A Paris, les « gilets jaunes » avaient refusé le compromis avec les autorités. Le mouvement annonçait son intention de bloquer la capitale, et d’atteindre l’Élysée. Une réponse logique au président qui avait demandé qu’on « vienne le chercher ».
Dans un cœur de Paris quadrillé par les forces de l’ordre, les premiers affrontements éclatent avant même la fin de matinée, à l’entrée des Champs Élysées, dont l’accès est barré par une ligne de forces de l’ordre. L’émeute va durer 10 heures, sur l’une des avenues les plus célèbre du monde. Des barricades et des pavés sur l’artère qui sert de vitrine au pays.
Lors de cette folle après-midi, la brume persistante des gaz masque les décorations de Noël et envahit les boutiques de luxe. L’ambiance évoque bien plus 1789 que 1934. Les sans-culottes et la Révolution française plutôt que les ligues fascistes. Des manifestants de tous horizons forment des vagues qui avancent et refluent sans cesse face aux charges des forces de l’ordre. La scène se répète au même moment partout sur les Champs Élysées comme dans les rues environnantes. Il y a un nombre incalculable de barricades de toutes les tailles, perdues puis reconstruites.
La composition de la foule est d’une extraordinaire diversité, de ces cinquantenaires venus de province affichant le numéro de leur département sur leur chasuble jaune, à ces jeunes de banlieue parisienne qui masquent leur visage avec le gilet fluo, jusqu’au kways noirs des cortèges de tête et aux jeunes femmes qui s’avancent face aux gendarmes. Il y a sans doute plus de diversité dans cette révolte plébéienne que dans les cortèges d’extrême gauche. Et l’affrontement est assumé par le plus grand nombre. L’immense majorité des participants, n’a pas l’expérience de la confrontation, et fait preuve d’un grand courage, qui frôle parfois l’inconscience, sous les salves de grenades.
En plusieurs heures, nous n’avons pas entendu un seul slogan d’extrême droite, pas vu un acte douteux. Mais des centaines de voix criant le célèbre « CRS SS » de Mai 68, « Paris debout soulève toi » ou encore des injures graveleuses contre le président. A deux ou trois reprises, des groupes entament les premières strophes de la Marseillaise. Chant cocardier ou référence à la révolution française selon les interprétations, les paroles de l’hymne national ne semblent pas maîtrisées par les manifestants. Ce qui aurait été le cas s’ils avaient été militants de droite. «On est chez nous » est aussi crié par un grand nombre de personnes de toutes les couleurs, sur le mode « la rue elle est à qui ? Elle est à nous ». Ce qui fait sens sur les Champs Élysées, artère du luxe et de la puissance.
Pourtant la présence de l’extrême droite est incontestable. Par exemple, une bande de 4 royalistes, perdus dans cette masse émeutière hétéroclite, vient agiter un drapeau sous l’œil des caméras qui alimenteront la com’ du gouvernement. Personne ne les calcule, ils paraissent insignifiants alors qu’à côté, une rue est prise d’assaut par un canon à eau.
A la tombée de la nuit, plusieurs barricades érigées sur toute la largeur de l’avenue sont en flammes. Une bouche à incendie crache un geyser d’eau. On entend chanter l’Internationale. L’auvent d’un restaurant de luxe prend feu. Des décorations de Noël se consument. La voiture d’un commissaire est incendiée. Le bruit de l’hélicoptère. Les Champs Élysées font penser à la Place Maïdan lors de l’insurrection de Kiev.
La répression est d’une extrême brutalité. En plus des centaines de cartouches de gaz lacrymogène et des tirs de balles en caoutchouc, les tristement célèbres grenades GLI F4, contenant du TNT, potentiellement mortelles, sont jetées par dizaines en direction de la foule. Les détonations terrifiantes entendues dans les champs de Notre-Dame-des-Landes résonnent dans les rues les plus luxueuses de la capitale. Il y a des traces de sang sur un trottoir. Un homme âgé court, le visage entaillé par un coup de matraque. La main d’un manifestant est dévastée par une grenade. Un jeune tire dans une munition qui explose immédiatement après. A une seconde près, il perdait son pied. Ce genre de scène se reproduira, la plupart des manifestants n’ayant absolument pas conscience de la dangerosité de l’arsenal du maintien de l’ordre. Prétendre que la police épargnerait les gilets jaunes est factuellement faux. Les nouveaux fusils qui permettent d’envoyer en rafale des munitions lacrymogènes seront d’ailleurs abondamment utilisées. Les affrontements finissent par s’estomper après une charge particulièrement violente qui disperse la foule hors de l’avenue.
A Nantes, la journée commence avec le blocage du périphérique par des centaines de gilets jaunes, au niveau du centre commercial d’Atlantis. En une semaine, le rond point de la porte d’Ar Mor est devenu un véritable quartier général du mouvement, avec des cabanes bricolées, un stock de nourriture, de la peinture et des banderoles. Une allure de ZAD règne au bord de la 4 voies.
Au sein du mouvement, on hésite sur le déroulé de la journée. Certains hésitent à se rendre dans le centre-ville et préfèrent continuer les blocages économiques. D’autres iront manifester devant la préfecture.
Le cœur de Nantes sera l’objet d’une convergence des colères. A 14H, environ 800 personnes défilent contre les violences sexistes, à l’appel du collectif « Nous Toutes ». A la surprise générale, les organisatrices ont mis en place un service d’ordre très masculin, qui travaille avec la police et cherche à pacifier la parole des manifestantes. Ce service d’ordre ira jusqu’à protéger un commissariat. Un cortège de tête s’organise, festif et offensif.
Finalement, alors que les organisatrices officielles appellent à la dispersion de la manifestation, une partie de la marche décide de se joindre aux 200 gilets jaunes réunis devant la Préfecture, qui leur réservent un accueil chaleureux. Cette rencontre inattendue se transforme en manifestation sauvage dans le centre-ville, très fortement encadrée et menacée par un dispositif policier empêchant toute initiative. La banderole de tête proclame : « pour une vie riche, pas une vie de riches ». Contre toute attente, les gilets jaunes n’ont pas invisibilisé la marche féministe, en prolongeant une action commune.
A Saint-Nazaire au même moment, c’est la sous-préfecture qui est occupée. Les gilets jaunes décident d’en faire un lieu d’organisation de la lutte, avec une salle de réunion, une radio, une cantine pour préparer repas collectif. Le mouvement s’enracine et se donne les moyens d’imposer un rapport de force durable face à un gouvernement aussi autoritaire qu’impopulaire.
Après ce 24 novembre hors normes, les jours à venir seront cruciaux. Multiplions les initiatives !
Entre 1500 et 2000 personnes ont répondu, samedi 24 novembre, à l’appel aux masses contre le mur de la Plaine et la politique de la ville de Marseille. A la détermination des habitant.e.s du quartier à faire entendre à la Mairie que personne ne veut du chantier de la Plaine, la préfecture a répondu par le grotesque d’un dispositif policier surréaliste...
Deux personnes ont été arrêtées samedi soir lors de la manif au niveau du Cours Julien. Lundi, en comparution immédiate, elles ont été condamnées à 4 mois de prison ferme sans mandat de dépôt (aménageable) pour violences sur flics.
Rendez-vous avait été donné à la Mairie pour se rassembler et se déguiser pour faire sa fête au Mur. Une foule bigarée s’y s’est retrouvée. Prises de parole et lecture du tract "Appel aux masses" face au lourd dispositif policier mis en place pour protéger Gaudin et sa Mairie. Le cortège s’ébranle direction la Canebière en suivant la grosse massette en papier maché de 8 mètres de long et la banderole de tête rappelant à la Ville la raison de cette manifestation : « 20 millions pour détruire la Plaine, pas une thune pour sauver Noailles, à qui profite le crime ? ». Et aux cris de « Gaudin assassin », de « Nous sommes tou.te.s des enfants de la Plaine », de « Arrêt immédiat du chantier ! » et de « Noailles, la Plaine, solidarité ! », de nombreux opposant.e.s lèvent bien haut leurs symboliques massettes en mousse en direction de l’hélicoptère policier que la Préfecture apeurée a décidé de faire tourner pour surveiller les Marseillais.es.
Devant la Soléam, au 49 de la Canebière, halte est faite, et pendant les nouvelles prises de parole (de gens de Noailles notamment), un mur en parpaing est érigé sur la chaussée face aux bureaux depuis lesquels Gérard Chenoz, élu municipal adjoint à l’urbanisme, planifie la destruction des quartiers populaires au profit de ses amis les touristes. Une trentaine de parpaings sont cimentés, un mur symbolique est érigé, les manifestant.e.s repartent ragaillardi.e.s sous l’oeil médusé des dizaines et dizaines de CRS venus protéger Chenoz.
