Vive l'Anarchie - Semaine 32, 2024

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Vincennes : les sabotages s’immiscent dans la fan-zone des J.O. [MàJ]

Publié le 2024-08-05 08:25:07

Situé à deux kilomètres de la capitale, le château de Vincennes est un lieu dont chaque pierre suinte l’oppression. Villégiature par excellence de nombreux Rois de France, puis prison du XVe siècle jusqu’à 1944, ou encore forteresse et arsenal militaire, et depuis 2010 plan-bis en cas d’évacuation d’urgence du Palais présidentiel et de ses larbins (en cas de crue exceptionnelle de la Seine ou d’insurrection gilet-jaunesque), on peut dire que ses murs empestent littéralement l’ordre et la servitude.

Le château de Vincennes, actuellement toujours affecté au ministère de la Défense, était donc assurément le lieu idéal pour que puissent s’exprimer les plus hautes valeurs de l’olympisme. Avec d’un côté une « fan-zone » de 3000 zombies scotchés sur deux écrans (ceux géants qui retransmettent les épreuves et celui de leur laisse électronique), et avec de l’autre l’exposition « Une armée de champions, le sport sous les drapeaux », mettant en lumière deux siècles d’activités physiques et sportives pratiquées par les militaires*. Le tout, sous la bonne garde de 45.000 policiers et 18.000 soldats qui quadrillent Paris à l’occasion de ces J.O., rassurant le monde sur le fait que les trouble-fête nocturnes ne se déplacent qu’en de lointaines provinces (ou dans les colonies comme la Kanaky, serait-on tenté d’ajouter).

Sauf que voilà, cinq jours après que des mauvais joueurs aient incendié une antenne-relais et un nœud internet en Haute-Garonne, cinq jours après qu’une délégation inattendue ait saboté les lignes de trains à grande vitesse reliant Paris aux quatre coins du pays, et moins de 24h après l’attaque coordonnée contre des artères de la fibre optique dans dix départements, les sabotages ont fini par s’immiscer aux portes de la capitale…

Cela s’est passé en deux temps. Au matin du lundi 29 juillet, les autorités ont découvert que le câble de fibre optique situé sous les douves du château de Vincennes, qui alimente la retransmission des épreuves sur écran géant, avait été coupé. Selon l’opérateur Orange, (prestataire télécoms des JO de Paris 2024), il a été sectionné à huit endroits distincts vers 1h20 du matin, dans la nuit du dimanche au lundi. Pas grave, passons tout cela sous silence et faisons contre mauvaise fortune bon cœur, même si des milliers de mains serviles ne pourront plus agiter leurs petits drapeaux en rotant de la compétition pendant quelques heures, a-t-on dû se dire en haut lieu. Le précieux câble fut donc réparé dans la journée, et que l’indigeste spectacle continue.

Arriva alors mardi 30 juillet, quand vers 8 heures du matin, un des responsables de la fan-zone a constaté que les câbles avaient de nouveau été coupés dans la nuit, en étant une fois de plus sectionnés à plusieurs endroits. Deux sabotages deux nuits d’affilée, en plein cœur du dispositif de surveillance algorithmique de la capitale, et qui plus est en frappant directement un « espace familial et convivial » des Jeux Olympiques, cela commençait à bien faire, alors que rien ne doit pourtant se passer. C’est donc d’abord le procureur de la zone qui s’est saisi de l’affaire, soit celui de Créteil, avant que celui de Paris ne s’en empare au titre de sa compétence nationale en matière de télécommunications. Ce dernier a ouvert une enquête pour « dégradations d’un bien destiné à l’utilité publique » et « entrave à un système de traitement automatisé de données en bande organisée », puis confié les investigations à la police judiciaire du Val-de-Marne.

Et comble de dé à coudre qui marque l’étroitesse de tout cerveau policier, après avoir expliqué ces derniers jours en long et en large que le communiqué de la délégation inattendue ne serait pas une véritable revendication parce que pas assez détaillée à leur goût, puis qu’en fait celle des mauvais joueurs n’était pas très sûre non plus, voilà que le parquet de Paris précise que « les incidents au château de Vincennes ne sont pas considérés comme du sabotage », car ce terme est « réservé aux atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation ».

Lorsque le pouvoir en est réduit à engager de minables batailles d’opinion à propos du sens même des mots « sabotage » et « revendication », c’est peut-être que quelque chose est en train de se passer. Quelque chose dont il ne voit pas la fin…

[Synthèse de la presse régionale, 1er août 2024]
Mise à jour 4/8 :  » Une fouine était finalement à l’origine des soupçons de sabotage dans la fan zone du château de Vincennes, a appris franceinfo, dimanche 4 août, auprès du parquet de Paris. Une enquête avait été ouverte après la découverte de câbles sectionnés, elle a été classée sans suite après que les enquêteurs ont conclu que les dégradations avaient été causées par un animal. »


* Note : pour rappel, aux J.O. de Paris, 80 des 571 athlètes français seront des militaires. Certains défendront leur titre gagné trois ans plus tôt à Tokyo, comme l’adjudant Clarisse Agbégnénou (judo), le maréchal des logis-chef Jean Quiquampoix (tir) — ils sont gendarmes tous les deux — ou le sergent de l’armée de l’air Enzo Lefort (escrime). « En comptant les porteurs de handicap qualifiés pour les Jeux paralympiques, cela fait 104 militaires. C’est énorme, et c’est 35 % de plus qu’à Tokyo, ce qui traduit l’effort réalisé en vue des Jeux de Paris », se félicitait d’avance la porte-parole du Centre national des sports de la Défense (CNSD) le 14 juillet dernier. Depuis les premiers Jeux Olympiques de 1896, la moitié des médailles françaises ont été gagnées par des militaires…

San Antonio (Chili) : feu aux entreprises de ciment le long du fleuve Maipo

Publié le 2024-08-05 08:35:08

[Samedi 3 août vers 21h50 à San Antonio, dans la région chilienne de Valparaíso, s’est produite une double attaque incendiaire contre une cimenterie et une entreprise de granulats qui dévastent les rives du fleuve Maipo. Plus d’une centaine de pompiers ont dû accourir sur place pour tenter d’éteindre les dix foyers d’incendies qui consumaient camions-toupie et installations des bétonneurs. Ce sabotage a été revendiqué le lendemain par la « Cellule insurrectionnelle pour le Maipo/Nouvelle Subversion » (Célula insurreccional por el Maipo. Nueva Subversión), à travers un communiqué publié sur informativoanarquista, dont nous livrons une traduction de l’espagnol ci-dessous.]


Campagne Switch Off! Revendication de l’attaque incendiaire contre des cimenteries « Melón » et « Áridos Río Maipo » (3 août. Secteur San Juan de Llolleo, région de Valparaíso, Chili)

« Nous sommes les tas de gravats et les grains de sable dans les engrenages d’une machine qui avance inexorablement à un rythme effréné. Nous sommes les facteurs perturbateurs dans la salle des machines »
Groupe Volcan

La nuit du samedi 3 août, accompagnés des forces du fleuve, nous avons décidé d’attaquer la cimenterie Melón et l’entreprise Áridos Río Maipo S.A. situées près de l’embouchure du fleuve Maipo. Nous avons tenté de paralyser le fonctionnement de ces deux entreprises en pénétrant dans leurs locaux et en mettant le feu à leurs lignes de production, à leur logistique et à leurs bureaux administratifs en y plaçant 10 engins incendiaires, ce qui a conduit à la destruction totale de leurs installations. Nous avons ainsi consolidé notre troisième acte de sabotage* en causant des dommages importants aux entreprises qui détériorent et menacent la vie le long du fleuve Maipo, en leur restituant une partie des dégâts qu’elles ont causés pendant des décennies à la terre et à l’environnement où elles opèrent, afin de contribuer à la lutte contre la dévastation. À la destruction de la terre et de nos vies, il n’est digne que de répondre par la destruction totale de ce qui les détruit.

Dans ce secteur, comme sur d’autres parties du fleuve, l’activité d’extraction de ciment et de granulats entraîne le sacrifice écologique et la dégradation des communautés qui vivent dans la zone, devenant ainsi une autre zone empoisonnée (il y a au total 4 entreprises de béton, de ciment et de granulats qui opèrent dans la zone), Cela n’a pas laissé indifférente la population locale, qui a déjà manifesté contre les effets causés par le fonctionnement de cette activité industrielle néfaste, bien que ce soit au-delà de ce conflit particulier que nous y participons à présent, en mettant en pratique notre engagement dans la violence révolutionnaire anarchiste, en tant que méthode concrète et nécessaire pour l’intensification du conflit pour la terre et la libération totale.

Melón est une entreprise de ciment qui opère au Chili et qui est actuellement aux mains d’un puissant conglomérat d’entreprises péruviennes (Grupo Breca, propriété de la famille Brescia-Cafferata), qui a l’intention d’étendre son activité d’exploitation de la terre dans tout le sud d’Abya Yala [nom du territoire américain avant la colonisation européenne], en ajoutant cette activité aux autres secteurs économiques dans lesquels il opère déjà.

A ses côtés, l’entreprise de granulats Maestranza y Planta de Áridos Rio Maipo S.A. opère activement dans le secteur du fleuve Maipo dans les communes de Santo Domingo et San Antonio (région de Valparaíso), non sans avoir essayé de s’implanter dans la commune de Navidad (Rancagua, région VI), en y commençant ses activités sans même compter sur l’approbation de la Commission d’évaluation de l’impact environnemental de la région, montrant son indifférence totale aux effets néfastes de l’exploitation de la terre et des fleuves.

Outre ces deux entreprises attaquées, il existe deux autres usines de béton/ciment dans la région, dont Cementos San Juan appartenant à la multinationale UNACEM, qui dévaste également la terre dans plusieurs pays d’Abya Yala (États-Unis, Équateur, Chili, Pérou et Colombie).

L’impact environnemental de ces deux activités [ciment et granulats] est bien connu : elles provoquent la dégradation des rivières et la pollution de l’environnement, tout en portant atteinte à la vie et aux écosystèmes des milieux dans lesquels elles opèrent. Ce n’est pas pour rien que dans d’autres territoires du premier monde, modèles auxquels certains aspirent tant, l’extraction de granulats dans les bassins hydrographiques est interdite. L’extraction de granulats et de minéraux sur les rives des fleuves endommage en effet leur cours et leur vitesse, en générant des dolines qui se reproduisent en amont par effet domino (phénomène appelé érosion rétrograde), en détruisant la flore et la faune qui les habitent et en préparant le terrain pour des inondations alluviales et autres phénomènes similaires.

L’impact de la production de ciment n’est pas négligeable, puisqu’il représente environ 7 % des émissions mondiales de CO² (soit trois fois plus que le trafic aérien, en étant la troisième industrie la plus polluante). En outre, toutes ces quantités absurdement énormes de ciment produites quotidiennement dans le monde (dont environ 150 tonnes par seconde sont consommées) sont générées à partir de matières premières telles que le sable, le gravier et les pierres prélevées dans les bassins fluviaux ou par forage lors d’exploitation minière, tandis que de vastes étendues de plages sont rasées et dévorées pour en extraire le sable nécessaire.

Ces industries existent pour faire proliférer le modèle de vie civilisé actuel, où le ciment s’impose chaque jour sur davantage de terres, en les écrasant et les ensevelissant, en érigeant d’énormes constructions après le déplacement ou la destruction de l’habitat de la faune et de la flore qui donnent vie aux écosystèmes, et cela sans jamais s’arrêter, en étendant les villes toujours plus en longueur et en hauteur, dévastant ainsi l’aspect naturel du territoire, où les parcs sont beaux mais ne sont qu’une simple bulle fonctionnelle à la ville au milieu de toute la merde cimentée. L’eau de pluie ne s’écoule pas correctement dans le sol, la chaleur de la ville de béton est suffocante, et il n’y a plus de terre à planter. Tout n’est plus que ciment, et c’est pour l’entretenir et le produire que ces industries extractives et destructrices de l’environnement sont nécessaires. Ce mode de vie gris et opaque a de graves conséquences, et nous n’y sommes pas indifférents.

Vu que ces entreprises font partie de la vaste machinerie extractiviste présente dans le monde entier et qu’elles transforment spécifiquement l’ensemble d’Abya Yala en une zone sacrifiée ; que l’exploitation de la terre est une artère vitale de la domination ; que l’activité industrielle responsable du changement climatique dû au réchauffement de la planète n’a aucun intérêt réel à mettre un terme à sa propre dévastation, mais qu’elle est déterminée à prétendre être écologique et à utiliser de nouvelles sources d’énergie qui nuisent aux écosystèmes et à nos vies ; Et surtout, conscients que nous sommes les seuls à pouvoir lutter contre l’avancée de la dévastation, nous considérons qu’il est urgent de s’attaquer à l’industrie qui détruit la terre, en ajoutant notre initiative et notre action à la campagne internationaliste Switch Off ! dont nous avons parlé dans un texte précédent intitulé « Le conflit d’Abya Yala et sa proximité avec la campagne internationaliste « Switch Off ! Paroles anarchiques sur la nécessaire lutte pour la terre »**.

Switch Off! les cimenteries et l’extraction de granulats !
Switch Off! le monde de la dévastation et le système de destruction !

Que ce feu soit une étreinte pour les compagnon.nes qui ont porté des coups dans d’autres territoires du monde, comme les attaques en Allemagne contre les cimenteries de HeidelbergMaterials AG et Cemex [voir ici en mars 2024 et là en décembre 2023], les compagnon.nes qui sabotent les gazoducs à Mountain Valley – USA, les auteur.es des attaques contre Tesla [voir ici la longue liste], sachant que l’attaque doit être immédiate et sur tous les territoires où se trouvent les installations et les moyens des responsables de la dévastation de la planète, en contribuant au dialogue par une action directe et conflictuelle, sans aucune forme d’espoir dans les processus institutionnels ou les sauveurs. Pour celles et ceux avec qui nous nous trouvons à l’offensive, encouragement et amour <3.

Nous nous associons également à la lutte pour l’autonomie des Mapuches, qui reste donc debout malgré l’offensive colonisatrice des États chilien et argentin, répondant sans hésiter par le feu et les balles à l’industrie extractiviste.

Mais l’offensive de l’État ne s’est pas limitée au Wallmapu, et la situation répressive sur l’ensemble du territoire chilien s’est accrue par la main de la social-démocratie [arrivée au pouvoir en 2021], qui a intensifié ses politiques autoritaires et policières contre tout secteur antagoniste aux intérêts du capital et de l’État, en masquant ses actions anti-révolutionnaires sous de fausses bannières de lutte, comme l’écologie et les droits humains, ou en s’auto-désignant comme pro-« peuples indigènes » et contre la violence de genre, alors qu’il s’agit d’une arnaque dans chacun de ces domaines puisqu’elle renforce l’inverse. On le voit par exemple dans l’escalade répressive au Wallmapu, dans la condamnation disproportionnée et vindicative de notre compagnon anarchiste Francisco Solar, dans la chasse médiatique répressive contre le quartier de Villa Francia, historiquement combatif, dans la loi anti-reprises de terres qui criminalise et condamne sans discernement les occupations par les sans-abri, dans la construction de nouvelles prisons de haute sécurité, parmi tant d’autres actions évidentes menées au profit des puissants et au détriment des exploité.es et des personnes en lutte. Sans parler de la libération et l’impunité totale accordées aux ordures de policiers comme les flics Crespo et Sebastián Zamora, aux assassins en uniforme de Cristián Valdebenito et à ceux de Pablo Marchant, parmi tant d’autres cas. Notre solidarité va à toutes celles et ceux qui ont souffert des conséquences de la répression comme l’emprisonnement, la mutilation, la persécution et l’assassinat.

Tout cela est ni plus ni moins que l’oeuvre de ce gouvernement « populaire » qui était venu arrêter le « fascisme », un gouvernement commandé par celui qui, à un moment clé, a tendu la main au pouvoir pour accepter d’enterrer la révolte et arrêter toute possibilité d’escalade de la violence populaire. Étant donné que tout cela est l’œuvre de ceux qui ont eu le soutien des électeurs illusionnés des secteurs soi-disant combatifs, nous exprimons notre rejet total du silence complice, de la victimisation et de l’immobilisme des secteurs autoproclamés révolutionnaires qui ont essayé de nous convaincre que la participation à la démocratie pouvait être une bonne idée.

Nous abhorrons tous ceux qui, au nom de la lutte, soutiennent et participent activement au système électoral et à la démocratie représentative, en ne faisant que défendre la structure du régime néolibéral et policier, vu que les institutions et la justice seront toujours en faveur des gouvernants et de leurs armes répressives. Nous sommes dégoûtés par ces secteurs qui se disent « anarchistes » ou « révolutionnaires » et ont participé au spectacle électoral constituant de ce gouvernement, et qui aujourd’hui au lieu de faire une profonde autocritique ou de faire le pas décisif vers l’action offensive, se taisent après s’être mordus la langue et succombent à l’immobilisme et à des discours stériles qui ne font pas grand-chose pour mettre fin à cette réalité qui nous écrase. La seule réponse à la répression brutale, à l’emprisonnement de nos compagnon.nes, aux exécutions politiques et à l’État policier est et restera la lutte autonome et l’action directe, loin des institutions et des pièges démocratiques. On l’a déjà dit, en s’appuyant sur des siècles d’expériences historiques de lutte, et aujourd’hui, après l’avoir craché et jeté à la face des participants illusoires à la démocratie, nous le répétons encore : il n’y a rien à négocier avec l’ennemi, la seule voie est le conflit, sans demi-mesure ni tiédeur, en mettant le feu au progressisme et en menant une guerre ouverte contre toute autorité !

En ce mois d’août, chargé de la mémoire de Santiago Maldonado et de Macarena Valdés, nous continuons à marcher sur le chemin de la confrontation directe, en propageant le feu contre la dévastation, en donnant vie et continuité à la mémoire combative de nos mort.es.

Nous nous joignons également à l’appel pour une semaine internationale d’agitation en faveur de Francisco Solar [du 10 au 17 août], un compagnon actuellement enfermé par l’État chilien pour y purger 86 ans dans un régime vindicatif d’isolement cellulaire. Laissons de côté les discours victimaires et attaquons le pouvoir là où il se trouve, car c’est le seul moyen dont nous disposons pour sortir Francisco de l’isolement. Et plus ces attaques seront fortes, plus leur impact sera grand et, par conséquent, leur capacité d’incidence et d’irruption augmentera, ce qui renforcera certainement les expressions de la solidarité anarchique.

« Nous comprenons que la seule façon de rester en vie est de frapper les oppresseurs. Nous savons que le pouvoir ne tombera pas avec ces attaques, mais cela ne signifie pas que nous resterons les bras croisés. Nous frappons parce que nous n’envisageons pas la passivité citoyenne dans nos vies. Nous nous éloignons des structures formelles du combat, pour prendre en main, rassemblés par affinités, le plaisir de l’attaque.
Déclenchons les hostilités destructrices ! »
CÓMPLICES SEDICIOSOS /FRACCIÓN POR LA VENGANZA

Une accolade forte, chaleureuse et serrée à Francisco Solar, Aldo, Lucas, Mónica Caballero, Tomás, Joaquín García, Panda, Rusio, Tortuga, aux prisonniers Mapuche, aux prisonniers de Villa Francia et aux prisonnier.es anarchistes du monde. Une impulsion, un souffle, un geste et un clin d’œil, traduits en feu contre les industries de domination et de dévastation, les intégrant à ce feu expansif de libération.

