Je continuerai à dire que le pouvoir est à détruire et non à conquérir. Et si un jour je ne le pense plus, ne m’écoutez plus et fuyez loin de moi. D’ailleurs, n’attendez rien de moi, attendez tout de vous. Aucun représentant, soyons nos propres maîtres·se·s.

Considérant les révoltes et grèves actuelles contre la politique du gouvernement macron, si une révolution venait à arriver, celle-ci permettrait peut-être, comme cela s’est déjà vu historiquement, l’amnistie des prisonniers politiques et donc l’abandon des condamnations. Et qui sait, l’agitation gagnera peut-être aussi l’Allemagne !

Gendarmes, policiers, juges et gouvernants, en l’attente de vous voir quitter votre position oppressive et dominatrice.
En l’attente de vous voir la quitter soit par vous même, soit par la contrainte révolutionnaire.
Veuillez accepter ce modeste présent, ces quelques mots que je jette à la gueule des puissants. Puissiez-vous me retrouver ou avoir la sagesse, abandonnant ces procès inutiles, de me laisser venir à vous.

Que l’éclat de la vérité triomphe sur l’obscurité des préjugés.
Que l’insurrection vienne.
Force aux 6 personnes encore incarcérées actuellement en Allemagne suite aux manifestations du G20.
Force aux victimes des violences policières si souvent invisibilisées ou stigmatisées.
Mort à la propagande d’État
Mort à l’oppression
Mort aux privilèges
Vive la liberté
Vive l’anarchie

L’anarchie n’est point le chaos, mais comme disait Proudhon "l’ordre sans le pouvoir".

À ne pas manquer : le documentaire d’Arte « Une histoire de l’anarchisme » [9] de Tancrède Ramonet pour chasser le brouillard entourant l’idéal.

Lisons, osons nos rêves et demain sera beau.

PS : Il y a une manifestation le 16 juin à Bar-le-Duc contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure. Vu le mandat d’arrêt, je ne compte pas prendre le risque d’y aller. Mais vous, peut-être que vous avez cette chance de pouvoir manifester !

Il y a un projet fou à enterrer et une forêt à protéger.

Loïc

Contact : loiccitation@riseup.net (possibilité d’échanger avec une clé pgp mais les flics savent quand même à qui vous écrivez)



Notes

Sartrouville (Yvelines) : La saison de la chasse commence

Publié le 2018-06-15 08:25:03

Le Parisien / jeudi 14 juin 2018

Une caméra de vidéosurveillance a de nouveau été victime de vandalisme, à Sartrouville, mercredi soir. Vers 21 h 30, l’appareil installé avenue de l’Europe, dans le quartier des Indes, a été mise hors service par des tirs de carabines.
C’est l’agent municipal qui supervise les caméras de la ville qui a donné l’alerte, après avoir vu un homme vêtu de sombre, le visage dissimulé et porteur d’une arme de type carabine tirer sur une caméra.
Arrivés sur place, deux véhicules de police ont reçu des projectiles, émanant d’un groupe d’une cinquantaine d’individus. Il n’y a pas eu de blessé, ni de dégât. Il n’y a pa eu également d’interpellation.

Saint-Etienne : Enedis à pied

Publié le 2018-06-15 08:26:02

France Bleu / jeudi 14 juin 2018

Ce jeudi matin, les responsables d’Énédis dont découvert qu’une grosse partie de leurs voitures d’intervention étaient inutilisables. Les pneus à plat. 43 voitures ont été dégradés avec un, deux ou trois pneus crevés à chaque fois.
Pour la police, les faits se sont déroulés entre 18h mercredi soir et 6 h ce jeudi. Les investigations sont en cours. La société a fait constater ces dégradations par huissier et a porté plainte très rapidement. Le préjudice est en tout cas conséquent.

