Vive l'Anarchie - Semaine 43, 2017

Sommaire

Meylan (Isère) : Les gendarmes retrouvent leurs bagnoles carbonisées au petit matin [Mise-à-jour]

Publié le 2017-10-27 19:14:49

MAJ 31 octobre : avant de lire ce qu’elle dit la presse, mieux vaut lire la belle revendication de cette magnifique attaque, ici.

AFP / jeudi 26 octobre 2017

Quatre véhicules ont été détruits par les flammes à la brigade de gendarmerie de Meylan, en Isère, dans la nuit de mercredi à jeudi.

France Bleu Isère / jeudi 26 octobre 2017

Un incendie s’est déclaré à la caserne de gendarmerie de Meylan, dans la nuit de mercredi à jeudi. Le départ de feu est volontaire. Une ou plusieurs personnes sont rentrées dans la caserne en faisant un trou dans le grillage. Ce sont des véhicules personnels des gendarmes qui ont été visés. Plusieurs véhicules personnels de la gendarmerie de Meylan ont été incendiés vers 3h35 du matin, ce jeudi. Selon les gendarmes, il s’agit d’un incendie volontaire.

« Ce sont les familles qui étaient visées« , confie le colonel Yves Marzin, commandant de la gendarmerie de l’Isère. « Les gendarmes ont été réveillé par les odeurs de fumée, elles provenaient de dessous les bâtiments où sont logés les militaires et leurs familles. »
Les occupants des logements ont été évacués et le feu a été rapidement maîtrisé par les pompiers. « Les véhicules visés sont des véhicules civils, qui appartiennent aux familles. C’est un nouveau cap qui est franchi« , enchaîne le colonel Yves Marzin.
Quelques voitures auraient été détruites par les flammes. Le ou les incendiaires seraient rentrés dans la caserne en faisant un trou dans le grillage. C’est le même mode opératoire que lors de l’incendie de la gendarmerie de Grenoble, ciblée fin septembre. Cette action avait alors revendiquée par des membres de la mouvance anarcho-libertaire.

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Et les journaflics s’interrogent sur celles et ceux qui sont derrière cette attaque…

AFP via l’express / Jeudi 26 octobre 2017

Caserne incendiée à Meylan: « La piste anarcho-libertaire n’est pas écartée ». Quelques heures après l’incendie qui a visé la brigade de gendarmerie de Meylan, en Isère, le procureur a déploré « des faits d’une gravité extrême ». « Au-delà de la gendarmerie, ce sont les familles qui ont été attaquées dans leur domicile au creux de la nuit. La gendarmerie et les gendarmes habitent en caserne, légitimement les familles des gendarmes peuvent s’y croire en sécurité », a déploré ce jeudi après-midi Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République de Grenoble.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, quatre véhicules ont été détruits par les flammes à la brigade de gendarmerie de Meylan, en Isère, où vivent plusieurs familles de militaires. Deux départs de feux qui n’ont, fort heureusement pas fait de blessé, les habitants ayant été évacués à temps, après avoir été alertés par une odeur de feu.
Mais les dégâts auraient pu être d’ordre criminels, a-t-il dénoncé: un cadenas a été « posé sur le portail d’entrée de la brigade, probablement destiné à gêner l’intervention des secours ». Le magistrat a également effectué un parallèle entre cette attaque et le meurtre d’un couple de policiers à Magnanville, en 2016, y voyant « volonté de s’en prendre aux militaires et leurs familles dans un endroit sacré, leur domicile ».

« De tels actes peuvent s’apparenter à des actes de terrorisme »

« Cet acte visait non pas les locaux et bureaux de la gendarmerie mais bien les véhicules privés et les familles », a déploré un peu plus tôt le colonel Yves Marzin, commandant le groupement de gendarmerie de l’Isère auprès du Dauphiné Libéré. Pour le moment, la piste de l’attentat est écartée, la section antiterroriste du parquet de Paris ne s’est pas saisie du dossier.
« De tels actes peuvent s’apparenter à des actes de terrorisme, a néanmoins commenté le magistrat, Heureusement que les personnes se sont réveillées et que les gendarmes sont intervenus rapidement (…) Nous aurions pu avoir une affaire dramatique. »
L’attaque n’a par ailleurs pas été revendiquée. Jean-Yves Coquillat affirme qu’il s’agit d’une « action assez professionnelle de quelqu’un ou plusieurs personnes qui savent ce qu’ils font et savent mettre le feu ». Il a aussi évoqué des « techniques de sabotages », en ajoutant que la « piste anarcho-libertaire n’est certainement pas écartée, ces gens-là ont un savoir faire dans ce domaine ». L’un des autres pistes évoquées est celle d’une vengeance éventuelle envers des gendarmes. 

