Vive l'Anarchie - Semaine 34, 2023

Sommaire

Nîmes (Gard) : incendie du centre de rétention et sextuple évasion

Publié le 2023-08-21 07:20:28

Six personnes évadées après des incendies dans
un centre de rétention à Nîmes
Ouest France/Libération, 20 août 2023

Samedi 19 août vers 22 heures, survient une panne d’électricité au centre de rétention administrative de Nîmes (Gard), et «pour une raison qu’il faudra déterminer, le groupe électrogène (n’a pas pris) le relais, plongeant de très longues heures le CRA dans le noir», détaille dans un communiqué le syndicat de police Alliance.

Vers 22h15, des retenus en profitent alors pour arracher des caméras de surveillance, briser des portes et mettre le feu à 14 chambres, dans trois zones de l’établissement. Rapidement, six casernes de pompiers interviennent pour stopper l’incendie et des renforts arrivent du commissariat de Nîmes pour assurer la surveillance des 90 retenus placés dans la cour en attendant.

Mais face au nombre de retenus et à la situation, les 11 gardiens du CRA et les renforts policiers ne suffisent pas : six personnes parviennent à s’évader du bâtiment. Ce dimanche 20 août 2023, de nombreux transferts de retenus auront lieu vers Toulouse et Marseille. Une enquête est en cours pour estimer le coût des réparations et déterminer l’identité des coupables, tandis que « deux zones de vie » du centre de rétention « sont complètement hors service ».

Appel à une semaine de solidarité internationale en soutien aux inculpé.es du 8/12/2020

Publié le 2023-08-21 07:25:06

Le procès des inculpé.es du 8 décembre se déroulera du 3 au 27 octobre 2023, nous appelons à une semaine de solidarité du 16 au 23 septembre. Nous invitons toutes les personnes qui le souhaitent à faire retentir dans des formes variées notre détermination et notre rage contre ce monde de merde, et notre solidarité avec les inculpé.es



L’affaire du 8 décembre 2020 est une opération antiterroriste commanditée par le Ministère de l’Intérieur contre des militant·es désigné·es par ce dernier comme des « activistes d’ultragauche » et mis·es en examen pour « association de malfaiteurs terroristes ».

La DGSI, accompagnée d’unités de polices militarisées (GAO, RAID), a procédé à l’arrestation de neufs personnes – que nous réunissons sous la bannière « libertaires » – dont les engagements politiques étaient divers et dans différentes régions : soutien aux familles réfugié·es, projets d’autonomie et de lieux collectifs à la campagne, soutien aux victimes de meurtres d’État, squat d’activités politiques et contre-culturelles, écologie et défense de la cause animale, implication dans des Zones A Défendre, activisme dans la scène punk, féminisme, mouvement Gilets Jaunes, etc. Ce sont des camarades de longue date des luttes sociales.

Les récents évènements ne cessent de prouver la banalisation de l’usage des forces antiterroristes et l’engrenage de violence dans lequel s’enfonce l’État jour après jour. Cela nous rappelle qu’une mesure d’exception finit toujours par s’appliquer massivement et qu’il n’y aura pas de retour en arrière sans que nous n’agissions.


LIRE : L’affaire du 8 décembre : c’est quoi ?
https://soutien812.blackblogs.org/2022/01/30/un-recit-de-laffaire-du-8-12/

C’est pourquoi aujourd’hui nous préparons la mobilisation en vue du procès des inculpé·es du 8/12.

Après plus de deux années d’instruction à charge, le juge d’instruction a décidé de maintenir les accusations de la DGSI. Les inculpé·es, au nombre de sept, passeront devant la Chambre 16 (antiterrorisme) du tribunal correctionnel de Paris pour « délit d’association de malfaiteurs terroristes ». La qualification criminelle n’a pas été retenue mais la dimension terroriste et collective demeure malgré l’absence totale de preuves ni même de liens entre tou·tes les mis·es en examen. Plusieurs d’entre elleux sont également inculpé·es pour « refus de remettre une convention secrète de déchiffrement ».

Le procès se déroulera du 3 au 27 octobre. Et les inculpé·es du 8/12 risquent aujourd’hui encore plusieurs années de prison et des dizaines de milliers d’euros d’amende.

Dans le contexte judiciaire particulièrement violent envers les révolté·es (de Sainte-Soline aux émeutes des jeunes des quartiers populaires, les juges ont eu la main très lourde) et laxiste envers les criminels en uniforme, ce procès risque fortement d’être instrumentalisé par le pouvoir.

Imaginez : LE PROCÈS DE L’ULTRAGAUCHE ! Quelle aubaine.

Sauf que les inculpé·es du 8/12 ne sont pas plus -ultra- que n’importe qui. Iels ont leurs éthiques, leurs modes de vie et leurs idéaux d’émancipation sociale.

Ne laissons pas l’État franchir ce cap ! Un procès politique ne sert pas à punir des individus mais un mouvement. Pour que demain nous ne soyons pas tou·te·s des terroristes, nous appelons donc à la solidarité de toutes les composantes de la contestation sociale.

COMMENT PARTICIPER À LA SOLIDARITÉ ?

Face aux États qui veulent diviser les mouvements de résistance, les amitiés et les camaraderies, les collectifs et toutes les formes d’organisations de la gauche en général, nous revendiquons la solidarité sous toutes ses formes !
Nous vous invitons à faire retentir dans des formes variées notre détermination et notre rage contre leur monde, et notre solidarité avec personnes qui passeront en procès à Paris du 3 au 27 octobre 2023.
Chaque individu, collectif et organisation peut prendre part à cet appel. À sa manière, avec les outils qui lui sont familiers, sa créativité et son imagination ! De la plus fragile à la plus spectaculaire, toutes les actions ont du sens. Et si cela permet de renforcer nos liens, nos réflexions, notre réactivité, alors saisissons cette occasion.
Vous pouvez partager vos solidarités sur : 812support@riseup.net (préférez l’usage de PGP).

Région des Appalaches (USA) : La Mountain Valley Pipeline a repris avec des engins rongés par l’eau de Javel

Publié le 2023-08-21 07:30:03

Unravel / mi-août 2023

Nous avons appris que les suspensions administratives ont été levées et que la construction du Mountain Valley Pipeline [gazoduc qui devrait transporter du gaz naturel du nord-ouest de la West Virginia au sud de la Virginia, sur un parcours de près de 500 km à travers cette région montagneuse ; NdAtt.] a repris. Je me demande s’ils se sont aperçus qu’il y a des problèmes dans leurs engins de chantier ? Tandis qu’ils continuent à travailler, l’eau de Javel ronge de plus en plus leurs engins de l’intérieur. A l’heure qu’il est, les dégâts devraient être faits.

Les protestations, seules, ne suffisent pas. Bien que les habitant.es de la région des monts Appalaches disent depuis des années qu’elles/ils ne veulent pas de ce gazoduc – dans les tribunaux, avec des manifestations, avec des actions directes non violentes comme s’enchaîner aux machines – ce projet est imposé quand même. Rejoignez-nous pour bloquer ce pipeline, tant qu’on le peut encore !

Prison de Bancali (Italie) : Des nouvelles d’Alfredo Cospito

Publié le 2023-08-21 07:35:02

Il Rovescio / dimanche 20 août 2023

Des nouvelles sur la situation d’Alfredo Cospito et appel à la solidarité

Nous avons reçu l’information que Alfredo, dans la prison de Bancali (Sassari), va bien physiquement et a repris du poids, après les six mois de grève de la faim.
Malheureusement, il reçoit très peu de courrier, presque pas, et la prison ne lui communique même pas toujours quand ils retiennent des lettres, des cartes postales ou des télégrammes qui lui sont adressés. Il est donc soumis à un niveau de censure encore plus haut et arbitraire de celui, déjà très dur, du 41-bis.

Nous lançons donc cet appel à ne pas lui faire manquer notre solidarité et nous invitons tout le monde à lui écrire des lettres ou des cartes postales en utilisant des lettres recommandées avec avis de réception, pour augmenter la possibilité qu’on les lui donne, ou bien, si la prison les garde, qu’il en soit informé.

 

Alfredo Cospito
Casa Circondariale « G. Bacchiddu »
Strada provinciale 56, n.c. 4
Località Bancali
07100 – Sassari (Italie)

Contre toutes les taule !

Cassa Antirepressione Alpi Occidentali

Vienne (Autriche) : Vitres brisées au bureau de l’entreprise-arnaqueur Pecado

Publié le 2023-08-21 07:40:05

Emrawi / samedi 19 août 2023

Solidarité avec les habitant.es menacé.es d’expulsion

Pecado GmbH est une saleté d’entreprise mafieuse et capitaliste, qui fait des milliers d’euros de profits avec des locataire.ices en situation de précarité. Elle essaye de dégoûter les gens de leurs maisons, de manière dénué de scrupules.
Nous avons rendu visite à leur bureau de Vienne, fait tinter les fenêtres et enjolivé la façade. Que vos sales pattes ne touchent pas aux immeubles de location, aux gens et aux logements en tant que besoin fondamental !
Les logements appartiennent à qui y vit ! Feu à la mafia de l’immobilier !

Sur le campement à travers la frontière

Publié le 2023-08-21 14:55:05

[MàJ] La pratique du Passamontagna n’a pas fonctionné. Après des années, plusieurs camps et de nombreuses manifestations qui nous ont amenés à passer la frontière ensemble, sans que personne -le temps d’une journée - ne risque sa vie pour franchir cette ligne imaginaire qu’est la frontière, cette fois-ci, le passage collectif a échoué.



versione italiana in seguito

english version below

Samedi 5 août plus de 500 personnes ont quitté le campement installé à Claviere pour rejoindre la prochaine étape, en France. La gendarmerie en tenue anti-émeute, déployée sur tous les chemins, a bloqué notre passage. Des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes étaient déjà positionnés en amont du cortège. Près de trente camions et voitures anti-émeutes du côté français, plus ceux positionnés du côté italien. Il a été décidé de ne pas aller jusqu’à l’affrontement qui aurait été nécessaire pour tenter de passer, afin d’éviter un très probable massacre. La police française a changé ses pratiques au fil des ans, augmentant de temps en temps son niveau de violence et l’utilisation d’armes. On s’est pas voulu - dans cette situation - risquer des blessures graves.
Comme tous les jours, ce week-end a vu passer des centaines de personnes en route pour la France. Le camp a été un bon moment pour partager des réflexions, des discussions, des danses et des bavardages. Bien que le passage collectif ait échoué, les personnes exilées de passage sont néanmoins reparties, comme chaque jour sur cette frontière maudite. Plus de 100 personnes sont arrivées à Briançon dans le week-end. Une trentaine de refoulements.

La rage conséquent au refoulement de masse a provoqué quelques réactions.
Samedi aprés-midi, un cortège s’est mis en route en direction de la frontière, surprenant certains officiers italiens qui ont dû courir, et bloquant la frontière pendant plus d’une heure.
Le lendemain, dimanche, un autre cortège s’est formé sur la route de Claviere à Montgenèvre, pour tenter d’atteindre la PAF, le quartier général des gardes-frontières. Un important dispositif de gendarmes, avec des camionettes et un canon à eau, a barré la route. Les gardes mobiles ont tiré de nombreux gaz lacrymogènes et quelques grenades assourdissantes et flashballs. Sur les chemins d’en haut, les gendarmes qui tentaient de se rapprocher ont été tenus à distance pendant un bon moment.
Pendant plus de deux heures, la frontière est restée fermée. Si personne ne passe, personne ne passe. Les marchandises et les touristes ne passent pas non plus, de sorte que ce point de passage de frontière devient inopérent.

Si, ces jours-ci, quelqu’un - soit-disant - a "osé" gâcher le terrain de golf en écrivant ou en binant, cela ne nous semble pas être une tragédie, bien au contraire. La privatisation de cette montagne dans l’intérêt de quelques riches et de touristes fortunés conduit également à sa militarisation. Protéger cet imaginaire, le paysage des villages de montagne où l’on peut jouer au golf en toute tranquillité sur le "golf transfrontalier 18 trous" appartenant à Lavazza et à la commune de Montgenèvre et skier sur les pistes "sans frontières". Ou encore se balader à vélo électrique sur les mêmes sentiers que ceux empruntés par des dizaines d’exilés chaque jour, mais plus souvent la nuit, justement parce qu’ils ne sont pas visibles. Une destination pour touristes fortunés ne peut pas être une zone de transit pour migrants, ça gache trop le décor. Ils construisent également deux "réservoirs d’eau", en volant l’eau de l’environnement, pour être sûrs de pouvoir tirer de la neige en hiver sur ces pistes. Privatisation, exploitation et militarisation des montagnes vont de pair.

Le camp de Passamontagna a également été un moment de rencontre, de discussion et de réflexion sur le monde qui nous entoure et sur les mécanismes d’exploitation et d’exclusion. Des réunions ont été organisées pour parler de l’extractivisme néocolonial qui pousse les gens à migrer, à quitter des territoires massacrés au nom du profit. De l’externalisation des frontières et de la création d’ennemis intérieurs. Des nouveaux mécanismes de répression étatiques et européens à l’égard des exilées et des autres. De luttes contre les CPR/CRA (centres de rétention administrative).
Parce que dans une société qui nous veut de plus en plus individualistes et séparés, nous devons de plus en plus nous connaître, nous reconnaître, nous confronter, nous unir pour combattre un système de plus en plus totalisant et totalitaire.

A Briançon, ville de première destination pour tous celleux qui franchissent cette frontière, le centre d’hébergement solidaire Les Terrasse est surchargé. Les arrivées sont trop nombreuses et les places toujours insuffisantes. C’est aussi pour cela qu’un nouveau lieu a été ouvert et rendu public lundi. Une occupation qui se veut aussi un lieu d’accueil et de rencontre pour ceux qui luttent contre cette frontière, chacun à sa manière. Il y a besoin de soutien et de matériel !
L’adresse est 34A Avenue de la République, hôpital les jeunes pousses SSR, Briançon.

Un chaleureux merci à toutes les cuisines solidaires qui ont nourris des centaines des personnes pendant ces trois jours et à toutes les personnes qui y ont participé et rendu possible le camp.

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Mais le lendemain on a appris une terrible nouvelle. Le lundi 7 aout, un jeune exilé a été retrouvé mort sur la route militaire reliant Montgenèvre à Briançon. Son nom était Moussa. Il était guinéen. Face contre terre, trouvé par un touriste à vélo. On n’en sait toujours pas plus.
Un autre mort. Une victime de plus de cette frontière qui est de plus en plus marquée par la présence de la police aux frontières (PAF), déployée sur les chemins jour et nuit.
Le onzième, le douzième, le vingtième, qui sait. Les chiffres ne sont pas clairs car tous les décès ne sont pas rendus publics. Officiellement, dix corps ont été retrouvés depuis 2018.
Comme pour les autres décès, c’est clair qui sont les responsables. Il ne s’agit pas d’une mort aléatoire. Ce n’est pas de la malchance. Ce n’est pas un touriste qui meurt. C’est un "migrant" de plus, jeté des bus et des trains à la frontière, obligé de marcher la nuit pour échapper aux contrôles, pourchassé par les flics parce qu’il est catégorisé comme migrant et sans papiers, généralement parce que pauvre. Sur ces chemins, la PAF mène une chasse constante et raciste à tous ceux qui ne sont pas blancs et ne ressemblent pas à des touristes prêts à dépenser leur argent sur des terrains de golf ou des pistes de ski transformées en terrain de jeu pour vélos électriques en été.
Et c’est à vélo, à pied ou en voiture que la PAF rôde sur les pistes à la recherche de ceux qui n’ont pas les bons papiers pour les traverser. Une nouvelle force militaire vient d’arriver à Montgenèvre avec pour objectif de limiter encore plus les entrées indésirables. Il y a des centaines de flics qui protègent cette frontière. Mais le flux de personnes ne s’arrête pas, car aucun filet, mur ou garde ne pourra jamais bloquer complètement le désir de liberté et la recherche d’une vie meilleure.
Mais la paix est difficile à trouver aujourd’hui.
Peut-être que si nous avions pu marcher ensemble, cela ne serait pas arrivé. Peut-être que si le Passamontagna avait fonctionné, ce garçon ne serait pas mort.
Tous les flics présents sur ces chemins samedi et dimanche ont du sang sur les mains. Tout comme le préfet de Gap, qui avait rendu illégales toutes les manifestations et tous les campements pendant le week-end, et qui a donné l’ordre d’entraver le passage de toutes les manières possibles, a du sang sur les mains.

Chaque policier est une frontière. Le bras armé d’un Etat qui continue à diviser, sélectionner et tuer au gré de ses intérêts politiques et économiques.
Que les responsables paient cher, ici, à Montgenèvre, à Briançon, partout en France.

Un pensée vient obscurcir notre esprit. Nous avons du mal à perdre de vue que le corps a été retrouvé sur la route militaire, qui peut être empruntée à pied mais aussi avec une voiture 4x4, que les gardes utilisent pour effectuer leurs patrouilles. Il est difficile de mourir par accident sur cette route, d’autant plus en été.
Trop de personnes sont déjà mortes à la frontière, en fuyant la police. Rappelons Blessing Matthew, une jeune Nigériane de 20 ans, morte en 2018 dans la Durance en tentant d’échapper aux gendarmes qui la poursuivaient. Ou encore Fahtallah, retrouvé mort dans le barrage près de Modane, où il s’était aventuré après avoir été refoulé. Ou Aullar, 14 ans, mort écrasé par le train qu’il n’avait pu prendre à Salbertrand, en direction de la frontière. Ou encore tous ceux qui sont morts de froid ou sont tombés après avoir été refoulés à la frontière et s’être aventurés sur les sentiers les plus élevés.
La militarisation de ces montagnes tue.

La PAF, les gendarmes, l’Etat français, l’Europe. Ici les responsables de cette mort.

La frontière est partout, dans chaque frontière à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, là où elle est peut-être la plus reconnaissable, mais elle est aussi dans chaque rue, place ou gare où la police contrôle les papiers, elle est dans les centres de rétention administrative (CRA), elle est dans chaque bureau Frontex disséminé en Europe, elle est dans chaque usine d’armement ou dispositif de surveillance qui est produit en Europe et remis à la police des frontières.
D’où une invitation à agir chacun à sa manière, chacun à sa place, contre les frontières.

CONTRE TOUTES LES FRONTIÈRES, LES ÉTATS QUI LES CRÉENT ET LES UNIFORMES QUI LES PROTÈGENT.

Quelques participants au camping Passamontagna

Considerazioni sul campeggio passamontagna 2023. Un altro morto di frontiera.

La pratica del Passamontagna non ha funzionato. Dopo anni, vari campeggi e numerose manifestazioni che ci hanno portato ad attraversare il confine assieme, senza che nessunx - per un giorno - rischiasse la vita per superare questa linea immaginaria chiamata frontiera, questa volta il passaggio collettivo é fallito.

Sabato più di 500 persone sono partite dall’accampamento allestito a Claviere per arrivare alla prossima tappa, in Francia. I gendarmi in antisommossa, schierata su tutti i sentieri, hanno bloccato il passaggio. Lacrimogeni e bombe stordenti alla mano, posizionati già a monte rispetto al corteo. Quasi una trentina tra camionette e macchine sul lato francese, più quelle posizionate sul lato italiano. E’ stato scelto di non arrivare allo scontro che sarebbe stato necessario per tentare di passare, per evitare un probabile massacro. La polizia francese ha cambiato pratica in questi anni, aumentando di volta in volta il suo livello di violenza e uso delle armi. Non si è voluto - in quella situazione - rischiare feriti gravi.

Come ogni giorno, anche in questo week end erano centinaia le persone di passaggio dirette in Francia. Il campeggio é stato un bel momento per condividere riflessioni, discussioni, balli e racconti. Nonostante il passaggio collettivo sia fallito, le persone di passaggio si sono comunque messe in cammino successivamente, come avviene ogni giorno su questa maledetta frontiera. Più di 100 persone sono arrivate a Briaçon nel weekend. Una trentina i push-back.

La rabbia conseguente al respingimento di massa ha provocato alcune reazioni. Sabato pomeriggio un piccolo corteo é partito in direzione della strada sul confine, cogliendo di sorpresa qualche agente che si é ritrovato a dover correre, e bloccando la frontiera per più di un’ora.
Domenica un altro corteo é stato fatto sulla strada che da Claviere porta a Monginevro, nel tentativo di arrivare alla caserma della PAF, la sede delle guardie che proteggono il confine. Un dispositivo importante di gendarmi, con camionette e un idrante sbarravano la strada. Le guardie hanno sparato lacrimogeni e qualche bomba stordente e priettili di gomma. Sui sentieri sopra la strada sono stati tenuti a distanza i gendarmi che cercavano di avvicinarsi.
Per più di due ore la frontiera é rimasta chiusa.
Se non passano tutti, non passa nessuno. Nemmeno le merci e i turisti, per cui questa frontiera di solito non esiste.

Se in queste giornate qulcunx - dicono - ha "osato" rovinare i campi da golf con qualche scritta o zappata, non ci sembra una tragedia. La privatizzazione di questa montagna per gli interessi di pochi ricchi e dei turisti benestanti é anche ciò che porta alla sua militarizzazione. È anche per proteggere quest’immaginario, lo scenario dei paesini di montagna dove giocare a golf in tranquillità sulle "18 buche transfontaliere" di proprietà Lavazza e del Comune di Monginevro e sciare sulle piste "senza confine”, che vengono militarizzati i sentieri di queste montagne. Una meta per il turismo ricco non può essere zona di passaggio per migranti. A Monginevro stanno anche costruendo due "bacini idrici", che sottrarranno acqua all’ambiente circostante, per assicurare di avere neve artificiale nei caldi inverni a venire.
Privatizzazione, sfruttamento e militarizzazione della montagna sono parte dello stesso meccanismo.

Il campeggio Passamontagna è stato anche un momento di incontro, discussione, ragionamento sul mondo che ci circonda e sui dispositivi di sfuttamento ed esclusione. Ci sono stati incontri dedicati all’estrattivismo neocoloniale che spinge le persone a migrare, ad andarsene da territori massacrati in nome del profitto. Si è discusso di esternalizzazione delle frontiere e della creazione dei nemici interni. Di scafismo e DIA . Dei nuovi meccanismi legilsativi di guerra verso i/le migranti e solidali. Di lotte ai CPR/CRA.
In una società che ci vuole sempre più individualisti e separati, dobbiamo incontrarci, conoscerci, riconoscerci, confrontarci e unirci per lottare un sistema sempre più totalitario.

