Le Pinkwashing peut se traduire en français par « se laver en rose ». Il s’agit pour les acteur.ice.s qui font du pinkwashing de repeindre en rose une réalité qui ne l’est pas. Les multinationales, les banques, les entreprises et l’Etat continuent à laver leurs linges sales sur le dos des personnes MOGAI (Marginalized Orientations, Gender identities, And Intersex). Nous militant.e.x.s queers, bi.e.x.s, trans, gays, non-binaires, genderfluid, racisé.e.s, avons souhaité montrer notre refus de l’appropriation ainsi que de la dépolitisation de nos luttes lors de la Marche des Fiertés à Genève. Pour cela, nous avons prononcé un discours et tenu une action pendant laquelle nous nous sommes lavé.e.x.s au ROSE. Le rose est le symbole du pinkwashing mais également celui de notre refus que les Marches des Fiertés soient des espaces commerciaux, où règne la recherche du profit pour des entreprises néo-libérales aux pratiques fiscales, salariales et commerciales souvent honteuses et qui piétinent nos droits pour leur profit. Politiser notre parole et nos corps, tel était le but de l’action. Ainsi, deux semaines après la marche nous avons souhaité publier le discours que nous avons tenu afin de le rendre accessible à tout.e.x.s.
Aujourd’hui, en ce jour de la Marche des Fiertés, j’aimerai remercier UBS et tout ses complices, pour avoir financé mon identité de genre ainsi que ma sexualité.
Avant, sans vous, je n’avais pas les moyens d’être pansexuel.le et genderfluid mais UBS, tu me les offres grâce à ton bénéfice de 4.9 milliard en 2018, merci beaucoup. Désormais, je n’aurais plus qu’à ouvrir un compte chez toi pour m’acheter mon prochain gode ceinture.
Grâce à ton sponsoring et celui de tes ami.e.s (HSBC, Philip Morris, Swiss Airlines, Barclays Bank et autres...) je ne vis plus de discriminations. Avec UBS on ne me traite plus de pedale. Avec UBS on me genre correctement au travail. Avec ubs j’ai enfin un logement. Avec UBS je peux avoir accès aux soins comme tout le monde. Grâce à tes investissements je peux me soigner de toutes les IST à chaque fois que je baise dans ma condition queer.
Merci UBS et tes ami.e.s d’utiliser nos identités de genre et nos sexualités, pour vous remplir les poches. j’aimerais être aussi fier.e que toi, UBS, lorsque tu m’expliques que la « promotion de l’egalite lgbtqi+ » est un facteur de succès économique. Mais je ne le suis pas. Je ne suis pas fier.e de savoir que tu te fais des millions sur notre dos, que tu te fais des millions sur nos oppressions.
Cher UBS, tu détiens des millions, tu entretiens l’évasion fiscale, le néo-colonialisme, la précarité, l’exclusion sociale, les désastres écologiques. Aujourd’hui, si tu veux vraiment nous soutenir, commence à te rendre utile. Donne nous l’argent pour nos torsoplasties, donne nous l’argent pour nos rendez vous psy, donne nous l’argent pour nos sex toys, donne nous l’argent pour nos paillettes, nos logements, no papiers, nos luttes, nos droits. Arrête la déforestation, arrête les investissements dans les énergies fossiles, dans les entreprises qui exploitent les terres et les corps des peuples autochtones. Tu veux te servir du drapeau arc-en-ciel, alors rends-nous l’agent.
Rends nous tes locaux, on en fera des squats. Tes bureaux vides nous donne la haine, faisons de ceux-ci des lieux d’accueil pour les personnes réfugiées et sans abris. Des espaces créatifs, pluriels, fluides, féministes, antiracistes et queers.
Nos corps ne sont pas tes marchandises, nos sexualités ne sont pas à disposition de tes profits, nos identités et expressions de genres ne servent pas ton capital.
Nous nous lavons au rose, rose, rose, rose. Telle est la couleur du pinkwashing. Telle est la couleur des entreprises et des politiques qui se font du profit sur nos oppressions. Alors, faisons du rose notre résistance.
Vous sponsorisez nos vies pendant une journée, mais qu’en est-il de nous financer lorsque l’on demande un prêt, lorsque l’on cherche un logement, un travail, lorsque l’on demande a être remboursé.e.x.s par nos assurances ? a la pride et à chaque instants de nos vies, nous exigeons l’émancipation de nos corps, de nos sexualités, de nos individualités. cela passe par votre silence.
Au cours du week-end des 20 et 21 juillet, l’annexe de la mairie de Maré a subi une attaque dont elle n’est pas prêt de se remettre.
« L’annexe de la mairie de Maré située à la Roche fermée jusqu’à nouvel ordre. Le maire Pierre Ngaiohni a pris cette décision à la suite d’actes de vandalisme commis ce week-end : plusieurs baies vitrées brisées, des rideaux arrachés dans le bâtiment qui abrite le guichet unique et le service de l’état civil.
L’annexe qui est régulièrement visitée sera sécurisée avant sa réouverture ».
Le 15 juillet 2019, des compagnon.nes ont appris l’arrestation en vue de l’expulsion vers le Nigéria, de Divine Umoru. Le lundi 15 juillet vers 13 heures, la police s’est rendue chez Divine pour l’emmener au commissariat, où il a été informé d’un décret inattendu d’expulsion ad personam, signé directement par le ministre Matteo Salvini. Malgré le fait que le compagnon vivait en Italie depuis vingt ans et qu’il avait tous les papiers nécessaires pour séjourner en Italie, le juge a validé la mesure d’expulsion par une audience directe, en s’appuyant sur différentes inculpations, dont une avec finalité de terrorisme pour laquelle Divine avait été acquitté il y a des années.
Il a ensuite bénéficié, à la demande de l’avocat, d’une heure pour prendre des vêtements et un téléphone, qui lui a été saisi, puis il l’ont fait monter dans une voiture qui s’est dirigée vers l’aéroport de Milan Malpensa, où une soixantaine de personnes se sont rendues dans l’après-midi (mardi 16 juillet), et où à 19h10, un avion d’Air Italy, à destination de Lagos (Nigeria), devait partir avec Divine à bord.
Les personnes solidaires présentes se sont déplacés en petits groupes à l’intérieur de l’aéroport avec des banderoles et des mégaphones, toujours suivies évidemment d’un nombre important de flics, pour informer les personnes sur place de ce qui était entrain de se produire et bloquant certaines portes d’embarquement.
Entre temps, les avocats ont préparé une série de recours, dont un adressé en particulier à la Cedu (Cour européenne des droits de l’homme), pour suspendre l’arrêté ministériel, appuyés notamment par le fait que Divine a été acquitté pour les infractions sur lesquels l’arrêté d’expulsion se base. La Cedu a demandé la suspension de l’expulsion. Bien que Strasbourg ait accepté l’appel des avocats par le biais d’une sentence de suspension exécutive, les autorités présentes à l’aéroport pendant une journée entière ont refusé de donner des garanties vis à vis de la non expulsion et la libération de Divine. Ce n’est que tard dans la soirée que les compagnons ont appris que Divine n’avait pas été rapatrié, c’est la seule nouvelle qui leur est parvenue.
Mais ce n’est pas tout : le matin du 17 juillet, Divine parvient à trouver un moyen de contacter ses compagnons, leur disant qu’il avait été transféré la veille au soir au CPR [centre de séjour et de rapatriement] de Bari, informé de la suspension de son expulsion peu avant le transfert. Quelques heures plus tard, nous avons appris que Divine était en audience avec un avocat officiel – concernant son maintien en détention – mais le compagnon a catégoriquement refusé d’y assister, demandant à être défendu par ses avocats. Le juge a accepté le report et l’audience a ensuite été reportée au vendredi 19 juillet à 9 h, le jour où ses avocats seront présents.
Ce n’est pas un hasard s’il a été envoyé au CPR à Bari, l’un des pires camps en Italie, sinon le pire, connu par tous pour être une structure punitive dans laquelle sont souvent déportés les migrants rebelles.
Maj. Le compagnon est sorti, il a été libéré le 19/07.
résumé depuis insuscettibilediravvedimento.noblogs.org
« Il faut porter la panique à la surface des choses »
Ce matin – dix jours après le vingt-et-unième anniversaire de la mort de Maria Soledad Rosas, deux jours après le dix-huitième anniversaire de la mort de Carlo Giuliani, et quelques heures avant l’annonce du verdict du tribunal de Florence contre une trentaine d’anarchistes – la ligne ferroviaire qui relie Rome et Florence est à l’arrêt, suspendue, bloquée. Qu’est-il arrivé ? A l’aube, en proche banlieue du chef-lieu toscan, une cabine électrique du TGV s’est réchauffée au point de s’enflammer. Serait-ce un hasard ? Une coïncidence ? Une « vile provocation » ? Ou bien, plus simplement et humainement, un geste d’amour et de rage ?
Il est facile d’imaginer que se trouvent sur place un ramassis de techniciens des chemins de fer et de la préfecture de police. Après les premières constatations, les responsables de Rfi [Rete ferroviaria italiana] ont déclaré que « l’origine de l’incendie contre les installations qui gèrent la circulation des trains est liée à un acte volontaire causé par des inconnus ». Des inconnus qui avec un petit rien ont provoqué le chaos dans la circulation ferroviaire nationale, un secteur important de ce système public de transport qui fait chaque jour fonctionner notre aimable société, déplaçant des marchandise humaines et inhumaines selon les besoins du marché. Et quand plus rien ne fonctionne, on le sait, on est alors obligé de penser à toute autre chose.
Oui, on le sait bien, on le sait que les flics et les journalistes – habitués comme ils sont au mutisme de l’obéissance ou au choeur du consensus – prendront nos mots rien moins que comme une « revendication ». Mais que voulez-vous ? C’est plus fort que nous. On ne réussit pas à contenir notre émotion en constatant comment ce géant nommé Pouvoir a encore et toujours des pieds d’argile. Comment il suffit d’allumer une cigarette à l’air libre de la campagne sous la lune pour l’envoyer en tilt. Comment toute sa magnificience exhaltée, toute son invincibilité arrogante dépendent de fragiles câbles disséminés un peu partout. Si vulnérables qu’ils peuvent mettre être neutralisés par une limace*.
Le spectre de la mort et la menace de la prison pourront arrêter ceux qui doivent cultiver leurs propres intérêts, mais ils n’ont jamais arrêté ceux qui désirent ardemment leur propre liberté.
[Traduit de l’italien de finimondo.org, 22/7/19]
* NdT :
Le 30 mai dernier, sur plusieurs lignes du sud du Japon, une grosse panne de courant avait stoppé des dizaines de trains et provoqué des retards pour 12 000 passagers. La Kyushu Railway Company avait été contrainte d’annuler 26 trains et d’autres avaient été affectés par des retards qui avaient semé le chaos sur un réseau ferré célèbre pour son efficacité et sa ponctualité. Fin juin, on apprenait finalement que c’est officiellement une limace s’étant introduite dans un boîtier électrique avant de griller net qui avait fait disjoncter le tout.
En attendant de plus amples informations, nous publions quelques unes des condamnations pour les 28 compagnon.nes accusé.e.s dans le cadre de l’opération Panico.
Aucun acquittement.
Ghespe 9 ans
Giova 9 ans, 10 mois et 15 jours
Paska 9 ans et 10 mois
Pour tous.tes les autres, les peines vont d’un mois à six ans.
