Vive l'Anarchie - Semaine 42, 2023

Sommaire

Santiago (Chili) : Des images de la semaine d’agitation pour Mónica Caballero et Francisco Solar

Publié le 2023-10-16 19:55:10

Informativo Anarquista / dimanche 15 octobre 2023

La semaine du 4 à l’8 octobre, des compas anarchistes étaient présent.es avec un rassemblement bruyant [barrotazo, littéralement cela indique le fait de frapper sur les barreaux ; NdAtt.] devant la prison de San Miguel, une discussion dans le centre de Santiago et un rassemblement devant la sortie de la station de métro Santa Lucia [dans le centre de Santiago ; NdAtt.], pour Mónica et Francisco, qui arrivent au terme de leur procès, car accusé.es de plusieurs attentats à l’explosif.

Sur les banderoles et les tracts, on pouvait lire : « Le seul dialogue avec le pouvoir est l’attaque ! Liberté pour Francisco et Mónica ! », « «Liberté pour Mónica Caballero et Itamar Díaz [une autre détenue de la prison pour femmes San Miguel, connue pour sa combativité face aux matons ; NdAtt.] », « Liberté pour Mónica. Vengeance, horreur, misère et malédiction pour ses ravisseurs. Sorcellerie bâtarde. Chiennes noires ».

Voici quelques photos :

le rassemblent devant la prison

le rassemblent en ville

(photos de Alegría et Memoria et Oficio)

 

l’affiche de la semaine d’agitation

Military Recruiters' Office Attacked in Memory of Jennifer Laude – Chicago, IL

Publié le 2023-10-16 20:20:04

October 14, 2023

We smashed out windows and knocked over furniture at a military recruiters' office in a suburb of Chicago last night.

In solidarity with Filipino/a/x anarchists' calls to commemorate Ganda, we swarmed on a miserable little strip mall where black and brown youth are targeted for induction into the imperial machine. Our intention was to slow down this violent routine, even if just for a couple of hours.

We swung our hammers invoking Jennifer Laude's life, remembering the deeds of Michele Angiolillo and Leon Czolgosz, and channeling our rage against the transmisogyny and white impunity of neo-colonial occupation (A).​​​​​​​

Submitted Anonymously to Bash Back News

La question palestinienne est la question de la faillite de l’étatisme !

Publié le 2023-10-18 06:20:04

The Federation of Anarchism Era / mardi 10 octobre 2023

« Resistance », en arabe et en hébreu

Ces derniers jours, nous avons été témoins d’une reprise du conflit dans la région palestinienne et d’une attaque du groupe islamiste Hamas sur les territoires sous contrôle du gouvernement d’Israël, quelque chose d’inédit dans les dernières années, voire dans les dernières décennies. Cet événement montre surtout que la question palestinienne, que tout le monde aimait considérer comme une question « close », est toujours ouverte, sans solution apparente en vue, du moins tant que les gouvernement existeront !

L’ancienne terre de Palestine appartient, avant tout, aux gens de cette terre. Ces personnes, qui avaient autrefois une vie pacifique et heureuse, sont massacrées depuis des décennies dans le hachoir à viande des idéologies nationalistes et islamistes et dans la tentation de former des gouvernements juif, arabe, islamique… Les vies des Juifs, des Arabes et des autres personnes qui habitent en cette région sont jouées comme des pions par les gouvernements et les politiciens corrompus, à l’intérieur et à l’extérieur de cette région géographique, et l’opportunité d’une vie saine et sûre leur est enlevée.

Des États-Unis à l’Iran, avec leurs ingérences, du gouvernement israélien, qui réprime et qui usurpe la terre des Arabes palestiniens, aux groupes islamistes comme le Hamas et le Jihad islamique, qui ont utilisé des innocents comme boucliers humains pour leur idéologie réactionnaire et inhumaine, ils sont tous complices et responsables de cette situation, même s’ils semblent adversaires et ennemis les uns des autres.

La Palestine est un exemple parfait de ce que les anarchistes ont crié à travers l’histoire : tant que les gouvernements existeront, il n’y aura pas de paix, ni de sécurité.

 

Le département communication de la Federation of Anarchism Era
[anarchistes de la région iranienne et afghane ; NdAtt.]

[Nancy] Projection-discussion anti-carcérale

Publié le 2023-10-18 06:25:04

Vendredi 3 novembre, à 20h, au Geyser (11 grande rue à Nancy), projection du film Enfermés vivants, docu-fiction sur la prison, puis discussion autour du plan de construction de nouvelles prisons en cours.

Présence d’un infokiosque.


Enfermés vivants, docu-fiction de 90 min, par Félix Gonzales-Debat

https://vimeo.com/124925819

Deux anciens prisonniers et un acteur sont invités dans un décor de cellule. Tous les trois vont jouer dans une fiction racontant l’histoire de deux taulards dont le quotidien est chamboulé par la venue de Jean, « l’arrivant ».

Ben (GUERRIER) et Franc ont vécu une incarcération différente mais tout aussi difficile. En plus d’interpréter leurs propres rôles dans la fiction, ils se livreront sur leur expérience d’enfermement tantôt avec spontanéité, tantôt avec recul, en allant d’anecdotes en réflexions théoriques. Jean se nourrira de cette rencontre pour renforcer son personnage fictionnel, mais également pour se forger sa propre opinion sur la prison…


La projection sera suivie d’une présentation puis d’une discussion autour du plan de construction de nouvelles prisons (Plan Prison).

Sous pretexte de lutter contre la surpopulation carcérale, l’Etat a lancé en 2016 un "Plan prison" censé aboutir à la construction de 18 000 nouvelles cellules d’ici 2027 [1].

Ce plan ne sert en vérité qu’à enfermer toujours plus, comme tous les plans similaires qui se succèdent depuis des décennies. Maisons d’arrêt, centres de détention, centres pénitentiaires, quartiers de semi-liberté... L’arsenal pénitentiaire ne cesse de se diversifier pour séparer "les bon.ne.s et les mauvais.e.s détenu.e.s", entre taules ultra-sécurisées et taules promettant de soi-disant meilleures conditons de détention en vue de la "ré-insertion"...

Ainsi les "Structures d’Accompagnement vers la Sortie" (SAS), et les prisons dites "InSERRE" (basées sur l’exploitation par le travail), comme celle prévue à Toul en plus des quatres taules déjà présentes dans la région Toul-Nancy. Qu’elle prétende ou non "ré-insérer", la prison sera toujours l’un des outils de l’oppression des classes dominantes sur les classes dominées.



Notes

[1Le projet de loi "orientation et programmation de la justice 2023-2027", définitivement voté le 11 octobre dernier, porte le nombre de places (15 000 annoncées au départ) à 18 000. Il prévoit aussi la généralisation du port de caméras individuelles pour les matons et l’embauche contractuel de "surveillants adjoints"

Munich (Allemagne) : coup de chaud pour la géothermie (et pas que)

Publié le 2023-10-20 05:40:02

Mercredi 18 octobre, le peu loquace procureur général de Munich s’est fendu d’un communiqué destiné à rassurer le brave électeur bavarois. Cette fois, il ne s’agissait en effet pas pour lui de lécher comme de coutume la main des autorités, mais de rendre public quelques éléments à propos d’une affaire qui lui donne pas mal de fil à retordre depuis le début du mois. C’est ainsi qu’il a annoncé la création d’un groupe spécialisé dénommé « Geo », composé de divers enquêteurs de la police judiciaire, dont l’objectif est notamment d’étudier les sabotages qui ont été commis à travers toute la Bavière. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si la presse locale s’alarmait dès la semaine dernière sur le fait que « les actes à motivation politique ont considérablement augmenté » dans la région ces derniers temps, notamment contre les infrastructures de communication, de transport et d’énergie.

Concrètement, le nom de cette task force policière annoncée en grande pompe par le procureur fait référence au triple sabotage incendiaire survenu à Polling la nuit du dimanche au lundi 2 octobre dernier, vers 3h30 du matin, dans ce village situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Munich. Là, sous les étoiles et en quelques minutes à peine, ce sont dix engins de chantier et le transformateur électrique présents sur le site d’une centrale géothermique en construction, mais aussi un véhicule d’extraction de bois garé dans la forêt adjacente, ainsi qu’un puits de câbles situé le long de la ligne ferroviaire Mühldorf-Garching qui sont volontairement partis en fumée.

Au vu notamment des dégâts causés (estimés à 2,5 millions d’euros) contre la future centrale à géothermie dans la zone industrielle –dont le chantier des forages d’eau chaude à 2600 mètres de profondeur a débuté en avril–, et contre la Deutsche Bahn dont le trafic ferroviaire a été interrompu entre Salzbourg (Autriche) et Munich (Allemagne), c’est l’Office central bavarois de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme (ZET) qui a été rapidement saisi.

Alors que la nuit même un hélicoptère de flics avait survolé en vain la zone en quête d’éventuels suspects, que des experts de l’anti-terrorisme s’étaient rendus sur les différents lieux les jours suivants pour les analyser et ratisser les environs, c’est désormais le groupe d’enquête « Geo » qui va donc échanger les informations recueillies sur place avec l’ensemble des services policiers du Land de Bavière afin d’élargir ses recherches aux attaques « similaires »…

[Synthèse des médias régionaux allemands (Oberbayerische Volksblatt & BR24), 2-18 octobre 2023]

Saint-Cyr-l’Ecole (Yvelines) : pendant que la maire va au théâtre

Publié le 2023-10-20 05:45:03

Saint-Cyr-l’Ecole : la voiture de la maire incendiée
France3/Le Parisien, 13 octobre 2023

Jeudi 12 octobre vers 22h, la voiture de Sonia Brau, maire (UDI) de Saint-Cyr-l’Ecole a été totalement ravagée par les flammes. Le véhicule – une twingo – stationnait devant le théâtre Gérard-Philipe où l’élue assistait à un spectacle. Les flammes ont endommagé deux autres voitures à proximité, et deux personnes encagoulées auraient été vues sur des caméras de surveillance avant l’incendie. Une enquête a été ouverte.

« Je me sens… à pied », lâche-t-elle ce vendredi lorsqu’on l’interroge sur son ressenti du matin. « Ce n’est qu’une voiture, donc je relativise, commente-t-elle au téléphone. Ce qui fait mal, c’est de se dire que c’est à nouveau la République qui est visée… »

Escárcega (Mexique) : La prise de soin et la douce odeur de la dynamite !

Publié le 2023-10-20 05:50:03

La prise de soin et la douce odeur de la dynamite !
Communiqué année 1. Numéro 1
(traduit de l’espagnol de Act for freedom, 25 septembre 2023)

Femmes, esclaves de l’esclave : encouragez vos compagnons à secouer le joug qui nous opprime tous de la même manière. Rejetez les mensonges et les supercheries des bourreaux en soutanes : jetez leur à la gueule leurs “reliques” et leurs singeries ridicules et rejoignez les libertaires qui, unies aux rebelles, pratiquent la propagande, avec la plume, la parole, tout comme avec le fusil ou la dynamite, détruisant les repaires des loups du pouvoir, de l’argent et de la religion. En avant, femmes libertaires !
Francisca J. Mendoza ¡Tierra!. N° 481, 28 décembre 1912

Le 9 septembre 2023 vers 22h nous avons placé un engin explosif composé de dynamite et de gaz butane dans un camion de transport de charges garé dans la calle 31 à Escárcega (État du Campeche), dans le but de saboter la guerre contre la forêt qu’est en train de mener le gouvernement du Mexique avec la construction de la ligne ferroviaire nommée “train maya” (Tren Maya).

I. Ce n’est pas qu’un train, et il n’est pas Maya !

Il s’agit d’un projet de destruction par le réaménagement du territoire, visant à instaurer un modèle de “pôles de développement” qui auront pour effet l’expansion des rapports essentiellement capitalistes dans la péninsule du Yucatán, ce qui provoquera la prolétarisation, les déplacements forcés, la pollution généralisée, la dépossession et la destruction de nos formes de vie. NOUS N’ACCEPTONS PAS CELA.

Ce projet a été imposé en mettant en marche l’énorme machine militariste étatique en collusion avec les mafias agraires en place dans la péninsule du Yucatán depuis les temps coloniaux ; et au cours des “consultations” truquées qui ont été réalisées, on ne nous a jamais demandé notre avis, à nous les femmes de la région. C’EST POURQUOI NOUS AVONS EU RECOURS A LA PROPAGANDE PAR LE FAIT POUR EXPRIMER CLAIREMENT NOTRE REFUS DE CE PROJET.

Nous ne voulons pas voir la forêt détruite ! Nous ne voulons pas abandonner nos formes communautaires de vie ! Nous ne voulons pas que nos filles deviennent leurs cuisinières, leurs servantes ou objets de leurs viols ! Et c’est ce que nous offre la violence de leur “développement” avec cette ligne ferroviaire.

