June 18, 2024
A former employee indicted Monday is accused of intentionally setting a fire earlier this month at the Amazon Fulfillment center in Union near the Dayton International Airport.
From Mainstream Media
June 18, 2024
A former employee indicted Monday is accused of intentionally setting a fire earlier this month at the Amazon Fulfillment center in Union near the Dayton International Airport.
From Mainstream Media
Indymedia Nantes / samedi 22 juin 2024
Depuis le jeudi 30 mai 2024, un compagnon anarchiste se retrouve derrière les barreaux en Catalogne.
Abel attendait la réponse du Tribunal Suprême (ndt: équivalent de la cour de cassation) à l’appel qu’il a fait de sa condamnation à 3 ans et 9 mois de prison pour violences aggravées, la circonstance aggravante étant la « haine idéologique ». Son affaire commence en 2018 : JUSAPOL, un syndicat de keufs d’extrême droite, a appelé à une manif à Barcelone, et une contre-manif antifasciste a eu lieu en riposte. Après la manif, un nazi qui portait un T-shirt d’Arjuna, un groupe de RAC (rock against communism) est tombé dans les escaliers de la station de métro Urquinaona. Abel est accusé d’avoir été le complice de la personne qui l’a poussé. Depuis, notre compagnon affrontait une condamnation de plusieurs années de prison et une responsabilité civile de plus de 10 000 €.
Tout le long de ce processus de plus de cinq ans, le groupe de soutien d’Abel a pointé les vrais coupables de ce qui est désormais un rendu définitif. D’un côté, JUSAPOL, le syndicat d’extrême droite de policiers nationaux et gardes civils (ndt: l’équivalent des gendarmes), qui a appelé à la manif d’octobre 2018. Le but de cette manif était de célébrer la répression des forces de l’ordre lors du 1er octobre. De l’autre, nous pointons du doigt les Mossos d’Esquadra (ndt: la police catalane), le Parquet et la Juge chargés de monter cette affaire en utilisant avec la plus grande fermeté tous les outils à leur portée. Notamment, nous évoquons la persécution politique contre le compagnon à partir de son signalement comme anarchiste dans les fichiers policiers, ce qui a justifié que la circonstance aggravante de « haine » dans l’agression d’un fasciste soit retenue lors de son procès. Finalement, n’oublions pas le rôle de Prosegur (la boîte de vigiles du métro) dans la surenchère du récit qui a mené à la condamnation de notre compagnon.
Les prisons du territoire occupé par l’état espagnol enferment encore une fois un anarchiste qui vient s’ajouter à la longue liste de celleux qui sont enfermé·es ailleurs dans le monde pour leur insoumission face au Pouvoir. Tout cela a eu lieu le même jour que les députés ont voté la loi d’Amnistie : un coup de com’ pour masquer le caractère répressif de l’État. Mais notre tristesse ne nous fera pas reculer, car nous savons bien que la lutte ne s’arrête pas même lorsque le système nous place de l’autre côté du mur. En ce moment, Abel est kidnappé dans le C.P. de Brians (Sant Esteve Sesrovires) et nous cherchons à couvrir ses besoins plus immédiats et à prendre soin de lui et de ses proches.
Dimanche 9 juin une manif est allée de la gare de Martorell jusqu’à la taule de Brians pour faire sentir à Abel notre soutien, lui montrer qu’il n’est pas seul et réchauffer son cœur. Nous appelons à la solidarité active, à rompre avec la normalité, à organiser et à coordonner la riposte.
Aussi, samedi 22 juin nous appelons à nous retrouver à Barcelone, aux jardinets de Gràcia, parce que nous avons plein de raisons pour prendre la rue et parce que le seul langage que le Pouvoir peut comprendre est le conflit. À partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin, dans chaque cri et dans chaque étincelle, dans chaque action :
Amour pour l’anarchie et haine envers la répression
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La Catalogne a connu depuis 2010 un fort mouvement indépendantiste. Le 1er octobre 2017 le gouvernement catalan, indépendantiste, a organisé un référendum sur l’indépendance de la Catalogne contre l’avis du gouvernement espagnol, qui l’a considéré illégal et a ordonné aux flics, tous drapeaux confondus, de saisir les urnes et d’empêcher le vote. Les Mossos d’Esquadra, qui dépendent du gouvernement catalan, l’ont fait sans violence, tandis que ceux qui dépendent du gouvernement espagnol – les policiers nationaux et la Guardia Civil – ont tabassé les gens qui défendaient les bureaux de vote. La violence des charges et la diffusion d’images de gens éborgnés ou avec la tête en sang ont augmenté la haine d’une part de la population catalane envers les flics espagnols. En parallèle, le nationalisme espagnol s’est réaffirmé et une partie de la population encourageait les flics qui partaient pour la Catalogne à défoncer les séparatistes.
Après ce référendum et une déclaration d’indépendance aussitôt annulée, plusieurs ministres du gouvernement catalan ont été emprisonnés et d’autres se sont enfui en Belgique ou en Suisse. Pour avoir organisé ce référendum, iels ont été condamné·es à des peines jusqu’à 11 ans de taule.
Si en 2017 la police catalane jouait à l’équilibriste et recevait encore des ovations de nombreux indépendantistes (on pouvait entendre « voici notre police » ), sa répression des mobilisations de 2018 et surtout d’octobre 2019 a mis en évidence que, en dépit du drapeau, un flic reste un flic et défend toujours la loi – espagnole, donc. Suite à la condamnation des membres du gouvernement catalan, en octobre 2019 des énormes émeutes ont secoué la plupart des villes catalanes, et quelques villes d’autres régions. Elles ont signifié le moment où une partie de la rue échappait au contrôle des orgas nationalistes. Il n’était plus question de demander une meilleure démocratie (ou en tout cas, plus seulement), mais d’exprimer la haine de la police – catalane et espagnole -, de saisir l’occasion pour piller les magasins, et, parfois, d’attaquer les infrastructures. Lors des procès de manifestant·es, la police catalane s’est rajoutée comme partie civile et a enfoncé le clou de la répression.
Aujourd’hui, le gouvernement espagnol, de gauche, a besoin de l’appui des partis nationalistes catalans pour gouverner. Ceux-ci ont négocié en échange l’amnistie des réprimé·es. Cette catégorie est bien sûr floue et large, car pour des bons démocrates, organiser un référendum n’est pas la même chose que caillasser un condé ou fracasser un faf. Cette loi vise avant tout à permettre le retour des politiciennes exilé·es, et il n’est pas clair comment elle s’appliquera à des personnes jugées par des tribunaux ordinaires pour des délits ordinaires. Dans le cas d’Abel, une partie de l’indépendantisme, de l’extrême gauche à l’extrême droite, essaye de récupérer son affaire, dans la mesure où le faf était un nationaliste espagnol qui soutenait une manif de flics espagnols. Depuis son incarcération, de nombreux articles de la presse bourgeoise parlent de lui comme un « prisonnier politique », un « indépendantiste », ou un « antisystème », en précisant rarement qu’il est anarchiste. En tant qu’anarchistes, notre haine pour les flics et les fafs doit être claire, peu importe la couleur de leur drapeau.
Ces dernières semaines, dans le cadre de la compagne Il y a plein de raisons en solidarité avec les inculpé.es pour les manifs du 1er mai 2022 et 2023 et récemment aussi en solidarité avec Abel, différents sabotages ont eu lieu en Catalogne et à Madrid. Le 18 juin, cinq compagnons ont été arrêtés à Barcelone et mis en examen pour « groupe criminel » (association de malfaiteurs), dégradations et « obstruction à la justice » en lien avec des sabotages de distributeurs de banque.
(Traduit de l’anglais de Rose City Counter-Info, 22 juin 2024)
Cette semaine, les câbles métalliques qui retenaient un pylône électrique en bois ont été sectionnés, et le pylône s’est penché.
Cette action a été menée en espérant qu’il tombe plus tard et provoque une coupure de courant.
Aujourd’hui, l’électricité est un élément crucial du pouvoir de l’État, du capital, et de la destruction écologique.
Aussi petite soit cette attaque, le secret est de commencer.
Solidarité avec le groupe Volcan.
Switch off! the system of destruction
Paris : quatorze détenus évadés du centre de rétention administrative de Vincennes
Le Parisien/France Bleu, 23 juin 2024 (extrait)
Dans la nuit de vendredi à samedi, quatorze étrangers se sont échappés du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes (Paris XIIe). Leur évasion n’a pas été détectée jusqu’à ce dimanche matin, lorsque l’un des fuyards a été interpellé lors d’un contrôle puis placé en garde à vue.
Le visionnage de caméras de vidéo-surveillance et une inspection menée dans le centre ont permis aux forces de l’ordre de constater l’ampleur des fugues. Vers 3 heures du matin, dans la nuit du 21 au 22 juin, les individus ont découpé un bout de grillage au niveau du toit d’un des espaces extérieurs du centre de rétention.
Le 25 décembre dernier, onze hommes en attente d’expulsion s’étaient déjà évadés du CRA de Vincennes, deux jours après que le lieu avait été le théâtre d’incendies volontaires de matelas dans une chambre de rétention. Là encore, les retenus avaient découpé le grillage de protection
reçu par mail / mercredi 19 juin 2024
En début de ce mois-ci, nous avons reçu une alerte très inquiétante qui nous a tou.tes surpris. Amadeu Casellas était dans le coma, aux soins intensifs. Quinze jours plus tôt, Amadeu nous avait appelé.es pour nous prévenir qu’il était malade et qu’il était sorti de prison pour aller à l’hôpital, où il devait rester jusqu’à la fin de la semaine.
On l’a soigné et quand il allait mieux on lui a prescrit un traitement et on l’a renvoyé « à la maison », de sorte qu’il a dû retourner en prison.
Amadeu était dans un régime de semi-liberté, il sortait de prison pour travailler et y retournait les week-ends.
Nous ne connaissons pas les raisons médicales de cette hospitalisation, mais il nous avait expliqué qu’il avait du mal à respirer et qu’il manquait d’air. Lors de cet appel, nous lui avons demandé si à l’hôpital ils avaient vu quelque chose, mais il nous a dit que la radiographie des poumons qu’on lui avait fait n’avait rien montré. Ce n’était pas la première fois qu’il avait une crise respiratoire ; auparavant, il y a plus d’un an et alors qu’il était en liberté, il a dû se rendre à l’hôpital pour des symptômes similaires, sans que la cause soit découverte.
Cette fois, ce n’est pas Amadeu qui nous a appelé.es. Et ce qu’on nous a dit, c’est qu’il semblait avoir eu une défaillance de plusieurs organes et que pour éviter un « effondrement », on l’a plongé dans le coma pour essayer de remettre en fonction ses organes.
Pendant que nous écrivons ces lignes, Amadeu est dans le coma depuis plus de dix jours. Pendant sa première semaine aux soins intensifs, on nous disait que sa situation était stable, un euphémisme médical qui explique peu ou rien. En ce moment, on nous dit qu’il semble récupérer peu à peu ses fonctions organiques et que, s’il continue comme ça, ils essaieront de le sortir du coma.
Nous présentons nos excuses pour notre silence à toutes les personnes qui se sont battues pour lui et qui attendent la libération d’Amadeu. Il nous était difficile d’expliquer ce que nous ignorions.
En tant qu’ami.es et compas d’Amadeu, nous n’avons pas d’accès direct aux informations médicales. On ne nous donne pas d’explications, ni d’informations sur l’évolution de son état, nous savons seulement ce que nous voyons en lui rendant visite aux soins intensifs ou ce que son entourage familial nous dit.
Ce n’est pas le moment de faire des spéculations. Nous réaffirmons notre colère, en sachant que la prison non seulement rend malade, mais qu’elle est aussi l’un des pires endroits pour tomber malade. Aujourd’hui, à plusieurs endroits de la péninsule, des initiatives ont été appelées pour dénoncer la négligence médicale dans les prisons. Des initiatives auxquelles nous nous associons inconditionnellement, en attirant l’attention sur la situation sanitaire actuelle, où une négligence médicale criminelle s’étend de plus en plus, dans les prisons. Ce processus misérable de privatisation rend les soins accessibles seulement à ceux/celles qui peuvent les payer.
Non seulement le système capitaliste rend malade dans les prisons et par l’exploitation par le travail, mais, par son agression systématique, il nous aliène aussi, nous privant de la capacité à réagir. La situation de négligence médicale s’aggrave chez les groupes vulnérables (ou qui ont subi des préjudices) et chez les personnes victimes de multiples formes d’exclusion, pour des raisons de classe sociale, de genre, de couleur de la peau, d’idées… Alors que nos vies deviennent de plus en plus précaires, il y a ceux qui font usage de leurs privilèges pour s’enrichir sans aucun scrupule, en nous dépouillant de tout droit et en transférant leurs responsabilités vers les classes laborieuses, appauvries et qui ont de plus en plus de difficultés à avoir une espérance de vie minimale.
Les conditions d’enfermement dans les prisons dépassent les murs et s’imposent dans l’ainsi-dite « société libre », on nous prive peu à peu de toute liberté et nous nous retrouvons accroché.es au système épuisant d’exploitation productive, tout en étant expulsé.es de nos quartiers, de nos habitations et en étant gardé.es comme dans une unité de soins intensifs, attaché.es à toutes sortes de technologies répressives, avec la promesse d’une vie meilleure… pour eux.
Amadeu était sur le point de sortir une nouvelle fois de prison. Mais ce système ne construit pas la liberté pour nous, il nous transfère d’une forme de privation de liberté à une autre. En ce moment, Amadeu est soumis à des tubes et des machines qui maintiennent ses conditions vitales, dans le coma et sans vie consciente. Amadeu attend qu’une fois de plus sa force le pousse à continuer.
La vitalité d’Amadeu est ce qui le libérera de cette nouvelle prison. Nous lui souhaitons et lui envoyons toute notre force, pour qu’il soit bientôt à nouveau avec nous dans la rue. Nous souhaitons que sa voix ne cesse de dénoncer ce système criminel qui, s’il ne te tue pas, te tue.
Amadeu, tu ne peux pas t’en aller maintenant. Il nous reste encore beaucoup à faire pour ouvrir la voie à ces formes de vie tant désirées, dans l’anarchie. Au-delà d’elles, il n’y a rien.
16 juin 2024
Comunicat Grup Suport d’Amadeu
Le 9 juin dernier, le RN arrive en tête des élections européennes. Dans la foulée Macron dissout l’Assemblée. Et hop ! Nous revoilà dans une période électorale intense. On pensait être tranquilles jusqu’en 2027 mais voilà qu’on nous bassine de nouveau avec des injonctions au vote et des discours culpabilisants et pacificateurs.