« Les auteurs sont des gens qui prennent des précautions »

Cette attaque en rappelle fortement une autre. Le mois dernier, un violent incendie a détruit l’intégralité des véhicules d’un garage de la caserne de gendarmerie à Grenoble. Plusieurs véhicules de service et 2000 mètres carré de locaux techniques ont été détruits. L’attaque avait été revendiquée sur le site alternatif Indymedia par un groupe se faisant appeler les « nocturnes ». Il existe « une unité de temps et de lieu » entre les deux attaques, selon Jean-Yves Coquillat.
L’enquête concernant ces faits n’a pour le moment pas abouti a annoncé le procureur. « Nous n’avions pas beaucoup d »éléments matériels, les auteurs sont des gens qui prennent des précautions évitent de laisser des traces », a-t-il commenté avant d’ajouter que « la détermination sera totale ».

Clermont-Ferrand : Trois véhicules de police municipale partent en fumée en solidarité [Mise-à-jour, 26/10]

Publié le 2017-10-27 19:14:49

Indymedia Nantes / Jeudi 26 octobre 2017

Fumée solidaire à Clermont-Ferrand

3 voitures de la police municipales détruites dans un incendie

Dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 nous avons pénétré à Clermont-Ferrand, proche du centre ville, dans un parking où étaient stationnées trois voitures de la police municipale. Nous avons disposé des allumes feu sur les pneus avants de deux des trois véhicules en supposant que l’incendie se propagerait. Supposition concluante puisque la presse parle de trois véhicules détruit par les flammes [cf ci-dessous, NdA].

On passe à l’attaque parce qu’on ne veut ni suivre la masse ni la guider, qu’on est contre la politique et ses stratèges. Qu’on a envie d’agir à peu, selon nos affinités, nos désirs, nos temporalités et sans médiation avec un quelconque pouvoir. On a envie de faire attention à déployer du consentement dans l’action et dans la préparation. Prendre soin les un.e.s des autres dans ces moments comme en dehors quand on nous voudrait isolé.e.s, en famille ou en couple, c’est aussi un bout de notre révolte.

[paris – 31 oct] apéro-discussion autour du procès contre le texte d’appel à un apéro-discussion

Publié le 2017-10-27 19:14:49

Le 18 mai 2016, une voiture de flics en service a été cramée dans la rue, renvoyant à l’État un peu de la violence que nous subissons tou-te-s au quotidien. Le 16 février 2017, 9 jours après l’arrestation à Montreuil d’un compagnon dans cette affaire, un texte appelant à un apéro-discussion est imprimé, diffusé, et publié sur Indymédia Nantes. Le texte a par la suite largement circulé, notamment sur le site cettesemaine.info (publié le 17 février). Le 26 avril 2017,un compagnon a été perquisitionné et inculpé pour avoir mis l’appel en ligne sur ce dernier site. Il passe en procès au TGI de Paris le mercredi 8 novembre 2017, à 13h30, à la 17e chambre.