Liberté immédiate pour le lonko Facundo Jones Huala, actuellement en grève de la faim sèche dans les prisons de l’Etat chilien.
Du Wallmapu à la Palestine, la résistance en armes est nécessaire contre l’occupation coloniale. Agir contre le génocide est réalisable sur tous les continents, pour détruire le colonialisme partout où il se trouve.

« Attaquons l’industrie et l’économie qui profitent du colonialisme et de la destruction de la nature et qui rendent de plus en plus impossible un futur digne d’être vécu ! »

Switch Off! Éteindre le système de destruction.
Éteins la machine. Détruis la machine.

Bau, Claudia, Mauri, Angry, tortuguita y tou.tes les anarchistes mort.es en action cheminent avec nous à travers l’offensive.

Pour l’anarchie, pour la terre, pour nos vies

Célula insurreccional por el Maipo. Nueva Subversión.


NdT :
* le groupe chilien Célula insurreccional por el Maipo/Nueva Subversión a déjà revendiqué deux autres attaques. La première du 1er octobre 2022 contre l’entreprise de graviers Baeza à Puente Alto, dont nous avions déjà traduit ici le communiqué. Et la seconde du 30 septembre 2023 à Puente Alto contre l’abattoir Faenadora y Frigorífico Cordillera (abattoir et usine de réfrigération) du groupe Dinacar, dont le communiqué peut être lu ici.
** on peut lire la traduction de cette contribution de février 2024, dans la brochure Switch off the system of destruction – Appel et communiqués (pages 28-29)

[Bangladesh] Nouvelles flambées émeutières dans les manifestations anti-gouvernementales

Publié le 2024-08-05 21:05:04

Après une semaine de calme relatif, pendant laquelle les autorités ont procédé à des arrestations massives (plus de 10 000 personnes auraient été arrêtées au 2 août) tandis que les manifestations étaient en pause, celles-ci ont repris progressivement, d’abord à une intensité et échelle plus réduites, puis en reprenant une tournure davantage émeutière en cette fin de semaine. Quelques informations extraites de la presse et des réseaux sociaux. [Pour un retour sur les précédentes semaines, on peut lire  Sur la révolte en cours au Bangladesh et [Bangladesh] Quelques nouvelles et chiffres sur la révolte…  ]

Graffitis anti-gouvernementaux sur le campus de l’Université de Dacca

Lors des manifestations du 2 août, au moins deux personnes ont été tuées et des centaines de blessées. A Khulna, la foule qui manifestait devant une station de police a été pris en chasse par des policiers à bord d’un blindé, faisant 50 blessé.e.s chez les manifestant.e.s, dont 17 qui ont dû être hospitalisé.e.s. En réponse, celleux-ci ont battu à mort l’un des policiers (et blessé 3 autres). Ce même jour, des affrontements ont eu lieu à Dacca, Habiganj, Gazipur, Sylhet, Khulna et Lakshmipur, où les policiers ont continué à s’associer aux fascistes et cadres de la Ligue Awami (le parti au pouvoir), parfois eux-aussi armés de machettes,  d’armes à feu, ou n’hésitant pas à foncer dans la foule à l’aide de véhicules.

Comme cela avait pu être le cas lors des premiers jours de la révolte, à la suite d’affrontements massifs dans les manifestations du 3 août, les manifestant.e.s ont pu mettre la police en fuite dans les rues de Dacca, allant même jusqu’à les poursuivre à Gazipur. Des sources policières affirment que les ordres parlaient d’un déploiement défensif, tandis qu’un ordre de retrait a été donné suite à l’observation de rassemblements massifs. La police a été forcée de se limiter à défendre leurs commissariats et d’autres installations clés qui pourraient être ciblées par les manifestations. Des affrontements ont eu lieu à Gazipur, Comilla, Sylhet, Faridpur, Sakhipur, Jamalpur, Naogaon, Bogra ou Chittagong. Dans cette dernière ville, les manifestant.e.s ont aussi attaqué le domicile du ministre de l’Éducation, tandis que le commissariat et un véhicule de police ont été incendié à Sreepur, ou que la maison du porte-parole de la Ligue Awami a été recouverte de graffitis. Les manifestant.e.s ont aussi pris le contrôle d’universités dans tout le pays, recouvrant leurs murs de nombreux tags anti-gouvernementaux.

La journée du dimanche 4 août a été l’une des plus meurtrières depuis le début des manifestations : on parle de plus d’une centaine de morts après des fusillades entre manifestant.es et forces de répression. Parmi ceux-ci, on compterait « au moins » 14 policiers tués (et 300 blessés !) et plus d’une dizaine de membres de la Ligue Awami (le parti au pouvoir) et des organisations affiliées (telles que la Ligue Chhatra ou la Ligue Jubo). Le gouvernement avait appelé ses militants à se rassembler ce dimanche, ce qui a donné lieu à de nombreux affrontements, qui ont notamment eu lieu à Bogra, Gazipur, Laxmipur, Uttara, Rangpur, Chittagong, Dacca…Des bus sont en feu, tandis que d'autres ont simplement leurs pare-brise et fenêtres détruites, devant une universitéEntre autres attaques émeutières du dimanche 4 août, on pourra citer :

Des manifestants lancent des pavés sur la police à Dacca, le 21 juilletDès la reprise massive des manifestations, les autorités ont de nouveau coupé ou limité les services d’internet mobile, ainsi que différents réseaux sociaux, et censuré les chaînes de télévision. Un nouveau couvre-feu a été annoncée dans la soirée du dimanche 4 août. Des avis divergents semblent émerger au sein de l’armée, avec son (ancien ? actuel ? cela varie d’une source à l’autre…) chef qui aurait déclaré suivre les ordres du gouvernement mais « refuser de tirer sur les manifestant.e.s » et « être du côté du peuple », tandis que certains généraux seraient plus loyaux à Hasina que d’autres, ce qui est davantage encore compliqué par la sympathie de nombreux officiers plus jeunes pour le mouvement (comme a pu être observé lorsque l’armée se serait mise en travers du chemin de la police et de la Ligue Awami lors des manifestations du dimanche, afin de protéger des manifestant.e.s). Bref, à prendre avec des pincettes, comme toute rumeur, espoir ou fantasme autour de l’armée dans une telle situation…

Dans le même temps, la revendication de démission de la Première Ministre Hasina semble avoir dépassé toutes les autres revendications précédemment présentes dans le mouvement. Le mouvement étudiant a appelé à une longue marche vers Dacca ce lundi 5 août, notamment pour converger vers le bureau de la Première Ministre et pour appeler à un soulèvement civil, tandis que l’un des coordinateurs du mouvement a déclaré que les manifestant.e.s étaient prêt.e.s à « prendre les armes » si les bâtons ne suffisaient pas. Comme toujours, force aux révolté.e.s, que la Première Ministre désigne comme « anarchistes », « agitateurs »  ou « terroristes » !

[UK] Des anarchistes libèrent toutes les poules d’une ferme, et le dédient à Marius Mason

Publié le 2024-08-05 21:10:04

Initialement publié sur unoffensive animal, le 04/08/2024.

Le 30 juillet, après avoir été prévenu.es par des personnes locales, nous nous sommes rendu.es dans une ferme des Midlands de l’Ouest qui contenaient les cages à poules pondeuses les plus horrifiantes que nous avons vues depuis plus d’une décennie.

Il semblerait que le propriétaire soit en désaccord avec l’interdiction des cages conventionnelles en 2012, et a décidé de garder pour lui-même un set des exactes mêmes cages qui avaient été interdites il y a 12 ans. Certaines des cages contenaient jusqu’à 3 poules, les empêchant de faire un seul mouvement. Les coins de la ferme étaient recouvertes d’une couche de plus d’un pied de merde à poule, et des rats grimpaient sur les cages comme si c’était un terrain de jeu. De la nourriture pourrissait sur le sol, mélangée avec un système d’eau qui coulait en permanence et ne semblait par distribuer de l’eau jusqu’au bout de la ligne.

Nous nous sommes mis.es au travail. Par chance, l’enfoiré n’avait qu’une trentaine de poules dans la ferme. Nous avons donc vidé chaque cage jusqu’à la dernière, mises toutes les poules dans de quoi les transporter, puis nous nous sommes assuré.es que les cages ne pourraient plus jamais être utilisées. Nous avons détruit chaque porte coulissante, détruit les plateaux de capture d’œufs, et stratégiquement retiré chaque pièce de métal qui rendait le rayonnage même un minimum utile. A la fin de notre travail, il ne reste aucune cage dans la ferme, juste un pathétique squelette de ce qui était autrefois la norme de millions de poules pondeuses.

Nous avons laissé quelques messages sur les murs, au cas où le propriétaire avait besoin de davantage d’indications, et disparu dans la nuit avec 30 poules qui auront besoin d’énormément d’amour avant de pouvoir pleinement vivre, mais qui, pour la première fois de leur vie, auront la possibilité de déployer entièrement leurs ailes. Elles vont pouvoir profiter de la lumière du soleil autant qu’elles le voudront jusqu’à la fin de leur vie, loin de toute exploitation et abus.

Ce ne sont pas vos œufs. Nique vos cages. Vous êtes une merde.

Pour Marius Mason, toujours dans une cage. Nous espérons qu’entendre parler de cette action réchauffera ton cœur.

Des anarchistes.

[une vidéo de l’action est disponible sur la revendication sur le site d’unoffensive animal]

une personne entièrement masquée sort une poule de sa cage

ANARCHIST BOOK FAIR BERLIN-KREUZBERG 2024, 5-8 SEPTEMBER AT NEWYORCK INBETHANIEN (Germany)

Publié le 2024-08-06 08:20:10

It is with great pleasure that we announce that an anarchist book fair will take place from 5 September to 8 September 2024 at NewYorck in Bethanien, Mariannenplatz 2 A, 10997 Berlin-Kreuzberg.

The book fair should not only serve to give anarchist books, ergo anarchist ideas, more space. Above all, we want to intensify debates that must lead to practical action. Books and all written products are important vehicles that can connect us all – yet books themselves are nothing, it is the content they carry that is useful – it is the practice that forms a real movement.

This is why the book fair will be focussing on content:

The stance on war (in Ukraine and elsewhere)

The discussion of the issues of nationalism-nation-people-state, which cannot be separated from each other.

The dissemination of anarchist and revolutionary ideas via books, propaganda, practice, etc.

The focus of the book fair will be questions about war in general and specific wars, both current and historical, and why this is inherent in the capitalist state-nation – and why our relationship to it can only be one of irreconcilable enmity. What does it mean for the anarchist movement when people who call themselves anarchists take part in intra-bourgeois wars? What options do we have for taking revolutionary action in wars? And there are certainly a thousand other questions that have played and continue to play a role in this context.

The character of the book fair should be international and internationalist, because the relationship between anarchists and all revolutionaries must be strengthened.

If you would like to organise an information table or initiate a discussion, please get in touch: abmb@riseup.net

Further information: anarchistischebuechermesse.noblogs.org

AGITATION! INSURRECTION! ANARCHY!

Mexico (Mexique) : «Nous avons décidé d’agir face à la dévastation capitaliste»

Publié le 2024-08-07 04:30:08

Traduit de l’espagnol La Zarzamora, 4 août 2024

Dimanche 4 août 2024, nous avons fait exploser une bombe composée de dynamite, de poudre noire et de gaz butane contre les installations de la dite « Tour du bien-être » à Mexico [gratte-ciel qui est le siège du ministère de la Protection sociale]. Nous avons décidé d’agir face à la dévastation capitaliste qu’on nous impose. Nous ne céderons pas. Ils ne peuvent nous offrir aucune « aumône », parce que nous continuerons à agir. Jusqu’au bout.

Nous ne voulons pas de leur déprédation civilisatrice, nous voulons être sauvages, nous unir à la nature. Et nous sommes la nature qui se défend, et …. nous ne nous arrêterons pas. Ni nous ni nos filles ne seront leurs servantes, leurs cuisinières, leurs objets de viol. Nous préférons lutter, lutter jusqu’à leur fin ou la nôtre. Nous n’avons pas peur d’eux.

Leur ordre prédateur ne s’imposera pas. La « candidate » mexicaine * n’offre que plus de prédation, et nous la combattrons.

Coordination informelle
de femmes anarchistes
contre la prédation
civilisationnelle

Nous réunissons la Coordinadora de mujeres anarquistas para la defensa de nuestro cuerpo-territorio (sud) et le Comando Feminista Informal de Acción Antiautoritaria (centro-sur). Nous sommes maintenant ensemble contre leur « civilisation » prédatrice. Au Nord, au centre et au sud du Mexique.

Liberté pour les prisonniers anarchistes !
Liberté pour Mónica Caballero !
Liberté pour Francisco Solar !
Liberté pour Alfredo Cospito !
Nous ne nous reposerons pas tant que la dernière cage ne sera pas tombée !

* Ndt : en juin 2024, Claudia Sheinbaum, la candidate de gôche à la présidence de la République du Mexique a été élue. Elle prendra ses fonctions en octobre.

[Belgique] Une évasion au centre fermé 127bis !

Publié le 2024-08-07 10:30:04

Extrait de Getting The Voice Out, initialement publié le 04/08/2024.

Il arrive de temps en temps qu’une bonne nouvelle nous parvienne. Ce 31 juillet, un jeune homme a réussi à escalader les grilles et à s’enfuir. Nous lui souhaitons bon vent !

Une semaine auparavant, il semble qu’il y avait eu une tentative d’évasion.

Un détenu soulève l’hypothèse que le tabassage ayant eu lieu suite au repas de midi avait possiblement pour fonction de détourner l’attention de l’évasion réussie. Faire régner la terreur plutôt que cultiver l’espoir…

Pour la libération immédiate de toutes les personnes détenues !

#ÀBasLesCentresFermés

#LibertéPourToustes

Le chiffre du jour : plus de 700

Publié le 2024-08-08 20:45:22

Parmi l’ensemble des mesures policières mises en œuvre à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris, il en est une qui fait beaucoup moins de bruit, sur laquelle un article publié dès mars 2024 (Au programme des JO : perquisitions administratives et assignations à résidence…) revenait déjà : les « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance » (Micas).

Les MICAs, c’est quoi cette merde ?

Ce dispositif administratif des Micas est directement issu de l’état d’urgence de 2015, qui a été pérennisé en 2017 par la loi dite « sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme » (Silt). Il se base sur le soupçon étatique qu’un « comportement » particulier « constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre public », ou que cette personne « adhère à des thèses incitant à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes ». Avec pour conséquence la délivrance d’une Mica, soit une assignation à résidence allant jusqu’à trois mois (renouvelable), ainsi que des perquisitions administratives et une obligation de pointage quotidien au comico, le tout sur la simple base de notes blanches des services de renseignement. Des mesures directement prononcées par le ministère de l’Intérieur à l’encontre de la personne concernée avec application immédiate (puis susceptibles d’un recours devant le tribunal administratif).

Le 17 juillet dernier, à une dizaine de jours de l’ouverture des Jeux Olympiques, le ministre de l’Intérieur sortait un premier chiffre de 155 Micas promulguées par ses services afin de « maintenir à distance » des J.O. (cérémonie d’ouverture ou passage de la flamme) des personnes « considérées comme très dangereuses ou pouvant potentiellement passer à l’acte ». Ce qui faisait déjà le plus grand nombre de Micas distribuées par l’Etat depuis l’état d’urgence de 2015, avec cette précision du ministère donnée à des journaflics : « les personnes suivies [sont] toutes proches des mouvances d’extrême droite, d’extrême gauche et islamistes » (L’Express, 24/7). Un nombre de 155 qui, on s’en doute allait être amené à augmenter considérablement au fil des jours.

Les divers prétextes utilisés par les services de renseignement

Au détail et selon ce qui est sorti publiquement, les éléments utilisés dans le grand fourre-tout olympique pour justifier cette vague de Micas, a pu être de vieilles condamnations (jusqu’à une dizaine d’années en arrière, pour « terrorisme » mais pas exclusivement). Et lorsque les individus avaient un casier vierge, ont plutôt été utilisés leurs vidéos et posts publiés/relayés ces derniers mois sur les réseaux sociaux (qualifiés au choix par les services de renseignement de « menace d’une particulière gravité » ou « d’apologie du terrorisme »), ou le fait d‘avoir été lié à une association aujourd’hui dissoute par l’Etat, ou encore en utilisant tout ce qui peut traîner dans un fichier policier (comme avoir été entendu comme témoin dans une affaire sensible, ou suite à une altercation de voisinage classée sans suite), et bien entendu le fait d’avoir de mauvaises fréquentations (par exemple s’être liée d’amitié en prison avec une codétenue incarcérée pour « terrorisme », ou avoir en sa possession le numéro de téléphone d’une personne, sans pour autant lui avoir parlé, qui elle-même est soupçonnée d’être « liée à des affaires de terrorisme ».)

A ce jour, seules huit contestations devant le tribunal administratif ont abouti à l’annulation d’une Mica olympique, sachant que les délais impartis pour un recours sont brefs, et que les tribunaux prennent à l’inverse leur temps pour rendre une décision, histoire que les assigné.es à résidence le restent au moins le temps des J.O. En général, ces assignations administratives olympiques ont été prononcées dans la commune où réside la personne, avec un pointage matinal quotidien au commissariat. Certaines ont reçu une assignation de la durée maximum de trois mois, et d’autres uniquement de la durée des Jeux Olympiques. De plus, la plupart ont été perquisitionnées (ce qui se nomme « visite domiciliaire » dans ce cas).

Les premières condamnations pour non-respect des MICAs

Concernant les condamnations pour qui n’a pas respecté les Micas olympiques, à propos desquelles les infos sont chiches, voici quelques exemples récents :

* un homme a été condamné le 26 juillet par le tribunal correctionnel de Cahors pour avoir violé à deux reprises la MICA prise à son encontre par le ministère de l’Intérieur. La première fois il a été signalé par les flics en train de boire un coup à la terrasse d’un café, et la seconde dans les rues d’une grande ville voisine où il se rendait pour raison médicale (à chaque fois en dehors du périmètre assigné). Le procureur a requis 5 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, et les juges lui ont filé 5 mois ferme avec bracelet électronique (Détention à Domicile sous Surveillance Électronique, DDSE).
* un homme auquel une MICA avait été signifiée le 11 mai dernier pour 91 jours, en vue des Jeux Olympiques, s’est tapé un contrôle d’identité le 3 juin en dehors de Montpellier où il était assigné à résidence, alors qu’il était en train de pêcher avec des amis à quelques kilomètres de là. Immédiatement placé en détention préventive, il est passé au tribunal le 19 juin : le procureur a requis 2 ans de prison ferme, et les juges lui ont filé 6 mois de prison ferme avec maintien en détention.
* un homme qui ne découvre qu’à l’aéroport qu’il fait l’objet d’une MICA parce qu’elle a été formulée à une ancienne adresse, se rend le jour même chez son avocat en dehors du périmètre d’assignation, et est arrêté en pleine rue devant chez ce dernier. Puis, pour avoir mordu sur la limite entre deux grands départements (Paris et le Val-de-Marne) en allant faire ses courses, alors qu’il était assigné dans l’un d’eux, il écope de 3 mois avec sursis. Finalement, c’est l’un des rares qui a réussi a faire annuler une Mica olympique, le 30 juillet dernier devant le tribunal administratif de Paris.