Feu aux prisons et aux tribunaux
Liberi tutti e libere tutte
Considérations techniques sur les condamnations
En substance, beaucoup de choses sont restées inchangées par rapport aux requêtes du proc, certaines peines sont même devenues plus sévères.
Quelques différences/considérations substantielles à première vue :
La qualification de « tentative de meurtre » pour les faits du nouvel an n’a pas été retenue, mais elle a été réduite à des « blessures très graves » ; cependant, cela n’a pas déterminé une grande différence dans la peine par rapport aux réquisitions. Cependant, l’engin [déposé devant la librairie] a été défini comme « potentiellement mortel ». Giova, Ghespe et Paska ont été condamnés pour les faits du nouvel an, tandis qu’un autre accusé a été acquitté de ce chef d’inculpation.
L’accusation « d’association de malfaiteurs » est passée, mais 6 (des 15) « associés » ont été acquittés. Deux compagnonnes ont été déclarées comme « cheffes » de l’association, tandis que l’accusation pour Giova d’être devenu le nouveau « chef », après l’arrestation des deux, lors de la première vague de mesures préventives, n’a pas été retenue.
Toutes les personnes inculpées pour le rassemblement devant la prison de Sollicciano ont été acquittées, probablement parce que, à différence du rassemblement du 25 avril, le parquet n’a pas pu attribuer à personne la responsabilité de l’avoir organisé.
Comme on peut le voir en effet avec les condamnations pour le rassemblement de Sant’Ambrogio, les deux personnescondamnées pour manifestation non déclarée sont celle qui ont pris la parole avec le mégaphone ; pour le rassemblement du 25 avril les deux personnes quiont été condamnées étaient sous écoute pendant qu’elles parlaient d’une prise de parole à faire pendant le rassemblement.
Les autres acquittements concernent des personnes qui n’ont pas été reconnues lors du procès par des témoins ou des caméras de surveillance.
En ce qui concerne les condamnations, celles pour association de malfaiteurs sont de 2 ans minimum.
Apparemment, les juges ont été très durs, souvent plus encore que les réquisitions des procureurs, pour les délits liées aux faits du Melograno [pour des Molotov sur la caserne des carabiniers de Rovezzano, un quartier de Florence].
En tout état de cause, avant la publication des motivations, on ne saura pas avec certitude ce qui est passé et ce qui n’est pas passé. Je pense qu’il est évident, cependant, que l’ADN a été pleinement accepté comme preuve incriminante pour Ghespe, et que cela ne pouvait se passer pire que cela. Par ailleurs, le sentiment était que cette sentence avait déjà été écrite depuis longtemps.
Le délai de dépôt des motifs est de 90 jours.
Les peines privatives de liberté sont suspendues sauf pour Paska Ghespe et Giova, qui sont déjà assignés à résidence.
Montpellier (Hérault), 20 juillet : Le samedi après-midi, c’est toujours free party !
Les manifs du samedi ont peu à peu perdu de leurs intérêts ces dernières semaines. La faute certainement à la répression policière et judiciaire, à la lassitude de faire les mêmes parcours de semaine en semaine, qui plus est attendus par les flics, ou encore à la chaleur écrasante, etc. Donc un peu partout, et notamment dans des villes où le désordre a été au rendez-vous comme à Rennes, Nantes, Bordeaux, Paris, Dijon, plus rien ne se passe… Partout, sauf à Montpellier, ville du sud où ça résiste encore aux éborgneurs en uniformes et ça attaque les vitrines de la domination (banques, mobiliers urbains et institutions étatiques…) .
Près de 700 personnes ont manifesté samedi 20 juillet dans le centre-ville de Montpellier. La presse locale a dénombré entre 50 (selon France3) et 200 blackblocs (e-metropolitain) présents derrière une banderole renforcé affirmant « ça va péter! ». Une arrestation en flagrant délit et deux policiers blessés selon la préfecture.
Extraits du Metropolitain, 21.07.2019: « Sur la place de la Comédie, les vitrines de la Banque populaire du Midi [déjà maintes fois prises pour cible lors des émeutes précédentes] ont été une nouvelle fois brisées et/ou étoilées. Les manifestants et les black blocs ont gagné ensuite le quartier d’Antigone : des abribus et une baie vitrée d’une station de tramway de la Tam 3M ont vandalisés, ainsi que l’agence de La Poste et le bâtiment qui abrite la métropole de Montpellier.
Des containers et des poubelles moyennes ont été incendiées. La Ville de Montpellier et la TaM 3M vont déposer une nouvelle plainte contre X auprès du commissariat de police, par ces dégradations qui s’ajoutent sur la facture déjà salée des saccages volontaires depuis le 17 novembre dernier. Le montant total depuis ces huit mois de casse est en cours de chiffrage.
Un black bloc a été interpellé par les policiers de la Sécurité publique hier après, à Antigone en flagrant délit de destruction de mobilier urbain. Il est en garde à vue. »
Lyon (Rhône), 19 juillet 2019 : un anarchiste condamné à 2 ans de prison dont huit mois fermes pour l’attaque d’un fourgon de police
« Ce vendredi 19 juillet, le tribunal de Lyon a rendu sa décision suite au procès de l’homme qui a caillassé un fourgon de police en février 2019 pendant une manifestation des « gilets jaunes ». Il a été condamné ce vendredi 19 juillet à 2 ans de prison dont huit mois fermes. Une enquête avait été ouverte et confiée à la Sûreté Départementale.par le parquet de Lyon pour violences avec arme et en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Le rappel des faits : le 16 février lors de la 14e manifestation des « gilets jaunes », un camion de police avait été violemment pris à partie par des manifestants. Alors qu’il était bloqué au milieu de la circulation en plein centre de Lyon, une pluie de pavés s’était abattue sur le pare-brise et les vitres. La camionnette avait été prise pour cible par plusieurs groupes de casseurs qui avaient lancé un grand nombre de pavés et de projectiles. Depuis l’intérieur du véhicule, les policiers filmaientt la scène, en activant leur sirène pour se frayer un passage, tout en appelant des renforts. La scène, filmée de l’intérieur du véhicule par un policier avait été largement relayée sur les réseaux sociaux. Les policiers eux-mêmes l’avait diffusée sur les réseaux sociaux par le syndicat Alternative Police. Le suspect, « défavorablement connu des services de police et ne cachant pas son appartenance à la mouvance anarchiste », avait été placé en garde à vue et mis en examen. « Il était parvenu à monter sur le capot du véhicule et à donner des coups de pied », selon les enquêteurs, « après avoir jeté des pierres sur les forces de l’ordre ». (Source: France 3 Rhône-Alpes, 20.07.2019)
Linthal (Haut-Rhin), 10 juillet : Feu le camion du Tour de France
Le 10 juillet dernier, un camion du Tour de France contenant du matériel électrique et informatique a été incendié, juste avant la 6e étape partant de Mulhouse.
A proximité, quelques tags faisaient référence aux « gilets jaunes » et d’autres ciblaient la police et le capitalisme.
Trappes (Yvelines), 8 juillet : Feue la locomotive du train de marchandise
Analyses ADN, traçage des téléphones et interrogatoires… Grâce aux éléments apportés par la police scientifique, les enquêteurs du commissariat de Trappes ont pu mettre la main le 3 juillet sur deux individus soupçonnés d’avoir incendié une locomotive dans la gare de triage de Trappes en novembre 2018. Le sinistre avait eu lieu dans la nuit du 9 au 10 novembre. Une locomotive avait été détruite par un incendie, pour des dégats estimés a 1,2 M€ !
Lors de la collecte d’éléments sur place, les policiers trouvent une veste abandonnée à proximité. Des analyses ADN leur donnent l’identité d’un homme de 20 ans qui habite à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Son identité en poche, ils découvrent alors que son téléphone a « borné » dans le secteur de l’incendie le soir du sinistre.
Il n’en faut pas plus pour qu’il soit interpellé le 3 juillet à l’aube à son domicile. Lors de son interpellation, les policiers découvrent « un gilet jaune avec des mentions anarchistes, un masque de ski, un masque de protection contre les gaz, une bouteille d’essence et une barre en métal », précise une source proche de l’enquête. « Cela met en avant son intérêt pour les groupes anarchistes ainsi qu’une probable participation à des manifestations violentes », continue cette même source.
L’homme est placé immédiatement en garde à vue et avoue qu’il est entré sur le site « pour voler des fumigènes » mais nie avoir mis le feu à la locomotive. Quelques heures plus tard, un complice, âgé de 34 ans, est arrêté à Trappes. Lui aussi avoue être entré dans la gare de triage mais nie tout autant être l’auteur de l’incendie.
[Extrait du Parisien, 08.07.2019]
Forbach/Sarreguemines (Lorraine), 11 juillet : Feux et tirs contre les centres des impôts
Les centres des impôts de Moselle-Est sont à nouveau la cible de dégradations. Il y a eu deux tentatives d’incendie à Forbach, dans la nuit de la fête de la musique, le 21 juin, et la semaine dernière dans la nuit de jeudi à vendredi, le 4 juillet. Ce week-end, dans la nuit de samedi à dimanche, c’est le centre de Sarreguemines qui a été la cible de tirs de carabine à plombs. À cela s’ajoute l’incendie criminel du centre des impôts de Saint Avold le 14 décembre dernier, pour lequel une enquête est toujours en cours.
Cet acharnement contre les centres des impôts « inquiète » Laurent Zommer, délégué syndical chez Solidaires finances publiques. Le directeur des finances publiques de Moselle ne s’explique pas non plus cet acharnement dans l’Est du département.
Les vitres criblées de balles au centre des impôts de Sarreguemines
A Forbach
[Extrait de France Bleu, 11.07.2019]
Marcillac (Tarn-et-Garonne), 11 juillet : Les tags qui font mal
«GJ Poum Poum Tralala, Gilet jaune vaincra», «Lapider les keufs, péter les banques, brûler les cravates et buter les patrons»… Tout un florilège d’inscriptions de ce style, incitant à l’insurrection et outrageant à l’égard des forces de l’ordre, a été tagué sur les murs de la salle des fêtes de Marcillac et sur le portail du hangar d’un riverain dans la nuit du 20 au 21 avril. Le préjudice est estimé à 13 000 euros.
Dès le lendemain matin, les gendarmes de Marcillac avaient procédé aux constatations d’usage et à des opérations de police scientifique. Un minutieux travail d’investigations et de recoupements vient de permettre d’identifier une personne et de la confondre. Il s’agit d’un trentenaire originaire du Tarn-et-Garonne qui devra répondre de ses actes au tribunal de Rodez avec les chefs d’inculpation suivants : provocation au crime et au délit par écrit, outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, dégradations de biens d’utilité publique et de biens privé.
Des retards jusqu’à quatre heures et 42 TGV annulés suite à l’incendie « volontaire » survenu à l’aube contre une cabine électrique à hauteur de la gare de Rovezzano (Florence). Parmi les hypothèses passées au crible par les enquêteurs, il y a la piste d’une action des anarchistes liée à un procès en cours à Florence contre 28 personnes [opération Panico, voir ici).
La circulation ferroviaire a été complètement suspendue de 5h10 à 8h ce matin pour que la police scientifique puisse opérer sur place. Trois foyers d’incendie auraient frappé les installations ferroviaires à l’aube. En plus de la cabine électrique, deux regards où passent les câbles électriques auraient également été visés.
