A Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le bureau de la police municipale de la place des Rotondes s’est mangé des cocktails molotov au cours de la nuit du mardi 15 au mercredi 16 octobre 2019.
Vers 2h11, une vitre de ce bureau de police municipale a été brisée. Des traces noires ont été retrouvées au sol le lendemain matin. Deux personnes porteuses d’engins incendiaires auraient réalisé l’attaque, selon les enquêteurs.
Amenageurs, élu.es, agroindustriels, semenciers, tous crient déjà publiquement à la victoire : la magie du consensus semble diriger tout ce beau monde vers la construction d’un nouveau barrage à Sivens : à seulement 300m de la zone humide qui a été détruite et du champs sur lequel les forces de l’ordre tuèrent Rémi Fraisse il y a 5 ans.
Vous n’avez ni respect pour le vivant, ni pour les morts ! Alors que le trauma chez les habitant.es du coin et les opposant.es au projet commence tout juste à se resorber, la reprise des negociations pour servir les interets de quelques agriculteur.ices intensifs sonne comme une énième humiliation. Les acteurs et actrices de ce chantier mortifère en tout point reprennent du service en fanfaronnant tout en continuant d’ignorer les voix qui s’y opposent. Ce n’est pas quelques espèces menacées qui l’on vient défendre, c’est tout le systeme qui extermine et opprime le vivant au profit d’une classe bourgeoise et blanche que l’on vient attaquer. TOUT, les opposants au barrage de Sivens remmettent en question toute autorité : de celles élues démocratiquement qui imposent leur projets inutiles à celles qui imposent un modèle agricole industriel, de celles qui oeuvrent à la betonisation et la gestion des espaces naturels à celles qui oppressent et exploitent humain.es et animaux.
Ras le bol de faire de la pédagogie, c’est la fin de l’agroindustrie ! Par ce qu’iels semblent faire la sourde oreille face à l’opposition qui s’exprime de partout nous avons choisi de la rendre un peu plus réelle pour les entreprises et les lieux de pouvoir qui font leur beurre avec ce projet comme avec tant d’autres. Quand les masses crient qu’il y a urgence, les petits groupes agissent. Et si iels persistent à ignorer ces cris et ces actes il faudra bien que les responsables payent ! Cette force d’opposition continuera de se repandre en actes plus forts que ceux qui ont eu lieu ces dernières nuits…
Contre le barrage et son monde, soyons vivant.es et organisé.es ! Resistance et Sabotage. La Zad est touPar !
Pour rappel, toutes les stations de métro de Santiago sont fermées et l’état d’urgence décrété dans la capitale depuis samedi minuit. Peu avant 20h ce samedi, l’armée annonce l’instauration d’un couvre-feu de 22h à 7h, et ce jusqu’à nouvel ordre. Mais ce samedi, les feux de la révolte partis de Santiago ont gagné de nombreuses localités chiliennes, comme Valparaiso, Concepción, Antofagasta, expropriant la marchandise et détruisant les infrastructures de l’Etat et du capital…
Actualisation, à partir de CNN Chile, 20.10.2019 à 13:11: L’Institut National des Droits Humains (INDH) a annoncé que 22 personnes avaient été grièvement blessées jusqu’à présent. Parmi elles, un bon nombre de cas de violences en garde à vue: coups au visage et aux cuisses, torture, femmes mises à nue, violences sexuelles… Par ailleurs, un homme est hospitalisé dans un état grave après avoir reçu une balle par les Fuerzas Especiales alors qu’il se trouvait à 5 mètres de distance. Un mineur de 9 ans est lui aussi dans un état grave après avoir reçu des balles dans le foie, les reins et les jambes. Une fillette est hospitalisée avec une balle dans la jambe.
Samedi 19 octobre dans l’après-midi, à Santiago, six bus sont incendiés à Vicuña Mackenna et des rames de métro sont cramées à la station ‘Elisa Correa’. Une heure plus tard, les rames de métro de deux autres stations sont enflammées par des émeutiers, à San Pablo (lignes 1 et 5) et à Macul.
Avant les incendies de ce samedi, le directeur général de la compagnie de transport, Rubén Alvarado, a fait un bilan : « les dégâts dépassent, selon une estimation préliminaire, largement les 200 millions de dollars. Sur les 136 stations de métro du réseau, 77 ont été endommagées et 20 incendiées. Parmi ces dernières, 9 sont entièrement détruites (Los Quillayes, San José de la Estrella, Trinidad, Macul, Protectora de la Infancia, Elisa Correa, La Granja, San Ramón et Santa Julia) et 11 partiellement (Gruta de Lourdes, Barrancas, Las Parcelas, Pedrero, Cumming, San Joaquín, Pudahuel, Laguna Azul, República, San Pablo et Vespucio Norte) » (La Tercera, 19 Oct 2019 | 05:54 pm) A 18h50, on apprend que 44 feux rouges ont été abattus dans la capitale ce samedi (et 52 la veille).
A 19h, le Président Piñera annonce lors d’une conférence de presse qu’il suspend la hausse des tarifs du métro, qui sera votée ces prochains jours à l’assemblée lors d’une loi d’urgence… tout en maintenant l’état d’urgence militaire et la possibilité d’un couvre-feu.
Au moment de l’allocution du chef de l’Etat, un incendie est allumé dans les stations de métro San José de la estrella (ligne 4) et Laguna Sur (ligne 5, à Pudahuel) à Santiago… A Pudahuel, les pompiers sont pris à parti par les émeutiers. Un péage autoroutier sur la Ruta 78 est livré aux flammes au sud-ouest de la capitale, à Talagante ainsi que la mairie de San Bernardo en banlieue et une agence de la Banco de Chile à Melipilla.
A 19h30, c’est une station-service Petrobas qui est pillée puis incendiée à ‘La Florida’, tandis que le pied d’un immeuble en construction est en flammes à Concepción, et la Chambre de commerce de Santiago est pillée et saccagée.
A 19h40, le général Iturriaga fait son annonce : « J’ai décrété la suspension des libertés personnelles de mouvement à travers un couvre-feu total aujourd’hui dans les provinces de Santiago et Chacabuco, et dans les villes de Puente Alto et San Bernardo. Vous avez deux heures pour rentrer chez vous ». Le couvre-feu est de 22h à 7h du matin jusqu’à nouvel ordre…
Les désordres ont commencé à s’étendre au cours de la soirée dans plusieurs villes comme Valparaíso, Antofagasta, La Serena, Ovalle, Talca, Rancagua, Puerto Montt et Punta Arenas.
A Valparaiso, les premiers affrontements se sont déroulés plaza Victoria. Il y a eu dans l’après-midi des passages en force sans payer massif de lycéens dans le métro, qui a décidé d’interrompre prématurément son service, en arrêtant tous les métros à 18h. Sur la place Victoria, dans l’après-midi, des manifestants sont entrés dans un magasin Ripley afin d’en sortir le mobilier et le cramer dans une grande barricade.
A 22h20, l’état d’urgence (Estado de Excepción Constitucional de Emergencia) est étendu à la province de Concepción, où les émeutes ont fait rage en journée pour s’intensifier la nuit tombée. C’est le contre-amiral Carlos Huber qui est chargé de sa gestion pour l’armée. A 22h30, l’état d’urgence est étendu à la province de Valparaíso (sauf l’île de Paques et la commune de Juan Fernández) avec couvre-feu à minuit. C’est le contre-amiral Juan Andrés de la Maza qui est chargé de sa gestion pour l’armée. 500 soldats sortent de leurs casernes pour reprendre le contrôle de Valparaíso. L’aéroport international de Santiago annonce que les passagers des vols de nuit ont 2h pour le rejoindre avant sa fermeture (finalement, les billets pourront servir de sauf-conduit), et les compagnies de bus des trajets intérieurs du pays suspendent leurs liaisons de et vers la capitale « en raison des émeutes ».
Voici un bilan non-exhaustif établi à minuit ce dimanche 20 octobre (heure locale) concernant les saccages, pillages et incendies à Santiago et dans d’autres régions: pour exemple, la chaîne Walmart (marque de super et hypermarchés aCuenta et Lider) fait état de plus de 80 pillages et de cinq incendies de ses commerces.
Région de Biobío: A Concepción, le supermarché Santa Isabel, la station-service Petrobras et le livreur Telepizza sont la cible de pillages sur la Diagonal Pedro Aguirre Cerda. Plus tard, le centre commercial ‘Mall del Centro’ est incendié. Le tribunal, rue Tucapel, est saccagé. Le supermarché situé à côté du club de sport Bellavista, est pillé. Les bureaux du méga projet immobilier de Aitué (la Ciudad del Parque, 7 tours de 21 étages) sont détruits par les flammes.
Région de Santiago du Chili: A San Bernado, l’hypermarché Líder de Lo Blanco est incendié. Deux femmes sont mortes brûlées accidentellement lors du pillage incendiaire. Une troisième personne, un homme, est grièvement blessée (hospitalisé avec le corps brûlé à 75%). A El Bosque, l’hypermarché Líder de la Gran Avenida est pillé. A La Florida, l’hypermarché Santa Isabel de l’avenue Trinidad est pillé. A 21h30, un supermarché est incendié avenue Walker Martínez. Le centre commercial Mall Vespucio de l’avenue Vicuña Mackenna est incendiée. A Maipú, une station-service Copec et le centre commercial Mid Mall, situé Camino a Melipilla, sont incendiés. Le supermarché Líder sur l’Avenue Isabel Riquelme Sur est pillé. A Chacabuco, une annexe de la préfecture (Gobernación) est livrée aux flammes. Les commissariats n°12 de San Miguel et n°1 de Santiago sont attaqués et subissent des dégâts. Après l’annonce du couvre-feu, un supermarché OK Market et une pharmacie Cruz Verde, près du métro Villa Frei, sont pillés. Des véhicules d’un concesionnaire automobile place Ñuñoa sont réduits en cendres. Au croisement des rues Santa Isabel et Portugal, une pharmacie Ahumada est pillée.
Région de Valparaíso: A Valparaíso à la tombée de la nuit, la station de métro Quilpué est saccagée et la station Bellavista incendiée. A 20h, l’énorme banque Ripley est attaquée avenue Brasil puis saccagée. La banque Santander est saccagée, mais aussi les mairies de Lo Espejo et La Cisterna ainsi que les bureaux de l’AFP Provida (fonds de pension chilien). L’entrée d’une église est incendiée, tout comme le supermarché Unimarc de l’avenue Brasil. Le siège du journal El Mercurio est saccagé et incendié. Le même sort est réservé aux commerces de la rue Condell (dont une agence bancaire ServiEstado). Dans le secteur de Placilla, la route est coupée après que des émeutiers ont érigé des barricades. A San Antonio, des manifestants ont attaqué un commissariat de carabiniers, détruisant les vitres et la porte, tandis que d’autres ont explosé la façade d’une agence de la banque ‘Santander’. A Viña del Mar, un hypermarché Santa Isabel est pillé et la mairie saccagée. A Quillota, le péage autoroutier La Palma est incendié. A San Felipe, le péage autoroutier de Llay Llay est entièrement réduit en cendres.
Région de Tarapacá: A Iquique, il y a également eu des tensions lorsque des manifestants ont attaqué des unité de la VIème Division de l’armée et ont même volé des canons à valeur patrimoniale. Selon BiobioChile, des manifestants ont notamment sorti un canon de guerre appartenant au ‘Regimiento Granaderos’, situé Avenida Arturo Prat.
Région de Coquimbo: A Coquimbo, la croix géante, dite du Troisième Millénaire, est incendiée. Idem pour l’hypermarché Líder. A La Serena, l’hypermarché ‘Santa Isabel’ situé en plein centre ville est pillé.
Région d’Antofagasta: A Antofagasta, la pharmacie Ahumada de Maipú est pillée et de gros dégâts (avec début d’incendie) sont causés au Movistar de la place Sotomayor. A Rancagua sur l’avenue principale Alameda, un concessionnaire automobile est saccagé et incendié. A Talca, une agence de la Banco de Chile est saccagée, et son mobilier à l’intérieur incendié. Il y a de violents affrontements sur la Plaza de Armas et plusieurs banques sont livrées aux flammes. A Quilpué, une pharmacie du centre ville est pillée et une agence de la banque BPI saccagée. A Puerto Montt, les vitres de la Cour d’Appel et de banques sont brisées. A Lampa, un supermarché Unimarc est pillé. A Temuco, la station service Copec est saccagé. A Copiapó, l’hypermarché Lider, au croisement des rues Copayapu et Chacabuco, est pillé. A Caldera, le supermarché Unimarc est pillé et saccagé. A Arica, un camion de l’hypermarché Líder est incendié.
Le supermarché ‘Lider’ de San Bernardo en proie aux flammes…
A la station de métro ‘San Pablo’
A Valparaiso
Supermarché Unimarc en flammes à Valparaiso, 19.10.2019
Face à cela, l’Etat a tout d’abord établi des couvre-feu samedi soir dans la région du Grand Santiago de 22h à 7h, avant de l’étendre à la région de Valparaiso et de Concepción. Ouvertement violé par des foules d’enragés dans des émeutes qui se sont multipliées ailleurs aussi, il a été étendu dimanche du nord au sud aux villes de Valdivia, Antofagasta, Talca, Chillán , Chillán Viejo, Temuco, Padre Las Casas et Punta Arenas. Ses horaires ont également été abaissés de 22h à 20h et même 19h à Santiago (jusqu’à 7h ou 6h du matin), heure à partir de laquelle seuls les riches peuvent circuler (munis de laisser-passer) et les militaires peuvent tirer sur quiconque et les arrêter. Si cela peut certainement dissuader un peu la partie plus citoyenne des protestataires (« moins d’abus » est une de leur revendication), il n’empêche que beaucoup ne rentrent pas chez eux et que les émeutes se prolongent depuis trois jours du jour à la nuit. Il y a à présent 10 500 militaires (soldats et carabiniers) pour patrouiller dans tout le pays et tenter le retour à l’ordre.
Dimanche en début d’après-midi sont sortis quelques chiffres des arrestations de la veille ou de la nuit : 614 manifestants de la région de Santiago déferrés au tribunal et 848 dans le reste du pays, soit officiellement 1462 détenus dont vont s’occuper 193 procureurs désignés à cet effet. Au niveau des destructions de métro dans la capitale, le nouveau bilan est de 80 stations touchées sur 136, dont 11 totalement incendiées et 11 incendiées partiellement + 41 fortement endommagés (saccagées). A cela il faut ajouter la nouveauté de samedi, puisque des enragés sont rentrés dedans pour cramer 8 nouvelles stations, y compris les rames de métro à quai dans les stations fermées : 6 rames variées ont été détruites, plus 3 métros (de plusieurs rames) entièrement calcinés, et de nombreux systèmes électrique de sécurité sont hors service. Tout cela pour au moins 300 millions de dolars de dégâts. A noter qu’à Valparaiso également, des stations ont été attaquées (dont une incendiée). Tout cela sans compter les bus du Transantiago partis en fumée. Côté banques, le président Asociación de Bancos a précisé qu’en deux jours et nuits, 130 agences ont été endommagées (dont 30 détruites) et 250 distributeurs de billets entièrement détruits (10% du parc total). Côté pillages, la chaîne américaine d’hypermarchés Walmart (marques Líder et A Cuenta), a dénombré dimanche au moins 125 de ses hypermarchés pillés à travers tout le pays et 9 incendiés. Autre exemple concernant les supermarchés Santa Isabel, très attaqués aussi : dimanche vers 16h30 à Santiago au croisement des rues Trinidad et Vicuña Mackenna, plusieurs centaines de personnes se sont organisées pour le piller rapidemment en faisant venir des dizaines de voitures à remplir avant de partager. Plus ces émeutes se prolongent, et plus les objectifs sont également variés, omme ce pillage de l’usine Coca Cola à Puento alto dimanche vers 17h…Et tout cela en )à peine trois jours.
