À Briançon, au 2 route du Fontenil, nous avons réouvert un ancien bar inoccupé, appartenant à la mairie.
Dans le briançonnais, les logements vides se comptent par milliers (2500 en 2020 selon l’INSEE), les chalets flambants neufs hébergent des riches quelques semaines par an. Le taux de résidence secondaires s’y élèverait à 60% (toujours 2020, toujours INSEE).
Dans les montagnes du briançonnais, les stations de ski pullulent, droit vers leur avenir absurde. D’ailleurs la France a prévu d’y accueillir les JO d’hiver 2030, s’enfonçant dans son délire écocide.
À Briançon, la frontière et l’État continuent à plonger des milliers de gens dans la misère.
À Briançon, à Vintimille, en Italie, en Pologne, en Grèce et à tant d’autres endroits on a tracé des lignes, et en fonction de quel côté de la ligne tu te trouve tu peux être traité comme un.e humain.e ou non.
À Briançon, la solidarité n’a pas bonne presse. Au cours des dernières années, de nombreux squats ont été ouverts, permettant à celleux qui le souhaitaient de se loger à long terme à Briançon : exilé.es, sans papier.es, précaires, militant.es.
Arnaud Murgia, maire divers droite de la ville, les a expulsé systématiquement et méthodiquement, mettant à la rue sans aucune solution de relogement des personnes sans ressource, parfois en plein hiver (le Pado en décembre 2023, la Familia en janvier 2024, pour ne citer que les derniers).
A Briançon, on se souvient aussi des rafles dans les rues en septembre 2023, où des dizaines de personnes sans papiers se sont faites embarquer par les flics et sont sorties avec une OQTF. Alors que le fascisme dicte sa loi à l’Assemblée, et que le nouveau ministre de l’intérieur en a fait sa mission personnelle de piétiner encore plus fort les droits des migrant.es, à Briançon on sait qu’ils trouveront un fidèle serviteur à la mairie.
Pourtant, à Briançon, nous souhaitons combattre les imaginaires racistes et oppresseurs.
Car depuis des années, à Briançon, s’organise la lutte contre les frontières, pour venir en aide aux personnes exilées traversant la frontière. Le tissu militant s’est organisé depuis des années pour clamer haut et fort qu’il n’y a pas de crise de l’immigration, mais une crise de l’accueil.
Palliant aux défaillances de l’État qui refuse de loger les personnes à la rue, dénonçant les pratiques violentes et la mise en danger de personnes à la frontière franco-italienne, c’est des centaines de personnes qui se rencontrent et s’impliquent dans de nombreuses associations et collectifs.
Nous sommes conscient.es de la séparation qu’il peut y avoir entre ce milieu militant et les habitant.es du coin. Les militant.es contre les frontières sont souvent diabolisées dans la presse, leurs revendications déformées, leurs actions discréditées.
Pourtant, habitant.es à long terme, de passage ou depuis peu, nous subissons toustes la violence capitaliste, l’accaparement des montagnes au profit de quelques riches. Les discours oppresseurs, qu’ils soient racistes, sexistes, transphobes, classistes, nous menacent, nous divisent, nous affaiblissent.
À Briançon, au 2 route du Fontenil, nous avons réouvert un ancien bar inoccupé, appartenant à la mairie. Nous souhaitons en faire un espace autogéré où fleurissent les rencontres et les activités, ouvert à toustes celleux qui souhaiteraient y passer, se poser pour un café, s’impliquer. On espère y voir plein de choses : des petits déjeuners solidaires, des activités sportives, une bibliothèque, un infokiosque, des permanences d’aide juridique aussi. Un lieu pour faire vivre le briançonnais, un lieu culturel et de lutte, un lieu de solidarité pour notre ville et au-delà.
Pour que des montagnes jaillisse la solidarité, soyons nombreu.ses à faire vivre cet espace !
Perspectives de lutte suite à l’action du 1er octobre : RDV mercredi 16 octobre, 18h30 au 1 bis impasse Lapujade.
Le 1ier octobre, dans le cadre de la traditionnelle déambulation syndicale de rentrée, nous avons ouvert un bâtiment a Jean Jaurès, vide depuis des années. Nous avons déployé des banderoles devant des rangées de keufs ahuris.
39 camarades ont été interpellé.es. Les OPJ ont été dépassés par notre nombre et notre stratégie collectiv : ne rien déclarer, pas même notre identités, et refuser la signélatique (empreinte, photos et ADN). Si l’écrasante majorité est ressortie au bout de 24h sous x et sans poursuites, on rappelle tout notre soutien aux quelques camarades qui se retrouvent face a la justice.
Ouvrir ce bâtiment, c’était revendiquer notre place dans l’espace public et refuser de rester isolé.e dans la lutte contre l’accaparement de la proprieté. Il est urgent de s’organiser collectivement avec celleux qui comme nous aspirent a des conditions de vies dignes et accessibles pour toustes. En transformant des espaces vides en des lieux d’organisation politique, on se rencontre, on partage et on concrétise nos perspectives révolutionnaires.
Nous restons deter à continuer cette dynamique d’ouverture et appelons maintenant a une AG publique pour réfléchir collectivement à de prochaines actions. Pour se réapproprier le cente-ville, occupons tous les bâtiments vides et organisons nous pour dégager les proprios et promoteurs, les AirBnB, saboter la LGV Toulouse-Bordeaux, le Grand Matabiau et autres projets de gentrifications.
Rendez-vous mercredi 16 octobre a 18h30 à l’Impasse, 1bis impasse Lapujade !
Si t’as envie, ramène de quoi manger en mode auberge espagnole !
Vives tensions à Lerm-et-Musset, à 75 km au sud de Bordeaux, sur un terrain privé où manifestent des collectifs d’opposants et le mouvement écologiste radical des Soulèvements de la Terre, samedi 12 octobre, contre la future ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) du Sud-Ouest. Dans l’après-midi, une partie des manifestants entre 20 et 30 individus, habillés en noir, s’en sont pris à un véhicule de gendarmerie, ensablé dans un pare-feu, cassant les vitres et montant sur le toit, comme le dénonce la préfecture de la Nouvelle-Aquitaine.
Le media Sud-ouest a diffusé une vidéo de cette attaque. « Les gendarmes étaient trois et ont essuyé des tirs de projectiles. Malgré l’envoi de quelques grenades lacrymogènes, ils ont rapidement abandonné le véhicule et ont disparu à pied dans la forêt », relate le journal.
Ces tensions ne sont pas les premières de ce rassemblement, placé sous surveillance par les autorités. Selon la préfecture de Gironde, un hélicoptère de la gendarmerie qui effectuait un survol du site des anti-LGV a été la cible de « plusieurs tirs » [de mortiers d’artifice ; NdAtt.] cette nuit, sans toutefois que l’appareil ou ses occupants ne soient atteints. […]
Au moins un millier de personnes sont rassemblées contre la liaison à venir entre Bordeaux, Toulouse et Dax. Les travaux ont commencé au nord de Toulouse mais l’autorisation nécessaire à des aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux (AFSB), préalables au chantier de la LGV lui-même attendu en 2028, reste à délivrer d’ici fin novembre.
La LGV vise à relier, en 2032, Toulouse à Paris en trois heures et dix minutes, gagnant une heure sur l’itinéraire actuel. Un embranchement traversant l’est de la forêt landaise doit rallier Dax à Bordeaux en vingt minutes de moins et, un jour, permettre des liaisons directes avec l’Espagne.
[…]
Mais les opposants — élus et parlementaires locaux, habitants, sylviculteurs ou viticulteurs — dénoncent un projet « mortifère » d’une quinzaine de milliards d’euros qui conduirait, selon eux, à l’artificialisation d’environ 5 000 hectares, en traversant notamment la vallée du Ciron, affluent de la Garonne, où se trouve une hêtraie ancestrale.
Ils prônent une rénovation des lignes existantes pour développer les « trains du quotidien » et critiquent l’imposition d’une taxe spéciale à 2 340 communes proches du tracé pour ce chantier « pharaonique », cofinancé par l’État, les collectivités locales et l’Union européenne.
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Mise à jour du lundi 14 octobre : les gendarmes, mauvais perdants, se vengent avec une perquisition du campement
France Bleu / dimanche 13 octobre 2024
Une perquisition a été menée dimanche en Gironde sur le campement des opposants à la future ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) du Sud-Ouest, au lendemain d’une mobilisation émaillée de dégradations, a annoncé le parquet. Entre 800 et 1.500 personnes étaient présentes.
La manifestation contre le projet de LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, qui s’est déroulée depuis samedi dans le sud de la Gironde, est terminée, annonce ce dimanche soir la préfecture de la Gironde dans un communiqué. Elle a réuni « au plus fort de l’événement entre 800 et 1 000 personnes » dont « 300 contestataires radicaux », précise la préfecture. Les organisateurs revendiquent la présence de 1.500 personnes.
Sur l’ensemble du week-end, trois personnes ont été interpellées et 4.500 véhicules et 5.900 personnes ont été contrôlés. Un véhicule a également été volé et un fourgon de gendarmerie a été dégradé samedi après-midi. Dimanche à 18h30, il ne reste plus qu’une quarantaine de véhicules sur le camp en cours de démontage, ajoute le communiqué.
Une perquisition a été menée dimanche sur le campement des opposants, a appris l’AFP auprès du parquet et des organisateurs. « Ce sont des actes d’enquête tout à fait classiques qui sont en cours », a précisé le parquet de Bordeaux, confirmant que les investigations étaient liées au saccage samedi après-midi d’un véhicule de gendarmerie enlisé, par des manifestants cagoulés en marge d’un cortège en forêt. Des équipements (casques, bouclier, jambières) avaient été volés dans le véhicule.
Le collectif LGV Non Merci et le mouvement écologiste des Soulèvements de la Terre ont par ailleurs revendiqué des « peintures, banderoles, désarmements » ayant visé dans la nuit de samedi à dimanche plusieurs sites d’entreprises impliquées dans le projet de LGV, dont le cimentier Lafarge. Selon LGV Non Merci, plusieurs unités de la gendarmerie, dont des équipes cynophiles, ont fait irruption dimanche sur le camp installé pour le week-end à Lerm-et-Musset, à 75 km au sud de Bordeaux.
Quelque 500 objets ont été saisis, « dont deux fusils de chasse, deux arbalètes, 50 armes blanches, de nombreux artifices ainsi que des boules de pétanque, frondes, masques et lunettes de protection », a précisé la préfecture.
One night not too long ago we hit the construction site beside the Grays Ferry bridge. We tore out surveying stakes and smashed the windows on one of the machines that's turning another of Philly's wild spots into an ugly ass dirt pile. We get off on frequent, diverse acts of sabotage that target the state's compulsive war on wildness. Stay wet and wild!
-a feral band of saboteurs
Le cinquième numéro de Chaline, un journal anarchiste mensuel de Limoges créé en mai 2024.
Extrait du numéro 5 :
“ Pour mettre fin aux violences patriarcales, c’est tout le système qui les permettent qui doit être détruit. Un système composé de multiples pièces en plus des violeurs et meurtriers. Ce sont les médecins qui refusent de faire des avortements, les institutions et individus qui couvrent les violeurs, la silenciation des victimes, la misère qui empêche de quitter un conjoint violent, les influenceurs masculinistes, les États qui stérilisent de force (comme l’État français à la Réunion), les pharmaciens qui refusent de distribuer la pillule, les films qui présentent violences et manipulations comme des signes d’amour, les mafieux qui exploitent les migrant·es…”
La culture de la sécurité et la sécurité opérationnelle, quand elles sont efficaces, empêchent les forces répressives de se renseigner sur nos activités criminelles, mais aussi sur nos vies, nos relations, nos déplacements, et ainsi de suite. Ces renseignements sont un énorme atout pour préciser une liste de suspects et mettre en place de la surveillance ciblée. Cet article va présenter quelques stratégies pour tuer le flic dans ta poche.
La localisation de ton téléphone est pistée en permanence, et ces données de localisation sont récoltées par des entreprises privées, ce qui permet à la police de les obtenir sans avoir besoin de mandat. Les identifiants matériels d’un téléphone et le nom lié à l’abonnement téléphonique sont enregistrés par chaque antenne à laquelle il se connecte. Grâce à des services de piratage à distance comme Pegasus, même des unités de police locales peuvent prendre le contrôle d’un téléphone, et ces services sont "zero-click," ce qui veut dire qu’il n’y a pas besoin que tu cliques sur un lien ou ouvres un fichier pour que ton téléphone soit piraté. D’un autre côté, après avoir échoué dans leur enquête sur plus d’une trentaine d’incendies volontaires dans une petite ville en France, des enquêteurs se sont plaint que "l’exploitation de la téléphonie ou des immatriculations de véhicules est impossible puisqu’ils opèrent sans téléphone et sans voiture !"
Chiffrement et géolocalisation
Dans une opération répressive récente contre un anarchiste, les flics ont pisté la localisation du téléphone du suspect en temps réel et établi une liste de toutes les personnes qu’il avait appelé. On sait bien que ce type de surveillance est courante, et pourtant nombre de camarades trimballent un téléphone où qu’iels aillent, ou appellent d’autres anarchistes "en clair". On pense qu’il faudrait mettre un terme à ces deux pratiques. Ne facilitons pas à ce point le travail des flics et des agences de renseignement en leur offrant nos relations sociales et nos données de localisation sur un plateau d’argent.
Si tu ne sors pas de chez toi avec un téléphone, les flics vont devoir recourir à la surveillance physique pour te localiser, ce qui leur demande beaucoup de ressources et peut être détecté. Et si jamais tu es placé·e sous surveillance physique, l’enquêteur va commencer par chercher à comprendre à quoi ressemblent tes déplacements habituels, et les données de localisation de ton téléphone offrent justement un aperçu détaillé de tes déplacements quotidiens.
Certain·e·s anarchistes pallient aux problèmes des smartphones en utilisant des bigos ou des téléphones fixes pour communiquer entre elleux, mais ce n’est pas une bonne solution. Les bigos et les téléphones fixes ne permettent pas de communiquer de manière chiffrée, et donc l’État sait qui parle avec qui et ce qui est discuté. Un but premier de la surveillance ciblée est de cartographier les relations sociales de la cible pour identifier d’autres cibles. Le seul moyen d’empêcher nos ennemis de cartographier nos relations est d’utiliser exclusivement des moyens de communication chiffrés quand on communique avec d’autres anarchistes par l’intermédiaire de la technologie.
Motifs de métadonnées
La normalisation de la connectivité permanente au sein de la société dominante a mené certain·e·s anarchistes à noter que les métadonnées téléphoniques sont utiles aux enquêteurs. Mais à partir de cette constatation, certain·e·s arrivent à la conclusion qu’on ne devrait "jamais éteindre son téléphone,", ce qui nous mène dans la mauvaise direction. Leur logique est que nos interactions avec la technologie forment un motif de métadonnées de base, et que les moments qui dévient de ce motif ont l’air suspects s’ils coïncident avec le moment où une action se produit, ce qui peut être utilisé par des enquêteurs pour préciser une liste de suspects. Même si c’est vrai, la conclusion opposée est bien plus sensée : les anarchistes devraient minimiser la création de motifs de métadonnées auxquels des enquêteurs pourraient avoir accès.
Nos connexions aux infrastructures de la domination doivent rester opaques et imprévisibles si on veut pouvoir continuer à frapper l’ennemi. Et si les repérages préalables à une action impliquent de passer un week-end entier sans appareils électroniques ? Il y a aussi le simple fait que les téléphones doivent être laissés chez soi pendant une action — cela ne dévie d’un motif que si on a habituellement toujours un téléphone avec soi. Dans une vie "toujours connectée", ces deux changements dans nos métadonnées feraient tâche, mais ce n’est pas le cas si l’on refuse d’être connecté en permanence. Pour minimiser l’empreinte laissée par tes métadonnées, tu dois laisser ton téléphone chez toi par défaut.
As-tu vraiment besoin d’un téléphone ?
Les téléphones ont colonisé notre vie quotidienne parce qu’on nous a fait croire qu’on a besoin à tout moment de communication synchrone. La communication synchrone c’est quand deux personnes communiquent en temps réel, à l’opposé d’une communication asynchrone comme les emails, où les messages sont envoyés à des moments différents. Ce "besoin" a été normalisé, mais cela vaut le coup d’y résister dans les réseaux anarchistes. L’anarchie ne peut être qu’anti-industrielle. On doit apprendre à vivre sans les commodités qui nous sont vendues par les entreprises de télécommunications, on doit défendre (ou raviver) notre capacité à vivre sans être connecté en permanence à Internet, sans les itinéraires en temps réel d’un GPS, et sans la possibilité de pouvoir toujours changer de plans à la dernière minute.
Si tu décides d’utiliser un téléphone, pour que ce soit aussi difficile que possible pour un adversaire de le localiser, d’intercepter ses messages, ou de le pirater, utilise GrapheneOS. Si on se met d’accord d’utiliser uniquement des moyens de communication chiffrés pour communiquer avec d’autres anarchistes, cela exclut les bigos et les téléphones fixes. GrapheneOS est le seul système d’exploitation pour smartphones qui offre un respect de la vie privée et une sécurité raisonnables.
Pour empêcher tes déplacements d’être pistés, considère le smartphone comme un téléphone fixe et laisse le chez toi quand tu sors. Même si tu utilises une carte SIM achetée anonymement, si elle est un jour reliée à ton identité, l’opérateur de téléphonie mobile peut rétroactivement obtenir l’historique de ses données de localisation. Si tu utilises un téléphone en suivant nos recommendations (en le connectant uniquement au Wi-Fi et en le laissant en permanence en mode avion), il ne se connectera pas aux antennes téléphoniques. Cela ne suffit pas de laisser le téléphone chez toi quand tu vas à une réunion, une manif ou une action parce que cela dévierait du motif formé par tes comportements habituels et serait un indice qu’une activité suspecte est en cours sur cette période.
Tu peux choisir de vivre entièrement sans téléphone, si tu penses ne pas avoir besoin d’une "ligne fixe chiffrée". Les stratégies qui suivent visent à minimiser la dépendance aux téléphones en utilisant des ordinateurs à la place (qui permettent aussi des formes de communication synchrone, bien que plus limitées).