A cause des dégâts, on enregistre une forte réduction des capacités ferroviaires, dès le matin les retards sur les TGV étaient de 180 minutes avec des pointes à 240 minures, sans compter les 42 TGV annulés, aussi bien de Trenitalia que de Italo. Des répercussions sont également prévues pour cet après-midi. D’importants retards et des annulations de trains sont également signalés concernant le traffic régional des principaux noeuds métropolitains.
[Traduction d’un extrait de la dépêche de l’ANSA (AFP italienne), 22 juillet 2019]
Des perturbations importantes du nord au sud du pays….
« acte volontaire causé par des inconnus »
On complète, en précisant que les journaux insistent sur la piste anarchiste en citant un texte ironique de finimondo paru ce matin (La stratégie de l’escargot), l’assimilant comme d’hab à une « revendication ». Ci-dessous sa traduction:
La stratégie de l’escargot
« Il faut porter la panique à la surface des choses »
Ce matin – dix jours après le vingt-et-unième anniversaire de la mort de Maria Soledad Rosas, deux jours après le dix-huitième anniversaire de la mort de Carlo Giuliani, et quelques heures avant l’annonce du verdict du tribunal de Florence contre une trentaine d’anarchistes – la ligne ferroviaire qui relie Rome et Florence est à l’arrêt, suspendue, bloquée. Qu’est-il arrivé ? A l’aube, en proche banlieue du chef-lieu toscan, une cabine électrique du TGV s’est réchauffée au point de s’enflammer. Serait-ce un hasard ? Une coïncidence ? Une « vile provocation » ? Ou bien, plus simplement et humainement, un geste d’amour et de rage ?
Il est facile d’imaginer que se trouvent sur place un ramassis de techniciens des chemins de fer et de la préfecture de police. Après les premières constatations, les responsables de Rfi [Rete ferroviaria italiana] ont déclaré que « l’origine de l’incendie contre les installations qui gèrent la circulation des trains est liée à un acte volontaire causé par des inconnus ». Des inconnus qui avec un petit rien ont provoqué le chaos dans la circulation ferroviaire nationale, un secteur important de ce système public de transport qui fait chaque jour fonctionner notre aimable société, déplaçant des marchandise humaines et inhumaines selon les besoins du marché. Et quand plus rien ne fonctionne, on le sait, on est alors obligé de penser à toute autre chose.
Oui, on le sait bien, on le sait que les flics et les journalistes – habitués comme ils sont au mutisme de l’obéissance ou au choeur du consensus – prendront nos mots rien moins que comme une « revendication ». Mais que voulez-vous ? C’est plus fort que nous. On ne réussit pas à contenir notre émotion en constatant comment ce géant nommé Pouvoir a encore et toujours des pieds d’argile. Comment il suffit d’allumer une cigarette à l’air libre de la campagne sous la lune pour l’envoyer en tilt. Comment toute sa magnificience exhaltée, toute son invincibilité arrogante dépendent de fragiles câbles disséminés un peu partout. Si vulnérables qu’ils peuvent mettre être neutralisés par une limace*.
Le spectre de la mort et la menace de la prison pourront arrêter ceux qui doivent cultiver leurs propres intérêts, mais ils n’ont jamais arrêté ceux qui désirent ardemment leur propre liberté.
* NdT : Le 30 mai dernier, sur plusieurs lignes du sud du Japon, une grosse panne de courant avait stoppé des dizaines de trains et provoqué des retards pour 12 000 passagers. La Kyushu Railway Company avait été contrainte d’annuler 26 trains et d’autres avaient été affectés par des retards qui avaient semé le chaos sur un réseau ferré célèbre pour son efficacité et sa ponctualité. Fin juin, on apprenait finalement que c’est officiellement une limace s’étant introduite dans un boîtier électrique avant de griller net qui avait fait disjoncter le tout.
Samedi 20 juillet, les flics ont attaqué le Liebig34, lieu anarcho-queer-féministe situé à Berlin, en Allemagne, et on ont échantillonné mégots de cigarette, tasses et bouteilles vides. Appel à actions face à la répression étatique et la criminalisation des modes de vie alternative.
Samedi 20.07.2019, nouvelles de Friedrichshain, Berlin :
Ce matin, les flics ont attaqué le Liebig34. Étrange pour un samedi, et étrange mélange d’unités de condés, de différents départements. De nouveaux visages de flics en civil sont apparus, mais quelque chose ne change pas : la répression.
Il est probable que la raison qui a motivé le raid soit les pavés jetés de la maison au cours des dernières semaines. Ainsi, après avoir ramassé des pierres sur la Dorfplatz (nom donné au croisement entre la Liebigstraße et la Rigaerstraße) vers 2h30 du matin, les flics ont obtenu une ordonnance du tribunal et un mandat de perquisition pour fouiller une partie de notre maison et sont revenus vers 6h30. Ils sont passés par l’arrière-cour et la porte d’entrée, ont scié les portes et défoncé les barricades et ont ensuite pu rentrer de force chez nous. Une avocate est rapidement arrivée sur les lieux et a pu observer et témoigner. Au total, les flics ont passé environ trois heures dans la maison, après avoir fouillé officiellement et intensivement trois pièces mitoyennes et le grenier. Ils ont aussi mis leur nez dans les chambres privées non verrouillées, ont arraché des affiches des murs, renversé des meubles, coupé des câbles Internet et détruit des fenêtres. Au cours de la fouille, ils ont largement documenté l’intérieur et la structure de notre maison. Dans la partie officiellement perquisitionnée, ils ont recueilli beaucoup d’ADN et d’empreintes digitales sur des objets du quotidien. Ils en ont également embarqué certains, que ce soit des mégots de cigarettes, des pierres, des bouteilles, des interrupteurs Internet, de la peinture murale et des vêtements. Cependant, il n’y a pas eu de contact direct avec les personnes présentes dans la maison et ils n’ont demandé aucune donnée personnelle.
Dès lors, des actions de solidarité ont eu lieu : sur le toit voisin, le Liebig14, des feux d’artifice ont été tirés en direction des flics, une voiture de police s’est retrouvée couverte de pierres et de peinture, des barricades ont pris feu dans la rue Rigaerstraße. Des gens sont venu·e·s en soutien et continuent de nous soutenir maintenant, nous aidant à réparer les portes.
Ce matin, la situation s’aggrave donc dans le quartier : notre colère s’accentue, car le harcèlement et la répression augmentent. Ensemble, nous avons survécu à cette matinée, mais l’intensification des prises d’ADN nous préoccupe. Cela démontre une intention de normaliser l’enregistrement de l’ADN et signifie que les policiers veulent remplir leurs bases de données. Le prélèvement d’échantillons aléatoires tels que les mégots de cigarettes, les tasses, les bouteilles vides et les cadres de fenêtres montre que même les formes les plus élémentaires de la vie quotidienne alternative sont criminalisées de manière préventive et placées sous la suspicion générale. Il suffit donc maintenant de boire une tasse de café au sein d’une « house project » queer-féministe pour finir dans une base de données génétique à vie, sans même une accusation concrète d’un soi-disant crime !
Notre réponse : Formez des gangs et passons à l’action ! Ce n’est qu’ensemble que nous sommes fort·e·s !
Devenez actifs et actives, et n’attendez pas le jour J. Dans le cas de Liebig34, nous saluons les actions de toutes sortes, qu’elles soient centralisées ou non. Au cours des derniers mois, on a vu des étincelles jaillir dans les yeux de camarades. Nous assistons à une augmentation des pratiques radicales et militantes qui font référence aux questions féministes. Nous en voulons plus !
Des rassemblements sont prévus à Berlin ce week-end, mais n’hésitez pas à montrer votre soutien où que vous soyez !
Si jamais vous avez de longs câbles Internet à donner, nous sommes preneur·euse·s, les flics ont coupé nos câbles, mais nous ne resterons pas coupées du monde !
Pour des informations actuelles sur Liebig34, suivez-nous sur Twitter @Liebig34Liebig et http://liebig34.blogsport.de/ (surtout en allemand et anglais).
Suite à l’acquittement déclaré par la juge dans le cadre d’un procès contre une douzaine d’anarchistes inculpés notamment « d’association de malfaiteurs », le procureur a décidé de faire appel.
Voici ce qu’un des inculpés écrivait en avril 2019 dans une lettre que vous pouvez retrouver dans un bulletin confectionné à propos de ce procès : « Cet apogée vient jeter une zone d’ombre sur le fait que ce procès et son verdict ne seront probablement qu’un nouvel épisode dans cette saga où les rebondissements judiciaires se sont enchaînés depuis la mise au jour de cette enquête ainsi qu’après sa clôture. (…) Ce procès n’est donc rien d’autre qu’un épisode plus spectaculaire que les autres dans cette série-choc autour de la répression. »
Il avait vu juste.
Il n’y pas de date fixée pour le moment. Mais ça risque bien de ne pas être pour tout de suite, tout de suite.
En attendant des nouvelles, on vous quitte sur une jolie promesse écrite par un autre inculpé et reprise dans ce même bulletin: « je ne peux répondre à ma condamnation potentielle que par une promesse pleine de vie : je ne m’inclinerai pas, ni aujourd’hui ni demain, devant les lois des hommes. Et je continuerai, en cohérence avec ma conscience et ma sensibilité, à frayer mon propre chemin de combat pour l’anarchie »
Chacun sait désormais qu’une vague de suicides anonymes d’antennes de téléphonie et de télévision est en train de frapper l’Hexagone depuis près d’un an. Jusqu’à peu, la comptabilité officielle des porte-parole du pouvoir portait ce nombre à une petite vingtaine d’antennes immolées aux quatre coins du pays. Leur soudaine prise de conscience -tant du côté nuisible pour leur propre entourage que d’instrument de la domination-, continue apparemment à faire des émules cet été, peut-être même inspirés par l’appel international lancé à Florence au cri de » Relais de tous pays, unissez-vous… dans un grand feu de joie ! »
Le 6 juillet à Seppois-le-Bas (Haut-Rhin), c’est un pylône utilisé par les trois opérateurs Free, Orange et SFR dont les câbles ont fondu sous les flammes de pneus entreposés à ses pieds. Si le suicide est en effet en vogue chez les antennes-relais, il faut tout de même encore leur filer un petit coup de main pour que leur combustion soit une réussite totale. En tout cas, plusieurs milliers d’usagers alsaciens et de touristes du coin se retrouvent désormais sans la possibilité de passer des appels, mais également d’envoyer ou recevoir des SMS pendant plusieurs semaines.
Et voilà-t-y pas qu’on apprend que le 14 juillet dernier, au lieu-dit Les buttes de Riantes à Saint-Pern, une autre a choisi cette date hautement symbolique pour franchir le pas à son tour. Situé au beau milieu d’une bucolique campagne du nord-ouest de Rennes, c’est carrément une partie du local technique d’un relais TDF de 270 mètres de haut qui s’est ainsi consumée peu après 20h.
Dégoûté d’avoir retransmis en direct le défilé militaire du moment ? Ecoeuré par la propagande qu’il distillait banalement jour après jour dans les cerveaux de la serviture volontaire ? Vues les conséquences plutôt visibles (un écran noir dans la région), faute de pouvoir passer cette attaque entièrement sous silence, les flics ont choisi d’en dire le moins possible. On saura juste que « des multiplex télé et la réception de deux radios seraient perturbés », et ce… sur l’ensemble de l’Ille-et-Vilaine, une partie des Côtes-d’Armor, du Morbihan et de la Manche dont cet énorme émetteur assurait la couverture. C’est en tout cas largement suffisant pour remplir de joie les coeurs indomptés qui ne résignent pas à la perpétuation de l’existant.
