Vive l'Anarchie - Semaine 46, 2019

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Gilet jauniversaire ! Retour sur le 16 novembre

Publié le 2019-11-18 11:01:03

Ce 16 novembre, les Gilets jaunes ont fêté leur premier anniversaire. Manifestations interdites, répression, mais aussi désorganisation totale de la police et multiplication des modes d’action : un récit de la journée.



Ce bref compte-rendu de la journée, qui demande à être complété par d’autres points de vue, ne relate qu’une petite partie des événements, la journée ayant été marquée par la multiplicité des actions.

Place d’Italie

Nous commençons la journée à place d’Italie, vers 11h30. La station étant fermée, nous descendons une station avant, et les gaz lacrymogènes nous accueillent déjà. Sur le boulevard Vincent Auriol, des voltigeurs, des CRS, et des barricades qui ont déjà été dressées.

Nous parvenons tant bien que mal à accéder à la place, occupée par quelques milliers de manifestants, bien que le départ ne soit prévu que pour 14h. Des CRS se trouvent à toutes les issues, sans toutefois empêcher le passage. Une compagnie est au milieu de la place, au niveau de la rue Godefroy. Tout est plutôt calme, l’arrivée des pompiers pour éteindre un feu de poubelle devant le centre commercial Italie 2 (qui a fermé ses portes, un lieu de consommation en moins) apporte un peu d’animation. On scande « Les pompiers avec nous », mais impossible de voir leurs réactions sous leurs casques métallisés.

Sur la place grise et sans vie, on chante pour se réchauffer : le classique « Emmanuel Macron, ô tête de con, on vient te chercher chez toi », « On est là, on est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là, pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur, nous on est là ! », le très à propos « Joyeux anniversaire » et sa variante « Gilet jauniversaire », et « Révolution ! Révolution ! ».

Vers 12h30, la banque HSBC, qui avait déjà été prise pour cible auparavant, est de nouveau attaquée, au cri de « Ah ah, anti, anticapitaliste ». Les CRS gazent et chargent pour disperser la foule qui reflue en direction d’Italie 2. C’est là que, quelques dizaines de minutes plus tard, plusieurs manifestant·e·s tenteront de briser les portes en verre pour y pénétrer. De nouveau, gaz et charge. La foule se déplace boulevard Auguste Blanqui, où se trouve du matériel de chantier. Des barricades sont montées, et un groupe attaque les flics qui se trouvent dans le boulevard. Ils répliquent à coup de gaz et de grenades, mais il leur faudra de nombreuses minutes avant de parvenir à faire reculer les manifestant·e·s sur le reste de la place.

Joyeux anniversaire !

Des feux sont alors allumés au milieu de la place : du matériel de chantier et une petite pelleteuse, comme des bougies sur un gâteau d’anniversaire. Depuis l’avenue d’Italie, les CRS laissent passer des camions de pompier pour éteindre les feux. Les manifestant·e·s scandent « les pompiers avec nous ! ». Les camions s’approchent du centre de la place, puis décident de faire demi-tour pour se placer face aux CRS et au canon à eau qui était arrivé entretemps. Se sont-ils souvenus de la répression qui s’était abattue sur leur propre manifestation ? En tout cas, cet acte a donné du courage aux manifestant·e·s : les CRS sont attaqués, le Macdo est défoncé. La réplique ne se fait pas attendre : pluie de gaz et de grenades. La foule se replie, le préfet interdit la manifestation, et la journée peut commencer.

Entre Italie et Bastille

Avec plusieurs milliers de personnes, nous empruntons la rue Godefroy pour quitter la place d’Italie. Nous décidons de rejoindre l’autre manifestation, partie de porte de Champerret, qui serait bloquée à Bastille. Nous redescendons le boulevard Vincent Auriol, scandant « Et la rue elle est à qui ? Elle est à nous ! », « Tout le monde déteste la police ! », « On est là, on est là ! ». Nous prenons tout ce qui nous tombe sous la main pour bloquer la circulation et empêcher les flics de nous suivre trop facilement : les poubelles et les trottinettes électriques sont parfaites pour ça. Nous bifurquons sur l’avenue Pierre Mendès-France et ses immondes bureaux vides de vie, attaquant au passage le bâtiment de Natixis et de la Caisse des dépôts.

Arrivés au bout, nous voyons un groupe de voltigeurs sur le quai d’Austerlitz. Mais eux ne nous ont pas vus, et poursuivent leur chemin. Nous nous engageons sur le pont d’Austerlitz quand un autre groupe de voltigeurs arrive. Nous pressons le pas, mais ils nous divisent au bout du pont. Un groupe continue vers la gare de Lyon, nous continuons sur le quai de la Rapée. Sur le chemin jusqu’à la place de la Bastille, de nombreuses lignes de CRS barrent les accès, nous décidons de nous disperser pour passer plus facilement. En prenant les petites rues, nous arrivons rue de la Roquette, noyée sous les gaz, d’où un groupe de manifestant·e·s tente de s’enfuir, sous une pluie de grenades. Plusieurs autres groupes se retrouvent, et nous sommes à nouveau quelques milliers. Plusieurs points de rassemblement circulent, mais la décision est prise de retourner place d’Italie où apparemment des camarades sont toujours présent·e·s, un cortège se reformant au niveau de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. Nous prenons l’avenue Ledru-Rollin, bloquant à nouveau la circulation. À un croisement, un automobiliste en Merco tente de forcer le passage en fonçant dans la foule. Tout le monde en sort indemne, sauf la voiture qui s’est pris des coups bien placés.

Arrivé·e·s au bout du pont d’Austerlitz, nous ne pouvons nous empêcher de repenser à un certain 1er mai. Un camion de pompier passe, applaudi par les manifestant·e·s. À sa suite, un Kangoo de la police est copieusement hué et insulté, il n’osera pas s’approcher. Nous remontons le boulevard de l’Hôpital, mais un groupe de voltigeurs arrive en bas. En face de nous, une ligne de gendarmes. Il n’y a apparemment pas d’issues. Nous prenons l’allée qui mène à l’entrée de l’hôpital (pas pour l’attaquer), qui nous permet de contourner la ligne de gendarmes et de nous retrouver à nouveau sur le boulevard. Nous le remontons et nous rejoignons un groupe de manifestant·e·s qui descend de la place d’Italie.

L’accès à la place étant impossible, nous prenons la rue Jeanne d’Arc. Un groupe d’enfants qui jouaient dans un parc demandent : « Vous êtes des Gilets jaunes ? », et quand on leur confirme, répondent : « Tout le monde déteste la police ! ». Arrivé·e·s de nouveau sur le boulevard Vincent Auriol, nous faisons une pause pour décider de la suite. Plusieurs points de rassemblement circulent : Châtelet, République, ou Bastille, où des manifestant·e·s de la première manifestation se trouveraient encore. Nous décidons de nous y rendre.

À plusieurs milliers, nous redescendons le boulevard, traversons le pont de Bercy, bloquant toute la circulation sur le quai de Bercy. Mais des voltigeurs arrivent en face et nous divisent. Un groupe prend la rue Villiot, suivi par les flics. Nous rebroussons chemin vers le pont de Bercy. Une autre automobiliste en furie tente d’écraser plusieurs de nos camarades, alternant entre marches avant et arrière à toute allure pour signer son geste. Par défense, nous donnons des coups dans sa voiture, avant qu’elle ne s’en aille en trombe.

Dispersés, nous regagnons la place de la Bastille vers 17h. Un groupe de manifestant·e·s s’y trouve, et bloque la circulation autour de la place. Plusieurs conducteurs essayent de forcer les barrages humains, et, malgré les manifestant·e·s assis·e·s sur leurs capots, accélèrent au mépris de toute vie humaine. Pour empêcher tout accident, le chantier de la place est dépouillé, de lourdes planches de bois et des barrières sont transportées sur la chaussée. Tout est bloqué.

Manifestations en liberté

Mais encore une fois, ce sont les voltigeurs qui nous délogent, à grands coups de gaz et de grenades. Nous nous engageons dans la rue de la Roquette et nous décidons de nous rendre aux Halles. En passant dans les petites rues du Marais peuplées de bars, de restaurants et de passants médusés, nous crions « Tout le monde déteste les bourgeois ! » et « Travaille, consomme, et ferme ta gueule ! ». Une fois de plus, nous bloquons toute circulation avec des poubelles et des trottinettes électriques.

Nous arrivons aux Halles, où flotte déjà une odeur de lacrymo. Plusieurs groupes s’y trouvent déjà, et des CRS gazent depuis l’autre côté. Les consommateurs s’enfuient, paniqués. Deuxième lieu de consommation en moins pour aujourd’hui ! Il est 18h, à plusieurs milliers sur la rue de Rivoli, direction les Champs-Élysées. On chante « Siamo tutti antifascisti » et « Grèves, blocages, manifs sauvages ». Un groupe de voltigeurs nous intercepte au niveau de la rue du Roule, et nous retournons aux Halles, où d’autres groupes étaient restés, scandant « Ah ah, anti, anticapitaliste ! » et « Travaille, consomme, et ferme ta gueule ! ».

Nous nous regroupons à une cinquantaine pour faire un tour dans les rues alentours. Notre chemin nous mène malencontreusement devant le local syndical des fachos d’Alliance. Ça leur fera une petite surprise. Un bâtiment des finances publiques qui se trouve non loin est également pris pour cible. Nous arpentons pendant plus d’une heure les petites rues du Marais, sans rencontrer un seul flic, bloquant la circulation, chantant « Tout le monde déteste les bourgeois » ou « Les bourgeois détestent tout le monde ». Plusieurs boutiques de luxe, qui ne s’attendaient pas à nous voir arriver, voient leurs vitrines fracassées (toutes nos pensées aux familles des vitrines), et quelques autoréductions ont lieu.

Il est presque 20h quand nous retournons aux Halles, où des groupes de manifestant·e·s se trouvent encore. Une voiture de police esseulée, prise dans les bouchons causés par les barricades, est bloquée rue de la Reynie. Elle croisera le chemin de plusieurs pavés qui passaient par là. Mais le temps passe et des gendarmes commencent à arriver, pour encercler le quartier. Nous décidons de gagner les Champs-Élysées, où un rendez-vous a été donné. Mais arrivé·e·s sur place, à part quelques petits groupes épars, il n’y a pas grand monde, à part des touristes. Ça aurait pu être une belle occasion, les policiers étant en train de partir quand nous sommes arrivés. Mais comme la plupart des manifestant·e·s, épuisé·e·s par une journée aussi riche ou découragé·e·s par les rumeurs de répression, nous décidons de rentrer chez nous pour nous reposer pour la suite.

Un rapide bilan

Il nous semble évident que, bien que les manifestations aient subi une répression féroce avant même d’avoir pu débuter, cette journée est un succès. La dispersion dans tout Paris de petits groupes de manifestant·e·s a complètement désorganisé la police, qui a passé son temps à nous chercher. Nous les avons rendus fous. Nous avons viré de nombreux infiltrés. Nous avons pu passer de nombreuses heures à manifester dans toutes les rues, à aller où nous voulions, sans rencontrer un seul flic. Nous avons fait fermer deux centres commerciaux. Nous avons pu tourner à notre avantage les petites rues autour des Halles, peuplées de consommateurs que les flics n’osaient pas trop brutaliser.

Les seuls qui nous ont un peu embêtés sont les voltigeurs. Mais encore une fois, la multiplication des petits groupes les a complètement dépassés. À écouter les déclarations du préfet et les comptes-rendus dans la presse bourgeoise, les manifestations auraient été contenues sur les places d’Italie et de la Bastille. Mais ils ne se sont peut-être pas encore rendu compte qu’on a aussi retourné le reste de Paris.

La précarité brûle

Publié le 2019-11-18 11:10:04

La précarité tue. Et tout brûle encore.
Vos routes, vos bâtiments, vos symboles de pouvoir et nos corps.

Car on étouffe, on manque d’air. On s’asphyxie de votre austérité, de vos mesures politiques, de vos coupes budgétaires, de vos gaz lacrymogènes.
On crève du nouveau monde, de son autorité drapée dans un costume de velours, de sa matraque feutrée, de son horizon plus noir que le feu d’une barricade.
On vomit ses start-ups, son exploitation d’auto-entrepreneurs, ses morts du travail, ses plans de carrières épuisants et vides, ses métropoles lisses, ses désirs virtuelles, son self-contrôle et ses uniformes.

Tout se fissure et on attend avec impatience le grand séisme qui viendra tout bazarder.
Renverser ce monde minable qui transforme un étudiant en brasier de colère.
Qui éborgne et mutile.
Qui tue crânement l’enfance d’un quartier, ou plus insidieusement dans les couloirs vides d’une école tard la nuit.

On débecte vos lois travail, vos parcoursup, vos réformes des retraites, vos expulsions, vos contrôles au faciès, votre état d’urgence.
On crache sur vos partis, vos éditorialistes fascisants et vos indignations de circonstance.
Sur votre monde aussi pathétique qu’un plateau de Cnews.
Sur vos institutions de contrôles, sur votre traque des chômeurs, sur vos réflexes racistes.

On est devenu allergique aux uniformes, allergique à votre autorité merdique.
On est fatigué de vos effets de langage, de votre habitude malsaine à vous dédouaner, de vos spécialistes en communication.
On en est à se demander qui ose encore vous prendre au sérieux.

Qui s’étonne encore des tirs de mortiers et des guerres au palais.
Qui s’étonne encore des Fouquet’s incendié, des arcs de triomphes saccagés, des portes de ministères enfoncés.
Quoi d’étonnant devant tant d’obscénité.

Nos désirs sont des marées jaunes fluorescentes, des Champs-Elysées vivants, des universités bloquées, des resto U autogérés, des cortèges de tête et des communes en forme de ronds-points.
On se laissera pas crever d’ennuis, de précarité et de désespoirs.
On veut des vies riches et exaltantes.
On bousculera vos présidences la rage au ventre.
Et nos grèves viendront éteindre votre normalité morbide.

La précarité tue.
Et du chili au Liban la rue secoue les tyrans.
Partout on se jette dehors avec le diable au corps.
Partout on s’engage, on s’enrage, on s’enjaille.
Et les balles sifflent et les corps tombent et les corps brûlent. Consumés.
Et la goutte d’eau devient torrent et l’intelligence collective se fraie un chemin à l’assaut du ciel.

On veut tout maintenant.
Le feu et la joie.
On a déjà trop attendu de cette société malade qui convulse depuis tant d’années déjà.
On cédera pas au chantage ni à la peur ni à la déprime.
On prend le risque de tout renverser et de regarder ce qu’il y a derrière.
On a finit d’attendre les royaumes célestes et les grands soirs.
On veut des aubes incandescentes.
On veut pouvoir pleurer, rire et s’aimer et surtout ne plus jamais avoir à s’immoler.

Anonyme

Carcassonne (Aude) : Incendie d’une antenne-relais, et pas n’importe quelle

Publié le 2019-11-18 18:54:05

L’Indépendant / dimanche 17 novembre 2019

Au cours de la nuit de samedi à dimanche, les sapeurs-pompiers sont intervenus pour maîtriser trois feux de pneus. L’un de ces incendies volontaires a causé de sévères dommages à une antenne relais partagée par Orange et SFR dans la zone de Salvaza.
En un petit quart d’heure, les sapeurs-pompiers carcassonnais sont intervenus à trois reprises dans la nuit de samedi à dimanche pour maîtriser des incendies volontaires : à Prat-Mary et La Reille, c’est sur des ronds-points que les secours ont éteint les flammes qui s’échappaient de pneus incendiés.
Entre ces deux interventions justifiées par des alertes données à 23 h 30 et 23 h 45, c’est dans la zone de Salvaza, avenue Henry-Bouffet, que les pompiers ont à nouveau œuvré, cette fois pour un feu qui s’était propagé à un relais téléphonique.

Un relais utilisé par deux opérateurs, Orange et SFR, dont les cadres d’astreinte ont été alertés au cours de la nuit.
Sur place, Cédric Henric, de la société Circet, en charge de la maintenance du réseau mobile et fixe de SFR, faisait en cours de matinée un premier état des lieux, en précisant qu’un dépôt de plainte serait assuré : « Cet incendie a un impact sur les réseaux mobiles des deux opérateurs. C’est un site que l’on qualifie de nodal, ce qui veut dire que par répercussion, une vingtaine d’autres sites vont être impactés, avec des conséquences sur le réseau dans un rayon de 20 à 30 km. »
Pas de bilan chiffré pour l’heure du nombre d’abonnés SFR touchés, mais le technicien évoquait un temps d’intervention de « deux à trois jours pour tirer des câbles et assurer le fonctionnement des 19 autres sites ».
Dans le même temps, un expert devrait être mandaté pour inspecter la structure du pylône « dont une partie des membrures a fondu à cause de la chaleur dégagée par le feu ». Chez Orange, où un dépôt de plainte sera également engagé, on évoquait des « dégâts importants sur l’antenne et le mât. En raison des besoins de l’enquête, on risque de ne pas pouvoir pénétrer sur le site avant 48 heures. Mais on fera évidemment tout pour limiter l’impact dans une zone économique importante ».
En milieu de matinée, l’opérateur évaluait le nombre de clients impactés à un millier.

Trois personnes du collectif tchadien « Unité, liberté, courage » en détention provisoire

Publié le 2019-11-18 18:55:05

Trois exilés tchadiens sont en prison suite à une manifestation contre la venue du dictateur Idriss Deby à Paris le lundi 11 novembre 2019.





Notes

[1Il s’agit d’une « comparution à délai différé », une nouvelle procédure créée en mars 2019. Elle est décidée par le procureur au même titre qu’une comparution immédiate, dans le cas où des actes de l’enquête sont en attente de résultat. (Ici il s’agit du calcul des ITT pour deux des cinq flics qui se portent partie civile.) Dans ce type de procédure, le jugement doit obligatoirement avoir lieu dans les deux mois.

Un an de « Gilets jaunes » : Les gaz n’étouffent pas la révolte – 16 novembre 2019

Publié le 2019-11-18 18:56:07

Samedi 16 novembre 2019, plusieurs manifs et rassemblements ont eu lieu partout en France pour l’anniversaire du début du mouvement des « Gilets jaunes ». A Paris, Nantes, Toulouse ou encore Montpellier et Lyon, les manifs sont très vite devenues offensives.

Dimanche matin, le ministre de l’intérieur Castaner a annoncé 254 interpellations en France pour ce 53ème acte, dont 173 rien qu’à Paris. Le parquet de Paris faisait état pour ce dimanche de 155 personnes encore en garde à vue, parmi lesquelles 14 étrangers (Belge, Marocain, Américain, Suisse, Allemand…) et 8 mineurs.

Dans la capitale, la journée a commencé dès 10h, où à la porte de Champerret, des manifestant.e.s ont investi le périphérique avant de se faire gazer par les flics.

Mais c’est sur la place d’Italie à partir de la mi-journée que la révolte a commencé à s’exprimer : barricades érigées sur la place puis incendiées, vitrines de la banque HSBC et du centre commercial Italie 2 fracassées, panneaux publicitaires flambant neufs et trottinettes électriques en feu, pelleteuse de chantier et voiture de la mairie brûlées…, tandis que des manifestant.e.s barraient la route aux pompiers venus éteindre les feux de la colère. La stèle en hommage au maréchal Juin, boucher en chef de la guerre de 14-18, fervent pétainiste et partisan de l’Algérie française (et plus globalement de la colonisation française en Afrique), a été mise en morceau pour fournir les émeutier.e.s en projectiles.

L’entrée du centre commercial Italie 2

De nombreux cortèges sauvages ont sillonné plusieurs arrondissements de la capitale au fil de la journée : entre place d’Italie et Bastille, les bâtiments de Natixis et de la Caisse des dépôts sont attaqués sur l’avenue Pierre Mendès-France ; les banques, leurs DAB et plusieurs commerces ont subi quelques attaques dans le XIVème arr. (comme dans la rue Bezout par exemple). Dans les rues du Marais, quelques commerces ont été expropriés et des vitrines de magasins de luxe fracassées. Sur les images d’une vidéo, on voit des flics pris en chasse par des enragés se réfugier dans une laverie. S’en suivent de longues minutes durant lesquelles mobiliers de chantier et barrières tombent les uns après les autres sur les condés acculés. Puis en début de soirée, une déambulation sauvage est partie en direction du méga centre commercial de Châtelet-les Halles où en chemin une voiture de police a été retournée et une voiture de la douane détruite devant la préfecture de police. (cf un compte-rendu de Paris-luttes)

A Nantes, la manif de près de 1500 personnes s’est faite gazer peu de temps après s’être élancée, ce qui en réponse a fait voler divers projectiles sur les flics ; des panneaux publicitaires et des vitrines de commerces ont été brisées, notamment celles des MacDonalds de Bouffay (comme d’habitude!) et Carré Feydeau (qui s’étaient pourtant protégés de plaques en bois), d’H&M, d’une agence SFR des Galeries Lafayette, des caméras de surveillance sabotées (dont celles de la caméra de la Banque de France arrachée). Les murs de la préfecture et de l’Hôtel du Département ont été repeints de quelques tags, comme « Moins de chaînes, Plus de chênes » ou encore « plutôt vandales que vendus ». La porte de la préfecture a aussi été enfoncée à l’aide de panneaux de signalisation.
Chose rare lors de manifs à Nantes : le cortège est parvenu à déjouer les forces de l’ordre et à s’engouffrer dans l’hyper-centre. Au total, 4 personnes ont été interpellées.

 

Plusieurs milliers de personnes se sont affrontées à la police à Toulouse, Lyon et Dijon, après s’être fait gazer dès le début du rassemblement. Dans la capitale de Haute-Garonne, il y a eu plusieurs feux de poubelles, ainsi que des destructions de panneaux publicitaires/d’abribus ainsi que d’une barrière de péage ; des caméras de surveillance ont été mises hors-service. 23 personnes ont été interpellées. En fin de matinée, vers 11 heures, la préfecture recensait plusieurs points de rassemblement sur la Haute-Garonne, notamment aux abords de ronds-points et des temples de la consommation: Toulouse Lalande, Tournefeuille (SOCAMIL), Colomiers (zone de Perget), Eurocentre, Ramonville, Montastruc la Conseillère, Balma (centre commercial Auchan), Villefranche de Lauragais, Garidech, Muret (rond-point Mercedes), Ayguevives, Estancarbon (D817) et Revel (rond-point du forum).

A Montpellier, environ 1 500 personnes ont tenté d’envahir le centre commercial ‘Odysseum’ mais elles ont été repoussées par les forces de l’ordre. C’est alors que la permanence du député LREM de l’Hérault Patrick Vignal s’est fait attaquer : une vitre a été brisée et des tags inscrits sur sa façade.

L’agence HSBC place d’Italie

Banque rue Bezout (14eme)

idem

Panneau de pub place d’Italie

Après le passage devant la préfecture de police de Paris

Stèle en hommage au maréchal Juin…

Tag parisien

Tags nantais

 

Besançon (Doubs) : Encore une voiture des journaflics qui brûle – 16 novembre 2019

Publié le 2019-11-18 18:57:03

On apprend ce 17 novembre qu’une voiture de L’Est Républicain a été la cible d’un incendie volontaire, samedi vers 4 h 45 à Besançon. Stationnée rue de la Mouillère, elle a été entièrement détruite. Un utilitaire d’Orange, garé à côté, a également été endommagé par les flammes.

« L’alerte a été donnée par un habitant du quartier, réveillé par l’explosion du moteur. Les deux véhicules ont été enlevés juste après l’intervention des sapeurs-pompiers. Ce n’est pas la première fois qu’une voiture de notre journal est la cible de tels agissements. Incendies et tentatives d’incendies, tags et dégradations ont, depuis deux ans, à plusieurs reprises été constatés sur les véhicules de notre titre. Une nouvelle plainte a été déposée ».

[Repris d’une brève de la victime]

Caen (Calvados) : C’est les CROUS qui doivent cramer – 18 novembre 2019

Publié le 2019-11-18 18:57:08

Dans la nuit de ce dimanche à lundi 18 novembre 2019, le hall d’entrée du bâtiment du CROUS de l’Université de Caen, situé sur le Campus 1, a été détruit par le feu. Un tag « La précarité tue » a été laissé sur un mur du bâtiment. Les services du CROUS sont fermés pour le moment.

Vers 1h30, le feu a été mis à l’entrée du bâtiment administratif. Ce sont les veilleurs de nuit du campus qui ont alerté les pompiers. 

Ces locaux abritent exclusivement des bureaux administratifs, service social, etc. C’est ici que sont déposés, par exemple, les dossiers de demande de bourse. 

Cette attaque incendiaire s’inscrit dans un contexte de lutte dans les universités depuis mardi 12 novembre, après l’immolation par le feu le 8 novembre à Lyon d’un étudiant de 22 ans, Anas, qui a expliqué en raison de la misère dans laquelle il survivait ces derniers temps. Des rassemblements devant les CROUS ont eu lieu partout en France, des actions « repas gratuit » dans les Restau U et des occupations/blocages de facultés à Lyon, Nantes, Rennes, Lille, Toulouse… Ce lundi 18 novembre à Bordeaux, le bâtiment de la fac de sociologie de la place de la Victoire est bloqué, tandis que les blocages et occupations continuent sur le campus de Bron à Lyon. 

Mardi 12 décembre, la conférence de l’ancien président François Hollande à Lille 3 sur le thème de son dernier livre sur la crise de la démocratie a été annulée après que la salle a été envahie par des manifestant.e.s. Des exemplaires de son bouquin ont été joyeusement déchirés.
A Paris, le même jour, une manif sauvage de plusieurs centaines de personnes est parvenue à faire tomber les grilles du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à pénétrer à l’intérieur, laissant quelques tags « Vidal assassin » dans les locaux.

Le 6 novembre dernier, une étudiante à Rouen a mis le feu à son matelas, dans un bâtiment du Crous Normandie, à Rouen.

Virginie Catherine, directrice générale du CROUS Normandie (co-responsable de la misère étudiante)

Banderole au rassemblement du 12 novembre sur le campus de Nantes

[Repris de divers articles de presse, 18.11.2019]

Cavignac (Gironde) : Le MacDo part en fumée… Et ça n’avait rien d’un accident – 18 novembre 2019 [Actualisé]

Publié le 2019-11-18 21:56:07

Dans la nuit de dimanche 17 à lundi 18 novembre 2019 à Cavignac, le restaurant MacDonald’s situé au 7, rue Neuve a été détruit par les flammes. Ce mardi 19 novembre, les enquêteurs ont affirmé que l’origine des flammes était bel et bien volontaire.

Le feu a pris dans les réserves du restaurant et s’est propagé aux vestiaires, avant de se propager à l’ensemble des locaux. Les pompiers de Saint-Savin sont intervenus vers 1h40. A ce moment-là, les lieux étaient inoccupés, les employés ayant quitté leur poste. Ce McDo rural employait une cinquantaine de salariés.

Les pompiers sont restés en intervention jusqu’à ce lundi midi pour éteindre les derniers foyers de flammes. Le restaurant ne rouvrira pas avant plusieurs mois.

[Repris de divers articles de la presse locale, 18.11.2019]

Attaque du Crédit Suisse de Bel-Air

Publié le 2019-11-19 11:07:03

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, nous avons attaqué la banque Crédit Suisse à Genève. Par cette action, nous affirmons notre soutien à la lutte des peuples du Rojava. Nous, militant.e.x.s internationalistes, dénonçons fermement et attaquons tout lien diplomatique et économique qui profite à Erdogan et à sa politique génocidaire.



Crédit Suisse est le marionnettiste des pires atrocités, ses banquiers et leurs confrères sont prêts à tout sacrifier pour l’argent-roi. Les mercenaires capitalistes ne voient aucun problème à soutenir la Turquie meurtrière d’Erdogan, les massacres de civils dont elle est responsable ainsi que l’alliance avérée entre les forces turques et les jihadistes. C’est parce que nous croyons en l’expérience politique qui est menée au Rojava et que nous ne supportons plus de voir dans nos rues des entreprises finançant le meurtre, l’écocide et l’impérialisme que nous avons décidé de décorer leur bâtiment à l’huile de vidange et au spray. Que ces buisnessmen parasites gardent enfin une trace de leurs investissements sordides.

Nous appelons nos camarades à d’autres actions de ce type et nous ne nous arrêterons pas là. Face à l’impunité et l’hypocrisie des puissants, notre rage ne fait que grandir. Organisons-nous face au nettoyage ethnique du peuple kurde au Rojava. Détruisons les entreprises et structures complices de l’État turc. Combattons le capitalisme et ses alliés.

Des militant.e.x.s internationalistes qui vous aiment <3



Nicolas Casaux et la transphobie par Peter Gelderloos

Publié le 2019-11-19 11:10:06

Peter Gelderloos, auteur de Comment la non violence protège l’état : Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, a eu une mauvaise surprise lors de son dernier voyage en France. Il a été informé peu de temps avant de venir promouvoir son livre qu’un des traducteurs qui avait participé à la publication de son livre, Nicolas Casaux, était ouvertement transphobe.
C’est pourquoi il a voulu lui répondre comme il sait le faire : en écrivant et en contrant son argumentaire nauséabond.



Peu de temps avant de partir pour mon séjour en France pour présenter la traduction de mon livre, Comment la non-violence protège l’état (How Nonviolence Protects the State) et L’échec de la non-violence (The Failure of Nonviolence), j’ai reçu des informations assez troublantes. Le traducteur du premier de ces livres pour la maison d’édition Editions Libre (il y a également une autre traduction faite par un collectif), Nicolas Casaux, a publié des articles transphobes, et a fondé avec les personnes d’Editions Libre, une branche de Deep Green Resistance en France. Aux Etats-Unis, DRG est connu pour ces position transphobes et autoritaires, et tou.tes les anarchistes et autres militant.es anticapitalistes que je connais refusent catégoriquement d’être assimilé.es à ce groupe. C’est également le cas pour les personnes qui luttent contre les écocides ou pour qui la principale lutte est dirigée contre la société industrielle.