Au total, selon un bilan officiel sorti le 2 août à la fin de la première semaine des J.O. par le ministre de l’Intérieur, lors d’un déplacement au comico de Saint-Denis : il y a déjà « plus de 700 mesures administratives » (Micas) qui ont été prononcées en lien avec les Jeux Olympiques « depuis le début de l’année », et qui ont été suivies de « centaines de visites domiciliaires »

[Synthèse de la presse nationale, 8 août 2024]

Tanzanie: des sociétés privées complices d’expulsions forcées de communautés masaïs

Publié le 2024-08-08 21:05:04

Tanzanie: des sociétés privées complices d’expulsions forcées de communautés masaïs

Depuis 2009, des entreprises privées se rendent complices des autorités tanzaniennes qui procèdent à l’expulsion forcée de communautés autochtones masaïs de leurs terres ancestrales à Loliondo.

Publié le 7 août 2024, le nouveau rapport d’Amnesty International, intitulé ‘Business as usual in bloodied land ?  The role of businesses in forced evictions in Loliondo, Tanzania’, révèle qu’Ortello Business Corporation (OBC), société privée qui propose des chasses aux trophées et est liée à la famille royale des Émirats arabes unis, est impliquée dans l’expulsion forcée des Masaïs : elle accompagne les forces de sécurité tanzaniennes et permet aux autorités d’installer des camps sur ses propriétés pendant toutes les expulsions. Au minimum, cela indique qu’OBC est au courant de l’implication des forces de sécurité dans ces opérations. Au maximum, que l’entreprise est non seulement au courant, mais facilite également la participation des forces de sécurité.

D’autres entreprises touristiques, comme TAASA Lodge et &BEYOND, ont aussi des activités dans la région d’où les Masaïs sont expulsés.

« Depuis 2009, les autorités tanzaniennes ont recours à des mauvais traitements, à une force excessive, à des arrestations et détentions arbitraires dans le but d’expulser les Masaïs, tout en louant leurs terres à des entreprises privées. Fait des plus inquiétants, elles procèdent à ces expulsions en invoquant la nécessité de « conservation », alors qu’en réalité, elles laissent OBC se livrer à des activités de chasse au trophée abusives ou illégales, en violation flagrante des lois tanzaniennes sur la préservation de la vie sauvage », a déclaré Tigere Chagutah, directeur du programme Afrique de l’Est et Afrique australe à Amnesty International. 

« Les autorités tanzaniennes doivent mener une enquête rapide, impartiale, indépendante, efficace et transparente sur la complicité des entreprises dans les expulsions forcées des communautés masaïs à Loliondo, en vue de traduire en justice dans le cadre de procès équitables les responsables présumés de ces violations des droits humains. Elles doivent aussi enquêter sur les crimes signalés qui détruisent la vie sauvage, imputables aux sociétés proposant des chasses aux trophées dans la région. Les victimes doivent avoir accès à la justice et à des recours utiles. »

Amnesty International a effectué des recherches sur les expulsions forcées des communautés indigènes masaïs à Loliondo entre juin 2022 et mai 2024, en s’attachant tout particulièrement au rôle des entreprises proposant des activités sur les terres ancestrales qui appartiennent aux Masaïs et dont ils se servent. En avril 2024, elle a effectué une mission d’enquête dans la région d’Arusha et a interrogé neuf personnes, dont cinq employé·e·s (un actuel et quatre anciens) d’entreprises privées actives à Loliondo, qui habitent tous à Loliondo, et un·e avocat·e. Ils étaient tous au courant des opérations internes des entreprises et étaient parfois impliqués dans des conversations au sujet de leurs projets et de la mise en œuvre de ces derniers.

Le Laboratoire de preuves d’Amnesty International a examiné 23 images et sept vidéos, mené une enquête à partir d’informations disponibles en libre accès et analysé les récents changements des emplacements des entreprises opérant à Loliondo, visibles sur des images satellites.

Son rapport s’appuie également sur l’analyse d’articles parus dans les médias, de documents officiels, de lois pertinentes, d’éléments divulgués par les entreprises et d’études scientifiques. Avec l’aide de militant·e·s en Tanzanie, Amnesty International a également pu obtenir des informations sur la constitution des entreprises faisant l’objet d’une enquête.

Contestations muselées et expulsions forcées

Le 10 juin 2022, les forces de sécurité tanzaniennes ont fait un usage illégal de la force – y compris meurtrière – pour réprimer les manifestations pacifiques des Masaïs du village d’Ololosokwan, à Loliondo. Elles ont utilisé de manière injustifiée des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestant·e·s, portant ainsi atteinte au droit de réunion pacifique. Les manifestant·e·s s’étaient rassemblés pour résister à un exercice de démarcation par les forces de sécurité, qui tentaient de les déplacer de leurs terres ancestrales au nom de la « conservation ». Plus de 40 personnes ont été blessées, d’autres se sont retrouvées sans abri et beaucoup ont été forcées de fuir le pays. Ceux qui se sont réfugiés au Kenya avec leurs proches et leurs amis n’avaient plus de moyen de gagner leur vie. Ce quatrième épisode d’expulsions de Masaïs de leurs terres a fait suite à ceux de 2009, 2013 et 2017.

Selon des Masaïs des villages de Loliondo touchés par les expulsions forcées et selon les employé·e·s d’OBC interrogés, la société a participé à toutes les expulsions forcées à Loliondo. Ils ont indiqué que des représentants d’OBC qu’ils connaissent et des véhicules avec le sigle OBC étaient présents sur les lieux. Lors de chaque expulsion, les forces de sécurité tanzaniennes ont installé un camp sur des propriétés appartenant à OBC et se déplaçaient dans les villages en étant escortées par le personnel et les véhicules d’OBC.

Le 12 juillet 2024, Amnesty International a adressé des courriers à &BEYOND, OBC et TAASA Lodge au sujet des allégations et des conclusions exposées dans le rapport, pour leur offrir la possibilité de répondre. Only &BEYOND et TAASA Lodge ont répondu.

Voici un extrait de la réponse de &BEYOND : « …les terres en question, bien que contestées, ne sont plus sous le contrôle du conseil du village d’Ololosokwan, mais de l’autorité de la Zone de conservation de Ngorongoro ( » les bailleurs « ). » &BEYOND a en outre mentionné qu’elle « ne peut pas divulguer les conditions de [son] contrat de location avec les bailleurs ». L’entreprise a aussi reconnu le litige en cours au sujet des terres en question et assuré qu’en tant que locataire, elle n’a aucune influence sur les bailleurs et ne peut qu’attendre la décision de la cour avant de déterminer sa position sur la question des terres. Quant à TAASA Lodge, elle a déclaré n’avoir « jamais été consultée au sujet des actions planifiées avant et au moment des expulsions, et demeure engagée auprès de [son] personnel et de ses communautés, et attachée au respect de l’état de droit. »

Cinq employé·e·s d’OBC – quatre anciens et un actuel – ont déclaré qu’ils travaillaient au sein de l’entreprise lorsque des membres de la famille royale des Émirats arabes unis en partie détenteurs d’OBC se sont rendus dans le pays pour chasser et participer à d’autres activités touristiques, entre 1996 et 2016. En juin 2024, le commissaire régional d’Arusha a accompagné l’émir Mohammed bin Rashid Al Maktoum, Premier ministre des Émirats arabes unis, qui inspectait des projets hydrauliques à Loliondo.

« Il est très préoccupant que le rôle d’Ortello Business Corporation (OBC) dans les expulsions ait probablement contribué aux préjudices causés par les forces de sécurité tanzaniennes. Il semble que cette société était au courant de l’implication des forces de sécurité de l’État dans les expulsions forcées, et qu’elle les a activement facilitées, a déclaré Tigere Chagutah.

« Bien qu’elles ne soient pas citées dans les témoignages directs, TAASA Lodge et &BEYOND Klein’s Camp doivent faire preuve de diligence raisonnable afin de déterminer si leurs activités ont des impacts négatifs sur les droits humains ou causent des dommages environnementaux. Les entreprises à Loliondo doivent s’engager à respecter les droits du peuple autochtone Masaï dans le cadre de leurs activités et à fournir des recours appropriés si elles causent des préjudices à la communauté ou y contribuent.

« L’État doit revenir sur sa décision d’acquérir des terres à Loliondo et veiller à ce qu’aucune acquisition de terres ni aucune expulsion n’ait lieu sans que le peuple masaï ne donne son consentement préalable, libre et éclairé, à la faveur d’un véritable processus de consultation. »

Complément d’information:

Cette recherche s’appuie sur les précédentes enquêtes d’Amnesty International quant aux expulsions forcées menées par les autorités tanzaniennes et visant le peuple autochtone Masaï à Loliondo.

tanzanie_20240807_rapport.pdf

[Publié le 6 août 2024 sur le site d’Amnesty International.]

Des nouvelles policières de l’enquête sur les sabotages contre les J.O.

Publié le 2024-08-09 06:55:09

[Chacun sait que les grandes agences de presse internationales sont liées aux Etats, et notamment à leurs services de renseignement. Et Reuters, fondée en 1851 à Londres puis redevenue un des géants du marché depuis son rachat par le groupe canadien Thomson en 2007, n’échappe pas à la règle. Forte de cette position, elle a sorti hier une longue dépêche « exclusive » qui lève un petit coin de voile sur l’enquête à propos des sabotages qui ont frappé l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Titrée « Exclusive: France seeks FBI help in probe of high-speed train sabotage hours before Olympics », nous avons pensé que ce document de Reuters puisé aux sources nord-américaines pourrait intéresser des lecteurs curieux. En voici la traduction de l’anglais à titre d’information, puisqu’elle n’avait pas réussi à franchir les vagues de l’océan Atlantique jusque là (les liens sont de nous).]

Exclusif : La France demande l’aide du FBI pour enquêter sur le sabotage des trains à grande vitesse quelques heures avant les Jeux Olympiques

PARIS, Aug 7 (Reuters) – La police française, qui enquête sur le sabotage de lignes ferroviaires à grande vitesse quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, a demandé l’aide du FBI américain, ont déclaré deux sources ayant une connaissance directe de l’enquête française.

Les enquêteurs ont fait appel au FBI après que des médias, dont Reuters, ont reçu un email que la police pense avoir été envoyé par les auteurs. Cet email contenait une liste décousue de griefs, mais ne revendiquait pas explicitement la responsabilité de l’attaque.
Le mail, signé par « une délégation inattendue », a été envoyé à partir d’une adresse riseup.net, un collectif basé à Seattle qui dit fournir « la communication et des ressources informatiques aux alliéEs engagéEs dans les luttes contre le capitalisme et les autres formes d’oppression ».

Les saboteurs ont utilisé des engins incendiaires sur quatre lignes de TGV se dirigeant vers Paris, provoquant un chaos dans les transports quelques heures avant qu’un public mondial ne suive le défilé des athlètes olympiques le long de la Seine, le 26 juillet.
Aucune arrestation n’a eu lieu. Les autorités françaises soupçonnent des groupes d’extrême gauche nationaux, mais n’excluent pas une implication étrangère.
Comme riseup.net est basé aux États-Unis, la police française a demandé au FBI de pousser cette organisation à identifier le titulaire du compte de messagerie, ont déclaré les deux sources à Reuters.
Le FBI s’est refusé à tout commentaire.
Riseup n’a pas répondu à une demande de commentaire par email.
Le FBI devrait assigner Riseup à livrer les détails, mais il est peu probable que Riseup s’exécute.

« Nous nous battrons activement avec n’importe quelle tentative pour citer ou pour acquérir autrement n’importe quelles informations ou registres d’activité sur les utilisateurs », peut-on lire sur son site web. « Nous ne partageons aucune des données de nos utilisatrices et utilisateurs, avec personne. »
Dans une interview accordée en 2020 au groupe anarchiste biélorusse Pramen, Riseup a déclaré qu’il n’avait jamais répondu à une demande juridique étrangère.
« Nous recevons régulièrement des demandes juridiques du monde entier. Nous ne sommes pas tenus d’y répondre, et notre politique est donc de ne pas le faire. »
Toutefois, le FBI a déjà délivré des mandats à Riseup.
En 2012, des agents du FBI ont saisi un serveur utilisé par Riseup dans le cadre d’une enquête sur des alertes à la bombe. En 2017, Riseup s’est plié à contrecœur à deux mandats du FBI visant à obtenir l’identité de comptes impliqués dans des actes d’extorsion.

Les auteurs de l’email se sont insurgés contre les secteurs français de l’armement, de l’énergie et du nucléaire, et ont critiqué un réseau de TGV qui ne profiterait qu’à « quelques privilégiés ». Ils ont déclaré que l’impact des attaques – « gâcher les voyages des touristes ou perturber les départs en vacances » – était minime par rapport à l’héritage d’un système de transport qui a « toujours été un moyen de colonisation de nouveaux territoires ».

Des empreintes digitales étrangères ?

Les deux sources ont déclaré que les enquêteurs français n’avaient pas encore trouvé de preuves solides d’une implication étrangère.
Une source a déclaré que la police cherchait un lien possible avec un piratage du système ferroviaire polonais en 2023, que les services de renseignement polonais pensaient initialement avoir été effectué par la Russie.
En décembre, un tribunal polonais a condamné 14 citoyens ukrainiens, biélorusses et russes pour espionnage au profit de la Russie. Les agents surveillaient les transports ferroviaires d’armes à destination de l’Ukraine via la Pologne et prévoyaient de les perturber.
La France a accusé la Russie de mener une campagne de désinformation concertée pour semer le chaos à l’approche des Jeux olympiques, qui en sont à leur deuxième semaine. La police française a arrêté en juillet un Russe soupçonné de vouloir déstabiliser les Jeux olympiques.
Le ministère russe des affaires étrangères n’a pas répondu à une demande de commentaire formulée après ce sabotage.

La police n’a pas encore établi de lien avec un sabotage similaire du réseau de télécommunications français deux jours après les attaques contre le TGV, ont indiqué les sources. Bien qu’il s’agisse dans les deux cas d’engins incendiaires, une source a déclaré que les matières explosives utilisées étaient différentes.

L’une des pistes d’enquête concerne le matériel explosif retrouvé sur une ligne de TGV près de Marseille le 8 mai, le jour même de l’arrivée de la flamme olympique dans la ville. Le matériel explosif était presque identique à celui utilisé lors des attaques du 26 juillet, a indiqué la source.
Le parquet d’Aix-en-Provence a confirmé l’ouverture d’une enquête, mais n’a pas souhaité faire d’autres commentaires.

La police française enquête [aussi] sur d’anciens employés de l’opérateur ferroviaire public SNCF, ainsi que sur des sous-traitants, mais l’une des sources a déclaré qu’une grande partie des connaissances nécessaires pour entreprendre le sabotage du TGV peut facilement être trouvée en ligne.

La police française est également en discussion avec ses homologues italiens, allemands et espagnols, car les attaques pourraient avoir été coordonnées avec des groupes anarchistes de l’étranger, a ajouté la source.
Les cellules d’extrême gauche et anarchistes s’opposent typiquement à l’État et au capitalisme et intègrent de plus en plus les préoccupations environnementales dans leur idéologie, selon les responsables français.
Elles sont difficiles à pénétrer, d’après les deux sources.
Leurs membres vivent souvent hors-réseau [off-grid] et sont paranoïaques à l’égard des gens de l’extérieur. Ils évitent les canaux de communication traditionnels et pratiquent une hygiène numérique irréprochable. Comme leurs attaques sont généralement non létales, elles sont moins prioritaires pour les services de sécurité qui se concentrent principalement sur les militants islamistes meurtriers.

Conquereuil et Guémené-Penfao (Loire-Atlantique) : Des tags contre l’expansion de la carrière

Publié le 2024-08-09 07:06:04

France Bleu / jeudi 8 aoüt 2024

Le projet de carrière de Tahun continue de déchaîner les passions à Guémené-Penfao et Conquereuil. Plusieurs tags ont été découverts ce jeudi. Ils dénoncent ce projet, mais visent également la maire de Guémené-Penfao. Une enquête a été ouverte et confiée à la gendarmerie de Blain.

[…] Des inscriptions qui visent le projet de carrière de Tahun à Guémené-Penfao, là où d’autres inscriptions ont été découvertes. Une enquête a été ouverte et confiée à la gendarmerie de Blain.

C’est un renouvellement de la carrière qui cristallise les tensions dans les communes voisines. Ce n’est pas la première fois que des dégradations ont lieu, il y a même déjà eu de la casse. Ce jeudi, des inscriptions visent de manière nominative la maire de Guémené-Penfao. […]

Des tags de couleurs différentes ont été découverts dans le village de Conquereuil, et ce qui surprend cette fois, c’est le nombre, près de dix. Mais aussi les lieux, en plein dans le bourg, sur des maisons et des bâtiments publics, dont la mairie. Dès le matin, les gendarmes étaient sur place pour constater l’ampleur des dégradations et effectuer les premiers relevés.

[USA / Sacramento] 2e Anarchist Bookfair

Publié le 2024-08-09 16:30:16
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We ♥ Books and Anarchy ! 📚🏴
RDV de 10h à 19h, le 7 septembre au Washington Neighborhood Center ✨
Contact : sacabf@@@proton.me



Réflexions scélérates – Déclaration de Gino Vatteroni dans le cadre du procès contre le journal anarchiste Bezmotivny

Publié le 2024-08-09 22:20:16

Indymedia Nantes / vendredi 9 août 2024

Note d’Attaque : Ce texte a été écrit par le compagnon Gino Vatteroni et déposé lors de l’audience du 24 mai du premier tronçon du procès qui fait suite à l’opération répressive Scripta Scelera, du 8 août 2023, contre le bimensuel anarchiste internationaliste Bezmotivny.

 

Prologue méthodologique : un récit basé sur des corrélations fallacieuses

Avec l’arrivée des ordinateurs et depuis l’implantation du « phénomène big data », s’est progressivement développée une technique de recherche et d’enquête qui, peu à peu, a relégué au second plan le concept de théorie et de méthodologie scientifique. Avec l’émergence des big data, nombreux sont ceux qui ont essayé de parler de end of the theory, en affirmant l’objectivité de la donnée en soi et alimentant cette rhétorique suivant laquelle correlation is enough, c’est-à-dire « la corrélation est suffisante ».

Un des auteurs qui s’est le plus exposé dans ce sens est sans doute Chris Anderson, physicien et journaliste scientifique qui, dans un article publié en 2018 dans Wired, intitulé The End of Theory : The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete (La fin de la theorie : le déluge de données rend la méthode scientifique obsolète), a défendu que la disponibilité d’énormes quantités de données, combinée à des techniques statistico-mathématiques spécifiques, est en mesure de supplanter tout autre instrument analytique en rendant, de fait, la méthode scientifique obsolète. À la base des convictions de Anderson, glissant dangereusement d’un positivisme scientifique déjà dépassé vers un fidéisme technologique inconditionnel, qui a pris le nom de datisme, il y a l’idée que la notion de corrélation remplace celle de causalité, permettant à la science de progresser sans qu’il ne lui soit nécessaire de se confronter à des modèles cohérents, à des théories unifiantes ou à des expositions logiques.