Deux passages de cet appel, autour d’une attaque qui a réjoui beaucoup de monde, sont poursuivis. Il s’agit des phrases suivantes : « Nous ne demandons pas justice, pas plus que nous ne parlons d’innocence ou de culpabilité car nous détestons la justice autant que les flics et l’ordre qu’ils défendent. Répandons plutôt le désordre et le feu partout où ces ordures nous pourrissent la vie ! » ; et « À la 1ère, à la 2ème, à la 3ème voiture brulée, on aime tou-te-s les grillades de condés ! »

Bien que la justice choisisse de poursuivre sous le régime du Droit de la presse (sic), et contre un site internet en particulier, c’est la solidarité qui est attaquée. Celle qui défend les actes, sans médiation politique ou syndicale, et loin de toute prétendue légitimité médiatique. Cette solidarité qui fait vibrer ensemble des actes et des idées. C’est un coup de pression qui touche bien plus grand et essaie de faire flipper. Tout comme lorsque plusieurs sites reçoivent un mail menaçant de les couper dans les 24 heures, s’ils ne retirent pas le communiqué des incendiaires de la gendarmerie à Grenoble, lui aussi en solidarité avec les inculpé-e-s du quai de Valmy.

Alors que la justice a condamné sept personnes à des années de prison, la solidarité continue.
Retrouvons-nous le mardi 31 octobre à 19h au CICP (21ter rue Voltaire, Paris 11ème), pour discuter de comment continuer à poser des mots solidaires sur les actes de révolte qui nous parlent, sans transiger avec la nécessité de porter des idées et sans nous cacher derrière la défense de la liberté d’expression.

La solidarité, c’est l’attaque !

Jarville (Lorraine) : Saboter le train-train quotidien

Publié le 2017-10-27 19:14:50

L’Est Républicain / Mercredi 25 octobre 2017

Le trafic ferroviaire TER et TGV a été fortement perturbé dans la nuit de mardi à mercredi à la suite d’un acte de malveillance commis à Jarville. Un abri SNCF a été vandalisé et des morceaux jetés sur les caténaires. Un train de marchandises s’est retrouvé bloqué vers 3 h du matin peu après l’acte malveillant.

La circulation des trains en direction de Nancy a dû être interrompue. Au total, 23 trains ont été annulés selon la SNCF et quelque 3.000 voyageurs étaient concernés. Les TGV ont été détournés par Metz et des navettes bus de substitution ont été mises en place.

Le trafic a seulement pu reprendre ce matin, à 8 h 10, après dégagement des objets sur les caténaires et des contrôles de sécurité. La SNCF doit déposer plainte.

Fumée solidaire à clermont-ferrand

Publié le 2017-10-27 19:14:50

Dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 nous avons pénétré à Clermont-Ferrand, proche du centre ville, dans un parking où étaient stationnées trois voitures de la police municipale. Nous avons disposé des allumes feu sur les pneus avants de deux des trois véhicules en supposant que l’incendie se propagerait. Supposition concluante puisque la presse parle de trois véhicules détruit par les flammes.

On passe à l’attaque parce qu’on ne veut ni suivre la masse ni la guider, qu’on est contre la politique et ses stratèges. Qu’on a envie d’agir à peu, selon nos affinités, nos désirs, nos temporalités et sans médiation avec un quelconque pouvoir. On a envie de faire attention à déployer du consentement dans l’action et dans la préparation. Prendre soin les un.e.s des autres dans ces moments comme en dehors quand on nous voudrait isolé.e.s, en famille ou en couple, c’est aussi un bout de notre révolte.

L’envie de partager ce moment par l’écrit est lié au fait que la série d’attaques qui se sont produites ces derniers temps, et les mots qui les ont suivies, nous apportent. Comme autant d’échos, se dire que la rage que l’on ressent en se levant chaque matin est partagée par d’autres, envie que les ondes se propagent sur la surface de l’eau, d’être l’un des ricochet qui vient troubler le calme du lac dans lequel sommeil l’ordre. Néanmoins on souhaite visibiliser que si ces moments de destruction nous font nous sentir vivant.e.s il y’en a une infinité d’autres qui participent à ce sentiment. Cueillir quelques plantes pour éviter la médication chimique, se lire une brochure et en discuter au coin d’un feu, contre-carrer seul ou à plusieurs les mécanismes de nos propres dominations, se raconter des histoires, se raconter nos histoires, prendre soin d’un.e am.i.e… Ne pas se restreindre et considérer qu’il y a une multitude de manières de briser les cadres, les cases et les cages.

Brûler des voitures de la police c’est un moyen pour nous d »attaquer l’État et ses gardiens. Et ça fait du bien de voir des flammes près du centre-ville, de faire jaillir une brèche de désordre, de joie et de lumière DIY au sein de la paix sociale.