A Briançon, prima città di arrivo per tuttx coloro che attraversano questo confine, il rifugio solidale Les Terrasse é sovraccarico. Troppe le persone che arrivano, e i posti sono insufficienti. Anche per questo un nuovo spazio é stato aperto e reso pubblico lunedì 7 agosto. Un’occupazione che vuole essere anche un luogo di ospitalità e di incontro per chi questa frontiera la combatte, ognuno a suo modo. C’é bisogno di sostegno e materiali !
L’indirizzo é 34A Avenue de la République, hopital les jeunes pousses SSR, Briançon.

Un ringraziamento enorme và a tutte le cucine solidali che hanno nutrito centinaia di persone in questi tre giorni e tutte le persone che hanno partecipato e reso possibile il campeggio.

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Ma nei giorni successivi viene data una notizia terribile. Lunedì 7 agosto, un giovane "migrante" é stato trovato morto sulla strada militare che da Monginevro arriva a Birançon. Faccia a terra, ritrovato da un turista in bicicletta. Il suo nome era Moussa. Arrivava dalla Guinea.
Per il momento non si sà molto di più.
Un’altra morte. Un’altra vittima di questo confine che prende le sembianze dalla polizia di frontiera (PAF) schierata sui sentieri giorno e notte.
La undicesima, dodicesima, ventesima, chissà. I numeri non sono chiari perché non tutte le morti vengono rese pubbliche. Ufficialmente, dal 2018 ad oggi, son stati ritrovati dieci cadaveri. E non é una morte casuale. Non é la sfortuna.
A morire è l’ennesimo "migrante", buttato giù dai bus e treni in frontiera, obbligato a camminare di notte per fuggire in controlli, inseguito dalle guardie per il suo essere senza documenti, tendenzialmente perché povero. Come per le altre morti, i responsabili sono chiari. Su questi sentieri la PAF effettua una caccia costante, razzista, verso chi non é bianco e non sembra un turista pronto a spendere i suoi soldi sui campi da golf o sulle piste da sci che diventano parco giochi per bici elettriche d’estate.
Ed é in bicicletta, a piedi, su quad o in macchina che si apposta la PAF sui sentieri alla ricerca di chi non ha il buon pezzo di carta per attraversarli. Dotata di droni, sensori e visori notturni, una nuova forza militare é arrivata recentemente a Monginevro con lo scopo di limitare ancora di più gli ingressi indesiderati. Centinaia di guardie proteggono questo confine. Ma il flusso di persone non si ferma, perché nessuna rete, muro o guardia riuscirà mai a bloccare il desiderio di libertà e la ricerca di una vita migliore.
Ma é difficile oggi trovare pace.
Forse, se il Passamontagna avesse funzionato, quel ragazzo non sarebbe morto.
Ogni sbirro presente su quei sentieri sabato e domenica ha le mani sporche di sangue. Così come ha le mani sporche di sangue il Prefetto di Gap, che ha reso illegale ogni manifestazione e campeggio nel week end, e che ha dato ordine di impedire con ogni mezzo necessario il passaggio.
Ogni sbirro é una frontiera. Braccio armato di uno stato che divide, seleziona e uccide a seconda dei propri interessi politici ed economici.
Che la paghino cara i responsabili, qui, a Monginevro, a Briançon, ovunque.

Un pensiero ci offusca la mente. Ci rimane difficile non pensare al fatto che il corpo é stato trovato sulla strada militare, percorribile a piedi e anche con una macchina 4x4, che infatti usano le guardie per effettuare i loro pattugliamenti. Difficile morire per caso su quella strada.
Già troppi i morti in frontiera, in fuga dalla polizia. Ricordiamo Blessing Matthew, giovane ventenne nigeriana morta nel 2018 nel fiume Durance mentre cercava di scappare dai gendarmi che la inseguivano. O Fahtallah, trovato morto nella diga vicino a Modane, dove si era avventurato dopo essere stato respinto. O il 14enne Aullar, morto stritolato dal treno che non poteva prendere a Salbertrand, diretto al confine. O tutti gli altri morti di freddo o caduti dopo esere stati respinti alla frontiera ed essersi inespicati sui sentieri più alti.
La militarizzazione di quste montagne uccide.
La PAF, i gendarmi, lo stato francese, l’europa. Qui i responsabili di questa morte.

La frontiera è ovunque, in ogni confine interno ed esterno all’europa, dove forse è più riconoscibile, ma è anche in ogni strada, piazza o stazione dove la polizia controlla i documenti, è nei centri di detenzione per il rimpatrio, è in ogni ufficio di Frontex sparso sul territorio europeo, è in ogni fabbrica di armi o di dispositivi di sorveglianza che prodotti in europa vengono regalati alle polizie di confine.
Da qua un invito, di agire ognunx a suo modo, ognunx nel proprio luogo, contro le frontiere.

CONTRO OGNI FRONTIERA, GLI STATI CHE LE CREANO, E LE DIVISE CHE LE PROTEGGONO

Alcunx partecipanti al campeggio Passamontagna

Considerations on the camping against the borders passamontagna. Another border death.

The Passamontagna’s practice did not work. After years, various camps and numerous demonstrations that led us to cross the border together, without anyone - for one day - risking their life to cross this imaginary line called border, this time the collective crossing failed.

On Saturday 5th, in fact, more than 500 people left the campsite set up in Claviere to reach the next stop, in France. The gendarmerie in riot gear, deployed on all the paths, blocked our passage. Tear gas and stun grenades were already positioned upstream from the procession. Almost thirty trucks and riot cars on the French side, plus those positioned on the Italian side. It was decided not to go to the clash that would have been necessary to try to pass, to avoid a very likely massacre. The French police have changed their practice over the years, increasing their level of violence and use of weapons from time to time. We did not want - in that situation - to risk serious injuries.
Like every day, this weekend there were hundreds of people passing through on their way to France. The camp was a good time to share reflections, discussions, dancing and chatting. The people passing through nevertheless left, as happens every day on this cursed border. More than 100 people arrived in Briançon this weekend. Around thirty push-backs.

The anger at not being able to cross the border to continue camping in France provoked some reactions.
On the same day, Saturday, a march started in the direction of the road, catching some Italian officers by surprise as they had to run, and blocking the border for more than an hour.
The next day, Sunday, another march took place on the road from Claviere to Montgenèvre, in an attempt to reach the PAF, the headquarters of the guards protecting the border. An important device of gendarmes, with small trucks and a water cannon barred the road. The guards fired many tear gas and some stun grenades and flashballs. On the paths above, the guards that tried to get closer went keeped far.
For more than two hours the border remained closed. If no one passes, no one passes. Neither do goods or tourists, so in practice this border does not exist.
If these days someone - they say - has ’dared’ to spoil the golf course with some writing or hoeing, it does not seem like a tragedy, quite the contrary. The privatisation of this mountain for the interests of the rich few and wealthy tourists is what also leads to its militarisation. To protect this inmaginary, the scenery of the mountain villages where one can play golf in peace on the ’18-hole cross-border golf course’ owned by Lavazza and the Montgenèvre municipality and ski on the ’borderless’ slopes. Or whizzing on electric bicycles on the same trails travelled by dozens of migrants every day but more often at night, precisely because they cannot be seen. A destination for wealthy tourists cannot be a transit area for migrants. They are also building two ’water reservoirs’, stealing water from the surrounding environment, to make sure they can shoot snow in winter on these trails. Privatisation, exploitation and militarisation of the mountains go together.

The Passamontagna camp was also a time for meeting, discussion, and reasoning about the world around us and the devices of exploitation and exclusion. There were meetings that spoke of neo-colonial extractivism that pushes people to migrate, forced to leave territories massacred in the name of money. Of externalisation of borders and the creation of internal enemies. Of scafism and DIA (anti-mafia investigative directorate). Of new state and European repression mechanisms towards migrants and others. Of confrontation in the CPR/CRA struggles.
Because in a society that wants us to be increasingly individualistic and separate, we must increasingly know each other, recognise each other, confront each other, unite to fight an increasingly totalising and totalitarian system.

In Briançon, town of initial destination for all those who cross this border, the solidarity shelter Les Terrasse is overloaded. Too many people arrive, and places are always running out. This is also why a new place was opened and made public on Monday. An occupation that also wants to be a place of hospitality and a meeting place for those who fight this border, each in their own way. Support and materials are needed !
The address is 34A Avenue de la République, hopital les jeunes pousses SSR, Briançon.

A huge thank you goes to all the solidarity kitchens that fed hundreds of people over these three days and all the people who participated and made the camp possible.

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But we learn a terrible news in the next days. Monday 7 agust, a young migrant was found dead on the military road from Montgenèvre to Briançon. Face down on the ground, found by a tourist on a bicycle. We still don’t know anything more.
Another death. Another victim of this border that takes the shape of the border police (PAF) deployed on the paths day and night.
The 11th, 12th, 20th, who knows. The numbers are unclear because not all deaths are made public. Officially, ten bodies have been found since 2018.
As with the other deaths, it’s clear who is responsible. It is not a random death. It is not bad luck. It is not a tourist who dies. It is yet another "migrant", thrown off buses and trains at the border, forced to walk at night to escape through controls, chased by guards for being a migrant and undocumented, tending to be poor. On these paths the PAF carries out a constant, racist hunt towards anyone who is not white and does not look like a tourist ready to spend his money on golf courses or ski slopes turned into playground for electric bikes in summer.
And it is by bicycle, on foot or by car that the PAF lurks on the trails looking for those who do not have the good papers to cross them. A new military force has recently arrived in Montgenèvre with the aim of limiting unwanted entry even further. Hundreds guards protect this border. But the flow of people does not stop, because no net, wall or guard will ever be able to completely block the desire for freedom and the search for a better life.
But peace is difficult to find today.
Perhaps if we had been able to walk together this would not have happened. Perhaps if the Passamontagna had worked that boy would not have died.
Every cop on those paths on Saturday and Sunday has blood on his hands.
So too has blood on his hands the Prefect of Gap, who made all demonstrations and camping illegal over the weekend, and who gave orders to prevent the passage in every way.
Every cop is a border. The armed arm of a state that continues to divide, select and kill according to its political and economic interests.
Let those responsible pay dearly, here, at Montgenèvre, at Briançon, everywhere in France.

Another thought clouds our minds. We find it hard not to think about the fact that the body was found on the military road, which can be travelled on foot and also with a 4x4 car, which the guards use to carry out their patrols. It is difficult to die by accident on that road.
Already too many have died on the border running the police. Recall Blessing Matthew, a young 20-year-old Nigerian woman who died in 2018 in the Durance River while trying to escape from the gendarmes who were chasing her. Or Fahtallah, found dead in the dam near Modane, where he had ventured after being turned back. Or 14-year-old Aullar, who died crushed by the train he could not catch in Salbertrand, bound for the border. Or all the others who froze to death or fell after being turned back at the border and venturing onto the highest paths.

Militarisation kills on these montains.
The PAF, the gendarmes, the French state, Europe. Here the responsible for this death.

The border is everywhere, in every border inside and outside Europe, where perhaps it is most recognisable, but it is also in every street, square or station where the police check documents, it is in the detention centres for repatriation, it is in every Frontex office scattered across Europe, it is in every arms factory or surveillance device that is produced in Europe and given to the border police.
Hence an invitation, to act each in his own way, each in his own place, against borders.

AGAINST ALL BORDERS, THE STATES THAT CREATE THEM AND THE UNIFORMS THAT PROTECT THEM

Some participants of the Passamontagna camp

(Chile) Claim for Arson Attack on RED Bus Outside San Miguel Prison

Publié le 2023-08-21 15:10:03

Claim for Arson Attack on RED Bus Outside San Miguel Prison

(communiqué and images received on 6/8/23 to the email informativoanarquista@riseup.net)


Arson attack on RED bus outside San Miguel Prison

When we visualize the face of the enemy, we immediately recognize the prison and its penitentiary system, with all its apparatuses and officials, as a target to destroy since this is where they have historically sought to imprison revolutionary minds and actions.

Both in the past and in the present, we know that our comrades in prison have had to resist constant harassment of their bodies on a daily basis, as the gendarmerie tries to systematically demoralize our comrades in prison through humiliation, punishment, torture, threats to take away their visits or orders in the face of any act that alters the codes of domination within the units.

That is why, by means of a precision attack, we set fire to a RED bus with an efficient incendiary device outside the San Miguel Prison, aiming to disrupting the passivity that wafts through the streets, throughout this society that surveilles and controls behavior, longing for submission and building a false belief in the impossibility of fighting it.

A special greeting to comrade Mónica Caballero, who is in a new trial against her together with Francisco Solar for several explosive attacks against repressors and powerful people. Insurrectional solidarity with Mónica and Francisco!

A warm embrace for Itamar Diaz who recently experienced the punishment of the San Miguel jailers after confronting their authoritarian dynamics. Also for the comrades in Santiago 1 who were dispersed to different units after showing solidarity with Itamar.

For all of you, a gesture of solidarity turned into fire, trying to oxygenate the daily life in prison, know that you are with us in every action. A speedy recovery to comrade Zukato.

For the abolition of prisons!
For the multiplication of autonomous action!

Seditious Cell Santiago Maldonado – New Subversion

—-

via: informativoanarquista Translated by A.F.F.N.!

Rome (Italie) : Une plus mille personnes non susceptibles de s’amender

Publié le 2023-08-24 08:30:17

La Nemesi / samedi 27 mai 2023

Une plus mille personnes non susceptibles de s’amender.
Une réflexion sur la mobilisation en solidarité avec Alfredo Cospito.

En prenant la parole par ce texte, à la suite de l’interruption de la grève de la faim d’Alfredo Cospito, nous voulons poser quelques éléments de réflexion que nous espérons puissent être utiles à ceux qui ont lutté pendant cette année de mobilisation et à ceux qui, hier comme aujourd’hui, s’apprêtent à lutter pour la liberté. Nous avons sûrement laissé de côté beaucoup d’éléments, conscients que, si des nombreux aspects ont déjà été attentivement examinés pendant la grève de la faim, par le biais de textes, de discussions et surtout dans le vif de la mobilisation de rue, d’autres restent encore à affronter.

La crise du système capitaliste a porté à son paroxysme la tendance au contrôle, qui est une caractéristique structurelle du néolibéralisme. Cela a impliqué une intensification de la répression à l’encontre du mouvement anarchiste et des révolutionnaires prisonniers. Au cours de ces dernières années, cette attaque répressive s’est peu à peu étendue à tous les exploités qui refusent de subir passivement la crise sociale et écologique.

L’offensive répressive a montré un caractère préventif. L’État veille a tuer dans l’œuf les luttes radicales, dans le but de les criminaliser et les mystifier, en endiguant le possible intérêt que les exploités pourraient leur porter, dans un contexte où l’opposition au capitalisme et à ses politiques énergétiques et économiques pourrait ouvrir des possibilités bien plus larges à la critique de l’État et du capital.

Au sein d’une stratégie qui vise à éliminer le mouvement anarchiste d’action directe, contre lequel on utilise continuellement, depuis des années, des nouveautés répressive, nous ne rappelons que quelques faits remarquables de ces dernières années : l’accusation de massacre portée contre Juan Sorroche ; la requalification, dans le procès Scripta Manent, en « massacre politique » d’un chef d’inculpation contre Anna Beniamino et Alfredo Cospito et le transfert de ce dernier dans le régime de détention 41 bis, en mai 2022 ; la classification de la Fédération Anarchiste Informelle comme « association subversive avec finalité de terrorisme » ; l’utilisation intensive de l’accusation de « provocation aux crimes et aux délits », avec la circonstance aggravante de la finalité de terrorisme, contre des publications anarchistes.

Au cours de cette mobilisation, il a été souligné à plusieurs reprises que l’attaque répressive contre Alfredo est un vrai avertissement de la part de l’État à l’encontre de ceux qui continuent à soutenir les idées et les pratiques révolutionnaires. L’État doit effacer la possibilité et la mémoire de la lutte armée en ce pays. L’action contre Adinolfi, revendiquée par Alfredo au tribunal de Gênes, est l’un des témoignages les plus récents du fait que cette possibilité existe encore.

Dans l’action révolutionnaire, nous ne pouvons pas nous limiter à recevoir les coups que l’État nous donne, en attendant des jours meilleurs. Nous pensons qu’il faut avant tout développer des formes de lutte efficaces, pour affaiblir le pouvoir, à partir d’une capacité d’approfondissement critique des problèmes sociales, dans la perspective d’une compréhension globale de la situation actuelle. En ce sens, en tant qu’Assemblée en solidarité avec Alfredo Cospito et les prisonniers révolutionnaires, nous avons développé des réflexions que nous pensons utile de diffuser, afin de réfléchir ensemble à ce qui s’est passé le long de onze mois de mobilisation, dont six de grève de la faim.

Le mouvement de solidarité international s’est placé, du moins cela a été le cas pour une partie importante, en dehors de la « spécialisation » anti-carcerale ou anti-répressive. En effet, le mouvementa a su comprendre que le durcissement répressif en cours contre les anarchiste et les révolutionnaires n’est pas le résultat d’un acharnement générique de l’État, mais trouve sa raison d’être dans la lutte révolutionnaire pour la transformation sociale et la destruction de l’État et du capital.

Le mouvement de solidarité a réussi à être un bon élément de perturbation de la paix sociale, même s’il n’a certainement pas développé toutes ses potentialités. Pour faire un exemple, la mobilisation a réussi à déchirer le voile de silence autour de ce cette affaire. Néanmoins, les camarades n’ont pas réussi à se soustraire complètement au conditionnement des grands médias : l’intervention d’une grande partie du mouvement antagoniste s’est manifestée principalement à la suite du battage médiatique, comme cela arrive malheureusement souvent.

En tout cas, la mobilisation a eu une valeur énorme : en tant qu’expérience, pour le mouvement anarchiste contemporain, et aussi en ce qui concerne le fait que certaines formes de lutte deviennent habituelles. Tout cela dans une époque qui prône le désengagement et la démobilisation permanente, où la résignation domine. Le mouvement de solidarité a démontré que cette lutte a eu plus de possibilités de se concrétiser à partir d’une instance spécifique – que l’on peut résumer par « Alfredo hors du 41 bis » – qu’à partir d’une quelconque déclaration de principe, comme par exemple dans le contexte d’une lutte conçue de manière plus générale « contre le 41-bis et toutes les taules ». Notre critique du système carcéral doit être conçue au sein d’une critique sociale globale, beaucoup plus large et radicale, qui d’ailleurs comprend aussi l’opposition aux guerres en cours.

La lutte qui a grandi pendant ces onze mois de mobilisation a été caractérisée par une lecture de caractère international de la situation sociale et politique actuelle. En arrivant, dans certains cas, à soutenir aussi d’autres prisonniers révolutionnaires, en France, en Grèce, en Palestine, au Kurdistan et en Turquie. En même temps, s’est manifestée la solidarité humaine et immédiate des compagnons révolutionnaires. En Italie, en France, au Chili, en Grèce, au Royaume-Uni, en Espagne et en Allemagne, depuis le début de la grève de la faim d’Alfredo, ces derniers se sont solidarisés avec lui, en entamant à leur tour des grèves de la faim, en menant des initiatives et des jeunes solidaires, en plus qu’en publiant des déclarations et des analyses. En particulier, nous pensons que les longues grèves de la faim entreprises par Juan Sorroche (25 octobre – 24 novembre), Ivan Alocco (27 octobre – 1er décembre, 22 décembre – 23 janvier) et Anna Beniamino (7 novembre – 14 décembre) ont donné de l’élan et de la force au développement ultérieur de la mobilisation. Parmi les innombrables et importantes initiatives et déclarations solidaires venant des prisons, nous voulons souligner l’initiative menée par Nicola De Maria (prisonnier des Brigades rouges – Colonna Walter Alasia, en taule depuis 1982), qui, en novembre, a refusé de remonter en section après la promenade et en janvier a effectué un battage des barreaux, en publiant ensuite des déclarations en solidarité avec Alfredo et les trois révolutionnaires communistes emprisonnés en 41-bis.

Le cri « tout le monde hors du 41-bis » a résonné dans les prisons. Lors de nos rassemblements devant la taule de Terni, où est emprisonné Juan, nous avons été accueillis par des détenus criant les slogans de la mobilisation. Les potentialités de développement de la lutte à l’intérieur des prisons nous ont semblé concrètes. Le sérieux et la détermination d’Alfredo ont été compris par des nombreux détenus. Son initiative individuelle a été une « tête de pont » extraordinaire, pour les luttes anti-carcerales et contre le 41-bis, et elle s’est avérée plus efficaces que toutes les mobilisations qui ont été entreprises ces dernières décennies sur ces thématiques.

L’issue de l’audience du 18 avril de la Cour constitutionnelle (à laquelle a suivi, le lendemain, l’interruption, de la part d’Alfredo, de sa grève de la faim) n’est pas un « retour » aux principes de la Constitution, ni une « victoire » sur le terrain juridique, dans une bataille de civilisation. Il s’agit d’un résultat qui aurait été impossible sans le développement du mouvement international de solidarité et la forte lutte menée, avec détermination et grande capacité de résistance, par Alfredo.

Après la fin de la grève de la faim, Alfredo reste en régime 41-bis. En ce qui concerne l’autre requête d’Alfredo, c’est à dire l’abolition de la peine de perpétuité avec période de sûreté illimitée – qui, en Italie, est un vrai « fin de peine : jamais » – la Cour constitutionnelle a du prendre en compte son cas, en décrétant inadmissible que la concession des circonstances atténuantes ne fasse pas l’objet d’une évaluation, pour les condamnations qui prévoient la perpétuité comme peine fixe. Cette sentence représente un précédent pour tous les détenus qui se trouveront dans la même situation. La condamnation prévue et demandée à l’encontre d’Alfredo sera calculée à nouveau [le 26 juin 2023, la Cour d’appel de Turin l’a condamné à 23 ans ; Anna, inculpée elle aussi dans le procès Scripta Manent, a écopé de 17 ans et 9 mois ; NdAttaque].