En termes d’approche, la proposition à la base de la méthode scientifique prévoit historiquement la construction d’un modèle théorique, qui n’est rien de plus qu’une hypothèse (ou une série d’hypothèses) à vérifier. Le modèle est ensuite testé à travers une série d’expériences qui, en fonction de leur issue, corroborent ou invalident les hypothèses de départ, déterminant ainsi la cohérence du modèle même, aussi bien prise isolément que sur le plan de la cohérence avec les évidences empiriques qui émergent dans le monde réel. Le modèle théorique qui émerge dans sa formulation (plus ou moins) définitif au terme du processus de validation est, de fait, un système (complexe) que les chercheurs imaginent pour interpréter les rapports existants entre tous les éléments qui le composent : en d’autres mots, c’est une simplification que les scientifiques proposent comme schéma de référence pour analyser les comportements des variables sous observation et produire des statements, des considérations, qui en déterminent l’impact sur le système.

Depuis Descartes, la science a travaillé pendant des siècles en suivant cette ligne directrice. S’il est vrai en effet que le débat sur la représentation de la réalité sous forme de données a été nourri par le mythe « leibniziano-cartésien » de la description mathématique des processus, ce débat a toujours été filtré par l’idée que la donnée est « chargée de théorie », c’est-à-dire l’expression tangible d’un phénomène, qu’il faut toutefois encadrer par les mécanismes de la logique déductive. C’est pour cette raison que le scientifique est habitué au fait que la notion de corrélation n’implique pas automatiquement celle de causalité, et il sait qu’il ne faut pas tirer de conclusions exclusivement sur la base d’une corrélation, car il est nécessaire de comprendre les dynamiques qui relient entre elles deux données.

À l’inverse, pour Anderson et pour les partisans du datisme, la donnée communiquerait déjà en soi une série de contenus, et leur corrélation serait donc suffisante pour donner vie à des modèles déterminés que la méthode scientifique obsolète n’est pas en mesure d’identifier. Mais, s’il est vrai d’un côté que les données sont capables de communiquer une série de contenus, d’un autre côté ces données sont cependant fortement influencées par la lecture que l’on en fait et – contextuellement – par le récit que l’on construit autour. De plus, privées d’un lien logique et de causalité précis et déterminés, ces corrélations de données finissent par créer un modèle substantiellement incohérent et non fiable. En effet, si l’on part de la définition la plus académique de la corrélation, à savoir la relation entre deux variables statistiques de sorte qu’à chaque valeur de la première variable correspond avec une certaine régularité et avec une approximation plus ou moins grande une valeur de la deuxième, il est assez simple d’imaginer les raisons pour lesquelles la corrélation à elle seule ne s’avère pas être une explication suffisamment solide pour éclaircir la nature de la relation qui relie deux phénomènes. De cette manière, ce qui au fond est fondamental, c’est le récit que l’on construit autour de telles simples corrélations de données, des corrélations substantiellement privées de liens logiques et causales cohérents et valides. Mais ce récit, tout en étant en apparence rationnel, se révèle intrinsèquement non fiable et absurde précisément parce qu’il est construit sur de telles corrélations simples et incohérentes.

Ceux qui s’y connaissent un peu en mathématique savent qu’existe la prétendue Théorie de Ramsey, que l’on doit au mathématicien, logicien, statisticien et économiste britannique Frank Plumpton Ramsey, qui concerne en substance la combinatoire finie, la manière suivant laquelle on peut distribuer les ensembles d’objets et les différentes questions associées à de telles distributions, qui comportent certains théorèmes démontrant clairement comment n’importe quelle corrélation de données peut être trouvée si une série de données suffisamment nombreuses est présente. C’est-à-dire qu’il existe des corrélations, prenant le nom de corrélations fallacieuses, dues uniquement au nombre de données et non pas à leur qualité, à la nature des données elles-mêmes. Un exemple classique de cela c’est la corrélation linéaire, dont le coefficient est égal à 0,993, entre deux variables comme la consommation de margarine aux États-Unis et le nombre de divorce dans le Maine de 2000 à 2009 (pour cet exemple et de nombreux autres semblables on peut consulter le site spurious correlations, créé par Tyler Vigen, à l’époque étudiant en droit de l’Université de Harvard, et aujourd’hui consultant auprès du Boston Consulting Group).

On pourrait dire la même chose en ce qui concerne les deux variables prises en considérations par les enquêteurs dans le procès en cours, comme les écrits publiés sur Bezmotivny au sujet d’une critique radicale du système techno-industriel, et les attaques contre les structures technologiques ayant eu lieu en Italie entre 2021 et 2023.

S’il existait un lien de causalité effectif et avéré entre chaque variables mentionnées ci-dessus, il suffirait donc de diminuer la consommation de margarine aux États-Unis pour que diminue en même temps le nombre de divorces dans le Maine, tout comme il suffirait d’empêcher la publication du journal en question afin d’éliminer totalement les attaques contre les structures technologiques en Italie. Et la confirmation du manque absolu de lien de causalité dans ces corrélations demeure précisément dans le fait incontestable qu’au cours de ces derniers mois, c’est-à-dire depuis que Bezmotivny a cessé de paraître, de tels attentats n’ont pas disparu et encore moins diminué. Un peu de bon sens suffit donc pour se rendre compte que ces corrélations rentrent dans la catégorie des corrélations fallacieuses.

En se basant sur ce type de corrélations, on peut même en arriver à examiner et à donner du crédit au fait qu’une donnée, un phénomène, qui devrait représenter une cause, a lieu ultérieurement à la donnée, au phénomène, qui devrait en être l’effet. Par exemple, dans sa demande de mesures préventives adressée au juge des libertés et de la détention en date du 3 mars 2023, le procureur met en lien un incendie contre une antenne-relais Vodafone et d’une antenne de Rai Way « ayant eu lieu à Gènes le 2 février 2021 » avec un article apparu dans le numéro 1, année 1, de Bezmotivny du 15 février 2021, duquel se seraient inspirés les auteurs de l’incendie pour rédiger leur revendication. Une action aurait donc été accomplie à l’instigation d’un écrit apparu après les faits ! Puissance des corrélations fallacieuses! Dans le paragraphe suivant, on comprend bien comment le récit est ensuite opportunément construit sur de telles corrélations sans le moindre lien logique. Afin de remédier à l’incohérence incontestable qu’une cause puisse suivre un effet, ce paragraphe débute par la formule « Il est bien possible que », introduisant ainsi une véritable conjecture sans la moindre validité car elle n’est pas démontrée, dans le but de rendre apparemment plausible et cohérent le récit basé sur une corrélation factuelle à laquelle manque l’hypothétique lien de causalité.

Toutes les corrélations établies entre les différents articles publiés dans divers numéros de Bezmotivny et les nombreuses actions ayant eu lieu à différents endroits d’Italie sont insensées, voire ridicule. Établies uniquement grâce au partage de mots spécifiques ou de slogans particuliers, par ailleurs assez communément utilisés dans le contexte d’opposition au système politico-économique, présents aussi bien dans les revendications des actions accomplies que dans les articles pris en considération. Une telle technique reflète pleinement la subordination fidéiste, si ce n’est malicieusement intéressée, des capacités logico-déductives humaines aux capacités automatiques des calculs de la soi-disant intelligence artificielle. Une machine opportunément programmée pondra en effet des centaines de corrélations entre deux catégories de données basées sur des mots ou des phrases spécifiques, sans que cela ne comporte aucun lien de causalité entre deux types d’éléments pris en considération. Seul le récit qui suivra, construit par les chercheurs autour de telles corrélations, se préoccupera de créer un lien de causalité apparent, en l’adaptant aux éléments.

En conclusion, dans le cas ici considéré, la quantité démesurée de données utilisée a pour principal objectif – à travers une liste répétitive et appuyée – de troubler et de détourner l’attention de l’absence totale de logique, de causalité et de démontrabilité relative des innombrables corrélations fallacieuses extrapolées à partir des données mêmes.

La diabolisation du dissensus politique

Le but principal du procès actuel est sans aucun doute la diabolisation de l’anarchisme. Et un tel objectif s’insère bien à l’intérieur de cette veine de marginalisation et de condamnation du dissensus politique mis en œuvre par n’importe quel ordre établi quelle que soit l’époque historique. En Italie, en particulier, cette diabolisation a des racines si profondes qu’elles remontent jusqu’au temps de l’unification, se propageant et se ramifiant avec continuité jusqu’à aujourd’hui, abstraction faite des différents agencements institutionnels pris par le pouvoir politique.

Une diabolisation du dissensus déclinée, d’une fois à l’autre, avec des comportements plus ou moins tolérants ou prononcés, principalement basés sur la plus ou moins grande proximité aussi bien spatiale que temporelle des idées et des conduites hétérodoxes choisies par les individus.

Parmi les innombrables exemples historiques pouvant être pris en considération, le cas de Giuseppe Mazzini est emblématique. Élevé au rang de père de la Patrie Italienne, aux côtés de figures comme Garibaldi, Cavour et Vittorio Emanuele II, au lendemain de sa mort, et toujours plus à partir des deux dernières décennies du 19e siècle, il fut en réalité toujours considéré et traité au cours de sa vie comme un dangereux terroriste par la monarchie de Savoie. En effet, Mazzini mourut à Pise le 10 mars 1872, sous le faux nom de Georgio Brown, car contraint à une longue cavale par les nombreuses condamnations (parmi lesquelles l’une prévoyait la peine de mort) dont l’affligeaient les différents tribunaux de ce même ordre monarchique qui par la suite se comportera, de nombreuses années après de tels événements, comme l’héritier idéal et politique de la pensée du génois, allant jusqu’à le commémorer solennellement, en septembre 1922, avec une série de timbres, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

En ce qui concerne l’anarchisme, l’attitude assumée vis-à-vis de lui par les différentes institutions politiques italiennes a toujours été une attitude de condamnation et de réprobation, justement parce que l’anarchisme a toujours représenté et exprimé, de tout temps et en tout lieu, ces instances de changement radical tant abhorré par n’importe quel ordre établi. Et pour réprimer et écraser toute idée de changement radical, il n’y a rien de mieux que la diabolisation de ceux qui sont les porteurs de telles idées, refusant de reconnaître la moindre valeur politique et sociale, et par conséquent moral, à la pensée et aux actions d’un tel individu ou groupe de personne. En fin de compte, il s’agit de l’indispensable construction de l’ennemi, qu’il soit intérieur ou extérieur, à jeter en pâture à l’opinion publique dans l’objectif de consolider ou d’élargir le consensus vis-à-vis du pouvoir établi.

Comment ne pas rappeler que le Code pénal de l’État monarchiste italien qualifiait de malfaiteurs tous ceux qui attentaient à l’administration de la justice, ou à la foi publique, ou à la sûreté publique, ou à la bonne coutume et à l’ordre des familles, ou contre la personne ou la propriété, donc niant intrinsèquement aux actes et aux actions inhérentes aux instances de changement toute valeur politique et sociale. Avec le Code pénal sarde de 1859 (avec l’art. 426), qui sera intégralement repris par le Code pénal du nouvel État unifié, et par la suite par le Code pénal Zanardelli (avec l’art. 248), introduit en 1890, toute action nuisant au changement du statu quo était ainsi explicitement assimilée à un acte de délinquance privé de connotations politiques et morales. Une telle assimilation a été maintenue inchangée jusqu’en 1930, quand sera mis en place le code fasciste qui dans l’art. 416 réglementera l’association de malfaiteurs, qui reprendra intégralement l’esprit et la structure des lois précédentes.

Esprit et structure qui sont également maintenus dans le Code pénal actuel, en parfaite continuité avec les systèmes institutionnels passés, selon lequel toute pensée ou action porteuses d’instances de changement politique et social sont réduites et assimilées à la délinquance, tout en faisant constamment et intrinsèquement l’éloge du concept opposé d’invariance et de permanence.

Il est d’ailleurs logique que pour continuer à se perpétuer, un pouvoir constitué entrave et opprime la moindre possibilité de changement. Autrefois on appelait cela la raison d’État, que l’on dissimule aujourd’hui hypocritement sous les vestiges du meilleur – sinon l’unique – monde possible. Une sorte de fin de l’histoire empruntée à la proposition historiographique provocatrice, développée en 1992 par le politologue états-unien Francis Fukuyama, d’après qui on aurait désormais atteint, suite à la chute du mur de Berlin, un point d’évolution humaine et sociale au-delà duquel il ne serait plus possible d’aller.

Voilà que, dans un tel contexte, le fait de considérer et de juger criminelle et délictueuse toute idée de changement radical du système politique, économique et social actuel semble donc presque quelque chose d’inéluctable.

Ce sont les idées de changement qui font peur à l’État, et qui doivent donc être combattues et réprimées avec fermeté. L’anarchisme étant inéluctablement voué au changement et au renversement de toute société fondée sur l’oppression et l’inégalité, il devient donc l’ennemi naturel de toute institution établie. Et tout est légitime contre un tel ennemi, y compris passer sur ces valeurs morales et civiques fondamentales qui sont prônées publiquement et codifiées dans les documents constitutionnels des États, mais qui en fin de compte restent perpétuellement lettre morte.

Dans l’affaire actuellement en examen, la liberté de pensée et de presse tant vantée et défendue par les prétendus cercles étatiques démocratiques – codifiée dans la constitution italienne par l’article 21 à travers l’incipit suivant : Tous ont le droit de manifester librement leur pensée par la parole, l’écrit et tout autre moyen de diffusion. La presse ne peut pas être sujette aux autorisations et à la censure – est superbement ignorée en faveur de la bien plus importante raison d’État. Par ailleurs, l’ordre démocratique peut aussi se permettre légalement de l’ignorer car l’article constitutionnel précédemment cité est de fait anesthésié par les diverses normes pénales et administratives qui prévoient, par exemple, que la publication de n’importe quel journal ou périodique doit être soumis à l’enregistrement auprès d’un tribunal, que pour un tel enregistrement n’importe quel journal ou périodique doit être pourvu d’un directeur responsable, qu’un tel directeur responsable doit nécessairement être inscrit à l’ordre des publicistes ou des journalistes professionnels, que pour pouvoir être inscrit à un tel ordre on doit nécessairement avoir exercé des collaborations journalistiques non occasionnelles et régulièrement rétribuées en faveur de quotidiens, de périodiques ou de différentes chaînes de radiotélévision et de sites en ligne au cours des deux années précédents la présentation de la demande. Et ils ont le courage d’appeler cet écheveau de limitations liberté de la presse !

D’ailleurs, quand on met en discussion la raison d’être d’une entité qui fonde son existence sur la force coercitive, cette dernière doit nécessairement se manifester et se déployer pleinement en défense de la conservation et de l’invariance de l’entité même. Mais pour se déployer pleinement et sans le moindre scrupule, la force coercitive de l’État démocratique a besoin d’argumentations au moins partiellement plausibles et partageables par l’opinion publique. Ces argumentations se basent souvent sur le renversement sémantique de termes et de concepts spécifiques, afin que la charge négative résultant du renversement de ces éléments retombe entièrement sur l’individu ou le groupe à réprimer. C’est le cas, par exemple, du concept représenté par le terme terrorisme.

Le renversement sémantique du concept de terrorisme

L’élaboration du concept de terrorisme s’est progressivement développée, surtout au cours des cinquante dernières années, sous des formes toujours plus évanescentes, toujours plus fumeuses, toujours plus éloignées de la signification objective de ce mot.

Le terme est forgé à partir de l’expérience du Régime de la Terreur, s’étant instauré dans la France de 1793, à coups de têtes guillotinées suivant les décisions du Comité de salut public, organe du gouvernement jacobin alors en charge. Les néologismes français terrorisme et terroriser, créés à partir du latin terror, commencent à circuler en Europe avec pour signification précise – dont témoignent encore les dictionnaires – l’« action du pouvoir politique d’inspirer la terreur auprès des citoyens, à travers la contrainte et l’usage illégitime, indiscriminé et imprévisible de la force ». Son origine trahit donc clairement le fait de se référer à une méthode de gouvernement, adoptée par un régime politique constitué, destinée à la répression du dissensus. Il est donc inhérent à l’État même.

Les années passant, un retournement sémantique a lieu avec le colonialisme européen. Les puissances européennes se servirent du stigmate lié à l’utilisation du terme terrorisme contre les populations asiatiques et africaines qui essayaient de se rebeller contre les politiques coloniales d’extermination et de prédation des ressources. Dans certains cas l’accusation de terrorisme ouvrit la voie à de véritables génocides, comme ce qui arriva en Namibie pour la population Herero trucidée par l’armée allemande. Le Général Lothar von Trotha, responsable du génocide, commis entre 1904 et 1907, écrivit : « Je considère que la nation des Héréros comme telle doit être annihilée ou, si ce n’est tactiquement pas faisable, expulsée hors du territoire par tous les moyens possibles. […] L’exercice de la violence fracassera le terrorisme et, même avec effroi, cela fut et demeure ma politique. Je détruis les tribus africaines par une coulée de sang et d’argent. Ce n’est qu’une fois ce nettoyage accompli que quelque chose de nouveau pourra émerger, qui restera ».

Un sort analogue tomba sur les Mau Mau du Kenya, massacrés par les Anglais au cours des années cinquante du siècle dernier. Sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, il devint possible dans ce cas aussi de légitimer des méthodes terroristes comme les camps de concentration et l’usage systématique de l’électrochoc.

Par ailleurs, le colonialisme italien en a fait tout autant en matière de camps de concentration, viols de masse et gaz neurotoxiques en Afrique comme dans les Balkans. À ce propos, nous pouvons signaler en passant le procès du Tribunal Spécial pour la défense de l’État qui s’est tenu en 1940 contre 60 Slovènes. Ceux-ci étaient accusés d’un délit associatif avec finalité terroriste en tant que participants « à des associations visant à commettre des attentats contre l’intégrité et l’unité de l’État ».

Les années passant, donc, les différents États européens réalisèrent un retournement sémantique progressif du concept de terrorisme, qui de méthode de gouvernement utilisé contre les gouvernés s’est transformé en méthode de lutte adoptée par les gouvernés eux-mêmes contre les institutions et ses fonctionnaires. On trouve un exemple emblématique dans la définition adoptée par la Convention pour la prévention et la répression du terrorisme, élaborée à Genève en 1937, selon laquelle sont terroristes « les faits criminels dirigés contre un État et dont les fins ou la nature visent à provoquer la terreur auprès de certaines personnalités, groupes de personnes ou dans le public ».

Entre la terreur généralisée de la population, sous-jacente à la notion primordiale de terrorisme, et la frayeur de certaines personnalités il y a évidemment un abîme, pourtant d’après cette définition la terreur de certaines personnalités et celle du public sont considérées comme équivalentes. Le terrorisme est d’ailleurs défini comme un crime dirigé contre un État et non contre la population. Quelles sont ensuite les personnalités protégées par la Convention apparaît clairement dans le n.1 de l’article 2 : les chefs d’État et leurs conjoints, ainsi que les fonctionnaires publics.