Fumée solidaire avec les inculpé.e.s de la keuf mobile brûlée qui refusent de jouer le jeu de la justice.

Solidarité avec celleux qui sème des graines de désordre ici et ailleurs.

Des oisillon.ne.s qui ont saccagé leur nid

Grenoble : Pas de trêve pour les marchands du logement

Publié le 2017-10-27 19:14:50

Indymedia Grenoble / Jeudi 26 octobre 2017

Chaque année, l’hiver venant, huissiers et flics s’affairent à mettre un maximum de personnes à la rue. Pour les insolvables et autres qui squattent, le compte à rebours jusqu’à la trêve est long.

Les lieux expulsables ont une épée de Damoclès au dessus du toit, d’autres ouvrent, et ferment aussitôt sous les coups de boutoirs policiers.

Indifférence ou émotion passagère des gent.e.s. Les possédants organisent le racket, les locataires acceptent. Et nous, la boule au ventre, la rage au coeur, on arrache les logements vides, déjà plus ou pas encore, transformés en marchandises.

Est-ce que ces miettes nous suffisent ? Ne désirons-nous pas que les marchands perdent un peu la face et leur mise ?

A la servile négociation d’un toit avec quelques autorités ou propriétaires que ce soient, nous préférons désormais attaquer vautours et gestionnaires de l’habitat.

Dans cette perspective, nous avons ravagé les bureaux de ventes de la société European Homes, rue Leon Jouhaux. Cette entreprise immobilière a installé son algéco hideux au pied d’une batisse d’un certain âge, vidée et murée, attendant d’être détruite et remplacée par de nouveaux volumes habitables rentables.

Nous ne voulons plus se contenter d’attendre impuissemment les expulsions, et nous encourageons d’autres personnes à la révolte.

#devoirdemémoire : zyed benna et bouna traoré.

Publié le 2017-10-27 19:14:51

Dans leur souvenir, c’était à peu près l’heure de « Malcolm » sur M6, au plus tard celle de « Nous ne sommes pas des anges », sur Canal+. Bref, il était autour de midi. Ce jeudi 27 octobre, dans l’appartement des Traoré, Bouna sort de la douche. Le garçon de 15 ans s’est levé tard, comme ses frères et soeurs, comme tous les enfants de la cité qui borde le centre commercial du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois, au bout du bout du « 9-3 ».

Clichy s’éveille. C’est l’époque des vacances scolaires, celles de la Toussaint — ici on dit plutôt « les vacances d’automne ». La journée est longue jusqu’à la « coupure » du jeûne du ramadan, le soir en famille. Alors les « petits », comme Bouna, les « moyens » et les « grands » — ceux qui, jusqu’à 22 ou 23 ans, vivent toujours chez les parents — font durer la grasse matinée. Ils jouent à la PlayStation, regardent Trace TV, Equipe TV ou des DivX — des films piratés. « Pour faire perdre le temps », comme ils disent.

Bouna Traoré, yeux doux comme ses frères, est un beau gosse fin, agile et coquet. Ce jour-là, comme chaque matin, il s’enduit le visage de Topicrème, un produit pour peaux sèches, donne un coup de fer sur son jogging. Comme son grand frère Siyakha, il porte un petit diamant à l’oreille. Et il n’est pas peu fier de son « contour » — le must, la coiffure « renoi » branchée. On se fait raser à mi-tête par le coiffeur de Sevran — « c’est là-bas qu’ils coupent bien » — ou chez cet homme de la cité qui manie bien les ciseaux et coupe à l’amitié, au domicile et à la débrouille.