Bureaucratie
Il y a beaucoup d’institutions bureaucratiques avec lesquelles on est obligé de communiquer par téléphone : institutions de santé, banques, etc. Il n’y a pas besoin de chiffrer ces communications, donc tu peux utiliser une application de voix sur IP (VoIP). Cela te permet de passer des coups de fil par Internet plutôt que par les antennes téléphoniques.
Les applications VoIP disponibles sur ordinateur sont asynchrones car elles ne sonnent pas quand l’ordinateur est éteint — quand tu loupes un appel il faut consulter la boîte vocale. Par exemple, un service comme jmp.chat te donne un numéro VoIP, que tu peux payer en Bitcoin, et tu peux passer des appels avec une application XMPP — par exemple Cheogram.
Un numéro VoIP fonctionne généralement pour l’authentification à deux facteurs (quand un service te demande de recevoir un code aléatoire par SMS pour te connecter). Pour ça, les numéros de téléphone en ligne sont une autre option.
Bien que ce soit souvent plus cher qu’un numéro VoIP, un bigo ou téléphone fixe dédié fonctionne bien aussi pour passer et recevoir des appels "bureaucratiques" depuis chez soi.
Communication
Ne pas avoir de téléphone sur toi en permanence nécessite de changer la manière dont tu sociabilises si tu es déjà pris·e dans la toile. Minimiser intentionnellement la médiation des écrans dans nos relations sociales est un but précieux en soi.
Utiliser une "ligne fixe chiffrée" pour passer des coups de fil et un ordinateur pour nos communications chiffrées nous permet d’éviter le flot sans fin des notifications sur un appareil toujours à portée de main.
Cela nous ferait beaucoup de bien d’examiner attentivement la monoculture des groupes Signal qui ont remplacé les rencontres en face-à-face dans certains réseaux anarchistes. La culture du smartphone capture nos relations d’organisation et nous force à participer à une longue réunion sans fin relativement facile à surveiller.
Ceci dit, les communications chiffrées peuvent être utiles pour décider d’une date et d’un lieu où se rencontrer, ou pour s’organiser quand on habite loin les un·e·s des autres. Voir Encrypted Messaging for Anarchists (Applications de messagerie chiffrées pour anarchistes) pour des options adaptées à un modèle de menace anarchiste.
Appels d’urgence
C’est souvent possible d’emprunter le téléphone d’un passant dans la rue pour passer un appel d’urgence si on lui dit que notre téléphone n’a plus de batterie. Si on ne peut pas recevoir d’appels d’urgence, on peut prévoir de passer les un·e·s chez les autres ou de s’envoyer des messages chiffrés à des moments convenus à l’avance. Quels scénarios nécessitent vraiment que tu sois disponible pour recevoir un appel à tout moment ? Si c’est le cas dans ta vie, tu peux t’organiser en fonction de ça sans projeter cette urgence sur tous les aspects et moments de ta vie.
Itinéraires
Achète une carte papier de la zone et prends-la avec toi. Pour des trajets plus longs ou des trajets pour lesquels tu as besoin d’un itinéraire, note les itinéraires à l’avance avec OpenStreetMap.
Musique et podcasts
Ils font toujours des lecteurs MP3 ! Pour un prix bien moindre qu’un téléphone, tu peux écouter de la musique et des podcasts, mais l’appareil n’a ni GPS ni module radio. Ceci dit, ça ne veut pas dire que tu ne peux pas être géolocalisé·e via un lecteur MP3. S’il se connecte au Wi-Fi, la position approximative de ton lecteur MP3 peut être déterminée à partir de son adresse IP.
Il est toujours avec nous, toujours allumé, peu importe où on est ou ce qu’on fait. Il nous tient informé de tout et de tout le monde : ce que font nos ami·e·s, l’horaire du prochain métro, quel temps il fera demain. Il prend soin de nous, nous réveille le matin, nous rappelle nos rendez-vous importants, et est toujours à notre écoute. Il sait tout sur nous, quand est-ce qu’on se couche, où on est et quand, avec qui on communique, qui sont nos meilleur·e·s ami·e·s, quelle musique on écoute, quels sont nos hobbies. Et tout ce qu’il demande c’est un peu d’électricité de temps en temps ?
Quand je me promène ou que je prends le métro, tout le monde en a un, et personne ne tient plus de quelques secondes sans aller frénétiquement le chercher dans sa poche, le téléphone est sorti, un message est envoyé, un email lu, une photo likée. Il est rangé, petite pause, et on recommence, consultant les nouvelles du jour et ce que font nos ami·e·s...
Il est avec nous aux toilettes, au travail ou à l’école, et il aide apparemment à surmonter l’ennui quand on attend, on travaille, etc. Serait-ce peut-être une raison du succès de tous ces appareils technologiques, que la vraie vie est si ennuyeuse et monotone que quelques centimètres carrés d’écran sont presque toujours plus excitants que le monde et les personnes qui nous entourent ? Est-ce qu’il est comme une addiction (les gens ont clairement des symptômes de manque...) ou est-ce qu’il fait désormais partie de notre corps ? Sans lui, on perd nos repères et on a l’impression que quelque chose manque ? Donc ce n’est plus juste un outil ou un jouet, mais une partie de nous qui exerce aussi un certain contrôle sur nous, à laquelle on s’adapte, par exemple, en ne sortant pas de chez soi sans une batterie pleine ? Est-ce que le smartphone est la première étape qui brouillera la frontière entre humain et machine ?
Quand on voit ce que les technocrates en tout genres prophétisent (lunettes connectées Google, puces implantées, etc.), on dirait presque qu’on est en voie de devenir des cyborgs, des gens avec des smartphones implantés qu’on contrôle par la pensée (jusqu’à ce que nos pensées elles-même soient enfin contrôlées). Ce n’est pas surprenant que les médias, porte-paroles de la domination, ne nous montrent que les aspects positifs de cette évolution, mais c’est choquant que presque personne ne questionne cette vision. C’est probablement le rêve de tout chef d’État : pouvoir contrôler les pensées et actions de chacun et intervenir immédiatement en cas de problème. Des abeilles ouvrières complètement contrôlées et surveillées qu’on récompense par un peu de fun (virtuel) pendant que quelques-uns profitent.
Avec les immenses quantités de données facilement accessibles à propos de tout et de tout le monde à tout moment, le contrôle social et la surveillance ont atteint de nouveaux sommets. Cela va bien plus loin que la surveillance des téléphones et des SMS (comme on a pu voir pendant les émeutes de 2011 au Royaume-Uni). L’accès à une telle quantité d’informations permet aux agences de renseignement de définir ce qui est "normal". Ils peuvent déterminer quels endroits sont "normaux" pour nous, quels contacts sont "normaux", etc. En bref, ils peuvent repérer rapidement et presque en temps réel si des gens dévient de leur comportement "normal". Cela donne un immense pouvoir à certaines personnes, qui est utilisé à chaque opportunité (pour surveiller les gens). La technologie fait partie du pouvoir, provient du pouvoir et a besoin du pouvoir. Il faut un monde dans lequel des individus ont un pouvoir extrême pour permettre la production de quelque chose comme le smartphone. Toute technologie est un produit du monde oppressif actuel, fait partie de lui, et le renforce.
Dans le monde d’aujourd’hui, rien n’est neutre. À ce jour, tout ce qui a été ou est développé est conçu pour étendre le contrôle et faire de l’argent. De nombreuses innovations de ces dernières décennies (comme le GPS, l’énergie nucléaire, ou Internet) proviennent même directement de l’armée. La plupart du temps ces deux aspects vont main dans la main, mais le "bien-être de l’humanité" n’est certainement pas une motivation, surtout dans ce qui est développé par l’armée.
Peut-être que prendre l’exemple de l’architecture peut mieux illustrer quelque chose d’aussi complexe que la technologie : prenons une prison vide et désaffectée, que peut-on faire de cette structure sinon la détruire ? Son architecture même, ses murs, ses miradors, ses cellules, contiennent déjà la raison du bâtiment : emprisonner des gens et les détruire psychologiquement. Cela serait impossible pour moi de vivre là, parce que le bâtiment même est oppressif.
De la même manière, les technologies d’aujourd’hui nous sont présentées comme un progrès visant à nous faciliter la vie. Elles ont été conçues dans le but de faire de l’argent et de nous contrôler, et auront toujours cela en elles. Peu importe les bénéfices supposés que tu retires de ton smartphone, ceux qui s’enrichissent en collectant tes données et en te surveillant vont toujours retirer plus de bénéfices.
Si par le passé on disait que "la connaissance c’est le pouvoir", aujourd’hui on pourrait dire que "l’information c’est le pouvoir". Plus les chefs en savent sur leurs troupeaux, mieux ils peuvent les dominer — ainsi, la technologie dans son ensemble est un outil de contrôle puissant pour prévoir et donc empêcher les gens d’attaquer ensemble ce qui les oppresse.
Ces smartphones ont l’air d’avoir besoin d’un peu plus que juste un peu d’électricité... Au sein de notre génération, qui a au moins connu un monde sans smartphones, il y a peut-être encore quelques personnes qui comprennent ce dont je parle, qui savent encore ce que c’est que d’avoir une conversation sans vérifier son téléphone toutes les trente secondes, de se perdre et découvrir de nouveaux endroits, ou de débattre sans demander immédiatement la réponse à Google. Mais je ne veux pas revenir au passé, même si ce ne serait de toute façon pas possible. Mais plus la technologie pénètre nos vies, plus cela semble difficile de la détruire. Et si nous étions une des dernières générations à pouvoir empêcher l’évolution des êtres humains en machines entièrement contrôlées ?
Et si à un moment on devient incapables d’inverser cette évolution ? L’humanité a atteint une nouvelle étape historique dans le domaine de la technologie. Une étape où elle est capable d’annihiler toute vie humaine (énergie nucléaire) ou de la modifier (manipulation génétique). Ce fait démontre une fois de plus la nécessité d’agir aujourd’hui pour détruire cette société. Pour ça, on a besoin de se rencontrer les un·e·s les autres et d’échanger des idées.
N’est-ce pas évident que si, au lieu de se parler les un·e·s aux autres, on communique uniquement par messages de cinq phrases ou moins, cela aura des effets sur le long terme ? Apparemment non. Tout d’abord, la manière dont on pense influence la manière dont on parle, et inversement — la manière dont on parle et communique influence la manière dont on pense. Si on est seulement capable d’échanger des messages courts et concis, comment peut-on discuter d’un monde complètement différent ? Et si on ne peut même pas discuter d’un autre monde, comment l’atteindre ?
La communication directe entre individus autonomes est la base de toute rébellion partagée, c’est le point de départ de rêves partagés et de luttes communes. Sans communication directe, toute lutte contre ce monde et pour la liberté est impossible.
Donc débarrassons-nous du smartphone et rencontrons-nous en face-à-face dans une insurrection contre ce monde ! Devenons incontrôlables !
Appel à soutien pour la Demande de Mise en Libération pour le camarade mis en Détention Provisoire suite au rasso anti-transphobe de l’AG Antifa Paname Mardi 15 octobre, à partir de 13h30, Tribunal Judiciaire de Paris - métro Porte de Clichy
Appel à soutien pour la Demande de Mise en Liberté pour le camarade mis en Détention Provisoire suite au rasso anti-transphobe de l’AG Antifa Paname - Mardi 15 octobre, à partir de 13h30, Tribunal Judiciaire de Paris - métro Porte de Clichy
Le 05/10, à la suite d’un rassemblement public contre une dédicace du livre des transphobes Stern et Moutot accompagnées de leurs amis fafs, 64 personnes sont interpellées par la BRAV-M et une cinquantaine sont mises en GAV.
Si la grande majorité des interpellé-es sont sorti-es sans poursuites, 2 camarades ont été déféré-es au tribunal lundi dernier et l’un d’elleux a été envoyé en Détention Provisoire. Il est depuis incarcéré au Centre Pénitentiaire de Fresnes.
Mardi 15 octobre a lieu l’audience pour la Demande de Mise en Liberté du camarade.
Soyons nombreux en solidarité et pour ne laisser personne seul face à la répression ! RDV à partir de 13h30 au Tribunal Judiciaire de Paris (métro Porte de Clichy)
Appel à soutenir quatre inculpé-e-s le 15 octobre 2024, arrêté-e-s à la suite d’un tractage dans une agence Pôle Emploi début 2023
Le 15 octobre 2024 à 13h30 aura lieu au tribunal de Nanterre, 18e chambre, le procès de quatre camarades arrêtés en 2023 au début du mouvement contre la réforme des retraites. Ils comparaîtront pour les chefs d’accusation de violences sur PDAP (sans ITT), de dégradations légères commises en réunion et de refus de signalétique pour 2 d’entre eux. Ce qu’il y a derrière ces chefs d’accusation qui tombent à la pelle au quotidien, et surtout lors des moments de luttes et de révoltes – ce sont des accusations qui n’ont pas arrêté de pleuvoir pendant l’année 2023, des prémices du mouvement contre la réforme des retraites aux suites de la répression des émeutes autour de la mort de Nahel Merzouk, et qui continuent leur train en 2024 - , c’est la répression pro-active d’une simple action de tractage dans l’agence Pôle Emploi de Nanterre, à la suite d’un appel de l’AG Autonome qui tentait de s’organiser dans les premiers mois de l’année 2023, en vue d’élargir la contestation contre la réforme des retraites à une critique de la mise au travail. En effet, le contexte était celui des réformes du passage de Pôle Emploi en France Travail qui commençaient à s’amorcer, avec leurs cortèges de dispositifs de contrôle (tels que celui, encore en phase de test actuellement, mais qui devrait se généraliser et s’officialiser dès janvier 2025, de mise au travail obligatoire 15H par semaine des RSAstes et de certains chômeurs).
Le 15 février 2023, au Pôle Emploi de Nanterre, c’est la gendarmerie nationale qui organisait une journée de recrutement, alors même que la préfecture de Paris, le ministre de l’intérieur et les différents corps de police semblaient être au taquet pour enrayer le mouvement social naissant. Un tract avait été écrit et diffusé contre cette journée de recrutement (à relire ci-dessous, ainsi que le tract d’appel à rejoindre l’AG autonome). À la lecture des dossiers des inculpés, on peut constater que, du point de vue de la police, tous les ingrédients étaient là pour que leur montent à la tête mille et un scénarios dignes des séries policières les plus navrantes : la filature était en réalité installée dès les abords de la sortie de la gare RER Nanterre - Ville où avait publiquement donné rendez-vous l’AG autonome, et la dizaine de personnes rassemblées ce matin-là avait été suivie dans Nanterre jusqu’à l’agence. Une fois la machine à filaturer et à anticiper enclenchée, tout n’a été qu’une suite rocambolesque d’augmentation des moyens policiers, civils et en uniforme, dans une véritable fuite en avant du dispositif : alors que les militants étaient dispersés après leur action, vaquant peut-être chacun au reste de leurs journées respectives, quatre ont été retrouvés dans des situations chacune très singulières, avec le privilège d’être arrêtés seuls et par surprise, jusqu’à presque deux heures après l’action ! L’un sera mis en joue, l’autre plaqué contre une vitre d’un magasin de pompes funèbres, et l’une sera même arrêtée dans le métro à Place de Clichy par une dizaine de policiers de Paris, à plusieurs kilomètres du lieu du « crime ». Tous seront mis en garde à vue au commissariat de Nanterre pour une trentaine d’heures. Le Pôle Emploi de Nanterre et un baqueux en civil se porteront partie civile, mais on sent progressivement à la lecture du dossier que l’affaire est progressivement désinvestie et que tout retombe un peu : n’était-ce pas...qu’un tractage ?
Toujours est-il que les quatre inculpés sont ressortis avec une convocation à un procès ultérieur, qui a depuis été reporté au 15 octobre 2024. Tous ont choisi de garder le silence en garde à vue et ont pensé leur défense de manière collective.
Soyons présents au tribunal lors de leur audience :
Ce mardi 15 octobre à 13h30
à la 18e chambre du Tribunal Judiciaire de Nanterre
179 avenue Joliot-Curie à Nanterre RER A Nanterre – Préfecture
Et continuons à bien plus que tracter, à critiquer les dispositifs de travail et les dispositifs policiers (surtout lorsqu’ils marchent main dans la main), et surtout ne nous laissons pas faire tous seuls face à la justice !
Retour sur l’action du 5 octobre contre Stern et Moutot, et mise au point sur l’usage de la violence.
Soyons clairEs : Nous sommes des anarchistes queers et criminels, et ce monde ne nous suffit pas, et ne nous suffira jamais. Nous voulons anéantir la morale bourgeoise et réduire ce monde en poussière. Nous sommes là pour détruire ce qui nous détruit.
Mary Nardini Gang, Intimité Criminelle
TRANSULTRAVIOLENCE
Samedi 5 octobre, tout un emballement médiatique a eu lieu autour d’une action initiée par l’AG Antifa Paname pour tenter d’interrompre la journée de dédicaces de Stern et Moutot et de tous leurs amis fascistes. Interceptées par un déploiement massif de la BRAV-M avant de pouvoir s’approcher de la péniche où avait lieu la sauterie transphobe, 63 personnes ont été interpellées et une cinquantaine ont été mises en garde à vue par les keufs - une personne dort actuellement en taule suite à la détention provisoire prononcée par un chien de juge tandis qu’une autre va devoir pointer au commissariat dans le cadre d’un controle judiciaire.
Tout de suite, la préfecture et le parquet ont joué les enchères de la meilleure histoire à raconter aux journaleux de préfecture : 64 antifas masquées ont été arrêtées en possession d’armes blanches et d’explosifs ! Les exagérations par le biais qualifications juridiques sont routinières et attendues : en effet, certaines personnes sont venues équipées de matraques télescopiques, de fumigènes, de mortiers d’artifice, de pétards, d’œufs de peinture ou d’un opinel (qu’il traînait au fond d’un sac ou qu’il fut destiné à un faf, on ne le saura jamais...). Évidemment, tout le monde s’était masquée ou cagoulée ; on aura cependant évité le dramatisme du dress code black bloc, l’antifascisme étant semble-t-il la tendance fashion de la rentrée. Ce banditisme vestimentaire est allé arracher leurs meilleures larmes aux transphobes du weekend : Stern comme Moutot n’ont eu de cesse de chouiner dans d’innombrables tweets sur les (valides et légitimes) menaces de mort et atteintes à leur vie, ou la récente annulation de leur événement versaillais.
