Vive l'Anarchie - Semaine 44, 2019

Sommaire

COP25 ? Ni au Chili, ni à Madrid, ni nulle part ailleurs !

Publié le 2019-11-05 00:55:04

Comme bon nombre d’entre vous le savent déjà, le sommet du climat prévu pour le prochain mois de décembre 2019 sur le territoire sous contrôle de l’Etat chilien a été annulé face aux révoltes qui, depuis plus de deux semaines déjà, continuent à démolir la “paix” sociale du pays. Face à cet imprévu, les grands chefs aux manettes ne pouvaient se priver de leur spectacle bureaucratique, nécessaire non seulement pour parader une fois de plus en se donnant des airs importants, mais aussi pour légitimer à l’échelle mondiale devant la dite “opinion publique” et les consciences de l’humanisme bien-pensant leur géopolítique meurtrière, en la dotant d’une série de mécanismes et d’instruments qui la rendraient supposément “plus humanitaire”, “plus propre”, “plus verte, “plus respectueuse”. C’est pour cette raison, ce qui représente à nos yeux une provocation à la fois par la proximité des élections de novembre et surtout étant donnée l’instabilité créée dans une partie du pays suite aux protestations et aux émeutes en Catalogne qui ont accrû la rage de beaucoup tout en se soldant par une énorme répression, que le président en fonction Pedro Sánchez s’est proposé pour êre l’hôte de la COP25 et transformer Madrid en son siège.

Des sommets précédents ont vu des protestations qui ont tenté de saboter leurs mensonges. De Copenhague il y a 10 ans à ce qui a été vécu à Paris en 2015 où, dans le cadre de l’état d’urgence déclaré suite aux attentas djihadistes, les activistes qui ont osé enfreindre l’interdiction de toute sorte de protestation de rue se sont pris une répression accablante, nous voyons les signes d’un mécontentement que nous pensons important de continuer à montrer et à amener jusqu’aux portes de leurs sales palais.

A vue d’oeil, et en tenant compte du fait que le sommet est programmé du 2 au 13 décembre et qu’il reste à peine un mois avant le début de l’événement, peu de temps semble nous rester pour organiser une certaine réponse. De toutes manières, nous avons assisté au cours des derniers mois à des grèves étudiantes et à différents mouvements internationaux contre le changement climatique dont nous pensons, même s’ils se sont caractérisés par leur tiédeur, leur caractère démocratique, libéral et réformiste, ainsi que par le fait d’en appeler à des figures d’autorité, à des institutions gouvernementales ou des marchés, en espérant que les élites financières et polítiques en place renoncent volontairement à leurs privilèges pour sauver la planète de la même catastrophe causée par leur soif de profits depuis déjà plus de deux siècles (certains pensent encore que le problème environnemental auquel nous sommes confronté-e-s est un fait récent!), nous pensons qu’ils ont dans l’ensemble aussi motivé et étendu les débats et les réactions dans une grande partie de la jeunesse. Il faudra voir si ces mêmes personnes se mobilisent, malgré le manque de temps, pour montrer aux misérables qui nous gouvernent que transformer la planète en immense désert tout en vivant dans leurs villas entourés de confort et de privilèges tâchés de sang a un prix.

Pour la libération animale et humaine, pour la défense de la vie sauvage, pour la terre et pour celles et ceux qui luttent partout pour la défendre.

COP25, ni au Chili, ni à Madrid, ni nulle part ailleurs !!

Des anarchistes

[Traduit de l’espagnol de Contramadriz, 02.11.2019]

Rostock, Allemagne : Beau comme une Porsche qui brûle – 26 octobre 2019

Publié le 2019-11-05 00:57:08

A l’aube du 26 octobre 2019 à Rostock, une voiture de luxe a volontairement été incendiée. Vers 4h, un véhicule SUV de marque Porsche Cayenne Turbo S, d’une valeur de 90.000 euros, est partie en fumée sur le parking du port de la ville, non loin des bureaux ‘Hanse-Sail’.

Selon les premières constatations des flics, l’incendiaire présumé.e aurait brisé une vitre latérale du véhicule puis jeté un accélérateur de feu sur la banquette arrière.

Quelques minutes plus tard, les flammes s’échappaient du véhicule. Un témoin qui a aperçu les flammes a donné l’alerte, mais une fois que les flics et les pompiers se sont rendus sur place, l’intérieur de la voiture était déjà en feu: le véhicule est entièrement détruit.

[Traduit de l’allemand via Chronik]

Buxerolles (Vienne) : Facho hors de nos vies

Publié le 2019-11-05 01:01:06

extrait de la Nouvelle République / jeudi 31 octobre 2019

Arnaud Fage, responsable du Rassemblement national (RN) de la Vienne et candidat aux municipales à la mairie de Buxerolles, a découvert le tag « Facho, hors de nos vies », jeudi 31 octobre 2019, sur une façade de son domicile, à Buxerolles, au moment où il partait travailler, à 7 h 20.  […]

Madrid, Espagne : Véhicule électrique de location incendié – Fin septembre 2019

Publié le 2019-11-05 03:56:14

Dans le cadre de la « Semaine de lutte contre le changement climatique et toute nuisance », du 20 au 27 septembre, dans le centre de la ville de Madrid, une voiture électrique de location a brûlé.

Parce que la Smart City c’est la domination, le contrôle social, le capitalisme vert.

Contre toute autorité, contre toute forme de domination,

Mort à l’État

[Traduit de l’espagnol de Contramadriz, 02.11.2019]

Vyshneve (Ukraine) : Des anarchistes attaquent la police, en souvenir de Mikhail Zhlobitsky

Publié le 2019-11-05 04:00:05

A2day / jeudi 31 octobre 2019

Dans la nuit du 31 octobre 2019, nous, anarchistes de Kiev, avons attaqué un poste de police, dans la ville de Vyshneve, région de Kiev (au 22 de la rue Balukova). Ayant trouvé un chemin pour s’approcher au parking sans être aperçu.e.s, nous avons utilisé des cocktails Molotov pour détruire des véhicules de police.

La police est un instrument de violence dans les mains de l’État. On entend dire que la police ukrainienne s’est « améliorée » depuis sa réforme. Lorsque des policiers bourrés ont tué un enfant de 5 ans à Pereyaslav-Khemnitsky, le 3 juin 2019, ils nous ont montré ce que valent toutes ces réformes. Nous n’avons pas besoin d’une « police meilleure », mais d’un nouveau système : l’autodétermination directe de la part des gens et leur contrôle réel sur les ressources et l’économie du pays. L’ordre doit être assuré par des structures responsables devant les organes d’autogestion. Dans sa forme actuelle, la police est formée par des bourreaux au service de voleurs et d’oppresseurs. Elle devrait être abolie en tant qu’institution.

Nous dédions notre action à la mémoire de l’anarchiste russe Mikhail Zhlobitsky. Il y a exactement un an, Mikhail a mené une action de représailles contre les bourreaux et sadiques du FSB. Il a fait exploser un engin explosif artisanal dans les bureaux du FSB d’Arkhangelsk et a sacrifié sa vie. La solidarité des révolutionnaires ne connaît pas les frontières des États. Nous ressentons la douleur d’un.e compa distant.e comme s’ils s’agissait de la notre. Nous sommes convaincu.e.s que l’acte de Mikhail Zhlobitsky ne sera pas oublié. Nous appelons toutes les personnes sincères du monde à faire du 31 octobre une journée d’action active contre les oppresseurs.

Liberté ou mort
Vive la révolution !

Un groupe d’anarchistes révolutionnaires

Que viva la Libertad ! Initiative pour la bibliothèque anarchiste Libertad

Publié le 2019-11-06 01:07:05

Samedi 16 novembre à La Parole Errante à partir de 17h. Avec Rewinder, Tabula Raza et La Marmitte !



À une époque où les livres comme les humains se voient de plus en plus réduits à la seule dimension marchande, la bibliothèque Libertad est un endroit dans lequel les écrits s’empruntent sans que l’argent ne soit une barrière. C’est également un lieu où se rencontrer et débattre, où expériences et perspectives peuvent se répondre, afin d’en finir avec un monde mortifère fondé sur des logiques d’exploitation et de domination. Vers une liberté démesurée, sans dogme ni parti !

À La Parole Errante à partir de 17h —
Entrée prix libre. Infokiosque, brochures et livres. Discussions, bar, cantine et concerts.

17h : Briser les chaînes technologiques
Des technologies de l’information à celles de la surveillance, causerie sur leurs nouvelles formes et sur(tout) les perspectives d’action pour s’y opposer !
19h30 : Cantine
20h  : Concerts
Rewinder (Garage trash grunge)
Tabula Raza (Punk)
La Marmite (Electro-Punk à chansons, Bruxelles)

Bibliothèque anarchist Libertad : permanences tous les mardis de 17h à 20h. Au 19, rue Burnouf 75019 Paris. Métro Belleville ou Colonel Fabien.
Contact : bibliothequelibertad.noblogs.org

Retour sur 10 mois de commission action des Gilets Jaunes

Publié le 2019-11-06 02:56:05

Attention, il ne s’agit pas d’un bilan global… qui de toute façon serait incomplet, personne n’est partout. Produire des bilans, réfléchir à ou en est notre lutte, participe de l’intelligence que le mouvement a de lui même. Ni plus ni moins œuvrer, avec d’autres, à la constitution d’ un mouvement autonome de classe, qui s’organise de façon horizontale.
Texte publié initialement sur le site 19h17



La commission action existe depuis la mi-décembre à Toulouse. C’est une émanation de la deuxième assemblée générale GJ, qui a appelée à l’organisation en commission, le dimanche 16 décembre.

Elle s’est tenue tous les mercredis depuis le 19 décembre, avant de se déplacer au lundi, dans l’espoir d’une meilleure coordination avec la commission communication.

La première commission, dans l’ambiance électrique de décembre.

Nous étions plus de 150, près de deux cent, à la première réunion de la commission. Réunis dans un lieu occupé par des associations, a proximité du centre ville, nous étions trop nombreux pour l’espace. Au point de nous obliger à sortir dans la cour, malgré le froid. L’ambiance elle, était bouillante, reflet du climat de décembre. Beaucoup de suspicion aussi, sur la présence d’indics de la police… de l’électricité dans l’air : nous ne nous connaissions pas, à l’époque.

Il faut bien l’avouer, elle n’a pas accouché de grand-chose, cette première commission, tant elle partait dans tous les sens. Le fait même de s’organiser en assemblée était à l’époque tout frais chez les gilets jaunes et un fort besoin de parler de la situation, a bâton rompus, rendait les discussions d’organisation concrète assez délicate.

Dés le 26 décembre, nous nous sommes déplacés dans le lieu qui nous a accueille encore ( sauf parenthèse durant l’été) Mixart Myris.

Le mouvement avait déjà un mois. Nous ne savions pas s’il tiendrait au-delà des fêtes. L’enjeu pour nombres d’entre nous, était de se donner des perspectives pour la rentrée de janvier.

La première action appelée dans le cadre de cette commission a ainsi été conçue pour se donner des perspectives, une date d’action pour la rentrée : un grand blocage des camions de marchandises, pour le dimanche 13 janvier. C’était aussi la première fois depuis le 17 novembre, que nous investissions une date de la sorte. Des actions, dans les premiers temps du mouvement, il y en avait tous les jours, du moins plusieurs fois par semaine.

Mais a partir de la mi-décembre, l’offensive policière sur les ronds points s’était intensifié, diminuant nos points de ralliements locaux. Cela participa sûrement à rendre nécessaire une plus grande centralisation, pour nous organiser et agir en dépit de la répression.

Ce 13 janvier avait aussi été conçu comme une tentative de relance nationale de la mobilisation, un 17 novembre bis. Nous espérions qu’elle serait reprise partout.

Le jour J, nous étions plusieurs centaines et avons bloqué un péage durant toute la nuit, jusqu’au matin. D’autres blocages eurent lieu dans la région, sans pour autant réussir à gagner la France entière. C’est a peu près depuis cette date aussi que le rond point de Sesquière, situé à proximité, a été occupé de manière permanente.

Et la manif ?

La manifestation s’est imposée comme le principal cadre vivant et puissant ou existe notre mouvement. On peut avancer que l’impact des journées du 1er et du 8 décembre auront été considérable dans toute la région toulousaine. Ces journées restent dans les esprits comme des moments forts autour desquels tout un imaginaire s’est créé. Ce sont les moments ou les GJ ont pris conscience de leur force collective et ont d’une certaine manière repris la ville. Une ville d’où nombres d’entre nous, qui aujourd’hui sont gilets jaunes, ont du partir ces dernières années. Du fait des prix du logement. Une ville qui se vit de plus en plus comme un territoire hostile pour qui n’a pas un compte bancaire à flot et ce n’est donc pas pour rien que nous entendons beaucoup le slogan « La rue elle est à qui ?/ Elle est à nous ».

Dés le début de la commission action, le moment de la manifestation et celui des actions de la semaine, les deux manière dont les gilets jaunes apparaissent dans l’espace publique, coexistait comme deux moment distinct, sans vraiment se mélanger, en tout cas pas se fondre.

Et même à ce moment, et au nombre que nous étions, nous avions du mal à avoir prise réelle sur le moment de la manifestation, tant celle ci est un espace plus large, composé aussi de personnes venant de toute la région voire de plus loin. Il s’agissait donc surtout de tenter d’y instituer des pratiques. On peut tout de même citer quelques initiatives propres a la com action, comme des éclaireurs pour définir le parcours, une coordination pour la tête de manif. Mais celle-ci à été très vite confrontée au problème de la sécurité face à la répression, qui a limité la capacité de la commission à être l’espace d’organisation des manifs et de leur défense, et qui nous limite ici aussi dans ce que nous pouvons en dire.

Mais les discussions autour de la manif n’en sont pas moins riches. C’est tout de même le seul espace public, ouvert, stable dans le temps et en terme de lieu, ou l’on vient parler des pratiques de la manifestation, de sa défense, de son parcours.

Au fil des semaines, et même s’ils reviennent régulièrement, les discours de dissociation ont été battus en brèche.

Pour rappel, la dissociation consiste à diviser le mouvement et la manif en reprenant les discours de médias et de la police, qui sépare les participants entre bons manifestants passifs et méchants casseurs. La critique de ce type de positions est aussi bien venue de la Défense Collective que des débats sur la lutte et la nécessité de se défendre… mais aussi car cela était en décalage total avec la réalité de la manifestation telle que la vivent les GJ actifs.

La commission action a vu aussi s’organiser en son sein des manifs femmes gilets jaunes. Il s’agissait de manifs mixtes ou les femmes étaient mise en avant. Les premières ont obtenu un certain succès avant de s’essouffler. Nous n’avons pas vraiment fait de bilan de cette initiative. Peut-être reviendrons de manière spécifique sur ces manifs, à Toulouse mais aussi dans le reste de la France, dans un autre texte [1]. En attendant, sur cette question, vous pouvez notamment vous reporter à cet article de camarade de Boulogne-sur-Mer.

Sur la participation, les actions proposées.

Après avoir les premiers temps, rassemblés plus de 150 personnes, elle a connu comme les autres espaces de ce mouvement, une certaine érosion. Nous nous sommes longtemps stabilisé autour de la centaine, avant de descendre, au plus bas, a une quarantaine le 11 mars. Le 18 mars nous étions a nouveau plus de 80. Depuis, on peut constater une stabilisation autour de la soixantaine, tout le courant avril, mai. Avant une nouvelle chute durant l’été. D’une certaine manière et avec le sens des proportions, l’affluence à la com action est en rapport avec celle à la manif. Aujourd’hui, on se retrouve souvent une quarantaine en com action.

Avec quelques tâtonnements, et avec bien sûr des variations, la commission se déroule en trois temps. Une première discussion en plénière, suivie d’un temps en atelier, avant de revenir pour un rendu des ateliers. Un atelier fixe, autour de la manifestation, s’est institué au fil des semaines. On n’y vote pas, sauf rares exceptions. Les actions proposées font l’objet d’une sélection par la motivation des participants : si personne ne vient aux ateliers pour les organiser, c’est qu’elle sont mal parties…

Défense collective

Depuis sa constitution, la Défense Collective (DC) qui se réunit de 18h à 20h avant la com action, vient y faire des annonces. On ne va pas en faire de bilan ici. Bornons nous à dire que la Défense Collective (DC) est active depuis janvier. Et qu’elle a proposé un appui matériel et moral aux prisonniers du mouvement. Qu’elle a organisé la prise de contact et l’écriture de lettres aux prisonniers, organisé et assuré le soutien financier des prisonniers. La DC a plus généralement déployé une activité énorme face à la répression. Diffusé des dizaines et des dizaines de milliers de tracts, organisé des ateliers sur les ronds points, entre autre, pour rappeler les consignes de base du mouvement, face à la répression ( utiliser son droit au silence en ne déclarant rien en garde a vue, demander du temps pour organiser sa défense en refusant la comparution immédiate).

La DC a permis de battre en brèche de manière concrète les divisions que le pouvoir tente d’instiller entre les gilets jaunes. Organiser notre défense est une question de solidarité de base, cela revient aussi renforcer notre mouvement lui même. N’hésitez pas a consulter le blog de la DC.

Assemblée & commission action.

La commission est le lieu ou parler des actions, de la manifestation mais aussi de là ou nous en sommes dans le mouvement. Pourtant, l’AG étant associée à une agora en forme de moulin à parole, la commission a refusé de s’assumer comme telle. A tort ou a raison, difficile d’en juger. Il y a matière à creuser, en partant d’un bilan plus général de nos expérience dans le mouvement, sur la question des outils a construire pour l’auto-organisation.

Signalons qu’il a subsisté longtemps une assemblée générale, dite « assemblée citoyenne » qui se réunissait plus ou moins toutes les deux semaines. Elle a vu son audience décroître a un rythme plus élevé que la com action jusqu’à ce que ces deux structures accueillent a peu près le même nombre de participants. Enfin, l’été a été difficile pour cette assemblée. Une tentative de relancer cette forme d’assemblée, fin septembre, a tout de même accueilli autour de 80 personnes pour discuter du mouvement… Mais les débats on beaucoup tourné sur les prochaines municipales, une perspective bien éloignée de l’organisation de la lutte.

On peut avancer que le rôle dévolu a une assemblée, dans le sens d’un espace pour se réunir, échanger et discuter ensemble a l’échelle du mouvement, est vacant à Toulouse depuis la désertion massive des assemblées générale. Le seul lieu qui répond en partie a ces besoins, c’est la manifestation elle même.

Un tournant : la question de la grève

Après le 13 janvier, nous nous sommes concentrés sur la date du 5 février. C’était a la fois un appel de la CGT mais aussi interne au gilets jaunes. A noter que c’était aussi la première fois que le mouvement GJ appelait de manière conséquente à une grève générale. Cela et le fait de se lier a une initiative syndicale, marquait donc un certain tournant.

On ne va pas épiloguer sur ce tournant. On peut renvoyer la dessus a un article paru dans JAUNE 2, qui revient sur la saison 1 du mouvement : disons simplement que ce revirement semble acter le coup d’arrêt de la période offensive insurrectionnelle de rue.

Convergence ou jonction ?

Il existait début janvier dans la commission action, un atelier baptisé « convergence » dont le leitmotiv était le rapprochement du mouvement gilet jaune et des syndicats. C’est à l’initiative de ce groupe qu’une assemblée avait été organisée à la bourse du travail, courant janvier, en forme de rencontre entre GJ et syndicaliste. Pourtant, nous étions nombreux à être méfiants. S’il y a, on le sait bien, nombres de syndiqués dans notre mouvement, laisser une place trop importante aux bureaucraties syndicales semblait une erreur : bien trop faibles pour lancer un mouvement de grève d’ensemble, les syndicats sont aujourd’hui cantonnés en général à un rôle d’encadrement de la lutte. Or, les gilets jaunes en sont l’éclatante démonstration, tout ce qui encadre le mouvement participe de l’étouffer.

Pour illustrer aussi cet état de fait, on peut observer que l’un des enjeux pour l’atelier convergence était d’établir une liste commune de revendications avec les syndicats, dans la perspective d’un tract commun. Or, un des acquis de la lutte des gilets jaunes en terme de pratiques communes, c’est le refus de la représentation. Personne ne peut parler pour tout le mouvement. Personne ne peut dire : « si nous gagnons tel revendication, nous rentrerons chez nous ». Et de lutte en lutte, on a pu observer comment la liste figée de revendications syndicales était une limite.

La proposition de « convergence » était aussi très limitée : que signifie converger ? Et converger avec qui ou quoi ? Converger signifie se diriger vers un même point. Mais de quel point parle t-on ici ? Derrière cette notion floue, il y a en fait beaucoup de non-dit. Ce qui est proposé, c’est une sorte de front contre un ennemi commun, a savoir le pouvoir en place. Mais dans ce cas se pose la question des accords à passer, de la base commune, des engagements réciproques, etc. On négocie, on transige. Chacun reste à sa place : c’est une alliance pas une fusion.

Nous, révolutionnaires, critiquons fortement la proposition de converger, si elle revient au final a des accords d’appareils, des discussions entre représentants. Dans cette définition, converger a au final peu en commun avec l’aspiration à l’unité et la solidarité dans la lutte qui s’est manifestée avec tant de force dans les gilets jaunes, et qui avait au contraire tendance à intégrer, fusionner les combats. Voici pourquoi nous préférons le terme de jonction.

Enfin, c’est une question de mode d’organisations. Avec des luttes fonctionnant sur les mêmes bases d’organisations, a savoir des assemblées, des actions directes, et un public proche, des prolétaires, des galériens, la jonction semble possible voire naturelle. Mais « converger » avec des appareils syndicaux souvent jaloux de leur prérogatives, de leurs contacts, de leur locaux, n’est pas aussi simple… Cela s’est traduit par une sorte de valse hésitations, sans beaucoup de concret.

Le 5 février.

Pour essayer d’organiser concrètement la grève, de dépasser les logiques de « convergences » une sous-commission au sein de la com-action, appelée Grève et Jonction a vue le jour. Il s’agissait d’élargir le mouvement, de donner de l’air aux participants, tout cela par l’arrêt de travail massif. Avec le pari qu’une grève de masse, qui partirait de la base et s’accompagnerait de blocages et assemblées dans les zones industrielles pourrait déborder le cadre restrictif défini par les centrales syndicales. Aussi, cette commission, mais aussi le point info gilet jaune, qui s’est tenu durant plusieurs mois devant les halles de St Cyprien à 18h, se sont efforcés de prendre des contacts sur les boites. De se mettre en lien avec des gilets jaunes qui pensaient pouvoir faire débrailler leur entreprises.Il a été institué un point fixe tous les jours sur une zone industrielle pour tracter et rencontrer les ouvriers de la zone. Une ligne téléphonique, un groupe Telegram ont été mis en place. Le but « ultime » : qu’une vague de débrayage gagne de proche en proche les usines de toute une zone industrielle, un peu à la manière des grèves de masse en 36 ou 68, oui oui rien que ça.

Cela n’a pas été le cas. Sans revenir en détail sur la journée du 5 fev. elle même, les dizaines de milliers de tracts diffusés, l’énergie déployée sur les ronds points, dans les zones industrielles n’a pas suffi.