La déambulation remonte traquillement vers le Cours-Julien. C’est à ce moment-là qu’elle est attaquée par les flics qui gazent entièrement la place et arrêtent 2 personnes. Le cortège ne laisse pour autant pas entamer sa détermination et marche direction la Plaine. Au pied du mur, la flicaille se dit que décidément la place lui appartient désormais et commence à gazer sévèrement. En retour, quelques bouteilles en verre volent sur eux, et c’est sans aucun doute mérité ! Les habitant.e.s et opposant.e.s au projet résistent plusieurs minutes aux charges policières par la construction de petites barricades et le cramage de 3 pauvres poubelles. C’est le temps de la dispersion. Et c’est l’heure de la Bac : comme lors de la marche de la colère du novembre suite au drame de la rue d’Aubagne, ça tabasse dans les petites rues adjacentes, ça tente d’instaurer une petite terreur...
Ne cédant rien à la provocation des Baqueux, la soirée se prolonge tranquillement et jusqu’à tard Cours Julien autour de crèpes, d’une table de presse et d’un open mic hip-hop endiablé.
Détermination du quartier et grotesque policier
Ce que chacun.e pourra retenir de cette manifestion, c’est que le quartier ne décolère pas, c’est que près de 2000 personnes ont marché contre le mur de la honte imposé aux habitant.e.s comme le chantier a été imposé. C’est aussi que, si le mur n’est pas tombé ce 24 novembre, il tombera dans les jours, semaines ou mois à venir. Et qu’un jour ou l’autre le chantier sera arrêté, car les habitant.e.s de la Plaine ne laisseront jamais tombé. La colère n’est que plus forte, jour après jour...
Et le grotesque du dispositif policier élaboré par le préfet Olivier de Mazieres n’échauffe que plus les esprits. Beaucoup de gens maronnaient contre l’hélicoptère qui a survolé le cortège pendant toute la déambulation : « Combien de millions encore dépensés pour leur chantier de merde ? », « Ils ont vraiment peur, ou quoi ? » Sans parler des centaines de flics déployer pour protéger Mairie, Soléam et mur. De Mazieres voulait protéger ses amis Gaudin, Chenoz et les bétonneurs de NGE, il n’y ait pas allé de main morte... Pensait-il seulement que les habitant.e.s serait assez fraka pour aller attaquer le mur à coup de masse géante en papier maché et de leurs répliques modèle réduit en mousse... On savait la Mairie et ses officines en rénovation en guerre contre les habitant.e.s de Marseille, on a la certitude maintenant que la Préfecture l’est aussi...
La Mairie de Gaudin chutera, la Soléam s’effondrera, la préfecture (qui a un arrêté de péril depuis 2013) suivra !
Le mur doit tomber. Le mur tombera !
Mettre à mal l’idée même de l’enfermement c’est s’attaquer à un des piliers de cette société basée sur l’exploitation et la reproduction des dominations. La taule est une menace pour tou.te.s celles et ceux qui désirent vivre sans se soumettre aux lois qui régissent ce système, ou qui n’ont pas d’autres possibilités que de vivre en contradiction avec celles-ci.
A l’heure d’une nouvelle extension du système carcéral il nous semble important de se donner des perspectives de lutte. Cet énième plan prison à l’oeuvre, c’est 15 000 places de plus derrière les murs. Il prévoit à la fois la construction de nouvelles taules, de quartiers haute- sécurité, de SAS (structures d’accompagnement vers la sortie) et la rénovation d’anciennes prisons comme celle de la Santé à Paris dont la réouverture est prévue le 7 janvier prochain. Cette nouvelle réforme pénitentiaire vise aussi à étendre toujours plus la prison dans la société, avec notamment le développement de la surveillance électronique et la création d’un pôle emploi des TIG (travaux d’intérêts généraux). Régulièrement, des révoltes secouent les prisons suite à des assassinats par les matons, après des suicides ou du fait des conditions d’incarcération, certaines remettant en cause l’existence même des prisons. Dehors, des personnes se solidarisent par différents moyens : depuis l’hiver dernier se sont succédées émeutes et manifs à Toulouse, actions contre la grève des matons, rassemblements devant Fleury-Merogis, mais aussi incendies de voitures de matons à la prison de Fresnes ou de véhicules de constructeurs de taules en Isère… Ces rencontres pourront être l’occasion de partager des idées autour de ces révoltes et luttes actuelles et d’autres plus anciennes.
Ce sera également un moment pour discuter des divers outils existants comme les radios anti-carcérales, les journaux, les caisses de solidarité qui, en diffusant des infos et en créant des liens entre l’intérieur et l’extérieur, contribuent depuis de nombreuses années aux luttes contre la prison et d’autres formes d’enfermements (centres de rétention, hôpitaux psychiatriques, établissements pénitentiaires pour mineur.e.s, etc.). Ces rencontres ont lieu en région parisienne mais nous souhaitons qu’elles puissent être un temps d’échanges entre personnes de différents coins de l’hexagone. Pour celles et ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux luttes anti-carcérales, ce week end sera une occasion de se rencontrer !
Samedi
14h Discussion : Plusieurs personnes et collectifs tentent de créer des liens à l’extérieur et avec l’intérieur pour lutter contre la taule à travers diverses pratiques, journaux, caisses de solidarité, radios. Pourquoi et comment faire vivre ces outils?
19h Du Quai de Valmy aux incendies de véhicules de gendarmes à Limoges, un point sur la répression et sur la solidarité suivi d’un repas de soutien pour poursuivre les discussions.
20h Repas de soutien
Dimanche
13h Cantine
14h Discussion : Comment s’attaquer et lutter contre la construction de nouvelles prisons et le développement des peines alternatives?
Et tout au long du week-end, sur les murs, des affiches sur le plan prison, des tags contre la taule mais aussi des banderoles, stickers, détournements, etc…
L’écharde, 19 rue Garibaldi, Métro Robespierre, Montreuil Plus d’infos en écrivant a feuauxprisons_arobase_riseup.net
Le catastrophisme est une idéologie basée sur le fait qu’un terrible futur nous est promis si nous n’adaptons pas notre mode de vie actuel. Ce texte se propose d’en faire une critique.
Le catastrophisme constitue selon nous une forme de gouvernementalité qui vise à nous désarmer, nous déposséder des moyens d’agir et in fine de toujours plus gérer la population. Nous aborderons aussi la question de la réappropriation de la catastrophe et de ses enjeux.
L’impératif selon lequel nous devons seulement préserver le monde implique que nous avons déjà renoncé à l’édifier.
Mickael Foessel, Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique.
Le catastrophisme écologique est une philosophie de la défaite de la raison humaine et de la peur de l’avenir. Elle s’appuie sur une perte totale de confiance en l’humanité pour répondre aux problèmes fondamentaux que posent par exemple le réchauffement climatique, les pollutions de l’air, de l’eau et du sol, ou encore la disparition progressive d’espèces végétales ou animales. Et cela engendre deux conséquences majeures.
Tout d’abord, et c’est un sujet développé chez quelques intellectuels de renom comme l’allemand Hans Jonas à la fin des années 70 ou aujourd’hui chez le français J.P. Dupuy ; l’idée que les clefs de l’écologie devraient être remises aux mains d’un groupe restreint de sages, d’ingénieurs compétents et conscients des enjeux prioritaires. Ils auraient en quelques sorte carte blanche et agiraient, selon Hans, comme « tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses ».
Par ailleurs, et cela découle de la prétendue incapacité des populations à réagir avec justesse, le catastrophisme fonctionne comme une matrice de l’action dirigée par la peur. Une technique de gouvernement par l’effroi qui permet de prendre des décisions dont la contestation est rendue quasiment impossible par le chantage à la sauvegarde de l’humanité. Si l’état d’urgence et les politiques sécuritaires furent imposés comme réponses au terrorisme, le catastrophisme fonctionne de façon analogue au regard de la crise écologique, c’est un véritable nouveau contrat social hobbesien qu’il propose où, pour le dire grossièrement, chacun doit de se soumettre au Léviathan climatique pour espérer sauver ses descendants.