Dimanche (et lundi dans les médias européens), l’axe de communication du pouvoir est bien enendu les morts lors de ces pillages et l’armée mis en regard pour empêcher cela. « Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est prêt à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite » a ainsi déclaré Piñera lors d’une conférence de presse dimanche. Précisons que les 7 morts recensés sont à chaque le fait d’accidents, puisqu’ils ont péri lors des incendies suivant les pillages dans d’énormes structures, comme l’usine de vêtements Kayser dans la commune de Renca (au nord de Santiago) et un hypermarché Lider à San Bernardo (sud de Santiago). L’Etat se garde bien entendu de mettre en avant toutes les personnes blessées par balles militaires, dont plusieurs (à Puente Alto par exemple) hospitalisées avec « pronostic vital engagé« , ou les yeux crevés (déjà une dizaine recensés) suite aux tirs de balles en caoutchouc. Ou le rapport tout frais de l’Instituto Nacional de Derechos Humanos (INDH) qui dénonce des mauvais traitements contre les mineurs, des « vexation sexuelles » ou des tortures contre les manifestants arrêtés dans les 1ª, 3ª, 21ª, 19, 25, 33, 43 et 48ª commissariats de Santiago. C’est « la guerre« , selon le Président, et des deux côtés : expropriations, saccages et incendies ciblés d’un côté, défense de la domination quel qu’en soit le prix par les mercenaires de l’Etat, de l’autre.
Dans toutes ces émeutes nocturnes, si les pillages suivis d’incendie d’hypermarchés ou de grands centres commerciaux restent les plus nombreux, on ne peut que se réjouir que certains saisissent également l’occasion d’attaquer chacun à sa manière des cibles qui leurs tiennent à coeur. A Valparaiso, la nuit de samedi à dimanche, c’est par exemple la cathédrale qui a eu son immense portail cramé, et l’intérieur entièrement saccagé, mais c’est aussi le bâtiment d’un des deux grands journaux du pays, El Mercurio, qui a subi le même sort : saccage et incendie (les travailleurs ont dû se casser). A Coquimbo, dans le même genre, ce sont les pieds de l’immense Cruz del Tercer Milenio (une Croix de béton de 80m de haut et 40m de large datant de 2001) qui ont été incendiés. Autre exemple, à Concepción dimanche en journée, des individus ont soulevé le lourd rideau de fer d’une armurerie puis se sont emparés à la hâte du contenu de son négoce. A Iquique, les manifestants ont attaqué la caserne du Régiment de cavalerie, et l’image spectaculaire en a été la sortie du vieux canon de guerre retourné contre les militaires modernes anti-émeute. Ailleurs, notamment au sud, plusieurs péages de routes et autoroutes sont partis en fumée, dont le dernier dimanche vers 20h30 à Peñaflor sur l’autoroute du soleil, tandis que plusieurs sont bloquées par des barricades.
Cette nuit de dimanche à lundi 21 octobre, le couvre-feu n’a pas été respecté une fois de plus dans de nombreux endroits, mais on peut remarquer que la plupart des pillages se sont déroulés en journée, où des foules hétérogènes se rassemblent d’ailleurs un peu partout (un des slogans : « Chili réveille toi« ). Un bref aperçu de ces nouvelles attaques, sans détailler les nombreux affrontements et barricades : à Catemu, c’est le lycée California qui est parti en fumée ainsi que la mairie, à Olmué c’est la mairie et la Bancoestado, à Temuco le magasin Fashion Park est pillé et à Iquique un Ripley, à Rancagua toutes les boutiques du centre perdent leurs vitres, à Maipú un hypermarché Lider est en flammes, à Chillán un supermarché Unimarc et un Ripley sont pillés, à Quillota un grand magasin de bricolage, à Antofagasta un supermarché Unimarc, etc. Face à cette extension de la révolte, il est une tension classique que nous aimerions également souligner : celle entre réappropriation de l’existant et sa destruction. Présente dès le départ lors des fraudes massives du métro à Santiago, cette tension pouvait emprunter la différence entre rendre les transports publics gratuits de fait (en mulipliant les fraudes) et les consummer dans les flammes. La nuit de vendredi, c’est ainsi qu’une dizaine de stations de métro furent incendiées. Autre exemple, si les pillages de biens de consommation se mulitplient, on a aussi pu voir une partie des émeutiers incendier les temples de la consommation, et d’autres carrément jeter écrans plats et autre électroménager à peine exproprié pour alimenter le feu des barricades. Une question qui s’était déjà posée aux meilleurs moments de la révolte grecque de 2008.
De la consommation à la consumation de l’existant, voilà un pas que certains révolté.e.s ont commencé à franchir de façon minoritaire à Santiago du Chili, un bon exemple de toutes les possibilités offertes lorsqu’un mouvement de rupture s’affranchit de la gauche, de son encadrement, son idéologie et sa pacification, pour gagner une dimension autonome où on peut commencer à détruire tout ce qui nous détruit. A nous ici, de nous montrer solidaires à la hauteur de ce qui se passe là-bas, où de nombreuses compagnonnes et compagnons se battent aussi. Ne restons pas pacifiques comme l’océan qui nous en sépare !
Procès des tchadiens suite à l’expulsion du Transfo : appel à soutien demain à Bobigny !
Suite à l’expulsion violente de 2019, 3 camarades tchadiens passent en procès demain mardi 2 février pour incitation à l’émeute, rébellion et violences.
Soyons nombreux à les soutenir à 13h au TGI de Bobigny !
Dans la nuit de samedi à dimanche 20 octobre, la permanence de Malik Benakcha, patron dans la vie et candidat Les Républicains (LR) aux prochaines élections municipales à Blois, a été attaquée à l’arme à feu.
La vitrine du local du politicien, située près du quai Villebois Mareuil, a été criblée de balles: quarante-deux impacts ont été comptabilisés : deux cartouches de chevrotine remplies de plomb auraient été tirées depuis un véhicule, d’après les flics et les médias.
Son programme pour la municipalité est particulièrement axé sur le sécuritaire : « le candidat souhaite multiplier par trois le nombre de caméras de surveillance dans la ville, armer les policiers municipaux et faire instaurer des peines plancher de travail d’intérêt général pour les actes de délinquance » (Le Monde, 21.10.2019).
Deux des trois accusé.e.s sont toujours en détention préventive, depuis le 8 juillet 2019. Tous deux ont désormais été transférés dans une section plus ouverte, ce qui leur donne plus de liberté de mouvement et plus de contacts avec les autres détenus. Ils ont la possibilité de cuisiner et peuvent jouer au tennis de table. Les deux compagnons ont rapporté que de nombreux prisonniers emprisonnés dans la taule de Holstenglacis purgent une « détention compensatoire », parce qu’ils ne peuvent pas payer leurs factures ou leurs dettes.
« La solidarité c’est l’attaque – liberté pour la bande de la Parkbank », banderole lors d’une fête de rue dans le quartier de Sankt Pauli, à Hambourg, 17 août 2019
Le 9 octobre, la troisième accusée a encore une fois eu une perquisition domiciliaire, les flics voulaient des échantillons de l’écriture de la compagnonne. Au cours de l’opération, son ADN a également été prélevé, suite au recours du Parquet. Le harcèlement de notre compagnonne et des autres habitat.e.s du lieu indique clairement que la police enquête toujours sur les gens et il est évident qu’ils mènent des filatures.
Faites preuve de solidarité et venez au rassemblement de samedi 19 octobre, à partir de 15h sur le Jungiusbrücke, derrière la maison d’arrêt de Holstenglacis.
Continuez à envoyer des lettres aux trois, à cette adresse :
Libertäres Zentrum LIZ
Karolinenstrasse 21, Hinterhaus
20357 – Hamburg (Allemagne)
Pensez svp au fait que les lettres prennent beaucoup plus de temps si elles sont accompagnées de matériel d’information ou d’autres textes imprimés. Il vaut donc mieux d’envoyer des lettres personnelles dans des enveloppes séparées de celles d’autres textes.
De plus, de nombreuses lettres de réponse sont encore disponibles au LIZ.
Dans la nuit du 22 octobre 2019, une voiture de ThyssenKrupp a pris feu à Fribourg-en-Brisgau.
Cette action est en solidarité avec els personnes au Rojava qui se font assassiner en ce moment par les fascistes, dans l’ignorance de Merkel, Trump et compagnie. Le groupe industriel ThyssenKrupp participe à cette mission de guerre et c’est pour cette raison que c’est la cible de notre rage.
Combattons tou.te.s les va-t-en-guerre ! Ici comme partout !
Avec le coeur brûlant pour nos ami.e.s au Kurdistan !
Traduction de: https://de.indymedia.org/node/41772
« Les liens entre capitalisme, production industrielle et maladies se manifestent partout, et pas seulement dans l’agriculture et la nourriture qu’elle produit. »
Publié en septembre 2019 dans le bulletin anarchiste Avis de tempêtes, ce texte s’attaque à la question des pesticides, de leurs méfaits et de leurs responsables...
Vendredi 18 octobre a eu lieu à Trente la première audience du procès « Renata ». Les compagnons inculpés étaient dans la salle (Stecco aussi : on ne lui a pas imposé la visioconférence). L’audience, contrairement à ce qu’on s’attendait, s’est faites à huis clos. Après les trois témoins appelés par la défense, les Procureurs, au lieu de prononcer leur réquisitoire pour demander des condamnations, ont présenté des nouvelles preuves (chose que, en théorie, ils n’auraient pas eu le droit de faire lors d’un procès avec « procédure abrégée »), du coup le juge a renvoyé le tout (réquisitoire, plaidoirie de la défense et, très probablement, sentence) au 26 novembre.
A l’extérieur du tribunal, environs 80 compagnons et solidaires sont partis en manif sauvage dans les rues de Trente, en expliquant et en défendant les actions dont sont accusés les sept compagnons sous procès. Le rassemblement appelé pour 18h devant la fac’ de Sociologie s’est transformé lui aussi en manif sauvage. Les prises de parole se sont focalisées notamment sur la guerre en Syrie, vu qu’une des actions dont les compagnons sont inculpés est un sabotage contre la banque Unicredit, principal bailleur de fond d’Erdogan. Pendant la manif, en plus de tags sur les murs et de collages d’affiches, le siège central d’Unicredit a été repeint avec de la peinture rouge, et quelques fenêtres ont aussi été cassées.
On a reçu la nouvelle du transfert d’Anna, qui a eu lieu le 21 octobre 2019. Elle a été transférée à la prison “Borgo San Nicola” de Lecce. Voici l’adresse, tiré du site du ministère, à confirmer dés réception de son courrier. On se rappelera qu’Anna a été arrêtée le 6 septembre 2016 lors de l’opération Scripta Manent et que le 24 avril 2019 elle a été condamnée en première instance à 17 ans de prison.
Pour lui écrire :
Anna Beniamino
Casa Circondariale di Lecce “Borgo San Nicola” (sezione femminile)
Via Perrone, 4
73100 – Lecce (Italie)
Voici un aperçu (non exhaustif) des attaques, expropriations et parfois destructions de marchandises (et de ses temples) ce dimanche 20 et au cours de la nuit dans plusieurs villes au Chili (en complément de celles déjà mentionnées dans le texte « Etendre le feu plutôt que le couvrir« ):
A Conchalí, l’hypermarché ACuenta est incendié. A Santiago, le supermarché « Ok Market », situé au croisement des rues Portugal et Marín, est pillé et incendié. La station-service Shell, face à l’ex-Poste Centrale, est elle aussi pillée. A Ñuñoa (en banlieue), un concessionnaire automobile situé au croisement de l’avenue Irarrázaval et de la rue Holanda est attaqué pour servir de barricades. La nuit précédente, samedi, c’est un concessionnaire ‘Mitsubishi’ qui avait été attaqué: plusieurs voitures neuves ont péri dans les flammes (cf photos ci-dessous). A Maipú, les hypermarchés ‘Unimarc’ de l’avenue Cuatro Poniente, et ‘Lider’ de l’Avenue Tres Poniente, sont pillés et incendiés. A Rancagua (province de Cachapoal), le supermarché Central Mayorista Victoria (région mapuche de La Araucanía) est incendié : 10 véhicules de la mairie sont incendiés sur leur parking. En outre, plusieurs magasins du Paseo Independencia sont attaqués, saccagés voire pillés pour certains. C’est le cas notamment pour un magasin de chaussures. Un magasin de téléphonie mobile WOM a quant à lui été entièrement saccagé. A Villa Alemana, une agence Bancaestado et un supermarché ‘Unimarc’ sont incendiés. A Penca (province de Concepción) : le péage à l’entrée de la Ruta Interportuaria est détruit par le feu.
A La Serena et aux alentours (région de Coquimbo), plusieurs pillages de centres commerciaux ont été recensés. Sur l’avenue Francisco de Agirre, des enragés se sont affrontés aux Forces Spéciales en érigeant des barricades et en jetant des projectiles. Par ailleurs, la statue du conquistador espagnol Francisco de Aguirre, « fondateur de la ville », a été démolie (cf ci-contre).
Au cours de la nuit, il y a eu des coupures d’électricité dans plusieurs régions très différentes, que la CGE (EDF chilienne) est incapable d’expliquer. A chaque fois ce sont des quartiers entiers qui sont visés : 2600 personnes à Vallenar, 12300 personnes à Petorca (Valparaiso).
Le nombre de morts dans les incendies post-pillages serait de 10 : 2 dans celui du Lider de San Bernardo, 5 dans l’usine de vêtements Kayser à Renca, 1 dans celui d’un supermarché à Matucana (Santiago), 2 dans celui du magasin de BTP Construmart à Pintana.
76 carabiniers ont été blessés au cours de la nuit de dimanche à lundi (44 dans la Grand Santiago et 32 en province), 4 d’entre eux sont dans un état grave dont 2 par balles. Il est à noter que le pouvoir et ses porte-paroles médiatiques sortent cela au moment où circulent des infos sur plusieurs manifestants tués par balle par des militaires, notamment à La Serena à côté du Mall (centre commercial) – celui-ci est reconnu par le pouvoir, mais il dit devoir enquêter pour savoir d’où est partie la balle contre le manifestant, c’était en journée… A Coquimbo, on voit sur une vidéo un groupe de soldats (pas de carabiniers) qui tirent sur des manifestants devant l’hypermarché ACuenta.
Après l’attaque incendiaire du concessionnaire à Ñuñoa, en banlieue de Santiago
Since the revolt in Ecuador spread to Chile, the conflict has escalated rapidly. The government has called in the military and declared martial law, but people refuse to leave the streets, continuing to create an ungovernable situation. Despite the swift cancellation of the metro fair increase that first triggered the protests, their anger runs much deeper; many throughout the country are enraged by the dramatic disparities in wealth and power that capitalism has created and infuriated by the president’s decision to attempt to crush protest by means of the military—a strategy that recalls the military dictatorship of 1973-1990. Strikes and protests are taking place around the country today—in Punta Arenas, Concepción, Valparaíso, Valdivia, and Temuco as well as Santiago.