Si ce n’était pas déjà assez désagréable pour nos oreilles, elles ont rapidement été rejointes dans leur grand brouhaha victimaire par tous les professionnels de la dissociation des milieux militants et LGBTI+ - et notamment leurs composantes innocentistes. On a ainsi pu voir à l’oeuvre les Grandes Organisations Inutiles, telle Du Pain et Des Roses dont la seule action restera d’avoir apposé ses logos sur un visuel moche plutôt que de repartager les appels autonomes à rassemblements devant les commissariats, déballer leurs discours victimaires habituels sur la répression qui s’abattrait sur de pauvres « manifestant-es contre la transphobie ». Les vautours professionnels font ainsi, comme à leur habitude, de la répression « injuste » le sujet principal d’une action ; des keufs les seuls possesseurs d’une quelconque agentivité ; d’une action allant à l’affrontement et visant à empêcher les fascistes d’exister dans l’espace public (ou tout court) une simple manifestation « pacifique » contre une vague transphobie abstraite.
Sans doute que les pacificateurs usuels auraient préféré que nous nous inspirerions d’eux pour organiser un rassemblement inutile et négocié avec la préfecture loin de la sauterie fasciste. N’en leur déplaise, certaines d’entre nous préfèrent les mortiers et les télescos à aller agiter des drapeaux à dix kilomètres pour faire de jolies photos. Nous ne sommes en tout cas pas surprises qu’aucune de ces organisations n’ait rejoint ou repartagé l’action avant qu’elle ne soit réprimée - comme elles ont ignoré les sabotages incendiaires contre la conférence de Stern et Moutot à Lyon, ni fait quoique ce soit de leur côté contre cet événement parisien. Après tout, nombre d’entre elles s’étaient déjà dissociées au moment du contre-rassemblement à la conférence de Stern et Moutot à Assas en mai dernier, rejetant l’usage de la grande violence politique que fut le slogan « Une TERF, une balle, justice sociale » ou l’idée de « donner de la visibilité » aux TERFs en question en allant les confronter et affronter directement.
Vautour parmi les vautours, les poucaves journalistiques de Streetpress (répétées par Mediapart et compagnie) se sont empressées de cueillir les témoignages les plus innocentistes qu’ils ont pu trouver en sortie de GAV. Un énième discours victimaire est ainsi apparu à travers une « bande de trans et de bisounours queers » qui se seraient « mis en boule et pleuré » en cas de « bagarre avec les fafs » et affirment qu’il n’y a eu « ni dégradation, ni violence, ni appel à l’insurrection ». Dissociation dégueulasse mise à part, nous nous sentons évidemment insultées par le ridicule de ce dernier point : appel à l’insurrection il y avait, et il y aura toujours. Peu importe les dissociations, l’absence supposée de dégradation ou de violence n’est pas justifiée par une absence de désir de faire advenir l’un comme l’autre, mais bien par l’interception précoce par les keufs. Que les bisounours se tiennent sages si iels le veulent, certaines d’entre nous auraient coulé la péniche et tous ses fafs avec si nous en avions eu l’occasion. Que les journaleux de Streetpress gardent leurs torchons pour eux, certaines d’entre nous avaient bien la volonté d’en découdre.
Nous ne nous opposons pas aux transphobes et aux fascistes dans le joyeux monde du débat des idées, ni pour s’imposer dans l’espace médiatique : nous nous opposons physiquement et violemment à leur existence toute entière, comme eux s’opposent aux notres. Il n’y aura pas de réconciliation possible avec les fascistes, et il faudra bien un jour en découdre. Il faudra bien que la peur s’installe durablement dans leur camp et dans leurs têtes pour que leurs idées mortifères disparaissent à tout jamais. Cela ne pourra se faire que par la force et la violence, et donc par l’éclatage des têtes en question. Dans cette optique, une matraque télescopique semble être un pas dans la bonne direction.
Les discours innocentistes et les dissociations de tous bords ne nous surprennent que très peu : nous y sommes habituées. Syndicats, partis et organisations politiques font de la dissociation de toute action ou initiative autonome la base de toute leurs communication et modes d’organisation, une activité primordiale de chaque mouvement social. Les mouvements et milieux LGBTI+ sont traversés et gangrénés depuis bien longtemps par des lignes assimilationnistes et innocentistes. Au sein du militantisme LGBTI+, même celui qui s’approprie et dévoie des termes et concepts tels que TransPédéGouines ou Pink Bloc, le pacifisme, la non-violence et la victimisation priment. Nous y sommes habituées, et nombre d’entre nous, anarchistes et autonomes trans, désertons la majorité des espaces d’organisation LGBTI+ pour ces raisons. Le récent mouvement Riposte Trans contre l’ignoble loi transphobe des Républicains nous l’a démontré une énième fois : rien d’intéressant ou de pertinent ne se déroule dans ces espaces ultra-pacifiées - nous n’avons rien à y faire ou y trouver.
Notre propre auto-organisation au sein des espaces autonomes et anarchistes - comme envers et contre certains de ces espaces terriblement cis- ou hétérochiants - nous permettra toujours bien plus de rencontrer complices et copaines avec qui partager nos désirs, modes d’organisation et d’action. Ce n’est que par ce biais que nous pouvons affronter la transphobie et imaginer un monde sans celle-ci, ni aucun de ceux qui la propagent. Ce n’est que par ce biais que nous pourrons nous débarrasser de l’emprise du genre, du sexe et de toutes autres absurdités du genre qui catégorisent, hiérarchisent et répriment nos corps et nos vies.
Ces espaces ne sont néanmoins pas non plus homogènes ni forcément toujours pertinents. Si cela paraît enfin une évidence, c’est au fruit d’années de luttes parfois ultra-minoritaires et isolées que les milieux antifascistes s’emparent désormais de la lutte contre les fascistes transphobes - et seulement après que celles-ci aient entièrement consommé leur mariage avec les plus viles des franges ouvertement fascistes. La composition d’espaces d’organisation telles que l’AG Antifa Paname reste diverse et implique de nombreuses positions divergentes. S’il paraissait évident de se mobiliser contre la sauterie de Stern et Moutot ce 5 octobre, les modalités d’organisation et d’action étaient loin d’être évidentes, ni partagées. Elles ne le sont toujours pas, et ne le seront jamais, en témoignent les lignes pacificatrices qui s’expriment actuellement de partout - mais surtout et notamment du commentariat des réseaux sociaux. Des débats ridicules et déplorables sur « la violence » ou « les affrontements » ont eu lieu à l’AG même qui a précédé et organisé l’action organisée le weekend dernier.
L’éternelle ligne essentialiste ne tarde jamais à apparaître lorsque les défenseurs de la non-violence viennent s’exprimer sur l’usage que certaines d’entre nous font de la violence. Que ce soit par des féministes cis ou que ce soit par des pacifistes trans, notre soi-disant socialisation masculine sera toujours ramenée sur la table pour nous empêcher d’agir avec violence : soit pour démontrer qu’on est bien des mecs puisqu’on est violentes, soit pour nous protéger nous pauvres meufs trans diabolisées qui devons être bien sages pour montrer qu’on est bien des ptites meufs inoffensives. Ce double discours s’applique tout autant aux mecs trans : soit ils montrent patte blanche en épousant la non-violence pour montrer qu’ils sont bien safes et pas comme les autres mecs, soit ils démontrent que la violence est bien un acte intrinsèquement viriliste et masculin (et évidemment validiste quand on veut pousser la bêtise encore plus loin) de par leur usage de celle-ci. Ce sont bien les féministes les plus « safes » et « pro-trans », et parmi elles bon nombre de personnes trans de toutes les organisations pacificatrices inutiles, qui viennent nous mégenrer ou nous réassigner comme hommes dès lors que nous revêtons un simple k-way. Elles n’ont pas attendu et n’attendront jamais les TERFs les plus transphobes pour effacer nos expériences de trans et de meufs au profit de la préservation de leurs lignes pacificatrices essentialistes. Nous ne trouverons jamais de « sororité » ou « d’adelphité » ni parmi ces meufs, ni parmi ces personnes trans.
Qu’ils et elles aillent tous et toutes se faire foutre ! Nous sommes violentes car nous sommes trans. Nous sommes violentes car nous sommes des meufs. Nous sommes violentes car nous sommes anarchistes.
Nous sommes violentes et dangereuses car ce monde est violent et dangereux. Nous sommes violentes et dangereuses car nous vivons la violence de la transphobie, du sexisme, de l’hétérosexualité et du capitalisme au plus profond de nos chairs. Nous sommes violentes et dangereuses car c’est le seul langage que les classes dominantes puissent comprendre. Nous sommes violentes et dangereuses car il est nécessaire et impératif de l’être. Nous sommes violentes et dangereuses car nous pensons que c’est la seule stratégie révolutionnaire valable. Nous sommes violentes et dangereuses car nous désirons nous venger. Nous sommes violentes et dangereuses car nous le désirons au plus profond de nos êtres. Nous sommes violentes et dangereuses car nous aimons ça. Nous sommes violentes et dangereuses car nous aimons et désirons les sensations et sentiments que l’usage de la violence fait surgir de nous.
La seule complicité que nous recherchons est une complicité insurrectionnelle, et nous la retrouverons toujours plus dans le black bloc, dans les émeutes, dans les squats et dans les actions clandestines que dans leurs espaces aseptisés.
Nous sommes de celles qui ont formé un black bloc le 6 mai dernier devant Assas, pour perturber la conférence de Stern et Moutot et en découdre avec leurs copains fachos.
Nous sommes de celles qui ont crâmé le compteur électrique et fracassé les vitres de l’école de Marion Le Pen, contre la venue de Stern et Moutot en conférence le 19 septembre, et qui n’auraient pas hésité à en découdre avec leurs copains fachos.
Nous sommes de celles qui sommes venues pour en découdre à « l’arme blanche », aux « explosifs » et aussi sans rien dans les poches, ce 5 octobre à la péniche où se rassemblaient Stern, Moutot et leurs copains fachos.
Elles désirent notre mort, et nous désirons la leur.
Avant toute chose, nous désirons et revendiquons l’usage de la violence politique. Nous revendiquons tout appel à l’insurrection, car nous essayons chaque jour d’avancer vers celle-ci. Nous la désirons plus que tout et nous n’arrêterons jamais d’essayer - il en va de nos vies et du seul choix acceptable que nous pouvons faire pour vivre celles-ci. Nous ne nous contenterons jamais de déambulations pacifiques, de rassemblements symboliques, de manifestations lointaines inutiles. Nous refusons de nous cantonner aux modes acceptables d’organisation du militantisme, de participer à la course éternelle de recrutement d’organisations toutes teintées de transphobie et de violences sexuelles, de nous insérer dans ce cadre « militant » et « activiste » qui en ferait un second travail à gérer en respectant ses cadres et traditions.
Nous n’y voyons aucun intérêt : tout d’abord par l’inutilité et inefficacité chroniques de ce mode d’organisation et, au fond, surtout parce qu’on s’y ennuie à mourir. Nous voulons vivre et non survivre, ainsi nous ne nous satisferons jamais des voies réformistes ou assimilationnistes qui voudraient nous intégrer à la société hétérosexuelle. Nous voulons vivre pleinement, et pour cela nous rejetons ce monde et tout ce qui le compose, et ainsi nous conspirons chaque jour pour sa destruction la plus totale. Nous voulons vivre pleinement, et la seule voie pour vivre est celle de l’insurrection.
Ce n’est pas parce que nous avons grandi en tant que garçons que nous recherchons et usons de la violence. Nous sommes violentes car nous sommes des femmes, et cette expérience justifie pleinement toute violence que nous pourrions exercer. C’est bien parce que nous avons choisi de devenir des femmes au cours de nos vies que nous ne pourrons jamais comprendre l’attrait du féminisme cis soi-disant radical pour la non-violence sous toutes ses formes. Tout dans l’expérience du patriarcat pousse à la révolte, assumons-la, embrassons-la. Nous ne devrions jamais avoir à nous sentir comme les petites choses faibles que les hommes veulent faire de nous : ce sont les violeurs qui devraient avoir peur de rentrer chez eux chaque soir au risque de se faire planter, ce sont les mascus qui devraient avoir peur de rentrer chez eux chaque soir au risque de se retrouver sous les coups de télescos, ce sont les flics qui devraient avoir peur de rentrer chez eux chaque soir au risque de se faire allumer de tous feux.
Il n’y a bien que dans la violence insurrectionnelle que nous ressentons le patriarcat trembler, que nous pouvons rendre tous les coups que nous prenons chaque jour. Ce n’est qu’à travers la violence émeutière qui s’abat sur les flics, les banques et l’État que nous nous donnons la capacité d’allumer les flammes qui embraseront le patriarcat dans son entièreté. Ce n’est qu’à travers la violence en bandes armées que nous nous donnons la capacité de rendre coup pour coup aux fascistes et aux violeurs. Ce n’est qu’à travers la violence qui craque portes et serrures que nous nous donnons la capacité de vivre et de se rencontrer dans des espaces libérés des proprios. Rien ni personne d’autre ne nous sauvera que notre propre auto-organisation en tant que femmes, et celle-ci ne pourra être qu’insurrectionnelle si elle veut se donner les moyens d’aboutir à la fin du patriarcat.
Il n’y a aucun scandale dans le fait que les flics défendent les transphobes et fascistes : ces deux camps prétendument opposés n’en composent qu’un unique. Tout flic est transphobe et fasciste, de par son existence même en tant que flic. Il ne pourra jamais exister un État qui ne soit pas complaisant avec les fascistes et les transphobes : l’État lui-même sera toujours transphobe et fasciste peu importe le vernis ou la dénomination qu’il se donne, et nous viserons toujours à sa destruction totale. Nous n’avons pas non plus attendu d’être « injustement » mises en garde à vue alors que « innocentes » pour découvrir la violence transphobe de l’État et de ses flics. Nous l’avons vécue à chaque contrôle d’identité, à chaque fouille, à chaque interpellation et garde à vue, à chaque procès, à chaque incarcération, à chaque course-poursuite et affrontement avec les flics. Toute interaction avec eux et l’État sous toutes ses formes dégouline de transphobie. Toute existence de la police, de la justice, de la prison et de l’État est de la transphobie.
Aucune victimisation ou dénonciation médiatique ne nous a jamais rien apporté - et elles ne le feront jamais. Il n’existe qu’un seul moyen de mettre fin à la violence transphobe exercée par les flics dans chacune des interactions que nous avons avec eux : la violence, insurrectionnelle et trans. S’il nous paraît évident qu’un bon faf est un faf mort, et s’il nous paraît tout aussi évident qu’un bon flic est un flic mort, alors il n’y a qu’une seule conclusion qui s’offre à nous. Nous le répétons : nous ne voulons voir des fachos qu’en train de courir, apeurés de ce que nous leur ferons si nous les rattrapons ; nous ne voulons voir des flics qu’en train de courir, apeurés de ce qu’il leur arrivera si tel molotov ou tel mortier les atteint ou s’ils se retrouvent coincé au milieu du bloc. C’est en tant que trans que nous désirons cette violence. C’est en tant que trans que nous nous masquons, et jamais nous ne nous sentons autant affirmées dans nos expériences de meufs trans que sous la cagoule.
Rendre les coups aux transphobes de tous genres est tout autant une part de nos transitions que la prise d’hormones, le renouvellement de nos garde-robes, les changements de pronoms, les chirurgies, l’accès aux espaces trans de socialisation... Endosser une cagoule et un k-way est la seule chose qui ait un impact réel sur la dysphorie et toute la merde de ce monde. Mon corps n’est jamais vraiment que mien qu’au bref moment où, marteau en main, adrénaline qui se mélange aux oestrogènes, je fracasse les vitres d’une banque ou d’un énième complice d’un génocide colonial. Nos corps ne peuvent être réaffirmés et libérés de l’aliénation capitalo-hétérosexiste qu’en s’émancipant de leurs normes et de leurs lois. Nos transitions ont toujours été criminalisées d’une manière ou d’une autre, et ce n’est que dans le crime que nous pourrons obtenir le plein contrôle de celles-ci et de nos désirs.
Nos transitions ne seront jamais complètes tant que nous vivrons dans un monde où la transphobie existe, et celle-ci continuera d’exister tant que la peur n’aura pas changé de camp, et que les transphobes ne craindront pas de nous croiser dans la rue. Qu’à cela ne tienne, nous continuerons de poursuivre Stern et Moutot partout où elles iront jusqu’à ce qu’elles n’osent plus sortir de chez elles - et pas seulement le tweeter !
Nique les pacificateurs.
Crèvent les flics, les transphobes et les fachos.
Pour une insurrection totale contre le genre et l’État. Soyons dangereuses !
Force aux copaines pour leurs procès, et notamment au compa qui dort en taule ce soir.
On pense à vous, et on rendra tous les coups.
Feu à toutes les prisons ! Que crèvent les juges et les matons.
une bande armée de travelos qui voulaient en découdre
Toute fuite possible hors de la contrainte du genre impliquera probablement des tactiques à la fois explosives et clandestines, mais aussi des méthodes qui rendent ces formes indiscernables. Lorsque j’enfile mon masque noir, je participe au déroulement d’une émeute, mais je me retire aussi des dispositifs qui me placeraient ou m’identifieraient dans tel ou tel genre. J’obscurcis les traits de mon visage, mes cheveux, mon corps – tout ce qui pourrait être genré ; révélant ma violence à la place. L’État, les médias et la gauche féministe insistent sans cesse sur le fait que la violence n’appartient qu’aux hommes, cette insistance elle-même forme d’autres dispositifs de capture et de genrage. Ma violence, arrachée par tant de représentations et de politiques de victimisation, fait son retour et émane maintenant de l’intérieur vers l’extérieur. Le masque noir forme le tissu qui unit les refus de la soumission intérieure et de la représentation extérieure. Les attaques qui suivent détruisent avant tout les barrières et les séparations intérieures et extérieures. Je deviens un microcosme dè chaos qui m’entoure, suspendant les pratiques et les règles de l’identité.
baedan, Contre le cauchemar du genre
Nous, queers et autres insurgéEs, avons développé ce que les gens bien comme il faut pourraient appeler une intimité criminelle. Nous explorons la solidarité matérielle et affective entretenue parmi les bandits et les rebelles. Dans notre obstruction à la loi, nous avons illégalement découvert notre beauté réciproque. En dévoilant nos désirs à nos complices, nous avons appris à nous connaître bien plus intimement que la légalité ne pourrait jamais le permettre. Dans le désir, nous produisons le conflit. Et dans le conflit avec le capital, nous avons pu trouver une échappatoire à l’ abrutissement de nos vies. Le discours de notre gang, c’est le conflit.