Nos filles seront libres ! Libres comme la forêt ! Nous n’aimons pas la violence, mais ce sont le gouvernement et les bourgeois exploiteurs qui sont en train de détruire violemment nos formes de vie, nos corps, nos territoires ! Et nous allons nous défendre ; Sur cette scène d’arènes et de dévastation qu’ils veulent nous imposer, les éthiques du soin devront acquérir la douce odeur de la dynamite entre nos mains!

II. Costume de femme, peau patriarcale

Aujourd’hui les commentateurs du pouvoir se vantent —comme s’il s’agissait d’une “avancée”—, du fait que des femmes seront les candidates à la présidentielle lors des prochaines élections sur le territoire occupé par l’état mexicain. Comme s’il suffisait de changer le corps pour changer la politique. Mais nous voulons dire à ces dames que leur féminisme bourgeois, blanc, raciste, d’élites, est une saloperie que nous n’allons pas digérer. Parce qu’il est clair pour nous que l’État est la forme juridique qui organise la violence du patriarcat, du capital et du colonialisme pour nous soumettre. C’est pourquoi il faut l’attaquer, parce qu’il est la source de la violence patriarcale ! DE L’ETAT NE VIENDRA RIEN D’AUTRE QUE LA VIOLENCE PATRIARCALE ET LE RACISME, Y COMPRIS AVEC UN MASQUE ET UN CORPS DE FEMME !

Nous ne sommes pas des femmes de la forêt, nous sommes la forêt qui se défend !

De quelque part dans la forêt de la péninsule du Yucatán,

Coordination de femmes anarchistes pour la défense de notre corps-territoire

Liberté pour les prisonniers anarchistes !
Liberté pour Mónica Caballero, Francisco Solar et Alfredo Cóspito!

PS. Nous saluons les compas du commando féministe informel d’action anti-autoritaire qui ont agi autre part sur le territoire occupé par le Mexique, car elles nous ont inspiré pour emprunter ce chemin.

Gacé (Orne) : l’exploiteur de galériens perd ses moyens

Publié le 2023-10-20 05:55:03

Deux véhicules d’ACI Développement détruits par un incendie
Ouest France, 18 octobre 2023 (extrait)

Il était aux environs de 22 h, mardi 17 octobre 2023, quand les secours ont été alertés. Deux camions bennes, dont un qui n’avait que 14 000 km au compteur, appartenant à l’association d’insertion ACI Développement, ​étaient la proie des flammes, rue de la Touques à Gacé, dans l’Orne.

« C’est un énorme préjudice pour notre association. Ces véhicules sont des outils indispensables pour les chantiers d’espaces verts en cours. ACI développement emploie 25 permanents et environ 300 personnes sont en insertion sur nos sites d’Argentan, Vimoutiers, Gacé, L’Aigle et Saint-Langis-lès-Mortagne »​, confie Caroline Perichon, directrice de l’association, prévenue à 23 h.

Pozzuoli (Italie) : un micro découvert chez des compagnon.nes

Publié le 2023-10-20 06:00:03

Traduit de l’italien de lanemesi, 25 septembre 2023

Nous recevons et diffusons les images concernant la découverte d’un micro à l’intérieur d’une habitation de compagnons et compagnonnes à Pozzuoli, dans la province de Naples.

Sur ce site internet nous avons publié entre 2022 et cette année les photographies et textes relatifs à d’autres découvertes récentes d’appareils placés dans des bâtiments et des véhicules (à Rome , Foligno , Terni , Sassari ). Ci-dessous les photographies de la découverte à Pozzuoli :


Avis aux amateurs : 95 nouveaux chantiers de gendarmerie

Publié le 2023-10-20 06:05:03

Le 24 janvier 2023 a été promulguée la Loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI), fixant les objectifs et programmant les moyens humains, juridiques, budgétaires et matériels de ce ministère pour 2023-2027. Avec un budget en hausse de 15 milliards d’euros sur cinq ans (+ 22 %), il était clair que cela allait se traduire par un accroissement de l’oppression du bleu sur nos vies, avec par exemple le triplement les crédits dédiés au cofinancement des projets de vidéosurveillance dans les communes, ou avec les 8 500 créations d’effectifs de forces de l’ordre sur cette période (dont sept escadrons de gendarmerie mobile et quatre compagnies de CRS d’ici les JO de l’an prochain).

La carte des nouvelles brigades de gendarmerie, rendue publique le 2 octobre 2023 (en plus des 3.049 déjà existantes).

Concernant le rab de 2100 gendarmes programmés, c’est le président de la République en personne qui a tenu à dévoiler il y a quinze jours la carte du futur emplacement des nouvelles brigades lors d’un déplacement en province. Ainsi, ce sont pas moins de 238 brigades supplémentaires de gendarmerie qui vont être créées sur tout le territoire, et plus précisément 95 brigades fixes (de dix gendarmes, en caserne) et 144 brigades mobiles (de six gendarmes, qui se déplaceront de village en village en camping-car technologisé dans « une logique de pas-de-porte »), ce qui représente de une à quatre brigades supplémentaires par département. La palme de quatre revenant à ceux du Pas-de-Calais, Nord, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Saône-et-Loire, Isère, Haute-Garonne, Guyane et La Réunion, puisque ce sont officiellement des critères « économiques, démographiques et opérationnels » comme « la délinquance, les cambriolages ou les violences » qui ont été pris en compte pour sélectionner les communes retenues, après candidature des maires les plus zélés.

Pour qui serait intéressé.e à donner son avis en la matière, ce sont donc 95 chantiers de casernes de gendarmerie qui vont s’ouvrir un peu partout, sans compter parfois aussi ceux destinés à loger les pandores affectés aux brigades mobiles (ceux en tournée dans leur « gendtruck » ou dans les locaux ruraux de France Services, munis de leur poste de travail mobile nommé « Ubiquity », eh oui). Mais si la plupart des permis de construire restent encore à déposer, cela ne les empêche toutefois pas de s’installer temporairement dans d’autres espaces fournis par les mairies ou le département, qui vont être aménagés ou réhabilités pour l’occasion, en attendant la construction des casernes.

Voici donc un petit tour d’horizon non exhaustif pour amateurs de travaux de démolition urgente. A chacun.e de compléter la liste…

A Merville-Franceville (Calvados), il s’agit des locaux du club Soleil d’automne (un espace d’accueil et de loisirs pour les personnes retraitées que le maire a prié de déménager).
A Vigoulet-Auzil (Haute-Garonne), c’est l’ancien site des laboratoires Pierre-Fabre qui a été choisi, où le Groupe les Chalets construira la gendarmerie ainsi qu’une résidence pour seniors, qui seront ensuite loués à l’État.
A Trégunc (Finistère), les gendarmes vont s’installer provisoirement dans les locaux de l’ancien cabinet médical du centre-bourg.
A Aydat (Puy-de-Dôme), la brigade mobile sera hébergée dans un gîte du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne, situé sur le site du château de Montlosier.
A Aydoilles (Vosges), c’est une partie des bâtiments des services techniques de la ville (plusieurs bureaux et deux garages) qui seront réservés aux gendarmes en attendant que la caserne soit construite sur un terrain hébergeant une ancienne scierie.
A Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), c’est le bailleur social Groupe Action Logement, via sa filiale Unicil, qui va construire la nouvelle gendarmerie dont la livraison est prévue en 2026.
A Scorbé-Clairvaux (Vienne), c’est le bâtiment de l’ancienne crèche qui accueillera la future brigade mobile, place Étienne-Cherade-de-Montbron.
A Mazères (Ariège), la future gendarmerie sera située  route de Gaudiès, et ses locaux temporaires dans la zone des Pignès.
A Pont-Saint-Martin (Loire-Atlantique), la nouvelle brigade sera construite sur un terrain de 4 300 m² situé sur le parc d’activités de Viais.
A Gouffern-en-Auge (Orne), la brigade mobile prendra possession de l’ancienne école de Fel.
A Novalaise (Savoie), la grosse caserne sera construite dans le quartier de la Serraz, dans le cadre d’un projet mutualisé avec le peloton motorisé de Nances.
A Châteauneuf-de-Galaure (Drôme), un terrain de 7 000 m² a été réservé dans la zone artisanale pour y construire la gendarmerie.
A Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône), les logements provisoires des gendarmes seront situés dans le bâtiment de l’ancienne trésorerie.
A Thurins (Rhône), la nouvelle gendarmerie sera installée dans les locaux de la MJC en cours de rénovation, avant la construction d’une caserne.
A Palaja (Aude), la caserne va voir le jour sur un terrain réservé au-dessus du stade d’honneur de la commune.
A Lavans-lès-Saint-Claude (Jura), la future caserne sera construite à côté de celle des sapeurs-pompiers, face au collège.
A Availles-Limouzine (Vienne), afin de mettre toutes les chances de son côté, la commune avait acheté un immeuble de 130 mètres carrés qui devait accueillir les militaires sur deux étages afin de favoriser sa candidature. « On avait commencé les travaux de restauration, on était en train de leur installer le chauffage » insiste la maire, mais sa candidature n’a pas été retenue par l’État. Il s’agit désormais d’un plan squat…

[Synthèse de la presse régionale, 2-17 octobre 2023]

Chicago (USA) : Un bureau de recrutement des forces armées attaqué en souvenir de Jennifer Laude

Publié le 2023-10-20 06:10:02

Bash Back / samedi 14 octobre 2023

La nuit dernière, nous avons brisé des vitres et renversé du mobilier dans un bureau de recrutement des forces armées, dans la banlieue de Chicago.

En solidarité avec l’appel des anarchistes philippin.es à commémorer Ganda, nous avons déferlé sur un misérable petit centre commercial où des jeunes noir.es et latino.as sont ciblé.es pour être recruté.es dans la machine impériale. Notre intention était de ralentir cette routine violente, même si ce n’est que pour quelques heures.

Nous avons brandi nos marteaux en évoquent la vie de Jennifer Laude, en rappelant les actes de Michele Angiolillo et de Leon Czolgosz et en canalisant notre rage contre la trans-misoginie et l’impunité blanche de l’occupation néocoloniale.
(A)

Italie : Des nouvelles de Nasci, compagnon prisonnier dans la taule de Trente

Publié le 2023-10-20 06:15:05

Il Rovescio / dimanche 15 octobre 2023

Quelques information en plus sur notre ami Nasci et sur les affaires qui ont porté à son emprisonnement à Spini di Gardolo.

Nasci a été arrêté par la DIGOS dans la matinée de mardi 10 octobre, pour des condamnations qui, toutes ensemble, donnent un an et deux mois à purger, à cause de trois affaires différentes : l’occupation, en février 2017, de la mairie de Mori (une ville d’environs 10 000 habitants, près de Rovereto), pendant une mobilisation, vivante et avec une bonne participation, contre un projet – malheureusement réalisé par la suite – de dévastation de l’environnement ; pour un tag sur un mur, à Florence, dans le mois d’août de la même année, pendant une initiative en solidarité avec les compas arrêté.es lors de l’opération Panico ; pour les faits du 9 février 2018, à Trente, quand des compagnons et des compagnonnes ont contesté avec des modalités créatives (parmi les quelles des gros dégâts au magasin d’habillement d’un fasciste connu pour avoir blessé quelqu’un au couteau) l’habituelle kermesse de Casapound à l’occasion de la Giornata delle foibe*.

Ce qui a été déterminant pour envoyer en taule notre compagnon c’est le refus de toute peine alternative à la prison (chose que normalement il aurait dû obtenir, étant donné que le total à purger rentre dans ce qui y est autorisé), de la part du Tribunal d’application des peines de Trente, qui a reçu les informations appropriées par le UEPE (Ufficio Esecuzione Penale Esterna [un peu comme le SPIP français ; NdAtt.], qui avait exigé, sans l’obtenir, de la part de Nasci l’ainsi-dite « révision » de ses idées et de ses choix de vie. Encore une fois, après l’opération Renata et les cas de Poza e de Rupert  [qui sont en semi-liberté ; NdAtt.] (et celui de Sasha, qui est encore aux arrestation domiciliaires seulement parce qu’elle a une fille en bas age) : soit l’abjuration, soit la taule.

Selon son avocat, qui l’a vu, Nasci va bien. Il est sorti des « arrivants » et se trouve actuellement en bâtiment, il est en cellule avec un gars jeune et tranquille.
Il a entendu le rassemblement, bruyant et avec plein de monde, qui a eu lieu devant la prison dans la matinée de mardi 10 octobre. Il est au courant de la large solidarité qu’il reçoit (non seulement de la part de compagnons au sens strict) et il en est très heureux. Il a bien reçu les télégrammes qui lui ont été envoyés.

Solidarité, complicité et amour pour Nasci !
Liberté pour tous et toutes !

 

Pour lui écrire :
Matteo Nascimben
Casa Circondariale di Trento
Via Cesare Beccaria, 13
Località Produttiva – Spini di Gardolo
38121 – Trento (Italie)

 

* Note d’Attaque : une célébration hyper-nationaliste et revancharde, instituée il y a quelques années pour commémorer les Italiens tués par la Résistance yougoslave pendant la Deuxième guerre mondiale et ceux contraints de quitter la Dalmatie et la partie de la Venezia Giulia annexée par la Yougoslavie. Les fascistes mettent fortement en avant ces épisodes.

