Vive l'Anarchie - Semaine 30, 2022

Sommaire

Stuttgart (Allemagne) : le consulat de Turquie sous le feu

Publié le 2022-07-25 07:28:35

Mardi 19 juillet vers 2h20 du matin à Stuttgart (Bade-Wurtemberg), un véhicule du consulat de Turquie est parti en fumée. Les flammes se sont propagées du véhicule en stationnement à huit autres, et la façade du consulat turc et d’un autre bâtiment ont également été endommagés.

La police soupçonne un incendie criminel, car des témoins ont vu deux personnes masquées fuir les lieux de l’incendie devant le consulat de Turquie. Le procureur de la République a annoncé que l’enquête a été confiée au service de la Protection de l’État de la police criminelle. La police estime les dégâts à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

[Traduit de l’allemand de Chronik, 19 juillet 2022]

Montiers-sur-Saulx (Meuse) : incendie contre une station de recherche naturaliste de l’ANDRA

Publié le 2022-07-25 07:28:38



Quelques photos suite à l’annonce de la DUP

bureburebure.info, 21 juillet 2022

Peu après les élections présidentielles, le 7 juillet, le nouveau/ancien gouvernement Macron a décidé, comme on pouvait s’y attendre, d’accorder la Déclaration d’utilité Publique (DUP) au projet de stockage nucléaire CIGÉO. Voici quelques photos, prises à la mi-juillet dans le sud de la Meuse, qui semblent être liées à cet événement. D’autres tags anti-nucléaires occupent actuellement la presse et la politique locale à Commercy.

L’arrêté préfectoral contre la fête des barricades à la gare de Luméville du 11 au 17 juillet a en outre permis d’apprendre qu’en plus d’une série d’actes de sabotage sur la voie ferrée Ligny-Gondrecourt *, un incendie criminel avait déjà eu lieu en mai contre une station de recherche naturaliste de l’ANDRA à Montiers.

* Ndlr. Voir ici : Meuse : Action directe contre le nucléaire et son monde de merde, 12 mars 2022

 

Mairie de Chassey-Beaupré (Meuse), juillet 2022

 

Mairie de Luméville (Meuse), juillet 2022

 

Rome (Italie) : 10 voitures ne peuvent suffire…

Publié le 2022-07-26 07:00:06

Traduit de l’italien de Il Rovescio, 25 juillet 2022

Aux premières heures du 27 mai, nous avons mené une action incendiaire contre les voitures de covoiturage Enjoy appartenant à la multinationale ENI s.p.a. (société nationale des hydrocarbures) dans la zone de Tuscolana-Cinecittà à Rome. D’après ce que nous apprennent les journaux locaux, 10 voitures ont été complètement détruites, tandis que quatre autres ont été sérieusement endommagées.

L’ENI est depuis toujours un des piliers du capitalisme italien, ses intérêts coïncident avec ceux de l’État et, par conséquent, des gouvernements qui se succèdent pour l’administrer, qu’ils soient de droite ou de gauche, car ses profits et ses infrastructures sont stratégiques dans la mesure où ils renforcent l’État dans lequel ils s’inscrivent, étant fondamentaux pour la préservation du pouvoir économique, dans la configuration contemporaine du système productif capitaliste.


ENI est présente dans de nombreux pays où des conflits locaux et internationaux sont actifs pour le contrôle des ressources énergétiques : Libye, Mali, Nigeria, Kazakhstan (notez que pas un mot n’a été dépensé contre l’oligarque Poutine lorsqu’il a envoyé ses troupes réprimer dans le sang les soulèvements qui ont éclaté dans ce pays), pour n’en citer que quelques-uns. Dans ces endroits, l’énergie sous forme de combustibles fossiles a été prélevée de la terre pendant des décennies pour alimenter les besoins énergétiques de l’industrie occidentale, selon un modèle qui prend la forme d’un véritable néo-colonialisme. Ces activités d’extraction comportent, faut-il le rappeler, de grands risques pour l’environnement et les populations autochtones, surtout dans les pays où les contrôles et les systèmes de sécurité sont sciemment réduits au minimum afin de maximiser les profits, comme dans le cas du delta du Niger, une zone gravement dévastée par les déversements continus de pétrole brut et la dispersion dans l’air de gaz et de résidus de combustion résultant des activités d’extraction.
Cette situation a donné lieu au fil du temps à diverses formes de résistance, avec des séquestrations de techniciens, des sabotages et des assauts purs et simples contre les plateformes pétrolières. Ces attaques ont contraint les États à se mobiliser militairement pour défendre leurs intérêts dans la région, comme dans d’autres où se trouvent des infrastructures et des travailleurs du pétrole. C’est le cas des missions de l’armée italienne en Libye (depuis 2015), en Angola, au Ghana, au Nigeria, en Irak, ou derrière son intention de rejoindre la mission internationale au Mozambique, secoué par de violents troubles, dans le but de s’emparer d’une tranche de la présence ostensible de combustibles fossiles dans la région. Les missions humanitaires cachent une méthode devenue routinière d’accaparement des ressources dans les pays étrangers en développement, de même que l' »exportation de la démocratie » s’avère n’être qu’une rhétorique vide de sens pour annexer les États dans la sphère d’influence occidentale, ce qui nous amène à douter des causes mêmes de l’instabilité permanente de certaines régions. Il existe d’innombrables cas de corruption d’hommes politiques et d’administrateurs locaux, dans beaucoup de ces pays se trouvent des forces mercenaires privées financées par des États occidentaux, il y a eu des cas de conflits ethniques fomentés par des forces étrangères, avec distribution d’armes et diffusion de fausses nouvelles dans le but de déstabiliser des zones entières et pousser les populations locales à migrer ailleurs.
Depuis au moins deux décennies, les États occidentaux mènent des guerres et attisent les conflits dans le seul but de mettre la main sur des ressources locales, de déstabiliser une zone stratégique et d’affecter les intérêts des États rivaux. C’est dans ce sens que l’on peut lire les guerres d’invasion en Irak, en Afghanistan ou les conflits plus récents en Ukraine, en Libye, en Syrie et au Yémen, où l’Occident, avec ses troupes ou par le biais de milices spécialement financées, s’est battu pour le pillage des ressources et, finalement, pour sa propre suprématie mondiale.

La politique et la justice internationale se sont toujours révélées inutiles pour faire face à ces événements, car il n’existe aucune volonté réelle de changer cet état de fait. Nous rappelons à cet égard les récents acquittements des hauts dirigeants d’ENI impliqués dans une affaire de corruption internationale pour des droits d’exploration au Nigeria, ou le cas de la SAIPEM en Algérie.