[A partir d’un article de Ouest-France]
NdSAD: Dans un deuxième article sur cet incendie en date du 15 juillet, Ouest France précise que « des téléspectateurs se sont retrouvés devant un écran noir à partir de 20 h 30, heure à laquelle TDF a coupé l’électricité sur son site de Saint-Pern pour permettre l’intervention des pompiers ». « La zone de couverture de l’émetteur TDF de Rennes-Saint Pern est d’environ 1,5 million d’habitants (Rennes et son agglomération) ». Tandis que dans l’en-tête de leur article y est affirmé que la cause des flammes venait d’un équipement électrique défectueux », le journaflic conclut son billet par une citation d’un porte-parole de TDF qui précise que « Les équipes techniques de TDF restent mobilisées ce lundi pour comprendre l’origine de l’incident ».
Vivent les immolations de locaux techniques d’antennes, surtout quand elles ont lieu un 14 juillet à 20h, en plein JT !
Après Seppois-le-Bas (Alsace) le 6 juillet et Saint-Pern (Bretagne) le 14 juillet, les fameux « coeurs indomptés qui ne se résignent pas à la perpétuation de l’existant » ont une raison de plus de se remplir de joie : un 3e pylone est en effet parti anonymement en fumée la nuit de dimanche à lundi 15 juillet !
Il s’agit d’un émetteur TDF situé dans le quartier de Ma Campagne à Angoulême (Charente), qui a pris feu vers 2h30 au lieu-dit « Petit Beauregard ». Lundi 15 juillet en fin d’après-midi, c’étaient ainsi 70 000 foyers (soit plus de monde encore selon la composition des dits-foyers) qui étaient touchés par les conséquences de l’incendie du pylône de 33 mètres de hauteur, avec une coupure de diffusion de la télévision en TNT, et des 4 opérateurs de téléphonie (Orange, SFR, Bouygues et Free). Si les services ont été très provisoirement rétablis le lendemain, ils ont à nouveau été interrompus le 18 juillet afin de pouvoir réparer le câble d’alimentation des équipements, ce qui prendra peut-être une semaine de plus sans téléphone ni télé, selon les journaflics.
De Corbeil-Essonnes [voir plus bas; NdAtt.] à Etampes, en passant par Brétigny-sur-Orge et Viry-Chatillon, les dégradations de caméras de vidéoprotection sont devenues monnaie courante. Dans la nuit de lundi à mardi, deux mâts ont été sciés, dans le quartier Bel-Air à Longjumeau et dans celui des Grands ensembles à Massy.
Dans cette commune, rue de Téhéran, le mât qui supportait la caméra a été complètement scié entre 0 h 30 et 1 heure du matin. « Ça arrive assez souvent, tempère le cabinet du maire. Dans ces cas-là, nous en remettons encore plus. » Aujourd’hui, la ville compte 185 caméras de vidéoprotection contre 172 en janvier dernier. « Et d’ici la fin du mois, il y en aura encore quatre de plus », ajoute la mairie. Pour éviter toute récidive, du ciment est désormais coulé à l’intérieur des mâts.
A Longjumeau, le mât a été scié à l’aide d’une disqueuse. « C’est la deuxième fois que cette caméra est visée, souligne la maire Sandrine Gelot (LR). Elle a été disposée à un endroit stratégique, c’est un lieu de passage pour l’installation du point de deal. » Cette fois, l’outil qui a servi a été retrouvé sur place. Il est entre les mains de police, chargée d’effectuer des relevés pour identifier les auteurs. […]
*****
Corbeil-Essonnes (Essonne) : Ils saisissent l’occasion
Le Parisien / lundi 8 juillet 2019
Les supporteurs de l’Algérie descendent dans la rue. Avec leurs drapeaux, ce dimanche, ils fêtent la victoire de leur sélection en coupe d’Afrique des nations et mobilisent plusieurs équipages de police appelés pour maintenir l’ordre, un peu partout en France, mais aussi dans le quartier des Tarterêts [et comme toujours on en a rien à cirer ni du foot ni d’aucun nationalisme avec ses drapeaux; NdAtt.]. Parmi les fêtards, deux hommes ont réussi à cacher leur disqueuse jusqu’à leur arrivée au pied de la caméra de vidéosurveillance du 21 avenue Léon-Blum. Ils décident de scier le mât qui tombe sur le grillage entourant le parc voisin.
Cette caméra venait d’être réinstallée voici six semaines seulement. Elle avait déjà été mise hors d’état fin janvier lors d’une précédente attaque. Une autre caméra a elle aussi été vandalisée dans le même quartier, rue Racine. Elle fonctionne à nouveau depuis peu.
Mais celle du « 21 Blum » est emblématique car elle est située devant le plus gros point de deal de la cité. « Il y en a 32 autres qui fonctionnent aux Tarterêts, tempère-t-on à la mairie de Corbeil-Essonnes qui a déposé plainte pour ces dégradations. Ce n’est qu’une caméra parmi d’autres. Et nous la remplacerons au plus vite. Et on en remettra une nouvelle à cet endroit, chaque fois qu’il le faudra. Même si elle est vandalisée 5 ou 6 fois. Car la vidéosurveillance donne de bons résultats. Ces caméras permettent de lutter contre toute forme de trafic. » [surtout contre la liberté de tout en chacun.e; NdAtt.] Elles appartiennent à l’agglomération, mais la mairie reste très impliquée dans leur déploiement.
« La maison d’arrêt te cherche »… « Nous vous avons trouvés » [1]
Dans la nuit du 4 au 5 juillet, un poids lourd de la maison d’arrêt de Brême a brûlé sur le parking grillagé du centre de contrôle technique-Nord du quartier de Walle.
La maison d’arrêt de Brême se caractérise par des conditions misérables ; les cellules sont surpeuplées, il arrive que la pluie s’y infiltre et les soins médicaux sont très mauvais voire tout bonnement refusés.
Mais nous ne voulons en aucun cas prendre fait et cause pour une réforme des prisons ou même renforcer l’illusion qu’il existerait possiblement une prison « humaine » ou « juste ».
Saboter ce système d’enfermement, l’industrie carcérale telle qu’elle est notre affaire ! Car c’est une structure qui vise à briser les sujets « rebelles » et « inadaptés ». Les suicides à la maison d’arrêt de Brême de ces dernières années étayent cela.
De façon cynique, le véhicule était orné d’une inscription qui faisait la publicité pour travailler à la prison de Brême. « Tu es la clé », c’est le rôle qu’ils nous ont réellement réservé.
Nos pensées vont à nos compagnon.ne.s qui ne sont pas à nos côtés ces temps-ci. Ils se trouvent au sein de l’architecture de l’ennemi, mènent leurs vies derrière les barreaux et doivent être puni.e.s par la privation de leur liberté de mouvement.
Mais notre feu n’est pas seulement pour elles/eux. Nous ne voulons pas oublier non plus les personnes qui se sont soustraites à l’idée inhumaine de l’enfermement. Celles qui ont tout laissé derrière elles et sont désormais en cavale.
Mais nous qui sommes dehors, ne sommes pas les seul.e.s à lutter contre la société carcérale. Derrière les murs aussi des personnes essaient de préserver leur dignité et leur liberté. A elles aussi nous envoyons des salutations solidaires.
Liberté pour tou.te.s les prisonnier.e.s.
NdT : [1] Slogans détournés ici qui, à l’origine, sont utilisés pour le recrutement de matons.
Le vendredi 19 juillet, se tenait le procès d’un jeune homme accusé d’avoir participé à l’acte XIV des gilets jaunes et d’avoir pris part à l’attaque d’un véhicule de police au niveau de l’autoroute A7, le 16 février dernier. Plus précisément, il était accusé d’avoir mis un coup de pied dans le capôt du véhicule et d’avoir cassé des plots en bêton pour fabriquer des projectiles. Récit d’un jugement où se sont mêlées phantasmes policiers, vidéo virale et justice d’émotion.
Prologue
L’affaire n’est jugée qu’en début de soirée. C’est le juge Vincent qui préside. Un homme très calme, avec un ton mielleux et légèrement pédant. Tout au long de la journée, les prévenu-es se succèdent dans la salle des comparutions immédiates. Ce vendredi, voilà à quoi ressemblait la 14e chambre du TGI : un apatride qui ne peut pas récupérer son permis en pref’ et qui, à chaque contrôle routier, finit en garde-à-vue ; un conflit de voisinage sur fond d’alcool avec un couteau sorti à la fin ; une jeune femme à fleur de peau et qui n’hésite pas, elle aussi, à sortir son couteau pour « impressionner » ; un vol de guitares et leur revente dans un magasin ; des violences conjugales ; une embrouille avec des contrôleuses SNCF... Pour bien montrer la détestation qu’ils ont des prévenu-es, les magistrats n’hésitent pas à rappeler, dans la plupart des affaires, que « les faits sont extrêmement désagréables ». Un peu comme de devoir passer une après-midi entière à écouter leurs litanies.
Dans toutes ces histoires, le parquet requiert systématiquement des peines d’emprisonnement avec mandat de dépôt « car les autres solutions, on le voit bien, ne marchent pas ». On a aussi droit, de temps en temps, aux états d’âme du proc’ qui ne peut s’empêcher de nous gratifier de sa morale d’homme de droite un peu bébête. Par exemple quand il avoue être désespéré de devoir défendre des femmes qui restent avec des « hommes violents », ce « genre de victimes » qui repartent toujours se fourrer dans la gueule du loup, selon ses mots.
« Éléments de personnalité »
Tous les autres prévenus ayant été jugé et condamné, ne reste que l’affaire du gilet jaune. Le juge se lance, s’adressant à Manuel [1].
Juge : Vous êtes poursuivi pour vous être rendu coupable, le 16 février lors d’une manifestation de gilets jaunes, de :
complicité de violences aggravées avec deux circonstances aggravantes : en réunion et avec usage ou menace d’une arme suivi d’une ITT de 8 jours, en l’espèce en apportant une aide aux manifestants qui caillaissaient les services de police en cassant des plôts de béton.
pour dégradation d’un bien destiné à l’utilité ou à la décoration publique, en l’espèce en ayant détériorer un véhicule de police en provocant un enfoncement du capot,
et pour violences en réunion sur deux personnes dépositaires de l’autorité publique.
Juge : C’était pour quoi ?
Prévenu : Pour un jet de canette.
J : C’était au moment des lois travails [sic] ?
P : Oui.
Le juge égrenne les éléments du dossier. Le jeune gilet jaune vit chez ses parents, il est sans enfants, travaille à temps partiel dans l’animation et est titulaire d’un bac pro.