The Chilean government admits to eight deaths in the course of the unrest, seven in fires and one murdered by military gunfire during demonstrations. However, there are reports circulating of 11 deaths, and many people have been shot by police, soldiers, and right-wing vigilantes. See below for more details.
In the following text, we offer our own brief report from the streets of Chile, an interview with a Chilean anarchist from within the movement, and a call to action from other participants in the movement.
Soldiers patrol the streets of Santiago, Chile, but have not been able to pacify the population.
Saturday
On Saturday, the protests started before noon. Throughout all of the city and the neighborhoods you could hear a steady drone of pots and pans, cars honking, all to the rhythm of popular chants: “Evadir, no pagar, otra forma de luchar” (“Dodge the fare, don’t pay, another form of struggle”) and “El pueblo unido jamás será vencido” (“the people, united, will never be defeated”).
After the declaration of the state of emergency Friday night, it was guaranteed that Saturday would see more protest. All day long, various forms of rebellion erupted throughout the city. Big bands played protest music and led chants, many people built barricades and set them aflame. People smashed the windows of many key government buildings and banks, then removed the furniture to build barricades and destroyed bank records. Many stores were looted of items both for fun and for necessity. More busses were burned as people clashed with police. The military was out in force with long guns, adding to the atmosphere of anxiety and revolt.
The military occupying the streets of Chile.
A band defying the military occupation.
A curfew was declared for 10 pm Saturday night in Santiago as well as other cities that were participating in protest—Concepción and Valparaíso. As the sun set, some people began to go home out of fear that the military would begin to employ their weapons with deadly force. Many other people chose to stay out past the curfew and into the night. Clashes continued to decentralize, spreading further into the peripheries of Santiago, filling the whole city. Some of the most severe police and military violence occurred in the peripheries: Maipú, Pudahuel Sur, and San Bernardo, a semi-rural suburb on outskirts of the city.
In Valparaíso, protesters burned a building belonging to the right-wing/fascist press, a newspaper called “Mercury.” Valparaíso experienced heavy military repression, with soldiers running through the streets and attacking protesters. A few hours after the curfew, it was announced on the radio that the military presence would be doubled starting Sunday in Santiago. A new hashtag began to circulate: #chiledespierto (“Chile awakened”).
The military attacking civilians in Valparaíso.
Sunday
News reports early Sunday announced that 240 people had been detained on Saturday night for curfew violations, more than 600 had been arrested around the country, and 62 cops injured. The total number of arrests and injuries throughout the week is much higher. Walmart Chile announced that “due to acts of vandalism, it has suffered looting in more than 60 locations in the Metropolitan Region and in the regions of Valparaíso, Antofagasta, Calama, Concepción, San Antonio, and Temuco.” Footage circulated of police openly using cocaine in the middle of the demonstrations to pump themselves up before attacking demonstrators. [This footage has since been removed from Instagram, but we saw it and consider it damning.]
Reportedly, six trains had been damaged, three of which were completely destroyed. It will take months to return the newest line in the metro to service.
Photographs from Saturday are available on Instagram here and here.
On Sunday evening, Chilean President Sebastián Piñera made a televised address to the country from the headquarters of the army in Santiago:
“Democracy not only has the right, it has the obligation to defend itself using all the instruments that democracy itself provides, and the rule of law to combat those who want to destroy it… We are at war against a powerful, implacable enemy, who does not respect anything or anyone and who is willing to use violence and crime without any limit.”
Not only this statement, but the context from which it was presented, shows clearly enough how intertwined democracy is with the same military force that ruled under the military dictatorship. Anyone who has much experience on the receiving end of state violence knows that the authorities always accuse us of whatever they plan to do to us, in order to legitimize their aggression in advance. From this statement, it is clear enough that President Piñera and the mercenaries who serve him are attempting to create a discourse in which they can legitimize killing large numbers of people to return Chile to their control.
People all around the world should be inspired by the courage shown by ordinary people in Chile and do our best to make it impossible for the military to slaughter the people in the streets. Below follows an interview with an anarchist participant in the uprising and a call to action from other participants.
The following instagram pages offer hour-by-hour coverage of the situation in Chile: @radiovillafrancia @radiokurruf @piensaprensa @diariovenceremos
A protester murdered by the Chilean military in Colina, northern Chile, during a demonstration. Content warning: this is an extremely dismaying video.
A protester murdered by the Chilean military in Colina, northern Chile, during a demonstration. Content warning: this is an extremely dismaying video.
Interview
How often does the State of Emergency or Curfew law get used in Chile? When was the last time the state employed them?
The emergency powers that the Chilean state has implemented were passed down from the Pinochet (or Pinoshit, as we like to call him here) dictatorship. The Domestic Security Law (Ley de Seguridad Interior del Estado, or LSE) has existed since 1958, before the military’s 1973 coup, but in 1975, the dictatorship greatly expanded its powers, especially regarding crimes of “public disorder.” The law raises the penalties and sentencing for a variety of violations and crimes during times when the “functioning of the country” is altered. For example, in 2002, the government (headed by socialists!) used the LSE against a bus drivers’ strike. In general, it serves more as a deterrent and a threat than an
actual tool for taking anyone in particular to trial.
Then there’s the State of Emergency currently in effect, which was written into the dictatorship’s 1980 constitution, the same constitution we have today.
The State of Emergency has previously only been used during natural disasters (like the 2010 earthquake in Concepción and during other earthquakes and floods). During those disasters, we’ve seen the army in the streets, allegedly to “help” people and clear rubble, but in reality, the armed forces use these cases as military exercises—practicing how to take over cities and defend the private property of multinational corporations. While States of Emergency have been declared in recent memory, this is the first time since the dictatorship (specifically since 1987) that a curfew (toque de queda) has been utilized. It is also the first time that the state has deployed the armed forces specifically for the task of repression. For people in Chile, it is shocking to see the streets full of military vehicles, tanks, and jeeps full of armed troops. However, the younger generations seem to be less afraid of them than those that remember the dictatorship.
Soldiers on the corner, as during the dictatorship.
How does this fit into the last few years of social movements and clashes with authority in Chile? Did anyone see this coming?
No one saw this coming, nor that it would spread so far. People in Santiago did feel like tension was building, but not in the sense of social revolt. Rather, it was seen more in the aggressions between
people—people having to commute for hours after their work or school day, fed up with having to squeeze tightly into a packed train or bus, overwhelmed with exhaustion. This anger and exhaustion manifested itself in conflicts between the exploited. For example, blaming and fighting other people on the train or bus, or scapegoating immigrants and the like, creating a daily experience of hostility, but no political group or organization was prepared for this kind of widespread revolt.
Since last week, there have been calls for fare-dodging (evasión) and sabotaging public transportation in response to the 30-peso fare hike. That wasn’t anything new. Whenever there are fare hikes, you see this kind of call for action. What’s different this time is we’re in spring, whereas past fare increases have been implemented in the middle of the summer without much of a response.
Beginning on Monday, October 14, organized and combative high school students began collective fare-dodging actions after they got out of school. These were massive and very effective. The Metro’s security guards weren’t ready for it, so the kids were able to freely hop the turnstiles and also hold open the gates for other commuters. On Tuesday, October 15, the collective evasiones grew even larger and included even more high schools. By Wednesday, October 16, it wasn’t only the schools with a militant reputation that were involved. Lots of schools in poorer neighborhoods outside the city center got in on the action too, and that’s where Metro security guards began clubbing students. This was truly the spark, and it made the high schoolers even more resolute in their struggle. They organized mass fare-dodging evasiones for later that afternoon (in Santiago, students get out of school a couple of hours before the workday is over) and more and more people joined in—if only because most people needed to get home and didn’t mind saving a little bit of money on their commute. On Thursday, October 17, the response from the authorities and the Metro was to close certain stations, inhibiting people from being able to get home. Squadrons of police also began to occupy Metro stations, contributing to even more conflict and, through it, the destruction of metro infrastructure. In some cases, by sheer numbers alone, people were able to expel police from the metro stations.
On Friday, October 18 there was confrontation from the beginning of the workday on. Metro stations opened with more security guards and more police than usual, but people still staged mass evasiones, and in many cases were successful in getting onto the platforms. The day went on as usual until the end of the school day. Once school was out, the whole thing got out of anyone’s control. There was confrontation and combat all over the city. Metro stations were closed. Students occupied the tracks and destroyed Metro and bus infrastructure such as turnstiles. Three entire Metro lines were shut down. People began to do battle with the police, and a variety of conflict zones between people and police
sprung up around the city.
Buses were burnt and used as barricades on major thoroughfares. Bus stops were torched. Even more fuel (proverbial and literal) was put on the fire as people began getting out of work for the weekend. Thanks to the almost complete halt of metro and bus travel within the city, masses and masses of people were out on foot—voluntarily and involuntarily adding to the numbers in the street conflicts. The police were losing ground and, as night fell, they began to attack with tear gas and water cannons. In retreat, the police fell back to the higher class neighborhoods to ensure the revolt didn’t threaten the centers of wealth. The people, however, did not fall back, and went even further: looting and burning banks, supermarkets, corporate chain stores, pharmacies, metro stations, privatized health care offices, and government offices.
Ever since the evasiones started, everyone has been excited to support it, since it’s a tactic that anyone can use. There’s still a sense among the people that this has been a historic moment, at least in the social consciousness, and for the majority of people the revolt has put a smile on their face (not something you see often in Santiago). Although many haven’t agreed with some of the forms of struggle, the sound of cacerolazos rang out throughout the city late into the night.
All this led the government to declare, at 2 am Saturday morning, a State of Exception in the province of Santiago, which included mobilization of the armed forces and preparation for their deployment on
the streets. The night went on with more burning and looting. The government made a mistake thinking that the announcement of troops on the streets would calm things down.
At noon on Saturday, October 19, more cacerolazos were called for, as well as protests in the main plazas of various neighborhoods, in protest of the military presence and repression (rather than just the fare hike). The soldiers escalated things by pointing their guns, loaded with live ammunition, at people, leading to more rioting. Masses of people took to the streets in cities where a State of Exception had not been called, for example Valparaíso, Concepción, Coquimbo, and Puerto Montt. This led to even more looting and, in response, more States of Emergency and curfews declared, to begin at 10 pm Saturday night. In large part, the curfew was ignored and people stayed in the streets late into the night. Looting and burning continued.
At least three people have been found dead in the ashes of one looted supermarket, and there is news of many protesters injured by police. There are so many videos of police and military violence circulating. It’s difficult to say with certainty how many protesters have been injured because the news is flooded with police press releases about how many police were injured, without even mentioning the demonstrators they have hurt, hiding the true level of their repression. However, the number of injured demonstrators is definitely in the hundreds, including people hit by clubs, tear gas canisters shot at people’s bodies and heads, people hit at close range by rubber bullets, people run over by police vehicles, and so on.
This is still going on as I write and neither the police nor the armed forces seem to have taken control. They moved the curfew up tonight [Sunday, October 20], to 7 pm and fake news is circulating about shortages of food and basic goods in order to frighten the population.
A line to purchase groceries. Anxiety has spread about the availability of consumer goods.
I believe that since the beginning of this revolt, the students have been filled with a spirit of liberation and confrontation, which, thanks to compañeros who have combatted police in the past and destroyed the symbols of capital, has generated a collective unconsciousness in which, during moments like this, people know to attack authority. This has been demonstrated by the fact that the majority of the businesses targeted have been large multinational chains like Walmart, which itself has had around 80 stores looted and 10 burnt throughout the country. It is also seen in the widespread use of the anarchist symbol on walls, especially amongst the combative youth.
Protesters chanting “Ooof oof, que calor, el guanaco por favor”—”How hot it is—a water cannon, please.” Guanaco is what demonstrators call the armored vehicles with water cannons. A mocking and defiant tone. This video was shot in the city center of Santiago on Sunday.
Appendix: Call for Solidarity from Chile
The Revolt Is Growing Despite Brutal State Repression: This Monday, October 21, We Move on to the General Strike for Everything
One week ago, when the subway fare in Santiago reached the stratospheric price of 830 Chilean pesos (USD 1.20), the unbridled student youth proletariat—which has the virtue of denying this world in practice, refusing any kind of dialogue with power—launched an offensive calling for the “mass fare-dodging,” self-organizing a gigantic movement of disobedience that instantly earned a tremendous backing among our class, since this means of public transport is used by at least 3 million people daily. The State responded by sending hundreds of riot police to protect the stations, provoking severe confrontations in the subway system, which left hundreds of people wounded and detained.
On Friday, October 18, the rupture occurred: during a new day of protests against the fare hike, Santiago’s subway lines began to close completely, one by one, starting at 3 pm. This caused an unprecedented collapse in the metropolitan urban transport system. That day, the spark was ignited and the proletarian class demonstrated its power, as thousands of people threw took to the streets, overwhelming the repressive forces and staging major riots in downtown Santiago that surpassed any forecast. The corporate building of ENEL (an electrical company operating in Chile) burned in flames and several subway stations suffered the same fate. The Capitalist State showed its true face to the population, decreeing a “state of emergency”, which meant that the military was brought out for the first time since the end of the Dictatorship as a result of a social conflict. From that night on, nothing will ever be the same.
On noon Saturday, a call to meet at Plaza Italia, in downtown Santiago, quickly led to a general revolt with insurrectional features that reached every corner of the city, despite the strong military presence on the streets. And literally, the uprising moved on to all of the cities in the Chilean region. Like an oil stain, it began to spread with cacerolazos (pot-banging), barricades, attacks on government buildings, sabotage of infrastructure strategic to the circulation of capital (toll plazas and fare meters on highways, 80 subway stations partially destroyed and 11 totally reduced to ashes, dozens of buses burned, etc.), 130 bank branches damaged, 250 ATMs destroyed, some attacks on police stations and a military facility in Iquique, and what has most irritated the ruling class: the looting of supermarket chains and large malls.
In this scenario, which for us has been a party, in which the proletariat is self-organizing and facing its conditions of extreme precariousness, the “state of emergency” has been extended to approximately a dozen cities that have joined the fight, which have also faced a relentless “curfew” controlled at gunpoint by the military and police vermin that currently stand at 10,500 troops who have the green light to shoot to kill.
Sunday night, October 20: Anarchist demonstrators display a banner reading “PUNKS FOR ROJAVA” while they take on the army under martial law.
Looting and the Immediate Satisfaction of Human Needs
The sacrosanct status of private property was radically questioned by tens of thousands of proletarians who supplied themselves with everything they could at most supermarkets and large stores, which have been thoroughly plundered, and in many cases burned, as a terrified bourgeoisie looks on and constantly calls on its representatives to crush without reservation what they call “a small group of violent elements and vandals.” However, the reality is far from this, since, although they deny it continuously, this is not the action of a minority, but a massive phenomenon that has been expressing itself with irrepressible force.
Those of us who have been stripped of everything and survive as we can, indebted, without being able to make ends meet, have affirmed in practice that we have no reason to pay to access what we need to meet our needs. The reproduction of the commercialized daily survival in this way of life imposed upon us is, at all times, subordinated to the accumulation of capital by the bourgeoisie, at the expense of wage laborers and the life of misery that we must endure day in and day out. We have done nothing more than expropriate what belongs to us and what has robbed us our entire lives, and this they cannot bear. In short, widespread revolt means claiming ourselves as human beings and denying ourselves as merchandise.
The Press: Spokespersons for Capital and Defenders of Merchandise
The press has played a crucial role in the defense of “common sense” and channeling what is called “public opinion,” that is, the dominant logic of the capitalist system, according to which material things and the production of goods matter more than human lives, emphasizing time and again the defense of “public order,” “individual rights,”, “private property,” and “social peace” to justify the massacre being promoted by the capitalists and the most reactionary sectors of society.