Nous ne proposons les mots « criminel » ou « queer » ni en tant qu’identités, ni en tant que catégories. Criminalité. Queer. Voilà des outils pour se révolter contre l’identité et la catégorie. Voici nos lignes de fuite hors de toute contrainte. Nous sommes en conflit avec tout ce qui restreint le moindre désir. Nous devenons n’importe quoi. Notre unique point commun, c’est notre haine de tout ce qui existe. Lorsqu’elle est commune, une telle révolte du désir ne peut jamais être intégrée à une forme étatique.
« Zone sans racistes, Muller dehors », « Le RN n’est pas le bienvenu ici », « Serge Muller hors de nos murs »… Sur les façades du collège Henri IV, à Bergerac, plus d’une vingtaine de messages ont été tagués contre la venue du député du Rassemblement national Serge Muller, prévue ce lundi 14 octobre à 14 heures. […]
Quelques jours plus tôt, la nouvelle de la venue du député avait fuité, suscitant interrogations et inquiétudes chez certains parents. Blaise Verron, le principal du collège, a confirmé que le député venait rencontrer seulement l’équipe de direction, et éventuellement des professeurs, mais pas intervenir auprès des élèves.
Il précise que la visite a été organisée à la demande du député et validée par l’Inspection académique. Il a également précisé qu’il allait porter plainte pour dégradation d’un bien public et patrimonial.
Serge Muller a déjà visité plusieurs établissements scolaires. Ce lundi matin, il devait aller au collège Eugène-Le-Roy, à Bergerac, mais sa venue a été annulée.
Alors que les impacts du changement climatique deviennent de plus en plus visibles, le capitalisme essaie de se donner une nouvelle image, verte. On nous dit que si nous calculons notre empreinte carbone personnelle, achetons les bons produits (chers) et faisons notre part pour recycler, nous pouvons sauver la planète. C’est catégoriquement faux. Aucune manière de consommer ne nous sortira de cette crise. Ce qui peut empêcher aux glaciers de fondre, aux forêts de brûler, ainsi que les déplacements des êtres humains et des animaux de leurs habitats, n’est rien de moins qu’un changement radical par rapport à la croissance sans fin exigée par le capitalisme
Le passage aux véhicules électriques, promu par les gouvernements de toute l’Europe et par les compagnies automobiles que ces États subventionnent, fait partie de cette tentative à peine voilée de récupérer la catastrophe climatique appelée capitalisme. Il n’y a rien d’écologiquement durable dans une voiture électrique. Chaque étape de la chaîne d’approvisionnement mondiale, qui transporte un véhicule électrique fabriqué aux États-Unis jusqu’à notre porte, à Amsterdam, implique l’exploitation des travailleur.euses et la destruction de la planète. L’extraction de minéraux pour la batterie, à elle seule, est un processus incroyablement destructeur. Le lithium extrait au Chili contamine les sources d’eau locales, le cobalt des mines du Congo implique le travail d’enfants et le nickel creusé en Indonésie déverse des métaux lourds dans l’océan. Sans parler de l’acier, du titane, de l’aluminium et du plastique nécessaires à la structure de la voiture. Ces matières premières sont rares et la ruée pour s’en assurer l’accès, de la part des États et des entreprises, alimente une nouvelle vague de colonialisme à travers le sud du monde.
Une fois que notre voiture a été expédiée de l’autre bout du monde, nous pouvons nous asseoir dans les embouteillages sur le chemin du travail, la conscience tranquille en sachant qu’il n’y a pas de CO2 qui sort de notre pot d’échappement. Sauf que l’énergie pour alimenter les bornes de recharge doit venir de quelque part et aux Pays-Bas, comme dans presque tous les autres pays du monde, plus de la moitié de cette énergie provient encore des combustibles fossiles. Le secteur des énergies renouvelables, en peine croissance, est confronté aux mêmes problèmes de pollution que la fabrication d’un véhicule électrique : les batteries nécessaires au stockage de l’énergie sont tout sauf propres et le transport et la fabrication des infrastructures énergétiques sont extrêmement gourmands en ressources. En passant à des alternatives prétendument renouvelables, nous ne faisons qu’externaliser dans les régions les plus pauvres du monde la dévastation de l’environnement nécessaire pour maintenir notre approvisionnement énergétique toujours croissant.
C’est pourquoi, hier soir, nous avons saboté une douzaine de bornes de recharge électriques, aux alentours d’Amsterdam, en remplissant de mousse de construction leurs prises de recharge. Ces stations appartiennent à TotalEnergies, l’une des sept plus grandes sociétés pétrolières. Aucune quantité de greenwashing ne peut nettoyer une entreprise qui pollue la terre depuis un siècle.
Chaque mois, une sélection de documents, analyses et témoignages sous différentes formes sur un sujet relatif à la prison. Ce mois-ci, nous allons parler de celles et ceux qui s’enrichissent grâce aux prisons.
Les prison, ce ne sont pas seulement les personnes que l’État y enferme, les geôliers et l’amas de béton, barbelés et barreaux. C’est aussi des ateliers où les prisonniers se font exploiter. Un système téléphonique avec son opérateur spécifique. C’est un service de restauration. C’est des plans qu’il a fallu concevoir, des travaux de BTP qu’il a fallu réaliser.
C’est donc des employeurs d’une main d’oeuvre enfermée, des opérateurs, des cabinets d’architectes, des entreprises de restauration collective, de BTP, d’instalation de caméras, de brouilleurs...
Bref tout un ensemble de vautours qui profitent et participent à l’existence de l’enfer carcéral.
https://www.label-peps.fr/les-labellises-peps/
Listes d’entreprises qui non seulement utilisent le travail en prison mais en sont fières. Il faut noter que de nombreuses entreprises utilisent le travail en prison, mais ne communiquent tout simplement pas sur le sujet.
La photographie d’illustration a été prise le 6 juillet 2022 à Las Condes au Chili. C’est le résultat d’une attaque à l’explosif contre le siège de l’entreprise Besalco qui participe à la gestion de plusieurs prisons.
Tous les premiers jeudi du mois
à 16h sur la plaine, devant la clinique vétérinaire
Un rendez vous régulier pour parler de ce qui nous plaît (ou pas), échanger sur nos expériences, rencontrer des compagnonNEs, lancer des initiatives contre toutes formes de domination. Un moment informel pour partager des textes qui nous parlent, ou feuilleter ceux sur place. Pour faire découvrir nos sons préférés ou qui nous donnent de la force. Pour trouver des goûteur.euses pour nos recettes les plus audacieuses.
Contre toute autorité, viens prendre le goûter !
PS :
laisse ton porte monnaie chez toi
contact : gouters13anarchistes@riseup.net
Sabotage de miradors de chasse en solidarité avec le compagnon anarchiste Toby Shone et les martres des pins
7 octobre 2024
Nous avons choisi de scier deux miradors de chasse à Staunton et un autre près de St Briavels, deux localités dans la forêt de Dean. Cette action simple a été menée en pensant aux martres des pins d’Allemagne et de Suisse, qui mâchent des câbles de freins, blotties au chaud dans des moteurs qui se refroidissent, sans oublier les martres du Royaume-Uni, qui ont été à peu près anéanties à cause de leur penchant pour le gibier à plumes, les œufs et la volaille en cage, mais maintenant quelques soixante couples ont été relâchées à l’état sauvage dans la forêt de Dean.
Cela nous amène donc à souhaiter la bienvenue à Toby Shone, qui sera libéré de la prison de Garth, près de Manchester, au début du mois prochain (le 9 novembre) et qui, avant son incarcération, a passé plus d’une décennie de sa vie dans cette belle campagne. Bonne chance pour l’avenir, Toby !
Eco-anarchistes – Cellule martres des pins
PS : Ces miradors, et d’autres, ont déjà été attaqués par le passé, mais, depuis la dernière attaque, des sangles métalliques ont été attachées pour les protéger. Ces sangles ont été coupées pendant la journée, tandis que la chaise et les vêtements de chasse que nous avons trouvés là-bas ont été destinés à des meilleurs utilisations.
Suite à une année d’Assemblées contre les guerres -et le monde qui en a besoin, nous souhaitons redynamiser cet espace.
En effet, Depuis le mois de Janvier nous nous retrouvions deux fois par mois pour échanger sur l’actualité des guerres et conflits internationaux ainsi que la militarisation croissante en France et ailleurs.
Cela a donné lieu à différentes initiatives telles que la diffusion de contenus antimilitaristes à des manifs, dans la rue, devant les lycées et facs.
A ces occasions, nous avons pu mettre en avant plus précisément des problématiques parmi lesquelles :
le SNU, le nouveau service national universel pour embrigader la jeunesse.
les massacres à Gaza
visibiliser la dimension "duale" civil/militaire d’entreprises et d’écoles participant à la recherche et développement de l’industrie militaire...
et ce à travers des tracts, des collages, des banderoles, des affiches...
Cet espace a été traversé par différentes personnes et propositions, permis des rencontres. Cependant, suite à une petite année d’activité nous faisons le constat d’un manque de continuité dans nos pratiques. La guerre et l’industrie militaire étant des gros morceaux on a aussi des fois du mal à savoir par quels bouts les prendre ...
Mais nous avons envie de continuer à proposer un moment où réfléchir ensemble à comment nous mettre en mouvement contre la guerre (et contre la paix des cimetières).
Nous souhaitons donc (re)tenter de nous retrouver pour un moment d’échange et d’organisation collective, avec diverses propositions/thématiques qui pourraient s’autonomiser sous forme de commissions ou de groupes de travail par la suite. Des axes ou envies ayant déjà émergé seraient :
une campagne autour de l’industrie militaire
campagne contre le SNU, et une mise en lien avec les lycéens.
La diffusion de contenus liés aux luttes et résistances contre les guerres passées ou présentes
Se mettre en liens avec l’international, répondre à des appels à solidarité (par exemple, en ce moment un appel à la solidarité de la part d’anarchistes ukrainiens déserteurs)
organiser des moments publics de débats, discussion, projection, etc.
porter des critiques des idées nationalistes, patriotiques...
Bien entendu d’autres propositions sont plus que bienvenues. Pour ça nous appelons à nous retrouver le samedi 26 octobre à 15h à l’impasse, 1 impasse lapujade !
Pour recontextualiser, voici l’appel des assemblées précédentes. A bientôt nous l’espérons !
Nous sommes plusieurs à Toulouse, à faire le constat du besoin d’un espace ouvert dans la durée, pour se retrouver, échanger et s’organiser sur les questions liées aux guerres et au militarisme. Car souvent la sidération et l’écrasement, face aux horreurs, nous empêche d’agir comme on le souhaiterait. Et l’urgence de la situation nous empêche de prendre du recul.
La plupart du temps, on entend même pas (ou très peu) parler des conflits armés, comme par exemple de l’actuelle guerre au Congo. D’autres fois, ils prennent tout l’espace médiatique, avec un flux d’images assommantes qui tendent à banaliser les horribles réalités qu’elles recouvrent. Avec une propagande bourgeoise qui cadre et dirige les réflexions et les mobilisations autour de ces carnages. Ainsi nous sommes appelé.e.s à suivre un agenda médiatique, politique et émotionnel des guerres. Et à surtout rester spectateurs des massacres.
Cette propagande permet de justifier la militarisation ici (instauration du SNU -Service National Universel-, augmentation du budget défense…), à nous préparer à d’éventuels conflits, à diviser la population et polariser les débats, avec une montée de discours et d’actes racistes décomplexés.
Le renforcement de l’état et de l’économie capitaliste sont au coeur des guerres, c’est à la fois leur cause et leur conséquence, ce qui les provoque et ce qui en découle. Ça passe entre autre par l’accaparement des ressources dans d’autres pays, la croissance de l’industrie militaire, le renforcement des frontières et la répression des migrant.es, la glorification de la nation, l’expansion des pouvoirs religieux et/ou des territoires nationaux…
Chaque guerre est différente suivant les contextes et les histoires : leur dimension coloniale, la profonde asymétrie des conflits armés...
Mais nous voulons toujours nous rappeler que celles et ceux qui décident des guerres ne sont jamais celles et ceux qui meurent sous les bombes, y sont enrôlé.e.s de force, se font violer ou sont contraint.e.s à l’exil.
Nous souhaitons sortir de la lecture qui nous impose de prendre parti pour un camp d’oppresseurs, pour une nation qui serait homogène ; mais rappeler que des bourgeois, des dirigeants, des entreprises en profitent dans chaque camp ; et nous voulons plutôt nous battre contre les États et ceux qui veulent prendre le pouvoir.
C’est pour cela que nous voulons nous organiser en dehors des partis et des syndicats, qui sont partie prenante de cette logique.
Nous voulons avoir des prises pour nous bouger, par nous mêmes, contre ce qu’il se passe.
La guerre se fabrique ici, en France, et notamment à Toulouse, où l’industrie militaire foisonne sous sa couverture aérospatiale et ses nombreuses écoles d’ingénieurs. Lutter ici contre celles et ceux qui en profitent, en se nourrissant aussi de luttes passées contre cette industrie, les logiques nationalistes et patriotiques. Tisser des liens avec d’autres personnes qui résistent et s’organisent ici ou ailleurs pour lutter contre les guerres, que ce soit par des initiatives individuelles ou collectives. Mais aussi échanger pour imaginer des moyens de s’attaquer à la militarisation ambiante et sa propagande !
Cet espace sera ce que nous en ferons.
Alors on propose de se retrouver pour discuter ensemble de tout ça !
"On the morning of October 10, an autonomous group targeted the home of Gavin Kenneally, co-founder and CEO of Ghost Robotics in Philadelphia. The group painted "Funded By Genocide" across his garage, and "I Make Killer Dogs" on the sidewalk, threw paint at the door and ring camera, and smashed windows. We firmly say — we don't want your dog shit in Philadelphia! And we don't want it anywhere!
Gavin's home is currently listed for sale for a whopping $1.9 million dollars. While his autonomous robots are shipped across the world to patrol and surveil Palestinians, Gavin awaits the sale of his lavish home he's made with dirty money.
Other manufacturers of autonomous robots have stated their commitment to not arming robot dogs, but Ghost Robotics has positioned themselves as the dealer for these weapons. They clearly have no shame or concern about their robot dogs being used to surveil and kill people.
No genocide profiteer should sit comfortably in their home — we commit to draining funds from Gavin, to reminding him that his robot dogs are agents of U.S. imperialism, and to closing down Ghost Robotics.
Until all people are able to live safely and freely in the place they call home, we commit to fighting for our collective liberation.
Ceci est un bulletin anarchiste contre le nucléaire. Ce bulletin est tiré pour la première fois en mars 2024, dans un contexte de développement accru de l’industrie nucléaire dans le monde, et, avouons-le, dans une ambiance morose d’a aiblissement des luttes et de la critique anti-nucléaire. De fait, une partie du mouvement s’est davantage repliée sur des logiques cogestionnaires de l’existant et sur la recherche d’alternatives.
Si nous avons voulu nous lancer dans la création d’un pareil papier, c’est parce que nous sommes un certain nombre à ne pas nous résoudre à accepter cette situation. A ne pas vouloir vivre sous le joug d’un autoritarisme industriel dévastateur. C’est par l’action directe (sous toutes ses formes), que nous envisageons d’en finir avec lui. Sans forcément grand espoir mais avec détermination.
L’idée pour ce bulletin est d’y faire vivre une critique anti-autoritaire, anarchiste, de la société nucléaire, et de causer des résistances que rencontre cette dernière. Et s’il nous paraît essentiel de lutter en ce sens, c’est notamment parce que le nucléaire constitue, du moins en France, un pilier majeur de l’Etat et du capital, des structures sociales que nous voulons abattre. Parce que la société telle qu’elle est nous est insupportable, parce qu’en finir avec la société capitaliste et industrielle est impossible tant qu’existe le nucléaire, nous choisissons, comme d’autres avant nous, d’attaquer cette industrie stratégique.
On compte causer ici des luttes contre les nouveaux EPR, la poubelle CIGEO à Bure, la recherche nucléaire Sans perdre de vue qu’avant tout, l’industrie du nucléaire, ça dévaste ! Elle est fondamentalement militaire, au service d’Etats qui n’existent que pour étendre leur domination sur d’autres États et contre les populations en général par des moyens de dévaster toujours plus puissants. Au Japon, en Polynésie, en Algérie la bombe, ça fait Badaboum ! et dans la seconde comme des années après le choc, des centaines de milliers de mort-es. Et si ces exemples appartiennent au passé - bien que les cancers et les traumatismes soit bel et bien de l’ordre du présent - rien n’indique que les puissances armées aient renoncé à utiliser leur arme de destruction suprême dans le futur, d’autant plus dans un contexte mondial de militarisation et de bellicisme.
Il y a ces explosions volontaires, et puis d’autres, qui n’avaient pas été préparées par un état major. Celles qui provoquent l’empoisonnement d’une population qu’il faudra désinformer, celles qui appellent au sacrifice de travailleurs « héroïques », celles que l’industrie devra dissimuler ou minimiser ; ils les appellent « accidents » parce que c’était impossible, et pourtant, c’est arrivé. Près de chez vous, peut-être pas encore mais de Flamanville au Tricastin, on sait qu’un jour, ça peut faire Badaboum !