Sans bruit, Bouna nettoie et chausse ses Nike Shox bleu et blanc. Sans bruit, parce que son père, éboueur à la Ville de Paris, est rentré du travail à 6 heures du matin, après une heure de RER plus un bus, le 601. Pour les enfants, la seule contrainte de la journée, c’est de rejoindre la maison à 18 heures pétantes, pour « couper » le ramadan. A tour de rôle, on se dévoue pour aller faire des « petites courses » au Franprix du Chêne-Pointu — 3 euros en moyenne au panier de la ménagère — ou au Lidl de Montfermeil, plus loin, mais moins cher. Ce jour-là, c’est Siyakha Traoré, le grand de 24 ans, qui fait les courses. A chaque pas, il croise des amis. Un « tcheck », le poing de l’un contre celui de l’autre. « Tranquille ? » — « Tranquille. »

Après sa douche, Bouna quitte la « pama », sa cité, pour remonter quelques mètres plus haut vers le Chêne-Pointu. Ici, l’histoire locale, même celle des années 1960, est oubliée. Ni les petits ni les grands ne savent expliquer que « pama » veut dire « parc de la mairie ». Seul, sans doute, M. le maire sait que le Chêne-Pointu fut, en son temps, un petit « Lourdes » où l’on se rendait en pèlerinage. En 1212, trois riches marchands angevins, attaqués et liés à un chêne alors qu’ils se rendaient à la capitale par la forêt de Bondy, furent délivrés par des anges. Trois hommes sauvés des brigands. Un vrai miracle.

A Clichy-sous-Bois, le temps ne s’écoule pas comme partout. Les vacances ne vident jamais le Chêne-Pointu ; au contraire, elles le remplissent. Pour un Calvin, 14 ans, parti ce mois d’octobre en vacances « à Sartrouville, dans le 7-8 », combien d’autres ne quittent jamais la Seine-Saint-Denis ? Ce 27 octobre, le petit frère de Bouna, lui aussi, est absent. Il est si habile au ballon rond qu’il a été envoyé en « détection » au Havre. Comme dit un copain de classe : « La moitié de Clichy, elle est forte au foot, parce qu’il y a rien d’autre à y faire. »

Il fait beau. Tout le monde traîne dehors, c’est-à-dire tous les garçons. Allers-retours entre le centre commercial, ses vitrines d’aquarium opaques, ses néons jaunasses, sa boucherie halal, son marchand de journaux-PMU et, heureusement, l’Internet de la boutique Box — « l’antigalère », disent les petits.

Retour au pied des tours, à Rabelais, « là où tout le monde se positionne », 20 mètres plus loin. « Si on ne trouve pas les potes dehors, on les appelle chez eux » avec le portable, outil indispensable dès qu’on a « à gérer » une « chneck », une « femeu », une copine. C’est quand commencent les problèmes de filles et de recharges SFR que, dans la cité, on devient un « moyen ».

Rabelais, c’est là qu’habite Zyed Benna, 17 ans, petit dernier d’une famille tunisienne de six enfants. Le père lui aussi est éboueur de la Ville de Paris. Il est sévère. Il n’a pas apprécié que le nom de son fils traîne dans une histoire de vélo volé. Zyed n’est arrivé en France qu’en 2001, il peine dans sa classe de troisième, mais c’est un « mec tracé », expliquent ses copains, « trop stock », trop fort. Pour preuve, son surnom : « lance-pierre ». De mémoire d’habitant du Chêne-Pointu, il était le seul capable de lancer un marron jusqu’au 16e étage de la tour. Ses copains ont immortalisé l’exploit avec une caméra.

Ce 27 octobre, c’est l’heure des « Feux de l’amour ». Il est largement temps de sortir. Au Chêne-Pointu, on n’aime pas rester dans les T3. Le samedi ou le dimanche, les grands sont toujours là pour emmener les petits en voiture au Flunch ou au cinéma de Rosny II, leur apprendre à conduire les quads. « Pour faire passer l’heure », en ce jour de semaine, Bouna, bon footeux « très technique », propose un tournoi au stade de Livry-Gargan, ville limitrophe, mais bien plus riche que Clichy et son stade « plein de pierres et tout pourri ». Il y a là Sofiane, le pote au scooter, Aristide, David, Martin, Bruno, Yahya, tous âgés de 14 ou 15 ans, copains de cité ou de ballon. Suit aussi Muhittin Altun, le Kurde, 17 ans, le seul qui ne parle pas bien le français, quoique mieux que son père, ouvrier en bâtiment. Ils aiment le zouk, le rap français et américain comme 50 Cents, Sniper, Psy 4 de la rime, « et même parfois des variétés françaises. Bouna chantait ‘Allumer le feu’ de Johnny Hallyday », disent-ils.