J’ai été en mesure d’échanger avec les personnes d’Editions Libre à Paris et j’ai senti qu’iels étaient à l’écoutent de mes critiques. J’étais content d’apprendre qu’Editions Libre ne tient pas de position transphobe, que DRG en France se veut trans-inclusif et reconnait l’oppression des personnes trans, qu’iels ont publié un communiqué pour clarifier cette position, et que Nicolas Casaux a quitté l’organisation.

Même s’il est vrai que j’étais satisfait avec la réponse d’Editions Libre, je suis aussi conscient que je ne parle pour personne d’autre que moi et que chacun.e doit se faire sa propre opinion.

Je ressens le besoin d’aborder la position défendue par Nicolas Casaux. Je me référerais particulièrement à cet article : http://consciencesansobjet.blogspot.com/2017/12/les-enfants-transgenres-et-quelques.html

Dans cet article, Casaux commence par résumer comment la civilisation industrielle détruit la planète et exploite toutes formes de vies, humaine et autre. C’est un point de vu que je partage sans réserve, cependant j’ai tendance à l’exprimer en des termes différents. Après ça, Casaux fait un saut pour le moins étonnant. Qui, selon lui, est à l’avant-garde de la guerre des États contre la planète et ses habitant.es ? Les queers et les personnes trans… et il justifie cela en disant que : « les dirigeants politiques et corporatistes de la civilisation industrielle ont trouvé un allié et un atout dans le courant trans et queer  » qui vont les aider à « atteindre leur objectif assumé de liquidation de l’espèce humaine ».

Il y a tellement de contre-vérité dans cette affirmation qu’il va falloir du temps pour démêler tout ça. Commençons avec la vision terriblement déformée de Casaux concernant les queers et personnes trans. Dans le titre ainsi que dans le paragraphe cité, Casaux tente de confondre "les personnes trans" avec les "transhumanistes". Ceci est une manipulation. Même si des personnes peuvent être transgenre et transhumaniste, ces deux concepts n’ont pas grand-chose en commun à part pour le fait qu’ils partagent le même préfixe. Être transgenre n’est pas un "courant". C’est simplement un concept vaste, imprécis et imparfait pour décrire les dizaines de millions de personnes sur cette planète qui n’acceptent pas le genre auquel iels ont été assigné.es à la naissance, ou qui ne peuvent pas se reconnaitre dans une définition binaire ou biologique du genre. Le genre est une construction sociale et dans les pays occidentaux, il est construit comme un système binaire. La signification qu’on associe à un genre change d’une culture à une autre, et d’une génération à la suivante. Un grand nombre de bébés sont opérés tous les ans, de toute évidence sans leurs consentements, afin de les faire correspondre à une des deux catégories de genre dites "naturelles". Beaucoup de sociétés non-industrielles que Casaux dit admirer incluent une place pour la spiritualité avec des individu.es à deux esprits et autres représentations non binaires, où iels reconnaissent et accordent une légitimité aux personnes qui changent de genre pendant que d’autres n’assignent aucun genre avant l’entrée à la puberté. Des apports de l’archéologie démontre que des sociétés non-urbaines et non-industrielles pratiquaient la chirurgie de réassignation sexuelle comme elles pratiquaient l’odontologie.

Casaux ne reconnait rien de ceci. La seule intervention médicale qui l’inquiète, les bloqueurs de puberté, est consensuelle et relativement bénigne en termes d’effets nocifs sur la santé (nous y reviendrons plus bas). Pas un mot sur les mutilations sans consentement pratiquées sur les enfants dans toutes les maternités du monde occidental juste pour faire respecter sa supposé vision naturelle du genre, ni sur la diversité de genre dans les cultures non-occidentales qu’il idéalise dans sa forme pure et symbolique, d’une manière qui frise le racisme. Ses idées sur le genre ne reflètent pas une critique élaborée de la civilisation industrielle ; au contraire, elles reflètent un discours biologique essentialiste du XIXe siècle.

Il existe une myriade d’identités et d’expressions transgenre et seulement un petit nombre de celles-ci ont été assimilées et intégrées dans les pays capitalistes occidentaux. Dans l’ensemble, les personnes trans font face à un taux extrêmement élevé d’agressions, de harcèlement, de meurtres et d’exclusion sociale et économique.

Il n’y a aucune justification qui permettent de dire que les personnes trans ont une affinité particulière avec l’avant-garde du capitalisme technologique. Les personnes trans ont été parties prenantes dans tous les mouvements et combats sociaux y compris dans le combat contre la destruction de la planète. Aux Etats-Unis, le plus ancien prisonnier anarchiste, Marius Mason, est un homme trans poursuivi pour de multiple incendies criminels contre le genre de laboratoires de recherche génétique que Casaux présentent comme étant soutenues par la communauté trans. Marius a risqué sa liberté en combattant pour la terre, les sien.nes et il a vécu son changement de genre alors qu’il était immergé dans la violence du système carcéral états-uniens. Il incarne un niveau de courage et de principes que Casaux ne peut même pas imaginer.

Casaux est tout aussi ignorant au sujet de ce que signifie le courant "queer". Il n’y a pas un seul courant queer homogène, et s’il en existait un, il ne serait absolument pas un allié des politiques et structures de pouvoir. Historiquement et aujourd’hui encore, les combats queer ont refusé l’assimilation des sexualités diverses. Aux Etats-Unis, une des publications les plus radicale du discours queer de la dernière décennie, Bædan (https://baedan.noblogs.org/) , est complètement anticapitaliste, vivement anti-assimilationniste, anti-civilisationniste ainsi que critique de la technologie et du transhumanisme. Une publication queer plus récente, Otherworld review, est, pour le dire brièvement, largement dédiée au culte et la symbiose avec la nature. Et en Catalogne, où je vis actuellement, les queers et personnes trans forment un courant autonome majeur dans le mouvement "néo-rural" développant des manières de vivre bien plus tournées vers l’écologie, redécouvrant des pratiques traditionnelles de l’agriculture à la campagne.

Nicolas Casaux n’a absolument AUCUNE IDÉE de quoi il parle (néanmoins il se sent légitime pour juger un grand groupe de personnes), et il tente délibérément de manipuler ses lecteurices.
Comme la plupart des transphobes, Casaux adhère aux visions essentialistes de la nature et des corps (en parlant par exemple de "réalités essentielles du corps humain"). Comme décrit dans The Unquiet Dead de Ausma Zehanat Khan, l’essentialisme dans ces deux formes est un élément clef du fascisme, il l’a notamment été dans le mouvement Völkisch prémisse de l’idéologie Nazi ; l’essentialisation des corps et de la nature tend à être utilisée dans des versions racistes et transphobes du féminisme, comme celui de Mary Daly, tandis que le féminisme anti-raciste et anticolonial tend à problématiser voire à complètement rejeter les visions essentialistes du corps. Nous pouvons probablement tou.tes penser à des aspects plus alarmants du fascisme que l’essentialisme, mais le fait que Casaux use des mêmes formes d’argumentation que l’extrême-droite - et partage sa transphobie - fait de son essentialisme quelque chose de plus inquiétant. Et au-delà de Casaux, il faut se questionner sur qui pourrait utiliser son argumentaire bancal, étant donné que les fascistes en Europe ont depuis longtemps recruté dans les cercles environnementaux.

Casaux ne donne qu’un seul exemple d’une PDG trans maléfique, Martine Rothblatt qui clone des cochons et promeut l’eugénisme, afin d’illustrer sa ridicule théorie conspirationniste qui dit que "le courant trans et queer" est un allié important des "dirigeants politiques et corporatistes de la civilisation industrielle". Afin d’ajouter du poids à ce seul exemple, de peur que ses lecteurices le suspectent de faire une généralisation sur la base de la plus petite quantité possible de preuves, Casaux annonce que Rothblatt était la femme PDG la mieux payée (selon les chiffres de 2013 repris dans un article de 2014).

Il m’a fallu trente-cinq secondes pour apprendre que c’était un coup de chance. Rothblatt n’avait jamais tenu cette position avant et ne l’a plus occupé depuis. En 2014, Marissa Meyer, cheffe exécutive de "Yahoo !", était la femme PDG la mieux payée, gagnant 42 millions de dollars, à savoir près de 10 millions de plus que Rothblatt. Trois des cinq PDG les mieux payés travaillent dans le domaine des technologies. Martine est la seule qui est transgenre et elle (pas "il", trou du cul) était seulement 24e dans le classement des PDG (hommes et femmes confondu.es donc) les mieux payé.es. Soudain les preuves de Casaux ne semblent plus si significatives. C’est probablement pour ça qu’il a essayé de rendre Rothblatt plus importante qu’elle ne l’est, dans l’espoir de manipuler les lecteurices afin qu’iels croient qu’il existe effectivement un lien entre les personnes trans et le plan maléfique du capitalisme pour le futur.

Si l’on regarde le top dix des PDG les mieux payés en 2013 ou 2014, on observe qu’il n’y a que des hommes et qu’aucun d’eux n’est trans ou ouvertement identifié comme queer. En 2013, 3 dirigent des entreprises de média, divertissement et télécommunications, 1 dirige une entreprise d’investissement, 1 dirige une entreprise ferroviaire et 5 dirigent des entreprises de technologies et médicales, dont le numéro un Elon Musk, un transhumaniste beaucoup plus important que Rothblatt, et un homme cis hétérosexuel… En 2014, 4 dirigent des entreprises de média et télécommunication, 2 des entreprises d’investissement et 4 des entreprises de technologies. En d’autres termes, le domaine des technologies est largement représenté et il n’est dirigé par aucune conspiration trans ou queer. Qu’en est-il de l’industrie médicale et pharmaceutique ? Il y a en fait trois entreprises plus importantes sur la liste que United Therapeutics, entreprise de Martine Rothblatt. Mais en fait le salaire du ou de la dirigeante n’est pas le meilleur instrument de mesure sur l’importance d’une entreprise. Allons jeter un œil du côté des dix plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales. Non, United Therapeutics n’est pas dans la liste et aucune entreprise du top dix n’a de PDG trans ou ouvertement queer (ni dans le top dix des entreprises de technologies). En fait, je n’ai pu trouver United Therapeutics dans aucune liste de grandes entreprises pharmaceutiques. La numéro 25 Labcorp, a généré 11 milliards de dollars en 2018 alors que dans le même temps United Therapeutics ne faisait même pas 390 millions de dollars. Il s’avère que ce n’est pas une si grosse entreprise.

Autrement dit, ce que Nicolas Casaux a fait, c’est de prendre une personne trans au hasard qui gagne beaucoup d’argent en dirigeant une entreprise relativement anonyme et de la transformer en épouvantail et en symbole d’une vaste et infâme conspiration. Les antisémites utilisent exactement la même pseudo structure logique quand iels prennent une personne juive, riche en la tournant comme une illustration de tout le peuple Juif. Cela ne fonctionne pas du tout si votre audience est sensible à des arguments logiques : cela ne marche que s’iels veulent croire en n’importe quoi qui justifie leur haine et leur peur.

Laissez-moi vous donner une comparaison pour illustrer la qualité du raisonnement de Casaux : "les français.es sont des trous du cul néoliberaux.les qui conspirent pour retirer les prestations de chômage et de santé pour tout le monde ! Est-ce que quelqu’un a oublié l’exemple d’Emmanuel Macron ?" ou "les gens qui s’appellent Nicolas sont des menteurs, manipulateurs ! Qui ne se souvient pas par exemple de Nicolas Casaux ?". Casaux espère ainsi que ses lecteurices oublient qu’il existe des centaines de millions de personnes trans et queers, qu’iels n’ont pas une idéologie unique et qu’iels sont tout aussi diversifié.es que n’importe quel autre groupe de gens. Il compte sur la peur de l’Autre en décrivant les personnes trans et queers comme un groupe homogène présentant une menace pour la nature.

Attaquer les personnes trans et queers est un affront à la solidarité dans nos mouvements contre le capitalisme et le patriarcat, c’est une façon de diriger encore plus de violence contre des personnes qui sont déjà les plus marginalisées, les plus susceptibles de subir des agressions ou des meurtres dans la rue, c’est stupide, c’est injustifiable et cela nous affaibli. La transphobie et l’homophobie comme le racisme sont des armes du capitalisme et de l’État.

Enfin, je veux parler du sujet principal de l’article de Casaux, les interventions médicales pour les jeunes personnes trans. Casaux ne parle pas réellement de ce problème, il fait simplement le lien avec un documentaire qui d’après lui aurait été supprimé par le "lobby trans", encore une fois il copie les tactiques de l’extrême-droite, en prétendant qu’un groupe complètement marginalisé contrôlerait les médias.

Le problème de la chirurgie de réassignation de genre, les hormones, les bloqueurs de puberté et autres interventions médicales pour les personnes trans sont bien plus compliqués que ce que suggère Casaux. Il y a des personnes trans qui approuvent ces interventions, d’autres qui sont favorables à certaines et réticentes vis à vis d’autres, et il y a celleux qui vivent celles-ci comme une violence. Beaucoup de personnes trans subissent des chirurgies pour éviter une encore plus grande violence à savoir que les personnes cis se déchainent sur elleux dans les lieux publics, pour pouvoir avoir un « passing » en accord avec leurs genres, pour obtenir des perspectives d’emploi, pour éviter le harcèlement. Un ami trans m’a dit qu’il était vraiment triste de subir une mastectomie, qu’il aimait sa poitrine, mais la chirurgie était facile comparée au regard des autres et des commentaires qu’il subissait à chaque fois qu’il allait à la plage, à la piscine et qu’il enlevait son t-shirt. C’est une violence à laquelle les personnes comme Casaux contribuent largement avec leurs remarques ignorantes.

Il est évident que Casaux et les gens comme lui n’en ont rien à foutre des personnes trans ou de la violence à laquelle iels font face. Pourquoi sont-iels concerné.es par les adolescent.es trans qui prennent des bloqueurs de puberté ? Iels ne le sont pas. Iels utilisent juste ce sujet car cela peut être une manière efficace de générer un désaveu général des personnes trans. Iels représentent ces enfants comme sans défense, abusé.es par des vieux idéologues trans (implicitement affublé avec l’ancien stigmate homophobe de la perversion) et un mercenaire de « l’establishment médical ».

Je ne suis pas un ami de l’establishment médical, mais je dirais qu’il existe un important mouvement de désinformation circulant sur internet au sujet des bloqueurs de puberté et autres procédures (généralement répandu par des gens idéologiquement de droite). La procédure est mal représentée - par exemple les bloqueurs de puberté sont appelés ’hormones’ même si ça n’en est pas - et le danger y est exagéré, pendant que les personnes trans se voit niées tous services ou accompagnements, iels ne sont présenté.es que comme des victimes ou des bourreaux.

Je me rappelle ce que c’était d’être adolescent. A cet âge, personne n’était plus qualifié pour prendre des décisions quant à mon corps ou mon identité de genre. Seul un autoritaire peut dénier l’autonomie physique des adolescent.es. La vie ne commence pas à 18 ans, quand l’État nous accorde la majorité. Nous devons prendre des décisions concernant notre corps avant cela, et personne ne devrait pouvoir nous enlever ces choix.

Je ne vais pas entrer plus loin dans ce débat car les choix médicaux des personnes trans ne devraient pas être définis par les personnes cis. Mon objectif est de montrer que la position de Casaux n’a aucune légitimité. Quand quelqu’un.e parle de ce qu’iel ne vivra jamais personnellement, iel parle en ignorant.e. Quand c’est une personne en situation de pouvoir ou de normalité qui parle de personnes marginalisées par la société, cette ignorance est aussi une pratique d’autoritarisme, et quand cette opinion cherche à limiter l’activité ou à répandre une généralisation négative à propos de groupes dominés, nous sommes alors face à un acte d’oppression.

Concluons sur ce qui est maintenant évident : Casaux ne sait rien des personnes trans, Casaux n’en a rien à faire des personnes trans, Casaux répand des affirmations fausses et blessantes à leurs égards. Il doit se taire et écouter les personnes qu’il essaye de marginaliser. Peut-être alors apprendra-t-il quelque chose, mais dans tous les cas, son silence nous fera à tou.tes du bien car il n’y a que de la merde qui sort de sa bouche.

Cordialement,
Peter Gelderloos.

Hyères (Var) : Blocus au lycée et jets d’orange sur les flics – 18 novembre 2019

Publié le 2019-11-19 17:19:03

Un appel à bloquer le bahut ‘Jean-Aicard’ avait tourné sur les réseaux sociaux durant le week-end à Hyères… et s’est concrétisé tôt ce lundi 18 novembre 2019. Mais le proviseur a répondu aux lycéen.ne.s en envoyant les flics…  qui se sont pris des oranges.

Peu après 7h, des lycéen.ne.s se sont retrouvé.e.s devant le lycée jean-Aicard pour bloquer les principales entrées avec des cadenas et des antivols. Ils/elles protestent non seulement contre la réforme du bac, mais aussi contre le fait de se voir imposer des tablettes numériques (qualifiée de « désastre écologique ») au détriment des manuels scolaires.

Vers 9h30, les flics sont intervenus pour débloquer le lycée sur demande du proviseur Thierry Dubreucq. Des poubelles ont été incendiés devant le lycée mais aussi autour du rond-point en bas du lycée au carrefour rue du Soldat Bellon et Maréchal Gallieni.

Les flics ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser le regroupement et essuyé des jets d’orange. Présents sur place, les sapeurs-pompiers ont éteint les débuts d’incendies.

 

[Reformulé de Var Matin, 18.11.2019]

Emeutes estivales à Nantes : Un habitant de Rennes arrêté à son domicile et inculpé à cause de vidéos prises en manif – 3 octobre 2019

Publié le 2019-11-19 17:20:06

On apprend avec retard qu’un habitant de Rennes a été arrêté à son domicile jeudi 3 octobre 2019 par les policiers du Groupe judiciaire de voie publique (GJVP). Les flics le soupçonnent d’avoir commis des attaques incendiaires lors de deux émeutes à Nantes. Le travail des enquêteurs reposent uniquement sur des vidéos prises en manif et publiées sur internet.

Il est non seulement accusé d’avoir mis le feu au restaurant McDonald’s du Carré Feydeau et d’avoir commis « des violences sur un policier » le 3 août 2019, lors d’une journée en hommage à Steve Maia Caniço, mais aussi d’avoir incendié une armoire électrique le 14 septembre 2019. L’activité économique dans le secteur du quartier Bouffay avait été sérieusement ralentie la semaine suivante.

Il devait être jugé le lendemain dans la soirée en comparution immédiate. On ignore le verdict.

Filmer en manif envoie une fois de plus un révolté devant les tribunaux et très certainement en taule. Même quand ces images ne sont pas rendues publiques, elles restent exploitables par les flics en cas d’arrestation.

[A partir d’un article d’Ouest-France]

Publication : Avis de Tempêtes n°23 – Novembre 2019

Publié le 2019-11-19 17:21:05

Avis de tempêtes – bulletin anarchiste pour la guerre sociale n°23 (novembre 2019) vient de sortir.

« Pour que la révolte explose, il a certes fallu qu’une petite minorité aussi joyeuse qu’enragée lance une étincelle, mais aussi qu’un petit ingrédient supplémentaire vienne se rajouter : l’action directe diffuse qui renverse la table au bon moment. Quoi donc, des milliers de jeunes s’affrontent jour après jour avec la police pour frauder en rendant le métro gratuit de fait, et voilà que des inconnus entreprennent de supprimer la question elle-même en saccageant et détruisant les stations, avec leur lot de boutiques, de composteurs, de distributeurs de billets, leurs systèmes électriques et même leurs rames ! En un week-end, du 18 au 20 octobre, la moitié des stations du système de transport sous-terrain chilien a été mise hors service (25 stations incendiées et 93 endommagées), et plus de 2800 bus ont été attaqués jusqu’à ce jour. Ce signal a été très bien compris malgré le couvre-feu militaire, puisque l’ensemble du Grand Santiago s’est immédiatement embrasé, ainsi que toutes les grandes villes du nord au sud, et ce depuis quatre semaines déjà. »

Aller sur le blog pour consulter tous les anciens numéros: avisdetempetes.noblogs.org

[Reçu par mail]

Attaque contre les véhicules stationnées chez le président de DPL, sous-contractant impliqué dans la construction de la prison pour migrant.es

Publié le 2019-11-19 17:22:04
Nov 192019
 

Soumission anonyme à MTL Contre-info

Tôt, un matin enneigé de novembre, on a visité le bureau de DPL, la compagnie sous-contractée pour la mise en place des coffrages de la nouvelle prison pour migrant.es à Laval. On a de la chance: le siège social de la compagnie (située au 370 rang Rivière Bayonne Nord à Berthierville) est aussi la maison de Pierre-Luc Désy, président de DPL, de sa femme Christiane Désy qui est administratrice de DPL et de leurs enfants.

Nous avons crevé les pneus d’un véhicule de la famille ainsi que de deux remorques de DPL stationnées dans la cour. Nous avons aussi peint des messages contre la prison sur les véhicules, notamment « Nique les prisons » et « Fuck prisons ».

Comment avons-nous su que la compagnie DPL est impliquée dans ce projet de merde si elle est seulement sous-contractante et que ce contrat n’est pas publique? Aux éventuels sous-entrepreneur, posez-vous la question.

Si vous croyez pouvoir cacher votre implication dans le projet, vous vous trompez gravement. Il serait sage de reconsidérer si votre implication en vaut la peine.

Vous devez comprendre que votre rôle dans ce projet ne restera pas un secret. Une fois votre implication révelée, vous serez aussi vulnérables que Loiselle, Lemay et Tisseur qui ont été victimes de plusieurs attaques durant la dernière année.

Pierre-Luc et Christiane, pendant que vos enfants jouent au hockey dans votre cour et vivent en sécurité avec le confort des parents qui les aiment, vous aidez à bâtir les fondations d’une prison qui va séparer d’autres familles, une prison dans laquelle les enfants seront traumatisés et vont possiblement mourir. Cela vous rend fiers? Pensez-vous que vos enfants seront fiers quand ils comprendront vos choix? N’auront-ils pas honte d’avoir porté les t-shirts avec le logo de votre compagnie?

Jusqu’à la fin de cette prison, de toutes les prisons et du monde qui en a besoin.

Madrid, Espagne : Appel à frauder et fraude dans le métro de Madrid en solidarité avec la révolte chilienne – 18 novembre 2019

Publié le 2019-11-19 20:20:06

Le 18 novembre, nous, anarchistes, nous sommes solidarisé-e-s avec les rebelles qui ont initié la lutte au Chili en ne payant pas le métro.

La lutte sur le territoire chilien a commencé ainsi et c’est ainsi que nous voulons la rappeler avec une première fraude à la station de métro Puente de Vallekas, depuis ce matin. Pour qu’elles et ils se sentent entouré-e-s et appuyé-e-s dans leur lutte et sachent qu’elles ne sont pas seules.

Fraude toi aussi !

Frauder, exproprier : une autre façon de lutter ! Liberté pour les compagnonnes cagoules enfermées!

Tract distribué au cours de la fraude :

MORT À L’ÉTAT CHILIEN ET VIVE LA LUTTE DES ENCAPUCHONNÉ-E-S

La mort de tant de personnes n’a pas été vaine, sur tous les territoires, leurs frères et soeurs doivent se lever !

Cela n’a pas été en vain, car nous continuons à lutter et à agir contre l’État, le capitalisme, le colonialisme et contre toute autorité qui nous asphyxie. Chacune de leurs balles nous donne une raison de plus pour nous soulever et attaquer leurs instruments de domination. Nous sabotons le métro car c’est un outil vital pour maintenir le travail salarié qui nous garde sous leurs règles sanguinaires et pour maintenir le marché du capital qui nous condamne à une vie de consommation et de misère. Parce que le métro n’est rien d’autre qu’un instrument de domination de plus, et est issu de la nécessité de nous maintenir exploité-e-s et soumis-e-s. Son architecture même est violente, et nous serons donc tout aussi violent-e-s contre sa structure. Les murs parleront et ce ne sera pas le seul jour où ils le feront, nous ne nous tairons jamais. Ni mort-e-s, ni en ayant perdu un oeil ou deux, ni avec les balles de LBD dans le corps, ni avec les gaz lacrymogènes dans la gorge, ni par les coups, ni privé-e-s du peu de liberté que nous avons. Ils ne parviendront pas à nous faire taire.

Brûle ton abonnement de transport et passe, fraude, saute, bondit et ne te laisse jamais dominer !

Pour la fin de leurs jours et le commencement des nôtres.

Pour l’anarchie !

[Traduit de l’espagnol de contramadriz, 18.11.2019]

Toulouse : Beau comme des véhicules du Ministère de la Justice qui brûlent – 19 novembre 2019

Publié le 2019-11-20 13:58:04

Dans la nuit de lundi 18 au mardi 19 novembre 2019 à Toulouse, plusieurs véhicules du ‘Service Pénitentiaire d’Insertion et de probation’ (SPIP) et de la ‘Protection Judiciaire de la Jeunesse’ (PJJ) ont été incendiés alors qu’ils étaient stationnés devant l’UEMO (unité éducative de milieu ouvert) Saint-Exupéry, située avenue de Lespinet. Sur place, un tag « Libérez les GJ » a été retrouvé au sol.

Au total cinq voitures ont été détruites par les flammes devant les locaux du SPIP et de la PJJ, dont quatre appartenaient au Ministère de la Justice (selon LaDépêche). Selon France3, trois véhicules appartenaient à la PJJ, un autre au SPIP. Pour 20Minutes, trois au SPIP, un à la PJJ. L’incendie s’est déclaré vers 00h30, selon La Dépêche (entre 1h et 2h selon Fr3), mais flics et les pompiers ne sont intervenus que vers 2h du matin (ActuToulouse). 16 pompiers ont été dépêchés sur place avec quatre engins de secours pour venir à bout des flammes. Mais les flammes ont eu le temps de lécher les bureaux, de noircir la façade et de détruire plusieurs vitres sous l’effet de la chaleur.

D’après les enquêteurs, « le feu est d’origine criminelle. Trois départs de feu ont été relevés ».

[Repris de divers articles de presse, 19.11.2019]

Berlin (Allemagne) : KONE, entreprise qui profite des prisons, attaquée

Publié le 2019-11-20 13:58:17

de.indymedia.org / lundi 18 novembre 2019

Le 17 novembre, une voiture de l’entreprise KONE, qui profite des prisons, a été incendiée.

Solidarité offensive avec les personnes poursuivies et arrêtées par l’État grec !
Salutations enflammées à Tunfisch, arrêtée le 10 novembre à Berlin !
Feu aux prisons, liberté pour tou.te.s les prisonnier.e.s !

Dans la société bourgeoise, le principe de punition n’est jamais oublié. La persécution de l’État a à sa disposition tous les moyens possibles. La presse, qui sert volontiers de porte-parole des flics, en publiant des accusations, des photos et des appels à la dénonciation, qui ce qui permettra ainsi de toucher un large public. Les journalistes bavent devant une bonne histoire, censée faire augmenter les chiffres de vente de leurs torchons, peu importe aux dépenses de qui elle est réalisée. Des milliers de larbins qui, en portant leurs uniformes, assurent la défense d’un système inhumain et sont prêts à débarquer dans des maisons, à arrêter, torturer, blesser, violer, tuer des gens. Des entreprises dont le mobile fondamental n’est rien d’autre que l’augmentation du profit, qui n’ont donc aucune conscience et qui investissent dans la construction de prisons et de murs, à la recherche de méthodes d’oppression plus sophistiquées.

L’attaque révolutionnaire contre des conditions meurtrières et contre la logique de la propriété et du profit par l’exploitation et l’oppression, ne réside pas seulement dans l’action directe, mais l’ancre de celle-ci dans les luttes sociales. Il n’y a rien à redire sur l’action pour l’action, qui donne une réponse concrète à l’atrocité de l’existant, mais le fait révolutionnaire ne peut avoir lieu que par l’abolition de l’isolement des combattant.e.s ou des cellules pris singulièrement et le lien avec les personnes qui sont opprimées. Ceux/celles qui, sous le nom d’ « Organisation d’Autodéfense Révolutionnaire », ont mené des attaques contre des unités antiémeute de la police grecque (janvier et novembre 2017, mai 2014), les ambassades du Mexique (juillet 2016) et de la France (novembre 2016), ont écrit dans leurs textes à propos de ce lien, par lequel la lutte armée est une expression du mouvement social. Le 9 novembre, l’État grec a arrêté trois personnes, dont l’une a été libérée quelques jours plus tard ; les flics ont interpellé plusieurs personnes et essayé pendant des heures de les interroger ; une personne blessée à été obligée de fuir. Depuis le changement de gouvernement, de Syriza à Nea Demokratia, l’État a enlevé son masque démocratique et modéré s’est donné pour but, en plus de l’activité raciste habituelle, de réduire au silence le mouvement anarchiste et de combattre toute forme d’auto-organisation des opprimé.e.s et des exclu.e.s. Il n’est donc pas surprenant que le nouveau gouvernement a essayé, en novembre, de démanteler des groupes de lutte armée. Les deux derniers mois de l’année sont marqués par l’histoire de la résistance anti-autoritaire et anarchiste, depuis la résistance contre la junte militaire et le soulèvement général de l’Ecole Polytechnique, [le 17 novembre ; NdAtt.] 1973, jusqu’à la révolte de décembre 2008, suite à l’assassinat d’Alexis par un flic.