Juge : « Voilà, on va se lancer dans la procédure. Les faits qui vous sont reprochés sont cette participation à cette manifestation avec cette scène qui nous occupe, avec des affrontements entre manifestants et services de police à l’entrée de l’autoroute A7 avec des caillassages de policiers en charge du maintien de l’ordre. Et avec après, un fourgon qui va se retrouver pris à partie, dans la circulation, par les manifestants. Vous avez reconnu avoir cassé du béton pour aider les gens qui lançaient des projectiles. Vous avez ensuite reconnu l’agression du fourgon de police. Au début on avait un seul élément d’identification vous concernant [3]. On a deux personnes (dont une avec un ciré jaune) dont on a les photos qu’on a toujours pas retrouvées. En perquisition, on a retrouvé tous les effets personnels que vous portiez ce jour-là (ceinture , sweat, casquette, etc.), de la littérature anarchiste et le kit du parfait manifestant (masque respiratoire blanc, écharpe, gants, etc.). »
Cette histoire avait fait du bruit et le groupe politique dont Manuel était membre à l’époque avait décidé de cacher les effets personnels que portait Manuel ce 16 février. Puis, les mois passants, il a considéré qu’il n’y avait plus de risques et a tout ramené chez lui.
Le procès continue et c’est maintenant le moment de regarder les vidéos de l’attaque de la voiture de police. On ne voit pas bien quel est l’intérêt, sinon de jouer à se faire peur, puisque Manuel est en principe, selon les textes de loi, seulement jugé pour ce qu’il a effectivement fait, à savoir avoir mis un coup de pied dans une voiture. Mais c’est là qu’on comprend qu’il va prendre pour tout le monde, vu qu’il est pour l’instant le seul à s’être fait attrapé. Tout le tribunal se regroupe derrière un PC et la séance de riot porn peut commencer. De la vidéo prise depuis l’hélicoptère, on voit les affrontements entre policiers et manifestants. Et on apprend que la caméra fixée sur l’hélico est capable de faire des zooms très puissants et d’avoir des plans très clairs en moins d’une seconde. Le juge, qui doit sans doute être un fin connaisseur du maintien de l’ordre, commente : « la difficulté des services de police était qu’il y avait un chantier à proximité avec des éléments dont se servent les manifestants pour ériger des barricades, jeter des projectiles, etc. » Ensuite, vient la deuxième vidéo, celle que les services de police ont fait en sorte de rendre virale après cet acte. Il n’y a pas de son alors le juge se croit obliger de meubler le silence et de tout commenter : « Donc là, vous êtes pris à parti par les gens autour... Ça commence à être la panique à bord... Vous dites : "vas-y avance, vas-y avance"... Toutes les vitres derrières et latérales sautent.... Les renfonts ne sont plus très loin. »
Puis tout le monde reprend sa place. Le juge donne la parole à Manuel. Ce dernier commence en s’excusant auprès des deux policiers : « Ça a dû être l’enfer à l’intérieur. Je ne peux pas me mettre à votre place. »
J : Les excuses sont faites. Vous nous expliquerez maintenant ce que vous avez fait ce jour-là.
M : Je suis allé à la manif avec des amis. Sur l’autoroute, je les ai perdus. J’ai vu un attroupement et j’y suis allé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai cassé des plots en béton. Puis j’ai vu le véhicule de CRS bloqué sur l’autoroute. Je ne savais pas exactement ce qui se passait. Au moment de sauter [sur le fourgon] j’ai hésité, mais j’avais déjà pris mon élan. Puis j’ai rejoint la fête foraine [à proximité], choqué.
J : Par quoi ?
M : Par le geste que je venais de réaliser.
J [s’enervant] : Choqué par quoi ? Vous étiez là pour en découdre ! Vous n’êtes pas restés que 5 minutes ! Qu’est-ce que vous alliez faire dans cette manifestation ?
M : J’y allais avec des amis. Je n’avais rien prévu de particulier.
J : Pourquoi vous y êtes allés ?
M : Pour le soutien au mouvement des gilets jaunes.
J : C’est quoi votre cause là-dedans ?
Manuel parle de sa paye à 450euros/mois et des conditions de travail qui se dégradent.
J : Vous y allez tous les samedis ?
M : J’ai dû faire trois manifs.
J : Les septs mois de sursis, à ce moment-là, ils sont dans quel coin de votre tête ?
M : Ils n’y sont pas. J’y ai pensé dès que je suis « descendu » du véhicule. C’est pourquoi, j’ai tout de suite quitter la manifestation. J’ai fait quelques manifestations ensuite en tant que street medic. Et après j’ai complètement quitté le mouvement et tous les mouvements politiques que je fréquentais jusque là.
Place aux « victimes »
La policière et le brigadier présents à l’époque dans le véhicule sont appellés à la barre. Ils se sont constitués partie civile :
Marine : « Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer devant un tribunal. Je suis émue. À l’époque, j’étais policière depuis seulement trois mois. Je venais de sortir de l’école de police. C’était la première fois que je conduisais. On était là pour protéger les manifestants, pas pour les interpeller mais pour leur sécurité. Ça a été très violent. Je n’imaginais pas tous ces gens se jeter sur nous avec une telle détermination. Ils ont tenté de rentrer dans le fourgon. Dès que je vois cette vidéo, j’ai les larmes qui remontent. J’ai eu peur pour ma vie. »
Ensuite elle se met à parler réputation & réseaux sociaux. En gros, elle explique que son préjudice réside aussi dans les critiques qu’elle s’est prise quant à son attitude durant la scène (le fait de montrer des signes de peur, de pleurer à la fin). Marine est comme tout le monde, tellement narcissique qu’elle ne peut s’empecher après avoir vécu un événement d’aller lire le qu’en dira-t-on sur Internet pour voir ce qu’on dit d’elle. Et bien évidemment chaque critique est ressentie comme une critique personnelle, qui touche la personne dans sa totalité. Bref, elle s’est demandée si elle allait continuer ce métier.
Le juge se demande, lui, comment cette vidéo a pu se retrouver sur les réseaux sociaux.
Le brigadier, présent lors du caillassage, intervient alors et explique qu’avec son expérience, il avait vite capté qu’ils allaient se prendre la misère en passant à proximité du cortège. Il avait prévenu sa collègue : « Marine, ferme tout. On va ramasser ». Filmer la scène devait uniquement servir au travail de police judiciaire pour identifier les gilets jaunes à arrêter ensuite. Dans la foulée, il a partagé en ligne la vidéo sur un groupe privé de fonctionnaires de police. Un syndicaliste lui a demandé la permission de la transmettre à plus haute échelle. La vidéo tombe alors entre les mains de la hiérarchie policière. Et dans ces gradés, il faut croire que certains ont lu Galula et ont compris que la lutte contre les gilets jaunes est d’essence contre-insurrectionnelle – et donc se joue en partie sur le terrain de la perception – puisque la vidéo est alors diffusée rapidement sur l’Internet et envoyée aux télés.
Juge : Après elle vous a échappé ?
Olivier : Oui, mais je ne suis pas mécontent qu’elle soit sortie. J’ai 22 ans de police, ce n’est pas la première fois que je subi un caillassage. Mais jamais comme celui-là. J’espère ne jamais me retrouver dans des situations comme celle-là. Monsieur a déjà été condamné pour les mêmes faits. Il s’excuse mais c’est ce qu’il a déjà dû dire au collègue [précédemment]. Je suis persuadé qu’il recommencera.
Juge [s’adressant à Manuel] : Au niveau relationnel vous gardez des contacts avec [votre ancienne organisation politique] ? C’est des amis ?
M : Pour manifester non, mais j’ai gardé des amis.
C’est ensuite au tour des avocats des parties civiles de prendre la parole. Avec pour commencer l’inssuportable Stéphanie Rogeron :
Avocate : J’aimerais que vous m’expliquiez l’idéologie de [son ancienne organisation politique]...
M : Il y a l’écologie, l’antifascisme, la liberté. On fait des rassemblements, des manifestations.
A : C’est national ?
M : Non spécifique à Lyon.
Elle lui reproche ensuite d’avoir eu le visage couvert. Bien que ce soit justement le fait d’avoir été mal masqué (juste des lunettes de soleil et une casquette) qui a conduit à son arrestation.
Elle s’offusque par la suite qu’à sa première présentation en comparution immédiate, un mois auparavant, il ait été relaché sans même être placé sous contrôle judiciaire [4] . L’avocat de la défense prend alors la parole et questionne Manuel sur son parcours personnel (son adoption, le racisme qu’il a subi), son diplôme de secouriste, son BAFA puis le BAFD qu’il a passé pour accéder à des fonctions de directeur d’animation.
Comprenant que la défense essaie d’humaniser le prévenu l’avocate des flics contre-attaque et lance un cinglant : « Ce jour-là, vous aviez un gilet jaune ? » L’avocat de la défense soupire : « Il y a un ordre pour les questions… »
Avocate : « Une indemnistation des parties civiles a eu lieu avant l’audience. La proposition a été acceptée par mes deux clients mais elle n’éteint pas l’action. La constitution de parties civiles était importante pour eux. »
Comme si c’était nécessaire, elle rappelle une enième fois les circonstances et en rajoute sur ce mythe assez étonnant qu’eux seraient de gentils fonctionnaires de police venus pour sécuriser les lieux et empêcher les gilets jaunes, « les vrais » martelle-t-elle en haussant la voix et en regardant Manuel, de se faire percuter par les voitures. Ironie de l’histoire, le même jour à Rouen, pour ce même acte XIV , un automoboliste fonçait dans la foule et renversait quatre gilets jaunes avant de prendre la fuite, façon Charlottesville. Rapidement la police a l’identité du conducteur : ce n’est autre qu’un gendarme mobile (pas en service à ce moment-là). Mais dans cette situation, le parquet de Rouen a bien pris soin d’étouffer au maximum l’histoire et le pouvoir en place n’a évidemment pas jugé utile de relayer en boucle sur les réseaux sociaux la vidéo d’un fonctionnaire de police fonçant sur les manifestants. C’est vrai que ça aurait pu diffuser des affects anti-police assez puissants... C’est dire à quel point, la gestion du mouvement des gilets jaunes est traitée, par les gouvernants, sur le mode d’une guerre se jouant jusqu’au niveau même des perceptions (de ce qui se passe, de qui sont les victimes, qui sont les bourreaux, etc.). Cette histoire n’a été rendue public que fin juin, quand le mouvement était déjà bien déclinant, à un moment où elle n’était plus susceptible de mettre le feu aux poudres. En tout état de cause et sauf démenti, il ne semble pas que le militaire ait été inculpé de tentative de meurtres [5].
Avocate : « Nous avons, comme à chaque manifestation, au sein des gilets jaunes avec leurs revendications, financières notamment, des infiltrations de mouvances, extrême-gauche, extrême-droite, peu importe, pressées d’en découdre avec la police. »
Elle évoque ensuite un deuxième fourgon également caillassé le même jour et sur lequel l’enquête est encore ouverte. Puis elle finit par se plaindre... de la circulation ce fameux 16 février : « On a mis 2h15 pour sortir de Lyon ce jour-là. Le soir, je me souviens avoir eu le sang glacé en voyant la vidéo [6]. Je crois que cette vidéo, a choqué au-delà de ces deux fonctionnaires, l’opinion publique toute entière, en France et même au-delà. Et je suis désolé mais quand on me parle d’écologie, c’est un groupe qui prone la violence. Quand on parle de black bloc, on a un représentant, un membre actif, extrèmement dangereux, peut-être pas un leader. Qu’il ne se revendique pas du mouvement des gilets jaunes, c’est une honte ! Ça discrédite un mouvement de braves gens qui ont des difficultés au quotidien ». [Pour elle, comme pour n’importe quel agent de la classe dominante, le mouvement des gilets jaunes est gentil, attendrissant, presque légitime quand il ne fait que renvendiquer paisiblement, quand il ne bloque rien, qu’il ne s’en prend pas à la police. En gros quand il ressemble à des manifs syndicales, c’est-à-dire quand il est parfaitement inoffensif. Sinon, si ça déborde, ça ne peut être qu’une ingérence extérieur, une infiltration, un dévoiement scandaleux, bref du grand n’importe quoi. Si le bloc soviétique était encore là, au lieu des cris quant au « black bloc » on aurait sans doute entendu « communiste »].