Through the misrepresentation and/or concealment of information, the spreading of lies and false stories, the criminalization of social subversion, the entire press has shown itself to be an accomplice to State terrorism: they must assume the consequences for all this. Some examples of this include the following:
Hiding the number and cases of assassinations by the repressive forces, and not reporting repeated allegations of “excessive use of force in arrests, child abuse, mistreatment, blows to faces and thighs, torture, undressing of women and men and sexual abuse,” as indicated by the National Institute of Human Rights (NHRI).
Communicating that there has been looting of “farmer’s markets” in some municipalities such as La Pintana, Puente Alto, among others, which is totally false. People have reported on social and alternative media that these have been plainclothes police who have tried to provoke infighting within our class.
Promoting fear among the population by emphasizing that looting will also affect private homes and small businesses, when there have been just a few completely isolated events of this, which our class must firmly reject.
Differentiating between “citizens” and “criminals,” between “peaceful” and “violent” protesters, betting on the division and isolation of the most radicalized elements that are part of the movement and that are trying to promote an anti-capitalist orientation in the development of the revolt.
Remaining in complicit silence regarding the water supply cuts that have directly affected several municipalities in the southern sector of Santiago, which are “suspiciously” also the places where the combat against the state and capital have developed in the most direct manner against their institutions and where authority is most flatly despised.
The Government Recognizes 8 Dead, but We Know There Are Many More
As President Piñera declares that “we are at war against a powerful enemy that respects nothing and nobody,” the despicable Andres Chadwick, Minister of the Interior, made a brief statement on television claiming that 7 people had “died”—and not been killed at the hands of the state—without offering any further details. We who have been present in the struggle and coordinating with comrades in different parts of the country know that the number of the dead is much larger. Videos and photographs have been shared on social media and counter-information websites, which are being systematically removed from the internet, showing people killed by soldiers and cops in various places where they are resisting. At least by our count—which we are still unable to confirm due to the deliberate campaign of concealment and misinformation of the capitalist state—this figure is 16 people: 1 person in Quinta Normal, 2 in San Bernardo, 5 in Renca and 2 in La Pintana, who died as a result of fires during the looting, 1 person killed in Lampa after being deliberately run over by the police, 1 by military bullets in Colina, 3 in La Serena, and 1 in Pedro Aguirre Cerda who died as a result of police repression. We know that this partial assessment might grow even further, since as we are quickly writing this text, severe confrontations continue under the curfew with the military, cops, and undercover police in several places within the Chilean region.
The General Strike on Monday, October 21—and Some Perspectives
Tomorrow, Monday, October 21, a diverse grouping of mass organizations have called for a general strike, the first one that may be highly effective, directly affecting production, due to the collapse of the transportation system, at least in the city of Santiago. The state is doing everything possible to ensure that “people go to work”: they have partially enabled Line 1 of the subway system, they are trying to reinforce the bus service, and they have called on the population to show “solidarity” by helping their neighborhoods reach their jobs. The capitalist class is only interested in producing for themselves; we are only useful to them for producing and moving their merchandise and increasing their accumulation of capital. For this reason, we are calling on people to not go to work and to actively participate in the strike, as the subway workers’ union has, due to the “police and military repression.” In addition, we believe it is important to spread the following perspectives:
Do not fall into the dynamic of fighting amongst ourselves over food, water, and the satisfaction of our needs: that is the state’s game, to divide and conquer. To solve our problems, we must organize ourselves in our communities, there is no other solution.
Do not allow the political parties and social democracy to present themselves as our “representatives,” to appropriate the struggle and sit down to negotiate with the state to extinguish the fire of the revolt, attempting to steer the resolution of the conflict towards cosmetic, superficial reforms that do not aim to eradicate the root of the problems that afflict our class.
Occupy all educational facilities and turn them into places of resistance, debate, meeting, and self-organization, places to gather food and medicine, and spaces to assist our wounded.
Organize grassroots assemblies in the territories where the struggle is developing, in order to collectively decide the direction of the ongoing revolt.
Demand the freedom of the nearly 1,700 detainees who are being prosecuted for their participation in the revolt.
TOWARDS THE GENERAL STRIKE FOR EVERYTHING!
LET’S MOVE TOWARDS LIFE!
-Some communist/anarchist proletarians participating in the revolt
Un incendie s’est déclaré, dans la nuit de vendredi à samedi, à la Maison de tous du quartier de la Florane, dans l’ouest toulonnais. Du mobilier a été brûlé, et les murs du local central fortement dégradés.
Propriétaire des locaux, Toulon Habitat Méditerranée (THM) a déposé plainte. Une enquête a été ouverte afin de faire la lumière sur cet incident. La thèse de l’incendie volontaire ne fait guère de doute.
Une fermeture provisoire a été décidée le temps de procéder aux travaux de réparation. Quoi qu’il en soit, c’est une nouvelle tuile pour les habitants du quartier, la Maison de tous accueillant tout au long de l’année des ateliers pour les familles et associations.
« Et deux qui font neuf… C’est moi qui vous remercie ! » Depuis quelques jours une image vient me hanter : celle de Kevin Le Fur, jeune et beau juge d’instruction du TGI de Bar-le-Duc, en épicier de la contre-insurrection, bien décidé à nous rendre la monnaie de notre pièce. Car à moins d’un mois d’intervalle cet été, ce sont deux nouvelles mises en examen dans l’ « association de malfaiteurs » qui ont été prononcées : celle d’Etienne Ambroselli, l’un des avocats du mouvement jusqu’ici placé sous le statut de témoin assisté, en août ; celle d’une autre personne gravitant autour de Bure en septembre. Neuf au total, depuis l’ouverture de l’instruction.
Le compte est-il bon ? Une quelconque mystique pythagoricienne poussera-t-elle le besogneux magistrat à viser le nombre dix dans les plus brefs délais ? La gueule du Moloch fume encore en tout cas, prête à dévorer d’autres victimes. On sait par exemple qu’aux alentours de Bure, ces dernières semaines, les flics cherchent à procéder à des arrestations ciblées : ils recherchent au moins une personne précise (assignée meuf), et une autre dont ils possèdent l’empreinte palmaire et pas l’identité. Prudence donc si vous circulez dans la région !
Depuis quelques mois, je ne fais plus de rêves de gendarmes et de prisons ; je ne sursaute plus au moindre bruit dans la cage d’escalier ; j’ai moins peur de répondre au téléphone. Pourtant parfois je me prends encore à imaginer que ça pourrait être mon tour, ou celui de quelqu’un de proche. Clamer que « nous ne serons pas les prochaine.es » ne suffit pas : ça pourrait être virtuellement n’importe qui des centaines de personnes qui, entre l’été 2016 et l’été 2018, ont un jour tombé une grille, cassé un mur, publié sur vmc.camp, soutenu logistiquement ou financièrement l’organisation d’une manif non déclarée, prêté leur voiture, élaboré des moyens de protection informatique, refusé de se disperser devant l’ordre atomique… Car avec des mètres cubes de matériel et des giga-octets de données saisies, tout ça sur fond d’une société de traces et de profilage, qui pourra se vanter n’avoir jamais laissé traîner un pseudonyme sur le compte-rendu d’une réunion, un numéro de téléphone sur un portable compromis, une adresse IP dans les méandres d’internet, ou un brin d’acide désoxyribo-nucléique au hasard d’un nettoyage de printemps – et gare alors à ce que vous avez déplacé !
D’ailleurs, à force qu’on y fourre tout le monde et n’importe qui, elle devient bizarrement bariolée cette association de malfaiteurs : un peu difforme, comme un corps bricolé, un monstre de chair mutante dans les narines duquel aurait soufflé le Juge Frankenstein. Car il en faut, de la science juridique, pour faire une bande organisée à partir d’une juxtaposition d’individus qui pour certains se connaissent à peine, et dont les convictions politiques forment une mosaïque bigarrée, quoique solidaire.
Mais comme dans l’effroyable roman de Mary Shelley, si c’est la créature qui fascine et capte l’attention, c’est peut-être dans le créateur que réside l’essentiel du sens : quel obscure ressort psychologique – et quel goût immodéré de la besogne (bientôt 15 000 pages de dossier à maîtriser sur le bout des doigts !) – peut ainsi mener un homme à vouloir à ce point gâcher la vie d’une poignée d’autres ? Les mauvaises langues diront ainsi que notre bon juge n’est qu’un pantin piloté au niveau préfectoral ou gouvernemental. Et lorsqu’on se rappelle à quel point ministres et secrétaires d’État (l’éphémère Bruno Le Roux et l’inénarrable Lieutenant Lecornu en tête) se sont échinés à marteler en 2017 qu’il fallait en finir avec les ZAD et autres « zones de non-droit », il est en effet difficile de ne pas penser que l’affaire répondait à un agenda politique. Cependant, le manque d’indépendance n’est jamais ni total ni univoque : aucun contrôle social n’a jamais tenu sans le zèle mesquin de quelques fonctionnaires ni la complaisance procédurière des seconds-couteaux ! Il faut bien reconnaître au Professeur Lefur la glaçante constance d’âme qui le pousse à remâcher mois après mois son dossier d’enquête, même après que les Gilets Jaunes ont largement bousculé les priorités de l’État en matière de sécurité intérieur. Et de deux qui font neuf, donc : nous vous remercions d’avoir voyagé avec le TGI de Bar-le-Duc.
Plus le soulèvement dure et s’étend, et plus il devient compliqué d’avoir une vision globale, et on peut bien sûr voir de tout : des habitants de quartiers (les fameux « vecinos« ) s’organiser en gilets jaunes (« los canarios« ) pour protéger les biens des pillages, les leurs ou tout ce qui les environne (supermarchés et institutions compris) ; d’autres qui soutiennent les émeutiers en multipliant les cacerolazos bien après le couvre-feu (comme ces 5000 personnes à Talca, 2000 à Puerto Montt ou une partie des 35 000 manifestants de Concepcion) ; une multiplication des rumeurs en tout genre ou d’images spectaculaires sur les réseaux sociaux censées indigner la population ; des tentatives de la gôche d’offrir un débouché politique au pouvoir en multipliant les revendications (de la démission de Piñera à une assemblée constituante !) ; de plus en plus de blessés par balles militaires, dont les premiers morts, et nombre d’accidents. Ainsi, à propos des 15 morts qui tournent en boucle, il s’agit pour beaucoup de personnes coincées dans les incendies post-pillages : 2 dans celui du Lider de San Bernardo (19/10), 5 dans l’usine de vêtements Kayser à Renca (20/10), 1 dans celui d’un supermarché Lider à Matucana (Santiago, 20/10), 2 dans celui du magasin de BTP Construmart à Pintana (20/10), 1 électrocuté dans un Santa Isabel pillé à Santiago (21/10) ; et les autres tuées par les forces de l’ordre : 1 par une balle dans le thorax à La Serena près du Mall (centre commercial) en voie d’être pillé (20/10), 1 à Talcahuano écrasé par un camion militaire (21/10), 1 d’une balle dans le thorax lors d’une manifestation à Curicó (21/10), 1 à Coquimbo lors du pillage d’un magasin (21/10) . Bien sûr, d’autres personnes ont été tuées ou grièvement blessées par les militaires dans la rue, mais elles ne sont pas comptées, puisque selon la bonne vieille technique policière, « le procureur doit enquêter pour savoir d’où venaient les tirs » !
En début d’après-midi lundi 21 octobre, l’Instituto Nacional de Derechos Humanos (INDH) recensait de son côté 84 blessés par balles depuis le 17 octobre, et l’Etat annonce ce matin 2653 incarcérés pour « pillages » et « destruction ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, alors que la gôche appellait en vain à une grève générale illimitée, à laquelle le syndicat CUT et la coordination No Más AFP (mouvement pour un système public de retraites, initié par des syndicats) se refusent jusqu’à présent au profit d’un seul jour (mercredi), des individus commencent à réagir à la hauteur : à Valparaiso, huit commissariats ont été attaqués dimanche, à Pudahuel cette nuit, en banlieue de Santiago, des pilleurs ont répliqué par des tirs à l’intervention de la PDI (police musclée de type BAC) en blessant l’un d’eux, tandis que le 6° Comisaría de carabiniers de San Pedro de la Paz (province de Concepción) a également essuyé des coups de feu. Enfin, sur les 93 carabiniers blessés lors de la journée de lundi, 6 sont dans un « état grave », dont 2 par balles.
Pour avoir une idée non exhaustive des incendies et pillages qui se sont produits lundi en journée et cette nuit, on peut noter l’incendie d’un hypermarché Líder à San Ramón (Santiago) au croisement des rues Santa Rosa/Los Franciscanos ; le saccage du péage de Chivilingo (Concepción) sur la Ruta 160 ; un second pillage du supermarché Unimarc à Antofagasta ; l’incendie des bureaux de l’Instituto de Seguridad del Trabajo (IST) à Puerto Natales (Magallanes) ainsi que partiellement le commissariat avec des molotovs ; l’incendie de l’immense Homecenter Sodimac (ameublement, construction et bricolage) à Concepción mais aussi l’ancien immeuble de l’Etat civil, la Cour d’Appel (partiellement) et le bâtiment du Ministère de l’Education (dont le mobilier alimente les barricades) ; le pillage de l’hypermarché ACuenta à La Ligua (Valparaiso) ; l’incendie des bureaux d’Essal (traitement des eaux, Suez) à Orsono et des vitres de nombreux commerces ; l’incendie des bureaux de AFP Capital (fonds de pension) à Rancagua ; l’incendie d’un bâtiment de la mairie à Quilpué ; l’incendie du Ministère du Travail à La Serena et le saccage du Mont-de-Piété (Caja de Crédito Prendario, dans les deux cas le mobilier alimente les barricades) ; le pillage de l’hypermarché Lider à Quilicura (Santiago) ; l’incendie d’un bus après avoir fait descendre conducteur et passagers à Cañete (province d’Arauco) ; le pillage pour la seconde fois de l’hypermarché ACuenta à Viña del Mar ; le pillage d’un Ripley à Puerto Montt,… tout ceci effectué par des centaines de révolté.e.s mobiles.
Aujourd’hui, le général Javier Iturriaga chargé de l’état d’urgence parle de 932 arrêtés supplémentaires cette nuit de lundi à mardi 22 octobre, de 49 uniformes blessés et de 20 000 soldats et flics déployés dans la capitale. De même, il est confirmé que trois stations de métro de Valparaiso (Quilpué, Miramar et Bellavista) ne pourront pas rouvrir de si tôt : comme 22 d’entre elles à Santiago, elles ont été incendiées par les émeutiers ! A présent, les grandes manoeuvres de négociation politique commencent aussi, avec d’un côté le gouvernement qui va recevoir les présidents des partis politiques de la majorité et de l’opposition pour voir quelles miettes leurs semblent adéquates afin d’acheter un semblant de paix sociale, et de l’autre une grève générale appelée par les syndicats rassemblés sous le nom Unidad Social pour un seul jour, mercredi, demandant de d’abord retirer les militaires de la rue (et même pas cet autre minimum qui est la libération de tous les incarcérés) avant « d’ouvrir un dialogue social« . On le sait depuis longtemps, la revendication est la mort de toute révolte, c’est dialoguer et quémander à l’ennemi plutôt que de s’auto-organiser de façon autonome pour prendre par l’action directe ce qui nous intéresse et détruire le reste. En somme, ce qui se passe depuis vendredi dans plusieurs villes du Chili et que la politique de droite comme de gauche va essayer à tout prix de stopper…
A l’heure où certains rassemblements solidaires commencent à avoir lieu ici ou là, parfois blindés de politiciens comme à Paris et d’autres plus conflictuels (Berlin, Buenos Aires), il est encore temps d’étendre les feux de la révolte partout où nous vivons, et pas que devant les ambassades…
La nuit du 21 octobre, un SUV avec plaque diplomatique a brûlé, rue Dumont d’Urville, derrière l’ambassade de Grèce à Paris.