Le caractère « civil », et l’argument dissuasif, de l’énergie atomique pousse à l’acceptation du quotidien qui l’accompagne malgré ses conséquences désastreuses. L’énergie nucléaire ça pacifie ! Ça nous impose, à l’instar de toute autre production énergétique, un ordre capitaliste basé sur l’atomisation des relations sociales, la mécanisation (numérique) de la vie quotidienne et le contrôle social : un ordre autoritaire qui nous dicte l’obéissance. Mais d’une manière plus pernicieuse encore que les autres énergies, l’industrie nucléaire crée des infrastructures industrielles et des déchets toxiques pour des milliards d’années. Par des termes et des sigles en tous genres qui sont faits pour être difficiles à comprendre et à retenir, la logique des experts, tout droits sortis des écoles d’élite comme le Corps des Mines de l’école Polytechnique, tente de nous faire croire qu’elle est indispensable. Par le secret ou par l’enfumage, la « résilience » qu’on nous impose avec l’industrie nucléaire, c’est l’obligation d’obéir à l’autoritarisme de l’État et des industries pour toute notre vie et bien plus encore.
Alors sera-t-on fatalement supprimé-es par une catastrophe nucléaire, militaire ou industrielle ? Nous pensons que non. Car Badaboum ! c’est aussi le bruit que fait le pylône THT qui chute, le blindé de la gendarmerie qui tombe dans le ravin, l’explosion sociale qui survient quand on ne l’attend plus. C’est un grondement contre cette société capitaliste nucléarisée qu’il ne tient qu’à nous de mettre en péril, sans perdre de vue nos exigences anarchistes et nos principes libertaires.
Voilà donc un peu de lecture, en espérant pouvoir correspondre avec des lecteur•ice•s complices, lire vos contributions et créer des liaisons pour appronfondir la critique et mettre en lumière les luttes contre le nucléaire et le monde qui va avec !
contact : badaboum3000 chez riseup.net
Sommaire
5 Édito
6 Récit de la manifestation antinucléaire du samedi 23 mars 2024 à Caen
8 Dans le piémont : bagarres contre le centre de stockage des déchets nucléaires italiens
10 Le nucléaire produit des modes de vie dépendants
13 Et le nucléaire dans tout ça ?
15 La nucléarisation est une expérience à ciel ouvert dont nous sommes les souris de laboratoire
18 Etrange fascination pour les milieux extrêmes
20 La militarisation du nucléaire civil !
21 De la propagande en société nucléaire...
26 Le coin des lecteurs et lectrices
29 Fragments de révolte contre l’ordre atomique
Nous avons écrit ce texte en l’honneur de tous.te.s nos camarades qui se sont pressé.e.s dans les isoloirs en juin et en juillet dernier pour déposer leur bulletin dans les urnes, en y glissant au passage leur dernière parcelle de dignité et en abandonnant toute velléité révolutionnaire.
Nous sommes heureux.ses de constater qu’iels ont aujourd’hui le gouvernement qu’iels méritent, et un ministre de l’Intérieur dont iels peuvent être fier.e.s.
Parce qu’iels ont contribué par leur vote à justifier ce gouvernement, et surtout à justifier l’Etat et l’exploitation, nous souhaitions leur rendre hommage avec ce second texte. Mieux, puisque Le citoyennisme qui vient, à notre grande surprise, a semblé choquer certain.e.s anarchistes autoproclamé.e.s – alors même que ce texte ne faisait que rappeler succinctement les fondamentaux de l’anti-électoralisme et de l’anti-étatisme – nous avons décidé d’en développer ici le contenu. En d’autres termes, c’est une façon de dire qu’on persiste et signe.
Cela ne devrait même pas être nécessaire. Et pourtant… Pourtant certain.e.s camarades se sont offusqué.e.s. Pourtant, Paris Luttes Infos, principal site mutu parisien nous a censuré.e.s – en même temps que plusieurs autres textes du même type – sans même amorcer la moindre discussion, avec des arguments si absurdes qu’ils auraient tout aussi bien pu servir à censurer Reclus, Libertad, Malatesta et bien d’autres*, parachevant ainsi un virage électoraliste et social-démocrate qui restera comme un tournant majeur dans l’histoire de ce site. Si l’on ajoute à cela la publication d’un texte d’une candeur et d’une tiédeur à faire passer Hollande et Glucksmann pour l’avant-garde d’une faction armée révolutionnaire (N’y a-t-il rien à célébrer ?), l’on ne peut que constater l’ampleur du naufrage.
Voici donc, en quatre points principaux, ce que nous pensons de l’égarement de nos ex-camarades qui se sont perdu.e.s dans les urnes, de la logique d’assimilation libérale à laquelle iels se sont plié.e.s, de la fonction réactionnaire du corps électoral qu’iels ont intégré et de l’inutilité de distinguer entre les différentes formes d’Etat, que nous combattons toutes.
Le sens de la rupture
Nous estimons que le principal facteur de désorientation de nos camarades l’été dernier a été la perte du sens de la rupture. Par-là nous entendons qu’iels n’ont pas été capables de faire la différence entre les clivages de surface qui agitent l’espace public libéral-capitaliste et le véritable antagonisme sur lequel nous devons porter toute notre attention et toute notre énergie destructrice.
Qu’on ne s’y trompe pas : c’est une question cruciale, à laquelle il peut s’avérer difficile de répondre dans certains contextes. Identifier son véritable ennemi et le distinguer des faux-amis qui pullulent à gauche n’est pas toujours facile. Mais tout de même : il ne fallait pas une conscience politique si aiguisée en juin/juillet dernier pour percevoir que le pseudo-clivage commenté avec une grande intensité dramatique par les médias relevait ni plus ni moins de ce que Debord appelait « les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé », autrement dit une parodie de division, la simple expression de la compétition des élites et de leurs partis pour leurs intérêts sectoriels spécifiques, donc pour la gestion autoritaire de l’État libéral-capitaliste. À aucun moment, sous aucune forme que ce soit, un véritable antagonisme, expression d’une rupture radicale, n’a été en jeu.
Rien de pire que ces fausses divisions entre élites. Elles sont une distraction, la mise en scène d’un conflit qui n’existe que sur fond d’un consensus bien plus profond et solide, à savoir l’adhésion au système libéral- capitaliste et la validation de la domination étatique. En d’autres termes ces luttes politiques de surface, ces querelles mineures entre exploiteurs, ce soi-disant clivage gauche-droite n’est qu’une petite dispute entre amis à propos de laquelle les électeur.rices, crédules, sont invités à arbitrer.
Le libéralisme – en tant qu’organisation politique – trouve ici son apogée. C’est un formidable instrument de dépolitisation qui neutralise la conflictualité, anesthésie les individus et réduit la politique à une querelle entre gens de bonne compagnie dont la compétition et l’alternance sont un leurre puisqu’en arrière-plan l’essentiel reste hors de portée de la contestation : le système, ses fondements, ses valeurs, ses institutions, ne sont pas mis en cause et sont voués à demeurer intacts.
Quelle preuve faut-il à nos camarades ? La gauche réclamait la victoire… C’est-à-dire, comme on le sait à présent, la possibilité de mettre au pouvoir une énarque ou un ancien ministre de l’Intérieur ayant soutenu la répression à outrance qui a mené à la mort de Rémi Fraisse. C’est cela, une victoire ? Non, tout le spectre de l’échiquier partisan officiel, qui prend place dans les assemblées et dans les lieux du pouvoir, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite (oui, on a bien dit tout le monde), n’incarne qu’un seul et même camp : celui de l’oppression politique et économique. Faut-il rappeler le bilan de la gauche au pouvoir ? Quel degré d’amnésie historique faut-il avoir pour croire que les choses iront « mieux », que nous pourrons « souffler », que le militantisme sera plus « facile » ou que notre vie sera meilleure parce que ces gens-là auront gagné ?
On nous a dit qu’il fallait éviter le pire. Mais le pire n’était pas en jeu à l’occasion des dernières élections législatives, le pire est déjà au pouvoir depuis longtemps. À vrai dire, il n’y avait aucun enjeu dans ces élections. C’était, nous l’avons dit, un non-évènement, une série de péripéties toutes entières contenues à l’intérieur du monde marchand.
Le véritable antagonisme est ailleurs. Et les représentants de la pseudo-gauche parlementaire n’en sont pas plus proches, et ne nous en rapprochent pas plus, que la droite ou l’extrême-droite. Pour rompre véritablement avec l’Etat libéral-capitaliste, il faudra les combattre tous, sans distinction, comme un seul et même ennemi. Cessons de considérer un camp comme plus proche de nous, de nos idées, et l’autre comme plus hostile. Nous ne devons instaurer qu’un seul et unique rapport d’hostilité total, absolu, envers l’ensemble des élites gouvernantes, quelle qu’elles soient. Notre conflictualité doit être aveugle au système de différentiation qui manifeste la querelle des oppresseurs et leurs désaccords superficiels sur les modalités de gestion de l’oppression socio-économique. Nous devons procéder à la simplification radicale des choses, à l’émergence d’une fracture unique de part et d’autre de laquelle il n’y a aura pas de réconciliation possible.
Voilà le seul vrai antagonisme, que nous ne devons jamais perdre de vue : la rupture avec la totalité de l’ordre existant, sans nuances, sans négociation possible avec celles et ceux qui participent au spectacle que l’on nous vend comme une marchandise. Ne nous laissons pas distraire, mettons en œuvre les conditions d’une séparation intransigeante, celle qui nous maintient à distance de tout ce qu’il faudra détruire : le libéralisme, le capitalisme, donc aussi l’Etat – plus ancien encore que ces masques-là, qu’il a pris comme il en a pris d’autres au cours des siècles.
Cet antagonisme, par lequel le système est confronté à sa pleine et entière négation, a plusieurs noms et nous les acceptons tous. C’est la lutte des classes, à condition que l’on admette que le prolétariat ne soit plus seulement ouvrier mais englobe toutes les catégories opprimé.e.s, exploité.e.s et dominé.e.s. C’est la guerre sociale enfin déployée dans tous les secteurs de la société. C’est le combat du peuple contre ses ennemis. C’est, si vous y tenez, la contradiction principale, vers laquelle convergent nécessairement toutes les luttes. Peu importe le vocabulaire : ce qui compte est le partage clair, limpide, entre les partisans du système – tous les oppresseurs, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite citoyennistes et électoralistes – et les forces insurrectionnelles qui aspirent à les renverser en même temps que l’Etat.
Aucune « victoire » ne passe par l’intérieur du système. Nous autres, insurrectionnalistes, ne gagnerons jamais grâce à une élection et nous ne nous laisserons jamais distraire par le spectacle navrant de la concurrence entre les marchandises électorales, ce marché illusoire où les consommateurs paient en bulletins de vote leur soumission au pouvoir et leur confort moral.
Contre les droits libéraux
Mais enfin, nous dira-t-on, n’y avait-il tout de même pas, lors des dernières élections, en fonction du vainqueur, un enjeu en termes de progression ou de régression des droits ? N’est-t-on pas en pleine période de backlash illibéral un peu partout dans le monde, et n’était-ce pas dès lors égoïste de dénoncer l’élection et les électeur.rices alors que l’on pressentait que des minorités seraient impactées ?
Ce chantage aux droits libéraux mérite qu’on s’y attarde un peu, tant il est crucial dans la façon dont certain.e.s camarades ont perdu de vue le véritable antagonisme et sont laissé.e.s happer par une logique d’assimilation au système libéral-capitaliste.
Voter, donc, serait indispensable pour protéger les droits existants des minorités, ou pour empêcher qu’elles ne les perdent. Mais alors nous ne comprenons plus : ces droits seraient-ils un substitut à la lutte révolutionnaire ? Ou sinon, peut-être, une manière indirecte de mener progressivement à la rupture avec le régime ? Ils permettraient ainsi aux dominé.e.s de gagner la lutte contre ce qui les opprime… Non. Un tel monde n’existe pas. Les droits sont une machine à neutraliser les antagonismes et cette machine fonctionne par le triple mécanisme de l’assimilation, de la dépolitisation et de la marchandisation :
Assimilation, car les droits que l’Etat libéral-capitaliste octroie aux opprimé.e.s ne visent qu’à les intégrer à l’ordre bourgeois et à les pousser à s’adapter au mode de vie docile et conservateur, calqué sur le modèle familial patriarcal, qui est le moteur de la reconduction et de la perpétuation de l’ordre existant. Les droits sont le vecteur du confort, du conformisme et de la soumission.
Dépolitisation, car en échange de ces droits les opprimé.e.s subissent une injonction à se taire, à cesser toute critique du système et à ne se mobiliser que dans le strict cadre des formes normées de la participation routinisée (vote, pétitions ineptes, engagement syndical ou associatif et dans le meilleur des cas manifestations ritualisées…). Faut-il rappeler que toute attaque contre le régime, donc tout positionnement en tant qu’ennemi réel de celui-ci, de part et d’autre de la véritable rupture antagoniste, produit immédiatement la remise en cause des droits et l’application d’une logique d’exception qui désigne toute forme d’extériorité comme une proclamation terroriste ?
Marchandisation, enfin, car l’acquisition des droits permet de profiter des largesses consuméristes du système, d’accéder au marché, de jouir de ses biens et – faveur ultime – de voir sa propre culture et son mode de vie éventuellement eux-mêmes érigés en marchandises. C’est la récompense ultime : devenir soi-même un produit, une petite parcelle du spectacle – intégrer un monde qu’on ne veut évidemment plus détruire.
Tout cela est connu. Droit au mariage, droit à s’engager dans l’armée… Les queers insurrectionnalistes de Bash Back! nous ont mis en garde il y a plus de dix ans déjà contre les pièges de l’assimilationnisme libéral : pour les minorités racisées, féministes, LGBT, queers, comme pour le prolétariat ouvrier avant elles, la lutte pour les droits est un traquenard et une supercherie. C’est l’espoir de gagner quelques privilèges, d’embourgeoiser son existence, ce qui conduit à la normalisation sociale et à l’abandon de toute perspective révolutionnaire. Pire, quémander à l’État un peu plus d’égalité, c’est le conforter et le renforcer, c’est participer à l’extension du spectre de son contrôle juridique sur les populations, c’est s’inclure dans l’ordre légal et se laisser recouvrir de la puissance légiférante du système. Croyez-vous que vous arrachez vos droits à l’Etat ? Il vous les octroie de bonne grâce tant que vous vous soumettez.
Au sommet, le roi des droits : le droit de vote, évidemment. Peu importe combien de générations d’anarchistes – et surtout combien de générations d’anarcha-féministes – ont combattu ce droit comme une illusion, un leurre déployé par l’Etat libéral pour détourner les vocations révolutionnaires de leur but. Peu importe Emma Goldman et tant d’autres ! Oublions-les, marchons sur leurs cadavres. Nos camarades, si pressé.e.s d’enterrer en juin/juillet dernier leurs propres idéaux, ont renié en un geste, dans l’isoloir, tout un passé de lutte.
Nous disons pour notre part que les droits libéraux ne peuvent être ni réclamés, ni invoqués. Et cela implique aussi, d’ailleurs, de résister à la tentation d’en appeler à la justice étatique, à ses juges et à ses prisons. Car y céder c’est encore renforcer l’Etat, le soutenir et l’approuver, c’est contribuer activement et volontairement à consolider l’origine même de l’oppression raciste, sexiste, homophobe ou transphobe. Lutter contre l’oppression passe par la destruction du droit et la démolition des institutions qui le fondent.
Si l’on regarde un peu en arrière, on voit à quel point cette question est historiquement décisive. Chaque lutte, chaque époque du prolétariat sous ses différentes incarnations (des ouvriers du XIXème siècle jusqu’aux minorités racisées ou aux minorités de genre actuelles) s’est vu offrir, après avoir constitué pendant un temps une menace subversive, une place au chaud dans le système libéral-capitaliste. Et à chaque génération certain.e.s ont cédé à l’Etat, jusqu’à en devenir parfois des piliers à force d’embourgeoisement et de soumission. À chaque fois, mettre un bulletin dans une urne, et croire qu’un camp au sein de l’élite, parce qu’il promet un peu plus de droits, ou leur préservation, peut contribuer à diminuer l’oppression, ont été l’expression la plus manifeste de ce renoncement réactionnaire.
Le vote comme collaborationnisme d’Etat
Voter n’est pas un acte anodin, ni une petite compromission. L’électeur accomplit un double geste d’intégration à l’État et de renforcement de celui-ci. C’est un acte de collaboration volontaire et la moindre des choses serait qu’il l’assume.
Voter c’est s’intégrer à l’Etat
Qu’est-ce que le « corps électoral », si ce n’est une institution étatique pleinement reconnue et identifiée (on est sur une liste, on a sa carte, on se déplace le jour prévu, dans le bureau de vote officiel…) de désignation de la portion des élites appelées à gouverner à un moment donné ?
Tâchons d’éclaircir cela en nous délestant des illusions propres à la fiction démocratique. L’électorat n’est pas une entité extérieure à l’État, qui serait autonome vis-à-vis de lui et qui dans lequel on pourrait déceler une quelconque trace de souveraineté. Vous pensiez à la souveraineté populaire ? Mais quel.le anarchiste, quel.le révolutionnaire croit encore à cette fable ? Rien de tel n’existe dans les limites de l’État libéral-capitaliste. Celui-ci est tout entier bâti sur la neutralisation et l’exclusion de toute forme de mobilisation collective, populaire et égalitaire par laquelle des individus pourraient abolir la domination et décider, par un acte d’auto-détermination, de leurs conditions d’existence. Qu’on appelle cela « peuple » et « souveraineté populaire » n’a d’ailleurs aucune importance. L’important est que vous ne les trouverez nulle part à l’intérieur de l’ordre existant. Ni dans la rue, ni dans les isoloirs. Et pour cause : ce n’est que dans l’antagonisme véritable, dans l’action de négation et d’abolition totale du système que quelque chose ressemblant à une telle souveraineté survient. C’est seulement dans la lutte et la rupture, dans les interstices insurrectionnels et dans les gestes destructeurs, que l’on peut discerner l’expression d’une volonté libre et autonome.