Italie : Davide Delogu aux arrestations domiciliaires

Publié le 2023-10-20 06:20:02

La Nemesi / mercredi 18 octobre 2023

Le compagnons anarchiste sarde emprisonné Davide Delogu a été transféré aux arrestations domiciliaires (15 octobre 2023)

Nous relayons la nouvelle que le compagnons anarchiste sarde Davide Delogu est sorti de prison, après 14 longues années, dont 12 étant déporté dans des taules hors de Sardaigne.

Il passera maintenant une période aux arrestations domiciliaires.

Des mises à jours suivront.

 

Note d’Attaque : emprisonné en 2010, Davide a été condamné à 18 ans pour vol, braquage et tentative d’homicide. Depuis toujours très combatif en prison, le 1er mai 2017 il a essayé de s’évader.

Prison de Rancagua (Chili) : Quelques précisions de Aldo et Lucas sur l’ainsi-dite « affaire Gendarmería »

Publié le 2023-10-20 06:25:05

Informativo Anarquista / mardi 17 octobre 2023

Il manque deux mois avant le premier anniversaire de notre arrestation et des nombreuses perquisitions effectuées à la recherche d’un compagnon considéré comme l’auteur de l’attaque explosive qui a détruit les bureaux de la Direction nationale de la Gendarmería [le corps des surveillants de prison, qui a en charge tout le système pénitentiaire du Chili ; NdAtt.].

Cette opération répressive s’est achevée avec quatre personnes en détention préventive, dont la plupart poursuivie à cause de différents objets et matériaux illégaux trouvés lors des perquisitions, et avec Aldo accusé d’être l’auteur de cette attaque explosive.

Depuis, on est tou.tes considéré.es comme faisant partie du « caso Gendarmería », même si, d’un point de vue judiciaire, les différentes affaires ont progressivement commencé à être séparées.

Au delà des relations et des liens d’amitié, d’attachement et d’affection révolutionnaire qui existent entre certain.es de nous, le fait est que c’est le pouvoir qui a construit ce postulat. Nous, Aldo et Lucas Hernández, dans notre présent et dans notre parcours, avons construit notre propre positionnement anarchiste et antagoniste.

Aujourd’hui, nous avons décidé de nous éloigner de cette dénomination collective, fixée par les aléas et les effets des pistes d’enquête issues de la répression, de façon à nous lever et à poursuivre notre propre chemin, cette fois depuis la prison.

Nous faisons cette courte précision à cause d’un sentiment d’honnêteté et d’engagement révolutionnaire envers nous-mêmes et envers les compas qui nous ont exprimé leur solidarité, de différentes manières, en essayant de prendre en charge nos positions politiques à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Simplement, la dénomination collective et homogène de « caso Gendarmería » nous limite et elle ne rend pas compte de notre réalité. Cette décision est motivée par la tentative d’approfondir notre perspective anarchiste et négatrice de l’existant.

Qu’il n’y ait pas de doutes : nous envoyons notre affection révolutionnaire à Abraham, à Javier et à Paty, ainsi qu’aux compas anarchistes, subversifs et antispécistes emprisonné.es.

On atteindra la libération de tout le monde seulement en détruisant toutes les prisons. On détruira les prisons seulement en durcissant la confrontation et en renforçant les réseaux de complicité anarchiste.

Aldo et Lucas

Octobre 2023 à la bibliothèque Libertad

Publié le 2023-10-21 06:30:03

Mercredi 18 octobre à 18h : « Retours à la normale »

La période pré-révolutionnaire dure sans fin et les insurrections ne viennent pas. Mais cet été, une révolte a surgi après qu’à Nanterre les flics ont assassiné un jeune homme – une fois de plus, pourrait-on dire. Partout, quantité de groupes ont chassé les flics à coups de fusées, pillé les marchandises, incendié les bâtiments d’État. Extra-ordinaire, cette révolte aura été aussi intense que brève. En tout cas, reprendre aujourd’hui les routines militantes, l’air de rien, pose question. Mais on peut se demander comment cette révolte interroge nos agirs, y compris en creux. Et comment ne pas participer aux retours à la normale.

Pour en discuter, on pourra notamment relire deux témoignages publiés : Trois nuits à Marseille (récit) et Souffler sur les braises (brochure, pages 7 à 14)


Samedi 28 octobre à 16h : « Alliances de rue »

« La gare de l’Est se transforme en bastion révolutionnaire ou presque. Les flics assiègent. Des copains restés dehors assiègent les flics qui assiègent. Les bourrés reçoivent des boulons dans les meules et des pavés sur la gueule, même qu’il y en a un qui flambe. Ils courent de tous les côtés, grenadent au hasard, … » Voilà par exemple ce qu’on pouvait écrire au lendemain de la manifestation du 23 mars 1979. Cette journée a vu des sidérurgistes syndiqués (ou pas) désobéir aux consignes des chefs syndicaux et s’allier aux autonomes et autres émeutier.es, pour défoncer les vitrines à Opéra, piller, monter des barricades sur les grands Boulevards, en bref pour prendre et retourner la rue. Est-ce qu’on peut toujours rêver d’une alliance aussi massive ? Est-ce que la pratique du bloc offensif en milieu urbain a, aujourd’hui encore, de beaux jours devant elle ?

Pour réfléchir à ces questions, on peut consulter des documents disponibles au sujet de cette journée : Rush sur la marche des sidérurgistes lorrains à Paris (plans filmés tirés des archives des staliniens) et  Denain Longwy nous montrent le chemin (articles de Front libertaire)

& Ensuite :

– Jeudi 2 novembre : Apéro-InfoKiosK

– Jeudi 16 novembre : « Sabotons la guerre ! », discussion à partir notamment de textes traduits de l’italien

– Jeudi 23 novembre : Discussion thématique : « Contre toute justice »

– Jeudi 30 novembre : Discussion à partir du livre Tout feu, tout flamme (ed. Tumult, juin 2023, disponible à la bibliothèque Libertad)

Discussion sur le refus collectif de donner son identité et autres stratégies face à une arrestation

Publié le 2023-10-21 06:50:09

Lors d’une action, manif ou autre lorsqu’il y a des arrestations il est possible de réflechir des stratégies collectives pour refuser de donner son identité : refus pur et simple, ne pas présenter ses papiers, donner un faux nom, etc. Nous proposons de revenir sur différentes actions / manif ou ces stratégies ont été tentées et de voir les limites, risques et réussites !



Rendez vous mardi 24 octobre à 19h à Euphory, 36 rue du canon d’arcole.

La stratégie du "rien à déclarer" en garde à vue a largement démontré son intérêt et sa logique. Pour pousser cette stratégie, des tentatives ont pu être faite pour l’étendre à un refus de déclarer même son identité.

Lors de l’atelier une petite présentation sera faite de tentatives qui ont pu se faire à Toulouse, et ensuite on en fera l’analyse tous ensemble. Cet atelier a été préparé dans l’assemblée d’action autonome de Toulouse.

Le but étant de continuer à développer des stratégies qui fonctionnent pour le plus grand nombre pour contrer la répression et le fichage, en étant conscients des risques.

Toujours dans une optique de lutte collective, autonome et révolutionnaire. Pour en finir avec l’etat et l’exploitation, et les situations pourries dans lesquelles le système nous enferme nous entendons lutter.
Et nous entendons bien nous prémunir des attaques de la police et de l’état qui nous attendent au tournant. Il n’y aura ni innocent ni coupable face à leurs arrestations, et si on ne se dissocie pas ( en garde à vue ou en procès) on a tout a y gagner collectivement !

Vennez nombreux

PS : si le squat de l’Euphory venait à être expulsé d’ici là , le rendez-vous sera maintenu et on pourra maintenir malgré tout la discussion en extérieur.

Solidarité avec les inculpé-es du 8/12

Publié le 2023-10-21 06:55:06

Nouveau match : Antifrance-Eiffage

En ces temps de coupe de monde de rugby, la Dépêche de Minuit n’a pas voulu oublier les célébrations qui se passent en dehors du centre-ville bondé de gendarmes. La nuit du 9 octobre, pendant la phase de poules, mais surtout animées par la haine des poulets, des mains ont préféré l’essence au ballon pour brûler une bagnole d’Eiffage dans le quartier bourgeois de Côte Pavée. Cette société est un des gros poissons du BTP, et construit donc des autoroutes et des prisons. Des prisons comme celles où ont été enfermées les personnes arrêtées le 8 décembre 2020 et qui en ce moment passent en procès à Paris. Ça fait trois ans que la machine antiterroriste essaie de les écraser - face à la répression, soutenons-les.

Signé : le XV de l’antifrance

Guémené-Penfao (Loire-Atlantique) : défoncer la mairie plutôt que la nature

Publié le 2023-10-21 07:00:31

Une mairie une nouvelle fois dégradée après la décision
de rouvrir une carrière

Ouest-France/Infos Pays de Redon, 12 & 18 octobre 2023

Ce jeudi 12 octobre, les habitants de Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), près de Redon, ont découvert la façade de leur mairie dégradée et les vitres cassées, un pieu en bois a également servi à transpercer la porte vitrée qui mène dans la salle du conseil. Les dégâts sont importants.

Au sol est inscrit en rouge « Assassins » ; et une référence au groupe Pigeon, entreprise qui a demandé à réexploiter la carrière du Tahun, est inscrite sur un autre tag. Le pieu en bois proviendrait des clôtures du site situé près de la chapelle des Lieux-Saints. « Outre sept baies vitrées détruites, on a même eu des bombes de peinture rouge qui ont explosé dans la salle du conseil… » raconte la maire, qui évalue les dégradations à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Déjà la semaine dernière (5 octobre), l’hôtel de ville avait été la cible de vandalisme avec des vitres cassées et des inscriptions. En juillet, des slogans avaient déjà été inscrits sur la façade de la mairie et la vitre du panneau lumineux avait été brisée. Ces actes avaient été perpétrés peu après l’annonce par la préfecture de l’arrêté autorisant la réouverture de la carrière de granulats.

La mairie rit bien jaune, ou ne rit plus du tout. Et s’interroge même sur « ce contexte irrationnel dans lequel nous sommes : l’exploitation de la carrière a été votée majoritairement en conseil municipal, après deux enquêtes publiques. La démocratie a parlé. Tout a été fait dans les règles de consultation. Aussi, si on remet tout en cause, on ne croit plus en rien alors ! » La maire, Isabelle Barathon-Bazelle, favorable au projet de réouverture de la carrière du Tahun se dit aussi « consternée devant une telle bêtise » : « je ne sais même pas comment je vais pouvoir célébrer les mariages vu l’état de la salle ».


Au Tahun, les travaux de réouverture de la carrière ont démarré
Ouest-France 25 août 2023 (extraits)

Le 30 juin dernier, la préfecture de Loire-Atlantique donnait sa décision dans la demande de la société Pigeon carrières de rouvrir l’ancienne carrière du lieu-dit Tahun, à Guénouvry (Guémené-Penfao), en Loire-Atlantique. Il est prévu que dans les 7,6 ha, l’extraction de roches massives soit de 180 000 tonnes en moyenne par an, et maximum 250 000 tonnes, soit 2,6 millions de tonnes sur quinze ans. Le trafic est estimé à cent camions par jour, qui passeraient notamment par la RD42, en plein bourg de Conquereuil. Et 280 000 tonnes de déchets de gravats seraient enfouis dans l’actuel plan d’eau, vidé au préalable.

Depuis la fin de l’exploitation, il y a trente-cinq ans, la nature avait repris ses droits. Un collectif de riverains contre ce projet s’est constitué en 2020 et ne baisse pas les bras depuis, malgré l’autorisation préfectorale.

Mardi 22 août, la société Pigeon a démarré les travaux de sécurisation du site et du bornage. En effet, depuis des dizaines d’années, l’endroit est prisé des promeneurs bien que le site soit privé. « La nature est reine, ici, on y trouve d’ailleurs une centaine orchidées sauvages, des spiranthes d’automne qui sont en pleine floraison et en passe d’être rasées, évoque Édouard Jeanloz, l’un des membres du collectif, attristé. L’endroit est magique huit mois sur douze. »

L’autre point d’achoppement est la préservation de la ressource en eau, l’ancienne carrière se trouvant sur une source qui, selon des souvenirs anciens d’habitants, aurait permis d’alimenter en eau les villages alentour lors d’une forte sécheresse en 1921 qui aurait duré dix-huit mois.

Berlin (Allemagne) : attaque incendiaire contre une antenne-relais

Publié le 2023-10-21 15:40:04

Traduit de l’allemand de de.indymedia, 20 octobre 2023

La nuit du 19 octobre, nous avons placé plusieurs engins incendiaires sur les faisceaux de câbles apparents au pied de l’antenne de télécommunication située dans la Herzbergstraße, à Berlin-Lichtenberg. Nous avons tagué sur une remorque le pourquoi de notre apparition sur place : Switch-Off.