Le 9 juin dernier, le RN arrive en tête des élections européennes. Dans la foulée Macron dissout l’Assemblée. Et hop ! Nous revoilà dans une période électorale intense. On pensait être tranquilles jusqu’en 2027 mais voilà qu’on nous bassine de nouveau avec des injonctions au vote et des discours culpabilisants et pacificateurs.
Les manifs sauvages en réaction au score de l’extrême droite ont été en grande partie menées pour applaudir les représentants des partis de gauche et sont restées relativement inoffensives. L’essentiel de la conflictualité, pour une partie des manifestant·e·s, était même dirigée contre d’autres participant.e.s qui optaient pour des moyens d’actions moins consensuels (tags, casse, etc.)
Les résultats du jeu électoral sont imputés à celleux qui ne se prêtent pas au cirque des élections. Les manifs sont plus calmes que jamais et les perspectives émancipatrices sont réduites au vote pour le Nouveau Front Populaire. On nous fait croire qu’on n’a pas le choix, qu’il faut absolument s’unir derrière les espoirs électoraux qu’on nous impose. Mais s’unir implique de faire taire les envies de révolte, donc une part de soi. Nos désirs individuels de liberté sont dilués dans une supposée volonté collective d’un barrage. Aucune place pour la contradiciton, ni pour l’hétérogénéité. Les obsessions unitaires qui intoxiquent les esprits nous poussent toujours plus loin de l’émancipation de chacun·e.
Si les compromis, comme celui d’aller voter, sont des choix personnels qui peuvent se comprendre, « l’urgence » de la situation ne justifie pas de mettre en pause électorale les perspectives révolutionnaires.
La logique électorale nous place dans une position d’attente. Selon elle on ne pourrait rien faire d’autre pour lutter que de donner notre voix. En 2002 c’était la même rengaine, on voit bien ce que ça a donné depuis. Les idées réactionnaires, racistes, sexistes, patriotes, capitalistes semblent se consolider toujours plus.
On s’entend régulièrement dire « Voter prend juste une minute, ça n’empêche pas de lutter ». Cependant, participer à une campagne électorale prend plus qu’une minute. Et on nous bassine dès à présent pendant des heures d’arguments et d’idées sur les élections... La question qui se pose est donc celle de faire campagne pour le vote et/ou pour des partis, et pas celle de « mettre un papier dans une boîte une fois ».
Faire la campagne du Front Populaire, ça implique moins de choisir le « moins pire » entre deux pouvoirs que de défendre le pouvoir.
Faire campagne pour la gauche, c’est faire accepter l’instrumentalisation de nos luttes par des gens qui veulent s’acheter des voix et ont tout intérêt à maintenir plutôt que détruire ce monde en place, alors qu’il est nécessaire de le faire tomber.
Faire campagne c’est se satisfaire de la suppression partielle de lois (Kasbarian, immigration, retraites...). Mais il n’y aura jamais de bonnes lois. Restons hors la loi !
Bref, faire une campagne électorale, c’est forcément légitimer son résultat, la démocratie, donc le pouvoir ! Celui des riches sur les pauvres, du masculin sur le féminin, du colon sur les autochtones/colonisé.e.s, des patrons sur les employé·e·s, et ainsi de suite.
Refuser de faire une campagne, c’est réaffirmer que les lois et le pouvoir n’existent que par la répression. On ne va pas se les imposer nous-mêmes !
Refuser de faire campagne, ce n’est pas attendre le « grand soir » assis-e sur une chaise mais plutôt s’organiser selon nos perspectives, basées sur nos vécus, en dehors d’un calendrier électoral.
Refuser de faire campagne, c’est ne pas attendre l’utopie d’un changement qui viendrait d’un parti, d’une élection, pour entrer en conflictualité avec le pouvoir, l’État, les flics, bref, tout ce qui nous opprime et nous empêche d’être libres !
On pense notamment aux émeutier.ère.s en Kanaky, qui depuis plus d’un mois affrontent l’État francais pour reprendre prise sur leurs vies, sur une situation coloniale et économique qui les oppresse dans leur quotidien. Barrages, pillages, incendies, destructions de magasins, de lieux de travail, affrontements avec la police, sabotages d’infrastructures minières... Dans cette situation insurrectionnelle, la police de Macron (pas besoin d’être celle de Bardella) et les colons ont déjà tué plusieurs personnes.
Un an après les émeutes à la suite de la mort de Nahel, on pense aussi à des jeunes de Cherbourg qui sont sorti.e.s plusieurs soirs d’affilée pour affronter les keufs, incendier une agence France Travail et exprimer leur rage suite à la mort de Sulivan, assassiné par la police dans la nuit du 9 juin.
À l’heure où l’immigration devient un argument de campagne central dans le programme de plusieurs partis, comment ne pas rappeler que la gestion étatique raciste des personnes sans papiers ou sans les « bons » papiers n’a pas attendu le RN pour se mettre à l’œuvre. C’est bien Mitterrand qui a légalisé les centres de rétention administrative (CRA) et un ministre du Parti Socialiste qui a porté l’allongement de la rétention à 90 jours en 2018. Il y a toujours de plus en plus d’expulsions chaque année et, Ruffin nous farcit avant chaque élection de ses discours de protectionnisme du travailleur francais face au mondialisme. Les frontières ne seront jamais détruites par un quelconque pouvoir, qu’il soit de droite ou de gauche.
On a une pensée pour toutes les personnes enfermées en CRA et aux nombreuses évasions et tentatives d’évasions qui ont eu lieu ces derniers mois ! Force à elleux et à tout.e.s celleux qui luttent activement pour la destruction de ces lieux d’enfermement.
On pense aussi plus récemment aux manifs sauvages qui ont pu avoir lieu dans les luttes solidaires avec les palestinien·ne·s qui, bien que relativement tranquilles, ont pu faire déborder un cadre que l’on pensait chapoté par les organisations pro palestiniennes.
Sans parler des autres luttes autonomes existantes comme celles contre les Jeux olympiques 2024, la surveillance technologique, la gentrification, les lieux d’enfermement, les frontières...
Les élections ont cette faculté de nous mettre en pause vis-à-vis de ces perspectives et de détourner de ce qui peut bouleverser réellement l’ordre des choses : attaquer le pouvoir où qu’il soit et dans toutes les formes qu’il prend !
Pour notre part nous ne voyons qu’une solution : continuer à soutenir et à porter les perspectives révolutionnaires !
Attaquons l’État, le pouvoir et toutes celleux qui nous empêchent d’être libres, continuons à construire les solidarités entre nous et face à tout type de répression, les initiatives autonomes et tout ce qui nous permet de se confronter aux institutions et pratiquer l’entraide !!
Descendons dans la rue pour zbeuler les permanences de partis, tagguer sur les murs, se balader sauvagement pour exprimer notre rage, diffuser nos idées, proposons des assemblées autonomes auto-organisées et horizontales, coordonnées sur des bases claires, pour élaborer des réponses face à la situation actuelle sans attendre un programme quelconque qui ne sera jamais le nôtre !

Tract diffusé à Montreuil au côté de cette banderole
pour télécharger le pdf :

Ça m’étonne de voir des militant.e.s d’habitude prompt.e.s au modernisme (genre « nous avons des solutions innovantes pour les luttes d’aujourd’hui » sans jamais parler de l’histoire des luttes, de leurs inspirations, de leurs limites...) cultiver soudainement la nostalgie du Front Populaire. Ça me ronge d’autant plus que cette stratégie peut participer d’autant plus à préparer le nationalisme français à préparer l’obéissance pour les guerres à venir et à canalyser les luttes émancipatrices dans un idéal d’étatisation comme l’a été le Front Populaire de 1936. Les « acquis sociaux » du Front Populaire sont justement les bases sur lesquelles le capitalisme de la seconde moitié du 20e en Europe a pacifié la société et les perspectives révolutionnaires par la consommation de masse et la protection sociale d’État, nous rendant dépendant.e.s de l’ordre établi. Raison de plus pour ressortir des textes anarchistes d’époque et raviver des traditions révolutionnaires qui manquent. Dans tous les cas, ce sont les industriels et les militaires, nécessaires à l’ordre capitaliste, qui tirent les ficelles.
Certaines formules peuvent être problématiques. Pour autant j’ai fais le choix de ne pas les supprimer pour conserver le texte d’origine.
Sources : https://archivesautonomies.org/
Sommaire :
1 : « L’envers de la politique » (Terre Libre N°3 - Juillet 1934)
2 : « »Front populaire« égale : Front national » (Terre Libre N°16 - Août 1935)
3 : « Editorial : Revalorisation ou expropriation - Pour en finir avec le capitalisme d’Etat, etc. - A. P. » (Terre Libre N°18 - Octobre 1935)
4 : « Le Front Populaire mène à tout » (Terre Libre N°29 - Février 1937)
5 : « Front populaire... Corporatisme - Sanzy » (Terre Libre N°31 Mai 1937)
6 : « De la lutte révolutionnaire à l’Union sacrée antifasciste – Attruia » (Terre Libre N°45 – 28 Janvier 1938 et Terre Libre N°46 – 11 Février 1938)
1 : L’envers de la politique
Terre Libre N°3 - Juillet 1934