Puis très perspicace, elle poursuit : « Qu’on ne me parle pas d’adoption. On en connaît tous. Et heureusement qu’on ne les retrouve pas tous devant votre tribunal. On ne peut pas tout mettre sur le compte d’une histoire de vie. Pour monsieur, la vie est un amusement extrèmement dangereux, il manque de respect pour tout, pour les normes, pour l’État. Il est totalement immature. Et pour tromper l’oisiveté, il s’est acoquiné avec des individus peu recommandables et qui sont, je tiens à le dire, très dangereux. On me dit que monsieur travaille, moi je veux bien », et de citer quelques absences qui sont signalés sur ses bulletins de paye. Elle se permet ensuite : « Il prend la liberté d ’aller travailler et de rester à la maison quand il le souhaite. Il veut nous donner l’illusion de quelqu’un qui se bat pour s’en sortir, mais il vit chez papa et maman. [s’appuyant sur ses relevés bancaires], quand il n’a plus d’argent hop un versement d’un membre de sa famille » [7].
Elle embraye ensuite sur les conséquences terribles de cet épisode pour les policiers au niveau familial : leurs proches ont mal vécu ce moment. « Est-ce normal de commencer dans une profession et de s’interroger tout de suite sur son avenir [professionnel] car des individus, dont monsieur faisait partie, ont décidé de les agresser ? Je crois que monsieur doit comprendre la gravité de ses actes. On doit cesser de se revendiquer des gilets jaunes quand on vit chez papa/maman. »
Elle finit par évoquer l’anonymat des policiers dans la procédure car ils auraient une grosse inquiétude au sujet de possibles... représailles ! « Si on ne met pas un terme, il recommencera. Ils [les policiers] ont la crainte de se retrouver face-à-face avec lui et qu’il ait de la frustration vis-à-vis d’eux. Ils doivent entendre de la bouche du tribunal, ce n’est pas moi qui le demande, qu’ils sont bien les victimes dans cette affaire. »
Ensuite le deuxième avocat des parties civiles prend la parole. C’est lui qui défend le policier qui s’est pris un caillou durant les affontements. Il commence par s’émouvoir du fait qu’au début du jugement, Manuel ne se soit excusé que pour les deux policiers présents et pas pour son client. Il montre ensuite une photo de l’épaule du flic avec un hématome. Sa contusion à l’épaule droite lui a valu 8 jours d’ITT. Dans une de ses formules brillantes dont les avocats ont le secret, il lance plein d’entrain : « Mon client a la volonté de servir la société et non de servir de défouloir aux manifestants ». Dont acte. Mais malgré ce noble dessein, le policier a aussi quelques revendications plus terre à terre. Il aimerait bien notamment récolter 1500 euros au titre des dommages et intérêt. En fait Manuel n’est pas accusé de l’avoir blessé mais d’avoir cassé des blocs de béton, qui ont servi à faire des projectiles (et d’avoir fait des doigts d’honneur). Lesquels projectiles ont pu être de ceux qui ont blessé M. Perez (c’est son nom). Même si Manuel ne l’a pas blessé directement, le parquet et la partie civile arrivent à trouver un fil pour le relier à cette blessure. Suivant ce raisonnement, que ne renierait sans doute pas la sainte Inquisition, on pourrait aussi décider de condamner les manifestants identifiés pendant cet acte XIV en disant qu’ils ont participé symboliquement et par leur présence aux affrontements avec la police.
Au tour des réquisitions
Parquet : « Il est inutile de revenir sur les faits déjà connus et reconnus. La matérialité des faits ne fait aucun problème. Il est fréquent que le ministère public parle de « faits graves ». Mais je vais le faire quand même. Les faits sont d’une gravité incroyables, inouïs. Près de 100 impacts relevés sur le véhicule, coincé sous une pluie de projectiles. Pris au piège dans le bouchon. Puis monsieur, alors que le véhicule est attaqué de toute part, dans une grande lacheté vient avec une volonté de blesser, on pourrait même dire de tuer [à ce stade de délire, pourquoi ne pas aller plus loin et l’accuser d’avoir voulu renverser la camionnette de police dans le Rhône pendant qu’on y est]. On peut s’etonner du fait qu’il n’y ait pas eu usage des armes de services. »
Avec ce genre de phrases lancés dans un tribunal, ce n’est pas être un oiseau de mauvais augure que de constater que non contente d’élever le niveau de l’affrontement en employant des armes que peu de pays démocratiques utlisent en maintien de l’ordre, (LBD grenades…) et en ayant assoupli le recours aux armes à feu pour les policiers, on peut tout à fait craindre qu’à l’avenir, dans des situations tendues, plutôt que de reculer ou de prendre la fuite, les policiers dégainenent carrément en manif. Et ce n’est manifestement pas le parquet qui leur en fera le reproche.
Parquet : « Avec son engagement, monsieur augmente la fracture social. J’ai entendu un mot qui m’a fait bondir, le fait qu’il soit « pro-liberté ». C’est exactement le contraire : vous avez porté atteinte à une liberté fondamentale qui est celle de manifester, par vos gestes, par ce que vous avez fait [Encore une fois rien de nouveau sous le soleil. Quand les manifs sont tranquilles, déclarées et encadrées et que le bétail manifestant circule « librement », tout va bien dans le meilleur des mondes. Les dégénérés qui peuplent les tribunaux et l’assemblée nationale sont même prêts à dire qu’ils exercent là une liberté et à les féliciter. Mais dès que la révolte s’incarne un peu plus et que les premiers defenseurs du pouvoir sur le terrain – les forces de l’ordre – sont pris à parti, on crie au scandale et à l’atteinte aux libertés]. Monsieur a déjà été condamé pour des faits de violences contre la police. C’est pour exprimer sa volonté politique de casser du policer qu’il est venu ce jour-là. Il est en récidive légal. On peut penser à une erreur de parcours. On voit que ce n’est pas le cas. Je vais vous demander de rentrer en voie de condamnation : 2 ans d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt, et de révoquer les 7 mois avec sursis mis à l’épreuve que monsieur avait au dessus de la tête. Je pense que monsieur ne résistera pas à l’appel de la prochaine manifestation violente. Il convient donc de l’interdire de 1er et 2e arrondissement, de l’interdire aussi de manifestation. Je vous invite également à prononcer une interdiction définitive d’exercer la profession d’animateur. Je m’oppose également à la non-inscription de la condamnation sur le [casier judiciaire] B2. »
Défense : « Je vais vous dire quelques mots à propos de ce garçon. On parle peu des faits établis. Manuel ne faisait pas partie du black bloc, qui n’était pas present ce jour-là. Ce n’est pas dans le dossier. On transforme [son organisation politique] en regroupement de black bloc qui aurait eu pour but d’aller casser du policier alors que rien ne le prouve. On peut juste leur reprocher d’avoir cacher temporairement du matériel. On ne peut pas faire porter le chapeau à ce garçon-là de tout ce qui s’est passé. »
Défense : « Manuel n’est pas personnellement responsable de cette situation [de l’attaque de la voiture de police], Manuel n’est pas 120 individus, il n’est responsable que de ce qu’il a fait. Il n’y a que ce rebond sur le véhicule. La partie dure de la scène est au début avec les caillasages, les coups. De tout cela, il n’est pas l’instigateur. Il voit un attroupement et le rejoint sans comprendre. Il met un coup de pied et repart après. On veut lui faire payer des faits graves qu’il n’a pas commis. »
Pour l’accusation de « groupement en vue de comettre des violences », l’avocat dit qu’elle n’existe pas dans cette affaire et que de toute façon elle est redondante avec les autres chefs d’inculpation dont Manuel est accusé. Pareil pour la dégradation du véhicule de police et les « violences », c’est un doublon, ça devrait être un seul chef d’inculpation.
Défense : « Entendre que ce garçon est de mauvaise foi et que s’il n’est pas incarcéré, il va recommencer à la prochaine manif et que s’il n’est pas embastillé, il va venir tranché des gorges (en référence aux « peurs » de « représailles » des policiers), c’est assez désagréable. Il a reconnu les faits. On dit souvent qu’il y a les aveux et la qualité des aveux. Il faut avoir un certain courrage pour venir partager ses faiblesses dans un moment comme celui-là. Il a été choqué par ce qui s’est passé, par ce qu’il a fait. C’est pas donné à tout le monde. Et donc il va se mettre à aider les gens qui se sont pris du gaz lacrymogène. Et après il va arrêter complètement. Et ça me paraît être une prise de conscience importante. Il s’est excusé en garde-à-vue et dès la première audience. Et vis-à-vis des victimes, il comprend le mal qu’il a pu leur faire. Ce sont des indices favorables que ces choses ne vont pas se reproduire. Il faut les entendre. Et vouloir gacher tout cela, gacher la vie d’un gamin. De 22 ans. À 22 ans, on change encore. Ce garçon n’est pas fermé. Sa détention [en 2016] a été extrèmement dure, un vrai cauchemar. Il va tout perdre. Je ne vais pas faire perdre son temps au tribunal en demandant la non-inscription au B2, je sais que je ne l’obtiendrai pas. C’est fouttu. Tout est fouttu. Il va falloir tout reprendre à zéro. Faut-il envoyer ce garçon à Corbas ? Non une peine mixte est souhaitable. »
Jugement dernier
Aux allentours de 23h, un peu après la victoire algérienne à la CAN, le verdict tombe.
Manuel est pleinement reconnu responsable des « violences » commises. Il est relaxé pour les dégradations du véhicule de police car sa finalité aurait été de s’en prendre aux forces de l’ordre et pas au véhicule. Relaxé également pour le « groupement en vue de comettre des violences » car ce délit vise à punir des préparatifs. « Vous n’êtes pas responsables de tout mais vous avez apporté votre pierre à l’édifice ». Magnanime, le tribunal annonce avoir tenu compte de l’anciennenté des faits et du fait qu’il comparait libre. Il est condamné à 2 ans de prison dont 16 mois avec sursis mis à l’épreuve avec obligation de soin. 4 mois de son ancien sursis sont révoqués. Il écope au total d’1 an ferme sans mandat de dépôt (donc aménageable). Il ne part pas ce soir en prison. Ses proches sont soulagés malgré la peine démesurément lourde. Si Manuel avait été jugé pour un simple coup de pied et un cassage de plôt, il n’aurait jamais été condamné de la sorte. C’est donc bien qu’il a été jugé pour l’entièreté de ce qui s’est passé pendant cet acte XIV à Lyon qu’il a pris autant.
Le policier Perez obtient ses 1500 euros de dommages et intérêts. Le juge Vincent termine la soirée ; et tel un Dieu clément et miséricordieux, il assène à sa brebis égaré : « Laissez tout cela derrière vous. Ne participez plus à aucune action collective ».
[2] L’accusation dont quasiment chaque gilet jaune arrêté est affublé depuis le 1er acte du 17 novembre 2018.
[3] Les enquêteurs n’avaient qu’un visage issu de la vidéo des policiers se trouvant dans le fourgon.