Des faits qui devraient augmenter la tension entre la direction d’Énédis et les syndicats. Le site est en grève depuis mardi. Une grève nationale ou les électriciens d’Énédis dénoncent la suppression de 2 500 postes (dont 150 dans la région) et la fermeture annoncée de 30 % des sites au niveau national pour 2021-2022.  Selon la CGT deux sites sont menacés dans la Loire, ceux de Firminy et Montbrison

Roybon (38940) rispostes anti autoritaires

Publié le 2018-06-15 08:31:11

indtmedialille 13/06/18

Depuis le début de l’occupation du bois des Avenières en décembre 2014, plusieurs attaques contre les occupant.e.s ont eu lieu :

Suite à ces attaques, deux personnes responsables de plusieurs des agressions citées ont été cueillies au matin du mercredi 6 juin en sortant de leur domicile. L’une a été tabassée et son véhicule saboté. L’autre a pu s’échapper et sa moto a été incendiée.

L’après midi même des perquisitions ont eu lieu, des personnes ont été arrêtées puis relâchées.

Il est possible de rendre la peur à celleux qui exercent l’oppression par profession ou par désir.

Solidarité avec les occupant.e.s de la forêt de Roybon !

Que les ripostes anti-autoritaires fleurissent !

Maison forestière de la Marquise, ZAD de Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

Corbeil-Essonnes (Essonne) : « Encore une défiance contre l’Etat »

Publié le 2018-06-15 12:38:04

Le Parisien / Vendredi 15 juin 2018

Une voiture de police banalisée du commissariat de Corbeil-Essonnes a été incendiée ce vendredi matin, peu avant 10 heures. Un homme à vélo aurait été vu déverser un liquide sur le véhicule, avant de continuer son chemin. Puis il serait repassé et aurait mis le feu. En voyant les fumées sur leur écran de caméra, les policiers sont sortis avec un extincteur pour maîtriser le sinistre. « Encore une défiance contre l’Etat sur le département ! dénonce le syndicat Alliance. Nous dénonçons cet état de danger permanent, y compris dans les commissariats. »

Madrid (Espagne) : Attaques contre des agences immobilières pour le mois de défense des squats.

Publié le 2018-06-15 12:39:02

Contra Madriz / jeudi 14 juin 2018

Le mois de mai s’est terminé par des attaques contre des agences immobilières dans différents quartiers de Madrid. L’objectif c’est de frapper ces entités capitalistes qui font partie de la structure spéculative du capitalisme et de l’État. Ces derniers temps nous sommes témoins d’une double stratégie de désactivation et de récupération des squats de la part du système : renforcement des lois à l’encontre du squat et augmentation des expulsions, et en parallèle, la recherche de l’abandon à travers la négociation et la légalisation possible de certains lieux. Ces tentatives de récupération essaient de saper l’action directe et la remise en question de la propriété privée, bases qui cimentent le squat, comme armes de lutte et d’attaque contre les logiques du Pouvoir.
L’attaque est simple et facile, tout en étant nécessaire. Les sabotages et les actions ont toujours accompagné la parole et la propagande comme armes des anarchistes dans la lutte contre toute forme d’autorité et d’exploitation. Contre les processus d’embourgeoisement des quartiers, leur contrôle social, leur vidéo-surveillance et la militarisation des rues. Contre leur répression, la destruction de la terre, l’aliénation
quotidienne dans les centres de travail et d’étude. Contre les logiques dominantes de ce système pourri, leurs langages et plans, nous n’engageons pas de dialogue. L’action et la lutte, sans médiation avec l’État, sont la seule voie.

Nous revendiquons par conséquent d’avoir brisé des vitrines à l’aide de marteaux, et fait d’autres attaques sur des agences immobilières, à Vallecas, Tetuan, Carabanchel et plusieurs quartiers du centre.
Cette fois nous avons seulement visé des vitrines d’agences immobilières, mais des responsables directs comme la police sont aussi sur notre liste. Vos coups continus, humiliations, expulsions, arrogance, perquisitions … votre existence, ne resteront pas sans réponse. Et nous n’oublions pas non plus ces gestionnaires de la misère que sont les mairies, et c’est avec un sourire complice que nous saluons la visite nocturne du local de Marea Atlántica [NdT : un parti politique de gauche qui se dit «mouvement citoyen »] à la Corogne.

