Vive l'Anarchie - Semaine 37, 2022

Sommaire

Indymedia Lille

Publié le 2022-09-14 17:00:04

Comme d’autres l’on fait en août à Poitiers*, on est allé rendre une visite à l’Union Départementale des Associations Familiales (UDAF) du coin, en solidarité avec le compagnon Boris.

Sur les locaux de l’UDAF 14, on a écrit à la peinture les slogans suivants  :
« Soutien à Boris »
« Que crâme l’UDAF 25 »
« ACAB »
« Laissez-nous mener la vie qu’on veut ! »

Depuis l’arrestation de Boris pour le sabotage des antennes-relais du Mont Poupet dans le Jura, les pouvoirs judiciaires – et maintenant médicaux – s’acharnent contre lui pour faire taire ses revendications anarchistes et détruire sa vie.

Notre action a pour but de faire connaître l’histoire de Boris** et de signifier à l’UDAF qu’on a la haine contre elle. Comme l’explique un texte dont on recommande la lecture** : « Créée par une loi vichyste sur les familles réformée en 1945, l’UDAF regroupe des dizaines d’associations religieuses ou laïques qui défendent fièrement un des piliers du patriarcat auprès des pouvoirs publics : la famille. Elle est un organisme majeur sur lequel l’Etat s’appuie pour broyer l’autonomie du million de personnes placées sous tutelle ou curatelle. […] L’exploitation et la mise au pas des personnes considérées comme « fragiles » ou « anormales » est un business subventionné et un rouage bien ancré, que font tourner toute une clique des détenteurs d’autorité et de bonnes intentions paternalistes. »

Solidarité avec Boris !
Nique leur monde numérique et le contrôle de nos existences, vive l’anarchie !

* https://sansnom.noblogs.org/archives/13463
** https://bureburebure.info/les-pouvoirs-medicaux-et-judiciaires-sacharnent-contre-boris/


Toulouse : véhicule scopelec en feu en solidarité avec Boris

Publié le 2022-09-14 17:35:03

Indymedia Lille, 13 septembre 2022

Ce monde est chaque jour un peu plus irrespirable. Le système techno-industriel y est pour beaucoup. Pour ne pas se laisser étouffer, dans la nuit du 12 au 13 septembre, on a choisi d’attaquer. Sous les regards des corbeaux et de la lune, on a cramé une camionnette Scopelec.

Au moment d’écrire ce communiqué, on a pensé à Boris qui, après avoir été enfermé dans les cages de l’état, continue à subir la répression des autorités judiciaires et médicales. Les défenseur.euses de ces institutions cherchent à le priver de son autonomie pour le punir des incendies d’antennes-relais qu’il a revendiqué et plus généralement pour son hostilité contre leur monde.

Si on a envie d’être solidaires des personnes qui s’en prennent à la domination, on veut aussi garder en tête que « leur monde » nous traverse et que la lutte contre les oppressions liées au genre n’est pas relégable au second plan que ce soit dans nos actes ou nos relations.

Solidarité avec les prisonnièr.es anarchistes !

Toulouse : action contre la ZFE, en solidarité avec Boris

Publié le 2022-09-14 17:35:04

Action contre la ZFE, en solidarité avec Boris
IAATA, 13 septembre 2022

La nuit du 5 au 6 septembre, une borne de recharge pour voiture électrique a été incendiée dans le quartier des sept deniers à Toulouse.

Une averse nucléaire a provoqué une poussée de nouveaux champignons partout dans les métropoles, et Toulouse fait du zèle. Ni raison économique, ni transition dite « écologique » ne peut justifier ni le carnage social ni la destruction de l’air et des eaux.

Que les marchés s’assèchent plutôt que les rivières, que chantent les oiseaux et que les experts de la gouvernance se taisent enfin.

Comité contre le foutage de gueule
(CCFG)

Saint-Fargeau-Ponthierry (77) : la caisse de la municipale part en fumée

Publié le 2022-09-14 17:35:07

Saint-Fargeau-Ponthierry : une voiture de la police
municipale incendiée
La République de Seine-et-Marne, 12 septembre 2022 (extrait)

Un véhicule de patrouille a été la cible d’un incendie criminel, ce dimanche 11 septembre, vers 1h50 du matin, alors qu’il était stationné devant les nouveaux locaux, au niveau de l’avenue de Fontainebleau, à Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne). C’est un engin incendiaire, lancé sur la voiture, qui a provoqué le sinistre.