2 : « Front populaire » égale : Front national – Terre Libre
Terre Libre N°16 - Août 1935
« En tête du cortège figureront le drapeau tricolore pris comme emblème des traditions révolutionnaires française... »
(Humanité, du 29 Juin 1935)
Révolution prolétarienne d’une part, guerre et fascisme de l’autre, telles sont les alternatives inéluctables où se trouve acculée la société aujourd’hui.
Opposer la révolution prolétarienne à l’agonie irrémédiable du système démocratique bourgeois, au fascisme et à la guerre, telle est la ligne directrice invariable pour les révolutionnaires conséquents.
Mais les partis ouvriers actuels posent autrement le problème : « Renoncez au fascisme, demandent-ils à la bourgeoisie, et nous renonçons à la révolution. »
Ils abandonnent alors plus ou moins ouvertement leur programme primitif et ne cherchent plus de solution que dans le maintien à tout prix du régime démocratique bourgeois, qui pourtant, parce que capitaliste, prépare la guerre et laissera la voie libre au fascisme.
Les avantages démocratiques, qui sont l’objectif suprême du Front Populaire, ne résident exclusivement, que dans la possibilité qu’a aujourd’hui la classe ouvrière de les utiliser pour ses buts révolutionnaires en les défendant par la lutte armée.
Mais le Front Populaire refuse la lutte armée, et les milices ouvrières. Il met toute sa confiance dans les délégations suppliantes auprès des ministres et préfets.
La « délégation permanente » des parlementaires et anciens ministres de gauche, devient l’état-major de la soi-disant « lutte antifasciste. »
Daladier et Pierre Cot sont, aux côtés de Maurice Thorez, les leaders applaudis du Front Populaire, ceux que l’Humanité du 7 février 1934 voulait mettre « au poteau », traitait de « fusilleurs », et qui n’étaient et ne sont que bourgeois peureux, prêts à laisser place, « dans l’intérêt de la nation », aux troupes et au gouvernement de La Rocque-Doumergue.
Le Front Populaire a pour ligne directrice, la peur du fascisme. Et le grand capitalisme agite cet épouvantail pour amener au service de sa politique les radicaux ainsi que les partis ouvriers qui se déclarent prêts à soutenir ou à constituer un ministère traître de défense républicaine. Préparer, par l’union sacrée, la guerre baptisée « démocratique » et « anti-hitlérienne », imposer aux travailleurs des mesures de déflation et plus tard de dévaluation, c’est dans ce but que la bourgeoisie entend utiliser le Front Populaire et peut-être le porter au gouvernement.
Et c’est par un tel discrédit des partis ouvriers qu’elle facilitera la propagande de masse du fascisme et son avènement au pouvoir.
Les couches travailleuses, surexploitées et affamées par la crise, cherchent une issue, votent à gauche en masse, et croient trouver un libérateur dans le Front Populaire qui, sous la direction des bourgeois de gauche à la Herriot-Daladier, les conduit à la capitulation, à la guerre et les paralyse devant le fascisme.
QUE FAIRE ALORS ? COMMENT REAGIR ?
En dénonçant la duperie du Front Populaire !
En dénonçant les délégations diplomatiques des gauches, les manifestations tricolores.
En organisant, par contre, des équipes ouvrières armées et autonomes pour écraser les équipes fascistes.
En opposant au Front Populaire électoraliste, parlementaire et gouvernemental, des Comités de travailleurs décidés à l’action directe.
En organisant sur le terrain syndicaliste une minorité révolutionnaire capable d’impulser et diriger les luttes grévistes à venir.
En maintenant face à Staline et à Blum-Zyromsky la lutte révolutionnaire dans notre propre pays !
TERRE LIBRE [1]
Notes
[1] Le présent appel, sauf modifications des quatre derniers paragraphes est la reproduction d’un manifeste de l’Union Communiste, 10, rue Juillet, Paris 20e.
3 : Editorial : Revalorisation ou expropriation - Pour en finir avec le capitalisme d’Etat, etc. - A. P.
Terre Libre N°18 - Octobre 1935
Revalorisation ou Expropriation
Il n’est bruit en ce moment que des exploits du Comte Dorgères et de ses chemises vertes.
Les gros bonnets du « Front Paysan » ne se contentent pas d’asseoir des fortunes sur l’exploitation économique des travailleurs de la terre. Il ne leur suffit pas de percevoir fermages, redevances et corvées ; d’embaucher à des salaires de misère une main-d’œuvre qu’ils envoient crever sur la route sitôt la récolte passée ; de se faire intermédiaires d’achat ou de vente, régulateurs des cours à leur profits, usuriers, marchands d’engrais, etc. Il leur faut encore poursuivre l’exploitation politique de la paysannerie, obtenir d’elle le soutien de toutes les œuvres d’abrutissement (églises, patronages, écoles chrétiennes), en tirer des voix aux élections, des sièges au parlement, une influence dont ils pourront trafiquer à leur profit, des équipes de chiens de gardes volontaires pour défendre leurs propriétés et leurs châteaux, des équipes de choc pour mener la chasse à l’instituteur révolutionnaire, au prolétaire conscient etc. pour le compte du maître et du curé.
En un mot, M. M. Dorgères et sa compagnie entendent être servis non seulement pendant les heures de travail, mais nuit et jour. Il leur faut des « fourches » paysannes pour battre les fossés et empêcher de chanter les grenouilles du « Front Populaire » dont les croassements pourraient troubler leur sommeil. Et tout cela, ils le paient en promesses, en paroles, en boniments que l’Etat sera chargé, paraît-il, de transformer en réalités... Pour cela, le « Front Paysan » exige du gouvernement la « revalorisation » des produits agricoles.
Qu’est-ce que la revalorisation ? C’est la vie chère organisée. C’est le pain à quatre francs le kilo, le lait à trois francs le litre, le vin à trente sous la chopine, et ainsi de suite. C’est la hausse des prix à 300, 400% au-dessus des prix mondiaux. Résultat ? La misère installée à chaque foyer, non seulement d’ouvrier, mais de paysan travailleur, de métayer, de vigneron, etc. Le paysan achètera très cher sa nourriture et ne vendra guère mieux sa récolte. Tout le profit ira dans les coffres des gros : minotiers, spéculateurs, marchands de terre. Seul vivra, à peu près bien, le paysan qui produit tout lui-même, ne vend presque rien, et n’achète presque pas aux boutiques. Celui-là, d’ailleurs, se tirerait aussi bien d’affaire si les prix tombaient à zéro. Mais, il n’est plus, malheureusement, qu’une exception. L’exploitation capitaliste a forcé le cultivateur ou le vigneron à se spécialiser ; il achète presque toute sa nourriture, et sera la première victime du renchérissement. Par contre, le gros propriétaire, en maintenant les salaires à l’ancien tarif, verrait s’améliorer ses affaires, ses bénéfices s’accumuler et son domaine s’étendre. Qu’importe à M. Dorgères le prix du pain qu’il mange : il n’a pas à suer pour le gagner, et passerait-il vingt-quatre heures par jour à ingurgiter du champagne et des truffes en joyeuse compagnie, qu’il n’en serait pas moins riche au bout de l’an ! La seule chose qu’il craigne, et la seule chose qui puisse rendre le paysan libre et heureux, c’est la reprise des terres accaparées par les parasites sociaux, c’est l’expropriation paysanne !
Pour en finir avec le Capitalisme et l’Etat
« Diviser pour régner » est la devise des politiciens. Le capitalisme ne vit que de l’opposition entre la ville et la campagne.
En réalité, quiconque propose la revalorisation au paysan travailleur comme moyen de salut économique, cherche tout simplement à le rouler au profit des gros bonnets, des intermédiaires et des politiciens, tout en l’opposant à l’ouvrier des villes afin d’éviter la révolution. Or, justement, l’ouvrier et le paysan ne peuvent se sauver de la misère, de l’esclavage et de la guerre qu’en supprimant leurs propres exploiteurs et en travaillant sans intermédiaires ni propriétaires, chacun pour tous et tous pour chacun. L’ennemi commun c’est l’Etat, et le Capitalisme, et c’est ce que ne veulent admettre ni les politiciens de droite groupés dans le Front Paysan, ni ceux de gauche, qu’ils soient radicaux, socialistes ou « communistes ».
Le « Front paysan » prétend bien combattre l’Etat par le boycott de l’impôt, mais seulement pour s’opposer aux gouvernements républicains ou socialistes, les mettre en difficulté et les remplacer par un gouvernement de hobereaux et de curés, qu’il faudra alors payer rubis sur l’ongle. Il prétend aussi être l’ennemi d’un certain capitalisme bancaire, cosmopolite, impérialiste, qu’il appelle le « gros capitalisme ». Ce mauvais capitalisme-là, M. M. Dorgères et Cie prétendent le supprimer pour le remplacer par celui des châteaux, des grands moulins, des sucreries et des nitrates. Tout cela est fort bien dit, mais le capitalisme impérialiste n’est pas une pièce détachable qu’on puisse séparer du capitalisme en général comme on change une roue à une charrette. Le « gros » capitalisme impérialiste et bancaire est le produit naturel du développement d’une maladie sociale qui s’appelle le capitalisme des fermes et des fabriques et pour en finir avec la mauvaise herbe, il ne suffit pas de couper les fleurs, il faut mettre en l’air la racine. La racine, c’est l’accaparement du sol et des subsistances, qui force les déshérités à louer leurs bras, et permet aux gouvernements et aux possédants d’accumuler du profit. Tous les maux de la société actuelle découlent de là comme de source, et l’on ne peut parer à l’un sans aggraver l’autre. Ce qu’il faut,, c’est l’abolition complète du système capitaliste pourri, par la révolution sociale.
Les mensonges du réformisme
« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres », a dit l’Écriture.
C’est précisément ce qu’ont oublié les prétendus révolutionnaires de gauche et d’extrême-gauche. Les léninistes et les socialistes prétendent aussi réformer le capitalisme en lui enlevant sa « superstructure » impérialiste et bancaire pour la remplacer par un capitalisme d’Etat. L’exploitation du travail humain continuerait, mais les intérêts des politiciens et bureaucrates passeraient avant ceux des hommes d’affaires. En réalité, politiciens, bureaucrates et hommes d’affaires forment une seule et même clique, dont il n’y a rien à attendre de bon, soit que les politiciens s’improvisent hommes d’affaires, et réciproquement, soit que chacun reste dans sa spécialité, en partageant à l’amiable les fonctions et les profits. Exactement comme Dorgères et son état-major, Renaud-Jean et les Compère-Morel sont d’infâmes démagogues qui ne combattent l’Etat que pour mieux s’en emparer, et le capitalisme que pour mieux en partager les profits. Ils s’entendent d’ailleurs comme larrons en foire sur le dos des travailleurs de toutes catégories, et la preuve, c’est qu’ils ont formé ensemble le « Bloc Rural » qui a pour unique article de son programme la revalorisation par l’élévation des droits de douane.
Cette revalorisation, nous l’avons vu, serait fatale aux pauvres gens de toutes sortes dont les communistes et socialistes se prétendent les défenseurs, et qui n’auraient plus d’autre ressource que de crever de faim devant les greniers pleins et les caves bondées, si la revalorisation avait lieu. De tous côtés les réformistes aux abois ne présentent donc que tromperie et mensonge. Au vigneron, on parle de faire monter le prix du vin et descendre celui des pommes-de-terre. Au cultivateur, on dit exactement l’inverse. A l’ouvrier des villes et au fonctionnaire on promet une baisse générale de la vie avec augmentation des salaires et traitements. Au contribuable, un dégrèvement des impôts et l’équilibre du budget. Avec tout cela, pas mal de ses messieurs s’intitulent anti-parlementaires... et n’ont rien de plus pressé que de se porter candidat à la Chambre des Députés.
« Paysans ! à vos fourches ! » qu’ils disent, les Compère-Morel, les Dorgères et les Renaud-Jean. Le jour où les dupes se réveilleront, les fourches pourraient bien trouver d’elles-mêmes le chemin de certains derrières en mal de fauteuils ministériels. En attendant, camarades paysans, lisez les. brochures et les journaux des anarchistes. Vous verrez que seuls entre tous, ils n’ont jamais cherché à vous tromper, à profiter de vous en vous flattant ou en prétendant exercer en votre nom une dictature quelconque. Ils ne veulent ni places, ni profit. Ils vous demandent seulement d’être des hommes.
Unité ouvrière tricolore
L’Unité ouvrière peut se faire de deux manières ; soit par solidarité autour de l’avant-garde combattante, par ralliement successif des masses laborieuses et misérables aux exemples et aux initiatives partielles du prolétariat révolutionnaire ; soit par abdication de toute action directe, de toute lutte réelle, de toute autonomie de classe, en acceptant les cadres du régime politique et social actuel, et en prenant position pour la défense de la « nation » bourgeoise.
La C. G. T. et la C. G. T. U. qui représentent la minorité « organisée » du prolétariat auraient pu faire l’unité et entraîner avec elles la majorité « inorganisée » en prenant ouvertement position pour les mouvements spontanés de Brest et de Toulon, et en les élargissant jusqu’à la grève générale. Elles ont préféré lancer des appels au calme et à la dignité et faire vibrer la corde républicaine-patriotique du Front Populaire.
Or, qu’est-ce que le Front Populaire ? C’est une coalition parlementaire qui s’étend de M. Cachin, bolchéviste, à M. Archimbaud, leader de l’Alliance Démocratique, le parti de Raymond Poincaré. Cette coalition représente la version de gauche de l’Union Sacrée, dont le Front national n’est que la version de droite. Le Front Populaire est, dans son contenu politique, la reproduction exacte du gouvernement Viviani qui a déclenché la guerre de 1914, et son avènement entraînerait un redoublement des risques de guerre en Europe.
En s’intégrant à l’équipe politicienne qui dirige le Front Populaire, la C. G. T. et la C. G. T. U. prennent parti pour le drapeau tricolore, contre notre camarade Chevalier assassiné à Brest. Ils prennent parti pour M. Régnier (ministre radical-socialiste des finances et créateur des décrets-lois) contre les victimes prolétariennes des décrets-lois. Ils prennent parti pour M. Paganon (ministre radical-socialiste de l’Intérieur, chef direct des forces de police qui ont ouvert le feu sur la foule à Brest et à Toulon) contre les familles et les camarades des ouvriers tués. Ils prennent parti pour l’Etat, contre le Peuple.
L’Unité ainsi conçue signifie la capitulation de toute opposition révolutionnaire à la dictature confédérale de Jouhaux, l’homme du 4 août 1914. C’est le sauvetage du capitalisme avec l’aide des bureaucraties syndicales (plan de la C. G. T.) ; c’est l’organisation du pays en vue de la guerre, avec le concours assuré de cette même bureaucratie.
Qui gouvernera demain ?
Le ministère Laval est impopulaire. Aussi impopulaire que le fut en Allemagne le ministère Brüning (dont les « Notverordnungen » furent l’équivalent allemand des « décrets-lois »). Cela signifie que la difficulté n’est pas grande de trouver une majorité pour le renverser. Ce qui est difficile, c’est de gouverner à sa place. Le pouvoir use rapidement les partis et les hommes, en ces temps de pénitence fiscale et de crise économique et chacun hésite à s’en saisir avant d’avoir rassemblé l’appareil de contrainte politique qui lui permettra de le garder ensuite, quoiqu’il advienne.
Pour l’instant, du Front populaire et du Front national, c’est à qui ne touchera pas au ministère. Chat échaudé craint l’eau froide. Dans un camp l’on se remémore la rapide faillite du Cartel, dans l’autre le faux départ du 6 février. Quant aux radicaux rosâtres, en proie à une sorte de panique chronique depuis la fessée administrée à Herriot, ils ne savent à quel saint se vouer et font bien piteuse figure.
C’est sur eux cependant que le parti communiste, devenu le chef de toutes les gauches, compte pour assurer la succession ! Jamais la comédie politique n’a été ravalée à de plus basses turlupinades.
De l’extrême droite à l’extrême gauche personne n’a le courage de ses opinions. Plus exactement : personne n’a plus d’opinion. Il n’existe ni plans, ni programmes : rien que des trucs publicitaires et des combines de couloirs.
Le Front Populaire n’est en somme qu’une deuxième édition du Bloc des gauches, agitant une démagogie nationale-jacobine. Les travailleurs en attendent du travail, du pain et des libertés. Il est capable de leur donner n’importe quoi d’autre pour se maintenir au pouvoir, depuis des discours et des insignes jusqu’à du plomb et des coups de crosse, en passant même par un « fascisme de gauche » et la guerre avec l’Allemagne. Quant à du travail, du pain et des libertés, il faudra repasser. La plus belle garce du monde ne peut donner que ce qu’elle a.
Les droitiers soi-disant Fascistes n’ont actuellement ni le courage ni la force d’engager une partie décisive. Ils n’ont de révolutionnaire que le nom. Leur ignorance du mouvement ouvrier, leur sénilité rageuse et radoteuse de margoulins et de vieilles culottes de peau, montre bien qu’ils ne sont en réalité que de vieux réactionnaires regonflés, le parti des « honnêtes gens » bien pensants.
Un vrai fascisme national-socialiste, s’appuyant sur le dégoût de la politique traditionnelle, le mécontentement profond des masses populaires et le désir d’en finir avec certaines castes de profiteurs désignés comme boucs émissaires du régime, ce fascisme-là n’existe encore qu’en germe. Le passage au pouvoir du Front populaire lui donnerait toutefois d’énormes possibilités de développement en recrutant à la fois à droite et à gauche tous les éléments déçus par ses devanciers. A notre avis, le seul antidote à une pareille mixture, qui déjà se prépare sous forme de combinaisons personnelles. c’est le développement suffisamment rapide d’un mouvement antiparlementaire et fédéraliste des ouvriers et des paysans dans le sens révolutionnaire et libertaire. C’est aussi la seule issue réelle à la crise et à tous les maux du régime.
Faire payer les Riches ?
Belle formule électorale pour un gouvernement de Front Populaire ! — Belle formule, oui, mais rien de plus, car son application né change rien au système actuel. Pour que paient les profiteurs, il faut qu’ils fassent des profits. Pour qu’il y ait des riches, il faut que les pauvres soient exploités. Tout système fiscal basé sur la conscription des grosses fortunes repose donc, en dernière analyse, sur l’exploitation capitaliste des pauvres.
Le Roi-Soleil ou les Empereurs romains ne l’ignoraient pas, eux qui laissaient les « traitants », les « fermiers généraux » et les « proconsuls » se gonfler d’or aux dépens de leurs peuples, en attendant le moment de presser ces « éponges », et de faire tomber une part de cet or dans le trésor royal.
Mussolini qui confisque les excédents des profiteurs, et Huey Long, qui propose de limiter les fortunes au chiffre de cinq millions de dollars, savent très bien que pour pouvoir « prendre l’argent où il est », il faut d’abord donner aux capitalistes les moyens de l’amasser (plus exactement : de le voler au prolétariat). Et c’est ce qu’ils font.
En fait, tout gouvernement, même se réclamant du socialisme, est forcé de tenir compte des intérêts des riches, de leur puissance, de leur bon vouloir. Il se fait le gardien des grosses fortunes, même s’il en exige une partie pour la peine ; il se fait le complice de l’exploitation tout en percevant sa dîme sur les profits, à la manière des gangsters américains.
Aussi ne s’agit-il pas de changer de gouvernement, mais d’en finir avec un système social qui exige un gouvernement pour se maintenir, étant fondé sur l’oppression et sur le brigandage. Le jour où il n’y aura plus d’Etat pour assurer aux accapareurs de la richesse sociale la possession de leurs biens injustement acquis, il n’y aura plus ni riches ni pauvres. Et réciproquement, s’il n’y a plus ni pauvres ni riches, aucun besoin ne subsistera d’établir entre les uns et les autres une police défendant la propriété ou des privilèges de classe.
Egale liberté pour tous, égale contribution de travail au service de la communauté. De chacun selon ses moyens et facultés, à chacun le nécessaire pour jouir de la vie. Voilà la seule solution !
« Neurasthénie du bâton »
Dans un discours à la Jeunesse Hitlérienne, prononcé à Nuremberg devant cinquante mille jeunes gens des deux sexes, le Führer allemand a déclaré que l’éducation nationale avait pour but l’endurcissement des jeunes. Il ne s’agit pas d’amollir les corps en ornant les esprits : « II s’agit de savoir combien de kilomètres on peut faire, combien de coups on peut recevoir. »
Etre dur à soi-même et dur aux autres, prêt à marcher jusqu’à la mort, ou à crever sous la schlague sans desserrer les dents, voilà donc l’idéal nazi de l’enfance et de la jeunesse (qu’elle soit masculine ou féminine). Cet idéal est celui de l’ancienne Sparte, et si barbare qu’il puisse être, reconnaissons qu’il est capable d’enthousiasmer toute une génération. Dans l’antique Lacédémone, il se trouvait chaque année des adolescents, garçons et filles, pour se soumettre volontairement à l’épreuve patriotique du fouet sur l’autel de Diane, dans le seul but de démontrer leur force d’âme. Cette épreuve continuait jusqu’à un signe du patient, et bien souvent celui-ci laissait la torture se poursuivre jusqu’à son dernier souffle, au milieu de l’admiration générale (et probablement aussi d’une certaine exaltation érotique).
Il va de soi qu’un long entraînement est nécessaire pour atteindre de pareilles performances. Aussi les châtiments corporels à l’école et dans la famille, une brutalité impitoyable dans les rapports des enfants entre eux sont maintenant partie intégrante de l’éducation au « Troisième Reich ». Sadisme dans les rapports avec les inférieurs, les méprisés, les « hilotes » ; masochisme et sacrification de soi-même devant les supérieurs, les gradés, les maîtres de l’Etat : telle est la tendance psychologique du fascisme et de tous ses succédanés (y compris la dictature du prolétariat).
A nous de prouver que l’on peut, tout au contraire, être un « dur », un combatif, intraitable à toute oppression, ennemi farouche des maîtres, et se montrer tendre et secourable à tous les opprimés, fraternel envers ses égaux, généreux et loyal pour l’adversaire abattu en qui nous reconnaissons un semblable. Cela, c’est la psychologie de l’anarchisme : une transfiguration de l’homme par l’orientation nouvelle de ses passions coïncidant avec une révolution dans les rapports humains.
Disponibilités !
La presse vendue essaie de légitimer les entreprises mussoliniennes de brigandage sous prétexte que les éthiopiens sont incapables de faire fructifier les richesses « disponibles » de leur sol.
Richesses disponibles ? Oui, les fièvres, le manque d’eau, la famine, le choléra. Lorsque les 500.000 chemises noires en excédent en Italie (et dont le Duce semble vouloir se débarrasser à tout prix) auront empesté de leurs cadavres l’air, les eaux, le sol de l’Ethiopie et que les sujets du Négus de leur côté en auront fait autant (l’aviation « civilisée » ayant détruit les villages, les oasis, les récoltes et le bétail, selon l’exemple français de Taza et du Tafilalet)...
Richesses disponibles ? Oui, lorsque les fontaines auront été empoisonnées, les montagnes déboisées, la terre arable emportée par les pluies, les fleuves changés en torrents, les ponts coupés, voies détruites, le pays transformé en cimetière. ...Après tout, n’est-ce pas ce que souhaite le capitalisme ? Chacun sait qu’il se détruit chaque année, rien qu’aux Etats-Unis, dix fois plus de plantes de coton que n’en produira jamais l’Abyssinie. Et d’autre part, si l’on mure les puits de pétrole, au Texas, à quoi bon en percer d’autre en Afrique ? Ne vaut-il pas mieux les laisser... en disponibilité. Il est vrai que gaspiller un tiers des richesses du monde, et utiliser le deuxième tiers à la destruction du troisième, c’est toute la logique du système. Mussolini a tort de se plaindre de ce que ses confrères en impérialisme ne veulent lui concéder que des déserts. Un désert, c’est du travail tout fait. Et puis, qu’y a-t-il de plus « disponible » qu’un désert ?
4 : Le Front Populaire mène à tout
Terre Libre - N°29
Février 1937