Pour nous, il ne s’agit pas de raisonner en termes de victoire ou de défaite, mais de faire face au virage répressif avec une perspective à long terme, chose d’ailleurs inévitable aujourd’hui, étant donné la presque totale disparité des « forces présentes sur le terrain ». Il nous faut donc abandonner tout sentiment de découragement, même si ce dernier pourrait être compréhensible, puisque Alfredo reste en régime 41-bis. Aujourd’hui, nous sommes conscients d’avoir mis un bâton dans les rues des intentions immédiats de l’État, qui visait à réaliser une œuvre de dénigrement, de mystification permanente et, surtout, d’anéantissement des minorités révolutionnaires. Une offensive dans laquelle le 41-bis représente l’expression répressive maximale aux mains de l’État, en termes de force de dissuasion. En plus, il a été mis en discussion le prestige d’une institution intouchable, symbole de ce système démocratique : l’anti-mafia (Direction nationale anti-mafia et anti-terrorisme – DNAA), le cerveau des stratégies répressives et contre-révolutionniares.

En ce qui concerne les contradictions qui ont surgi au sein des institutions à la suite de la grève de la faim, malgré le fait que la DNAA et le ROS des Carabinieri soient parmi les principaux responsables de son transfert en 41-bis, il faut surligner les avis négatifs au transfert d’Alfredo hors de ce régime, que ces deux structures ont donné au ministre de la Justice Nordio. Cela a eu lieu quand ce dernier a demandé aux différents organismes répressifs de lui envoyer leurs avis à propos de l’instance de révocation de la mesure. Il s’agit de l’une des manifestations les plus visibles de la dynamique qui consiste à se rejeter mutuellement les responsabilités, entre les institutions politiques et celles judiciaires, produite par la pression engendrée par la lutte en cours. Une situation de « confusion » institutionnelle qui a pris fin le 24 février, avec la confirmation de la détention d’Alfredo en 41-bis (avec la ratification, donc, de l’ainsi-dite « ligne de la fermeté ») par la Cour de cassation.

Des considérations exposées jusqu’ici, il ressort que, au cours de ces longs mois, en plus de la vie du compagnon, ce qui a été en jeu c’était aussi le sens et la perspective de la solidarité, un principe qui, depuis des années, est sous attaque constante de la part des parquets antiterroristes de toute l’Italie.

La perspective de cette assemblée, au sein de cette mobilisation et du mouvement de solidarité, a été celle d’un point de rencontre ouvert à tous les compagnons. Nous étions conscients du fait que la lutte d’Alfredo concernait nous tous et que le mouvement anarchiste traversait un moment de faiblesse, dû à des insuffisances qui lui sont propres ainsi qu’à la paralyse provoquée par la répression. En ce sens, nous avons pensé qu’il était nécessaire de se regarder dans les yeux, de se parler et de s’unir pour acquérir de la force et de la consistance.

A cette assemblée ont participé des compagnons et des compagnonnes anarchistes et des camarades communistes qui ont effectué des manifestations et des nombreux initiatives dans la rue, à Rome. L’assemblée s’est donnée avant tout le but de briser le silence qui entourait cette affaire, de faire ressortir le problème, de le rendre de notoriété publique. De plus, nous pensions qu’il fallait pousser pour qu’on réponde à l’attaque répressive.

Cette mobilisation concernait tous les compagnons anarchistes et révolutionnaires. A la suite de contrastes, parfois rudes et difficiles, nous avons compris qu’il n’est pas nécessaire, ni utile, de chercher une synthèse entre les différentes visions des compagnons et qu’il ne doit pas exister une seule perspective qui nous comprenne tous. Au contraire, il faut accepter et valoriser les différences, qui, dans l’anarchisme, sont une richesse. En de telles conditions, le bon « vieux » principe d’une conflictualité en ordre dispersé, cher aux anarchistes depuis l’époque de Cafiero, reste toujours fondamental, dans l’étude et dans le développement intégral de nos possibilités.

La lutte, commencée à la suite de l’accusation de massacre portée contre des anarchistes – cela dans le pays des « massacres d’État » – a continué à la suite du transfert d’Alfredo en 41-bis, de la condamnation par la Cour de cassation d’Anna et Alfredo pour « massacre politique » et de la grève de la faim illimitée de ce dernier. A Rome, la mobilisation s’est concrétisée, à partir de juin, par une première initiative devant le siège de la DNAA, suivie par une balade communicative dans les quartiers populaire de l’est de Rome. Dans le centre de Rome sont installées les institutions politiques, judiciaires et administratives qui sont responsables de la condamnation et des conditions de détention d’Alfredo (la DNAA, la Cour de cassation, le Tribunal d’application des peines, le ministère de la Justice, le gouvernement), c’est pour cela que nous avons décidé de réaliser une grande partie de nos initiatives dans le centre-ville, même s’il s’agit d’un lieu où il n’y a pas de vie véritable. Notre pratique n’a jamais été la négociation, mais le fait d’indiquer clairement les responsables, en leur faisant sentir notre présence. Aller dans le centre de Rome, devant les lieux physiques où l’on prend les décisions concernant nos compagnons emprisonnés, avait pour but de mettre une épine dans le pieds des responsables. C’est pour cela que, souvent, les initiatives ont été caractérisées par la mobilité et l’imprévisibilité. Le cortège du 12 novembre a été décisif pour briser le silence sur la lutte d’Alfredo et mettre au clair que, dans l’urgence de la situation, il était possible de prendre la rue avec détermination.

A partir de janvier, cette rencontre a pris le nom d’Assemblée en solidarité avec Alfredo Cospito et les prisonniers révolutionnaires, ce qui reflète la perspective d’une ouverture à la solidarité internationale avec tous les révolutionnaires enfermés dans les taules du monde. Des nombreux camarades révolutionnaires se trouvent aujourd’hui à faire face à la tendance à l’homologation entre les régimes spéciaux et les circuits de détention qui existent dans les prisons européennes – et pas seulement. Grâce à la grève de la faim d’Alfredo et au mouvement de solidarité internationale, des telles questions ont, elle aussi, été mises en avant, en Italie et à l’étranger. L’ouverture vers la solidarité à l’encontre de tous les révolutionnaires prisonniers a été l’un des traits saillants de cette mobilisation : Alfredo lui-même, dans sa déclaration devant le Tribunal d’application des peines de Sassari, le 20 octobre (une déclaration censurée à cause du règlement du 41-bis), a dédié sa grève aux trois révolutionnaires communistes emprisonnés, militants des Brigades rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant, détenus en 41-bis depuis 18 ans (Nadia Lioce, Marco Mezzasalma et Roberto Morandi).

Contre les révolutionnaires, les États – y compris tous les régimes démocratiques – montrent leur vrai visage, à l’extérieur comme à l’intérieur des prisons. Il n’y a pas d’alternative à la lutte. Même en ces années de paix sociale supposée, de durcissement des conditions d’exploitation, d’accélération technologique, d’utilisation de l’urgence permanente comme forme de domination et de la guerre comme instrument pour garantir la survie de l’Occident capitaliste, il y a des personnes qui ont continué à combattre toute « perspective » de reddition et de désolidarisation.

Cette mobilisation n’a pas été l’habituelle manifestation de solidarité symbolique, mais une mobilisation concrète. Une caractéristique, celle-ci, d’importance fondamentale, d’un point de vue révolutionnaire. Les objectifs qu’Alfredo avait posé ont été atteint seulement partiellement, mais on s’y attendait. En commençant à quelques compagnons, on a mis en place une mobilisation permanente, qui a duré des mois, qui a été l’initiative la plus consistante de cette époque, dans le milieu antagoniste, et qui a fait comprendre à l’État que ses attaques ont des conséquences : il y a un prix à payer.

Dans une lutte comme celle entreprise par Alfredo, l’enjeu n’est pas seulement sa survie personnelle ou la réalisation d’un objectif donné. Pour les anarchistes, le rapport entre les moyens et les fins est d’importance fondamentale, étant donné que la cohérence des moyens utilisés pour atteindre des objectifs spécifiques, en plus du but final, est déterminante. La lutte en soutien à Alfredo ne devait donc pas passer par le fait de brader nos idées et nos pratiques, par le compromis politique et par la récupération démocratique. Il était important de tenir la barre bien droite, surtout dans un pays comme l’Italie, où souvent certains secteurs de l’antagonisme ont dans leur histoire des épisodes de dissociation, de reddition politique, d’abandon de l’hypothèse révolutionnaire.

Nous pouvons affirmer que celle-ci a été une bonne mobilisation, pour le mouvement anarchiste, car elle a adhéré aux propositions théoriques et pratiques du mouvement, sans chercher des raccourcis ni arriver à liquider nos positions. Le refus de la délégation de pouvoir, l’action directe, l’internationalisme ont caractérisé le mouvement de solidarité : cette perspective a permis de soutenir efficacement la lutte de nos compagnons emprisonnés. Pas seulement, cette mobilisation a donné une réponse digne aux innombrables et incessantes attaques répressives que l’on a subi au cours de ces années. Le mouvement anarchiste, avec ses pratiques et ses idées, en a tiré de la force pour une reprise, au moins en Italie, et il en a donné à tous ceux qui ont soutenu la mobilisation.

Nous pensons qu’il est de fondamentale importance de sortir d’une dynamique de lutte simplement anti-répressive, en relançant l’initiative du mouvement révolutionnaire dans tous les domaines : seulement ainsi nous aurons la force pour continuer à contrer l’offensive du capital et de l’État.

Allons de l’avant, le long de la route que nous avons entrepris, même si elle est pleine d’obstacles. Notre pensée, sous la forme d’une accolade pleine de conscience et de détermination, va à Alfredo.

 

Assemblée en solidarité avec Alfredo Cospito et les prisonniers révolutionnaires
Rome, mai 2023

 

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Fivizzano (Italie) : Le capitalisme est vorace, notre rage féroce

Publié le 2023-08-24 08:35:04

La Nemesi / mercredi 7 décembre 2022

La Cospirazione Anarchica Informale [Conspiration Anarchiste Informelle] est anarchiste et informelle, donc sans programmes organisationnels, sans chefs ni dirigeants, elle est le fruit de la libre union d’individus mus par leur propre volonté et par la nécessité mutuellement ressentie de frapper les responsables de la misère.

En novembre, un an après l’incendie de deux engins de chantier de la carrière de Boccanaglia Alta, la Conspiration Anarchiste Informelle a fêté son anniversaire en redoublant le feu vengeur. Quatre engins CAT de la carrière Walton, de Castelbaita (Fivizzano, province de Massa-Carrara) ont été complètement brûlés.

Malheureusement, à part l’anniversaire, il y a bien peu à fêter. Des tonnes de morceaux de montagne sont emportés chaque année, avec des conséquences terribles pour la nature, dans sa complexité. Les habitants aussi en font les frais, car ils restent sans eau potable ou avec des inondations qui continueront à frapper leur territoire.

L’extraction du marbre est partie du système capitaliste d’exploitation, jusqu’à l’épuisement de chaque centimètre de sol, d’eau, de sous-sol et des ainsi-dites ressources. L’économie de l’extraction minière est directement liée aux guerres, qui, de l’Ukraine au Yemen, enrichissent les patrons. Chaque industriel est responsable du changement climatique, ainsi que de l’existence des frontières et des milliers de personnes massacrées dans la Méditerranée et dans les camps construits pour la défense des frontières.

On sait que les patrons sont hypocrites et qu’ils se remplissent la bouche de mots trompeur. Des grands discours sur la transition énergétique, la réduction des émissions et autres masques vertes sont dans la bouche des politiciens, des patrons et des faux défenseurs de l’environnement. Ils proposent et ils promettent la reconversion. Ils pratiquent la destruction de cette planète, de la Lune, de l’univers et de tout. On parle beaucoup d’énergies alternatives, mais jamais d’alternatives au capitalisme. Parce que, à leur avis, celui-ci est le meilleur des mondes possibles. Nous nous rappelons que l’exploitation et la dévastation sont faits sur le dos de la majorité, pour le profit de quelques lâches.

L’année dernière, les défendeurs de l’environnement se sont indignés à cause de la violence contre le patronat. Cette année on pleure à cause du droit au travail. Ces vautours ne veulent rien d’autre que garder le monde comme il est. Tout compromis avec les dévastateurs de la terre est de la complicité. C’est ce qui crient chaque rivière, chaque bois et chaque montagne du monde.

Tout le monde (animaux et humains) y perd, si on laisse que les patrons fassent leurs profits. Nous perdons des tranches de montagne, effritées et mâchées par l’industrie du bâtiment, l’esthétique des toilettes et les yachts des riches. Nous perdons des tranches de possibilités d’un monde meilleur et beau à vivre. C’est le pire où l’on puisse vivre. Du coup, nous regrettons d’admettre que la violence que nous mettons en ouvre est une réponse encore trop faible. Nous conspirons et nous continuerons à le faire, conscients que, si une lutte violente contre la société n’ouvre pas les danses en ce moment présent, alors l’avenir sera pourri et empoisonné.

Fermeture immédiate de toute carrière et de toute industrie. Contre le travail et la société, aucune reconversion et aucun attentisme.
Action directe et guerre sociale.

Aux patrons et à leurs larbins : cette fois nous avons frappé les machines que vous utilisez pour vos saloperies, mais nous savons bien que ce sont vos mains qui les dirigent.

Avec cette action, nous saluons tous les compagnons emprisonnés. En particulier Alfredo, Anna, Juan et Ivan.

Déclassement immédiat d’Alfredo, hors du 41-bis.

Nous saluons avec joie la Cellule autonome Anna Maria Mantini, en Allemagne, la Negra Venganza,  au Chili, la Brigata Augusto Masetti FAI/FRI, en Italie.

Allez, compagnons !

VIVE LA FAI/FRI !
VIVE L’INTERNATIONALE NOIRE !

 

Cospirazione Anarchica Informale

 

[extrait de Bezmotivny, bimensuel anarchiste internationaliste, deuxième année, n°23, 5 décembre 2022]

Comment s'organiser face aux dissolutions et lutter contre l'Etat ? Discussion libre à la bibliothèque La Rue !

Publié le 2023-08-24 08:45:05

Afin de tuer dans l’œuf tout début de contestation qui pourrait remettre en cause son existence, l’État n’hésite plus à dissoudre associations et collectifs militants.
La discussion permettra d’échanger entre nous des différentes possibilité de s’organiser sans l’État et sans rien lui demander.
Comment partir a l’assaut du ciel ?



Afin de tuer dans l’œuf tout début de contestation qui pourrait remettre en cause son existence, l’État n’hésite plus à dissoudre associations et collectifs militants. C’est ce que nous avons pu voir avec la dissolution récente des soulèvements de la terre suite a la demande du syndicat d’agriculteur d’extrême droite, la FNSEA. Mais comment aller plus loin que la simple indignation et que les pétitions ? Alors que les soulèvements de la terre ont pris la décision d’attaquer la dissolution en justice cela semble paradoxale de lutter contre ce qui nous oppresse en utilisant les institutions des oppresseurs.

La discussion permettra d’échanger entre nous des différentes possibilités de s’organiser sans l’État et sans rien lui demander. Comment partir à l’assaut du ciel ?

Rendez vous le vendredi 15 septembre a 19h00 a la bibliothèque La Rue !
10 rue Robert Planquette , Paris 18e - M° Blanche L2
https://groupe-libertaire-la-rue.jimdosite.com/

[Oupeye] la police abat un homme, 3 nuits d’émeutes

Publié le 2023-08-24 08:50:20

Oupeye est une commune située près de Liège, en Belgique. Vendredi un homme de 32 ans, Domenico, y a été abattu par la police pour un refus d’obtempérer, alors qu’il était sur un quad. Les témoins ont parlé d’un tir dans la nuque, ce qui a été confirmé par la suite.



https://contre-attaque.net/wp-content/uploads/2023/08/369653230_224578220362469_2514953788822881517_n.mp4

La presse et les autorités se sont empressées de dévoiler le casier judiciaire et la vie de Domenico pour justifier sa mort. Trois nuits d’affrontements ont eu lieu à Oupeye.

La ville a pris un arrêté interdisant les rassemblements de plus de quatre personnes sur tout le territoire de la commune. Un hélicoptère a survolé l’agglomération liégeoise et des véhicules lourds ont été déployés. Les transports en commun ont aussi été limités.

Le demi-frère de Domenico a été interpellé chez lui, après avoir « menacé de s’en prendre à la police ». Un autre individu a été arrêté pour avoir diffusé une photo supposée du policier présumé tireur.

Même si l’ampleur est bien moindre, ces événements font écho à la révolte qui a embrasé la France après la mort de Nahel.

Solidarité avec toutes les victimes de la police et leurs proches !



Montreuil (93): ici la Baudrière expulsée

Publié le 2023-08-24 08:55:04

Montreuil (93): ici la Baudrière expulsée

Ce matin [mardi 22 août 2023], à 6h à Montreuil, a eu lieu l’expulsion de la Baudrière, squat anarcha-féministe TransPédéGouine. Ce lieu était, depuis novembre 2021, un espace d’habitation, d’organisation politique et de soin, qui a vu passer de nombreuses personnes et accueilli de nombreuses luttes. La Baudrière s’est défendue avec des confettis et des barricades pour résister le plus longtemps possible, pour continuer à faire vivre l’autonomie TransPédéGouine féministe. Les personnes sur place ont tenu pendant 5h aux assauts des keufs, notamment sur le toît.

Les moyens qui ont été mis en place sont hallucinants : plus de 100 policier.es sur place, dont la Brav-M, la BAC, la BRI, une brigade de cordistes, un groupe de sécurité privée, un camion de pompiers avec une nacelle, des techniciens ENEDIS, 3 drones… Le quartier a été complètement bouclé pendant une demi-journée.

Après plus de 5h de siège et des tentatives infructueuses de rentrer en force par la rue, les barricades ont tenu. La police a fini par faire évacuer les habitant.es qui dansaient et chantaient sur le toit avec une nacelle. Plus tôt dans la matinée, une quinzaine de personnes venues en soutien se sont fait courser, puis nasser. 14 d’entre elleux ont été placé.es en garde-à-vue. En tout, c’est au moins 44 personnes qui sont en garde-à-vue (dont 3 voisin.es, des Midis du MIE) dans les comicos de Montreuil, Rosny, Saint-Denis et Bobigny… Force à elleux tous.tes !

Tout ça pour que la Baudrière, et ce qu’elle porte, devienne un énième immeuble luxueux, avec des commerces, des bureaux et des grands appartements. Ici, le propriétaire était l’association Louis-Étienne, dont le président est le cardinal Philippe Barbarin qui a couvert des affaires de pédocriminalité. Dans un contexte où les dynamiques de gentrification s’accélèrent dans Montreuil et toute l’IDF, l’expulsion de la Baudrière s’inscrit dans un contexte de répression des personnes militantes et précaires (loi Kasbarian, réforme de l’assurance chômage, des retraites, arrestations dans toute la France de militant.es en juin etc.), plus particulièrement dans un contexte de queerphobie généralisée. Au printemps, la mairie, des voisin.es racistes et queerphobes et la police de Montreuil s’étaient même déjà réuni.es pour se « rassurer » et préparer l’expulsion de la Baudrière.

Si la Baudrière s’est vidée de ses habitant.es, elle ne s’est pas vidée de son âme ! Les liens et réseaux créés pendant ces années continuent d’exister. Continuons à les faire vivre à travers toutes nos luttes, ce soir à 18h place de la République à Montreuil et dès jeudi pour les Digitales à la Parole Errante !!

PS : pour que les Digitales, festival d’écologies vénéneuses né à la Baudrière, puissent avoir lieu, RDV demain à 9h à la Parole Errante (9 Rue Débergue à Montreuil) là où se dérouleront les Digitales, après l’expulsion de la Baud.

[Italie] Des nouvelles d’Alfredo Cospito

Publié le 2023-08-24 15:05:11

Alfredo Cospito, actuellement détenu dans la prison de Bancali (Sassari), va bien physiquement et a repris du poids, après les six mois de grève de la faim.



Malheureusement, il reçoit très peu de courrier, presque pas, et la prison ne lui communique même pas toujours quand ils retiennent des lettres, des cartes postales ou des télégrammes qui lui sont adressés. Un appel a été lancé à lui écrire des lettres ou des cartes postales en utilisant des lettres recommandées avec avis de réception, pour augmenter la possibilité qu’on les lui donne, ou bien, si la prison les garde, qu’il en soit informé. Alfredo Cospito / Casa Circondariale « G. Bacchiddu » / Strada provinciale 56, n.c. 4 / Località Bancali / 07100 – Sassari (Italie).