Si les fonctionnaires municipaux terminent d’habitude leurs tournées à minuit, deux policiers se trouvaient à l’intérieur des locaux pour gérer une affaire qui s’était produite tardivement dans la soirée. Une enquête de police a été ouverte à la suite des faits, les investigations sont menées par la sûreté urbaine de Melun Val de Seine.

Limoges (Haute-Vienne) : couper les caméras de tout un quartier

Publié le 2022-09-14 17:35:10

Les installations électriques dégradées, les caméras
de vidéoprotection hors service
Le Populaire du Centre, 12 septembre 2022

Les riverains du quartier de La Bastide, à Limoges, ont constaté des dégradations sur les installations électriques, menées dans la nuit de vendredi 9 à samedi 10 septembre.

Vers 1 h 15, un ou plusieurs individus auraient mis le feu à des câbles souterrains, en soulevant des plaques situées sur les trottoirs, et à des boîtiers électriques d’immeuble, du côté de l’allée Manet. Les pompiers ont dû intervenir pour éteindre les feux.

Ces incendies criminels ont eu pour conséquence de perturber le fonctionnement des feux de circulation et, surtout, de mettre hors d’état de fonctionner les caméras de vidéoprotection du secteur, ce qui était probablement le but de l’opération. Une enquête est en cours.

Pyrénées-Orientales : quadruple sabotage de fibre optique

Publié le 2022-09-14 17:35:11

« C’est du sabotage » : des câbles d’alimentation internet
sectionnés dans les Pyrénées-Orientales
France Bleu 10 & 11 septembre 2022

Cela fait plusieurs jours que de nombreux habitants des Pyrénées-Orientales sont victimes de coupures internet et de réseau mobile, durant de longues heures. Selon le délégataire du réseau, Altitude Infra, des câbles qui alimentent tout le département ont en effet été sabotés, touchant plus de 10.000 abonnés dOrange, Free, SFR et Bouygues.

« On a constaté qu’à deux reprises, mercredi et une autre fois en fin de semaine, l’alimentation internet du département, qui arrive de Paris, via un câble, a été sectionnée », détaille Jean Roque, conseiller départemental en charge du Très haut débit. Tout laisse à penser que c’est un acte volontaire. « C’est très préoccupant », s’inquiète l’élu, « c’est du sabotage, surtout que ça peut toucher tout le monde, particulier comme professionnel, client ADSL, fibre optique ou même juste téléphonie mobile. »

Jeudi 8 septembre, un premier incident a eu lieu à 18h36 sur un câble qui alimente toutes les Pyrénées-Orientales, puis un deuxième à 21h32, sur le câble secondaire. Sur place, les techniciens constatent que les câbles ont été sectionnés, ils travaillent toute la nuit à rétablir le réseau. Le lendemain, vendredi, un nouvel incident affecte les usagers, vers 19h. « Une nouvelle coupure a eu lieu, sur les mêmes liens, confirmant un acte de vandalisme », explique Ilham Djehaich, directrice générale d’Altitude Infra.

Encore une fois, les techniciens opèrent toute la nuit pour rétablir le réseau. Mais ce samedi 10 septembre, une nouvelle fois, ce même câble est coupé, à 16h15. « On a tout de suite mis en place un gardiennage pour surveiller les lieux », explique la directrice, pour qui ces actes sont du vandalisme : « C’est clairement quelqu’un qui est expert, qui sait où couper et au bon endroit ».

Pulnoy (Meurthe-et-Moselle) : un nouveau golf saccagé

Publié le 2022-09-14 17:35:14

Trous bétonnés et tags écolos : le golf vandalisé
Est Républicain/France Bleu, 10 septembre 2022 (extrait)

Mauvaise surprise pour les jardiniers du golf de Pulnoy ce vendredi 9 septembre. Ils ont découvert vers 7 heures du matin des dégradations sur quatre greens du parcours de 18 trous. On pouvait y lire « Eat the rich » (mangez les riches), « il y a de l’eau ? » ou encore « j’ai soif ».  Elles ont été faites à la peinture, à proximité des trous 12, 13, 14 et 15. Des trous qui ont été également bouchés avec du ciment.

Par endroits, le green a été aussi abîmé, comme s’il avait reçu des coups de pioche. Les auteurs de ces dégradations se sont introduits sur le parcours par la forêt toute proche. Ils ont découpé le grillage et enjambé une petite clôture électrique utilisée pour repousser les sangliers.

Le 18 trous de Bruno Escamez, le directeur du golf. n’est pas la cible d’activistes uniquement pour des raisons écologiques, qu’elles soient vraies ou fantasmées. Il y a aussi un arrière-plan politique et un petit côté vendetta sociale. La lettre A des inscriptions est, en effet, entourée d’un cercle pour former le symbole de l’anarchie.