5 : Front populaire... Corporatisme - Sanzy
Terre Libre - N°31
Mai 1937

6 : De la lutte révolutionnaire à l’Union sacrée antifasciste – Attruia
Terre Libre N°45 – 28 Janvier 1938 et Terre Libre N°46 – 11 Février 1938
Depuis que le régime capitaliste est entré dans la crise qui l’étreint depuis 1929, il apparaît de plus en plus aux yeux de tous que, pour en sortir, il n’y a que deux façons : la guerre pour la bourgeoisie, la révolution pour le prolétariat.
Malheureusement. à l’encontre de ce que d’aucuns pouvaient espérer, le prolétariat, trompé par ses « dirigeants », loin de prendre le chemin de la révolution, est en train de prendre, au contraire, celui qui mène à la guerre.
En effet, depuis quelque temps, il n’est plus question, dans les milieux ouvriers, que de la lutte antifasciste. Or, quand on sait que le fascisme est déterminé par l’évolution même du régime capitaliste, on se rend compte que la lutte antifasciste n’est que le prétexte qui permet à la bourgeoisie républicaine et démocratique de sauver son régime agonisant et de préparer, avec le concours des partis et organisations qui se réclament de la classe ouvrière, la guerre antifasciste.
Mais, penseront certains, il y a tout de même encore les anarchistes qui, eux, ne marchent pas. Eh bien, qu’ils se détrompent car, en dehors de l’union sacrée antifasciste acceptée et défendue en Espagne par les dirigeants anarchistes, il existe désormais en France une organisation, la SIA, « qui porte en elle tous les espoirs... » Et le premier meeting qu’elle vient d’organiser nous en fournit la preuve : plus de 10.000 personnes y assistèrent. Affluence qui, pour ainsi dire, ne s’était jamais vue dans un meeting organisé par des anarchistes.
Mais il faut qu’on sache que « la SIA est au-dessus des tendances » et cela explique tout. D’autant plus que la SIA ne se propose pas d’organiser la révolution, mais simplement d’apporter une aide efficace en faveur de l’Espagne antifasciste. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si elle obtient tant de succès : quand on abandonne la lutte révolutionnaire contre l’Etat capitaliste, le succès ne peut manquer de vous sourire...
Mais, dira-t-on, aucun révolutionnaire ne saurait se prononcer contre la solidarité envers l’Espagne antifasciste : et alors ? Eh bien, rappelons à ceux qui semblent l’oublier complètement que, pour un révolutionnaire, et surtout un anarchiste, il ne s’agit pas de lutter pour la défense de la démocratie bourgeoise contre le fascisme, mais contre l’État capitaliste, que celui-ci soit démocratique ou fasciste. C’est en partant de ce point de vue que nous refusons de marcher dans la guerre antifasciste que les États démocratiques préparent contre les États fascistes. Car il nous semble que, même affublé de l’étiquette démocratique, la bourgeoisie n’en demeure pas moins l’ennemi de classe du prolétariat qu’elle exploite et affame avec son État « démocratique » aussi bien que peuvent le faire les bourgeoisies des pays fascistes. Et même, pour être exacts, nous devons dire qu’elle le fait plus librement puisque, comme on sait, dans les pays fascistes, l’État a un droit de contrôle sur l’économie de la nation qu’il n’a pas en régime démocratique. Ceci dit, l’on comprendra que nous refusions de nous laisser entraîner comme un vil troupeau à la boucherie impérialiste que notre ennemi de classe prépare de plus en plus fébrilement avec le concours des « dirigeants défenseurs » de la classe ouvrière...
Au moment où l’on prépare l’opinion à l’acceptation de la guerre antifasciste, les révolutionnaires ne devraient pas se lasser de rappeler qu’aussitôt celle-ci déclenchée, les « libertés démocratiques » dont nous jouissons seront abolies et qu’ainsi, partant pour défendre la démocratie, le prolétariat combattrait sous l’égide de l’État non plus démocratique, mais... dictatorial, c’est-à-dire fasciste... Ce qui démontre que la guerre antifasciste n’est qu’une TROMPERIE à laquelle seuls les naïfs peuvent se laisser prendre. Malheureusement, nous aurons de plus en plus mal à nous faire entendre, car même l’Union Anarchiste a, sur cette grave question, une position contradictoire : d’un côté, elle affirme : « Pas de défense nationale en régime capitaliste », et de l’autre, elle crie : « Aide à l’Espagne antifasciste ! » On oublie simplement de nous dire, et pour cause, que la guerre antifasciste d’Espagne est dirigée par l’État capitaliste resté DEBOUT et que les prolétaires sont envoyés à la mort pour le défendre. Bien entendu, ceux qui refusent de se faire tuer pour une cause qui n’est pas la leur : on les fusille ; et les militants qui ont le malheur de ne pas trouver ça très bien, eh bien, on les fourre en prison. Quant à ceux qui osent parler de transformation sociale, on les assassine en douce. Tout simplement.
Il faut qu’on sache que, dans cette Espagne soi-disant « antifasciste », règne la terreur contre-révolutionnaire. C’est ainsi que nous apprenons par Alerta qu’ils se comptent par centaines, « ceux qui ne peuvent plus dormir chez eux », car des gens, qui sont « nantis de papiers officiels »... « profitent des heures de la nuit pour faire le tour des domiciles de nos camarades et emmener ceux qu’ils trouvent chez eux et dont l’on n’entend plus parler ». Le plus fort, « c’est que ces pistoleros assassins s’appellent antifascistes ». Nous apprenons, en outre, que « pendant que les femmes et les enfants de ceux qui luttent et tombent dans les tranchées mendient et exercent la prostitution par besoin, les ministres et leurs satellites : les sbires de l’arrière-garde, jouissent et abusent de tout ». Il faut savoir aussi que « seulement dans les prisons de la Catalogne, il y a plus de 3.000 ouvriers détenus » et que, dans l’espace d’une semaine seulement, « 48 éléments fascistes sont sortis de la prison de Barcelone pour faire place à 60 antifascistes ». Nous ne pensons pas qu’il soit utile d’insister : ces courtes citations démontrent clairement que, pour ceux qui ont conservé leur sens de classe, il n’y a que la liberté de se faire tuer sans broncher pour la défense du Capital, qui subsiste en Espagne « antifasciste ».
Après ça, on pourra nous crier : « Cessons la critique ! » Ce n’est vraiment pas le moment de se taire ! Et nous pensons qu’il est temps de dénoncer la trahison du prolétariat par ses dirigeants, en Espagne aussi bien qu’en France. Surtout quand on voit un Sébastien Faure déclarer publiquement que « l’ennemi numéro un est le fascisme, qui veut briser la liberté ». Accréditant ainsi le prétexte qui permet, d’ores et déjà, au capitalisme français de préparer la guerre avec l’assentiment et le concours des dirigeants de la classe ouvrière. Personne n’ignore, en effet, que la prochaine guerre sera une guerre antifasciste. Autrement dit, une guerre pour la défense de la liberté que le fascisme veut « briser ». Or, de quelle liberté s’agit-il ? De celle dont le capitalisme gratifie si généreusement le prolétariat, sans aucun doute, c’est-à-dire la liberté dans l’esclavage du salariat ! Car, en régime capitaliste, il ne saurait être question d’autre liberté : seule, la liberté de mourir au service du Capital y est admise. Quant à ceux qui n’entendent pas se soumettre à cette liberté, on sait ce qu’il en advient. Et c’est pour défendre cette liberté que des « anarchistes » s’apprêtent à réaliser ici l’union sacrée que la CNT-FAI ont réalisée en Espagne en abandonnant la lutte révolutionnaire contre l’État et en participant, quand la bourgeoisie a bien voulu leur permettre, au gouvernement soi-disant républicain. Ce qui est particulièrement surprenant, c’est que l’Union Anarchiste, qui approuve et défend sans réserves l’attitude de la CNT-FAI, continue, par la plume de Lashortes, surtout, à prêcher le mot d’Ordre : « Pas de défense nationale en régime capitaliste »... C’est là une attitude que nous ne saurions admettre et que nous devons dénoncer. Il faut qu’on nous dise si, oui ou non, il y a des circonstances qui font un devoir au prolétariat de participer à une guerre antifasciste sous l’égide de l’État bourgeois ; c’est-à-dire d’abandonner la lutte contre celui-ci et de réaliser l’union sacrée antifasciste comme l’ont fait la CNT-FAI.
De tous temps, la lutte révolutionnaire a été, pour un anarchiste, une lutte contre l’État, en tant que celui- représente le moyen que se donne la classe dominante pour asservir le travail au capital ; autrement dit, pour exploiter le prolétariat. C’est dire que, tant que l’État ne sera pas détruit„ il restera pour l’anarchiste « L’ENNEMI NUMERO UN ».
Haute Provence, montagne de Lure. La bagarre fait rage pour empêcher l’installation de centrales solaires industrielles. Bref historique de la lutte et petit éventail des méthodes utilisées.
Les paysages ne sont pas immuables, ils peuvent changer très vite et pas toujours pour le mieux. Les habitant.es de la région de la montagne de Lure (Haute Provence) en ont fait l’amer expérience.
Dans un décors tout droit sorti des romans de Giono, la forêt s’accroche aux collines et entoure les villages. Des bords des prés jusqu’aux sommets, on la croirait éternelle. Pourtant les vielles photos nous montrent qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Au XIXème siècle, la forêt était une des principales ressources de la région. Pour la vie domestique, l’industrie, la construction ou comme combustible, elle fut soumise à un rythme d’exploitation intense. Surpaturées et régulièrement rasées, les forêts s’étaient faites toutes petites, laissant les sols des collines se dessécher sous les chaleurs d’été, et s’éroder sous des pluies d’orages.
Les habitant.es de l’époque apprirent à leurs dépends que les ressources naturelles ne doivent pas être surexploitées. La région se vida de ses occupant.es, les chênes pubescent germèrent sur les vielles terrasses, les souches centenaires, bien qu’épuisées par des siècles de coupes rases, se développèrent dans les anciennes forêts. Par endroit, on planta des pins et des cèdres, réserves de bois pour les décennies à venir. Lentement mais sûrement, et bien que toujours exploitée par les locaux, la forêt reprit ses droits, recouvrit les flancs de la montagne de Lure, et recommença son long travail de protection des sols, de purification de l’air et de régulation du climat.
Hélas, l’humain n’apprend pas toujours de ses erreurs, et aujourd’hui c’est une autre menace qui vient inquiéter les forêts de la région.
Le coin est en effet devenu la cible privilégiée de forestiers d’un nouveau genre : des installateurs de centrales photovoltaïques. Ici les terres sont bien ensoleillées et peu chères. Les communes ne sont pas riches ; proposez leur un peu d’argent, et elles accepterons l’installation de champs de panneaux solaires. Tout serait parfait si les terres n’étaient pas déjà occupées par de la forêt… et par des gens qui la défendent !
Il y a quelque années, des locaux se sont rassemblés et ont pris conscience du mitage orquestré par une poignée de multinationales : rien que dans la zone de la montagne de Lure, plus de 1000ha de centrales photovoltaïque sont en projet, la plupart sur des forêts… qu’il faudra raser !
Cette clique de capitalistes n’ayant peur de rien, ils n’hésitent pas dans leur communication bien rodée à se faire passer pour des bienfaiteurs de l’humanité : grâce à l’énergie « verte » produite par les panneaux solaires, nous pourront continuer à consommer comme avant, tout en préservant l’avenir de nos enfants. Magique !
Sans parler du coût écologique de la fabrication des panneaux, de l’extractivisme et des enfants qui travaillent au fond des mines, couper des arbres pour « sauver » la planète semblerait absurde à n’importe qui. Leur discours devient abracadabrant lorsque l’on songe aux gigantesques zones industrielles et commerciales qui pourraient en être couvertes. Il semble clair qu’il est plus rentable de transformer des zones naturelles en centrales photovoltaïques que des zones déjà urbanisées.
En réponse à cette aberration, des collectifs se sont crées. Le premier en date, « Amilure » a déposé nombre de recours et autres procédures administratives. Autre collectif, « Elzeard Lure en Résistance » organise nombre de mobilisations et manifestations dans le but de sensibiliser à la préservation des forêts. Des tags et autocollants anti photovoltaïque dans les bois fleurissent dans la région, donnant de la visibilité à la lutte.
A l’automne 2022, un défrichage commence sur la commune de Cruis. Le projet est porté par la multinationale Canadienne Boralex, sur un terrain communal ayant été reboisé des années auparavant par des fonds publics, habitat de centaines d’espèces, dont certaines protégées.
Après plusieurs jours de blocage infructueux, les militant.es grimpent dans les derniers arbres pour empêcher leur abatage. Sûr de son impunité, et en présence de 3 gendarmes, un des bûcherons coupe l’arbre dans lequel est monté une militante (64 ans…). Celle-ci sera évacuée par les pompiers.
Sur son site internet, Boralex met en avant que le terrain a été détruit par un incendie il y a plus de 15 ans. Mais depuis toutes ces années, la forêt est revenue et avec elle tout ses habitants sauvages. Boralex ment effrontément, ce n’était pas un terrain dénudé mais une jeune forêt en reconstruction. En 2023, trois plaintes seront déposées par 30 associations pour dégradation d’habitats d’espèces protégées, et défrichement sans autorisation. En mai dernier, la Cour administrative d’appel donnera une belle victoire aux associations en reconnaissant l’illégalité de certaines dérogations accordées à Boralex. Hélas, c’est un peu tard, l’installation étant quasi terminée.
Les 17 ha de terre, à présent nus et stériles pour de longues années seront le théâtre de nombreux affrontements entre Boralex et ses mercenaires, et des manifestants déterminés. A l’automne 2023, l’aménagement du terrain reprend, et les blocages de machines se succéderont, menés par des groupes très divers, soutenus par ELZEARD, l’ANB, le GNSA, Extinction Rébellion et une ZAD du coin (la ZDAC). Les blocages freinent le chantier et produisent un surcoût considérable pour Boralex, qui sera contraint d’embaucher jour et nuit une équipe de vigiles assurant la surveillance de leur précieuses machines. Deux femmes ayant participé aux blocages (60 et 72 ans) ont été placées en garde à vue et mise sous contrôle judiciaire. Elles risquent jusqu’à deux ans de prison pour avoir entravé la marche des bulldozers détruisant le milieu. D’imposantes caméras seront plantées au milieu des zones, et quiconque tente d’y pénétrer a droit à un avertissement sonore et à un coup de projecteur dans la gueule ! De nombreuses caméras sont également installées dans les bois autour du site. Tremblez, Big Brother vous regarde !
Cette action surréaliste n’empêchera pas quelques actions clandestines. Cet automne, Boralex a fait déployer une clôture autour du chantier, contre l’intrusion des militants. Celle-ci a été régulièrement détruite de nuit par des personnes armées de pinces coupantes.
Un communiqué collectif est publié et fait état d’une impressionnante série de sabotage : « […] nous avons saccagé cinq de leurs sites photovoltaïques en coupant les câbles de milliers de panneaux solaires, saboté huit pelleteuses et bulldozers de chantier à Cruis, incendié le bâtiment abritant les onduleurs de la centrale de Montfort ainsi qu’un stock de panneaux solaires sur le site de Cruis et des bobines de câble électrique destinées à ce même chantier. Ces dégâts s’élèvent à plusieurs millions d’euros. » [1]
Après toute ces mésaventures, notre multinationale a choisi la fuite en avant : les ouvriers travaillent jour et nuit pour finir le chantier. Si ils y parviendront à force d’acharnement, il est moins sûr qu’ils parviennent à le faire fonctionner : au cours de l’année écoulée, la quasi totalité des centrales photovoltaïques de Boralex se sont faites saboter. Si l’information passe dans les médias, l’entreprise pousse son cynisme jusqu’à adopter une posture victimaire : « [nous] condamnons fermement ces actes de sabotage qui vont à l’encontre des valeurs de responsabilité, de durabilité et d’innovation que s’efforce de promouvoir Boralex » et ajoute « derrière les actes malveillant, c’est le développement de toute l’énergie solaire en région PACA qui est attaqué ». Ça tombe bien, de cette énergie solaire là, personne n’en veut !
Les articles parus dans les journaux renseignent sur la méthode des assaillants : coupe des petits câbles électriques des panneaux, et utilisation d’essence pour allumer des incendies. [2] Souvent, l’info ne passe pas dans les médias, la multinationale évite bien entendu de communiquer sur ces dégradations, semblant craindre une épidémie de sabotage. Au passage, Boralex donne l’adresse de ses sites de production sur internet, si le cœur vous en dit !
Mi novembre 2023, une manifestation a rassemblé 400 personnes à Cruis avec une marche jusqu’au chantier de la centrale photovoltaïque. Le mouvement a pris de l’ampleur et s’est élargi. Pour beaucoup, la vision de ces deux trous béants au milieu de la montagne, parcourus par des dizaines d’engins de chantier, où les arbres ont été remplacés par une forêt de structures métalliques, fut un choc. Le capitalisme a trouvé de nouvelles manières d’enrichir ceux qui le sont déjà, en accélérant toujours la destruction de ce qu’il reste de vie. C’en est fini du mythe de la croissance verte et des énergies propres. Le monde commence à lever le voile sur ces illusions vertes qu’on présente comme solution à tout nos maux, quand elles ne servent en réalité qu’à perpétuer ce même système.
Nous appelons à la résistance face à ces projets qui ne sont qu’une fuite en avant du capitalisme industriel. Face à la folie de notre société droguée aux énergies bon marché, il n’y a d’autre solution qu’une baisse drastique de notre consommation.
Cette histoire n’est pas finie, et au moment ou vous lisez ces lignes, de nouvelles personnes se lèvent contre la destruction du vivant.
Si vous aussi vous êtes indigné.e par l’emprise de ces multinationales sur les terres, vous n’êtes pas seul.e. Rejoignez un des groupes de lutte de votre région. Ensemble, à visage découvert le jour, ou masqué.es la nuit, par la banderole ou par la pince coupante, par la communication comme par l’action concrète, dans de grandes manifestations ou en petits groupes affinitaires, dans la résistance mais aussi dans la construction d’alternatives, faisons barrage à ce système destructeur.
Et que crève Boralex, pour l’exemple !
[1] L’empaillé N°13 printemps 2024

22 000 kilomètres séparent Nouméa de Marseille par voie maritime (via le canal de Panama et Gibraltar), et 17 000 kilomètres éloignent la Kanaky de Paris par voie aérienne. C’est cette distance qu’ont parcourus sept indépendantistes enchaîné.es pendant une trentaine d’heures de vol avant d’être conduits dans plusieurs taules métropolitaines, après avoir été raflé.es le 19 juin par les troupes d’élite de l’Etat français. Alors que l’archipel du Pacifique-Sud est parcouru depuis le 13 mai par une insurrection sociale kanak qui a largement échappé à ses dirigeants politiques, ces sept femmes et hommes (et quatre autres) sont accusé.es d’en être à l’origine à travers la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) *.
Aussitôt connu la « déportation » nocturne par avion militaire des membres de la CCAT, vers une mère-patrie qu’ils conchient et rejettent, inutile de dire que les braises de l’insurrection kanak ont été ravivées de plus belle. La journée de dimanche et les suivantes ont ainsi vu des barrages être (re)montés partout, sans oublier les nombreuses attaques contre les forces de l’ordre ou les incendies qui ont frappé de nouveaux bâtiments institutionnels, commerces ou villas, y compris et de façon notable en dehors du grand Nouméa (c’est-à-dire « en brousse »). De plus, face à cette vague répressive venue la frapper de plein fouet, la CCAT qui a souvent été dépassée par les insurgés ces dernières semaines, a lancé deux nouveaux mots d’ordre dans un communiqué du 23 juin : « les mines [de nickel] resteront fermées », et « nous promettons de fortes perturbations » lors de cette dernière semaine d’élections législatives.