Il existe ainsi une forme d’ultimatum posé au nom des générations futures ce qui nous amène à nous interroger sur l’historicité et le temps, deux notions majeures à discuter pour cerner un peu mieux le catastrophisme. [1]
L’horizon de la catastrophe est ce à partir de quoi nous sommes présentement gouvernés. Or s’il y a bien une chose vouée à rester inaccomplie c’est la prophétie apocalyptique. Elle n’est énoncée que pour appeler les moyens de la conjurer, c’est à dire, le plus souvent, la nécessité du gouvernement.
Comité invisible, A nos amis.
Commençons avec la temporalité, elle se définit comme le rapport que le contemporain entretien avec le passé et le futur. D’un côté la manière dont est raconté, construit et dont sont tirés des enseignements du passé ; de l’autre la façon dont le présent est agencé en fonction d’une certaine description du destin vers lequel nous tendrions.
Le temps représente lui un très vaste sujet. En deux mots, nous diront que le temps n’est pas une donnée naturelle mais une réalité mouvante, dont il est possible de faire l’histoire. Il est institué pour servir des intérêts politiques et porte donc en lui des rapports de pouvoir. Ainsi de la mise au pas du monde par le temps abstrait -le découpage en heure et minute- est intrinsèquement lié au développement du capitalisme et à la mesure nécessaire du temps de travail.
Le catastrophisme engendre deux types de temporalités. Celle d’une pureté originelle de notre planète, comme le clament les adeptes du passé mythifié qui regardent le monde comme on contemple les vitrines d’un musée, d’une part. Celle d’un futur qui exige tous les concessions d’autre part. Il s’agit on l’a vu, de réduire encore un peu plus ses marges de manœuvre, se conditionner à respecter la nouvelle morale écologique et sacrifier ses désirs de subversions sur l’autel de la résilience du capitalisme.
Certains auteurs parlent aussi du régime d’historicité pour décrire le rapport d’une époque à son temps. [2] Aujourd’hui, le présent est saturé, il apparaît fragile, compressé par les réseaux tentaculaires délivrant leur flots ininterrompus d’informations. Pas question ici de vivre pleinement le présent, chacun est constamment lié à un futur immédiat et chaque action se mesure et se calcule en fonction de sa conséquence proche. Nous vivons un présentisme « frustré », incapable de penser à l’avenir mais porté sur un futur instantané.
Le catastrophisme modèle un certains rapport au temps et à la temporalité lié à l’urgence. Il sature le présent de ces flux d’analyses, de rapports et de mauvaises prédictions. Chaque moment passé est aussitôt évacué dans le grand oubli que constitue dès lors le passé tandis qu’aucune réelle projection future ne peut être envisagée. Le présent est précarisé.
Le catastrophisme convoque donc à un avenir apocalyptique plus ou moins lointain. Cette eschatologie contemporaine joue non seulement le jeu de la société de contrôle en promouvant une carte blanche juridique à l’État contre la crise écologique, mais, dans son recours permanent à l’urgence, il accentue aussi le rapport sous pression de notre époque à son présent.
En ce sens, on peut dire qu’il consolide le présentisme contemporain et contribue au renforcement de la véritable catastrophe en cours, le mouvement d’éloignement que connaissent les humains vis vis du monde.
Que les choses continuent à “aller ainsi”, voilà la catastrophe.
Walter Benjamin Charles Baudelaire. Un poète lyrique à l’apogée du capitalisme .
La catastrophe en cours, que le catastrophisme ne nomme jamais, n’est pas celle du réchauffement climatique ou du décompte morbide des espèces qui disparaissent ; mais celle de l’effritement des liens entre les mondes, de l’absence de liaisons entre des humains et leur territoires, entre nous et notre nourriture, nous et les forêts dans lesquelles on se promène, nous et les lieux qu’on habite, nous et les animaux qu’on croise avec ou sans affection, nous et tous ces autres humains que nous connaîtrons sans jamais vraiment les rencontrer. Et puis, entre nous-même, Jean Vouliac explique ainsi que le capitalisme dissocie les individus en leur sein. Une part d’eux reste ancrée dans la réalité du monde, ce sont les sensations éprouvées concrètement par les corps et le fourmillement des affects, ; mais une autre part est connectée en permanence aux tristes réalités de l’époque ainsi par exemple du réseau d’informations et des communication qui ne cesse de s’étendre et de voir s’accélérer les flux qui le constitue. En deux mots, « Les pieds sur terre et la tête dans le cyberespace, telle est notre condition. »
La disparition progressive de la connaissance des savoirs-faire techniques indispensables à une certaine autonomie matérielle couplée au ternissement sans fin des relations dont l’intensité peine à dépasser celle d’un échange de SMS tend à nous plonger dans un état d’amorphisme généralisé. Sans consistance ni relief, nous sommes amenés à glisser sur la vie autant qu’elle file autour de nous sans qu’aucun entrelacement puisse se réaliser. Piégé par l’abondance de la dépossession, le civilisé est une victime, semi-consentante semi-assoupie, de la catastrophe actuelle.
Un discours assez répandu décrirai les populations comme fermant les yeux sur la catastrophe à venir, un peu à la manière dont on évite de penser à la mort, destin pourtant inévitable pour tout le monde. Nous pensons au contraire que la catastrophe à venir est trop présente dans nos tête. On nous sert tellement de catastrophe à longueur de journée que, finalement, nous sommes paralysés, apeurés et il est très difficile d’imaginer nous en sortir. La foi apocalyptique nous bloque dans notre capacité d’action.
Mais ce constat peut évoluer dans la mesure où nous posons que la catastrophe n’est pas à venir mais contemporaine. Libérés de la prophétie du chaos futur, nous pouvons nous attaquer à la catastrophe et nous mettre en mouvement dès aujourd’hui pour la conjurer. Non la catastrophe n’est pas inexorable. Et le refus du nihilisme que peut susciter la prophétie apocalyptique est un premier geste face à elle. Nous pouvons nous faire en sorte de nous réapproprier la catastrophe, reprendre prise dessus, mesurer l’état des dégâts et reprendre force entre nous pour s’en occuper.
Nous vivons déjà dans un monde en ruines, renonçons donc à le sauver du naufrage tel quel. Et si nous voulons précipiter ce monde ci dans la tombe afin d’en ouvrir d’autres, nous devons contester à l’État le monopole de la réaction à la catastrophe. Les changements individuels de nos pratiques afin de les rendre écolo-compatibles apparaissent clairement comme une mauvaise piste. Si faire le tri ou utiliser son vélo n’est évidemment pas à écarter dans l’absolu, nous devons trouver un élan commun beaucoup plus fort. Le colibri qui essaye d’éteindre le feu dans son coin est une image très répandu aujourd’hui pour décrire ces gestes écologiques personnels. On oublie souvent que dans l’histoire à laquelle se réfère P. Rabhi et ses amis, le petit oiseau s’épuise et meurt de fatigue avant d’avoir pu arrêter les flammes. Et puis, au-delà d’un manque d’efficacité réelle, les pratiques individuelles de respect de l’environnement ne semblent pas désirables ; nous ne voulons pas devenir des robots codés pour le recyclage ou contre le gaspillage mais sans aucun lien vivant entre eux.
Nous constituons des fragments épars de vie et devons nous efforcer à les faire entrer en résonance afin de construire des constellations promptes à saboter le rapport distancié au monde si répandu aujourd’hui et lui substituer un mode de relation au vivant directement vécu afin finalement de lutter contre la crise qui nous a mené à la catastrophe, celle de la perte de la présence.
Se trouver donc mais ensuite, que faire concrètement ? Difficile sans doute de répondre pour l’instant à cette question en proposant un programme précis. Nous pouvons avancer en revanche la possibilité d’une prise indirecte sur ces problématiques par l’attente et l’imagination.
L’attente parce que tout n’est pas -encore- entre nos mains, il nous reste nombre de réponses à trouver. Mais attendre en étant aux aguets. Être disposé à une attention toute particulière autour de ces questions. Non pas attendre que ça passe mais s’attendre à ce que quelque chose se passe et se tenir prêt à surgir.
L’imagination comme une conjuration de nos craintes. Si le catastrophisme tend à renforcer le sentiment d’insécurité comme seul ressenti partagé, il est possible de penser un dépassement de ses peurs sans pour autant nier leurs causes principales en imaginant la façon dont les choses pourraient tourner autrement. On nous a annoncé la fin de l’histoire et, avec elle, la fermeture des futurs. Face à cela, le catastrophisme a réintroduit une pensée prospective et développe des visions long-termistes mais elles restent purement négatives et tendent, plutôt à la paralysie qu’à l’action.