Partout où nos regards se tournent, dans le monde entier, nous voyons éclater protestations et émeutes. Des révoltes qui se déchaînent et entraînent des milliers de personnes dans la rue, prêtes à attaquer les symboles de l’humiliation. Des mouvements sociaux qui nient toute forme de négociation et de représentation. Et ici, à Berlin, nos bouches restent ouvertes devant la volonté de répondre à la violence du système par la violence et par des moments de révolte, devant les souffles de solidarité et de liberté et devant une rage qui semblent rendre impossible que cela s’arrête. Il reste encore beaucoup à faire, dans une époque où le fascisme, la misogynie et les idées autoritaire se diffusent, où d’innombrables personnes meurent dans les mains des flics, comme ça a été le cas pour Oury Jalloh [réfugie du Sierra Leone, il a trouvé la mort dans une cellule du commissariat de Dassau, le 7 janvier 2005, à cause d’une incendie – il était ligoté au matelas et l’alarme anti-incendie a été éteint à deux reprises avant que les flics interviennent; NdAtt.], où l’on exploite chaque bribe de toute chose. Et si cette action signifie donner ne serait-ce qu’un petit signe de solidarité avec les prisonnier.e.s et les blessé.e.s des révoltes et des luttes dans le monde entier, alors nous le faisons parce que nous ne voulons pas rester les bras croisés, à regarder. Chaque brèche que l’État essaye de faire dans les rangs de celles/ceux qui osent remettre en question sa toute-puissance nous renforcera, étant donné que la destruction des relations violentes est la seule chose à faire. Et puisque ce ne sont pas seulement les dirigeants qui maintiennent ces relations, mais aussi les entreprises, la presse, les flics – ils sont des cibles légitimes.

C’est pourquoi nous avons mis le feu à une camionnette de l’entreprise KONE, à Berlin Prenzlauer Berg, dans la nuit du 17 au 18 novembre. KONE est l’un des principaux fabricants mondiaux d’ascenseurs, d’escaliers mécaniques et de portes automatiques. Ils ne s’arrêtent pas devant la participation à la construction de prisons.

Solidarité offensive avec les personnes poursuivies et arrêtées par l’État grec !
Salutations enflammées à Tunfisch, arrêtée le 10 novembre à Berlin !

Feu aux prisons, liberté pour tou.te.s les prisonniers !

Chili : Quelques brefs récits de la révolte

Publié le 2019-11-20 14:14:12

Noticias de la guerra social (première et deuxième partie) / dimanche 10 novembre 2019
(Récits rédigés et diffusés sur les réseaux sociaux)

Santiago du Chili
18 octobre 2019

La ville est en flammes, à cause de l’augmentation du ticket des transports en commun ! Le paradis du capitalisme en Amérique du Sud brûle ! Des heures d’affrontements entre la police et les manifestant.e.s, des centaines de locaux saccagés, 20 stations de métro et 16 bus en feu, le bâtiment de la compagnie électrique Enel (qui, elle aussi, a augmenté ses tarifs) en feu. Un jour historique et magnifique de révolte sans chefs, sans partis politiques ni dirigeants. Le président chilien décrète l’état d’urgence et envoie les militaires dans les rues.
Et toi, de quel côté du tourniquet es-tu ?

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19 octobre 2019
2ème jour de révolte sociale

Malgré la présence des militaires dans les rues, des milliers de manifestant.e.s font face aux chars de combat et aux uniformes. La ville est toujours paralysée ; depuis les hauteurs on peut voir de nombreux foyers d’incendies et d’explosions. Les écoles et les universités suspendent leurs cours pour la semaine suivante.
Malgré l’état d’urgence, il y a des centaines de pillages ; 78 stations de métro, des trains, des péages et un nombre indéterminé de bus sont incendiés.
Dans les rues, on peut voir le sourire sur les visages de tou.te.s celles/ceux qui protestent, dansent au rythme des barricades et profitent du chaos, sont solidaires entre eux/elles et s’organisent sans chefs ni dirigeants. De nombreuses personnes ont attendu ce moment toute leur vie et elles ne le gâchent pas.
Les protestations s’étendent à d’autres villes du Chili, la rage accumulée a explosé avec une violence incontrôlable.
Le couvre-feu est décrété de 22 h à 7 h.
Et toi, de quel côté du tourniquet es-tu ?
FRAUDER LE CAPITALISME !
C’EST NOTRE JOUR ! SI CE N’EST PAS NOUS, QUI ? SI CE N’EST PAS MAINTENANT, QUAND ? LES RUES SONT AUX REBELLES !

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20 octobre 2019
3ème jour de révolte sociale

Pendant la nuit de couvre-feu, les manifestant.e.s ont défié cette décision du pouvoir et ont continué à protester dans les rues. Militaires, policiers et tueurs à gages dans des voitures privées tirent pour tuer. La presse du capital a caché des informations à propos des personnes blessées et assassinées par les militaires, des utilisateur.trice.s dénoncent le fait que les réseaux sociaux seraient en train d’effacer leurs vidéos où l’on montre la violence des institutions.
Pendant la journée, les affrontements se sont poursuivis : des heures durant, de jeunes cagoulé.e.s ont jeté des pierres sur des véhicules blindés, pendant que des grands-parents de 90 ans tapaient sur leurs casseroles. Des milliers d’insurgé.e.s se sont emparé.e.s de plusieurs points du centre de la capitale ; toutes les villes du pays participent à ce mouvement de mécontentement social. A ce jour, il y a déjà eu 1500 arrestations.
Les chaînes de supermarchés (principalement la chaîne Wallmart) ferment, à cause des nombreux pillages et des incendies.
Le Parlement abandonne l’augmentation du tarif du métro, mais plus personne ne s’en soucie. La stratégie du gouvernement est de semer la confusion, avec l’intention de diviser les « gentil.le.s » manifestants des « mauvais.e.s ». Des rumeurs courent sur une pénuries de nourriture, de carburant et même d’eau.
On auto-organise des groupes d’infirmières, d’avocat.e.s, ainsi que des pots communs pour répondre à certaines des nécessités de base.
Le couvre-feu est avancé à 19 heures. Cependant, dans les rues les barricades continuent de brûler. Certaines organisations ont appelé à une grève générale pour le lendemain, lundi 21 octobre.
Et toi ? De quel côté du tourniquet est-tu ? Du côté des exploiteurs ou des exploité.e.s ?

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21 octobre 2019
4ème jour de révolte sociale

La poudrière de l’« oasis sud-américaine » [le 8 octobre 2019, le président Sebastián Piñera avait déclaré que « le Chili est une oasis de stabilité dans une Amérique latine en proie à des violentes convulsions » ; NdAtt.] continue à brûler ! […]
Le pouvoir voulait faire croire que le début de la semaine de travail serait un jour normal, mais ça n’a pas été le cas. De nombreuses manifestations dans tout le Chili ont bloqué les plus importantes rues du pays.
« Ils ont volé notre eau, ils ont volé nos forêts, ils ont volé notre santé, ils ont volé nos retraites, ils nous ont tout volé, mais pas notre dignité », ont commenté des groupes de femmes en bas de chez elles, en tapant sur des casseroles, en riant et en partageant la nourriture.
Il y a la fatigue physique et, pourquoi le cacher, aussi la peur. Les chiffres parlent de 12 femmes violées, 42 personnes assassinées et 121 disparues à cause de la police et des tueurs à gages, qui agissent principalement pendant le couvre-feu. Pendant la journée, la police tire à la chevrotine et il est impossible de quantifier les blessé.e.s. Beaucoup d’irréductibles ont perdu des yeux à cause des coups donnés par le bras armé du Capital.
Des groupes d’insurgé.e.s protestent et tentent d’entrer dans les studios de la télévision, accusée de créer une situation de paranoïa et de cacher la réalité. Aux studios de la chaîne Mega, les manifestant.e.s ont viré une partie de la clôture, tout en se faisant gazer par la police. L’émission d’information de la télévision nationale « Special Report » accuse les anarchistes et les nihilistes d’avoir allumé la mèche de la révolte sociale.
L’appel à s’emparer des quartiers des riches et y porter la rage devient viral.
Aux groupes auto-organisés de pots communs, de soins et d’avocat.e.s s’ajoutent des groupes de soins pour les animaux non-humains, des groupes de réparation de vélos et d’hébergement.
Dans tout le monde, il y a une cinquantaine de belles manifestations de solidarité, devant les ambassades et consulats chiliens, comme à Buenos Aires, Mendoza et Lima, où elles se terminent par des incidents et des arrestations.
La rue demande la tête du roi !
Il n’y a pas de retour en arrière !

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22 octobre 2019
5ème jour de révolte sociale

LE PEUPLE EXIGE LA TÊTE DU ROI ET LE RENVERSEMENT DE SON SYSTÈME !
On pensait que la « révolte des 30 pesos » [le montant de l’augmentation du ticket du métro de Santiago ; NdAtt.] allait diminuer en intensité, rien n’est plus loin de la vérité. Pour la cinquième journée consécutive, des manifestant.e.s occupent le centre de la capitale, en s’affrontant aux uniformes et à leurs blindés.
Pierres, bombes incendiaires, bombes de peinture, chlore et acide sont lancées sur les keufs, qui répondent par des coups de feu. Des groupes d’ultras de foot se joignent au combat. Commencent timidement à apparaître boucliers, casques et lunettes pour la protection des insurgé.e.s.
Des groupes d’affinité appellent à l’autodéfense des quartiers populaires ; il y a des récits d’enlèvements, chez eux/elles, de leaders sociaux et du mouvement lycéen.
Dans la commune de San Bernardo, des inconnu.e.s tirent sur un poste de police.
La télévision n’arrive pas à filtrer et transmet en direct la façon dont les militaires tirent sur des « dangereux.ses » manifestant.e.s armé.e.s de pots et de cuillères. Des vidéos circulent à propos d’exactions intentionnelles commises par des agents des forces de l’ordre.
Dans son discours à la télévision publique, le président du Chili annonce plusieurs mesures, mais personne n’est satisfait.e. Personne ne veut de miettes, ce qui se passe est quelque chose d’autre.
Les centrales syndicales appellent à la grève générale les mercredi 23 et jeudi 24, à partir du matin, et à un défilé dans le centre-ville à 11 heures.
Il y a un climat d’incertitude, il n’y a pas de revendication concrète ni d’interlocuteur.trice.s valables. Parmi les anarchistes, il y a de l’autocritique : peut-être qu’avec plus d’unité, de coordination, d’organisation et de propagande, cela aurait pu prendre une autre tournure.
Nous n’avons aucune certitude sur la façon dont la révolte finira, mais le sourire sur notre visage ne pourra jamais être effacé. Nous sommes en train de vivre l’un des plus beaux moments de la guerre sociale dans le territoire dominé par l’État chilien.
Continuons à propager la révolte sociale !
On se voit dans la rue !

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23 octobre 2019
6ème jour de révolte sociale

Piñera à la guillotine !
Selon les informations officiels, 300.000 personnes ont manifesté sur la Plaza Italia, le centre névralgique des affrontements dans la capitale. Le fait d’être en masse entraîne avec soi des attitudes qui donnent la nausée à beaucoup d’entre nous.
Ils essayent d’éteindre la révolte en faisant recours à des appels citoyens et au patriotisme, la télévision se réjouit de montrer des images de manifestant.e.s pacifiques qui embrassant des policiers, jouent au ballon avec les soldats, ou bien dansent dans des raves, sans se soucier de la gravité de la situation actuelle… Ils/elles dansent sur nos morts !
Le matin, les « enfants bien comme il le faut », ceux/celles très blond.e.s, plein.e.s de privilèges et pro-vie, sortent pour nettoyer et balayer les décombres dans les rues. Les rebelles coupent les rues avec des câbles de fer, et faute de matériel pour allumer les barricades et à jeter sur les agents de la répression, les insurgé.e.s prennent des burins pour casser l’asphalte.
Dans la ville de Coyhaique, on attaque un poste de police avec des engins incendiaires.
Il y a des dénonciations de tortures horribles à l’intérieur de commissariats de police et d’une station de métro.
Le sous-secrétaire à l’Intérieur appelle les réservistes de l’armée et, du Wallmapu [le territoire des Mapuches, dans le sud du Chili ; NdAtt.], arrivent des blindés, ainsi que les policiers du « commando jungle », formée pour la guerre en Colombie.
Dans le cyberespace, on pirate des sites étatiques avec des slogans en faveur de la rébellion.
Le gouvernement annule l’augmentation de 9,2% des factures d’électricité et les partis de gauche tentent de diriger la révolte, pour leurs intérêts électoraux égoïstes.
Le couvre-feu continue, maintenant de 22 heures à 4 heures du matin.
Les sommets de l’APEC [Asia Pacific Economic Cooperation – Coopération économique pour l’Asie-Pacifique une organisation économique internationale à la con; NdAtt.] et de la COP25, qui devraient se tenir au Chili, sont en danger.
Un appel tourne pour une manifestation d’ampleur historique, pour le vendredi 25 octobre à 17h.
Les anarchistes du monde entier appellent à une semaine de solidarité internationale avec la révolte, du 24 octobre au 1er novembre.
Une semaine de conflit est presque terminée….
Nous ne voulons pas la paix, MAIS LA VICTOIRE !

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24 octobre 2019
7ème jour de la Révolte Sociale

SEPT JOURS EN FLAMMES !
La force de la Révolte est impressionnante ; une semaine de rêve se termine. Il y a l’épuisement, beaucoup de nous dorment très peu, à cause du mélange d’inquiétude et d’anxiété. Mais il n’y a aucun doute que nous avons encore beaucoup de force pour continuer à lutter.
Une autre journée de protestations, lors de laquelle la tendance a été à la massification ; continuent les foyer d’affrontements entre les rebelles d’un côté et police et armée de l’autre. Les anarchistes et les antifascistes sont en état d’alerte à cause des déclarations des membres des groupes d’extrême droite, qui appellent à soutenir les mobilisations.
Dans la commune de Peñalolen, il y a des affrontements devant un commissariat dans lequel, selon les voisin.e.s, la police a crucifié des détenu.e.s aux antennes du toit de l’enceinte. Dans le centre de la ville [de Santiago ; NdAtt.], des personnes cagoulées attaquent la station de métro Baquedano, endroit qu’on dit être un triste centre de torture.
Les chauffeurs de la compagnie de transport public « SuBus », dont dépendent les lignes 200 et 300, arrêtent leur travail, en solidarité avec un collègue abattu dans des circonstances peu claires.
Suivent les chauffeur.euse.s de camions, des chauffeurs de taxi, des collectifs et des propriétaires de voitures. Exigeant que le prix des des autoroutes soit réduit, ils/elles appellent à faire des opérations escargot.
L’ami de Bolsonaro et candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle, Kast, tente de profiter politiquement d’un mouvement appelé « gilets jaunes » : un groupe de citoyen.ne.s qui, plein.e.s de paranoïa, organisent la défense de leurs maisons et patrouillent leurs quartiers, se protégeant des ennemis imaginaires et des pillages (à ce jour, aucune maison n’a été pillée). La vérité est qu’il s’agit de personnes fonctionnelles au système, qui protègent « leurs » supermarchés et critiquent l’usage de la violence. Le fasciste Kast appelle aussi à une marche, dimanche.
Les partis politiques et les parlementaires soutiennent le président chilien, face au peuple qui veut sa tête, et détournent la colère vers le ministre de l’Intérieur, le psychopathe Andrés Chadwick Piñera (cousin du président), en le blâmant pour les meurtres et en exigeant sa démission.
Au Congrès, ils approuvent l’idée de légiférer pour réduire le temps de travail hebdomadaire à 40 heures. Il y a une semaine, le gouvernement, la droite et les hommes d’affaires se sont vivement opposés à cette idée.
Dans les quartiers, les voisin.e.s se reconnaissent à nouveau, elles/ils ont le temps de jouer avec les enfants et de partager entre elles/eux. On organise des conseils et des assemblées ouvertes, pour discuter de l’avenir de la rébellion, parler de ses désirs et s’organiser de façon autonome.
Les gestes de solidarité, comme un barrage d’une route, quelque part au Mexique, provoquent les sourires et l’amour des rebelles.
On appelle à la plus grande manifestation de l’histoire, vendredi 25 à 17 heures, sur la Plaza Italia.
NOUS SOMMES TOUJOURS IRRÉDUCTIBLES !
LES RUES SONT À NOUS !

L’erreur était de penser que ce que l’on avait était la paix, tandis qu’en réalité c’était un terrible silence

DEUXIÈME PARTIE

28 octobre 2019
11ème jour de la Révolte Sociale

FEU À LA NORMALITÉ ! Ils ont essayé de nous « normaliser », mais nous sommes revenu.e.s plus fort.e.s !
Ils pensaient qu’en levant le couvre-feu, tout le monde serait allé dans des discothèques et des fêtes, qu’ils allaient endormir les jeunes avec l’alcool, la drogue […]… Ça n’a pas marché.
Une fois de plus, « les enfants bien comme il le faut », les blond.e.s et les pro-vie, sortent à l’aube pour nettoyer la ville, ils sont rejoints par des groupes catholiques et chrétiens, en t-shirts blancs. Ça n’a pas très bien marché.
De nombreuses routes du pays ont été bloquées, s’en sont suivies des evacuations, et les manifestant.e.s continuent de se rassembler en de façon autonome, sans partis ni dirigeants.
Le nombre des viols, des abus sexuels, des détenu.e.s, des personnes torturées, disparues et assassinées augmente de jour en jour. Il n’y a aucune certitude par rapport à leur nombre exact.
Dans la rue, la propagande anarchiste commence à se multiplier, au-delà des milliers de tags et de slogans criés. Les villes de Valparaiso et Concepción enregistrent des niveaux élevés de conflit et de combativité.
Dans la capitale, des inconnu.e.s attaquent avec le feu (pour la troisième fois) les studios de la chaîne de télévision « Mega », l’une des nombreuses qui continuent à servir de porte-parole de l’élite.
Dans la commune de Lo Barnechea, on prend une statue en l’honneur de la police, on la décapite et on en montre la tête comme un trophée, parmi les cris de joie.
La manifestation en direction du palais du gouvernement va jusqu’à ses environs, mais personne ne peut l’atteindre. « La Moneda » [le palais présidentiel ; NdAtt.] est strictement entourée par la police militarisée et ses véhicules blindés.
Les expropriations collectives, les incendies de multinationales et de grandes entreprises se poursuivent.
Les groupes de gauche tentent d’orienter la révolte vers la demande d’une assemblée constituante, en essayant dans de nombreux cas d’instrumentaliser les conseils et les assemblées de quartier.
Le gouvernement appelle à l’isolement des rebelles, en faisant appel à la citoyenneté pacifiste. Une grande partie du cabinet présidentiel est tombé, dont le détesté ministre de l’Intérieur Andrés Chadwick. La nouvelle ministre, à la télévision, menace ouvertement les « 6500-7000 violentes » de persécutions et d’emprisonnements.
Le mardi 29 octobre, on essayera à nouveau d’atteindre le palais du gouvernement.
Que le feu anticapitaliste et anti-étatique ne s’éteigne pas ! Le capitalisme c’est la mort, la Révolte c’est la vie !

près de La Moneda, 28 novembre 2019

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30 octobre 2019
13ème jour de la Révolte Sociale

LES COUPS DE FEU NE TUENT PAS LA RAGE!
Les manifestations deviennent moins massives et la police a changé de tactique ; au moment du début de la manif, les keufs ont chargé la foule avec beaucoup de force, tirant sans discernement. Après qu’ils ont réussi à repousser les rebelles, on n’a pas eu le temps de se regrouper et la majorité a choisi de rester à quelques pâtés de maisons de « Ground Zero » [Plaza Italia, centre symbolique de la révolte et point de départ de la plupart des manifestations à Santiago ; NdAtt.]. La police militarisée et ses véhicules blindés se sont emparés de l’emblématique Plaza Italia.
Les anarchistes lancent à nouveau l’appel à l’auto-soin, pour se protéger en portant des casques, des lunettes de protection, des boucliers et en « tapissant » ses membres. Selon des chiffres non officielles, il y aurait un millier de blessé.e.s par les coups de chevrotine, des blessures qui rendent très difficile le retour en première ligne. L’appel est aussi à la multiplication des actions de propagande anarchiste, avec affiches, pamphlets, drapeaux, slogans et chansons.
Des personnes cagoulées s’introduisent par effraction dans la bibliothèque du Parc de Bustamante, pour briser les écrans d’ordinateurs et sortir les meubles pour en faire des barricades. Mais les livres sont laissés à leur place, intacts.
Dans différentes villes, des statues des colonisateurs espagnols et d’autres personalités détestées par la population ont été abattues. Il reste de belles cartes postales de l’histoire vindicative des peuples originaires.
Dans le nord du pays, deux camions sont bloqués et obligés de décharger leur cargaison sur la route, ce qui entraîne une barricade faite de tonnes de sel. Completement surréaliste. A Quilpue, là où, il y a quelques mois , le maire avait proposé le couvre-feu pour les mineur.e.s, on a mis le feu à la mairie.
Le Président du Chili annonce l’annulation du Sommet des dirigeants des pays de l’APEC et de la COP25. Un grand triomphe pour celles/ceux qui se sont organisé.e.s pour protester contre la présence de Trump, Poutine et leurs amis. Un coup porté à l’ego du président chilien, qui cherchait depuis longtemps à devenir une référence internationale. Même le TPP11 [Acuerdo Transpacífico de Cooperación Económica, Accord de partenariat transpacifique – traité multilatérale de libre échange ; NdAtt.] est dans le collimateur des insurgé.e.s.
Chose sans précédents, le symbole de la consommation à Santiago, le Costanera Center [complexe de bureaux de standing, qui comprend le gratte-ciel le plus haut du Chili, et grand centre commercial de luxe ; NdAtt.], ferme pendant le week-end, par crainte d’expropriations collectives.
Au parlement, les politiciens se querellent à propos d’une inculpation pour action anti-constitutionnelle contre Piñera et Chadwick ; les partisans du gouvernement de droite et les journalistes de la télévision disent que « ce n’est pas le bon moment ». Ils cherchant comme toujours l’impunité totale pour les autorités.
Dans les tribunaux, le premier procès pour la destruction des tourniquets de la station de métro de San Joaquin fait l’objet d’une vaste couverture médiatique. L’inculpé a été placé en détention provisoire à la Prison de haute sécurité, pour dégradations aggravées et en vertu de la loi sur la sécurité intérieure de l’État. Certaines informations font état d’environ un millier d’arrestations pendant ces deux derniers jours de conflit.
L’avenir de la Révolte est incertain, c’est à nous de continuer avec audace et de manière autonome, pour que ce rêve continue.
Jeunesse combative, insurrection permanente !
La Révolte Sociale est toujours vivante !

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31 octobre 2019
14ème jour de la révolte sociale

DEUX SEMAINES DE FEU !
Dès les premières heures du matin, les manifestant.e.s investissent Plaza Italia, et comme le temps passe, l’endroit se remplit. C’est un mélange bizarre de personnes déguisées, d’autres cagoulé.e.s, de manifestant.e.s et de vendeur.euses.s de toutes sortes avec leurs stands. Certain.e.s marchent jusqu’à La Moneda et sont dispersé.e.s à l’aide de blindés munis de canons à eau. De violents affrontements entre manifestants cagoulé.e.s et les keufs se poursuivent pendant plusieurs heures.
Grâce au soutien mutuel et à l’auto-organisation, les manifestant.e.s forment une pyramide humaine et éteignent collectivement l’incendie qu’une grenade lacrymogène a provoqué sur un palmier chilien sur le terre-plein de l’avenue Alameda. Un.e autre manifestant abat un drone de police à Paseo Bulnes, attaquant un point clé de la répression : la surveillance.
A Iquique, on incendie un péage routier. A Chiloe, on attaque le bureau du gouverneur et la maison du maire d’Angol. A Valparaiso, une personne cagoulée est montée sur le toit d’un blindé, pendant qu’il était en mouvement, et elle a désactivé le canon à eau.
Des inconnu.e.s incendient l’arène de Copiapó, un lieu de maltraitance animale utilisé pour les rodéos.
Il y a quelques jours, était attendue l’arrivée d’observateurs internationaux des droits de l’homme de l’ONU, d’Amnesty International, etc. Des nombreuses personnes espéraient naïvement qu’avec leur arrivée la brutalité policière cesserait, mais la police les a ramenées à la dure réalité, avec un coup de chevrotine contre un observateur de l’INDH (Institut National des Droits de l’Homme). Et la réalité, ce sont les tirs indiscriminés contre des enfants, des grands-parents, des manifestants pacifiques ainsi que des personnes cagoulées. Ce sont des personnes battues à mort, violées, abusées sexuellement, torturées, faites disparaître et assassinées par des agents de l’État.
Le ministère de l’Éducation annonce l’annulation du test SIMCE [les preuves de fin d’année, pour l’ensemble des écoles ; NdAtt.] par crainte d’un appel au boycott de la part des élèves, des mandataires et l’Ordre des enseignants.
Les bureaux diplomatiques du Chili sont attaqués à Bruxelles et en Italie.
Le structures d’organisation horizontale et autonome de quartier continuent de se multiplier.
Honneur à tou.te.s nos mort.e.s et disparu.e.s dans la Révolte ! Nous ne sommes pas tou.te.s là, ils manquent les prisonnier.e.s !
MORT À L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE [une des demandes de la gauche; NdAtt.] ET VIVE L’ANARCHIE !

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1er novembre 2019
15ème jour de la Révolte Sociale

CONTINUONS AVEC UN ELAN INÉBRANLABLE ! Sans chefs, ni partis, ni patriotes fascistes !
Dans la matinée, la marche des « Femmes en deuil » est arrivée au palais du gouvernement, dans une protestation silencieuse et saisissante. Vêtues de noir et portant des pansements sur les yeux, elles dénoncent la brutalité de l’État, du capitalisme et du patriarcat.
Dans l’après-midi, des masses de gens sont retournées dans le centre de la capitale, des milliers de personnes ont rempli « Ground Zero ». Des manifestant.e.s cagoulé.e.s attaquent l’ambassade d’Argentine et une église catholique à quelques mètres de la Plaza Italia. Selon « Cambio 21 » [un hebdomadaire chilien ; NdAtt.], sept églises évangéliques ont été incendiées au cours de ces deux dernières semaines.
Au milieu des affrontements, des anarchistes, depuis un poste mobile, distribuent de la nourriture aux manifestant.e.s cagoulé.e.s. Les manifestant.e.s utilisent des pointeurs laser comme arme pour aveugler les flics et leur blindés. Au même temps, d’autres font tomber la statue d’un militaire, sentinelle dans le monument au général Baquedano.
Des membres du Mouvement social patriotique (MSP), fasciste, sont découverts au sein de la manifestations et pris à partie, la plupart s’enfuient, tandis que d’autres sont mis à terre et frappés par des antifascistes et des anarchistes, qui leur arrachent un drapeau.
L’eau de la plupart des piscines est teinte en rouge, en allusion au sang versé par la répression dl’État.
A Arica, le buste de Christophe Colomb est brisé et à Cañete on brûle le siège du parti d’extrême droite UDI. De Limache arrive un groupe qui a marché 98km pour livrer une pétition à La Moneda ; elles/ils ont été reçu.e.s violemment, par un canon à eau.
Les tarifs des péages autoroutiers (TAG) sont gelés et le réajustement annuel de 3,5% est annulé, échangé contre une augmentation annuelle équivalente à l’Index des prix à la consommation. Cela ne satisfait pas les organisations contre le TAG, qui appellent au boycott le mercredi 6 novembre. Les partis politiques commencent à promettre l’annulation des dettes d’études (CAE) des étudiant.e.s universitaires, des millions de pesos .
La stratégie de communication du gouvernement est de retirer le président des écrans de télévision et d’y mettre le nouveau ministre de l’Intérieur, Blumel, présenté comme un négociateur actif, qui encourage les conseils des citoyens. Ils veulent éteindre la révolte sociale à la manière française. Aujourd’hui, le pouvoir cherche pathétiquement le dialogue, après des décennies passées sans écouter les demandes de la population.
A Athènes, un groupe de solidaires a ouvert des tourniquets du métro, comme soutien à la Révolte. A New York, une douzaine d’individus ont fraudé le métro de manière coordonnée, après une manifestation contre le racisme et la répression policière. Ils/elles ont fait des tags et collé des autocollants en référence à la Révolte ici.
Ce week-end il y a de nombreuses activités autogérées et autonomes pour l’autofinancement des compas blessé.e.s et des prisonnier.e.s.
Il y a un appel pour une grève totale et une manifestation, lundi 4 novembre à 17h, sur Plaza Italia.
Continuons à ANARCHISER LA REVOLTE SOCIALE ! Rien n’est terminé…

Arica, la statue de Christophe Colomb

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4 novembre 2019
18ème jour de la Révolte Sociale

LA VENGEANCE SERA TERRIBLE !
Certain.e.s d’entre nous craignaient que le début de la semaine ne diminue la force de la révolte, mais notre crainte était sans fondement. Le « Super Lundi » a commencé par des barricades et des barrages routiers à plusieurs endroit, ainsi que des fraudes massives, principalement à la station de métro Vicente Valdés.
Au crépuscule, la Plaza Italia était pleine, avec de multiples points de confrontations avec les keufs. Deux motards de la police ont été frappés par une foule et leurs véhicules détruits. Dans le « Ground zéro », un.e cagoulé.e à la touche magique a lancé une bombe incendiaire qui a explosé en plein visage de deux policiers des forces spéciales ; une ovation hallucinante a été immédiatement entendue. La vidéo impressionnante ferait le tour du monde ; le gouvernement tente de faire passer pour des victimes le bras armé du Capital.
Des milliers de tracts avec de propagande anarchiste volant dans les airs pendant les affrontements.
Des membres de l’organisation de la jeunesse du Parti communiste sont chahautés par des personnes cagoulées, qui lancent des bombes de peinture sur leur local.
Les manifestants entrent dans le bâtiment centrale de l’Université catholique et en sortent des meubles, pour les utiliser comme barricades. Sur le campus San Joaquín de la même université, des manifestant.e.s cagoulé.e.s affrontent la police.
Le soir, il y a une douzaine de veillées pour nos compas assassiné.e.s, torturé.e.s et disparu.e.s au cours de la Révolte.
La Mairie de Santiago clôture l’année scolaire de deux lycées emblématiques, l’ « Instituto Nacional » et l’ « Internado Nacional Barros Arana ». Il est évident qu’ils craignent la continuation de la résistance offensive que les lycéen.ne.s ont menée tout au long de l’année. Dans d’autres écoles secondaires, il y a des fugues massives, et des nombreux.euses élèves décident d’occuper leurs leurs lieux d’études, dans tout le pays.
Un colis suspect est retrouvé, entraînant l’évacuation de la station de métro Usach.
Une manifestation nocturne d’une cinquantaine de manifestant.e.s près du Costanera Center provoque la panique des puissants, avec un déploiement policier impressionnant pour garder le palais de la consommation capitaliste. Il y a des appels à protester au même endroit le mercredi 6 et le jeudi 7, à 17h.
Des chauffeurs de taxi font une opération escargot, exigeant la démission du ministre des Transports.
Dans d’autres régions, des personnes cagoulées attaquent le centre commercial Marina Arauco à Viña del Mar, incendiant l’arène à Rio Bueno et brûlent le péage autoroutier de San Pedro à Quillota. Le nord du pays est également en flammes et à Antofagasta on met le feu à un temple maçonnique, tandis qu’à Arica on décapite plusieurs statues de militaires.
Anonimous a piraté la page de l’INDH [l’Institut National des Droits de l’Homme ; NdAtt.], qui a caché la vérité et amoindri la gravité des atrocités des institutions répressives de l’État.
Le groupe de solidarité grec « Rouvikonas » manifeste devant la maison de l’ambassadeur du Chili à Athènes.
Continuons à encourager l’organisation horizontale, autonome et autogérée de la Révolte sociale ! Multiplions les groupes d’affinité dans la résistance ! Continuons à être dans la rue….
Au guerrier de l’ALF Barry Horne [mort des suites d’une grève de la faim en taule, le 5 novembre 2001 ; NdAtt.]… cela est aussi pour toi.