Nouveaux barrages
et incendies
Depuis trois jours et l’intensification des hostilités, on peut recenser de façon non-exhaustive :



Du côté des autorités, le couvre-feu (20h-6h) en vigueur depuis le 15 mai est désormais prolongé jusqu’au 1er juillet ; les réseaux de bus (Tanéo) et du transport scolaire dans l’agglomération nouméenne sont toujours suspendus depuis six semaines ; les navettes aériennes entre l’aérodrome de Nouméa et l’aéroport international situé à 60 km ont repris, vu que la route pour s’y rendre est à nouveau jonchée de barrages ; la vente d’alcool qui avait le 10 juin été réautorisée de façon restreinte chez les cavistes pour satisfaire les métropolitains (uniquement les vins et champagnes, d’une teneur inférieure à 18 degrés et dans des contenants d’1,5 litre) tout en empêchant la confection de molotovs avec les bouteilles de bière par les jeunes kanaks, vient d’être totalement interdite depuis le 25 juin ; de très nombreuses écoles ont été fermées après une timide réouverture le 17 juin ; la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie et plusieurs partis loyalistes ont écrit le 25 juin au Président Macron pour lui demander de placer la Nouvelle-calédonie sous tutelle directe, vu la faillite de l’archipel et l’insurrection kanak ; le procureur a ouvert une enquête suite au décès lundi 24 juin d’un jeune Kanak de 23 ans qui revenait d’un barrage dans le quartier de Kaméré (Nouméa), et alors que courent les bruits d’une mort à imputer aux milices caldoches ou aux forces de l’ordre…
Sur la procédure contre la CCAT
Après leur arrestation le 19 juin au matin, les 11 membres de la CCAT ont passé 72 heures en garde-à-vue, puis toutes et tous ont été présentés à deux juges d’instruction du Palais de justice de Nouméa le samedi 22 juin, qui les ont notamment mis en examen pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime » et « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions de biens » (fait commis du 1er novembre 2023 au 19 juin) ainsi que pour « complicité de tentative de meurtre au Mont Dore, à Nouméa, à Dumbéa et à Hienghène ; vol en bande organisée avec arme, à Nouméa, Dumbéa, Mont-Dore et Païta ; destruction en bande organisée du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes » (faits commis du 12 au 19 juin pendant l’insurrection). Des accusations qui leur font encourir la perpétuité, pour avoir « défini, préparé, planifié, mis en œuvre un plan d’action violent dans le but de déstabiliser le territoire » selon Yves Dupas, le procureur de la République de Nouméa.
Les juges d’instruction et le parquet ont ensuite présenté leur réquisitions en matière de privation de liberté, puis un JLD les a évidemment suivis : sur les 11 arrêté.es, 2 ont été placés sous contrôle judiciaire (dont Darewa Dianou, fils d’Alphonse Dianou assassiné par les militaires dans la grotte d’Ouvéa en 1988) ; 7 ont immédiatement été mis dans un avion militaire spécialement affrété dans la nuit, pour être incarcéré.es en préventive à 17 000 kilomètres de là ; et les 2 derniers (Gilles Jorédié et Joël Tjibaou, fils du président historique du FLNKS) avaient demandé un débat différé pour préparer leur défense devant le JLD. Aujourd’hui mardi 25 juin, ils repassaient donc devant le juge des libertés, et ont comme les sept premiers été incarcérés, mais cette fois à la prison du Camp-Est (Nouméa)…

En attendant d’en savoir plus, voici déjà les prisons de métropole où ont été incarcérés les sept membres de la CCAT, taules devant lesquelles se sont par ailleurs tenus des rassemblements lundi 24 juin à 18h, à l’appel du MKF (Mouvement des Kanak en France) : Christian Tein est à Mulhouse-Lutterbach (Haut-Rhin) ; Brenda Wanabo Ipeze est à Dijon (Côte-d’Or) ; Guillaume Vama est à Bourges (Cher) ; Steeve Unë est à Blois (Loir-et-Cher) ; Yewa Waetheane est à Nevers (Nièvre) ; Dimitri Qenegei est à Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; Frédérique Muliava est à Riom (Puy-de-Dôme).
Précisons également que leur venue provoque déjà des craintes chez les matons, qui ouvrent quelques pistes de réflexion, si on en croit le syndicat FO-matons du centre pénitentiaire de Riom : « ça nous pose un problème sur le plan sécuritaire puisqu’on est un établissement, au niveau de la sécurité, qui est un peu léger. S’il devait y avoir un gros mouvement à l’intérieur ou à l’extérieur, s’il devait y avoir des appels à rentrer dans la prison, ou même une effraction lors d’un transfert par exemple, ça pourrait nous mettre en difficulté. Les détenus médiatiques, c’est toujours embêtant dans cet établissement-là… C’est la gestion avec l’extérieur qui risque de poser des problèmes » (France3, 24/6).

Le « choc » d’une mesure historique
Le choix de l’Etat français de transférer à l’autre bout de la planète des Kanak qui résistent à sa domination rappelle non seulement que la Nouvelle-Calédonie est une colonie de peuplement (avec 21 600 bagnards de métropole qui ont été « transportés » sur place et 3 700 qui y ont été « relégués » à la fin du 19e siècle), mais aussi qu’elle a longtemps été une terre de « déportation » politique dans les deux sens.
4200 communards ont été envoyés au bagne de Nouvelle-Calédonie après 1871, vite suivis par différents révoltés contre la puissance coloniale française : plus d’une centaine de kabyles algériens à partir de 1874, 750 prisonniers (politiques ou pirates) raflés dans le bagne de Poulo Condor en Cochinchine (Viet Nam) en 1891 et quinze autres en 1914 accusés d’avoir commis des attentats contre les commandants français à Hanoï, des comoriens rebelles en 1891 ou encore des Polynésiens opposés à l’annexion française en 1897. Et dans l’autre sens, quand ils n’étaient pas massacrés par milliers, plus de 200 Kanak coupables de refuser l’ordre colonial ont régulièrement été déportés loin de leurs terres entre 1855 et 1929, notamment à Tahiti, dans le bagne du Vietnam, dans les Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) et jusque vers Obock, sur la côte des Somalis (Djibouti).
Rappelons aussi que suite à l’adoption par référendum des accords de Matignon (1988) signés entre indépendantistes, loyalistes et l’Etat français, qui avaient mis fin au soulèvement kanak des années 80 (les « Evénements »), un de ses articles comportait une mesure d’amnistie. Le 18 novembre 1988, ce sont ainsi près d’une centaine de prisonniers qui étaient lors sortis de taule, dont 26 insurgés Kanak incarcérés en région parisienne (en préventive pour avoir pris les armes contre les gendarmes et les militaires sur l’île d’Ouvéa). C’est dans ce sens qu’on peut comprendre le choc ressenti sur place, traduit par le communiqué de l’Union calédonienne sorti le 23 juin suite au transfert des membres de la CCAT vers des prisons de métropole : « la déportation de responsables et de militants est une habitude mise en œuvre par la France dès la prise de possession de 1853. Elle est la preuve qu’en 2024, ce pays a recours à des pratiques d’un autre temps ». En occurrence, des mesures carcérales d’exil forcé qui ont une longue histoire et n’avaient plus été mises en œuvre depuis plus trente-cinq ans.

Quant à la CCAT directement, qui a tenu une conférence de presse solennelle à La Conception (Mont-Dore) aujourd’hui 25 juin, c’est peut-être la parole de Jhon-Rock Tindao, président du conseil coutumier de l’aire Drubea-Kapumë, qui la résume le mieux : « Ce grand brasier est un cri de révolte de plus de 10 000 jeunes qui voient leurs rêves d’indépendance s’effondrer avec le dégel du corps électoral... La condition sine qua non pour qu’on puisse apporter un climat de paix, pour qu’il y ait une discussion et que tous les relais CCAT puissent se mettre en berne momentanément, c’est le retour de Christian Tein et de tous les camarades emprisonnés en Métropole parce qu’on estime que ce sont des arrestations arbitraires. »
Tous comptes faits, il semble donc que pour un bon moment encore, le précieux nickel si convoité par l’État français pour alimenter les batteries de son capitalisme vert, un minerai dont regorge la Kanaky, ne soit pas prêt d’arriver à bon port. Ce qui fait au moins une bonne raison supplémentaire d’être solidaires avec les insurgés qui ravagent jour après jour les structures économiques de l’archipel…
* Note sur la CCAT (voir ci-dessous)
[Synthèse de la presse locale et pas que, 25 juin 2024]
NB : cet article fait suite à « Nouvelle-Calédonie : deux journées particulières » (21 juin), « Nouvelle-Calédonie : barrages, sabotages et tambouilles politiques » (14 juin), « Nouvelle-Calédonie : l’insurrection kanak et l’industrie du nickel » (8 juin), « Nouvelle-Calédonie : l’Etat colonial face aux prisonniers kanak » (1er juin), « En Kanaky, rien n’est fini… » (25 mai) et « Le chiffre du jour en Kanaky : 400 et 1 » (21 mai)

* Note chronologique sur les partis kanak et la montée en puissance de la CCAT jusqu’à l’insurrection du 13 mai 2024 :
Le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), créé en 1984, regroupe aujourd’hui quatre principaux partis : l’Union calédonienne (UC), le Parti de libération kanak (Palika), le Rassemblement démocratique océanien (RDO) et l’Union progressiste en Mélanésie (UPM). Ces derniers cogèrent avec les loyalistes le gouvernement calédonien local et certains intérêts économiques (y compris miniers) depuis les accords de Nouméa en 1998, et sont souvent contestés par une partie de la population kanak pour leur corruption ou leur éloignement de l’objectif de l’indépendance, notamment par les jeunes urbanisés de Nouméa, voire leur intégration progressive au système occidental-capitaliste par d’autres (notamment en tribu).
En novembre 2023, est créée la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) sur une initiative de l’UC lancée à son congrès à l’île des Pins, à laquelle se sont jointes six organisations indépendantistes extérieures au FLNKS : les syndicats USTKE (Union syndicale des travailleurs kanak et exploités, créé en 1981 et membre du FLNKS de 1984 à 1989) et CNTP (Confédération nationale des travailleurs du Pacifique, scission du premier datant de 2016), le Parti Travailliste (créé en 2007, proche de l’USTKE), le MOI (Mouvement des océaniens indépendantistes, créé en 2019 et composé de wallisiens et futuniens vivant en Kanaky), Dynamique Autochtone et la Dynamik Unitaire Sud (DUS, scission du Palika datant de 2011).
De leur côté, les trois autres partis du FLNKS avaient déjà créé en 2020 un Comité nationaliste et citoyen (CNC), là aussi pour élargir leur base (à l’occasion du 2e référendum local sur l’indépendance), ce qui a conduit la CCAT et les CNC a travailler ensemble à partir de novembre 2023 en mobilisant l’ensemble des kanak dans les tribus et à Nouméa, pour empêcher le gouvernement français de réformer le corps électoral local, gelé depuis l’accord de Nouméa (1998). En décidant d’ouvrir ce dernier à des milliers de métropolitains arrivés en Kanaky depuis cette date, l’État s’estimait en effet sorti de la période des accords de Nouméa qui prévoyait trois référendums d’autodétermination, et ont respectivement donné 43% pour l’indépendance en 2018, 47% pour l’indépendance en 2020, et on s’en fout combien en 2021 puisqu’il a été boycotté par les Kanak (alors en période de deuil des morts du covid-19).
La phase 1 de cette mobilisation contre le dégel du corps électoral a d’abord consisté à organiser des manifestations pacifiques, qui ont ainsi grossi au fur et à mesure, passant de 3000 personnes fin novembre à 15 000 le 28 mars, jusqu’à en atteindre environ 60 000 personnes le 13 avril à Nouméa (pour 270 000 habitants dont 41% de Kanak). Devant le succès grandissant des manifestations, le 42e Congrès du FLNKS a finalement décidé en mars 2024, soit deux mois avant le début de l’insurrection, de s’ouvrir à toutes ces autres composantes indépendantistes, et un groupe de travail avait été mis sur pied pour modifier la charte du Front.
Puis est arrivée la phase 2 des mobilisations, nommée « 10 jours pour Kanaky », dans la semaine précédent le vote sur le dégel à l’Assemblée Nationale (celui au Sénat s’était produit le 2 avril), qui devait se tenir le 13 mai et faire adopter définitivement ce projet de loi . Il y a alors eu plus de manifestations pendant cette période, certaines mines de nickel ont commencé à être bloquées, et une grève de l’USTKE a paralysé les ports et les docks, mais aussi l’aéroport de Nouméa. Enfin, la phase dite « 2,5 » a commencé le dimanche 12 mai, avec l’objectif de monter des « barrages filtrants » sur tout l’archipel, en perturbant notamment l’économie de la capitale Nouméa. Sauf qu’à partir du lundi 13 mai, un peu à l’image (toute relative) du mouvement des gilets jaunes où des groupes auto-organisés bloquaient de jour des ronds-points et partaient la nuit cramer des cibles qui leur semblaient adéquates, tout s’est accéléré.
A Nouméa et ses banlieues, où la jeunesse urbanisée kanak est à la fois dégoûtée des partis politiques indépendantistes et subit plus que toute autre misère, racisme et humiliations, l’étincelle du passage en force de ce fameux dégel a explosé en une insurrection sociale marquée par des incendies et des pillages tous azimuts. Le 16 mai, le nombre d’insurgés était estimé à environ 10 000 par les autorités (5000 dans le grand Nouméa, soit Dumbea, Mont-Dore et Païta/ et 4000 dans la capitale). La CCAT, le FLNKS , les autorités coutumières, l’USTKE ou l’Union Calédonienne ont alors eu beau dénoncer les destructions et pillages ou appeler au calme, en tentant de le faire appliquer sur les barrages, rien n’y a plus fait jusqu’à aujourd’hui, causant 1,5 milliards d’euros de dégâts en ruinant une économie néo-calédonienne déjà fragilisée par la chute drastique des cours du nickel. Quant à l’État français, il a eu beau décréter l’état d’urgence entre le 15 mai et le 28 mai, en signant 33 ordres de perquisitions administratives (OPA) et 29 assignations à résidence dont 25 contre des membres du CCAT (soit « 10 leaders mafieux de ce groupuscule qui commet meurtre et pillages » d’après le ministre de l’Intérieur) ou envoyer 3500 flics et militaires sur place, l’insurrection est toujours en cours depuis sept semaines.
Enfin, le 15 juin 2024, un mois après le début de l’insurrection, se tenait le 43e Congrès du FLNKS à Koné, qui était censé intégrer les six nouvelles composantes. Face à la présence de près de 300 membres de la CCAT venus en nombre, qui avaient tenu leur première assemblée générale à Bourail et entendaient bien s’y faire entendre comme représentants des « barragistes » et de la base en lutte sans se contenter de leurs 10 places attribuées, le congrès du FLNKS a finalement été reporté au bout de quelques heures.
Et dernière précision, lors du passage éclair du Président Macron en Kanaky le 23 mai dix jours après le début de l’insurrection, il avait rencontré plusieurs composantes indépendantistes de la Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire non seulement les partis du FLNKS, mais aussi Christian Tein de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), malgré son assignation à résidence. Un mois plus tard, fort de la duplicité liée à tout pouvoir (a fortiori colonial), il a décidé de l’expédier au fond d’une lointaine geôle, avec six de ses camarades…

Compilation de chants anarchistes italiens diffusée en fRance courant 2006 en soutien aux personnes alors emprisonné·e·s en Italie pour diverses attaques incendiaires.
La compilation "De Caserio aux Bombarolo" a été éditée en 2006 en soutien aux personnes alors emprisonné·e·s en Italie pour diverses attaques incendiaires.
Extrait du livret accompagnant le CD :
Nous crachons en effet sur le folklore comme sur toute tentative de mettre en boite un passé pour mieux le figer dans un ailleurs révolu. Notre intention n’est donc pas de transmettre un patrimoine pour le délice des chorales ou un certain romantisme révolutionnaire pour les eternel·le·s étudiant·e·s. Du geste généreux de Caserio à la guerre de classe espagnole (...) les anarchistes n’ont jamais attendu les directives des démocrates de Parti [1] pour s’insurger, ni l’amour des foules enthousiastes pour se lancer à corps perdus dans la guerre de classe.(...). [2]"

Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant, anarchiste français né en 1861, lance une bombe dans la chambre des députés sans pour autant faire de victime. Acquis à la propagande par le fait, il souhaite aussi venger la mort de Ravachol et dénoncer la répression du mouvement anarchiste. Il est arrêté puis guillotiné le 5 février 1894 ; il a alors 32 ans.
« Messieurs, dans quelques minutes vous allez me frapper, mais en recevant votre verdict, j’aurai la satisfaction d’avoir blessé la société actuelle, cette société maudite où l’on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d’accaparer la richesse sociale (…) Las de mener cette vie de souffrance et de lâcheté, j’ai porté cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales »
— Déclaration d’Auguste Vaillant lors de son procès.
En représaille, le 24 juin 1894, l’anarchiste Sante Caserio tue le président de la république Sadi Carnot [3] pendant une cérémonie publique à Lyon en le frappant au cœur à l’aide d’un couteau sur lequel est gravé « Vaillant ». Il est jugé les 2 et 3 août et est guillotiné le 16 du même mois. Il a alors 21 ans. S’en suivit alors 3 jours d’émeutes racistes contre les commerces et habitations des immigrés italiens à Lyon.
Il déclarera face à ses juges :
"Messieurs du Juré, vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise. Si vous voulez ma tête, prenez-la ; mais ne croyez pas qu’en faisait cela vous arrêterez le mouvement anarchiste.
Faites attention, l’homme récolte ce qu’il a semé."
— Déclaration de Sante Caserio lors de son procès.
Lire aussi cet article à propos de Caserio : Le 24 juin 1894 à Lyon : Caserio poignarde le président de la république française Sadi Carnot

Télécharger le livret de la compilation :

Télécharger la compilation : https://manif-est.info/IMG/zip/de_caserio_aux_boubarolo.zip
[1] Socialiste, Insoumis ou Imaginaire©...
[2] Le CD était accompagné d’un second CD de chansons de Hardcore, ne l’ayant pas en notre possession, nous ne pouvons en partager une copie... Mais si vous l’avez... :)
[3] La place Carnot de Nancy est nommée en souvenir de ce président assassiné par un anarchiste.