Courage pour tous ceux/celles qui luttent.
Vive l’anarchie !

*****

NdAtt. : O pourra lire aussi, sur Sans Attendre Demain, d’attaques précédentes contre la propriété immobilière et pour les occupations.

Ode au cmdo

Publié le 2018-06-15 22:15:02

J’ai un beau costume
Et un nœud papillon
J’suis pour les coutumes
Et a la pref’ j’irons

Refrain:
Je signe, je signe
Car je suis un veau
Et tous les veaux signent
Gloire au CMDO

Le matin a la prefecture’
Je m’en vais poser
Triste et taciturne
Mon petit dossier

Refrain

Qu’importe la liste
Des lieux légaux
Qu’importe la liste
Que crève le CMDO

Refrain et fin

Affiche : En lutte contre les frontières !

Publié le 2018-06-16 08:42:03

En lutte contre les frontières !

Surfant sur l’apathie du plus grand nombre, le fond de l’air xénophobe et les agissements de groupes fascistes, le pouvoir étend son arsenal répressif_(doublement de la durée maximale de rétention, agrandissement des CRA, assignations à résidence, PRADHA etc.), et multiplie les coups de pression envers des individus solidaires afin de dissuader toute velléité d’entraide et de révolte.

L’armée est déployée dans les Alpes depuis plusieurs années, en renfort des patrouilles de la PAF et de la gendarmerie. Ces sales uniformes quadrillent les zones frontalières à grands renforts de drônes et d’hélicoptères pour traquer les indésirables. Ils multiplient les contrôles sur les routes et dans les gares, les perquisitions aux domiciles hébergeant des personnes migrantes, poussant celles-ci à emprunter des chemins toujours plus périlleux.

Ces charognes sont responsables de la mort de milliers de personnes, que ce soit lors du passage de frontières soi-disant « naturelles » (Méditerranée, Alpes, Manche), de leur enfermement ou de leur expulsion.

Rafles dans les transports et harcèlement policier à l’œuvre dans certains quartiers participent des mêmes logiques autoritaires et capitalistes, visant à dégager les pauvres des centre ville. Les urbanistes tiennent à faire « place nette » pour les touristes friqués, les investisseurs et les entrepreneurs « cools ».

Et voilà que se développe en PACA un « pôle d’excellence » concentrant des centaines d’entreprises, de laboratoires de recherche publics ou privés (etc.) qui travaillent, entre autres dégueulasseries, sur la sécurité intérieure et la surveillance des frontières. Les crapules qui mettent au point drônes (servant aux frappes « ciblées », à surveiller les frontières, les manifs ou les infrastructures dites « sensibles ») et logiciels de traitement des images (permettant la détection des comportements « suspects ») pullullent tout autour de nous, à portée de crachat. À moins de s’en prendre aux hôtels hébergeant les condés, aux boîtes impliquées dans la construction, la gestion des CRA, PRADHA, CAO… ou de tenter de mettre des bâtons dans les roues des contrôleurs et autres uniformes, partout où on les croise?

Pour s’attaquer aux Etats et leur volonté de contrôle total des populations, au racisme mortifère et au capitalisme qui broie nos vies, il est temps de développer des dynamiques de lutte sans concession.

Des passages de frontière aux tentatives d’empêcher les expulsions, des (complicités d’) évasions à la solidarité vis à vis des révoltes qui secouent régulièrement les centres de rétention, des attaques visant les rouages de la machine à enfermer et à expulser à celles dirigées contre les développeurs de technologies de mort… Autant de cibles que de manières de… Déchaînons la liberté !

Aquarius : qui spécule sur la peau de 600 personnes ?

Publié le 2018-06-16 08:43:21

Au milieu de la Méditerranée flotte un bateau avec 629 naufragés, dont 123 mineurs non accompagnés, 11 enfants, 7 femmes enceintes. Deux articles concernant Aquarius, le bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée la semaine passée.