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6 novembre
20e jour de la Révolte Sociale

NOUS VOULONS FESTOYER SUR LES RUINES DU CAPITALISME !
La stratégie de la décentralisation et d’amener le conflit dans les quartiers riches a mieux fonctionné que prévu : des milliers de personnes ont répondu à l’appel à manifester devant le Costanera Center. Après l’intervention répressive, elles se sont dispersées en plusieurs groupes, générant des nombreux foyers de conflit. Les banques, les pharmacies, les chaînes de restauration rapide […] sont expropriées collectivement et détruites par des manifestant.e.s cagoulé.e.s.
Tout l’axe de Providencia, de Manquehue à Plaza Italia, a été bloqué. L’appel est à se réunir de nouveau, le jeudi 7 et le vendredi 8, dans le quartier symbole de la consommation capitaliste.
Quelques inconnu.e.s ont vécu des moments mémorables, en attaquant le siège du parti d’extrême droite UDI, en brisant la clôture pour entrer y foutre le bordel et en sortir des meubles pour construire une barricade. Parmi les tags et comme un sceau infaillible de la Révolte, il y avait le A cerclé. L’ensemble de l’échiquier politique s’est pressé de condamner l’action, la qualifiant d’attaque contre la démocratie.
A quelques rues de là, un autre groupe a détruit le monument de l’idéologue de la dictature civile-militaire Jaime Guzmán.
Une chaîne humaine solidaire et auto-organisée a construit une impressionnante barricade avec des pavés, elles/ils se sont passé de main en main les pierres avec lesquelles ont édifié une œuvre remarquable d’ingénierie rebelle. Il était impossible pour les véhicules blindés d’éviter l’imposante barricade.
Aujourd’hui à Providencia et dans la ville de Puerto Montt s’est répandue la belle habitude que des personnes cagoulées montent sur les blindés avec canons à eau et sabotent le canon, en le rendant inutilisable.
Sur les places de Puente Alto et Renca, les étudiant.e.s s’affrontent pendant des heures avec les policiers ; dans cette dernière commune elles/ils attaquent un commissariat avec des pierres et des cocktails Molotov. Cinq Carabineros sont blessés.
Des milliers de personnes continuent de se rassembler sur la Plaza Italia et il y a des fréquents affrontements avec la police.
La veille du jour où la police est entrée dans un lycée après que l’assemblée a décidé de l’occuper, un major de Carabineros avait tiré à bout portant, à la chevrotine, sur deux élèves, dans l’établissement scolaire. Les mineurs ont été blessés aux membres.
Pendant toute la journée, le mouvement « No+TAG » a bloqué des autoroutes urbaines. Ils/elles demandent une « amnistie » des amendes faites par les entreprises concessionnaires des autoroutes.
Face aux menaces de sabotage de la part des ultras, la finale de la Copa Libertadores à Santiago est annulée, le championnat national est toujours suspendu et le syndicat des footballeurs refuse de jouer sur les cadavres de la Révolte.
La nuit, dans les quartiers de Villa Francia et La Victoria, des personnes cagoulées attaquent la police avec des bombes incendiaires.
Après vingt jours, la Révolte Sociale est toujours vivante et l’une des raisons en est qu’elle n’a ni dirigeants ni leaders. Ne nous laissons pas manipuler par les partis politiques et leurs pétitions, continuons à anarchiser tous les espaces possibles.
Aujourd’hui c’est le vingtième jour de la joyeuse résistance collective, mais nous avons mené toute une vie sans aucun respect pour l’autorité.
Liberté pour les prisonnier.e.s de la Révolte !
ON SE VOIT SUR LES BARRICADES !

***

8 novembre
22ème journée de la Révolte Sociale

PAS D’AGRESSION SANS RÉPONSE !
Tout le monde s’attendait à des « annonces de réformes sociales », de la part du gouvernement, sur une télé nationale, mais rien de cela. De la bouche du Président de la nation sont sorties des menaces de durcissement et de promulgation de lois anti-casseur.euse.s. La réaction de la « première ligne » a été retentissante, ça a été l’un des jours les plus violents depuis le début de la révolte.
Les émeutier.e.s se sont heurté.e.s avec détermination et courage aux keufs, Plaza Italia, en utilisant beaucoup de feux d’artifice et de cocktails Molotov.
On a vécu une scène inoubliable lorsqu’un groupe d’anarchistes a partagé une caisse contenant un grand nombre de frondes avec d’autres manifestant.e.s, qui, étonné.e.s, n’arrivaient pas à croire qu’elles étaient « gratuites ». Une action de fraternité dans la guerre et une propagande digne d’être imitée.
Au milieu des émeutes, des inconnu.e.s ont fait irruption dans une église catholique et en ont sorti ce qu’il y avait, tout est allé pour les barricades. « Sans dieu ni maître ! » était l’une des phrases que l’on pouvait voir taguée à l’intérieur du temple.
A quelques mètres de là, on a attaqué à nouveau l’ambassade d’Argentine, avec pierres et bombes incendiaires. Et en traversant la rue une fumée impressionnante sortait de l’Université Pedro de Valdivia : le bâtiment était en ruines.
Un hélicoptère de Carabineros qui survolait le « Ground zero » a dû se retirer lorsqu’il a été ébloui par des pointeurs laser.
A Puente Alto, au sud de la capitale, il y a eu une expropriation collective massive dans un centre commercial, ainsi qu’une attaque contre un poste de police. A San Bernardo, une banque a été incendiée et les bureaux de l’état civil de La Florida et Providencia ont été détruits.
Dans la ville de Concepción, le bureau parlementaire du sénateur et président du parti d’extrême droite UDI, Jacqueline van Rysselberghe, est en feu. À Viña del Mar, un monument à l’idéologue de la dictature civile-militaire Jaime Guzmán est détruit, tout comme, à Linares, un monument au dictateur Augusto Pinochet.
Les menaces d’explosions de bombes se sont répandues, provoquant la fermeture et l’évacuation de différents endroits. Le GOPE [Groupe des opérations spéciales des Carabineros ; NdAtt.] doit affecter ses effectifs à la désactivation d’éventuels engins explosifs.
Chez les rebelles, les sentiments de tristesse, d’impuissance et de rage sont récurrents et ils se mélangent : le nombre officiel des mutilations oculaires par coups de feu est passé à plus de 200. La police, sadique, tire dans les yeux de n’importe qui ; Nicolas, un garçon de 12 ans à peine a reçu un tir dans un œil, qu’il a perdu. Un coup de chevrotine en pleine figure a laissé Gustavo, 21 ans, désespérément aveugle. Beaucoup d’entre nous sommes blessé.e.s et nous sommes de plus en plus inquiet.e.s de voir qu’il y a des manifestant.e.s qui n’utilisent toujours pas de lunettes de protection. L’association médicale qualifie de « catastrophe sanitaire » la pratique qui consiste à viser systématiquement la partie supérieure du corps.
Une vidéo montre un policier utilisant un garçon de 13 ans comme bouclier humain alors qu’il tire sur des manifestants. C’est difficile de décrire avec des mots ce qui se passe, sans qu’un nœud dans la gorge ne nous arrête.
Le nombre de blessé.e.s est incertain, les chiffres sont d’environ 3000 personnes. Il est courant de voir des manifestant.e.s, parmi celles/ceux qui font face aux flics, avec des blessures, des bleus ou des saignements.
Malgré la répression, nous allons continuer à nous battre et nous allons avoir d’autres victoires.
Il y a un appel à la grève, pour mardi 12 et, le 14 novembre, à la commémoration de l’assassinat du waichafe [militant mapuche ; NdAtt.] Kamilo Katrillanka.
Amour pour tou.te.s ceux/celles qui sont frappé.e.s par la violence de l’État.
Haine éternelle à l’encontre du capitalisme et de ceux qui le soutiennent.
Force à tou.te.s les irréductibles de la révolte sociale.
PARCE QUE NOUS AVONS DU SANG DANS LES VEINES…. ICI PERSONNE NE SE REND !

J’ai plus de rage que de thune pour m’acheter du pain

Frontex : la forteresse Europe a besoin de plus de laquais en uniforme

Publié le 2019-11-20 16:57:07

France24 / samedi 9 novembre 2019

L’Union européenne a décidé vendredi de renforcer l’agence Frontex, qui comptera d’ici 2027 un contingent de 10 000 gardes-frontières et gardes-côtes. Jamais l’UE n’avait investi autant pour la protection de ses frontières extérieures.
Les États membres de l’Union européenne ont donné leur feu vert vendredi 8 novembre au renforcement de Frontex. L’agence chargée du contrôle des frontières extérieures de l’UE disposera d’ici 2027 d’un contingent permanent de 10 000 gardes-frontières et gardes-côtes, dont 700 agents recrutés directement par Frontex. Une première puisqu’il s’agira du tout premier service en uniforme propre à l’Union européenne.

Ces agents travaillant pour Frontex auront l’habilitation pour « contrôler les documents d’identité, surveiller les frontières et effectuer les renvois des personnes en situation irrégulière sur le territoire européen », indique l’agence sur son site Internet.
Ils auront pour rôle d’assister les pays confrontés à une forte pression migratoire. « Le nombre de gardes-frontières était jusqu’ici insuffisant. Ce renforcement va servir à mieux prévenir. Nous pourrons également nous concentrer sur une meilleure prévision des événements susceptibles d’affecter nos frontières et réagir plus rapidement qu’avant. Cela va nous permettre d’intervenir au moment des pressions migratoires saisonnières, l’été par exemple, durant lequel les passages aux frontières augmentent systématiquement. Cela peut permettre d‘éviter des situations de crise à gérer en urgence », indique l’agence Frontex, jointe par France 24.
L’accent est également mis sur le démantèlement des réseaux de crimes organisés et les retours de migrants irréguliers aux frontières. « Les nouvelles règles permettront à Frontex de jouer un rôle plus important dans le soutien aux États membres pour le contrôle aux frontières, les retours [des migrants irréguliers] et la coopération avec les pays tiers », a ainsi déclaré Maria Ohisalo, ministre finlandaise de l’Intérieur, dont le pays assure la présidence de l’UE.
L’agence, créée en 2004 et dont le siège se trouve à Varsovie, avait déjà vu ses ressources augmentées en 2016 après l’afflux migratoire de 2015, mais cette fois le renforcement est d’une tout autre ampleur.
Elle compte actuellement 700 employés permanents au siège et déploie aux frontières extérieures en Italie, en Grèce, en Espagne et dans les Balkans occidentaux entre 1 200 et 1 500 agents mis à disposition par les pays membres et associés à l’espace Schengen. Frontex dispose en outre d’une réserve de 1 500 agents fournis par les États membres et mobilisables en cas d’urgence.
Ce renforcement des effectifs, qui s’accompagne d’un mandat élargi, avait été approuvé par le Parlement européen en avril. L’adoption par les États membres valide ce projet d’envergure. La décision pourrait entrer en vigueur avant la fin de l’année.
Frontex a d’ores et déjà lancé sa campagne de recrutement. Le contingent de permanents sera mis en place progressivement à partir de 2021 et sera composé de membres du personnel opérationnel de Frontex (3 000 à l’horizon 2027), ainsi que de personnes détachées par les États membres pour de longues et de plus courtes durées. Une force de réserve de réaction rapide sera maintenue jusqu’à fin 2024.
Les plus gros contingents seront fournis par l’Allemagne avec plus d’un millier d’agents à l’horizon 2027. Parmi les trente pays participants, la France prêtera près de 800 agents et l’Italie près de 600. […]

Une carte des « opérations » de Frontex – un peu vieille, mais ça donne une idée.

Des gaz, encore des gaz, toujours des gaz

Publié le 2019-11-21 09:34:06

Retour sur le premier anniversaire des Gilets Jaunes à Toulouse, le 16 novembre 2019. Sur le chemin de retour, quelques stigmates témoignent de la violence de la répression de ce jour. Un.e blessé.e sous couverture thermique entouré.e de médics, une femme portée par deux camarades en attendant l’arrivée des secours, le pays a définitivement basculé dans le groupe des pays autoritaires. Et s’il reste encore des sceptiques, qu’ils/elles viennent faire un tour dans la rue le samedi après-midi histoire de se désinfecter les yeux des images de BFM et des conclusions partisanes des éditocrates.



Estimer l’affluence de ce samedi s’avère impossible. Désormais l’heure est à la dispersion systématique, l’Etat et ses milices ayant décidé qu’ils ne voulaient simplement plus nous voir dans la rue. En partant de Jean-Jaurès à 14h, un mur bleu de part et d’autre du canon à eau bloque l’accès au boulevard à Jeanne d’Arc. Quelques projectiles volent suite aux premières sommations avant que soient envoyées les grenades alors que nous reculons. Le cortège s’égaie par les rues. Nous remontons par Denfert. En traversant les allées à Jean-Jaurès, le brouillard des lacrymos a déjà envahi le croisement. En continuant vers Saint-Aubin, des poubelles flambent pour stopper l’avancée de la milice vers la Colombette. On retrouve les copain.e.s plus tard mais, dans le trouble, on en a perdu un, bloqué dans le centre-ville, essayant d’échapper aux keufs. Au bout de Gabriel-Peri, la voie est libre. On attend un peu que tout le monde se rejoigne.

On a à peine le temps de souffler que les flics, positionnés au début de Carnot, arrosent le croisement. L’air est rapidement empuanti d’une lacrymo ultra agressive qui nous oblige à rentrer dans le hall d’un appart en attendant que tout se disperse. À la sortie, c’est une vision de désolation sur les allées Jean-Jaurès. Des obstacles ont été dressés sur la route et le grand croisement est dans le brouillard. Notre groupe est à nouveau séparé. On apprend que deux d’entre nous se sont fait.e.s courser par un flic armé d’une gazeuse qui a bondi d’un camion à leur passage.

Jusque-là, nous avons été cantonnés sur les boulevards et à l’extérieur. On réussit enfin à pénétrer dans le centre. A Saint-Georges on retrouve un groupe qui arrive sur la place. Les flics sont déjà là, bloquant la sortie vers Boulbonne, Vidal et Fourtanier. Vue la morgue avec laquelle nous accueillent les usager.e.s de cette place, on espère de tout cœur qu’ils/elles vont tousser aussi. Et ça ne tarde pas, les premiers gaz envahissent le place et les bistrotier.e.s ont juste le temps de fermer leur terrasse. On reprend la direction de Saint-Antoine du T avant de bifurquer sur Alsace-Lorraine sur laquelle un groupe entonne une version remixée d’A las barricadas. L’avenue est coupée des deux côtés par les flics. On n’attend pas de se faire nasser et on s’éclipse vers Salengro quand les flics commencent à arroser le secteur, peu importe qu’il reste encore des gamin.e.s ou de simples passant.e.s qui n’ont pas eu le temps de bouger. On tente de se replier square de Gaulle mais on est arrosé par des flics, peut-être en provenance du Capitole.

Après être revenu dans le centre, on prend la tangente pour parvenir à Wilson dont la fontaine a revêtu ses plus beaux atours de fête jaune. Sur Roosevelt, un cordon bleu nous attend patiemment. Carnot et Strasbourg sont bloqués. Pas le temps de glander que les premières sommations retentissent. On recule vers Victor-Hugo en attendant des meilleurs moments. Pendant ce temps sur Alsace-Lorraine, un groupe de Gilets jaunes fait la sérénade à un cordon de flics qui les remercient en jouant de la gazeuse. Il est 18h. C’est l’heure pour nous de décrocher d’un après-midi marqué par les dispersions, les étouffements et les conjonctivites. On aura galopé, pleuré, flippé mais on n’aura jamais lâché.

Fin aout 2019, petits sabotages à namur

Publié le 2019-11-21 09:36:03

Fin aout le chantier BAM situé à Namur devant le Parlement s’est fait englué ses serrures. Cet acte est une modeste contribution à la lutte contre la maxi prison. Solidarité avec les anarchistes poursuivis par l’état belge.

Plutot dans le mois c’est un élèvateur Boels qui s’est fait saboté en hommage à Steffen Horst.
Mort aux entreprises qui se font du fric grâce à l’état !

La solidarité c’est l’attaque !

Des anarchistes

Chili : un mois de révolte sans leaders ni partis

Publié le 2019-11-21 19:12:05

Infrastructures critiques. A San Antonio (région de Valparaíso) le 15 novembre, l’antenne-relais de la télévision située sur les hauteurs du cerro Centinela a été sabotée : câble de retransmission scié et système électrique endommagé (le signal de la chaîne Canal 2 TV est interrompu). En plus des attaques déjà signalées dans le précédent aperçu contre des antennes de téléphonie mobile, le ministère de l’énergie s’est alarmé le 14 novembre de la multiplication d’infrastructures critiques touchées depuis quelques jours, définies comme des « installations essentielles pour le fonctionnment du pays« , en donnant d’autres exemples concernant son secteur : le 12 novembre dans la région d’Antogagasta, des pneus sont incendiés au pied d’un pylone à haute tension situé sur la route B-272 qui mène à Mejillones. Des patrouilles spécifiques de carabiniers ont été mises en place dans la région pour les surveiller ; à La Calera (province de Quillota), il y a eu une tentative d’attaque contre un câble à haute tension (sans plus de précision), et à Contulmo (région mapuche) le week-end des 9-10 novembre, une charge explosive a endommagé la base d’un pylone à haute tension dans la zone de Pata Gallina, bien qu’il ne soit pas tombé.

Attaques diffuses. A Iquique le 12 novembre vers 15h30, un groupe s’est rendu dans le quartier industriel de Zona Franca et a pillé une partie du stock de l’usine d’embouteillage de Coca Cola (15 arrêtés). A Valvidia vers 4h du matin le 17 novembre, c’est le siège de trois étages du parti socialiste qui part en fumée, tandis que le 14 novembre c’est le grand magasin de bricolage Sodimac dont une partie a brûlé. Dans la région de Santiago, ce sont trois agences de la Banco Estado qui sont incendiées dans la nuit, à Cerro Navia, Peñalolén et Lo Espejo. La même nuit dans la commune de Maipú, c’est un comico qui se mange deux molotovs. A La Serena le 18 novembre, le bâtiment de l’antenne du ministère du Développement Social est incendié. Sur le territoire mapuche (région de La Araucanía), deux attaques se sont produites le 15 novembre : à Villarrica (Lican Ray) un hangar agricole de colon est rasé par les flammes avec ses tracteurs et fumigateurs, tandis qu’à Hualpín c’est un hangar contenant 48 véhicules (motocross et jet-skis) qui part en fumée. Des tracts sur l’assassinat de Camilo Catrillanca un an plus tôt par les carabiniers ont été retrouvés sur place, et l’enquête confiée aux services antiterroristes.
Le 20 novembre à Talca suite à la manifestation, les bureaux de l’office du tourisme sont entièrement détruits par un incendie ; à Puerto Montt, le local du parti Renovación Nacional (RN, de Pinera) est pillé, tout comme une agence de la compagnie aérienne Latam, et un bureau de change attaqué, tandis qu’une barricade est incendiée contre la porte de la cathédrale ; à Santiago, des lycéens tentent de relancer la pratique de fraude collective dans les stations de métro La Moneda et Universidad de Chile ; à Mejillones, un camion et une pelleteuse sont incendiés dans une carrière ; à Osorno, le magasin Electro Store est pillé à la fin de la manif.

Monuments. A Temuco le 14 novembre, la statue d’Arturo Prat, héros de la marine chilienne, est déboulonnée et incendiée, provoquant l’indignation de l’armée. Le 18 novembre à La Serena, c’est celle du général et premier chef d’État du Chili indépendant, Bernardo O’higgins, qui dégage de son socle. Selon un rapport officiel, c’est cette ville qui est en tête du nombre de statues endommagées (37 !). A Alto Hospicio (Iquique) le 12 novembre, c’est un ex-avion de guerre A-36 « Halcón » offert par l’armée de l’air pour trôner sur une place qui est incendié, et le 18 novembre c’est une guérite devant la caserne Cavancha de l’armée de l’air (FACh) qui crame lors d’une manif. A Punta Arenas le 13 novembre, c’est la tronche de l’entrepreneur José Menéndez, un des grands responsables de l’extermination totale de la population Selknam en Patagonie (disparue au début du 20e siècle), qui se fracasse au sol. A Maipú (Santiago) le 19 novembre, c’est le canon du monument à la gloire de l’Indépendance (célébrant la bataille de Maipú de 1818) qui a été descellé et balancé au sol quelques mètres plus bas.

Jeux sales. Les grands incendies de forêt de l’été ont commencé au Chili, -il fait déjà jusqu’à 36°C dans certains coins- notamment dans la région de Valparaiso (4700 hectares en feu dans huit zones), où des centaines d’habitants ont déjà dû être évacués. Plusieurs branches du pouvoir insistent évidemment sur le fait que ces incendies de forêt seraient volontaires en pointant qu’il sont l’oeuvre des protagonistes des émeutes depuis le 18 octobre, tandis que d’autres insistent que c’est le moment le suspendre les manifs vue l’urgence de la situation. Autre sale petit jeu de l’Etat chilien, mettre en avant les immigrés dans cette révolte, si bien qu’il a expulsé le 18 novembre cinquante-et-un d’entre eux à coups de clairon (30 cubains, 9 vénézuéliens, 7 dominicains, 3 haïtiens, 1 colombien et 1 bolivien), accusés soit d’être en situation irrégulière soit d’avoir participé aux désordres. Enfin, il y a bien sûr les arrestations permanentes dans le cadre des instructions ouvertes : à Rancagua le 14 novembre, une personne incarcérée pour le pillage et l’incendie de l’hypermarché Central Mayorista du 20 octobre ; à Talca, cinq personnes arrêtées pour l’incendie de la permanence du sénateur UDI du 28 octobre et une autre pour l’incendie du McDonald’s du 20 octobre ; à Santiago, après deux autres personnes déjà accusées des destructions incendiaires des stations de métro Pedreros du 18 octobre (un jeune de 16 ans) et La Granja (un homme de 33 ans) le même jour, une nouvelle personne de 22 ans a été arrêtée le 15 novembre à Pudahuel, pour l’attaque contre la station de métro Del Sol le 21 octobre, et incarcérée en préventive.

Des chiffres. Pour les un mois du début de la révolte, les carabiniers de la région de Santiago ont publié le 18 novembre leur petit bilan personnel : 1116 carabiniers blessés (1961 au niveau national), 133 de leurs véhicules endommagés (854 au niveau national) et 107 attaques contre leurs casernes (131 au niveau national, plus 5 casernes de l’armée). Le lendemain dans le quartier de Bellavista, une patrouille bloquée dans la circulation a été attaquée par une cinquantaine de manifestants, blessant ses occupants, qui ont tiré plusieurs balles pour se dégager (un homme blessé au pied et une étudiante en danse à la cuisse). De plus, suite à l’étude menée par le département d’ingénierie mécanique de la Faculté de sciences physique et mathématiques de l’Université du Chili, à la demande de l’Unité de traumatisme occulaires de l’hôpital San Salvador, les balles si pénétrantes de calibre 12 tirées par les carabiniers (« perdigones ») ont été analysées : à peine 20% de caoutchouc et près de 80% de silice, de sulfate de baryum et de plomb pour les durcir. Suite à cette étude, le général directeur des carabiniers Mario Rozas décide d’auto-suspendre leur usage anti-émeute le 19 novembre, pour réserver leur emploi au même titre de les armes à feu, en cas de légitime défense, avec pour prétexte que leur composition effective ne correspond pas aux fiches techniques déclarées par leur fournisseur de balles en caoutchouc ! Il y a eu au 18 novembre, 964 manifestants hospitalisés suite à ces tirs de « balles en caoutchouc » et 222 yeux crevés, depuis un mois. Concernant les pillages, la chaîne Walmart a comptabilisé 1200 pillages et re-pillages dans 128 de ses 400 super- et hypermarchés (Lider, A Cuenta, et Central Mayorista), dont 34 ont été incendiés. Dans la région de Coquimbo, près de 72 caméras de vidéosurveillance ont été détruites sur trois communes, et le réseau de fibre optique pour les relier est entièrement à refaire. Concernant la ville de Valparaiso, un cabinet d’architectes a évalué les dégâts. Son directeur a même tenu à partager son expérience professionnelle : « j’ai vu de villes détruites par des tremblements de terre, mais un niveau de destruction généré par l’homme et avec ce niveau de violence, je n’avais jamais vu ça » ; un tiers des bâtiments du centre de Valparaiso sont endommagés, pour une estimation de plus de 180 millions de dollars de dégâts et 235 000 mètres carrés touchés. Le 19 novembre, le ministère de l’urbanisme a quant à lui lancé son « Plan de récupération de l’espace public » (tout un programme), chiffrant les feux rouges abattus par les émeutiers pour leurs barricades ou servir de bélier, en plus d’être juchés de caméras ainsi mises hors service : 303 dans les régions d’Antofagasta et Los Lagos, 140 dans la région de Santiago.

Politiciens. Depuis l’accord les partis de gauche et de droite pour réviser la Constitution via un référendum en avril 2020, beaucoup s’échinent pour promouvoir le retour à l’ordre sur le thème « nous voulons la paix« . Le championnat de football suspendu depuis cinq semaines reprendra ce week-end, la compagnie de métro de Santiago ouvre chaque jour davantage de stations (101 sur 136 au 21 novembre), et Piñera a même admis du bout des lèvres des problèmes du côté des forces de l’ordre (« Il y a eu un recours excessif à la force, des abus ou des délits ont été commis et les droits de tous n’ont pas été respectés »), un euphémisme pour parler de centaines de tortures, viols et tabassages des carabiniers, flics et soldats. Dernier accord en date entre la droite et la gauche le 21 novembre, histoire de montrer qu’il faut faire confiance à leur union nationale et leur donner du temps, l’augmentation du minimum retraite (pensiones básicas solidarias) au 1er janvier prochain, de 50% pour les plus de 80 ans, 30% entre 75 et 79 ans, et 25% entre 65 et 74 ans, ainsi qu’une baisse de 50% des tarifs de transport public pour les retraités. Pendant ce temps, des dirigeantes du Frente Amplio (FA) dont son ex-candidate à la dernière présidentielle Beatriz Sánchez ont été dégagées au cri de « vendues » dimanche 17 novembre de la Plaza Italia par des manifestants alors qu’elles souhaitaient faire une conférence de presse sur les droits de l’homme, et le même jour à Concepción des citoyens en tee-shirts blancs qui souhaitaient former le mot « Paz » pour une belle photo aérienne ont été embrouillés par des contestataires avec des pancartes « pas de paix sans justice » et « pas de paix » (avec un oeil crevé en dessin).

Grève et occupations. Enfin, plusieurs lycées et université commencent à nouveau à être occupés, comme l’Universidad Santo Tomás à Osorno ou la faculté de Droit de l’Universidad de Chile ; le syndicat des profs appelle à boycotter le test Simce du ministère de l’Education qui évalue chaque année la « qualité de l’enseignement », tandis que le 21 novembre est prévue une nouvelle journée de grève générale (des bus en service ont été caillassés dans ce cadre à Los Lirios, Troncos Viejos et Quilpué -région de Valparaiso- jeudi matin, et idem à Antofagasta pour 11 lignes sur 13 qui ont dû suspendre leur service).