Malgré cela, la conception originaire du terme terrorisme parvenait néanmoins à conserver parfois une certaine persistance, sans doute en raison de la succession de certains événements et processus historiques, comme le phénomène de la décolonisation s’étant déroulé en Afrique au cours des années soixante du XXe siècle, si bien que dans une résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU du 18 décembre 1972 il était réaffirmé solennellement « la légitimité des mouvements de libération nationale », condamnant « les actes de terrorisme étatique, accomplis par les régimes coloniaux, racistes et étrangers ». Et le Comité spécial pour le terrorisme international, constitué avec la résolution susmentionnée, affirmait ensuite que « le terrorisme individuel est l’effet de celui étatique, constituant une réponse violente de la population civile à la politique d’oppression étatique ».

Dans les pays d’Europe Occidentale, et en Italie en particulier, c’est au cours des années soixante-dix et quatre-vingt que s’accomplira le retournement sémantique définitif et décisif du concept de terrorisme, dans l’objectif de contrer, de la part de l’ordre étatique, l’insurgence politique et sociale interne s’étant développée à cette même période. À partir de cette date, sera qualifié de terroriste toujours et uniquement ceux qui mènent une activité visant à un changement radical de l’ordre établi, c’est-à-dire qui tend à la subversion de l’État.

Par la suite, c’est la résolution du Parlement européen du 30 janvier 1997 qui adoptera officiellement une définition du terrorisme en phase avec ce retournement sémantique. Ces représentants des gouvernements occidentaux, se sentant au fond autorisés par l’effondrement de l’Union Soviétique à théoriser la fin des idéologies non capitalistes et par conséquent l’épuisement de la possibilité et légitimité d’une quelconque perspective révolutionnaire de changement, affirmaient dans cette résolution que « tout acte commis par des individus ou des groupes recourant à la violence ou menaçant d’utiliser la violence contre un pays, ses institutions, sa population en général ou des individus concrets, qui, motivé par des aspirations séparatistes, par des conceptions idéologiques extrémistes ou par le fanatisme religieux, ou inspiré par des mobiles irrationnels et subjectifs vise à soumettre les pouvoirs publics, certains individus ou groupes de la société, ou, d’une façon générale, la population, à un climat de terreur ». En dernière analyse, dans cette résolution, grâce à un mélange intentionnel d’éléments originaires et actuels de la notion de terrorisme, la tranquillité préservée est uniquement celle des pouvoirs publics.

En outre, compte tenu du caractère indéterminé des actes concrets considérés comme terroristes, c’est le motif idéologique qui devient fondamental. Ce n’est pas un hasard si la liste des motivations terroristes suit un ordre croissant de psychologisation : aspirations séparatistes, conceptions idéologiques extrémistes, fanatisme religieux, mobiles irrationnels et subjectifs.

Dans un crescendo exponentiel, au lendemain de l’attentat des Tours Jumelles de New York, le 11 septembre 2001, l’Union Européenne a ressenti l’exigence d’élaborer une discipline sur le terrorisme imposant des obligations supplémentaires aux États membres. C’est ainsi que fut adoptée la décision-cadre 2002/475/GAI (Conseil Justice et Affaires Internes de l’U.E.) suivant laquelle sont terroristes ces actes intentionnels « […]définis comme infractions par le droit national, qui, par leur nature ou leur contexte, peuvent porter gravement atteinte à un pays ou à une organisation internationale lorsque l’auteur les commet dans le but de gravement intimider une population ou contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque ou gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d’un pays ou une organisation internationale ». Cette décision-cadre sera incluse, et même aggravée dans sa portée répressive, dans le Code pénal italien avec l’introduction, en 2005, aux lendemains des attentats dans le métro de Londres, de l’art. 270 sexies. Cette définition s’oriente, elle aussi, vers la préservation essentielle des pouvoirs publics. Cependant, ceux-ci sont pour la première fois préservés non seulement d’un potentiel renversement révolutionnaire, mais carrément de potentielles influences et controverses temporaires sur des questions spécifiques. En dernières analyses, un litige syndical, une grève, pourrait aussi être considéré comme un acte terroriste contre l’ordre établi.

On peut conclure ce bref examen historique en affirmant que le droit international, dévaluant progressivement l’élément de la terreur, a aujourd’hui deux poids et deux mesures pour le terrorisme non étatique et pour celui étatique. Dans le premier cas, on peut même être considérés comme des terroristes abstraction faite de l’élément de terreur, car ce qui est mis en avant c’est la finalité de déstabilisation du système politique étatique ou d’opposition à une décision particulière. Dans le second cas, la terreur semée manu militari dans la population, par exemple grâce à un bombardement aérien d’une ville, ne suffit pas pour qualifier un État comme terroriste, car il faut démontrer qu’un tel état de terreur est le motif principal de l’action militaire, et non pas un simple effet collatéral d’une telle action, bien que prévu et voulu. En effet, selon les Protocoles Additionnels de 1977 aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatifs à la protection des victimes des conflits armés internationaux ou non, ne sont interdits que « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile ».

En dépit de l’origine du terme, encore aujourd’hui pétrifié dans la racine même du mot (terror-isme), selon les sources juridiques internationales et nationales ce concept a aujourd’hui peu à voir avec l’imposition de la terreur sur la population. Dans sa version juridique le terrorisme semble plutôt concerner la terreur que les États ont des populations et des individus.

En dehors de l’État le néant

Le retournement sémantique du concept de terrorisme a donc aussi provoqué le renversement concomitant du terme indiscriminé. En effet, si au départ il s’agissait de l’État qui terrorisait la population entière d’un territoire à travers des actes violents indiscriminés en vue d’une fin politique ou idéologique, désormais ces actes sont accolés à une partie, plus ou moins grande, de la population elle-même à l’égard de l’État. Ainsi, l’État prend la place de la population, si bien que les actes violents indiscriminés s’avéreront être ceux dirigés contre les appareils institutionnels. Derrière un tel retournement ressort l’idée que la société est un tout organique et monolithique, et celle-ci coïncide nécessairement avec l’État. Cela va bien au-delà du caractère absolu du pouvoir étatique par rapport au corps social, arrivant jusqu’à l’absorption et l’assimilation du corps social dans l’État.

Sur la base de cette idée, l’État devient le principe d’intelligibilité de ce qui est, mais aussi de ce qui doit être. L’État devient fondamentalement l’idée régulatrice de cette forme de pensée, de réflexion, de calcul et d’intervention qui prend le nom de politique : la politique comme mathesis, comme forme rationnelle de l’art de gouvernement. La raison de gouvernement, la ratio de contrôle et de gestion de la réalité, donc, place l’État comme principe de lecture de la réalité même, comme objectif et comme impératif. L’État est la res cogitans cartésienne qui crée et modèle la réalité, la res extensa.

Pour édifier et rendre évidente la rationalité et la nécessité de l’État, on lui crée un mythe fondateur, on lui invente une tradition. C’est le droit naturel qui le lui fournira, au cours du 17e siècle, dans le même arc de temps où se développait et s’imposait dans les sciences une philosophie mécaniciste. Cela se réalisera en particulier à travers les réflexions de Thomas Hobbes, qui théorisera un état de nature dans lequel on détermine un état de guerre permanent (bellum ominium contra omnes), dans lequel les hommes, tels des loups, sont les uns pour les autres une menace constante (homo homini lupus). Pour échapper à une telle condition d’insécurité permanente, les êtres humains, à travers la raison, la ratio, se décidèrent à souscrire à un pacte à la fois d’union et de soumission, avec lequel ils cédèrent leurs droits naturels (le droit de tous sur tout) à un souverain qui avec sa force et son pouvoir maintiendrait et garantirait la paix et la sécurité. C’est donc à travers ce pacte que se constitue l’État, dont le pouvoir est absolu, parce que le contrat social est un acte unilatéral et irréversible qui ne soumet le souverain à aucune forme d’obligation et que les sujets ne peuvent pas défaire. L’État devient la source du droit et de la morale, son pouvoir est indivisible et intègre aussi l’autorité religieuse. L’État est donc le meilleur des mondes possibles, c’est même le seul monde possible, c’est la ratio unique et absolue de la civilisation, sans lui les êtres humains vivraient dans l’insécurité constante, dans une situation de guerre permanente.

Peu importe qu’une telle théorisation n’ait rien de réel, relativement à l’hypothétique condition de l’état de nature, et qu’un tel mythe fondateur n’ait jamais été vérifié, nulle part et à aucune époque. Son importance tient dans le fait qu’il a eu – et qu’il détient encore – la force de modifier et de modeler la réalité elle-même, imprimant et transmettant des valeurs et des coutumes fonctionnelles à des concepts asymétriques comme l’obéissance et la dépendance, sur lesquels l’État base sa raison d’être.

De cette manière, un régicide, ou une quelconque action contre des personnalités ou des structures institutionnelles, ne visera plus à terroriser uniquement les souverains et les classes dominantes, comme cela serait dans les intentions de ceux qui souhaitent un changement radical de l’ordre social, mais pourra être considéré comme un acte terroriste indiscriminé, car les souverains et les classes dominantes représentent et coïncident avec la société toute entière. À ce stade, comme nous l’avons déjà vu, même un litige sur une question spécifique, visant à exprimer un désaccord envers des actes particuliers concernant la sphère économique, politique, sociale et environnementale, par exemple un différend syndical ou l’opposition à un projet d’infrastructure, pourront être considérés comme des actes terroristes, car tendant à modifier un ordre établi intrinsèquement non modifiable.

D’un autre côté, la conséquence logique de l’idée de la nécessité et immutabilité de l’ordre étatique, le pilonnage d’un territoire densément peuplé réalisé par un État (toute référence au génocide qui a lieu actuellement dans la bande de Gaza n’est absolument pas un hasard), ne sera pas considéré comme un acte terroriste indiscriminé, mais plutôt comme une action de guerre légitime et ciblée. Une action chirurgicale, un terme qui est à la mode depuis quelques décennies, utilisé pour désigner les bombardements aériens sur les villes, une terminologie et un concept qui tendent à dissimuler et à reléguer au second plan les prétendus effets collatéraux, à savoir les massacres de civils prévus et voulus, sans lesquels il ne serait pas possible d’atteindre l’objectif réel et principal souhaité : abattre le moral de la population, c’est-à-dire, une fois encore, semer la terreur.

Terroriser et réprimer

Malgré tous les retournements sémantiques décrits, la forme archétypale de terrorisme reste en définitive celle étatique, le terrorisme par excellence. En somme, le terrorisme est essentiellement une pratique de gouvernement. Et cela est principalement dû au fait – comme le démontre efficacement le politologue allemand Ekkehart Krippendorff dans l’ouvrage L’État et la guerre – que l’État, surtout à partir de celui s’étant formé à l’ère moderne (XVIIe siècle) et dans ses déclinaisons ultérieures comme l’État de droit, l’État constitutionnel etc. est intrinsèquement lié à la guerre, c’est essentiellement un État militaire, et les guerres que celui-ci a mené en permanence n’ont rien de secondaire, mais constitue son essence véritable. L’appareil militaire et coercitif, instrument de guerre aussi bien externe qu’interne, est la quintessence de l’État. Sans un tel appareil, l’État perdrait sa raison d’être.

Ce n’est pas un hasard si en 1919, le sociologue Max Weber, dans son essai La politique comme vocation, a décrit l’État comme le détenteur du monopole de la violence [légitime]. Et cette violence peut et doit être exercée aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du territoire placé sous son contrôle, donc aussi – et j’ajouterais surtout – contre ses propres gouvernés, que ceux-ci soient définis comme des citoyens, des sujets, des esclaves, des prisonniers etc.

C’est donc grâce à l’usage de la violence, et avec la concomitante et constante menace d’un tel usage, que les appareils étatiques contrôlent et gouvernent de vastes territoires et des millions d’individus. Et pour garantir sa sécurité, l’État a besoin de discipliner ses citoyens suivant son bon vouloir, et d’effectuer et organiser ce processus d’une manière toujours plus capillaire. Une telle œuvre de discipline ne peut à son tour être réalisée qu’à travers l’instrument naturel de tout État, la violence ou sa menace, pour atteindre ce consensus général acritique essentiel à tout ordre établi.

Surveiller et punir, comme dirait Michel Foucault, actuellement décliné sous une forme plus appropriée et effective : terroriser et réprimer.

Du point de vue politique, l’enquête en cours est sans aucun doute une action terroriste. Elle frappe certains individus pour en attaquer de nombreux autres, dans l’espoir que le soi-disant effet collatéral s’avère être la peur et la résignation. C’est une action de guerre contre un ennemi déclaré : l’anarchisme.

On fait amplement référence aux logiques des enquêtes et des procès pour terrorisme des années soixante-dix et quatre-vingt. Ou à ceux plus récents qui ont frappé, et continuent de frapper, le dissensus politique et social pas seulement anarchiste.

À ce propos, on peut consulter le contenu du rapport final des enquêtes préliminaires que le Parquet de Piacenza a notifié à 8 syndicalistes de SI Cobas et USB dans la maxi-enquête des gardes mobiles de Piacenza initiée en décembre 2018, dans laquelle les enquêtés sont accusés à différents titres d’association de malfaiteurs à finalité de violence privée, de résistance à un officier public, de manifestation non autorisée, d’interruption de service public, de sabotage et d’extorsion. Pour le Parquet, ces syndicalistes de base auraient « mené de nombreux conflits dans le but d’améliorer les conditions de travail des manutentionnaires, jusqu’à devenir majoritaires dans plusieurs magasins » du district de Piacenza, le plus important d’Italie pour la logistique ces dix dernières années, avec les hubs de sociétés comme TNT-Fedex, Leroy Merlin, Traconf, GLS, XPO et d’autres. À partir de ce moment, les deux syndicats auraient commencé un « conflit permanent à l’intérieur des entrepôts » prenant « comme prétexte la moindre et banale problématique de travail résoluble grâce aux relations industrielles normales ». Ils auraient provoqué « des affrontements avec la direction, avec la coopérative qui sous-traitait la main-d’œuvre » de manière à alimenter « son pouvoir » et à sortir « victorieux » pour obtenir « l’affiliation à l’association de plus de travailleurs, s’assurant les revenus des adhésions et des règlements à l’amiable ». En pratique, on criminalise ceux qui exercent ce qui ne devrait être qu’une activité syndicale classique et normale.

Les analogies de l’enquête actuelle avec les enquêtes mentionnées ci-dessus et les procès de différente nature politique sont très nombreuses. À partir du fait que le jugement de responsabilité et les indices sont calibrés non pas sur la base de la gravité objective des faits et des preuves relatives à l’appui de l’accusation, mais sur la base du niveau d’hostilité exprimé par les inculpés. Ce qui est affirmé par la DDAA du Parquet de Gênes dans la requête d’application des mesures préventives en prison du 3 mars 2023 démontre clairement que l’appréciation est faite selon la personnalité des enquêtés. Dans cette requête, en effet, on s’arrête sur la « dangerosité de la personnalité » des enquêtés liée à des connotations strictement idéologiques, comme l’évidente adhésion à l’idéal anarchiste, parfois accompagnées de faits supposés ou des considérations qui sortent – ou du moins devraient sortir – de tout type d’hypothèses de délit, comme, en ce qui me concerne, le fait d’avoir « démontré héberger avec une facilité extrême et sans remplir les obligations légales relatives aux locations, des amis et des « compagnons » dans son habitation, y compris pour de longues périodes » (survolant à dessein entre autres la contradiction intrinsèque et la diversité existant entre le concept d’héberger et celui de louer), ou le fait supposé et non vérifié d’avoir amené un téléphone à un enquêté dans la prétendue Opération Sibilla, ouverte par le Parquet de Perugia en novembre 2021, un acte « visant vraisemblablement à fournir un usage, non associable et/ou interceptable », se gardant bien de mentionner le fait que ce suspect était uniquement soumis à la mesure d’obligation de résidence, et qu’il pouvait donc librement communiquer, y compris par téléphone, avec d’autres personnes.

Il est emblématique que le même G.I.P. De Gênes, en approuvant servilement les argumentations et les requêtes du parquet sur la nécessité de mesures préventives vis-à-vis des enquêtés, tout en les remodelant avec les assignations à résidence pour certains et les obligations de résidence pour d’autres, n’hésite pas dans son ordonnance du 31 juillet 2023 à souligner « la réactivité [des enquêtés] envers toute imposition provenant de l’État, identifié comme l’ennemi principal, d’un côté, et l’adhésion convaincue à la pratique anarchiste, jusqu’à en faire une raison essentielle de vie, de l’autre ».

A fortiori, cela surprend que même le juge de première instance du Tribunal de Massa, pour justifier la décision d’empêcher à un des enquêtés de comparaître en personne à l’audience, en prévoyant une liaison vidéo depuis une prison malgré le fait que l’accusé ne soit pas soumis à la détention provisoire, allègue des raisons de sécurité à cause d’une invitation tout ce qu’il y a de plus normal diffusée sur la toile invitant à « être présent à l’audience en solidarité avec les inculpés », lesquels ne sont qu’un « groupe de personnes, qui sur la base de l’acte d’accusation, poursuit une finalité éversive à réaliser entre autres par l’action violente », ignorant incroyablement, entre autres, que dans le procès actuel contre les quatre inculpés il n’est pas reproché de délit associatif, pas plus que de délit spécifique lié à une action violente. Encore une fois c’est la personnalité, la manière d’être des inculpés – et des personnes solidaires – qui est traitée et appréciée négativement, ce qui fait que se crée et se solidifie un préjugé, grâce auquel on peut ensuite tranquillement faire abstraction dans les déclarations de tout élément factuel objectif, approuvant et se laissant guider par la culture du soupçon. Et qu’une telle attitude mentale soit faite justement par le même juge de première instance en dit long sur la prétendue impartialité et équidistance qui devrait théoriquement les distinguer.

L’hostilité envers l’autorité constituée et, dans le cas spécifique, l’adhésion à l’idéal anarchiste, est ainsi considérée essentiellement comme un délit. Par conséquent les écrits exprimant une telle hostilité et adhésion, et le journal ou la revue ou le site dans lesquels ils sont publiés, sont catalogués comme des délits. La répression actuelle mise en œuvre avec des instruments si larges et forcés envers le journal anarchiste Bezmotivny est aussi indubitablement un terrain d’expérimentation et dans le même temps une mise en garde pour des écrits et des journaux futurs, une sorte de contre-révolution étatique préventive. Ces instruments utilisés par la DDAA du Parquet de Gênes s’accompagnent aussi de la constitution d’une partie civile par le barreau de l’État concernant de présumés et prétendus dommages moraux qui auraient été subis par le président de la République. À l’arrogance du pouvoir s’ajoute le ridicule !

Le milieu politique et social que l’on est parvenu à créer au cours des dernières décennies conduit directement à un État policier : aucun dissensus n’est toléré et tolérable, sinon celui simplement formel, celui qui se limite aux lamentations et aux plaintes, qui rentre donc dans le jeu démocratique, mais s’avère inefficace et privé de tout type de conséquence sur le plan pratique. On fait ainsi un large usage des délits d’opinions. Le contrôle social et celui sur les opinions, sur les manifestations de la pensée, est toujours plus étendu, aussi et surtout grâce à la soi-disant Toile et à l’utilisation de l’Intelligence artificielle et des procédés automatiques : on pense, par exemple, à l’utilisation des mots-clés pour pouvoir identifier quels sont les intérêts d’une personne précise, ou l’utilisation algorithmique d’autres catégories de termes pour créer des corrélations élémentaires en les faisant passer pour des éléments de preuve causale, comme déjà écrit dans le prologue.