La dévastation et la pollution causées par cette entreprise ne touchent pas seulement des territoires lointains, mais se déroulent aussi ici, derrière nos maisons. Dans la région italienne de Basilicate, par exemple, des alertes ont été lancées pendant des années en raison de la présence de polluants dans les zones entourant les usines pétrolières. Il en va de même partout où il y a des usines d’extraction ou de raffinage, dans la région de Ravenne comme près de Cagliari. Un danger constant pour les écosystèmes et les populations locales, accru par le fait que ces infrastructures sont souvent sujettes à des pannes et à des accidents qui, comme dans le cas de l’incendie de la raffinerie de Gela en janvier de cette année et à Livourne le 30 novembre 2021, provoquent une dispersion massive de polluants.
Tout cela, dans l’indifférence totale des institutions, locales ou non, qui s’activent (en confiant, par exemple, à la même entreprise la tâche de surveiller les taux de pollution dans la zone) ou passivement (en ignorant les alertes des associations environnementales et des populations locales, en n’effectuant pas les contrôles nécessaires, …) en protègent les intérêts et l’image.

ENI, en raison de sa position dominante sur le marché des hydrocarbures, est à l’avant-garde de la reconfiguration des équilibres géopolitiques mondiaux. Dans cette phase de restructuration du capitalisme, elles tournent principalement autour des chaînes d’approvisionnement en matières premières et en énergie, qui deviennent de plus en plus un instrument de pression dans les différents scénarios de conflits entre États. À cette fin, son PDG Claudio Descalzi accompagne les ministres Di Maio et Cingolani dans leurs voyages à l’étranger à la recherche de nouveaux fournisseurs de pétrole brut et de gaz pour sortir l’Italie de sa dépendance au gaz russe, un objectif imposé comme nécessaire à l’Europe par la pression des États-Unis dans leur guerre permanente pour le partage des zones d’influence mondiales à l’aube d’une nouvelle crise du capitalisme. Ces voyages ont conduit la direction et l’État italien à conclure des accords avec les gouvernements du Congo, de l’Algérie et de la Turquie, démontrant ainsi l’hypocrisie de la dénonciation occidentale du régime dictatorial de Poutine. L’absence de démocratie n’est, comme nous l’avons dit, qu’une excuse que l’Occident utilise pour renverser un gouvernement lorsqu’il le juge nécessaire, mais qui ne pose pas de problème lorsque cela sert ses intérêts, comme dans le cas des pays mentionnés ou de l’Arabie saoudite et de l’Égypte.
En ce moment particulier, nous entrons dans une nouvelle phase de ce processus de division du monde, étant donné la demande toujours croissante d’énergie, en particulier d’électricité, dont l’Occident a besoin en raison de la diffusion exponentielle de dispositifs technologiques toujours nouveaux, une demande qui a donné lieu à la guerre qui secoue aujourd’hui l’Ukraine. Avec elle, les États-Unis visent à arracher le marché européen à la Russie et à comprimer leurs alliés sur le continent après leur avoir permis pendant trop longtemps de faire des affaires avec leur adversaire historique qui domine la région.
Dans ce scénario, les compagnies pétrolières jouent un rôle non négligeable car elles sont matériellement celles qui ont le droit d’acheter et de redistribuer les produits énergétiques au niveau national. Attaquer ENI aujourd’hui et ici, c’est donc contribuer à attaquer la guerre dans ses ramifications locales, en frappant notre propre capitalisme, qui participe lui aussi à cette énième confrontation entre blocs de pouvoir opposés pour l’expansion de leurs zones d’influence.

Dans ce cadre, qui nous semble décrire suffisamment son rôle dans la déprédation des ressources, la dévastation de l’environnement et l’exploitation humaine qu’elle entraîne, ainsi que dans le jeu compliqué des intérêts géopolitiques dont l’Ukraine n’est que le dernier épisode le plus visible, se pose la question de la transition écologique que les élites politiques ont imaginée pour se déresponsabiliser du désastre écologique et climatique en cours. Elle devrait se faire par des investissements ostensibles dans l’innovation technologique et les énergies dites « vertes », voire par des mesures aussi absurdes qu’emblématiques, comme l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte par l’Union européenne en février dernier. Le véritable objectif est de maintenir en vie une économie constamment en crise par l’injection de nouvelles liquidités et le développement de nouveaux secteurs de production ou leur modernisation par des subventions continues aux entreprises. L’ENI participe manifestement à ce processus en essayant de s’emparer autant que possible des milliards mis à la disposition de l’Italie par le biais de l’UE nouvelle génération, notamment en promouvant ses projets dans le cadre de ce PNRR qui constitue le nouveau grand business des politiciens et de divers dirigeants. Ces derniers mois, de nombreuses réunions ont déjà eu lieu entre les représentants de l’industrie de l’énergie et des fossiles et les institutions chargées de distribuer ces fonds.
Les voyages institutionnels pour augmenter les projets d’extraction et l’approvisionnement en combustibles fossiles, ainsi que les contributions économiques qui seront fournies pour la « transition » vers l’industrie, démontrent clairement la volonté des institutions de protéger les entreprises auxquelles elles sont inextricablement liées (il existe d’innombrables cas de politiciens italiens qui ont obtenu des postes administratifs dans des entreprises liées aux intérêts de l’État, et vice versa) et leur refus de prendre des mesures efficaces pour réduire l’impact de l’industrie sur le climat. Il s’agit plutôt d’un travail cyclopéen de « greenwashing » de la part d’institutions et de multinationales qui, après avoir pendant des années promu, organisé et encouragé le pillage et la dévastation de territoires à des fins lucratives, avec les dommages que cela implique pour l’environnement et la santé des personnes, cherchent aujourd’hui à se préoccuper de la situation qu’elles ont elles-mêmes créée en diffusant une fausse intention d’y remédier. Ces derniers temps, il n’existe aucune entreprise qui ne se présente pas publiquement comme soucieuse de l’environnement. C’est pourquoi ENI tente elle aussi de se donner une image « verte » par le biais de publicités trompeuses et de la promotion de faux projets écologiques.
Il est clair pour nous que la transition écologique est un canular dont le seul but est de contenir la conscience populaire croissante autour de la question climatique. Nous reconnaissons comme première cause de la pollution qui mine le climat et les écosystèmes ce système de production industrielle à forte intensité énergétique que personne n’a d’ailleurs l’intention de remettre en question, mais qui est au contraire poussé vers le renouvellement, ce qui signifie sa croissance par la production de nouvelles technologies et de nouveaux secteurs de production qui nécessiteront l’extraction de nouvelles matières premières, et entraîneront une plus grande consommation d’énergie. Ainsi, la logique positiviste qui voit dans le progrès technique et le développement capitaliste la seule voie possible pour la société humaine se poursuit. La transition écologique, ainsi que la guerre, ne sont que de formidables occasions d’augmenter les profits et de redéfinir les modalités géopolitiques et de distribution des matières premières. Il est de notoriété publique, par exemple, que les multinationales des combustibles fossiles ont maximisé leurs profits grâce à la spéculation financière qui a suivi la guerre, alors qu’elles avaient au contraire enregistré une baisse de leurs bénéfices depuis la pandémie.