Il est clair que l’enjeu actuel est l’approfondissement des hostilités face au retour à une normalité au visage autrement identique, et que les rebelles qui continuent de se battre sont à présent un peu plus isolé.e.s, même si les manifestations n’ont pas cessé. Les un.e.s ayant bien peu à perdre parce que les chaînes de leur galère sont toujours aussi lourdes d’un existant de misère et d’oppression, les autres étant conscients (du côté de la gauche radicale et des occupations) que ce n’est pas en baissant le niveau de conflictualité qu’ils gratteront des changements substantiels. Toujours du côté de celleux qui n’ont rien à négocier mais tout à prendre et à détruire, la question de la solidarité se pose plus que jamais. A Thessalonique (Grèce) par exemple, la voiture du consul chilien est partie en fumée, tandis qu’à Munich (Allemagne) les distributeurs de tickets de plusieurs stations de métro se sont enflammés. La solidarité c’est l’attaque !

Précédents aperçus :
Chili : révolte incendiaire et état d’urgence, 19 octobre
Chili : étendre le feu plutôt que le couvrir, 21 octobre
Chili : 3e nuit d’émeutes sous couvre-feu, 22 octobre
Chili : détruire ou réformer l’existant, 23 octobre
Chili : la grève n’éteint pas les feux de la révolte, 24 octobre
Chili : contre tout retour à la normale, 25 octobre
Chili : rien n’est fini !, 27 octobre
Chili : contre tout pouvoir, 29 octobre
Chili : l’oasis sent encore le brûlé, 1er novembre
Chili : la révolte continue de plus belle, 10 novembre
Chili : danser avec les flammes, 15 novembre

Münster (Allemagne) : Thunfisch est sortie !

Publié le 2019-11-21 19:13:04

de.indymedia.org / mardi 19 novembre 2019

Aujourd’hui, à midi, Thunfisch a pu quitter le tribunal du district de Münster sans menottes, après l’audience du Juge des libertés.

Le mandat d’arrêt a été entièrement levé, de sorte que même l’enregistrement n’est plus nécessaires. Les 10 derniers jours ont été caractérisés, pour Thunfisch, par le passage à travers plusieurs taules en Allemagne. D’abord de celle de Luckau-Duben, en passant par Brandenburg sur la Havel, puis Halle. De là à Hanovre, Hildesheim, puis retour à Hanovre, Bielefeld et enfin Münster à la liberté. Thunfisch s’exprimera les circonstances de ces transferts au moment voulu. Maintenant, nous sommes déjà heureux.ses qu’elle soit de nouveau dehors !

Thunfisch remercie tou.te.s celles/ceux qui l’ont soutenue jusqu’à présent. Malgré l’isolement total (aucun contact avec un avocat, ni de correspondance) pendant les transferts, la solidarité et le soutien à travers murs et barreaux ont été perceptibles !

Liberté pour tou.te.s les prisonnier.e.s

Des locaux du CROUS visés un peu partout

Publié le 2019-11-21 19:14:06

France Inter / mercredi 20 novembre

Depuis la tentative de suicide par immolation d’un étudiant à Lyon, devant le Crous, sept des 26 centre régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) ont été vandalisés, dont celui de Caen, dans le Calvados, et celui du Rhône […]

Depuis dix jours, plus d’un Crous sur cinq a été vandalisé. Ce sont les chiffres fournis par le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous), transmis à France Inter. Cela porte à sept bâtiments sur 26 antennes régionales du Crous – implantés, en métropole, sur la même carte que les académies – qui ont donc été visés par des dégradations ou des faits plus graves. Tandis que les locaux de Lyon, Lille, Nantes, Poitiers, Rennes ont, selon le Cnous, subis des tags ou des bris de glace, ceux de l’antenne de Caen ont été incendiés volontairement dans la nuit de dimanche à lundi. […]

Dans la nuit de mardi à mercredi, la façade du Crous de Lyon a également été dégradée par des jets de projectiles et des tags, visant, là encore, à dénoncer la précarité étudiante, comme le détaille Franceinfo. C’est là que, le 8 novembre, un étudiant de l’Université Lyon-2 s’immolait par le feu, en pleine rue, devant le bâtiment du Crous. Gravement blessé, il est toujours aujourd’hui plongé dans un coma artificiel, “stabilisé” mais “très gravement atteint” et “toujours dans un état critique” selon la ministre de l’Enseignement supérieur. Le jeune homme de 22 ans justifiait son geste dans un texte, évoquant ses difficultés financières et la précarité dans laquelle sont plongés de nombreux étudiants.

Cet acte avait fait descendre de nombreux étudiants dans les rues, le 12 novembre, à Paris, Lyon, Saint-Étienne, Poitiers, Amiens, Annecy. La grille du ministère de l’Enseignement supérieur avait été endommagée en début de soirée.

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Lyon : CROUS Assassin

France3 / mercredi 20 novembre 2019

« Le Crous assassine », « le Crous tue »… Les tags retrouvés ce mercredi 20 novembre sur la façade du bâtiment sont sans équivoque. Le CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) de Lyon a subi des dégradations dans la nuit, visant à dénoncer la précarité étudiante, moins de 15 jours après qu’un étudiant a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu devant ce même lieu.
Le personnel du CROUS a constaté les dégâts ce mercredi matin. Les vitres du service d’accueil des boursiers du Crous ont été visées par des jets de projectiles, et des tags ont recouvert la façade. […] L’accueil a été hébergé temporairement dans le service voisin social et général, le temps des premières constatations. Au total, une centaine de salariés travaille sur le site du centre situé rue Camille-Roy, dans le 7e arrondissement.

Sur le site collaboratif Rebellyon.info, une lettre ouverte revendique l’acte comme faisant suite à « l’acte politique de notre camarade le 8 novembre » dernier. Regrettant que le gouvernement n’aie pas annoncé d’« augmentation des APL, des bourses ou encore une diminution des loyers » suite à l’immolation par le feu d’un étudiant le 8 novembre dernier, les auteurs de la lettre dénoncent une précarité étudiante qui « s’aggrave de réforme en réforme ». Ils concluent en appelant à reprendre « le sabotage », relancer « les grèves », et à « attaquer l’état et ses lieux de pouvoirs ».  Des photographies prises dans la nuit montrent trois individus habillés en noir, en train de dégrader la façade du bâtiment.

L’acte intervient dans un contexte de tensions dans le monde étudiant, après divers rassemblements organisés pour dénoncer la précarité étudiante. Le 8 novembre dernier, un étudiant de 22 ans, originaire de Saint-Etienne, avait été grièvement brûlé après s’être immolé par le feu devant ce site. Hospitalisé au centre des brûlés de l’hôpital Edouard Herriot de Lyon, il reste dans un état très grave. Une enquête a été ouverte pour déterminer les raisons de son geste, mais dans un long message publié sur Facebook, il avait évoqué ses difficultés financières et justifié son geste par des revendications politiques. Il a notamment accusé  « Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE » de « [l’avoir] tué ». Le jeune homme ne percevait plus sa bourse du Crous car il triplait sa 2e année de licence.

Chili : 18 novembre – 31ème jour de révolte sociale

Publié le 2019-11-21 19:14:08

Anarchists Worldwide / mercredi 20 novembre 2019

(Tiré des dernières mises à jour publiées sur les réseaux sociaux au Chili)

UN MOIS INOUBLIABLE !
Sous la capuche… un sourire impossible à éteindre !
Nous respirons un mélange de fumée et de gaz lacrymogène. En regardant autour, le spectacle nous submerge : des milliers de personnes se battent encore. Une immense émotion nous traverse et sous la capuche se dessine un sourire impossible à éteindre. Nous vivons ce que nous avons lu des centaines de fois !
Il n’y a aucune certitude de rien, notre impulsion continue à être la recherche de la liberté. Mais presque toujours notre désir s’oppose à celui de la foule, nous sommes encore une minorité noire… mais une minorité très active.

Le week-end a vu cinq attaques incendiaires contre des banques à Peñalolén, Cerro Navia, Lo Espejo, El Bosque et Santiago, ainsi qu’une attaque à coup de cocktails Molotov contre un poste de police à Maipu, qui s’est terminé par l’arrestation de deux personnes.

Aujourd’hui, lundi, sur la place principale de Puente Alto [grande ville de la banlieue sud de Santiago ; NdAtt.], il y a eu des affrontements avec les keufs et une attaque contre leur poste de police. Sur la place centrale de de Maipu [autre grande ville de la banlieue sud-ouest de Santiago ; NdAtt.], il y a eu des émeutes et un canon a été fait tomber du monument au milieu de la place ; les étudiants ont occupé le CODEDUC (1).

A Antofagasta [dans le nord du Chili ; NdAtt.], des inconnu.e.s ont peint en noir l’ancre, icône de la ville. A Iquique [tout au nord du Chili ; NdAtt.], la guérite d’une caserne a été attaquée avec des cocktails Molotov. A Valdivia [dans le sud du pays ; NdAtt.], le siège du Parti socialiste a été incendié. A Concepción [dans le centre du Chili, un peu au sud de Santiago ; NdAtt.], les drapeaux de tous les partis ont été brûlés, signe que cette Révolte n’a ni dirigeants ni partis politiques. A Santiago, l’ancienne candidate présidentielle [aux élections de 2017, pour une coalition d’extrême gauche et de listes citoyennes ; NdAtt.] Beatriz Sánchez a été expulsée de « Ground Zero » [Plaza Italia, centre symbolique de la révolte et point de départ de la plupart des manifestations à Santiago ; NdAtt.], car accusée de participer aux négociations avec l’élite.

Parmi les milliers de personnes sur la « Plaza de la Dignidad » [« place de la dignité », comme est appelée par les manifestant.e.s la Plaza Italia; NdAtt.], flottaient des drapeaux anarchistes noirs et des drapeaux anarco-écologistes. Des personnes cagoulées distribuaient des journaux anarchistes et une fanfare jouait « Bella Ciao ».

Quand le soleil s’est couché, la police a lâché toute son artillerie, tirant à la chevrotine et avec des grenades lacrymogène, en grande quantité. Aujourd’hui, face à cette violence policière, certain.e.s ont préféré prendre le risque de se jeter dans la rivière Mapocho pour échapper.

Le poste médical d’urgence central a traité plus de quarante blessures par chevrotine, le total est démultipliée si on y ajoute les autres centres médicaux et le personnes qui ne se sont pas rendues dans un centre de soin. Un.e. manifestant.e. a eu une fracture du crâne lorsqu’il/elle a été touché.e par une grenade lacrymogène, elle/il devra subir une opération d’urgence.

A Valparaiso [deuxième ville du Chili, elle est sur la côte, à un centaine de km de Santiago ; NdAtt.], la police a laissé dans un état critique un jeune homme, qui a reçu une balle dans le cou. Des manifestant.e.s ont dénoncé les brûlures au 2e degré causées par l’eau toxique du blindé-canon à eau.

La vengeance vient la nuit, lorsque des inconnu.e.s profitent des données publiées par Anonymous et poursuivent leurs attaques nocturnes contre les voitures privées et les maisons des policiers.

Des députés appellent à la démission du Général commandant des Carabineros ; le gouvernement le confirme à son poste, malgré les accusations de violations des droits de l’homme.

Il y a des vidéos devenues virales de stands de nourriture, de locaux commerciaux et de services où les flics en civil sont littéralement jetés dehors, on ne veut pas qu’ils fassent des achats ni les servir, à cause de leur travail de répression.

Les centres de recrutement se vident, en raison du grand nombre de jeunes qui refusent de faire leur service militaire. L’expression du refus du travail meurtrier du bras armé de l’État et du capital.

Des grands incendies de forêt se développent dans différentes parties de Valparaiso et tout indique qu’ils sont allumés délibérément. Les habitant.e.s accusent l’État d’essayer de les démobiliser par cette urgence.

Il n’y a toujours pas de réponses aux demandes de la population. Les bureaucrates professionnels retardent l’augmentation des pensions et du salaire minimum, l’annulation de la dette de CAE (2), etc. Ils disent qu’il n’y a pas de ressources financières et à long terme ils n’offrent que des miettes. Nous ne les avons jamais crus, encore moins maintenant.

Les syndicats ont annoncé une grève de 48 heures pour les 19 et 20 novembre. Grève générale pour le 21 novembre et les enseignant.e.s réitèrent l’appel au boycott du test Simce (3).

Les cérémonies des diplômes de fin d’années sont remplies de banderoles en soutien à la révolte et les sportif.ve.s font des gestes de solidarité avec les mutilés, se couvrant l’œil de la main pour protester, pendant qu’ils/elles reçoivent des médailles sur les podiums ou posent pour les classiques photos d’équipe.

POUR LA MULTIPLICATION DES EXEMPLES D’ORGANISATION ANTI-AUTORITAIRE !
NOUS ESSAYONS TOUJOURS DE DONNER VIE À L’ANARCHIE !

 

Notes d’Anarchists Worldwide :
(1) Une école à Maipu.
(2) Système de crédit pour les frais de scolarité (CAE), qui fait que les diplômé.e.s universitaires ont 20 ans pour rembourser les énormes dettes contractées pour le coût de leurs études.
(3) Système de mesure de la qualité de l’éducation, une batterie de tests utilisés au Chili pour mesurer certains aspects des programmes scolaires. Actuellement, une agence d’État, l’Agence pour la qualité de l’éducation, est chargée d’administrer les tests aux élèves des 2e, 4e, 6e et 8e années (éducation primaire) et des 10e et 11e années (2e et 3e années de l’enseignement secondaire).

La Moneda, palais présidentiel, le 19 octobre

Le vendredi 29 novembre : personne ne paie ! Un appel international pour une grève contre la hausse du coût de la vie

Publié le 2019-11-21 19:15:10
Nov 212019
 

De CrimethInc.

Tout le monde paie pour que les riches s’enrichissent. Nous payons avec notre labeur, en travaillant pour remplir leurs poches. Nous payons des loyers dont les prix augmentent de façon vertigineuse au fur et à mesure que la gentrification nous jette hors de chez nous. Nous payons également avec la destruction de l’environnement, l’effacement de nos communautés, et le stress de la vie quotidienne. Nous payons pour des choses qui auparavant étaient gratuites, tel que l’eau. Nous payons des impôts pour qu’ils puissent engager plus de flics afin de nous terroriser. Tout le monde paie, mais eux seuls en profitent.

Nous pourrions parler du coût élevé de la vie – mais qui vit réellement ?

Le 29 novembre, personne ne paie. Ceci est un appel à la grève et à s’attaquer à tout ce qui nous étouffe, à tous les moyens qu’ils mettent en œuvre pour nous empêcher de vivre.

Il y a un appel à Seattle pour organiser une grève contre le coût des transports en commun. À Portland, un rassemblement est prévu le 29 novembre à Pioneer Square ; le même jour à San Francisco, un autre rassemblement est également prévu à l’intersection de la 16ème rue et de Mission. Depuis plusieurs semaines déjà, il y a des manifestations à New York contre la mise en application de nouveaux tarifs dans les transports publics, et d’autres actions sont déjà prévues pour cette semaine. Chicago suit également le mouvement. Où que tu sois, tu peux organiser quelque chose et mener une action avec tes ami·e·s.

Une grève revient à donner un coup. Ce n’est pas seulement un boycott; cela signifie interrompre le système, l’empêcher de fonctionner. Tout au moins, tu pourrais dans ton coin éviter de payer les transports en commun dans ta ville. Mais il vaut mieux rendre notre refus public et collectif. Sauter par dessus les tourniquets tou·te·s ensemble. Forcer et ouvrir les portes et intervenir si des agents de sécurité essaient d’harceler ou d’arrêter quelqu’un. Saboter les différentes machines. Faire en sorte que les murs proclament « Personne ne paie ! » avec des affiches ou des tags. Installer une table d’information et distribuer des textes sur pourquoi personne ne devrait jamais avoir à payer quoi que ce soit. Ou encore créer un syndicat des fraudeurs comme cela a été fait en Suède.

Partout dans le monde, les gens se révoltent contre l’augmentation du coût de la vie. En Équateur, les gens ont occupé le parlement et ont forcé le gouvernement à annuler toutes les nouvelles mesures d’austérité mises en place. Au Chili, une fraude des transports en commun massive a donné naissance à une révolte nationale que même l’armée n’a pas réussi à étouffer. De Paris à Beyrouth, en passant par Hong Kong, les gens reconnaissent que notre seul espoir est de résister ensemble.

Le 29 novembre prochain survient à la veille du 20ème anniversaire des manifestations qui ont perturbé et interrompu prématurément le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle en 1999, montrant par la même occasion le pouvoir de l’action directe pour changer le cours de l’histoire. Aujourd’hui, l’opposition au capitalisme s’est largement répandue, mais c’est à nous qu’il incombe de répandre les pratiques de résistance qui nous rendront ingouvernables.

Le mouvement de fraude des transports en commun au Chili.

Personne ne paie – parce qu’ils dépenseront des millions pour des flics, mais ils tueront quelqu’un pour simplement avoir refusé de payer un ticket à deux dollars. Personne ne paie – parce que l’infrastructure qu’ils construisent n’est pas destinée à nous servir, mais bien à nous contrôler. Personne ne paie – parce que nous ne voulons pas seulement de quelques réformes fragmentaires, nous voulons montrer que nous sommes assez fort·e·s pour changer le monde nous-mêmes. Personne ne paie.

Joyeux jaunanniversaire !

Publié le 2019-11-21 22:12:05

Dans la nuit de dimanche à lundi nous avons gratuitement saboté des horodateurs en mettant de la mousse expansive dans leurs lecteurs de cartes bancaires.



Nous nous sommes promené·e·s dans les rues du centre-ville et des faubourgs. Ce sont ces rues que la politique urbaine de la métropôle sacage méthodiquement, effaçant leurs « anciens usages » pour en imposer de nouveau. Ce sont ces rues que le projet TESO (nouvellement nommé « Grand Matabiau ») entend raser, livrer à la bourgeoisie.
La métropole impose son idée de la ville : la smart city où chaque espace est contrôlé, privatisé, surveillé, mesuré, rentabilisé. Les interstices disparaissent. La solidarité aussi, brisée par les expulsions, les hausses des loyers, les vies à crédit, etc.

Ces saletés d’horodateurs sont un des outils de cette transformation de la ville, la métropole étend petit à petit leur emprise, au mépris des habitant·e·s les plus précaires dépendant·e·s de leur bagnole.

Stopper cette marche en avant forcée est possible. Depuis plus d’un an maintenant, ces habitant·e·s de la métropôle et des environs se révoltent contre la marchandisation du monde. Les gilets jaunes multiplient les sabotages, se réapproprient la rue. Nous avons souhaité célébrer leur premier anniversaire à notre manière.

Poursuivons dans ce sens. Jusqu’au 5 décembre, et après !!!

C’est nous le grand (mechant) matabiau !

Signé : A.S.V.P. Autonomie Solidarité Vandalisme Paillettes

Grèce : Quelques nouvelles

Publié le 2019-11-21 22:13:11

traduction partielle d’un article de 325 / mercredi 20 novembre 2019

Athènes : Revendication de l’attaque incendiaire contre le poste de police de Penteli

« A l’aube du 12 octobre, nous avons perturbé la sécurité et l’ordre dans un quartier pacifié comme Melissia. Avec des cocktails Molotov dans les mains et avec notre irrésistible désir d’attaquer ici et maintenant, nous avons pris pour cible le poste de police de Penteli [dans le nord de l’agglomération d’Athènes ; NdAtt.], confirmant une fois de plus que les flics sont plus inutiles que jamais. » – Brigade nihiliste (extrait du texte)
Source (en grec) : https://athens.indymedia.org/post/1600805/

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Athènes : Revendication des attaques incendiaires contre le poste de police de Porto Rafti et d’un DAB

1 novembre 2019
« Ces derniers jours, avec d’autres compas, nous avons mené une action incendiaire dans le centre d’Athènes, que nous n’avons pas revendiqué publiquement dans l’immédiat. Notre cible était le distributeur automatique de la Poste grecque, rue Lenorman et Pallamidiou. A l’aube du 1er novembre, nous avons fait une autre « intervention incendiaire » au commissariat de Porto Rafti [localité sur le littoral de l’Attique orientale, peu loin d’Athènes ; NdAtt.], juste pour y laisser une tache. » – Groupe anarchiste « Maroons » (extrait du texte)
Source (en grec): https://athens.indymedia.org/post/1601039/

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Athènes : Revendication de l’attaque contre les DIAS et une camionnette des MAT, à Exarchia

« Dans la nuit de jeudi 7 novembre 2019, nous avons choisi d’attaquer la camionnette de la police anti-émeute (MAT), garée devant les bureaux du KINAL (ex PASOK [le KINAL a été fondé en mars 2018, par la fusion du PASOK, le Parti socialiste grec, avec d’autres petits partis de gauche ; NdAtt.]), et la police à moto (DIAS) qui les accompagnait pendant leur changement de service. (…) Nous les avons attaqués de deux côtés avec des engins incendiaires, en détruisant leurs motos, en blessant trois flics et au même temps nous avons essayé de brûler la camionnette qui était immobilisée sur la rue Eressou » – Compas (extrait du texte)
Source (en grec) : https://athens.indymedia.org/post/1601032/

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Quelques informations sur ce qui s’est passé le 17 novembre

– La manifestation dans le centre d’Athènes a été l’une des plus importantes de ces dernières années, avec des milliers de manifestant.e.s.
– Pendant la manifestation, 5000 flics étaient présents dans le centre d’Athènes.
– Drones et hélicoptères de la police tout autour d’Exarchia, pendant toute la journée.
– Des nombreux flics tout autour d’Exarchia, à partir du matin très tôt, selon une
stratégie « préventive ». Ils ont envahi deux bâtiments situés sur la place Exarchia, alors que la manifestation avait déjà commencé et que la plupart des compas se trouvaient là bas.
Ils ont perquisitionné les bâtiments et sont arrivés sur le toit, arrêté 6 personnes et saisi des objets tels que des bouteilles vides, des pierres, des masques à gaz, etc. Il n’y avait presque personne dans les rues et sur les trottoirs, que des flics partout autour d’Exarchia, pour fouiller celles/ceux qui enraient dans le quartier.
– Après la fin de la manifestation et après le rassemblement d’un certain nombre de personnes
à l’extérieur du GADA (le commissariat central de police d’Athènes) en solidarité avec
les 6 personnes arrêtées, quelques personnes ont atteint Exarchia. Les flics étaient devenus encore plus nombreux. Il y a eu quelques petites attaques contre les flics, près de la place, et ils sont débarqués de toutes parts. Ils ont brutalement battu n’importe qui se trouvait devant eux, ils ont essayé d’entrer dans des restaurants, ils ont même battu des photo-reporters au hasard, ils ont arrêté 28 personnes au total, et ont montré ce que c’est exactement la démocratie.
– À l’aube du 18 novembre, ils ont investi un autre bâtiment sur la place Exarchia et y ont trouvé des choses comme des pierres, des masques à gaz, etc. et ils ont arrêté 2 personnes.
– Devant le tribunal d’Evelpidon, dans la matinée du 18 novembre, le des flics anti-émeutes (MAT) ont attaqué le rassemblement solidaire, frappant au hasard, lançant des gaz lacrymogènes et faisant finalement fuir la plupart des gens loin du secteur du tribunal.
– Des émeutes ont eu lieu à Thessalonique et à Patras. Les compas ont monté des barricades dans les rues et attaqué les flics avec des cocktails Molotov et des pierres. Il y a eu des manifestations aussi dans des nombreux autres dans les villes de Grèce

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D.K. : déclaration publique à propos de mon enlèvement et détention de la part de la police antiterroriste, 9 novembre 2019 (en anglais ici : https://athens.indymedia.org/post/1601137/)
M.S. : compte-rendu public des opérations de l’agence de terrorisme étatique et de mon arrestation (en anglais ici : https://athens.indymedia.org/post/1601146/) […]

Marseille : Dégradations contre gentrification

Publié le 2019-11-21 22:13:11

Gomet.net / mardi 19 novembre 2019

Un an après le début des travaux sur la place Jean Jaurès, l’aménageur de la Ville de Marseille la Soleam, a réuni la presse vendredi 15 novembre pour alerter sur une recrudescence du vandalisme. Tags sur le mobilier, palissades défoncées, incendies volontaires… alors qu’une partie de la nouvelle place est aujourd’hui finie, les dégradations sont de plus en plus nombreuses depuis quelques semaines dénonce le président de la Soleam, Gérard Chenoz : « Après des débuts très houleux, ça s’était calmé mais il y a un regain de violence à l’approche de la période électorale », explique-t-il. […]

Et ces méfaits ont un coût important pour la Ville. Elle a déjà dépensé 390 000 euros pour la location du fameux mur de béton installé au début des travaux. « En tout, ce sont plusieurs centaines de milliers d’euros qui ont été dépensés pour réparés les dégâts », estime Gérard Chenoz. Les actes de vandalismes pèsent sur le budget mais ne devrait par retarder la livraison finale.

Pellevoisin (Indre) : La mairie crame par le haut – 16 novembre 2019

Publié le 2019-11-22 10:19:05

Dans la nuit de vendredi 15 au samedi 16 novembre, le toit de la mairie de Pellevoisin, dans l’Indre a été volontairement incendié. Le temps pluvieux a malheureusement limité les dégâts.

« Lundi 18 novembre, le maire découvre stupéfait que la toiture de la mairie a pris feu. Pas de flammes, l’incendie a été minime grâce à la pluie, juste beaucoup de fumée. Il s’agirait d’un incendie criminel.
Gérard Sauget (le maire) ne décolère pas : « S’attaquer à une mairie, c’est s’attaquer à la République. Quand on met le feu à une mairie, on vise qui ? Le maire ? Les députés ? Le gouvernement ? Le Président ? »

Ce n’est pas la première fois que la mairie est la cible d’attaques:
e
n août dernier, une porte de la mairie avait été forcée, des tuiles avait été arrachées du toit puis déposées devant la mairie. »

[Repris de France Bleu, 19.11.2019]

Chili : Un voyage sans retour vers notre dignité et la liberté totale

Publié le 2019-11-22 10:20:03

CHILI : UN VOYAGE SANS RETOUR VERS NOTRE DIGNITÉ ET LA LIBERTÉ TOTALE

L’explosion sociale qui a éclaté le 18 octobre et la répression déchaînée par l’État ont démontré l’échec du modèle politique chilien, ainsi que de son modèle économique.

L’origine de tout cela va au-delà du gouvernement que nous combattons aujourd’hui, et la révolte qui s’est propagée suite aux fraudes massives réalisées par des étudiant-e-s en lutte provient de la rage due aux exactions soutenues et permises durant des décennies. Rien de bien ne peut sortir du fait de remettre à l’État, aux politiques et aux autorités la capacité de décider de nos vies, en même temps que nous essayons de survivre dans un système qui transforme nos besoins en commerce et notre temps en argent, celui-ci nous étant imposé comme seule manière d’obtenir ce dont nous avons besoin.

En faisant péter les rues et les consciences, nous sommes beaucoup à avoir senti qu’avec cette explosion de rage nous nous sommes embarqué-e-s dans un voyage sans retour vers la reprise de toute notre dignité et de la liberté. Et au milieu de tout ce que nous sommes en train d’expérimenter sur le plan personnel et collectif, nous savons qu’un certain nombre d’entre nous avait déjà emprunté, avant le 18 octobre, les chemins de la lutte ancestrale pour une vie libre sans État ni autorité.

En avançant sur ces chemins, nous avons appris que la mesure d’État d’urgence, avec les militaires dans les rues et le couvre-feu, décrétée par le gouvernement de droite de Piñera n’est qu’une partie de l’arsenal répressif que tous les gouvernements ont mis en pratique sous diverses formes tout au long de l’histoire.

EN ROMPANT AVEC UNE NORMALITÉ IMPOSÉE DEPUIS DES SIÈCLES

Au Chili et dans le monde, la torture, la duperie, l’assassinat, l’injustice et les réformes qui ne changent rien de structurel ont constitué l’existence historique de l’État comme instrument d’oppression au profit d’une élite.

Avant, et aujourd’hui encore, il y a eu des morts au Chili, des personnes assassinées, torturées, incarcérées, frappées ou disparues pour avoir lutté contre l’ordre imposé ou du seul fait de leur condition économique, sexuelle ou ethnique.

Dans nos veines coule une histoire sanglante d’intervention militaire et policière pour anéantir les révoltes sociales et les luttes pour une vie digne et libérée de l’oppression: l’extermination du peuple mapuche, le massacre de Santa María de Iquique, la dictature de Pinochet, l’état policier de la démocratie et maintenant aussi la répression féroce à laquelle nous sommes confronté-e-s.

Cependant, au cours des dernières semaines, de plus en plus de personnes ont éprouvé dans leur propre chair le rôle oppressif de l’État policier militarisé qui se manifestait depuis des années et de manière évidente par son acharnement contre des lieux comme le Wallmapu, des squats, des poblaciones combatives et des lycées en lutte, à qui l’État a déclaré la guerre depuis assez longtemps déjà.

Aujourd’hui, les autorités recommencent à protéger l’ordre social, politique et économique qu’elles ont construit pour leur profit en réprimant dans les rues, en trompant à travers la presse et en parlant d’un prétendu ennemi qui chercherait à affecter la vie des gens.

Cet ennemi qu’ils mentionnent, c’est chaque personne qui lutte et chaque acte rebelle qui se multiplie pour ouvrir le chemin à des manières de se rapporter, de s’organiser et de vivre opposées à celles qu’ils ont imposées durant des années.

Pour cette raison, les politiques, les entrepreneurs et les forces répressives tentent de nous convaincre qu’il faut avoir peur de la désobéissance et de la révolte. Ils tentent de nous faire tomber dans le piège qui consiste à penser que leurs intérêts et les nôtres sont les mêmes. Mais à la différence d’autres moments dans l’histoire récente, nous sommes aujourd’hui plus nombreux et nombreuses à ne pas les croire et nous restons en lutte.

C’est pourquoi nous n’oublions pas chaque coup, chaque tir contre nos corps et ceux de nos proches, chaque mensonge et chaque collabo ayant pris position pour les puissants et leur répression.