Mi-août, deux parcours du côté de Toulouse ont été vandalisés dans des conditions similaires . Dans les jours suivant, des tags ont été peints sur des bâtiments du golf d’Ammerschwihr en Alsace . Enfin le 4 septembre, c’est un golf de l’Oise qui a été saccagé par un groupuscule baptisé « Les sangliers radicalisé.es ».

A Pulnoy, les dégradations n’ont pour l’instant pas été revendiquées. La direction du golf compte porter plainte et des policiers sont venus effectuer dans la matinée des constatations pour tenter de trouver des indices permettant de remonter jusqu’aux auteurs. Pour ce qui est des dégâts, Bruno Escamez en est réduit à espérer que la peinture des tags est à base d’eau et sans solvant. « Sinon, cela risque de faire crever le green ». Le béton devrait, lui, être retiré des quatre trous bouchés.

[Torcy] 7 des 15 caméras de la ville sabotées

Publié le 2022-09-16 02:10:08

Durant les nuits du dimanche 28 au mercredi 31 août, 7 des 15 caméras installées par la municipalité de Torcy, en Saône-et-Loire ont été détruites. Les flics et le maire évoquent « des groupes de 2 à 6 jeunes adolescents âgés de 13 à 17 ans », qui ont détruit les caméras « au marteau et par jet de pierres ». Les audacieux saboteurs ont même éclaté la caméra située sur le poste de police municipale. La facture s’élèverait à 50 000 €.
Ces dernières années la videosurveillance s’est immiscée dans de plus en plus de nos rues, y compris dans des villages puisqu’on parle ici d’une bourgade de 2800 habitant·es. Des technologies toujours plus intrusives, puisque les avocats de la technopolice imposent petit à petit les idées de reconnaissance faciale, d’audiosurveillance, ou encore de drones de surveillance.

Montgibaud (Corrèze) : sabotage du mât de mesure du projet d’éoliennes

Publié le 2022-09-16 02:20:09

Un mât éolien de plus de 80 mètres de haut saboté
à Montgibaud
France 3 / Le Populaire du Centre, 13/14 septembre 2022

Arrivé sur place ce mercredi matin, Gilles Subra, technicien en charge de sécuriser les lieux, n’en revient pas : le mât de 84 mètres, qui portait des panneaux solaires, est étendu au sol. Plusieurs câbles qui le maintenaient ont été sectionnés. « Il n’est pas réutilisable. On ne remonte jamais un mât qui a pris un choc, ça coûterait trop cher de vérifier tous les éléments. Là, honnêtement, tout va partir au rebus, sauf peut-être quelques équipements qui sont au sol ».

Installé en avril par la société VSB, le mât devait rester au moins un an pour mesurer le vent et l’activité des espèces animales, notamment les chauves-souris, en vue d’une possible implantation de 6 à 7 éoliennes. « Nous n’avons que 3 mois de mesures. Si on veut continuer, il faudra réinstaller un mât. Il y aura un délai de 3-4 mois. Mais on n’est pas sûrs de le faire, pour l’instant », explique Agnès Fardoux, chargée de territoire éolien pour VSB.

Les opposants prennent leurs distances

Voté en conseil municipal à 10 voix contre une en octobre 2021, le projet de parc éolien a connu, dès le départ des oppositions. Une association de riverains s’est constituée, et est aujourd’hui pointée du doigt par certains. Sa présidente, Pascale Machado, condamne fermement cette action de vandalisme : « Ce mât est là pour faire des mesures. On sait qu’en Corrèze il n’y a pas de vent, le département a été classé 1 sur une échelle de 1 à 5. Ces mesures, c’était quasiment notre seule chance de prouver qu’il n’y a pas d’intérêt à ce projet ! Maintenant, ça va tout repousser… »

L’enquête « pour dégradations volontaires » a été confiée à la brigade de recherches de Brive. Ce n’est pas la première fois en Limousin que l’on s’en prend à ce type d’équipements. Au début de l’été à Chéronnac et Rilhac-Lastours, en 2019 à Folles en Haute-Vienne, et en 2014 à Saint-Pardoux-la-Croisille en Corrèze, des installations de mesures du vent avaient également été prises pour cibles.

Chagny (Ardennes) : sabotage du futur projet d’éoliennes

Publié le 2022-09-16 02:20:12

Le mât de mesure pour les éoliennes à terre à Chagny
L’Ardennais, 29 août 2022

Depuis le printemps, une association anti-éolienne lutte contre le projet de huit éoliennes à Chagny et La Sabotterie. Malgré tout, un mât de mesure (120 m de haut) a été installé à Chagny, sur la crête entre Poix-Terron et Le Chesne.