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Call for Participation: Balkan Anarchist Bookfair 2024
With great excitement we announce that, for the first time ever, the 16th edition of Balkan Anarchist Bookfair (BAB) will be held in Prishtina, Kosova, from 5th – 7th of July 2024. BAB is not merely a platform to promote books, but also place to exchange information and ideas, create new initiatives, and strengthen organizations. As such, for more than 20 years, it stands as a testament to our collective commitment to solidarity, resistance, and collaboration across the artificial borders of Balkans.
BAB comes at a crucial time when the capital is experiencing its regular accumulation crisis, the fires of war are ravaging across the world, putting us at the brink of a world war, and fascism, in its explicit form, is spreading like wildfire. States are getting more militarized and the populations are increasingly policed, breaking apart communities and bonds of solidarity. And with any type of dissent oppressed, the capital runs freely, ever expanding to new sources of exploitation.
Balkans is no exception. We are witnessing the ever-rising militarization of Balkan countries, with ever growing stockpile of weapons and technologies with the plan of introducing mandatory military services. And under the guise of national interest and through racial nationalist discourse more oppressive methods of population control have been introduced, often to detriment of ethnic, social and political minorities. Political power has been further centralized and political repression has been conducted more openly, whereas the political organizations have been rendered impotent through NGO-isation, reflecting the logic of neoliberalism that seeped into every spore of political, social and cultural life.
At the same time the patriarchy, an integral part of capitalist exploitation, creates an ever-hostile environment for all, but especially women, and LGBTQI+ community, with growing number of femicide and physical attacks, maintaining hostile environment both in public and private spheres, as well as through attempts to control our bodies. This same patriarchal logic gives rise to both religious zealotry, whose false antagonism with national conservatism only reinforce the patriarchal system.
On an international scale, the Balkans play a crucial role in global politics. Geopolitical maneuvers by NATO and the Russian Federation maintain direct influence over the region. Simultaneously, the neo-liberal reforms have already given access to international capital, particularly the capital from the EU, China and Turkey, which gained control over all essential public infrastructure throughout Balkans. And while Balkan is interconnected with international markets of exploitation, now it becomes further interconnected in its population and movement control for benefit of centers of capital. Balkan now shifts from already established borderland of fortress Europe, to more of a direct “forward base” for migrant population control of the latter, by, among others, hosting migrant detention centers such as the one planned in Albania on behalf of Italy.
As anarchists, we have always showed our commitment to organize across borders, create structures of solidarity and find ways to resist oppression. Today, again, faced with all of the above challenges that as people of Balkans we are facing, we again must find our strength and ways to respond to the structures of oppression with utter most urgency.
Thus, again this year, as in previous BABs, we call upon anarchist publishing houses and initiatives, as well as all international anarchist and anti-authoritarian movements from the geographies of the Balkans and beyond to plan their participation in the BAB2024 in Prishtina. We welcome all the interested people and groups to join in the process of organizing the event.
For further information, inquiries, and proposals, contact us at bab2024@riseup.net or visit bab2024.espivblogs.net
Unravel / vendredi 21 juin 2024
18 juin 2024
Il y a quelques nuits, un groupe de créatures de la foret a vandalisé un chantier de construction du Mountain Valley Pipeline. Nous avons tagué les vitres de leurs machines, bloqué avec de la colle les contacts et fait beaucoup beaucoup d’autres farces amusantes sur dix de leurs engins !
C’était tellement facile et amusant à faire et nous espérons qu’un jour vous nous rejoindrez aussi !
Plusieurs jeunes rappeurs d’Aubervilliers organisent un concert à la Villa mais d’Ici, 77 rue des Cités. Les fonds récoltés permettront d’aider les interpellés de juin dernier à payer leurs frais judiciaires.

La Villa Mais d’Ici a le plaisir d’accueillir le collectif ODPNC [1], pour rendre hommage à Nahel, jeudi 27 juin à partir de 17h. Sur scène, retrouvez MRN / N2 / KTN / DELOX / DRAX / MELIO / FOLEX / BYLKA / LOK-C / Z2G.
L’entrée est gratuite, il faut juste donner ses coordonnées à l’entrée pour être considéré-e comme membre de l’association.
Une caisse de solidarité sera mise à disposition.
Il y aura de la gastronomie africaine proposant des assiettes à 5 euros ; un stand de frites, crêpes, tenders et glaces.
Le bar de la Villa proposera des boissons (bières et softs).
Le collectif Kalimero tiendra également un infokiosque !
[1] collectif de rappeurs d’Aubervilliers
En lutte contre le projet de CRA, on s’est rendu compte que beaucoup de gens n’en avait jamais entendu parler. Ni du projet de CRA, ni même – pour certain.e – de l’existence de CRA en France. On voulait faire une grosse distribution de tract, mais on s’est dit que c’était beaucoup de boulot, et on avait un peu la flemme. Alors on s’est dit que se serait mieux que ce soit la préfecture qui s’en occupe, vu qu’ils ont plus de moyens que nous, et que c’est de leur faute si ya des projets comme ça. On s’est mélangé aux nombreuxses candidat.es qui rêvent d’un siège parlementaire et on a réussi à s’infiltrer dans le système. C’était pas très dur, il a fallu leur donner 3 noms : une candidate, une remplaçante et un trésorier. Les candidates ont du donner leurs vrais noms à la pref, mais on pu se présenter sous un pseudonyme. C’est comme ça que Zora Chignole est devenue candidate dans la 2e circonscription.
On n’a pas réussi à imprimer les 100 000 tracts nécessaires pour une distribution complète dans la circonscription, vu que les délais étaient très court et que tous les imprimeurs étaient déjà surchargés. Mais on en a quand même fait 20 000, ce qu’on aurait eu du mal à distribuer par nos propres moyens. Voilà le tract qu’on a fait :

Vu sur Indymedia Lille
Dimanche 9 juin 2024 15:00 | lieu : Parc Jean-Baptiste Lebas Lille
La Grosse Parpaings Parade, pourquoi ?
Une fois par an, on se retrouve pour une sorte de grande criée publique en déambulation. En cette période de fin d’année scolaire, le joyeux carnaval propose de faire le bilan de nos institutions. Tout le monde peut en être, pourvu qu’il y ait de la satire !
Venez déguisés, mettre les élus locaux et les gens d’en haut en boite. J-3 semaines !
Plus d’infos ici : https://www.facebook.com/events/1660906394720917/

Le Renvoi du procès des 4 personnes arrêtées le 28 janvier lors d’une manifestation devant le Centre de rétention de Vincennes, qui devait avoir lieu le 5 mars est finalement repoussé au mardi 2 juillet.
On appelle à se rendre au TGI de Paris, 24e chambre, à partir de 13h30 pour les soutenir.
Pour rappel, c’est dans un contexte de révolte et de forte répression au CRA de Vincennes au mois de janvier 2024 que la manifestation du 28 janvier a réuni une centaine de personnes. Elles se sont rendues devant le CRA en question crier leur soutien aux prisonniers, qui ont entendu et n’ont pas manqué d’y répondre.
À l’extérieur, les flics sont rapidement intervenus pour empêcher le cortège d’avancer. Ils ont arraché une banderole, blessant gravement une personne à la main. Ils ont nassé le cortège, le poussant brutalement jusqu’au RER et interpellant 4 personnes. Elles sont accusées d’outrage et rébellion, groupement en vue de..., de refus de signalétique et pour deux d’entre elles, de violences sur pdap [1].
Pour en savoir plus n’hésitez pas à checker l’article précédent :
Nous appelons à venir les soutenir mardi 2 juillet au tribunal de Paris à partir de 13h30.
Face à la fascisation de la société continuons à soutenir les luttes que menent les prisonniers des CRA et à s’opposer au projet de construction de 10 nouveaux CRA !
À bas les CRA, à bas les expulsions et liberté pour tous-tes, avec ou sans papiers !
[1] Personne Dépositaire de l’Autorité Publique.
2024/06/22
This week tension cables that holds a wooden power pylon were cut causing the pylon to lean.
This was done with the hopes that the pylon later fall causing an outage.
Electricity is exists today as a crucial component of state power, capital, and ecological destruction.
However small this action, the secret is to begin.
Solidarity with the volcano group.
SWITCH OFF! THE SYSTEM OF DESTRUCTION
submitted anonymously at rosecitycounterinfo
Des câbles haute tension incendiés : l’ultragauche suspectée
Le Dauphiné, 27 juin 2024
À Noyarey, les auteurs de cette nouvelle attaque s’en sont pris à des câbles aisément accessibles, qui traversent un petit cours d’eau, le Ruisset (ou ruisseau du Gélinot), à la hauteur d’un petit pont qu’emprunte la RD 1532. L’incendie a fortement endommagé ces câbles mais il semble qu’il n’y ait pas eu de coupure majeure dans le quartier, tant dans les habitations que dans les entreprises voisines, ce qui expliquerait que l’incendie n’ait été découvert que mardi après-midi.

Où l’on reparle de Lynred
Selon nos informations, l’acte de sabotage ne fait aucun doute, d’autant plus qu’à quelques mètres des câbles endommagés ont été découvertes des inscriptions signant une forme de revendication sur un panneau de la Métropole souhaitant la bienvenue aux visiteurs du parc d’activité Actipole. Sous le mot Lynred barré d’une croix figurent les termes “Palestine Kanaky libre”. Si la défense de la Palestine et de la Kanakie (“Kanaky” étant le nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes) sont des causes habituellement défendues par de nombreuses organisations de gauche et d’extrême gauche, Lynred fait référence à une société dont le siège se trouve à environ 1,5 kilomètre au nord du petit pont de la RD 1532, sur la commune de Veurey-Voroize.
Alimentation électrique
En mars 2022, cette société fournissant des composants électroniques – le spécialiste européen de détecteurs infrarouges – avait été épinglée par le média en ligne Disclose, qui avait révélé que la France avait continué à livrer des technologies militaires de très haut niveau à la Russie entre 2015 et 2020. Parmi les bénéficiaires de ces contrats, Lynred, société soutenue par des fonds publics. Sollicitée par Le Dauphiné Libéré, la société avait indiqué qu’« aucun nouveau contrat n’a été passé avec la Russie depuis l’embargo de 2014. En matière d’exportations, Lynred se conforme strictement aux règles du ministère de la Défense ».
Il est probable que les auteurs du sabotage, qui avaient connaissance de l’accès aisé à cette ligne de 20 000 volts protégée par d’épais tubes, aient ainsi tenté de nuire à Lynred en s’attaquant à son alimentation électrique. Cependant, aucun élément d’information ne permettait d’affirmer ce mercredi que la société ait été touchée par une rupture d’approvisionnement.
Attaques prises très au sérieux
Les enquêteurs de la gendarmerie ne vont pas manquer d’effectuer des rapprochements avec les attaques d’avril 2022 dans le Grésivaudan. Il y a deux ans en effet, une série d’actions de sabotage d’installation électriques attribuée à des groupuscules libertaires avait visé un poste RTE à Froges, des lignes électriques sous le pont de Brignoud qui traverse l’Isère entre Villard-Bonnot et Crolles, puis un poste source haute tension d’Enedis à Meylan. Les grandes entreprises de haute technologie du bassin de Crolles et Inovallée, l’un des principaux parcs technologiques de la région grenobloise, semblaient être les cibles principales des activistes.
Il est probable que ce nouveau dossier aille rejoindre l’information judiciaire ouverte à Grenoble sur ces différents faits ainsi que sur d’autres actions antérieures, qui n’ont jamais été élucidées. Selon nos informations, en cette période de très grande instabilité politique, ces attaques sont prises très au sérieux par les autorités ainsi que par les services de renseignements, qui craignent une multiplication d’actions de ce type au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Attaque de lignes électriques : un classique de l’action directe
Le Dauphiné, 27 juin 2024
Incendie au commissariat de Roubaix : 17 voitures de police
touchées
France Bleu/La Voix du Nord, 27 juin 2024
Cette nuit, vers 2h20 du matin, le feu a pris dans le parking du commissariat central de Roubaix. Ce sont des policiers de retour d’intervention qui ont constaté d’importantes fumées au niveau du garage. Les sapeurs-pompiers sont rapidement intervenus sur place pour éviter la propagation de l’incendie au bâtiment du commissariat. Une dizaine de véhicules de police a totalement brûlé dans l’incendie, sept autres véhicules sont touchés. Les flammes, intenses, auraient même atteint des voitures personnelles de fonctionnaires stationnées au-dessus sur le parking extérieur.
D’après Benoit Aristidou, secrétaire départemental Adjoint Unité SGP Police pour le Nord, l’incendie pourrait être d’origine accidentelle selon les premiers éléments : « D’après les pompiers le feu est parti au fond du garage, au niveau du local où on stocke toutes les saisies. Dans ce local, il y a notamment des trottinettes électriques saisies, l’incendie pourrait provenir éventuellement d’une batterie électrique d’une trottinette. »