Mais si nulle volonté ne s’exprime donc dans l’isoloir, que reste-t-il alors à l’électorat ? Une simple fonction d’État, un rôle institutionnalisé parfaitement normé et intégré, qui entretient une relation d’interdépendance avec la fonction élective dont il est le moteur : électeur.rices et élu.e.s sont les deux faces d’une même pièce, les deux composantes d’un ensemble homogène et indissociable qui constitue le système de cogestion gouvernementale. Oui, l’électeur.rice, même lorsqu’iel se prétend anarchiste, est cogestionnaire de la domination. Une réalité que certains juristes bourgeois de la Troisième république avaient crûment décrite avant que le gaullisme ne recouvre tout cela de l’illusion démocratique bonapartiste.
Voter c’est renforcer l’Etat
Pire, non content de participer à sa propre domination, l’électeur.rice légitime par son vote l’existence même de l’État et la mise en ordre de l’espace social. Car l’élection est un rituel de maintenance du système qui vise exclusivement à en reproduire les mécanismes à l’infini au sein de la temporalité libérale fondée sur le rythme cyclique du calendrier électoral.
Qu’on soit bien clair sur ce que cela signifie : chaque électeur.rice valide l’ensemble du système et doit assumer l’entière responsabilité de la politique du vainqueur, qu’iel légitime et qu’iel soutient du fait même du bulletin qu’iel a mis dans l’urne. Que ce soutien soit direct (si son candidat qui a gagné) ou indirect (en cas de défaite, si la marchandise politique qu’iel a consommée n’a pas pris la place d’une autre) n’a pas la moindre importance. L’acte de vote, dans sa dimension collective, dans l’autosatisfaction générale qu’il déploie, en tant que phénomène par lequel la société contemple et célèbre sa propre docilité, est toujours une manière d’acquiescer à l’ordre existant. Voilà pourquoi tout.es les électeur.rices de juin/juillet ont validé par avance tous les gouvernements à venir, quelle que soit leur composition. Voilà pourquoi iels ont approuvé par avance tous les ministres de l’Intérieur à venir. Et c’est bien de toi, camarade, que l’on parle ici : toi qui a voté, tu es responsable des répressions futures, des charges de CRS, des LBD et des matraques, tu soutiens les GAV et les CRA, tu soutiens les flics et tu les soutiendras encore quand ils tireront à vue. Tout cela est ton œuvre, tu as participé. Et si jamais l’Etat tue encore l’un.e de nous, tu devras assumer ta part de responsabilité. En votant, « camarade », tu as choisi ton camp.
Le plus étonnant est que cela puisse faire débat dans nos rangs. En écrivant Le Citoyennisme qui vient, nous avions l’impression de ne faire que répéter des arguments anciens : Elisée Reclus, Octave Mirbeau, Albert Libertad – dont les anarchistes ressortent la formidable attaque anti-électoraliste à chaque séquence électorale – et bien d’autres ont déjà dit tout cela, chacun à sa manière. Et aucun d’entre eux ne s’est contenté de critiquer les élections en épargnant ou en excusant celles et ceux qui y participent, en les considérant simplement comme de bon.nes camarades un peu égaré.e.s. Non : ils les ont insulté.e.s et méprisé.e.s, et ils ont eu raison de le faire. Ils leur ont réservé le même traitement qu’à leurs ennemi.e.s.
Un exemple ? Toi qui as voté en juin/juillet 2024, voici ce que te dit Libertad :
« Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, – et que tu nous imposes par ton imbécillité. » (Albert Libertad, Le criminel, c’est l’électeur !, 1906)
Notre radicalité a-t-elle tant régressé plus d’un siècle plus tard pour que ces mots froissent la sensibilité d’anarcho-électeur.rices en perdition ? Tant pis. Nous préfèrerons toujours Libertad à votre extrême-gauche parlementariste, à vos insoumis homophobes et transphobes, à vos socialistes islamophobes, tous ces oppresseurs que vous avez contribué à désigner en pleine fièvre électoraliste, lorsque vous avez cru que voter était un geste antifasciste grandiose.
L’anti-électoralisme n’a rien d’une posture folklorique ou désuète. Dans un climat militant où les fondements de l’anarchisme et de l’insurrectionnalisme se sont manifestement dilués dans le citoyennisme libéral ambiant, où des pseudo-révolutionnaires misent sur leurs petites parts de marché parlementaire, il nous apparait crucial de marteler cette évidence : tout électeur est un collabo.
Contre l’État, quel qu’il soit
Notre indifférence envers la séquence électorale de l’été 2024 ne vient pas seulement de la nocivité d’un vote destiné à départager la gauche et la droite du Capital. Elle vient aussi du fait qu’à nos yeux, tous les Etats se valent et qu’aucun, quel que soit le régime ou le programme des gouvernants, n’est meilleur qu’un autre : quel que soit le contexte, quelle que soit la période, l’État est toujours une instance d’exploitation et d’oppression. Nous autres, insurrectionnalistes, combattons tous les Etats et nous moquons des différences subtiles et scolastiques que les intellectuels organiques de la bourgeoisie aiment à établir entre les différents types de régimes.
A notre grand étonnement, Ce fut l’argument le plus controversé du Citoyennisme qui vient. Dans la fièvre électoraliste de l’été dernier, tandis que la gauche jouait sur la peur du fascisme pour accroitre sa clientèle électorale, cet argument a heurté des camarades.
Soyons pédagogues, rafraichissons-leur la mémoire, d’abord avec Malatesta :
« Les fascistes battent, incendient, tuent, violent toutes les libertés, piétinent la dignité des travailleurs de la manière la plus scandaleuse qui soit. Mais tout le mal que le fascisme a fait ces deux dernières années (…) est-il comparable au mal que l’État a fait tranquillement (….) pendant d’innombrables années, qu’il fait encore et qu’il fera aussi longtemps qu’il existera ? Même en laissant de côté le fait essentiel que l’État est le défenseur des privilèges et donc la cause du maintien du prolétariat dans les conditions de misère et d’abjection où il se trouve, et en ne parlant que des violences les plus voyantes, des violations de la liberté, des atteintes à la dignité, des souffrances physiques et morales infligées, des meurtres commis par l’État et par le fascisme, son enfant illégitime, lequel des deux est le plus coupable ? (…) Il me semble ridicule de demander à l’État de supprimer le fascisme, alors qu’il est bien connu que le fascisme est une création de la bourgeoisie et du gouvernement (…) et qu’il ne sera pas supprimé volontairement par le gouvernement tant qu’il ne se sentira pas assez fort pour s’en passer… en attendant de le ressusciter à nouveau lorsque le besoin s’en fera sentir ».
(Errico Malatesta,«Il fascismo e la legalità», Umanità Nova, 14 mars 1922)
Puis avec Erich Mühsam, qui écrivit ce qui suit alors même qu’il subissait la persécution nazie :
« Ce qui fait de l’État un État et ce qui rend tous les États identiques [est] le remplacement du lien immédiat entre les personnes par le transfert du pouvoir à certaines d’entre elles afin qu’elles puissent régner sur les autres. L’absence de pouvoir dans l’organisation sociale est le critère crucial de l’anarchie, ou, pour exprimer cette explication négative sous une forme positive : l’anarchisme ne lutte pas pour un certain type de pouvoir – il lutte pour l’autodétermination et l’autogestion humaines. Par « pouvoir », nous entendons toute prétention autoritaire à créer une division entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés. La forme exacte du gouvernement n’a pas d’importance. La monarchie, la démocratie et la dictature ne sont que des formes différentes d’oppression centralisée des personnes. Elles établissent toutes des États. »
(Erich Mühsam, La société libérée de l’Etat : qu’est-ce que l’anarchisme communiste ?, 1933)
Voilà. L’Etat est l’ennemi principal, nous sommes d’accord avec Malatesta. La forme exacte de l’Etat (monarchie, démocratie, dictature, etc.) n’a pas d’importance, nous sommes d’accord avec Mühsam. Et si l’on s’accorde sur le fait que ces deux anarchistes savaient de quoi ils parlaient – sans doute un peu plus que les ex-camarades de Paris Luttes Infos qui nous ont censuré –, nous pouvons partir sur de bonnes bases pour mieux saisir les enjeux des élections législatives de juin/juillet 2024.
Tout Etat nait et se perpétue par la violence
Nous autres, insurrectionnalistes, aimons bien avoir une perspective historique plus large que la simple analyse du système libéral-capitaliste tel qu’il s’est mis en place à partir de la fin du XVIIIème siècle en Europe. Attention, cela ne veut pas dire que nous nous trompons d’ennemi : c’est bien ce système dont nous voulons aujourd’hui la destruction. Mais nous savons aussi que l’État et sa violence sont plus anciens. Nous savons tout ce que doit le capitalisme à l’oppression coloniale et à l’extermination massive des peuples colonisés au cours des siècles antérieurs, notamment en Amérique Latine. Et nous avons appris des anthropologues et des historien.ne.s combien la genèse de l’État, ses massacres, ses guerres, son esclavagisme et son impérialisme, est lointaine. Cela fait plusieurs millénaires que la catastrophe étatique a commencé, et avec elle – puisque c’est ce qui l’a constituée et l’a justifiée – la domination socio-économique, la distinction de genre et les hiérarchies racistes. Depuis lors, les régimes, les valeurs et les idées qui soutiennent l’État ne sont que les expressions secondaires et superficielles de sa violence première et de son but unique de maintien de la domination. Peu importe que vous ayez un empereur, un roi, un dictateur, voire un président ou un parlement élus, peu importe le nom qu’on donne à leurs esclaves, sujets ou citoyens : à travers les millénaires, les empires, les monarchies, les dictatures, les soi-disant « démocraties » ou les républiques n’ont été que les prête-noms de l’oppression fondamentale qui se tenait continuellement en arrière-plan, celle de l’État.
L’entrelacement politico-économique qu’est le système libéral-capitaliste est à la fois l’incarnation la plus récente de l’étatisme – son nouveau nom après tant d’autres dans l’histoire – et son apogée, sa formule la plus sophistiquée et la plus aboutie : la marchandisation du monde – la réduction de toute chose et de toute vie à sa valeur d’échange – et la dépolitisation libérale de la société sont la forme la plus terrible de l’impuissance humaine et de la séparation entre maîtres et esclaves.
Cette marchandisation et cette dépolitisation se caractérisent par la violence fondatrice qui se dissimule au cœur des marchandises fétichisées et de la tiède liberté octroyée aux citoyens. Derrière le marché, et derrière l’espace public libéral, derrière les biens de consommation, derrière les droits et les petits privilèges accordés à des consommateurs heureux, il y a une victoire. Celle de nos ennemis, remportée à grands coups de répression, d’assassinats, d’enferment et de surveillance généralisée. Dès leur naissance, le capitalisme (par le biais de l’accumulation primitive) et le libéralisme (par la coercition brutale exercée contre les forces contestataires) se sont appuyés sur une violence extrême pour exister. Que celle-ci ait disparu de l’horizon immédiat d’une partie des citoyens ensevelis sous les marchandises et les droits signifie uniquement que cette violence a quitté le centre des sociétés contemporaines pour être reléguée à leur périphérie.
Ce mouvement de la violence du centre à la périphérie concerne tous les Etats. Tous, même les pires, ménagent des espaces où il fait bon vivre et les protègent par la terreur et le meurtre. Même dans l’Italie fasciste, dans l’Espagne de Franco, dans le Chili de Pinochet, en Argentine à l’époque du terrorisme d’Etat et des commandos de la mort, il y avait toujours une frange de la population qui vivait bien, confortablement, qui ne voyait rien, qui jouissait de l’ordre obtenu par le meurtre, l’enfermement ou l’exil, et qui soutenait le régime qui lui apportait l’opulence économique.
Vous pensez que l’Etat français agit différemment ? Ou est-ce simplement parce que vous vivez dans la zone protégée et privilégiée qu’il a ménagée pour vous ? À la périphérie, dans les marges, dans les failles de l’ordre existant, la violence est bien là : aux frontières, dans les colonies, dans les prisons et les CRA, lorsque les flics éborgnent ou assassinent, dans le patriarcat et la culture du féminicide et du viol, dans la répression de la dissidence de genre, dans le racisme et l’islamophobie institutionnalisés… Sans oublier qu’aux portes de l’Europe, Frontex tue impunément. Il faut un sacré degré de contentement moral et de satiété consumériste pour penser que la violence a disparu. Elle est là, en permanence, activée plus ou moins discrètement contre celles et ceux que l’État identifie comme ses ennemis.
Mais ça, nous militant.e.s, nous le savons ! Nous ne sommes pas aveugles, nous connaissons la réalité de la violence qui fonde et qui consolide les institutions. Nous savons que le fascisme – si l’on accepte de donner ce nom à cette violence d’Etat – n’a jamais tout à fait disparu, qu’il s’est retiré du centre, où les citoyens les plus dociles détournent le regard, mais qu’il continue à s’exercer au quotidien sur les ennemis du système libéral-capitaliste. Nous savons que cet État-là, le nôtre, est l’un des plus violents et des plus cruels qui soit, parce qu’il a atteint un degré de contrôle des populations, de surveillance, d’endoctrinement, de propagande et de puissance répressive – pensez à l’armement actuel des CRS et de la BRAV-M – inégalé dans l’histoire. Sous couvert de quelques libertés, les citoyens des prétendues démocraties contemporaines sont sans doute parmi les plus surveillés, contrôlés, déshumanisés et asservis que l’humanité ait connue, sans échappatoire possible puisque le marché et les caméras couvrent tout, tandis que les techniques d’intimidation et d’élimination de la contestation ont atteint un degré de sophistication ahurissant.
Le prix de votre confort
Mais peut-être estimez-vous qu’on vit tout de même mieux en France aujourd’hui que dans une dictature, qu’il ne faut pas exagérer ni dramatiser la situation et que nous aurions beaucoup à perdre d’une inflexion réactionnaire l’ordre républicain. Mais alors qu’entendez-vous par « vivre mieux », et qu’avons-nous à perdre de si précieux ? Votre confort consumériste et tous vos droits libéraux méritent-ils donc d’être protégés et choyés ? Vos petits accommodements avec l’Etat libéral-capitaliste vous auraient-ils rendu aveugles à l’extraordinaire impuissance qui est la vôtre, à la privation totale de véritable liberté que vous subissez, à votre avilissement, à la soumission qui vous est imposée et à la déshumanisation marchande qui vous aliène et qui imprègne chaque chose et chaque personne que vous croisez ? Quel degré d’embourgeoisement faut-il pour se satisfaire d’une telle existence ? Et comment peut-on oublier que chaque seconde de tranquillité dont vous jouissez est payé au prix du sang dans les marges de la société ? Vous n’êtes pas traqué.e.s au quotidien ni menacé.e.s par le pouvoir ? Pendant que vous survivez, d’autres le sont, d’autres meurent dans les prisons ou assassinés.
Oui, pour nous tous les États se valent. Et penser que le nôtre, aujourd’hui, paré des atours du républicanisme, est somme toute un lieu où il fait bon vivre, revient à cracher à la figure de toutes les personnes que la république martyrise au quotidien, sur son territoire et dans les colonies. C’est se complaire à résider, comme disait Debord, « au centre tranquille du malheur », environné de « désolation et d’épouvante ». C’est renoncer à tout espoir d’autonomie, à toute capacité d’agir en vue d’un mode d’existence différent de la petite satisfaction matérielle et juridique qu’on daigne nous accorder en échange de notre silence.
Dans ce cadre, que peut bien nous faire la prétendue « menace » de l’arrivée au pouvoir d’un énième parti gestionnaire de l’ordre existant, simple expression de la frange réactionnaire du capitalisme qui trépigne d’impatience en attendant de pouvoir utiliser la violence étatique au profit de ses intérêts sectoriels ? Rien.
Nous combattons l’État sous toutes ses incarnations et nous n’avons que faire des micro-particularités qui peuvent affecter la répartition des postes internes à sa forme républicaine du moment. Nous le combattions avant, nous luttions déjà aux côtés des exploité.e.s et des opprimé.e.s, et nous continuerons. La violence était déjà là avant, et elle est encore là aujourd’hui. L’été dernier, à l’échelle de l’État français, il ne s’est rien passé et il ne pouvait rien se passer.
Et c’est normal : le propre du système libéral-capitaliste est qu’il ne s’y passe jamais rien. L’impuissance politique des individus est le critère fondamental qui lui permet de se perpétuer. Croire qu’on peut y vivre en paix, c’est déjà signaler son renoncement. Croire à ses belles fables – qu’il est le régime le plus ouvert, le plus libre, le plus accueillant – c’est démontrer son propre degré de capitulation. Nous, militant.e.s insurrectionnalistes, nous n’y croyons pas. Pas plus que nous ne croyons aux belles nomenclatures philosophiques qui classent les États à partir de leurs petites variations idéologiques et de leurs péripéties institutionnelles. Notre force, au contraire, est une force simplificatrice, qui ne perd pas de vue que dans la lutte contre la domination, là où il n’y a que deux camps en présence, ces nuances sont illusoires.
Et maintenant ?
Nous savons que nos camarades les plus lucides ont fait le même constat de leur côté, et nous savons que nous les retrouverons dans les luttes. Mais où sont-iels, celles et ceux qui nous disaient qu’une défaite de l’extrême-droite allait permettre de mieux s’organiser et se mobiliser ? Iels nous ont asséné cet argument jusqu’à plus soif, comme si la révolution était imminente et qu’il suffisait de quelques semaines ou de quelques mois de « répit » (comme l’a dit l’UCL dans un piteux communiqué appelant à voter) pour qu’elle soit enfin lancée… Où sont-iels tous.tes passées ? Nous sommes à l’automne 2024, et il n’y a plus personne. On se compte, comme d’habitude, sur les doigts de la main sur le terrain, dans les luttes et dans les cortèges de tête, et seuls quelques noyaux de résistance tels que les camarades de l’AG Antifa Paname – qu’on salue au passage – surnagent dans le marasme ambiant. C’est le même marasme que l’an passé, avant la fièvre électoraliste. Rien n’a changé. Les anarchistes et les révolutionnaires de salon qui appelaient à voter, ou qui nous faisaient la morale, simples rabatteur.ses de la gauche parlementaire, ont à nouveau disparu et se sont tus. Pendant ce temps, la violence d’Etat continue.