De même, pendant que la commission G&J tentait d’impulser une grève de masse, un autre groupe de la com action essayait de rééditer le blocage camion du 13 janvier en profitant de cette date. Le jour j, la police était au rendez-vous et a rapidement réussi à empêcher le blocage, qui n’aura pas tenu plus de deux heures.

Au lendemain du 5 février, c’était la douche froide pour les participants a la commission. Pourtant, bien sur, on a continué, et sommes mêmes ralliés à une nouvelle date de grève proposée par les syndicats : le 19 mars. La commission convergence ayant cessé d’exister, "Grève et Jonction" était désormais le seul espace à prendre en charge cette question.

Extension et limites

Entre ces deux dates, la commission Grève et Jonction, n’est pas restée inactive. Et nous apportons ici un bilan rapide car cela peut être utile, dans les débats stratégiques, notamment sur la question de la grève.

Elle a donc cherché à se lier aux différentes grèves qui partaient sur l’agglomération. Ces grèves portaient en général sur l’obtention de la prime Macron.

C’est ainsi par exemple que des GJ se sont retrouvés aux côtés des ouvriers de Derichebourg en grève, ou encore avec les éboueurs.

Hélas, les limites de ce type d’action sont vites apparues. Dans les boites, seule une minorité d’ouvriers « étaient » gilets jaunes. Eux étaient très content de la venue des GJ, et de se lier au mouvement. Mais si beaucoup d’autres étaient sympathisants, cela n’allaient pas forcément jusqu’à faire de leur grève une partie prenante du mouvement. Les motivations à la grève restaient sur des revendications propre à l’entreprise, comme les primes et les salaires. Pour venir enfoncer le clou, une partie des syndicats qui encadraient ces grèves voyaient d’un mauvais œil un rapprochement avec nous, et a plusieurs reprises, ont même demandé aux GJ d’enlever les gilets, d’éviter de nous associer à leur lutte.

Enfin, ne perdons pas de vue que ce qui était proposé aux salariés, c’était une grève révolutionnaire. Peut-être qu’une grève de masse peut devenir révolutionnaire par la suite, mais demander a des salariés de lancer une grève immédiatement révolutionnaire était extrêmement ambitieux. Surtout sans assurance qu’elle serait suivie ailleurs que chez eux. Tentons une hypothèse : c’est en partant d’une extension de la manifestation sauvage, qu’aurait pu venir une grève de type révolutionnaire. Un peu tel que les grèves sauvages des lycéens l’ont montré début décembre. Par la violence de sa répression des manifs, par les amendes, par son offensive contre les ronds points, mais aussi en sachant lâcher quelques miettes le pouvoir aura réussi a circonscrire la vague insurrectionnelle de décembre.

Tentative de grève active

Le 19 mars approchant, un bilan de l’échec relatif de l’appel à la grève du 5 février a été tiré. L’objectif, pour la suivante, rendre la grève active, c’est à dire plus effective, organiser de concert grève ET blocage. Aussi, trois points de rendez-vous ont été fixé afin que les grévistes puissent rejoindre autant de blocages, et publicisé durant plusieurs semaines, notamment en tractant à toutes les manifs du samedi. Il s’agissait de proposer aux grévistes une grève active, de ne pas se contenter de la manif syndicale plan-plan de l’après midi. En plus des points de blocages, centré sur plusieurs zones industrielles et pensé de manière à bloquer grosso-modo l’activité économique de Toulouse, était prévue une émission de radio de coordination des blocages et d’infos sur la grève. Et toujours un téléphone et un groupe telegram, mais aussi des affiches et tutti quanti.

Le jour arrivé, il y avais une grosse centaine de GJ réparti sur ces trois points. Poussé par les flics, cette centaine à été forcée de se replier sur deux puis un seul point…au bout de quelques heures la décision est prise de partir du dernier pour rejoindre les éboueurs avant la manif. Oh, si on veut voir le côté positif, on peut se dire que la logistique a bien fonctionné, que l’émission de radio était un bon moment… Mais de manière assez nette, la proposition de grève active n’a pas été massivement reprise.

On en était là, à l’issue du 19 mars. Durant alors plusieurs semaines, aucune nouvelle date d’action n’est survenue, avant qu’apparaisse la proposition de semaine jaune, autour du 1er mai et à l’appel de St Nazaire. Nous ne rentrerons pas ici dans le détail de cette dernière proposition. Simplement, il semblait clair qu’elle était prise en charge en grande partie par des collectifs militants pré-existant aux gilets jaunes, avançant sur leur base et avec leur sigles propres : Y a pas d’arrangements, le DAL, ANV cop 21, etc. Pour illustrer cela, (était-ce un acte manqué ?) dans le calendrier proposé par ces collectifs pour « leur » semaine jaune, la date de la commission action n’était même pas indiquée.

Solidarité offensive

La sous commission grève et jonction, a décidé de s’auto-dissoudre pour lancer une nouvelle initiative, la Solidarité Offensive. Il s’agit créer un réseau de solidarité, face aux pratiques patronales, aux licenciements, aux heures sup non payées etc, mais aussi face aux galères a la caf ou pôle emploi. Il est encore tôt pour faire un bilan de cette initiative. On en reparle dans quelques temps. Mais il est clair que malgré son nom, c’est un repli défensif qui s’amorce…

Et maintenant ?

Quel futur pour la com action ? Difficile a dire. Cela dépendra en premier lieu de la persistance d’un mouvement GJ, de manif, d’actions, tout simplement. Et aussi peut-être de sa faculté à publiciser ses rendez vous, s’assumer comme espace au service de l’organisation du mouvement, notamment de la manif…

Car aujourd’hui, aucune assemblée ne peut contester à la manifestation sa place de lieu central du mouvement. Seule la manif est de fait une quasi-assemblée tant elle tient une multiplicité de rôle dans la lutte.

On est là !

On est là, chante on de manif en manif, et c’est vrai. Si le mouvement a peu a peu quitté le quotidien, nous n’en sommes pas moins là toutes les semaines depuis bientôt un an. Et les causes de la colère sociale qui nous ont fait sortir le 17 novembre sont toujours là, elles aussi. Les structures changent, la lutte reste.



Notes

[1Pour rappel le texte est issu du site 19h17.

Sur Marseille se lève un soleil noir. Beaucoup d'encre a du couler ce soir.

Publié le 2019-11-06 03:00:04

Un nouveau courrier dans la boîte mail du grand jeu On Va les Chercher Chez Eux ce matin. Une nouvelle cible à été touchée ! Bonne lecture...



Alors que nous savourons nos dernières gorgées de bières ou de quelques liqueurs, accoudé-e-s aux bars encore ouverts à cette heure tardive de la nuit, ou installé-es sur les marches de notre snack préféré, des Ombres progressent dans le noir. Elles semblent avoir un chemin bien tracé, un objectif défini, une mission. Animées par une ambition commune, d’un même mouvement elles visent leur cible et font mouche. La joie les prend aux tripes et le plaisir les fait saliver. Elles ont pris part au Grand Jeu. Chouette.

Disons que l’agence immobilière Citya Paradis n’est pas connue pour la qualité de ses services. Avec 2 895 439 € de chiffres d’affaires en 2018, elle est impliquée dans la gestion de plusieurs bâtiments mis en arrêté de péril. Encore des spéculateurs qui n’hésitent pas à faire leurs sous sur le dos de leurs locataires. Avez-vous entendu parler des visites d’agents immobiliers dans plusieurs appartements du quartier de Noailles suite aux effondrements ? Les habitant-es s’attendaient (enfin !) à une évaluation des travaux à faire pour rendre leurs logements vivables. En réalité, les crapules ne venaient qu’en visite business, prendre des photos de la vue depuis les fenêtres afin d’évaluer la valeur du lieu une fois les habitant-es expulsé.es, de vrais travaux entrepris et une population aisée installée à leur place. Cynique… Ne nous étonnons pas que les effondrements n’ait pas stoppé le bon déroulé de leur plan économique. Avec le chiffre d’affaire que l’agence se tape, il serait difficile de lui accorder le bénéfice du doute. Ingérence ? Non non non. Un réel mépris pour nos vies, nos quartiers, nos besoins. Thierry Hugonnet, gérant et directeur de l’entreprise nationale Citya, à laquelle est rattachée l’agence, se goinfre d’argent sale.Une accumulation de millions calculée, planifiée, à nos dépens. Qui continue. Pour le moment. Cette nuit-là, une première humiliation. Un premier pavé jeté.

146 rue Paradis - 13006 Marseille 6e arrondissement

La vie nocturne a de beau qu’elle offre de multiples possibilités d’activités festives, collectives, subversives… Goûtons-y et ne nous arrêtons jamais de les savourer. La carte collaborative nous propose toujours plus de mets et la vengeance est un plat qui se mange à la sauce samouraï. A nous de Jouer ! OVCCE : jouer, lutter, gagner.

Encore quelques jours avant le 9 novembre !

Carte ada : fin du retrait en espèce, ça démarre aujourd’hui !

Publié le 2019-11-06 03:06:07

Imaginez que votre chômage, votre RSA ou votre salaire ne vous permettent plus de faire des retraits, vous devez dorénavant tout payer par carte ! Cela impacte tout un mode de vie, particulièrement lorsqu’on est précaire, car cela signifie qu’il est presque impossible d’aller au marché, de payer dans des asso pour les précaires qui très souvent ne prennent pas la carte bancaire. Comment dépanner sa famille restée au pays en envoyant de l’argent si l’on n’a plus accès à du liquide ?

Surtout c’est la porte ouverte à une surexploitation des plus pauvres : certains sont prêts à prendre une taxe personnelle en échange de cash ou faire travailler à la sauvette pour quelques euros en monnaie !

La guerre contre les précaires continue et malheureusement cette mesure n’est pas la dernière à l’encontre des demandeurs d’asile !

Deux ans après les perquisitions, où en est l’enquête sur l’interdiction d’indymedia linksunten ?

Publié le 2019-11-06 03:07:07

Ce texte est la retranscription d’un exposé sur les poursuites judiciaires qui ont entrainé la fermeture du site d’information alternatif allemand Indymedia Linksunten. Cette présentation, organisée par la legal team « Freiburg EA », avait lieu à Freiburg à l’occasion des « squatting days », 10 jours de culture autonome qui célébraient les 25 ans du centre autonome KTS.

Naissance du réseau Indymedia

Les années 90 ont été marquées par les débuts d’Internet, qui est venu faciliter la communication dans les réseaux activistes. Le travail entre les mouvements radicaux et les médias « mainstream » avait toujours été difficile, l’arrivée Internet a donc facilité les choses pour les activistes. Dans les « médias mainstream », les infos sur les mouvements sont souvent peu détaillées, et peu objectives. Elles sont comme des produits dans des médias qui les gèrent en entrepreneurs. C’est une poignée de gens qui décident de ce qui va être communiqué, et les infos sont choisies par rapport a des buts commerciaux. On est loin de l’objectivité que ces médias prétendent nous vendre.

Jusqu’alors, les mouvements radicaux avaient déjà leurs propres médias, radios pirates, brochures, échanges de vive voix… Dans les années 90, Internet a commencé à se démocratiser et les mouvements s’en sont donc emparé, mais peu de gens y avaient accès et il y avait encore peu de sites. En juin 1999, lors du carnaval contre le capital pendant le G8 de Cologne [1] la mobilisation avait été organisée depuis des listes mails et il y avait eu des actions dans plus de 40 pays. Indymedia apparut sur Internet quelques mois plus tard, en novembre 1999. Le sommet contre la réunion de l’OMC à Seattle a été la première mobilisation appelée par ce réseau et ce fut un succès avec des manifestations de 40 000 personnes qui ont bien réussi à bloquer le sommet.

Indymedia fonctionne en « open posting » : Tout le monde peut « poster », personne ne censure, et le réseau n’est pas construit hiérarchiquement. Bien sûr, il y a quand même des critères de modération. Il y a des personnes qui s’occupent de l’infrastructure technique et des gens qui gèrent la modération. C’est fait pour le mouvement et par le mouvement, donc par des gens qui sont eux aussi actifs. Une des forces de ce modèle c’est qu’il est décentralisé. Aux Etats-Unis par exemple il y avait des gens de plein de villes différentes, en France aussi, mais en Allemagne, pendant longtemps il n’y avait qu’un site pour tout le pays, jusqu’à la création de Linksunten en 2008.

Création de Linksunten

Les sites des mouvements étaient souvent créés pour des occasions précises et pour Linksunten ça a été le sommet de l’OTAN de Strasbourg en 2009. Il y avait aussi plein d’autres raisons, dont le besoin d’un média pour les luttes locales « en bas à gauche » [2], un média local et décentralisé du reste de l’Allemagne.
Il y a eu une scission avec Indymedia Allemagne, qui était très peu dynamique à cette époque et dont les critères de modération ne convenaient pas. Par exemple, sur Indy Allemagne, la modération ne voulait pas qu’il y ait d’outing [3] de nazis ou d’autres, et on pouvait faire des ajouts mais pas de commentaires.

À la base, Linksunten venait d’un collectif anar’ mais il est rapidement devenu le site le plus utilisé par la scène de gauche [4] en Allemagne. Il était plus conséquent que d’autres plateformes. Il y avait des recherches, des reportages, des événements, des actions revendiquées, des « outings fascistes », des appels, des annonces. Il y avait aussi de la théorie et plein de discussions. Par exemple, après le G20 de Hambourg il avait beaucoup de discussions sur le sens de telle ou telle action. Il y avait aussi de nombreux communiqués sur la répression.
Un élément essentiel de Linksunten, c’était ses contenus très divers et variés. Il y avait des dizaines de publications tous les jours. Les communiqués d’action pour avoir pété des trucs n’en étaient qu’une petite part et il y avait bien souvent des controverses et plein de débats politiques suite à ces publications. C’est pourtant le point sur lequel les autorités ont tiqué : le fait que des gens revendiquent leurs actions.

Qui a utilisé ce site ? C’est bien sûr le mouvement des gens de « gauche », mais les médias ont aussi beaucoup utilisé ce site comme source d’informations, c’était bien pratique de les trouver en ligne. Voilà quelques exemples :

La fermeture du site

Le 24 août 2017 au matin, plusieurs perquisitions ont lieu. La décision était prise depuis quinze jours sur l’interdiction du site et de son contenu. Cette décision a été remise le matin à 5h55 aux personnes inculpées, pendant que 400 flics débarquaient à Freiburg.

Voilà le détail du contenu de l’interdiction :

L’ argumentaire

Les autorités ont utilisé le droit des associations, qui n’est pas du droit pénal mais du droit administratif. Une association en Allemagne c’est un groupement d’au moins trois personnes qui se retrouvent dans un intérêt commun. Avec le droit associatif, c’est assez simple d’interdire des assos si leurs pratiques et leur buts ont un aspect pénal (côté gauche, cela a surtout concerné les groupes et assos kurdes). La ruse utilisée par le ministère de l’intérieur a consisté à dire qu’il y avait souvent eu des publications illégales sur Linksunten. Le but était de donner du crédit à leur opération, dans l’idée que le fait de parler d’un délit serait aussi un délit.

L’opération a été diligentée par le Ministère de l’Intérieur qui a déclaré que les publications d’Indymedia Linksunten n’étaient « pas de la liberté d’expression mais des opinions qui vont contre la dignité ». Ils ont affirmé que cette association était pleine d’inimité pour l’ordre constitutionnel, que son attitude de base était anticonstitutionnelle. Linksunten était un média hétérogène mais le ministère de l’intérieur a ignoré tout ce qui n’était pas d’ordre pénal, les appels à manif, les rassemblements, les recettes de gâteaux vegan…

Il y a une loi qui régit la liberté de la presse et on ne peut pas interdire un organe de presse comme ça. Cette loi met la barre très haut en terme de protection de la liberté de la presse et il existe une institution dédiée. En règle normale, si un article pose problème, on demande simplement au média de le supprimer mais on n’interdit pas le média.

La mise en œuvre

Ce 24 août 2017 il y a donc eu cinq perquisitions contre cinq personnes désignées comme les administrateurs de Linksunten. Elles ont eu lieu au KTS et dans quatre appartements. La demande de perquisition n’a jamais été transmise au président de l’association du KTS, les policiers ont remis cette demande à une autre personne qu’ils désignaient comme étant administrateur. Les appartements visés, étaient deux colocations et deux logements de familles avec des enfants.
Les policiers engagés dans l’opération étaient aussi bien membres des renseignements que de la police régionale. Entre l’argent et le matériel qu’ils ont pris, la somme représente environ 80 000 euros. Ils ont récupéré des protocoles de réunions plénières et toutes les notes manuscrites. Ils ont pris tout le fric, plusieurs dizaines de milliers d’euros, tout le matos technique, les textes, les journaux. N’importe quelle somme d’argent de plus de 200 euros a été considérée en lien avec cette histoire. Ils ont piqué les ordis, les teléphones portables, les clés usb, tout ce qu’ils ont pu, ce qui fait vraiment beaucoup ! Dans les appartements ils ont même pris le matériel des colocataires avant de reconnaître que c’était illégal et d’en rendre une partie. Ils ont bien dépassé le cadre prévu ! Ils ont surveillé et confisqué des emails et des courriers. Pour les emails, ils ont fait des demandes à une entreprise qui a livré les données.

Au KTS, il n’y avait qu’une personne présente. Les flics l’ont jetée dehors et ont confisqué son ordinateur, avant de casser toutes les portes et d’arracher les trésors du mur et même la caisse de dons de la zone de gratuité. Il y avait un local informatique public dans lequel ils ont tout pris, même une imprimante… ils ont tout dévalisé.
Ils ont laissé la sono heureusement ! On sait déjà que tout ce qu’ils ont piqué on ne le reverra pas car pour cela il faudrait que des personnes demandent nominativement la restitution de chaque matériel et de l’argent ce qui évidemment n’est pas possible.
Après les perquisitions, les flics sont restés ultra présents dans la ville toute la semaine, en gardant une surveillance continue des gens qui avaient été perquisitionnés. Peut-être qu’ils voulaient nous faire peur et peut-être qu’ils avaient peur eux aussi. À la première manif, ils sont venus avec un hélicoptère, comme s’ils s’attendaient à des milliers de personnes, c’était complètement exagéré.
Les personnes perquisitionnées ont ensuite été surveillées de manière très oppressante. Il y a plusieurs manières de faire de la surveillance : discrètement pour ne pas que la personne le voit ou de façon bien visible pour mettre la pression, c’est pour cette deuxième méthode qu’ils ont opté.

L’analyse politique

Déjà avant le sommet du G20 de Hambourg, ça gueulait pas mal contre Linksunten dans les médias officiels. Pendant le G20, Il y a eu de grosses manifestations dans lesquelles on peut dire que la police a bien échoué à maintenir l’ordre. Ils n’ont pas pu stopper la confrontation et il y a eu beaucoup de violences policières. Il y avait plein d’images de la répression, des vidéos très médiatisées de personnes qui se faisaient défoncer par les flics, dont beaucoup ont été postées sur Linksunten. Pour contrer ça la « presse officielle » a été bien embarassée.

Le climat politique en Allemagne, c’était les élections législatives qui arrivaient le mois suivant. Le contexte, c’est que ça tirait vers la droite pour qu’une politique du maintien de l’ordre dure soit mise en place. Après le G20, beaucoup de politiciens ont par exemple demandé la fermeture de la Rote Flora qui était un centre de la contestation à Hambourg, et d’autres centres autonomes. Il y a eu aussi la publication de centaine de photos et vidéos sur le site de la police pour appeler à la délation, et des perquisitions spectaculaires à l’international.

Pourquoi interdire Linksunten en 2017 ? Pourquoi Linksunten était la cible idéale ?
On peut se poser la question, ce site existant depuis 2009 avec des contenus similaires.
D’un côté Linksunten était le média d’information de la scène radicale en Allemagne, alors en détruisant cet outil ils savaient que ça allait faire mal. De l’autre côté, c’était symbolique. Tout le monde pouvait trouver ce site car il était très accessible alors le faire disparaître, ça voulait dire : « Voilà on vous montre qu’on agit. » Dans ce cadre électoraliste post G20, les chrétiens démocrates à la manoeuvre ont bien saisi la situation pour tirer à droite en disant « regardez, on vous protège de la gauche ».

LIRE AUSSI : « La police d’Hambourg a tellement échoué à maintenir l’ordre qu’il lui faut maintenant réussir sa traque »

Comment l’interdiction a été mise en place

Les acteurs

Toutes ces entités se sont rassemblées à Fribourg pour constituer une « taskforce » et mettre en œuvre les perquisitions. Celles-ci ont eu lieu alors que l’interdiction était en place depuis 14 jours, et d’après nos informations l’enquête aurait commencé vers l’automne 2012, trois ans après la création du site.

Quelques éléments des dossiers d’enquête et de surveillance

Il y a quelqu’un qui devait vraiment passer ses journées à surfer sur Linksunten. Dans les dossiers on a retrouvé des pages et des pages d’impressions d’articles publiés, des communiqués de différents groupes locaux, etc. Avec les perquisitions ils voulaient tirer plus d’infos à partir des ordis mais ceux-ci n’ont pas pu être décryptés, ce qui les a amené a donner des interprétations très farfelues faute d’informations suffisantes. Par exemple, une lettre destinée au « collectif de Freiburg », s’est transformée en une lettre destinée au « collectif Linksunten » ce qui n’a rien a voir ! Avec le matériel informatique, ils ont voulu souligner leur thèse, c’est-à-dire utiliser ce qu’ils ont trouvé pour démontrer l’existence d’une association condamnable. Ça peut paraître conspirationiste, mais quand tu le vois tu te dis que c’est vraiment de la grosse bidouille pour arriver à ses fins.

Une bonne partie des dossiers viennent de l’indic : des brèves de son travail, des rencontres auxquelles il a assisté, dont une partie sont publiques. Son rapport le plus actuel date de 2013. Imaginez : ils y obtiennent une information en 2013 et quatre ans plus tard ils peuvent s’en servir pour interpréter des faits. Cet indic c’est un prof de sport et de biologie, un gars discret. Dans les années 80 il est rentré dans le réseau CL, un projet technique. Il était actif dans ce réseau et s’occupait des finances du groupe. Il a ensuite utilisé cet argumentaire pour rentrer dans Linksunten à sa création et il était présent à plusieurs réunions ouvertes de Linksunten et Indymedia. On ne peut pas exclure qu’il y ait d’autres indics. Dans le dossier il y a une seule source mais c’est aussi possible qu’il y en ait d’autres et qu’elles ne soient pas mentionnées pour ne pas les cramer, mais on ne sait pas, on ne peut juste pas l’exclure.