Ce dernier vient d’être vandalisé. Il a été retrouvé ce matin à terre dans le champ où il a été implanté. Une des attaches a été sectionnée. C’est le promoteur Green Energy qui lance ce futur parc éolien.

Indymedia Lille

Publié le 2022-09-17 09:55:10

Nouvelle parution chez les éditions Tumult

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Le chant du cygne.
Saborder la société industrielle et défier le sort qu’elle nous réserve

Face au désastre climatique qui s’emballe, la société industrielle appuie sur l’accélérateur. Transition énergétique, innovations technologiques et renouveau industriel sont appelés à la rescousse des rouages qui se grippent et des moteurs qui crachotent.
Dans son sillage, le navire titanesque du progrès laisse un paysage affligeant de béton et d’acier, d’usines et de chaînes technologiques, de pollutions et de plastiques, de chimères agrochimiques et d’irradiations durables. A bord de ce navire, le confort des cabines peut être amélioré, la salle des machines réorganisée, les officiers au gouvernail remplacés, mais la liberté n’y est pas possible. Ce qui nous reste alors, c’est de l’envoyer au plus vite par le fond et oser le saut dans les eaux libres.

304 pages // format 190 x 125mm
été 2022
12 euros

Commandes : tumult_anarchie [A] riseup.net

Avant-propos

Dans une froide nuit d’avril de 1912, huit musiciens jouent pour la dernière fois sur le pont d’un paquebot transatlantique. L’orchestre, composé d’un quintette et d’un trio, avait été embauché pour le voyage inaugural du plus grand bateau de croisière jamais construit. Le Titanic fut baptisé « l’insubmersible » par une presse impressionnée par les techniques de pointe employées lors de sa construction. Cependant, le paquebot heurta un iceberg et coula. Deux-tiers des voyageurs et de l’équipage se noyèrent dans les eaux glaciales de l’Océan Atlantique.
Jusqu’au dernier moment, le célèbre orchestre continua à jouer. Entre valses joyeuses et morceaux intimes amenant l’auditoire à faire la paix avec le sort qui les attendait, les musiciens auraient contribué à prévenir la panique à bord. D’autres témoignages soulignèrent que leurs notes créèrent un faux sentiment de sécurité qui aurait poussé les gens à ne pas quitter le navire à temps. Quoi qu’il en soit, les huit musiciens, tous morts lors du naufrage, sont entrés dans la légende, exemples sanctifiés d’un héroïsme presque surréel.
Sous les averses si caractéristiques de l’Écosse, des centaines d’experts et de délégués de tous les États du monde se sont réunis début novembre 2021 à l’occasion du vingt-sixième sommet sur le changement climatique organisé par les Nations-Unis. Baptisé COP26, c’était loin d’être un voyage inaugural et de nombreux orchestres furent déjà embauchés pour accompagner les péripéties de l’industrialisme lors de son naufrage annoncé. Depuis 1992, début de ces conférences quasi annuelles, les valses et les symphonies, toujours grandioses, jouent les airs de transition écologique, croissance durable, développement vert, économie dématérialisée. Surtout pas de panique. Mais aujourd’hui, il semble que même les meilleurs musiciens ne sauraient plus masquer que le glas a sonné… Difficile de ne pas prendre les larmes et la voix brisée du président de la conférence, qui s’est excusé lors de la séance finale pour le résultat lamentable – aucun accord permettant aux adeptes de la politique de croire à une réduction sensible des émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent le climat n’a été conclu – comme les signes d’une renonciation, d’une acceptation du destin devenu inexorable. Mêmes les plus optimistes quant aux possibilités de l’industrialisme à réaliser un changement de peau qui ne soit pas juste caméléonesque reconnaissent désormais qu’il sera impossible de garder le réchauffement climatique sous les 1,5 degrés. Depuis les débuts de l’industrialisme, le réchauffement a été d’au moins 1,5 degré. Les changements climatiques ont été importants et se vérifient maintenant presque année après année.