Nous n’oublierons pas non plus chaque acte de rébellion, chaque accolade et chaque geste de soutien entre compagnon-ne-s, ami-e-s et voisin-e-s. Cette mémoire et ces gestes de rage, d’amour et de révolte font partie du scénario de vie et de lutte que nous construisons chaque jour.

LA SOLUTION EST ENTRE NOS MAINS

Au Chili, quelque chose a commencé à changer. Certain-e-s se sont réveillé-e-s avant, d’autres plus tard, mais ce qui est certain, c’est que malgré la répression, nous continuons à enlever du terrain au mode de vie avec lequel nous avons décidé de rompre.

Aujourd’hui, nous sommes plus nombreux et nombreuses à ne vouloir remettre à personne d’autre que nous-mêmes la faculté de mener les événements et les processus vers un horizon de liberté et de dignité. C’est pourquoi nous savons que ce que nous construirons à partir de maintenant dépendra de nous et nous ne sommes pas disposé-e-s à remettre à d’autres la capacité de décider de nos vies.

Ni la gauche opportuniste ni la droite dictatoriale. Ni le Frente Amplio ni n’importe quel parti politique. Ni la démission de Piñera, ni de nouvelles élections ou une nouvelle Constitution. Rien de ce qui provient de l’ordre établi avec lequel nous sommes en train de rompre ne pourra nous donner une solution.

Nous savons que de nombreuses questions et préoccupations sur la manière de continuer submergent beaucoup de personnes dans ces moments. En partant de notre identité anarchique de lutte contre toute autorité et de ce que nous avons expérimenté au contact d’autres volontés au coeur de la révolte, nous avons trouvé des réponses et des instruments dans l’expérience et l’apprentissage de prises de positions de lutte dans l’intensification du conflit contre l’ordre social que nous combattons. Ces instruments et ces réponses, nous les trouvons dans la multiplication des actes dans lesquels s’exprime la désobéissance, le soutien mutuel et l’action directe.

Lutter ensemble et nous soutenir face aux effets de la répression et à la peur de la pénurie provoquée par l’État, sortir de nos mondes personnels et se serrer les coudes avec d’autres personnes, contribuer, chacun-e selon ses capacités, pour agir et penser ensemble des possibilités de vie différentes de celles existantes ont été les réponses que nous avons forgées en partant de l’autonomíe de ne dépendre de personne d’autre que de notre volonté mise en action. Tout cela a été expérimenté par des milliers de personnes au cours des dernières semaines. Tout cela et plus encore s’est développé sans aucune sorte de leaders ou de dirigeant-e-s.

À partir de maintenant, ce que chacun et chacune apportera influera sur le cours de ce qui pourra, ou non, se produire.

Mais quoi qu’il se passe, pour notre part nous continuerons à lutter et à nous retrouver avec toutes celles et tous ceux qui continuent à expérimenter et à répandre la liberté dans chaque acte de révolte contre l’ordre de l’argent et de l’autorité.

Nous ne nous rendrons pas, nous ne reculerons pas. Nous continuerons à construire un monde nouveau sur les ruines du système que nous sommes en train de détruire.

MULTIPLIONS LA DÉSOBÉISSANCE, LE SOUTIEN MUTUEL ET L’ACTION DIRECTE!
QUE VIVE LA RÉVOLTE CONTRE TOUTE FORME D’OPPRESSION ET D’AUTORITÉ!

Publication Anarchiste Confrontación (Chili)
Édition spéciale octobre/novembre 2019

[Traduction de l’espagnol de Anarquia.info reçue par mail]

Joyeux jaunanniversaire !

Publié le 2019-11-22 10:22:05

Nous nous sommes promené·e·s dans les rues du centre-ville et des faubourgs. Ce sont ces rues que la politique urbaine de la métropôle sacage méthodiquement, effaçant leurs « anciens usages » pour en imposer de nouveau. Ce sont ces rues que le projet TESO (nouvellement nommé « Grand Matabiau ») entend raser, livrer à la bourgeoisie.
La métropole impose son idée de la ville : la smart city où chaque espace est contrôlé, privatisé, surveillé, mesuré, rentabilisé. Les interstices disparaissent. La solidarité aussi, brisée par les expulsions, les hausses des loyers, les vies à crédit, etc.

Ces saletés d’horodateurs sont un des outils de cette transformation de la ville, la métropole étend petit à petit leur emprise, au mépris des habitant·e·s les plus précaires dépendant·e·s de leur bagnole.

Stopper cette marche en avant forcée est possible. Depuis plus d’un an maintenant, ces habitant·e·s de la métropôle et des environs se révoltent contre la marchandisation du monde. Les gilets jaunes multiplient les sabotages, se réapproprient la rue. Nous avons souhaité célébrer leur premier anniversaire à notre manière.

Poursuivons dans ce sens. Jusqu’au 5 décembre, et après !!!

C’est nous le grand (mechant) matabiau !

Signé : A.S.V.P. Autonomie Solidarité Vandalisme Paillettes

Marennes (Charente-Maritime) : Les fachos ne sont pas les bienvenus – Novembre 2019

Publié le 2019-11-22 18:15:04

La permanence départementale du Rassemblement national à Marennes (Charente-Maritime) a été dégradée deux fois en quinze jours, depuis son inauguration. Début novembre, la vitrine a été brisée. Et dans la nuit de samedi 16 à dimanche 17 novembre, le local a cette fois été tagué.

« Le Rassemblement national ne semble pas être pas être bienvenu à Marennes. Le parti y a ouvert sa permanence départementale, il y a quinze jours. Depuis le local a été vandalisé à deux reprises. La première fois la vitrine a été brisée, le parti l’a remplacée. Puis dans la nuit de samedi à dimanche, la permanence a été taguée : on peut y lire « dégage », « la solution n’est pas là » ou encore « la jeunesse emmerde les racistes ». »

[Repris de FranceBleu, 17.11.2019]

 

Rennes : Procès pour destruction d’un véhicule de la gendarmerie – 7 et 21 novembre 2019

Publié le 2019-11-22 18:15:18

Quatre personnes passaient devant le tribunal de Rennes le 7 novembre dernier pour « dégradations sur une voiture de gendarmerie », à l’occasion d’une manifestation le 5 février, devant le centre hospitalier rennais de Pontchaillou. Ce jeudi 21 novembre, les juges ont rendu leur verdict.

« Deux jeunes avaient reconnu leur implication dans les dégradations. Mais les deux autres avaient nié en bloc. Le débat s’était orienté autour de l’existence de photos et de vidéos amateurs, prises lors de manifestations précédentes, qui avaient permis aux enquêteurs d’identifier les vêtements de ces deux prévenus.

Les affirmations du procureur de la République s’étaient heurtées aux plaidoiries des avocats de la défense : pouvait-on estimer que les photos et les vêtements constituaient des preuves suffisantes ?
Le tribunal a estimé que non. Un prévenu a été totalement relaxé, l’autre a été relaxé pour les dégradations, mais condamné à deux mois de prison avec sursis pour le refus de se soumettre aux opérations d’identification.
Les deux prévenus qui avaient reconnu les faits ont été condamnés à huit mois de prison avec sursis, et à l’obligation d’effectuer un stage de citoyenneté à leurs frais.« 

 

[Repris de Ouest-France, 22.11.2019]

Marennes (Charente-Maritime) : RN dégage !

Publié le 2019-11-22 19:35:05

Sud-Ouest / dimanche 17 novembre 2019

Ouverte depuis quelques semaines seulement, la permanence départementale du Rassemblement national située dans le centre ville de Marennes vient de nouveau d’être dégradée. Après le bris d’une vitre survenu dans la nuit du 5 au 6 novembre, ce sont cette fois des inscriptions à la peinture noire et rouge qui ont été appliquées sur la façade.

Des sigles anarchistes et des inscriptions : « Dégage », « La solution n’est pas là », « La jeunesse emmerde  les racistes » recouvrent les vitrines et le mur de façade qui sert aussi de permanence électorale à Richard Guerit, le responsable local du mouvement, candidat aux élections municipales à Marennes. […]

Lyon : Six arrestations pour l’incendie de l’abattoir (MAJ 23/11)

Publié le 2019-11-22 19:36:04

Le Parisien / vendredi 22 novembre 2019

Depuis plus d’un an, les gendarmes de la section de recherches de Lyon (Rhône) et du groupement de l’Ain travaillaient le plus discrètement possible afin de mettre la main sur les responsables d’ un violent incendie qui avait ravagé l’abattoir de Haut-Valromey (Ain) dans la nuit du 27 au 28 septembre 2018.
Six personnes, trois hommes et trois femmes, ont été interpellées mardi 19 novembre au matin dans ce dossier, a-t-on appris de sources concordantes. Après 96 heures de garde à vue, ils étaient en cours de présentation vendredi après-midi à un juge d’instruction à Bourg-en-Bresse et devraient être mis en examen pour « incendie volontaire et association de malfaiteurs », précise le procureur de Bourg-en-Bresse, Christophe Rode. Le parquet a requis la détention provisoire pour plusieurs d’entre eux.

Les six personnes interpellées contestent les faits.[…] Tous reconnaissent toutefois « un engagement radical et militant dans la cause écologiste », assure le procureur. […]

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2018, plusieurs incendies, rapidement considérées comme étant de nature criminelle, avaient été allumés sur le site des abattoirs Gesler, qui emploient plus de 80 personnes. « Les dégâts avaient été très importants, note une source proche de l’enquête. Les locaux avaient été en grande partie détruits, avec un préjudice important et un chômage technique pour plusieurs salariés. » « Tout ce qui est abattoir pur et boucherie n’a pas été impacté. Par contre, la charcuterie est détruite à 100 %, l’administratif pareil et, pour tout ce qui est salle de découpe, il y aura de gros travaux », expliquait alors Pierre Favre, […]

 

Mise à jour du 23 novembre : selon Le Progrès de vendredi 22, des six personnes arrêtées, « seulement » quatre ont été présentées au juge et mises en état d’inculpation.

Allemagne : Chronique de la guerre sociale (Du 15 au 21 novembre 2019)

Publié le 2019-11-22 21:13:07

[Ci-dessous une petite sélection d’actions directes destructrices qui se sont déroulées en Allemagne depuis la mi-novembre. Toutes ces attaques, la plupart non revendiquées, ont été traduites d’articles de la presse allemande et assemblées sur le site Chronik.blackblogs.org.]

Francfort: Le consulat de Russie prend des couleurs – 21 novembre 2019

Le Consulat général de Russie situé à Oeder Weg a été pris pour cible durant la nuit du 20 au 21 novembre: des bouteilles remplies de peinture ont été jetées sur la façade et un tag “La guerre commence ici” [en anglais] a été posé sur le trottoir devant le bâtiment.

Selon la police, des témoins auraient rapporté qu”un groupe de cinq personnes portant des bonnets et des vêtements sombres, auraient tâché le bâtiment du consulat russe avec de la peinture jaune, verte et rouge vers 00h45. Par ailleurs, les vandales ont mis des affiches avec des attaches-câbles sur la clôture et pulvérisé les mots “War starts here” sur le trottoir.


Munich: Incendie d’une antenne-relais – 19 novembre 2019

Mardi 19 novembre, une antenne relais de la rue Landsberger a été incendiée vers 4h. Les pompiers ont dû éteindre des flammes hautes de 40 mètres. Le lendemain, il y a déjà de nouveaux indices: la police pense „avec une forte probabilité“ à un acte intentionnel. Les dégâts sont d’ores et déjà chiffrés à environ 250.000 euros.

Neuhausen-Nymphenburg – le client d’un hôtel dans la rue Landsberger a dû d’abord être bien surpris : vers 4 heures mardi matin, il a découvert une lueur de feu au loin. L’homme, plutôt que d’admirer le spectacle, a préféré appeler les pompiers.

Les équipes voyaient aussi déjà le feu de loin. À environ 40 mètres de hauteur, la plateforme d’une antenne relais était en train de brûler.

Avec deux camions anti-incendie et une grande échelle, les pompiers ont réussi à éteindre le feu. Pour pouvoir rechercher les derniers foyers sur la plateforme, un mât articulé spécial, muni d’une plateforme de travail, a été sollicité. L’engin dispose d’une hauteur de travail maximale de 53 mètres. Les équipes ont ainsi pu atteindre la plateforme.

La police munichoise a annoncé qu »un mobile politique n’était pas à exclure et les services de la Sécurité Intérieure se sont saisis de l’enquête. Les enquêteurs s’orienteraient vers la piste de la mouvance autonome, mais pour l’heure l’acte n’a pas été revendiqué. Selon les connaissances actuelles, on partirait du principe qu’il s’agit „ très probablement d’un incendie volontaire“.

[A partir de divers articles de la presse bavaroise]


Berlin: incendie d’un profiteur des prisons – 18 novembre 2019

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, un véhicule de l’entreprise KONE, spécialiste dans la conception et la fabrication des systèmes d’ascenseurs et d’escalators mais aussi de système de verrouillage de portes [des cellules en prison], est incendié. L’entreprise était notamment impliquée dans la construction de la prison de Luynes/Aix-en-Provence. L’attaque a été revendiquée en solidarité avec les personnes poursuivies et incarcérées par l’Etat grec.

Borna: la permanence de l’AfD à la plaque d’égout – 17 novembre 2019

Dans la nuit du 16 au 17 novembre, les locaux du Grabengasse loués par le parti d’extrême-droite de l’AfD ont une nouvelle fois été attaqués, dans cette petite ville à côté de Leipzig. Les vitres de la permanence ont été fracassées à l’aide d’une plaque d’égout. Il s’agit de la onzième attaque contre ces mêmes locaux.


Rostock: Les voitures toutes neuves du concessionnaire sont méconnaissables – 16 novembre 2019

Un concessionnnaire du quartier de Lütten-Klein a eu une mauvaise surprise ce samedi 16 novembre. Au cours de la nuit, pas moins de 32 voitures toutes neuves ont été vandalisées. Leurs carrosseries ont été gribouillées à la bombe de peinture. Les dégâts se chiffreraient à plus de 10.000 euros.


Kiel: ça brûle à la concession Mercedes – 15 novembre 2019

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la concession automobile ‘Mercedes’ située dans la Daimler-Straße a reçu une visite incendiaire. Six véhicules ont été incendiés. La police a ouvert une enquête et part du principe qu’il s’agit d’un incendie volontaire. Les dégâts sont chiffrés à des centaines de milliers d’euros.

Vers 1h du matin ce vendredi, le ou les incendiaire-s se sont frayé-s un chemin sur le parking du concessionnaire pourtant grillagé (cf photo ci-contre).

Cinq berlines et un camping-car ont été entièrement détruits par les flammes. D’autres véhicules ont été endommagés par la chaleur et le dégagement de suie. L’intervention était à haut risque pour les pompiers, car dans le camping-car, il y avait des bouteilles de gaz.

Le site est surveillé par de multiples caméras (cf photo ci-dessous). On apprend par ailleurs que des véhicules de l’armée et des douanes étaient stationnés chez cette concession automobile. Mais ils sont restés intactes, d’après l’article de presse.

 

Calais (Nord-Pas-de-Calais) : Renouer avec le désordre pour l’anniversaire – 17 novembre 2019

Publié le 2019-11-22 21:14:10

Dimanche 17 novembre 2019, c’était l’anniversaire du mouvement des « gilets jaunes » partout en France. A Calais, une centaine de personnes, avec et sans gilet, s’est rassemblée au pied de l’échangeur 43 de l’A16, au niveau du rond-point, dès le début de matinée. La tension est montée crescendo au fil de la journée. Peu avant 15 heures, un homme de 19 ans a été interpellé et placé en garde à vue après avoir jeté des pierres sur les flics. A la nuit tombée, vers 17h, une trentaine de personnes a déambulé sauvagement en direction du centre-ville: des poubelles sont renversées et brûlées dans les rues Edgard-Quinet et du Vauxhall, des sucettes publicitaires brisées; dans le quartier du Fort-Nieulay, une benne à verre est placée en plein milieu de l’avenue Salengro avant d’être incendiée. Vers 22 heures, la route départementale 940, au niveau du rond-point du Channel est de nouveau endommagé par de multiples feux. Au total, 6 personnes ont été interpellées pour cette soirée tumultueuse.

« Pour rappel, début septembre, la voirie entre les ronds-points de Jardiland et du Channel avait été remise à neuf après trois nuits de travaux programmées par le conseil départemental pour un montant de 200 000 €. » La mairie avait alors à coeur d’effacer les traces des occupations de rond-points de l’an dernier.

« Fin 2018, la mobilisation des Gilets jaunes a aussi suscité des débordements en marge des manifestations, dans les mêmes conditions mais dans des proportions parfois bien plus importantes. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, avenue Salengro, des voitures ont été incendiées, des abribus cassés, des stations-service, des commerces, des distributeurs de billets vandalisés. Douze personnes avaient été placées en garde à vue cette nuit-là. Lors d’un bilan global des dégâts, réalisé au printemps, la facture globale pour la ville s’élevait à 300 000 €. Avenue Salengro, le garage du Moulin, sévèrement touché avec cinq voitures brûlées et trois autres vandalisées, évoquait environ 150 000 € de dégâts à l’époque.

Récit de la soirée par les journaflics locaux:
« Vers 17 heures, des manifestants, notamment des adolescents, ont entamé une opération escargot à vélo. La manœuvre se serait transformée en blocage de la rue de Tunis, que les policiers auraient demandé de lever, avant de disperser la foule à l’aide de grenades lacrymogènes. Incommodés par les fumées, les militants ont reculé vers le rond-point du Channel. Plusieurs sont partis en direction du quartier du Fort-Nieulay.
Vers 18 heures, un conteneur placé en plein milieu de l’avenue Salengro a été incendié, de même qu’un conteneur Le Relais, rempli de sacs de vêtements pour les démunis. Les flammes ont rapidement été circonscrites. Une demi-compagnie de gendarmes a été appelée en renfort au rond-point de Jardiland, où les manifestants (quasiment aucun ne portait de gilet jaune) semblaient converger de nouveau vers 19 heures. Un jeu du chat et de la souris s’est alors mis en place entre les forces de l’ordre et une trentaine de personnes, qui se livraient à des dégradations de mobilier urbain en se dirigeant vers le centre-ville. On comptait, peu avant 20 heures, quatre interpellations au total, toutes pour des jets de pierres. Les personnes impliquées ont été placées en garde à vue. » (Source: La Voix du Nord)

La veille, samedi, lors d’une action au rond-point de Jardiland, les CRS en civil ont eu une petite frayeur. Ces derniers étaient à bord d’un fourgon, de retour d’une pause-déjeuner. Un homme aurait tenté d’ouvrir la porte du véhicule et le ton serait rapidement monté. Il devrait être convoqué par la police pour « incitation à l’émeute ».

[Repris de la presse locale]

L’occasion qui fait la combustion…

Publié le 2019-11-23 01:44:06

C’est l’anniversaire de Gilles et John. Ils ont pas envie de gâteau. ils veulent un anniversaire pas comme les autres. Un de ceux qui fait la fête aux oppresseurs et à ses porte-paroles. Et ça tombe bien, les rues sont remplies de voitures d’institutions qui sont des piliers de l’ordre existant.

Après un an à s’émouvoir dans les rues chaque samedi, à caillasser les keufs et à péter des vitrines de cette société misérable, ils sentent bien que la rage n’y est plus vraiment… ils sont pas prêts de retourner se cailler le cul sur un rond-point…. ils veulent autre chose. Alors après une soirée à évoquer ce monde qui brûle, de la révolte des parapluies de Hong-Kong aux joyeuses nuits insurgées de Santiago, ils enfilent leurs blousons, se couvrent de bonnets et d’écharpes et sortent affronter le froid glacial de la nuit.

Au détour d’une rue, Gilles repère une voiture de l’Est Républicain, et juste collé devant un utilitaire Orange. C’est l’occasion qui fait… la combustion! John se dit alors qu’en incendiant celle du média par devant, il y a de fortes chances que le coffre de l’utilitaire brûle aussi (et qu’y a certainement plein de matos de fibre optique à l’intérieur). Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Nos deux compères partent chercher un allume-feu tout emballé qu’ils ont planqué dans un talus. Une heure plus tard, ils retournent dans cette rue de la Mouillère et, pendant que John fait le guet, Gilles sort son briquet-chalumeau, allume le combustible et l’enfonce dans le petit espace sous la plaque d’immatriculation. Quelques minutes plus tard, l’huile du moteur s’embrase mais nos deux amis sont déjà bien loin.

Pourquoi l’Est ?

Parce que ce sont les meilleurs amis des keufs. L’an dernier, un de leurs journalistes, Willi Graf, a été vu en train de refiler ses photos de la manif directement aux keufs. On ne compte même plus le nombre de personnes condamnées à cause des photos et vidéos de l’Est. Elles sont des éléments à charge systématiquement versées aux dossiers. Plus généralement, L’Est est comme tous les autres médias, un organe de la propagande d’État, qui œuvre chaque jour à ce que rien ne change, à ce que les keufs continuent de harceler, de mutiler ou de tuer, aux juges d’enfermer et de briser des vies…

Pourquoi Orange ?

Parce qu’elle exploite les prisonnierEs, optimise le profit et l’exploitation, renforce le contrôle et participe à leur monde de gadgets technologiques… Parce qu’on ne veut pas de leurs villes aseptisées et connectées qu’ils smart cities…

 

Jusqu’à une prochaine ballade…

 

Hommage à Mohammed depuis l'intérieur du CRA

Publié le 2019-11-23 21:14:04

Vendredi 8 novembre, un prisonnier est décédé au centre de rétention de Vincennes. Il avait 19 ans, il était enfermé depuis 28 jours. Au matin, ses co-détenus l’ont découvert entre la vie et la mort dans son lit. Deux jours plus tard, un hommage lui a été rendu avec et par les prisonniers dans la cour du CRA.



Après avoir témoigné sur la mort de Mohammed, les prisonniers rapportent cette fois le moment d’hommage qu’ils lui ont rendu :

Quand on a su pour le jeune Mohammed, on a voulu lui faire un hommage, un genre une prière avec tout le monde. Au début, on a demandé le pardon tout ça comme le veut la tradition islamique, et après on est allés voir tout le monde de toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion.

On a dit : on va faire un hommage symbolique dans la cour et l’on a vu que tous les prisonniers étaient d’accord, c’était avec plaisir pour eux. On a dit à midi tout le monde va chercher son ticket pour le restaurant et avant qu’il parte au restaurant pour manger il faut qu’il monte vers la cour comme ça il vient pour faire une prière, un hommage symbolique pour lui.

Comme ça fait un message pour les responsables ici, parce que cette histoire elle pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. On a fait une petite prière debout, il y a un gars qui a lu un peu du Coran et après il y a un qui a demandé à un monsieur âgé de 65 ans, il est d’origine de Russie, il est là, il est chrétien, il a fait un peu de prières avec la Bible.

La police ils ont remarqué, ils sont venus ils ont dit « qu’est ce que vous préparez ? Qu’est-ce que vous préparez ? » Ils voyaient qu’on va faire quelque chose, mais c’était juste un symbole pour le jeune tunisien et ça s’est passé tranquille après on a repris la normale.

À l’extérieur aussi, il était important de faire quelque chose. Vendredi, nous étions plusieurs à vouloir nous rendre ensemble derrière le CRA de Vincennes pour faire un parloir sauvage (se rapprocher le plus possible des grilles et se faire entendre des retenus), crier notre solidarité aux personnes à l’intérieur et notre colère contre les CRA et les frontières qui tuent.

Mais les RG avaient visiblement intercepté l’info puisque 3 camions de flics étaient stationnés devant le CRA, et des flics en civil nous attendaient au RER et nous ont empêchés de faire le parloir, confisquant au passage notre banderole.

On a donc décidé de remettre ça au dimanche soir : cette fois-ci on a pu se rapprocher du CRA et crier, les gens de l’intérieur nous ont entendus et ont répondu ; deux minutes après, 3 camions de flics ont débarqué et nous ont nassé·e·s pendant quelques minutes, avant de nous raccompagner jusqu’au RER – nous on a crié nos slogans jusque dans le wagon.

Tout cela montre quand même que les flics et la préfecture sont sur les dents en ce moment : ils savent qu’une mort en CRA ne reste pas sans réactions ; ils ont peur des révoltes de prisonnier·ère·s et ils ont peur des liens qui peuvent être faits entre intérieur et extérieur, et accentuent donc la surveillance et la répression des deux côtés.

Mais les camarades qui ont entendu le parloir depuis l’intérieur du CRA appellent à la solidarité et à la mobilisation : « Il faut faire beaucoup de manifs ! Tous les jours si c’est possible ! Ce n’est pas croyable ce qu’il se passe ici. » Nous on est toujours plus déterminé·e·s : on reviendra !

Pour Mohammed et tou·te·s les autres, ni oubli ni pardon.

Liberté pour tou·te·s !

À bas les CRA !

Athènes (Grèce) : Revendication de l’attaque des bureaux de Néa Dimokratía et de la Poste, à Pefki

Publié le 2019-11-24 00:13:07

athens.indymedia.org / jeudi 21 novembre 2019

Nous revendiquons les attaques incendiaires contre les bureaux locaux de Néa Dimokratía [le parti du premier grec Kyriákos Mitsotákis; NdAtt.] et le bâtiment de la Poste grecque, dans le quartier de Pefki, dans la banlieue nord (d’Athènes), en tant qu’accueil chaleureux pour le nouveau gouvernement et ses politiciens, comme les déchets humains munis de haches* qui siègent au parlement, et notre belle ordure Adonis Georgiadis, une figure politique infâme et comique de située à l’extrême droite. Chacune de nos attaques est une promesse vers notre lutte pour l’anarchie, ainsi que notre signe de solidarité avec nos compas recherché.e.s et emprisonné.e.s.

Pour l’instant, nous n’avons pas grand-chose à dire. Aujourd’hui c’est le moment d’agir et de mener une lutte multiforme constante et durable. Force et complicité avec tou.te.s celles/ceux qui descendront la rue avec le désir de vandaliser, de jeter des pierres aux flics et de brûler les symboles de l’autorité. Force et complicité avec tou.te.s les prisonnier.e.s anarchistes du monde entier. La solidarité, c’est l’attaque.

FORCE À L’ANARCHISTE RECHERCHÉ DIMITRIS CHANTZIVASILIADIS

Rien n’est fini, nous reviendrons.
VIVE L’ANARCHIE !

PS : FORCE À L’ANARCHISTE EMPRISONNÉ C. STATHOPOULOS

Combattant.e.s anarchistes / cellule « Horizon de destruction »

* On parle de Makis Voridis, une raclure fasciste qui attaquait des anarchistes et des punks, armé d’une hache, dans les années 90.

Comme le nez au milieu de la figure : un complexe militaro-industriel « caché » au cœur de notre région

Publié le 2019-11-24 10:17:07

Il y a trois ans, le journaliste lillois Tomjo proposait un tableau percutant du capitalisme de sa région, sous le titre "Au nord de l’économie". Matthieu Amiech, habitant du Tarn-et-Garonne, engagé dans diverses luttes contre l’informatisation de la société, propose ici la première mouture d’une réponse à ce texte : il ébauche un "Sud-Ouest de l’économie", en présentant l’atout-maître de la région Occitanie, le complexe militaro-industriel toulousain, qiu alimente et se nourrit de tout un secteur d’innovation technologique extrêmement dynamique. Autant pour nos idéaux d’égalité sociale et de liberté, autant pour la fameuse "convivencia" occitane...



(version provisoire, à amender : critiques et suggestions bienvenues)

Je vis depuis plus de dix ans en Occitanie, et j’ai travaillé pendant plusieurs années à Toulouse, comme enseignant en école d’ingénieurs, en BTS, en prépa.

J’ai été surpris, en découvrant la région et sa capitale, à la fin des années 2000, de constater que Toulouse n’était pas simplement une ville en cours de rattrapage économique et industriel, comme on me l’avait appris en cours de géographie dans les années 1980-90 : c’est une métropole à la pointe de l’innovation technologique. Cela m’a sans doute d’autant plus frappé que le fil rouge de mon engagement politique est le divorce de plus en plus profond entre progrès technique et progrès social/humain. En travaillant dans divers instituts de formation supérieure et professionnelle, en prenant le métro, en prêtant attention aux manifestations organisées par les pouvoirs publics locaux, je me suis vite aperçu que la municipalité et la Région Midi-Pyrénées/Occitanie mettaient une énergie « de dingue » dans le développement de l’attractivité pour les étudiants, les chercheurs, les ingénieurs. Par exemple, les publicités dans le métro toulousain vantent moins souvent des produits que des formations, des salons professionnels, destinés à fixer la population de la « creative class » [1] dans et autour de la ville.

Quelques chiffres à l’appui de ces observations personnelles : d’après l’Insee, en 2016, l’Occitanie était à la fois la première région européenne pour l’aéronautique et la première française pour la recherche. 86 000 salariés y travaillaient dans la conception et la réalisation de systèmes aéronautiques et spatiaux, notamment chez Airbus (21 000 emplois à lui tout seul) et sa myriade de sous-traitants. Presque 30 000 personnes y travaillaient dans la recherche et développement, secteur qui pèse 3,7 % du PIB régional ; la nouvelle région compte pas moins de 35 grandes écoles et universités, et 15 pôles de compétitivité sur son territoire. Tout cela aboutit à un dynamisme démographique, un niveau de créations d’entreprises et d’emplois largement au-dessus de la moyenne nationale [2].