Peu après 17 heures, les gamins quittent le stade. Petit crochet par un chantier où la région Ile-de-France construit des logements sociaux ? De sa fenêtre, l’employé d’un funérarium tout proche a en tout cas l’impression qu’un des gamins fait le guet. Voudraient-ils chiper quelque chose dans le cabanon de chantier ? La police est prévenue. Dix minutes plus tard, une première voiture de la brigade anticriminalité (BAC) s’arrête à proximité. Les gamins s’enfuient comme une volée de moineaux. « Cours ! Cours ! », crie l’un d’eux en apercevant derrière lui un policier en civil, flash-ball à la main. « On doit pas courir, on n’a rien fait », tente David. En vain.

Courir, chez eux, c’est déjà un réflexe. « Quand il y a quelqu’un qui court, on est obligé de courir. L’autre jour, quelqu’un est arrivé en courant dans la cité, eh bien, tout le monde est parti dans tous les sens », raconte Joe, 16 ans. « Comment la police elle nous traite, les petits, ça les effraie », argumente Mehmet Dogan, le « cousin » de Muhittin. « Ils voient que les keufs ils nous tutoient, qu’ils nous vannent, qu’ils y vont au culot, à l’audace, qu’ils nous traitent d’espèces de kekes. » En chœur, les petits assurent qu’on ne les aime pas. « Les policiers viennent du Raincy ou de Livry, là où il y a des Français. Quand ils viennent ici, ils nous disent : ‘Mets-toi contre la voiture, bouffon’, et après ils disent que c’est nous les malpolis. Même si on n’a rien, rien fait, ils nous traitent de petits pédés. »

Dans leur tête, tout en courant, les petits font leurs comptes. Ils ne prennent leurs papiers d’identité que pour les grandes occasions : la Foire du trône, les courses à Chelles ou à Clignancourt, quand les grands frères les emmènent acheter « des hauts et des jeans fashion ».

« Nos parents, ils ont eu tellement de mal à les avoir, ces papiers, qu’ils en prennent soin », explique Siyakha Traore. « Les petits, ça perd tout. » Ils sont donc bien cachés dans l’attaché-case du papa, dans la chambre ou dans le sac de la maman. Seules traînent dans la cuisine les cartes « Famille nombreuse » ou celles du collège.

Se faire attraper un jour de ramadan n’est pas une bonne idée. Qu’ils passent entre une et quatre heures au poste, ils seront de toute façon en retard pour l’iftar. « J’avais faim. En plus on avait joué au foot et on était assoiffés. Je ne voulais pas perdre de temps », dit Yahya. Pendant le ramadan, enfin, on ne doit pas commettre de bêtises. « Même si on est innocents, les parents ils nous disent : ‘Pourquoi ils t’ont attrapé si t’as rien fait ?' », explique un ami de Bouna. En courant, Zyed lâche tout haut : « Si les ‘civils’ m’attrapent, mon père il m’envoie au bled, en Tunisie. » Un cauchemar. Ils s’amusent bien dans la cité. « Bouna, tellement il jouait, il prêtait même pas attention aux repas. Sa mère lui disait : ‘T’as mangé ? Bouna, t’as mangé ?' », raconte son frère.

La petite bande remonte le « parc des amoureux », traverse sans regarder la rue qui sépare Livry-Gargan de Clichy, et entre par une porte ouverte, tatouée d’affiches « non » au référendum, dans un terrain municipal en friche où les Gitans du coin viennent pique-niquer aux beaux jours.

C’est là, semble-t-il, que les policiers arrêtent Harouna et Sofiane, qui courent le moins vite. Zyed, premier au cross à l’école, Bouna et Muhittin gagnent, au bas du terrain vague, un mur de béton orné de tags et couronné de fils barbelés, qu’ils longent jusqu’au cimetière.