Dans les dossiers, on trouve aussi des photos d’observations en 2014 lors d’une rencontre ouverte de Linksunten. Ils avaient installé une caméra à 100 mètres dans un appart proche du KTS et ils filmaient la rue depuis cet appart. À ce moment-là, cette caméra avait été détectée et la rencontre n’avait pas eu lieu au KTS. On avait cherché à comprendre pourquoi et qui était derrière cette surveillance. C’était assez compliqué car les administrations n’aiment pas rendre public ce genre de pratique. En analysant, on pense que c’était sûrement le BKA [7] qui était responsable.
En 2011, pendant le sommet du Chaos Computer Club, on avait vu qu’une personne inculpée dans cette affaire et qui participait à cette rencontre avait reçu à cette époque un sms silencieux. Un sms silencieux c’est un sms envoyé par les services de renseignement pour localiser des personnes. D’abord ils envoient un sms et le sms va répondre tout seul. Avec ça, ils peuvent savoir comment se déplace la personne ciblée.
Encore une autre histoire, un peu après les perquisitions : des personnes sont parties en France et après s’être arrêtées sur un parking de supermarché à Colmar, elles ont retrouvé le cache de la portière arrière entrouvert. On pense que les flics allemands ont ouvert cette portière à l’arrache pour enlever le dispositif qu’ils avaient introduit, mais encore une fois, c’est une chose dont on ne peut pas être sûr.

Les suites de la procédure d’interdiction

Suite à l’interdiction et aux perquisitions plusieurs plaintes contre les personnes perquisitionnées se sont ajoutées.

Combat juridique en cours et à venir

La partie la plus importante, c’est qu’on a porté plainte à la cour fédérale de Leipzig. On pense que cette interdiction d’association est illégale pour plein de raisons.

Jusqu’à aujourd’hui on n’a pas eu accès à tous les dossiers. On a trois gros dossiers, qui ne concernent qu’une partie du matériel. Ils ont fait une sélection, et nous, on veut tous les dossiers pour savoir pourquoi cette décision d’interdiction a été prise. Pour les personnes désignées comme responsables, ça vient juste des flics qui sont convaincus que telle personne s’occupe de la technique, telle personne fait la modération… Il n’y a pas de preuves, et on pense que ça ne peut pas suffire comme justification de l’interdiction. On ne peut pas exclure qu’une partie des publications ou des communiqués aient été rédigées par les renseignements. On ne peut pas savoir et on veut toutes les données.
Sur le plan juridique, on se dit que c’est illégal car le ministre de l’Intérieur a travaillé avec le droit associatif. Bien sûr un média ça fonctionne avec plusieurs personnes et même un collectif ! Linksunten c’est un média alors il faut utiliser le droit concernant la presse pour traiter cette affaire. Un média ne peut pas être fermé sur une base de droit associatif.
D’abord ce sont les institutions régionales qui auraient dû être saisies et pas le ministère de l’Intérieur. Comme on l’a déjà dit, le ministère a affirmé qu’il y avait des contenus illégaux et que c’était le truc essentiel de Linksunten, une publication d’appels à la violence. Nous on dit, si tu connaissais Linksunten, il y avait des dizaines de milliers de publications sur cette plateforme, et sur cette quantité ils ont pris une petite partie seulement pour inculper les personnes. Ils ont mis de côté tout le reste. Imagine, si un communiqué dit : « on a fait ci et ça » et que ça provoque des discussions. Si les administrateurs sont responsables du communiqué alors pourquoi pas de la critique des actions ?

Cette lutte juridique c’est quelque chose de nouveau. Il y aura une procédure dite orale devant le tribunal à Leipzig les 29 et 30 janvier 2020. À cette occasion il y aura quelques événements, un rassemblement et une manifestation nationale où tout le monde est invité. Vous pouvez retrouver toutes les infos pour suivre les initiatives de soutien à Linksunten sur le site du collectif de soutien.

Pour faire tomber cette décision d’interdiction, on a fait des plaintes contre les perquisitions, la confiscation de matériel et on a pu avoir un minimum de succès car une partie a été rendue. On porte aussi plainte par rapport à la coopération des renseignements et des flics. Il s’agit d’un fait anticonstitutionnel pour de bonnes raisons historiques : la police n’a pas le droit de prendre la fonction des renseignements et inversement. Ces règles ont été bafouées pour cette procédure même si ça devient de plus en plus courant que les renseignements donnent des infos aux flics. Pour finir on porte plainte contre la confiscation de mails et de lettres et il y a aussi plein de requêtes envers des flics régionaux pour savoir quelles infos ils ont sur les inculpés.

Pourquoi est ce qu’on fait tout ça ?

Pourquoi plein d’avocats et ce groupe de soutien ? Pourquoi deux ans de bataille, tout ce temps, le fric que ça coûte et tant d’énergie pour mener cette lutte juridique ?

On pense que c’est vraiment nécessaire car bientôt les élections arrivent. L’AFD vient de gagner des élections à l’est de l’Allemagne et si tout ça reste légal, de fermer Linksunten ou d’autres sites, on peut imaginer par la suite une censure plus globale. Beaucoup de gens utilisaient Linksunten pour un travail antifasciste, qui est maintenant posté sur Indymédia Allemagne.
C’est très lourd et très coûteux mais il faut le faire ! Il nous faut rassembler tout le fric qui a été volé ici et toutes ces procédures qui coûtent du fric.

C’est possible de nous soutenir financièrement.

Spendenkonto
Empfa(trema)nger : Rote Hilfe OG Stuttgart
IBAN : DE 66 4306 0967 4007 2383 13
BIC : GENODEM1GLS
Stichwort : linksunten

Pour en savoir plus…

On trouve de nombreux communiqués traduits en français sur https://autonome-antifa.org

Invitation à la création d’Indymedia Linksunten
Nous avançons en nous interrogeant – 15/04/2008

Création d’Indymedia Linksuten
Welcome Indymedia Linksunten – communiqué du 05/09/2008

Invitation aux 10es rencontres de Indymedia Linksunten
Avanti Indy linksunten – communiqué du 10/12/2010

Communiqué sur la censure d’Indymedia Linksunten par le ministère de l’Intérieur
L’Allemagne en hiver – Communiqué du 10/11/2017

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Notes

[1] L’évènement est devenu connu sous le nom de J18.

[2] « Linksunten » en allemand, qui désigne à la fois la position politique et l’implantation géographique du site en Allemagne

[3] Pratique qui consiste à dénoncer publiquement une personne, un groupe, en donnant des noms, des coordonnées… C’est comme un « coming out » mais sans le consentement des personnes concernées.

[4] En Allemagne cette expression désigne largement le milieu radical : anarchistes, autonomes, communistes radicaux, etc.

[5] Créées au 19e siècle, c’est un mouvement souvent anti-monarchiste et républicain nationaliste qui a progressivement viré vers la droite, le conservatisme nationaliste et le fascisme allemand. Ces corpos existent sous de nombreuses formes comme des groupes de chants, de sport… et constituent une élite académique de plus en plus liée aux élites industrielles et/ou chrétiennes allemandes et autrichiennes. Presque toutes en non-mixté mecs, elles se battent de manière facultative ou obligatoire aux sports d’épée et d’alcoolémie. Elles cultivent leurs traditions, se rassemblents sous leurs différentes bannières, généralement dans les villas de leurs futures entreprises. Mysogines, hiérarchiques et autoritaires, des ennemis finis de la liberté depuis bientôt deux siècles.

[6] La police allemande se divise en plusieurs niveaux ; la police fédérale (Bundespolizei) et les polices d’État (Länder) (Landespolizei). Chaque police d’État allemande (16 offices régionaux de police) dispose d’un LKA chargé des missions de police judiciaire

[7] Bundeskriminalamt : office fédéral de police criminelle

Aux coeurs brûlants

Publié le 2019-11-06 03:08:04

“L’anarchiste n’aspire pas au succès, à la victoire, à la compétition. Il lutte, parce que c’est juste de le faire. Dans chaque lutte, la défaite fait partie de la vie. Il ne change pas d’avis parce qu’il perd et il ne renonce pas non plus à la lutte qui suivra. Le Système s’autoalimente parce que le peuple ne lutte pas, non parce qu’il est invincible. Le travail de l’anarchiste est d’insuffler la révolte au peuple, pas à segments mais de façon continue. Comme une vague qui se retire et revient. Vous me demandez si vous vaincrons? La question est incorrecte. Demandez moi si nous lutterons et je vous répondrons que oui.”            

Luigi Galleani

Aujourd’hui nous avons décidé de dire quelque chose à propos de l’opération répressive “Renata”. D’autres textes ont analysé l’enquête, à travers les aspects répressifs de l’Etat, et les instruments technologiques, inquisitoriales et judiriques utilisés pour frapper qui ose encore se battre pour quelque chose de different et qui souffle encore sur les ailes de la liberté.

Nous avons décidé de ne pas nous adresser à la Cour qui va nous juger, ni à qui nous répriment. Ce n’est pas dans une salle d’audience que nous avons décidé de parler.

Nous voulons parler dans les lieux où il y a des luttes, où il y a encore un esprit critique, partout où il y a des personnes conscientes que tant de choses doivent changer maintenant, que cet état de fait doit être révolutionner.

Nous parlerons donc des faits insérés dans l’enquête et qui nous sont reprochés.

Ces actions -nocturnes ou diurnes, individuelles ou collectives – prennent place dans un conflit qui va bien au-delà des faits spécifiques ou du territoire où elles se sont déroulées. Elles sont le fruit d’une confrontation plus ample, celle entre les exploités et les exploiteurs et ceux qui les défendent.

Nous partageons l’esprit, l’éthique, la méthode, les objectifs de ces actions, indépendemment de qui les a réalisées. Elles parlent d’elles- mêmes, elles sont compréhensibles à un grand nombre, elles indiquent une voie, celle de la libération. Elles pointent le doigt sur qui vit de l’exploitation et de la guerre, de la haine et de la violence. Elles souhaitent quelque chose de plus, quelque chose qui mette fin aux pires atrocités et aux barbaries. Mais surtout, elles visent à détruire le mur de la résignation, en ces temps qui manquent de solidarité humaine, de rébellion, de pensées critiques.

Qui, dans le passé récent et aujourd’hui encore, dit que de telles actions ne servent à rien, que le jeu n’en vaut pas la chandelle, que rien ne changera, que l’être humain a perdu de manière définitive la raison, réduisant la vie à une guerre fraticide constante, a cessé de rêver, a renoncé de s’interroger sur les responsables des injustices et sur les causes qui ont amené cette société à un niveau morale, environnemental et matériel, pour le moins inquiétant.

Dans le dossier, il émerge que ces dernières années, nous sommes descendues de nombreuses fois dans la rue avec des casques et des bâtons, contre des partis et des mouvements comme la Ligue du Nord, Casapound ou les Sentinelle in piedi [mouvement pro-vie, anti avortement ndt]. Nous avons critique, dans des dizaines de tracts, d’affiches et d’initiatives de différents types, leurs responsabilités historiques et leurs politiques réactionnaires. Ce sont des groupes politiques et religieux qui diffusent la haine entre les exploités, qui défendent la classe patronale, qui alimentent une société basée sur les privilèges, sur le racisme, sur le patriarcat et autres.

En ces temps arides de luttes et d’affrontements sociaux, on se scandalise devant des pratiques d’autodéfense dans la rue, en oubliant que dans le passé, elles faisaient parties du patrimoine commun, et en oubliant le bons sens de distinguer la violence réactionnaire de la violence prolétaire. Non seulement on oublie ce que police, gendarmes, Eglise et fascistes ont faits dans ce pays mais aussi les violences d’avant hier : de Gênes en 2001, de Florence, de Macerata [homicides et tentatives d’homicide racistes ndt] et tant d’autres. Vu que leurs rôles et leurs fonctions sont toujours les mêmes, nous avons toujours retenu important que leurs actions ne trouvent ni le silence, ni la tranquillité dans le territoire où nous vivons.

A propos de la révolte de Gênes en 2001, et de la vengeance de l’État qui continue de s’abattre sur des compagnon.es, il est déconcertant de lire avec quelle clarté une intelligence collective avait, à l’époque, préfigurer une série de scénarios : dévastations globalisées, néolibéralisme effréné, réchauffement climatique, politiques anti-migratoires qui produisent de nouveaux esclaves… un ordre social qui atteint désormais l’implosion.

Un autre silence que nous n’acceptons est celui qui entoure les morts dans les prisons et les commissariats. Depuis l’ouverture de la prison de Spini à Trento, beaucoup de détenus se sont suicidés, d’autres ont tenté, d’autres encore sont morts à cause des négligences médicales ou du zèle répressif des magistrats. Nous avons connu la douleur des familles, des ami.es, de qui a perdu ses propres enfants dans les mains de l’Etat, mais nous avons malheureusement connu aussi l’indifférence et le silence de la plupart, malgré le fait que de telles tragedies sont plus proches qu’on le croit.

Des hommes et des femmes, qui prennent consciemment le rôle de bourreaux, décident de contribuer à défendre une société basée sur la peur, le chantage, sur la vengeance, la violence et les préjugés. Nous serons toujours prêt.es à en dénoncer les responsabilités, à en entraver le travail, à inciter d’autres à prendre position contre ces assassins en uniforme, en costard de bureaucrates, en blouse blanche.

Qui a tenté d’incendier les véhicules de la police municipale a donné, en ce sens, un signal. Les policiers municipaux ne sont pas seulement ceux qui régulent le traffic, mais ce sont aussi ceux qui participent aux expulsions locatives des personnes qui ne parviennent pas à payer le loyer aux propriétaires; ceux qui tirent dans le dos de jeunes, comme à Trento il y a quelques années; ceux qui frappent les personnes non blanches, comme à Florence; ceux qui appliquent les Daspo [mesures  préventives de la préfecture contre la dangerosité sociale qui restreignent les libertés, particulièrement la liberté de mouvement  ndt]; ceux qui participent aux rafles contre des personnes sans papiers et qui accomplissent tant d’autres infamies.

Les expulsions, les camps de concentration- appelés CPR [équivalent des CRA] ou Hotspot [centre de rétention et de tri aux zones frontalières ndt]-, les morts en pleine mer, dans les montagnes ou le long des voies ferrées sont le scenario quotidien dans ce monde, et auquel il faudrait s’habituer. C’est pour cela que des trains à grande vitesse ont été bloqués en solidarité à qui est mort congelé sur un sentier de montagne ou est écrasé par un train de marchandises à quelques kilomètres de chez nous.

Toujours pour cela, le 7 mai 2016, nous nous sommes affronté.es à la police au Brennero [frontière entre l’italie et l’autriche ndt] et nous avons bloqué la gare et l’autoroute. “Si vous ne faites pas passer des êtres humains, nous ne laissons pas passer les marchandises” résume l’esprit de cette journée difficile.

Face au rictus féroce du racisme d’Etat, nous devrions nous scandaliser, parce qu’en octobre 2018, quelqu’un.e a attaqué le siège de la Ligue du Nord à Ala?

En novembre 2016, à Trento et à Rovereto, des voitures la Poste Italienne furent incendiées. Le message laissé sur les lieux, et rapporté par les journaux, mentionnait la responsabilité de la Poste qui, à travers sa filière Mistral Air, s’enrichit en expulsant dans les pays d’origine des personnes qui n’ont pas les papiers en règle pour vivre en Italie. Sans compter que la Poste investit une grande part de ses bénéfices dans les fructueuses affaires de l’industrie de l’armement.

Nous nous demandons quelle est la différence entre les faits des années 30 et 40 et ceux d’aujourd’hui ? Pourquoi nous commémorons les victimes du passé avec des hypocrites mea culpa et nul semble faire trembler les coeurs de la plupart des gens aujourd’hui?

Il ne se passe pas un jour sans que les journaux, les sites, la television ne nous montrent telle ou telle guerre. Guerres par procuration, guerres pour des intérêts géopolitiques, guerres pour les territoires, pour le pouvoir. Guerre qui provoquent de grands déplacements de personnes. A promouvoir ces guerres, ce ne sont pas seulement des groupes industriels comme la Fiat (avec l’Iveco) ou les patrons de Leonardo Finmeccanica [multinationale italienne des secteurs de la défense, aérospatiales, et de la sécurité ndt] ou Fincantieri. A leurs services, il y a toute une troupe de techniciens et de scientifiques, toute une armée en blouse blanche, les mains dans des gants stérilisés, qui travaillent dans les laboratoires de cette ville, dans les universités à deux pas de chez nous. Au nom de la science et du progrès, on justifie n’importe quelle “découverte”, sans que quelques interrogations de fond émergent de ces lieux: “Où cela nous mène?”, “Quels nouveaux scénarios s’ouvrent alors?”, “A qui cela sert-il réellement?”. Et voilà que dans cette région démocratique et pacifiée de Trento, l’Université collabore avec l’armée italienne, aide les institutions israéliennes à mieux planifier l’oppression du peuple palestinien, fait rentrer les principales entreprises d’armement dans leurs propres Conseils et dans leurs bureaux. Face à cette flagrante connivence, on est surprise.es que des inconnu.es aient incendié, en avril 2017, le laboratoire Cryptolab à l’intérieur de la Faculté de mathématique et physique de Povo? Quand ces mêmes sites universitaires illustrent leur collaboration avec l’armée?

Et que dire de l’incendie de véhicules militaires, dans la nuit du 27 mai 2018, à l’intérieur de la zone d’entrainement du polygone de Rovere della Luna? En plus des pelleteuses et des camions, les flammes ont rejoint trois chars d’assaut Leopard. Produits en Allemagne, ce sont les mêmes chars qu’Erdogan a utilisé et utilise pour écraser la résistance kurde. Comme disait une affiche antimilitariste apparue en Allemagne il y a quelques années : “un véhicule militaire qui brûle ici = quelqu’un.e qui ne meurt pas dans une guerre ”. Un concept d’une simplicité… désarmante.

Toujours à propos d’antimilitarisme et d’internationalisme, le dossier de l’enquête parle d’un sabotage de distributeurs automatiques de l’Unicredit. Cette banque, sans compter ses investissements dans l’industrie bellique, est la principale financeur du régime fasciste d’Erdogan, qui est en train de montrer toute sa férocité en Syrie et contre l’opposition interne.

Le dossier mentionne d’autres sabotages ferroviaires à l’occasion du rassemblement des Alpini [troupes de montagne de l’armée italienne ndt].Pour qui n’a aucun héros à honorer, mais de la chair à canon à maudire, ces gestes d’hostilité contre le défilé du nationalisme et du masculinisme à galons, ont réactivé un minimum de mémoire historique : les désertions, les mutineries, les révoltes pour le pain, les grèves dans les usines, les coups de feu contre les officiers particulièrement détestés de la troupe, les révoltes aux cris de “guerre à la guerre!”, la position intransigente “contre la guerre, contre la paix, pour la révolution sociale”, aujourd’hui toujours d’actualité.

Nous soutenons les portuaires de Genova, du Havre et de Marseille qui se sont opposés au chargement-déchargement de matériel de guerre destiné à l’armée saoudienne, qui massacre depuis des années la population yémienne, avec des bombes fabriqués en Italie.

Mais cela ne nous suffit pas. Nous voudrions que les ouvrier.es désertent les usines d’armement, celles des navires et les usines chimiques. Nous voudrions que les scientifiques quittent leurs laboratoires. Nous voudrions les universités en grève, en partant de celle de Jurisprudence, où sont justifiés les dites “missions pour la paix” (Peace-keeping, comme ils les appellent). Nous voudrions que les cheminots bloquent les trains, comme à l’époque de la première guerre du Golfe.

A travers les guerres, les industriels s’enrichissent en exploitant la main d’oeuvre ouvrière et en achetant les consciences pour une bouchée de pain. De même, les agences intérimaires, exploitant de vieilles et nouvelles lois sur le travail, envoient les gens bosser sur des projets dévastants comme la Tap dans les pouilles [construction d’un gazoduc qui traverserait la Grèce, l’Albanie pour finir en Italie ndt]. Cela ne nous étonne donc pas que quelqu’un.e, à Rovereto, ait endommagé l’agence d’intérim Randstadt, en rappelant que la guerre des classes n’est pas terminée.

Une autre action dont nous sommes accusé.es est l’incendie d’une antenne relais sur le mont Finonchio, au dessus de Rovereto, en juin 2017. Depuis toujours nous dénonçons, et nous ne sommes pas les seul.es, les dommages environnementaux provoqués par les dizaines de milliers de ces tours éparpillées sur tout le territoire, dont les ondes provoquent tumeurs et troubles variées chez les humains et les animaux (et cela empirera avec la 5G). En plus, de telles technologies ont diminué les capacités de concentration et d’apprentissage, ont conditionné l’achat de biens, ont fabriqué des besoins induits, ont ramollit les cerveaux. Sans compter l’aspect le plus important : le contrôle social. Désormais les enquêtes policières sont basées presque exclusivement sur des enregistrements video et audio, à monter et démonter à leur bon vouloir. La répression et le contrôle se renforce avec chaque découverte technologique, laquelle assure à son tour une affaire juteuse aux entreprises qui collaborent avec les Etats. Cette tendance n’est pas politique, mais bien structurelle, du moment que l’appareil s’accroît sur lui- même et, grâce au prétexte de la sécurité, justifie n’importe quoi.

On nous contexte le fait de “programmer la révolution” à travers des revues, des appels, des écrits. Et bien oui. Nous ne nous abattons pas devant l’adversité de cette époque. Chaque secousse de rébellion, chaque soulèvement qui tend à la liberté, chaque élan révolutionnaire, qui résonne plus ou moins proche de nous, renouvèle des énergies pour la propagande et pour l’action, afin d’encourager la société autour à un changement radical. C’est pour cela que nous avons occupé différents édifices ces dernières années: pas seulement pour avoir des espaces où nous organiser et créer du débat, mais également pour tenter de mettre en pratique la vie que nous désirons, avec nos qualités et nos défauts.

Nous sommes peut-être des rêveuses, des romantiques, des naifs mais nous sommes aussi déterminé.es, solidaires, internationalistes, concrèt.es.

S’il faudra hausser le ton devant les portes d’un supermarché, devant le portail d’une usine ou dans un chantier contre les infamies des patrons et de l’Etat, nous serons là. S’il faudra bloquer des projets comme la TAV, en escaladant sur une machine de chantier ou en la sabotant, nous serons là. Nous serons là où s’élèvent les cris de révolte.

A quelqu’un.es d’entre nous, il est, pour finir, contesté d’avoir fabriqué de faux documents. La falsification de documents est un instrument dont tous les mouvements en lutte, anarchistes et pas seulement, se sont dotés pour contourner la répression étatique. La falsification de documents a soutenu et soutient de nombreux exploités et pauvres pour voyager à la recherche d’un lieu meilleur pour vivre; particulièrement dans un monde où si tu n’as pas le bon bout de papier, tu meurs en pleine mer ou dans une prison libyenne, ou tu finis dans un des nombreux camps de concentration de cette civile et démocratique Europe.

Les inquisiteurs soutiennent qu’un groupe affinitaire est difficile “à infiltrer et à démoraliser”. Le fait que, ceux qui ont pour but le pouvoir ne réussisse pas à comprendre qui tend à la liberté, nous semble une bonne chose.

Ce ne sera pas les condamnations et la prison à nous faire brandir le drapeau blanc. Nous continuerons à vouloir ce changement radical, entrevu à la Commune de Paris et qui fit trembler l’Etat et les patrons. Nous savons que ce changement radical ne viendra pas tout seul, ni grâce à un déterminisme de l’histoire. Il sera le fruit de la volonté, poussée vers les plus grands objectifs de la coexistence humaine, vers l’anarchie, «un mode de vie individuel et social à réaliser pour le bien de tou.tes »  (Malatesta). Un concept aussi simple qu’éloigné de la situation actuelle.  