Lire l’analyse-bilan du Secours Rouge de Turin sur les 11 mois de lutte en solidarité avec Alfredo Cospito



Gouttes de soleil dans le labyrinthe de béton

Publié le 2023-08-24 15:10:12

Notes sur le soulèvement de juin-juillet 2023



« Vous les avez laissés en proie au labyrinthe ;
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte. [...]
Acharnez-vous ! Soyez les bien venus, outrages.
C’est pour vous obtenir, injures, fureurs, rages,
Que nous, les combattants du peuple, nous souffrons,
La gloire la plus haute étant faite d’affronts. »

Victor Hugo, « À ceux qu’on foule aux pieds », L’Année terrible, 1872

EMBRASEMENT

Entre le 27 juin et le 4 juillet 2023, la population des quartiers ghettoïsés s’est soulevée. L’assassinat par la police de Nahel, un adolescent de 17 ans pour un refus d’obtempérer à Nanterre (92), s’est développé en une semaine de révolte généralisée atteignant jusqu’aux centres des villes. Les renforts croissants des forces de l’ordre n’ont d’abord pas été capables de reprendre le contrôle de la rue. Dès le deuxième soir, des insurgés armés tiraient sur les caméras de vidéosurveillance. Le troisième soir, une armurerie était pillée à Vitry-sur-Seine (94) et la police essuyait des tirs à Cayenne (97). Le quatrième soir, des fusils étaient dérobés dans une armurerie à Marseille (13) et des policiers essuyaient des tirs d’arme à feu à Vaulx-en-Velin (69) et Nîmes (30). Des dizaines de milliers de policiers et de troupe d’élites spécialisées dans la lutte antiterroriste et le grand banditisme – le RAID, le GIGN, et la BRI – ont dû être jetées dans la lutte pour écraser le soulèvement, soutenus par plusieurs hélicoptères et des véhicules blindés. Ils étaient jusqu’à 45 000 à être déployés à travers le pays, soit l’équivalent d’un corps d’armée.
Les insurgés, massivement issus de la jeunesse ghettoïsée, ont d’un seul et même geste déclaré la guerre à la domination policière – qui venait de dépasser les limites de ce que toute une génération était prête à accepter – et à la domination de la politique et de l’économie sur leur vie. Véritables exilés de l’intérieur, condamnés à la condition d’étranger universel dans le pays qui les a vus naître, les insurgés étaient sans illusion : leur exclusion constitue le fondement et la survie de cette société qui ne leur promet aucun avenir. Récusant les fausses promesses et les mensonges vains, les insurgés ont procédé au saccage systématique et sans concession des instruments de la domination : mairies, commissariats, espaces scolaires et culturels, agences bancaires, caméras de vidéosurveillance, commerces, transports. Le deuxième soir, un groupe d’insurgés a tenté d’envahir la prison de Fresnes (94) pour libérer les détenus qui y étaient incarcérés. Chaque cible dévoilait une impasse supplémentaire du labyrinthe de béton et de contrôle à laquelle ils refusaient de se résigner. Contrairement à ce qui a pu être dit, les insurgés n’ont pas brûlé « leurs quartiers » : ils ont brûlé les enfers concentrationnaires et disciplinaires que le pouvoir et l’économie ont bâtis pour eux. N’en déplaise à la gauche et aux classes d’encadrement – sociologues, urbanistes, juges, enseignants, employés de mairie et consorts –, cela inclut aussi bien la mairie du Val Fourré à Mantes-la-Jolie (78) que le groupe scolaire Angela Davis de la ville de Bézons (95) et le centre commercial Croix-Blanche au Mée-sur-Seine (77). Contrairement à ce que la classe politique et les commentateurs médiatiques ont pu affirmer, il n’y a pas eu de retour à la normale. Au contraire. Tout blindage sécuritaire trouvant sa justification dans le rétablissement de l’ordre, le pouvoir politique a répondu à la révolte par l’extension du régime d’exception : recours à des forces d’élite pour des missions de maintien de l’ordre, systématisation des peines de prison ferme, criminalisation des parents des prévenus mineurs, censure des réseaux sociaux, arrestations illégales d’insurgés présumés par des militaires en civil, mise au pas des magistrats et de l’institution judiciaire par un exécutif qui venait à peine d’enterrer le pouvoir législatif, etc. Selon les chiffres officiels, plus de 11 000 incendies sur la voie publique, près de 6 000 véhicules brûlés et plus d’un millier – jusqu’à 2 500 selon la droite parlementaire – de dégradations lourdes à l’encontre de bâtiments ont été recensés, parmi lesquels plus d’une centaine de mairies. Plus de 250 commissariats, casernes de gendarmerie et postes de police municipale ont été attaqués. Plus de 700 policiers et gendarmes ont été blessés pendant les affrontements, dont une dizaine par des tirs d’arme à feu ou à plomb. Plus de 200 établissements scolaires ont été dégradés. Parmi le millier de commerces pris pour cible, on compte environ 200 commerces alimentaires – dont 30 ont fini en cendres –, 250 bureaux de tabac et 300 agences bancaires. Enfin, l’Association des maires de France fait état de 150 élus locaux, principalement des maires, menacés ou attaqués pendant le soulèvement. Près de 3 400 personnes ont été interpellées, parmi lesquelles 30% de mineurs, avec une moyenne d’âge de 17 ans ; 95% des interpellés ont été condamnés, et 600 ont été incarcérés. Pour le MEDEF, principal syndicat patronal, l’insurrection aurait coûté un milliard d’euros aux entreprises, sans compter les pertes liées aux annulations de réservations et aux fermetures imposées. Le troisième soir, à Cayenne en Guyane (97), un homme observant des affrontements depuis son balcon était abattu par une balle perdue en plein direct de France Info, possiblement par un tir policier. Le même jour, des affrontements éclataient à Molenbeek, à côté de Bruxelles. Pris de panique, la police de Liège a réagi en réalisant une trentaine d’arrestations préventives le lendemain et s’est déployée pour prévenir une éventuelle propagation des violences. Le quatrième soir, un homme est décédé en scooter à Marseille (13), vraisemblablement tué par un tir de LBD, tandis qu’un autre a été plongé dans le coma par le RAID à Mont-Saint-Martin (54), touché à la tête par un tir de munition « beanbag ». Le lendemain, une équipe de la BAC de Marseille a laissé un homme pour mort après lui avoir tiré dans la tempe au LBD puis l’avoir roué de coups au sol, provoquant une rupture d’anévrisme. Le sixième soir, la ville de Lausanne en Suisse s’est également agitée en écho au meurtre de Nahel, après l’acquittement d’un policier inculpé pour l’assassinat d’un homme le 28 février 2018.

Critique de la police – Marseille (13)

LA CLARTÉ DANS LA CONFUSION

L’événement révolutionnaire est une clarification en actes des problèmes existants. Et les réactions qu’il suscite, de tous côtés, dévoilent toujours les diverses nuances de pensée de ses adversaires. Comme cette jeunesse insurgée n’avait aucun chef ; comme elle s’était constituée et reconnue comme une force se suffisant à elle-même, suffisamment puissante pour refuser la récupération politique et son chantage à la revendication, c’était le moment de vérité dans chaque camp. Le gouvernement a jugé inexcusables les violences, et écarté d’emblée toute perspective de dialogue social avec les insurgés, estimant que ce rôle incombait à leurs parents. Le 30 juin, deux syndicats policiers – Alliance et Unsa Police – qualifiaient les insurgés de « nuisibles », décrétaient l’état de guerre (civile), et annonçaient qu’ils soutiendraient les forces de l’ordre mobilisées dans toutes leurs actions, fussent-elles meurtrières. Le lendemain, des agents de la CRS 8, compagnie spécialisée dans la répression des « violences urbaines », téléphonaient au standard de Sud Radio pour expliquer que cogner sur la population leur procurait « des sensations qui mènent à l’érection ». Le lendemain, cette compagnie était envoyée en renforts à Lyon (69) pour répondre à la demande de renforts lancée par son maire, l’écologiste-NUPES Grégory Doucet. La gauche, qui n’existe plus que par la dissociation dans l’époque, était au premier rang pour appeler au calme et à l’apaisement. Sabrina Sebaihi, députée écologiste-NUPES dans les Hauts-de-Seine (92), n’a pas attendu pour fustiger les fauteurs de trouble pressés de faire passer ses administrés pour des « sauvages ». La commission exécutive de la CFDT, deuxième syndicat de salariés du pays, a condamné les violences au nom de la défense de la propriété privée des sacrosaints services publics. Toute la classe politique française s’est offusquée devant les incendies d’établissements scolaires et de moyens de transport en commun. Il faut dire que le service public représente le nec plus ultra en matière d’édulcoration du contrôle social. Ce cache-misère est l’alpha et l’oméga de toute intervention politique visant à maintenir les quartiers ghettoïsés dans leur léthargie artificielle. Les institutions religieuses n’ont pas manqué de se poser en défenseuses du statu quo : le lendemain de l’assassinat de Nahel, l’évêque de Nanterre, Monseigneur Rougé, a appelé à « rétablir un climat d’apaisement durable » – tout en réservant ses billets pour participer à l’université d’été d’une organisation catholique intégriste dans le Loir-et-Cher (41). Même réaction au Conseil français du culte musulman, au lendemain de la quatrième nuit de violences.
Quant aux organisations spécialisées dans la question des violences policières, elles ont su défendre leur pré carré et affirmer leur représentativité auprès de la gauche. La vie et la mémoire des victimes des violences policières n’appartiennent à personne en particulier : si le deuil revient naturellement à leurs proches, la centralité de la famille dans la lutte pour la vérité et la justice n’a rien de naturel. Cette personnification permet toujours aux collectifs militant pour la judiciarisation des violences policières de trouver une incarnation médiatique, et de s’imposer comme les représentants des « banlieues ». Mais la révolte provoquée par la mort de Nahel n’avait pas de chef. Elle avait néanmoins la décence de ne pas en appeler à la justice d’État, celle-là même spécialisée dans le blanchiment des meurtres policiers et l’incarcération à la chaîne des pauvres. La « justice » qu’elle réclamait était tout l’inverse de celle dispensée dans les tribunaux. Nous ne pensons pas qu’il y ait de juste condamnation, dont la gravité nous permettrait de parler de victoire contre les violences policières. Nous avons l’honnêteté de l’avouer, contrairement à celles et ceux qui font leur métier d’envoyer la contestation du monopole étatique de la violence dans l’impasse. Car c’est bien ce que fait la gauche, qu’elle soit politique ou associative, blanche ou banlieusarde, quand elle est « en deuil et en colère » et qu’elle déclare que « l’escalade des violences est une impasse et doit cesser ». La gauche à l’unisson obéit à Macron : les adultes responsables ne cachent plus leur paternalisme et font la morale à la jeunesse insurgée. Comme si cette dernière ne savait pas que la violence ne ramène pas les morts. Et comme si elle n’avait pas compris que les marches citoyennes non seulement ne les ramènent pas davantage, mais ne ramènent même pas les meurtriers devant les tribunaux. Il aura fallu sept ans pour que trois des quatre policiers impliqués dans l’agression et la mutilation de Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois (93), en février 2017, soient entendus par la justice. Peu importe pour la gauche : ce qui compte, c’est la supériorité morale que lui confère sa stratégie victimaire et perdante. Demain, c’est comme hier : la gauche échouera, comme toujours, à faire condamner les « bavures » ; de même qu’elle a échoué à faire dissoudre la BRAV-M, elle échouera aussi à faire abroger la loi de 2017 sur l’extension de la légitime défense des policiers. Mais rassurons- nous : 13 organisations politiques, 39 collectifs, 28 associations et 9 syndicats se sont réunis pour organiser des marches citoyennes. Faisons-leur confiance pour conjurer l’antagonisme ; pour enfoncer le dernier clou du cercueil de la révolte pour Nahel, et enterrer la question de la dissolution de la police sous le débat sur sa réforme républicaine.
Tous ceux qui allaient jusqu’à voir les justifications apparentes de la colère des insurgés et des habitants des quartiers ghettoïsés, tous les penseurs et les responsables de la gauche et de son néant, ont déploré les pillages, le désordre et les milliers de foyers d’incendie par lesquelles cette jeunesse insurgée a éclairé ses batailles et ses fêtes. Mais qui a pris la défense des insurgés dans les termes qu’ils méritent ? Nous allons le faire. Laissons les économistes pleurer sur le milliard d’euros perdus, les urbanistes sur leurs infrastructures et leurs supermarchés partis en fumée, et Darmanin sur ses troufions allumés au feu d’artifice ; laissons les sociologues se lamenter sur l’absurdité et l’ivresse de cette révolte. C’est le rôle d’une publication révolutionnaire, non seulement de donner raison aux insurgés, mais de contribuer à leur donner leurs raisons, d’expliquer théoriquement la vérité dont l’action pratique exprime ici la recherche. La révolte des quartiers ghettoïsés, quand elle parvient à s’affirmer avec conséquence, dévoile les contradictions du capitalisme le plus avancé. La critique théorique de la société moderne, dans ce qu’elle a de plus radical, est éclairée par cette critique en actes de cette même société. Ces deux critiques s’expliquent l’une par l’autre ; incompréhensibles séparément, elles restent totalement opaques à la fausse conscience progressiste et misérabiliste de la gauche.

Critique des services publics – Aubervilliers (93)

CONSUMMITUM EST

L’affrontement généralisé attendu depuis 2005, n’avait été jusqu’ici que le spectacle d’un affrontement possible. Les manifestations de la jeunesse ghettoïsée avaient été maintenues, par les gouvernements successifs et le racisme structurel, dans une indifférence qui permettait les pires violences des forces de l’ordre. La multiplication des scandales, en grande partie révélée par les vidéos amateurs rendues accessibles par les réseaux sociaux et les médias de masse, avait principalement permis d’alimenter le débat public sur les « bavures » et le racisme policier, devenu continue. Mais ce débat est bien en-deçà des exigences de l’époque, notamment parce qu’il refuse de poser sérieusement la question de la dissolution de la police dans un régime qui, précisément, ne tient plus que par elle. La jeunesse ghettoïsée a l’habitude de répondre aux violences policières par des affrontements localisés – en 2007 à Villiers-le-Bel (95), en 2009 à Saint-Étienne (42), en 2010 à Grenoble (38), en 2018 en Loire-Atlantique (44) – ou diffuses – en 2005 et en 2017. Ces affrontements nourrissent toujours la stratégie légaliste, qui pose la question des violences policières d’un point de vue moral, qui enferme les habitants des quartiers ghettoïsés dans une posture victimaire, et qui consacre l’autorité de l’institution judiciaire à laquelle elle continue maladivement de faire appel. La centralité des « émeutes de banlieue », c’est le problème de la condition des jeunes ghettoïsés. Or celui-ci est systématiquement évacué, soit nié soit noyé sous la rhétorique du manque de services publics. Et pour cause : il est impossible à regarder en face pour ceux qui aspirent à diriger cette société. Voilà pourquoi on en délaisse toujours la nature profonde des affrontements pour en revenir à leur singularité, à la « goutte d’eau » et, ultimement, à la fausse solution du service public – c’est-à-dire de l’encadrement par la bonne gouvernance.
La donnée de base est que le mouvement pour la reconnaissance et la condamnation des violences policières ne pose, par des moyens légaux, que des problèmes légaux. Or, il est irrationnel de quémander légalement devant l’illégalité patente, comme si elle était un non-sens qui se dissoudrait de lui-même une fois exposé aux yeux de tous. Il est évident que l’illégalité superficielle, outrageusement visible, encore appliquée aux quartiers ghettoïsés trouve ses racines dans une contradiction économique et sociale qui dépasse le ressort des lois existantes. Qu’aucune loi juridique future ne pourra défaire les lois fondamentales de cette société où les jeunes ghettoïsées osent demander le droit de vivre. Car c’est bien de cela dont il s’agit ici. Or, la possibilité-même pour eux de dépasser le stade de survie organisée à laquelle cette société les réduit, dépend directement de leur capacité à lui imposer une subversion totale. La nécessité de cette subversion apparaît naturellement à chaque fois qu’ils en viennent à adopter des moyens illégaux. Or, le passage à de tels moyens dépasse largement le cadre et la temporalité des soulèvements : il survient dans leur vie quotidienne, dont il conditionne une part non-négligeable des scènes et des lois. C’est cette débrouillardise que la police, la justice et les politiciens appellent « délinquance », et qui traduit en réalité la somme des entorses et des arrangements sur lesquels repose la possibilité d’une survie augmentée dans les quartiers ghettoïsés. Nous n’assistons pas à la crise des jeunes ghettoïsés dans notre société occidentale, mais bien à la crise du statut de cette société, posée d’abord parmi les jeunes ghettoïsés.
Contrairement à ce qu’affirme l’extrême droite, et au-delà des obscénités fonctionnalistes de la sociologie et de ses relais militants, le conflit ne se réduit pas à une question raciale. Et il ne doit surtout pas être réduit à la question de la racialisation. D’abord, la jeunesse ghettoïsée ne s’est pas divisée en fonction de sa couleur de peau, et s’est organisée selon des affects (l’amitié, la confiance) et des conditions matérielles territorialisées (le bâtiment, le quartier). Ensuite, la communauté des insurgés ne s’est pas étendue aux commerçants, aux automobilistes, aux employés et aux représentants politiques non-blancs. Carlos Martens Bilongo a tracé sa route. La communauté des insurgés, en revanche, a pu s’étendre au-delà de sa composition initiale sur la base d’une expérience partagée de la violence étatique et policière. Certes, de telles alliances n’étaient nulle part jouées d’avance. Par endroits, elles se sont même avérées impossibles. Les bandes organisées ont le droit de mener leurs actions illégalistes sans s’ouvrir à la première personne venue.
La révolte qui a embrasé le pays après la mort de Nahel était une révolte contre la marchandise, et contre les hiérarchies sur lesquelles repose le monde de la marchandise. La jeunesse ghettoïsée est une classe globalement sans avenir, une partie du prolétariat qui ne peut pas croire à de réelles chances de promotion et d’intégration. Cette classe prend au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicité de l’abondance. Elle veut tout de suite tous les objets exhibés et abstraitement disponibles, parce qu’elle veut en faire usage. De ce fait, elle en récuse la réalité marchande. Par le vol et le partage, elle a retrouvé un usage qui démentait aussitôt la rationalité oppressive de la marchandise. Le pillage généralisé manifestait la réalisation sommaire du principe : « À chacun selon ses faux besoins. » C’est-à-dire, des besoins déterminés et produits par le système économique publicitaire que le pillage, précisément, rejette et nie. Cette abondance était prise au mot, vécue immédiatement et non poursuivie indéfiniment dans le cycle infernal du travail et de l’achat. Sans l’intermédiaire du patron, du policier et de l’argent, la consommation devient totale ; les désirs, comme par ailleurs les besoins auxquels ils s’amalgament, s’assouvissent véritablement. Celui qui détruit les marchandises refuse de rester prisonnier des formes arbitraires imposées à son besoin. Il montre sa supériorité humaine sur les marchandises. La consumation, le passage de la consommation à l’accomplissement s’est réalisé dans les flammes de Nanterre, de Marseille, de Neuilly-sur-Marne, de Lyon, de Strasbourg, de Roubaix, etc. Évidemment, ces pillages n’ont représenté que des parenthèses dans le cycle de la marchandise. D’abord, parce qu’aucun butin n’annule la misère. Puis, parce que les insurgés n’ont pas fait usage de l’ensemble de leur butin, dont une partie a été revendue. Ce que le Code Pénal désigne comme « recel de vol » se présente en définitive comme le capitalisme du pauvre, comme une forme de réappropriation prolétarienne tronquée. Si elle permet de récupérer une partie de la richesse dont la classe a été dépossédée, elle n’annule par le cycle marchand, mais le déplace en-dehors des limites de la loi. Mais comme le dit l’adage : on veut des thunes en attendant le communisme.

Critique de la marchandise – Sevran (93)

TOUT NIER DEVIENT VITAL

La société de l’abondance trouve sa réponse naturelle dans le pillage, qui fait instantanément s’effondrer la marchandise en tant que telle, et en révèle l’ultima ratio : la force, la police et les autres détachements spécialisés qui possèdent dans l’État le monopole de la violence armée. Qu’est-ce qu’un policier ? C’est le serviteur actif de la marchandise, c’est l’homme totalement soumis à la marchandise, par l’action duquel tel produit du travail humain reste une marchandise dont la volonté magique est d’être payée, et non vulgairement un paquet de cigarettes, un bidon de lessive ou tout autre chose passive et insensible soumise au premier venu qui en fera usage. Les insurgés le savent : ils pourraient piller pendant dix ans et ne pas récupérer la moitié de l’argent qu’on leur a volé dans ces lieux de consommation pendant toutes ces années. Entassée en périphérie des métropoles où s’étale la richesse maximale, la population des quartiers ghettoïsés en est plus séparée que quiconque. En particulier celle qui compte Paris, hyper-centre français du spectacle de l’abondance, dans son voisinage direct. On lui promet qu’elle accèdera, avec de la patience et de la volonté, à la prospérité méritocratique et consumériste. Mais chaque pas vers cette prospérité l’en éloigne inexorablement, parce qu’elle est plus défavorisée, moins qualifiée et plus facilement au chômage, corvéable et interchangeable à merci. Rejetée du processus de production avant même d’y être entrés, la société capitaliste dénie toute valeur humaine à la jeunesse ghettoïsée parce que son humanité n’a pas de valeur marchande dans l’économie moderne. Dans la grande surface où elle est censée se réaliser par la consommation, elle est toujours suspecte aux yeux des vigiles et des caméras. Parce que c’est « le lieu de la privation devenue plus riche », elle en sort toujours plus pauvre, mais jamais plus rassasiée. La hiérarchie qui l’écrase n’est pas seulement celle du pouvoir d’achat comme fait économique pur : elle est une infériorité essentielle que lui imposent dans tous les aspects de la vie quotidienne les mœurs et les préjugés d’une société où tout pouvoir humain est aligné sur le pouvoir d’achat. De même que sa richesse individuelle est toujours méprisée et suspecte, la richesse en argent ne peut pas le rendre véritablement riche – et donc acceptable dans l’aliénation républicaine et raciste. Contraint de représenter la pauvreté d’une société de richesse hiérarchisée, le jeune ghettoïsé ne sera jamais considéré comme un riche à part entière, mais toujours comme un banlieusard qui a réussi. À l’inverse, il sera toujours ramené par le misérabilisme progressiste non pas à sa pauvreté individuelle, mais à une certaine représentation de la pauvreté qu’il est contraint d’incarner. Réduire la révolte à l’envers de la misère, c’est occulter sa portée historique. Que les insurgés aient attaqué les services publics devrait suffire à contredire la croyance progressiste selon laquelle la misère trouverait sa solution dans une meilleure redistribution de la richesse publique et davantage d’investissements publics. Si les insurgés se sont soulevés à cause de leur misère, ce n’était pas pour la mettre dans les mains de meilleurs gestionnaires. Conscients qu’il n’y a pas de marge confortable ni de ghetto enviable, les insurgés ont énoncé un refus : celui de continuer d’exister en tant que produit de cette société merdique ; celui, précisément, de ne plus être réductibles au statut d’ « exclus » qui, précisément, implique la promesse mensongère de leur impossible intégration.
Pour la première fois, ce n’est pas la misère mais l’abondance matérielle qu’il s’est agi de dominer selon de nouvelles lois. Comme on l’a vu, dominer l’abondance ne se réduit pas seulement à en modifier la distribution, mais implique d’en redéfinir les orientations superficielles et profondes. C’est le premier pas d’une lutte immense, d’une portée infinie. Et la jeunesse ghettoïsée n’est pas seule dans sa lutte : une nouvelle conscience révolutionnaire, celle de n’être en rien maître de son activité et de sa vie, se développe dans une frange grandissante de la population qui refuse le capitalisme moderne et qui, de fait, lui ressemble. Le prolétariat classique, dans la mesure même où l’on avait pu provisoirement l’intégrer au système capitaliste, n’avait pas intégré ses segments ghettoïsés. On aurait tort de penser cette jeunesse trop bête ou trop aliénée pour comprendre l’impasse des modalités de lutte dans lesquelles leurs parents se sont engagés et ont perdu. Cette révolte était également une révolte interne à la classe, tournée contre la dynamique habituelle de la récupération et de la capitulation. Le coup de bâton porté contre Carlos Martens Bilongo n’était pas un geste gratuit : il est venu rappeler au député son inutilité du point de vue de la classe. Dorénavant, l’activité autonome d’une part grandissante de la population qui nie les valeurs de la marchandise ouvre la perspective d’un pôle d’unification pour tout ce qui refuse la logique de cette intégration au capitalisme. Le confort disponible ne sera jamais assez confortable pour satisfaire ceux qui cherchent ce qui n’est pas sur le marché ; ce que le marché, précisément, élimine. Qu’on ne s’y méprenne pas : la perspective d’un tel pôle d’unification n’est pas celle d’un nouveau sujet révolutionnaire. Il ne s’agit pas de nier les particularités ou de les soumettre à l’universalité d’un sujet totalisant, mais bien s’attaquer à ce qui les maintient séparées ; de provoquer une distorsion entre les identités, leur temporalité et leur territorialisation, dans la négation en actes du monde de la marchandise.
En voulant participer effectivement et immédiatement à l’abondance, qui est la valeur officielle de toute société capitaliste moderne, la jeunesse ghettoïsée a demandé la réalisation immédiate et égalitaire du spectacle : tout pour tous, tout de suite. Or, le spectacle de l’abondance n’entend pas être pris à la lettre, mais toujours suivi à un infime degré de retard. On n’arrête jamais de lui courir après. Tout est permis, mais pas grand-chose n’est possible. Ainsi, c’est nier le spectacle que le prendre au mot – et, du même coup, se nier en tant que classe ou segment de la classe. Il faut bien mesurer ce dont il est désormais question : que les dominés s’affirment comme les négateurs de la marchandise. Parce qu’ils aspirent à une autre qualité de vie, ils veulent plus que les dominants. Paradoxalement, ces derniers ont été rendus esclaves de la marchandise, entièrement soumis et ralliés à ses hiérarchies. Parce que leur richesse et leur confort matériel leur permettent d’assouvir leurs envies élémentaires, ils parviennent à se réaliser en tant que consommateurs. Voilà le cœur d’un problème insoluble, ou soluble uniquement avec la dissolution de cette société hiérarchisée.