Avec cette petite action, nous voulons envoyer un signe de solidarité aux anarchistes de Grèce qui luttent contre l’état et le capital (légal ou illégal) et pour défendre des squats.
Pour celles et ceux qui font vivre et défendent des espaces de liberté.
Pour celles et ceux qui portent des attaques contre l’autorité.
Une pensée aussi pour les anarchistes en prison là bas, en particulier les deux compagnons emprisonnés pour un braquage à Thessalonique ou les membres de la CCF encore en zonz.
Liberté pour tous et toutes !
La solidarité c’est l’attaque.
Plus aucun tramway, ni train Rhônexpress pour desservir l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Le trafic est interrompu depuis mardi soir en raison d’un « acte de malveillance ». Un incendie a été volontairement déclenché sur un coffre électrique d’alimentation qui se trouvait à la gare de Meyzieu. Ce qui a causé une panne électrique générale, rendant ainsi impossible la circulation des tramways T3 et T4.
Selon le Progrès, de la même date, « Un incendie s’est déclaré à 20h15 engendrant d’importants dégâts sur des câbles électriques, à l’arrêt « Meyzieu Gare ». « La piste d’un acte de malveillance est privilégiée », précise TCL dans un communiqué. Selon un employé TCL, une caméra de surveillance a été installée à l’arrêt « Meyzieu Gare » la semaine passée. Une bande de jeunes auraient tenté de l’atteindre avec un cocktail molotov. Cible manquée et celui-ci serait finalement retombé sur le coffre électrique. » […]
Rassemblées dès 8 h 30 devant la cour d’appel de Rennes, près de 200 personnes ont fait le déplacement pour soutenir Vincenzo Vecchi, peintre en bâtiment de 46 ans, lors de son procès en appel qui se déroule ce jeudi 24 octobre. Il comparaît devant la Cour d’appel de Rennes, car la justice italienne demande son extradition.
Vincenzo Vecchi a été interpellé le 8 août dernier à Rochefort-en-Terre (Morbihan), après huit ans de cavale, alors que la police italienne le poursuivait pour des dégradations qu’il aurait commises en Italie.
En effet, la justice du pays l’a condamné, en 2007 puis en 2012, à 16 ans de prison pour « dévastation et saccages » notamment, lors de manifestations anti-G8 à Gênes, en 2001, et à Milan en 2006. Au total, 33 chefs d’inculpation pour lesquels les procureurs des deux villes italiennes demandent l’extradition de l’homme de 46 ans. Mais, « concernant Milan, les arguments présentés par l’Italie étaient faux, inexacts. […] À propos de Gênes, les choses restent incomplètes au regard de la réponse effectuée par l’Italie« , affirme Jules Monplet, membre du collectif.
Pendant l’audience, les avocats de la défense ont pointé du doigt ces manquements et ont démontré que les faits reprochés n’ont pas les même répercussions en droit français qu’en droit italien. Ils ont fait part de leur crainte quant à un risque d’incarcération dans des conditions « dégradantes et inhumaines » en Italie. Pour l’heure Vincenzo Vecchi reste incarcéré à la prison de Vezin-le-Coquet. Sa demande de liberté conditionnelle avait été refusée fin août dernier. La décision sera rendue le 14 novembre. Le collectif de soutien à Vincenzo Vecchi, qui apporte une aide financière et morale, n’exclut pas de poursuivre la procédure judiciaire en Cour de cassation si la décision ne les satisfait pas.
Pour écrire à Vincenzo :
Vincenzo Vecchi
n° d’écrou : 14944
Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin
7, rue du Petit Pré
35747 – Vezin-le-Coquet
« Loin des spécialistes de la solidarité, qui en font une farce burlesque d’humanisme et de victimisation, en mutilant toutes nos caractéristiques combatives, la solidarité anarchiste ne se conforme pas, ni aux normes, ni aux recettes infaillibles. L’essentiel de la solidarité, c’est la poursuite et le durcissement de l’offensive anarchiste, par tous les moyens, d’une affiche sacrilège et agressive à une action avec bombes ou coups de feu, contre toutes les instruments de l’existant. La solidarité transmet le message concret que tout continue et, comme d’autres compas l’ont dit avant nous : la solidarité entre anarchistes n’est pas que des mots… »
Les nouvelles à propos de la révolte dans le territoire dominé par l’État chilien se sont répandues dans ce monde globalisé, non seulement depuis vendredi dernier 18 octobre et le déploiement de l’armée dans les rues et le couvre-feu correspondant, mais également à cause de la constance dans la pratique que les compas anarchistes ont su maintenir au cours des années, en restant fermes face aux longues condamnations et jusqu’à la mort des compas pendant des actions offensive.
Aujourd’hui, la démocratie montre son visage sans masque, ce visage qui doivent supporter chaque jour les prisonnier.e.s et les habitant.e.s des quartiers populaires, le visage de la torture, des viols et de la mort au coin de la rue ; aujourd’hui l’État se déploie et donne les ordres à ses sbires : la police et l’armée ont à accomplir les fonctions pour lesquelles ils ont été programmés, maintenant sans fard, et la révolte répond avec dignité, pierres, engins incendiaires, pillage et les nouvelles inédites d’attaques armées contre des postes de police.
De l’extérieur de ce territoire, nous ressentons les vents de rébellion et ceux-ci nous appellent une fois de plus à l’action solidaire, avec les armes que nous savons forger, avec l’offensive dans toutes les formes qu’on peut imaginer et avec la conviction que la guerre sociale dépasse toute frontière, physique ou mentale.
POUR BRISER LE SIÈGE DES MÉDIAS !
ÉTENDRE L’INTERNATIONALE NOIRE CONTRE TOUTE FORME D’AUTORITÉ.
Revendication des attaques de permanences de la CDU et d’une banque (Berlin/Athènes)
Le 22 octobre, nous avons attaqué à coups de pierres et de marteaux :
les permanences de la CDU dans les quartiers de – Wilmersdorf, rue Zähringer – Prenzlauer Berg, rue Lychener – Schöneberg, rue Kolonnen
ainsi qu’une banque – filiale de la Caisse d’Épargne sur la place Anton Saefkow dans le quartier de Hohenschönhausen
Tout comme à Athènes, les politicien-ne-s, les partis, les flics et leurs perroquets de la presse pointent certains endroits de Berlin, qu’ils stigmatisent en tant que „zones dangereuses“ et „lieux criminels“ afin de légitimer la terreur des hordes armées.
Ils qualifient le parc Görlitzer à Kreuzberg de centre pour des bandes de dealer africains, certaines rues de Neukölln seraient sous le contrôle de clans arabes et la Rigaer et la Liebig Straße à Friedrichshain aux mains d’extrémistes de gauche criminels.
Partout dans le monde l’État policier militarisé peut occuper des quartiers et promulguer un état d’exception pour celles et ceux qui y vivent. Là où les luttes sociales ne sont passez fortes pour une dynamique directement confrontationnelle, les insurgé-e-s esquivent cette supériorité de moyens et attaquent les responsables dans les endroits propices de la métropole. Au Chili, remontent entre-temps les souvenirs de la sanglante dictature militaire de Pinochet, puisque l’armée a été appelée en renfort pour combattre les émeutes.
Nous avons attaqué la CDU, non seulement parce qu’elle oriente la brutalité meurtrière de la police en Allemagne, mais aussi parce qu’au parlement européen, dans l’OTAN et avec Frontex, elle coordonne avec Nea Dimokratia la guerre aux frontières de l’UE contre les personnes qui fuient. Dans leurs pays, ces deux partis ont inscrit sur leur bannière la formation autoritaire de la société, ce qui implique entre autre l’élimination du mouvement anarchiste.
Et il est connu que les banques vivent exclusivement du commerce des armes, de la misère et de la consommation inutile.
Nos attaques sont une réponse au texte d’Athènes (traduction en allemand), dont nous partageons le contenu et l’orientation stratégique.
Nous créons nous-mêmes des zones dangereuses à Berlin, lorsque nous transformons l’illusion de leur ordre en mille morceaux. Il est temps de ramener dans leurs quartiers la violence qu’ils portent dans les nôtres.
Beaucoup de réussite et de force à toutes les personnes en lutte qui parcourent chaque nuit les centres de l’Europe forteresse, les métropoles d’Amérique du Sud et toutes les autres zones de conflit pour accomplir la même chose que nous : la destruction de l’infrastructure ennemie comme condition à notre libération.
Des ami-e-s pour l’extension des zones dangereuses
[Traduit de l’allemand d’indymedia, 24.10.2019]
Berlin, d’un seul coup. La solidarité c’est l’attaque !
Le 15.11. aura lieu le procès d’expulsion de la Liebig34, mais entre-temps nous ne voulons pas attendre pour mettre en acte notre rage contre la destruction d’espaces d’habitation et libérés. Trois semaines sont maintenant passées depuis les journées TuMalWat, nous saluons les nombreuses actions et manifestations de solidarité qui ont eu lieu dans ce cadre, y compris au niveau national. Elles sont absolument indispensables pour faire en sorte que les prochaines tentatives d’expulsion se transforment en désastre pour les responsables. Meute, Liebig, Syndi, Potse resteront ! Nous nous entraînons déjà et c’est pourquoi dans la nuit d’avant-hier (21 au 22 octobre 2019, NdT) nous avons attaqué de manière coordonnée deux objectifs. En particulier cela a touché :
-au 19 de la rue Windscheidstr., dans le quartier de Charlottenburg. Kaesler und Kollegen, les avocats sans pareille de Padovicz.
-au 19-21 Lüderitzstr., dans le quartier de Wedding. Covivo Immobilien Berlin, le quatrième « real estate investment trust » d’Europe.
Nous pensons que les responsables savent très bien eux-mêmes pourquoi c’est tombé sur eux et ce qu’ils ont à faire pour ne plus se trouver dans notre viseur. Nous nous épargnons donc ici d’ interminables explications. Venz à la manif le 02.11 !
Nos meilleures salutations aux Squatting Days à Freibourg !
Groupes autonomes pour une résistance queer-féministe ! Si Liebig34 alors Chaos !
[D’après les médias, l’Audi A6 incendiée n’appartenait pas au chef de la chancellerie de Hambourg, mais à une retraitée qui est sa voisine. Pörksen avait autorisé la vieille dame de 78 ans à garer son véhicule dans l’allée menant à chez lui. Pörksen n’aurait pas de voiture, d’après les journaleux. Par ailleurs, les flammes ont détruit une autre voiture, une Audi A1, qui appartenait à un médecin.]
Le 22 octobre 2019, dans l’allée menant au terrain situé au 49 de la rue Tornquiststr. dans le quartier Eimsbüttel de Hambourg, là où habite le chef de la chancellerie du sénat hambourgeois, Jan Pörksen, nous avons incendié une grosse Audi. Il y avait une distance de sécurité suffisante jusqu’à la maison, personne n’a été mis en danger.
Nos cœurs affamés frappent plus vite car de Glücksbourg à Munich, de Wuppertal à Zwickau, l’arrestation des trois du banc public début juillet a été considérée comme une attaque contre les structures combatives à Hambourg et en Allemagne et une réponse solidaire y a été apportée. Les cœurs ardents font crépiter une pluie de feu sur les véhicules et bâtiments du régime carcéral, de la police et des gardes de sécurité, des multinationales et de « l’économie du logement ». Hambourg a mis un certain temps à se mettre en route, mais en septembre et en octobre c’est reparti avec les attaques contre le poste de police de Volksdorf, SPIE, Steg et d’autres acteurs de la gentrification.
Les trois compagnon.nes du banc public n’ont pas des milliers de followers et de likes sur les réseaux antisociaux mais ils jouissent d’une réputation cool et combative dans les cercles insurrectionnels, ils/elles manquent désormais aux combats à venir. Mais tant que le patriarcat et le capitalisme continueront leur spectacle misérable et meurtrier, des gens lutteront contre.
Les flics ont dicté à la presse de la protection d’État qui était au clavier que le coup répressif ciblait au cœur de la scène anarchiste. Nous attaquons désormais les têtes du gouvernement de la ville de Hambourg. Le conseiller d’État Pörksen coordonne les travaux du sénat et des autorités compétentes à la chancellerie du sénat dans ce domaine clé de la politique gouvernementale. Les gouvernant.e.s laissent leurs larbins forcer les portes des espaces d’habitation communautaires de gauche et menacer les habitant.e.s avec leurs armes sorties, en fourrant le nez dans leurs affaires. Nous importunerons leurs salles de retraite.
« Si lutter pour la liberté est un crime, l’innocence est sans doute le pire de tout, ont affirmé des anarchistes belges face à la répression.
Solidarité avec les trois du banc public.
Libération immédiate des deux compagnons du banc public.
Et Loïc qui est maintenu en détention provisoire.
[Traduit de l’allemand de de.indymedia.org, 24.10.2019]
Ce week-end auront lieu les journées anticarcérales à Berlin. Comme expression pratique et pour exprimer notre lien avec tou-te-s les prisonnier-e-s de ce monde d’exploitation et d’oppression, des marchandises, de l’argent et de la propriété, la nuit dernière nous avons cramé deux DAB.
L’exploitation traverse chaque créneau, chaque geste humain, nos parcours et notre comportement quotidien. Nous sommes pris-e-s là dedans. Nous exprimons notre penchant pour les marchandises ou nous consommons lorsque nous ressentons de l’ennui ou de la tristesse. Autour de nous gronde le vrombissement de la ville capitaliste, dont les gestionnaires et les gardien-ne-s de l’ordre ont pour mission de maintenir le cours bien huilé de la misère. Et quelque part dans ces villes et à leurs frontières, derrière des murs, des miradors et des barrières se trouvent celles et ceux qui dans ce système sont déclarés prisonnier-e-s, autres, pour nous faire croire que nous serions libres ici. C’est par la peur, la menace, la brutalité que les dominant-e-s tentent de nous faire rentrer dans la norme et de nous pacifier et beaucoup souscrivent à ces rapports, transforment la mise aux normes en normalité.
Contre le système de surveillance et de contrôle, de la sanction et de la punition.
Attaquer la société carcérale.
Saluts aux trois du banc public, à Loic et à tou-te-s les insurgé-e-s qui en ce moment non seulement incendient les rues et les symboles du pouvoir, mais continuent aussi à enflammer les coeurs de toutes celles et ceux qui portent une idée de la liberté.
Liberté pour toutes et tous !
[Traduit de l’allemand de de.indymedia.org, 24.10.2019]
Ce jeudi 24 octobre en début de soirée, un nouvel acte de sabotage dans le secteur de Meyzieu est venu mettre la pagaille dans les transports de tout l’est lyonnais et la Métropole.
Ce nouvel incendie de câbles de fibre optique le long des voies intervient seulement deux jours après l’incendie de câbles à l’arrêt ‘Meyzieu Gare’ qui a paralysé les lignes T3 et Rhônexpress, ainsi que la T4 (partiellement).