Chaque action qui, aujourd’hui, indiquent les responsables directs de l’exploitation humaine et environnementale est utile parce qu’elle montre que l’oppression est plus proche que nous le croyons. Ca sera à la volonté de chacun.es d’abattre les peurs qui nous soumettent et à  la volonté de se réveiller du confort matériel qui tue l’esprit, les pensées, les idées.

Nous n’obligeons personne à faire quelque chose qu’il ne veut pas, mais nous ne permettrons pas non plus que l’on continue à détruire et assassiner en notre nom ou avec notre collaboration. Nous ne resterons pas impuissant.es et impassibles.  Nous ne nous ferons pas taire, ni traîner dans la boue de la barbarie.

Ces derniers mois et années, nous avons vu des dizaines de compagnon.es être emprisonné.es, dont certain.es condamné.es à des longues peines. Nous invitons à unir les forces et à riposter contre ces attaques à notre mouvement. En agissant, des erreurs se ferons inévitablement. Il faut forger nos corps et nos esprits à une nouvelle confiance dans les idées et les pratiques de liberté.

Ils veulent nous faire tomber dans la résignation et la confusion. Ils ont déjà échoués.

Vu que nos inquisiteurs aiment jouer avec les mots (des autres),  autant qu’avec les actes, « Renata » [prénom qui signifie « renaît » ndt ] semble leur énième erreur lexicale, car chaque coeur brûlant est prêt à « renaître » pour chaque tort subit.

Trento, le 18 octobre 2019

Stecco, Agnese, Rupert, Sasha, Poza, Nico et Giulio

Equateur : La répression après le soulèvement – 21 octobre 2019

Publié le 2019-11-06 03:09:11

Suite au mouvement de protestation qui a secoué l’Équateur pendant 11 jours, les Forces Armées équatoriennes ont à présent pour mission de poursuivre les “groupes insurgés”.

QUITO. Le lundi 21 octobre, huit jours après l’arrêt des mobilisations qui ont secoué l’Équateur, le ministre de la Défense, Oswaldo Jarrín, a révélé la prétendue présence en Équateur de “groupes insurgés”, dont les agissements auraient été mis en évidence au cours des violentes journées de protestation contre le Gouvernement. Jarrín a indiqué que les Forces Armées ont l’ordre d’affronter ces cellules irrégulières, toujours selon lui, il s’agirait entre autre de groupes de divers secteurs anarchistes de la région, étroitement liés à la délinquance internationale.

De son côté, le directeur Opérationnel du Commandement Conjoint des Forces Armées, Fabián Fuel, a parlé de faire face à ces nouvelles menaces et ennemis intérieurs “délinquants et terroristes” en “les identifiant, les isolant, les neutralisant pour les remettre aux autorités compétentes”, cette mission devant s’accompagner d’“une révision des lois et de nouveaux équipements”, tout cela bien-sûr pour le “bien public et la sécurité des équatoriens”

[D’après différents articles de presse]

Toulouse : Comité d’accueil pour les cowboys des bailleurs sociaux au Mirail – 3 novembre 2019

Publié le 2019-11-06 03:10:06

Dans la soirée de dimanche 3 novembre 2019, la milice de deux offices HLM de Toulouse (appelée « GiteS ») a une nouvelle fois été attaquée alors qu’elle patrouillait dans le quartier de la Reynerie. Mortiers et pavés sont venus leur rappeler ce que certain.e.s habitant.e.s du quartier pensent de leur maintien de l’ordre et de sécurité.

« Il était 19 heures ce dimanche soir quand des détonations sourdes et répétées ont été entendues dans le quartier du Mirail. 11 agents du GiteS (le groupement interquartiers de tranquillité et de sûreté) qui patrouillaient en voiture, place Abbal au coeur de la Reynerie ont été pris pour cible par des individus.

Selon une source policière, une cinquantaine de personnes a encerclé et agressé ces agents de sécurité. Des tirs de mortier ont été tirés en direction des trois véhicules du GiteS. 

Les voitures d’intervention se sont alors rapidement éloignées. Mais cheminement Francis Poulenc, les agents ont, de nouveau, essuyé des tirs de projectiles.
Les policiers de la sûreté départementale se sont rendus sur place. A leur arrivée, les individus s’étaient volatilisés. Il n’y a pas eu de blessés mais les trois véhicules d’intervention ont subi de gros dégâts, vitres brisées et impacts sur la carrosserie.

Le GiteS, créé en septembre 2018, est le groupement interquartiers de tranquillité et de sûreté. Un dispositif géré par deux bailleurs sociaux, les bailleurs Patrimoine SA Languedocienne et Les Chalets. Composées de 25 anciens policiers, gendarmes et pompiers, les équipes du GITeS effectuent des tournées de tranquillité et de prévention sur l’ensemble du patrimoine privé des bailleurs, principalement sur des tranches horaires de fin d’après-midi et de soirée.
Depuis un an, ces agents auraient déjà subi 58 agressions verbales (menaces de mort) et 26 agressions physiques (coups, jets de projectiles, de mortier). »

[Repris de France3 Occitanie, 04.11.2019]

Paris : Programme de novembre à la bibliothèque Libertad

Publié le 2019-11-06 03:10:06

Samedi 16 novembre

Que viva la Libertad ! Initiative pour la bibliothèque…
(à La Parole errante, 9 Rue François Debergue – Montreuil)

17h : causerie Technologie
Alors que la technologie prend une part toujours plus importante dans nos existences, ajoutant une couche de dépossession supplémentaire, elle y est invitée par un mécanisme de soumission plus ou moins volontaire. L’identification par reconnaissance faciale, le traitement massif des données – de nos téléphones aux axes de circulation –, le remplacement du contact humain par celui de la machine, sont autant de changements qui aboutissent à un contrôle toujours plus prégnant et efficace de nos comportements. À Hong Kong, les mâts des lampadaires intelligents sont sciés, en France ce sont des antennes relais et des armoires électriques ou de fibre optique qui prennent feu, notamment autour des manifestations gilets jaunes. Et si, pour se donner de l’air, on donnait de l’oxygène au feux des révolté-es…
19h30 : cantine
20h : concert (avec notamment La Marmite & Tabula Rasa)

Jeudi 21 novembre à 19h

Profitons de la réédition augmentée du livre Incognito : expériences qui défient l’identification (ed. Mutines Séditions) comme d’une occasion pour rendre plus présente dans nos réflexions la question de la clandestinité. Les témoignages de cavale permettent de démystifier l’expérience, d’en appréhender la nature protéiforme, mais surtout d’en pointer certains questionnements qu’il peut être intéressant d’approfondir à plusieurs. Comment lutter et trouver des complices «ailleurs» en est un exemple. Et ce aussi bien dans une perspective de facilitation de la cavale d’un.e compagnon.ne que depuis la position de futur.e cavaleuse potentiel.

Le flyer mis en page

Le site de la bibli : bibliothequelibertad.noblogs.org

 

Montpellier : Perquisitions et garde à vue pour le sabotage des serveurs de l’université (MAJ 7/11)

Publié le 2019-11-06 03:13:03

Midi Libre / mardi 5 novembre 2019

Dix-huit mois après les faits, quatre suspects ont été interpellés ce mardi matin à Montpellier. Des personnes soupçonnées d’être impliquées dans la « vandalisation » de serveurs informatiques survenue le 11 avril 2018 à l’université Paul-Valéry alors que l’UPV était occupée depuis plusieurs semaines.

L’enquête est menée par la Sureté départementale depuis un an et demi autour du sabotage organisé ce jour d’avril alors que des étudiants en grève occupaient la faculté des lettres de Montpellier et que d’autres étaient connectés aux serveurs de l’université pour passer leurs examen. Le mouvement de protestation était né en réponse à la loi Orientation et réussite des étudiants et durait depuis deux mois, empêchant la tenue des cours et des partiels.
La présidence de l’université, pour ne pénaliser les étudiants non-grévistes, avait décidé d’organiser le contrôle des connaissances en ligne.
Le 11 avril 2018, une salle abritant les serveurs de l’université avait été ciblée par une trentaine d’individus. Le président de l’Université, Patrick Gilli, avait dénoncé l’intrusion et « le sabotage des serveurs informatiques ». Une plainte avait été déposée  » afin qu’une enquête de police et des poursuites judiciaires soient engagées et que le préjudice de l’établissement soir reconnu et indemnisé ».
Le 23 avril, une trentaine de policiers (brigade anti-criminalité de Montpellier et Béziers, sûreté départementale, compagnie départementale d’intervention, police technique et scientifique, état major…) avaient investi, aux alentours de 6 h 30, le campus pour procéder à une opération de police judiciaire. Ils ont fait les constatations d’usage avec notamment des relevés d’empreintes ADN.

*****

Mise à jour du 7 novembre : les quatre sont sortis de garde à vue

extrait de France3 / jeudi 7 novembre 2019

L’un des quatre individus interpellé a été libéré le jour même, les trois autres ont été relâchées ce mercredi dans l’après-midi.
Les gardes à vue des quatre personnes interpellés mardi 5 novembre au matin dans l’affaire du sabotage informatique à Paul-Valéry ont été levées. Le domicile des quatre suspects avait été perquisitionné. […]

Ils faut qu’ils tombent…

Publié le 2019-11-06 06:07:05

Dans la nuit du dimanche au lundi 3 novembre, on s’est attaqués à 10mats de mesures éoliens dans le grand est. On en a fait tombés 6 et on en a endommagées 3 qui ne sont pas encore tombées(surpriiiiiise !). Ces mats ils font 100m de haut, ils sont tout en métal, ils ont des cables partout alignés sur trois axes pour en assurer la stabilité et même que si on coupe les cables ca fait BADABOUM. Ce qui est chouette aussi c’est qu’ils se trouvent en campagne et souvent bien isolé… Pour sectionner les cables en acier tu peux couper tout les fils avec une pince coupante ou une tenaille(ou tout ce que tu juge opportun qui traine dans ta boite à outils) du plus lointain au plus proche du mat jusqu’a ce que tout s’effondre(en général au bout de3-4 cables sectionnés). Coupe les tous dans le même axe car le mat tombera dans la direction opposée (réfléchis par avance dans quel direction tu veux t’enfuir petit malin). Arme toi de courage parce que selon la taille des cables faut s’acharner. hésite pas à t’éloigner un peu quant ca tombe parce que ca fout un sacré bordel ! (certes c’est très rigolo mais ca fout un peu la trouille aussi).

On s’est pas attaquer à l’éolien juste parce qu’on aime faire des bétises. Mais aussi pour ce que c’est: des champs de machines blanches qui poussent massivement sur toutes les collines où on aime jouer et qui colonisent les espaces hors villes. Ces mêmes espaces qui sont toujours plus exploités pour nourrir l’appétit insatiable des cités en énergie et autres consomable.

S’attaquer à l’éolien c’est aussi pour nous s’attaquer au nucléaire. S’attaquer à sa vitrine respectable. En effet nous ne croyons pas au mythe selon lequel les « énergies vertes » tentent de remplacer le nucléaire. Elle s’y additionnent. Nous ne vivons pas un moment de transition mais de croissance constante nécéssitant donc une production toujours plus importante d’énergies. si l’énergie fais tourner le monde alors il nous semble bien important de nous en prendre à elle. Et les illusions de consommer différement qui vont avec.

L’écologie semble être à la mode en ce moment. De plus en plus de mouvements contestataires s’emparent des questions environnementales. Sans doute pouvons nous nous en réjouir. Cependant beaucoup de ces mouvements semblent se priver de moyens de réflexion radicaux replacant les choses dans un contexte plus global ou se perdant dans une liste sans fin de revendication à avancer pour un systeme un peu plus soutenable,un peu moins pire. ils semblent également se priver de moyens d’actions également-l’idéologie de la non-violence continue ses méfaits et rien ne change ni dans nous ni autour- des moyens d’actions qui,pour nous, permettent d’avoir prises sur monde qui nous dévore et donc que nous attaquons en retour.

Pourtant nous savons qu’il y a dans ces groupes des individues avec le sang qui bouillonne. Que les filets de la politique engluent. Qui ne se contentent pas de cette « crise » qui se transforme en « catastrophe » et qui nous annonce toujours la fin inéluctable de cette civilastion pour demain. Qui ne n’en peuvent plus de patienter sagement entre petit boulot et militantisme…

On espère que cette attaque vous fera plaisir et vous donnera envie de participer à ce grand jeu avec nous.

Nous ne prétendons pas tout comprendre, détenir la vérité ou savoir quelle est LA bonne stratégie pour s’attaquer à ce monde. On fait juste des tentatives. la tentative de l’attaque cette fois. l’action comme prétexte à la réflexion. une pensée pour les personnes qui luttent à bure et à l’amassada. une pensée pour les personnes qui continuent d’attaquer et de remettre en question.

Nous ne voulons pas attendre la catastrophe. Nous voulons être la catastrophe.

Manif des « gilets jaunes » : Brèves d’attaque et de répression – Octobre et novembre 2019

Publié le 2019-11-06 06:09:11

Saint-Etienne, 5 novembre. Ce mardi s’est tenu le procès pour le saccage du McDonalds de Saint-Priest en fin de journée du samedi 30 mars. Un homme de 38 ans, considéré par la justice comme le meneur du groupe, a été condamné à 18 mois de prison. Un autre membre du groupe a écopé de neuf mois de prison, dont six avec sursis, alors que les quatre autres, dont deux femmes, ont été condamnés à des peines avec sursis de trois à six mois.
Les six condamnés devront verser solidairement 2500 euros au restaurant, seule partie civile. La somme correspond à la franchise de son assurance. Les dégâts matériels ont été chiffrés à plus de 41 000 euros. Au procès, le ministère public avait requis de trois à 20 mois de prison contre les prévenus.

Rennes, 4 novembre 2019. On apprend qu’il y a eu un peu de casse à la manif des « gilets jaunes » qui a défilé au centre-ville samedi 2 novembre. Et comme souvent, cette nouvelle enthousiasmante nous parvient aux oreilles en même temps que la répression (les médias ne relayant que ce qui est autorisé par les flics et les magistrats : la justice vient de juger un révolté ce lundi 4 novembre 2019, en le condamnant à 4 mois de prison ferme et 4 mois avec sursis avec mise à l’épreuve. Il a reconnu avoir brisé les vitrines de deux agences bancaires, ainsi que celle d’un distributeur de billets du centre-ville. Toute la machine judiciaire s’est mise en branle à partir du moment où un commerçant vigilant de la rue a alerté les flics, qui l’ont interpellé dans la foulée. Il a notamment déclaré à la barre « qu’il n’aime pas les banques » et avoir agi pour « exprimer sa colère ».

Lille, 15 octobre 2019. On apprend que ce mardi matin, un homme a été arrêté à son domicile pour des destructions de vitrines de commerces lors d’une mnifestation à la mi-mars.  Suspecté sur des bases de relevés ADN, il a reconnu les faits lors de sa GAV et sera convoqué ultérieurement par la justice.  Voici le court extrait accessible de l’article de la Voix du Nord:
« Le 16 mars, le cortège des Gilets jaunes est un peu chahuté à Lille. Sur le trajet des manifestants, des vitrines notamment sont étoilées à coups de pierres. Plusieurs commerces (banques et assurances notamment) sont dégradés place de Strasbourg et rue Nationale. Les policiers filment un homme en veste à capuche colorée en train de viser le Speed-Rabbit et les MMA. Il jette aussi des projectiles sur les forces de l’ordre. Mais l’homme disparaît finalement dans la foule […] ».

[Repris de la presse]

 

Athènes (Grèce) : Réponse immédiate à l’expulsion du squat Vancouver

Publié le 2019-11-06 06:12:10

athens.indymedia.org / dimanche 3 novembre 2019

Hier, 2 novembre, après la manifestation de solidarité qui a commencé sur la place Victoria, nous (un groupe d’anarchistes) avons attaqué le poste de contrôle militaire de la MAT (la police anti-émeute) au carrefour entre les rues Spirou Trikoupi et Tositsa, de façon à donner une réponse immédiate à l’expulsion du squat Vancouver*.

Vers 15h30, une équipe de 30 anarchistes se sépare en deux groupes (offensif et défensif) et a agi comme-ça :
1) le premier groupe (offensif) a attaqué le poste de contrôle militaire de la MAT au carrefour Trikoupi\Tositsa avec des cocktails Molotov et des pierres.
2) le deuxième groupe (défensif) a aidé le groupe offensif à revenir dans un endroit sûr et a contré les flics quand ils ont poursuivi les compas.

Après les attaques, les portes de certains bâtiments nous ont été ouvertes en solidarité et nous sommes allé.e.s sur le toit de ces bâtiments et avons commencé à jeter du fer, du feu et des choses lourdes sur les têtes des flics qui nous poursuivaient.
Tou.te.s les compas qui ont mené l’action ont quitté la zone saines et sauves, mais on a su que les flics ont arrêté au moins deux habitant.e.s d’Exarchia au hasard, les accusant de l’émeute.

Notre réponse à l’expulsion du squat de Vancouver devrait être très claire pour le régime :
1) la réponse à la violence de l’État est la violence.
2) La réoccupation des squats qui ont été expulsés par le régime est l’un de nos objectifs principaux.
3) Les attaques se poursuivront jusqu’à ce que les flics quittent nos quartiers.

Nous exprimons aussi notre solidarité aux combattant.e.s du Rojava et du Chili, sous le coup des attaqués des régimes turc et chilien.

Il y a quelques jours, nous avons appris que des policiers de l’antiterrorisme étaient postés devant la maison d’un compa et que des agents en civil le suivaient dans la rue (il y a aussi un texte de notre compa sur concernant sa situation sur athens.indymedia [traduit en anglais par les compas d’Anarchists Worldwide; NdAtt.]). Cela montre clairement que le régime a peur des combattant.e.s. Nous sommes solidaires des combattant.e.s emprisonnés ou qui font l’objet d’une enquête de la part de l’État.
Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir.

compas

 

* Note d’Attaque : le matin du 2 novembre, la police a expulsé le bâtiment « Vancouver Apartment », appartenant à la fac’ d’Economie ASOEE et occupé depuis 13 ans. Selon les mérdias officiels (Ekathimerini), quatre personnes ont été interpellées et deux chiens enlevés.

Mise à jour du 6 novembre : une vidéo de l’action ici.

source de l’image : Anarchists Worldwide

Nous revendiquons l’attaque à la peinture du siège de Bayer-Monsanto

Publié le 2019-11-06 20:05:05

Ce mardi 5 novembre 2019 dans la nuit, à l’aide de projectiles, nous avons repeint la façade du siège de Bayer-Monsanto à Lyon (situé au 16 rue Jean-Marie Leclair, dans le 9e arrondissement, pour les curieux⋅ses...).



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Nous avons connu la déception avec les différents mouvements écolos, qui prétendaient être « prêt⋅es à tout » pour l’environnement mais qui n’inquiètent en rien le pouvoir et vont même jusqu’à collaborer avec celui-ci pour détruire d’autres formes de luttes plus radicales. Désormais, nous n’attendrons plus rien des organisations écologistes et agirons par nous-mêmes face à l’urgence environnementale.

Devant un mouvement écologiste incapable de lutter efficacement contre les horreurs qu’il dénonce, nous voyons le sabotage, l’action directe et l’auto-gestion (ZAD...) comme des moyens à ré-envisager pour réellement défendre l’environnement. Nous ne prônons pas ces moyens, ni la violence en règle générale, comme seule forme d’action utile, mais nous rejetons le dogmatisme écolo-privilégié⋅es de la « non-violence ». Nous encourageons ainsi la diversité des tactiques – violentes ou non – tout comme la convergence des luttes, qu’elles soient environnementales ou sociales.

Nous invitons chaque individu⋅e à s’organiser selon ses moyens, que ce soit individuellement ou collectivement, contre les États, les multinationales et l’économie capitaliste. Arrêtons de demander au pouvoir de « prendre ses responsabilités » face à une crise qu’il a créé et dont il profite ! Reprenons le rapport de force pour une lutte environnementale victorieuse.

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« Les petits pas ça suffit pas »

Grand Est : ils faut qu’ils tombent…

Publié le 2019-11-07 09:23:07

Indymedia Nantes / mardi 5 novembre 2019

Sabotage mat de mesure éoliens régions Grand-Est

Dans la nuit du dimanche au lundi 3 novembre, on s’est attaqués à 10 mats de mesures éoliens dans le grand est. On en a fait tombés 6 et on en a endommagées 3 qui ne sont pas encore tombées (surpriiiiiise !). Ces mats ils font 100m de haut, ils sont tout en métal, ils ont des cables partout alignés sur trois axes pour en assurer la stabilité et même que si on coupe les cables ca fait BADABOUM. Ce qui est chouette aussi c’est qu’ils se trouvent en campagne et souvent bien isolé… Pour sectionner les cables en acier tu peux couper tout les fils avec une pince coupante ou une tenaille(ou tout ce que tu juge opportun qui traine dans ta boite à outils) du plus lointain au plus proche du mat jusqu’a ce que tout s’effondre(en général au bout de 3-4 cables sectionnés). Coupe les tous dans le même axe car le mat tombera dans la direction opposée (réfléchis par avance dans quel direction tu veux t’enfuir petit malin). Arme toi de courage parce que selon la taille des cables faut s’acharner. hésite pas à t’éloigner un peu quant ca tombe parce que ca fout un sacré bordel ! (certes c’est très rigolo mais ca fout un peu la trouille aussi).

On s’est pas attaquer à l’éolien juste parce qu’on aime faire des bétises. Mais aussi pour ce que c’est: des champs de machines blanches qui poussent massivement sur toutes les collines où on aime jouer et qui colonisent les espaces hors villes. Ces mêmes espaces qui sont toujours plus exploités pour nourrir l’appétit insatiable des cités en énergie et autres consomable.

S’attaquer à l’éolien c’est aussi pour nous s’attaquer au nucléaire. S’attaquer à sa vitrine respectable. En effet nous ne croyons pas au mythe selon lequel les « énergies vertes » tentent de remplacer le nucléaire. Elle s’y additionnent. Nous ne vivons pas un moment de transition mais de croissance constante nécéssitant donc une production toujours plus importante d’énergies. si l’énergie fais tourner le monde alors il nous semble bien important de nous en prendre à elle. Et les illusions de consommer différement qui vont avec.

L’écologie semble être à la mode en ce moment. De plus en plus de mouvements contestataires s’emparent des questions environnementales. Sans doute pouvons nous nous en réjouir. Cependant beaucoup de ces mouvements semblent se priver de moyens de réflexion radicaux replacant les choses dans un contexte plus global ou se perdant dans une liste sans fin de revendication à avancer pour un systeme un peu plus soutenable,un peu moins pire. ils semblent également se priver de moyens d’actions également-l’idéologie de la non-violence continue ses méfaits et rien ne change ni dans nous ni autour- des moyens d’actions qui,pour nous, permettent d’avoir prises sur monde qui nous dévore et donc que nous attaquons en retour.