Deux articles concernant Aquarius, le bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée la semaine passée. Le premier a été publié en italien sur infoaut.org le 11 juin 2018, traduit par renverse.co et ses amiEs

Au milieu de la Méditerranée flotte un bateau avec 629 naufragés, dont 123 mineurs non accompagnés, 11 enfants, 7 femmes enceintes.

Trois patrouilleurs de la Garde côtière italienne avaient effectué, samedi, les premiers secours dans les eaux internationales avant de transférer tout le monde sur le bateau de SOS Méditeranée, Aquarius, sur ordre du centre de coordination de Rome. Hier, dans la presse, le ministère de l’Intérieur et des Transports (dont dépend la Garde côtière) a annoncé l’interdiction d’accoster à Aquarius dans un port italien. Une fois de plus, les corps de migrants deviennent une monnaie d’échange, deviennent un enjeu politique, deviennent des armes dans les mains cyniques de nos dirigeants.

Comme prévu

Retour en arrière. En février 2017, le ministre démocratissime Minniti avait décidé de financer des bandes libyennes pour retenir les flux dans d’immenses camps de concentration sur le continent africain et alimenter le marché aux esclaves où un homme s’achète pour 400 dollars, où des personnes sont enlevées et détenues jusqu’à ce que leur famille paie une rançon, où toutes les formes de violence et d’abus composent la vie quotidienne de milliers de personnes venues d’Afrique subsaharienne. Comme il l’a déclaré quelques mois plus tard, Minniti aurait conclu cet accord car “il avait vu venir Luca Traini [1]. En bref : pour éviter les massacres racistes, il était essentiel de réduire le nombre de noirs en circulation en Italie. C’est le fameux effondrement du nombre des débarquements sur lequel les membres du Parti démocrate ont fait campagne, prétendant avoir déjà réalisé ce que Salvini propose de faire (après tout, il y a ceux qui utilisent les bulldozers “sans propagande” [2]

La situation a changé de manière significative à la fin du mois de mai. Quelques quotidiens ont discrètement donné la nouvelle. Prétextant un « manque de carburant », la « Garde côtière libyenne » - en réalité l’un des nombreux groupes paramilitaires qui contrôlent le pays mourant de l’ère post-Kadhafi - a cessé de patrouiller sur les côtes nord-africaines, et a donc cessé d’empêcher les départs. Le changement de gouvernement en Italie a-t-il fait tomber l’interlocuteur de l’accord ? Est-ce que la « Garde côtière libyenne » profite de l’occasion pour augmenter ses gains ? Quoi qu’il en soit, nous constatons une augmentation notable des débarquements. A gauche, on se réjouit. Les promesses du contrat gouvernemental ne sont que des salades, l’opposition à la coalition 5 Stelle-Lega viendra des marchés, de l’Europe et des flux migratoires.

Mais quelque chose de tragiquement évident s’est produit. Sur la situation qui s’est créée ces dernières semaines, Matteo Salvini a décidé d’élaborer une campagne médiatique qui lui permet de dégager un consensus et de s’imposer dans la compétition désormais constante de « pragmatisme » avec son « allié », le mouvement Cinq Étoiles. La fermeture des ports est annoncée à coup de photographies, tout en avançant l’exigence ridicule que Malte (une petite île avec autant d’habitants que Gênes...) "prenne ses responsabilités". Attaque contre l’UE, campagne sociale préparée contre "le business de l’accueil" et la "nouvelle traite". À gauche, des données et des chiffres sont lancés pour démontrer que si 2 + 2 font 4, alors il n’y a pas trop d’immigrés en Italie. Un appel à la charité humaine et à l’ouverture est lancé. Des maires progressistes, De Magistris à leur tête, annoncent leur volonté d’accueillir des migrants.

Le camp de réfugiés de l’Europe ?