Le trafic sur le tram T3 et le Rhonexpress (qui assure la liaison entre le centre-ville et l’aéroport) est fortement perturbé depuis ce jeudi soir, à 21 heures. Le tram T4, lui, fonctionne partiellement.
Vendredi matin, le T3 était à l’arrêt et sa remise en service n’a été que progressive à partir de 8h30, uniquement entre Part-Dieu Villette et Vaulx-la Soie. En revanche, le trafic du Rhonexpress est totalement interrompu. Quant au tramway T4, il circule uniquement entre « Archives départementales » et « Hôpital Feyzin Vénissieux et le trafic sur cette ligne n’a été rétabli qu’à 11h ce vendredi. TCL prévoit un retour à la normale sur tout le trafic de la ligne T3 et Rhônexpress dans la fin de l’après-midi de ce vendredi 25 octobre.
[Reformulé de divers articles de la presse locale]
Nous avons été témoins d’un phénomène apparemment imprévisible; à partir d’une revendication quasi-inoffensive, des milliers de jeunes ont donné libre cours à leur ennui, ils ont affronté leur vie quotidienne, en détruisant symboles et standarts, peurs, mensonges et, pourquoi pas, certaines modalités. Il est impossible dans ce petit texte de tenter, peut-être en vain, d’analyser les raisons de cette situation, je ne pense pas nécessaire de cataloguer les faits sous des superficialités et des slogans revendicatifs du moment, pas plus que d’attribuer cette catharsis à une accumulation de situations, parfois tout est plus simple. Aujourd’hui, je souris joyeusement devant la rupture de l’ordre des choses, à la rupture momentanée du statu quo, à l’incendie des symboles du mensonge et de la misère, j’apprécie les potentialités de cette rupture. Pas besoin de se leurrer, il serait naïf de croire que la Révolte porte nos valeurs ou notre politique. Qu’après la fête cathartique le Compteur des misères de l’existence vécue reviendra à zéro ou mènera à un inévitable avenir anarchique, il est nécessaire de jouir de la réalisation de la Révolte, de jouir de la volonté essentielle qui mine tout immobilisme, des flammes d’un devenir momentanément chaotique qui ne pourra survivre que par la combustion constante et ainsi maintenir son indomptable beauté. Aujourd’hui, je souris de ce cadeau que personne ne m’a offert.
Si la foule des honnêtes gens fut nombreuse dans les rues, elle fut surtout tranquille, laissant les plus véhéments se battre seuls dans un classique pierres contre lacrymos et barricades de fortune contre canons à eau. Comme si rien ou si peu ne s’était passé depuis le 17 octobre, en somme, dans un scénario classique de manifestations océaniques ponctuées d’échauffourées sur les côtés ou un peu plus loin. Ici ou là, on a même vu des manifestants s’opposer aux pillages. Bien sûr, une révolte sociale de cette ampleur n’est pas une longue ligne droite qui partirait d’émeutes de quartier pour arriver en se généralisant à une insurrection, cela ne fonctionne pas comme ça. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, il y a des moments plus intenses et des journées pour reprendre des forces, des éclats qui dialoguent directement entre eux au sein de la conflictualité pour former un kaléidoscope ardent, et de ternes reflets d’une normalité (y compris militante) à peine fissurée. Reste qu’il est frappant de constater à quel point le dispositif des syndicats, de la gauche et des citoyens indignés pour occuper la rue participe aussi à sa manière à une neutralisation de l’antagonisme en cours. Transformer les individus en masses plutôt que le contraire fait partie de leur travail de cogestion démocratique de l’existant.
A côté de cela, puisque chacun.e dispose d’une autonomie d’agir, on ne peut cependant pas tout mettre sur le dos large de ces dispositifs d’encadrement, puisque les déborder, les rompre ou s’auto-organiser ailleurs et autrement qu’à l’intérieur ou à partir de ces manifestations centralisatrices (Plaza Italia et Plaza Baquedano à Santiago) reste toujours possible. L’explosion initiale de la révolte n’avait-elle pas justement été le fait de groupes diffus et variés (parfois de quelques centaines de personnes) qui multipliaient destructions et réappropriations en partant de là où ils vivaient pour aller attaquer plus loin, pillant supermarchés et centres-ville ou brûler banques et institutions ? Bien sûr, les quartiers et poblaciones protagonistes de ces milliers actes de la guerre sociale sont particulièrement visés par l’état d’urgence, et il n’est en tout cas pas certain que les grandes concentrations populaires essentiellement dansantes ne contribuent pas à les isoler encore plus. En plus des quelques affrontements, ce sont donc surtout des vitrines qui ont été brisées hier ici ou là jeudi.
A Concepción, pour donner un exemple intéressant d’auto-organisation qui a heureusement fait tâche dans le paysage citoyen, les pavés ont été retirés du sol par des émeutiers pour être répartis au centre et servir de projectiles contre les carabiniers, ouvrant des espaces qui ont permis les pillages de plusieurs commerces (dont le magasin de mode Evita, un Tricot et partiellement un Ripley), sans parler du saccage incendiaire de la Caja de Compensación Los Andes (un institut de crédit), ainsi que la destruction incendiaire du premier étage de la Sala Andes (le théâtre d’art dramatique). Que cela plaise ou non, les groupes émeutiers s’en sont pris au centre ville bourgeois, pillant et détruisant ce qu’ils pouvaient : la municipalité de Concepción reporte par exemple qu’il y a actuellement 32 carrefours sans feux de circulation, puisque plus d’une centaine d’entre eux (sur 350) ont été arrachés pour servir de barricades ou de bélier. Un autre exemple, cette fois à quelques-uns, puisque pendant que beaucoup sloganaient près des palais du pouvoir de Santiago ou faisaient des happenings, dans le quartier périphérique de Maipú d’autres s’échinaient à ouvrir trois distributeurs de billets restés intacts dans le supermarché Líder (pillé et abandonné depuis plusieurs jours) à l’aide de chalumeaux oxy-acétylène. Cela nous rappelle que la veille, dans une autre banlieue de Santiago, à Lo Espejo, c’est une autoroute qui avait été envahie avec l’intention de vider les camions bloqués. Dans la région mapuche d’Arauco, ce sont cette fois des entreprises d’exploitation forestière qui ont été prises pour cible : la nuit de mercredi à jeudi à Tirúa (plusieurs bâtiments incendiés), et jeudi matin sur la route de Cañete à Contulmo (un camion chargé de bois arrêté puis incendié). Dans la région de Valparaíso, ce sont de la même façon les trois cabines du péage Zapata qui sont parties en fumée sur la Ruta 68,…
Côté chiffres, le ministère chilien de l’économie a précisé que pour l’instant ce sont 677 commerces qui ont été pillés et incendiés, et que 30% des supermarchés sont bien hors service suite à ces attaques (soit 344 d’entre eux). De son côté, le directeur du Transporte Público Metropolitano (DTPM, région du Grand Santiago), a ajouté que 24 bus avaient été incendiés, 1300 « vandalisés » en cours de réparation ainsi que 9 dépôts. En vue du retour à la normale tant souhaité par Piñera, plusieurs lignes de métro ont rouvert à Santiago sur certaines lignes, mais selon les comptes définitifs établis jeudi par son directeur lors d’une conférence de presse, 118 stations de métro sur 136 sont endommagées, avec un coût des dégâts estimé à 380 millions de dollars : 25 ont été incendiées (7 entièrement et 18 partiellement) et 93 largement endommagées. A cela il faut ajouter 10 rames totalement ravagées (7 incendiées dans les stations San Pablo, Elisa Correa, San José de la estrella, Protectora Infancia et 3 « vandalisées » dans les stations Neptuno, Lo Ovalle et Rojas Magallanes). Enfin, les lignes 1 (section San Pablo), 4, 4A et 5 ont leurs systèmes électriques et de signalisation entièrement à réparer, ce qui fait que certaines stations resteront fermées au moins jusqu’à mars 2020, et peut-être une année entière pour quelques-unes (notamment la 4). Le président du métro a comme il se doit été appuyé par les représentants de ses fidèles « travailleurs organisés« , à l’image du président du Sindicato de Profesionales y Técnicos de Metro, Eric Campos, qui s’est à son tour épanché à la télé pour nous livrer qu’il « doute fort que ceux qui demandent aujourd’hui un changement structurel si important au Chili incendient le moyen de transport de la classe laborieuse« . Outre le manque absolu de capacité dialectique de ce bonze qui l’empêche de comprendre qu’on peut à la fois se rendre au chagrin pour bouffer et se révolter contre l’exploitation en identifiant des rouages qui la fluidifient, il oublie surtout que tout le monde ne se résout pas comme lui à une vie d’esclave du berceau à la tombe, par choix ou nécessité, préfèrant alors détruire ce qui nous détruit.
Enfin, à propos des autres objectifs sensibles dans un territoire en ébullition, l’ancien sous-secrétaire aux Télécommmunications Pedro Huichaf a fournit quelques indications aux révoltés dans une déclaration à La Tercera (23/10) : « Il existe ce qu’on appelle des infrastructures critiques, qui ont besoin d’énergie constante pour fonctionner. Dans des situations comme celle que vit le Chili actuellement, ce qui pourrait nous préoccuper le plus sont les infrastructures de fibre optique, qui transportent les données des téléphones portables vers les antennes-relais, et de là à internet. Nous devons particulièrement les protéger« . La Chambre du Commerce de Santiago vient d’évaluer à 1.400 millons de dollars ce jeudi les pertes liées aux désordres comme à l’état d’urgence dans son secteur : gageons que si les révolté.e.s commencent à s’en prendre aux infrastructures critiques, ce chiffre pourrait vite s’envoler bien plus haut !
Le métro refonctionne partiellement, aidé par des bus qui parcourent les arrêts fermés ; les compagnies aériennes chiliennes (Latam, Sky et Jetsmart) qui modifiaient tous leurs vols en permanence à cause des désordres et du couvre-feu (de 1000 à 6000 passagers dorment chaque soir à l’aéroport de Santiago sur des lits de camp) ont établi leur nouvelle grille horaire provisoire ; les travailleurs reprennent le chemin du travail en journée après deux jours de grève, avant de se rassembler quelques heures (soit de la fin du boulot au début du couvre-feu) ; des militaires et des citoyens nettoient le soir les dégâts de la journée ; le grand syndicat CUT vient de présenter ses revendications (euh, sa « feuille de route« ) au gouvernement ; des sénateurs de gauche proposent un référendum pour changer la constitution ; des files de clients patientent sagement à l’entrée des supermarchés intacts et gardés (ils ne peuvent rentrer que quelques-uns à la fois)… et en face le bilan militaire de l’état d’urgence s’apesantit chaque jour : 7.641 personnes ont été arrêtées depuis le début de l’état d’urgence et passées devant un juge (plusieurs centaines d’incarcérés), 295 ont été blessées par les balles des forces de l’ordre, et on commence même à compter les yeux crevés par les militaires (43 selon le syndicat chilien de médecins). Bref, on est en train d’assister à une sorte de normalisation… de l’état d’urgence qui doit durer une semaine minimum encore, soit une démocratie autoritaire qui a rajouté des soldats à sa police, qui restreint les libertés de circulation et de rassemblement au besoin (toutes les manifs ne sont par exemple pas interdites), qui tire abondamment contre les méchants et négocie timidement avec les gentils.
Le Chili n’est pas le passé, c’est peut-être notre futur. Un futur dont toutes les conditions sont présentes ici aussi. Sauf que… sauf qu’on ne sait jamais jusqu’où peuvent aller les flammes de la révolte. En tout cas, le secret est bien entedu de commencer par les allumer…
Dans la nuit du jeudi 24 octobre 2019, une voiture de service du groupe Implenia a brûlé dans la Tullastraße à Fribourg-en-Brisgau [ville allemande du land de Bade-Wurtemberg, en Allemagne, près des frontières avec la Suisse et la France; NdAtt.].
Implenia est l’une des plus grandes entreprises de construction en Suisse et est active au niveau international. En Suisse, l’entreprise est bien connue à cause de la construction de la prison pour sans-papiers de Bässlergut. Celle de Bässlergut est une taule avec un régime pénitentiaire et un centre de rétention, directement à la frontière avec l’Allemagne. Dans le cadre de la nouvelle législation, une partie de celle-ci a été transformée en un camp dit fédéral. Il s’agit d’une nouvelle étape dans l’administration autoritaire des migrant.e.s en Suisse, par laquelle le traitement de masse des personnes se fait de manière centralisée. Enregistrement, administration et expulsion, voilà sa la devise.
Implenia construit actuellement l’extension de la prison et contribue ainsi directement au développement du système fédéral des camps. Au cours des deux dernières années, Implenia a donc été de plus en plus la cible d’actions dirigées contre un monde de murs et de frontières. Malheureusement, ces actions sont jusqu’ici restées cantonnée à la Suisse et à certaines villes comme Berlin. Nous voulons élargir cette lutte, attirer l’attention sur elle et motiver plus de groupes à se concentrer sur les profiteur.euse.s des prisons.
En ces jours se déroulent ici à Fribourg les Squatting Days. Des maisons sont occupées et ceux/celles qui tirent profit à laisser des logements vides et et à gentrifier la ville voient qu’ils/elles ne peuvent plus continuer leur travail inhumain sans être dérangé.e.s. Qu’il s’agisse de répression par la revalorisation et l’expulsion ou par la justice et l’emprisonnement, derrière il y a la même logique .
Salutations enflammées également aux Anti-Knast-Tage [journées anti-carcérales – cf., en allemand, ici ; NdAtt.] à Berlin et à Varsovie et à tou.te.s celles/ceux qui se trouvent derrière les murs !
Sans détailler une fois de plus les régions et villes sous couvre-feu (qui commence cependant à être un peu allégé ici ou là comme à Concepción, 23h-4h pour cette nuit), une des nouvelles qui émerge de plus en plus est la mobilisation en territoire mapuche. A Boroa, Freire, Pelales et Boyeco, en zone rurale, se sont par exemple multipliés les blocages de routes avec des barricades enflammées, idem à Collipulli sur l’autoroute. Ce sont bien entendu des zones déjà très conflictuelles, habituées aux affrontements avec l’armée et où les sabotages contre l’industrie forestière ne sont pas rares (sans même parler de la question foncière). A Temuco, bien que la manifestation n’aie pas été autorisée par les militaires qui gèrent l’état d’urgence (contrairement à d’autres endroits), 6000 personnes se sont rassemblées Plaza Anibal Pinto en fin de matinée, et elles étaient 15 000 à défiler le soir venu. La nuit pendant le couvre feu, des émetteurs de la télévision et radio ont été réduits en cendres dans le Cerro Ñielol à Temuco. Au total, 383 manifestants ont été incarcérés dans la région (Cautín, Malleco, Villarrica) depuis dimanche, sur les 2.410 incarcérés recensés à l’échelle nationale depuis le 17 octobre par l’INDH mercredi à 22h (et 535 blessés, dont 210 par armes à feu et 20 « au pronostic vital engagé »). Parmi les jolies petites vidéos qui tournent, il y a par exemple ce groupe de jeunes contrôlés de nuit à Temuco par des carabiniers, qui se rebellent, frappent les bourreaux en uniforme et parviennent à s’enfuir après leur avoir chourré leur arme.