Avec le recul qui est le nôtre, nous connaissons bien le caractère cyclique du naufrage électoraliste auquel nous avons assisté : ce fut le cas à chaque fois que la gauche arriva au pouvoir, ou à chaque fois qu’il a fallu supporter le chantage au vote utile contre l’extrême-droite. Il est sans doute écrit quelque part que chaque génération de militant.e.s révolutionnaires connait son lot de renoncements et de trahisons. À chaque fois, des gens que l’on considérait comme des camarades se résignent à être étatisés, à n’être plus que des figurants indistincts à l’intérieur du régime, à cogérer leur propre asservissement en échange de quelques miettes de confort matériel et d’assimilation libérale. À chaque fois, iels brisent la solidarité dans la lutte qui constitue le communisme en actes. Comme nous l’écrivions déjà dans Le Citoyennisme qui vient, ce n’est pas si dramatique : après tout, cela nous permet, à chaque fois, de mieux distinguer nos amis de nos ennemis.
Des insurrectionnalistes
* Voici les deux arguments que nous avons reçus de la part d’un seul modo à propos de ce texte, sans possibilité de répondre ni de discuter :
il relativise complètement le danger de l’extrême droite au pouvoir (par exemple « De notre point de vue, c’est le calme plat », ou alors « il n’y a aucune différence entre les types de régimes qui fonctionnent avec et pour l’État » - il y a quelques différences notables).
qu’il appelle à ne pas voter/participer à l’État par l’élection ok, mais il attaque les camarades qui vont voter, jusqu’à les rendre responsables de la légitimité de l’État (« Toute personne qui vote se met au service de l’État et consent à soutenir sa logique d’oppression »)
According to [source], thieves cut through fiber optic cables which caused service disruptions for emergency services and first responders and the loss of internet for residents and businesses in the area. One provider, they said, experienced four fiber cuts in the span of four days.
Authorities believe the vandalism of the cables happened during the early morning hours near walking trails or where utility poles are accessible across the county.
Au lendemain de la fuite de la première ministre, l’armée a convié les responsables des partis non discrédités (PNB et Jamaat-e-Islami) à former un gouvernement provisoire. Muhammad Yunus est nommé conseiller principal de ce gouvernement intérimaire, à la tête d’une équipe composée de 17 personnes (bureaucrates, officiers militaires à la retraite, avocats, universitaires, 2 leaders étudiants…). Ce débouché, constituant une sorte « d’assainissement » de la démocratie représentative, ne peut que nous paraître décevant après l’agitation de l’été que d’aucuns qualifient de « révolution de juillet », mais comment s’en étonner ? Les revendications du début du mouvement étudiant étaient celles de personnes souhaitant leur intégration à la classe moyenne, quant à celles qui ont émergé plus tardivement, à savoir de « dégager » les chefs, ne peuvent conduire qu’à les remplacer par d’autres, soi-disant plus vertueux, et ne sont pas porteuses de perspectives émancipatrices.
Quant aux futures élections, les étudiant.es ont déclaré qu’iels créeraient un nouveau parti. Mais quoi qu’il en soit, les deux partis traditionnels s’y affronteront en espérant capitaliser sur le discrédit de la Ligue Awami.
Grèves, occupations et sabotages dans les usines
Si la colère des étudiant.es s’est assagie (celleux-là allant jusqu’à manifester pour demander l’interdiction de toute activité politique des étudiants, des professeurs et des syndicats sur le campus de l’Université de Dhaka – ce qui a été obtenu le 20 septembre), la combativité ouvrière, elle, n’est pas retombée. Comme quoi les travailleureuses ne se reposent pas sur les lauriers de ce gouvernement provisoire pour les défendre et entendent obtenir gain de cause par elleux-mêmes. Depuis la mi-août, un mouvement de grève traversant les différents secteurs secoue le cocotier de l’exploitation capitaliste.
Quelques exemples :
13 août : 380 travailleureuses de Synovia Pharma PLC ont fait un sit-in pour obtenir… 31 mois d’arriérés de salaire.
14 août : des travailleureuses du textile au chômage ont bloqué des routes à Tongi, demandant du travail et l’égalité d’embauche entre hommes et femmes.
15 août : Anoxara Dress Makers Ltd. des travailleureuses ont occupé la route en face de leur usine pour demander le paiement d’arriérés de salaires. En même temps, des travailleureuses de la Opso Saline Ltd à Barishal ont cessé le travail et occupé leur usine pour demander une augmentation de salaire et le droit de s’associer syndicalement.
16 août : 3 000 travailleureuses du Coton, de la Naheed Cotton Mills Ltd. à Tangail ont occupé l’autoroute Dhaka-Tangail pour demander une augmentation de leurs salaires.
18 août : des travailleuses des technologies de l’information ont occupé la rue devant la résidence de Yunus pour demander la fonctionnarisation de leurs postes de travail. Elles font partie d’un programme qui facilite l’accès à ces métiers aux femmes des zones rurales. Toujours le 18 août, des centaines de travailleureuses de la sécurité des réseaux de chemin de fer ont envahi le bâtiment de leur administration : ils ont enfermé le reste de leurs collègues à l’intérieur, et ont formulé une demande en « un-point » : la fonctionnarisation de leurs postes de travail.
Au mois de septembre, la situation ne s’est pas apaisée. Grèves, occupations d’usines, blocages de route sont presque quotidiens…
4 septembre : au moins 70 usines ont été fermés à Ashulia, bloquant de nombreuses autoroutes et affrontant d’autres travailleureuses devant des usines ouvertes. Une usine à Ashulia a été vandalisée après que les managers aient refusé de la fermer : vitres brisées, caméras détruites, un véhicule de transport endommagé… jusqu’à ce que l’usine soit fermée et les travailleureuses renvoyé.es chez eux. Une autre à Narsinghpur a aussi dû fermer après que ses minibus aient été vandalisés.
5 septembre : Après quatre jours de grèves et d’occupation, certaines usines de prêt-à-porter n’ont pas pu rouvrir en raison du comportement violent et destructeur des travailleureuses dans les usines de la ceinture industrielle d’Ashulia. Certain.es sont descendu.es sur des usines pour y détruire les machines en affrontant parfois d’autres travailleureuses, détruisant plus d’une centaine d’unités de production. Des centaines de milliers d’ouvrières/ouvriers avaient quitté les usines dans l’après-midi, dépassant les efforts de l’armée et de la police bangladaises, du bataillon d’action rapide (RAB) et des gardes-frontières bangladais (BGB) pour maintenir l’ordre. Des travailleureuses de certaines usines ont aussi bloqué l’autoroute Nabinagar-Chandra, blessant au passage 7 des flics qui ont tenté de les disperser. Les autorités ont par ailleurs annoncé la fermeture de 60 usines de Gazipur dans les derniers jours à cause des manifestations, occupations et vandalismes. 11 de ces usines ont été vandalisées, et deux pillées.
6 septembre : des travailleureuses ont incendié une usine de prêt-à-porter après l’avoir pillée. L’usine avait déjà été incendiée la semaine précédente.
8 septembre : des travailleureuses du prêt-à-porter ont bloqué une autoroute devant leur usine à Ashulia, après être allé chercher le comptable de l’usine. Des affrontements ont ensuite eu lieu avec l’armée et la police venus les disperser, vandalisant et tentant d’incendier un véhicule de la RAB (Rapid Action Battalion) et caillassant d’autres véhicules de l’armée.
10 septembre : des travailleureuses du secteur de l’industrie textile, ainsi que des travailleureuses viré.es (dismissed workers) et des chômeureuses ont organisé le blocage de grands axes routiers, demandant l’égalité d’embauche entre hommes et femmes. Le mouvement s’est étendu au secteur de la production pharmaceutique et alimentaire.
11 septembre : des travailleureuses d’une usine de prêt-à-porter ont incendié l’entrepôt où étaient stockés les produits, laissant brûler l’usine pendant 7 heures, attaquant les pompiers venus sur place et vandalisant l’un de leurs camions. Le syndicat des patrons du textile a déclaré que 129 usines du prêt-à-porter seraient fermées le lendemain, après que les travailleureuses soient descendu.es dans la rue pour demander de meilleures conditions de travail.
17 septembre : les infirmières à travers tout le pays ont manifesté afin de demander que l’ensemble des postes de direction du Conseil des infirmières et sages femmes soit occupés par des travailleuses de la profession et non par des bureaucrates (en réponse au choix du gouvernement intérimaire de maintenir un bureaucrate au poste de greffier). Toujours le 17 septembre, 31 usines de prêt-à-porter de la zone de Gazipur ont fermé en raison de manifestations de milliers de travailleureuses (dont 15 selon le régime patronal « pas de travail, pas de paie », défavorable aux ouvriers. Dans 4 d’entre elles, les travailleurs ont réussi à entrer tout en refusant le travail, ce qui est à priori plus favorable pour réclamer le paiement des salaires). Des travailleureuses de Veritas Pharmaceuticals Ltd. ont présenté une demande en « neuf points », dont l’augmentation des salaires.
30 septembre : Des travailleureuses ont bloqué à deux endroits l’autoroute Nabinagar-Chandra à Ashulia pendant plus de 24 heures, créant des bouchons de plusieurs kilomètres. Lors d’affrontements avec les flics venus les déloger, un travailleur de prêt-à-porter a été tué et des dizaines d’autres blessés, dont par balle.
La plupart des grèves, des actions de blocage de route ou d’usine semblent spontanées et ne pas émaner des directions syndicales. Chaque mouvement dans une usine semble émettre des revendications différentes, laissant comprendre qu’elles ne sont pas coordonnées, mais fonctionnent plutôt sur l’imitation des manifestations ayant lieu dans les autres usines. Il semble que ce soient en majorité des chômeureuses ou des travailleureuses viré.es de leurs usines qui soient à l’initiative de beaucoup des actions de sabotage ou d’occupations d’usines. De plus, il y a eu plusieurs cas où des travailleureuses ont attaqué et vandalisé des usines où les travailleureuses n’avaient pas voulu prendre part aux manifestations.
C’est une situation nouvelle en comparaison des précédents grands mouvements de grève, dont le mouvement massif de grèves dans le secteur du textile de l’automne 2023 pour l’augmentation des salaires, qui avait vu la fermeture de 600 usines de prêt-à-porter, l’incendie de certaines d’entre elles, des blocages de routes, mais dont l’organisation était très clairement assumée par le PNB… en amont des élections de Janvier 2024 (il militait dans le même temps pour l’instauration d’un gouvernement intérimaire pour la tenue des élections).
Là où on pouvait les attendre, certaines organisations syndicales [à noter que les syndicats au Bangladesh sont affiliés aux différents partis politiques] s’illustrent par le rôle de co-gestion de la crise et participent également à répandre l’idée que les ouvriers ne sont pas à l’origine des grèves, mais qu’elles sont dues à des éléments extérieurs à la classe ouvrière, exhortant les ouvriers à passer par elles pour entamer un « dialogue multilatéral » et les forces de l’ordre « à réprimer cette anarchie ». Les autorités ont averti que les manifestants qui ne travailleraient pas sur leurs machines seraient considérés comme des criminels et que les forces de l’ordre prendraient les mesures légales qui s’imposent.
Si les autorités pensaient avoir arrêté les mouvements dans les usines en répondant aux demandes, notamment avec des augmentations de salaire et une augmentation annuelle de 10% de promises, ceux-ci semblent persister.
Le 2 octobre, des travailleureuses ont bloqué une autoroute à Gazipur, attaquant des usines à proximité avec des briques et des pierres lorsque les travailleureuses n’ont pas voulu les rejoindre.
Le 3 octobre, des travailleureuses ont occupé une autoroute à Dacca pendant 53 heures, quittant les lieux après l’obtention de négociations facilitées par l’armée et la police. Le même jour, l’occupation de travailleureuses sur une autoroute a perturbé le traffic et forcé la fermeture de 10 usines à proximité pour empêcher que le mouvement s’étende.
Le 5 octobre, des travailleureuses ont bloqué une autoroute à Gazipur contre la non-tenue des promesses par la direction, poussant 17 usines proches à fermer pour éviter le vandalisme.
Le 7 octobre, des travailleureuses du prêt-à-porter ont de nouveau occupé une même autoroute suite à des promesses faites par la direction la semaine précédente et non tenues.
De nombreux directeurs d’usine ont exprimé leur peur d’un retour des manifestations, craignant de ne pas pouvoir assurer les promesses faites par les autorités…
Deux travailleurs ont été abattus alors que les ouvriers du textile, au nombre de 5000, étaient descendus dans les rues à Dhaka jeudi 31 octobre pour exiger le paiement de leurs salaires, en réponse, les directions d’entreprises ont procédé à la fermeture de plusieurs usines. Les travailleurs ont affronté la police et l’armée, jetant des pierres et mettant le feu à deux véhicules des forces de l’ordre. Les tentatives de la police et des forces militaires de disperser la foule se sont heurtées à une résistance farouche. La police a eu recours aux matraques pour contrôler la foule, la situation s’est rapidement aggravée. Les forces de l’ordre ont tiré plusieurs coups de feu pour disperser les manifestants, blessant deux travailleurs âgés de 15 et 17 ans. Les blessés ont été emmenés à l’hôpital de Dhaka, 6 autres travailleurs ont été interpellés.
Contre un État qui ne résoudra jamais la crise climatique, et sa violence que la force ne saurait aujourd’hui renverser, que reste-il aux écologistes ? L’anarchisme, historique et présent, plein d’idées pour un autre futur.
Les syndicats ont révélé l’information jeudi 26 septembre au matin sur les réseaux sociaux. « Hier soir (mercredi NDLR), vers 22 h 30, un collègue et camarade, gradé faisant fonction du centre pénitentiaire de Paris La Santé, a été violemment agressé à son domicile, en présence de sa femme et de sa fille », a dénoncé FO Justice.
Selon l’organisation syndicale, trois individus, « non cagoulés et sans gants », ont fait irruption au domicile de cet agent situé à Montreuil (Seine-Saint-Denis). « L’un d’eux était armé d’une arme de poing, tandis que les deux autres les ont roués de coups, lui et son épouse lorsqu’elle a tenté de s’interposer. Le reproche fait à notre collègue : la récente découverte de téléphones portables lors de fouilles au quartier d’isolement », a détaillé le syndicat dans son message.
Le parquet de Bobigny a confirmé que les agresseurs avaient une arme de poing, mais indique, lui, qu’ils étaient « masqués ». Il a précisé que la victime, née en 1983, se trouvait avec sa conjointe née en 1989 mais a infirmé la présence d’une mineure au domicile. La compagne de l’agent « est choquée mais pas blessée », a ajouté par ailleurs le ministère public.
Avant de quitter l’appartement, les agresseurs ont proféré « des menaces en lien avec le travail de l’agent », a informé également le parquet sans davantage développer sur la teneur des propos tenus. Une enquête a été ouverte pour violences et menaces avec arme sur personne dépositaire de l’autorité publique et confiée à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Aucune arrestation n’a encore eu lieu.
Selon le syndicat FO Justice, l’agent s’est vu prescrire trois jours d’ITT.
Sur une courte vidéo de l’agression que l’AFP a pu consulter, on aperçoit un homme s’avançant dans un couloir vers une silhouette masquée avant d’être ramené au sol par une femme qui hurle « Au secours » puis « Arrêtez » à plusieurs reprises.
À l’image, apparait ensuite très brièvement une main tenant une arme, vraisemblablement tenue par l’auteur de la vidéo.
Dans un communiqué, le syndicat FO Justice rapporte que les agresseurs auraient sonné au domicile de l’agent pénitentiaire avant d’y entrer de force. L’un des individus se serait servi de la crosse de son arme pour faire tomber la victime au sol.
Mise à jour 9/10 : Trois personnes ont été mises en garde à vue dans le cadre de l’enquête, les lundi 7 et mardi 8 octobre.
Le 7 octobre, encore une autre locomotive utilisée pour la logistique d’entreprises locales du secteur de la défense a été incendiée, dans le kraï de Khabarovsk [dans l’extrême-orient russe, près de la Chine et de la mer du Japon ; NdAtt.]
« Notre objectif est de mener des attaques constantes et incessantes contre les ressources du régime, de Vladivostok à Saint-Pétersbourg. Tant que notre lutte continuera, les installations du régime continueront à brûler » a été écrit dans le canal Telegram Pravo Sily.
Ukraine
Le 7 octobre, dans le village de Novotroïtske [occupé depuis le tout début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine ; NdAtt.], dans l’oblast de Kherson, le fonctionnaire du Ministère de l’intérieur Sergei Lyashko a été victime de l’explosion de sa voiture. Le policier a été blessé et emmené à l’hôpital.
Quelques jours auparavant, un juge-collaborateur, de Berdiansk, et Andrei Korotky, chef du « conseil communal » d’Enerhodar [la ville où est située la centrale nucléaire de Zaporijjia, également occupée par les troupes russes ; NdAtt.] ont été tués par la résistance.
Smolensk
Le 9 octobre, à Smolensk, un homme a essayé d’introduire un engin explosif artisanal dans le bâtiment du Ministère de l’intérieur, le déguisant en classeurs de documents. L’un des engins a explosé dans le hall d’entrée, dans des circonstances inconnues, et il a provoqué, selon les médias, un traumatisme à deux policiers. L’autre dispositif a été déclenché à distance, dans une voiture, peu de temps après que le premier ait explosé.
Le partisan est Dmitry D., de trente ans, originaire de la région de Tver. Il est allé vers le poste de contrôle avec sa voiture, ensuite il a essayé d’introduire une bombe dans le bâtiment, sous le couvert d’un dossier contenant des documents. Il a été blessé pendant l’arrestation, deux policiers ont également eu des contusions. Une procédure pénale a été ouverte. Nous souhaitons à Dmitry force et courage.
Ingouchie
Le 10 octobre, une voiture du service E (anti-extrémisme) de la police a fait l’objet de tirs d’arme à feu, sur l’autoroute fédérale, à l’entrée de la ville de Magas, en Ingouchie. On sait, d’informations provisoires, que trois flics sont morts. Adam Khamkhoev, directeur adjoint du service E en Ingouchie se trouvait aussi dans la voiture ciblée. Malheureusement, il n’a pas été blessé.