En attaquant les structures qui maintiennent ce monde de cauchemar technologisé, s’ouvrent des possibilités pour laisser libre cours à l’instinct de rébellion. Ce ne sont pas tant les analyses et les théories, et encore moins les idéologies, qui nous animent, mais plutôt les désirs et les aspirations, notamment pour quelque chose que même nous, en tant qu’anarchistEs, omettons parfois de dire, ou minimisons, de peur de sembler ridicules. Il s’agit de la liberté. De notre liberté individuelle et de celle de nos semblables avec lesquels nous voulons vivre. Si quelque chose nous empêche aujourd’hui de faire l’expérience de la liberté, ce ne sont pas seulement les conditions matérielles, les frontières ou l’aliénation, mais aussi la smartification poussée de la vie en faveur des technologies, qui déchaînent guerres sanglantes pour les ressources et prétentions au pouvoir, tout en laissant les gens paralysés devant leur écran. Tout cela sert à maintenir la domination et l’ordre social, dont beaucoup profitent. C’est pourtant dans la technologie même, qui nous asservit et est jusqu’à présent le plus grand outil des puissants, que se trouve son talon d’Achille et que nous l’attaquons de manière ciblée.

Certaines critiques des technologies peuvent paraître très sèches et techniques. Il s’agit souvent d’analyses visant à faire comprendre les liens, les dépendances et les « nuisances » de certaines technologies, afin de susciter une attitude critique à leur égard. De manière « objective » et « basée sur des faits », il s’agit d’inciter d’autres personnes à réfléchir à leur comportement de consommation, à leur position sociale, à leurs privilèges et à leur propre prospérité, qui repose sur l’exploitation de personnes et de ressources. Ce n’est certainement pas faux, mais ce type de critique se concentre uniquement sur la raison humaine, dont l’absence est reprochée à de nombreux fétichistEs de la technologie. S’il pensait de manière « logique » et « rationnelle », en étant détaché de la doctrine technologique, l’humain empathique devrait alors en conclure que notre société ne peut pas continuer à exister ainsi. Or, c’est le contraire qui se produit.

À quel projet révolutionnaire cela apporte-t-il quelque chose, qu’une personne isolée réfléchisse à son comportement, quelle en parle fièrement, mais ne sort pas de sa passivité ? Qu’aucune conséquence pratique ne suive les analyses et les pensées ? Aucune perspective à la recherche de révolution sociale ne peut commencer et s’arrêter à la seule « objectivité ».

Bien sûr, les critiques peuvent aiguiser l’esprit, créer et encourager une prise de conscience, mais s’il ne s’agit que d’identifier les différentes « nuisances », cela reste un discours moral limité qui fait la distinction entre les bonnes et les mauvaises causes et comportements. Ce type de critique est beaucoup de choses, mais pas révolutionnaire, et n’incite pas grand monde à agir de manière subversive. Il est donc peu probable qu’une critique aussi limitée puisse inciter les individus à changer leur propre condition et celle des autres. Le changement reste pourtant le facteur décisif et devient une nécessité, même en ne considérant la réalité que de manière fragmentaire. La violence insensée, les guerres absurdes, l’empoisonnement de l’environnement, la violence les uns envers les autres. Pour comprendre tout cela, personne n’a besoin de passer des années à compulser des livres, ni même à faire des études.

Alors, qu’est-ce qui nous pousse donc à agir ? S’il s’agissait de théories « objectives » et « raisonnables » plus ou moins bien formulées, nous vivrions probablement déjà dans un autre monde. Les dominants tirent en fait parti de l’absence de convictions individuelles fortes qui, pour ceux qui y croient encore, pourrait potentiellement se traduire par une conscience de classe. C’est justement la passivité de l’individu qui permet à la domination de conserver son pouvoir. Les exploité.e.s n’ont ainsi jamais autant participé à leur propre oppression qu’ils ne le font actuellement à travers les sirènes numériques. Mais l’autre partie de l’histoire est que l’humain, depuis qu’il fait l’expérience de l’oppression, ressent aussi le besoin instinctif de s’y opposer. Personne n’a besoin d’une théorie sophistiquée pour ressentir douleur et colère face aux abus et aux humiliations.

Alors si « l’objectivité » et les « faits » ont peu ou pas d’effet, que reste-t-il ? Lorsque nous agissons de manière fondamentalement instinctive, les analyses et les théories ne nous aident guère. A l’inverse des états émotionnels forts, comme la peur qui joue également un rôle important. Du point de vue des dirigeants, cette dernière est un processus fonctionnel et complexe visant à nous asservir par le biais d’une situation de menace concrète ou créée artificiellement. La technologie, telle qu’elle est appliquée actuellement, vise précisément à rendre l’humain dépendant en lui promettant de le libérer de ses peurs et de ses « problèmes ». Celui qui est dépendant est contrôlable. Mais les instincts peuvent-ils être contrôlés ? Ce sont peut-être les seuls aspects de l’être humain qui nous donnent la possibilité de nous rebeller pour être libres. Ce sont donc les sensations, les sentiments, mais aussi les peurs, la colère et l’amour qui nous meuvent au sens propre du terme, et cela ne devrait pas être sous-estimé. C’est le cri silencieux de liberté qui surgit parfois en nous, mais qui est trop souvent étouffé par la raison.

Pour le sabotage, pour la sauvagerie exubérante des sentiments et des actions qui en découlent !

Pour l’anarchie !

Des anarchistEs

Carapatage#57 – La prison, le genre et la violence de l’inclusion (18/10/2023)

Publié le 2023-10-21 15:50:02

LA PRISON, LE GENRE ET

LA VIOLENCE DE L’INCLUSION

télécharger l’émission

Podcast

« La prison fonctionne alors comme une usine : elle trie les corps pour les exposer à des traitements différenciés et les reproduire violemment comme des êtres genrés dans un monde qui a besoin de tels êtres. »

Au Canada, l’État s’appuie sur les stratégies de gouvernance bien différentes qu’en France. Alors qu’ici il est plutôt question d’assimilation et d’unité nationale, l’État canadien s’appuie sur la reconnaissance de communautés et d’identités spécifiques. Cette politique mène à une façon quelque peu différente de concevoir les prisons et leur rôle, mais n’est en réalité pas moins violente qu’en France. C’est une violence qui s’exprime différemment. Dans cette émission, on s’attaquera à ces idée par la question du genre en prison.

Sommaire

Playlist

Ressources


North Carolina (USA) : Le bureau d’un officier de la marine militaire vandalisé

Publié le 2023-10-21 16:55:03

Scenes from the Atlanta Forest / mardi 17 octobre 2023

En solidarité avec l’actuel soulèvement palestinien, nous avons vandalisé le bâtiment où se situe le bureau d’un officier de la marine militaire états-unienne, dans la région centrale de l’État de North Carolina. Nous avons tagué les portes avec le message « Palestine libre » et cassé les vitres.

Nous sommes aux côtés de tous les peuples opprimés du monde luttant pour leur libération et nous considérons que la violence du colonisé ne peut pas être mise en parallèle à la violence du colonisateur. Nous ne pensons pas qu’il puisse y avoir une solution étatique à la colonisation, et même s’il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas, nous sommes sûr.es que la machine de guerre des États-Unis est et sera toujours l’un des obstacles les plus importants à la liberté, dans le monde entier, et c’est donc à nous, ici dans le ventre de la bête, de faire le possible pour l’attaquer.

Palestine libre, USA dehors de partout.

Grèce: deux mois de répression contre les squats antiautoritaires et les espaces sociaux

Publié le 2023-10-22 11:15:06

Grèce: deux mois de répression contre les squats antiautoritaires et les espaces sociaux

À propos des récentes attaques au cours des deux derniers mois par l’Etat policier grec sur les squats anti-autoritaires anarchistes autogérés et les espaces sociaux.

À l’aube du vendredi 25 août 2023, des forces de police de toutes sortes ont encerclé et expulsé les squats « Ano Kato Patision » (ouvert depuis 1996), et le centre social occupé Zizania (ouvert début avril 2021).


Ano Kato Patision


Ano Kato Patision


Zizania

Dans la matinée du 30 septembre, les bâtards en uniforme de la police nationale, avec le consentement et la coopération des recteurs de la NTUA Bountouvis et de l’université de Crète Kontakis, expulsent deux locaux occupés. Violant le sanctuaire universitaire, ils expulsent l’espace polytechnique autogéré pour la troisième fois en un mois. Dans le même temps, l’occupation d’Evangelismos à Héraklion, un bâtiment appartenant à l’Université de Crète, est également expulsée, une expulsion qui s’est déroulée avec un passage à tabac sauvage de onze camarades par les forces de police TAE de Crète.

Le squat Evangelismos a donc été expulsé le samedi 30 septembre 2023.


Evangelismos

Pendant 21 ans, il a abrité des assemblées sans hiérarchie, une bibliothèque, des structures de contre-information, des cuisines collectives et bien plus encore; il a accueilli des débats s’opposaient aux discours nationalistes/patriarcaux/racistes du système; il a accueilli des femmes et des hommes engagé.es. Et enfin, il proposait une façon différente de vivre et de penser contre la brutalité de notre temps.

Contre les expulsions des lieux de lutte et la répression de l’État, contre l’effort toujours croissant de l’État pour écraser toute voix de lutte, nous devons faire avancer notre lutte et notre solidarité. Tant qu’ils travaillent à détruire les espaces de lutte et la résistance de classe, plus nous élèverons nos voix, plus nous répondrons avec force par la lutte de classe et sociale dans les rues. Ces lieux sont la mémoire, les luttes et les idées, et tout cela ne peut pas être évacué.

(…)
LIBÉRATION DE L’ANARCHISTE KOSTAS DIMALEXIS.
SEULS LES FASCISTES FONT DES DÉCLARATIONS DE REPENTIS.
LES INDICS EN ARRIÈRE, LES CAMARADES EN AVANT.
ET SOLIDARITÉ AVEC NIKOS MAZIOTIS.

Les occupations, les projets auto-organisés de lutte, la résistance sociale et de classe, les insurrections sont la réalisation de l’utopie du présent.

SOLIDARITÉ AVEC NOS SQUATS.
LES SQUATS SONT DES FLEURS SUR CETTE TERRE BRÛLÉE.
À BAS L’ÉTAT POLICIER, DEMAIN S’OUVRE AU PIED DE BICHE.
DEVENONS UNE BARRICADE CONTRE LA BARBARIE.

[Traduction de l’anglais d’un article paru sur Act For Freedom Now! le 18 octobre 2023.]

Athènes (Grèce): 14 octobre 2023, réoccupation du squat Zizania

Publié le 2023-10-22 11:20:08

Athènes (Grèce): 14 octobre 2023, réoccupation du squat Zizania

14 octobre 2023: aujourd’hui, nous avons resquatté Zizania

Au cours des deux dernières années, le bâtiment de Fylis & Feron a été un centre social squatté où les collectifs et les gens du quartier et des environs ont lutté pour une vie plus collective et plus libre.

Nous avons resquatté le bâtiment pour continuer la lutte contre la gentrification et pour l’espace public libre. Nous nous sommes ressaisis en voyant l’augmentation constante des loyers, la conversion de la ville en un champ de consommation et de nos maisons en Airbnbs, l’enfermement violent de nos voisins migrants dans des centres de détention, et la montée en puissance d’une culture policière qui réaffirme tout ce qui précède.

Nous avons resquatté le bâtiment parce que nous ne pouvons pas supporter de regarder les flics intimider les gens tout en « protégeant » un bâtiment vide à l’intérieur duquel nous avons tenu des cuisines sociales végétaliennes, des cours de langue, des projections de films et des événements politiques. Un espace qui avait une boutique gratuite, une bibliothèque et un salon de coiffure auto-organisé. Un espace ouvert pour que les gens puissent traîner, socialiser ou couvrir leurs besoins de base tels que l’eau ou l’électricité.

Nous avons resquatté le bâtiment car il a appartenu ces 30 dernières années au mouvement de résistance. Zizania n’était que l’initiative la plus récente parmi toutes celles qui ont été menées dans cette maison, incluant des collectifs horizontaux qui luttaient contre l’exploitation et la violence du capitalisme, de l’État et du fascisme.

Nous avons resquatté le bâtiment afin d’avoir un espace sûr dans la ville, où nous pouvons nous exprimer, nous éduquer et nous organiser contre le patriarcat, le sexisme, le racisme, la queerophobie et le capitalisme.

Dans cette période où nous sommes confronté.es à la mort de près : à Tempi, à Pylos, aux frontières, entre les incendies et les inondations, dans notre travail, dans les rues, dans les prisons et dans nos maisons, nous choisissons de donner une réponse à l’État dans nos propres termes. Dans cette période où nous voyons l’État perpétuer sa « fonction » avec les élections, nous avons resquatté Zizania pour nous organiser collectivement et solidairement, car nos vies ne rentrent pas dans leurs urnes.