Il est temps aujourd’hui de rouvrir des horizons d’attente, non pas décrire ce que le futur devrait être mais imaginer ce qu’il manque au présent en l’analysant par une pensée critique liée au passé. Retrouver une conscience historique des choses en faisant briller les étoiles passées dans le présent. Cela dans le but de nous aider à défricher devant nous et tracer le chemin sur lequel nous marchons ; le futur se construit dans un présent chargé des expériences passées.
Pour G. Agamben, il existe plusieurs catégories de futurs mais le seul véritable est le futur espérance, le potentiel positif de ce qui nous attend, qui nous pousse à nous démener pour une vie meilleure. Imaginer, c’est une action décisive pour le futur espérance en opposition au braquage de nos destins par un catastrophisme toujours plus apocalyptique.
On peut prévoir l’entropie, mais pas l’émergence du nouveau. Le rôle de l’imagination théorique reste de discerner, dans un présent écrasé par la probabilité du pire, les diverses possibilités qui n’en demeurent pas moins ouvertes.
Riesel, R. et J. Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable.
Il n’y a pas d’urgence futur à laquelle se préparer. C’est maintenant.
Anonyme, Habiter, instructions pour l’autonomie.
Notes
[1] Voir Antoine Chollet et Romain Felli, « Le catastrophisme écologique contre la démocratie », VertigO - la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 15 Numéro 2 | Septembre 2015.
[2] Voir notamment J. Baschet Défaire la tyrannie du temps présent, 2018, La découverte
Six feux ont été volontairement allumés dans la nuit de lundi à mardi, dans les environs de Saône (Doubs). Deux bâtiments agricoles, deux chalets de chasse et deux locaux isolés ont été visés, ce qui a mobilisé sur le terrain une centaine de pompiers et de gendarmes.
Entre 23h04 et 00h25, six incendies de suite ont été signalés aux pompiers dans les environs de Saône (Doubs), non loin de Besançon. La piste d’actes de malveillance a été aussitôt retenue par les gendarmes, qui ont quadrillé le secteur pour tenter d’interpeller les pyromanes. En vain.
Dans l’ordre chronologique d’intervention des pompiers, voici les six endroits ciblés par les incendiaires.
Un local à poubelles à Mamirolle, situé à côté de la salle des fêtes, rue du Stade. Les 20 m² sont détruits. Un bâtiment agricole en chantier à Saône, qui abritait 180 bottes de fourrages. Le tout s’est embrasé durant de longues heures. Les pompiers ont limité la propagation au lieu de stockage, étendu sur 1000 m², en veillant à ne pas gaspiller d’eau du fait de la sécheresse. Aucun blessé n’est à déplorer, mais les dégâts sont très importants. Un local à la déchetterie de Bouclans, utilisé par le personnel pour accueillir les automobolistes. Un chalet de chasse à Naisey-les-Granges, dont les 100 m² ont été entièrement détruits. Un chalet de chasse à Saône, dont les 80 m² ont été également détruits en totalité. L’intérieur d’une vaste ferme à Morre, le long de la RN57. Un amas d’objets et d’ordures diverses a été incendié, mais les pompiers, aussitôt prévenus, sont parvenus à limiter le feu à une dizaine de mètres carrés. […]
L’évidence saute aux yeux : cette série d’incendies n’a rien d’un hasard. Une demi-douzaine de patrouilles de gendarmerie ont arpenté les routes du secteur pour tenter d’interpeller des suspects en flagrant délit. Mais les auteurs sont passés entre les mailles du filet.
Selon les gendarmes, ces malveillances avaient été minutieusement préparées. Les incendiaires n’ont pas frappé à l’aveuglette. Isolées, non habitées et situées dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres, les cibles choisies nécessitaient une bonne connaissance du terrain. L’enquête ne fait que commencer. Des prélèvements techniques et scientifiques seront effectués dès ce mardi matin, en vue d’identifier le mode opératoire et de déceler d’éventuels indices.
Lundi 26 novembre dans la matinée, un groupe d’une quinzaine de personnes cagoulées a fait irruption dans les locaux de la Chambre de la Propriété Urbaine de Barcelone Via Laietana. Une fois à l’intérieur, elles ont détruit des vitres, des ordinateurs, bureaux et autes mobiliers de l’agence. Des symboles squat ont aussi été tagués en nombre sur les murs et le mobilier, mais aussi sur les fenêtres extérieures.
A cette occasion, les responsables de la Chambre ont averti sur le fait que, ces derniers temps, la violence du mouvement squat augmentait et que le nombre de squats se multipliait dans Barcelone et sa région.
Dans la nuit du 26 au 27 Novembre des pierres ont été jetées sur le commissariat central de Toulouse, des vitres du rez-de-chaussé ont été impactées.
En soutien à toutes les personnes subissant l’acharnement judiciaire et policier d’un système qui fait tout pour broyer leurs vies.
Face à la répression, riposte immédiate !
Leipzig : voiture de service Spie (Fleischhauer) en flammes – 16 novembre
Dans la nuit de vendredi 16 novembre à Leipzig, nous avons incendié un véhicule de service de la société « Spie Fleischhauer » dans le quartier Connewitz. Nous exprimons ainsi notre mépris et notre haine de l’industrie carcérale horrible. L’attaque directe contre la propriété de ceux qui rendent possible la domination et la répression est pour nous une composante nécessaire de la lutte pour une société libérée !
Nos salutations vont à toutes les personnes qui sont dans les taules des dominants, qui ne se découragent pas et s’opposent chaque jour à la répression et à l’exploitation. Nous saluons particulièrement Nero* et nos compagnon.nes de Berlin après les perquisitions de la semaine dernière** (1). Votre courage et votre détermination nous donnent de la force !
SPIE est un des prestataires de services de premier plan dans l’industrie carcérale, l’industrie du lignite et du nucléaire, et ce pas uniquement en Allemagne.
« En France, la société SPIE est le gros concurrent de Vinci en matière de prestations de services. L’entreprise basée en France se confond avec sa filiale SPIE Nucléaire qui s’implique dans l’industrie nucléaire. En Allemagne, SPIE SAG est impliquée dans l’extraction de charbon et se vante de son partenariat de longue date avec RWE. Les outils pour l’extraction de lignite de RWE ont été transportés dans la forêt de Hambach par SPIE. »
La filiale SPIE FLEISCHHAUER GmbH en tant qu’entreprise technologique de l’information, de la sécuité, des médias et du réseau électrique est également active dans la prestation de services en prison. En même temps, SPIE FLEISCHHAUER se spécialise ici dans la gestion des risques et les systèmes de télécommunication. Pour les riches, les banques et les entreprises, elle offre des systèmes de surveillance intelligents pour protéger la propriété. A Leipzig, l’entreprise participe actuellement à l’agrandissement du centre de détention de Leipzig.
Avec l’Etat et ses institutions, il est impossible d’avoir une vie libre et autodéterminée. Nous restons dans une solidarité combative avec tous les individus qui sont harcelés par les flics, les procs et les maton.nes, exploités et enfermés !
De plus, nous avons pu observer après notre excursion nocturne, que les flics semblaient patrouiller mais ignorer les véhicules de société et les voitures de luxe en flammes!
Cela signifie pour nous : Livrons plus de bagnoles aux flammes !
**Jeudi 15 novembre à 6h du matin, les flics du commando spécial des forces armées (SEK) armés de fusils d’assaut ont fait irruption au Rigaer94. Pour justifier leur intervention, ils ont affirmé être à la recherche d’une personne et des preuves pour l’inculper. Les forces de l’ordre ont forcé l’accès en empruntant les couloirs des 93 et 95 de la Rigaer Staße afin d’accéder au toit, au jardin et à la cour du Rigaer94. Les communs ont été entièrement filmés et minutieusement fouillés, tout comme les appartements du squat. L’avocat du propriétaire du bâtiment et des flics s’est pointé vers 7h30 et s’est mis à inspecter des parties du lieu. Les flics n’ont pas pu mettre la main sur la personne recherchée et n’ont arrêté personne. Selon la presse, la perquisition a été un échec.
Hambourg : attaque incendiaire du parc automobile de l’entreprise SPIE – 8 novembre 2018
Dans la nuit de mercredi 7 au jeudi 8 novembre, nous nous sommes introduit.e.s sur le terrain de SPIE afin d’y déposer des engins incendiaires sous plusieurs véhicules.
Nous voyons notre acte comme un appel à agir contre ce prestataire de services de l’industrie carcérale, de l’industrie du lignite et du nucléaire et voulons que cette attaque en appelle d’autres. La société SPIE est une des nombreuses boîtes qui tirent profit de l’enfermement et de l’oppression et le sabotage de sa propriété, un moyen d’attaquer directement la domination.