Pour ces raisons, et malgré le soutien institutionnel et la couverture dont elle bénéficie, l’ENI est souvent au centre de vives critiques, de scandales et d’enquêtes plus ou moins indépendantes, qui ont conduit diverses composantes de la société, y compris les anarchistes, à s’élever ouvertement contre son travail en organisant des rassemblements, des manifestations, ainsi que des actions directes et des sabotages. Ces activités ont par conséquent attiré l’attention des institutions répressives chargées de protéger ses intérêts. Le dernier cas en date est celui de l’opération de Bialystok, dans laquelle un anarchiste a été accusé d’avoir mis le feu à trois voitures de covoiturage Enjoy appartenant à la dite multinationale. Dans la demande de condamnation du procureur, des peines particulièrement élevées ont été demandées pour ces faits : huit ans et des centaines de milliers d’euros de dommages matériels et d’image à payer. La circonstance aggravante de terrorisme a également été demandée, une nouveauté pour ce type d’action, en inscrivant les attaques dans le cadre d’une « campagne d’intimidation ». Ceci a pour but d’augmenter la peine en cas de condamnation, créant un dangereux précédent visant à intimider les pratiques d’action directe. En outre, elle vise à faire payer à un individu la vague d’attaques contre ENI en Italie ces dernières années.
Nous ne resterons pas les bras croisés face à cette énième manœuvre répressive destinée à nous effrayer. Nous ne nous laisserons pas intimider par l’augmentation des peines, les mesures répressives, ni par la menace du 41bis, un régime infâme d’anéantissement légalisé dans l’état d’exception permanent créé avec art par les institutions italiennes où notre camarade anarchiste Alfredo Cospito a été récemment transféré. Et ce n’est pas parce que nous sommes étrangers à ce sentiment, mais parce que c’est l’acceptation passive de cette normalité faite de dévastation environnementale, de pillage endémique des ressources, d’exploitation massive des écosystèmes et des êtres vivants, de guerres, de contrôle social, de migrations massives et de travaux d’endiguement conséquents faisant des milliers de morts aux frontières de l’Occident qui nous terrifie. C’est dans cet état de terreur que nous avons été élevés et que nous avons grandi, et c’est par ce biais que la peur se transforme en volonté d’agir et en détermination nécessaire pour passer à l’attaque. Ces derniers temps, l’État italien a procédé à une escalade répressive sans précédent contre le mouvement anarchiste, en recourant à des accusations jamais utilisées dans l’histoire de ce pays (l’accusation de massacre politique, qui requiert la prison à vie pour Anna et Alfredo dans l’affaire Scripta Manent) et en prononçant des peines extrêmement lourdes (comme dans le cas des 28 ans infligés à Juan). Mais l’État ne sait peut-être pas que nous sommes désormais vaccinés contre la peur qu’il voudrait nous imposer, et que sa répression ne peut rien faire.

A travers cette action, nous voulons tout d’abord apporter notre solidarité au camarade accusé dans l’opération Bialystok d’avoir brûlé des voitures appartenant à ENI, car nous pensons que la solidarité consiste avant tout à poursuivre les pratiques d’attaque que l’État voudrait décourager par son travail répressif. La lutte contre ENI ne doit pas s’arrêter, surtout maintenant que les contradictions que le capitalisme a créées en produisant le changement climatique appellent cette entreprise à prendre ses responsabilités devant la population, et qu’elle est un acteur-promoteur des intérêts du capitalisme tricolore dans le conflit en Ukraine et dans la redéfinition des structures du pouvoir mondial. Frapper ENI aujourd’hui signifie saboter la guerre en cours et agir concrètement pour faire payer les responsables directs de la situation d’instabilité climatique et environnementale que nous vivons.

Aux compagnons et compagnonnes en procès pour l’opération Bialystok et qui devront affronter une condamnation en septembre.

À Alfredo, Anna et Juan contre lesquels se déchaîne la vengeance d’État. Cette aggravation de la répression ne doit pas passer ! Frapper partout les intérêts de l’État italien !

Pour Giannis Mihailidis, anarchiste incarcéré en Grèce, en grève de la faim jusqu’à ce que mort s’ensuive depuis le 23 mai, pour obtenir l’accès à la liberté surveillée prévue par la loi grecque. Courage, compagnon !

Pour la liberté de Claudio Lavazza et de tous les prisonniers en longues peines.

Pour tous les prisonniers anarchistes et rebelles du monde.

Pour les 13 morts dans les prisons italiennes lors des révoltes de mars 2020. Vengeance !

Guerre sociale contre les guerres du capital
Mort à l’État
Vive l’anarchie

Rebelles pour l’extinction de l’État et du capital

Un social-traître chez les totos

Publié le 2022-07-26 07:00:07

25 juillet 2022
Par À Contretemps (source)
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Les éditions La Découverte viennent d’ « enrichir » leur catalogue d’un livre de sociologie « de terrain » [1] qui, en desservant à la fois le savant et le politique, ne sert que la cause de son auteur, et signe le déclin d’une discipline qui ne cesse de renforcer dans les têtes l’ordre social qu’elle prétend critiquer dans les faits.

De la méthode…

Outre le fait qu’il enfonce de nombreuses portes ouvertes, fait coutumier chez les sociologues, l’ouvrage, tiré d’une thèse de 3e cycle, pose de nombreux problèmes liés à une méthode mal maîtrisée, ou employée à mauvais escient. Tout d’abord, la contextualisation socio-historique y est absente (choix de coupes pour un moindre coût éditorial ?) : l’étude est ainsi privée de toute historicité, ce qui empêche de mettre en perspective cette expérience politique sur le « temps long », pourtant suggéré par le titre – Devenir révolutionnaire – et lui enlève toute utilité politique pratique pour ses lecteurs. Ainsi, la genèse de l’ouverture du lieu d’activités étudié n’est tout simplement pas abordée, alors qu’elle rassemblait un spectre sociopolitique bien plus large que l’échantillon finalement retenu pour l’étude.

Ces premiers défauts se voient aggravés par le point de vue : l’extériorité au « terrain enquêté » ne correspond pas à la méthode prétendument adoptée d’ « observation participante », qui aurait dû placer l’enquêteur aux côtés du groupe enquêté, et non en position de surplomb du fait de son « bagage scientifique ». Résultat – et nombreux en sont les indices tout au long du bouquin : c’est ici l’étude d’un individu qui ne connaît ni le social (les rapports sociaux à l’échelle globale demeurent pour lui une abstraction lointaine), ni même le microsocial (les relations entre « enquêtés » ne sont jamais évoquées).