Nous avons resquatté pour continuer à exister, à nous organiser et à lutter dans le quartier. Nous nous sommes engagé.es pour un monde avec des squats à chaque coin de rue, pour reprendre des terrains qui ont été saisis par l’État, et parce qu’aucune expulsion ne restera sans réponse. Nous sommes solidaires d’Ano-Kato Patisson, d’Evangelismos, de Steki Politexnio et de tous les squats qui continuent à lutter.

Nous voici donc de nouveau, les queers, les migrant.es, les travailleur.euses, les squatters. Nous sommes notre quartier organisé à partir de la base pour reprendre nos espaces et nos vies. Nous nous tenons l’un.e à côté de l’autre pour défendre notre existence dans les rues jusqu’à la libération totale.

ZIZANIA PARTOUT!

[Traduction de l’anglais 18 October 2023, Act for freedom now!]

Florilège des révoltes suite à l’assassinat de Nahel

Publié le 2023-10-22 11:50:06

Pour tou-tes les Nahel, celles et ceux qui crèvent, à petit feu ou brutalement, aux mains des flics, aux frontières, dans les taules, les CRA, les HP, partout où l’État et le capitalisme nous imposent leurs hiérarchies nauséabondes... que vive l’émeute !



 

 Téléchargez le pdf : Florilège des révoltes suite à l’assassinat de Nahel 
 
Suite à l’exécution de Nahel par les flics lors d’un contrôle routier le 27 juin 2023, des révoltes ont embrasé les nuits de la France entière. Ce qu’il s’est passé, les traces que ces quelques nuit sont laissées, sont inoubliables pour chacun-e les ayant vécues. Pour que l’on puisse transmettre ces histoires, ces ressentis, il faut y mettre des mots, faire des récits. C’est grâce à de multiples textes, initiatives, auxquels cette chronologie prétend modestement participer, que l’ont peut arracher au récit du pouvoir ces actes révoltés, et en tirer nos propres bilans dans l’espoir que ça recommence et que la prochaine fois ça aille plus loin dans la remise en cause de ce monde de domination.

Quand il se passe ce que j’ai l’impression d’avoir attendu depuis toujours - pas juste les bras croisés dans une attente passive, mais ce pourquoi je me bouge à peu près quotidiennement dans l’espoir de rencontrer des complices qui partagent ma rage, ce pourquoi je tente de faire des trucs qui pourraient résonner dans le cœur d’inconnu‑es- je me sens partie prenante de la révolte, à la première personne, et j’ai envie d’y porter mes rêves de liberté. C’est pour ça que je suis descendue dans la rue qui grondait sous mes fenêtres, et même si je suis a priori pas la plus représentative des émeutièr-es, j’ai envie de participer à faire vivre ces émeutes et m’en nourrir.

Je n’ai pas la prétention de deviner les pourquoi de chacun-e mais de ce que j’ai vu autour de moi et de ce qui ressort de cette chrono (bien que tirée de la presse et forcément pas exhaustive), les actes qui ont été posés me semblent compatibles avec ce qui me met en mouvement. Ça veut pas dire qu’on vit tou-tes la même chose, qu’on subit tou-tes ce monde de la même manière, que tout est homogène dans les vécus qui nous mettent en branle ni dans ce à quoi on aspire. Je ne veux pas tout lisser, nier que des conflits ont aussi existé pendant ces heures libérées des flics et de la normalité marchande, ou parler à la place d’autres, j’ai juste l’espoir qu’en mettant des mots sur ce qui me fait vibrer d’autres émeutier-es ou potentiel-les s’y reconnaissent.

Ça me semble important de continuer à parler de ces émeutes sans se poser en extériorité sous prétexte qu’elles ont été majoritairement portées par des jeunes hommes de cités qui subissent le racisme. Ce qui m’importe ce n’est pas les identités sociales des insurgé-es mais leurs raisons, pas le qui mais le pourquoi. Par exemple qu’on ait ou pas subi personnellement la violence de la police (ce qui arrive malheureusement à plein de gens pour peu qu’on traîne dans la rue et/ou qu’on fasse des trucs illégaux), j’ose penser qu’on se révolte pas seulement contre nos conditions personnelles, mais aussi contre celles que subissent celles et ceux qui nous entourent, même quand nous-mêmes en sommes épargné-es. C’est la seule manière pour moi d’espérer une révolution, car finalement on a à peu près tou-tes un privilège à conserver dans ce monde autoritaire, il y a toujours plus bas que soi sur une des échelles.

Ce qui me saute aux yeux, durant ces quelques nuits destructrices, c’est que dans leur grande majorité les cibles représentent clairement le pouvoir de l’État, même celles moins consensuelles qui en sont les cautions humanistes comme les médiathèques, maisons de quartier ou autre salle des fêtes. Et qu’au‑delà de la symbolique, les attaques ont entravé concrètement la normalité de l’exercice de l’autorité et du capitalisme. On a connu le bonheur éphémère de pouvoir se promener dans des rues libérées de la menace des flics, trop occupés à défendre leurs personnes et leurs comicos massivement pris pour cible.

Les caméras ont été coupées à plein d’endroits, des quartiers entiers plongés dans le noir, jusqu’à des centres de supervision urbains cramés.

Le concept des soldes de cet été n’a pu que donner de l’air à tou-tes celles et ceux, toujours plus nombreux.ses, qui galèrent à boucler les fins de mois, avec nombre de supermarchés en libre service la nuit.

Plein de mairies ont été attaquées, et parfois les moyens de nous ficher entravés : états civils détruits, titres d’identité volés...

Beaucoup de bus et tramways ont été mis hors d’état de fonctionner, même si finalement lors de ces quelques jours c’est plus le dodo qui a été bouleversé que le métro-boulot.

Les vacances d’été ont commencé plus tôt pour certain-es élèves dont les écoles ont été contraintes de fermer ou des bachelier-es dont le centre d’examen a été réduit en fumée.

Des metteurs au travail de force ont aussi dû laisser un peu de répit à leurs victimes, comme Pôle emploi, la Missions locale, ou d’autres assos d’insertion qui ont été très ciblées.

On a pu imaginer que le slogan « Justice pour Nahel » n’était pas entendu par tou-tes de la même manière, avec une remise en cause plutôt claire de l’institution judiciaire concrètement mise à mal par des attaques de tribunaux, de maisons du droit et de la justice, de services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), de locaux de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Jusqu’aux forteresses de la répression elles-mêmes qui ont été prises pour cibles, on parle d’au moins trois prisons visées dont l’attaque mémorable de la maison d’arrêt de Fresnes.

A chaque fois, l’acte a son sens par lui-même et par ses conséquences. Combien de caméras sont encore trois mois plus tard hors d’usage, combien de personnes ont pu esquiver leurs rendez-vous dans des administrations de flicage voire même leurs contrôles judiciaires, combien de flics se sont mis en arrêt, combien de gens ont pu se prendre quelques jours de repos, faute de transport, ou se faire un peu plus plaisir grâce aux marchandises devenues gratuites... ?

De quoi se réjouir donc, mais sans oublier la réaction, rapide, brutale, de l’État. Malheureusement on ne peut pas dire que c’est du jamais vu car ça réagit de façon similaire chaque fois que l’ordre des choses est menacé. Mais la violence de la répression qui s’est abattue dans la foulée des émeutes est venue confirmer pourquoi on avait envie de tout détruire en premier lieu. Dans les chambres de comparutions immédiates, la justice a intensifié son travail habituel en envoyant à tour de bras des centaines d’émeutier-es présumé‑es, en extrême majorité pauvres et racisé-es, dans les geôles déjà surpeuplées. Les parents ont été menacés d’être condamné-es pour les enfants. Des couvre-feux ont été instaurés dans plusieurs villes. Dans les rues, des drones et des équipes d’élite telles que le Raid ont été déployées, avec des équipements de ouf genre véhicules blindés ou encore des munitions dites « bean-bags » qui ont plongé une personne dans le coma. Une autre est morte à Marseille tuée par un tir de flash-ball, sans dénombrer toutes celles qui ont été mutilées. Il n’y a même pas eu besoin de mettre en place l’état d’urgence vu que c’est une coquille vide depuis que tout a été passé dans le droit commun en 2016.

Le retour de bâton immédiat est sûrement l’une des explications de comment un mouvement, inédit en france par son intensité et son ampleur géographique, est retombé aussi vite qu’il était monté, nous laissant sur notre faim et se demandant parfois si on n’a pas rêvé tout ça, même si heureusement il reste encore des traces concrètes du passage de la colère : impacts de feu sur les routes, commerces fermés, caméras éteintes,... et nos souvenirs ardents bien-sûr.


Pour tou-tes les Nahel, celles et ceux qui crèvent, à petit feu ou brutalement, aux mains des flics, aux frontières, dans les taules,les CRA, les HP, partout où l’État et le capitalisme nous imposent leurs hiérarchies nauséabondes... que vive l’émeute !

[J’ai repris des articles publiés sur le site internet sansnom.noblogs.org tels quels, sauf que j’ai enlevé tout ce qui concernait les appels au calme qui sont venus d’un peu partout. C’est intéressant d’analyser comment, en plus de la répression étatique et du battage médiatique d’extrême-droite, des discours plus de gauche et « compréhensifs » ont tenter d’isoler les révolté-es et de délégitimer la violence. Cependant ce n’est pas le sujet de cette brochure qui propose plutôt un focus sur les actes en eux-mêmes.]

Amsterdam: deux maisons de Blackstone squattées pendant la manifestation ADEV

Publié le 2023-10-22 16:15:05

Amsterdam: deux maisons de Blackstone squattées pendant la manifestation ADEV

Pas d’espaces libres sans une Palestine libre

Amsterdam, 21 octobre – Nous avons squatté ces 2 maisons (Prinsengracht 804 et 806), malgré les meilleures tentatives de la ville et de la police pour rendre les choses très difficiles, car nous pensons que l’appel de l’ADEV (Amsterdam Danst Ergens Voor – Amsterdam danse pour quelque chose) « Exproprier la stupide propriété » est un appel à l’action.

Ces maisons, détenues et laissées vides par une énorme société d’investissement américaine appelée Blackstone, dont certains (mais pas tous) des crimes peuvent être lus sur la bannière, sont définitivement, par définition, des biens stupides. Mais nous voulons souligner que, dans un système capitaliste qui place les géants de l’entreprise au-dessus de la vie et de la dignité humaines, toute propriété est stupide et toute propriété est du vol.

Dans notre lutte contre la crise du logement aux Pays-Bas et dans notre célébration des soi-disant « espaces libres », nous ne pouvons pas oublier que nous menons une lutte beaucoup plus large – la lutte pour le droit à la terre dans le monde entier et contre la dépossession capitaliste. Alors que nous dansons ici aujourd’hui, Gaza manque cruellement de nourriture et d’eau, et sa population affamée est bombardée jusqu’à l’extinction. Le nombre de personnes tuées avait atteint près de 4000 jeudi, et le nombre de personnes déplacées s’élève à 1 million.C’est la même logique, le même système capitaliste colonial qui provoque le déplacement des gens ici comme ailleurs. Blackstone n’a pas seulement créé presque à lui seul la crise du logement en Europe. Il investit également dans la technologie israélienne, maintenant déployée massivement par l’armée pour commettre des crimes de guerre, et a promis des millions pour « soutenir » Israël quelques jours après le début du dernier siège contre Gaza. Blackstone entretient des liens directs avec des criminels de guerre en Arabie saoudite par le biais de mégaprojets d’infrastructure et travaille avec l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) des États-Unis pour le suivi, le profilage racial et la détention des personnes en déplacement. Blackstone a employé des enfants âgés de 13 ans pour travailler dans des abattoirs et possède plus de la moitié de l’entreprise qui a abattu et détruit des parties de la forêt amazonienne, entraînant des incendies de forêt meurtriers en 2019/2020 dans lesquels près de 50 000 kilomètres carrés de forêt tropicale ont été perdus.

Comme cette longue liste de crimes de Blackstone ne le montre que trop clairement, le capitalisme est un culte de la mort. Alors que nous nous trouvons devant de nombreux points de basculement irréversibles, trop nombreux sont déjà passés, ce que nous devons perdre, ce n’est rien de moins que la vie elle-même. De l’extinction massive d’espèces, des phénomènes météorologiques extrêmes et de grandes parties de la terre qui deviennent complètement inhabitables, aux nombreuses personnes tuées directement ou indirectement par l’effondrement climatique.