Les assaillants ont tiré depuis une autre voiture et se sont enfuis avec celle-ci. Nous ne savons pas qui a mené cette action, mais la cible en vaut certainement la peine.
Iaroslavl
Le 10 octobre, un engin explosif a été trouvé dans un train de marchandises, à la gare de Yaroslavl. Il y a été placé dans la matinée du 5 octobre. Dans l’un des wagons-citernes, on a trouvé une enveloppe en polymère, dans laquelle il y avait un tuyau en métal, des explosifs et une carte SIM pour l’activation à distance. Le dispositif n’a pas eu le temps de s’activer, car il a été détruit à l’aide d’un hydro-destructeur. Une procédure pénale a été ouverte.
Le train a d’abord été formé à la gare de Dno, dans la région de Pskov, ensuite il est arrivé à la gare de Sonkovo, dans la région de Tver, et de là il est allé à Iaroslavl.
L’ENS de Lyon est partenaire de plusieurs universités israéliennes complices du génocide : Urgence Palestine Lyon, l’association NIDAL et plusieurs syndicats et collectifs étudiants de l’ENS lancent une action en justice.
Une nouvelle affiche contre les JO alors que débutent les JOP d’été et et que la candidature des JO d’hiver de 2030 dans les Alpes vient d’être validée . A imprimer, diffuser, réutiliser !
Toutes les conséquences sur les habitant.e.s de Paris et sa banlieues, sur toutes celles qui en ont été eloigné.e.s et les conséquences à venir en terme de contrôle et de surveillance (ce qui n’a rien d’anodin à aucun moment et d’autant plus face à des gouvernements toujours plus sécuritaires) dans toutes les villes hôtes des JOP 2024, sont les mêmes qui attendent les Alpes en 2030. A cela s’ajoute des conséquences sur l’environnement local quand l’ont sait que l’argument de JO écologique dévoloppé pour les JO de Paris était une façade de candidature, on ne peut que prévoir la même chose pour ceux de 2030, par exemple dans une zone ou la neige artificielle va être utilisée une fois de plus pour cette occasion.
Hiver comme été les JO accélèrent le désastre !
Ni en 2024, ni en 2030 !
Ni dans la montagne, ni ailleurs !
Aujourd’hui, l’idée de solidarité est largement galvaudée. Elle ressemble souvent à de la charité ou de l’humanitaire, ou alors à une délégation à l’Etat. L’entraide est autre chose, portant une exigence égalitaire, et donc l’attaque contre ce qui est source de domination et d’oppression.
Cette brochure porte sur l’entraide, ce sentiment conscient de solidarité, base sur laquelle peuvent se constituer des rapports égalitaires et dont les révoltes peuvent se nourrir. Les textes rassemblés ici rappellent en outre que l’entraide n’est pas un rapport social inoffensif, mais participent à la subversion de l’ordre existant. Les deux derniers textes apportent un éclairage sur la question des exilé-es d’une part, et de la répression d’autre part, deux phénomènes qui nous font affronter concrètement si ce n’est l’entraide, du moins une solidarité réelle et active, sans reproduire de catégories enfermantes. Parce que l’entraide commence par faire tomber les murs qui nous séparent...
SOMMAIRE
L’entraide est autre chose que la solidarité – p.3
Le mutuellisme d’hier à aujourd’hui – p.6
Pierre Kropotkine, L’entr’aide, un facteur d’évolution – p.13
L’anarchisme communiste. Lecture de La conquête du pain, Pierre Kropotkine – p.15
La Mutuelle Autonome Caennaise – p.23
Aux errants – p.27
Solidarité vécue – p.34
Lundi 7 octobre, a eu lieu une audience de jugement abrégée, pour Tortuga et Ru, prisonniers antispécistes végan straight edge de l’affaire Susaron, lors de laquelle a été décidé de placer Tortu en liberté conditionnelle avec des dures contraintes ; cependant la décision, qui se fonde sur une note informative émise par l’Administration pénitentiaire, n’a pas été favorable pour les deux, du coup Ru reste en prison.
Après l’audience, Tortu a pu opter pour une peine alternative à l’enfermement, ayant été condamné à cinq ans de liberté conditionnelle avec des dures contraintes (quatre ans pour l’incendie et un an pour la possession de munitions) et il est sorti de prison ce lundi. Dans le cas de Ru, le rapport négatif de l’Administration pénitentiaire a été déterminant, et il a été condamné à cinq ans de peine effective (à purger en prison) pour le « délit » d’incendie.
Nous rappelons que, deux ans après l’action contre la funeste industrie de viande Susaron, les compas Ita et Tortu sont sorti.es de prison, en liberté conditionnelle avec des dures contraintes, mais deux autres restent en prison : Panda, condamné à quatre ans, et Ru, à cinq.
Nous encourageons la solidarité anticarcérale à l’adresse des compas qui restent en prison pour avoir agi contre l’industrie de la mort.
Liberté pour les prisonnier.es de l’affaire Susaron !
L’audience préliminaire du 10 octobre, qui fait suite à l’ainsi-dite opération Sibilla, s’est soldée par un renvoi, à cause d’un défaut de notification ; douze anarchistes se trouent sous accusation, parmi eux Alfredo Cospito, enfermé en régime 41-bis dans la prison de Bancali (Sassari), qui était connecté en visioconférence.
L’audience était programmée, à l’origine, en via XIV Settembre, dans le bâtiment utilisé comme tribunal pour les enquêtes préliminaires (c’est là que, habituellement, ont lieu les audiences du Tribunal des libertés et, justement, les audiences préliminaires) et ce n’est qu’au moment d’accéder à la salle que les infatigables fonctionnaires préposés à administrer la justice se sont aperçus que dans ce bâtiment il n’y a aucune salle avec l’installation nécessaire pour la visioconférence. L’audience a donc été déplacée à la hâte dans le siège central du tribunal de Pérouse, piazza Matteotti.
Plusieurs inculpés, y compris Alfredo, ont demandé de pouvoir faire des déclarations spontanées, mais cela a rencontre la ferme opposition du procureur en chef Raffaele Cantone, qui a remplacé la proc’ titulaire de cette enquête, Manuela Comodi, après que cette dernière a eu quelques pépins avec la justice ; tout cela dans une situation paradoxale où c’était le Parquet qui demandait un renvoi, sans l’ouverture officielle de l’audience et sans la possibilité, donc, de faire des déclarations.
Les compagnons inculpés qui étaient présents (nous rappelons que les audiences préliminaires se tiennent à huis clos) ont eu la possibilité de saluer Alfredo, via les caméras, et de faire en sorte que, pendant un petit instant, il les entende via les micros, ce qui a agacé le juge et le procureur. Alfredo a répondu aux salutations et faisant des signes avec ses bras et en levant allégrement les poings.
Devant la salle, une vingtaine de personnes solidaires a réaffirmé la solidarité avec Alfredo, la défense de la presse anarchiste et la dénonciation du virage autoritaire en cours, expression de logiques de guerre.
Le prochain rendez-vous est donc pour le 15 janvier, à Pérouse, à 10h en piazza Matteotti. En réaffirmant notre solidarité avec Alfredo et notre détermination à défendre la praticabilité de la presse anarchiste, nous invitons les compagnons et les compagnonnes à une présence solidaire à cette occasion aussi.
A riot erupted Sunday (Oct. 13) at the juvenile facility at Riverview Behavioral Health in Texarkana, Ark.
Riverview Behavioral Health on Arkansas Boulevard is a psychiatric hospital specializing in mental healthcare for adolescents and adults in the Texarkana, Ark. area.
It was about 9:30 a.m. when the Texarkana Arkansas Police Department (TAPD) received a 911 call to Riverview Behavioral Health stating there were several unruly patients that had started a riot and had taken control of a section of the hospital.
"Dispatch was advised the patients had gained control of a piece of metal and were using it to break out interior windows in an apparent effort to escape the facility," police said.
Twenty-three to 25 juveniles reportedly were involved in the disturbance.
Once officers arrived at the hospital, it was learned that several staff members were trapped in a nurse's station and were surrounded by unruly juvenile patients.
Three boys — two 15-year-olds and a 17-year-old — were taken into custody on a charge of inciting a riot and were to be taken to a juvenile detention center. A 12-year-old girl was also arrested. The remaining juveniles involved in the riot were remanded back into the custody of Riverview Behavioral Health.
Texarkana, Ark. police were assisted by personnel from Arkansas State Police, the Texas Department of Public Safety, the Bowie County and Miller County sheriff's offices, and the Fouke, Hooks, Nash, and Texarkana, Texas police departments.
The mire of defeatism and misery sucks us in deeper and deeper as we remain passive in the face of repression, terrorism and death sown by States.
The dystopian present is methodically growing, two more people are added to the long list of dead in the police hellholes. 37-year-old Mohammed Kamran Asik, having been transferred to 5 different police stations while he was missing, was eventually found dead at Agios Panteleimonas AT (cop station), in a room without cameras, with strong signs of torture. Mia Harizul, 29, was found hanged at AT Omonia (cop station) in a detention facility without cameras with 11 other detainees present. It is clear that these are murders, with their expected cover-ups by regime snitches at the same time as the government under the auspices of law and order, but also in order to safeguard its vomitic international relations with genocidal States, is forcing its dogs to suppress any kind of resistance. This tactic is proven in practice, when on 7/10 the pro-Palestine march heading to the Israeli embassy is brutally attacked by cops, people are arrested and charged with felonies.
Murders of immigrants, files on activists, threats, beatings of students inside their university, arrests, indictments, torture… These are some of the things we have seen lately.
In the early morning of Friday 11/10, an explosive device was placed in a police interrogation van, with the explosion mainly causing damage to the front of the vehicle. Unfortunately, the response of the fire brigade was immediate and it did not have time to burn to the ground. It is important here to mention the bullying of local uniformed lackeys towards young (when it takes them that is…) under the pretext of standard control. Such situations also command the responsibility that each one has to counterattack.
It is a necessity to live with our heads held high, for the fear to change sides To assert our denial, stubbornly… for everything to come to a head.
A raised fist for those who chose the path of fire, resistance and violent counterattack in the world of the dominant.
UNDIVIDED STRENGTH TO THOSE ARRESTED FROM THE MARCH ON 7/10
SOLIDARITY WITH OCCUPATIONS AND STRUGGLE STRUCTURES
A widespread outage on Friday morning is affecting Spectrum-Charter Communication customers in Shasta County.
It's the second time in three months there has been an outage, and like the outage in late June, vandals were the culprit, Spectrum spokesman Dennis Johnson said.
The outage was reported just before 7 a.m., according to text messages some customers received from the company.
The outage also is affecting video and phone service, according to Spectrum.
The message said service is expected to be restored around 11:30 a.m. Friday.
In late June, vandals cut lines at Highway 273 and Canyon Road early in the morning, wiping out internet service for Spectrum-Charter and Verizon 4g customers in Shasta County.
The outage lasted for more than 10 hours before service was fully restored.
Les faits se sont produits à 4h31, très précises, et n’ont duré qu’une minute. C’est à ce moment-là que l’alarme anti intrusion de la permanence de David Magnier, député Rassemblement national (RN) de la 7e circonscription de l’Oise, a retenti. « Elle était sous vidéoprotection. On voit sur les images un individu (vêtu d’un sweat à capuche) avec une barre de fer ou une batte de base-ball briser une à une toutes les vitres. Il est venu tout saccager. », déplore le parlementaire qui doit déposer plainte ce samedi matin.
La permanence avait ouvert fin juillet, après les élections législatives au 14, rue Charles-de-Gaulle à Clermont, l’ancien local de Meilleurtaux.com. « Il y avait déjà du monde qui y venait, mais beaucoup d’habitants ne savaient pas vraiment où elle se situait exactement, alors, il y a deux jours, on a fait floquer toutes les vitres avec mon nom et ma photo. », souligne l’élu. David Magnier a été prévenu dans la foulée du saccage par la société de sécurité. Le peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de Clermont est intervenu quelques minutes plus tard.
« Il n’y avait ni tag, ni message de revendication. Ça a été fait juste pour le plaisir de casser, commente le député. Je ne suis pas le seul député à avoir sa permanence saccagée. Tous les partis sont concernés… Mais aujourd’hui, les personnes qui sont opposées à nous, n’hésitent plus. On a quand même 11 millions d’électeurs (lors du second tour des dernières législatives) mais il n’y a plus aucun respect de la démocratie. Agressions verbales et physiques sont régulières. J’ai eu un appel de madame la préfète de l’Oise pour m’apporter son soutien dès 5 heures du matin. »
Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur s’en est ému ce samedi matin sur le réseau social X (ex-Twitter). Pour lui, « cette violence contre les élus est une honte absolue et devrait tous nous révolter », affirme-t-il. « La démocratie, c’est le débat et l’acceptation du désaccord. »
S’il ne cache pas « une colère intérieure », David Magnier, a décidé de maintenir l’inauguration de sa permanence ce samedi à 16 heures. « Plus de cinquante personnes sont attendues, je ne veux pas tout annuler. Je vais aller déposer plainte et on recommencera tout depuis le début. »
Frédéric Trinh, procureur de la République de Beauvais, confirme que « le parquet a ouvert une procédure judiciaire du chef de dégradations de biens aggravées confiée à la brigade de recherches de Clermont. Les investigations sont en cours pour identifier le ou les auteurs de faits particulièrement sensibles lorsqu’un élu est visé. »
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Mise à jour du 21 octobre :
Le Parisien / dimanche 20 octobre 2024
[…] David Magnier, le député Rassemblement national de la 7e circonscription de l’Oise, déposera plainte une nouvelle fois ce lundi matin. Dimanche, vers 11 heures, une bouteille remplie d’un mélange d’acide et d’aluminium a été jetée dans la cour arrière de sa permanence parlementaire, située rue du Général-de-Gaulle.
« La compression de ces deux éléments entraîne une réaction chimique qui fait exploser la bouteille. Heureusement qu’il n’y avait pas de clous dedans. Il n’y a pas eu de dégât et personne n’a été blessé. Mais il y a des habitations toutes proches et cet acte, s’il avait réussi, aurait pu être catastrophique », explique l’élu. C’est l’agent de sécurité qui assure la surveillance du local qui a entendu une déflagration et a averti la gendarmerie. Les techniciens de l’identité criminelle ont été requis pour réaliser les différents relevés afin de fournir des preuves matérielles aux militaires de la brigade de recherche de la gendarmerie de Clermont, en charge de l’enquête.
Si David Magnier parle d’actes au pluriel, c’est parce qu’il a été directement visé par des actions malveillantes à plusieurs reprises ce week-end. Samedi après-midi avait lieu l’inauguration de sa permanence, dans l’une des rues principales de la commune. Un évènement qui était annoncé et auquel étaient conviés une cinquantaine d’invités. Quelques heures auparavant, vers 4h30 du matin, vêtu d’un sweat-shirt à capuche, un homme a brisé l’ensemble des vitres de la devanture. L’élu les avait fait floquer deux jours auparavant aux couleurs de son parti, avec son nom et des photos de lui accompagné de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.
[…] « Le ou les auteurs s’imaginaient peut-être que j’allais reculer et annuler mon inauguration, eh bien non, je la maintiens », avait averti David Magnier quelques heures après cet acte de vandalisme. L’inauguration s’est donc déroulée sous haute surveillance. Police municipale, force de gendarmerie et militaires en civil encadraient les abords du local. Tout se passait dans le calme, quand vers 17 heures, une voiture a ralenti devant les invités et les collaborateurs du député. Les occupants les ont alors menacés et insultés. « J’ai donc une nouvelle fois porté plainte. On ne peut pas laisser passer pareils agissements. Je ne suis pas le seul politique à vivre ça, cette délinquance anti élus ne doit pas se banaliser. »
Des bâtiments communaux dont ceux de la police municipale, des commerces, des banques mais également des particuliers du centre-ville de La Tour-du-Pin. Mercredi 16 octobre au matin, de nombreux passants ont pu découvrir des murs taggués. « La police tue » pouvait-on ainsi lire sur le mur des locaux de la police municipale. Le centre des impôts a également été visé. Les gendarmes de la brigade de La Tour-du-Pin ont procédé aux constatations tout au long de la matinée. […]
Une fois les constatations réalisées, les services communaux étaient à pied d’œuvre pour effacer ces tags antifascistes et anticapitalistes. Du côté des enquêteurs, les investigations se poursuivent avec l’exploitation des images captées par la vidéoprotection. Selon les premiers éléments, une seule personne aurait agi. Reste à l’identifier et à établir sa motivation.
Depuis sa colonisation par la France en 1853 et au fil de l’évolution du rapport de force entre colons et colonisé.e.s, le statut de la Kanaky, archipel du Pacifique, et de ses habitant.e.s, a changé de nombreuses fois. La dernière étape majeure étant les accords de Matignon. Signés à la fin des années 80 suite à un grand mouvement de révolte, ils accordaient une large indépendance à la Kanaky en attendant 3 référendums répartis sur 30 ans.
Depuis le 13 mai 2024, à la suite d’un mouvement contre le dernier de ces referundums et une réforme électorale, voté par l’Assemblée française, une insurrection agite l’archipel kanak, mettant à mal toute son économie.
Dans cette émission, on va esquisser ce qui s’est passé depuis ce soulèvement anti-colonial. On discutera aussi des transferts de prisonniers vers la France et de la solidarité eux, avec un invité.
SOMMAIRE
00.02.20 Brèves
Maton de la Santé tabassé à Montreuil
Généralisation de la vidéo-surveillance algorythmique après les JO
Révoltes en Martinique
Ouverture d’un centre d’enfermement italien en Albanie
00.16.00 L’insurrection Kanak
Réforme electorale
Récit de l’insurrection
Conséquences de l’insurrection
00.38.47 Mutineries à Camp-Est
Mai 2024
2012 & Histoire de Camp-Est
00.56.17 Répression et solidarités
Appercu de la répression mise en place
Transferts vers la France et solidarité – discussion avec un invité
Lecture d’une lettre d’un prisonnier kanak transféré en France
PLAYLIST
Miss Bolivia ft Cazzu – Soltera Djamatik and friends – du bruit pour kanaky Ghetto Kumbé – SOLA CISTEM FAILURE – You Should Be Terrified LES NENFANTS PERDUS – reviens foutre le bordel