Enfin, plus grave – si l’on peut dire, si tant est que ce travail connaisse quelque écho, au vu des temps critiques où nous sommes plongés –, il n’y a dans son étude que des individus pris un par un, parti-pris trahissant davantage l’influence de l’ « individualisme méthodologique » à la Raymond Boudon que l’inspiration bourdieusienne ou les thèses d’Erving Goffman dont se réclame l’auteur. Ainsi, quand Goffman étudiait les rites d’interaction au sein d’un groupe dans l’espace public, ici, le « sociologue » arrive bien après la constitution du groupe, dont l’institutionnalisation, sous la forme d’une association, est déjà engagée à ce moment-là. Il n’a mené ses entretiens qu’en tête-à-tête…

Par ailleurs, ces « enquêtés » feraient des calculs d’intérêt et des choix toujours éclairés et rationnels. Par exemple, nous dit l’auteur, les étudiants choisiraient leur fac, ne s’inscrivant à Tolbiac que pour sa « réputation » combative (alors que tous les bacheliers du sud de Paris se voyaient automatiquement orientés vers cette fac). L’auteur ne projetterait-il pas là son propre choix universitaire, guidé par des informations auxquelles l’étudiant ordinaire n’aurait pas accès, d’autant qu’Assas n’est pas particulièrement connue pour sa filière de sociologie ? À l’en croire, les « enquêtés » échafauderaient aussi des « plans de reclassement » suivant une rationalité économique et en calculant toutes leurs actions en termes de « bénéfices/risques » !

De même, par négation de leur subjectivité et en imputant à leur choix une fatalité sociale, l’auteur se livre, comme disait Sartre dans ses Réflexions sur la question juive, à une « chosification » de l’autre : les individus seraient les jouets inconscients – eux seulement, pas le soi-disant sociologue ! – de structures sociales qui les objectiveraient et les priveraient de toute liberté. En tout cas, il ne faudrait jamais se fier aux discours que les agents – qui sont en réalité « agis » (!) par ces structures – tiennent sur leurs propres actes. En revanche, l’apprenti sociologue, lui, semble faire aveuglément confiance à ce qu’ils lui ont confié de leur intimité. Mais, pour reprendre un slogan ancien, « les structures n’ouvrent pas de lieux autogérés » !

Le « milieu autonome » aurait des codes : quel scoop ! Et le « coût d’entrée » serait assez bas. Le chercheur a-t-il cherché à mesurer le « coût d’entrée » dans une section du PS, pour y évaluer le « coût de l’engagement » et pouvoir comparer ? Quelle compréhension et quelle gratitude envers des militants qui l’ont accueilli dans un espace public et politique ouvert à tous par définition ! C’est finalement, selon l’auteur, un « espace public » assez semblable à celui décrit par Habermas pour les lieux de la sociabilité bourgeoise du XVIIIe siècle ! Il s’imaginait qu’un lieu de délibération « prolétarien » organiserait ses débats en gueulant plus fort, et en ne maniant que l’insulte ou le canif ?

Qu’on nous comprenne bien : l’apprenti-chercheur a choisi un sujet intéressant, rarement traité par la recherche universitaire qui trouve bien plus attirant de se pencher sur d’autres lanternes sociologiques. Alors qu’il bénéficie d’une bienveillante neutralité – par ailleurs incompréhensible au regard de la difficulté traditionnelle d’approche dudit « milieu autonome » –, il ne fait rien de ces atouts. Et ne livre qu’une lecture superficielle de son objet d’enquête, truffée de surcroît d’approximations et de biais méthodologiques : entorses à la neutralité axiologique, avec plusieurs jugements de valeur – notamment sur l’absence d’éducation religieuse des « enquêtés », qui les « prédispose[rait] à l’action » (sans blague !) ; sur les militants, qui se voient taxés de « semi-intellectuels prolétaroïdes » (sic !). Quel intérêt porte l’auteur à donner un tour péjoratif à son « analyse » à part celui de complaire à son jury de thèse ? Une telle servilité académique voudrait que seuls les universitaires et chercheurs patentés soient des intellectuels accomplis dont, bien sûr, les discours seraient dépourvus du moindre biais idéologique ? Ce passage ressemble à l’abjuration d’un ancien cancre qui montrerait patte blanche pour qu’on lui reconnaisse sa place, sa légitimité dans le champ académique. Ne faut-il pas plutôt considérer, comme Gramsci, que « tous les hommes sont des intellectuels, mais que tous (…) ne remplissent pas, dans la société, la fonction d’intellectuel » ?

Ainsi, le concept central, repris à Bourdieu, d’« habitus polarisé » (« habitus clivé » chez Bourdieu) est intéressant. Mais seul, il n’explique rien : nombre d’autres sujets à l’ « habitus polarisé » ne s’engagent pas pour autant dans la défense d’idées politiques ou de pratiques collectives plus ou moins radicales… Dans le cas des fratries, par exemple, tous les frères et sœurs ne s’engagent pas nécessairement de la même façon. L’itinéraire d’une vie répond à autant de facteurs déterminants de diverse nature. « L’important, ce n’est pas ce que la société a fait de nous, mais ce que l’on fait de ce que la société a fait de nous », disait Sartre dans Saint Genet, comédien et martyr. Ainsi, par une sorte d’essentialisation, la majorité du groupe de militants étudié procéderait de ces fameuses « classes moyennes », dont le « sociologue » ne définit jamais les contours – et ce, au moment où nombre de gens commencent à percevoir l’esbroufe idéologique qui habille ce concept dont la validité est discutée par d’autres essais plus stimulants. Quel impressionnisme !

Résumons ces travers méthodologiques : cédant à une facilité commune aux enquêtes historiques ou sociologiques, l’auteur se livre à des démonstrations laborieuses contrariant ses postulats de départ. Il procède de même par extrapolation, notamment sur la question de la prépondérance de militants issus des « classes moyennes » et quitte à faire peu de cas des éléments populaires (voir plus bas) qui ont adopté ces pratiques politiques, le tout en alléguant que, d’un tout petit groupe, l’on pourrait tirer des conclusions d’ordre général sur un mouvement autonome dont l’histoire ne saurait évidemment pas se résumer à une poignée de militants parisiens.

des lacunes et des erreurs…

L’auteur démontre, par ailleurs, des lacunes en matières philosophique et – même – sociologique. Ainsi, le concept sartrien de « groupe en fusion » est évoqué sans référence à l’auteur de la Critique de la raison dialectique et sans que soient envisagées les autres étapes que traverse, d’après Sartre, tout groupe révolutionnaire. Même en-dehors de tout contexte révolutionnaire, une analyse fondée sur un tel parallèle aurait pourtant pu s’avérer fructueuse.

Criante se révèle également la faible culture politique du « sociologue » en matière d’histoire sociale. Ainsi, il voit dans le passage de la CFDT à SUD des parents d’un « enquêté » le signe d’une « radicalisation » provoquée par l’engagement du fiston… Or SUD est le produit d’une scission de la CFDT résultant, en 1995, du soutien apporté par la cédétiste secrétaire générale de l’époque – Nicole Notat – au plan Juppé, et donc d’un basculement de la centrale syndicale dans le camp néo-libéral. C’est donc bien d’une trahison au sommet dont il s’agit et là est la raison qui a provoqué une rupture par la base avec un réformisme rétrograde. Personne à l’Université pour le détromper ? Pas de relecteur non plus chez son éditeur ?