L’Italie a vécu pendant des années l’arrangement combiné de deux situations distinctes. Le premier est celui du système de Dublin, qui prévoit que le pays d’arrivée doit retenir tous les demandeurs d’asile jusqu’à la fin de la procédure qui leur accorde ou non le statut de réfugié. C’est cette situation qui nourrit le système d’accueil italien, non pas un système d’intégration mais de contrôle, non le développement de la solidarité mais un dispositif de sélection des « bons immigrés » pour l’Europe du Nord, alors que les « rebuts » deviennent des esclaves utiles dans la chaîne du Made in Italy, dans les champs de tomates où Sako est mort et dans toutes les industries qui exigent une main-d’œuvre très bon marché, encadrée dans des bidonvilles gérés directement par les préfectures. La deuxième situation résulte de la volonté du gouvernement italien, entamée en 2014, de prendre en charge tous les débarquements de personnes en direction de l’Europe. Ce sont les années où Renzi est allé demander de la flexibilité à l’Europe pour ses 80 euros [3], les années du "Migration compact" [4] où la gestion de la question migratoire était considérée comme un atout stratégique pour relancer les investissements italiens en Afrique et se repositionner dans l’espace européen.

Il est clair que Salvini n’a pas l’intention d’attaquer le système européen d’exploitation économique des flux migratoires dont « le business de l’accueil » n’est qu’un rouage, et dont la Lega est complice. En général, il est clair que pour Salvini le problème n’est pas l’exploitation des migrants (il suffit de penser au fait qu’en Italie, un migrant en situation irrégulière sur cinq est un aide soignant qui s’occupe de la prise en charge des personnes âgées, sans aucun droit et dans une situation de chantage total). Les objectifs de Salvini sont entièrement différents. Accroître son pouvoir de négociation sur la table européenne à partir de la gestion du flux minimal mais sur-médiatisé de migrants qu’est celui des demandeurs d’asile. Mettre dos au mur le Mouvement 5 Étoiles, sur une question qui bénéficie d’un très large consensus que les adeptes de Beppe Grillo ont contribué à créer : la remise en questions des ONG et des sauvetages en mer. La politique habituelle en somme, sauf que tout cela se fait sur les dos de plus de 600 naufragés qui fuient l’enfer libyen.

Une dernière observation. Tout le discours de Salvini se base sur la matérialité d’une condition, celle des chômeurs et pauvres autochtones d’abord, mais aussi celle des migrants que Salvini dit vouloir sauver de l’exploitation et « l’esclavage ». Même si une réaction éthique face à cette merde qui cause la souffrance et l’humiliation de centaines de personnes est essentielle, il est urgent d’opposer un discours qui n’est pas seulement un appel à l’humanité et à la solidarité ou qui se limite, chiffres à l’appui, à la déconstruction du sens commun.

Aquarius, l’effroyable symbole

Article publié sur le blog La plume de l’enfant du siècle le 14 juin 2018

Depuis lundi, l’Union Européenne et plus particulièrement Malte, l’Italie, la France et l’Espagne sont au cœur d’une polémique effroyable, le genre d’évènements qui vient rappeler si besoin était l’inhumanité dont est capable l’être humain. L’Aquarius, ce bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée qui sauve des exilés de la noyade, est effectivement au cœur d’une tempête politico-diplomatique avec à son bord 629 personnes dont une bonne part de mineurs isolés et de femmes enceintes. Le nouveau ministre de l’intérieur italien – et dirigeant du parti d’extrême-droite la Ligue (ex-Ligue du Nord) – Matteo Salvini a en effet refusé d’accueillir le bateau dans un port italien, rejetant la responsabilité de l’accueil du navire sur Malte.