A Santiago, le grand rassemblement s’est déroulé comme de coutume Plaza Italia, mais en débordant sur les boulevards adjacents. Plusieurs affrontements ont eu lieu avec les carabiniers, notamment au croisement de Alameda et Santa Rosa, et le symbole de la journée fut peut-être l’attaque de l’hôtel de luxe Principado de Asturias près du parc Bustamante, qui a perdu ses vitres et dont la réception fut saccagée. Une partie de son mobilier a servi à alimenter le feu des barricades pendant que les karatékas de plusieurs pays qui espéraient participer tranquillou aux championnats du monde jeunes dans la capitale chilienne ont dû évacuer à toute berzingue leur résidence provisoire. On notera également l’attaque qui a ensuite eu lieu un peu plus tard Plaza Baquedano, toujours à Providencia (Santiago) du hall de la tour Telefónica Chile, longtemps la plus haute de la capitale et dessinée par un architecte technophile en forme de téléphone portable. Ailleurs autour des manifestations ou après, on peut noter le pillage d’un gros camion de nourriture à Tarapacá (ensuite incendié), celui de plusieurs commerces à Rancagua, celui du supermarché Mayorista 10 à San Bernardo avenue Portales, celui d’un Ripley à Valparaiso Plaza Victoria ; le nouvel incendie de la station de métro à Maipú (Santiago) sans oublier celui d’un supermarché Alvi précédemment pillé, celui du supermarché Unimarc à Antofagasta Plaza Bicentenario, celui du Mall chino à San Ramón, celui de l’hypermarché en gros Central Mayorista à Conchalí, celui de l’hypermarché Acuenta à Renca précédemment pillé… Enfin, à Coyhaique en Patagonie, une partie de la prison (Centro de Cumplimiento Penitenciario) a été incendiée, mais on ne sait pas si le feu est parti de l’intérieur ou de l’extérieur (aucun prisonnier blessé).
En passant, précisons que s’il est un point commun entre les différents partisans de l’autorité, c’est bien de refuser de penser qu’un mouvement de révolte puisse être largement spontané et autonome : d’un côté les carabiniers parlent de « groupes organisés de traficants de drogue » derrière les… centaines de commerces pillés, de l’autre les complotistes en tout genre hurlent… au complot (les flics ont incendié les métros !, et pourquoi les flics étaient absents là ou là ?, les flics travaillent avec les encapuchados !, etc etc), et pour finir les idéologues les plus obtus fustigent « les dégâts faits par les black blocks » (chez Révolution permanente) ou insultent directement les joyeux casseurs-pilleurs chiliens à coups de révisionnisme stalinien : « des carabiniers ou militaires ont volontairement incendié des commerces, pour ensuite recevoir les propriétaires d’hypermarchés à La Moneda (le palais présidentiel) et justifier ainsi le recours aux forces armées. Non, le pays n’est pas en proie à une émeute violente et pillarde » (Raquel Garrido, France Insoumise dans Marianne du 24/10).
Du côté de la politique chilienne, le président Piñera se montre plus ouvert qu’au début en matière de miettes à lâcher pour étouffer la révolte, en tout cas avant les deux réunions internationales qui doivent se tenir au Chili – le forum de la Coopération Asie-Pacifique (Apec) les 16 et 17 novembre, et la COP 25 du 2 au 13 décembre. Il a continué sa tournée de consultations pour « comprendre la crise » (notamment avec des intellectuels serviles, comme l’ancien ministre socialiste José Antonio Viera-Gallo) ; il vient d’adresser aujourd’hui un signal à la gauche à la chambre des députés lors du vote de la proposition de loi communiste de réduction de la durée hebdomadaire du travail de 45h à 40h (les députés RN de son parti se sont abstenus plutôt que de voter « contre » comme prévu) ; et son gouvernement recevra la puissante Fédération des ouvriers du cuivre (FTC) regroupant des salariés de toutes les divisions de l’entreprise publique Codelco – principale productrice de cuivre au monde -, une FTC qui a décidé de profiter de la situation pour discuter amélioration des conditions de travail sans attendre le retrait des militaires de la rue. Pendant ce temps, le nombre d’incarcérés pour « pillages et destruction » augmente en même temps que les cas de torture et de blessures par balles des forces de l’ordre, et on assiste également aux premières perquisitions de domiciles comme à Rancagua pour récupérer les produits de supermarchés pillés chez les gens (enquêtes de police basées sur les vidéos en ligne). Cette nuit beaucoup de personnes n’ont une fois de plus pas lâché l’affaire malgré le couvre-feu, notamment dans les quartiers périphériques de Santiago où plusieurs barricades enflammées ont illuminé la nuit.
A chacun.e de voir comment ici aussi étendre le feu contre un même monde d’oppression et de domination, et pourquoi pas offrir un peu d’oxygène aux feux de la révolte chilienne.
Le 22 janvier 2019 au matin, 4 perquisitions ont eu lieu chez des camarades des milieux anarchiste et féministe de Grenoble. Elles ont été menées dans le cadre d’une enquête sur les incendies des gendarmeries de Grenoble et Meylan survenus en septembre et octobre 2017.
Un appartement squatté, un appartement loué et une maison squattée à Grenoble aini qu’un local associatif à Fontaine ont fait l’objet de recherches plus ou moins poussées. L’effectif présent était d’une vingtaine de gendarmes, de policiers, du psig (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie), d’officiers de police judiciaire et de sections de recherches dans chaque lieu.
Ce texte a pour but de raconter en détail les perquisitions qu’ont subies les camarades et les questions qui leur ont été posées.
D’abord, il a été assez compliqué d’avoir accès aux commissions rogatoires. Les flics ne laissaient pas le temps de lire la commission en entier et aucune copie n’a été obtenue suite à la perquisition. Les commissions rogatoires concernaient des personnes et non des lieux. Toutes les personnes perquisitionnées l’ont été en tant que témoins* dans l’enquête pour « la manifestation de la vérité » comme ils disent ! Elles ont été interrogées sur place mais personne n’a été fouillée ni embarquée. On pense qu’elles ont été entendues en audition libre. Pour la plupart d’entre elles, les camarades n’ont rien déclaré. Les véhicules des personnes nommées ont aussi été perquisitionnés. Les fouilles des véhicules ont été rapides et n’ont donné lieu à aucune saisie.
Dans chaque lieu, le matériel informatique a été systématiquement saisi (ordis, téléphones et smartphones, disques durs, clés usb et MP3), c’était clairement leur premier objectif, et avec en plus la saisie d’un coupe boulon. Ils ont pris des photos d’affiches, stickers, brochures, livres, cds, en particulier tout ce qui apparaissait comme anti-flics ou organisationnel (planning, agenda mural). La fouille était minutieuse dans certain·e·s lieux et pièces : livres feuilletés, courrier personnel lu, tous les contenants ouverts, canapés retournés, matelas soulevés, tout est passé sous leurs yeux. Selon les lieux, tout a été parquisitionné ou seules les personnes qui était nommées sur les commissions rogatoires ont eu leur chambre perquisitionnée en plus des espaces collectifs. Pour d’autres encore, il a fallu leur rappeler qu’ils ne pouvaient pas perquisitionner les chambres des gens qui n’étaient pas nommés pour qu’ils s’arrêtent. Les personnes qui n’avaient rien à voir avec la perquisition se sont fait contrôler (ou pas) et leurs affaires fouillées (et embarquées si ça se trouvait dans les espaces collectifs) mais elles n’ont pas été obligées de rester jusqu’au bout de la perquisition.
Les questions posées lors des interrogatoires ont été différentes suivant les camarades interrogé·e·s. Nous en avons fait une compilation de mémoire et certainement on en a oubliées.
– Est-ce que le véhicule xxxx est bien le vôtre ? – Est-ce que votre véhicule était bien garé le [date] à [heure] avenue Léon Blum (note : c’est la rue de la gendarmerie de Grenoble et d’une maison anciennement squattée) – Comment vous déplacez-vous en ville ? Vous déplacez-vous à vélo ? Vous êtes sûre que vous ne vous déplacez pas à vélo ? – Est-ce que vous habitiez bien au xx avenue Léon Blum ? – Connaissez-vous [liste de personnes] ? Est-ce qu’elles habitaient au XX avenue Léon Blum ? – Est-ce que ceci est bien votre numéro de téléphone ? – êtes-vous utilisatrice du numéro XXXXXXXX ? Savez-vous à qui il appartient ? Savez-vous pourquoi il a émis à l’antenne relais d’Esmonin à 1 heure du matin le 21 septembre 2017 ? – Etes vous proches des milieux/idées féministes et/ou anarchistes ? – Avez-vous une aversion pour la police ?
Après avoir menacé d’enfoncer les portes des endroits squattés, les perquisitions se sont déroulées plutôt tranquillement. Dans certains lieux, les camarades pouvaient se déplacer, causer entre elles,… Des notes ont pu être prises sur le moment de tout le matériel saisi. Par contre aucun procès verbal de persquisition ni de liste d’objets saisis n’ont pu être obtenues malgré l’insistance.
Durant ces interrogatoires et pendant les persquisitions il était assez clair que les camarades ont fait l’objet d’une surveillance dans le cadre de ces enquêtes, que ce soit des téléphones ou de leurs allées et venues.
Il ne serait pas surprenant que d’autres lieux et personnes puissent être sous surveillance. C’est pour ça qu’il nous semble important de transmettre ce qu’ont vécu les camarades. On se rappelle que des flics ont été spécialement missionnés sur cette enquête, une instruction judiciaire est ouverte. Sans tomber dans la parano, il nous parait important de faire attention, de garder en tête qu’une surveillance est en cours dans les mileux anarchistes et féministes. Pour autant la répression n’arrêtera pas nos luttes !
* Le statut de témoin veut dire que les personnes ne sont pas mises en cause pour le moment dans l’enquête mais qu’elles peuvent apporter des éléments permettant la fameuse manifestation de la vérité. Ce statut ne permet pas d’avoir accès au dossier d’instruction.
Une vingtaine de voitures incendiées, des poubelles brûlées, un fast-food pris pour cible. De violents heurts ont éclaté jeudi soir entre une centaine de jeunes et des forces de l’ordre sur un rond-point de la ville du Port à La Réunion et dans le quartier du Chaudron, à Saint-Denis, rapporte Réunion 1ère. Ces violences interviennent alors qu’Emmanuel Macron est toujours en déplacement dans l’île.
Des jets de pierres et des tirs de lacrymogène ont été échangés sur le rond-point de la Rivière des galets, sur la commune du Port. Des poubelles et une vingtaine de voitures qui se trouvaient sur le parking d’une concession automobile aux abords du rond-point ont été brûlées, et un énorme panache de fumée était visible.
Vers 21 heures, le rond-point était dégagé, mais les forces de l’ordre toujours présentes. Les manifestants se sont dispersés dans les environs. Un incendie s’est également déclaré dans une déchetterie située sur la commune de la Possession. Dans le quartier du Chaudron, à Saint-Denis, des poubelles ont été incendiées en début de soirée. Vers 21 heures, un fast-food a été pris pour cible par des jeunes déployés en nombre dans le quartier. De violents affrontements étaient encore enregistrés peu après 22 heures dans ce quartier.
Jeudi matin, une quarantaine de personnes avaient déjà tenté d’installer un barrage à proximité de la ville du Port avant d’être dispersées, avait précisé dans la journée l’Elysée, indiquant qu’il s’agissait de personnes « assez jeunes ». Certaines avaient le visage dissimulé, selon la même source.
Mercredi à l’arrivée du président à La Réunion, des heurts entre manifestants et forces de l’ordre avaient éclaté aux abords de l’aéroport, et des manifestants avaient brûlé une photo du président. Cinq personnes ont été placées en garde à vue, sur un total de 80 manifestants dispersés car la manifestation n’était pas déclarée, selon l’Elysée.
Selon 20 Minutes du 24 octobre, « Dans ce territoire de plus de 850.000 habitants, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage atteint 24 %, et même 42 % chez les jeunes. Et le coût de la vie pour un budget moyen de ménage réunionnais est majoré de 7,1 % par rapport à la métropole, selon l’Insee, alors que le revenu médian réunionnais est inférieur de 30 % au niveau national (AFD, 2015). »
Lundi 21 octobre 2019 vers 21h, une quinzaine de jeunes s’en est prise à un mât sur lequel était perchée une caméra de surveillance. Le groupe est parvenu à le faire tomber au sol.
Les opérateurs du centre de supervision urbain (CSU) ont assisté en direct à toute la scène et ont envoyé un patrouille de flics sur les lieux. Les uniformes ont été accueilli par des jets de pierres qui malheureusement n’ont fait ni dégât ni blessé du côté des bleus.
Les forces de police ont effectué un tir de LBD40 afin de disperser les assaillants. Aucune interpellation n’a eu lieu. Le mât a été enlevé le lendemain.
Un policier en surveillance dans une voiture banalisée a vu toute la scène et a prévenu ses collègues. La jeune fille a été conduite au commissariat et placée en garde à vue pour dégradation volontaire d’un bien ».
Petit journal contre les frontières, en ligne et dans la rue !
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Ici comme ailleurs les actes de résistance et de révolte face à ce monde de frontières ne manquent pas ! Nous sommes solidaires de ces actes et souhaitons partager quelques-unes de ces histoires de solidarité et d’insoumission, mais aussi raconter comment se concrétisent les frontières au quotidien. Celles-ci divisent, enferment et tuent. Elles hiérarchisent les vies et n’existent que pour maintenir l’autorité des puissant.e.s sur tou.te.s les autres. Barrières naturelles, murs et postes frontières entre les Etats, elles se matérialisent sous plein d’autres formes en-dehors de ces lignes géographiques et politiques : flics qui raflent et contrôlent dans les rues ou dans les transports en commun, juges qui enferment dans des centres, entreprises et associations qui collaborent avec les Etats, etc. Cependant, malgré qu’elles soient perpétuellement renforcées, elles sont constamment attaquées et souvent déjouées !
Nous vivons actuellement au Chili une situation d’État d’Urgence décrété par le gouvernement de droite de Sebastián Piñera suite à l’explosion d’une révolte qui a éclaté le vendredi 18 octobre 2019.
Ce texte naît de la nécessité de communiquer à des compagnon-ne-s de diverses latitudes du monde la situation vécue actuellement sur ce territoire.
Dans une perspective anarchiste nous partageons ici ce que nous considérons comme quelques points principaux pour donner à connaître et contribuer à comprendre le moment actuel.
PRÉLUDE : LA JEUNESSE EN LUTTE ET L’ÉTINCELLE QUI A ALLUMÉ LE BRASIER.
Après une semaine de fraudes massives du métro menées au cours du mois d’octobre principalement par des élèves du secondaire face à la hausse du prix des transports, de multiples épisodes de désobéissance individuelle et collective se sont propagés en divers points de la ville de Santiago et ont débouché sur la destruction d’infrastructures et des affrontements avec les forces de police à l’intérieur et à l’extérieur des stations de métro.
Le vendredi 18 octobre, la propagation de ces fraudes de masse et le niveau de radicalité qu’elles ont atteint étaient insoupçonnés pour beaucoup et sous-estimé par le gouvernement qui, de même que ses fidèles journalistes et de ses chercheurs en sciences sociales, ne parvient toujours pas à s’expliquer pourquoi ces événements ont débouché sur une situation de chaos généralisé qui s’étend jusqu’au jour d’aujourd’hui.
PREMIER ACTE : EXPLOSION D’UNE RÉVOLTE SANS PRÉCÉDENT DANS LE CHILI POST-DICTATURE.
Le vendredi 18 octobre, la situation de révolte s’est radicalisée au moment où les affrontements avec la police et la destruction de l’infrastructure capitaliste ont envahi les rues du centre de Santiago. Débutant aux abords du palais gouvernemental, les actions de violence de rue n’ont pas tardé à se propager jusque tard dans la nuit dans différents endroits de la ville.