Le syndicat Unité SGP Police demande des véhicules de prêt très rapidement :« On va manquer de véhicules dès cet après-midi. Nous on va veiller à ce qu’il y ait une solution rapide pour assurer nos missions. D’autant plus avec le week-end qui nous attend et les élections législatives, on se prépare à être en maintien de l’ordre et la flamme olympique arrive début juillet, ça n’arrive vraiment pas au bon moment. »
Act for Freedom Now! / dimanche 23 juin 2024
Nous refusons de rester inactif.ves, face au vol de nos vies. C’est pourquoi, le jeudi 6 juin, au matin, nous avons pris d’assaut un supermarché de la chaîne A.B., sur la rue de la Résistance nationale (Εθνικής Αντιστάσεως) à Kaisarianí [commune de la banlieue est d’Athènes ; NdAtt.]. Nous sommes entré.es, avons pris ce que nous voulions et sommes repartis tranquilles.
Cet endroit a été choisi pour tenter de briser le régime de terreur et d’inaction qui l’a emporté ces derniers mois dans le secteur, à cause de l’augmentation étouffante de la présence policière, que ce soit des forces statiques ou des patrouilles. Nous sommes en train de faire à nouveau des lieux de vie de nos espaces et de nos quartiers, en les transformant en foyers d’illégalité et de résistance, alors que que l’État essaye méthodiquement de les stériliser.
Nous ne nous contentons pas de poursuivre la survie, sans but, nous ne sommes pas sensibles à l’impasse de la résignation, nous sommes hostiles au compromis. Nous piquons dans les profits des multinationales qui créent et maintiennent cette société du spectacle que nous abhorrons. En même temps, à une société qui reste indifférente et plie sa tête devant la tyrannie des patron, s’inclinant sous le poids de la précision, nous opposons la collectivisation de nos besoins, l’auto-organisation, l’action directe et l’attaque.
Nous réagissons au climat de terrorisme qui prévaut depuis l’adoption du nouveau Code pénal. Nous refusons de nous redéfinir et de laisser la peur d’une répression imminente diriger notre action et par extension notre existence. Il est temps d’exproprier nos vies volées.
De l’huile, du café, des serviettes, des crèmes solaires, des boissons, etc. ont été expropriés du supermarché.
Aliéné.es (exproprié.es)
TOUT EST À NOUS, PARCE TOUT A ÉTÉ VOLÉ, QUE TOUS LES SUPERMARCHÉS SOIENT EXPROPRIÉS.
FORCE AUX VOLEUR.EUSES, QU’ELLES/ILS AGISSENT INDIVIDUELLEMENT OU COLLECTIVEMENT
SI NOUS NE RÉSISTONS PAS DANS TOUS LES QUARTIERS, NOS VILLES RESTERONT DES PRISONS MODERNES
10, 100, 1000 SUPERMARCHÉS : VOYONS COMMENT ILS SE TRANSFORMENT EN CENDRES, PARMI LES FLAMMES
Des médias de droite ultra-présents dans des mobilisations de gauche et crachant leur venins sur les éco-terroristes, face à des militants ne sachant pas comment réagir pour les éjecter de nos évènements, c’est cette problématique qu’essaye d’aborder cet article.
Ce texte est une réflexion tactique sur comment motiver les intrus à partir de nos mobilisations mais pas pourquoi ou qui virer des mobilisations dans une vision autonome.
Introduction
Le 30 mai, le porc génocidaire Benyamin Nétanyahou était l’invité de TF1 au journal de 20h provoquant un écœurement de la part d’un très grand nombre de français et françaises, une manifestation réunissant plusieurs milliers de personnes avaient alors été organisée devant les locaux de ce même merdia afin d’empêcher et de dénoncer cette interview, Thierry Thuillier, directeur général adjoint du pôle information du groupe TF1 annonçait alors « quoi qu’il arrive, on est très serein et on continuera à faire notre boulot ». Quelques jours plus tard, le 8 juin, entre Toulouse et Castres se déroulait la manifestation « A69 Roue libre » organisée par différentes organisations dont les soulèvements de la terre, extinction rebellion et la voie est libre, cette manifestation elle aussi, réunissait des milliers de personnes antifascistes, soutenant la Palestine, eco-terroriste, toto, et autres étiquettes d’extrêmes gauchistes. Durant cette mobilisation, de nombreux médias indépendants étaient présents, mais il y avait aussi des médias « de droite » tels que CNEWS, BFMTV, TF1/LCI qui étaient au rendez vous, pas forcément invités, mais accueillis par l’organisation. 1 semaine après l’interview du criminel de guerre, la présence toute particulière de TF1/LCI à cette manifestation composée d’un grand nombre de drapeaux palestiniens a dérangé un grand nombre de militants, ces derniers allant interpeller ces journalistes ainsi que les organisateurices pour leur faire entendre leur mécontentement, cela ne semble pas avoir eu d’impact concret car, ils ont pu naviguer librement dans le camp et la manifestation durant toute la journée. C’est de cet écœurement que nous est venue l’envie d’écrire cet article.
Objectif de l’article
Le positionnement de ces merdias, leur respect de l’anonymat, leur pseudo liberté d’informer et l’utilité de leur présence sont des choses discutables mais l’objectif de cet article n’est pas de faire une liste des médias bienvenus et des médias à exclure de nos évènements, nous parlerons seulement de tactiques construites à partir de retours d’expériences, d’observations et de longs moments de réflexion. L’objectif étant de permettre à des militants autonomes d’êtres impactants envers ces merdias, pour ne plus se retrouver impuissants lors de situation comparable afin de les empêcher « d’être sereins et de continuer à faire leur boulot ».
Pourquoi faire ça de manière autonome et ne pas pousser les organisations à bannir ces merdias ?
Pousser les organisations à bannir ces merdias est une solution possible, pour le moment sans succès, la plupart des organisations actuellement préfèrent coopérer avec ces médias pour garder de « bonnes relations » avec ces derniers, afin de faire du « donnant donnant » (propos tenu par un organisateur de l’« A69 Roue libre » en aparté avec TF1/LC1 à propos de leur accueil).
Une offensive autonome est donc alors une bonne solution pour ne pas gâcher cette bonne entente tout en respectant notre principe d’autonomie.
Comment identifier un merdia durant l’évènement ?
Comme vous l’imaginez, ils se cachent, pour les débusquer, rien de plus simple :
Que faire une fois le merdia identifié ?
L’objectif de cet article n’est pas d’inciter les gens à s’en prendre physiquement aux journalistes, tout d’abord parce que nous sommes contre certaines formes de violences physiques, mais aussi parce que :
Première possibilité : s’occuper de leur voiture
Les gros médias ont la plupart du temps leurs bureaux à Paris, ils envoient donc des journalistes depuis Paris, ces derniers louent alors une voiture à partir de la gare pour venir à l’évènement, n’oubliez donc pas que vous ne vous attaquez pas à la voiture de quelqu’un mais à la location du média, c’est donc beaucoup moins violent pour les journalistes concernés. Nous vous conseillons quand même de vous assurer qu’il s’agit bien d’une location si s’attaquer à une voiture privée vous dérange.
Il faut donc tout d’abord réussir à identifier leur voiture, pour cela, vous pouvez :
Une fois la voiture trouvée, il ne vous reste plus qu’à faire ce que vous avez à faire. Nous vous conseillons de filmer ça, voire même d’inviter d’autres médias à filmer, puis vous pouvez aussi filmer la découverte de leur part.
Une fois découverte, ils auront sûrement deux options : rentrer en taxi, payer un remorqueur ou si la voiture n’est pas trop abîmée, rentrer au concessionnaire et payer les dommages. La chaîne portera sûrement plainte, nous vous conseillons donc d’être très prudent quant à votre anonymat.
Deuxième possibilité : s’attaquer au matos
Cela semble plus compliqué de s’attaquer au matériel, car il est toujours en leur possession et protégé par des agents de sécurité, mais une simple bouteille remplie à moitié de peinture et a moitié d’eau peut faire un joli résultat, il faut juste le faire au bon moment, avec suffisamment de support ou courir suffisamment vite
Troisième possibilité : le harcèlement
C’est la chose la moins dangereuse mais aussi la moins efficace, car ils sont payés pour venir travailler, ils ne partiront donc pas aussi facilement. Nous vous conseillons simplement de les empêcher de filmer et de faire des interviews grâce à un simple parapluie et un tambour
Pour aller plus loin
Vous pouvez vous organiser en amont avec un petit groupe d’amis pour être prêt le jour J et ne pas vous retrouver à tout organiser au dernier moment une fois sur place. Cela réduira les risques que ça se passe mal et augmentera votre efficacité sur le terrain
Pour rappel, un agent de sécurité/garde du corps, n’a pas plus de droit que vous, il n’a pas le droit de vous ceinturer ou de s’en prendre physiquement à vous sauf si vous vous en prenez physiquement à quelqu’un.
En espérant que durant les prochains événements, des initiatives de la sorte se monteront et que nous passerons un été sans merdias dans nos luttes.
Retour d’expérience :
Voiture de BFMTV peinturlurée - Sainte-Soline 2023 :
Le vendredi matin une assemblée général pour s’organiser au montage du camp se met en place sur le camp de base, durant cette AG des journalistes arrivent sur le camp et commencent à discuter en interpersonnel avec les organisateurs en dehors de l’AG.
Un petit groupe de personnes cagoulées quitte alors l’AG afin d’aller à la pêche aux informations, ils comprennent assez rapidement qu’il s’agit de journalistes de BFMTV, ils décident de les suivre jusqu’à leur voiture. Ce groupe décide qu’ils veulent les dégager à l’aide de pistolets à eau remplis de peinture pour qu’ils ne reviennent pas. Une partie du groupe s’en va alors pour prendre la température à l’AG pour que cela se fasse de façon plus démocratique, une fois arrivé à la voiture des journalistes, les quelques personnes parties chercher des informations à l’AG reviennent alors avec un grand nombre de militant.e.s souhaitant dégager BFMTV, la démocratie a parlé, les journalistes doivent partir, les journalistes voyant 30 personnes cagoulées arriver prennent peur et rentrent dans leur voiture. Afin de ne pas laisser les journalistes sans un petit souvenir, les militants attendent qu’ils soient tous dans leur voiture et la recouvrent alors de peinture.
Plus tard dans l’après-midi, une nouvelle « AG » ne donnant la parole qu’aux organisateurices sans prise au préalable de décision collective, annonce qu’à la suite des « incidents » du matin, ils souhaitent rappeler que tous les journalistes sont les bienvenu.e ;.s sur le camp.
Au final, le reportage de BFMTV n’a pas été annulé vu que dès le lendemain, nous aurons le droit à des vidéos live de BFMTV au cœur de la manifestation, ces dernières faites par deux journalistes : « Journaliste BFMTV » et « Envoyé spécial BFMTV », leur noms ayant été cachés à l’antenne et sans qu’on puisse voir leur visage afin qu’ils ne puissent pas être pris pour cible une seconde fois lors de la mobilisation.
Journalistes BFMTV harcelés - NoTAV en Maurienne :
En amont de la manifestation, pendant les prises de paroles d’avant-manif, un groupe de personnes habillées en black bloc accompagnent les journalistes de BFMTV les empêchant de filmer à l’aide d’un parapluie situé devant leur caméra. S’ensuit au milieu de la forêt, à l’écart de la mobilisation, un échange violent entre le coordinateur de la sécurité de BFMTV et un militant l’ayant suivi pour trouver sa voiture, le coordinateur le menaçant physiquement et verbalement de s’en prendre à lui physiquement, et lui rétorquant que ce n’est pas une bonne idée s’il souhaite ressortir de la mobilisation en bonne santé, aucune suite ne fut donné de la part des deux parties.
Au bout d’une heure de harcèlement des journalistes de BFMTV à l’aide d’un simple parapluie, la camerawoman finit malheureusement par pleurer, et le groupe décide alors qu’il ne souhaite pas aller plus loin, cette camerawoman ayant à peine 21 ans. Nous considérons que la faute n’est pas à imputer au groupe de militants, mais à BFMTV qui envoie de toutes nouvelles recrues dans des manifestations dangereuses où les militants ne leur sont pas amicaux.
Jadot voiture tagué – Sainte-Soline 2022 :
Prise de parole de Yannick Jadot en amont de la manif, huée générale, puis lorsqu’il retourne à la voiture avec laquelle il est arrivé, il la retrouve dans un mauvais état, taguée à la peinture à eau.
Il se trouve que la voiture était une location, et qu’elle avait été louée par un autre député qui avait juste accepté d’emmener Yannick Jadot sur la mobilisation.
Escadron de mobylettes
Les causeries libertaires, mercredi 3 juillet à 20h au Remue-méninges.
Les causeries libertaires, mercredi 3 juillet à 20h au Remue-méninges.
Les anciens défenseurs des Calanques se battaient, avec plus ou moins de réussites, contre des projets destructeurs : carrière Solvay, la route des Calanques (projet Gréber), le téléphérique de Marseilleveyre, le campus de Luminy, les boues rouges, les égouts de Marseille... Pour nos anciens, la ligne à ne pas franchir était évidente et le mot d’ordre clair : Pas d’artificialisation des espaces naturels ! Depuis, la "défense de la nature" a été institutionnalisée, et ce faisant, a perdu toute sa substance critique. Pourtant, la création du parc national des Calanques reste une "bonne chose" pour nombre de gens se disant "amoureux de la nature". Nous pouvons comprendre l’enthousiasme de ceux qui ne regardent que la carte postale (cf. notre texte Au delà de la carte postale). Mais derrière, les faits parlent pour nous : Altéo rejette toujours en mer du poison (l’aluminium, le fer, l’arsenic...), les égouts de Marseille se déversent toujours à Cortiou, les promène-couillons sont toujours là, la publicité attire encore et toujours les touristes qui seront accueillis et... gérés. Finalement rien n’a véritablement changé : Derrière la carte postale, les Calanques, mais aussi tous les autres massifs gérés, restent menacés par les industries mais également par les gestionnaires de l’anti-nature. Cette dernière menace est présentée dans ce nouveau papier : Bienvenue à Provenceland.
Provenceland est le petit nom que nous donnons au nouveau parc d’attraction que les gestionnaires du Parc National des Calanques (PNC) s’évertuent à bâtir. De l’ironie ? Absolument pas ! Pour rappel, l’accès aux Calanques de Sugiton et des Pierres Tombées nécessite depuis deux étés un permis de visite, que les touristes devront générer via une application développée par la start-up TROOV. Une fois ce permis téléchargé, les touristes devront quand même faire l’effort de se rendre sur place. Point délicat ? Non, car la société industrielle a mis au point de confortables engins motorisés pour qu’ils puissent voyager sans peine : bateaux, avions, trains, bus, voitures, motos… Pas de panique, à Luminy, deux grands parkings ont été créés. Quel soulagement !
Ainsi, après avoir été quasiment téléportés aux portes du parc d’attraction, les touristes prendront part au flux. Et un flux, ça se gère ; un peu comme un flux d’électricité. Un petit sectionneur par ci, un redimensionnement de câble par là et le tour est joué. Ne riez pas ! Les gestionnaires ont effectivement la volonté d’aménager de grandes autoroutes à touristes dans le massif, afin de mieux gérer ce flux, tout en faisant disparaître les petits sentiers. Accordons-leur que les « boites à Calanques » (préfabriqués) des checkpoints n’y rentrent pas. Pas pratique. Comment prouver qu’ils existent sans poser leurs artefacts un peu partout dans le massif ? Vous y pensez, vous, à ces pauvres gestionnaires qui doivent innover pour justifier leurs salaires ? Peuchère. Quoi qu’il en soit, au premier checkpoint, le flux aura droit à d’infantilisantes questions : Avez-vous de l’eau ? Avez-vous pris votre chapeau et de la crème solaire ? Ou bien à des questions plus directives : Où allez-vous ? Vous prenez quel chemin au col ? Verbatim. Nous avons également subi cet interrogatoire mais la saisonnière ne semblait pas connaître notre chemin : Les Escampons, le col de Morgiou… puis direction le mont Canigou. Quèsaco ? Nous sommes joueurs.
Après cette première épreuve, le flux sera merveilleusement guidé par de judicieux panneaux de direction : Col de Sugiton, toujours tout droit, 10 minutes… Et ne vous avisez pas d’uriner sur du ciste cotonneux, sinon les clôtures déjà installées seront prochainement électrifiées. Tous les moyens sont bons pour forcer le grand troupeau à ne pas sortir du rang. Au col, il est fortement conseillé de faire un petit détour vers le belvédère, récemment réaménagé, pour y faire quelques clichés prouvant votre venue en ces lieux. À partager sans plus attendre sur les réseaux sociaux. Mais attention, ne perdez pas trop de temps à compter les likes, votre pass-nature pourrait bientôt expirer ! Afin de descendre dans la calanque de Sugiton, le flux s’identifie à un colis en acceptant de se faire scanner. C’est obligatoire pour accéder à l’enclos dans lequel vous pourrez profiter de la … nature. La nature ? Qu’est-ce à dire ?
Dans ce contexte, pas grand-chose. Ce que les gestionnaires gèrent est en réalité une anti-nature, la société. Mais alors qu’est-ce que la nature ? Certainement pas ce que nous venons de décrire plus haut. Quant à nous, simples promeneurs émus par l’éclosion des fleurs de bruyère, sensibles au vol erratique d’un rapace, nous distinguons deux choses : le naturel et l’artificiel. Nous pensons même qu’à l’ère moderne de la déconstruction, il est primordial de les distinguer pour en apprécier correctement les contours. N’en déplaise au plus grand anthropologue de l’univers qui nous assommera avec son désarmant : « [...] La nature, cela n’existe pas. La nature est un concept, une abstraction [...] ». Mais alors comment faire pour comprendre le monde industriel dans lequel nous vivons ? Comment critiquer l’artificialisation du monde si la nature n’existe pas ? Il nous faut bien un mot sur lequel nous appuyer. Certains, toujours les mêmes, proposent le terme de biodiversité. Pourquoi pas. Mais que ferons-nous quand un universitaire surdiplômé nous expliquera du haut de son piédestal que le concept de biodiversité est une abstraction scientifique, qui par conséquent n’existe pas ? À ce compte-là, rien n’existe ! Accrochons-nous encore un peu au mot de nature, car il permet de mettre en mots la critique d’un système mortifère qui impose son rythme et dicte ses exigences au monde naturel : l’industrie ou le règne de l’artificiel.