Le changement climatique n’est donc pas un iceberg que la société industrielle pourrait heurter. Ce n’est pas une possibilité plus ou moins probable. C’est un fait. L’activité industrielle, la dévastation des forêts, l’empoisonnement des fleuves, l’intoxication de l’air a déséquilibré la biosphère au point d’engendrer des bouleversements, des basculements et des transformations presqu’impossibles à prévoir, à modéliser. Les améliorations techniques ou les technologies plus vertes n’y peuvent plus rien : ce n’est que de la musique pour nous amener à faire la paix avec le naufrage final que connaîtra cette civilisation désastreuse, animée par le culte de la croissance matérielle, de la domination, de l’exploitation du vivant, de l’accaparement… en somme, du pouvoir. Tout ce qui va encore accroître ce pouvoir (de nouvelles ressources énergétiques pour combler les pénuries de combustibles fossiles aux technologies augmentant encore plus la domination du vivant au nom d’une gestion écologique) ne fait qu’ajouter une nouvelle symphonie à l’œuvre accumulée déjà extrêmement déconcertante. Une bonne partie des enjeux se situent aujourd’hui en effet sur la question énergétique. Les « besoins » énergétiques de la société tout-numérique ne vont qu’accroître. Si aucune « décroissance » n’est politiquement ou économiquement possible en préservant les paradigmes actuels (exploitation, pouvoir, conquête), les enjeux pour les capitaines de cette société se situent alors non pas tellement dans la réduction des émissions, mais dans une addition des ressources énergétiques pour faire face au binôme menaçant de l’épuisement des ressources et de l’emballement climatique. Dans ce sens, une éventuelle relance du nucléaire est donc parfaitement mariable avec l’exploitation du vent, des marées, des cours d’eau, du soleil, de la chaleur géothermique etc. Si le naufrage est bel et bien en cours, rien n’empêche aux capitaines d’ordonner à l’équipage de jeter encore une dernière pellée de charbon dans les fours, d’augmenter la pression sur les chaudières à vapeur, de faire tourner les pompes pour évacuer l’eau qui submerge les compartiments.
Car de toutes parts, l’eau est en train de rentrer dans « l’insubmersible paquebot » qu’est notre civilisation. Chaque fuite multiplie la pression avec laquelle l’eau fait sauter les rivets, les soudures, les boulons qui maintiennent le navire à flot. L’été dernier [2021], les fumées des feux de forêts aux dimensions dantesques qui ravageaient la Sibérie ont pour la première fois atteint le Pôle Nord, mettant le feu à la mèche qui fera détonner la « bombe de carbone » capturé dans les glaces en train de fondre. Les tempêtes tropicales qui ravageaient avec une violence toute nouvelle les territoires proches de l’équateur annonçaient les sécheresses bibliques qui frappèrent d’autres régions quelques mois plus tard. Ce sont les rétroactions climatiques : les phénomènes par lesquels « un effet sur le climat agit en retour sur ses causes d’une manière qui peut le stabiliser ou au contraire l’amplifier ». Dans le cas de rétroactions négatives (tout phénomène qui, par exemple, contribue au réchauffement climatique), leur accumulation ou enchaînement peut mener à un emballement où les déséquilibres sont tels qu’ils marquent des points de non-retour et entrainent des modifications profondes du climat.
Monter sur le pont pour scruter l’horizon afin d’avertir les passagers sur la proximité d’icebergs, c’est refuser de comprendre que les points de non-retours ont déjà lacéré la coque de la société industrielle. La question n’est certes pas si il y aura un grand changement climatique, ni même de quel ordre il sera, la question est de sa- voir si nous sommes enfin prêts à résister aux sirènes de la musique qui prévient la panique, mais aussi la révolte. La question, ce n’est pas de savoir combien de places il y a dans les bateaux de sauvetage, ni d’invoquer l’arrivée prochaine du Carpathia pour un sauvetage en attendant le prochain naufrage. A l’heure où le glas a sonné, que les horizons sont bouchés, et que le débat tourne autour des préférences pour tel ou tel prétendu sauvetage (énergies renouvelables, géo-ingénierie, artificialisation ultérieure de l’agriculture, projets aussi pharaoniques que totalitaires pour « restaurer le climat »,…), la liberté réside chez celles et ceux qui œuvrent à faire couler le navire avant qu’il intoxique tout l’océan avec son carburant, tout l’air avec ses fumées vicieuses, tout univers mental avec le bruit de ses machines et les notes de ses symphonies de distraction. Cette liberté ne peut pas être porteuse de lendemains qui chantent, des ciels bleus sans nuages, de programmes d’un bien-être garanti. Elle ne peut que devenir ce qu’elle est : sauvage et belle, courageuse et douce, capable d’envoyer le navire et ses capitaines au fond de l’abîme. Elle est sans regret et ne viendra à la rescousse d’aucun nostalgique du pouvoir, qu’il soit aspirant-chef ou citoyen confiant en l’État. Alors, rompre les rangs, c’est maintenant. Le chant du cygne a commencé.