Critique de l’école – La Verrière (78)

LA PARTIE QUI ABOLIT LE TOUT

La jeunesse ghettoïsée est un produit de l’industrie moderne, au même titre que la cybernétique, la publicité et l’urbanisme. Elle en porte les contradictions, et en illustre sans doute de manière privilégiée la décomposition. Le paradis spectaculaire doit à la fois l’intégrer et la repousser. Comme la marchandise, le spectacle universel. Mais comme le monde de la marchandise est fondé sur une opposition de classes, la marchandise elle-même est hiérarchique. L’obligation pour la marchandise – et pour le spectacle, qui informe le monde de la marchandise – d’être à la fois universelle et hiérarchique, aboutit à une hiérarchisation universelle. Qu’il s’agisse d’une hiérarchie entre le patron et son employé ou d’une hiérarchie entre les propriétaires de deux modèles de voiture différents achetés à crédit, la marchandise crée sans cesse de nouvelles hiérarchies, toujours changeantes. Mais l’absurdité révoltante de certaines hiérarchies – celle, par exemple, entre ceux que la police s’autorise à exécuter sans jugement et ceux qu’elle protège –, et le fait que toute la force du monde de la marchandise se porte aveuglément et automatiquement à leur défense, révèle l’absurdité de toute hiérarchie. La négation en actes des institutions, même « positives » – notamment les écoles – est une conséquence logique, raisonnée et dignifiante de cette prise de conscience de l’absurdité hiérarchique.
La jeunesse ghettoïsée, si elle est plus exposée à la violence de l’État, n’en est pas pour autant menacée dans sa survie. Certes, la société les confine au statut de surnuméraire, mais la concentration et l’imbrication du capitalisme dans l’État l’autorise à distribuer ses « secours » aux plus pauvres. À condition que ces derniers se tiennent tranquille dans la rue, dans les transports, sur le marché du travail et de la consommation, etc. Mais la situation ne pourra pas durer infiniment. Parce qu’ils sont en arrière dans l’augmentation de la survie socialement organisée, ces pauvres sont condamnés à poser le problème de la vie – qui les réduit à rester les derniers dans un monde fondé sur une répartition hiérarchique des ressources. La planification capitaliste ne leur réserve que précarité et contrôle. Étant dans l’incapacité d’acquérir des biens à assurer et des propriétés à faire protéger par une force armée et assermentée, ils ont à détruire toutes les formes d’assurance privée et de milice, publique ou privée. Ils apparaissent en définitive comme ce qu’ils sont en effet : les ennemis irréconciliables, non pas du « Français moyen », mais bien du mode de vie aliéné de la société française. En tant que segment de la classe, ils sont une partie qui ne peut se prendre pour le tout – et qui pose, de fait, la question de l’abolition de ce tout.
Les insurgés ont expérimenté la ligne militaire contre les instruments du contrôle social et de la domination policière. Si chaque attaque de commissariat ou de mairie était une fête, elle n’en était pas moins une bataille rangée, avec ses guetteurs et ses éclaireurs en trottinette électrique ou en scooter, avec ses artificiers pour tenir la police à distance et ses pétroleurs pour réduire les cibles en cendres, avec ses troupes de choc pour fondre sur la police et forcer les rideaux de fer, ou encore avec ses mules pour sortir le butin de la zone de combat. Sortant de leur silence et de la position victimaire à laquelle les confine leurs représentants autoproclamés ou en vogue, les insurgés ont refusé les assignations. N’en déplaise au florissant personnel politique et associatif, toujours prêt à prolonger d’un millénaire la plainte de la jeunesse ghettoïsée à la seule fin de lui conserver un défenseur et des services publics, les insurgés n’ont pas pillé que par nécessité. Ils se sont soulevés contre des espaces de relégation héréditaire qui ne leur appartiennent pas, et où règnent l’exploitation, la frustration et la relégation. Les écoles, les mairies, les transports en commun qu’ils y ont brûlés n’étaient pas les leurs. En les réduisant en ruines ou en cendres, ils se sont attaqués aux conditions-mêmes de leur existence en tant que jeunesse ghettoïsée. Ce faisant, elle a rendu la révolution intelligible, dicible et praticable.

Critique de la représentativité – L’Haÿ-Les-Roses (94)
Quelque part en France
14 juillet 2023

Quelque part aux États-Unis : Je ne sais pas qui est Tiqqun

Publié le 2023-08-24 15:20:03

Scenes from the Atlanta Forest / lundi 21 août 2023

…mais moi et mes ami.es étions en train de tiqquner une balade et nous sommes tombé.es sur le bureau d’un agent de l’assurance Nationwide et l’avons bousillé avec des pierres et de la peinture. Nationwide assure la Cop city.

Moins de bavardages*, plus de pierres !
Une mise à mort lente et douloureuse pour la Cop city !

 

 

* Note d’Attaque : à ce qu’on peut comprendre d’ici, le débat fait rage, dans le mouvement en défense de la forêt d’Atlanta, entre différentes tendances « appelistes ». La modeste avalanche de brochures qui proposent une position anarchiste « anonymiste » (tout autant populiste) ne va évidemment pas améliorer les choses !

Paris : infos supplémentaires sur le dispositif de surveillance retrouvé à la bibliothèque Libertad

Publié le 2023-08-24 15:25:03

En avril 2022, un dispositif de surveillance avait été trouvé à l’intérieur de l’imprimante de la bibliothèque anarchiste Libertad à Paris. Sa découverte avait été racontée dans cet article.

Le contenu de la carte SD retrouvée avec l’appareil a depuis été analysé. On y a trouvé un historique de l’activité de l’appareil dans les semaines précédant sa découverte, entre le milieu de février et la fin mars – ce qui ne signifie pas qu’il n’était pas actif avant le milieu de février. Cet historique a révélé quelques informations techniques sur son fonctionnement, que nous partageons dans cet article au cas où ça intéresse des gens. On est pas des pros donc on a pu faire des erreurs, mais on pense pouvoir affirmer avec un haut degré de certitude que :

– L’appareil était doté d’une fonctionnalité d’ »activation sonore », c’est-à-dire qu’il ne s’activait que lorsque son microphone captait un niveau sonore suffisamment important. Au cours de la période d’un mois et demi, il s’est ainsi activé 2061 fois, avec une durée minimum d’activation de 58 secondes, une durée maximum de 12 heures et une durée moyenne de 10 minutes.
– Lorsque l’appareil était « activé » par le niveau sonore, il transmettait des données sur le réseau téléphonique (a priori, les données audio capturées par son microphone), généralement à une vitesse de quelques KO/s, avec des pics à 100 KO/s.

– La température de l’appareil a varié entre 14°C et 50°C, avec une moyenne de 22°C. Sa température augmentait fortement lorsqu’il transmettait des données.

L’analyse du contenu de la carte SD a été réalisée à l’aide d’un programme écrit pour l’occasion, qui est disponible ici :

https://0xacab.org/jemshka/innova-rb800-log-files-analysis

En guise d’illustration, voici un graphique produit par ce programme qui montre l’activité de l’appareil le 10 mars 2022 :

[Trouvé sur indymedia Lille, 22 août 2023]

Leipzig (Allemagne) : deux caméras de flics identifiées dans une voiture en planque

Publié le 2023-08-24 15:30:10

Système vidéo (de flics) dissimulé à Connewitz

Après la perquisition du 15 mars 2023 à Leipzig*, on a appris que la veille, l’entrée d’un immeuble de la rue Eichendorff avait été surveillée par un système vidéo dissimulé. En raison d’une confusion de personne sur ces images de surveillance, l’immeuble avait ensuite été pris d’assaut par un Commando d’intervention spécial (SEK) des flics en début de soirée, et deux portes d’appartement ouvertes par ces derniers avec une arme à feu.

Aujourd’hui, une voiture immatriculée L-UC 3015 a été découverte dans la même rue. Derrière la vitre arrière teintée, sur la plage arrière, se trouvaient 2 caméras respectivement dissimulées dans un panier et dans un sac de la marque Congstar. Un faisceau de câbles, dissimulé sous des serviettes, menait au coffre. Les objectifs étaient orientés vers une entrée d’immeuble et un trottoir.

La vitre arrière a du coup été recouverte d’affiches [disant « Attention caméra de flics !« ] afin d’empêcher tout espionnage supplémentaire. L’installation a été découverte dans ce véhicule le 23 août 2023 vers 21h dans le quartier de Connewitz à Leipzig, à l’angle des rues Eichendorffstraße et Kochstraße.

Soyez attentifs et faites gaffe à ce qui vous entoure.

Des yeux attentifs

* Voir ici :
http://gsxbcjvcrdl66ycimkwra2nxzwvy2idef4twi7elojuzm5ztt5abqyid.onion/node/268613
http://gsxbcjvcrdl66ycimkwra2nxzwvy2idef4twi7elojuzm5ztt5abqyid.onion/node/291940

[Traduit de l’allemand de de.indymedia, 23 août 2023]


Castelldefels (Espagne) – Plus de vendeurs à la sauvette, moins de flics

Publié le 2023-08-24 15:35:03

imc_barcelona / lundi 21 août 2023

Plus de vendeurs à la sauvette, moins de flics : attaque du Service de vigilance de Castelldefels

Dans la nuit du 20 août, le local du Service de vigilance du quartier Playafels a été attaqué avec un spray de peinture et un marteau. Ce local a été construit récemment, dans le but d’aider la police municipale de Castelldefels [commune du sud de l’agglomération de Barcelone ; NdAtt.] à faire son travail préféré, qui consiste à réprimer les vendeurs à la sauvette du coin. Le Parti populaire de Castelldefels suit le même chemin que Collboni [le nouveau maire, socialiste, du chef-lieu régional ; NdAtt.] à Barcelone, avec le Pla Endreça : augmenter la quantité de flics, surveiller et limiter les libertés individuelles, pour transformer la ville en un système de contrôle où la répression s’intensifie d’autant qu’il est plus difficile de passer à travers les mailles du filet.

Plus l’État montre ses instruments racistes de racket, plus il est facile pour nous, les anarchistes, de mener à bien notre praxis, l’action violente comme méthode révolutionnaire. Nous continuerons à attaquer, parce que c’est le minimum que nous puissions faire, pour nous venger de leur constants abus de pouvoir.

Mort à l’État, vers l’anarchie !

Anarchistes au spray et au marteau

Une usine de moins en moins ordinaire…

Publié le 2023-08-24 15:40:06

Une visite peut en cacher une autre

Le 30 mars dernier, les élèves de 4ème du collège Les Deux Vallées à Cheylard, dans le Vivarais, ont effectué une visite d’entreprise a priori banale. Si les plus assidus ont du se retenir de bâiller face à la présentation des différents métiers de l’aéronautique, les plus sensibles se sont peut-être dits qu’après tout, une journée de classe loin des quatre murs qui enferment les rêves, c’était déjà ça de pris. Le même jour, un second groupe faisait également le tour de cette usine, mais de façon beaucoup plus intéressée, puisqu’il était entièrement composé d’entrepreneurs et d’élus.

Ces deux visites se sont déroulées à La Voulte-sur-Rhône (Ardèche), et plus précisément au siège de l’entreprise Fregate Aero, qui construit « des sous-ensembles de structures pour les avions et hélicoptères, à base de métal, de tôle, de pièces usinées. Cela peut être des morceaux d’aile, de carlingue, d’armoire électrique… avec pour principaux clients Airbus, Dassault et Safran » selon les explications données aux petits comme aux grands par Frédéric Guimbal, son président. Ce jour-là, l’homme au sourire crispé qui distillait une sotte publicité pour sa boîte de mort, avait pourtant d’autres préoccupations en tête. De celles qui ne concernent pas un auditoire captif, mais un tout autre type de visite  : trois jours plus tôt, lundi 27 mars vers 5h du matin, un incendie volontaire venait en effet de toucher la seconde usine du groupe Fregate Aero, située dans le village de Beauchastel à moins de cinq kilomètres de là.

Résultat de l’attaque ? Une journée de chômage technique et 300 000 euros de dégâts, après que des inconnus aient forcé une grille d’aération située à l’arrière du bâtiment, puis mis le feu à l’immense armoire électrique d’une presse industrielle de 1200 tonnes et du compresseur qui pilote la géothermie de l’usine. Et laissé un tag anonyme sur place, en lettres rouges, qui précisait en alexandrin : « À l’arrière de la guerre, des usines ordinaires ». Ni plus, ni moins.

Pour les rêveurs et les cancres du collège de Cheylard, il aurait certainement été plus instructif de visiter cette seconde usine, afin de pouvoir par exemple constater de visu les dégâts que peuvent provoquer quelques litres de combustible bien placés au milieu de la nuit, et même –qui sait ?– en tirer quelque inspiration. Ou encore, loin du fatras citoyenniste et patriotard inculqué par l’école, pouvoir réfléchir à la différence entre une poésie murale qui joint le verbe à l’action, et la prose ridicule d’un homme brassant des millions sur des fleuves de cadavres, lorsqu’il s’adresse à ses pairs : « En fait, ils ont voulu faire brûler l’usine parce qu’elle fait des armes ? (…) Je suis dégoûté et triste de voir que l’on peut détruire l’outil de travail de gens ordinaires qui se lèvent tout les matins (tôt!) pour participer sans fanfaronner à la construction de notre liberté et notre capacité à nous soigner et à nous défendre. » (Frédéric Guimbal, sur Linkedin, le jour même avec en prime une photo).

Peuvent-ils revenir ?

Lundi 21 août 2023. La rentrée s’approche à trop grands pas pour les ex-élèves de 4e du collège Les Deux Vallées. Celles et ceux qui n’ont probablement jamais rien su du drame qui agitait les marchands de mort au cours de la studieuse visite dans leurs locaux, vont entamer une nouvelle année scolaire. Les uns espèrent qu’au bout de l’ennui ils pourront franchir les portes du lycée, les autres se doutent déjà qu’ils seront orientés pour devenir les appendices de machines à plier, fraiser et assembler dans un bagne du coin. Et peut-être même chez Fregate Aero ou un de ses concurrents sur le marché des massacres.

Lundi 21 août 2023, ce devait d’ailleurs être jour de rentrée pour les 135 employés de l’usine Fregate Aero de Beauchastel, après les trois semaines de congés d’été. Pour ne pas trop traîner les pieds, certains se disaient peut-être la veille qu’après tout, ce n’est si pas mal de turbiner pour une boîte familiale et paternaliste. Une qui offre séances de tir à l’arc et de yoga à ses esclaves salariés, et même une journée entière au Salon de l’aéronautique du Bourget pour celles et ceux « qui se sont particulièrement investis dans l’entreprise », pouvant alors admirer sur place « le stand écoresponsable » de leur industrie belliciste, « entièrement pensé et conçu à cette occasion » par Anne Heres, architecte et néanmoins compagne de leur PDG.

Si on faisait un pari peu osé, on pourrait même dire qu’à la veille de cette rentrée, aucun de ces salariés – le nez dans le prochain crédit à rembourser et les mains tâchées d’un sang qu’ils préfèrent ignorer –, n’avait à l’esprit la pourtant terrible question confiée à un chroniqueur radio par leur patron suite à l’attaque survenue cinq mois plus tôt (RMC, 9 avril) : « Peuvent-ils revenir ?  »

Une rentrée crépitante

Lundi 21 août 2023, il était 1h39 du matin à Beauchastel lorsqu’un « voisin du groupe Frégate Aero, spécialisé dans la fabrication de pièces aéronautiques pour le civil et le militaire, a entendu des crépitements en provenance du site de production ». Près de soixante pompiers sont aussitôt arrivés sur place, nous rappelant en passant que si leur vocation était de sauver des vies, ils auraient laissé flamber jusqu’au bout cette usine de mort. Mais ce ne sont pas des soldats du feu pour rien. Malgré leur lutte acharnée contre de biens vaillantes flammes, ces dernières sont parvenues en quelques heures à ravager près de 700 mètres carrés de Fregate Aero, tandis que le reste des ateliers a été endommagé par les épaisses fumées.

En fin de matinée, les techniciens en identification criminelle de Privas ont effectué différents prélèvements, tandis que l’enquête a été placée sous la direction de la brigade de recherches du Teil (gendarmerie). L’entièreté du site de Beauchastel est désormais à l’arrêt, les 135 salariés non recasés sur d’autres sites sont au chômage technique, et il reste évidemment une petite question que tout le monde se pose.
D’un côté, il paraît que l’entreprise privilégie la piste du pas-de-chance lié à « une potentielle défaillance ou à un faux-contact » (France Bleu 21/8), ce qui ne fait tout de même pas très sérieux quand on est bardé de certifications pour livrer chaque jour des pièces aux avions de chasse de Dassault et aux hélicoptères de flics d’Airbus.
D’un autre côté, celui des journalistes (qui ne sont pas plus experts es-incendies que le patron de Fregate Aero, mais pas moins confidents de la préfecture de police), on sait qu’une journée compte 24 heures et une semaine 7 jours, et que les courts-circuits qui décident de se manifester pile au milieu d’une nuit de dimanche à lundi, qui plus est la veille de la reprise du sale travail d’une entreprise, méritent un peu plus d’attention. « Incendie chez Frégate Aero : la piste criminelle n’est pas écartée » titrera donc la presse locale, avant de revenir au plus sobre « Incendie chez Frégate Aero : accident ou acte criminel ? »  (Le Dauphiné, 21 & 22/8).

Mais pour qui se pose des questions autrement plus passionnantes, ces fumées d’un sabotage revenu frapper aux portes de Fregate Aero ou simplement issues d’un heureux hasard, rappellent en tout cas à chacun.e que la mort se fabrique aussi dans des bâtiments ordinaires, disséminés aux quatre coins reculés du territoire. Et que l’industrie ne trouvera pas toujours des abris, pas même à l’arrière de la guerre…

[22 août 2023]


Colombelles (Calvados) : la borne de recharge de nouveau sabotée

Publié le 2023-08-24 15:45:03

[Reçu par mail, 21 août 2023]

Le 21 août à Colombelles, près de Caen, une borne de recharge électrique MobiSDEC a été sabotée avec de la mousse expansive. C’est la même borne de recharge qui avait été sabotée le 31 mai dernier, une action revendiquée dans un communiqué.

La mousse a été répandue à la fois sur les deux prises qui donnent accès au chargement (ces prises sont protégées par une trappe mais il y a un petit interstice en bas de celle-ci qui permet d’insérer la valve pour diffuser la mousse à l’intérieur, directement sur la prise de chargement) et sur les terminaux de paiement par carte. Cette technique permet de rendre inutilisable la borne dans l’immédiat, mais selon la réactivité des autorités, une borne de recharge sabotée de la sorte peut être rapidement remise en état de marche (une question de jours ou de semaine). D’où la nécessité de s’attaquer régulièrement à la même infrastructure, où d’imaginer d’autres manières de faire… avis aux amateur-ice-s.

De nouveau, le sabotage de cette borne de recharge électrique à Colombelles s’inscrit dans une lutte contre un système capitaliste soi-disant décarboné, vert et renouvelable.

La voiture électrique (et le réseau de bornes indispensable à son fonctionnement) est un des élément principal de la transition prétendument écologique, qui est une stratégie de défense du système productiviste et de reproduction du capitalisme. Leur transition, c’est toujours plus de projets industriels monstrueux : mines de lithium, méga-projets photovoltaïques, centrales nucléaires, EPR, centre d’enfouissement de déchets nucléaires CIGEO, méga factories où sont fabriquées les batteries électriques, centrales électriques, lignes haute tension… Dans le Calvados, c’est par exemple un projet de parc éolien au large de Courseulles-sur-mer qui est prévu pour 2025, avec 64 éoliennes en pleine mer. Pourtant, il n’y a pas besoin de produire plus d’électricité, si ce n’est pour faire fonctionner des appareils électroniques sans cesse plus énergivores et aliénants, pour développer les nouvelles technologies de surveillance, pour alimenter la croissance économique, et pour faire tourner les écrans qui nous gâchent la vie au quotidien.

A l’heure où la sécheresse et les incendies ravagent le monde, et où cette société de contrôle et de profit ravage nos existences,

vive la résistance, vive le sabotage !