Pourtant nous savons qu’il y a dans ces groupes des individues avec le sang qui bouillonne. Que les filets de la politique engluent. Qui ne se contentent pas de cette « crise » qui se transforme en « catastrophe » et qui nous annonce toujours la fin inéluctable de cette civilastion pour demain. Qui ne n’en peuvent plus de patienter sagement entre petit boulot et militantisme…

On espère que cette attaque vous fera plaisir et vous donnera envie de participer à ce grand jeu avec nous.

Nous ne prétendons pas tout comprendre, détenir la vérité ou savoir quelle est LA bonne stratégie pour s’attaquer à ce monde. On fait juste des tentatives. la tentative de l’attaque cette fois. l’action comme prétexte à la réflexion. une pensée pour les personnes qui luttent à bure et à l’amassada. une pensée pour les personnes qui continuent d’attaquer et de remettre en question.

Nous ne voulons pas attendre la catastrophe. Nous voulons être la catastrophe.

 

[in italiano]

Grèce : À propos de deux balises GPS retrouvées récemment

Publié le 2019-11-07 12:20:15

Ears and eyes / mardi 5 novembre 2019

Récemment, deux balises GPS ont été retrouvées sur les véhicules de personnes actives politiquement en Grèce. Les deux dispositifs avaient une carte SIM, une batterie, et des aimants puissants à l’extérieur pour pouvoir être attachés aux surfaces en métal des véhicules.

Le premier appareil a été retrouvé sur une voiture en août dernier. Ci-dessous les photos du premier appareil.

Le deuxième appareil a été retrouvé sur une moto à Athènes en octobre dernier. Il était beaucoup plus petit que le premier appareil. Ci-dessous les photos du deuxième appareil.

(article d’origine en grec, plus détaillé, sur https://omniatv.com/853454297)

Chili: toujours des manifestations, toujours des affrontements

Publié le 2019-11-09 16:11:03

Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles de nombreux étudiants, s’est rassemblée lundi soir à Santiago, sur la plaza Italia, lieu emblématique du mouvement de colère initié le 18 octobre. Les manifestations dans la capitale ont été émaillées de nombreux affrontements. Des heurts ont éclaté entre forces de l’ordre et manifestants et plusieurs bus ont été incendiés. Alors qu’un cortège tentait de s’approcher du palais présidentiel de la Moneda, la police a dispersé la foule en faisant usage des lances à eau et de gaz lacrymogènes. Révoltés par les inégalités sociales, les manifestants réclament notamment une réforme du système de retraites et une révision de la Constitution, tous deux hérités de la période de la dictature, ainsi que de profondes réformes du modèle économique ultralibéral chilien. La crise sociale, provoquée le 18 octobre par une augmentation du prix du ticket de métro (depuis annulée), a fait 20 morts et 1 305 blessés.

De quoi l’association de malfaiteurs est-elle la clef?

Publié le 2019-11-09 16:37:03

An 01 après GJ

Les rues se remplissent, les ronds-points fleurissent de cabanes. Nous sommes sur la fin de l’année 2018. Les relents nauséabonds de la victoire des bleus se transforment en colère diffuse portant un gilet jaune. Les gens ont envie de se rapporter à la politique. Ça discute, ça s’organise. Pour toute révoltée qui se bat pour un monde juste, pour la fin des oppressions, qui se bat contre cette vie de merde, l’impression de vivre quelque chose de spécial. Quoi exactement? Nous ne savions pas trop. Alors à ne plus tenir derrière nos écrans, on y est allé. Pour voir au début, gaiement. Et très vite, c’est le couteau entre les dents que l’on partait le samedi matin et c’est le baume au cœur et fatiguée que l’on rentrait à la maison le soir, toujours une pensée pour les arrêtées du jour. La semaine passait à s’organiser sur les ronds-points, dans les commissions, chez soi au fond de la cave ou derrière l’imprimante. Le mouvement social lui, se renforce chaque week-end, s’affine. Les leaders autoproclamés se font écarter et c’est sur une base horizontale que les gilets jaunes veulent se retrouver, évitant ainsi l’écueil de la représentation et de la récupération. Le pouvoir, le capitalisme est attaqué sans ménagement, loin de toutes formulations théorico-politiques. La préfecture du Puy en Velay part en fumée le 1 décembre, 4 mois plus tard c’est au tour du Fouquet’s. Entre les deux, des tas de rues dépavées.
Ce qui effraie tant la macronie en marche et sa bourgeoisie c’est la vitesse avec laquelle les pratiques insurrectionnelles se diffusent dans le tissu social. De plus en plus de monde ne considère plus la violence des forces de L’État comme légitime. Alors ils contestent son monopole et se la réapproprient en gueulant haut et fort à Manu «on vient te chercher chez toi».

Pour ce dernier, il s’agit de contre attaquer.
Tout d’abord matraquer les corps. Faire mal. L’omniprésence policière dans nos manifs se fait milice. Ça tape, ça gaze, ça matraque. On marque les corps au tonfa noir du BACeux. On fait pleurer les yeux à grands coups de lacrymos qui viennent vomir leur composition chimique irritante dans toutes les rues du centre-ville. Et à cette violence physique vient s’en ajouter une autre plus insidieuse. Il s’agit de marquer les esprits cette fois. Faire peur. Les comparutions dans les tribunaux s’enchaînent. Les peines s’alourdissent et les prisons se remplissent. L’arsenal judiciaire se complexifie pour faire face à cette nouvelle contestation et ses formes comme en témoigne la loi anti-casseurs édictée sur le tard.

Les conflits politiques et sociaux ont toujours ce mérite: dévoiler la tendance agressive, écrasante des institutions. Briser l’illusion de leur impartialité. De fait, la police, les tribunaux, la prison, sont des armes de guerre. Assumer le monopole de la violence légitime, c’est toujours assurer la domination d’un camp sur un autre: l’économie et l’État contre ceux qui les remettent en cause. En temps de crise de légitimité du pouvoir, la police et la justice sont les derniers remparts qui l’empêchent de tomber.

Dans ce texte c’est de répression dont on va parler. L’instruction de R., mis en examen et incarcéré pour association de malfaiteurs le 4 février vient éclairer l’acharnement dont font preuve les forces oppressives pour faire taire la révolte. Prêts à tout, ils enferment préventivement, ne s’embêtant pas d’une éventuelle condamnation au moment du procès. L’enjeu étant pour eux ailleurs. Devant l’intensité de la révolte, ils n’hésitent pas à mettre en examen une seule personne pour association de malfaiteurs sans associées et sans faits reprochés. La possession de clefs PTT et la prétendue expertise policière disant que celles-ci seraient «caractéristiques du fonctionnement des activistes d’ultra gauche pilotant le mouvement des Gilets Jaunes et leurs manifestations» étant suffisante pour entamer une procédure judiciaire. Pour la police et la justice il faut trouver des coupables. Et peu importe qu’il faille construire la culpabilité a posteriori. Il s’agit pour eux d’attribuer à des individus les gestes de révolte exprimés pendant le mouvement. D’individualiser les peines. Pour nous révoltées, il s’agit de faire le parcours inverse. Il nous semble important pour ne pas laisser les accusées dans l’isolement où le système judiciaire les place, de populariser leurs actes en les revendiquant comme une pratique du mouvement. Par exemple nous n’associerons pas la main qui incendiera le Capitole à un nom, un sigle, une association. Cette main-là, elle sera celle de l’ensemble du corps fluo, se solidarisant de chaque attaque contre la domination. Si posséder des clefs fait de nous des malfaitrices et bien nous en sommes. Mais toutes les affaires visant à criminaliser les luttes ne sont pas aussi ubuesques. Il est donc nécessaire de ne pas tomber dans le piège qui amènerait à considérer cette instruction comme ridicule par rapport à d’autres enquêtes qui ne le seraient pas. En effet, pour nous, toute procédure judiciaire est absurde et il s’agit d’insérer l’affaire qui nous concerne dans une stratégie contre-insurrectionnelle dont il faut prendre la mesure.
 

L’affaire PTT Tails

Le 2 février alors qu’un bouillonnant samedi de mobilisation s’annonçait encore en ville, la flicaille commence son sale boulot dès 9 heures du matin en mettant en place des postes de contrôles fixes et mobiles. Il s’agit pour eux de patrouiller dans le centre, de contrôler tout le monde et d’arrêter tout gauchiste plus ou moins connu. C’est dans le cadre de cet arrêté préfectoral que R. est contrôlé à 13h30. Il déclare s’appeler Mr. Schmidt et être né à Zurich, mais cette information doit mal coller avec leurs fichiers de renseignement car il est emmené directement au commissariat pour vérification d’identité. Sur lui des clefs PTT, un jeu d’outils à vélo et une clef croisée. Une fois sur place les flics croient bon de l’envoyer en garde-à-vue pour refus de signalétique et refus d’ADN. 48 heures plus tard et seulement une fois arrivé au tribunal, on lui notifie sa mise en examen pour – attention prenez une grande inspiration – «avoir à Toulouse et sur le territoire national, entre le 12 novembre 2018 et le 2 février 2019, en tout cas sur le territoire national et depuis non couvert par la prescription, participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation d’un ou plusieurs délits punis de dix ans d’emprisonnement, en l’espèce des actes de destruction à moyen dangereux par moyen explosif ou incendie, caractérisés par un ou plusieurs faits matériels».
Voici la terrifiante association de malfaiteurs.
Au palais R. effectue un rapide passage devant la juge Billot qui se chargera de diriger l’enquête. Celle-ci rentre en matière sur la mise en examen et demande le placement en détention. Un détour encore plus rapide devant la Juge des Libertés et de la Détention –qui porte très mal son nom– et hop dans le fourgon cellulaire. Départ pour Seysses. Bim, un peu moins de 5 mois de détention. En effet, le 21 juin sa juge le libère suite à une Demande de Mise en Liberté. Il a pu sortir sous contrôle judiciaire avec interdiction de Toulouse – où il vivait pourtant – et de quitter le territoire français. En plus de devoir pointer une fois par semaine.

Au mois d’avril déjà, les avocates de R. ont obtenu les nullités de la garde-à-vue et ont ainsi obtenu l’abandon des chefs d’accusations liés à la signalétique. Les flics n’avaient en effet pas l’autorisation explicite du procureur pour pouvoir envoyer une personne en garde-à-vue pour des délits signalétiques depuis le statut de la vérification d’identité. La cour d’appel (instance judiciaire chargée de statuer sur les nullités de procédure) n’a pas jugé opportun toutefois de faire tomber l’ensemble des chefs d’accusations comme elle aurait dû le faire, permettant grâce à un petit tour de passe-passe stylistico-juridique de sauver l’instruction et le fumeux PV87.

    Le PV87

L’association de malfaiteurs dont R. serait l’unique représentant est ici instruite par les seuls éléments d’interprétation du PV 87. Celui-ci a été rédigé par Vincent Escorsac, capitaine de police, faisant partie du groupe d’enquêteur Gilet Jaune sur la ville de Toulouse. Voici le déroulé des 4 paragraphes que contient ce papier.
Tout d’abord des bouteilles de peinture «voire des cocktails Molotov» ont été retrouvés cachés en ville dans des endroits uniquement accessibles à l’aide du type de clefs dont R. était porteur. Ensuite ces clefs PTT sont caractéristiques du fonctionnement de l’ultra-gauche. D’ailleurs c’est l’ultra-gauche qui pilote le mouvement des Gilets Jaunes. La preuve en est, on a arrêté une personne fichée S, anarchiste, le 8 décembre. Et afin d’étayer ces propos on rajoute au dossier l’ensemble des Procès-Verbaux de physionomie et de contexte1 .
On pourrait tout d’abord s’arrêter sur les troubles visuels dont semble être affecté le capitaine, n’arrivant pas à formellement distinguer une bouteille de peinture d’un engin incendiaire. En effet, que signifie «des bouteilles de peintures voire des cocktails Molotov», déclaration on ne peut plus confuse pour un PV sensé venir offrir la mise en examen. Afin de vérifier ce propos, les notes de physionomie des manifs ont été épluchées. À une seule reprise il y est fait mention de matériel qui a été «caché» en amont des cortèges. Il s’agit de 22 bouteilles de peinture jaune, trouvées dans les toilettes publiques de l’église Saint Étienne2. Pour Escorsac il s’agit de grossir les traits et d’impressionner le juge. Après tout, si la police trouve des bouteilles de peinture, elle aurait très bien pu trouver des cocktails Molotov vu que ceux-ci sont utilisés en manifestation. Oui, sauf que contrairement à ce que vous prétendez vous n’en avez pas trouvés.

Et les chiottes de l’église Saint Étienne alors? Escorsac déclare qu’elles sont uniquement accessibles avec le type de clefs dont R. s’est trouvé être porteur. En réalité s’agissant de toilettes publiques elles sont tout le temps ouvertes.
Sur les 135 pages de compte-rendu de manifs il n’y est fait mention ni de R., ni de l’usage de ce type de clefs dans les cortèges, ni de personnes arrêtées avec ça en leur possession. Nous devrons donc nous contenter de conclusions sans fondement, les informations citées par le capitaine de police n’étant pas étayées par des éléments venant se rajouter au dossier.

En août une demande de démise en examen a été formulée à Elodie Billot par les avocates de R. Cette procédure utilisée très rarement peut pourtant s’effectuer tous les 6 mois de l’instruction. Elle permet de passer du statut de mis en examen au statut de témoin assisté. Elle est utilisée lorsque les éléments initiaux ont perdu de leur superbe et qu’aucun élément nouveau à charge n’est venu se rajouter au dossier. La juge a cru bon de rejeter cette demande en osant affirmer que les preuves ont été «confortées» par les trouvailles de la perquisition3. Mais revenons donc un peu en arrière jusqu’au 6 février où deux lieux de vie sont retournés simultanément à Toulouse. Un dans la rue où R. a été arrêté et un à son domicile. Les perquisitions vont être infructueuses, ou presque. Dans le salon de l’accusé d’autres clefs sont retrouvées. Cette-fois ci il s’agit de clefs USB Tails, permettant de naviguer anonymement sur internet. Encore plus grave! De la documentation anarchiste a été découverte dans le salon et ce dernier serait en plus «une salle de réunion»«tracts et journaux artisanaux de propagande» seraient imprimés sur place. Merci Vincent mais vous accordez beaucoup trop d’importance à vos fantasmes. Si vous découvrez dans un salon les journaux «JAUNE» et «BRIQUET TEMPÊTE», des livrets «AVIS DE TEMPÊTE», «LA BROCHOURRE» ou encore des tracts «IAATA.INFO», ça veut juste dire que les occupantes ont beaucoup de goût en matière littéraire.
 
Lors de la perquisition une grande quantité de matériel informatique a été saisie. L’attente des résultats de leurs analyses a notamment justifié à plusieurs reprises le maintien en détention de R. Qu’ont-ils donné? La réponse tient en une seule phrase qui tourne en boucle sur les 11 pages de ce rapport; «mentionnons n’avoir découvert aucun élément susceptible d’être constitutif des faits de la présente enquête». Mais de quels faits parlent-ils pourrait-on se demander? Passée la boutade il est plutôt agréable de voir que si les flics n’arrivent pas à retrouver d’éléments dans les ordinateurs c’est surtout car ils n’arrivent pas à y pénétrer. Que des outils informatiques relativement simples d’utilisation et trouvables facilement en open source sur internet permettent de gêner le travail d’enquête de la flicaille4.

    About Schmidt?

A l’heure où nous écrivons ces lignes, 9 mois qu’il prend son temps le Vincent. Le dossier ne s’est pas beaucoup épaissi. Une commission rogatoire internationale a été menée en Suisse où R. a grandi. L’inquisitrice Elodie Billot a déposé cette demande auprès d’un tribunal en Suisse. Celui-ci une fois rentré en matière a mandaté les flics vaudois pour retracer le parcours de vie de l’accusé et retrouver Mr. Schmidt?! la personne dont il semble pourtant évident que R. a inventé l’identité. On épie, on scrute, on fouille. Pour la juge, il s’agit d’établir le profil social. En effet, la justice a de plus en plus recours au profilage des accusées afin d’établir leur parcours de vie. Ceci devant leur donner accès aux informations quant à la bonne participation à la vie sociale et démocratique, au travail, aux associations, etc, des personnes qu’il doit juger. Finalement, il tranchera plus ou moins sévèrement en fonction des éléments qu’il aura décidé de retenir ou pas. Entendez par là que le juge aura tendance à être plus lourd pénalement avec des individus marginalisés, précarisés ou étrangers…
Finalement dans le cadre de cette coopération policière, les flics n’ont pas réussi à mettre la main sur Mr. Schmidt. Nous souhaitons ici longue vie à sa cavale!

Un malfaiteur donc, fonctionnant au sein d’une association dont il est l’unique associé, à qui on reproche d’avoir usurpé l’identité d’un Schmidt et d’avoir dans ses poches un jeu de clefs PTT au moment de son arrestation. Chez lui, on retrouve des clefs Tails et des journaux anarchistes. Pour venir grossir le dossier on le bourre de PV de contextes des manifestations gilets jaunes.
Il est convenu pour tous qu’avec de telles accusations aucune condamnation lors d’un procès ne pourrait être prononcée. Ni les flics, ni le parquet et encore moins la juge Billot ne sont dupes. Une mise en examen aussi kafkaïenne ne pourra être soutenue d’aucune sanction pénale. Les anarchistes, dans l’histoire, ont pu être arrêtés aussi bien pour des faits réels que pour le danger que représentaient leurs idées pour les tenants du pouvoir. Et ceci est d’autant plus vrai quand ces idées se diffusent au sein du corps social et se mêlent à la pratique révolutionnaire. La détention de la personne dont on parle dans ce texte en est un exemple flagrant. Mais en principe, sûrement pour se donner un peu de contenance les méchants s’échinent tout de même à trouver quelque chose à reprocher. Ainsi la procédure judiciaire de R. est à comprendre à l’aune de l’évolution des cadres judiciaires régis pour faire taire la contestation. Dès 2016 et après les manifestations de la loi travail une circulaire à l’attention de la flicaille stipulait que pour optimiser la répression il pourrait s’avérer «utile» de généraliser le délit d’association de malfaiteurs. Un épisode fluo plus tard, on ne compte plus à travers la France le nombre d’instructions pour ce motif.
Ce dernier en effet leur est très utile. Il permet dans un premier temps d’arrêter préventivement via la formulation judiciaire d’«intention en vue de». Ici, pas besoin de faits pour venir étayer l’accusation, l’intention suffit. Deuxièmement ce délit permet de larges instructions et moyens d’enquêtes permettant ainsi de récolter des informations rapidement sur les personnes visées.


Comme une girafe avec le vertige. S fiche ça sent la perquis’

Nous pensons que si R. est arrêté ce 2 février 2019 puis incarcéré le 4, ce n’est pas pour une histoire de clefs. Le fait de savoir qu’il s’organise politiquement et a été actif durant les manifestations des Gilets Jaunes ne doit pas nécessiter un travail d’orfèvrerie policière. Les flics tiennent à jour de nombreux fichiers de renseignements. Ceux-ci sont conçus sur la base d’interpellations antérieures, du travail de la DGSI, d’une indic ou encore en fonction des fréquentations du fiché. Avoir été contrôlé, avoir été arrêté. Consulter des sites internet militants, être une pote de personne arrêtée ou son amoureux. Distribuer des tracts. Toutes ces raisons-là et bien d’autres encore justifient pour la police le fichage. Manifester alors que l’événement est sur une zone interdite est amendable de 135 euros. Rester dans un cortège alors que des affrontements ont lieu avec la police devient un délit de solidarité. La présomption de culpabilité étant devenue la norme, pour Macron et ses flics il est nécessaire de recenser toute personne venant en manif’. Il s’agit pour eux d’opérer une criminalisation des pratiques militantes. Dixit la généralisation de l’utilisation du «participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations et des violences». La simple présence se transforme en complicité par capillarité comme la si bien annoncé Christophe Castaner le 16 mars au soir; «ceux qui viennent manifester là où de la casse est annoncée seront complices».

Ce qui conduit R. au commissariat, en GAV puis à Seysses c’est bien la fiche que la police lui a collée sur le dos. Bas les masques, les robes de pies et la balance de Thémis, ce faisant la justice révèle sa nature véritable. Celle d’être l’instrument aux mains des puissants, utilisé pour faire taire la contestation, le glaive potentiel sur la nuque de toutes celles qui ont décidé de ne plus se taire. Madame Billot et les juges de la cour d’appel peuvent feindre l’évidence dans le théâtre du palais, il n’empêche que c’est le fichage qui justifie cette mise en examen. Et il n’est pas surprenant que les juges inféodés à L’État oublient leur rôle présumé d’équité en envoyant en prison un anarchiste sur cette seule base.

Pour les tenants de la domination, le fichage vient servir une rhétorique déjà bien connue. Il s’agit tout d’abord de trier le bon grain de l’ivraie. Le bon manifestant contre le méchant casseur anarchiste-black block-extrême-ultra-jaune-gaucheblablabla. Ceci leur permet de décrédibiliser la portée révolutionnaire d’un mouvement large, multiple, divers et solidaire. Décrédibiliser en insinuant que les gilets jaunes sont manipulés, trop idiots pour savoir quand, pourquoi et comment lutter. En utilisant des mots-valises, le pouvoir tente de nommer quelque chose qui lui échappe afin de diviser les gens qui ne se reconnaissent pas dans ces catégories vides de sens. En effet, cette dynamique émeutière au cours des manifestations ne peut exister pour le pouvoir que comme une pratique ultra, comme une manipulation politique. Il ne peut admettre qu’une part grandissante de la population souhaite sa chute, rêve de révolution, bien déterminée à la faire advenir. Les foules présentes le 8 décembre 2018 à Toulouse ou sur les Champs Élysées le samedi 16 mars en sont un exemple éloquent. Il n’y a pas de casseurs ou d’ultragauche, il y a une foule déterminée à faire tomber le régime. Cette rhétorique démontre aussi une incapacité notable à penser une pratique horizontale de la lutte, une reprise en main individuelle et collective de la vie telle qu’elle s’est retrouvée portée par les GJs. Nul n’ignore le peu de crédit porté à la représentativité dans ce mouvement où aucun délégué, porte-parole ou interlocuteur avec l’État n’a jamais été reconnu par les Gilets jaunes.
 

   l’intention de l’association

Mais le fichage vient aussi servir d’instrument pour une autre manœuvre contre-insurrectionnelle. Elle permet de mettre en place des arrestations préventives. Dès décembre on a vu l’apparition de trombinoscopes utilisés par la police en amont des manifestations, visant à interpeller les troublions connus5. En avril 8 personnes sont mises en examen à Toulouse pour association de malfaiteurs et arrêtées préventivement. Un indic aurait balancé qu’elles étaient en train de préparer des cocktails incendiaires. En réalité lors de la perquisition à leur local les méchants mettent la main sur des fumigènes artisanaux. Un joli panache de fumée donc pour un récit policier qui se dégonfle. Après leurs gardes-à-vue, les accusées ont pu sortir avec obligation de respecter un contrôle judiciaire. Récemment, à Toulouse toujours, un homme et une femme qui étaient sur écoute par la police se font soulever et le parquet demande une mise en examen pour association de malfaiteurs. Celle-ci ne sera tout de même pas suivie par les juges et les deux personnes se retrouvent sous le statut de témoin assisté. On leur reproche un échange de SMS contenant une photo de la maison de Moudenc, le maire de la ville.