Car ce système est capable de fonctionner uniquement avec des entreprises qui lui facilitent le travail, comme SPIE.
Ainsi, SPIE a déjà été attaquée à de nombreuses reprises dans d’autres villes et identifiée comme responsable. Le commando « Sébastien Briat » incendiait dans la nuit du 23 au 24 avril à Berlin une camionnette de l’entreprise. Dans le fond de sa revendication, il a enflammé l’entreprise par ces mots…
« En France, la société SPIE est le gros concurrent de Vinci en matière de prestations de services. L’entreprise basée en France se confond avec sa filiale SPIE Nucléaire qui s’implique dans l’industrie nucléaire. En Allemagne, SPIE SAG est impliquée dans l’extraction de charbon et se vante de son partenariat de longue date avec RWE. Les outils pour l’extraction de lignite de RWE ont été transportés dans la forêt de Hambach [2] par SPIE. »
Mais SPIE n’est pas seulement active dans les secteurs mentionnés ci-dessus. Car la firme gagne aussi de l’argent en œuvrant à la technologie de la sécurité dans les taules. C’est pourquoi dans différents Länder de l’État fédéral allemand, des véhicules de SPIE ne cessent de partir en fumée nuitamment. Dans sa revendication, le groupe d’action en mémoire à Rémi Fraisse communiquait :
En solidarité avec toutes les personnes qui luttent en prison ou dans les rues, nous avons incendié cette nuit [3 octobre 2016, NdT] une voiture du constructeur de prisons ‘SPIE’. Nous relions directement notre action avec les compagnon-nes de Toulouse qui ont agi de la même façon dans la nuit du 20 au 21 septembre. SPIE est une énorme entreprise, qui a par exemple participé à la construction d’une prison à Leuze-en-Hainaut (Belgique). Depuis des années là-bas, une lutte intense est menée contre l’industrie carcérale. Il y a une liste noire des entreprises dont les moyens de production sont attaqués. Mais des responsables importants ont reçu de la visite chez eux. C’est ce qui s’est passé par exemple pour le directeur de la prison de Bruges, qui s’est fait cramer ses voitures devant chez lui.
Toutes ces actions nous ont motivéEs à entreprendre quelque chose contre cette grosse entreprise. Nous en appelons à toutes les personnes qui veulent résister à celles et ceux qui font des bénéfices sur la servitude.
Action directe et auto-organisation pour la liberté !
Jeudi 15 novembre. Un groupe d’une quarantaine de compagnons s’est retrouvé à partir de huit heures du soir devant la prison de San Vittore pour faire un salut bruyant. Entre pétards, feux d’artifices et nombreux écrits sur les murs de l’enceinte de la prison, la solidarité s’exprime à tous les prisonniers mais surtout la proximité avec Paska en grève de la faim. De l’intérieur, comme toujours, une réponse chaleureuse.
Vendredi 16 novembre. Dans la matinée, désordre auprès du Département de l’administration pénitentiaire, situé près de la prison de San Vittore. Entre chœurs et interventions, on rappelle des responsabilités précises de ceux qui sont à l’intérieur des bureaux.
Mardi 20 novembre. Encore une fois sous les murs du Dap* mais cette fois équipé pour faire un tapage bruyant**. Le cortège dure une heure et demie jusqu’à l’heure du déjeuner, interrompant ainsi le travail à l’intérieur des bureaux. Une banderole est accrochée avec écrit « Le Dap commande, le bourreau exécute » et un tag est fait devant l’entrée principale. Après l’écrit, le groupe de camarades s’est rendu sur le marché Papiniano, à proximité, pour y distribuer des tracts et intervenir sur la situation de Paska et le rôle du Dap, dans cette affaire ainsi que dans le quotidien des brutalités et passages à tabac dans les prisons.
*D.A.P Département de l’Administration Pénitentiaire : responsable de la gestion du système carcéral (du personnel aux lieux d’enfermement).
**Battitura : battre le fer, ici battre les portes et les murs pour faire du bruit.
[Limoges, Toulouse, Ambert, Grenoble, …] Répandre notre rage, toujours
novembre 27th, 2018
Un été en enfer
Le long été 2017 a été brûlant. Enedis, filiale d’EDF chargée de la gestion du réseau électrique, a été particulièrement touchée. Le 18 mai, pour « fêter » l’anniversaire de la bagnole de flic incendiée quai de Valmy, un utilitaire de cette entreprise flambe à Rennes. Puis, une douzaine de ses véhicules brûle le 30 mai à Grenoble. Comme un clin d’œil à cette action, « au début du mois de juin, quelque part en France », trois autres fourgons d’Enedis crâment. Le 11 juin c’est à Crest (Drôme) qu’un local de l’entreprise est incendié. A Bagnolet (Seine-Saint-Denis) un utilitaire d’une boîte associée à Enedis dans la pose des compteurs Linky part en feu le 2 juillet. Plusieurs voitures finissent calcinées le 17 août, sur un autre parking d’Enedis, à Bar-le-Duc (Meuse).
Mais Enedis est loin d’être la seule cible de ces tourbillons de feu furieux. La rage emporte aussi, entre autres, des antennes-relais et des voitures d’entreprises de télécommunication. Tel est le cas le 14 juin à Piégros-la-Clastre (Drôme), à Saint-Laurent-sous-Coiron (Ardèche) le 17 juillet, sur le Mont Aigoual (dans les Cévennes) à la mi-août et à Orbeil (Puy-de-Dôme) le 22 août. A Bagnolet, le 10 septembre, c’est au tour d’une voiture d’Orange de brûler ; cinq autres la suivront le 17 septembre à Albi.
Toutes ces belles attaques sont accompagnées par des revendications qui en expliquent les raisons, parfois dialoguent entre elles et/ou envoient de la solidarité à des compas en taule. C’est justement lors du procès pour l’affaire « quai de Valmy », qui se tient du 19 au 22 septembre 2017 [Cf. Kairos n°0 et n°1], que la solidarité se fait plus intense. Mis à part l’incendie de trois Autolibs aux Lilas (Seine-Saint-Denis), c’est dans la moitié sud du pays que les flammes illuminent les nuits. A Limoges, trois fourgons et deux bus de la Gendarmerie sont incendiés dans l’enceinte même d’une caserne, la nuit du 18 septembre. A Grenoble, dans la nuit du 21 septembre, le feu est bouté à six fourgons garés dans une gendarmerie (l’incendie se propagera largement, jusqu’à embraser plus de 2000 mètres carrés de garages et dépôts, avec les quelques 50 véhicules qui s’y trouvaient…). A Clermont-Ferrand, dans la nuit du 22 au 23 septembre c’est au tour d’un camion de la mairie de brûler, puis de trois voitures de la police municipale au cours de la nuit du 23 au 24 octobre. Et le 26 octobre, des voitures personnelles de gendarmes sont incendiées à Meylan (Isère).
Printemps et répression
Le 27 mars 2018, deux lieux de vie sont perquisitionnés à Toulouse et deux personnes sont placées en garde à vue. Elles en sortent respectivement après 36 et 38 heures, sans suites. A Limoges, une personne est interpellée après la perquiz’ rituelle, pendant qu’à Amiens, des membres de sa famille sont également perquisitionnés et auditionnés. La personne arrêtée à Limoges sera envoyée en détention préventive. Le Parquet de Limoges l’accuse « d’association de malfaiteurs » et de l’incendie de la caserne de gendarmerie Jourdan. Le lendemain, le 28 mars, c’est le TGI de Clermont-Ferrand qui envoie les gendarmes à Ambert, dans le Puy-de-Dôme. Trois lieux de vie, dont un squat où passe énormément de monde, sont perquisitionnés et deux personnes sont arrêtées et envoyées en préventive à la suite de leur GAV. Elles sont elles aussi accusées « d’association de malfaiteurs » et de la tentative d’incendie d’un véhicule d’Enedis à Ambert dans la nuit du 8 au 9 juin 2017. Les flics disent aussi avoir retrouvé, lors de la perquis’ du squat, ce qu’ils définissent comme des « engins incendiaires ». Dans les deux affaires (Limoges-Toulouse et Ambert), la maréchaussée a utilisé les gros moyens pour les enquêtes : filatures (parfois pendant des mois), écoutes téléphoniques, balises de géolocalisation sur au moins deux véhicules des compas d’Ambert et photos de personnes qui passaient par le squat…
Le tour de passe-passe des enquêteurs
Depuis fin mars, la personne arrêtée à Limoges est toujours en taule. Les deux d’Ambert ont heureusement pu en sortir le 17 avril et ils sont actuellement sous contrôle judiciaire assez strict. Mais les enquêteurs ne manquent pas de fantaisie ni de toupet. Voilà que pour corroborer des accusations d’association de malfaiteurs assez fumeuses, ils sortent des vieux trucs (ou relativement « petits »). Les flics ont ainsi convoqué encore une fois une des deux personnes d’Ambert pour l’accuser d’une série de tags posés dans la même ville en 2017, pour un vol à l’étalage en réunion et pour un peu d’herbe trouvée lors de la perquise.