On constate de même, chez l’auteur, une tendance à la psychologisation du social. Le fait est notable lorsqu’il évoque l’exemple du mouvement de 2005 contre la réforme des lycées qui aurait été, nous dit-il, « vécu comme un échec ». Comme si l’exposé d’une vérité objective ne suffisait pas à faire constat : l’adoption d’une loi contestée signe toujours l’échec du mouvement qui s’y est opposé…

On note encore, chez lui, un gros problème de taxonomie « idéologique », le terme d’idéologie, jamais défini, étant pris dans son sens le plus courant – chez les « non-savants » ! Ainsi, le vote parental pour Mélenchon suffirait à assigner celui qui s’y livre à l’extrême gauche. Sur un autre plan, aucune mention n’est faite de la grande régression sociale et politique, notamment à l’Université, provoquée par les restrictions concrètes des libertés publiques – lois sécuritaires accroissant les moyens de contrôle et de répression, fermeture des frontières, fin de la franchise universitaire… –, contre lesquelles ces militants ont lutté avec constance, ces vingt-cinq ou trente dernières années.

L’auteur assimile le mouvement autonome à une « institution totale », concept emprunté à Verdès-Leroux dont le type paradigmatique est le PCF de l’époque stalinienne. C’est là ne rien comprendre – ou ne pas savoir – que le mouvement autonome s’est historiquement construit contre le parti de Lénine (et Staline) et ses organisations satellites, et que le rapport établi ressort à celui qui relie une bande hérétique à une Église.

Aucune mention n’est faite par l’auteur des violences policières ni des violences économiques systémiques, la « Violence » étant du seul fait, spontané sans doute, des militants autonomes. La prise de risques est pourtant inhérente à un « engagement total » tel que le décrit le « sociologue », et la répression peut avoir de lourdes conséquences en termes de trajectoire de vie…

Même s’il est rapidement fait allusion au « coût de l’engagement », c’est toujours pour le minorer. Les militants n’ayant ni travail ni enfants ont juste disposé d’une « disponibilité biographique » passagère propice à l’agir collectif. Outre qu’elle atteste de très courte vue, cette appréciation oblige à poser la question : sur quel fondement empirique ou scientifique le « sociologue » peut-il s’appuyer pour affirmer que cette période d’engagement total n’a eu qu’une faible incidence sur la trajectoire sociale des militants ? A-t-il consulté une voyante, ou regardé directement dans sa propre boule de cristal ?

De même, le mode de vie « squatteur » ne saurait être réduit à son seul versant « contre-culturel » ou à l’opposition de pure forme entre lieux d’activités et lieux d’habitation. D’abord, il n’est jamais question, chez l’auteur, de la hausse des loyers – exorbitante à Paris – liée à la spéculation immobilière, premier moteur du squat. Pour beaucoup de « squatteurs », il s’agissait d’un choix contraint, pas d’un calcul socio-économique. Ensuite, dans les années 1990, le mouvement des squats était beaucoup plus large qu’indiqué et les lieux ouverts combinaient, pour la plupart, outre la gratuité du logement, des activités politiques et/ou artistiques et, à un degré variable, une pratique d’ouverture aux autres ou sur le quartier. Enfin, tout le monde n’en est pas sorti par le haut. L’auteur infère de sa brève expérience et de son maigre échantillon des règles qui seraient valables pour tous les « autonomes » et les squatteurs – mais ceux qui ne pouvaient pas avoir recours à la solidarité mécanique (familiale), évincés dès l’ouverture de la « Kuizine », ne pouvaient, de ce fait même, apparaître dans son étude, ce qui la rend largement caduque. De facto, ceux-là n’ont pas pu « accumuler de capital culturel », ni « se reclasser » socialement : pour un certain nombre d’entre eux, la suite, ce fut encore la rue, la galère, l’expulsion du territoire, des infirmités physiques ou psychiques, l’HP. Si rudimentaires sont ses connaissances en psychanalyse et en psychologie que l’auteur ignore que le cumul de conditions d’existence précaires et de militantisme intensif peuvent avoir de lourdes conséquences psychologiques pour nombre des squatteurs.

Sur un plan plus strictement politique, aussi nombreux sont les manques de l’auteur. Pas de constat sur la dissolution des pratiques collectives – qui font, pour Arendt, la politique – dans l’associationnisme subventionné ou l’activisme virtuel sur Twitter. Dévalorisée l’évidente sociabilisation – terme absent de son livre – par l’action ou l’entrée dans des cercles de sociabilité politique qui ne trouve plus aucun débouché de nos jours, au-delà du lycée et de la fac, tant les organisations sont disqualifiées. Minimisées les logiques bureaucratiques du syndicalisme défaillant, affaibli et félon, et des partis politique hors-sol ou dogmatiques – qui sont pourtant souvent à l’origine d’un engagement révolutionnaire dans des organisations informelles. Ignoré le décalage idéologique entre la liberté, l’égalité et la fraternité toutes formelles promises par la République et leur inexistence réelle.

En outre, le « sociologue » se permet une dénonciation facile de « l’entre-soi » et de « l’endogamie » des militants, comme si les enseignants d’université, les chercheurs ou les groupes de rejetons issus des banlieues résidentielles n’étaient pas des microcosmes enclos sur eux-mêmes dont les membres ne s’apparient jamais !

Enfin, il ne fait qu’évoquer en passant une crainte individuelle du déclassement quand il nous semble que nous sommes tous objectivement déclassés, non tant par rapport à la profession de nos parents, mais du fait de la pression à la baisse des salaires dans le privé comme dans le public, baisse liée à la politique monétaire de l’euro, à la dégradation générale des conditions de travail et du fait du démantèlement délibéré des services publics qui permettaient de compenser – au moins symboliquement – les écarts de richesse qui crèvent les yeux en région parisienne. Le capitalisme, dans sa variante néolibérale, produit de la « fausse conscience » en série pour tous les petits-bourgeois qui s’imaginent ne pas être touchés par ce déclassement général.

… et des mauvais procédés du wannabe

L’enquêteur s’était engagé sur parole, d’une part, à ne jamais publier son travail sous forme de livre, mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient et, apparemment, un apprenti sociologue n’est pas obligé de tenir les siennes. De l’autre, une fois reniée sa parole, il n’a pas toujours pris la peine de joindre les témoins et, quand il l’a fait, il a toujours semblé considérer leur accord comme acquis, attestant par-là d’une absence totale de scrupule bien contemporaine.

En outre, au hasard de ses choix, l’auteur a déformé et tronqué les propos tenus pour n’en garder, parfois, que des anecdotes insignifiantes ! De plus, l’anonymisation qu’il a pratiquée se révèle être largement défaillante du fait de pseudos transparents : le « sociologue » doit trouver cela très drôle, mais il oublie que des êtres vivants, actifs et reconnaissables, peuvent se sentir exposés ou blessés par le dévoilement de leur enfance et de leur parcours souvent accidenté. Ces pratiques sont pour le moins indécentes.