A Paris autour du premier mai, les flics effectuent 17 700 contrôles préventifs. Parmi ceux-ci, la veille au soir, les méchants tombent sur un.e espagnole et deux allemands. Après une perquisition de leur véhicule les flics jubilent et publient directement une photo du contenu du coffre sensé présenter un arsenal de guerre. Voici en quels mots les complices des personnes incarcérées commentent cette affaire; «Le fait d’avoir dans son véhicule de la littérature anarchiste, un bout de papier où sont inscrit des lieux de RDV pour rejoindre des départs en manifs, quelques outils pouvant être utile sur un chantier, au camping ou dans la rue et d’être dans les fichiers de la police allemande est pour les flics et le proc’ matière à voir le reste du contenu comme un arsenal. Les réchauds, les jerricanes de gasoil vides et l’huile d’olive deviennent des engins explosifs et les paillettes noires ainsi que le sucre blanc des substances dangereuses à analyser». Les personnes ont été mises là aussi en examen pour association de malfaiteurs et 5 mois de leurs vies ont été volées en détention.

A Nantes aussi pour la police, un spectre hante le mouvement. C’est l’ultra-gauche qu’il va s’agir ici d’intimider. Après une enquête préliminaire de trois semaines avec écoutes et filatures, des militantes fichées se font arrêter le matin d’une manifestation alors qu’elles sortaient de la maison du peuple. Une opération digne de l’antiterrorisme pour mettre la main sur une arme aussi dangereuse qu’un homard en papier mâché. Peut-être déçu des moyens employés pour si peu de résultat, le parquet reste téméraire et demande une mise en examen pour association de malfaiteurs. Celle-ci ne sera pas suivie et les militantes sont placées sous le statut de témoin assisté. Le homard lui, a été placé sous scellé et doit à présent encombrer les bureaux du commissariat.

Ces montages policiers pourraient prêter à sourire s’il ne s’agissait pas d’une offensive visant à généraliser le délit d’association de malfaiteurs contre l’ensemble des luttes sociales. Le fait que les tentatives du parquet n’aboutissent pas systématiquement à des mises en examen n’est pas important. Le dossier est ouvert et même sans accusée l’enquête peut suivre son cours.

Le champ d’application contemporain de l’association de malfaiteurs élargit la notion «d’association». Ainsi des choses insignifiantes peuvent venir étayer le montage policier comme l’envoi d’un message, le fait d’avoir prêté sa voiture ou d’avoir un marteau dedans, avoir participé à l’achat de bouteilles d’acétone, ou encore d’avoir accueilli du monde lors d’un week-end de mobilisation. La police va à partir du scénario qu’elle s’est fixé juxtaposer des situations et des individus qui viendront ensuite servir leur récit. Ce délit est tellement grossier qu’il n’est pas palpable, il peut venir se greffer à des situations aussi diverses que variées. L’utilisation judiciaire très ample en fait un outil de choix au service de la police pour intimider celles et ceux qui sont ciblées.
Car c’est de ça dont il s’agit aussi. Faire peur. En prendre un ou quelques-unes pour  taper sur 100. Et il y a la surveillance. En termes de moyens, l’association de malfaiteurs est idéale pour la police afin de venir fouiller dans la vie des personnes visées par l’enquête. Filatures, écoutes téléphoniques, géolocalisation, convocations, perquisitions, utilisation d’Imsi catcher… Une fois le dossier ouvert, les flics n’ont plus les mains liées et tout ce qui est recueilli peut être judiciarisé. Ouvrir des associations de malfaiteurs octroie des moyens d’enquêtes énormes à la police, ce qui explique les tentatives quasi-systématiques du parquet de recourir à ces instructions. Et donc pour eux, la possibilité de chopper des infos, ceci non seulement sur les seuls mis en examen mais sur l’ensemble des solidarités et amitiés qui s’expriment à ce moment-là.
   

On s’est comparé les plaies mais doit-on parler paix?

On a voulu ici aborder rapidement la criminalisation du mouvement des Gilets Jaunes qu’entraîne l’évolution des dispositifs juridiques. Notamment par le biais de la généralisation des délits d’intentions que sont l’association de malfaiteurs ou sa version plus soft pénalement de «participation à un attroupement en vue de». La répression est aussi effrayante que l’habitude qu’on prend à ne plus en être choqué. Parfois on reste béat, tant les convocations, les mutilés, les mises en examen défilent sous nos yeux et que nous sommes pris dans l’urgence du soutien aux inculpées. S’y attabler nécessite de prendre un peu de recul. Sortir de l’asphyxie judiciaire afin de prendre conscience de l’offensive qui est portée contre celles qui ne veulent plus vivre à genoux.
 
La seule base de l’appartenance anarchiste devient un mobile d’incarcération. Dans tous les cas celle-ci vient justifier la mise en place de surveillance envers ceux que la police a dans le viseur. Chaque ville ou presque détient son affaire de malfrat permettant à la police de venir pêcher des informations sur les personnes qu’elle tente d’intimider. Ce qui est attaqué ce ne sont pas seulement des idées ou des intentions mais bien la solidarité qui s’affiche partout où les murs de la domination tremblent. Il nous paraît nécessaire dans la phase répressive que nous vivons de populariser les actes que la justice tente d’individualiser en cherchant à chaque fois des coupables. Comme le précisaient les compagnons de la lutte anti-nucléaire à Bure6, il faudra bien admettre que nous en sommes; «il faut bien l’avouer, si rêver d’une vie libérée des contraintes du capitalisme et de l’État fait de nous des malfaiteurs, des criminels ou des bandits, alors nous en sommes; si ce qu’on nous reproche ce sont des ententes, des complicités ou des associations alors nous les revendiquons fièrement.
Nous vivons ensemble, tissons des liens et des amitiés, nous organisons pour, à la hauteur de nos moyens, contrer le désastre vers lequel court le monde actuel. Nous lisons, écrivons et distribuons, des livres, des journaux, des tracts et des brochures, nous participons aux luttes sociales, réfléchissons ensemble à l’état du monde qui nous entoure et à la manière de hâter sa chute. Nous rencontrons d’autres révolté·e·s, construisons nos propres outils de communication et d’organisation, bâtissons des solidarités loin des quotidiens aliénés auxquels nous assignent les démocraties libérales»
.

Nous nous joignons ici à leur proposition d’«échafauder des campagnes d’information et un réseau d’actions décentralisées pour faire corps avec toutes celles et ceux que la répression tente de museler». Nous relayons et invitons également toutes les personnes que ça intéresse à organiser partout, toujours des bals de malfaiteurs et malfaitrices afin d’avoir le pas assuré le jour où nous danserons sur les murs écroulés du vieux monde.
Les braises allumées au début du mouvement sont encore chaudes et la colère même si moins perceptible doit bien être encore là, un peu refoulée. Des milliers de personnes battent toujours le pavé chaque week-end afin d’apporter le souffle qui fait repartir la flamme. Noyé toutefois à grands coups de canon à eau. Mais nous ne voulons pas oublier les étincelles qui brillaient dans nos yeux en ces jolis mois en gilet jaune et l’on se rappelle ainsi que le combat c’est dans les rues et que la meilleure réponse à la répression c’est l’intensification de la lutte.

Le pouvoir est à attaquer partout où il se trouve. Et vu que les mailles de son filet s’étiolent tous les jours un peu plus. A nous d’être malins et ingénieuses.

Tous malfaiteurs, toutes malfaitrices, avec ou sans gilet, avec ou sans clefs, avec ou sans engin incendiaire, avec ou sans violence, seule ou à plusieurs, toujours avec le sourire.

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Notes:

1. Il s’agit de notes que tapent les flics minute par minute pendant la manif’ et servant à dresser une «ambiance» de celle-ci à l’attention du juge quand il est amené à faire son sale boulot avec les arrêtées de ladite manif’

2. Ceux-ci seraient actuellement en cours de traitement par la police selon les déclarations du procureur lors d’une audience

3. Un appel à été formulé et une séance se tiendra à la cour d’appel de Toulouse le 5 décembre à partir de 8H30. Tiens tiens le 5 décembre…

4. Téléchargeable sur tails.boom.org, riseup.net et torproject.org, ces outils sont capables de prévenir les tentatives d’immixtion dans notre intimité.

5. Une personne a même été arrêtée et écrouée au mois d’avril alors qu’elle se promenait un jour de semaine dans le centre-ville, accusée d’avoir participé au joyeux bordel de la Banque Populaire d’Alsace Lorraine le 12 janvier. La voiture de police est passée à côté de lui et les méchants l’auraient reconnu fissa.

6. Bure, petit village meusien d’une centaine d’habitantes. L’État et les larbins du nucléaire veulent y installer un centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Depuis de nombreuses années une lutte existe afin d’empêcher ce projet néfaste. En juin 2018, 7 personnes sont mises en examen pour association de malfaiteurs. Récemment deux nouvelles personnes ont été rajoutées au dossier. La justice tente ici de réduire des années de lutte en une seule et même entreprise criminelle. Pleins d’articles sur la lutte et sur cette affaire sur https://noussommestousdesmalfaiteurs.noblogs.org

Nuits enflammées dans plusieurs quartiers des Yvelines – 2 et 5 novembre 2019

Publié le 2019-11-09 17:01:05

La soirée de ce mardi 5 novembre a été enflammée dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie. Au moins deux engins de chantier ont été incendiés près de la piscine Aqualude, située dans le secteur des Peintres.

Peu de temps après, un véhicule a pris feu dans le secteur des Garennes, à quelques centaines de mètres de là. Il n’y a toutefois pas eu de confrontation avec les flics.

Ce même quartier du Val-Fourré s’est embrasé à plusieurs reprises ces dernières semaines, lors des soirées du 31 octobre et du 25 octobre: appelés pour une voiture brûlée, les flics avaient été accueillis par des tirs de mortier, des jets de pavés et de pierres, qui avaient été stockés dans des caddies. Deux jeunes habitants avaient alors été sérieusement blessés à l’œil et au bas-ventre par des tirs de flash-ball.

Ces derniers soirs, des révoltes éclatent dans plusieurs quartiers des Yvelines. Dans la soirée de samedi 2 novembre, des émeutes ont secoué le quartier de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes, où un chapiteau de l’école du cirque de la ‘Compagnie des contraires’, un bâtiment flambant neuf, a été incendié. Deux départs de feu et des traces d’essence ont été relevés à deux endroits distincts du bâtiment. Plus de 800.000 euros sont ainsi partis en fumée. Peu avant, vers 21h, des groupes de jeunes ont attiré la flicaille en brûlant plusieurs poubelles et l’ont attaquée par des tirs de mortiers et de jets de projectiles.

Le chapiteau en flammes au coeur de la cité de la Noé à Chanteloup-les-Vignes

Ce à quoi ça ressemblait avant l’incendie

Engins de chantier en feu à Mantes-la-Jolie

[Reformulé de la presse]

Quelques noms de l’industrie de la surveillance

Publié le 2019-11-09 17:01:12

Quand les flics décident de nous espionner en utilisant des dispositifs de surveillance comme des micros et des caméras espions ou des balises GPS, ces dispositifs doivent bien venir de quelque part. Il semble que ceux-ci sont souvent achetés auprès d’entreprises privées. Les entreprises qui fabriquent et commercialisent ces dispositifs font partie de ce qu’on appelle l’industrie de la surveillance.

On pense que comprendre comment fonctionne l’industrie de la surveillance, qui vend les dispositifs de surveillance aux flics et à quoi ressemblent ces dispositifs nous aidera à nous opposer à cette surveillance. On a donc commencé un travail de recherche centré sur cette industrie, et particulièrement sur les entreprises qui y participent.

Sur notre site web vous trouverez une vue d’ensemble de l’industrie de la surveillance, une liste des entreprises qui vendent des dispositifs de surveillance aux flics dans le monde entier, une liste des salons professionnels et autres évènements où on est susceptibles de croiser ces entreprises, un glossaire des termes spécifiques à l’industrie, et une liste d’autres ressources sur le sujet. Tout ceci est disponible en français et en anglais.

Notre liste répertorie pour le moment 81 entreprises. Pour chacune d’entre elles, on a rassemblé des informations à propos des coordonnées de l’entreprise, de son statut légal, de ses clients et de ses produits. On a l’intention de continuer ce travail et d’étendre la liste.

On veut aussi établir des liens entre ces entreprises et les dispositifs qui ont été retrouvés après avoir été utilisés pour espionner des espaces anti-autoritaires ou des individus pratiquant des actions subversives. Cela a déjà été fait pour trois cas :

  • L’entreprise italienne Elkron/Urmet, basée à Turin, vend des caméras de surveillance miniatures qui ont été utilisées pour espionner un squat à Gênes en 2014.
  • L’entreprise Reconyx, basée aux États-Unis, vend des dispositifs de surveillance vidéo qui ont été utilisés pour espionner un rassemblement anti-nucléaire en France en 2018.
  • L’entreprise italienne DSE ou « Digital Surveillance Equipment », basée à Turin, vend des dispositifs de surveillance vidéo qui ont été utilisés pour espionner un rassemblement devant une prison à Cuneo en 2019.

On veut continuer ce travail de recherche. On veut construire des connaissances afin de s’opposer à l’État, aux flics, et à leurs alliés. Si vous avez des commentaires ou des critiques, ou si vous voulez contribuer des informations, vous pouvez nous contacter.

 

[Repris de Ears and Eyes, 7.11.2019]

Russie : L’anarchiste emprisonné Viktor Filinkov en grève de la faim

Publié le 2019-11-09 17:02:14

AMWEnglish / lundi 4 novembre 2019

Berlin, Rigaerstr., février 2018 (« Nous sommes tou.te.s des terroristes – solidarité avec les prisonnier.e.s en Russie »)

Note d’Attaque : Viktor Filinkov a été arrêté fin janvier 2018, lors de la deuxième vague de l’opération répressive « Réseau », lancée par la police de la ville de Penza. Selon un article d’Anarchy Today (lu avec google translate), le 5 novembre, à son sixième jour de grève de la faim, il a été transféré dans la section des maladies contagieuses d’un hôpital de Saint-Pétersbourg.

La particularité de cette grève de la faim par rapport à beaucoup d’autres est le simple fait de l’absence de toute demande liée à sa situation personnelle. Viktor a clairement indiqué qu’il ne se plaignait pas à cause du centre de détention préventive et qu’il « ne jeûnait pas pour soi-même ».

Cette grève de la faim est un acte de solidarité. Il ne veut pas demander la «  liberté pour les prisonniers politiques », car ce concept est trop étroit : il n’inclut pas la répression administrative et les passages à tabac de la part de la police lors des rassemblements. Et aussi, parce que toutes ses demandes seraient considérées comme extrémistes et terroristes, dans les conditions de la Russie d’aujourd’hui.

Il s’agit d’un geste de solidarité avec tou.te.s celles/ceux qui sont de l’autre côté du mur par rapport à la liberté. Solidarité avec les personnes impliquées dans l’« affaire 212 », avec Konstantin Kotov, avec ceux/celles qui ont été jugé.e.s dans l’affaire « Nouvelle grandeur »*, ceux/celles qui ont été blessé.e.s par les forces spéciales de la Garde russe et bien d’autres. De la part d’une personne enfermée, c’est un geste d’indignation face au système actuel et les bâtards qui le servent (que ce soit le FSB, la Garde russe, la Commission d’enquête, le Parquet, le ministère de l’Intérieur ou d’autres).

Viktor a été transporté aller-retour le long de la route Saint-Pétersbourg-Penza-Saint-Pétersbourg. Puis, pendant le transfert à Iaroslavl, Viktor est resté temporairement paralysé ; par la suite, le médecin lui a dit : « Ta vie coûte 5000 roubles [environ 14 euros ; NdAtt.]. Si tu meurs, je vais perdre cette récompense ». Par conséquent, il est pleinement conscient du fait que que le système ne se soucie nullement de lui.

Je sais que Viktor est une personne forte et résolue, prête à aller jusqu’au bout. Tout ce que Viktor attend de nous, c’est l’engagement maximal de chacun.e. d’entre nous pour la libération de tou.te.s les prisonnier.e.s, en attirant l’attention sur ce problème et en diffusant des informations non seulement à propos de l’affaire Réseau, mais aussi sur les autres affaires répressives.

Alexandra, épouse de Viktor Filinkov

 

* NdAtt. : série d’affaires répressives qui ont frappée l’opposition démocratique au gouvernement de Poutine. L’affaire « 212 » (l’article du Code pénal russe qui punit les émeutes) concerne treize personnes arrêtées car accusée d’avoir participé à la manifestation du 27 juillet 2019, pour demander des élections libres au Conseil de la ville de Moscou. Konstantin Kotov a été condamné en septembre dernier, grâce à une loi particulièrement controversée, à 4 ans de prison, pour avoir pris partie à des manifestations. Le groupe « Nouvelle grandeur » semble être une machination policière pour condamner à des dizaines de mois de prison dix jeunes moscovites, accusé.e.s d’ « extrémisme ».

Moscou (Russie) : L’anarchiste Kirill Kuzminkine sort de taule (et est assigné à résidence)

Publié le 2019-11-09 17:02:17

AMWEnglish / lundi 4 novembre 2019

Le 30 octobre, le tribunal municipal de Moscou a rejeté la demande des enquêteurs de prolonger la détention préventive de l’anarchiste moscovite Kirill Kuzminkine, âgé de 15 ans. Sa détention a été remplacée par une assignation à résidence, jusqu’au 30 janvier. L’examen de la demande des enquêteurs a commencé le 29 octobre. Cette fois, la séance a eu lieu dans le tribunal municipal de Moscou, puisque presque un an s’est écoulé depuis l’arrestation de Kirill.

Le procès, comme auparavant, a été à huis clos, en raison de l’âge de Kuzminkine. Seulement ses parents, son grand-père et son avocat, ainsi qu’un professeur de l’école rattachée à la prison où il était détenu, étaient autorisés à entrer dans la salle. L’avocat de Kuzminkine a fait état de nombreuses violations de la procédure, au cours de l’enquête.

L’audience a été reportée au 30 octobre, à 11h. En signe de protestation, les personnes du groupe de soutien, qui se trouvaient devant les portes du tribunal municipal de Moscou, sont restées là toute la journée du 29 octobre.

La cour a reprit l’audience le 30, vers midi. La juge a demandé aux participant.e.s au procès s’ils/elles avaient quelque chose à ajouter à ce qui avait été dit la veille, elle a reçu une réponse négative et elle a annoncé qu’elle quittait la salle pour délibérer ; sa décision aurait été donnée avant 13h30. Cependant, elle a commencé à lire sa résolution trois heures plus tard que cela. La juge a déclaré que la raison formelle du refus de prolonger la détention préventive était que la version finale de l’accusation contre Kirill avait été présentée le 4 octobre, alors que selon le Code de procédure pénale, elle aurait dû être présentée au plus tard 30 jours avant la période maximale de détention. La période d’un an depuis le début de la détention de Kirill expire le 2 novembre.

Cependant, le juge a refusé de libérer le lycéen sous caution ou sous la responsabilité de ses parents. Kuzminkine a réussi à en finir avec toutes les formalités bureaucratiques seulement à 18 heures. Près de la sortie du bâtiment, l’attendaient son père, son grand-père et des membres du groupe de soutien.

Selon les conditions de son assignation à résidence, Kirill ne sera pas autorisé à quitter l’appartement sans la permission d’un enquêteur, ni à communiquer avec personne d’autre que les membres de sa famille et son avocat, ni à utiliser Internet ou le téléphone (sauf pour les appels d’urgence). La question de savoir comment un adolescent pourra poursuivre sa scolarité dans de telles conditions reste ouverte.

Kirill Kuzminkine a été interpellé le 2 novembre 2018, suspecté de la fabrication d’un engin explosif ; le 6 novembre, le tribunal l’a mis en été d’arrestation ; il a été accusé en vertu des articles n. 222.1 (« Acquisition, transfert, vente, stockage, transport ou transport illicites d’explosifs ou d’engins explosifs, commis par un groupe organisé ») et n. 223.1 (« Fabrication illégale d’explosifs, fabrication, modification ou réparation illégales d’engins explosifs, par un groupe organisé ») du Code pénal de la Fédération de Russie. Dans un premier temps, des « personnes non identifiées » ont été insérées dans le dossier ; puis, au cours de l’enquête, le « groupe organisé » a été retiré des deux accusations.

L’adolescent moscovite a été arrêté au cours de l’enquête criminelle concernant l’explosion qui a eu lieu le 31 octobre, dans le siège du FSB de la région d’Arkhangelsk, explosion qui a blessé trois fonctionnaires du département de sécurité. L’incident a tué l’anarchiste Mikhail Zhlobitsky, âgé de 17 ans, qui a porté un engin explosif artisanal dans le bâtiment. Selon les enquêteurs, Kuzminkine et Zhlobitsky auraient échangé, peu avant la mort de Mikhail, à propos de la fabrication d’engins explosifs. Selon ses proches, rien ne prouve que l’enquête est correcte : le garçon s’intéresse à la chimie ; au cours de la perquisition, ont été saisies des substances telles que du salpêtre, du sucre, du dissolvant pour vernis à ongles, etc., qui ne sont pas illégales. Selon l’avocat de Kirill, les examens ne prouvent pas que de l’explosif aurait pu être fabriqué. De plus, aucune décision n’a été prise quant à la saisie des dites substances dans l’appartement où vivait Kirill et dans le chalet d’été de son grand-père, ce qui en fait une preuve inacceptable dans cette affaire.

Pendant tout le temps passé en prison, Kuzminkine a étudié à distance dans une école qui a un accord avec la prison. Récemment, un professeur n’a pas pu lui donner de manuel de mathématiques. Auparavant, dans le même centre de détention provisoire, il y avait un autre prisonnier politique anarchiste, Azat Miftakhov, étudiant de troisième cycle à l’Université d’État de Moscou (il a été transféré depuis). Le représentant du groupe de soutien à Azat a déclaré que pour lui aussi il y avait des problèmes pour faire parvenir des livres de mathématique en prison.

Au début de l’été, Kirill a passé un mois à l’Institut Serbsky [« Centre national de recherche médicale en psychiatrie », nommé d’après un célébré psy russe du XIX-debut du XX siècle, parmi les fondateurs de la psychiatrie judiciaire… NdAtt.], pour un examen psychiatrique, qui l’a reconnu sain d’esprit.

Le 30 septembre, les médias ont rapporté que des employés de la commission d’enquête de Moscou préparaient des documents pour inculper Kuzminkine d’un nouveau chef d’accusation, en vertu d’un article plus grave : tentative d’attentat terroriste (art. 30 et art. 205 du Code pénal). Selon les proches de l’adolescent, ils ont ainsi tenté de l’intimider et de le persuader de plaider coupable. Cependant, le 4 octobre, le jour où l’enquête a pris fin, il s’est avéré que l’accusation restait la même : selon les articles n. 222.1 h. 1 et n. 223.1 h. 1 du Code pénal. Nous commençons maintenant à prendre connaissance du dossier de l’affaire, qui sera bientôt renvoyée devant les tribunaux. Kirill n’a pas reconnu sa culpabilité. […]

Smart-cityworld-bank-phone de merde

Publié le 2019-11-09 17:04:08

Je voulais partager il ya peu de temps des infos échangées avec « mon conseiller » de banque.
je voulais le faire avant le 6 novembre, date de changement, mais l’ayant su quelques jours
avant, je n’ai pas réussi à poster cet article avant.