Le capitalisme en crise, c’est aussi l’intensification de la violence. Alors que l’empire colonial touche à sa fin, que le capitalisme entre dans un nouveau cycle de crise économique, la peur de l’autodétermination et de la force collective des peuples conduit ceux qui sont au pouvoir à intensifier la répression. Partout dans le monde, celles et ceux qui défendent la terre sont de plus en plus criminalisé·e·s : dans la forêt amazonienne, près de 200 militant·e·s écologistes ont été assassiné·e·s en 2020 pour avoir résisté aux projets financé·e·s par Blackstone qui ont conduit aux incendies de forêt. Au Chiapas, les populations sont confrontées à des déplacements forcés à grande échelle, aux disparitions forcées, cessions de terres, assassinats, torture, l’espionnage et la criminalisation des protestations sociales aux mains de l’État mexicain et des mégaprojets industriels. Et en ce moment, en Palestine, nous assistons à un génocide de l’État colonial israélien contre le peuple de Gaza avec le plein consentement et le soutien du gouvernement néerlandais. Lorsque nos dirigeants et nos médias tentent de justifier le meurtre aveugle de milliers de personnes en dépeignant les Palestiniens comme des sauvages ou des terroristes, rester silencieux signifie être complice.

Notre lutte pour le logement et la dignité est fondamentalement une lutte pour la terre, une lutte contre l’exploitation, le déplacement et la destruction de cette planète. Notre solidarité avec les camarades du monde entier, dans les luttes que nous avons mentionnées ici et dans celles que nous n’avons pas mentionnées, ne peut donc jamais être seulement symbolique. Leur lutte est la nôtre. Combien de fois allons-nous encore nous tenir ici et dire que ça suffit? Combien de personnes doivent encore mourir? Trop de lignes ont déjà été franchies et des vies ont été perdues. Il s’est passé assez de choses et la révolution socialiste mondiale n’est pas venue. Ou elle ne viendra pas ou trop tard pour arrêter la destruction de la vie telle que nous la connaissons.

Le capitalisme c’est la mort.
Israël aussi.

Le moment n’est jamais tout à fait opportun pour agir. Nous attendons toujours que quelqu’un·e nous sauve, nous faisons des demandes aux gouvernements, nous espérons des solutions technocratiques pour arrêter l’effondrement climatique, nous regardons les Nations Unies et crions que le génocide est contraire au droit international, alors que toutes les 15 minutes, un enfant est assassiné à Gaza.

Nos paroles sont suivies d’actes. Nous devons le faire nous-mêmes. C’est ici, aux Pays-Bas, en Europe, que sont basées les entreprises qui financent et produisent les armes qui sont utilisées contre le peuple palestinien. C’est ici, dans les pays du Nord, que les vautours bellicistes sont assis dans leur tour d’ivoire et qu’ils se remplissent les poches avec les profits de la mort et de la destruction. Montrons-leur qu’ils ne sont pas invincibles, qu’ils peuvent être ciblés, blessés, que leurs actions ne passeront pas inaperçues et qu’il y aura des conséquences.

Nous vous appelons à vous présenter à la prochaine manifestation de soutien à la Palestine. Informez-vous sur les entreprises et les États qui sont à l’origine de la destruction des terres et de la dépossession des personnes dans le monde entier. Détruisez ces entreprises, aidez à arrêter la machine de mort du capitalisme par tous les moyens nécessaires. Prenez des nouvelles de vos camarades originaires du Moyen-Orient et celles et ceux qui sont au Moyen-Orient. Montrez un peu d’amour aux personnes qui vous entourent et qui sont en difficulté, construisez une communauté, partagez vos connaissances et vos compétences. Chacun· d’entre nous a la capacité d’agir, de se battre. pour résister. Ce ne sera pas facile et il y aura de la répression. Nous aussi, nous avons peur, mais nous ne pouvons pas laisser notre peur nous empêcher d’agir. Nous devons être fort·e·s. Parce que si le peuple de Gaza peut trouver la force et le pouvoir de résister contre vents et marées, dans des circonstances impossibles, alors nous le pouvons aussi.

Il n’y a pas d’espaces libres sans une Palestine libre !
Personne n’est libre tant que nous ne sommes pas tous libres.
Fuck Blackstone !

L’anarchiste Emma Goldman a dit : « Si je ne sais pas danser, je ne veux pas faire partie de votre révolution », et nous sommes d’accord pour dire que notre joie dans ce monde est aussi la résistance. Mais alors que nous dansons ici aujourd’hui, n’oublions pas la lutte pour que cette révolution se produise.

Communiqué de presse:

Le samedi 21 octobre, lors de l’ADEV 2023, nous avons révélé que nous avions squatté deux maisons appartenant au géant américain de l’investissement privé, Blackstone.

Blackstone possède 1700 propriétés aux Pays-Bas et est presque à lui seul responsable de la crise du logement en Europe.

Cultiver des maisons vides à des fins lucratives alors que les gens luttent pour trouver un toit au-dessus de leur tête n’est pas la seule activité dans laquelle Blackstone est impliqué ; Blackstone utilise le travail des enfants, détruit la forêt amazonienne, collabore avec la force d’immigration américaine ICE, expulse violemment les locataires et finance l’État génocidaire israélien.

Par notre action, nous voulons particulièrement mettre l’accent sur la situation en Palestine et sur l’implication de Blackstone dans celle-ci. Non seulement Blackstone investit dans des entreprises technologiques israéliennes qui ont des contrats directs avec l’armée israélienne ; ils ont également fait des dons à différentes organisations de soutien à Israël, quelques jours après le début de son siège violent contre Gaza. L’une de ces organisations (UJA de New York) a parrainé un événement de promotion des colonies en Cisjordanie dans le passé et aujourd’hui, leur fonds d’urgence n’est pas seulement utilisé pour l’aide humanitaire, mais aussi pour financer des vols charters pour les réservistes israéliens.

En ce jour de l’ADEV, Gaza manque cruellement de nourriture et d’eau et sa population affamée est bombardée jusqu’à l’extinction – un génocide que le gouvernement néerlandais soutient ouvertement. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons oublier ou ignorer en dansant contre la « propriété stupide » et la crise du logement, parce que la lutte pour un logement décent est fondamentalement une lutte pour le droit à la terre et contre la dépossession de l’État et du capitalisme. Comme le montre l’exemple de Blackstone, nos luttes sont nées du même poison fondamental : le capitalisme. Notre solidarité avec les luttes pour la terre dans le monde entier doit donc être plus que symbolique.

Nous appelons tout le monde à manifester et à agir contre le génocide en Palestine.


Des squats aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/groups/country/NL/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/groups/country/NL
Des événements aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/events/country/NL


Italie : Stecco arrêté

Publié le 2023-10-22 21:10:08

Il Rovescio / samedi 21 octobre 2023

Selon ce que disent les journaux, hier, le 20 octobre, notre ami et compagnon Stecco a été arrêté, près de Bordighera. Luca était en cavale depuis presque deux ans et le mandant d’arrestation a été émis dans le cadre du procès appelé « No name », dans lequel il est inculpé pour complicité avec Juan, lors de la cavale de ce dernier, et pour la production de faux documents.

Dans un premier temps il a été placé en garde à vue à Imperia, maintenant, selon ce que disent les journaux, il se trouve dans la prison de la même ville. Pour l’instant, nous n’avons pas d’informations plus précises de celles des journaux ; on attend le résultat du procès en comparution immédiate qu’il a eu ce matin, pour la possession d’un faux document au moment de son arrestation.

On a appris cette nouvelle au moment de la perquisition de la maison où des compagnons vivent, à Rovereto. La perquisitions a été ordonnée le 16 octobre, à charge de Stecco, pour les procès « No name » et « Diana » ; les flics ont saisi des appareils informatiques et des téléphones. Il se sont pointés aussi chez la mère et la sœur de Stecco, à Trieste.
Nous avons partagé des années de luttes avec Stecco, toujours côte à côte, et nous partageons son choix et celui de quiconque essaye de se soustraire au système répressif, en parcourant les routes de la liberté.
Avec rage, avec amour. Liberté pour Stecco !

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Mise-à-jour 1

L’avocat nommé par Stecco suite au mandant d’arrestation de l’opération « No name » a fait savoir qu’il n’a pas encore réussi a rentrer en contact avec le commis d’office qui l’a assisté ce matin, pendant le procès en comparution immédiate.
Nous ne savons pas quelle a été l’issue de cette audience, l’avocat nommé attend que Stecco le contacte.
Dans les cinq jours suivant son arrestation, il devra passer devant le juge pour l’interrogatoire de garantie et à ce moment là il sera assisté par son avocat de confiance.
La Digos a confirmé à l’avocat que, comme il le disent les journaux, en ce moment Stecco est détenu dans la prison d’Imperia.

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Mise-à-jour 2

Ce matin, l’avocat commis d’office a demandé et obtenu le renvoi du procès pour la fausse pièce d’identité. Le juge a validé l’arrestation de Stecco, mais l’interrogatoire de garantie n’a pas encore été fait.

Stecco a été transféré à la prison de Sanremo.

L’adresse pour lui écrire est donc :

Luca Dolce
Casa Circondariale di Sanremo
Strada Armea, 144
18038 – Sanremo (Italie)

Demain [dimanche 22 octobre ; NdAtt.] il y [a eu] un rassemblement solidaire devant la prison de Sanremo.

Environs de Castres (Tarn) : Manif, incendies, occupation (et expulsion) contre le projet d’autoroute

Publié le 2023-10-22 21:15:05

extraits de Reporterre / samedi 21 octobre 2023

[…] Le 21 octobre, aux abords de Saïx, dans la campagne tarnaise, plus de 10 500 personnes — 5 000 d’après le cabinet du préfet — ont participé à la grande mobilisation « Ramdam sur le macadam ». Objectif : réclamer l’arrêt immédiat des travaux de l’A69, un projet autoroutier controversé devant relier Toulouse à Castres. […]

Aux alentours de 13 h, non pas un, ni deux, mais six cortèges distincts se sont formés sur le camp de base — un pour chaque « mensonge » de l’A69. De petits tracts avaient été distribués auparavant pour détailler les missions de chacun d’eux. Une fois dispatchés sous les étendards colorés, les participants ont quitté les lieux en empruntant différents chemins.

L’équipe dorée a alors pris la direction du laboratoire Pierre Fabre, principal défenseur du projet contesté. En chemin, des dizaines de personnes cagoulées ont pénétré sur le site de l’entreprise de travaux publics Bardou — « impliquée dans le chantier » d’après les militants — en abattant les barrières métalliques qui en protégeaient l’enceinte. Quelques cailloux finissent leur vol dans les vitres du bâtiment, aux murs immaculés rapidement parsemés de graffitis.

« Un comité d’accueil nous attend un peu plus loin », lance l’un des participants. Au bout de son doigt, pointé à l’horizon, se distingue un impressionnant barrage érigé par les hommes en uniforme. « Alors on se serre, et quoi qu’il arrive… No macadam ! »
Quelques minutes plus tard, face à l’ampleur du dispositif policier et la pluie de lacrymogènes, les militants tout de noir vêtus abandonnent leur objectif initial. Une personne, allongée sur une civière, est rapatriée sur le campement par les street medics.
Au même instant, l’équipe rouge a envahi une cimenterie de l’entreprise Carayou. « Les individus y ont déclenché un incendie, dénonce la préfecture du Tarn. Les dégâts matériels comprennent un algéco, trois véhicules toupies et un engin de travaux. » Appuyés par un hélicoptère, les 400 policiers et les 1 200 gendarmes mobilisés semblent avoir concentré une belle partie de leurs forces face à ces deux attaques éclair. […]

Pendant ce temps-là, à quelques pas du camp, une troisième opération avait lieu. Le cortège à l’étendard violet a profité de cette diversion pour accomplir sa mission dans la plus grande discrétion. Des oreilles de lapin en guise d’ornement, une femme raconte l’irruption sur le lieu-dit La Crémade, une ancienne ferme au milieu des champs : « Le promoteur de l’A69, NGE, avait muré tous les accès à ces belles bâtisses. Il avait aussi déversé des tonnes de lisier pour que personne n’ait envie d’y revenir. Mais voilà, on a tout nettoyé. »

Le soir du 21 octobre, France3 Occitanie précisait que « 7 interpellations ont eu lieu depuis ce matin ».

Selon La Depeche du Midi (même date) :

[…] Alors que le cortège officiel s’élançait, plusieurs centaines de manifestants ont emprunté un autre itinéraire que celui validé par la Préfecture. En traversant la réserve naturelle régionale, au départ de la Crémade, ils ont débouché sur la RN126, au niveau de Cambounet-le-Sor, commune où sont implantées plusieurs entreprises.
Là, les manifestants sont parvenus à investir deux sites, distants de 900 m environ l’un de l’autre: la cimenterie Carayon et le promoteur immobilier Bardou Promotion. Dans la première, un incendie s’est déclaré, occasionnant des dégâts sur un algéco, trois véhicules toupies et un engin de travaux publics. Dans la seconde, le bâtiment a été dégradé et les clôtures arrachées. Les manifestants se sont ensuite immédiatement repliés vers le campement.