En fin d’ouvrage, l’auteur procède à une attribution-projection d’une « conversion de compétences acquises en militant » en vue d’un « reclassement social » ! Du grand n’importe quoi ! Quelle est l’utilité de savoir parler politique en groupe ou de se former en droit des étrangers ou en démarches pour obtenir un logement social quand on veut finalement devenir paysagiste, ouvrir un salon de coiffure, ou faire des études de psycho ?

En conclusion, on ne peut que déplorer le carriérisme évident du wannabe sociologue qui se sert d’une expérience collective de militants dévoués consacrant leur temps à des pratiques de solidarité et d’entraide (organisation de soupes populaires, de cours de français, d’une permanence d’aide aux démarches administratives) comme marchepied pour faire « carrière » universitaire.

Plus qu’ « observation participante », cette enquête relève de l’abus de confiance d’un étudiant qui a feint le militantisme à des fins strictement utilitaires. Nous voyons, pour notre part, dans cet hyper-individualisme méthodologique, ce carriérisme et cette défiance permanente envers le discours politique des militants sur leur propre action, l’effet des ravages de la terreur néolibérale, de l’atomisation du salariat et du chantage au chômage. Sa version étriquée du monde qu’il a fréquenté atteste de son incapacité à comprendre qu’on puisse se battre pour autre chose que ses intérêts personnels et concevoir la vie autrement que comme un « plan de carrière ». Ce « sens pratique », si cher à Bourdieu, ne s’apprend pas dans les livres d’universitaires confits en certitudes sociologiques et attachés à leurs avantages matériels, mais dans les luttes collectives, auprès de gens réels, chômeurs, précaires ou travailleurs, grévistes ou démunis, militants ou pas.

Cette étude de « terrain » menée par un étudiant mal dégrossi devenu « sociologue » ne remet jamais en question la hiérarchie, source de toutes les injustices dans la vie sociale. Et encore moins celle qui, à l’échelle de l’université, recrée à tous les étages la fausse méritocratie républicaine. C’est le travail de quelqu’un qui prétend avoir beaucoup travaillé et qui ne sait pas ce qu’est « le travail », qui ignore la privation de temps et de liberté qu’il implique, car tout travail salarié repose d’abord sur un principe de subordination qui traduit un rapport de forces défavorable aux salariés, sur une amputation du libre arbitre – à laquelle échappent les chercheurs, si précaires fussent-ils.

Des anciens de la « Kuizine »




Source: Acontretemps.org

Cet article a 3 ans. Le contenu et les informations peuvent être obsolètes. Dans le cadre de notre mission d'archivage, nous ne supprimons jamais les anciens articles pour documenter l'histoire du mouvement anarchiste au fil du temps.

Le harcèlement policier fait un nouveau mort à Paris

Publié le 2022-07-27 17:00:04

Un adolescent est mort électrocuté le week-end dernier, en tentant de fuir une patrouille de policiers.



La police a fait une nouvelle victime à Paris dans la nuit du vendredi 22 au samedi 23 juillet : en tentant de fuir des policiers, un adolescent, mineur isolé, est mort sur les rails du métro entre les stations Sèvres-Lecourbe et Pasteur sur la ligne 6. Il est probablement mort électrocuté, car son corps carbonisé a été découvert le lendemain matin par un chauffeur de la RATP.

Stop au harcèlement policier !

Soutien à une occupation de logements dans le bas-Montreuil, contre toutes les expulsions !

Publié le 2022-07-29 07:00:05

Rendez-vous le 9 août à 9H30 au tribunal de Montreuil (63 rue Franklin) pour soutenir l’occupation lors de la prochaine audience, puis rassemblement devant la mairie à 11h30 !



Laissez-nous nous présenter. Nous sommes un collectif de personnes migrantes majoritairement des femmes dont certaines sont enceintes, et des enfants dont le plus jeune a 15 jours. Nous sommes sans domicile. Nous avons déjà épuisé toutes les solutions temporaires de logement avec le 115 et d’autres organismes. Le 115 propose des hébergements temporaires, d’un à quelques jours, avant de nous remettre à la rue. Cette solution d’urgence nous oblige à être isolées et nous déplacer dans toute l’Île-de-France.
Depuis plusieurs mois, nos seules solutions étaient de dormir à la rue. Face à cette situation inacceptable, nous avons décidé d’occuper un restaurant vacant depuis au moins 6 ans au 30bis avenue Pasteur à Montreuil pendant un mois. Nous avions aménagé au mieux ce lieu mais il ne pouvait pas être une situation durable car il était en mauvais état et que la Mairie a décidé de nous expulser.
La Préfecture du 93 a été alertée à maintes reprises au sujet de notre relogement mais nous n’avons pas de réponses. Nous sommes soutenues au quotidien par des associations, des collectifs solidaires de Montreuil mais également par des habitants, habitantes de Montreuil.
Aucune proposition de relogement à long terme et collective n’a été faite alors que la Mairie a pris un arrêté pour demander notre expulsion. Afin d’éviter une de nous retrouver à la rue et à tous ses dangers, nous avons quitté ce squat et décidé d’occuper un nouveau lieu dans le bas-Montreuil. Nous voulons vivre dans des meilleures conditions.
Aujourd’hui nous voulons juste le meilleur pour nos enfants et un suivi pour les femmes enceintes. Nous voulons un endroit pour vivre à long terme, pas un endroit temporaire. Nous maintiendrons le lieu propre, et nous tiendrons compte du voisinage. Nous allons organiser des activités pour les enfants comme l’apprentissage des langues, des sorties dans des parcs. Nous voulons aussi que ce lieu soit le siège de notre association.
Le mairie prétend nous aider et se battre pour nous mais ils prennent un arrêté pour nous expulser. Donc nous nous battons toutes seules avec nos enfants, pour leur donner une bonne éducation, et une bonne éducation ne peut pas se faire dans la rue. La mairie nous a dit qu’ils ne pouvaient pas trouver 120 places de logement, mais sur son territoire il y a beaucoup de logements vides. Nous sommes là depuis plus de 48h et nous faire sortir de ce bâtiment est illégal. Nous sommes chez nous et nous comptons bien rester.
On espère que la mairie de Montreuil va nous laisser un peu de répit dans ce nouveau lieu. Si elle désire que nous libérions ce lieu, elle devra nous proposer de vraies solutions d’hébergement. Maintenant nous sommes là, mais notre nouvelle maison est toujours menacée par une expulsion car le propriétaire nous a assignées en justice pour l’occupation du bâtiment. Lors d’une première audience le 6 juillet dernier au tribunal d’instance de Montreuil, un report a été obtenu pour le 9 août prochain.
Rendez-vous le 9 août à 9H30 au tribunal de Montreuil (63 rue Franklin) pour soutenir l’occupation lors de la prochaine audience, puis rassemblement devant la mairie à 11h30 !