Tout cela peut bien s’insérer dans ce phénomène qui a parfois été défini comme une anticipation progressive du seuil de répression. En pratique, on passe de la répression post-délit à celle de la simple expression d’hostilité et de dissensus. Voilà peut-être ce qu’est précisément cet ordre démocratique, réputé comme le meilleur sinon le seul monde possible dans lequel vivre, dont la subversion doit être punie avec des peines très élevées.

La repentance et l’abjure : l’inquisition moderne

Les instruments utilisés dans les enquêtes actuelles, brièvement et sommairement illustrés dans certains de ses aspects spécifiques dans les paragraphes précédents, mettent en évidence des parallélismes alarmants entre la méthode inquisitoriale moderne (barbarisée par la suite à coups de lois et de décrets spéciaux, qui se sont succédés surtout à partir des années soixante-dix et quatre-vingt) et les anciennes chasses aux sorcières ou aux hérétiques. Les méthodes d’enquêtes et d’interrogatoire de la magistrature chargée de l’enquête, la prison préventive utilisée comme instrument de pression physique et psychologique sur l’inculpé, l’inversion totale de la charge de la preuve, le repentisme comme pierre angulaire des instructions et du débat, le principe selon lequel ou bien on est délateurs ou bien on est sympathisants (fautores) : tout cela est fort semblable à ce qui avait lieu dans les procès de l’Inquisition espagnole ou de celle romaine (le Saint-Office).

Par ailleurs, à propos de continuité, ce n’est pas un hasard si le système inquisitorial du système juridique fasciste – fils de celui monarchiste de la fin du 19e siècle, s’étant consolidé pendant la prétendue crise de fin de siècle – a vivement survécu à l’intérieur de l’actuel système juridique démocratique et républicain, absolument pas effleuré par la réforme du code de procédure pénal entrée en vigueur en 1989, réforme substantiellement anesthésiée par les urgences perpétuelles, véritables ou présumées, lesquelles ont toujours efficacement rempli la principale fonction de contre-réforme préventive. Rien d’étrange donc à ce que la prétendue méthode inquisitoriale continue à régner en maître dans les enquêtes et dans les salles de tribunal de l’Italie démocratique, d’autant plus dans les affaires concernant le dissensus politique et social.

Mais sur quoi se baserait une telle méthode inquisitoriale ? Pour ne pas sembler trop partial, donnons donc la parole à un fidèle serviteur de l’État, cette bonne âme qu’est l’ancien procureur de la république de Florence et procureur national anti-mafia, le nommé Pier Luigi Vigna : « […] coupable ou non, l’inculpé sait des choses importantes et si sa mémoire transparaissait, l’affaire serait infailliblement résolue. Il faut que l’analyste pénètre dans sa tête, par toutes les fentes possibles. Cette sémiotique n’admet pas l’insignifiant : les nuances somatiques ou phonétiques finissent dans le procès-verbal ; « respondit, flectens caput et submissa voce », « je ne sais rien », annote le transcripteur. D’une telle approche découle le recours aux « paroles forcées », celles extorquées grâce à la torture – considérée comme un moyen classique pour la découverte de la vérité, placée à l’intérieur de l’accusé – et qui, ajoutée à l’arsenal pénal avec Ulpiano, y resta cinq cents ans. Et d’un autre côté, théorise-t-on, en résistant aux tourments l’inculpé innocent purge les indices ».

Sur ce point, pour une brève et nécessaire description à travers des exemples concrets du développement et de l’application au cours des siècles du système inquisitorial, en retrouvant la matrice dans ce modèle catholique qui au cours du XVI et du XVII siècle d’abord fit de la culture du soupçon un véritable soutien juridique, une caractéristique « étendue, ensuite, par le pouvoir politique laïc, qui se l’est approprié, à toutes les formes de « déviance » politique qui s’opposent à la ligne « totalisante » (orthodoxe) imposée par ceux qui sont à la tête des institutions, je me permets de renvoyer à un de mes articles paru justement dans le numéro du 21 novembre 2022 de Bezmotivny, qui s’inspire de l’ouvrage Histoire de l’intolérance en Europe du juriste Italo Mereu.

En substance, Mereu affirme qu’aussi bien dans les procès de l’Inquisition catholique du passé, que dans ceux contemporains de la magistrature démocratique italienne, au lieu de reprocher des faits précis, on reproche à l’inculpé ses idées, ses désirs les plus intimes, sa personnalité même. Les faits externes n’ont pas de valeur, sinon en ce qu’ils indiquent la croyance de celui qui les a commis (la fin ultime, le cas terroriste). L’interrogé est damné, peu importe ce qu’il dit ou ne dit pas, quelque soit le comportement qu’il choisit d’assumer. Et l’origine de la praesumptio culpae remonte justement aux procès pour sorcellerie.

L’objectif final d’une telle méthode inquisitoriale est d’arriver à la repentance et à l’abjuration de la part de l’inculpé. L’inculpé est poussé et contraint à faire un examen de conscience et à confesser publiquement sa faute, reniant ses idées. Italo Mereu observe : « La confession, dans ce sens, est une découverte de la méthode inquisitoriale ; et c’est l’adaptation juridique du sacrement homonyme sur lequel elle est calquée… Avec cette différence : alors que dans la confession, c’est le pénitent qui sait et qui spontanément se présente et se confesse face aux sacerdotes… ici au contraire c’est l’inquisiteur qui sait, ou dit qu’il sait (ou prétend qu’il connaît) ». Si l’inculpé ne confesse et ne renie pas sa pensée, il y a l’incarcération préventive et les tourments (qualifiés par euphémismes d’examen rigoureux : ce qui est en action ici c’est le même tartufisme que dans des expressions comme garde à vue). Commence donc ici l’exténuant chemin qui vise à faire plier l’inculpé aussi bien physiquement que moralement : les renvois indéfinis, la prolongation de la phase de l’instruction au détriment de celle des audiences, la prison ou d’autres types de mesures comme la torture psychologique etc. Même ceux qui n’ont pas fauté doivent abjurer pour pouvoir être laissés en paix, ils doivent abjurer le fait d’avoir engendré des soupçons chez leurs prochains et chez les enquêteurs, s’exposer à la risée des médias et réaffirmer leur volonté de rentrer dans le giron de l’Église (ou de l’État démocratique).

En plus de l’abiuratio, existe aussi la purgatio : il ne s’agit pas d’une condamnation, mais d’une non-absolution, qui comporte une forme de pénitence pour le non-absout, néanmoins coupable de quelque chose. Il existe un parallèle évident avec l’insuffisance de preuve du vieux code de procédure pénal, qui de fait continue à subsister dans celui actuel : l’absence de preuve ne dissipe pas le soupçon. C’est l’apogée de la praesumptio culpae.

Sous certains aspects, il s’agit aussi de l’élévation du principe justicialiste in dubio pro republica (basé sur la présomption de culpabilité au nom de la raison d’État) par rapport à celui garantiste in dubio per reo, déjà partagé par les juristes totalitaires et par les fascistes des années trente et quarante du XIXe siècle et encore dominant dans de nombreux procès contemporains, surtout dans ceux qui concernent le dissensus politique.

En conclusion, quand, à propos des magistrats qui en Italie gèrent l’urgence infinie, on parle de nouvelle inquisition, on ne cherche pas à utiliser une allégorie : malheureusement nous sommes en dehors du domaine des figures rhétoriques, mais bien profondément dans la domination du littéralement. Les similitudes et les continuités sont en effet évidentes.

Du contrôle social à la manipulation de la réalité

De telles procédures inquisitoriales sont elles aussi utiles à l’imposition d’une vision unilatéralement étatico-centriste de la société, selon laquelle la vie des êtres humains doit nécessairement se dérouler et se développer suivant des préceptes normatifs politiques et économiques déterminés et non modifiables.

C’est une vision dont on peut faire remonter les origines à la charnière des XVIe et XVIIe siècle, quand le pouvoir politique et social, fondé depuis des temps immémoriaux quasi uniquement avec l’objectif de prélever des surplus dans les territoires et des communautés qu’il gouvernait, se trouva face à la nécessité d’organiser la production, à cause de l’expansion progressive et incessante des territoires et des communautés à gouverner, et du développement commercial concomitant et particulier qui s’est instauré à l’intérieur de ceux-ci et entre eux. L’insuffisance toujours plus évidente de contrôle à travers l’espace comme instrument principal d’ordre social, conduisit à un élargissement nécessaire de ce contrôle aux temps et aux corps qui régissaient et habitaient cet espace même, désormais toujours plus vaste et complexe.

C’est l’époque, et le triomphe, du prétendu État Absolu, dont le concept et le mythe fondateur furent décrits, comme nous l’avons déjà mentionné, par Thomas Hobbes dans l’ouvrage Le Léviathan, publié en Angleterre en 1651. Les sujets – ou citoyens – devaient obéissance absolue à l’État, lequel avait le droit et la nécessité, pour sa survie, de contraindre leurs comportements dans des schémas réguliers et prévisibles. Dans cette optique, ce n’est donc absolument pas un hasard si à la même période la chasse aux sorcières et à l’hérétique a atteint son point le plus haut.

Les principes et les concepts qui sous-tendent l’État Absolu se sont transmis au fil des siècles en restant essentiellement intacts, et ils ont imprégné la vie de la société humaine jusqu’à aujourd’hui, s’adaptant constamment aux modifications environnementales, techniques, politiques et sociales produites par l’activité des humains.

Pour ne donner qu’un exemple, que l’on pense à l’actuelle importance et fortune dont bénéficie le principe de transparence, qui tire justement ses origines de l’esprit de cette époque, représentant une véritable clé de voûte du pouvoir qui consiste dans la surveillance totale et permanente de l’action humaine. Le Panopticon de Jeremy Bentham – une prison idéale dont le projet était de permettre à un unique surveillant d’observer (opticon) tous (pan) les sujets d’une institution carcérale sans permettre à ces derniers de comprendre s’ils étaient à un moment précis observé ou non – peut être considéré comme une extraordinaire incarnation de ce principe, une expression extrême de ce que fut – et continue encore à être – une préoccupation générale de l’époque. L’idée de Panopticon identifiait le pouvoir avec l’observation, la soumission avec la visibilité, le principe universel de l’organisation sociale avec des applications infinies.

Ce qui à cette époque commença à être défini comme les classes dangereuses et les quartiers sombres des villes devait donc avoir un rapport avec la peur obsessive de l’obscurité, de l’invisibilité, de l’opacité, de la part du pouvoir constitué. Voilà donc le désir brutal de pénétrer le brouillard qui enveloppait les nouvelles villes bondées d’alors, de disposer la population dans un espace si organisé que tout ce qu’elle ferait serait immédiatement visible, et si clairement visible que les individus seraient conscients du fait qu’ils sont exposés au regard public, de sorte qu’ils s’abstiendraient d’accomplir des actes qu’ils ne voudraient pas faire en étant vus. Ce qui avait été une spontanéité totale dans une communauté de village ou dans un bourg, devait maintenant être l’objet d’effort conscient et de surveillance administrative dans une ville bondée.

L’impulsion du nouveau pouvoir, que le Panopticon mit dramatiquement en évidence, venait de la crainte qui conduisait à une attitude de méfiance universelle : on ne peut pas laisser les gens sans surveillance ; la libre errance de personnes privées de liens est un danger en soi ; les gens doivent être fixés à un endroit afin que leur temps puisse être assujetti à des schémas rassurants car répétitifs. Tout cela à cause de la désagrégation et la destruction opérée à l’époque par le pouvoir même des différentes communautés locales, structurées autour de liens coutumiers et environnementaux directs, à l’intérieur desquels les individus jouissaient d’une autonomie – certes limitée – (surtout en ce qui concerne les temps et les rythmes de travail) vis-à-vis de l’autorité constituée.

Cette désagrégation et cette destruction des communautés locales étaient fille, en plus de l’extension commerciale progressive et incessante à l’époque, aussi et surtout d’une conception de la société qui s’affirmait toujours plus parmi les classes dominantes, conception elle aussi présente et décrite dans l’ouvrage de Hobbes, synthétisée dans l’expression déjà évoquée de homo homini lupus. Selon cette conception la société n’était rien d’autre qu’un agglomérat d’individus visant uniquement à satisfaire leurs désirs insatiables. En même temps, ces désirs insatiables étaient considérés comme un puissant stimulant au développement économique, car ils nécessitaient une expansion illimitée des forces productives nécessaires pour les satisfaire. Plus de petits groupes ni de communautés structurées à travers des liens spécifiques et des solidarités locales donc, mais à la place des individus sans aucun type de relation entre eux et agissant chacun sur la base de leur profit personnel. Des atomes mus par des motivations égoïstes et irrationnelles – au sens principal de privé de tout rapport ou relation avec quelque chose d’autre.

La tâche du gouvernement, de l’État, sera donc de contrôler et de gérer les individus, la population de son territoire, de manière optimale et rationnelle, afin que les vices privés (désirs insatiables) servent de stimulants au progrès économique et donc à la puissance de la société qui doit en dernière analyse coïncider et s’identifier avec l’État. L’unique relation possible et durable sera donc celle entre l’individu et l’État.

Pour gouverner et contrôler rigoureusement les individus, dans le but de consolider ses conditions d’existence et augmenter et étendre sa puissance, l’État commence à se doter d’instruments, de méthodes et de modèles quantitatifs qui simplifient et réduisent la réalité dans l’intention de la rendre lisible et transparente à son regard. Des instruments, des méthodes et des modèles qui en même temps permettent à l’État d’avoir des conséquences profondes sur la réalité même, en la manipulant et en la modifiant.

Dans son travail de simplification de la réalité, l’État a eu recours – et a recours – à divers moyens et modèles quantitatifs comportant une sorte de rétrécissement du champ visuel. Le grand avantage de cette vision réduite est qu’elle met au point de manière plus nette certains aspects d’une réalité autrement trop complexe et ingérable. À son tour, cette simplification rend le phénomène au centre du champ visuel plus lisible et donc plus susceptible de mesures et de calculs minutieux. En combinant différentes observations marquées par le même type de regard, il est possible d’acquérir une vision globale, agrégée et synoptique d’une réalité sélective, capable de renforcer davantage la connaissance schématique, le contrôle et la manipulation.

Parmi les différents moyens utilisés par les États dans leur lutte contre les particularismes, la multiplicité, la variété, les autonomies – car c’est de ça qu’il s’agissait quand on invoquait et que l’on prétendait à une lisibilité supérieure et à une uniformité des territoires et des populations – il y avait (et il y a encore à un degré inférieur) la statistique, les recensements, les cartographies cadastrales et non, la création et l’adoption d’un patronyme fixe et bien précis, l’imposition d’une langue standard officielle, l’homogénéisation des poids et des mesures, la rationalisation des villes et des établissements ruraux, l’optimisation de la production agricole d’abord et de celle artisanale et industrielle ensuite.

Au départ, de telles interventions étatiques visaient principalement à trois intérêts matériels principaux et pressants des gouvernants : la recette fiscale, la levée militaire et la sécurité publique. Et de tels intérêts matériels faisaient naturellement partie intégrante d’une volonté de contrôle et de manipulation étatique d’une réalité politique, sociale et territoriale qui par sa diversité et complexité reflétait une large variété d’intérêts strictement locaux, en opposition à ceux étatiques. Ces pratiques locales ne pouvaient pas être englobées dans une grille administrative sans être d’abord transformées ou réduites à une sorte de sténographie plus agile, plus simple, bien qu’en partie fictive. À son tour, cette sténographie, bien qu’inadaptée, ne se limitait pas à tenter de décrire la réalité. Au contraire, grâce au plus grand pouvoir que l’État acquérait grâce aux registres, aux tribunaux et, en dernière instance, à la coercition, ces fictions transformaient de fait la réalité qu’ils prétendaient observer, bien que d’une manière insuffisamment exhaustive pour la faire coïncider exactement avec sa grille administrative. Il s’agissait – et il s’agit – d’adapter et de plier la réalité matérielle et sociale à sa volonté de puissance et aux exigences de contrôle qui en découlent.

Uniformité et universalité : c’étaient (et ce sont encore) les mots d’ordre de toute entité étatique qui visait (et qui vise) à imposer et à étendre son pouvoir sur des territoires et les populations, détruisant et homogénéisant les diversités et les variétés locales et individuelles.

Tout cela s’accompagnait d’un principe qui caractérisait une idée de progrès s’étant progressivement affirmée au cours des derniers siècles, et qui est encore aujourd’hui essentiellement et activement opérative, répondant à ce projet, enraciné dans la religion judéo-chrétienne, selon laquelle l’homme doit agir pour s’affirmer comme souverain de la nature. Un principe emblématiquement central de cette méthode recherchée et proposée par Descartes dans la première moitié du 17e siècle comme guide pour l’orientation de l’homme dans le monde. Une méthode – unique et simple – qui devait conduire à une philosophie pas uniquement purement spéculative, mais aussi pratique, selon laquelle l’homme pourrait justement se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ».

Cette idée de progrès, d’un processus historique nécessaire au fil duquel l’humanité est appelée à évoluer en étendant incessamment des bases productives et en transformant le monde afin de satisfaire ses désirs et de soumettre la nature, a dominé la société occidentale du 17e siècle des Lumières – avec une accélération décisive suite à la première révolution industrielle et à l’affirmation du mode de production capitaliste – jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. À partir de cette dernière période, cette idée de progrès est entrée en crise avec la menace des prétendues limites du développement et de la crise énergétique, avec l’augmentation exponentielle de la population et de la dégradation environnementale, avec l’intensification de la compétition internationale et la radicalisation du processus d’atomisation sociale, qui ont mené à une impossibilité de facto d’une utilisation émancipatrice de l’abondance marchande.

Innovation technologique, synchronisation environnementale et subordination humaine

L’idée de progrès moderne a donc été remplacée au cours des dernières décennies par une logique de l’urgence et de la crise permanente, qui tend littéralement à détacher l’organisation de la société du monde matériel et des dynamiques humaines défectueuses, attribuant tous les problèmes à ces dernières, et faisant reposer sur l’innovation incessante toute solution possible. Il s’agit toujours du contrôle et de la gestion optimale des individus et des populations de la part des pouvoirs constitués, réalisée désormais d’une manière nouvelle et actualisée, toujours plus profonde, envahissante et capillaire. Une manière qui souhaite et qui comporte une transformation radicale de l’être humain lui-même.