En expliquant que c’était à la petite île d’accueillir le bateau de SOS Méditerranée, Matteo Salvini a indéniablement réalisé un coup de force à la fois à destination de son électorat et de l’Union Européenne. Tout au long de la campagne italienne, le leader de la Ligue s’est appliqué à parler des exilés en des termes déshumanisants et racistes. Désormais au pouvoir, Salvini a mis en place ce qu’il avait annoncé et par la même occasion s’est échiné à envoyer un message aux autres pays européens, réactivant la crise au sein de l’union à propos de cette question. Malgré la proposition de la Corse d’accueillir le navire, c’est finalement l’Espagne et Valence qui ont ouvert leurs portes à l’Aquarius et aux exilés qu’il transporte. En ce sens, il ne me parait pas exagéré de voir dans l’Aquarius un triple symbole : celui du cynisme du gouvernement français, celui de l’hypocrisie à la fois du gouvernement et d’une bonne part de la société en France mais aussi celui de la démission définitive de l’UE.

Au royaume du cynisme

Emmanuel Macron s’est empressé de fustiger la réaction italienne de ne pas ouvrir ses ports à l’Aquarius. Dénonçant « la part de cynisme et d’irresponsabilité » du gouvernement italien, le monarque présidentiel s’est attiré les foudres du gouvernement et d’une partie de la société transalpins. La déclaration du locataire de l’Elysée a ceci d’intéressant qu’elle en dit bien plus sur lui et la politique que mène son gouvernement que sur les actes italiens en eux-mêmes. J’y reviendrai en deuxième partie mais il n’est en effet pas nécessaire de caractériser l’action du gouvernement italien tant celle-ci saute aux yeux. En revanche, l’empressement et la sévérité avec laquelle Monsieur Macron a jugé celui-ci témoigne selon moi d’une volonté de se laver les mains, de se poser en Ponce Pilate de l’UE.

Malgré la situation dramatique, il est effectivement très compliqué pour ne pas dire impossible de ne pas pouffer ou réprimer un haut-le-coeur à la lecture de la déclaration du monarque présidentiel. On est tenté de lui rappeler que son gouvernement, et donc lui-même, a refusé de porter secours à l’Aquarius pour ne « pas créer de précédent » ou que son ministre de l’intérieur a affirmé sur un ton narquois que les exilés faisaient un « benchmark » pour choisir leur destination avant de partir mais tout cela il le sait déjà et c’est en cela que le cynisme se trouve bien plus assurément de ce côté des Alpes. Lorsqu’il dénonce la part de cynisme et d’irresponsabilité d’un gouvernement étranger, il fait preuve d’un cynisme odieux quand lui-même et son gouvernement font voter une loi qui étend la durée de rétention administrative par exemple.

L’hypocrisie triomphante

Le corollaire quasi-direct de ce cynisme est sans conteste l’hypocrisie triomphante qui parcourt notre société. Ladite hypocrisie est d’ailleurs fermement reliée au sentiment de supériorité dont certains se prévalent de ce côté des Alpes. Dépeints en affreux racistes et fascistes, les Italiens seraient des monstres sans cœur et sans compassion quand les Français, au contraire, aurait rejeté l’extrême-droite dans un élan de compassion et de volonté de progrès. C’est peu ou prou le storytelling qui se met en place dès lors que l’on évoque les politiques liberticides, autoritaires et applaudies par l’extrême-droite que mènent Emmanuel Macron et sa caste depuis plus d’un an.

Cette manière de se placer en haut de son Aventin pour faire la morale aux autres peuples européens coupables de mal voter parce que leurs suffrages se dirigent vers des partis d’extrême-droite est assurément l’un des points les plus saillants de la présidence macronienne. Peu importe si dans le même temps, les idées d’extrême-droite sont au pouvoir avec Gérard Collomb à l’intérieur et si le Rassemblement National (anciennement FN) a voté une part non-négligeable des articles de la loi Asile et Immigration. Alors oui Matteo Salvini est le dirigeant d’un parti d’extrême-droite qui applique une politique d’extrême-droite. Lui, au moins, l’assume comme tel et ne convoque pas je ne sais quel sophisme pour ne pas se regarder dans une glace. La France a fait barrage à l’extrême-droite et au fascisme se plait-on à raconter en Macronie. Si faire barrage c’est emprunter les mots, les idées et la politique de l’extrême-droite alors celle-ci a de beaux jours devant elle dans notre pays. De la même manière que l’hypocrisie.