Les habitant.tes du collectif Pasteur


A propos de l’audience du 6 juillet au tribunal de Montreuil :

Retour d’habitant.tes du collectif Pasteur :

La juge nous a demandé nos papiers d’identité. Il faut les pièces d’identité partout, à l’hôpital, au tribunal…. Les juges nous ont pas adressé la parole, ils nous ont juste demandé nos papiers et ils n’ont parlé qu’avec l’avocate. On entendait pas bien, mais on pouvait comprendre que ça se passait mal. la juge voulait nous juger le même jour ce qui n’est pas normal, c’est comme une sorte d’agression.

Le bâtiment doit être vendu, mais nous on est là parce qu’on n’a pas d’endroit ou aller, on peut nous donner un temps, le temps que chacune trouve un endroit ou aller, certaines personnes on déjà eu des solutions, et nous on attend des solutions. La juge est sensée réfléchir plus que la propriétaire, mais elle considère que la vente est plus importante que de mettre des gens à la rue.

La mairie ne fait toujours rien, ne dit toujours rien. La seule chose qu’elle a fait jusqu’à maintenant c’est un arrêté d’expulsion. On est allé les voir, ils ont fermé la porte. On a demandé à croiser le maire et on a jamais eu de réponse.

Retour de personnes solidaires présentes à l’audience :

Le 6 juillet avait lieu la première audience du nouveau squat du collectif Pasteur. Un report était demandé dans l’attente d’obtenir l’aide juridictionnelle (AJ). D’ordinaire ces demandes sont systématiquement acceptées, mais cette fois la juge était prête à prendre l’affaire le jour même. Suivant ainsi les arguments du propriétaire qui mettaient en avant l’urgence à expulser les habitantes.

Cette urgence plaidée par les proprios, elle est justifiée par une promesse de vente et un diagnostique datant de 2021 qui présenterait des problèmes de gaz et d’électricité (des locataires occupaient les lieux jusqu’à début 2022, autant dire que le problème était inexistant).

Au fond l’urgence est juste de permettre au propriétaire de faire de la thune sur son bien, le diagnostique n’ayant pas été problématique tant que des locataires payaient un loyer, mais devenant soudainement dangereux quand la vente de son bâtiment est retardée par des squatteurs.

La juge a fini par concéder un report mais semble bien décider à juger à la prochaine audience, et donc à décider à quel moment elle les remettra à la rue.

Soyons nombreux à les soutenir le 9 août !

Besançon (Doubs) : Les pouvoirs médicaux et judiciaires s’acharnent contre Boris

Publié le 2022-07-29 08:00:05
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En avril 2020, notre compagnon et ami Boris a incendié sur le Mont Poupet (Jura) les antennes-relais des quatre opérateurs de téléphonie mobile, ainsi que celles des flics et des gendarmes. Confondu par de l’ADN présent sur un bouchon de bouteille, il a été incarcéré en septembre 2020 à la prison de Nancy, puis condamné en avril 2021 à quatre ans de prison dont deux fermes. Dans une lettre publique écrite depuis la taule *, il a défendu haut et fort son acte par sa volonté de s’opposer à travers l’action directe à la numérisation croissante de nos vies, avec tout le contrôle, les ravages environnementaux et sociaux qu’elle implique. En août 2021, il a été grièvement blessé dans un incendie de cellule, et se trouve depuis aux mains du pouvoir médical. Du côté judiciaire, son écrou a été levé lors du procès en appel de septembre suivant (reporté quant à lui sine die), tandis qu’une instruction, toujours en cours, était confiée à une juge nancéienne afin de déterminer les causes de l’incendie et d’enquêter sur la promptitude des matons à laisser suffoquer notre compagnon en cellule.

Alternant entre le coma artificiel et la semi-conscience pendant quelques mois, Boris n’a pas pu faire ses choix. Les médecins n’ont pas manqué de se tromper sur les diagnostics, mais toujours avec une assurance sans faille. Début mars 2022, Boris a été transféré de l’aile « Grands Brûlés » de l’hôpital de Metz vers le CHRU de Besançon au service de réanimation qui, en avril, a décidé de se débarrasser de lui en l’envoyant dans un autre service peu adapté à sa situation, sans que son avis ait une quelconque importance. Cette décision lourde de conséquence qui a signifié l’abandon de soins actifs, a été essentiellement motivée par le fait de ne pas constater d’évolution favorable de son état de santé en suivant de misérables critères statistiques. De manière évidente, ces critères ne tiennent absolument aucun compte de l’individu particulier auxquels ils sont appliqués de façon absolue et glaçante, même si celui-ci exprime sa volonté farouche de continuer à vivre et à se battre pour aller mieux. Profitant de sa tétraplégie actuelle, et malgré le fait qu’il est en état de parler, lucide et combatif, les médecins ont décidé de ne pas le réanimer si une nouvelle infection grave survenait. Ce n’est alors qu’en protestant et en faisant écrire des lettres qu’ils ont dû prendre en compte sa volonté de survivre et reprendre un minimum de soins actifs.

Mais cela est évidemment devenu peu à peu inacceptable pour le pouvoir hospitalier. Un ex-taulard anarchiste qui ose remettre en question le dogme médical, qui refuse de se résigner sans broncher à leurs diagnostics mortifères, ne peut pas être lucide ! Il est forcément trop « influençable », selon les pontes en blouse blanche (par ses idées anti-autoritaires ?). Alors, quand en plus Boris tente obstinément d’avoir accès à son dossier médical malgré les entraves de l’hôpital qui le lui a refusé jusqu’à ce jour, et qu’il exige également que des proches hors de la famille puissent discuter de sa situation avec la médecin, le vase des autorités déborde.

C’est ainsi que le 8 juin 2022, Mâdame Elisabeth Batit, médecin du CHRU de Besançon en charge de la situation de Boris, forte du Pouvoir que lui confère sa fonction, qu’elle entend bien imposer coûte que coûte, a décidé de faire un pas supplémentaire dans son entreprise de démolition du compagnon en tant qu’individu. À son insu, et dans un courrier signé conjointement avec l’assistante sociale de l’hosto, elle a en effet procédé à un signalement auprès du Parquet de Besançon (celui-là même qui avait été en charge de l’enquête préliminaire sur les antennes…) pour lancer une procédure de « mise sous protection juridique », prétendument pour le « protéger » contre ses propres décisions. Quoi de mieux alors pour le procureur zélé que d’ordonner, le jour même, l’envoi d’un expert-psychiatre pour décréter qu’en plus de sa paralysie, notre compagnon serait désormais « incapable de pourvoir seul à ses intérêts ». Le 14 juin, le bourreau des esprits qui répond au nom de Thomas Carbonnel, et n’est autre que le vice-directeur de l’hôpital psychiatrique du coin, dûment choisi par le procureur sur sa petite liste officielle, est ainsi passé à l’improviste dans la chambre d’hôpital de Boris pour recommander son placement « sous curatelle renforcée ».
C’est une juge des enfants de Vesoul, déléguée depuis quelques semaines « en qualité de juge des tutelles » auprès du tribunal de Besançon, qui a émis dans la foulée une ordonnance provisoire d’urgence contre notre compagnon, intitulée « sauvegarde de justice ». Une mesure qu’elle pourra aggraver par une mise sous curatelle ou tutelle pour plusieurs années, lors de l’audience en contradictoire qui devrait avoir lieu dans un délai d’un an. Depuis l’obscurité moisie de son bureau,sans prévenir quiconque, pas même la personne concernée, la juge Marie-Lee Avena a donc décrété le 8 juillet que Boris pouvait « s’engager dans des actes excessifs » et a nommé un Mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) qui prend la main sur l’ensemble de son courrier, ses comptes et futures ressources (comme l’allocation adulte handicapé) : l’UDAF 25, soit l’Union départementale des associations familiales du Doubs.