Comment en est-on arrivé là ? Comment une ville longtemps caractérisée par son faible dynamisme industriel est-elle ainsi parvenue à la pointe de l’hypermodernité et du capitalisme français ? L’aménagement volontariste du territoire par un Etat central soucieux de compenser des déséquilibres économiques structurels a joué un rôle important. Mais il faut souligner que l’effort de décentralisation a fonctionné à ce point parce qu’il a porté sur des domaines liés à l’armement, au(x) militaire(s), à la guerre. C’est le secret de famille de Toulouse – secret de polichinelle, mais la discrétion à ce sujet a des effets : la prospérité et le dynamisme de la ville et de l’ensemble de la région reposent sur un véritable complexe militaro-industriel, dont je vais brièvement ici retracer la formation.

Je vais m’appuyer largement, pour cela, sur l’ouvrage (dont les auteurs ont préféré garder l’anonymat) Toulouse nécropole, publié en 2014 et qui a un peu circulé depuis. Ensuite, j’ébaucherai une cartographie du complexe techno-militaro-industriel toulousain à partir de recherches plus personnelles.

I Comment une région sous-industrialisée a vu sa capitale devenir une place forte de l’industrie chimique et aéronautique dès le milieu du XXè siècle

Au XIXè siècle, l’actuelle Occitanie est une région largement sous-industrialisée par rapport au reste de la France (notamment le Nord-Est, les régions parisienne et lyonnaise, le Sud-Est). Au tournant du XXè, une industrie hydroélectrique se développe, mais c’est surtout sur une vieille tradition de production d’explosifs que Toulouse va s’appuyer pour impulser un décollage économique, tardif mais d’envergure.

Toulouse faisait partie des villes choisies par le Conseil royal de Louis XIV en 1666 pour établir des « Fermes des poudres et salpêtres » : c’est à ce moment que débute la fabrication d’explosifs sur l’île du Ramier, au Sud de la commune. Les guerres napoléoniennes, le premier conflit avec l’Allemagne en 1870, sont autant d’étapes de développement de cette industrie de la poudre, mais c’est la Première Guerre mondiale qui change la donne et constitue l’origine du décollage industriel de la ville et de sa région.

L’éloignement d’avec le front (au Nord-Est) favorise le développement de l’industrie d’armement : la Cartoucherie toulousaine emploie près de 50 000 personnes dès le début de la guerre ; 16 000 personnes travaillent à l’Arsenal en 1917 ; la Poudrerie tourne à plein régime, et les établissements privés produisant des armes prospèrent (la Société anonyme des ferronniers du Midi, les Ateliers Dominique Rieu & cie, les Etablissements Amouroux frères, Pauly frères…). C’est sur la base de cette industrie de guerre qu’une puissante industrie chimique va prendre son essor une fois la paix (provisoirement) revenue. En 1924, sur décision ministérielle, est créée l’Onia (Office national de l’industrie de l’azote) dont l’usine (qui s’étale dès cette époque sur 70 ha) va produire de l’ammoniac de synthèse et son dérivé, le nitrate d’ammonium, à des fins à la fois agricoles et militaires.

En effet, le nitrate d’ammonium est un engrais (azoté) aussi bien qu’un explosif. L’ammoniac, lui, est une combinaison d’azote et d’hydrogène. Avant sa synthèse à partir de l’air, l’azote était principalement tiré du guano, importé d’Amérique du Sud en Europe. Autour de 1910, le chimiste allemand Fritz Haber parvient à fixer l’azote atmosphérique, ce qui ouvre la voie à une production industrielle d’ammoniac. D’aucuns y voient un des facteurs de déclenchement de la guerre, car à partir de 1913, l’utilisation du procédé Haber-Bosch par les usines BASF rend l’Allemagne autonome en engrais aussi bien qu’en gaz de combat et explosifs.

Les usines toulousaines produisaient déjà du nitrate d’ammonium de manière traditionnelle, mais en 1918, la France récupère le monopole d’exploitation des brevets et procédés Haber. L’Onia se met ainsi à produire 50 000 tonnes de nitrate d’ammonium par an, à partir d’ammoniac de synthèse – cette production ira croissante jusqu’en 1983.

A partir de 1960, avec la mise au point de la bombe atomique française, les produits de base fabriqués à l’Onia alimentent la Poudrerie (qui devient bientôt Société nationale des poudres et explosifs) : le perchlorate d’ammonium et l’hydrazine servent de base aux propergols, nécessaires à la propulsion des missiles balistiques. Notons que la SNPE a aussi produit des gaz neurotoxiques, dits organophosphorés, entre les années 1950 et 1980. Mais les activités militaires ne représentaient que 60% de son chiffre d’affaires dans les années 70 et cette part a décru petit à petit. Elle fabriquait aussi des produits de base nécessaires à l’industrie civile : poudres et explosifs industriels, peintures et vernis, pharmacie, matières plastiques, phytosanitaire…

Quant à l’Onia elle-même, elle était devenue en 1965 l’APC puis en 1983 AZF, avec une production diversifiée. A côté des produits de base pour de nombreux explosifs et missiles de l’armée française, des ateliers de chimie fine produisaient des résines, des détergents, du chlore pour les piscines, de la colle pour bâtiment, de la mélamine… L’azote produit à AZF alimentait aussi une usine voisine, Tolochi-Mie, fabriquant des mousses, des polyuréthanes, des vernis, des pesticides et des fongicides.

Dans les années 2010, les usines du site d’Herakles-Safran (« successeur » de la SNPE) fabriquent toujours des carburants pour fusées et missiles, mais aussi des solvants, des biomatériaux implantables dans le corps humain, des nanomatériaux… dont certains directement commandés par la Direction Générale de l’Armement [3].

Parallèlement, l’autre pilier du développement industriel tardif de Toulouse est l’aéronautique, dont l’essor fait également suite à la Première Guerre mondiale. Les entreprises pionnières pour les avions chasseurs et les bombardiers sont Latécoère, puis Dewoitine qui se met à exporter. Avant la Deuxième Guerre, Toulouse est déjà pourvue d’une industrie aéronautique conséquente et de trois aéroports à vocation presque exclusivement militaire : Francazal, Blagnac et Montaudran.

Après 1945, le développement de l’aéronautique civil et militaire se fait de manière concomitante. La technologie des avions supersoniques guerriers (type Mirage) a servi au programme du Concorde, qui a lui-même fait faire de grandes avancées aux technologies des futurs avions de combat. En 1963 s’ajoute l’installation du Cnes, de l’Ecole d’aéronautique et de l’Ecole nationale de l’aviation civile. En 1962 est entré en fonction le campus « à l’américaine » de Rangueil. En 1968 s’ouvre le Laas (Laboratoire d’Analyse et d’Automatique des Systèmes), pionnier des partenariats recherche-industrie en France, pour l’informatique et la robotique.

En fait, l’expansion de l’industrie aéronautique va déboucher sur l’essor de l’industrie de haute technologie en général. Tout se passe comme s’il y avait un effet cumulatif. Au-delà d’un certain point, les données initiales sont « renversées » : Toulouse, territoire en marge de la Première Révolution industrielle, en rattrapage lors de la Deuxième, sera un lieu important pour la Troisième à partir des années 1970.

II A la pointe des TIC

Dans le journal du Conseil régional, on ne manque jamais de signaler que le « numérique [est] un secteur de pointe dans notre région ». Un article portant ce titre souligne que « sur les 128 start-up françaises présentes au Consumer Electronic Show en 2016 à Las Vegas, LA référence mondiale pour l’innovation technologique grand public, pas moins de 34 étaient originaires d’[Occitanie] Midi-Pyrénées », soit une sur quatre. Le secteur numérique emploie sur ce vaste territoire 52 500 salariés, dans 8 400 entreprises. Certaines start-up soutenues à leur naissance par les institutions régionales sont en passe de devenir des poids lourds internationaux : la toulousaine Sigfox, désormais partenaire de SFR et Microsoft pour tenter de devenir leader mondial de l’internet des objets ; la montpelliéraine Teads, spécialisée dans la publicité vidéo en ligne [4].

Concrètement/spatialement, cela donne une métropole de plus en plus cernée par des techno-pôles, qui se multiplient, se réorganisent, se modernisent en permanence. En voici quelques uns, de première importance :

L’Innopôle de Labège, devenu dans les années 2010 Enova : c’est 300 ha de bureaux et d’espaces commerciaux, avec plus d’un millier d’entreprises, 16 800 emplois, sept établissements d’enseignement supérieur et 3000 étudiants [5].

Les deux grandes filières porteuses y sont le numérique et les biotechnologies. Les entreprises vedettes qui y ont élu domicile sont Thalès et Sigfox. Moins connue, Delair Tech est parfois annoncée dans la presse comme le nouveau Sigfox [6] : elle produit des drones, avec une prédilection pour les vendre aux anciens services publics qui suppriment des postes de fonctionnaires depuis vingt ans (la SNCF, EDF, Enedis, RTE…). On trouve aussi à Enova un « CEA tech », plate-forme régionale de transferts de technologies créée par le Commissariat à l’énergie atomique au début des années 2010 – on y mène des recherches sur les nanotechnologies, sur les systèmes d’information et le big data, sur les drones… ; une banque (créée par Edouard Leclerc) qui veut construire un datacenter ; des clusters, des associations, pépinières et autres réseaux d’entreprises, comme un « village numérique », un « Biotech park », et surtout une « vallée de l’internet des objets » (Internet of Things en anglais, IoT en abrégé).

L’IoT valley a été créée par Sigfox pour mettre en valeur sa réussite en matière de technologies de communication entre les objets pucés. L’ancienne start-up a tenu à installer à proximité de son siège des antennes de ses prestigieux clients – des entreprises aussi diverses que la SNCF, AG2R La Mondiale, Microsoft et Capgemini utilisent la technologie de Sigfox, et ont donc accepté d’avoir des bureaux attenants à ceux de leurs fournisseurs. A ce regroupement s’est ajouté le projet d’un « accélérateur de start ups » : Sigfox veut favoriser l’éclosion d’autres entreprises de haute technologie susceptibles de connaître le même succès qu’elle. Et ce sont donc plusieurs dizaines de start-up qui se sont installées dans cette vallée, pour profiter de la « synergie » impulsée par leur aînée.

Toulouse aerospace (ou Montaudran aerospace) est un site absolument fondamental du complexe techno-militaro-industriel toulousain. Il s’agit en fait d’une modernisation et d’une extension du complexe scientifico-industriel de Rangueil, où se trouvaient déjà dans un mouchoir de poche l’Insa Toulouse, l’Isae, l’Enac, le Laas, l’Université Paul Sabatier, à proximité d’entreprises telles qu’Airbus, Airbus Defence and Space, Alcatel Space, Freescale, Latécoère, Siemens VDO Automotive, Thales.

Le projet est désormais de rassembler au même endroit, dans une unique Maison de la formation Jacqueline Auriol, l’Isae, l’Enac, l’Insa et l’Université Paul Sabatier ; de regrouper parallèlement 1000 chercheurs du CNRS, de l’Onera, du Cnes et d’EADS, près du siège du pôle de compétitivité intitulé Aerospace valley (association professionnelle présidée par le vice-président d’Airbus). Il s’agit donc de créer un gigantesque campus des métiers de l’aéronautique, de l’espace et des systèmes embarqués, cela sur le site même de l’aérodrome qui vit la naissance de l’Aéropostale. Les travaux sont intégralement financés par la Communauté urbaine du Grand Toulouse.

Le Parc du canal, situé à Ramonville/St-Agnan, où l’on trouve à la fois le Cnes ; les locaux de Naïo Technology, start-up vedette de la robotique agricole occitane ; et la plate-forme White biotechnology, créée par l’Insa, l’Inra, le CNRS et l’Institut d’études catholiques de Toulouse, pour stimuler la recherche en matière de biologie de synthèse, avec le concours et au service de grands groupes comme Total, Véolia, l’Oréal [7]
Agrobiopôle, regroupement d’organismes et acteurs des agrobiosciences, avec sans doute dans le futur un développement des agro-industries : 300 ha à cheval sur les communes d’Auzeville-Tolosane et Castanet ; 60 organismes, laboratoires et écoles (3300 étudiants et lycéens), parmi lesquels notamment l’Ensat et le centre toulousain de l’Inra, où ont lieu d’importantes recherches en robotique agricole, des recherches en biotechnologie... C’est là aussi que se trouve le siège du pôle de compétitivité Agrimip innovation [8].
L’Oncopôle, siège du pôle de compétitivité Cancer Bio Santé. Le principe est là aussi de regrouper tous les acteurs du secteur (académiques, scientifiques, technologiques, médicaux, cliniques, pharmaceutiques, publics et privés), avec pour ambition commune la lutte contre le cancer… tout cela sur le site de l’ancienne usine AZF. Ce projet permet de disposer d’une chaîne intégrée pour la prévention et le traitement du cancer (recherche fondamentale, recherche technologique, recherche et essais cliniques, découverte et industrialisation de nouveaux médicaments et équipements). La concentration de la recherche sur un même site a été voulue pour faciliter la prise de brevets et de licences, la création de nouvelles entreprises, la diversification et le développement d’entreprises existantes et la recherche de partenariats avec d’autres régions et d’autres pays.

Les activités et les projets du campus de cancérologie se regroupent autour de cinq pôles, ou centres d’activités, que sont l’Institut universitaire du cancer (soin aux malades et recherche clinique), la recherche publique, la recherche privée (Sanofi, Pierre Fabre et GlaxoSmithKline), l’innovation et la valorisation de la recherche ainsi que la formation [9].

La base de Francazal, où une société a spécialement été créée pour « gérer » la reconversion industrielle (bien sûr) d’une partie du site militaire. En 2017, 30 sociétés y avaient déjà investi, dont le constructeur mondial d’avions à hélices ATR, des constructeurs de drones comme Airborne concept, la société de navettes autonomes Easymile. Et bien sûr, et surtout, HTT (Hyperloop Transportation Technologies), avec son projet de train à 1000 km/h, circulant « dans le vide », grosse prise de la métropole toulousaine [10].

Je m’arrête là. Tout cela est à préciser, compléter, actualiser. Pourquoi parler de complexe militaro-industriel ? Parce que dans la lignée des produits chimiques de l’Onia au milieu du XXè siècle, toutes ces industries et ces recherches sont duales, c’est-à-dire que les applications sont indissociablement civiles et militaires. En matière d’aéronautique, de drones, de robotique, de nanotechnologies, de biotechnologies, des recherches militaires débouchent parfois sur des innovations industrielles/commerciales profitables ; mais parfois ce sont des recherches à but capitaliste qui nourrissent les militaires. Ainsi une chercheuse du Cnes mettant au point des nanosatellites déclare-t-elle : « Un nanosatellite peut avoir des missions scientifiques mais aussi des applications commerciales pour la collecte des données, l’Internet des objets, ou intéresser les géants du Net en matière de géolocalisation » [11]. Tout est ouvert, effectivement, y compris bien sûr les applications militaires, surtout quand la Direction général de l’armement joue un rôle structurant dans la structuration et le financement de toutes ces recherches, comme c’est tout particulièrement le cas à Toulouse [12].

Qui plus est, même sans la dimension strictement militaire et donc meurtrière, cette orientation de la science et de la production est contestable. Elle s’inscrit dans un projet d’hétéronomie, de mise sous dépendance/tutelle radicale des êtres humains, incompatible avec la défense de la liberté et de l’égalité sociale. Pourquoi personne ne parle-t-il donc de tout ça à Toulouse ? Pourquoi y a-t-il si rarement des débats à ce sujet dans les lieux et les milieux politisés de la ville ? Pourquoi l’agitation récurrente de ces dernières années – Nuit debout, puis surtout les Gilets jaunes – n’est-elle pas l’occasion de se saisir de cette réalité tellement significative et catastrophique, qui sous-tend en profondeur les inégalités de pouvoir et de richesse dans notre société ?



Notes

[1Expression du sociologue étasunien Richard Florida, pour désigner les professions dont le journal Le Point s’exclamait en couverture, dans sa version toulousaine de février 2017 : « Pourquoi ils débarquent tous à Toulouse. Hyperloop, start-up, chercheurs, makers, artistes...  ».

[2Voir « Notre région est la plus attractive de l’Hexagone », in Languedoc Roussillon Midi Pyrénées. Le Journal, février 2016, p. 10-11.

[3Sur l’histoire de cette industrie chimique toulousaine, on peut lire Toulouse nécropole. La production d’armement dans la région toulousaine, 2014, p. 19 à 39.

[4Citations et informations tirées de Languedoc Roussillon Midi Pyrénées. Le Journal, mai-juin 2016, p. 13.

[6Voir Le Point n°2322, 9 mars 2017, p. XV du supplément régional.

[9Source : wikipedia.

[10« Pourquoi Hyperloop a choisi Toulouse », Le Point n°2322, 9 mars 2017, p. X du supplément régional.

[11« Mini satellite, maxi économie. Angels, le premier nanosatellite français, est en cours de conception à Toulouse », dans 20 Minutes du 22 mai 2017, p. 2.

[12Voir Toulouse nécropole, op. cit., ...

Hambourg (Allemagne) : Sur l’affaire des trois de la Parkbank

Publié le 2019-11-24 11:23:05

L’accusation

Parkbanksolidarity / lundi 18 novembre 2019

Après plus de quatre mois, que deux des inculpés ont passé en détention provisoire, le Procureur a maintenant déposé l’acte d’accusation. Il en ressort que tou.te.s les trois sont accusé.e.s de la préparation d’un grave incendie criminel.

On s’attend à ce que le procès commence encore pendant cette année, parce qu’avec la nouvelle année finira la période de six mois de détention préliminaire pour deux des inculpé.e.s et si le procès n’a pas commencé il faudra une révision de l’ordonnance d’emprisonnement à leur encontre.

Nous voulons aussi ajouter quelque chose à la précédente mise à jour : le tribunal du Land de Hambourg a maintenant accepté la demande du Procureur de la république d’exploiter l’ADN de la troisième inculpée (qui n’est pas en prison). Maintenant, son ADN peut donc être utilisé dans la procédure.

Restez aux aguets pour d’autres informations !

*****

Contrôles, prélèvements d’ADN et une perquisition

Parkbanksolidarity / vendredi 8 novembre 2019

Selon le Procureur, le soir de l’arrestation, l’un des accusés a été vu en train de remplir un bidon d’essence dans une station-service.

Deux des inculpé.e.s auraient été suivi.e.s de leur domicile jusqu’au banc du parc, où ils ont été contrôlé.e.s et arrêté.e.s par plusieurs policier.e.s en civil.

Comme nous l’avons déjà indiqué, l’ADN des deux compagnons en prison a déjà été prélevé. Le prélèvement de l’ADN de la troisième personne n’a pas été ordonnée (pour l’instant), puisque les traces (très faibles) d’ADN trouvées sur les pièces à charges sont seulement masculines, ce qui veut dire que la cmpagnonne ne pouvait pas être tenue pour responsable. Après une requête du parquet, le tribunal du Land de Hambourg a décidé d’accepter aussi l’ADN de la troisième personne, suivant les raisonnements des experts de la police du Land, c’est à dire que les traces trouvées sont des « traces mixtes complexes ». Les trois échantillons d’ADN seront comparés aussi avec la base de données de la police fédérale, comme cela a été disposé.

Le 9 octobre 2019, il y a eu une autre perquisition du domicile de la troisième inculpée. Les flics étaient seuls dans l’appartement, le seul « témoin » était un serrurier.

Officiellement, la raison de la perquisition était la recherche de documents manuscrits, pour une expertise comparative. Selon l’ordonnance, la police recherche l’auteur.e d’une note qui a été confisquée lors de l’arrestation. Il est clair aussi que d’autres enquêtes sont en cours et, surtout, que d’autres personnes sont recherchées. Au cours de la perquisition, la police a clairement indiqué que des personnes proches des trois inculpé.e.s sont connues et sont sous contrôle.

En plus de la perquisition, a également été prélevé l’ADN de le troisième inculpée.

En effet, la dernière décision du tribunal du Land d’Hambourg à propos de l’ADN de la troisième personne a encore été contestée par le Parquet. En ce moment, on attend une nouvelle décision du tribunal et l’ADN qui se trouve chez les flics, ne peut pas (plus) être analysé.

À ce stade, un nouveau examens, auprès du JLD, des raisons de la détention des deux compagnons ne sera pas demandé, car il s’agit manifestement d’une enquête en cours et on peut donc supposer que les avocat.e.s manquent de (grosses) parties du dossier, par exemple des résultats de l’enquête.

Si le bureau du Procureur reste dans le délai des six mois, l’acte d’accusation devrait être publié avant le nouvel an et le début du procès doit avoir eu lieu avant le 8 janvier 2020.

Super Demain ou la fabrique de l'asservissement au numérique

Publié le 2019-11-24 11:24:05

Dimanche 17 novembre avait lieu le festival « Super Demain » dans les locaux de la métropole, « l’incroyable rendez-vous pour découvrir le numérique en famille ». Nous nous y sommes invité.e.s pour dénoncer ce qui se trame derrière les murs de ce genre d’initiative pseudo-bienveillante d’« accompagnement » et d’« adaptation » au numérique.



Du 15 au 18 novembre derniers se tenaient les journées de Super Demain, « l’incroyable rendez-vous pour découvrir le numérique en famille ». Porté par Fréquences École, une association lyonnaise qui s’est donné pour but de faciliter « une maîtrise et une adaptation rapide aux outils numériques », soutenu par la Région Auvergne Rhône-alpes et la Métropole de Lyon (et tout un tas d’industriels), cet évènement annuel s’inscrit dans le cadre de la stratégie Métropole Intelligente, comme le souligne David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon.

L’année dernière se tenait la 3ème édition du festival, à laquelle certain.e.s d’entre nous s’étaient invité.e.s pour perturber quelques conférences sur l’écologie des « datas » ou encore « l’amour 2.0 », et avaient contemplé avec effroi le spectacle de la fabrique du consentement qu’accomplissent ces journées dédiées au numérique. Super Demain n’est qu’une mascarade organisée, visant à nous donner l’illusion d’une critique du monde numérique dans lequel nous vivons, dans le seul but de mieux nous y adapter.

Cette année, nous sommes venu.e.s plus nombreux.ses pour interpeller les organisateurs.trices et intervenant.e.s comme par exemple Pierre Musseau, Conseiller ville intelligente et durable ou encore Davy Risso, Ingénieur Éducation de Google, distribuer des tracts, dénoncer la Smart City et l’opération de propagande de la métropole, perturber les discours et ateliers des pseudo-critiques, porter une voix contraire à ce consensus de l’inclusion-adaptation au numérique.
Les nombreux organisateurs et nombreuses organisatrices n’ont alors cesser de nous certifier que "sur le fond" nous sommes d’accord mais que notre méthode n’est pas la bonne ; d’ailleurs certains et certaines nous ont invité à participer à l’élaboration de la prochaine édition ou à y prendre part lors d’un débat ou d’un atelier. Seulement nous devons affirmer que nous ne sommes pas d’accord "sur le fond" pas plus que sur la forme : nous ne pensons pas que l’avènement de la société numérique soit incontournable, ni que sa critique soit réalisée dans des ateliers tels que "Devenez publicitaire avec ma petite agence" ou "Ma cour d’école connectée", ni en organisant des "courses de drones" (tous à partir de 6 ans !).

La réponse de Super Demain aux maux d’aujourd’hui

Un désastre écologique qui menace l’équilibre de l’écosystème du monde vivant dans son entier est en cours : changement climatique, disparition totale d’espèces animales et végétales, pollution de l’air, de l’eau et des sols, raréfaction de l’eau, disparitions des sols cultivables, etc.
Face à la nécessité de questionner notre responsabilité et notre impact dans la crise environnementale et sociale, voici la réponse de Super Demain : il nous faut développer une pratique du numérique écologique et responsable, raisonnée et intelligente en un mot : meilleure. Quand les désastres s’accumulent et que se multiplient les signes d’une destruction accélérée du vivant, causée par le développement démesuré des sociétés humaines, les instigateurs de l’événement invitent benoîtement la population à rencontrer les chercheurs, designers, scientifiques, développeurs, gamers, makers, contributeurs, tous acteurs des cultures numériques, afin de « comprendre le numérique et ses innovations, ses controverses et ses promesses, pour se l’approprier collectivement ».

“Parce que les promesses du numérique doivent être partagées collectivement.”

Toutefois, nous constatons que la multiplication des appareils numériques et de leurs usages a un coût négatif inestimable pour les vies humaines et la vie tout court. C’est en effet la fabrication des smartphones, tablettes, ordinateurs, consoles de jeux, mais aussi de tout objet connecté qui nécessite l’extraction de minerais rares (notamment par des enfants et dans des conditions de travail meurtrières), le transport polluant pour acheminer aux quatre coins du monde des composants et matières premières, l’assemblage dans des usines-prisons (où là encore des enfants sont à l’ouvrage), le stockage des données et l’approvisionnement en énergie et en eau des datacenters.
Destructeurs de la nature et de vies humaines dans les pays les plus pauvres où ils sont largement fabriqués, les appareils numériques ne sont pas non plus neutres dans les pays où ils sont largement consommés. Ils font partie de ce qui entraîne le délitement des liens sociaux, familiaux et amicaux. Sous l’illusion de rapprocher les gens, ils ne font que les éloigner en médiatisant leur échanges par un écran et des applications qui stéréotypent les interactions. Ils conduisent à des sentiments forts d’isolement et de mal-être, de perte d’estime de soi.

La marche du totalitarisme technologique

Mais il semblerait inévitable que la marche du monde soit ainsi, qu’« on le veuille ou non [1] » comme nous le rappelle une représentante de Super demain lorsqu’elle apprend que tous ne partageons pas son désir de numérique. Loin d’être un événement critique du numérique, qui poserait les questions essentielles du monde de demain, afin d’en sortir la formule (qui se devrait alors d’être magique) d’un Super demain, les super shows et super ateliers ne sont que les moments d’un écran de fumée sur ce qu’est et produit réellement le numérique.

Super demain est un événement commercial qui fait la promotion de ce qu’ont à vendre ses partenaires (Free, Vinci, EDF) qui sont par ailleurs les commanditaires d’une société future, celle du tout numérique, gérée par algorithme, au sein de laquelle la décision humaine et commune sera réduite au fait de cocher des cases et de répondre à des questions aux réponses pré-établies.

A Lyon, cet événement s’inscrit parfaitement dans le projet smart-city, projet politique qui consiste en un contrôle cybernétique de la société, où la vie et l’être humain ne sont considérés que comme des flux et des choses disponibles. Il s’agit de plonger les enfants dans un monde virtuel où les catastrophes écologiques et les souffrances sociales sont repoussées au lointain, dans les mains des experts qui se chargeront de trouver des solutions ou dans les mondes virtuels d’internet et des jeux vidéos, de la publicité et de l’auto-promotion sur les réseaux. Sous-couvert d’éduquer à la maîtrise des outils numériques, ce qui constitue incontestablement une compétence non négligeable dans le monde d’aujourd’hui, ces compétences mêmes se retournent contre leurs propriétaires et les soumettent à la maîtrise du numérique, au conditionnement des désirs et des parcours de vie, à la conformité, au monde de l’algorithme roi et de la vente de technologies futiles et mortifères.
Derrière le discours de consensus autour d’une improbable technologie neutre, qu’il suffirait de «  rendre responsable  », il s’agit manifestement de promouvoir le monde toujours-plus-connecté de demain, tout en suscitant les vocations dont le capitalisme a le secret : en témoigne cette exposition « consacrée aux métiers du numérique  » et aux « compétences du 21e siècle » pour y entrevoir, dès le plus jeune âge, « les possibilités de s’orienter dans ses filières ».

« Plus de 19000 flyers #superdemain2019 envoyés dans les écoles primaires du @grandlyon ! Votre enfant en aura-il un dans son cahier de liaison ? »

Nos enfants, dont l’avenir se situe entre designer d’interface numérique, imprimeur·se de maison, ingénieur·e de réalité augmentée, ou spécialiste des données dans les objets connectés, sont invités à trouver leur place dans un monde de pacotille, où le numérique est présenté comme « incontournable ». Sous le prétexte d’aider les nouvelles générations à s’autonomiser sur le plan informatique, il ne leur est appris qu’à en être plus dépendant et fasciné. Si leur «  apprendre à développer une identité numérique stratégique  » ou à devenir le youtubeur de demain peut nous sembler anodin ; nous nous empêchons de voir que cela les conditionne en réalité à une certaine vision, compréhension du monde et de soi-même, largement critiquable.

Critiquer, résister pour de vrai

Plutôt que de porter une pseudo-critique à un monde que l’on adule et que l’on vend, devant lequel on s’agenouille, priant qu’il veuille bien nous accepter, il s’agirait plutôt d’ouvrir les yeux sur les mensonges de la transition numérique verte et vertueuse et de se saisir en commun des modes de vie et d’être-ensemble qui nous permettrait d’entrevoir sereinement l’avenir. Contre Super demain et Fréquence École, décidons par nous-même, à la fois du monde que nous laisserons à nos enfants et des enfants que nous laisseront au monde afin que la terre reste une planète habitable et que toute espèce vivante puisse s’y épanouir.

Un réel souci pour un demain digne de ce nom devrait donc être de mettre un terme à cette fuite en avant technologique. En premier lieu, en s’opposant activement aux ineptes « priorités » de l’État, de l’industrie… En s’opposant au développement forcé de la 5G, à la dématérialisation déshumanisante de services tels que la CAF ou Pôle Emploi, à l’imposition anti-démocratique des compteurs Linky, aberration écologique et sanitaire, en dénonçant le rôle d’Internet sur les crises identitaires et souffrances psychiques de chacun d’entre nous, l’impact des écrans sur le rapport au monde et à l’autre, qui plus est chez les jeunes enfants. Enfin, en refusant de « faire du numérique une culture », et en soutenant que la vie doit être vécue aujourd’hui, ici et maintenant, sans appareils coûteux et sophistiqués.



Notes

[1Vous auriez pu le deviner, c’est dans un tweet que l’on trouve ce genre de propos autoritaire qui se réclame du réalisme.