Maintenant on est le 7 novembre et je ne peux pas acceder à mon compte en ligne.
Il m’est demandé d’incrire un numero de téléphone sur quel sera envoyé un code de validation
pour accéder à mon compte en ligne.

« Nouveau mode de connexion
Dans le cadre de la directive européenne relative aux services de paiement (DSP2), le niveau de sécurité de l’accès à votre Espace Client est renforcé par la saisie supplémentaire d’un code de confirmation. « 

« La confirmation de votre identité par SMS est une solution transitoire.
Afin de pouvoir accéder à vos comptes en ligne, nous vous recommandons de :
Télécharger l’application mobile Crédit Mutuel, disponible sur IOS 11 (et supérieur) ou Android 4.4 (et supérieur). Vous bénéficierez ainsi de Confirmation Mobile qui vous permettra de vous authentifier de manière sécurisée à votre Espace Client.
Si vous ne pouvez pas télécharger l’application mobile, contactez votre conseiller pour choisir avec lui votre moyen d’authentification. »

Je ne peux même pas écire à « mon conseiller ». Etant nomade, je suis à des centaines de km de
mon adresse officielle et je ne compte pas y retourner tout de suite.
Et c’est justement ce que j’ai fait en AMONT d’essayer de le joindre !!

car :

Ayant voulu faire un virement il ya quelque temps,
je suis sensé le faire de manière autonome depuis mon compte.
alors que si j’appelle par téléphone, le service est payant biensur.
je voulais simplement modifier le numéro de compte d’une personne de ma famille.
pour ensuite faire un virement depuis un distributeur, comme je veux quand je veux.
mais là, changer quelque numéro du RIB de cette personne,
j’étais bloqué par cet histoire de numéro de tel.
voilà ce qu’a répondu un conseiller

« Aujourd’hui pour valider «les opérations dites sensibles » il faut un numéro de portable minimum et après le 6/11 l’application de ***Nom-de-la-Bankkk*** sur smartphone. »

Je lui ai dit que c’était embêtant n’ayant pas numéro de téléphone, et encore moins un smartphone.
Que je chercherais donc une banque qui ne me demande pas tout ça, que je me serais bien passé de
cette quète…
ce à quoi il m’a répondu

« Malheureusement toutes les banques sont impactées par ses nouvelles réglementations. Je comprends que ça ne soit pas facile pour vous. »

Là je me suis dit qu’il y a vait comme une vague odeur qui pue comme un étau dur de plastique cramé qui se ressert.
ça a monté mon angoisse et ma colère contre ce monde sécuritaire et de contrôle.
si j’avais une maison et un matelas j’aurais envie d’y mettre mon cash dans le matelas.
mais j’ai pas de maison. je suis vénèr, je suis deg.
je voulais juste filer de la thune (un bout de mon RSA) à une personne de ma famille qui galère avec ses enfants.
et je m’aperçois encore qu’en plus de toutes ces caméras partout qui me font fliper et enrager.
alors même maintenant on va fliquer tout le monde encore plus et les obliger petit à petit à avoir
un smartphone. BeurK. shit je sais pas quoi faire, comment me positioner, faire quoi.
j’ai l’impression que tout va trop vite.
et que je suis jeune (dans le sens, normalement je vis encore pleins d’années et de changements, merde merde merde), parfois j’ai plein d’espoir pour la suite de ce monde de merde parce que ça se réveille, parce que les gens étouffent, que ça pète à pleins d’endroit. que c’est la suite logique du capitalisme de plus en plus étroit.
mais merde ça va si vite en face. et ça répond si lentement à notre niveau.
que enfait je me dit OUI tout le monde va utiliser son ptit smartphone pour faire un virement…
avec une reconnaissance faciale au passage, aller zou, sinon on tranfert pas les sous. tiens.
t’as qu’à rien avoir et être complètement en marge si t’es vraiment un rebel. pff. super.

je me sens dépasser, tout le temps par tout ce contrôle et cette technologie dans un pouvoir dont je n’ai pas confiance.

je voulais vous le partager.
et si des personnes ont des astuces…. ya sûrement des failles, d’autres possibilitées.
bien sûr je suis deg pour moi ma gueule, mais c’est plus global, de à qui ça va poser problème.
bon 7 novembre à toustes.

 

Nantes : Encore des lycées bloqués

Publié le 2019-11-09 17:08:13

extrait de 20 Minutes / vendredi 8 novembre 2019

Devant le Lycée Sacre-Coeur

La tension est encore montée d’un cran. Au lendemain de heurts survenus devant le lycée Camus à Nantes, de nouveaux épisodes de violences ont été recensés ce vendredi matin devant l’établissement scolaire du quartier Bellevue. Plusieurs poubelles ont notamment été incendiées. Comme jeudi, la direction a pris la décision de suspendre les cours jusqu’à 13h30. Une protection policière a été demandée pour encadrer la réouverture des portes du lycée. […]

*****

Le Parisien / vendredi 8 novembre 2019

Des incidents se sont produits ce vendredi matin devant plusieurs lycées de Nantes (Loire-Atlantique) : des voitures et des poubelles ont été incendiées près de cinq établissements. Il semble que des jeunes aient tenté de bloquer ces lycées pour protester contre la réforme du bac, comme ils avaient déjà tenté de le faire jeudi aux portes d’un établissement, cassant des vitres. Mais aucune revendication n’a été affichée ce vendredi matin.
Trois véhicules ont été volontairement incendiés près du lycée du Sacré-Cœur, qui a été fermé pour la journée. Deux autres ont brûlé à proximité du lycée Gaspard-Monge. Des poubelles ont été enflammées près des Bourdonnières, d’Albert-Camus et de Carcouet.
Au lycée Gaspard-Monge-de la-Chauvinière, c’est un groupe d’une cinquantaine de personnes qui aurait agi. Selon la police, elles auraient jeté des projectiles sur la vitre d’un tram et sur des ouvriers en plein travail. […]
Ces incidents ont perturbé la circulation des transports en commun, notamment la ligne 2 du tramway qui n’a pu fonctionner normalement qu’à partir de 10h30. […]
La police a annoncé avoir interpellé cinq personnes, sans donner de détails.

Selon un message Twitter de la présidente de la région Pays de la Loire,  » Le drapeau français a été brûlé au lycée Camus à Nantes.  » – décidément, les jeunes ont les idées plus claires que des nombreux Gilets jaunes !

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France3 / vendredi 8 novembre 2019

Les premiers incidents ont eu lieu vers 7h30 aux abords du lycée Gaspard Monge, dans le nord de Nantes. Selon la police, une quarantaine de personnes s’en sont prises à des poubelles qu’elles ont incendiées. Un véhicule a également été retourné et incendié devant l’entrée. Des vitres de salles ont été brisées.
Plus à l’ouest, vers 7h45, des poubelles ont été incendiées devant le lycée Carcouët, quartier du Breil. Mais le personnel a pu éteindre ces feux.
Quelques minutes plus tard, le groupe s’est visiblement déplacé vers le sud et c’est devant le lycée Camus qu’on constate des feux de poubelles. L’entrée est dégradée. Le rectorat parle également de jets de cocktails Molotov.
On note la présence sur place d’une vingtaine de personnes qui se sont ensuite dirigées vers le lycée du Sacré Cœur non loin. Des poubelles y sont incendiées ainsi que trois véhicules. Venus sécuriser l’intervention des pompiers, les policiers ont été pris à partie par des jeunes.

Lycée Camus

Briare (Loiret) : Incendie sur le parking de la municipalité – 8 novembre 2019

Publié le 2019-11-09 17:08:13

Dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 novembre à Briare (Loiret), à l’Est de Gien, une voiture de la police municipale a été incendiée sur un parking des services techniques de la municipalité. Un véhicule des services techniques, garé juste à côté, a aussi été détruit par le feu aux alentours de 4h30. Les dégâts sont estimés à 30.000 euros.

« Après avoir pu consulter les images de vidéosurveillance, issues de la caméra installée sur le site, l’édile confirmait « qu’un individu a découpé le grillage d’une propriété privée adjacente avant de pénétrer dans l’enceinte où étaient stationnés les deux véhicules. Sur les images, on le voit clairement allumer quelque chose et le lancer en direction de la Dacia de la police municipale. Dans la continuité, le feu s’est propagé au véhicule des services techniques, une Citroën Némo ». »

[Repris de La Nouvelle République, 08.11.2019]

Blocus incendiaire à Nantes et bordel devant le lycée de Mantes-la-Jolie – 7 novembre 2019

Publié le 2019-11-09 20:00:10

Ce jeudi 7 novembre 2019, des lycéens se sont retrouvés tôt pour bloquer leur bahut. A Nantes, les cours de la matinée n’ont pas eu lieu et le blocus a laissé quelques traces sur le lycée. A Mantes-la-Jolie, les jeunes ont eu à faire face aux flics de l’Education Nationale, mais ont créé du désordre aux portes du lycée. 

C’est au lycée Albert Camus, dans le quartier Bellevue de Nantes, où le blocus a le mieux tenu. Les feux de poubelles et jets de projectiles sur le lycée ont poussé la direction à annuler les cours de la matinée.

Des dizaines de jeunes se sont retrouvées dès 7h30 pour bloquer leur bahut: des poubelles ont été posées devant l’entrée avant d’être incendiées.

Dans une vidéo filmant ce blocus incendiaire, on voit une personne jetée un cocktail Molotov sur l’entrée du lycée.

« Des personnes non identifiées et non identifiables » précise le rectorat. Vêtues de noir, visage caché, elles ont lancé des projectiles vers l’intérieur du lycée. Les forces de l’ordre sont intervenues pour les disperser. Par mesure de sécurité, les cours ont été suspendus. Ils devaient reprendre à 13 h 30, l’après-midi. Pour l’heure, les raisons de cette tentative de blocus sont floues. Il n’y avait aucune banderole, aucun slogan » (Ouest-France, 07.11.2019).

A Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, il y a eu une tentative de blocus et du bordel devant le lycée Jean Rostand. Vers 8h30, la rue Fernand-Bodet qui mène au lycée a été barricadée par des jeunes encapuchés, à l’aide de barrières de chantier et de poubelles.

Mais les flics, qui semble-t-il ne sont pas intervenus, ont pu compter sur la maintien de l’ordre de pions et de profs du bahut, qui ont passé une partie de la matinée à récolter poubelles et barrières de chantier pour les placer dans l’enceinte du lycée. Y’a celles/ceux qui récoltent, quand d’autres se révoltent…

La veille déjà, un groupe d’une centaine d’individus, certains encagoulés, avaient dressé des barricades enflammées et jeté des projectiles en direction des policiers, qui avaient riposté avec des grenades lacrymogènes. Il n’y avait eu ni blessé, ni interpellation.

Les vitres du lycée Camus de Nantes

Feu au lycée Camus

La rue barricadée menant au lycée Rostand à Mantes-la-Jolie (photo tirée de 78Actu)

Ears and eyes – nouvel axe de recherche : l’industrie de la surveillance

Publié le 2019-11-09 20:01:14

Ears and eyes / jeudi 7 novembre 2019

Quand les flics décident de nous espionner en utilisant des dispositifs de surveillance comme des micros et des caméras espions ou des balises GPS, ces dispositifs doivent bien venir de quelque part. Il semble que ceux-ci sont souvent achetés auprès d’entreprises privées. Les entreprises qui fabriquent et commercialisent ces dispositifs font partie de ce qu’on appelle l’industrie de la surveillance.

On pense que comprendre comment fonctionne l’industrie de la surveillance, qui vend les dispositifs de surveillance aux flics et à quoi ressemblent ces dispositifs nous aidera à nous opposer à cette surveillance. On a donc commencé un travail de recherche centré sur cette industrie, et particulièrement sur les entreprises qui y participent.

Sur notre site web vous trouverez une vue d’ensemble de l’industrie de la surveillance, une liste des entreprises qui vendent des dispositifs de surveillance aux flics dans le monde entier, une liste des salons professionnels et autres évènements où on est susceptibles de croiser ces entreprises, un glossaire des termes spécifiques à l’industrie, et une liste d’autres ressources sur le sujet. Tout ceci est disponible en français et en anglais.

Notre liste répertorie pour le moment 81 entreprises. Pour chacune d’entre elles, on a rassemblé des informations à propos des coordonnées de l’entreprise, de son statut légal, de ses clients et de ses produits. On a l’intention de continuer ce travail et d’étendre la liste.

On veut aussi établir des liens entre ces entreprises et les dispositifs qui ont été retrouvés après avoir été utilisés pour espionner des espaces anti-autoritaires ou des individus pratiquant des actions subversives. Cela a déjà été fait pour trois cas :

  • L’entreprise italienne Elkron/Urmet, basée à Turin, vend des caméras de surveillance miniatures qui ont été utilisées pour espionner un squat à Gênes en 2014.
  • L’entreprise Reconyx, basée aux États-Unis, vend des dispositifs de surveillance vidéo qui ont été utilisés pour espionner un rassemblement anti-nucléaire en France en 2018.
  • L’entreprise italienne DSE ou « Digital Surveillance Equipment », basée à Turin, vend des dispositifs de surveillance vidéo qui ont été utilisés pour espionner un rassemblement devant une prison à Cuneo en 2019.

On veut continuer ce travail de recherche. On veut construire des connaissances afin de s’opposer à l’État, aux flics, et à leurs alliés. Si vous avez des commentaires ou des critiques, ou si vous voulez contribuer des informations, vous pouvez nous contacter.

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Note d’Attaque : un petit extrait de ce qu’on peut trouver en naviguant dans cette nouvelle section du site Ears ans eyes :

Liste d’entreprises françaises :

Hambourg (Allemagne) : Le poste de police de Finkenwerder attaqué avec de la peinture

Publié le 2019-11-09 20:01:14

de.indymedia.org / mercredi 6 novembre 2019

Dans la nuit du 5 novembre, nous avons attaqué avec de la peinture un poste de police dans le quartier de Finkenwerder. Cet acte a eu lieu en solidarité avec les occupant.e.s , expulsé.e.s, de la forêt Vollhöfner Wald (Völli), toute proche.

Cette nuit, nous avons à nouveau choisi le moyen de l’attaque, pour exprimer notre colère.

Quand on se pointe dans un endroit pour attaquer et qu’on disparaît à nouveau dans les entrailles de la ville, dans les cours arrières, les ruelles, les parcs et les rangées étroites de maisons, alors on n’est pas vraiment en fuite. Parce que ce sont là des moments où nous décidons consciemment où et quand nous frappons. Ensemble avec des personnes dans lesquelles nous avons confiance et avec lesquelles nous partageons des affinités, nous évaluons nous-mêmes les risques et les opportunités et nous prenons les choses en main. Dans de tels moments, nous avons la possibilité de transformer les sentiments de peur, de colère, de désespoir…, qui se déclenchent quotidiennement en nous, en une force qui ne se laisse pas réduire aux catégories de destruction et de construction.

Les gens critiquent souvent cette façon d’agir, parce que, dans leur façon calme et sage de voir les choses, ils pensent que l’histoire se répète encore et encore et que de telles attaques contre leurs propres ennemi.e.s n’ont jamais mené à « rien ». Certain.e.s les considèrent même comme positives en soi, mais ne veulent pas en reconnaître « le sens ». Nous n’arrivons pas à comprendre cette argumentation. Depuis le début de l’oppression des êtres humains, il y a toujours eu de la résistance et des attaques, qui ont eu une influence plus ou moins grande sur le cours de l’histoire, mais ce qui importe, c’est qu’il y a toujours eu des imperfections dans l’ordre.

Ce qui a fait la continuité des révoltes à travers le temps, c’est qu’il y a toujours eu un élément perturbateur, toujours une fissure dans le système. Ces moments volés que nous prenons pour nos sont importants parce que – en plus de toutes les autres raisons que des personnes peuvent trouver pour des attaques et des luttes – ils nous montrent, à nous et aux autres, que tout ne peut être réglé et contrôlé. Qu’il est possible de résister et d’attaquer.

Pour cette raison, nous voulons proposer à tou.te.s de mener des attaques par elles/eux-mêmes et en même temps de renforcer les personnes autour d’eux/elles :

Parce que ce qui rend l’action directe si puissante, c’est sa reproduction. Du point de vue d’une révolution sociale, nous n’avons pas nécessairement besoin d’actions très compliquées, qui ne peuvent être reproduites que par des expert.e.s dans ce domaine. Bien sûr, il y a des barrières qui rendent cette forme de lutte difficile pour certaines personnes (une autre raison de ne pas hiérarchiser les différentes formes d’action). Mais remplir de peinture des pots de conserve ou des extincteurs à incendie n’est pas quelque chose de compliqué, et trouver des cibles et des voies de fuite c’est pas de la magique. Cherchez donc des ami.e.s en qui vous avez confiance, pour commencer quelque chose, ou bien impliquez (tout en tenant compte de votre propre sécurité) des ami.e.s qui sont intéressé.e.s mais qui, n’ont pas la capacité d’attaquer tou.te.s seul.e.s. Trouvons des moyens de faire en sorte que l’hostilité envers les flics, les sociétés de location, le système carcéral, les destructeurs de l’environnement, etc., devienne permanente.

Ce n’est pas un hasard si c’est les flics de Finkenwerder qui ont été touchés cette nuit-là. Nous sommes en colère à cause de l’expulsion de la forêt de Vollhöfner, nous sommes en colère parce que les flics se sont montrés une fois de plus comme des hommes de main dans la destruction de la nature, comme tant de fois auparavant.

Certes, nous aurions préféré attaquer les flics de Ratzeburg [petite ville du Schlswig-Holstein, où se trouve le siège d’un des groupes d’intervention spéciale de la police fédérale allemande ; NdAtt.] , à cause de leur soutien énergique à l’évacuation, avec des grimpeurs et le matériel. Mais nous voulons souligner encore une fois que tous les flics sans exception en sont responsables. En choisissant un « métier » qui consiste à obéir aux autorités et à exécuter les ordres, toujours , ils se soumettent à ces rapports et acceptent leur rôle de défenseur.e.s. Et ici, justement, ils/elles ont défendu les intérêts économiques de l’Autorité portuaire de Hambourg contre celles/ceux qui luttent contre la destruction de la forêt.

Notre solidarité va aux occupant.e.s, qui y sont restés quelques jours et ont résisté à l’expulsion, et contre lesquel.le.s le Hamburger Morgenpost [quotidien local de Hambourg, proche du SPD, le Parti social-démocrate allemand ; NdAtt.] mène sa campagne de calomnies, dictée par le Sénat et les flics.

Par notre action, nous souhaitons également saluer les démons du feu de Brême* qui, il y a quelques jours, ont incendié des véhicules de Vonovia (géant du logement) et de Spie (entreprise de technologie, active, entre autres, dans la construction des prisons). Plus particulièrement, Spie est également en lien avec l’asservissement de la nature. Ils ont par exemple participé à l’installation des excavatrices pour charbon dans la mine à ciel ouvert de Hambach.

 

* Note d’Attaque : selon les médias locaux (Weser Kurier), la nuit du 2 au 3 novembre, neuf véhicules appartenant au géant de l’immobilier locatif Vonovia ont été incendiés sur un parking de l’entreprise à Brême. Les dégâts seraient d’environs 250.000 euros. Une personne arrêtée par les flics cette nuit-là a été relâchée après une garde à vue.

Brême, Allemagne : Série d’attaques contre les spéculateurs du logement

Publié le 2019-11-09 20:06:09

Les attaques contre les entreprises immobilières s’enchaînent à Brême. Il y a eu trois attaques en l’espace de cinq jours.

Tôt dimanche 3 novembre, un bureau de l’agence immobilière „Hansestadt Bremen Immobilien“ du quartier ‘Ostertor’ a été pris pour cible à la poubelle enflammée. Des inconnus ont bourré une poubelle de sacs et de vieux papiers qu’ils ont placé devant l’entrée de l’agence, avant d’y mettre le feu. Même si les pompiers sont rapidement intervenus, les flammes ont eu le temps de faire quelques dégâts matériels sur la porte.

Au même moment, dimanche à l’aube, mais ailleurs dans Brême, le géant de l’immobilier ‘Vonovia’ a subi une attaque à domicile. Sur un terrain clôturé à Woltmershausen, dans le Tabakquartier, neuf véhicules siglés de l’entreprise ont été détruits et endommagés par les flammes. Vers 3h du matin, les incendiaires ont forcé l’accès au parking en découpant une partie de la clôture grillagée puis ont mis le feu aux pneus des véhicules garés les uns à côté des autres. D’après la police, les dégâts s’élèvent à près de 250.000 euros.

Peu de temps après, un homme a été arrêté par les flics, mais il a été rapidement relâché en raison de manque de preuves.

Cette attaque incendiaire a été peu après suivie d’une autre attaque contre Vonovia. Dans la nuit de mercredi, des inconnus ont détruit plusieurs fenêtres du siège de la société immobilière originaire de Bochum. Des flics ont retrouvé des pavés sur les lieux. Le jour-même, « des groupes autonomes » ont revendiqué l’attaque par la publication d’un texte sur internet. On y lit notamment une référence directe à l’incendie de dimanche dernier à Woltmershausen : « Inspiré.e.s par le feu de joie sur le parking de Vonovia, nous avons démonté la façade en verre en utilisant des petits pavés […] »

Mais les coups portés aux propriétaires de logements à Brême ne se limitent bien sûr pas aux cinq derniers jours. Début octobre 2019, les bureaux de l’association de propriétaires « Haus & Grund » ont été pourris littéralement : fenêtres souillées et démolies à coups de pierres et de marteaux, extincteurs et bouteilles de peinture. Il y en aurait eu pour 70.000 euros de dégâts. Et au cours de l’été 2019 déjà, plusieurs voitures de Vonovia avait brûlé (une autre le 30 mai). En août de cette même année, quatre agences immobilières avaient été défoncées à Findorff et Walle : tags et vitres brisées. Personne n’avait été interpellé.

Vonovia est la plus grosse entreprise immobilière en Allemagne. Au cours des neufs premiers mois de l’année en cours, elle enregistre un bénéfice net de 932, 8 millions d’euros.

La société Vonovia est propriétaire de 11381 logements rien qu’à Brême. Elle fait l’objet de nombreuses critiques de part et d’autres, : des comités de locataires dénoncent le fait que Vonovia augmente régulièrement les loyers, en prétextant notamment des mesures de rénovation comme pour la consommation d’énergie mise aux normes « écologiques » dans des immeubles se trouvant dans des zones en cours de gentrification.