La nature est aussi un concept, nous n’en doutons pas. Après tout, il a bien fallu que naisse dans l’esprit des humains agglutinés dans leurs villes l’idée d’un grand fourre-tout correspondant à la part du monde qu’ils n’avaient pas créée, celle dont ils s’étaient éloignés. Nous en sommes les descendants. Que cela nous plaise ou non nous héritons de leurs mots et des concepts sous-jacents. Il n’en demeure pas moins que ce concept recouvre une infinité de réalités universelles bien tangibles : arbres, montagnes, rivières, oiseaux, insectes etc ; et qu’il est crucial de ne pas les confondre avec les parkings, checkpoints, panneaux d’informations, clôtures, larges chemins de feu, qui pullulent dans le massif. Et comme l’humain n’est pas encore totalement artificiel, nous pouvons dire qu’il comporte également une part naturelle et à ce titre qu’il appartient aussi à la nature. Ce qui n’est en revanche pas le cas des codes QR, ordiphones et autres gadgets nous renvoyant sans cesse à la société que les marcheurs sont en droit de chercher à fuir. Ainsi, ne plus faire de distinction entre nature et culture ou entre le naturel et l’artificiel c’est participer à rendre notre monde opaque, incompréhensible. Pendant ce temps la société industrielle, elle, continue à faire de notre monde un enfer. Un monde où la nature n’existera peut-être plus, car sachez que « La nature n’existe plus quand les gestionnaires s’en mêlent ». Bon, ça c’est de nous. Pas sûr que nous ayons autant de succès que Philippe Descola. Cependant, il est vrai que la ligne de crête entre ces deux mots n’est pas toujours facile à tracer. Certains malins nous rétorqueront que l’air que nous respirons n’est pas naturel car il a été pollué par nos activités industrielles. C’est juste, mais le cœur du problème n’est pas là. L’important réside dans ce fait : dans ces espaces où la société n’avait autrefois pas ou très peu de prise, où on laissait croître les êtres vivants selon leur tendance spontanée, l’artificialisation des terres ainsi que l’organisation totalitaire de nos désirs participent à la fin de la nature, ou à la création d’une anti-nature.
Nous ne sommes pas naïfs et donc nous ne sommes pas surpris, puisque nous savons très bien que les gestionnaires de l’anti-nature n’ont pas pour vocation ni mission d’agir pour défendre la nature et la liberté. Les sept grands axes devant « guider l’action du parc des Calanques pour l’année 2024 » le prouvent :
« - Agir pour un accueil adapté au sein du Parc national,
Il faut bien se donner quelques actions supplémentaires, même si elles sentent l’esbroufe à plein nez, pour dépenser les 10,3 millions de budget que le conseil d’administration a unanimement voté en décembre dernier. Prenons le temps d’analyser quelques-uns des axes.
Agir pour un accueil adapté au sein de Provenceland
C’est une des actions les plus visibles pour les usagers des Calanques. Il n’aura d’ailleurs échappé à personne que Provenceland est en chantier permanent à la manière des grandes agglomérations.
Un des chantiers les plus en vogue, pour une meilleure qualité d’accueil des touristes, consiste à clôturer tout ce qui ressemble à de la nature. Ainsi, des îlots de cistes cotonneux, de chênes kermès, de pins d’Alep sont miraculeusement épargnés de la harde touristique indocile. Nous ne voyons pas bien comment cette manie de tout clôturer pourrait bien s’arrêter. Aucune action n’ayant été entreprise par ailleurs pour freiner le tourisme.
Quand ils ne les clôturent pas, les gestionnaires de l’anti-nature abattent les arbres. France Bleu Provence nous informe que « 400 arbres seront abattus sur les routes des Calanques de Sormiou et de Morgiou ». Ah oui, mais là c’est pour « réduire le risque de feu de forêts » et, ne vous inquiétez pas, « le choix des arbres se fait de façon très minutieuse afin de préserver la biodiversité, mais aussi de favoriser le développement de la végétation. ». Ne chercherait-on pas à nous faire croire que « détruire, c’est préserver » ? Ou mieux encore que « détruire, c’est améliorer ? ». Après tout, ils arrivent bien à ce que quelques smartiens acceptent le slogan « réserver, c’est préserver ».
Question aménagements, les gestionnaires de Provenceland peuvent également compter sur les gestionnaires de la grande ville. En effet, dans le cadre du programme européen « life habitats Calanques » (encore), la ville de Marseille, en partenariat avec l’État, le PNC et l’Office National des Forêts (ONF), est également à la manœuvre pour des :
« Actions de mise en valeur et de préservation du site naturel emblématique de Sugiton pour restaurer la biodiversité et les paysages, tout en améliorant les conditions d’accueil du public :
• Condamner les sentes sauvages en mettant en défens les secteurs sensibles nécessitant d’être activement préservés.
• Améliorer la praticabilité et la lisibilité des sentiers officiels en les rendant plus attractifs par un travail sur les points de vue et sur divers motifs à mettre en scène, tels que des rochers, murets, vestiges, arbres et séquences paysagères des cheminements.
• Adapter le dimensionnement des sentiers aux flux de visiteurs.
• Traiter l’accès au belvédère de Sugiton par une requalification du cheminement en reprenant notamment les emmarchements.
• Regrouper toutes les données issues des recherches historiques et bibliographiques sur l’histoire du site, en vue d’une valorisation ultérieure sur les supports d’information
• Rédiger un cahier des charges pour la gestion du site une fois aménagé, en vue de dimensionner les besoins et moyens futurs. »
Tout en programmant de prochains chantiers afin de « requalifier le col de Sugiton et l’accès à l’une des deux plages de la calanque ». On fait donc de l’urbanisme dans les Calanques ; la ville devient totale.
Pour gérer les travaux, nous pouvons compter sur Madame la directrice, Gaëlle Berthaud de l’École Nationale des Travaux Publics de l’État (ENTPE). École qui prétend être « une grande école, de femmes et d’hommes, ingénieurs et docteurs, pour imaginer, construire et gérer les territoires à vivre de demain ». Tout un programme ! Plus tard, Madame la directrice a enrichi son pedigree en sortant diplômée de l’école des Ponts ParisTech. Puis, c’est l’ascension vertigineuse vers les plus hautes sphères du monde de l’aménagement. En effet, avant de diriger Provenceland, la technocrate a été directrice du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) - Méditerrannée, établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle conjointe du ministre de la transition écologique et solidaire, et du ministre de la cohésion des territoires. Nous notons également un passage à la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL). Épaulée par Nicolas Chardin, formé à Sciences Po Grenoble, l’aménagement de ce territoire innovant qu’est le massif des Calanques a de longues années devant lui.
On ne peut pas finir ce volet « accueil du public » sans parler des Jeux Olympiques. « En cette année olympique, où le littoral marseillais sera particulièrement sollicité, le Parc National demande également la création de 9 Équivalents Temps Plein Temporaires (ETPT) supplémentaires, et ce afin de renforcer son dispositif saisonnier notamment. » C’est tout ? Non, Provenceland vous souhaite également une bonne année olympique. Nous croyons rêver ! Alors qu’il est facile de démontrer que les Jeux Olympiques de Paris sont une aberration écologique et sociale, le Parc n’y voit qu’un « défi à relever ». Mais rassurez-vous, « Le Parc national et ses partenaires s’y préparent en prévoyant des équipes renforcées pour accueillir, orienter, sensibiliser et assurer une surveillance accrue du territoire ». Pas la moindre critique de l’événement. Les gestionnaires gèrent les nuisances qui seront inévitablement occasionnées. C’est peut-être le sens de l’un des axes d’actions du Parc, plutôt obscur : « prendre en compte la lutte et l’adaptation au changement climatique ». Mystère.
« Développer la connaissance en dotant la stratégie scientifique d’une déclinaison opérationnelle »
C’est clair ? Pas vraiment.
Ce qui est certain c’est que vous pouvez compter sur le Parc pour développer la connaissance. Ou plutôt pour dépenser du budget pour qu’une entreprise de la French Tech le fasse pour eux. Entre Provenceland et la start-up nation c’est une grande histoire d’amour. Après TROOV vous allez adorer Citiprofile, une start-up Deep Tech toulonnaise, « spécialisée dans la production d’outils d’aide à la décision à partir des flux de personnes physiques et de véhicules ».
« CitiProfile est une solution innovante qui quantifie et qualifie la démographie et les flux de personnes et de véhicules sur une zone géographique précise pour mieux les connaître, mieux les gérer, préserver le territoire et améliorer le quotidien des résidents ou des visiteurs. »
Merveilleux ! Comment cela fonctionne ?
« CitiProfile traite des données démographiques ultraprécises et des mouvements humains issus notamment de données GPS provenant de plus de 5000 applications mobiles. CitiProfile permet de connaître le profil des visiteurs et résidents sur un territoire : densité, origine géographique, mode de transports, catégories socio-professionnelles etc. Spécialiste du big data, CitiProfile modélise des jumeaux numériques des territoires grâce à ses outils dédiés et propriétaires. »
Vous le savez, le marché de la data est en pleine expansion. Vos déplacements dans les espaces naturels n’échappent donc pas à ce fructueux marché. Mais ici, ce sont les gestionnaires de Provenceland qui sollicitent une start-up pour étudier ces données. Il y a un budget à dépenser. Grâce à la French Tech, ils espèrent « mieux connaître » les attentes et comportements des personnes, sans aucune discussion avec elles. Pour enfin proposer des solutions que nous dénoncions déjà dans notre premier papier sur le sujet, à savoir : « la gestion des pics de fréquentation, la mise en place de nouveaux circuits et de nouveaux points d’attractivité et la mise en place de jauges ». Si vous ne voulez pas que les permis de visite se généralisent aux espaces naturels, réfléchissez-y à deux fois avant de prendre avec vous votre « objet d’aliénation favori ». Foutue laisse électronique.
« Poursuivre et amplifier la transition écologique »
De quoi s’agit-il ? Peut-être du projet Provence Grand Large (PGL), un parc pilote de trois éoliennes flottantes, au large de Salin de Giraud, d’une puissance installée de 24 MW. Le Parc National des Calanques qui a donné un avis « conforme avec réserves et préconisations » le 26 février 2021 souhaite la « poursuite du projet PGL ». C’est bien connu des défenseurs de la nature, les éoliennes industrielles terrestres comme marines sont des tueuses d’oiseaux, de chiroptères et d’insectes volants. Dans le cas du projet PGL, les gestionnaires du parc s’inquiètent, à juste titre, pour les oiseaux de mer (Puffin yelkouan, Puffin de Scopoli et Océanite tempête…). Mais là aussi, ne comptez pas sur une critique vive et juste de la transition énergétique. Non, Provenceland est là pour donner une caution écologique à ces installations industrielles. D’où quelques mesures compensatoires : « Contrôle et éradication des prédateurs (rat noir et chat haret) ; limitation du dérangement causé par les activités anthropiques sur les colonies de reproduction » ou d’accompagnement comme le puçage et suivi de ces pauvres oiseaux. Bien maigres compensations face à l’ambition dévorante des industriels qui est d’installer ces monstres flottants sur toutes les côtes du monde.
« Développer un réseau d’ambassadeurs et participer aux réseaux d’acteurs du territoire ayant des impacts positifs »
Arrêtez donc de rire, c’est gênant.
« Innover »
Étymologiquement innover c’est « introduire quelque chose de nouveau dans une chose établie ». Sur ce point nous pouvons reconnaître que les gestionnaires ont réussi à faire voler en éclats l’idée d’une libre circulation dans le massif. Quelle vieille idée réactionnaire d’avoir l’intention de marcher dans la nature librement, sans avoir fait de plan à l’avance. La planification, l’agenda, la notification de rappel de nos sorties, la réservation sur internet, voilà l’innovation. Provenceland pourra se vanter d’être le premier parc national de France à instaurer un permis de visite de l’anti-nature. A jamais les premiers ! On sait déjà que d’autres parcs ont regardé cette mesure avec beaucoup d’intérêt. Surveillons nos gestionnaires car à force d’innovation, il se pourrait bien que leurs idées délirantes sonnent le glas de ce qui restait de nature ici-bas ; sauvage et humaine. En organisant les flux de personnes comme on traite des marchandises, ils nous abîment ; sous prétexte de protéger les paysages, ils les mettent en vitrine ; en prétendant protéger la nature, ils l’annihilent. Alors, naturellement nous nous demandons : qui protégera la nature de ses gestionnaires ?
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Pour nous, platanistes intégristes, il ne reste plus qu’à trouver un endroit peu remarquable pour passer la saison estivale. Loin du tumulte des foules destructrices. Loin de Provenceland et de cette anti-nature. A l’ombre d’un Platane, d’un Chêne ou d’un Micocoulier (qui sait ?) pour se protéger des chaleurs accablantes. Nous y relirons Désert Solitaire d’Edward Abbey. Témoignage poignant sur ce que les gestionnaires-technocrates, mais aussi l’industrie, du nucléaire principalement, ont fait des parcs nationaux américains. Avis aux saisonniers qui crament aux abords des checkpoints de Provenceland. Bonne lecture.
Il Rovescio / samedi 29 juin 2024
Le 11 juillet aura lieu la dernière audience du procès contre Zac, inculpé en vertu des articles 280bis (acte de terrorisme perpétré avec des dispositifs mortels ou explosifs) et 270quinques (auto-entrainement) du code pénal. À partir de 9h30, il y aura le réquisitoire du procureur et, après, les plaidoiries des avocats. Ensuite, la cour se réunira en chambre de conseil et elle émettra la sentence.
Zac est accusé d’une attaque contre le consulat de Grèce à Naples, le 4 mars 2021, que le parquet a identifié comme d’origine anarchiste et inséré dans la campagne en solidarité avec Dimitri Koufondinas, un prisonnier grec qui, en 2021, avait été en grève de la faim pendant plusieurs mois, en risquant la mort, pour contester la réforme pénitentiaire en cours à l’époque, qui comportait une importante détérioration des conditions de la détention. Au cours des audiences, toute l’inconsistance de l’hypothèse de l’accusation s’est manifestée, ce qui a rendu évidente la nature purement politique de ce procès, qui se fonde plus sur la personnalité de l’inculpé que sur des faits. À un tel point que Zac est resté sous contrôle judiciaire et a aussi été « élu » (sans s’être candidaté !) à la surveillance spéciale.
La requête, de la part de la Préfecture, de cette mesure supplémentaire, promptement acceptée par le Juge des libertés, confirme l’acharnement politique contre le compagnon. Il nous semble évident que, dans cette affaire comme lors d’autres opérations de répression de la dissension politique, il s’agit d’un moyen pour obtenir des résultats, indépendamment de l’issue du procès. En général, la surveillance spéciale est devenue un instrument de plus en plus utilisé comme moyen de prévention et de contrôle social.
Bref, étant donné que le vrai fondement du méli-mélo d’hypothèses d’enquête et de bureaucratie policière qui a été porté au procès est l’appartenance du compagnon au mouvement anarchiste, on peut dire que ce qui est inculpé est une précise identité politique et que le vrai objectif est la criminalisation de toutes les luttes conte le système pénitentiaire et de la solidarité avec les détenus en lutte. Ce n’est pas un hasard si la dangerosité présumée de Zac et son arrestation ont été motivées par le contexte de mobilisation contre le régime de détention 41-bis et en solidarité avec Alfredo Cospito en grève de la faim, dans le but de prévenir des possibles engagements dans une éventuelle « escalade » de la lutte. Cette opération s’insère dans une stratégie répressive plus ample qui a frappé, avec les mêmes caractéristiques, des nombreux compagnons et compagnonnes, cette dernière année.
Nous ne reconnaissons aucune forme de distinction entre culpabilité et innocence, le pur arbitre d’une logique judiciaire qui n’est jamais neutre, mais est le reflet complet des valeurs dominants, dans un système de guerre globale, de massacre de peuples et d’emprisonnement d’opprimés et de dissidents. En revanche, ce que nous assumons sont les idéaux, les pratiques, l’identité politique du compagnon inculpé, dans lesquels nous nous reconnaissons pleinement. Nous pensons qu’il est important de renforcer la solidarité, dans une époque d’intensification de la répression, qui, dans le contexte actuel de guerre, frappe de manière de plus en plus large. C’est pourquoi nous vous invitons à une présence massive lors de la dernière audience, pour montrer clairement que, si l’objectif était celui d’isoler le compagnon, ils n’ont pas réussi, et qu’il n’y a aucune résignation, parmi ceux/celles qui soutiennent la lutte contre toute forme d’oppression.
Anarchistes
Unravel / vendredi 21 juin 2024
« Tout est dans le rang, tant que les quartiers d’habitation des patrons et des juges restent des sanctuaires, libres des mécontentements de la société de classe, qu’ils entretiennent : un sanctuaire que nous avons bien l’intention de briser. »
FAI, 2014
Le 6 et le 16 juin, deux bureaucrates d’État, Eva-Michelle Spicer (propriétaire de la bijouterie Spicer Green) et Larry Crosby (directeur de l’hôtel Foundry) ont reçu des visites chez eux et leurs voitures ont été mises hors d’usage. Cette action a été menée en réponse à l’affiliation des individus susmentionnés à la proposition d’un « quartier d’amélioration commerciale », dans l’ainsi-dite ville d’Asheville (en Caroline du Nord), et à la promotion qu’ils en font. La proposition de ce quartier d’amélioration commerciale essaye de mettre les riches propriétaires dans des positions de pouvoir absolu, en aidant l’État et le capital à resserrer leur emprise de contrôle social par le « nettoyage » des rues des « comportements antisociaux » et de « tout ce qui est considéré comme sortant de l’ordinaire », par une surveillance accrue et une sécurité privée. En ségréguant les individus déviants loin de la vue et de l’interaction avec les clients, ce qui nous semble clairement un moyen de faciliter le flux ascendant du capital et de favoriser la gentrification.
L’opposition est possible, l’État et le capital ne sont pas omnipotents. Les individus qui cherchent à mettre en place le quartier d’amélioration commerciale ont des noms et des adresses, tout comme leurs homologues au sein de l’État et de l’administration locale. Ces adversaires ne sont ni théoriques, ni symboliques, mais matériels. Nous frappons pour exploiter leurs vulnérabilités. Nous frappons pour propager des fissures dans le spectacle de la paix sociale, résolument engagé.es à élargir et à exaspérer la polarisation des antagonismes de classes. Nous frappons… « parce que nous sommes pour l’attaque destructrice immédiate contre les structures, les individus et les organisations du Capital et de l’État ». Alfredo Bonanno
Ceux/celles qui dorment entretiennent elles/eux aussi l’ordre du monde.
« Le seul moyen de dissiper la peur et la tyrannie est de les transférer dans les arrière-cours de l’ennemi. »
CCF FAI/FRI, Membres emprisonnés
Quelques anarchistes