Du côté de Toulouse, une des deux personnes sorties après la GAV, se voit notifier, mi-juin, une accusation pour « dégradations » et « violences en réunion » pour le « déménagement » du local de l’UMP du 14 avril 2015. Ce jour-là, comme geste de solidarité avec les migrants de Calais, tout leur mobilier avait été déplacé dans la rue. Le compagnon incarcéré à Limoges est mis en examen pour la même affaire à la mi-octobre.
Que ces deux affaires, formellement séparées, puissent être reliées en une seule grosse enquête, avec l’immanquable accusation d’« association de malfaiteurs » (justifiée et agrémentée avec tout ce que les enquêteurs pourront faire sortir de leur chapeau de magicien), est une pensée qui a traversé l’esprit de plus d’un. En effet, ce qui émerge des procédures « périphériques » est que les flics essayent de lier le plus de personnes possible entre elles et donc avec les délits contestés (ou d’autres, qu’ils gardent comme des atouts dans leurs manches). Ils ont évidemment besoin d’un peu de monde pour rendre crédibles deux (?) « associations ». Mais qu’en serait-il si, au lieu d’un d’un lapin, sorti du fameux chapeau du magicien, les enquêteurs sortaient le blase d’une (ou plusieurs) personne(s) qui serai(en)t accusée(s) dans les deux affaires en même temps ? Un tour de passe-passe, bien sûr, le leur, mais qui pourrait avoir de lourdes conséquences.
La confirmation du fait que d’autres personnes seraient recherchées (on ignore pour quelle raison, mais personne n’est dupe des machinations de la part de la Justice et de ses flics), nous parvient en août. Ou plutôt en septembre. Le 9 août, la brigade des stups débarque au squat Ahwanhee de Grenoble. Le compte-rendu du collectif du lieu laisse penser à un emmerdement malheureusement assez « normal ». Mais d’autres infos sont rendues publiques un mois plus tard, quant au fait que les flics chercheraient une personne précise, dont ils avaient une photo, et qu’un micro a été trouvé dans le salon du squat (placé pendant la perquis’ ou avant, impossible de savoir). Donc, les stup’ sont bien une excuse, mais pas pour un emmerdement « normal », plutôt pour des enquêtes en cours à Grenoble et ailleurs.
C’est un peu comme si les enquêteurs agissaient tel un gribouilleur fantaisiste devant une toile blanche. Un coup de pinceau par-ci, un coup de pinceau par-là, un autre là encore. Il n’y a qu’ébauche du tableau final (ils peuvent le modifier à dessein), mais on parvient cependant à le deviner.
Des craintes qui s’alimentent d’elles-mêmes
Il est toujours difficile de savoir comment se comporter face à une opération répressive. Quoi dire ou pas, quoi faire ou pas, pour ne pas compliquer encore plus les choses ? Cela est d’autant plus délicat quand ce sont d’autres personnes qui sont frappées et chacun de nous ne doit pas se rapporter seulement à son éthique individuelle, mais aussi tenir compte de leur avis. Il ne faut pourtant pas tomber, selon moi, dans un discours du type : « le choix va exclusivement aux personnes directement concernées par la répression » . Non, le choix des manières avec lesquelles affronter l’État va à toutes les personnes qui le font en actes, pas seulement aux personnes que la Justice vise aujourd’hui. Si la répression qui frappe quelqu’un amorce la rage d’autres personnes, c’est en premier lieu à celles-ci de décider de la forme que leur action doit prendre.
J’ai l’impression qu’il y a la tentative, de tous bords, de garder un silence chargé de crainte à propos de ces affaires répressives, comme si cela pouvait en arrêter l’avancée (une belle exception est le texte « À propos de communication publique, de silence obstiné et de tricot policier », publié sur internet fin juin 2018). Parfois, des infos ne sont pas rendues publiques (je pense au communiqué de l’Ahwanhee), même si elle touchent à des éléments de la plus grande importance. Certes, la peur face à la répression est légitime, et il faut savoir la fermer face à la police et la Justice. Mais dans le cas présent, il s’agit d’informations que les enquêteurs ont déjà qui sont tues à des personnes qui pourraient en avoir besoin, ne serait-ce que pour pouvoir exprimer leur solidarité en connaissance de cause. Les flics l’ont dit eux-mêmes aux journalistes, fin mars : si très peu d’infos filtrent, c’est pour éviter que la solidarité ne se développe.
Ce n’est jamais trop tôt pour réfléchir à comment répondre et à mon avis diffuser des informations que de toute façon les flics détiennent déjà est un début de réponse.
Si, en revanche, la crainte alimente la réticence, cette dernière alimente l’ignorance et l’isolement qui alimentent à leur tour la peur… Cette spirale vicieuse est précisément un des objectifs de la répression. Rappelons-nous que le but de l’institution police-Justice (et médias, si nécessaire) n’est pas seulement de mettre des personnes derrière les barreaux, mais surtout de faire régner l’ordre ; dans ce cas spécifique, mettre un terme à cette ligne de feu qui se répand. Quoi de mieux que la peur pour aboutir à l’inaction, pour briser des complicités ? Quoi de mieux que l’incertitude, des menaces qui planent, pour créer de l’inquiétude, pour faire naître de la rancœur envers des individus définis comme des fouteurs de merde ? Et là le jeu de la répression marche à plein régime : ce n’est plus envers l’État que se dirige notre haine, mais envers ces personnes qui en sont la cible, comme si c’était de leur faute d’avoir attiré la répression.
Et alors, qu’est-ce qu’on fait ? On regarde ailleurs, on se dit que ce n’est pas le bon moment, parce que les flics sont sur les dents et leur attention est concentrée sur le « milieu » ? Ou au contraire on relance, pour que cette rage vengeresse se poursuive partout, en ville comme à la campagne ? Se disant qu’il n’y a pas de bons ni de mauvais moments, et que c’est maintenant le seul moment possible pour vivre ?
Et alors, mon poto ?
Je n’ai aucune solution prête à l’emploi. Juste l’envie qu’on continue à s’en prendre à l’existant. Une chose me semble pourtant sûre : garder le silence sur la répression, mettre la tête dans le sable, ne résout jamais rien. Il y a aussi un constat banal : si des attaques contre ce monde ont lieu, l’État, qui est chargé de le défendre (et qui en partie le façonne), réagira. Dés qu’on se réjouit des flammes qui brisent la nuit et illuminent la torpeur ambiante, il faut aussi tenir compte du fait que la répression pourrait frapper. A des moments pareils, il faut essayer de se donner de la force pour réagir et chasser le brouillard dont la répression cherche à se draper pour semer peurs et incertitudes. Le rassemblement du 17 octobre devant le tribunal de Toulouse, au moment où la personne incarcérée à Limoges passait devant un juge, est une initiative nécessaire qui va dans ce sens.
Peu importe de savoir quelles sont les mains qui ont allumé ces feux. Il suffit de se dire que ça aurait pu être celles de chacun.e d’entre nous, qui en partagent les motivations et le choix des cibles. De là, c’est une possible complicité à distance, sans coordination, sans se connaître, qui peut exister à travers d’autres actions. Parce que non, on n’a pas forcément ou toujours besoin d’associations structurées, mais plutôt d’amitiés, de complicités, d’un entourage de confiance et de beaucoup de détermination individuelle, pour répandre notre rage, encore et toujours.
Une personne en prison à Limoges, deux sous contrôle judiciaire à Ambert, des multiples coups de pression, des perquiz’ (la dernière à Grenoble en août). Flics et juges essayent de trouver des personnes qu’ils croient responsables de quelques actions directes. Pour notre part on pense simplement que quand des subversif.ve.s sont dans le collimateur de l’État c’est aussi aux autres, à nous, d’agir, de pas regarder ailleurs, de montrer qu’ielles ne sont pas seul.e.s, que la répression ne nous arrêtera pas. Tôt dans la nuit de mardi 11 on a incendié deux camionnettes et un utilitaire de la mairie de Paris, rue Coriolis (12ème).