Une seconde équipe de policiers, prévenue par talkie-walkie, a pris place derrière les tombes. La nuit est là. On entend aboyer les chiens des pavillons de Livry-Gargan. Sauts, courte échelle, voilà les trois amis, « le Noir, l’Arabe et le Turc », soupirent leurs copains, derrière les 3 mètres de l’enceinte de la centrale EDF. Ils ne regardent pas les têtes de mort sur l’avertissement placardé : « L’électricité, c’est plus fort que toi. » Plutôt que de monter sur une des échelles et de s’allonger sur le toit d’un des bâtiments, ils choisissent d’escalader les 4 mètres du transformateur, à l’abri des regards. C’est très haut. Mais, comme dit Joe, « avec la peur on peut tout faire ». Ils y restent une bonne demi-heure.

A 18 h 12, Bouna et Zyed ont sans doute un geste maladroit. Un arc électrique se forme entre eux. Tous trois sont soulevés de terre par une décharge de 20 000 volts. Au Chêne-Pointu, la télé de Moussa, 15 ans, s’arrête net sur sa série. « On comprenait pas. » Au commissariat de Livry-Gargan, le brigadier Sébastien M., qui s’applique à expliquer dans son rapport qu’aucune dégradation n’a été commise sur le chantier, avant de rendre les autres mineurs arrêtés à leurs parents, est tout à coup plongé dans l’obscurité. « J’ai constaté qu’aucun fusible n’était désenclenché. La coupure ne venait pas du commissariat, a-t-il confié sur procès-verbal. Le courant est revenu cinq minutes après, j’ai pu faire mon rapport. »

Comment Muhittin, brûlé par quelque 2 000 degrés, la peau collée à ses vêtements, mais vivant, trouve-t-il alors la force de revenir au Chêne-Pointu et de retrouver le grand frère de Bouna ? « C’est un guerrier », répondent en hommage ses copains. Le jeune Kurde, juste capable d’articuler les deux prénoms de ses amis, entraîne une dizaine de garçons sur le terrain vague. Et de répéter : « On s’est fait courser, on s’est fait courser. »

Sans geindre, il montre de son index la direction à suivre, mais, arrivé devant la centrale, il détourne les yeux à l’opposé, cache son visage en pleurs sous son autre bras. « Je me disais : mais c’est quel endroit ici ? Jamais, même pendant mon enfance, je n’étais venu là, raconte Siyakha. Plus on avançait, plus on sentait une chaleur de malade, plus Muhittin il était triste. » « Bouna ! Zyed ! », crie la bande.

Mais personne ne répond. Les minutes deviennent des heures, la rumeur se répand. « On a attendu, tellement attendu. Plus qu’à l’ANPE. On a même dû battre les records du consulat », raconte son frère. La mère de Bouna « fait tomber des larmes », son père se frappe la tête contre le mur de la centrale. Ils sont morts, c’est certain.

Les baskets de Zyed, « des Converse toutes neuves, noir et gris », ont été carbonisées. Comme les Nike Shox de Bouna. Mais ses Adidas sont restées quelques jours dans l’entrée du T3, avant de s’en aller avec lui pour l’enterrement au bled, en Mauritanie. Avant le voyage, Siyakha Traoré a demandé à voir le corps à l’Institut médico-légal. L’histoire qu’il raconte ressemble à une scène du réalisateur Jean-Claude Brisseau. Une belle dame très douce l’a prévenu que, quand il ouvrirait la porte, son petit frère serait là, à gauche, en entrant. Il l’a aperçu tout de suite, Bouna, « une tache noire — sa figure — dans tous ces draps blancs ».

Les brûlures avaient gonflé son pauvre visage, bleu, rose, noir. Mais sa coiffure, ce dégradé qu’il s’était fait dessiner une semaine plus tôt, pour être beau pour l’Aïd, était intacte. Siyakha Traoré n’a vu que ça, la « chevelure » de l’ange, son seul réconfort. « Son contour, son dégradé, c’est les seuls endroits qui n’ont pas été touchés. »

Critique de l'élevage autogéré : écoute collective et discussion

Publié le 2017-10-27 19:14:51

Rendez-vous le samedi 11 novembre à 17:00 au Silure (3 sentier des saules) pour écouter et discuter ensemble une émission de radio critique de l’élevage autogéré.