La marche en avant technologique, souhaitée et même rendue nécessaire par une telle logique de l’urgence, est donc devenue vertigineuse et le long de cette marche a lieu une véritable guerre contre tout ce qui est encore doté d’une autonomie existentielle, intellectuelle et même biologico-reproductive. En fin de compte, ce n’est qu’une refonte technologiquement mise à jour de cette lutte menée par l’État contre tout lien autonome des êtres humains, qu’il s’agisse d’individus, de petits groupes ou de communautés. Une lutte contre l’autodétermination des individus et des populations qui annonce un affaiblissement progressif de ces qualités humaines dont on a toujours considéré que d’elles dépendait un vivre-ensemble décent, à savoir l’indépendance de jugement, l’autodiscipline, la capacité de liens affectifs durables, et l’introduction, à leur place, de ces caractéristiques d’adaptabilité à la crise et à l’innovation (aujourd’hui emblématiquement qualifiée de résilience) d’apathie et d’absence de continuité (grâce à la perte de la mémoire, l’absence d’idéaux de références, la peur et la perception d’un éternel présent), qui mettent en place un monde dans lequel chacun peut trouver normal de confier chacune de ses fonctions, de celles relationnelles à celles mentales jusqu’à celles biologiques, d’abord aux spécialistes du système techno-économique, puis éventuellement à des tuteurs artificiels. Objectif : créer une dépendance absolue des êtres humains au système politique et économique en vigueur.

Pour atteindre plus rapidement cet objectif, une opération d’infantilisation des êtres humains est nécessaire, afin de lui rendre impossible toute possibilité de changement et toute pensée qui y est associée, instillant l’idée que le monde dans lequel nous vivons n’est pas seulement le meilleur des mondes possibles, mais plutôt que c’est le seul et l’unique monde possible. Toute tentative de modifier radicalement ce monde, de changer la direction du chemin entrepris par l’humanité, aboutirait à une catastrophe, et la seule alternative à la catastrophe serait donc de poursuivre sur cette voie préétablie, se soumettant à l’impératif d’une innovation technologique incessante. Une innovation qui sera généralement perçue non seulement comme nécessaire, mais surtout avantageuse, porteuse d’une motivation bénéfique, qui fera donc passer toutes critiques potentielles ou tout refus pour un acte moralement répréhensible – si ce n’est criminel – sur le plan politique et social.

De ce point de vue les Big Data et l’Intelligence artificielle (IA) ne sont pas autre chose que les derniers et les plus récents instruments de contrôle et de gestion des individus entre les mains du pouvoir établi. En particulier, la récente diffusion et application à une large échelle de l’IA peuvent être examinées comme une sorte de projet et de tentative de donner des solutions aussi bien techniques que politiques pour la conservation de l’ordre industriel actuel. Un ordre devenu si complexe et destructeur qu’il exige un degré de contrôle et de gestion largement supérieur aux ordres précédents, En général, l’arrivée et l’affirmation au cours des dernières décennies des Big Data et de l’IA a induit chez les êtres humains les caractéristiques décrites ci-dessus, qui les prédisposent à une véritable dépendance totale vis-à-vis des dispositifs technologiques et de ceux qui les produisent et les gèrent. Ajoutons à cela le fait fondamental, mais passé sous silence et jamais suffisamment débattu, qu’une telle arrivée et affirmation ont été rendues possible et favorisée par l’entrée en crise de la méthode scientifique ayant eu lieu à partir de la seconde moitié du siècle dernier, dont la concrétisation la plus accomplie a eu lieu au cours des deux dernières décennies.

Dans les années quarante et cinquante du XXe siècle, au lendemain de la conclusion de la Seconde Guerre mondiale, la cybernétique naissante – dont l’étymologie renvoie au terme grec gouverner, piloter – avait comme objectif de chercher à modéliser et implémenter grâce à des dispositifs mécaniques et électroniques les mécanismes physiques avec lesquels le cerveau élabore l’information, établissant une analogie fonctionnelle des mécanismes de communication et d’autorégulation (au moyen du feedback) chez les êtres humains et dans la machine, avec pour principal objectif de gérer efficacement les affaires humaines et de réguler les déficiences que la société industrielle avait créées. Ce rêve des cybernéticiens de traduire les fonctionnalités cérébrales dans un processus de calcul logique échoua globalement en l’espace d’une décennie.Mais, favorisé par le développement rapide et exponentiel des ordinateurs, emblème de l’industrialisation de la science s’étant désormais imposée à cette période, le projet initial de la cybernétique a pu à un certain moment être reformulé, non pas à travers la construction de modèles de la condition humaine, mais plutôt à travers une simulation de celle-ci grâce à des dispositifs de nature assez diverse – comme les réseaux de neurones – qui ont pour objectif d’imiter le fonctionnement du cerveau sans chercher à être un modèle au sens scientifique du terme, sans donc aucune ambition ni tentative d’expliquer comment fonctionne le raisonnement humain, mais avec pour seul désir de simuler ses effets possibles, ses opérations possibles. On est ainsi passé d’une manière d’opérer sur les choses à une manière d’agir sur la réalité que l’on peut totalement définir post-scientifique. En effet, il ne s’agit plus de la modélisation abstraite de phénomènes naturels ou sociaux, de leur compréhension à l’intérieur du modèle même et de la retraduction d’une telle compréhension dans la réalité grâce à d’opportunes règles de correspondance, ce qui est le parcours classique déployé par la méthode scientifique, mais il s’agit de quelque chose d’autre, il s’agit d’opérer directement sur la réalité en la simulant grâce à la manipulation de très grande quantité de données, sous des formes que dans la majorité des cas on n’est pas en capacité de comprendre complètement. Si d’un côté tout cela implique la nécessité d’une grande capacité de calcul, de l’autre cela ne requiert aucun type de compréhension.

Cette opérativité consacre le passage définitif de la machine comprise comme une représentation et implémentation simplifiée de processus complexes de la réalité phénoménale, à la machine entendue comme modèle normatif, à savoir un exemple auquel s’adapter et duquel dépendre sans le comprendre jusqu’au bout, faisant en sorte que c’est en quelque sorte la réalité qui doit se modeler aux modalités de fonctionnement de la machine même. D’une manière extrêmement synthétique, on est passé du modèle abstrait dérivé de l’observation de la réalité pour sa compréhension, à la réalité dérivée et dépendant d’un modèle abstrait qui l’imite sans la comprendre.

Dans un certain sens, on peut aussi affirmer que l’on est progressivement passé d’un programme cognitiviste à un programme comportementaliste. Le comportementalisme peut être considéré sur le plan de la psychologie comme un équivalent de la cybernétique. Il s’agit d’un courant de la psychologie moderne qui, au même moment où la cybernétique se développait, en a reformulé radicalement l’objet d’étude : non plus la conscience, mais le comportement observable, où le terme observable doit être compris non pas dans un sens phénoménologique général, mais dans le sens spécifique des sciences expérimentales, c’est-à-dire celui où on imagine que le principe de séparabilité est applicable. C’est-à-dire qu’elle se base sur l’idée que le comportement explicite de l’individu est l’unique unité d’analyse scientifiquement étudiable de la psychologie, pour établir le protocole de base de sa méthodologie expérimentale avec le modèle stimulus (le milieu) et réponse (le comportement). L’esprit est considéré comme une boîte noire dont le fonctionnement interne est inconnaissable et, sous certains aspects, insignifiant : l’important est d’arriver à une compréhension empirique des relations entre certains types de stimulus (du milieu) et certains types de réponses (comportementales). On privilégie ensuite des détails abstraits comme le mécanisme du conditionnement, en vertu duquel l’association répétée entre une stimulation et une réponse qui ne lui est pas directement liée, fera en sorte que, après une période de temps, cette stimulation sera suivie de la réponse conditionnée. Le conditionnement devient donc le thème central des recherches des comportementalistes, plusieurs espèces s’en distinguant, parmi lesquelles le conditionnement opérant de Burrhus Skinner, selon lequel la réponse ne suit pas le stimulus critique mais le précède, en vertu d’un renforcement, c’est-à-dire d’une gratification obtenue à la suite de détails comportementaux adaptés.

Le comportementalisme s’avère essentiellement être une idéologie scientifique qui fait de l’homme un être malléable à souhait, prédisposé à se faire l’instrument de démagogues et de tyrans, un être qui a perdu sa liberté et sa dignité, un être entièrement gérable par le léviathan numérique. Il est en effet impressionnant d’observer avec quelle précision les principes du comportementalisme ont été appliqués aux expériences numériques du XXIe siècle. Parmi ceux-ci, un problème loin d’être secondaire tient dans le fait que l’aspect décisionnel propre à l’IA est quelque chose qui advient d’une manière impénétrable, c’est-à-dire que la manière selon laquelle un réseau de neurones profond (à plusieurs niveaux) opère (par exemple comment il reconnaît un objet, ou comment il sélectionne des corrélations sur un ensemble de données sur la base desquelles il prend ensuite des décisions sur le comportement d’un utilisateur précis) est quelque chose qui nous est totalement opaque, autant qu’il l’est aux spécialistes et programmateurs eux-mêmes.

Ces courants de la psychologie moderne, avec leurs retombées applicatives, ont donc contribué de manière substantielle à déterminer le type d’être humain capable d’être géré par la physique sociale (combinaison de sociologie comportementaliste et de big data recueillies par des dispositifs portatifs, répartis et diffusés sous différentes formes, qui se propose de saisir et de guider la réalité sociale sans médiations, adhérant pour ainsi dire à la surface des comportements comme un costume smart en mesure de les produire et de les anticiper) et à l’utilisation massive de l’IA de nouvelle génération. La révolution numérique est non seulement compatible avec, mais elle a besoin d’un être humain non seulement atomisé mais aussi réduit à être un exécuteur de comportements toujours plus standardisés et pour cette raison gérables sous forme algorithmique.

Pareillement à d’autres transformations technologiques du passé, la transformation numérique détermine elle aussi une expérimentation qui implique directement, en la modifiant, la nature d’animal politique (au sens de relationnel) de l’homme, mais elle le fait d’une manière beaucoup plus profonde, envahissante et exponentielle par rapport à celles du passé, à cause de la capacité et de la puissance de calcul surhumaine qui lui est propre. Et en effet, la source principale d’incertitude qui peut rendre inefficace un système de contrôle et de prévision basé sur de grandes quantités de données est précisément l’élément humain, surtout dans ses activités sociales et dans la dimension de l’action, c’est-à-dire dans le fait de prendre l’initiative dans des directions inattendues, dans le fait d’entrer en relation directe avec d’autres humains, dans la création du nouveau, dans la capacité de produire des événements et des histoires capables d’illuminer de sens l’expérience.

Il est donc indispensable, pour l’ordre constitué et ses instruments technologiques de contrôle, de créer un milieu le moins imprévisible possible, un milieu stable et non modifiable. En effet, pour le dire avec les mots du mathématicien et philosophe Stefano Isola « les algorithmes complexes fonctionnent bien dans des situations où les variables sont bien définies, contrôlables, et surtout stables dans le temps. Il n’y a que dans ces circonstances que l’élaboration de grandes quantités de données, nécessairement référées au passé, peut être efficace pour reconnaître ou prédire des choses et des événements du futur. Donc, la voie pour rendre efficaces des prestations pour le moment non fiables de l’IA à cause de l’instabilité du milieu, est de pousser à des formes diffuses d’adaptation : rendre le milieu dans lequel elle opère toujours plus stable, et tous les processus qui y adviennent, parmi lesquels le comportement humain, toujours plus prévisibles ».

Donc, si la poésie de la cybernétique d’abord et celle de l’IA ensuite est celle de mettre du bon ordre dans le monde en gouvernant l’incertitude, la prose est au contraire renversée : pour pouvoir fonctionner de manière adéquate, l’IA a besoin d’un monde ordonné et synchronisé. Ainsi s’accomplit le renversement entre utilité de la technique et utilité pour la technique, c’est-à-dire la technicisation de la vie. En synthèse, c’est une sorte de réponse osée et arrogante à la crise du projet de mathématisation des sciences sociales. À partir du moment où les modèles mathématiques ne parviennent pas à capturer raisonnablement une réalité phénoménique dans laquelle interviennent les facultés de jugement et d’action humaine, ce que désormais seul le scientisme le plus rustre ne semble pas reconnaître, et où, en particulier, le programme d’imitation artificielle de l’esprit n’a pas eu de succès, alors on fait volte-face et on cherche par tous les moyens à rendre la réalité elle-même adhérente aux algorithmes et à leurs modèles et schémas mathématiques.

Par ailleurs, dans un milieu si stable et synchronisé il est évident que le futur se retrouvera comprimé sur le présent : l’IA occulte ce qui pourrait advenir pour ne montrer que ce qui est déjà donné, même si cela doit encore arriver. À l’opposé de la vulgate publicitaire qui accompagne chaque nouveau dispositif intelligent, chaque innovation, ponctuellement présentée comme porteuse de nouvelles potentialités pour l’expérience humaine, nous assistons à l’anéantissement systématique de la potentialité et de la possibilité que puisse s’ouvrir à l’avenir quelque chose de différent de ce que nous avons déjà maintenant. C’est la sublimation, sous forme de nécessité et d’inéluctabilité technoscientifique, de l’ordre constitué : l’unique futur possible est celui présent !

À l’analyse automatique de la réalité – une réalité comme nous l’avons dit ordonnée et stable, opportunément transformée en data, c’est-à-dire réduite à un conglomérat de données prêtes à être transformées en informations dotées de nouvelles formes de valeur, pas seulement économique – les algorithmes font correspondre des protocoles d’intervention adaptés et validés de facto. Si, comme on l’entend et comme cela arrive toujours plus, c’est l’IA qui décidera comment et quand les individus pourront profiter de services, accéder à l’argent numérique, acquérir certains produits, se déplacer d’un lieu à un autre, etc., il n’y aura aucun appel possible face à de telles décisions : non seulement parce qu’elles seront émises par des entités artificielles qui, en dématérialisant le concept de responsabilité dans le système social, en font un principe de auctoritas et de gouvernance post-politique, mais parce qu’elles seront toujours plus basées sur des algorithmes prédictifs qui anticipent les faits.

Selon des enquêtes récentes, de nombreuses assurances commencent à utiliser la reconnaissance faciale comme instrument prédictif pour décider si et suivant quelle modalité couvrir leurs clients sur la base de leur propension à avoir des accidents (cela ressemble presque à une reformulation smart des conceptions lombrosiennes du 19ème siècle). La police pourra arrêter des personnes avant qu’elles n’aient commis un hypothétique crime sur la seule base des anticipations algorithmiques, évidemment non contestables (en Italie, on a appelé Jupiter le nouveau système de police prédictive, basé sur l’IA, auquel travaille le Département de Sécurité Public du Ministère de l’Intérieur en 2020).

Aujourd’hui prolifèrent déjà des algorithmes qui prétendent évaluer les compétences transversales (soft skills) d’un candidat pour prédire sa capacité à évoluer dans un certain cadre de travail (à travers l’analyse des données biométriques comme les mouvements faciaux ou le ton de la voix, obtenus directement de leur téléphone, ou bien en téléchargeant depuis internet les informations sur la personne, ses habitudes, etc.) ou bien pour estimer la probabilité qu’une personne en attente de jugement commette un crime entre-temps, ou sa prédisposition à vouloir se soustraire à la loi. En Chine et dans de nombreux tribunaux aux États-Unis on utilise déjà des machines en charge de remplacer les juges dans les affaires mineures ou considérées comme ordinaires (comme l’algorithme Compas, qui se base sur 137 caractéristiques d’un inculpé et sur son casier judiciaire pour prévoir de manière impénétrable – qu’on pense à ce que nous avons dit à propos de l’insignifiance et de l’impossibilité de connaître ce qui se passe dans la boîte noire, c’est-à-dire dans le réseau de neurones, du côté du comportementalisme – si celui-ci commettra un délit ou un crime au cours des deux années à venir), et en Italie on prépare le terrain pour ce type de juridiction (par exemple avec la loi récente qui prévoit que les enregistrements sonores et vidéos sont des formes de documentations ordinaires des actes : le matériel audio et vidéo pourra bientôt être analysé par l’IA pour mesurer le degré de véridicité d’une déposition à partir des micro-mouvements faciaux et du ton de la voix).

Toutes ces prédictions et décisions se réalisent concrètement à travers des mécanismes dans lesquels les données sont corrélées abstraction faite des nœuds causaux que l’on peut identifier. Par conséquent, si un type qui demande un prêt bancaire s’est trouvé par hasard à boire la même marque de bière qu’un autre type qui auparavant s’est vu refuser un prêt qu’il avait demandé, lui aussi pourrait se voir refuser le prêt. Le type de significativité des corrélations identifiées pour prendre des décisions sur un certain individu, est quelque chose qui pourrait n’avoir rien à voir avec l’objet même de la décision. C’est ainsi que s’instaure un type de prise de décision semblable à celle adoptée dans les procès pour sorcellerie : tu es coupable car tu es soupçonné et fais l’objet d’une enquête.

Epilogue

Une sorte d’irrationalité profonde est en train de pénétrer l’ensemble du corps social, une irrationalité véritablement alarmante et épouvantable, car elle instaure et inaugure des discriminations qui sont constitutives de ce système décisionnel technologique. Des discriminations qui ne sont pas seulement dues au fait que les données sont conditionnées par ceux qui les ont produites, mais aussi par le fait qu’un tel système décisionnel impose des barrières et des catégories, à l’intérieur desquelles mettre les individus, qui peuvent être totalement arbitraires, et face auxquelles aucun appel n’est possible. S’instaurent alors des formes de totalitarisme larvé extrêmement insidieuses. Et à cet égard on peut bien parler de régression civile complète.

Dans l’enquête réalisée par la police politique de La Spezia et par la DDAA du Parquet de Gênes, comme nous avons déjà pu le soulever, les enquêteurs ont fait un large usage des corrélations fallacieuses – typique produit, privé de tout nœud causal, de la manière d’opérer automatique et algorithmique dont nous avons parlé, ouvertement post-scientifique – et de véritables données et thèses comportementales pour soutenir la validité des accusations qu’ils nous ont reprochées dans le procès en cours.

Pour conclure ces brèves réflexions, il faut néanmoins admettre que d’un certain point de vue la procédure pénale en cours a au moins le mérite de distinguer avec une lucidité nouvelle et supplémentaire ce qui est naturellement et authentiquement porteur de liberté, d’autonomie et de projectualité créative de ce qui est, en puissance et en acte, un succédané artificiel, bien que produit par des êtres humains, porteur d’oppression, de violence et d’aridité.

L’anarchisme et nos écrits scélérats représentent le premier facteur, l’État et le Ministère public le second.

Marina di Carrara, 27 mars 2024
Gino Vatteroni

Pour télécharger ce texte en format PDF, cliquer ici.
L’original italien de ce texte, avec la bibliograohie, est disponible sur La Nemesi.

Saint-Amand-sur-Ornain (Meuse) : Sabotage voie ferrée – TRAIN TO NOWHERE

Publié le 2024-08-10 09:00:10

Indymedia Lille / vendredi 9 août 2024

Au cours de l’été, nous avons déformé un rail à l’aide d’un cric hydraulique bouteille sur l’ancienne voie ferrée entre Nançois-Tronville et Gondrecourt-le-Château. Nous avons précisément choisi d’opérer entre Tréveray et Saint-Amand-sur-Ornain, non loin du champ où se tiendra le festival de résistance à Cigéo les Burelesques du 16 au 18 août prochain.

https://www.youtube.com/watch?v=NCc6KoD8CiU

D’ici quelques années, la SNCF prévoit de remettre en service ces rails afin qu’ils acheminent les déchets nucléaires que l’Etat voudrait enfouir à Bure. Des concertations publiques s’étaient tenues en 2022 à propos de ce projet de voie ferrée, et des sous-traitants de la SNCF ont depuis commencé les prises de mesure sur le tracé. Il s’agirait de 36 km d’une ancienne voie ferrée réhabilitée, passant en plein milieu des villages (laissant peut-être présager une future étape d’expropriations d’ici quelques années ?). L’ANDRA prévoit aussi le convoi de 6 trains radioactifs de 100 mètres de long à 40km/h par mois pendant 100 ans.