[4] Ce qui est effectivement plutôt rarissime. En fait quand le tribunal a vu arrivé cette affaire et le dossier de 300 pages, il a pris peur et n’a pas voulu jugé dans l’immédiat.
[5] Alors qu’un esprit malveillant pourrait apparenter son geste à cette intention. Et on n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si un gilet jaune avait fait la même à l’égard de policiers. Mais passons.
[6] Le dispositif de façonnement des perceptions fonctionne bien : en regardant les images, les seules personnes avec qui l’avocate arrive à s’identifier sont les policiers.
[7] Cette pauvre d’esprit ne fait que reprendre à son compte des décennies de rhétorique contre-révolutionnaire, où pour discrédite les révoltés, on hésite pas à fouiller dans leur passé et à montrer qu’en définitive, ils seraient des priviliégiés (!), en tout cas pas de la même nature que la masse des opprimés.
Samedi 20 juillet, les flics ont attaqué le Liebig34, lieu anarcho-queer-féministe situé à Berlin, en Allemagne, et ont échantillonné mégots de cigarette, tasses et bouteilles vides. Appel à actions face à la répression étatique et à la criminalisation des modes de vie alternative.
Il est probable que la raison qui a motivé le raid soit les pavés jetés de la maison au cours des dernières semaines. Ainsi, après avoir ramassé des pierres sur la Dorfplatz (nom donné au croisement entre la Liebigstraße et la Rigaerstraße) vers 2h30 du matin, les flics ont obtenu une ordonnance du tribunal et un mandat de perquisition pour fouiller une partie de notre maison et sont revenus vers 6h30. Ils sont passés par l’arrière-cour et la porte d’entrée, ont scié les portes et défoncé les barricades et ont ensuite pu rentrer de force chez nous. Une avocate est rapidement arrivée sur les lieux et a pu observer et témoigner. Au total, les flics ont passé environ trois heures dans la maison, après avoir fouillé officiellement et intensivement trois pièces mitoyennes et le grenier. Ils ont aussi mis leur nez dans les chambres privées non verrouillées, ont arraché des affiches des murs, renversé des meubles, coupé des câbles Internet et détruit des fenêtres. Au cours de la fouille, ils ont largement documenté l’intérieur et la structure de notre maison. Dans la partie officiellement perquisitionnée, ils ont recueilli beaucoup d’ADN et d’empreintes digitales sur des objets du quotidien. Ils en ont également embarqué certains, que ce soit des mégots de cigarettes, des pierres, des bouteilles, des interrupteurs Internet, de la peinture murale et des vêtements. Cependant, il n’y a pas eu de contact direct avec les personnes présentes dans la maison et ils n’ont demandé aucune donnée personnelle. Dès lors, des actions de solidarité ont eu lieu : sur le toit voisin, le Liebig14, des feux d’artifice ont été tirés en direction des flics, une voiture de police s’est retrouvée couverte de pierres et de peinture, des barricades ont pris feu dans la rue Rigaerstraße. Des gens sont venu·e·s en soutien et continuent de nous soutenir maintenant, nous aidant à réparer les portes.
Ce matin, la situation s’aggrave donc dans le quartier : notre colère s’accentue, car le harcèlement et la répression augmentent. Ensemble, nous avons survécu à cette matinée, mais l’intensification des prises d’ADN nous préoccupe. Cela démontre une intention de normaliser l’enregistrement de l’ADN et signifie que les policiers veulent remplir leurs bases de données. Le prélèvement d’échantillons aléatoires tels que les mégots de cigarettes, les tasses, les bouteilles vides et les cadres de fenêtres montre que même les formes les plus élémentaires de la vie quotidienne alternative sont criminalisées de manière préventive et placées sous la suspicion générale. Il suffit donc maintenant de boire une tasse de café au sein d’une « house project » queer-féministe pour finir dans une base de données génétique à vie, sans même une accusation concrète d’un soi-disant crime !
Notre réponse : Formez des gangs et passons à l’action ! Ce n’est qu’ensemble que nous sommes fort·e·s !
Devenez actifs et actives, et n’attendez pas le jour J. Dans le cas de Liebig34, nous saluons les actions de toutes sortes, qu’elles soient centralisées ou non. Au cours des derniers mois, on a vu des étincelles jaillir dans les yeux de camarades. Nous assistons à une augmentation des pratiques radicales et militantes qui font référence aux questions féministes. Nous en voulons plus!
Des rassemblements sont prévus à Berlin ce week-end, mais n’hésitez pas à montrer votre soutien où que vous soyez! Si jamais vous avez de longs câbles Internet à donner, nous sommes preneur·euse·s, les flics ont coupé nos câbles, mais nous ne resterons pas coupées du monde!
Pour des informations actuelles sur Liebig34, visitez notre site web.
Dans la nuit du 8 juillet, une voiture garée devant le bureau de SCA [Svenska Cellulosa Aktiebolaget, géant suédois de la filière du bois pour la production de papier et d’autres dérivés de la cellulose; NdAtt.] à Östersund, dans la Suède centrale, a été incendiée. SCA est l’une des entreprises responsables du déboisement et de la destruction des forêts anciennes en Suède.
Leur terreur de la nature sauvage aura des conséquences. Nous ne resterons plus silencieux.ses à regarder leur écoterrorisme détruire les dernières forêts sauvages du nord de l’Europe.
Avec le feu et le sabotage, nous vous chasserons. Détruisons ce qui détruit. Pour la nature sauvage !
Le 16 juillet, le tribunal supérieur de Moscou a examiné un appel contre la prolongation de la détention préventive de l’anarchiste Kirill Kuzminkine, âgé de 14 ans, soupçonné de la fabrication d’engins explosifs. […] Le tribunal du district Presnensky [quartier du centre de Moscou; NdAtt.] avait en effet prolongé sa détention préventive jusqu’au 3 octobre 2019.
Avant cela, Kirill avait passé un mois à l’Institut Serbsky [« Centre national de recherche médicale en psychiatrie », nommé d’après un célébré psy russe du XIX-debut du XX siècle, parmi les fondateurs de la psychiatrie judiciaire… NdAtt.], pour un examen psychiatrique.
Rappelons que Kirill Kuzminkine a été arrêté le 2 novembre 2018, suspecté de vouloir fabriquer des engins explosifs. Le 6 novembre, le tribunal a ordonné son incarcération ; il est accusé en vertu de la partie 3 de l’art. 222.1 (« Acquisition, cession, vente, stockage, transport ou transport illégal d’explosifs ou d’engins explosifs, en bande organisée ») et de la partie 3 de l’art. 223.1 (« Fabrication illégale d’explosifs, fabrication, altération ou réactivation illégales d’engins explosifs, en bande organisée ») du Code pénal de la Fédération Russe.
Il a été arrêté pendant l’enquête sur l’explosion dans le bâtiment du FSB d’Arkhangelsk, qui a eu lieu le 31 octobre et qui a fait trois blessés parmi les fonctionnaires de police. Cette attaque a tué Mikhail Zhlobitsky, 17 ans, qui avait apporté un engin explosif artisanal dans le bâtiment. Selon les enquêteurs, Kouzminkine et Zhlobitsky ont eu des contacts [par chat, NdAtt.] peu de temps avant la mort de Mikhail, à propos de la fabrication d’engins explosifs.
D’après la famille, il n’y a aucune preuve et l’enquête n’est pas impartiale : Kouzminkine s’intéresse à la chimie et pendant la perquisition les flics ont trouvé des substances telles que du salpêtre, du sucre, du dissolvant pour vernis à ongle, etc.
Kirill ne reconnaît pas sa culpabilité, malgré les pressions constantes (selon sa famille) des enquêteurs, qui sont également mécontents à cause du fait que l’avocat qui le défend n’est pas un simple commis d’office.
Sa famille traverse actuellement une période difficile, non seulement sur le plan émotif, mais aussi sur le plan financier. Kirill a besoin d’argent pour payer son avocat.
La carte bancaire Alfa-Bank de la mère de Kirill est : 5559 4936 9993 0823 (Kuzminkina Nadezhda Vladimirovna)
Pour lui écrire :
Kirill Kuzminkin Igorevich, born in 2004
Vyborg ul., 20, PKU prison 5
125130, Moscou (Russie)
En caractères cyrilliques ça devrait donner ça :
125130, Москва,
Выборгская ул., 20, ФКУ СИЗО-5,
Кузьминкину Кириллу Игоревичу, 2004 г.р. Либо
En gros, beaucoup de choses n’ont pas changé par rapport aux demandes du Parquet, quelques peines sont même plus lourdes encore.
Voici quelques différences/considérations, à première vue :
Le délit du Jour de l’an [la bombe à la librairie fasciste Il Bargello, du 1er janvier 2017, qui a causé des blessures à un flic démineur ; NdAtt.] n’a pas été défini comme « tentative d’assassinat », mais a été réduite à « blessures très graves » ; cependant, cela n’a pas change beaucoup dans la peine, par rapport à ce qui était demandé. Ce qui est passé par contre est la définition de « mortel » pour l’engin. Giova, Ghespe et Paska ont été condamnés pour le Jour de l’an, tandis que Nicola a été acquitté.
L’accusation d’association de malfaiteurs est passée, mais 6 des 15 « associés » ont été acquittés de ce chef d’inculpation. Filomena et Carlotta ont été décrites comme les « cheffes », mais l’accusation contre Giova d’en être devenu le nouveau chef après leur arrestation (suite à la première vague répressive) n’a pas été retenue.
Toutes les personnes inculpées pour le rassemblement devant la prison de Sollicciano ont été acquittées, probablement parce que, à différence du rassemblement du 25 avril, le parquet n’a pas pu attribuer à personne la responsabilité de l’avoir organisé.
Comme on peut le voir par exemple avec les condamnations pour le rassemblement de Sant’Ambrogio, celles qui sont condamnées pour manifestation non déclarées sont les deux personnes qui ont pris la parole avec le haut-parleur ; pour le rassemblement du 25 avril ont été condamnées les deux personnes qui étaient sous écoute pendant qu’elles parlaient d’une prise de parole à faire pendant le rassemblement.
Les autres acquittements (Ichem, Giova pour le vol avec violence, Laura pour l’assaut à la librairie Il Bargello et la deuxième vague de tags de mars) sont pour des personnes qui n’ont pas été reconnues par les témoins au procès ou n’étaient pas identifiables sur les bandes des caméras de surveillance.
Pour ce qui en est des condamnations, celles pour association de malfaiteurs ont été de 2 ans minimum. Apparemment, les juges ont été très durs, souvent encore plus des demandes des Procureurs, pour les délits liées aux faits du Melograno [en avril 2016 les Carabinieri interpellent une personne qui pisse dans la rue, peu loin du local « Il Melograno » ; d’autres personnes s’interposent et des échauffourées ont lieu; plus tard dans la nuit, des cocktails Molotov tombent sur la caserne des Carabinieri de Rovezzano, quartier de l’est de Florence ; NdAtt.].
En tout cas, seulement avec la publication des motivations des sentences on saura avec certitude quelles accusations ont été retenues et quelles pas. Je crois néanmoins évident que la preuve de l’ADN a été retenue pour Ghespe, et que difficilement ça pouvait aller pire.
D’ailleurs, la sensation était que cette sentence était écrite à bien à l’avance.
Ghespe : 9 ans de prison.
Giova : 9 ans, 10 mois et 15 jours.
Paska : 9 ans et 10 mois.
Pour tou.te.s les autres, les condamnations vont d’un mois à 6 ans.