Dans nos milieux anti-autoritaires, le sujet de l’antispécisme provoque régulièrement des tensions, des débats plus ou moins violents et des divisions au sein des mouvements. En effet, la volonté de se questionner s’arrête souvent dès lors qu’il s’agit du contenu de notre assiette. L’idée qu’un “bon” type d’élevage, qu’une “bonne” façon d’exploiter voire de mettre à mort serait possible et même souhaitable d’un point de vue anticapitaliste persiste, oubliant totalement les intérêts et souffrances des premierEs concernéEs : les animaux non-humainEs. Remettre en question le pouvoir des humainEs sur les animaux, l’utilisation de ces derniers comme de simples biens de consommation, et ce même dans une optique d’autogestion et d’émancipation, nous semble plus que jamais indispensable. Parce que nos réflexions ne doivent pas s’arrêter au critère de l’appartenance à une espèce ni à aucun autre critère arbitraire.

Venez discuter avec nous de l’émission de Radio Klaxon qui scrute et critique une chèvrerie autogérée mise sur pied en 2011 à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Émission écoutable en ligne ici : https://archive.org/details/RadioKlaxonEmissionneSurLaLiberationAnimale



Critique de l'élevage autogéré : écoute collective et discussion

Publié le 2017-10-27 19:14:51

Rendez-vous le samedi 11 novembre à 17:00 au Silure (3 sentier des saules) pour écouter et discuter ensemble une émission de radio critique de l’élevage autogéré.



Dans nos milieux anti-autoritaires, le sujet de l’antispécisme provoque régulièrement des tensions, des débats plus ou moins violents et des divisions au sein des mouvements. En effet, la volonté de se questionner s’arrête souvent dès lors qu’il s’agit du contenu de notre assiette. L’idée qu’un “bon” type d’élevage, qu’une “bonne” façon d’exploiter voire de mettre à mort serait possible et même souhaitable d’un point de vue anticapitaliste persiste, oubliant totalement les intérêts et souffrances des premierEs concernéEs : les animaux non-humainEs. Remettre en question le pouvoir des humainEs sur les animaux, l’utilisation de ces derniers comme de simples biens de consommation, et ce même dans une optique d’autogestion et d’émancipation, nous semble plus que jamais indispensable. Parce que nos réflexions ne doivent pas s’arrêter au critère de l’appartenance à une espèce ni à aucun autre critère arbitraire.

Venez discuter avec nous de l’émission de Radio Klaxon qui scrute et critique une chèvrerie autogérée mise sur pied en 2011 à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Émission écoutable en ligne ici : https://archive.org/details/RadioKlaxonEmissionneSurLaLiberationAnimale



À Paris le rassemblement pour Rémi Fraisse se termine par une sauvage répression

Publié le 2017-10-27 19:14:51

Compte rendu, par le collectif La Meute, du rassemblement à la mémoire de Rémi Fraisse. Débuté place de la République à Paris, après une déambulation et un tour en métro, le rassemblement s’est terminé à Ménilmontant sous les coups de matraques et les arrestations.





Notes

[1Le 26 octobre 2017

[2En arrivant à Ménilmontant, poursuivi.e.s par la police, les manifestant.e.s choisissent de se disperser. Un groupe de policiers est pris à partie, et l’un des policiers, réfugiés dans un KFC, a sorti son arme en la pointant sur la foule et en tapant le carreau avec le canon.
Dans le métro, des manifestant.e.s sont matraqué.e.s au visage, leur sang recouvrant les murs du quai.
On dénombre au minimum, selon nos informations, 6 arrestations, et sûrement un.e blessé.e grave [EDIT : selon une source au moins 11 interpellations, au minimum 3 blessé.e.s et 1 malaise].
Nous tâcherons de faire tourner les informations qui, éventuellement, arriveraient dans la nuit."
source La Meute

[3A priori au moins une personne a été tabassé dans le métro. Des personnes sur twitter font echos de 6 à 7 arrestations, et de plusieurs blessés.
Si vous avez des infos n’hésitez pas à écrire à paris-luttes-infos(A)riseup.net ou
La Coordination contre la répression et les violences policières
stoprepression@riseup.net