Le naufrage de l’UE

Le dernier symbole que représente l’Aquarius est sans conteste celui de la démission et du naufrage de l’Union Européenne. Incapable de penser une politique globale d’accueil des exilés, la machinerie de Bruxelles a progressivement démissionné et laisser les pays méditerranéens à leur sort sans daigner écouter leurs doléances ou imposer la solidarité entre pays européens. L’arrivée au pouvoir de la Ligue, la politique qui est menée actuellement en Italie ainsi que les tensions actuelles entre pays européens ne sont pas le fruit d’un quelconque hasard ou d’une suite d’évènements fortuits. Elles sont au contraire la conséquence logique, presque nécessaire au sens philosophique du terme, de la politique d’abandon qu’a menée l’UE à l’égard des pays méditerranéens face à l’arrivée d’exilés, en particulier l’Italie et la Grèce.

Il n’y a en effet guère de hasard à voir dans ces deux pays des partis fascistes prospérer tant les autres pays de l’UE les ont abandonnés à leur sort alors même que l’urgence humanitaire imposait une politique solidaire au sein de l’Union. Le fameux statut des « dublinés » – qui postule qu’un exilé doit s’enregistrer dans son pays d’arrivée et que les pays suivants où il réside peuvent le renvoyer dans ce pays là – a conduit à la mise en place de politiques cyniques et hypocrites de la part de l’ensemble des pays. L’Italie laisse par exemple certains de ces exilés traverser le pays sans les arrêter s’ils souhaitent quitter le pays afin de ne pas avoir à instruire leur demande d’asile par la suite tandis que la France à l’inverse chasse les exilés même mineurs pour les renvoyer en Italie et qu’ils s’inscrivent là-bas. Finalement ce que nous avons vu progressivement se mettre en place face à la démission de l’UE est la résurgence des égoïsmes nationaux et des réflexes nationalistes effrayants. Il est aisé de crier en chœur « plus jamais ça » sitôt qu’un documentaire sur les nazis ou le franquisme est diffusé. Il est plus compliqué et courageux de mettre en place les éléments permettant effectivement que cela ne se produise plus.

Dans le drame actuel de l’Aquarius, ce sont les gauches espagnoles qui ont restauré quelque peu notre humanité balafrée par les égoïsmes nationaux. Il fallait au moins cela pour ne pas que le cimetière qu’est devenue la Méditerranée accueille de nouvelles dépouilles. De ce côté-ci des Pyrénées, certains sont demeurés bien silencieux à gauche sur la question, ce qui est presque plus dramatique que la politique menée par l’Italie ou par Macron. Quant à nous, simples quidams attachés aux valeurs de solidarité, de fraternité et d’internationalisme il est de notre devoir de nous lever contre ces pratiques racistes. Peut-être un tel engagement massif est-il une utopie. Mais si nous ne le tentons pas, alors nous serons réellement perdus. Et nous mériterons notre sort.



[1Luca Traini a ouvert le feu plusieurs fois le 3 février 2018 contre des personnes d’origine étrangère en Italie

[2Utiliser les bulldozers “sans propagande” fait référence à un épisode en 2015 où Salvini portait un t-shirt de bulldozers faisant référence aux campements de roms et en même temps le maire de Firenze se vantait de ne pas porter de t-shirt de propagande car il avait pour de vrai mis à la rue 800 personnes en 11 expulsions, et cela “sans propagande”

[3bonus fiscal de 80 euros mensuels pour 10 millions d’Italiens

[4Plan “d’aide au développement africain”, c’est-à-dire plan d’aide aux investissements italiens en Afrique

Chaque banque est une toile vierge

Publié le 2018-06-16 17:46:05
Juin 162018
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Dans la nuit du 14 juin, des artistes qui désirent rester anonymes ont apporté une contribution au festival MURAL 2018. L’oeuvre est une application post-moderne d’acrylique à l’extincteur sur fenêtre de banque de 15 pieds par 8 pieds. Plus spécifiquement, nous avons aspergé le devant de la Banque nationale sur le boulevard Saint-Laurent avec un extincteur rempli de peinture noire.