Argentine : vague de pillages à travers tout le territoire

Publié le 2023-08-25 06:45:11

Plombée par l’inflation, l’Argentine est confrontée
à une vague de pillages de commerces

En Argentine, une vague de pillages de supermarchés et de commerces depuis quatre jours a mis le pays en alerte, ravivant le souvenir traumatique de la «Gran Crisis» de 2001 [Voir ici la brochure Recueil de textes argentins (2001-2003), ed. Mutines Seditions, 2003], sur fond d’élection présidentielle prévue en octobre. Même si le gouvernement nie tout lien de cause à effet, cette vague intervient alors que le peso argentin vient d’être dévalué d’environ 20% mi-août. La troisième économie d’Amérique latine est aux prises avec une inflation endémique, à deux chiffres depuis plus de douze ans, et de 115% sur un an. JPMorgan anticipe même une inflation de 190% à la fin de l’année. Une inflation telle que le gouvernement a lancé en mai un billet de banque de 2.000 pesos, le plus important qui n’ait jamais circulé.

Les pillages, survenus aussi bien dans la ville de Bariloche, en Patagonie dans le sud du pays, qu’autour de la capitale Buenos Aires ou encore dans la région viticole de Mendoza, sont l’oeuvre de petits groupes qui pénètrent par effraction dans des commerces pour voler biens alimentaires et autres produits. Des bandes de 20 personnes, 40 ou plus, fondent sur un supermarché ou autre commerce, en mode «attaque de piranhas», ou de plus petits groupes, mus par des appels de dernière minute, via les réseaux sociaux, forcent parfois l’accès aux commerces fermés. Les assaillants s’emparent alors de la nourriture, mais aussi ce qu’ils trouvent: alcool, cigarettes, objets divers et variés, comme en témoignent les chariots de supermarché pleins abandonnés à l’arrivée de la police. Parfois, comme mardi à Moreno, le feu est mis au magasin.

Au total, près de 200 personnes, dont beaucoup de mineurs, de 12, 14 ans parfois, ont été arrêtées en quatre jours, après des pillages ou tentatives, souvent stoppées par la police, dans les provinces de Cordoba (centre), Mendoza (ouest), Neuquen (sud), et plus d’une centaine depuis lundi dans le «Conurbano», l’immense banlieue de Buenos Aires. Mercredi 23 août, le gouvernement de Buenos Aires a indiqué que dans la capitale, il y avait eu plus de 150 tentatives de pillage en même temps et 94 personnes arrêtées.

Aujourd’hui 24 août, la presse argentine annonce que le gouvernement national a officialisé la création de commandements unifiés pour prévenir les pillages. Ces Commandements unifiés de la police fédérale et des forces de sécurité seront composé de la Direction nationale des Renseignements et du Secrétariat de la sécurité et de la politique criminelle, de la police fédérale argentine, de la gendarmerie nationale, de la préfecture navale et de la police de sécurité aéroportuaire, ainsi que de représentants des forces de police de la ville autonome de Buenos Aires et des provinces.

Les flics de Buenois Aires déployés pour empêcher les pillages de supermarchés
Idem en Patagonie, 23 août 2023

[Synthèse rapide de la presse argentine & francophone, 24 août 2023]

Italie : Notre compagnon Beppe a besoin de soutien économique

Publié le 2023-08-25 07:20:03

Il Rovescio / mercredi 23 août 2023

Si vous êtes anarchistes, vous avez sûrement entendu parler du procès Prometeo, qui s’est terminé il y a quelques mois à peine, à Gênes, et qui constitue vraiment un cas exemplaire pour comprendre comment fonctionne réellement l’information officielle, dans ce pays.

Rappelons les faits.

Dans le procès Prometeo étaient inculpés une compagnonne, Natascia, et deux compagnons, Beppe et Robert, pour l’envoi de deux colis piégés à deux anciens procureurs de Turin : Sparagna et Rinaudo, tous deux engagés depuis des années dans une répression féroce des luttes, et à l’ancien directeur de l’Administration pénitentiaire, Santi Consolo, l’un des principaux responsables des tortures que des dizaines de milliers de détenus vivent directement chaque jour.

Le procureur Federico Manotti, bien connu pour son acharnement répressif à l’encontre des compagnons et compagnonnes anarchistes, a demandé des peines qui, cumulées, dépassent le demi-siècle de prison.

Dix-sept ans d’emprisonnement est la condamnation demandée pour Natascia et Robert et même 18 ans et quatre mois pour Beppe.

Le chef d’inculpation principal qu’il a sorti pour l’occasion est le célèbre art. 280, c’est-à-dire « attentat avec finalité de terrorisme ».

Ce procès arrive après une longue période, plus ou moins trois ans (je le répète : trois ans, merde!), de détention préventive… avec des transferts continuels d’une prison à l’autre, à travers notre beau pays (Pavie, Opera et Bologne), et toujours en régime de haute sécurité.

A ce point, il vaut la peine de rappeler le comportement absolument honteux des organes d’information officiels, à propos de cet acharnement.

En effet, à l’époque des arrestations, l’enquête Prometeo a été relayée sur toutes les Unes des principaux journaux nationaux et en ouverture des journaux télévisés des principales chaînes télé.

Le battage médiatique qui a accompagné cette affaire, jusqu’ à la demande, de la part du proc’, de peines disproportionnées… s’est transformé en un silence honteux, dès que le procès est vraiment entré dans sa phase de plein déroulement.

Tous ces organes d’information, qui avaient fait un grand tapage, quelques mois auparavant, n’ont rien dit de l’acquittement en premier degré des trois inculpés.

Les lumières médiatiques s’éteignent complètement, sur le procès Prometeo, justement à partir de ce premier acquittement, qui sera la préfiguration du grand final, caractérisé par un verdict décidément incontestable, c’est à dire un acquittement complet pour tous les trois inculpés.

Bien… ou plutôt, très mal, mais jusqu’ici l’affaire Prometeo ressemble en tout point à d’autres affaire horribles (de pure répression), dans l’histoire récente d’un passé qui, évidemment, ne veut pas nous quitter.

Une histoire qui ressemble tellement à d’autres histoires de répression, pareillement inquiétantes, de la part de l’appareil judiciaire et de manipulation intéressée de la part d’une information officielle complètement asservie au pouvoir.

Dans cette histoire, ce qui nous a particulièrement frappé est le cas personnel de l’un des inculpés, notre compagnon anarchiste Beppe, qui avait été décrit par le procureur Manotti comme l’ennemi public numéro un, sur lequel s’acharner de manière particulièrement dure.

Pour Beppe, la requête de condamnation du proc a été de 18 ans et quatre mois et c’est avec cette terrible épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête (et en régime de détention de haute sécurité) que notre compagnon a du affronter ces trois longues années de détention préventive.

Il n’est donc pas étonnant que, dans une situation si terriblement stressante et de suspension systématique de ses droits les plus élémentaires, Beppe ait fini pour tomber malade précisément en prison, jusqu’à être obligé de subir une opération à la thyroïde dans la prison de Pavie.

Mais les vrai problèmes commencent, pour Beppe, juste après sa sortie de prison et son retour chez lui, quand les projecteurs médiatiques, pour cette histoire, commencent à s’affaiblir, jusqu’à s’éteindre complètement une fois les acquittements obtenus… parce que, comme cela arrive souvent, c’est justement quand les lumières s’éteignent que certains problèmes peuvent arriver et, après des nombreuses années passées dans le mouvement, nous nous sommes aperçus et nous avons constaté que ces problèmes touchent surtout certains de nos meilleurs compagnons de lutte, en particulier ceux dotés d’une grande dignité personnelle et peu portés à des formes d’auto-victimisation, même dans les cas où ils auraient toutes les raisons pour tomber dans l’auto-apitoiement.

Normalement, ces frères de lutte n’aiment pas s’apitoyer sur leur sort et raconter leurs vicissitudes personnelles, parce qu’il s’agit de personnes habituées à assumer pleinement leurs responsabilités, sans jamais quémander rien à personne et surtout sans jamais rien prétendre d’autrui.

Si l’on prend par exemple le cas judiciaire et personnel de notre compagnon anarchiste Beppe, on s’apercevra précisément de cela et c’est seulement grâce à l’inquiétude personnelle de certains d’entre nous, en particulier d’une compagnonne, que nous avons été mis au courant de sa situation… et à ce point il est nécessaire de parler de tout ce qui en est ressorti.

Et alors parlons-en, par de vrai…

Parlons, pour une fois, de ce compagnon à nous, qui jusqu’ici n’a jamais rien demandé ni prétendu, mais qui, le long de tous ces années de détention, a lutté et souffert en silence, sans que personne, parmi nous, sache réellement, jusqu’au bout, quelle était sa situation personnelle.

Pour le dire brièvement, Beppe a été libéré après trois longues années de détention préventive, seulement pour se retrouver, en fin de compte, dans une situation autant lourde et également contraignante.

Après trois ans de détention préventive, il est maintenant dans une complète indigence et avec la nécessité d’assister, jour et nuit, une mère très âgée et malade.

Tout cela dans un village sicilien de 3000 habitants, lointain et isolé de tout et de tout le monde.

Nous avons pris connaissance de ces problèmes grâce à l’intéressement d’une chère amie, sœur et compagnonne de lutte, très attentive à ces cas personnels que souvent on oublie, dès que les lumières s’éteignent.

Beppe ne mérite pas cette situation, après avoir donné littéralement tout pour la lutte.

Le fait qu’il n’ait jamais rien demandé pour soi-même ne signifie pas que l’on puisse se permettre d’ignorer tout ce que nous venons de vous raconter.

Surtout maintenant que nous le savons et que nous commençons à le raconter.

Et c’est justement pour cela que nous avons décidé d’écrire ce texte de dénonciation sur son cas personnel, exemplaire.

En effet, il était nécessaire que tout le mouvement anarchiste en prenne connaissance et en prenne acte, pour arriver à l’aider concrètement, dans cette situation.

Une première idée qui nous a traversé l’esprit serait d’arriver à organiser, à court ou au pire à moyen terme, quelque forme d’initiative pour trouver du soutien financier pour notre compagnon anarchiste Beppe (comme les compagnonnes et les compagnons de Gênes ont déjà fait, à l’époque, pour les frais de justice).

Jamais comme maintenant il faudrait aussi se bouger rapidement et avec une certaine urgence, pour démontrer par les actes ce que peut être et ce que doit être la solidarité entre compagnons et compagnonnes.

 

des compagnonnes et des compagnons anarchistes

Prison de Larisa (Grèce) : …et les cendres de la Bastille se répandront jusqu’aux confins de la terre

Publié le 2023-08-25 22:35:15

athens.indymedia.org / jeudi 24 août 2023

“Regardez comme leur indifférence nous tue”

Sur une planète qui ressemble de plus en plus à un abattoir, il y a des personnes avec une conscience d’acier, profondément incorporées dans le béton et le métal de l’inexistence pour leurs intentions subversives. Des personnes qui ont honoré leurs qualités, se tenant hautes et fières avec respect et dédication par rapport au passage de l’histoire. Illes ont regardé les laquais de l’autorité droit dans les yeux, non pas comme des spectateurices dans l’arène du spectacle, mais comme des combattantEs. Des ennemiEs juréEs de l’injustice, et des antagonistes de l’existant.

Sur une planète qui ressemble de plus en plus à une prison, il y a de véritables prisonnièrEs qui cultivent la fleur de la libération profondément enracinée dans leurs coeurs. PrisonnièrEs d’une guerre silencieuse mais non silencée contre le déclin et l’aliénation, une guerre qui ne garantit par la sécurité, mais possède une soif de la vie. Et, chaque nuit, illes regardent les étoiles tandis que les murs de l’incarcération grandissent et grandissent encore. Et, chaque matin, leur volonté et leur persistence grandissent encore elles aussi. Jusqu’à ce que cette dernière aurore arrive…

Sur une planète mise à feu par des coeurs insurrectionnels, il reste des messages de résistance et d’optimisme. Des messages de complicité cachés sous les cagoules, qui voyagent jusqu’à nos oreilles par l’explosion d’un appareil improvisé dans le palais du miasme en uniforme au Chili, par un molotov lancé par les banlieues françaises enragées, par une explosion de rage et de justice en Cisjordanie, par un acte de sabotage contre la frénésie du développement dans le nord italien, par l’éclat des facades des boutiques du consumérisme local.

Ici, où le temps n’a aucun pouvoir sur nos corps, et où la rage t’étouffe comme un crachat, l’intensification de la lutte révolutionnaire internationale est notre propre recollection de la libérté totale. C’est notre besoin et notre désir. Cellui qui oublie les prisonnièrEs toujours-présentEs de la guerre sociale et de classe pour un monde sans autorité, oublie la guerre elle-même.

Solidarité incessante pour tous les révolutionnaires imprisonnéEs impénintentEs, qui délimitent la vie à la frontière naturelle de la justice subversive.

Force et respect aux cellules révolutionnaires internationales qui luttent aujourd’hui, qui vengent notre emprisonnement.

 

Thanos Hatziangelou
membre emprisonné de l’Organisation d’Action Anarchiste
Aile C, Prison de Larissa
22/8/2023

Limoges (Haute-Vienne) : de l’essence pour le service public

Publié le 2023-08-26 13:10:07

Cinq voitures de la Maison du Département incendiées
Le Populaire du centre, 25 août 2023 (extrait)

Vers 2 heures dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 août, cinq voitures de la Maison du Département [qui regroupe tous les services du département, de la PMI au RSA avec le contrôle qui va avec], basée 36 allée Fabre-d’Églantine dans le quartier de Beaubreuil, à Limoges, ont été incendiées.

Le chiffre du jour : 250 000

Publié le 2023-08-26 13:15:03

A Nîmes, après  la panne d’électricité dans le centre de rétention suivie de la mutinerie incendiaire des retenus et l’évasion de six d’entre eux le 19 août dernier, les dégâts de la révolte dans le CRA ont été évalués à au moins 250 000 euros.

Par ailleurs, deux sans-papiers de 20 et 22 ans incarcérés dans le centre de rétention à ce moment-là sont accusés d’avoir bouté le feu, et sont poursuivis pour « dégradations par un moyen dangereux » et « mise en danger de la vie d’autrui » . Leur comparution immédiate vendredi 25 août a été reportée à la demande de leurs avocats… qui ont obtenu de la présidente du tribunal de Nîmes ce renvoi « compte tenu de la complexité de l’affaire », et plus précisément afin d’appuyer leur demande d’ouverture d’une instruction judiciaire. Comme quoi, quand il s’agit de chasser ensemble plus de gibier de justice (en l’occurrence de potentiels incendiaires supplémentaires du CRA), avocats et juges parviennent parfois à trouver un terrain d’entente cordiale.

(A partir d’Objectif Gard, 24 & 25 août 2023)

Santiago (Chili) : Deux sorties incendiaires dans les rues

Publié le 2023-08-27 07:10:49

Sortie incendiaire devant l’Instituto Nacional, pour Mónica et Francisco et contre la loi Aula segura, les lois répressives et la loi contre les occupations de terrains

Informativo Anarquista / mardi 22 août 2023

Le jeudi 17 août, on a posé des banderoles, diffusé des tracts et on a monté des barricades et eu des affrontements à coup de cocktails Molotov, contre la présence des COP [Control de Orden Público, les unités anti-émeute des Carabineros ; NdAtt.], au carrefour entre Alameda [Avenida Libertador General Bernardo O’Higgins, l’artère principale de Santiago ; NdAtt.] et la rue Arturo Pratt [où se trouve le prestigieux lycée Instituto Nacional ; NdAtt.].
Sur les banderoles et les tracts, on pouvait lire : « Les étudiant.es organisé.es se mobilisent contre les lois répressives. Non à la loi contre les occupations de terrains, à la loi Aula segura [loi sur la sécurité dans les lycées et les universités ; NdAtt.] et à la loi « gâchette facile » [en avril dernier, le parlement chilien a approuvé la loi Naín-Retamal, qui présuppose qu’un flic qui utilise son arme le fait légitimement, pour sa défense ; NdAtt.]. Deli [un compagnon décédé ; NdAtt.] pour toujours », « Casse la gueule à un trafiquant de drogue, devient anarchiste » et « Face au procès contre les compas, que la solidarité avec Mónica et Francisco déborde ».

*****

Sortie dans la rue et attaque incendiaire contre la caserne de la PDI, prés de l’Universidad Academia de Humanismo Cristiano

Informativo Anarquista / mercredi 23 août 2023

Dans la nuit de jeudi 17 août, des barricades ont été montées et il y a eu des affrontements à coup de cocktails Molotov, contre la présence des Carabineros (COP). Au moins trois de ces cocktails Molotov ont été lancés devant l’« Unité pour les droits de l’homme » de la PDI (la Police judiciaire), à quelques pas de l’Universidad Academia de Humanismo Cristiano [une université privée, fondée pendant la dictature par un cardinal salésien ; NdAtt.].
Personne n’a été interpellé.e, sur place ont été trouvé des tracts en soutien aux prisonniers mapuche et avec des revendications pour le cinquantième anniversaire du coup d’État.

EN/FR/ : A small fire for solidarity/ un petit feu au soutien (Berlin,Germany)

Publié le 2023-08-27 14:05:04

A small fire for solidarity/ un petit feu au soutien

Following the call for practical support for the fights in France this weekend, we decided to do what we could here and placed a small fire starter under a miles sharing car in the night of the 14th to the 15th of July as a salute to our French comrades. Suivre l’appel au soutien pratique pour France ce week-end, nous avons décidé de faire ce que nous pouvions ici et avons placé un petit allume-feu sous une voiture de Miles dans la nuit du 14 au 15 juillet en guise de salut à nos camarades français.

Following the call for practical support for the fights in France this weekend, we decided to do what we could here and placed a small fire starter under a miles sharing car that was left waiting in Columbiadamm in the night of the 14th to the 15th of July as a salute to our French comrades.

A sharing car went up in flames that would have only have been used by those who can afford more than public transport anyway, those who don’t have to sit in sticky subways and cramped buses. But it’s our anger that’s rising. Our anger at the racist government and police, the widening economic gap, the ecological disaster accelerated by the greed of the rich, it’s only a matter of time before we take to the streets to protest the whole shit here too.

Until then we’re the creatures hanging out in the streets, lurking in the dark to disrupt the steady flow of the bustling city a little, hoping that others will join them and that we’ll create ever more resistance to show them that they can be everywhere at once, and that we know how to use it.

In solidarity with the struggles in France and Griechenland!

R.I.P. Nahel!

Biise la police!

Suivre l’appel au soutien pratique pour France ce week-end, nous avons décidé de faire ce que nous pouvions ici et avons placé un petit allume-feu sous une voiture de Miles in Berlin-Neukölln dans la nuit du 14 au 15 juillet en guise de salut à nos camarades français.

Une voiture partagée s’est envolée en flames cette nuit-là, une voiture que n’aurait été utilisée que par ceux qui peuvent se permettre plus que les transports publics de toute façon, ceux qui n’ont pas à s’asseoir dans des métros poisseux et des bus exigus. Mais c’est notre colère qui monte. Notre colère contre le gouvernement et la police racistes, le fossé économique qui se creuse, le désastre écologique accéléré par la cupidité des riches, ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne descendions dans la rue pour protester contre toute cette merde ici aussi.

D’ici là, nous sommes les créatures qui traînent dans les rues, tapies dans l’obscurité pour perturber un peu le flux régulier de la ville animée, en espérant que d’autres les rejoindront et que nous créerons toujours plus de résistance pour leur montrer qu’ils peuvent être partout à la fois, et que nous savons comment l’utiliser.

en solidarité avec les luttes en France et en Grèce !

R.I.P. Nahel!

Biise la police!

via: https://de.indymedia.org/node/292328

Aggiornamento sull’operazione “Scripta Scelera” e presenza solidale a Genova per l’udienza del riesame [iniziativa annullata]

Publié le 2023-08-27 16:00:03

Aggiornamento sull’operazione “Scripta Scelera” e presenza solidale a Genova per l’udienza del riesame [iniziativa annullata]

Presenza solidale a Genova

Riceviamo e diffondiamo:

La presenza solidale a Genova è stata annullata perché ai compagni è stata negata la possibilità di essere presenti all’udienza

Aggiornamento sull’udienza di riesame per le misure cautelari dell’operazione Scripta Scelera e coordinate della cassa di solidarietà

Informiamo che è stata fissata per il 28 agosto, presso il tribunale di Genova dalle ore 09:00, l’udienza di riesame in relazione alle nove misure cautelari disposte dal giudice per le indagini preliminari Ghio nell’ambito del procedimento Scripta Scelera contro il quindicinale anarchico internazionalista “Bezmotivny”. Un’operazione che l’8 agosto ha comportato 11 perquisizioni (tra cui quella del Circolo Culturale Anarchico “Gogliardo Fiaschi” a Carrara), ingenti sequestri di giornali e pubblicazioni (nonché di telefoni, computer, ecc.) e la notifica di un’indagine nei confronti di 10 compagni anarchici, per cui il pubblico ministero Manotti aveva originariamente richiesto l’arresto in carcere in due occasioni, a luglio 2022 e a marzo 2023. Dalla seconda richiesta di arresti è derivata l’ordinanza del GIP che ha portato all’operazione dell’8 agosto, con quattro arresti domiciliari con tutte le restrizioni per altrettanti compagni di Carrara e cinque obblighi di dimora con rientro notturno dalle 19:00 alle 07:00, tra i quali figurano, fuori da Carrara, anche compagni all’Aquila, Lucca e Spoleto.

Inoltre, per il 6 settembre, sempre presso il tribunale di Genova alle ore 09:00, è stata fissata un’udienza di appello su richiesta del PM avverso l’ordinanza del GIP che ha stabilito le misure cautelari sulla base degli artt. 270 bis e 414 c. p. aggravato dalla finalità di terrorismo per otto compagni e solo per 414 c. p. aggravato per un compagno (mentre per il decimo compagno non ha appunto stabilito alcuna restrizione). Il PM chiede l’aggravamento della misura (cioè la detenzione in carcere) nei confronti di questi nove destinatari delle misure cautelari. Quest’ultimo episodio è l’ultimo di un andazzo complessivamente confusionario nel quale si sta muovendo il tribunale di Genova. La separazione in due momenti delle udienze (il 28 agosto quella degli avvocati che chiedono la revoca delle misure e il 6 settembre quella del PM che chiede il carcere), il fatto che a oggi (23 agosto) non siano ancora noti i membri del tribunale che si esprimerà tra meno di cinque giorni e la probabilità di due collegi differenti nelle due giornate, è un fatto inconsueto persino per la kafkiana giustizia italiana, con la possibilità di due sentenze contraddittorie.

Segnaliamo infine che tra il 17 e il 18 agosto sono stati posti i braccialetti elettronici ai tre compagni e alla compagna agli arresti domiciliari.