Tant l’itinéraire emprunté que le mode opératoire laissent penser à un raid, sciemment planifié. En outre, les deux entreprises sont toutes deux engagées dans le chantier de l’autoroute A69, en tant que sous-traitants d’Atosca. Elles étaient d’ailleurs récemment prises en exemple par le concessionnaire: « Aujourd’hui, tous corps de métiers confondus, une quarantaine d’entreprises travaillent pour l’A69, représentant plus de 700 personnes. Parmi ces entreprises, plus d’une vingtaine sont des entreprises locales (Bardou, Cazal, Chausson-Carayon, GPT Gannac…) », expliquait Atosca dans son communiqué du 17 octobre.

Fondée en 1938 à Viane, la cimenterie Carayon compte plusieurs centrales à béton, implantées principalement dans le Tarn. Elle exploite des carrières et fournit du béton prêt à l’emploi ainsi que des blocs de béton. Bardou Promotion est pour sa part une émanation de la société Bardou Travaux publics, PME familiale de 25 salariés qui réalise des travaux d’aménagement, de réseaux, des lotissements et des démolitions.

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La journée de dimanche : expulsion de la Cremzad

France3 Occitanie / dimanche 22 octobre 2023

Depuis hier, samedi 21 octobre, une partie des manifestants contre l’A69 installés au lieu-dit de La Crémade (Tarn) situé sur le chantier de l’A69 afin de créer une Zone à Défendre (ZAD). Les forces de l’ordre ont décidé d’intervenir dimanche 22 octobre vers 13 heures.

[…] Les occupants font face aux forces de l’ordre et des gaz lacrymogène ont été tirés […]. Les barricades bloquant l’accès au site ont été aussi détruites à l’aide de véhicules blindés de la gendarmerie. Les « zadistes » répliquent aux gaz lacrymogène à coup de cailloux et de bouteilles. […]
Selon nos journalistes, la zone a pourtant été  évacuée à 13h15.

[…] Une trentaine de manifestants seraient blessés. « La répression est assez violente, estime le mouvement Extinction Rebellion dans l’une de ses publications sur les réseaux sociaux. Les flics gazent jusqu’au camp, jusqu’au tracteur et la tente psy qui à faillit prendre feu. Faites attention à vous, toutes les personnes vulnérable peuvent rejoindre le drapeau rouge pour être en sécurité ! » Des départs de feu provoqués par les gaz lacrymogène sont également signalés.

[…] Lors d’une conférence de presse, le préfet du Tarn, Michel Vibois annonce en fin de journée que l’évacuation a été effectuée dans le cadre d’une opération judiciaire de flagrance, pour occupation d’un local avec voie de fait, et que 9 personnes ont été appréhendées.

Selon La Dépêche du Midi (mêm edate), « Les forces de l’ordre ont déployé un mur anti émeute afin de protéger les maisons squattées cette nuit. Ils ont repoussé les manifestants en chargenat sur quelques dizaines de mètres. »

[in English]

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D’or et de platanes : retours sur l’organisation du week-end contre l’A69

IAATA / mardi 5 décembre 2023

Les 21 et 22 octobre derniers s’est tenu dans le Tarn « Ramdam sur le Macadam », un week-end de lutte contre le projet d’autoroute A69 réunissant plus de 10 000 personnes. Nous sommes quelques personnes membres de la coordination de lutte contre l’A69 et nous aimerions ici prendre le temps de raconter de manière assez factuelle l’organisation et le déroulé des différents cortèges.

 

Les 21 et 22 octobre derniers s’est tenu dans le Tarn « Ramdam sur le Macadam », un week-end de lutte contre le projet d’autoroute A69 réunissant plus de 10 000 personnes.

Cette date fait suite à « Sortie de Route », qui avait déjà réuni 8000 personnes en avril dernier dans une ambiance qui se voulait festive et bon-enfant. L’objectif de cette précédente mobilisation était de se montrer nombreu.ses et déterminé.es, sans pour autant entrer dans la confrontation, les esprits étant marqués par les affrontements de Sainte-Soline qui avaient eu lieu quelques semaines auparavant.

Ce second week-end contre l’A69 s’inscrit dans un contexte bien différent. Les derniers mois de la lutte contre l’autoroute ont été très éprouvants pour celles et ceux qui s’organisent contre l’État et les concessionnaires ATOSCA/NGE. Le rythme des travaux, défigurant les paysages sur l’ensemble du tracé, s’est intensifié en même temps que celui de la répression policière et judiciaire. Face à l’obstination et au mépris des meneurs du projet de l’A69, un certain désespoir a commencé à toucher les habitant.es et les collectifs en lutte. Mais la détermination à mettre un terme à ce projet s’en est aussi vu renforcée : cette fois, il fallait atteindre directement les intérêts matériels des profiteurs de l’autoroute.

Nous sommes quelques personnes membres de la coordination de lutte contre l’A69 [1] et ayant participé à l’organisation de cet évènement, notamment des cortèges or et rouge de la manifestation du samedi. À plusieurs égards, cette journée est pour nous une belle réussite. Pourtant, certaines décisions que nous avons prises ont fait l’objet d’incompréhensions et de frustrations. Cet écart de perception semble illustrer plusieurs paradoxes quant à la stratégie adoptée dans des évènements de type manif-action regroupant plusieurs milliers de personnes.

Au cours de ce week-end, nous avons essayé de faire cohabiter deux objectifs politiques que nous considérons d’importance égale. D’une part, rassembler un grand nombre de personnes et mêler différentes pratiques de lutte en considérant les volontés et initiatives de chacun.es. D’autre part, atteindre des objectifs matériels précis. Pour y parvenir, le choix a été fait en amont de la manifestation d’élaborer, avec un groupe restreint de personnes ayant une bonne connaissance de la lutte contre l’A69, un plan d’action et de le mener à bien en guidant les cortèges.

Nous aimerions ici prendre le temps de raconter de manière assez factuelle l’organisation et le déroulé des différents cortèges. Ce récit est situé et n’a pas vocation à s’imposer en tant que discours unique et officiel de l’évènement. Il cherche plutôt à rendre lisible les enjeux, les choix de cette journée de manifestation et les questions que ceux-ci pourraient soulever.

Récits

L’élaboration du week-end

Dès le début de l’organisation du week-end contre le Macadam, plusieurs constats sont partagés au sein de la coordination1 :

De là, deux objectifs principaux émergent. D’une part, l’occupation d’un lieu situé directement sur le tracé. Le camping de Vendine, installé depuis plusieurs mois sous des platanes destinés aux abatteuses, ayant été violemment expulsé quelques semaines auparavant, il était nécessaire de se doter d’un nouveau QG pour visibiliser la lutte au quotidien et permettre les rencontres, les échanges et l’organisation.

D’autre part, le dépassement du dispositif policier et la réalisation d’actions d’intensités diverses. Plutôt que de composer un cortège fleuve, assez peu mobile et facile à canaliser, la stratégie adoptée fut de créer plusieurs cortèges avec des cibles et des directions différentes. Nous avions présumé que les alentours du camp seraient classés en « zone rouge », et nous imaginions qu’en nous divisant nous pourrions diviser le dispositif et ainsi sortir de l’immense nasse policière que la préfecture entendait ériger autour de nous. Le choix de créer plusieurs cortèges répond donc à la volonté de conjuguer divers modes d’action et d’expression dans la lutte, mais aussi à la nécessité de dépasser des techniques policières toujours plus violentes, massives et élaborées.

Le déroulé de la journée

Dès l’ouverture du camp, un siège est tenté par les forces de l’ordre, visant à empêcher l’arrivée de soutien et de matériel lors des deux premières journées, le jeudi et le vendredi. Les flics, en nombre, protègent d’emblée la Crémade que nous avons prévu d’occuper pendant le week-end et procèdent à plusieurs contrôles poussés et à une arrestation. Cela se double d’un travail de renseignement, avec des relevés de plaques d’immatriculation et de nombreuses photos. Trois jours plus tard, le samedi, le dispositif est d’une ampleur impressionnante : 1600 gendarmes mobiles, des unités du PSIG, des services de renseignements, des hélicoptères, un avion, des drones, des canons à eau, des blindés, etc. Nous apprenons par l’infotraflic que des contrôles ont lieu jusque dans l’Aude. Le camp est un point au milieu d’une zone rouge interdisant presque toute circulation. L’arrivée des personnes est freinée par ce dispositif et nous redoutons de ne pas être assez nombreuses pour pouvoir former une manifestation conséquente. Au moment du départ des cortèges, sortir du camp nous paraît presque être une victoire en soi.

Dans la matinée du samedi, des flyers sont distribués en nombre sur le camp, afin d’expliquer la répartition en six cortèges. Un texte est censé donner le ton et l’ambiance de chacun d’entre eux sans pour autant expliciter leurs objectifs, dans un souci évident de confidentialité. Des drapeaux, associant une forme et une couleur, matérialisent les points de ralliement des différents cortèges. À partir de 12H30, les 10 000 personnes présentes sur le camp commencent à se répartir dans les différents cortèges, avant de partir (avec un peu de retard) dans des directions différentes, s’attelant à leurs objectifs.

Le premier cortège à se lancer est le jaune, dit « décarbonation », composé d’environ 40 cyclistes. Ce cortège a pour but de rejoindre le centre-ville de Castres mais est rapidement stoppé par un important dispositif de gendarmerie mobile (camions, barrières anti-émeute, etc.). Les cyclistes, qui ne manifestent aucune attitude hostile, tentent ensuite de dépasser une voiture de la BAC qui leur barre la route. Une personne se fait alors violemment plaquer au sol (elle sera accusée par la justice d’avoir « très légèrement » blessé les policiers et d’avoir « abîmé » leur voiture avec son vélo). D’autres cyclistes sont contrôlés et/ou gazés. Face à une telle réaction, le cortège vélo décide de rejoindre le cortège bleu pour grossir ses rangs.

Le cortège bleu « désenclavement » part du camp en second. Ouvert par une dizaine de tracteurs et annoncé comme le plus largement joignable de part ses faibles risques de confrontations avec les forces de l’ordre, il est le plus massif. Il est aussi un des deux seuls (avec les naturalistes) à avoir un parcours autorisé. Composé de plusieurs milliers de personnes, il se dirige, lui aussi, vers les abords de Castres, et se heurte, lui aussi, à un dispositif policier conséquent au niveau du pont de la RN126 sur l’Agout. Son objectif est de s’approcher le plus possible de la ville et de poser un péage en bois sur la route. Ce cortège est déclaré, pourtant quand la préfecture comprend que d’autres cortèges refusent de se cantonner aux quelques axes laissés libres au milieu de la zone rouge, elle transmet par téléphone le message suivant à la coordination : « vous dépassez les règles que nous (la préfecture) avons établies, si le cortège (bleu) s’approche de Castres, nous tirerons à vue ». Compte tenu de cette menace, malgré le tracé déclaré et autorisé, et de la présence visible de canons à eaux et de blindés, ce cortège prend la décision de ne pas se rapprocher du dispositif policier et de revenir vers le camp.

Le cortège violet « valorisation du territoire » démarre en troisième avec pour objectif l’occupation du lieu-dit de la Crémade, une ancienne bâtisse, proche du tracé et propriété d’Atosca. Les jours précédents la manifestation, l’entreprise y avait fait déverser 200 tonnes de fumier, avec l’espoir que cela empêcherait son occupation. Le samedi, plusieurs centaines de personnes s’élancent dans la foulée du cortège bleu en portant la charpente d’une cabane. Le lieu, situé en zone rouge à seulement quelques centaines de mètres du camp, est très rapidement investi : les gendarmes ont déserté l’endroit le matin même, après avoir passé deux jours les pieds dans le fumier-purin. Immédiatement, un goûter géant est organisé, pendant que des chants résonnent, que les bâtiments sont nettoyés, repeints et que des barricades sont érigées. Le soir, une grande assemblée de lutte s’y tient.

Les Naturalistes des Terres, en vert, composent le quatrième cortège (dit « compensation environnementale »). Il est, avec le cortège bleu, le seul déclaré et autorisé. Pourtant, la veille de la manifestation, la zone du Dicosa, où est censée évoluer le cortège, est placée en zone rouge. La préfecture mentionne un « oubli » et autorise les naturalistes à se rendre dans la zone, « sans garantie » toutefois. Plusieurs centaines de personnes partent donc explorer le Dicosa, une zone humide et protégée, située non loin du camp de base. On y compte plusieurs espèces protégées (des roucoups et doduos notamment), évidement mise en grand péril par le projet d’autoroute.