Personne sera enfermée, pour l’instant, sauf Paska, Ghespe et Giova qui se trouvent déjà en assignation de résidence.
L’entreprise de construction Colas Sud-Ouest a rénové l’aéroport de Biarritz au profit des participants au G7. Pour dénoncer la collaboration de Colas [1] qui est responsable de la reconstruction de tout le centre d’Arbonne en ces journées de travail, ces machines ont été sabotées dans la soirée du 15 juillet.
[Traduit de l’espagnol de g7ezinon.info, 16.07.2019]
NdT: [1] filiale de Bouygues construction
Des appels à saboter les infrastructures dites « sensibles » de l’Etat et de l’économie (voies ferrées, antennes-relais, noeuds de fibre optique, etc…) circule depuis plusieurs semaines, à les amplifier à l’approche du et pendant le sommet du G7 qui se tiendra dans une ville bouclée par les forces de l’ordre.
À Bruxelles, le siège du Vlaams Belang a été vandalisé dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 juillet 2019. La façade et le portail du bâtiment, situé place Madou, ont été maculés de substance rouge.
Depuis quelques mois, elles sont manifestement devenues des cibles. Dans le quartier de la Grande-Prairie à Chelles, rue Jean-Mermoz, un mât soutenant une caméra de surveillance a été scié à sa base par une disqueuse dans la nuit de mardi à mercredi, vers 4 h 50. Un homme, visage dissimulé et mains gantées, s’est chargé de cette […] œuvre. Il n’a pas été identifié par les policiers qui ont été alertés par des témoins. Le poteau a fini par tomber. Il a atterri sur une voiture.
« Heureusement personne n’a été blessé. La caméra est intacte et toujours en état de marche, précise la mairie de Chelles. Le mât sera réinstallé, au plus vite, avec un dispositif de protection renforcée pour éviter toute nouvelle tentative. »
Dans ce même quartier, le 13 juillet, le sommet d’un candélabre de la place Jean-Moulin, juste à côté de la rue Jean-Mermoz, avait été scié. Et le 15 juillet, toujours dans ce quartier, un ou plusieurs hommes avaient tenté de découper le poteau d’une autre caméra, rue de Saint-Exupéry. Une patrouille de police avait mis en fuite les auteurs qui avaient abandonné sur place une grande échelle et une scie sauteuse.
Au début de l’année, dans ce même quartier, quatre caméras avaient été les cibles d’un commando. Dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 janvier, vers 5 heures, les auteurs, qui étaient au moins deux, avaient détruit les bras articulés qui soutiennent une caméra. Ils avaient accédé à ces bras au moyen d’une échelle. Deux des caméras avaient été ensuite dérobées et la troisième détruite. [et c’était arrivé aussi en juillet et en octobre 2015; NdAtt.]
[…] Chelles, commune de 53 000 habitants, compte un total de 95 caméras. Elles ont permis, entre autres, précise-t-on du côté de la mairie, de dresser un total de 5 175 € d’amendes lors de débordements sur deux mariages le 6 juillet et 7 875 € d’amendes en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des nations le 19 juillet dernier.
We’ve prepared two posters in memory of Willem Van Spronsen, aka Emma Durutti, who was murdered by police while attempting to disable the transportation infrastructure of the Northwest Detention Center, a private immigrant detainment facility. We hope to see these appear on walls all around the United States to encourage people in the fight against the expansion of the repressive force of the US government.
You can read Willem Van Spronsen’s final statement here and access the music Will made here.
It is wrongheaded, when not outright dishonest, for those who scapegoat immigrants to argue that they want the US government to concern itself with the needs of US citizens rather than the needs of the undocumented. More repression of the undocumented will not benefit US citizens. The expansion of the powers of the federal government will absolutely be used against US citizens as well as the undocumented. This is already taking place today.
Those who advocate for more state violence against the undocumented are not sincerely concerned with the rights or welfare of US citizens. Rather, they are so deeply invested in racist injustice that, in order to see more people of color suffer, they are willing to embolden the US government to intensify its oppression of everyone outside the ruling class.
If these bigots truly want more resources to be dedicated to meeting the needs of poor US citizens, all they have to do is turn on the billionaires who are hogging all the wealth in the United States—the demagogues like Donald Trump, whose boots they lick, who are counting on the racism of the white working class to keep the riches of the exploiters safe while the poor and desperate fight among themselves.
In this context, the bravery and clarity of Willem Van Spronsen’s action stands out as a signal fire showing the way. It is a rational response to the intensifying authoritarianism of our time and a compassionate affirmation of the value of all human beings regardless of laws and government policies.
Mercredi 24 juillet, les compagnons anarchistes Christos et Gerasimos Tsakalos, membres de la Conspiration des Cellules de Feu, sont sortis de prison. Le deux compagnons avait initialement été condamnés à plus de 70 ans de prison, qui ont ensuite été réduits à 20 ans. Ils ont profité de la Loi Paraskevopoulos, promulguée par le précédent gouvernement guidée par SYRIZA, et sont sortis après avoir purgé 8 ans des 20 auxquels ils avaient été condamnés.
Gerasimos Tsakalos avait été arrêté avec son ami et compagnon Panagiotis Argirou le 1er novembre 2010. Ils ont été interpellés juste après avoir envoyé un colis piégé à travers une entreprise postale dans le quartier athénien de Pagrati. Cinq mois plus tard, Christos avait été interpellé pendant une opération anti-terrorisme.
Après leurs arrestations, ils ont revendiqué la pleine responsabilité pour leurs actions et se sont définis « fiers membres de la Conspiration des Cellules de Feu ». Pendant leur enfermement à la prison de Korydallos, la CCF a revendiqué la responsabilité pour les actions du Projet Phoenix, y compris la bombe contre la voiture de la directrice de la prison et le colis piégé à l’ancien chef de l’anti-terrorisme, Dimitris Chorianopoulos.
Mardi 21 mai, les boutiques Zara Kids, Décathlon City, Stradivarius, Bershka, Nespresso, Orange, Woman Secret et d’autres magasins du centre de Donostia [nom basque de la ville de San Sébastian, dans le Pays basque sous domination espagnole; NdAtt.] ont été sabotés. On a pris pour cible ces multinationales parce qu’elles symbolisent le système capitaliste hétéropatriarcal représenté par le sommet du G7.
Contre toutes les oppressions, mort au G7 et au monde qui en a besoin !
*****
Bilbao (Espagne) : Attaques contre des supermarchés Carrefour
Le 21 mai, nous avons mené 2 attaques contre des supermarchés Carrefour, en périphérie de Bilbao, à l’occasion des semaines d’action directe contre le sommet du G7.
Nous encourageons toute forme de sabotage et d’action directe contre les intérêts français et des autres pays qui participent à ce sommet.
Contre le capitalisme > sabotage et action directe !
Dans la nuit du 22 mai, à la périphérie de Donostia, un Décathlon et un McDonald’s ont été tagués et ont eu leurs portes bloquées. Ces multinationales, qui sont parmi les entreprises les plus grandes de l’État français et yankee, qui participant au G7, et elles représentent leur impérialisme et le colonialisme sur lequel ces États se sont appuyé pendant des siècles. L’exploitation des travailleurs/euses chez Décathlon est bien connue, tout comme l’exploitation des animaux par McDonald’s.
En ces jours, quand les frontières sont de plus en plus surveillées, celles-ci restent fermées pour certains secteurs de la société, tandis que d’autres, surtout les grandes entreprises soutenues par leurs États, les franchissent où et quand elles veulent. Tandis que d’une part ils encouragent et alimentent le tourisme, qui étouffe de plus en plus cette ville, en ouvrant les frontières dans une direction, d’autre part ils utilisent toute la technologie qu’ils possèdent (et qu’ils créent exprès) pour les fermer à certaines personnes.
Non au G7, ni ici, ni ailleurs !
Feu aux frontières !
*****
Arbonne (Pyrénées-Atlantiques) : Sabotage de machines de l’entreprise Colas
L’entreprise de construction Colas-Sud-Ouest [filiale du groupe Bouygues, bien connu constructeur de taules et d’autres saloperies; NdAtt.] a rénové l’aéroport de Biarritz pour les participants au G7. Pour dénoncer la collaboration de Colas, responsable de la reconstruction de l’ensemble du centre d’Arbonne, en ces jours de travail, cette nuit du 15 juillet, on a saboté leurs engins.
*****
NdAtt. : à Bayonne, début juin, la Chambre de Commerce et d’Industrie avait été tagué d’un « CCI Kolabo » et ses portes avaient été collées. Une agence immobilière aussi avait été taguée. Ici la revendication (en basque).
Nous envoyons amour et force à tou.te.s les rebelles dans les prisons de ce monde, dont les messages (même venant de la part de personnes qui combattent l’autorité et la domination très loin d’ici) nous arrivent comme des salutations d’ami.e.s
Nos salutations sont aussi remplies de haine envers les porcs des forces répressives, qui essayent constamment de nous empêcher d’avancer, avec la menace et l’application de la prison.
Un court frisson nous a parcouru le dos lorsque nous avons lu les articles de la presse, puisque cela aurait pu arriver à n’importe quel autre groupe d’activistes nocturnes.
Les accusation d’avoir planifié des délits dans le cadre du deuxième anniversaire du sommet du G20 de Hambourg en 2017 et les arrestations qui en sont suivies semblent une occasion de rêve pour les autorités publiques. Cependant l’écho reste modéré. Il y a un an, ils ont menacé de démanteler tous les petits groupes, en réseau à travers l’Europe, qui avaient été responsables des émeutes. Même si des sentences sévères ont été prononcées dans les tribunaux, ils soupçonnent maintenant qu’ils ne se sont pas rapprochés de cet objectif ; il n’y a eu que très peu d’arrestations, malgré tous leurs gadgets technologiques.
Pour nous, peu importe ce que les dirigeants pensent pouvoir juger. Qu’est-ce que les catégories de culpabilité ou d’innocence devraient nous dire, au delà d’un sourire résigné face à la propagande d’un État ?
Un crime est pour nous un acte illégal. C’est à dire un acte que tu n’es pas autorisé à faire et auquel tu ne devrais même pas penser, dans le cadre d’un État. Aller au-delà de cette logique, le fait de piquer des chewing-gum ou de chourer le plein de carburant fait partie de notre vie quotidienne, une façon d’apprendre, petit à petit, à échapper à cette propagande.
Ce que nous faisons, c’est de voir la douleur causée par l’arrestation de nos compas comme une occasion pour appeler à une prise de conscience de nos luttes actuelles et passées :
« Jetons dans la poubelle de l’histoire tout ce qui fait obstacle à une utopie révolutionnaire. » (Hambourg, 7 septembre 2016 : Attaque contre COSCO, avec de la fumée, des pierres et de la peinture).
Dans l’un des premiers appels à une coordination subversive en vue d’attaques contre le sommet du G20, Deutsche Telekom a trouvé sa place comme acteur mondial de la répression et de l’exploitation. Quelques mois plus tard, en novembre 2016, cette renommée a porté à la destruction d’une partie d’une flotte de véhicules de Telekom, à Berlin.
Hier, une autre voiture de Telekom a été incendiée à Berlin.
Pour plus d’attaques contre la normalité sexiste, raciste et autoritaire !
Nos cœurs brûlants dépassent les murs !
Amour et force pour les compas emprisonné.e.s à Hambourg et leurs proches !