Riportiamo qui di seguito le coordinate del conto per la cassa di solidarietà con i compagni inquisiti.

Carta postepay numero: 5333 1711 9250 1035
IBAN: IT12R3608105138290233690253
Intestataria: Ilaria Ferrario

Seguiranno aggiornamenti sulle iniziative solidali.

CONTRO LA CENSURA, PERSEVERIAMO NELL’AGITAZIONE E NELLA PROPAGANDA ANARCHICA! SOLIDARIETÀ CON I COMPAGNI E LE COMPAGNE AGLI ARRESTI E INQUISITI!

Thème du Mois #3 : Body cam - Cheval de troie de la surveillance ?

Publié le 2023-08-27 22:30:24

Ces prochains temps, Renversé relaie les articles écrits pour l’occasion par plusieurs collectifs qui travaillent sur les crimes policiers. Le procès des flics qui ont tué Mike Ben Peter a été d’une violence inouïe, un déni de justice total et une démonstration de force obscène du camp de l’impunité policière. Il nous faut malgré tout continuer le combat aux côtés des proches de victimes de meurtres policiers, pour Hervé, pour Mike, pour Nzoy et pour tous les autres. Nous proposerons au cours de cet été des articles pour donner de la voix à celles et ceux qui s’organisent sur ce front et pour participer à penser la mobilisation.



La Body cam est une petite caméra prévue pour être portée sur le torse. Sa commercialisation est destinée aux différentes forces de l’ordre, policiers, garde-frontière, police ferroviaire, etc.

Depuis plus de dix ans, son utilisation se généralise. D’abord réticents, la plupart des corps de police sont aujourd’hui très favorables à son utilisation. Bon nombre de politiques et/ou dirigeants de la police souhaitent l’intégration généralisée de la body cam à l’équipement policier.

Le contexte à Lausanne

Depuis 2019, les caméras-piéton sont en phase pilote. Cela a commencé à Lausanne sous l’impulsion du PLR Pierre-Antoine Hildbrand. Le Conseil cantonal de sécurité, alors dirigé par Béatrice Métraux (les Verts), a ensuite étendu cette pratique à tous les services de police vaudois. Dans sa lettre du 12.03.2021 au collectif Kiboko, la conseillère d’Etat vantait les mérites de la caméra-piéton “perçue comme un moyen de protection tant par les policières et policiers que par les personnes interpellées”, et espérait que ce projet aiderait à “réduire les tensions qui peuvent parfois exister entre la police et la population.”

Sur le plan lausannois, si le postulat (qui a déjà été accepté en commission) est soutenu par la majorité du conseil communal, la Municipalité préparera ensuite un rapport préavis qui sera soumis à nouveau au conseil communal. Depuis l’acquittement des 6 policiers qui ont tué Mike, ce sujet est réapparu plusieurs fois dans les médias et les body cam ont été présentées comme une solution au profilage racial, notamment par le Parti socialiste.

Il n’existe pas de données statistiques fiables sur ce matériel sécuritaire, c’est un domaine qui manque cruellement d’analyses indépendantes. Nous avons rassemblé plusieurs sources, études, et articles pour observer l’évolution de cette technologie et établir notre position.

Il ressort plusieurs problématiques :

Qui décide d’équiper la police de body cam ?
Quel cadre législatif ?
Qui sont les fabricants ?
Quand et que filme la caméra ? (angle de vue, prise de son, activation)
Comment fonctionnent le stockage et la propriété des images ? (protection des données)
Quelle utilisation judiciaire ?
Éthique, intelligence artificielle, renforcement d’un appareil d’Etat raciste.

Différents contextes

Il est nécessaire de comprendre les contextes sociétaux dans lesquels les body cam sont mises en place. Alors qu’aux Etats-Unis, elles ont officiellement été lancées pour réagir aux violences policières, on sait aujourd’hui que leur efficacité contre ces dernières n’a pas été prouvée. À Washington, il semblerait que la body cam fonctionne surtout lorsqu’il s’agit, pour la police, de collecter des informations utiles à leur défense ou à charger des citoyens.

En Europe, les body cam sont explicitement destinées aux forces de l’ordre, permettant de faire valoir leur point de vue sur les interpellations policières. En Suisse dans le Canton de Vaud, une étude souligne qu’une désescalade de situations conflictuelles est constatée par le port de la caméra. Mais l’étude affirme aussi que “dans le cadre du test lausannois et vaudois, il a été envisagé que la body cam visait la protection des policier·ère·s contre les violences et menaces”. Les objectifs annoncés dans l’étude vaudoise sont en effet les suivants :

Dernièrement, dans le Lausanne Cité, un élu socialiste se berçait également d’illusion, affirmant que “cette technologie permettrait la désescalade de la violence tout en renforçant le sentiment de sécurité, tant pour la population que pour les policiers.” .

Dans le débat public, il y a plutôt à droite, celleux qui pensent que la police n’a rien à se reprocher et que la body cam sert à justifier ses actions. On pense par exemple à l’utilisation des images dans le cadre judiciaire. Les plus ardents défenseurs de la body cam sont également ceux qui souhaitent interdire à la population de filmer la police. Or, des élu.exs de gauche et une partie de la population estiment que c’est un bon outil de lutte contre les violences policières.

Certains sociaux-démocrates (tels que Les Verts et le Parti socialiste) ne prennent pas d’initiative pour la lutte contre les violences policières, mais déploient une énergie impressionnante pour faire passer des idées de droite dans un format édulcoré. Cette supposée gauche est-elle vraiment aux services de la population qu’elle prétend représenter ? S’est-elle renseignée sur la portée réelle d’un outil de contrôle tel que la body cam ?

Si l’on comprend bien l’idée d’assurer une trace des contacts entre la police et la population, il faut cependant prendre toutes les mesures possibles pour que la bodycam ne soit jamais présentée comme une solution pour faire baisser les violences policières. Une chose est claire : nous ne sommes pas en train de donner la possibilité à la population de filmer la police, mais l’on équipe la police pour NOUS filmer.

À cette gauche qui soutien les caméras-piéton, nous lui rappelons que de répondre aux harcèlements des personnes non-blanches en augmentant le matériel alloué au contrôle social est insensé. Malheureusement et en dépit du bon sens, on observe souvent que plus la police est violente, plus l’Etat étend la panoplie de cette dernière.

C’est précisément dans ce genre de moment politique que s’inscrit une dynamique d’une gauche qui se droitise. La politique consensuelle pratiquée par la gauche en Suisse n’est pas en mesure d’être productrice d’outils amenant des changements sociaux profonds, et se maintient simplement dans le consensus du moment en faisant le jeu de la droite. Ce projet de body cam nous montre que malheureusement que la viabilité politique d’une proposition dépend de son acceptabilité dans l’opinion publique plutôt que de ses qualités potentielles ou intrinsèques. Dans ce contexte, toute proposition visant à réduire les fonds de la police, désarmer une majorité des effectifs de patrouilles ou leur imposer un minimum d’exemplarité, semble impensables. Ce type de proposition est systématiquement discréditée et médiatiquement évacuée.

Pour lutter contre le racisme d’Etat, il faut pourtant questionner sa structure, ses institutions, et ses outils au premier sens du terme, jusqu’au matériel utilisé. Du formulaire à remplir à l’arme à feu, tout compte, tout n’est qu’outil de coercition pour maintenir un ordre du monde blanc, néo-colonial et patriarcal.

Pour ses défenseurs à la droite de l’échiquier politique, les caméras-piéton répondent à une supposée “guerre de l’image”. Alors que la plupart des corps de police suisses veulent équiper au plus vite tous leurs agents de body cams, le conseiller national UDC Jean-Luc Addor va du reste déposer une intervention parlementaire pour demander l’interdiction de filmer la police.
Mais cet objectif s’illustre de la même manière dans l’étude vaudoise, selon laquelle “face aux vidéastes amateurs, (la body cam) réduit l’asymétrie des moyens de prise de vue et rassure les policier·ère·s sur leur capacité à attester une éventuelle dégradation de la situation.”
En France, par exemple, combattre les images de violences policières diffusées sur les réseaux sociaux a été un argument pour l’élargissement du protocole d’utilisation des body cam, à travers la Loi sécurité Glogale. Une mesure visait notamment à permettre aux agents de publier certaines images captées par leurs caméras embarquées, tout en pénalisant le partage citoyen de vidéos.

D’autre part, donner aujourd’hui un cadre contraignant à l’utilisation de la body cam ne garantit absolument rien de son utilisation dans dix ans. De nombreux exemples à l’étranger sont de nature à nous alerter. Il y a une différence entre le cadre légal prévu à la base et l’utilisation qu’en font finalement les Etats. Ne pas combattre la body cam maintenant, c’est accepter qu’elle s’implante au sein des forces (dites) de sécurité.

Il suffit d’aller faire un tour sur les sites de Zepcam (qui fournit ses body cams à la police de Lausanne) ou d’Axon (qui fournissait celles de Zurich et équipe la majorité des corps de police américains) pour voir que ces sociétés proposent un outil 100% destiné à ses utilisateurs, un outil de surveillance des personnes filmées PAR le ou la porteureuse de la caméra. “Afin de protéger efficacement les agents et de poursuivre les criminels”, telle est la devise de la firme. Quelles qu’en soient les modalités d’utilisation, cet outil n’est pas et ne sera jamais contrôlé par la population. Il n’est simplement pas entre nos mains car de A à Z, la police contrôle ces images, de leur captation à leur conservation, sans regard indépendant.

Un nouvel instrument qui renforce une structure raciste

En l’état actuel, l’efficacité de la body cam est compromise puisque c’est au policier de l’enclencher. Le rapport d’évaluation vaudois recommande en effet l’activation manuelle car “ce mode est le plus adapté pour que la body cam soit acceptée et utilisée proactivement.” Par conséquent, il faudrait que la caméra soit allumée en tout temps pour éviter que la décision individuelle de l’agent de police ne représente un biais. Certes, cela pose un problème évident. Une affaire actuelle l’illustre de manière horrifiante : 16 policiers israéliens ont scarifié le visage d’un homme palestinien après l’avoir torturé alors que chacun d’entre eux portait une caméra embarquée. Ils ont pourtant osé déclarer que toutes leurs caméras étaient “cassées” au moment des faits.
Mais on se heurte alors à une autre question : a-t-on envie d’être filmé.exs de manière continue par la police, sans pouvoir s’y opposer ? En acceptant ce projet, on se soumet à de multiples contradictions et dilemmes.

Nous sommes en train de donner un nouvel instrument à un système dont les intérêts sont fondamentalement contraires à ceux de la majorité de la population, en particulier à ceux des personnes précarisées et non-blanches. Même avec les règles d’utilisation les plus strictes, on ne peut pas compter sur l’agent lambda pour respecter un protocole. La question de la législation autour de l’utilisation du matériel à disposition des policiers est sans cesse problématique. Par exemple, le policier a le droit d’avoir une arme à feu, mais n’est autorisé à l’utiliser que dans un cadre très rigide. Or Hervé et Nzoy sont morts parce que des policiers ont fait usage de leur arme hors de ce cadre législatif. Et pourtant, comme on l’a vu dans le cas d’Hervé, la justice leur tout de même donne raison.

Alors que le policier est bien conscient que tout est enregistré, rien n’atténue son manque de respect, sa partialité, son escalade inadmissible, sa violence. Ce sera ensuite la femme qui sera poursuivie par la police pour désobéissance aux forces de l’ordre ! Alors que toutes les preuves de l’injustice de la situation existent, la police refuse de fournir la vidéo sous prétexte qu’ils ne diffusent pas un matériel en cours d’investigation, et qu’on y voit des mineures ! Et personne n’a pu les contraindre à faire autrement.

Un exemple

Il y a plusieurs années, aux USA, une vidéo provenant d’une body cam fuite dans les médias et révèle un enchevêtrement de problèmes structurels.

La vidéo : par la body cam d’un policier, on arrive sur les lieux, un quartier résidentiel populaire. Il n’y a d’abord pas de son, puis le policier l’active. Il passe devant un groupe de femmes noires, sans leur adresser la parole, puis va vers un blanc qui est en train de repeindre une immense palissade entourant sa maison. On l’aperçoit, mais très vite la caméra filme le sol et on n’entend pas ce qu’il lui dit. C’est un échange court ; le policier se retourne alors et se dirige vers le groupe de femmes noires, cette fois on voit tout le monde distinctement et on entend parfaitement la femme qui dit

« il n’a pas le droit d’empoigner mon fils, il sait que j’habite à côté, s’il y a un problème avec mon fils, il vient me voir ».

La femme est très claire dans ses propos, mais le policier la provoque, lui pose des questions idiotes. Elle ne se laisse pas faire, et reste parfaitement factuelle, mais le policier lui reproche de monter le ton. Une ado (la fille de la dame) vient alors se mettre entre le policier et sa mère pour dire que ça suffit, et là c’est incroyable, mais en une fraction de seconde le policier la braque avec son arme et commence à menacer tout le monde. Il pointe son arme sur la mère, puis sur la fille à nouveau, hurle à tout le monde de se coucher par terre. Tout le monde crie et a peur. Il y a ces deux hommes blancs debout et toutes ces femmes noires par terre. L’autre soeur filme avec son téléphone, en disant

« je sais que ta vidéo à toi ne sert que la police »,

elle se fait enlever son téléphone et arrêter aussi. Se déroule alors l’arrestation de trois femmes noires, une scène violente, d’un racisme incroyable.

Alors que le policier est bien conscient que tout est enregistré, rien n’atténue son manque de respect, sa partialité, son escalade inadmissible, sa violence. Ce sera ensuite la femme qui sera poursuivie par la police pour désobéissance aux forces de l’ordre ! Alors que toutes les preuves de l’injustice de la situation existent, la police refuse de fournir la vidéo sous prétexte qu’ils ne diffusent pas un matériel en cours d’investigation, et qu’on y voit des mineures ! Et personne n’a pu les contraindre à faire autrement.

Ce cas révèle plusieurs choses : d’abord la manière dont le policier prend garde de ne pas filmer le blanc, par sa maîtrise parfaite de l’angle et du son. À l’inverse, lorsqu’il est devant les personnes noires, il filme non seulement son interlocutrice mais on sent qu’il balaye vraiment pour qu’on voie les autres (des femmes et des enfants en l’occurrence). Ensuite, le fait que la femme - dont les droits sont bafoués - ne peut pas avoir accès à la vidéo de sa propre arrestation. Et pour finir, le fait qu’une vidéo aussi accablante pour la police ne soit pas accessible, parce que c’est sa propriété. Dans certains protocoles d’utilisation belge, on observe d’ailleurs que le policier qui rentre au poste télécharge seul ses données et décide lui-même du temps de conservation des vidéos, selon ses propres critères.

L’utilisation des images

Autre problème insoluble de cet outil : l’utilisation des vidéos par le système judiciaire. D’abord, ce que l’on constate aux USA, c’est qu’il faut des procédures longues et coûteuses aux citoyens pour accéder aux enregistrements. En France, en réponse aux violences policières en manifestation, le ministre de l’Intérieur avait décidé que les caméras-piétons devaient être enclenchées à chaque tir de LBD (pour éviter une remise en question réelle sur l’utilisation de ces armes). Depuis cette décision, les affaires impliquant des tirs ont malgré tout été classées sans suite, les vidéos n’étant jamais disponibles.

Pourtant, même en admettant que ces vidéos soient accessibles, visionnables et intactes (sans partie supprimée, etc.) leur utilisation est biaisée pour deux raisons. Premièrement, un homme noir sur une vidéo sera victime, à travers l’institution pénale, de biais racistes dans l’interprétation des images. Deuxièmement, la vidéo produite par une body cam est, selon Axon, faite pour que l’on puisse se mettre « dans la peau » du policier, pour que l’on soit en mesure de percevoir la réalité de son point de vue. Aucune mesure, aucune réglementation ne pourra faire disparaitre ces deux biais. La personne interpellée sera victime de délit de faciès non pas une, mais deux fois, lors de son arrestation et lors du visionnage. Augmenter les outils de contrôle ne fait que renforcer le système raciste déjà existant.

Augmenter les outils de contrôle ne fait que renforcer le système raciste déjà existant.

Vous trouverez plus bas plusieurs articles sur le lien entre body cam, reconnaissance faciale et intelligence artificielle. Ce qui est préoccupant dans l’utilisation de la body cam est la masse de données multimédias qui sont produites. Il serait naïf de croire que ces données vont tranquillement dormir sur des disques durs en attendant une potentielle utilisation en tant que pièce à conviction.

Il y a donc le problème de la propriété de l’image, le problème du stockage et de l’accessibilité. Lorsqu’elle a commercialisé la body cam, la compagnie Axon l’a vendue avec un service privé de stockage de preuves, un cloud spécialement conçu pour la police - mais il y a surtout le problème de l’utilisation de ces images.

En effet, les compagnies citées se targuent de pouvoir créer des outils de reconnaissance faciale capables de prédire des comportements criminels sur la base du visage des gens. Leurs chercheurs fournissent différents matériels pour entraîner ces IA dont des données liées à la justice pénale et donc intrinsèquement racistes. Dans une lettre datant de 2020, plus de 1000 expert·exs de l’IA travaillant au MIT, à Harvard, mais aussi chez Google et Microsoft s’élèvent contre cette mouvance et déclarent :

« Comme l’ont démontré de nombreux chercheur·eusex·s, les données historiques des tribunaux et des arrestations reflètent les politiques et les pratiques du système de justice pénale. Ces données indiquent qui la police choisit d’arrêter, comment les juges choisissent de statuer, et quelles personnes se voient accorder des peines plus ou moins longues [...] Ainsi, tout logiciel construit dans le cadre juridique pénal existant fera inévitablement écho à ces mêmes préjugés et inexactitudes fondamentales lorsqu’il s’agira de déterminer si une personne a le visage d’un criminel »

 [1]

Dès 2023, les caméras embarquées de la police d’Atlanta seront renforcées d’un système reconnaissance faciale. Alors qu’en Europe, ce dispositif est déjà mise en place dans certaines zones de Belgique. Est-ce également la suite logique en Suisse ? L’identification deviendra-t-elle automatique ?

Est-ce également la suite logique en Suisse ? L'identification deviendra-t-elle automatique ?

Tout le temps perdu à débattre de la manière d’utiliser des outils technologiques comme la body cam est un temps où l’on ne questionne pas la place des fonctionnaires, des procureurs, des juges et d’un système qui n’a aucun intérêt à s’autofragiliser et qui ne fera lui-même aucune concession, à moins qu’on l’y contraigne. Aux USA, les faits parlent d’eux-mêmes : la grande majorité des procureurs utilisent les vidéos contre les citoyens et non pas contre les policiers. Dans les juridictions où la justice pourrait faire recours aux vidéos enregistrées par le biais des caméras-piéton, 93 % affirment qu’elles ont utilisé ces preuves afin de poursuivre des citoyens contre 8,3 % qui les ont utilisées contre la police. Si plus de 4000 départements de police aux USA ont adopté la body cam, c’est bien parque qu’ils ont compris que cela servait la police et non les communautés non-blanches.

Conclusion

Si la bodycam semble relativement inoffensive en tant qu’objet, elle participe de manière assez pointue à la militarisation de la police.

Si la bodycam semble relativement inoffensive en tant qu’objet, elle participe de manière assez pointue à la militarisation de la police.

Le secteur de la sécurité et de l’armement ne fonctionne pas différemment des autres secteurs de production, dont le moteur est de rendre toujours plus de matériel nécessaire au fonctionnement de la société. La body cam est un exemple de collaboration entre l’Etat et les industriels du contrôle pour faciliter la surveillance tout en augmentant les coûts et les profits qui en découlent. Cette coopération se fait notamment par le versement de subventions publiques. En effet, dans bien des cas, l’Etat achète ces produits à des groupes, tout en subventionnant leur production. C’est ainsi que, malgré les lois en vigueur en matière de protection des données et de la vie privée, les institutions gouvernementales finissent toujours par adapter le droit - voire le contourner - pour imposer ses politiques sécuritaires. Cela est rendu possible par des élu.exs qui coopèrent avec ces entreprises privées dans le processus de quadrillage de la société. Par exemple, alors que la loi encadrant les caméras-piéton était d’abord stricte, de plus en plus de pays européens cherchent à élargir le cadre légal permettant notamment la transmission en direct des vidéos au centre de commandement. Ainsi, cela faciliterait l’identification des personnes et la collecte de preuve.

En termes de développement industriel, les compagnies qui vendent ces objets utilisent les forces de l’ordre étatique comme laboratoires pour développer des outils plus « agressifs ». Axon avait commencé à ajouter des caméras à ses pistolets paralysants peu avant la signature d’un immense contrat avec l’administration Obama. Cela lui avait permis de vendre ses caméras à des milliers de corps de police aux USA. La valeur de l’action du groupe Axon (leader mondial des technologies de sûreté publique - à l’époque encore appelé Taser) a été multipliée par dix lorsqu’ils ont commencé à fournir leurs body cams aux services de police. En Suisse, le fait que les policiers soient équipés de "simples caméras" n’est pas à prendre à la légère lorsqu’on sait à quel point le marché de l’armement joue déjà un rôle important pour le capitalisme helvétique.

Rappelons pour conclure que Derek Chauvin portait une body cam lorsqu’il a assassiné George Floyd. C’est pourtant grâce à la vidéo d’une passante que la police a été contrainte de changer ses déclarations. On pense aussi au meurtre de Nahel, révélé au public grâce aux vidéos de passants, contredisant la version des forces de l’ordre.

La surveillance se développe et s’implante au plus profond de notre société. Il ne faut lui laisser aucune chance de se propager davantage. Attaquons dès maintenant cette course au renforcement du dispositif policier.

On ne peut lutter contre le racisme systémique par un renforcement de sa structure. Parce que la police ne cesse d’entraver les personnes qui la filment, parce les body cams sont davantage un danger qu’une solution contre les violences policières, ne donnons pas à la police davantage de moyens. Plutôt que de quémander des preuves à la police sur les violences qu’elle excerce, affaiblissons-la et battons nous pour éviter un maximum les contacts avec elle. Systématisons le copwatching et mobilisons-nous contre l’implémentation des caméras-piéton !