Face à une situation de rebellion généralisée et de chaos diffus dans de nombreux secteurs urbains, les forces de police se sont vues incapables de contenir l’explosion de rage qui, à partir de ce jour, s’est répandue dans de larges secteurs d’une société apparemment endormie et lasse de différentes formes d’oppression et de précarisation de la vie trouvant leur origine dans la continuité du système économique néolibéral et de l’État policier installé au Chili durant la récente dictature civile et militaire (1973-1990), de conditions d’existence et de domination renforcées par les gouvernements de centre-gauche et de droite qui se sont succédés au pouvoir après le retour à la démocratie.
Aux émeutes initiées dans le centre de la ville se sont ensuite ajoutées des milliers de personnes manifestant dans les quartiers en tapant sur des casseroles vides en forme de protestation, ainsi qu’en activant des foyers émeutiers de feu et de destruction matérialisés par des dizaines de bus, ainsi que de bâtiments publics et d’entreprises attaqués, pillés et incendiés, un élément crucial étant les dizaines de stations de métro que des hordes d’individus pleins de rage ont vandalisées et mises en feu jusque tard dans la nuit.
Manifestement dépassé, le gouvernement n’a pas tardé à décréter l’État d’urgence dans la ville de Santiago, état d’exception incluant la sortie des militaires dans la rue et le contrôle de l’ordre par les Forces Armées.
Cependant, une révolte sauvage, inorganisée, massive et inédite dans le scénario post-dictature était déjà en cours, détruisant en pratique l’obéissance, la soumission et la peur imposée par des décennies de domination capitaliste au Chili.
DEUXIÈME ACTE : L’EXTENSION DE L‘INSOUMISSION DESTRUCTRICE ET DÉBUT DU COUVRE-FEU
Le samedi 19 octobre, les forces militaires se déploient dans divers points de la ville face à la persistance et à l’intensification des émeutes. Dans le centre de Santiago et dans les quartiers périphériques, les militaires montent la garde dans les rues, surveillent les installations commerciales et les stations de métro. Pourtant, les manifestant-e-s de toute sorte ne se sont pas replié-e-s et ont rejeté en bloc la présence militaire avec le souvenir encore vif de la répression vécue quelques décennies auparavant durant les années de dictature.
Ce même jour, le nombre de bus, de voitures et de stations de métro incendiés par les manifestant-e-s augmente. En parallèle, les pillages de supermarchés et de grands centres commerciaux deviennent incontrôlables et l’image de centaines de personnes récupérant leur vie en arrachant des marchandises des centres de consommation a été l’une des images les plus transcendantes des journées de révolte tout en constituant un facteur important pour que le gouvernement, débordé par la violence pilleuse, mette en place le couvre-feu cette même nuit dans la ville de Santiago.
Sans vergogne, le Président et le chef militaire en charge de la ville communiquent devant les médias la restriction des «libertés civiles», en vigueur à partir de 19h ce jour-là jusqu’à 6h du lendemain matin. Cette nuit-là, les manifestations, émeutes, pillages, incendies et affrontements contre les forces répressives se sont à nouveau poursuivis jusqu’à l’aube dans toute la ville.
Entre le samedi et le dimanche, l’étincelle de la rage s’est encore plus répandue, déclenchant des manifestations massives et des scènes de violence sauvage dans d’autres régions du pays et faisant place à un nouveau moment de chaos généralisé avec de multiples actes de révolte et des émeutes dans différentes villes, assaillant et réduisant en ruines et en cendres une bonne partie de l’infrastructure urbaine en deux jours, avec des barricades, des attaques vandales et incendiaires contre des dépendances municipales, des bâtiments gouvernementaux, des centres commerciaux et des édifices de médias officiels. À ce moment-là, la révolte avait déjà débordé toute revendication spécífique, provoquant la rencontre dans la rue de personnes de diverses orígines et lieux avec elles-mêmes et avec d’autres au milieu des protestations et des émeutes, et ouvrant une grande fracture critique dans le système néolibéral chilien et son modèle d’exploitation capitaliste/extractiviste qui affecte l’ensemble du territoire.
À partir du dimanche 20 octobre, l’État d’Urgence et la mesure du couvre-feu ont été décrétés par le gouvernement contre les villes soulevées, néanmoins les émeutes ont continué à se développer jusqu’au début de la nuit, faisant fi des impositions et démontrant que la rage et la violence déchaînées contre l’ordre établi avaient brisé la peur et la passivité qui avaient prévalu pendant des décennies dans de larges secteurs de la population chilienne.
TROISIÈME ACTE : DIGNITÉ ET LUTTE CONTRE LA STRATÉGIE DE LA RÉPRESSION ÉTATIQUE.
Depuis le début de l’état d’urgence, la répression étatique s’est intensifiée et s’est aussi étendue ouvertement aux différents territoires qui se soulevaient.
Anarchistes, nous n’adoptons clairement pas la position de víctime, il est cependant toujours bon de partager l’information sur les tactiques mises en pratique par la domination et qui font partie de la confrontation avec les insurgé-e-s, les rebelles et en général la population qui se soulève.
Dans le contexte actuel, l’arsenal répressif de l’État chilien a pris la forme de :
Plus de deux mille personnes arrêtées et plus de 15 personnes assassinées, plus un nombre indéterminé de personnes déclarées disparues.
Des tirs avec différents types de projectiles, incluant des grenades lacrymogènes, des balles de caoutchouc et des armes de guerre contre des manifestant-e-s, faisant un nombre croissant et imprécis de blessé-e-s et de mort-e-s sur la voie publique, en plus d’animaux et de personnes vivant dans la rue également blessées et assassinées volontairement par les tirs.
Des coups et des tortures physiques, psychologiques et sexuelles contre des personnes arrêtées sur la voie publique, dans des véhícules de police et des commissariats.
Des enlèvements de personnes dans des véhícules de police et banalisés. Des images ont montré des personnes que l’on enfermait dans le coffre de véhícules de police.
Des tirs dans le dos de personnes à qui est donnée la fausse possibilité d’échapper aux arrestations dans la rue.
De fausses autorisations données par des policíers et des militaires pour piller des supermarchés qui se terminent par des arrestations et des assassinats ensuite communiqués comme des morts produites par les émeutes.
Des incendies de grands locaux commerciaux provoqués par les forces répressives pour que les entreprises puissent toucher les assurances. Dans certains de ces incendies sont apparus des cadavres calcinés.
Des personnes jetées de voitures de police en marche et qui se font ensuite tirer dessus.
La pendaison de corps de personnes assassinées sur des terrains vagues et de personnes vivantes dans des commissariats.
L’utilisation génralisée des réseaux sociaux sur internet tels qu’Instagram, Twitter et Facebook a permis la circulation immédiate et l’innombrable mise en évidence audiovisuelle des situations décrites précédemment, qui sont diffusées par des groupes de diffusion «alternatifs» liés aux luttes, parvenant à briser la stratégie de communication déployée par le gouvernement et soutenue par les médias officiels historiquement au service du pouvoir.
L’offensive de communication du gouvernement représente une autre partie des agissements répressifs en tentant de coloniser les esprits par les méthodes suivantes :
Censure et contrôle de l’information pour cacher et justifier, et/ou remettre hypocritement en question les rapports associées à la répression.
Discours télévisés d’autorités gouvernementales incluant la reconnaissance d’une crise sociale devant être résolue par un «nouveau pacte social».
Ciblage d’un état de guerre contre un ennemi intérieur supposément organisé avec un plan pour semer le chaos et attenter aux petits commerces, des écoles et des hôpitaux. L’accent a particulièrement été mis sur la criminalisation de la figure du pillard et du vandale. Dans un reportage de la chaîne de télévision d’état, il a aussi été mentionné que les émeutes seraient organisées par des noyaux anarchistes nihilistes.
Couverture journalistique par les actualités toute la journée, instillant la peur de la pénurie et des pillages, propageant l’idée selon laquelle les vols s’étendraient aux domiciles particuliers.
Division discursive entre manifestant-e-s avec les bons, légitimes, pacífiques et festif-ve-s, par opposition aux violent-e-s, contre lesquel-le-s n’importe quel type de répression serait justifié.
Présentation d’un plan de mesures sociales et économiques faisant mine de s’intéresser à la résolution de la crise existante.
Présentation des militaires comme forces de paix et de protection.
Heureusement, la stratégie de répression et de communication du gouvernement discrédité n’a pas eu l’effet escompté et la désobéissance s’est maintenue bien que certain-e-s citoyen-ne-s éternellement soumis-e-s et obéissant-e-s aient collaboré avec le pouvoir, participant volontairement au nettoyage des rues et à la surveillance dans les quartiers, en utilisant des gilets jaunes et en donnant à ce bout de tissu un sens complètement différent du signe de révolte qui l’a fait connaître suite aux récentes protestations sauvages en France.
NOTRE POSITION ANARCHISTE : NOTES SUR UN ÉPILOGUE QUI N’EXISTE PAS ENCORE.
Entre le mercredi 23 et le jeudi 24 octobre, le gouvernement et la répression ont essayé de montrer un visage plus doux face à la persistance des manifestations et d’une grande quantité de foyers de révolte, à laquelle vient s’ajouter la divulgation incessante de rapports de faits répressifs et la reconnaissance publique à travers une instruction judiciaire de l’utilisation d’une station de métro comme centre de détention clandestin avec des témoignages de torture.
Ces jours-ci, les signes semblent indiquer que la révolte généralisée a un peu perdu de l’intensité liée à une situation de protestation permanente avec la présence constante d’émeutes et d’affrontements. Nous sommes nombreu-se-s à penser que cela pourrait laisser place à un contexte de pacification progressive avec la persistance de certains foyers de révolte, renforçant la répression de caractère sélectif contre des personnes déjà connues pour leur participation polítique à des mouvements sociaux, des collectifs et des espaces de lutte radicale. De fait, des personnes liées à des mouvements étudiants et environnementalistes ont déjà été arrêtées.
Malgré ce qui peut venir, celles et ceux qui comme nous ont affronté le pouvoir et l’autorité bien avant l’actuelle explosion sociale, savent que toutes les pratiques de répression et de comunication énumérées précédemment font partie de l’arsenal répressif auquel, comme d’autres groupes et individualités, nous nous sommes affronté-e-s au cours de l’histoire depuis qu’existent l’État et l’autorité. Ainsi, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est une réactualisation postmoderne de méthodes et stratégies déjà déployées sous des régimes antérieurs, dictatoriaux et démocratiques, au Chili, en Amérique Latine et dans le reste du monde où la domination a vu ses intérêts affectés et n’a pas hésité à montrer son vrai visage d’oppression planifiée et systématique.
Nous savons que l’opposition et la confrontation contre la domination ont été menées au fil des siècles par d’innombrables générations de rebelles, de réfractaires, de révolutionnaires et de subversif-ve-s en tout genre, de la même manière que nous avons la certitude que nous, les anarchistes, avec les communautés mapuche en résistance et la jeunesse masquée, avons connu au cours des deux dernières décennies, la torture, la prison et la mort, faisant partie de la politique répressive d’Etat face à la résistance et à l’attaque permanente que nous avons développées contre l’ordre social capitaliste et autoritaire.
Aujourd’hui, beaucoup plus de personnes sont témoins de ce que nous disons depuis des années : que les puissants n’ont aucun problème à duper, à torturer et à assassiner afin de protéger le monde qu’ils ont construit pour leur profit et que la seule manière de sortir de la domination contre nos vies commence avec la rebellion destructrice contre tout ce qu’imposent celles et ceux qui tentent de faire de notre existence un régime permanent d’esclavage et de vol de notre liberté.
Nous avons pleinement conscience que toutes les facettes de la répression étatique, y compris celles qui prétendent présenter un visage «aimable», font partie du manuel contre-insurrectionnel inauguré en Algérie, renforcé dans les dictatures latino-américaines et poursuivi par les troupes d’occupation en Irak, à Haití et ailleurs dans le monde. Nous savons très clairement que la répression massive et sélective, les tortures, l’extermination, les montages et les tactiques de communication de guerre psychologique ne sont pas une nouveauté et nous les vivons et les affrontons aujourd’hui dans un scénario qui ne nous a jamais paru impossible : développer notre activité quotidienne et notre lutte dans un état d’exception avec des militaires dans la rue.
Nous savons aussi que l’existence, la prolifération et la persistance des idées et pratiques anarchistes de confrontation sur le territoire chilien tout au long des dernières décennies constitue un élément réel, vital et dynamique qui a contribué d’une certaine manière à l’identification et à l’attaque de symboles et d’objectifs liés au pouvoir au mileu des émeutes actuelles, tout comme cela a contribué à la diffusion d’une subjectivité de combat radical contre le monde du capital et de l’autorité. Cependant, pour être honnêtes, posons clairement le fait que le mécontentement qui a éclaté avec une violence inédite dans le Chili démocratique correspond à une révolte généralisée sans leaders ni dirigeant-e-s, dans laquelle les individualités anarchistes ne sont qu’un acteur de plus présent dans les rues.
Nous n’avons jamais cru aux bonne intentions du mensonge démocratique, cela ne nous surprend donc pas que les forces répressives dirigent leurs balles contre des enfants, des personnes âgées et des animaux. Aujourd’hui, nous apprenons aussi à vivre avec le couvre-feu qui limite la mobilité, les déplacements et la possibilité de se donner l’accolade et de partager entre ami-e-s, compagnon-ne-s et cercles affectifs.
Beaucoup d’émotions et de sensations s’entrecroisent chaque jour et d’une minute à l’autre : la rage, l’impuissance, la nervosité et une dose d’anxiété envahissent les esprits et les coeurs de nombreuses personnes en ces moments, se mélangeant avec le courage et la chaleur que donne la lutte et le fait indéniable d’être en train de briser des chaînes subjectives et matérielles, coude à coude avec d’autres qui auparavant n’étaient pas à nos côtés, du même côté de la barricade. Cependant, nous n’avons pas confiance et ne nous faisons pas d’illusions, car nous savons que ce n’est peut-être qu’un déchargement de rage massive contenue pour ensuite revenir à une nouvelle normalité capturée par des opportunistes de toute couleur politique, comme certain-e-s ont essayé de le faire au cours de ces journées de chaos. À ce moment, et dans n’importe quel autre, nous continuerons à être actif-ve-s en tant qu’individualités anarchistes contre toute forme d’autorité.
Ils nous veulent paranoïaques, angoissé-e-s et isolé-e-s, mais nous restons actif-ve-s dans le combat, mettant aussi en pratique des instruments d’auto-prise en charge, de soutien psychologique et émotionnel, au plan personnel et collectif, pour rester en vie et sur le pied de guerre.
À la fin de l’écriture de ce texte, des hélicoptères militaires survolent nos têtes, les barricades brûlent dans les quartiers et le son des protestations et des affrontements reste vif et nous remplit de force pour continuer à faire l’histoire dans la longue expérience de confrontation pour la libération totale.
Nous remercions tous les gestes de solidarité internationaliste exprimés par des compagnon-ne-s dans le monde entier et nous invitons à ce que ces mots puissent être diffusés et traduits dans les langues et langages les plus divers.
RIEN N’EST FINI, TOUT CONTINUE AUJOURD’HUI PLUS QUE JAMAIS, CONTINUONS À COMBATTRE L’ÉTAT, LE CAPITAL ET TOUTE AUTORITÉ.
Sin Banderas Ni Fronteras
[Traduction de l’espagnol d’Anarquia.info reçue par mail, 26.10.2019]