Une accolade à Krème (au fait on aime bien les incendiaires !).
Solidarité aussi avec les personnes inculpées dans le procès Scripta Manent en Italie.
Pyr et Omanes
[Publié dans le journal anarchiste Kairos n°7, novembre 2018.]
Après son occupation le 1er octobre 2018, l’Écharde est assignée par l’EPFIF (Établissement Public Foncier de la région Ile-de-France) au tribunal d’instance de montreuil le 6 novembre. La prochaine audience aura lieu le mardi 4 décembre.
Après son occupation le 1er octobre 2018, l’Écharde est assignée par l’EPFIF (Établissement Public Foncier de la région Ile-de- France) au tribunal d’instance de montreuil le 6 novembre. Les jardins d’alice sont assignés au même titre (que nous). On demande alors un report d’audience. Ce jour-là, l’avocate de l’EPFIF et celui des artistes du jardin d’alice (Me Marc Ganilsy, avocat des squats d’artistes) se sont de toute évidence mis d’accord pour éviter qu’un délai « trop long » ne nous soit accordé avant d’être jugé.es - et de fait, devenir expulsables. Les jardins d’alice se sont aussi mis du côté de l’EPFIF en témoignant contre nous pour l’accusation de voie de fait, c’est-à-dire d’être entré illégalement dans le bâtiment. Cela pourrait avoir pour conséquence que les 2 mois de délai et la trêve hivernale ne nous soient pas octroyés. Finalement, on obtient un report d’à peine un mois. La prochaine audience aura donc lieu le mardi 4 décembre, à partir de 9H30.
Connaître ses ennemis
Le gestionnaire du bâtiment s’appelle Nexity. Sa raison d’être se résume à « Acheter, investir, louer, vendre, faire gérer des biens ». On retrouve cette entreprise/bailleuse/promoteuse dans de nombreuses situations liées à l’occupation de bâtiments vides en IDF. Ainsi Nexity gérait le patrimoine immobilier de la SNCF, dont la maison « le Florian » dans le 20e occupée en 2012, et gère aujourd’hui les biens du Crédit Mutuel qu’occupe le Centre Social Autogéré d’Ivry depuis mai 2017, notamment. Quant à l’EPFIF, il a plusieurs missions en lien avec le patrimoine immobilier des collectivités territoriales. C’est un acteur majeur des nombreuses opérations de gentrification de la première couronne. Son service de communication ne cache pas l’ambition de « transformer en profondeur les quartiers ». L’EPFIF délare également lutter contre les marchands de sommeil et l’habitat insalubre ou surpeuplé : bref, laisser des bâtiments vides et assigner en justice les personnes qui les occupent ! Par exemple, à proximité de l’Écharde, l’EPFIF rénove un site d’entrepôts à la frontière de Paris, Montreuil et Vincennes. Dans le haut-Montreuil, il collabore avec la RATP dans le cadre de la construction d’un immeuble de logements sociaux, au-dessus de la future station « Boissière ». Plus largement, l’EPFIF n’est qu’un des acteurs qui, dans le cadre du Grand Paris, ont l’intention d’être toujours plus rapide et efficace dans l’éviction des plus pauvres, la rénovation urbaine pour les spéculateurs et la gentrification pour les plus riches.
Appel à contribution: dispositifs de surveillances cachés par les flics dans nos espaces de vie
Les États, dans leur rôle de répression des individus et groupes pratiquant des activités subversives, déploient un certain nombre de moyens pour surveiller ces individus et ces groupes. Il semble qu’une partie de cette surveillance passe par la dissimulation de dispositifs de surveillance dans des espaces de vie.
Les dispositifs en question sont variés : microphones, caméras, balises de localisation. Les espaces visés peuvent être tous les espaces qu’on traverse : bâtiments, véhicules, espace public. Ces pratiques sont parfois légales, réalisées avec l’accord d’un juge d’instruction par exemple, et parfois non, réalisées par les services de renseignement hors d’un cadre légal.
On a constaté le manque d’informations disponibles autour de nous sur ce type de surveillance. Quelle est l’utilisation réelle de ces dispositifs par les services de renseignement ? Quels types de dispositifs sont utilisés ? Dans quels contextes ? Avec quelle efficacité ? Quels moyens mettre en place pour contrer ce type de surveillance ?
Du coup, on a décidé de collecter des informations à ce sujet, avec l’idée d’écrire et de publier une brochure d’ici quelques mois. On souhaite se concentrer dans cette brochure sur la surveillance exercée par les services de renseignement et de police politique des États en Europe à l’encontre d’individus ou groupes pratiquant des actions subversives. De plus, on se limite à l’étude des dispositifs de surveillance physiques dissimulés dans les espaces traversés par les individus ou groupes surveillés (on ne parlera donc pas d’autres types de surveillance comme les filatures, les écoutes téléphoniques ou la surveillance d’Internet).
C’est pas toujours facile de trouver des informations précises et fiables concernant ce sujet, compte tenu du secret relatif qui entoure souvent les pratiques policières, et plus encore les pratiques des services de renseignement. Pour réaliser cette brochure, on souhaite se baser en premier lieu sur des exemples documentés de découvertes de dispositifs de surveillance vraisemblablement mis en place par des flics.
On a donc commencé par établir une liste de tous les exemples qu’on a pu trouver sur Internet. Pour le moment, cette liste recense 24 cas de dispositifs de surveillance retrouvés dans des bâtiments (souvent des micros et des caméras), et 16 cas de dispositifs retrouvés dans des véhicules (souvent des balises GPS, parfois accompagnées de micros). Les exemples proviennent surtout d’Italie, mais aussi d’autres pays européens : France, Espagne, Belgique. La plupart des exemples sont accompagnés de photos des dispositifs.
Cette liste d’exemples peut être téléchargée ici :
Cette liste serait inclue dans la brochure finale, et accompagnée de synthèses concernant les emplacements des dispositifs, leurs fonctionnements, et des moyens possibles de les détecter.
On écrit cet appel à contributions dans l’idée de continuer à récolter des informations pour écrire la brochure. On est intéressé par d’autres exemples de cas de dispositifs découverts, notamment des exemples qui indiqueraient précisément les modèles des appareils découverts (mais tous les exemples sont bons à prendre). On est bien sûr aussi intéressé par tout autres types d’informations : informations techniques sur ce genre de dispositifs, retours d’expérience sur des tentatives de détection, critiques concernant notre projet de brochure, etc.
On veut partir à l’attaque des oreilles et des yeux (et des balises GPS) cachés par les flics dans les espaces qu’on traverse.
Tu peux nous contacter par mail sur desoreillesetdesyeux ‘at’ riseup.net. On parle français et anglais. Si tu nous écris dans une autre langue, on peut essayer de se débrouiller pour traduire. Notre clé PGP est disponible ici :
C’est le centre de supervision urbaine qui a donné l’alerte vers 3 heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi. Un individu, équipé d’une meuleuse portable, était en train de cisailler un poteau, équipé d’une caméra de vidéo surveillance, rue Jacques Caillot à Nantes, dans le quartier des Dervallières.
Lorsque les policiers sont arrivés, l’individu était parvenu à mener son projet à son terme, et le poteau s’était écroulé sur deux véhicules en stationnement.
Tout ce qui bouge n’est pas rouge fut ma première pensée àl’annonce d’un mouvement de Gilets Jaunes (GJ).
Comme d’autres mobilisé.e.s à l’occasion des appels de gauche, j’accordais cette fois-ci peu de crédit à ce début de mouvement « citoyen » dont l’emblème du gilet jaune suffisait à discréditer ce qui allait se produire.
La poursuite des actions des GJ les jours qui ont suivi la journée du 17 novembre a eu raison de mes présupposés initiaux.
Mes questionnements ont trouvé quelques éléments de réponse lors de rencontres réalisées aux cours de rendez-vous des GJ et de discussions avec quelques « camarades » de gauche sceptiques face à ce mouvement.
Les lignes suivantes exposeront quelques points aveugles de ces derniers depuis mes premiers pas parmi les Gilets jaunes.
#1 : Se mobiliser contre une taxe sur l’essence est un prétexte d’automobiliste individualiste
Il m’est rapidement apparu comme une évidence qu’il était question de bien plus que cela. Parler de la goutte d’essence qui a fait déborder le plein de colère me paraît déjà plus proche de ce qui a motivé la mobilisation de militants improvisés.