Le cinquième cortège à partir est le cortège or, dit « utilité publique ». Il s’aventure en zone rouge vers l’est du camp. En contournant les étangs du Dicosa, il souhaite rejoindre la RN126 avec comme objectif une des base-de-vie de NGE, qui se trouve vers la ville de Soual, non loin des bureaux de l’industriel Pierre Fabre. Initialement composé de quelques centaines de membres, le cortège atteint plus de mille personnes, rejoint en cours de route par toutes celles et ceux qui n’ont pas pu accéder au camp à cause du dispositif policier. Malgré le fait qu’il soit visiblement plus déterminé, qu’il progresse en pleine zone rouge et en direction de la base-de-vie, ce cortège ne croise aucune présence hostile sur son parcours. Mais lorsqu’il atteint le croisement de la RN126, bloqué par quelques barrières, la dizaine de camions de gendarmerie stationnés en amont de la route passent devant lui à toute vitesse pour rejoindre les autres troupes protégeant la base-de-vie située plus au sud. Arrivé au croisement, la foule investit la route nationale au niveau de l’entreprise Bardou, un sous-traitant du chantier de l’A69. Les gendarmes se déploient et installent à toute hâte des barrières anti émeute pour bloquer la route nationale en direction de la base-de-vie.

Le sixième et dernier cortège est le cortège rouge, dit « économie locale ». Suivant au départ le cortège or, il s’en détache rapidement pour bifurquer vers le sud. Son objectif est de traverser au plus vite la RN126 et de rejoindre la cimenterie Carayon, autre sous-traitant du projet de l’autoroute, pour y réaliser une action de désarmement. L’idée est d’entrer dans l’infrastructure et de l’égayer avec de la peinture et une banderole, afin d’afficher publiquement le rôle des entreprises locales dans ce projet ravageur. Sans croiser de force hostile lui non plus, le cortège rouge parvient facilement à cet objectif. Pour être sûr de bien faire passer le message, certain.es profitent même de l’intrusion pour incendier des locaux préfabriqués (contenant des ordinateurs dont la destruction mettra l’usine à l’arrêt pour quelques temps) ainsi que plusieurs véhicules et toupies de chantier. Le cortège rouge peut ensuite quitter les lieux sans encombre en empruntant la RN126, libérée des camions de gendarmerie quelques minutes auparavant, et rejoindre le cortège d’or qui l’attendait au croisement. Alors que les deux cortèges se rejoignent, une épaisse fumée noire s’élève de la cimenterie. Les gendarmes mobiles, se rendant sans doute compte de leur erreur, refluent vers l’entreprise mais… il est déjà trop tard !

Les deux cortèges ayant fusionné, ce sont maintenant plusieurs milliers de manifestante.s qui bloquent la route. L’entreprise Bardou, est alors prise pour cible par la manifestation. Les barrières tombent et certaines personnes s’aventurent à l’intérieur, repeignent et étoilent la façade. Les GM réagissent mollement par quelques tirs de grenades lacrymogènes, auxquels répondent des feux d’artifice. Après un moment d’incertitude, la décision est finalement prise de rentrer au camp pour soutenir l’occupation de la Crémade, déjà en place. Les flics continuent de gazer la queue de cortège, sans toutefois trop s’avancer. Signalons tout de même qu’à ce moment une personne est blessée à la jambe par un tir tendu de lacrymo.

Un peu plus de deux heures après leur départ, les cortèges se retrouvent à la Crémade et sur le camp pour organiser l’occupation et célébrer les victoires de la journée.

Analyse et critique

Une journée réjouissante

Grâce au nombre, à la mobilité, à la ruse, mais aussi, reconnaissons-le, à pas mal de chance, la stratégie de multiplier les cortèges et les objectifs s’est montrée payante. A la fin de la journée, la quasi totalité des objectifs ont été atteints. Attaquer des cibles et occuper un lieu en zone rouge à plusieurs milliers de personnes, en déjouant un tel dispositif policier et sans que personne ne soit arrêtée ou blessée gravement [2], constitue bel et bien un « coup de force » dont nous pouvons être collectivement fier.e.s.

D’autre part, nous avons su faire ensemble des choix décisifs dans le déroulé de la journée du samedi. La cible du cortège or était la base-de-vie, mais dès la préparation de la manifestation, il nous paraissait clair que cette dernière serait extrêmement protégée. Proche de la ville de Soual, des bureaux de Fabre et constituant un symbole de l’avancée des travaux, cette base était évidemment en tête de liste des infrastructures défendues par la préfecture. Le scénario d’approche d’une forteresse policière était quelque chose que tout le monde souhaitait éviter, notamment après l’épisode de Sainte-Soline le 25 mars dernier. Atteindre cette base-de-vie paraissait donc très peu probable, voir non désirable en réalité. Pourtant, nous diriger vers cet objectif avait pour intérêt de focaliser les forces de l’ordre à l’ouest et ainsi de couvrir l’action de désarmement du cortège rouge.

Comme évoqué dans le déroulé de la manifestation, alors que le cortège or rejoignait la nationale, un escadron de gendarmes mobiles s’est précipitamment déplacé depuis la zone industrielle où est située la cimenterie Carayon jusqu’à l’entrée de Soual, plus à l’ouest, pour y ériger à toute vitesse des barrières anti-émeute. L’arrivée massive du cortège or à proximité de la base-de-vie a alerté les GM et précipité leur départ. Elle a aussi capté l’attention du seul hélicoptère assigné à la partie ouest de la zone rouge. À l’est, vers Castres, les cortèges bleu et jaune ont également permis de fixer une partie des FDO et un hélicoptère. L’ensemble des cortèges a donc contribué au succès de cette manœuvre de diversion, laissant ainsi le champ libre au cortège rouge pour entrer dans l’usine de ciment, agir, et sortir sans encombre. Cette participation collective à la réalisation de gestes offensifs et à la mise en échec du dispositif policier est pour nous l’autre grande réussite du week-end.

Auto(bahn)critique

Ce qui nous apparaît comme moins réussi, ce sont les problèmes liés à la communication interne et externe des cortèges, et plus précisément celle du cortège or. Dans ce cortège, la lecture générale de la situation était un peu confuse. Une certaine latence s’est fait d’abord ressentir une fois arrivé sur la RN126. Il fallait attendre de savoir où en était le cortège rouge dans la réalisation de ces objectifs, et ne pas prendre le risque de déclencher une intervention des FDO alors qu’il se situait dans l’enceinte de la cimenterie. Ces informations ont eu du mal à circuler dans l’ensemble du cortège or. Ensuite, quand l’attaque de l’entreprise Bardou, devant laquelle le cortège stagnait, a finalement été lancée, celle-ci fut relativement brève et chaotique. Pour beaucoup de personnes présentes, la sensation frustrante d’avoir juste fait un aller-retour sur la nationale était fortement palpable. De toute évidence, le but de ce cortège n’était pas clair.

Évidemment, expliciter la stratégie de diversion en amont l’aurait rendue complètement inopérante. Elle exigeait un certain degré de confidentialité, d’autant plus que des flics en civil avaient infiltré les cortèges (sur ce point, précisons que deux faux-journalistes ont été identifiés et virés du cortège or au niveau de l’entreprise Bardou. Il se sont réfugiés dans l’enceinte du bâtiment, essayant de frapper les manifestants à coup de trépied de caméra). Outre la nécessité de la confidentialité, le problème de communication était dû au fait que trop peu de personnes étaient dédiées à relayer et transmettre les informations importantes au sein du cortège.

Il est compréhensible que des membres du cortège or aient ressenti de la déception, s’attendant peut-être à plus « d’intensité » et espérant exprimer autrement leur détermination. Rappelons que nous ne savions pas à quoi nous attendre en sortant du camp, et que l’absence de FDO fût presque une surprise. Rappelons également que ce type d’organisation implique une certaine responsabilité de la part des organisateur.ices et invite à la prudence. Si nous ne voulions pas nous écraser sur un dispositif de type fortin, nous envisagions d’avoir à répondre à des agressions, à tenir face au gaz ou à passer des lignes nous empêchant d’atteindre nos objectifs. Par chance, cela n’a pas été nécessaire. Dans ce contexte, nous ne pensions pas que l’affrontement avec la police était une fin en soi, mais seulement un moyen ou une étape pour atteindre nos cibles.

Ces ratés dans la communication ont sans doute joué sur la compréhension du moment vécu collectivement et donc de ses possibilités d’actions spontanées. Nous pensons en effet qu’il est nécessaire de laisser la place aux gestes qui déborderaient toute organisation, et que c’est aussi sans doute là que réside une forme d’action politique désirable et insaisissable pour l’État. La forme manif-action implique, elle, des limites d’ordre structurel en terme d’accès aux informations, de prises de décision, etc. Elle impose une tension irrésolue, et peut-être insoluble, entre des enjeux d’opacité et d’efficacité de l’action, et des enjeux de transparence et d’intelligence collective. Nous avons fait le choix de cette stratégie, parce que nous pensions qu’elle fonctionnerait. Cela a été le cas. Pour autant nous sommes conscient.es qu’il existe d’autres façons de faire et que ce choix ne doit pas s’imposer de manière systématique.

Malgré ces questionnements, la journée du samedi nous apparaît réjouissante et encourageante à plein d’égards. Les actions accomplies ont été un succès que nous voulons revendiquer, d’autant plus qu’elles sont portées et assumées par l’ensemble des membres de la coordination de lutte. Nous pensons qu’un cap à été franchi dans la confrontation avec l’État, NGE/ATOSCACA et les soutiens locaux qui tentent d’imposer par la force un projet déclaré par mille fois inutile et absurde. Nous nous en réjouissons et dans la diversité des composantes de la coordination, nous réaffirmons que nous sommes contre l’autoroute, et que nous entendons bien empêcher sa construction en poursuivant la montée en puissance du mouvement.

Dans une perspective où les luttes locales prennent de plus en plus d’ampleur à l’échelle du territoire, où leurs enjeux dépassent de loin la seule question écologique (Bassines, LGV, A69, etc.), et où la violence d’État est de plus en plus brutale et généralisée, il est de notre responsabilité collective d’interroger les formes que nous investissons si nous voulons continuer à les renforcer.

Pour ouvrir la discussion, voilà quelques questionnements qui nous traversent. Nous invitons quiconque lira ce texte à s’en emparer, à y répondre ou à en poser d’autres :

Quels sont les perspectives nouvelles et désirables d’organisation à des échelles de plus en plus grandes ? Comment créer les conditions pour plus d’auto-organisation au sein de tels évènements ? Comment articuler la tension entre l’efficacité d’une action dans une situation complexe et le fait de pouvoir s’en ressaisir collectivement ? Comment se protéger et mettre en échec collectivement une présence policière toujours plus poussée sur ce genre de mobilisations ? Quels sont les nouveaux imaginaires à trouver et à déployer pour les prochaines mobilisations de ce type ?

À plus sur la RN126 !


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Pour aller plus loin dans la réflexion, nous renvoyons à ces tois articles :
« Saïx, symbole d’une dépossession », sur Lundi matin.
« Sainte Soline : repenser nos stratégies de lutte depuis une logique d’autonomie et de soin », sur Terrestres.
« La faute à Sainte-Soline », sur La Grappe.

Et surtout, pour se tenir au courant de la lutte :
Collectifs impliqué au sein de la coordination contre l’A69
La Voie Est Libre
Extinction Rébellion Toulouse
Comité Soulevements de la Terre 31
Lauragais Sans Bitume
Labo des terres
Déroutes des routes

Notes

[1] La coordination est le cadre d’organisation commune des tous les collectifs luttant contre le projet de l’A69

[2] Nous n’évoquons là que le moment du samedi après midi dans les cortèges de l’ouest. Rappelons que tout au long du week-end, 9 personnes ont été arrêtées et une quarantaines de personnes blessées. Au moment où nous écrivons, certaines sont en attente de jugement.

Les théories du complot, enjeux politiques et perspectives critiques

Publié le 2023-10-22 21:20:06

Lundi 23 octobre, 19h.
Dans le cadre des Causeries au bar fédératif Les Clameurs, Antoine nous parlera des théories du complot.



De Donald Trump à Didier Raoult, des Gilets Jaunes au COVID19, ces dernières années ont été marquées par l’omniprésence médiatique du thème des théories du complot et de ses avatars « fake news », « intox » ou encore « post-vérité ».

Si la définition de la vérité du monde social a toujours été un enjeu fondamental pour toute lutte politique, on a vu émerger dans la guerre de l’information actuelle la figure du complotiste. Névrosé et paranoïde, ignorant et pourtant bouffis de certitudes, « libre penseur » fascisant, le conspirationniste n’en finit pas de susciter le dégoût. Avec ses cousins le « populiste » et l’« extrêmiste », celui-ci devient la risée des plateaux télé, où les éditocrates déplorent d’un même mouvement les écarts d’individus irrationnels et paranoïaques et de foules déraisonnables et passionnelles. L’heure est à la « méfiance » dans l’ère de la post-vérité et des réseaux sociaux… Heureusement qu’il reste des modérés raisonnables pour faire de la « pédagogie » !

Cette causerie a ainsi pour thème tant le complotisme que l’anticomplotisme. En cherchant à historiciser l’émergence de la notion et de ces usages politiques et à inscrire ces discours dans des rapports sociaux, on peut voir que complotisme et anticomplotisme servent bien souvent tout deux la Réaction, en faisant de la lutte des classes une lutte de la santé contre la folie, ou des « éclairés » contre les « manipulés ».