Il est évident que la politique, à la fois celle de politicien.ne.s du G7 et d’activistes progressistes, est un cul-de-sac. Le problème, c’est de trouver comment agir à la place. Nous décidons d’expérimenter en confrontant ce qui commodifie toutes les facettes de nos vies. Nous avons vu l’état depenser des centaines de millions pour des dispositifs de sécurité pour un spectacle/sommet qui est peu connecté à nos vies et nos luttes à long terme. Au lieu de tomber dans ce piège, nous préférons agir là où les flics ne s’y attendent pas. Nous continuerons de le faire.

Solidarité avec les anarchistes qui subissent de la répression à Québec, à Montréal, à Hamilton, et partout ailleurs.

– Des casseurs

Bar Le Duc ( 55000) manifestation du 16/06 contre l’enfouissement à Bure des déchets nucléaire

Publié le 2018-06-17 15:36:03

3500 personnes réunies dans une manifestation festive et offensive.
Entre 10 et 12 interpellations dont une relâchée.

A nouveau une démonstration de la possibilité de s’organiser contre ce projet d’enfouissement de déchet nucléaire inutile et dangereux, en utilisant des tactiques différentes et complémentaires.

Peu de temps après le démarrage de la manifestation, environ 150 personnes — selon la préfecture — vêtues de noir et cagoulées sont apparues dans le milieu du cortège, ont tagué des murs et cassé les vitrines d’une société de BTP et d’une société d’expertise et tagué des murs.

Des manifestants s’en sont ensuite pris à deux agences bancaires où ont eu lieu de brefs heurts avec des CRS et des gendarmes mobile, contre lesquelles ont été lancées des pierres et des fumigènes.

au niveau du nombre de personnes interpellées, on serait à une quinzaine. 4 pendant la manif, 1 avant, les autres pendant la soirée (jusqu’à 2 heures 30 du matin). Elles sont suivies de garde à vue. Un certain nombre de personnes est déjà ressorti.

Il y a au moins une comparution immédiate lundi au TGI de bar le duc, probablement il y en aura d’autres.

Plus d’informations sur la journée:

https://manif-est.info/Journee-de-mobilisation-du-16-juin-2018a-Bar-le-Duc-657.html?sens_maj=-1

A cela on peut rajouter les nombreuses fouilles, vérif d’identité, suspension de permis liés à la présence policière et leur réquisition.

selon plusieurs sources d’articles et aussi ici by Sans_Attendre

Et la pendaison du nucléocrate pour finir cette journée colorée et destructrice:

 

 

 

Nuit chaude

Publié le 2018-06-17 18:23:04
Juin 172018
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Par une récente nuit de juin, un bâtiment de Ciment McInnis crame aux abords de l’abominable cimenterie de Port-Daniel, ne laissant derrière lui qu’un squelette calciné. Ce feu brule pour nos coeurs humiliés. Que les cendres retournent à ces terres qu’illes ont dévastées impunément et les arbres reprendront le reste.

Paris : le retour du procès de la lutte contre la machine à expulser

Publié le 2018-06-17 21:52:02

L’ironie de cette date, est que ce procès de la lutte contre la machine à expulser se tiendra 10 ans jour pour jour après la révolte au cours de laquelle des sans-papiers avaient incendié le plus grand centre de rétention du pays, celui de Vincennes (22 juin 2008).

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, les visites inamicales dans les boutiques d’Air France, de la SNCF et de Bouygues que l’Etat entend faire payer huit ans plus tard à quelques-un.e.s, s’étaient d’ailleurs justement déroulées le 17 mars 2010, quelques heures après la condamnation de dix sans-papiers à des années de prison ferme pour cette révolte incendiaire.

Rendez-vous donc le 22 juin 2018 à 13h30 pour ce procès…

…Aujourd’hui comme hier, feu à toutes prisons, continuons de saboter la machine à enfermer et à expulser !