Plus au sud de la Meuse, entre l’actuel « laboratoire de recherche » de Bure-Saudron et Gondrecourt-le-Château, l’ANDRA avance ses pions concernant un autre portion de la voie ferrée. Début 2024, l’Agence Nationale de gestion des Déchets RadioActifs a lancé la procédure d’expropriation des terrains qu’elle souhaiterait transformer en voie ferrée (portion qu’elle nomme « Installation Terminale Embranchée »), amenant dans un premier temps les matériaux pour la phase de chantier du plus gros projet industriel d’Europe, puis, à terme (tout en poursuivant le chantier), les déchets jusqu’à la descenderie du projet Cigéo pour les enfouir pour l’éternité à 500 mètres sous terre.

L’action que nous avons menée répond aussi à l’appel à semaine d’actions « Train to nowhere » – du 11 au 17 août 2024- en solidarité contre la ligne de Botnie du Nord, « une voie ferrée dont la construction vient de commencer le long de la côte de la région de Sápmi occupée par la Suède. Ce projet s’inscrit dans la continuité de plusieurs centaines d’années de colonisation brutale des peuples et des terres de Sápmi. Les industries extractives prospèrent grâce à l’augmentation de la demande de matières premières suite à la soi-disant « transition verte ». C’est pourquoi elles ne cessent d’insister sur l’importance et l’urgence de la ligne de chemin de fer. Il en va de même pour l’État suédois et l’Union européenne. »

Ce n’est pas seulement depuis les attaques contre les lignes TGV à l’occasion de l’ouverture des Jeux Olympiques que les actions de sabotage sur le réseau ferroviaire, en tant que moyen de lutte politique, connaissent une conjoncture réjouissante ces dernières années. C’est pourquoi nous tenons à préciser que la méthode que nous utilisons n’est absolument pas adaptée pour arrêter des trains et qu’elle peut entraîner des accidents graves ! En cas d’utilisation sur une ligne active, il est impératif de garantir l’interruption préalable de la circulation des trains par des moyens appropriés.

La ligne que nous avons sabotée n’est actuellement pas en service. Notre objectif était d’une part de rendre plus difficile sa remise en état prévue, et d’autre part de marquer le tronçon de ligne attaqué comme faisant partie intégrante de Cigéo et donc comme cible légitime de notre résistance. Nous souhaitons profiter de l’occasion pour nous joindre à l’appel à la campagne lancé par « les trois brigantes » (mars 2023), pour cibler la SNCF en tant qu’acteur actif de l’industrie nucléaire et pour l’attaquer massivement au plus tard au moment du début physique des travaux de réhabilitation.

Partout où l’ANDRA souhaite transformer ce territoire en décharge et en convoi de la radioactivité, opposons-nous à travers des festivités, des sabotages, des réunions publiques, des manifestations, des occupations et des blocages. Ne les laissons pas passer.

Pas de trains castors, ni ici ni ailleurs.
Pas de nucléaire, ni ici ni ailleurs.

[στα ελληνικά][in English]

Fenouillet (Haute-Garonne) France : five bullets and counting?

Publié le 2024-08-11 08:45:03

 five bullets and counting?

What’s the life worth of a 28-year-old driver from the “Traveller community”, as the press modestly calls him, when he tries with dignity to escape a police checkpoint behind the wheel of his vehicle? Five bullets were fired by the gendarmes, one of which pierced the headrest and exploded his young skull. It happened in the northern suburbs of Toulouse on Thursday July 25, shortly after 10pm, in Fenouillet. His name was Maïky and he came from the Ginestous camp, just a stone’s throw away.

Before Maïky was pronounced dead during the night, almost 200 people immediately turned out in front of the Purpan hospital, in particular to find out whether he had any chance of survival, and to wait for his partner and their month-old daughter, who were with him in the car, to be discharged. Not content with committing yet another murder, the uniforms gathered in front of the hospital fired tear gas at the family, in an attempt to contain the rising anger once the fatal outcome was known. But vengeance can also be a dish best served hot, and there’s no shortage of targets: on the night of Thursday to Friday July 26, the cement manufacturer Lafarge, whose site is close to the Ginestous camp, was attacked: four mixer trucks were set on fire in a matter of minutes.

All day the following day, the small crowd in front of the hospital refused to give up, demanding that Maïky’s body be returned to them so that he could be laid to rest as soon as possible. This was done after an straight-forward autopsy of a gendarme shooting him in the head, while a reconstruction of the execution was carried out with the two gendarmes-shooters, before they were released from police custody without being referred to an examining magistrate by the public prosecutor’s office, as this would have had the disadvantage of giving relatives access to the case file. The prosecutor hoped that these relatives would eventually calm down ahead of the funeral scheduled for Monday July 29.

“It’s a job well done”, he might even have thought from the comfort of his armchair, before heading home to watch the day’s Olympic results, such as the mixed team rifle shooting. The next morning, however, he was faced with the terse headline of a major regional daily: “Deadly refusal to comply: fires and urban violence in Toulouse, millions of euros worth of damage”. For the Lafarge trucks were just a foretaste of a vengeance that had no reason to run out so quickly.

Fenouillet, night of July 26 to 27: fire on the premises of electronic components manufacturer CSI (Cimulec group)

On the night of July 26 to Saturday July 27, while TGV traffic was still largely disrupted across much of France, a boss and his 60 employees were left with nothing but tears in their eyes. Shortly after midnight, the 1,800 m² warehouse of CSI Sud-Ouest became a vast inferno, which is no small feat when you consider that the company’s activity was more harmful than anything else: the production of electronic components for the Cimulec group, which describes itself as “one of Europe’s leading manufacturers of highly reliable printed circuits for harsh environments (defense, space, aeronautics, nuclear, rail, etc.)”.

And given that this charming company was located precisely in Fenouillet, in the area of Maïky’s police murder and not far from the Ginestous camp, the public prosecutor had no hesitation in entrusting the investigation to the Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS). Especially as the firefighters had their work cut out trying to extinguish the blaze, since a hundred people with masked faces were waiting for them behind barricades, and the cops who came to reinforce them were subjected to a barrage of stones and mortar fire. Having reached the end of their tether, the firefighters found that the fire was now “generalized”, and the damage to CSI Sud-Ouest is now estimated at several million euros.

Fenouillet, night of July 26-27: fire on Toulouse-Métropole premises and eight vehicles

But why stop there, once the first reflex is not to seek justice from those responsible for the death of a loved one, but to let loose all one’s rage against a world that generates gendarmes and prosecutors? Right next door to the now-defunct CSI Sud-Ouest is a Toulouse Métropole building, which logically met the same fate: a hundred-square-meter building belonging to the agglomeration and eight of its utility vehicles were consumed by flames in the course of the same night. The mayor of Toulouse (and president of the Métropole) was more moved by the arson than by the five gendarmerie bullets fired at the recalcitrant driver, with Jean-Luc Moudenc immediately calling on “the State to take all necessary measures to find those responsible and severely punish these acts.”

Three days after Maïky’s death, no one can speak for the unidentified individuals who set fire to Fenouillet. But everyone can learn something from it: in the face of police murders, a whole world remains to be demolished, and it’s often closer than we think…

[Synthesis of the regional press (La Dépêche & France3), July 29, 2024]

via: sansnom

Translated by Act for freedom now!

Paris : Détournements de pub olympiques dans le métro

Publié le 2024-08-11 08:50:04

Vu sur Dépassement


“Avant, pendant et après les J.O., l’État-Nation reste un instrument de domination et de division”
Métro Gallieni, Bagnolet, 9 août 2024
“Que les J.O. soient “réussis” ou pas, on n’oublie pas que l’État-Nation est une infamie. Tout comme le sport spectaculaire-marchand”
Métro Parmentier, Paris (XIe), 9 août 2024

[États-Unis] Le Problème du chômage

Publié le 2024-08-11T14:32:22+02:00

Trouve du boulot ! De l’utilité des emplois et petites entreprises pour anarchistes illégalistes

Trouvé sur le site d’agitation anarchiste nord-américain Unravel

Les anarchistes ont parfois besoin d’argent : on a besoin de payer nos factures de téléphone ; d’acheter des tickets de bus qui t’amène où frauder le train ; de rassembler assez d’argent pour acheter le squat dont on va se faire expulser. Certains trucs sont simplement difficiles à voler, comme les flingues, ou uniquement disponible en ligne, comme des scanners radio décents ou du matériel de brouillage.

Les anarchistes individualistes et les gens au mode de vie anarchiste se pincent le nez et font un travail légitimé juste assez longtemps pour avoir ce dont ielles ont besoin, en visant d’avoir assez d’argent pour confortablement prendre la route, piquer une sieste, ou attaquer une cible.

Les socialistes libertaires, en revanche, sont prêts à s’engager dans un travail légitimé, y voyant une opportunité de se lier avec les travailleurs et travailleuses, espérant les radicaliser pour rejoindre une organisation révolutionnaire.

Ici nous avons une troisième option, illégaliste : travailler pour créer de nouvelles opportunités criminelles. Un emploi temporaire peut souvent fournir de l’informations d’initiée qui peut ensuite fuiter aux compagnons et compagnonnes qui aisément ramassent le butin ; lancer un petit commerce peut fournir une couverture pour d’autres activités illégales.

Tout au long de cet article on appréciera un critère illégaliste pour le travail : que les dommages causés en terme de perte de produit intérieur brut grâce à la fraude, le vol, et autres moyens peu recommandables sont plus grands que la contribution au système, au produit intérieur brut, à travers le labeur légitimé. En d’autres termes, la contribution à la destruction intérieure brute (DIB) est plus grande que le produit intérieur brut (PIB). Et si tu détestes les chiffres, pas d’inquiétude, tu peux toujours faire n’importe quel truc mentionné ici parce que t’en as envie, et ignorer toute la comptabilité.

Pourquoi une anarchiste illégaliste irait trouver un boulot ?

Ça peut sembler légèrement contre-intuitif, mais s’engager dans une activité légale permet souvent de renforcer son habilité à s’engager dans d’autres activité illégales. Dans un autre domaine d’action directe, travailler en tant que gardienne de sécurité ou concierge dans un établissement que son groupe affinitaire souhaite cibler permettrait évidemment de donner au groupe des informations importantes. Dans un exemple de la vraie vie, selon l’acte d’accusation RICO, ou ou une employée de l’entreprise de caméras Flock aurait fait fuiter des informations aux défenseurs et défenseuses de Defend the Atlanta Forest sur la localisation de caméras. La même reste vraie pour le travail : le vol, le cambriolage, le braquage, la fraude, le chantage et bien d’autres arnaques deviennent plus possibles, et plus impactants, avec un ou une initiée.

Considérons quelques exemples (hypothétiques)
– Une concierge dépose des clés d’un concessionnaire automobile à un endroit convenu. Le concessionnaire est cambriolé cette nuit-là.
– Un guichetier de banque se fait braquer et oublie d’enclencher l’alarme silencieuse ou de mettre l’encre de sécurité indélébile dans le sac de cash.
– Une vendeuse d’un grand magasin fait fuiter le calendrier de prévention des pertes.
– Une assistante qui travail dans une entreprise qui soutient la fabrication d’armes divulgue l’information de comment entrer dans l’usine de fabrication, et où le matériel sensible est localisé.
– Un caissier échoue à vérifier de la fausse monnaie.
– Un caddie qui travaille sur un terrain de golf et apprend l’emplacement du coffre, ainsi que le moment où il est vidé.
– Une employée chez T-Mobile renouvelle accidentellement des forfaits gratuitement.

Des suggestions à garder à l’esprit si tu décides d’explorer ta vie sur le marché du travail.

a) C’est probablement une mauvaise idée pour la personne qui travaille de faire le casse. Les boulots d’initiée ne sont pas inhabituels. J’ai entendu parler de concierges se faire prendre les empreintes digitales avant d’être embauchées. Fais des recherches sur comment les initiées se font prendre, et évite de faire les erreurs habituelles.

b) Si possible, séparer la personne qui travaille du casse dans l’espace et le temps, sans le rendre évident.
Quitter l’emploi le jour d’avant, le jour même, ou le jour d’après le casse semblera probablement chelou. S’il y a une raison naturelle de partir, par exemple si l’emploi était temporaire dès le départ, alors t’es moins susceptible d’éveiller des suspicions. Les emplois temporaires au noir, sans nécessité de pièces d’identité, sont les plus sûrs, mais plus difficiles à trouver et ont probablement moins d’impact.

c) La personne qui travaille voudra possiblement limiter le contact avec l’équipe du casse jusqu’à ce que l’enquête se soit refroidie.
Attends un mois ou deux avant de vous retrouver ensemble dans des espaces publics, et même peut-être en privé, ça dépend à quel point tu t’attende à ce que ce soit chaud. Vaut mieux ne pas se voir pour 1-2 mois maintenant plutôt que 1-2 ans plus tard quand vous êtes derrière les barreaux.

d) La personne qui travaille ne devrait montrer aucun signe extérieur d’augmentation de richesse après le casse.
Pas de nouvelles voitures, chaînes en or, ou gros dépôt sur le compte en banque. Faire profil bas.

Pourquoi une anarchiste illégaliste lancerait un petit commerce ?

Les petits commerces sont l’un des sujets les plus agaçants à discuter avec les gauchistes, les socedems, les conservateurs, et parfais même les anarchistes. Les petits entrepreneurs sont à peine moins sacrés que Jésus. Tu ne devrais pas voler les petits commerces, tu ne devrais pas dévaliser les petits commerces, tu ne devrais pas éclater leurs vitres, et tu ne devrais même pas bloquer la rue pendant une manifestation parce qu’ils pourraient perdre des revenus !

Nique tout ça. Les petits entrepreneurs sont les pires. Il adorent définitivement les flics et veulent t’envoyer en prison. Ils sont aussi contre-révolutionnaires qu’aucune autre classe, et servent de balise à tes compagnons et compagnonnes potentielles. Pour paraphraser un penseur, les prolétaires ne veulent pas être révolutionnaires, ielles veulent être des petits entrepreneurs.

Mais eh, je te dis que toi aussi tu peux faire partie de la colonne vertébrale de la société « américaine » ! Juste ne laisse aucun des cireurs de pompes savoir que pratiquement tout ce que tu fais avec ton petit commerce est illégal.

Pourquoi démarrer une petite entreprise en tant qu’anarchiste illégaliste ? Parce que les petites entreprises peuvent remplir un ou plus des objectifs suivants

a) un standard de façade : y mêler des biens volés avec des biens légitimés vendus par la petite entreprise. Gérer une boutique de matériel d’occasion (ça peut être une entreprise tout en ligne), récupérer et acheter légitimement du matériel d’occasion et le revendre, puis y mêler du matériel volé par des potes de la choure avec des biens légitimés.

b) une semi-façade : vendre des produits où la majorité des coûts du produit vient de matériels volés. Un peu de labeur légitimé est ajouté au matériel volé pour le blanchir.
Voler des fournitures d’impression et imprimer de l’art généré par IA à vendre sur Etsy. Voler des clés USB et installer Tails dessus, ou des Google Pixels et installer Graphene dessus.

c) un vecteur infiltration/exfiltration : utiliser la petite entreprise pour gagner des informations ou de l’accès à des ressources et des actifs qui peuvent ensuite être exploités.
Un travailleur du sexe obtient des informations compromettantes pour faire chanter un client CSP+. Une boîte de cybersécurité white hat fait fuiter des informations à des homologues black hat. Une vendeuse illégaliste escroque un marché légitimé.

Une note sur la sécurité quand on fait fonctionner une petite entreprise illégaliste : Parce que tu t’engages dans une activité illégale, c’est mieux de la limiter à une petite échelle, au moins pour la partie légale. T’as pas vraiment envie de déclarer des impôts ou avoir à créer une vraie SARL. Si tu limites le revenu légal à suffisamment peu, et ce devrait être facile étant donné que t’as probablement pas besoin de beaucoup d’argent pour du Red Bull ou des entrées à des concerts punk, tu réduits significativement tes risques. Si tu souhaites obtenir une place au soleil avec ton entreprise, jette un œil à comment les syndicats du crime se font prendre, comme la mafia, pour minimiser le risque.

Emploi temporaire versus à long terme

Il y a des avantages et des désavantages à utiliser des emplois et des petites entreprises pour des longues escroqueries versus courtes escroqueries. Les opérations courtes sont plus sûres, requiert moins d’effort et d’engagement. Seulement les opérations courtes sont limitées en termes de leur impact car les affaires et le gouvernement limitent l’accès donné à de nouvelles employées et boîtes. Les opérations longues ont le problème opposé, avec un impact potentiel plus grand mais aussi plus de risque et d’effort. En outre, plus tu travailles légitimement, plus tu deviens un travailleur et contribues au PIB plutôt qu’au DIB.

S’infilter

Tandis que les anarchistes illégalistes conditionnent rarement leur comportement sur des croyances en des mythes messianiques et eschatologiques, comme la révolution ou l’effondrement de la civilisation, infiltrer les classes économiques du pouvoir peut avoir de plausibles bénéfices pratiques. Faire chanter un cadre, ou d’autres brutes haut placées, soit en obtenant des informations sur eux par leur boulot, soit en collaborant avec eux avec ta petite entreprise, pourrait te procurer une maison gratuite, de l’argent, et des connexions avec d’autres élites. En impliquant et compromettant des élites dans nos affaires, on débusque leurs sales secrets, et utilise leur richesse et énérgie comme notre trésor inépuisable.

Une clarification avant la fin

On dit pas que tout le monde devrait trouver un boulot. On dit que si tu dois travailler, et ne parviens pas à envisager comment avoir ce que tu veux par des moyens illégaux, examine comment tirer parti de ce boulot pour du cash en plus ou de l’influence par l’activité criminelle. Il n’y a pas de pression, car en définitive, si tu n’apprécies pas les escroqueries, arnaques, et casses, tu ne vas pas faire du très bon travail de toute façon. Mais si t’es un peu excité par transformer un cauchemar salarial de 10 $/heure en hilarante opportunité qui rapporte, on espère que tu feras l’expérience, et que certaines des idées présentées ici seront utiles.

Samedi 10 août, près de la prison de Carquefou, nous avons tiré des feux d'artifice et gueulé en direction de la maison d'arrêt (des "Crève la taule !"). C'était en soutien à toutes les personnes enfermées et qui subissent la répression dans le contexte politique actuel. Plein de courage aux [...]

Publié le 2024-08-11T20:24:21+02:00

Samedi 10 août, près de la prison de Carquefou, nous avons tiré des feux d’artifice et gueulé en direction de la maison d’arrêt (des « Crève la taule ! »). C’était en soutien à toutes les personnes enfermées et qui subissent la répression dans le contexte politique actuel.

Plein de courage aux détenu.es, aux retenu.es et à leurs proches !

Crève la taule !

Crève la France et son drapeau !