Nîmes (Gard) : Relaxe pour l’attaque incendiaire du centre des impôts du 12 janvier dernier – 21 novembre 2019

Publié le 2019-11-24 20:28:06

Ce jeudi 21 novembre, un homme de 27 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour l’attaque incendiaire du centre des impôts à la fin de la manif des « gilets jaunes » du 12 janvier 2019. Après une longue audience au tribunal, il a finalement été relaxé au bénéfice du doute.

Il était suspecté de « dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes », et « dissimulation volontaire de visage, sans motif légitime afin de ne pas être identifié lors d’une manifestation sur la voie publique faisant craindre des atteintes à l’ordre public ».
« En soirée, près de 3 000 manifestants se rendent en cortège devant le centre des impôts. Lancé par un individu, un engin incendiaire va occasionner près de 57 000 euros de dégâts dans l’édifice public. »

« Un jeune homme va devenir le suspect numéro 1, celui qui est aperçu le plus près du futur sinistre, quelques secondes avant que l’incendie ne se déclare. « Cet homme pris en photo, ce n’est pas moi« , répète depuis son interpellation quelques semaines après les événements le prévenu. À la barre d’audience du tribunal correctionnel il n’en démord pas et les magistrats sont également dubitatifs lorsqu’ils scrutent les photos présentées par les services d’enquête.

Sur une autre photo on aperçoit le prévenu qui ne porte pas le même pantalon que l’homme vu près de l’incendie ! Ce pyromane « jaune », est également repéré près des Arènes le même jour en train d’incendier une poubelle. Il n’a pas la même physionomie que l’homme présent à la barre du tribunal.

« S’il y a une culpabilité dans ce dossier sensible où un symbole de la République a été attaqué, c’est nécessairement 2 à 3 ans de prison. Mais je ne suis pas en mesure, par rapport aux photographies et aux éléments d’enquête, de retenir la culpabilité du prévenu« , déclare le vice-procureur, Patrick Bottero qui ouvre une porte à la relaxe.

« Il est évident que vous avez aujourd’hui devant vous une personne victime d’une erreur ou plutôt de la mauvaise foi des enquêteurs qui ont maintenu leurs versions alors que toutes les éléments objectifs étaient contre eux dans ce dossier« , poursuit maître Margaux Expert, avocat du gilet jaune mis en cause. Un homme qui a obtenu de la juridiction pénale, jeudi à 22h30, une relaxe au bénéfice du doute.« 

Le 1er janvier 2019 à Nîmes, un centre des finances publiques avait déjà été incendié aux pneus aux alentours de 3h du matin. Quinze jours plus tard, la police arrêtait une dizaine de personnes, « proches du mouvement des gilets jaunes » pour cet incendie.

[Repris de Objectif Gard, 2.11.2019]

 

Mexique : Nous sommes mauvaises et nous serons pires: nous sommes leur pire cauchemar !

Publié le 2019-11-24 20:29:05

Appel Urgent à l’Action Anarchique

Lundi prochain, le 25 [novembre], se célèbre la Journée Internationale pour l’Élimination de la Violence contre les Femmes et nous ne resterons pas à la maison. Nous sortirons à nouveau avec toute notre rage anti-systémique et nous espérons recommencer à infecter de furie les secteurs endormis du dit “mouvement féministe”.

Nous ne permettrons pas que pendant qu’ils nous violent et nous tuent, l’État mexicain transforme cette journée en événement officiel et nous présente sa Quatrième Transformation comme la fin du Patriarcat. Nous ne tolérerons pas non plus la présence policière, pas plus que nous ne permettrons que les reporters et journalistes prennent des photos ou des vidéos de nos visages : la presse vise et le système tire ! Nous supporterons encore moins la présence de politiciennes et de partisanes du dialogue dans la manifestation, de quelque parti qu’elles soient.

Dans son cirque matinal, le pejeganso [1] a décrété “la fin du machisme au Mexique” et a ordonné à sa subordonnée Sheimbaum de déclarer l’Alerte pour Violence de Genre dans la Ville. Si l’idiot emplumé pense qu’en nommant des ministres femmes à la SCJN [Cours suprème de Justice de la Nation) et qu’en faisant des déclarations il va nous prendre pour des connes, il se trompe.

Comme nous l’avons dit auparavant : nous sommes conscientes de la présence dans le palais national d’un fasciste misogyne et sexiste, pro-vie, ultra-conservateur et évangélique auquel la gauche s’est alliée dans son constant opportunisme pour “prendre le pouvoir” à tout prix.

AVEC NOUS LEURS MENSONGES NE PRENNENT PAS ! Même si on nous accuse d’être des “conservatrices”, nous savons qui nous sommes. NOUS SOMMES DES GUERRIÈRES ANARCHIQUES EN LUTTE CONTRE LE PATRIARCAT. C’est pourquoi nous ne voulons pas de dialogue, c’est pourquoi nous ne mettons pas de limites à la révolte. Dans l’esprit de guerre de nos soeurs chiliennes, nous sortirons à nouveau et nous serons leur pire cauchemar.

La place du métro Insurgentes sera la Place des Insurgées !
Si un jour nous ne rentrons pas à la maison, n’allumez pas de bougies, allumez des barricades ! Ni Dieu, ni État, ni Maître, ni Mari !
L’État-Capital, avec AMLO ou sans AMLO, c’est le patriarcat qu’il tisse !
Détruisons tout ce qui nous domine et nous conditionne !
Solidarité anarchique avec toutes les compagnonnes et les compagnons en prison dans le monde entier !
Contre la civilisation patriarcale !
Pour le contrôle de nos vies !
Pour la destruction du genre !
Pour la tension anarchiste insurrectionnelle !
Pour l’Anarchie !
Feu à tout l’existant !

Fenoménicas Brujas e Insurreccionalistas (F.B.I), antes Féminas Brujas e Insurreccionalistas [2].
Ville de Mexico, jeudi 21 novembre 2019

[Traduction de l’espagnol de anarquia.info reçue par mail]

NdT:
[1] Littéralement l’oie stupide, et aussi jeu de mots ironique sur l’expression argotique “Me canso ganso »utilisée sur le mode populiste par López Obrador pour appuyer ses propos dans son discours d’entrée en fonction et qui a donné lieu à beaucoup de détournements.
[2] « Phénoménales Sorcières et Insurrectionnalistes avant Féminines Sorcières et Insurrectionnalistes »


Cet appel s’inscrit dans un contexte de lutte féministe et de manifestations émeutières depuis le 12 août dernier, après que des viols ont été commis par des flics de la municipalité de Mexico sur deux deux jeunes femmes. Une autre marche sauvage et déterminée s’était produite le 16 août.

Le 28 septembre 2019, près de 2000 personnes ont manifesté dans Mexico pour la “légalisation de l’avortement, libre, sûre et gratuit” et plus globalement le choix des femmes de décider librement de leurs corps. Lors de la marche, plus de 70 encapuchadas étaient présentes, ont recouvert les rues de tags, ont pris à parti flics et journaflics de divers médias avec des pistolets à eau remplis de peinture et d’essence et les ont menacés de se prendre des coups de tasers. Elles se sont également attaquées à quelques bâtiments de l’autorité. La porte de la Chambre du Commerce sur Reforma a notamment été incendiée, ainsi que les portes de la cathédrale de la ville, mais les flammes ont été rapidement éteintes par les flics. Des stations de métrobus ont aussi été vandalisées. Au Mexique, de nombreuses femmes meurent lors d’avortements clandestins, et dans la plupart des régions il est toujours criminalisé.

Jeudi 7 novembre, une manifestation a été organisée contre les violences sexuelles et sexistes à l’université, l’inaction de la direction et la réélection du recteur: dans l’après-midi, un groupe de femmes cagoulées parti de l’université de philosophie et de sciences politiques a fait irruption dans l’enceinte de l’école d’ingénieurs (connue sous le nom des “îles”). Là-bas, des tags ont été posés sur les murs, les vitres du rectorat brisées, le drapeau national brûlé, une librairie pillée et ses bouquins redistribués… Des distributeurs de boissons et de friandises ont été détruits et expropriés.
Lors de cette visite saccageuse, des machos de la faculté (la plupart venant de l’école d’ingénieurs) se sont rassemblés pour leur vociférer dessus mais ces derniers se sont faits calmer à coups d’extincteur.

Mexico, le 28 septembre 2019

Mexico, le 28 septembre 2019

Tags à l’UNAM, 7 novembre 2019

Tag à l’UNAM, 7 novembre 2019

[Traduit de divers articles de la presse mexicaine]

Paris : Compte-rendu du procès de Claudio Lavazza pour braquage – Du 4 au 8 novembre 2019

Publié le 2019-11-24 23:28:08

Compte-rendu du procès de l’anarchiste Claudio Lavazza pour le braquage de la Banque de France à Saint-Nazaire en 1986 (4-8 novembre 2019, Paris)

Dans les années soixante-dix, Claudio Lavazza, rebelle, anarchiste, braqueur et gentleman, a participé à la lutte révolutionnaire contre l’État et le Capital en Italie, les armes à la main. Contrairement aux fossoyeurs de la subversion de ces années-là, il n’a pas troqué le désir de tout bouleverser pour une petite carrière politique, il ne s’est pas résigné, et n’a pas non plus cherché à se mettre à l’abri dans d’autres États en mesure de lui accorder une liberté contrôlée. Non, il a continué à lutter, contre vents et marées.

En 1996, après 16 années de cavale lors desquelles il n’a jamais renoncé à sa cohérence d’anarchiste, ni à la joie de vivre en homme libre, il est arrêté en Espagne après un braquage de banque au cours duquel deux policières sont abattues. Claudio est alors enfermé dans les modules spéciaux FIES, et depuis ces lieux mortifères, il continue son combat avec fermeté et persévérance.

Après avoir purgé 23 ans dans les geôles espagnoles, il est extradé en France en juillet 2018 pour y être jugé dans l’affaire du braquage de la Banque Nationale de France de Saint-Nazaire, survenu en 1986. Par le passé, les juges français l’avaient déjà condamné par contumace à 30 ans pour ce braquage.

Si aller chercher l’argent là où il se trouve en abondance est toujours une possibilité quand il s’agit de refuser le chantage du travail et de l’exploitation, de rassembler les moyens nécessaires pour engager le combat contre le pouvoir, cette fois-là, à Saint-Nazaire, les braqueurs funambules n’ont pas plongé leurs mains dans n’importe quel coffre-fort. Ils ont exproprié rien de moins que les caisses de l’État, allégeant de 26 millions d’euros ces caisses qui huilent jour après jour les engrenages du pouvoir. Bien sûr, une telle expropriation ne peut qu’être prise pour un défi jeté à la face de l’État, un véritable crime contre les fondements mêmes de ce monde.

Entre mille efforts et rires, Claudio s’est frayé un chemin, son chemin, même quand les conditions étaient difficiles et que tout était à faire et à refaire. Anarchiste, sa passion, c’est la liberté ; son ennemi, c’est le pouvoir. Et, une fois armé de cette conscience, il n’y a pas de temps à perdre : à chacune et à chacun de frayer son propre chemin pour miner, nuire, exproprier et détruire ce qui appartient au monde du pouvoir, à ses structures et à ses hommes.

Ci-dessous, un bref compte-rendu des cinq jours du procès qui s’est déroulé à Paris du 4 au 8 novembre 2019. Tous les jours au tribunal, les individus solidaires qui ont assisté aux audiences ont été identifiés et fouillés, notamment à l’aide d’un détecteur de métaux, tandis qu’en dehors du palais, des policiers français d’apparence, mais parlant italiens, n’ont pas lésiné sur les filatures et les contrôles des papiers d’identité.
Claudio semblait de bonne humeur, souriant et enthousiaste à l’idée de nous voir. La forme de la salle du tribunal nous a permis d’assister au procès farce à quelques mètres de lui seulement. Malgré la présence incessante de la police, nous sommes parvenus à échanger quelques sourires, des salutations et une affection réciproque.

Lundi 4 novembre

Matin
Pour commencer, la Cour est composée : 6 jurés et 2 suppléants sont tirés au sort (parmi les 28 présents) venant s’ajouter aux 3 juges. Parmi les neufs qui composent la cour, le verdict doit être à la majorité des deux tiers. En plus de l’avocat général (le procureur), l’accusation est composée par les avocats des parties civiles représentant la Banque de France et la famille du caissier légèrement blessé accidentellement pendant le braquage.
Ensuite, les accusations contre Claudio sont rappelées, à savoir, « braquage à mains armées » et « séquestration de personnes » (au cours du braquage), les différentes phases de l’enquête sont revues, et les convocations des témoins sont vérifiées – dont beaucoup d’entre eux ne se sont pas présentés.
À ce stade, le juge, d’une voix lente et geignarde, dont la figure apathique était plus triste que le ciel gris de Paris, est parvenu à ennuyer tout le monde en expliquant les phases du plus important braquage survenu en France depuis l’après-guerre ! Il résume donc le dossier du braquage de la Banque de France de Saint-Nazaire du 5 juillet 1986, ainsi que les différentes phases des enquêtes et de ses issues.

Après-midi
Différents témoins défilent dans la salle, notamment des personnes qui travaillaient à la banque pendant le braquage. Tous gardent des souvenirs vagues, s’accordant principalement sur le fait que les braqueurs leur ont fait déplacer les sacs pleins d’argent du coffre-fort jusqu’aux voitures garées dehors (2 voitures et un fourgon blindé d’argent…). Aucun n’a apporté de modifications aux témoignages livrés immédiatement après les faits. Ce jour-là, la banque était en travaux, il y avait des caméras mais pas partout, à ce qu’il paraît l’installation de nouvelles caméras était prévue quelques jours après les faits…

L’avocat général demande d’ajouter au dossier des extraits de l’autobiographie « Ma peste de vie », écrite par Claudio, et récemment publiée en français en prévision de son procès. En réalité, le livre entier sera versé au dossier, et dès le lendemain il sera présent sur tous les bancs de l’accusation…

À la fin du premier jour de la comédie se présentent à la barre les fils du caissier blessé pendant le braquage : l’un est devenu flic tandis que l’autre travaille à la Banque de France. Ils ont par ailleurs assisté au braquage, puisque, concrètement, le caissier et sa famille étaient les « gardiens » de permanence de la banque.

(Le 15 juillet suivant le braquage, le blessé a reçu à l’hôpital un colis contenant deux cassettes vidéo, « Les Ripoux » et « Les Aventuriers de l’arche perdue », des cigares et un parfum Chanel n.5 pour sa femme ainsi qu’un mot : « Encore toutes nos excuses pour cette nuit éprouvante »).

Mardi 5 novembre

Matin
La journée commence par l’audition de la psychologue de la prison de Fleury-Mérogis, où Claudio est enfermé depuis plus d’un an. Elle expose son expertise psychologique, mise sous pression par les avocats de la partie civile et par l’avocat général au sujet du présumé caractère « violent » de la personnalité de Claudio, qui se réfèrent au récit des faits spécifiques du passé, mais sans résultats. Elle décrit Claudio comme une personne déterminée, solide, gentille, et ne relève aucune déviance…

Le juge demande ensuite à Claudio de raconter sa biographie, depuis son enfance. Claudio invite les personnes présentes à lire son livre (Ma peste de vie), affirmant l’avoir écrit pour expliquer son parcours de lutte en tant qu’anarchiste, et comme un document historique sur une époque révolutionnaire. Il retrace rapidement l’histoire de son enfance jusqu’à arriver aux raisons de sa conviction anarchiste. Le juge l’interpelle plus d’une fois sur les faits italiens (appartenance à une bande armée, association de malfaiteurs, évasion de camarades, détention d’armes, braquage, homicide de deux policiers et ainsi de suite…) et espagnoles (braquage de Cordoba au cours duquel deux policiers sont morts, et six autres braquages pour l’ensemble desquels il fut condamné à 25 ans).

Par la suite, l’avocat général fait référence à des parties du livre qu’elle juge véritablement impressionnantes, au point de les lire devant la Cour : « J’ai réalisé presque tous les rêves que j’avais, et souvent je fais la comparaison entre mon existence et l’ouvrier que j’aurais été si j’étais resté au village. Comme mes vieux camarades d’école, je serais aujourd’hui certainement marié et avec des enfants, obligé de travailler dix heures par jour pour faire vivre une famille. Crevé après le travail, je resterais là à fixer cette boîte idiote, confortablement assis en pantoufles, pour ensuite m’en aller au lit, mort de fatigue et détruit… Aujourd’hui, je ne serais probablement pas en prison. Mais même s’il était possible de revenir en arrière, je ne changerais pas d’un millimètre la route que j’ai choisie. Que serait-il advenu de moi si la lumière de la lutte n’avait pas éclairé mon chemin ?»

Et pour invalider ce que Claudio dit au sujet d’une future remise en liberté, déclarant vouloir travailler dans une association qui aide les enfants et les femmes à se défendre des violences en leur enseignant le jiu-jitsu et d’autres arts martiaux, l’avocat général s’enflamme et soutient qu’il n’est certainement pas la personne adéquate, insistant donc sur la nature violente de sa vie.
L’avocat des parties civiles en rajoute une couche, en rapportant l’épisode raconté dans l’autobiographie, quand il parle de l’époque où il pratiquait des arts martiaux et fut expulsé de la salle après avoir donné des coups interdits pendant un combat… voilà le niveau de discrédit que l’accusation, cette merde en toge et la misère dans le cerveau, lui infligera constamment.
L’avocat de Claudio reprend donc des extraits de l’autobiographie versée au dossier par l’avocat général, pour souligner l’utilisation sélective du document, en rapportant le récit que Claudio a fait du jour où des billets identifiés comme provenant du braquage de la Banque de France ont été retrouvés, récit dans lequel il affirme qu’il n’était pas au courant de la provenance de l’argent qu’il transportait de France jusqu’en Suisse, dans l’intention de l’échanger.
Vient ensuite le moment d’une longue digression sur ses affaires judiciaires en Italie (les condamnations en Italie lui ont été attribuées sans un procès en sa présence, et exclusivement sur la base des déclarations d’un repenti). Claudio reconnaît avoir participé à l’évasion de Cesare Battisti de la prison de Frosinone en 1981, affirmant que pour lui la liberté de l’individu est la vie même, et qu’il considère l’évasion comme une action « humanitaire ». On continue à parler de la situation judiciaire en Espagne, et de la question de son extradition.

Après-midi
Deux psychiatres exposent leurs expertises. Les deux confirment l’absence de pathologie psychiatrique, en soulignant la solidité de sa personnalité. Le premier, mis sous pression par le juge qui évoque l’expertise d’un psychiatre espagnol qui soulignait le caractère violent et impulsif de Claudio, réfute ce diagnostic, en distinguant la violence en tant qu’attitude individuelle de celle qui peut être exercée dans le contexte de l’action. Le second affirme que le rapport de Claudio avec l’idée anarchiste, la justification politique de ses actions (ou pour mieux dire, la justification que Claudio en donne en faisant référence à ses idées, revendiquant donc le braquage de banque comme une forme d’expropriation) serait de caractère plus émotionnel que basé sur une analyse politique intellectuelle, malgré les références à la pensée de Bakounine et à d’autres anarchistes et révolutionnaires. Comme c’est souvent le cas dans les salles de tribunal et sur les bureaux des criminologues, les spécialistes laquais de l’État cherchent à tracer le profil psychologique d’ « un anarchiste ».
De nombreux policiers s’étant chargés à l’époque du grand banditisme, dont certain liés à l’enquête, défilent ensuite devant la Cour.
De plus, un expert en billets qui travaillait à la Banque de France – aujourd’hui à la retraite –, explique que sur les billets saisis en Belgique et en Suisse (billets mélangés à d’autres billets) et rattachés au braquage, il y avait une proportion de billets produits à Saint-Nazaire supérieure à la moyenne.
Le comptable de la Banque de France parle du fonctionnement de la banque, en expliquant que certains des billets avaient été marqués et enregistrés.
Bernard Mondo, directeur de l’OCRB (Office Centrale de Répression du Banditisme) parle pendant trois heures des liens entre l’extrême gauche italienne et le grand banditisme en France, affirmant que ces liens étaient très rares.
D’autres enquêteurs parlent des perquisitions effectuées, tandis qu’un autre ne se souvient de rien.

Mercredi 6 novembre

Matin
Une femme qui travaillait avec Claudio est interrogée, elle dit l’avoir connu sous le nom d’« Angel ». et qu’ensemble ils empaquetaient des produits homéopathiques. Elle avait une relation avec une personne qui semble avoir disparu pendant un moment dans des circonstances peu claires. Les questions tournent alors autour de cette personne et de leur relation.
La Cour interroge ensuite un témoin, un homme arrêté en Espagne en 1988 avec des billets provenant du braquage. Au moment de son arrestation, il a déclaré que les billets lui avaient été confiés par un certain Ben, qu’il avait reconnu sur des photos pendant son interrogatoire, et que par la suite la police avait identifié comme étant Claudio Lavazza. Aujourd’hui, pendant le procès, il dit qu’il ne se souvient de rien, mis à part que le Ben en question n’avait sûrement pas un accent italien comme celui de Lavazza, mais plutôt un accent franco-belge. Il est mis sous pression, le jury semble ne pas le croire, il s’effondre et se met à pleurer… L’avocat de la défense lui demande d’expliquer les conditions dans lesquelles il avait livré ses déclarations, laissant entendre la possibilité qu’il ait été poussé par la police à identifier la personne sur les photos, évoquant le fait que suite à cette collaboration avec les autorités, toutes les accusations contre lui (recel et blanchissement) seraient tombées à l’eau.

Après lui, un autre type vient témoigner à la barre, probablement un agent des services secrets à l’époque du braquage, qui s’occupait de surveiller les 300 Italiens exilés en France. Il parle de terrorisme politique, il fait une digression sur la lutte armée en Europe et sur les groupes qui ont agité ces années-là. Il explique que, chaque mois, une réunion avait lieu avec le ministre de la justice et avec des enquêteurs venus d’Italie, afin d’échanger des informations précises sur les Italiens qui embrassaient le parcours de la lutte armée et qui avaient traversé les Alpes grâce ou malgré la doctrine Mitterrand. Il parle d’un code, « feu rouge » pour les Italiens exilés qui ne pouvaient pas être arrêtés, ceux que les autorités françaises ne pouvaient donc pas arrêter, et les « feux verts », c’est-à-dire les Italiens que même en France il fallait arrêter, pour ensuite les extrader (une trentaine, dont faisait aussi partie Claudio).

Après-midi
C’est au tour d’un autre témoin, dont les déclarations, bien que farfelues, seront les seules en lien direct avec le braquage. Il se présente comme un citoyen zélé, et raconte que la nuit du braquage il était dans une voiture garée sur un parking quand, soudain, il a aperçu des personnes un peu louches dans un véhicule à 15 mètres de lui, et a décidé de les suivre. À l’époque il a donc décrit deux personnes en particulier. Mais avec le temps, ses déclarations ont changé. Par la suite, il a donné des détails sur Claudio après que la police lui a montré des photos, suite à l’arrestation en Suisse, et il a dit le reconnaître. Par la suite, ce bouffon a fait deux autres dépositions, affirmant qu’entre-temps il a continué à voir la police. Il affirme alors avoir une mémoire photographique (même s’il ne se souvient pas de la couleur de la voiture), car c’est un artiste, et qu’ils gardent en tête les visages… Il admet n’avoir vu la personne qu’il identifie comme Claudio que de dos et de profil (au fil des ans, il a modifié son témoignage et déclaré que, pendant quelques secondes, il l’a aussi vu de face). Le témoignage prend une tournure invraisemblable quand il confirme d’une manière décidée et dramatique que, 33 années après ces secondes fugaces, il est encore certain, à 100 %, que la personne qu’il a vue n’est autre que Claudio. La deuxième personne qu’il a reconnue ce soir-là, et contre laquelle il a témoigné au procès longtemps après les faits, a été condamnée pour ce braquage.
Puis, c’est à un ami de la femme ayant témoigné le matin d’être interrogé. La cour lui demande de justifier un week-end à Miami qu’il lui aurait offert, insinuant qu’à cette période, il avait accès à une source d’argent suspecte. Il se déclare anarchiste devant la cour, et refuse de répondre à la majorité des questions.
Dans la soirée, le président du tribunal lit à haute-voix les dépositions faites par des personnes au fil des années, toutes absentes ou décédées depuis. Parmi ces dépositions, il y a celle du propriétaire du restaurant de Puteaux, « La Tour blanche », où il paraît que certains participants du braquage se sont réunis après les faits. À l’époque, le propriétaire avait répondu aux sollicitations des flics que le visage de Claudio lui disait quelque chose, mais qu’il n’était pas en mesure d’en expliquer la raison. Il n’a pas dit où, comment, ni avec qui il l’avait vu.

Jeudi 7 novembre

Matin
Claudio est interrogé par le juge, par le ministère public et par les parties civiles.
L’accusation s’attarde longuement sur l’arrestation de Claudio, qui eut lieu à la frontière franco-suisse en 1986, lors de laquelle une partie des billets du braquage fut retrouvée sur lui (il faut souligner le fait que ce fait-là, ainsi que le témoignage du type du parking, sont les seuls liens avec le braquage ; personne n’a jamais reconnu Claudio pendant l’expropriation de la Banque de France). À cette époque, comme il l’a déclaré, Claudio travaillait pour des hommes d’affaires, en allant déposer de l’argent en quantité et en différentes devises. Au cours de l’un de ces voyages, il fut arrêté par la douane en compagnie d’une autre personne (la même qui, semble-t-il, aurait été identifiée par le témoin du parking, et qui fut condamnée pour le braquage il y a quelques années). Les douaniers ont gardé les billets pour vérifier leur provenance, mais ils ont laissé Claudio et son acolyte partir. Il semble que la vérification des billets ait amené les enquêteurs à supposer que parmi les billets qu’ils transportaient, 30% provenaient du braquage de la Banque de France de Saint-Nazaire. Le juge semble très intéressé d’établir les liens et les connaissances entre les différentes réalités (politique et criminelle) de l’époque. Il pose une série de questions insistantes, en demandant directement à Claudio s’il a déjà rencontré certaines personnes, et après les deux premières réponses sèches, « non », Claudio dit au juge que continuer à lui poser des questions sur d’autres personnes est une perte de temps car, fidèle à son éthique, il ne parlera jamais d’autres personnes.

Après-midi
L’avocat explique une fois de plus le raisonnement des enquêteurs pour « démontrer » que l’argent trouvé dans différents endroits (Belgique, Espagne, Suisse) provenait de la banque de Saint-Nazaire. Suivent les longs plaidoyers ennuyants des avocats des parties civiles, celui de l’avocat de la Banque de France, et celui du fils du caissier resté blessé, Camus.
Puis l’avocat général s’exprime, demandant une condamnation à 20 ans de prison.
La journée se conclut avec le plaidoyer de l’avocat de Claudio.

Vendredi 8 novembre

Matin
Claudio lit une déclaration devant le jury. Il se revendique anarchiste, et explique qu’en Italie, durant ces années-là, on luttait contre un coup d’État organisé par la C.I.A. Il revient sur son parcours anarchiste auquel il a dédié toute sa vie, en prison comme en dehors. Enfin, il rappelle que les anarchistes ont participé à la libération de la capitale française occupée par les nazis jusqu’en août 1944. Le juge l’interrompt, déclarant que le tribunal n’est pas une tribune politique (dès lors que ça ne leur convient plus, étant donné qu’ils ont tout fait les jours précédents pour calomnier l’idée anarchiste). Claudio finit de lire sa déclaration sans être interrompu.

Le verdict

Le tribunal se retire pour délibérer, et après environ trois heures, le verdict tombe : Claudio est jugé coupable. Les éléments du procès retenus comme des preuves sont énumérés :
– l’identification par le témoin du parking
– l’arrestation en Suisse avec des billets provenant du braquage de la Banque de France
– ses contacts avec des personnes impliquées dans le braquage
la déclaration de l’homme arrêté avec les billets de la Banque de France ; le fait qu’il revienne sur ce qu’il avait dit à l’époque n’a en revanche aucune importance pour la Cour.

La Banque de France réclame une indemnisation de 12 millions d’euros. D’après des calculs, la somme que les braqueurs sont parvenus à dévaliser à l’époque équivaudrait aujourd’hui à 26 millions d’euros.
L’unique élément qui pousse le tribunal à prononcer une condamnation inférieure à celle requise par le parquet (20 ans) est le temps qui s’est écoulé depuis les faits.
Claudio est condamné à 10 ans de prison.

Ceux qui abandonnent les prisonniers de la guerre sociale abandonneront inévitablement la guerre elle-même.
Liberté pour Claudio !
Liberté pour tous !

Revendication du braquage du 5 juillet 1986 à la Banque de France de Saint-Nazaire:

Le 9 juillet 1986, le journal Libération reçoit un tract de revendication du braquage signé des braqueurs funambules, accompagné de 20.000 francs en billets de 200 francs, troués afin de les rendre inutilisables. Une contribution pour soutenir la politique sécuritaire de Pandore et PasseQUOI*, pour les aider à construire leurs commissariats, leurs prisons, et à payer leurs informateurs avec 4 trous, dit le texte. Les braqueurs soutiennent par ailleurs ne pas être membres d’Action Directe et que l’insécurité, ce n’est pas le grand banditisme ou ceux qui luttent contre l’ordre établi, mais le chômage, le désespoir, la misère organisée et ses conséquences, la drogue, Ricard et son business.

*Jeu de mot faisant référence à Charles Pasqua, alors ministre de l’intérieur.

Pour écrire à Claudio :

Claudio Lavazza
n° 445097 (D5-2G-₵44)
MAH de Fleury-Mérogis
7, avenue des Peupliers
91700 – Fleury-Mérogis

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[Reçu par mail et revu avant publication, 23.11.2019]