Dossier de sources dur la Body Cam

Sources France

Sources Belgique

Sources Suisse



Italie : Non, nous n’avons pas appris la leçon

Publié le 2023-08-27 22:35:04

reçu par mail (en italien) / mercredi 23 août 2023

Nous descendrons
depuis les noires forêts
sous les vents froids de la tramontane,
mille et mille encore,
les lutins,
pour sonner les trompettes de la révolte.
Elia Vatteroni

La crise vers laquelle se dirige de plus en plus rapidement l’organisme étatique et capitaliste porte avec soi un réajustement, une redéfinition globale de la façade démocratique des pays occidentaux. En ce sens, les poussées nationalistes de ces dernières années sont nécessaires parce que la menace de la guerre permanente devient de plus en plus concrète, même sur des fronts qui vantaient quatre-vingt ans de « paix » (c’est-à-dire de conflits guerriers continuels, mais combattus dans d’autres territoires, cela en plus, naturellement, de la guerre de classe contre les exploités, sans trêve, partout dans le monde). Il y a donc la nécessité d’un État plus fort, omniprésent, moins dépendant des structures de coordination supranationales (qu’on pense, à ce propos, au rôle prit ces dernière années par l’Union européenne), pour que l’actualisation hyper-technologique du capitalisme puisse permettre de résister aux revers.

Le capital n’a pas trouvé d’autre voie pour s’appuyer sur son système en faillite, si ce n’est par le biais de l’hyper-technologisation de toutes ses structures et ensuite de la réalité sociale dans son ensemble. Tandis qu’il injecte de la lymphe pourrie dans sa chaîne de production, il est lui-même la cause de crises ultérieures, c’est-à-dire de la destruction du monde tout entier à travers le pillage des ainsi-dites « ressources », ce qui signifie, dans les faits, l’accaparement de chaque recoin de terre, de mer et de ciel. Cela ne saurait marcher autrement. Et cette lucide folie dévastatrice n’a qu’un seul scénario possible, qu’une direction univoque : la guerre.

À la suite des développements de la télématique et de la linguistique informatique, pendant la deuxième moitié du XX siècle, c’est le brusque développement des « nouvelles technologies », des sciences convergentes – avec l’ingénierisation, la numérisation, l’ouverture du monde tout entier à la forme-laboratoire, dans sa nécessité intrinsèque d’agresser tout être vivant – qui a caractérisé le processus d’exclusion des masses prolétaires, leur empêchant même de comprendre les étapes de la chaîne productive. Un tel processus a trouvé son premier moment culminant pendant le cycle de luttes prolétaires qui a caractérisé l’affrontement révolutionnaire à partir des années 60. L’initiative révolutionnaire de cette époque-là s’est développée précisément au début de ce processus d’exclusion. C’est ainsi, grâce aux « nouvelles technologies », que s’est déclenchée l’ainsi-dite crise de la globalisation, qui, en tirant ses fondements idéologiques des nationalismes renaissants, a mené des grandes couches de la population, dans le pays ainsi-dits occidentaux, à faire face à un durcissement de leur condition de prolétariat ou, comme cela est arrivé à certains secteurs de la classe moyenne, à faire face à un processus grandissant de prolétarisation.

Le fait que le capital se retranche dans la dynamique qu’on vient d’esquisser comporte le développement d’une offensive répressive, historiquement déterminée, contre les révolutionnaires. Ces messieurs tremblent à l’idée que leurs plans scélérats puissent provoquer des révoltes, d’autant plus des révoltes généralisées (en ce qui concerne les moments insurrectionnels, on peut en compter des nombreux exemples, rien qu’en ces toutes dernières années), puis le développement de formes de conflictualité sociale radicale, sans structures de médiation, qui mettent en discussion leur existence même sur la planète.

La démocratie, dont ils se sont énormément vantés, l’exportant dans le monde entier à coup de massacres, comme elle a été enjolivée dans les écoles et par les médias de masse n’est plus un instrument adéquat. Le processus d’actualisation prévoit un État doté de structures plus robustes, d’armes plus puissantes, ainsi qu’un contrôle social de plus en plus envahissant. La répétition générale a eu lieu pendant les années de gestion de la pandémie de Covid-19. Et elle a bien marché. En des temps d’urgence, la tendance de la société dans son ensemble a été la docilité, voire la requête explicite d’une présence de l’État, comme si celui-ci pouvait être la seule et unique réponse possible.

Cette restructuration, mise en place pour soutenir l’édifice de l’État, a augmenté non pas tellement à cause des guerres infra-capitalistes que les patrons se déclarent réciproquement, mais plutôt pour contrôler et gérer l’immense masse d’exploités que le capital lui-même, par sa gestion, est en train d’inciter à la révolte. En ce contexte de « travaux en cours », vers un avenir proche de plus en plus terrifiant, les idées anarchistes révolutionnaires restent toujours un danger concret, parce qu’elles, s’attestant du côté de la vie sans demi-mesures, représentent le seul chemin que l’on puisse parcourir vers la libération, contre le régime de mort organisée de l’État et du capital. En ces temps de guerre qui sont les nôtres, la combinaison théorique-pratique de l’anarchisme peut être un possible, puissant coup de fouet, en exprimant toute sa consistance en termes révolutionnaires parce qu’elle a la possibilité de mettre l’accent de façon significative sur le défaitisme, la désertion, l’attaque directe contre les responsables.

Les opérations répressives qui visent à frapper les publications anarchistes évoluent donc dans ce sens. Il ne s’agit pas d’attaques contre la « liberté d’opinion ». Les révolutionnaires n’expriment pas d’opinions, ils ont des idées qui trouvent leur source dans les pratiques d’attaque et vice-versa. La liberté d’expression, de presse, ainsi que celle de mouvement, de marcher sur les pelouses, n’ont aucun sens : on abuse du mot liberté, on le déchiquette, on le morcelle, de façon qu’il soit possible de faire semblant de la distribuer comme des miettes aux pigeons. Cependant, la liberté est une et indivisible. Nous, les anarchistes, la considérons seulement comme une liberté intégrale. Encore moins, ces opérations répressives ne sont pas une nouveauté, de ces temps, ni une « dérive fasciste » de la démocratie et ainsi de suite. Dans chaque époque où les États se sont trouvés face au danger, concret ou partiel, d’insurrections, ils ont pris des mesures, en frappant de la même manière les individus et groupes subversifs et la propagande révolutionnaire. L’État a besoin que sa vérité reste seule sur le marché, toute autre, qui pourrait représenter un danger concret à sa survie, est rapidement éliminée, c’est comme ça depuis que l’État existe.

Dans le but de consolider la mise en garde répressive à l’encontre du mouvement, les organes de l’État ont développé la tendance à attribuer la réalisation d’actions, de la part des compagnons, à un travail préalable d’« incitation », de la part des publications anarchistes. Si cela est d’un côté une démonstration du peu de capacité qu’ont les forces répressives à « dénicher » ceux qui ont mené des actions (malgré la surveillance omniprésente qu’ils mettent en place), d’un autre côté cela est aussi le signe de nécessité pour eux de frapper les publications en tant que telles.

En ce sens, les récentes opérations répressives contre les publications anarchistes montrent des ressemblances avec ce qui se passait il y a cent ans. Les ainsi-dites lois anti-anarchistes, comme les « lois scélérates », promulguées en France à la fin du XIX siècle, ont des similitudes profondes avec les procédures récentes, avant tout avec celles qui ont touché KNO3, la dernière version de Croce Nera Anarchica, Vetriolo et, récemment, le bimensuel anarchiste internationaliste Bezmotivny.

L’opération répressive du 8 août 2023, appelée Scripta Scelera, est dirigée contre dix compagnons, accusés de participer à une association subversive avec la finalité de terrorisme et de subversion de l’ordre démocratique (par rapport à la Fédération Anarchiste Informelle) et de provocation aux crimes et aux délits, avec la circonstance aggravante de la finalité de terrorisme, pour la publication de Bezmotivny. Dans le cadre des enquêtes qui ont mené à cette opération, le procureur Manotti, de la Direction anti-mafia et antiterrorisme du district de Gênes, a demandé à deux reprises (en juillet 2022 et en mars 2023) dix placements en détention préventive. La deuxième de ces requêtes a porté à l’ordonnance du juge d’instruction qui abouti à l’opération du 8 août.

Dans l’enquête Scripta Scelera, le raisonnement de la police, partiellement copié sur ce qui était déjà énoncé dans la procédure contre Vetriolo, est en gros le suivant : tu publies ou tu soutiens un journal où sont relayés des textes de revendication et où sont déclarées les raisons de l’attaque – non épisodique, mais comprise au sein d’une optique stratégique, révolutionnaire, internationaliste – contre des structures et des figures de l’État et du capital ? Alors tu fais de la « propagande instigatrice », qui participe à garder en vie la FAI-FRI, et le journal lui-même serait un instrument par lequel celle-ci reste vivante. L’État, dans le but d’« éradiquer » les anarchistes, a besoin de « intensifier la lutte contre leur méthode de propagande ».

Alfredo Cospito, déjà condamné pour la publication de KNO3 et Croce Nera Anarchica, lors des procès Shadow, à Pérouse, et Scripta Manent, à Turin, et aussi récemment impliqué dans l’enquête Sibilla, a exposé clairement, lors du procès de Turin, la nature de la participation des compagnons aux journaux, en démantelant, par l’évidence de la réalité, ce que les forces répressives déclaraient, de façon intéressée :

« Aujourd’hui je me trouve dans un tribunal à faire face à vos représailles, votre mesquine tentative de mettre sur le banc des accusés Croce Nera, un journal historique du mouvement anarchiste, qui, avec ses hauts et ses bas, depuis les années soixante, accomplit son rôle d’appui aux prisonniers de guerre anarchistes.

Dans vos délires fascistoïdes, vous essayez de le faire passer comme l’organe de presse de la FAI-FRI. Même en 1969, dans le plein de la campagne anti-anarchiste, [les enquêteurs] n’étaient pas allés si loin. A cette époque, vos collègues, repus de chair humaine avec l’assassinat du fondateur de la Croce Nera italienne, Pinelli, se sont limités à l’incrimination de certains compagnons pour des faits spécifiques, tout le monde sait comment cette histoire a fini [à ce propos, voir le texte d’Alfredo « Aux origines de la victimisation » ; NdAtt.]. Aujourd’hui, faute de sang, vous ne vous contentez pas des accusations pour des actions précises, contre quatre compagnons, vous allez plus loin, jusqu’à criminaliser toute une partie du mouvement. Tous ceux qui ont participé à la rédaction de Croce Nera, qui y ont écrit, ou qui ont simplement été à ses présentations publiques, dans votre vision inquisitoriale, appartiennent tous à la FAI-FRI. Ma participation à la rédaction de Croce Nera et d’autres périodiques anarchistes, chose dont je suis fier, ne fait pas de ces journaux les organes de presse de la FAI-FRI. Ma participation est individuelle, chaque anarchiste est une monade, une île à part, sa contribution est toujours individuelle.

[…] Fourrez-vous le bien dans la tête: sans vouloir diminuer la contre-information, la FAI-FRI ne publie pas de journaux ou de blogs. Elle n’a pas besoin de spectateurs ou de supporteurs, ou de spécialistes de la contre-information, ça ne suffit pas de la regarder avec sympathie pour en faire partie, il faut se salir les mains avec les actions, risquer sa propre vie, la mettre en jeu, y croire vraiment. » (Alfredo Cospito, Déclaration lors du début du procès Scripta Manent à Turin, en visioconférence depuis la prison de Ferrara, 16 novembre 2017).

En ce sens, Bezmotivny – comme cela a été le cas pour la dernière version de Croce Nera Anarchica et pour Vetriolo – est obsessivement décrit comme clandestin, en suivant encore l’hypothèse éculée du « double niveau » (l’un manifeste, visible, l’autre clandestin, illégal). Sur la base de ce postulat, « derrière » le journal se cacherait l’expression d’une organisation bien précise, qui se dédie à la mise en place de cette « propagande instigatrice » qui préoccupe ces messieurs, car elle serait une expression des « concepts stratégiques de l’orientation et du mécanisme de la propagande instigatrice » qui guideraient notre action d’anarchistes. Or, nous n’avons pas du tout besoin de répondre aux accusations et aux conjectures de la police : nous ne reconnaissons pas l’État et ses apparats comme des interlocuteurs, nos réflexions à l’adresse des compagnons et du mouvement sont la prérogative du mouvement, non pas du matériau pour les juges. Ceci dit, il est clair que la réalisation d’actions de la part de compagnons – qu’ils agissent en groupe ou individuellement – ne peut pas être attribuée à cette « propagande instigatrice » imaginée par les parquets antiterroristes et par les agences de renseignement. Et il serait débile de devoir l’expliquer. De la même façon, c’est un fait que ces journaux – qui ne sont pas nôtres, mais qui sont des instruments pour le mouvement et pour l’approfondissement de l’affrontement révolutionnaire – ne sont de toute évidence pas clandestins, il sont diffusés publiquement lors d’éventements et dans des lieux, envoyés par la poste, parfois discutés lors de rencontres et de débats, etc. Cette observation ne doit cependant pas servir à une prise de position opportuniste, qui viserait à se défendre (de manière hypocrite) de l’accusation de publication d’un journal clandestin. L’intention explicite des forces répressives est de nous mettre en garde, de nous contraindre à nous cacher, de pousser les lieux et les publications à une sorte de « clandestinisation » forcée. Nous ne marchons pas. Nous ne déprécions pas la clandestinité, mais justement pour cette raison elle reste une possibilité, un choix, parfois même une nécessité individuelle imposée par la situation, certainement pas une condition provoquée par la plus large offensive répressive qui est en train de se déployer, ces dernières années, contre les minorités révolutionnaires.

En ce qui concerne plus précisément le journal, le juge d’instruction ne cache pas le fait qu’il pense que les mesures de surveillance sont nécessaires pour « empêcher toute l’activité de préparation de la publication de chaque numéro, ainsi que toutes les activités qui y sont reliées », en décrivant donc ces mesures aussi en termes de prévention, en suivant une tendance qui – loin d’appartenir à un seul juge – est avant tout l’expression de suggestions et de directives bien plus amples, disposées par la Direction nationale anti-mafia et antiterrorisme et issues de la tendance plus générale à détruire toute minorité révolutionnaire.

Pour rester sur le plan de la continuité historique, l’État, en plus de la répression, a toujours eu le besoin de se décrire dans une optique clairement mystificatrice ; il en est de même quand il veut écrire l’histoire des actions ou des individus révolutionnaires, dans ses moyens d’information et aussi dans les dossiers de tribunal. Le choix de présenter les anarchistes d’abord comme des « délinquants communs » et ensuite comme des mafieux est un choix bien précis, clairvoyant, qui a permis de réprimer la simple expression d’idées révolutionnaires sans mettre en danger le cache-misère de la « liberté d’expression » et aussi de faire passer le 41-bis comme instrument répressif contre des révolutionnaires.

Dans la même optique, aussi le fait de réaffirmer de manière illogique que Alfredo Cospito occupe un « rôle dirigeant et d’orientation » n’est pas un choix dû au hasard et à la petitesse intellectuelle des gris hommes de tribunal. Mystifier la réalité a le double but de pouvoir frapper plus facilement, avec les lois démocratiques qui sont disponibles, sans devoir faire des pieds et des mains pour les changer dans un sens ouvertement autoritaire, en plus de l’évidente volonté d’affaiblir l’action révolutionnaire.

La tentative de mystification et d’affaiblissement va donc au delà des limites de l’imagination, à un tel point que le procureur, avant de dormir, se raconte le conte des preux chevaliers du parquet qui, à force d’opérations répressives, ont fermé Croce Nera Anarchica et Vetriolo et qui réussiront dans cette courageuse entreprise aussi avec Bezmotivny. Il y a une chose que cet imbécile ne comprend pas : la morale des histoires est que les patrons « vécurent heureux », mais la réalité est différente. Les publications anarchistes qu’on vient de nommer n’ont pas du tout fermé ou, si le projet a été interrompu, ce n’est pas à cause de la répression.

Contre toute narration mystificatrice ou affaiblissante, aussi celles internes au mouvement, Bezmotivny porte en soi un double danger pour l’État : il a une claire perspective révolutionnaire et il soutient des actions d’attaque qui, sinon, seraient passées sous silence ou mystifiées. « Même si on ne peut pas prétendre que tous les compagnons soient d’accord sur les méthodes et les pratiques révolutionnaires (l’hégémonie ne nous appartient pas !), il serait évidemment plus difficile pour l’État de nous frapper si on défendait tous haut et fort les pratiques dont sont accusés les anarchistes emprisonnés (et aussi celles qui continuent à avoir lieu) […] Non seulement, en ces dernières années on a beaucoup parlé de redonner de la crédibilité à l’anarchisme. Eh bien, on ne pourra évidemment pas le faire en enlevant de la dignité à une action réalisée […]. Pourquoi donc dévaluer le courage destructif de qui se met en jeu ? Qu’est ce qu’on est en train de dire – et pour obtenir quel but – quand ont amoindrit les faits par le langage ? » (Luigi, « Affaiblissement de la propagande et de l’action anarchiste », Bezmotivny, II année, n°18, 26 septembre 2022).

Assumer la responsabilité de publier des revendications et des nouvelles sur des attaques contre les structures de l’État et du capital signifie laisser à qui les lit la possibilité de les interpréter sans préjugés, mais surtout réaffirmer – comme on l’a toujours fait, publiquement, dans les pages du journal – le bien-fondé, les raisons de l’attaque.

Depuis longtemps, les parquets antiterrorisme essayent de manière effrénée de « stopper » les anarchistes. Avec les enquêtes qui se sont suivies ces dernière années, contre des journaux, on nous « reproche », en substance, d’être ce que nous sommes. Les enquêteurs ont avancé rapidement dans leur travail, en faisant des découvertes mirobolantes : les anarchistes sont anarchistes, ils font vivre des lieux anarchistes, ils publient des journaux où l’on soutient les raisons de l’anarchisme, ils se solidarisent avec les exploités du monde entier, en plus qu’avec leurs compagnons enfermés.
Nous sommes sûrs que ces procédures judiciaires continueront, avec des nouvelles requêtes d’arrestation et des déclarations tonitruantes. Cependant – que les fauteurs zélés de la raison d’État s’y habituent – nous n’hésiterons pas à poursuivre la publication de journaux : du vitriol sur la conscience immaculée de l’ennemi de toujours, des mots qui, pour certains, sont sûrement sans raison, face aux milles raisons de continuer à lutter. De la même façon, nous continuerons à lutter pour rendre vaines les tentatives de criminaliser le principe théorique et pratique de la solidarité : celle internationaliste et révolutionnaire, avec les exploité du monde entier – contre chaque État (en commençant, ici, par l’État italien) et contre toute les guerres des patrons –, et celle avec les compagnons emprisonnés.

À propos de la solidarité avec les compagnons en prison : dans cette enquête, la réalisation d’initiatives dans le contexte du mouvement de solidarité internationale qui s’est développé avant et pendant la grève de la faim d’Alfredo Cospito contre le 41-bis et la peine de perpétuité avec période de sûreté illimitée, est considérée comme une circonstance aggravante, de même que la publication, pendant les onze mois de mobilisation, de textes de revendication d’actions, d’information et d’analyse. Nous avons soutenu cette mobilisation et nous en revendiquons complètement les raisons et la perspective. Le mouvement de solidarité, avec la grande résistance du compagnon, a permis que l’État n’atteigne pas son but d’anéantissement total d’Alfredo, c’est-à-dire que, en plus du 41-bis, il soit condamné à une peine de perpétuité avec période de sûreté illimitée (étant donné que, jusqu’à la sentence de la cour constitutionnelle du 18 avril, une condamnation de la sorte était pratiquement chose sûre, car le « massacre politique » a comme peine fixe la réclusion à perpétuité). De plus, cette mobilisation a été une sérieuse épine dans le pied pour l’offensive répressive contre les anarchistes et les révolutionnaires. Ce mouvement de solidarité internationale – avec sa connotation radicalement révolutionnaire, même avec toutes les limites existants dans le mouvement anarchiste contemporain – a été un fort élément de perturbation de la paix sociale en ce pays.

Étant avéré que l’État, en tant qu’organisation structurée, a comme but primaire sa survie et que pour ce faire, surtout en période de guerre, il doit nécessairement éradiquer tout « ennemi intérieur », nous considérons comme allant de soi les opérations répressives contre la propagande anarchiste révolutionnaire. Nous nous y attendons, quand nous agissons, et nous continuerons donc à persévérer, sans renier la justesse de l’attaque et la nécessité d’en faire la propagande et de la propager. Face aux actes de révolte, aux actions révolutionnaires, l’État veut mettre en garde : le silence ou la condamnation. De notre côté, non, nous n’avons pas appris la leçon, et nous ne l’apprendrons jamais.

Les raisons de l’anarchisme ne proposent pas l’accommodement, la coexistence, la trêve. Elles ne sont pas celles de la déception, face à l’ennemi de toujours, de la résignation dédaigneuse, du sobre désintérêt. Elles sont des raisons qui interrogent, parce qu’elles n’ont pas l’intention de conserver la vie dans l’attente, mais de mélanger l’élan du rêve et le danger de l’action, la détermination de la volonté et la force de la nécessité. Et c’est comme ça que, au fil du temps, nous nous sommes posés des questions inéluctables. Des réponses souvent difficiles ont suivi, mais nous les avons affrontées avec la conscience du chemin parcouru, conscients que la destruction du vieux monde ne viendra jamais d’un quelque imperscrutable déterminisme de l’histoire, une force du destin aveugle ou souterraine, une minable prise de distance dictée par un encore plus minable but d’auto-conservation. Voilà pourquoi nous ne limitons pas nos aspirations à quelque « île heureuse », qu’elle soit un endroit précis ou une congrégation d’intellectuels, mais nous poursuivons toujours la réalisation de l’idée indicible, en désirant ardemment la destruction du monde dont nous sommes prisonniers. Voilà pourquoi nous ne resterons pas impassibles, impuissants face à l’abyme terrifiant du présent, mais nous continuerons toujours à lutter pour ce en quoi nous croyons. Et à qui, prudemment, continuera à soutenir que le jeu ne vaut pas la chandelle, à ceux qui voudront généraliser leur égarement, l’imposant comme une condition démocratiquement commune à tout le monde, nous répondrons toujours que – face à un ennemi qui ne fera jamais de pas en arrière s’il n’y est pas obligé – cela fait longtemps que nous avons renoncé au calcul. C’est pour cela que chaque adversité, chaque sentiment de désarroi n’est rien d’autre qu’un fantasme destiné à disparaître.

Veronica
Francesco
Carrare, 23 août 2023

 

 

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