[Reformulé de la presse allemande]

Bautzen/Rodewisch (Saxe), Allemagne : Sabotage incendiaire chez deux constructeurs de la maxi-prison de Marienthal – 5 novembre 2019 [+ Quelques notes sur le contexte local]

Publié le 2019-11-09 20:07:08

[Dans la nuit du 5 novembre 2019 en Saxe, des incendies ont été déclenchés chez deux constructeurs de prison à deux endroits opposés: l’un chez Hentschke Bau GmbH à Bautzen, tout à l’est en zone frontalière avec l’Autriche et la Pologne; le deuxième chez VSTR GmbH à Rodewisch (au sud-ouest de Leipzig et du Land), où deux camions à benne et une excavatrice, ainsi qu’une camionnette sont partis en fumée sur le parking de l’entreprise, protégé par une clôture grillagée. Les dégâts sont évalués à 400.000 euros minimum. Ces deux entreprises participent activement au chantier de la future prison de Zwickau-Marienthal. En août dernier, des machines du constructeur ‘Hentschke Bau’ avaient déjà été détruites par les flammes sur le chantier de la maxi-prison de Marienthal.

Mais un fait inhabituel nous montre que les incendies de ces dernières semaines en Saxe commencent à poser quelques soucis à l’Etat et aux bâtisseurs de ce monde: dans la matinée de ce vendredi 8 novembre à Dresde, le ministre de l’Intérieur de Saxe, Roland Wöller (CDU), a annoncé que la direction de la police judiciaire régionale (LKA) était prête à offrir 100.000 euros à tout citoyen qui pourrait apporter « des éléments utiles à deux enquêtes en cours »: celle d’abord concernant l’incendie du 3 octobre 2019 contre un projet immobilier de luxe à l’est de Leipzig (cf en fin d’article) et une autre contre les incendies de ce 5 novembre contre deux constructeurs de taules. La raison principale est que les larbins de l’Etat affirment y voir les mêmes mains incendiaires derrière ces deux attaques. Si les récompenses sont monnaie courante en Allemagne à celles/ceux qui aident les flics dans leurs enquêtes (entre 10 et 20.000 euros en moyenne), des offres à plus de 5 chiffres sont très rares.
Ce même ministre, qui a rencontré le maire de Leipzig, Burkhard Jung (SPD), a par ailleurs annoncé quelques mesures « pour lutter contre l’ultra-gauche » à Leipzig, à savoir notamment la création d’un « groupe de contrôle » composé de la police de Leipzig, la direction de la PJ régionale (LKA), le procureur général et la direction de la sécurité du territoire (Verfassungschutz).]

Assassinons la société carcérale – Feu aux ennemi.e.s de la liberté

L’existence des prisons sert au conditionnement de l’humain, à la gestion de la misère, à l’extinction de la rébellion, à la torture du corps, à l’assèchement de l’âme. Pour une société carcérale comme la nôtre, il est nécessaire de mettre sous clé la misère qui produit l’ordre capitaliste. Lorsque l’on naît pauvre, on a un fort risque d’atterrir à tout moment derrière les barreaux. La taule fait fonctionner l’ensemble de la machine de l’oppression en faisant appliquer les jugements de la justice dans l’intérêt des classes aisées. La lutte pour la justice sociale doit donc toujours être aussi une lutte contre cette mentalité et l’existence des prisons. La lutte pour la libération des humains doit abolir la société carcérale.

C’est pourquoi nous avons frappé deux fois dans la nuit du 5 novembre : une fois à Rodewisch chez VSTR GmbH, entreprise de construction de routes et chez Hentschke Bau GmbH à Bautzen. A deux endroits nous avons incendié du matériel lourd de chantier et livré aux flammes deux camions, deux pelleteuses, une camionnette et un tracteur semi-remorque. Les dégâts matériels causés sont à six chiffres. Ces deux entreprises ont accepté des contrats pour la construction du nouveau centre de détention de Zwickau-Marienthal et y ont élevé les murs de la prison avec assiduité. Après l’attaque réussie contre le chantier en août 2019, nous nous sommes désormais joint.e.s à cette action. Des compagnon.nes qui se sont intitulé.e.s « Commando Autonome Thomas Meyer-Falk » en août dernier ont exposé davantage d’informations concernant le chantier de la prison et l’entreprise Hentschke Bau, nous aimerions ici renvoyer à leur communiqué.

Il faut que les entreprises aient à l’esprit que participer à l’industrie carcérale n’est pas rentable, nous continuons de recommander de ne pas participer à l’avenir aux affaires cruelles du système carcéral. Cela pourrait causer des maux de cœur à certain.e.s….

La prison signifie toujours isolement et exclusion de la société. Les « problèmes » de la société capitaliste sont donc en partie créés par les yeux de la population. La misère, la pauvreté qui pousse de nombreuses personnes dans la criminalité, doivent être gérées. Que ce soit en chassant les personnes sans-abri ou les mendiant.e.s des centres-villes ou bien en enfermant des individus indésirables. Une fois que ces personnes sont enfermées, la société n’a plus besoin de s’en occuper, elles sont isolées, mises au ban de la société, rendues invisibles, oubliées.

C’est également pour cette raison que la plupart des prisons se trouvent dans des zones sinistres et reculées. Les grands bâtiments gris doivent autant que possible ne pas être remarqués par la population. Il faut que ceux-ci ne rappelle pas que des gens pourrissent derrière ses murs : que c’est aussi de leur faute s’ils souffrent. Donc on s’interdit d’en parler lors de toute discussion au sujet de cette justice et de ses exécutants.

Ces dernières années, nous avons pu observer à quel point le thème de la prison perd aussi de plus en plus de visibilité dans les milieux radicaux. Par cette contribution nous voulons lutter contre ça et ramener l’existence des prisons et de leurs rôles dans notre société dans la conscience des gens et de nos compagnon.ne.s.

Nous devons montrer la prison telle qu’elle est : un instrument du pouvoir. Un outil servant aux dominant.e.s pour se protéger de la population. Sa fonction est depuis toujours de punir, pas de resocialiser. De nombreuses personnes incarcérées rejettent le fait la prison ait un effet de resocialisation. Elles déplorent plutôt le contraire : » en vérité, il semblerait que dans la plupart des prison on ne travaille pas avec mais contre les prisonnier.e.s et l’objectif de réinsertion. Au 31 mars 2018, sur les 50957 détenu.e.s, 53,3 % d’entre elles/eux avaient déjà purgé une peine de prison ou étaient enfermé.e.s en maison de redressement [prison pour mineurs].

Le prisonnier H.Deutsch écrit que la structure de fond des prisons n’a pas beaucoup changé depuis la réforme pénale des années 70. Il aurait fallu pour cela « un remplacement complet des maton.ne.s que l’on appelle encore aujourd’hui gardiens et des directeurs de prison qui ont de vieilles manières de penser les détresses ». La resocialisation ne reste qu’une mascarade qui justifie auprès de la population l’enfermement des gens. Derrière elle se dissimule encore plus les horreurs de prison et de ses conséquences pour les détenu.e.s.

Pour citer quelques exemples :

– Troubles physiques et mentaux des prisonnier.e.s en raison de la détention (jusqu’à 88 % de l’ensemble des détenu.e.s)
– Traitement médical inadapté des prisonniers
– Isolement, également connue sous le nom de « torture blanche »
– Travail forcé, aucun salaire minimum, pas de versement au fond de pension
– Mauvais approvisionnement en nourriture à des prix exorbitants pour des aliments sains au supermarché de la prison
– Sanction de contact et surveillance totale des communications.
– Harcèlement des maton.ne.s
– Vers le placement en aile « sécurité » jusqu’à la mort.

Nous soutenons les luttes des prisonnier.e.s pour de meilleures conditions de détention et la reconnaissance de leurs droits. Ceux-ci comprennent entre autres l’abolition du régime d’isolement, du placement en zone « sécurité », du travail forcé, la mise en place du salaire minimum, le versement dans le fond de pension aussi dans l’enceinte de la prison, de bons soins médicaux.
La prison ne résoudra pas les problèmes de la société. La violence inhumaine provient aussi des expériences vécues, de notre socialisation et de notre environnement social. Lorsqu’il n’y aura plus de violence, il faudra repenser à ce qu’on fera ensemble, en repensant la société. Seule une autre société, libérée, pourra résoudre le problème de la prison.

Nous espérons que nos flammes réchaufferont toutes les personnes qui sont entre les murs froids des prisons. Que notre feu soit une lumière pour tou.te.s celles/ceux qui doivent surmonter une période sombre.

Pour Loïc, pour les trois du banc public. Pour Lisa et pour Thomas [Meyer-Falk]. Votre lutte nous inspire et nous a aussi motivé pour réaliser cette attaque.

Liberté pour tout.te.s les prisonnier.e.s !

Cellule de feu combative contre les prisons

[Traduit de l’allemand de indymedia, 06.11.2019]


Leipzig : Revendication de l’incendie dévastateur sur un chantier CG-Gruppe

Un incendie volontaire sur un chantier le 3 octobre 2019 à Lepizig avait laissé trois grues et une pelleteuse carbonisées, causant au moins deux millions d’euros de dégâts. L’incendie a été revendiqué ce mardi 5 novembre 2019 sur indymedia, dans un texte intitulé « Nous avons mis le feu à la nuit – Attaque contre CG-Gruppe – Salutations enflammées aux prisonnier.e.s ». Le texte précise qu’il s’agit d’une attaque contre un nouveau projet immobilier de la ville des riches (à savoir un énième ensemble immobilier de luxe lancé par CG-Gruppe, gros groupe immobilier connu pour oeuvrer à la gentrification). Le but clairement affiché est de dégager les pauvres pour faire place nette « aux travailleur.e.s de BMW, Amazon, DHL, de la grande industrie et du secteur logistique ».
En voici un extrait : « dans la nuit du 3 octobre, nous avons incendié trois grues et une pelleteuse à l’est de Leipzig, sur la zone du projet de CG-Prestige, intitulé « FourLiving ». […] Nous sommes de celles et ceux qui tremblont pour leurs espaces de vie, nous sommes de celles et ceux qui enchaînont les taffs précaires, qui perçoivent des fonds du chômage sans trouver quasiment aucun logement en ville. Mais nous sommes surtout de celles et ceux qui ressentent la froideur sociale de cette ville de riches. Nous marchons dans les rues pleines de temples de la consommation, où la solidarité semble être un mot de temps révolus, où toute chose ne peut s’obtenir qu’avec de l’argent et où la propriété privée est d’une plus grande importance que la vie humaine. […] »

Turin (Italie) : Deux lettres d’Amma, depuis la taule

Publié le 2019-11-09 20:07:12

Appel à la solidarité anarchiste

Round Robin / jeudi 7 novembre 2019

Je veux commencer en expliquant le sens que je donne au mot « solidarité », diffèrent de celui que je donne au concept de « proximité ». Cette introduction à mon texte ne veut pas amoindrir l’importance de l’action d’aucun.e compa anarchiste, mais veut porter des critiques, dans le but de nourrir le débat entre des individualités qui luttent contre notre ennemi, afin d’affiner et d’aiguiser nos idées et les pratiques qui en découlent.
Je vois souvent que des compas anarchistes, dont certain.e.s que j’apprécie beaucoup à cause des discussions et des luttes partagées pendant ces années, restent enfermé.e.s dans la logique de la représentation, typique de situations comme la plupart des manifestations « communicatives » (1) ou certains rassemblements devant des prisons.

Dans le premier cas, à mon avis (appeler cela un « avis » ne signifie pas le réduire à une simple opinion, mais montrer ma volonté de me mettre en discussion, même face à ceux/celles qui voudraient réduire au silence cette voix dissonante, en me décrivant comme un prêtre avec sa vérité, un dogmatique et ainsi de suite), et je parle d’avis parce que je me considère individualiste et donc unique et au même temps je refuse l’objectivité et la réalité absolue, puisque ce qui se passe ou qui existe est interprété par chacun.e de façon imperceptiblement différente, (2) ; des telles « manifestations » sont le fruit d’une logique politique, qui, en tant qu’anarchiste, ne m’appartient pas, et qui vise à gagner du consensus par rapport, par exemple aux nuisances de l’énergie nucléaire, au lieu de partager des discussions qui mènent à identifier un problème.
Avec une telle attitude on ouvre les portes au jeu préféré de la domination techno-capitaliste, c’est à dire la récupération des luttes et de la dissidence, un jeu rendu possible par celles/ceux qui voient comme des fins celles qui ne sont que des requêtes spécifiques et cherchent des alliances et non pas des complicités ; maintenant, pour revenir au début de mon discours décousu (la taule n’aide pas), je voudrais revenir au fond de la question : on ne peut pas séparer le concept de solidarité de celui de vengeance, sans que le premier ne devienne proximité ou bien, dans le pire des cas, représentation.

S’engager à faire un rassemblement « en solidarité » avec un.e prisonnier.e qui a été victime de violences de la part des matons est quelque chose de noble et très apprécié, mais il s’agit de proximité (à moins qu’il ne s’agisse pas d’un moment d’attaque concrète à la structure carcérale ; mais ce n’est pas ma volonté de mettre la barre à propos de ce que c’est une attaque ou pas, je pense que cela revient à celles/ceux qui agissent et s’interrogent sur leur agir et sur la tension qui les a mené jusqu’à là). Un très bon exemple est la campagne anarchiste lancée il y a quelques années pour un mois de juin dangereux ou encore la journée du 9 février 2019, en solidarité avec l’Asilo expulsé. La solidarité est une des armes de l’anarchie, mais, pour l’être, elle doit attaquer.

Aujourd’hui, 14 octobre, j’ai eu le rapport médical qui confirme la perforation de mon tympan, à cause des violences des matons, et je lance un appel à la solidarité anarchiste, puisque je ne porterai pas plainte ni ne ferai pas de réclamations auprès de l’AP : agir avec les moyens du système qui m’a emprisonné me dégoûte.

Que la peur change de camp. On nous accuse de terrorisme : ça serait beau qu’on arrive vraiment à terroriser nos ennemis.

Pour l’anarchie d’action.
Pour un trimestre noir.
Pour une conspiration de la vengeance.
Pour la dérive et l’inconnu.

A crête haute… décembre arrive

Amma
prison des Vallette, Turin, 14 octobre 2019

Notes d’Amma :
(1) la propagande par le fait ne vous dit rien ? Caillasser des flics ou tirer dans la jambe d’Adinolfi [le PDG d’Ansaldo Nucleare, blessé par balle à Gênes le 7 mai 2012, par les compagnons de la Cellule Olga de la FAI/FRI ; NdAtt.] ne communique peut-être pas quelque chose ?
(2) ici le Nihilisme entre en jeu

*****

Un texte d’Amma, depuis la prison des Vallette

Round Robin / mardi 22 octobre 2019

Amma a été envoyé en taule le 20 septembre 2019, avec Patrick et Uzzo, accusés de violence et résistance à agent de police, dégradations, dégradations par tag, suite à la manifestation du 9 février à Turin, en solidarité avec l’Asilo Occupato expulsé et avec les personnes arrêtées lors de l’opération Scintilla et contre la gentrification et la militarisation du quartier turinois Aurora.

Amma a dit qu’il aimerait que des informations plus précises circulent parmi les compas, par le bouche à oreille, par mail, par la publication sur des sites internet, sur son incarcération à la prison des Vallette, sur les conditions de détention et les violences des matons pendant ces semaines.

Les communications avec Amma sont difficiles et les informations qui nous arrivent sont incomplètes. La plupart de son courrier a été bloqué, du moins pendant les premières semaines d’incarcération, et les nombreux télégrammes qu’on lui a envoyé ne sont jamais arrivés. Ses lettres, en sortie, arrivent par moments et avec plus de deux semaines de rétard. On lui a autorisé les parloirs avec sa mère trois semaines après l’arrestation et la demande de parloir avec un compagnon n’a pas encore eu de réponse. Sa demande d’être placé en assignation à résidence a été refusée, on est encore dans l’attente des motivations.
Le premières nouvelles parvenues n’ont fait qu’augmente notre colère. Le 8 octobre, il y a eu l’audience auprès du Juge des libertés ; Amma a été emmené au tribunal et il y a eu des altercations avec les serviteurs de l’État, en particulier le juge et le procureur. A son retour en taule, les matons de merde se sont acharné sur lui. Résultat : la perforation du tympan à cause de la raclée, puis coups, provocations et menaces.
Cela ne nous surprend pas que matons et flics exercent leur pouvoir pourri aussi avec des tabassages, des intimidations, des menaces psychologiques. On sait aussi que cette fois on a eu connaissance de ce qui s’est passé parce qu’il s’agit d’un compagnon, mais que des tels comportements ne sont pas du tout exceptionnels. Il font partie du quotidien et du fonctionnement de base des différentes structures répressives et de détention où l’État enferme ceux/celles qui sont un obstacle pour l’exercice de son pouvoir, celles/ceux qui s’y opposent, ceux/celles qui ne sont pas considéré.e.s comme nécessaires pour le maintient de l’ordre.
A des telles structures s’opposent les personnes arrêtées lors de l’opération Scintilla. C’est envers ces compas, engagé.e.s dans les luttes contre les prisons, les CRA et les frontières, que la manifestation de Turin du 9 février exprimait sa solidarité enragée dans les rues de la ville.

Round Robin

« La journée du 8 octobre commence tôt : à 7h20 un maton ouvre la porte de la cellule et me dit que je dois me préparer pour aller à l’audience du JLD, par rapport à ma détention préventive.

Après quelques minutes, je sors de la cellule où on m’a enfermé, avec une tasse de café encore bouillant et une cigarette à peine allumée, je parcours le couloir de la section jusqu’à la « salle ronde » qui se trouve au centre des couloirs du troisième étage de la section B.

Dans la salle ronde il y a le bureau des matons : certains fument, d’autres me fixent. Le chef du service se lève et m’ordonne de jeter la cigarette, en disant « aujourd’hui on ne fume pas ! », je prends quelques bouffées rapides et profondes et j’obéis, les dents serrés.

Juste après, le même maton se rapproche de moi et m’ordonne de jeter le café, je lui répond que j’en ai pas encore bu, alors il se rapproche encore plus, il prend le gobelet dans ma main pétrifiée (je n’ai pas trouvé la force de m’y opposer) et il le jette d’un air arrogant.

On m’ordonne de descendre au rez-de-chaussée et là j’attends dans une pièce (fermée, bien entendu), qui, au fur à mesure, se remplit de détenus allant à l’encontre de la machine étatique appelée tribunal.

On nous dit de ne pas apporter de cigarettes ni de briquet ; j’avais un Bic dans la poche et je veux le ramener dans ma cellule, mais quand j’arrive dans la salle ronde le chef de service m’en empêche et m’oblige à jeter ça aussi.

Je descend à nouveau. A un certain point on nous met des menottes fournies d’un câble pour nous tirer (comme un lacet), on nous menotte les uns aux autres, le premier gardé par un maton, et on nous tire jusqu’à dans le car, où on est placé dans des cellules, toujours avec les menottes.

Arrivés à destination on nous fait descendre, entravé de cette façon, et de même au retour.

14h50 : pour la première fois j’étais content de retourner en cellule ; j’allume une clope et l’on m’appelle à la salle ronde pour retirer mon courrier; les matons ouvrent la lettre devant moi et quand je m’aperçoit qu’ils sont en train de détruire la partie où est indiqué l’expéditeur, je leur demande pourquoi. On le répond que c’est parce que c’est eux qui commandent, on m’indique une petite pièce en me disant d’y aller pour être fouillé (parce que j’arrive du tribunal).

La situation craint, mais puisque ils montent le ton j’y vais, puis on m’ordonne de me mettre en caleçon.

Quand je suis à poil ils commencent à me gifler avec les gants renforcés, à trois, l’un après l’autre, avec un quatrième qui fait le guet à la porte, et ils disent des trucs du genre « t’es juste une chose, t’as aucun droit, ici c’est nous qu’on commande, on ne pose pas de question, etc. » ; à un certain point le quatrième leur dit de se dépêcher pour ne pas être vus, sinon après ils vont avoir des problèmes.

Ils sortent de la pièce et me laissent là, avec les oreilles qui sifflent, en caleçon, avec le goût métallique du sang dans la bouche.

Un autre maton arrive, il me regarde, il met ses gants puis me donne une baffe d’en haut (presque en sautant, comme pour smasher une balle au volley), après il me dit de me dépêcher à me rhabiller, mais dés que je me rapproche de mes habits il me frappe à nouveau, en disant qu’il faut que je fasse vite.

Il est interrompu par un collègue à lui, qui lui dit qu’il n’y a plus de temps, parce que les autres détenus sont en train de revenir de la promenade, je me rhabille et retourne prendre mon courrier dans la salle ronde.

Là, le chef de service commence : « T’appelles qui, si des cambrioleurs rentrent chez toi ? » Je ne répond pas, bien sûr. Il continue un peu, en disant « allez, dis-le, t’appelles qui, hein ? Allez, dis-le, dis-le, ça ne te coûte rien » (tout cela à 2 cm de mon visage), puis il en a marre et dit « Puisque tu ne veux pas nous appeler, à partir de maintenant tu n’appelleras plus les gardiens, ni l’infirmier, même pas quand tu veux aller à la douche » et il continue : « tu n’iras plus à la promenade, ni à la douche, tu te laveras dans l’évier de la cellule, etc. etc. Et maintenant file dans ta cellule et marche droit, parce ici t’en en taule et ici c’est nous qui commandons ».

Secoué, je vais dans la cellule et me laisse tomber sur le lit, épuisé.

Du sang et du pus sortent de mon oreille, le soir mon codétenu appelle les matons et me fait porter un antidouleur, la nuit je n’arrive pas à dormir à cause de la douleur à l’oreille, mais à un certain point le sommeil a le dessus.

Quand je me réveille, sur le drap, là où était appuyée ma tête, il y a une tache de sang, sorti de l’oreille.

Toujours grâce à mon codétenu qui l’appelle, l’infirmière me regarde et dit que probablement j’ai des lésions au tympan droit et que je risque de perdre le ouïe ; alors que j’écris cela c’est le 9 au soir et l’oreille saigne encore.

Amma
prison des Vallette, Turin
9 octobre 2019

P.S. ils ont justifié les gifles avec un tag sur le mur « Nique les Carabinieri », que je n’ai pas fait (ni je ne l’ai effacée)
A tête haute,

Amma »

*****

Pour écrire à Amma, Uzzo et Patrick :

Ammanuel Francesco Rezzonico
Federico Daneluzzo
Patrick Bernardone

C.C. Lorusso Cotugno
Via Adelaide Aglietta, 35
10151 – Torino (Italie)

Un nouveau Centre de Rétention Administrative (CRA) à Lyon !

Publié le 2019-11-10 14:12:10

La construction de 3 nouveaux CRA a été confirmée par Castaner à Bordeaux, Olivet (près d’Orléans), et à Lyon !

Pour rappel, les Centres de Rétention Administrative (CRA) sont utilisés pour emprisonner les étranger.e.s [jusqu’à 90 jours], à qui on ne reconnaît pas le droit de séjourner en France, dans l’optique de les expulser de force du territoire français.

Actuellement à Lyon, le CRA le plus proche se trouve à St-Exupéry qui est co-géré par la Police Aux Frontières et Forum Réfugiés.

Cela fait plusieurs mois que l’info circule sur la construction d’un nouveau CRA à Lyon mais on ignore encore sa localisation précise.

Soyons attentifs.ves et faisons circuler l’information.

Toutes et tous mobilisé.es contre ce nouveau centre de torture qui déporte et enferme les sanspiérisé.es

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À bas les CRA, à bas les frontières et soutien à tous.tes les prisonnier.es