Créée par une loi vichyste sur les familles réformée en 1945, l’UDAF regroupe des dizaines d’associations religieuses ou laïques qui défendent fièrement un des piliers du patriarcat auprès des pouvoirs publics : la famille. Elle est un organisme majeur sur lequel l’Etat s’appuie pour broyer l’autonomie du million de personnes placées sous tutelle ou curatelle, y compris de 1968 à 2007 pour cause de… « prodigalité, intempérance ou oisiveté ».
A l’UDAF 25, en plus de sa centaine de salariés, on peut naturellement trouver des personnes toujours plus avides de pouvoir, comme sa nouvelle Présidente Karima Rochdi, ancienne adjointe au maire LREM de Besançon devenue cheffe de file de l’opposition macroniste au conseil municipal actuel. Celle qui entend à présent régir d’une main de fer les démarches administratives du compagnon pour sortir de l’hôpital, est la même qui n’avait par exemple pas cessé de vociférer contre la ZAD des Vaîtes à Besançon, dénonçant sans relâche les opposants à la bétonisation de ces vieux jardins ouvriers comme un ramassis « d’écologistes extrémistes ». Quant au nouveau directeur général de l’UDAF 25, Thierry Pillot, plus particulièrement chargé du service « des mesures de protection judiciaire des majeurs » qui concerne justement notre compagnon, il a effectué une bonne partie de sa carrière comme directeur au sein du plus gros exploiteur de personnes handicapées du Doubs (l’ADAPEI, devenue la Fondation Pluriel), dont le conseil d’administration compte par exemple… le médecin-chef du service où se trouve encore Boris, un représentant du ministère de l’Intérieur, mais aussi l’ancienne directrice des services pénitentiaires (SPIP) du Doubs et du Jura.
L’exploitation et la mise au pas des personnes considérées comme « fragiles » ou « anormales » est un business subventionné et un rouage bien ancré, que font tourner toute une clique de détenteurs d’autorité et de bonnes intentions paternalistes.

Boris porte des idées anarchistes combattant toute forme de pouvoir depuis des années, et il le paye une fois de plus au prix fort. Pour la démocratie, toujours plus vendue comme le seul horizon possible sous le paradigme de la liberté technologique, pathologiser des comportements dits « hors-normes » ou trop contestataires est une manière de tenter de les neutraliser pour imposer son hégémonie. Que ce soit par la répression la plus brutale, ou par la tentative de mise sous tutelle forcée de celles et ceux qui ne se résignent pas à leur sort. Et pourquoi s’en priverait-elle d’ailleurs, contre un anarchiste ou quiconque sort des clous, tant que ses larbins ne recevront pas en retour un peu de la monnaie de leur pièce pour toute la misère qu’ils sèment au quotidien ?

C’est aussi contre la dépossession à l’œuvre de toutes et tous qu’il s’agit de lutter,
Solidarité active avec Boris, de la manière que chacun chacune trouvera la plus adéquate…

Des anarchistes solidaires et complices de Boris
28 juillet 2022

* « Pourquoi j’ai cramé les deux antennes du Mont Poupet »,
17 juin 2021 (à lire par exemple ici)

[Trouvé sur Indymedia Lille, 28 juillet 2022]

Paris : pancartes solidaires sur le Tour de France

Publié le 2022-07-29 08:00:06

Pancartes de solidarité sur le Tour de France : Forza Ivan !

Indymedia Lille, 28 juillet 2022

Ivan a été arrêté le 11 juin 2022 vers 3h30 du matin, selon Le Parisien au moment où il rangeait son vélo. Il est accusé d’avoir brûlé 6 véhicules, dont et notamment une voiture diplomatique dans le 17e arrondissement le soir-même.

Les jours d’après, les médias nous ont servi des infos visiblement sorties directement du dossier d’instruction mais aussi l’histoire d’un Ivan qui sortirait tous les samedis soirs à vélo pour mettre le feu à des bagnoles
.
En même temps, un autre type de rallye cycliste a lieu, un peu moins chaud certes. Macron nous signalait dans une interview le 21 juillet à l’arrivée à Hautacam que c’est une « chance » de pouvoir voir gratuitement le Tour de France en ces temps où « les fins de mois sont difficiles, le caddie de plus en plus cher ». C’est « du pain et des jeux », mais sans le pain.

Nous, on aime saisir chaque petite « chance » et jouer le jeu ! Plutôt qu’un spectacle que l’Etat nous offrirait pour oublier que c’est la merde, le Tour de France pour nous cette année, c’était aussi un truc qu’Ivan et d’autres pouvaient sans doute voir depuis leur cellule, alors on a tenté le coup : on s’est posté dans un coin sur le parcours de la dernière étape du Tour de France, à Paris, avec des pancartes :

FORZA IVAN (Allez Ivan – en italien) – A L’ATTAQUE
LE VELO C’EST LE FEU – FUOCO ALLE CARCERI (Feu aux prisons – en italien)

Le cynisme de Macron et de l’Etat nous dégoûte, mais heureusement que des actions telles que celles dont est accusé Ivan sont là pour nous réchauffer le coeur.

Force et courage à tou.te.s les prisonnier.e.s révolté.e.s !

Trémolat (Dordogne) : ces précieux câbles qui courent sur les ponts

Publié le 2022-07-29 08:00:09

25.000 foyers privés d’internet en Dordogne à cause
d’un câble sectionné en Périgord noir

France Bleu/Sud Ouest, 26 juillet 2022

A Sarlat, Siorac, Limeuil ou encore Trémolat, près de 25 000 foyers sont privés d’internet fixe sur leur box depuis environ 10 heures et demi du matin ce mardi 26 juillet. En cause, un câble sectionné au niveau du nœud de connexion souterrain du pont de Trémolat.

Il alimente aussi plusieurs antennes mobiles qui sont hors service le temps de la panne, privant d’internet mobile 4G et de réseau téléphonique une partie de la zone du Périgord noir. Le secteur avait déjà été touché par une grosse panne suite à une coupure de câble il y a quelques semaines, causée par un engin agricole. Cette fois, on ne connaît pas l’origine du sinistre.

Les équipes d’Orange sont sur place depuis la mi-journée. Les réparations pourraient être faites en début d’après-midi au plus tôt, mais pourraient se prolonger au moins jusqu’à la soirée de mardi. Il va falloir prendre son mal en patience.