Lors des rendez-vous des GJ durant lesquels des inconnu.e.s s’abordent pour parler de politique, certaines évidences semblent partagées : l’injustice fiscale, l’accaparement des richesses par quelques un.e.s, l’appauvrissement des classes populaires et la dénonciation d’une élite dirigeante coupée des réalités et besoins du peuple.
Des énoncés tel qu’ont pu en produire les nuits-deboutistes, eux-mêmes précédés d’invariants de gauche.
A quelque chose prêt que cette fois-ci, le discours et les actes prennent corps simultanément.
Une certaine lucidité s’empare de chacun.e.
On parle de ses fins de mois difficiles, de ces salaires qui garantissent à peine la survie. On n’y parle pas seulement de soi.
Il émerge pour certain.e.s un véritable sentiment d’appartenance à cette classe sacrifiée au nom de l’économie. La colère semble d’autant plus profonde que les années de sacrifices ne se comptent même plus. Sacrifices qui n’auront jusqu’à présent pas sorti le pays et encore moins le monde de ses misères.
Aussi une certaine radicalité dans la volonté d’agir s’affirme dès lors qu’il s’agit de ne plus simplement accepter le cours choses. Un sentiment partagé de ne plus rien avoir à perdre face à l’arrogance d’un pouvoir soude ces communautés de lutte ralliées sous un gilet jaune. L’objectivation des conditions de vie matérielle corrélée à la subjectivation d’une condition partagée de sacrifié-e-s par le pouvoir et pour l’économie constituent les prémices d’un combat par et pour une classe.
Retenons aussi de l’histoire que les épisodes révolutionnaires de 1789, 1917, en passant par le récent « Printemps arabe », ont en commun d’avoir eu pour facteurs déclencheurs des revendications liées à la subsistance et la contestation de la légitimité du pouvoir en place.
#2 : Où sont les gilets jaunes pendant que nous luttons habituellement ?
Si certain.e.s prennent part à un combat politique pour la première fois, d’autres figurent parmi les habitué.e.s des défilés syndicaux. Hormis une simple vue d’esprit rien ne permet réellement d’établir une ligne infranchissable entre les Gilets jaunes et les autres familiers des mobilisations sociales.
L’orientation de ce mouvement s’inscrit en revanche dans la discontinuité des luttes sociales des années constitutives à l’affaiblissement du syndicalisme de lutte face à l’offensive d’un capitalisme débridé. L’impuissance actuelle des syndicats est un constat partagé par la grande majorité d’entre nous.
Qui des présent.e.s à chaque appel à défiler contre une énième mesure en défaveur des travailleurs.euses, des classes populaires ou des services publics pensent réellement que le gouvernement va nous entendre ? Qui pense sincèrement encore qu’en étant plus nombreu.x.ses à la prochaine manif le gouvernement pliera enfin ?
Pourtant il y a des grèves, des blocages économiques, des solidarités en actes et de la bravoure du côté du cortège de tête. Mais tout cela n’entame en rien la détermination des gouvernements successifs à faire payer à la population la crise structurelle du capitalisme.
Ces moments passent pour de simples « grognes sociales », sous la houlette de syndicats dont les multiples trahisons ont déjà eu raison de leur crédibilité à changer le cours des choses. Pourtant l’engagement de participant.e.s aux luttes émancipatrices parmi les GJ pourrait être décisif si l’offensive en cours devait atteindre un point de basculement.
Les dernières mobilisations contre la loi travail ont rappelé l’intransigeance du pouvoir prompt à étouffer la moindre contestation par son arsenal répressif.
L’intervention des Gilets jaunes, spontanée, décentralisée, organisée à la base et déterminée dans l’action confère une réelle indiscipline au mouvement face à un pouvoir coutumier des tables de négociation avec les « partenaires sociaux ».
Et s’ils.elles étaient malgré tout considéré.e.s comme les grands absents de nos luttes passées, il se peut bien que c’étaient eux.elles que nous attendions.
# 3 : Ces Gilets jaunes n’ont pas vraiment de conscience politique
Ce préjugé induirait que la pensée et l’acte politique seraient réservés à quelques un.e.s, plus éclairé.e.s que d’autres. La politique est l’affaire de n’importe qui. Dès lors qu’un individu conteste ses conditions de vie, il se situe déjà dans le politique. Passer à l’action politique à l’occasion de blocages réalisés contre l’Etat et l’ordre de l’économie, c ‘est avoir conscientisé en amont la nécessité de s’opposer à une attaque de plus menée par la classe dirigeante.
Le slogan « Macron démission » suffit à révéler jusqu’où peut conduire la plus noble conscience politique.
Accumuler de la théorie critique ne suffit pas. Si elle peut éclairer l’action, elle n’en est pas l’interrupteur.
# 4 : Ils-elles se battent pour leur pouvoir d’achat et ils-elles n’ont rien à carrer de l’écologie
Tenir pour responsable le consommateur du désastre écologique, c’est oublier l’essentiel : la pollution est induite par la production de ce que nous consommons. Et le capitalisme induit de polluer toujours plus.
Le soucis de la question écologique est aujourd’hui largement répandu, que l’on soit Gilet jaune ou pas encore.
Au cours des rassemblements des Gilets, le bon sens écologique est manifeste : « qu’ils développent les transports en commun ! », « combien de lignes de train supprimées ? », « ils viennent nous parler d’écologie alors qu’ils n’ont pas interdit le glyphosate ! », « certaines années Total ne paie même pas l’impôt sur les sociétés en France ! ». Refuser le fardeau financier de l’écologie quand on peine déjà à joindre les 2 bouts, relève d’une louable conception de la justice fiscale.
Aussi, si le pouvoir d’achat figure parmi les énoncés, les témoignages laissent entendre qu’il s’agit avant tout de pouvoir vivre dignement et de s’octroyer quelques loisirs. Vivre et ne pas seulement survivre.
Assurément nous sommes loin de désirs consuméristes ou du pouvoir de nuisance de ces riches qui polluent la planète.
# 5 : Je ne m’associerai pas à ce mouvement aux relents nationalistes et aux gestes xénophobes
Que de tels gestes xénophobes du fait d’une minorité aient lieu, devraient motiver n’importe quel.le anti-fasciste à rejoindre cet espace de composition politique afin de combattre les paroles et les actes les plus détestables. La même motivation devrait animer l’anti-sexisme dans ce moment rendant possible l’écho de nos luttes spécifiques.
Ma participation à ce mouvement devait-elle être remise en cause par la présence du drapeau français et de la Marseillaise, symboles rances de la République, davantage associés aux courants conservateurs qu’à ceux de l’émancipation?
Lors de l’action de péage gratuit à la Gravelle rassemblant environ 300 personnes, un drapeau français était ponctuellement visible.
Si cela peut en effrayer quelques un.e.s, la victoire de la Coupe du monde 2018 leur a sans doute fait penser à une insurrection de nationalistes.
Et si la Marseillaise a été entonnée à l’occasion de l’opération « péage gratuit » à la Gravelle, le seul tract diffusé ce jour-là était Le chant des partisans dédié à Macron.
***
Cela fait des années que nous entendons dans nos manifs « Ou alors ça va péter ». Il se peut bien que les Gilets jaunes ramènent enfin l’espoir que cela puisse péter. Et pas seulement sur la plus belle avenue du monde. Et déjà cet acquis :une bien probable mise en sourdine de l’arrogance d’un pouvoir à la solde des classes les plus favorisées. Avant de peut-être prendre congé.
Les pouvoirs concurrents ne redoutent rien comme la puissance des idées vraies
mises en actes, eux qui expérimentent chaque jour la force du mensonge.
Plus la colère s’est accentuée ces derniers jours, et plus la police matraqueuse et flash-balleuse se fait détester par les fâchés, et plus la presse, les télés et le journalisme serviles, cul et chemise avec les possédants et les décideurs, sont vilipendés dans nombre de villes.
Leurs salariés du mensonge - envoyés au casse-pipe sur les blocages et les manifestations par leurs maîtres de la falsification bien au chaud comme d’hab’ sur les plateaux de télé et de radios - en particulier ceux qui « oeuvrent » encore pour BFM-TV et C-News, se trouvent au minimum (risques du sale métier !) conspués « Journalistes collabos ! » « Collabo BFM ! » et coursés !
Les autres aussi doivent surveiller leurs matériels et leurs abattis ...
La bataille en cours, comme tant d’autres luttes, tient bon face à la police, renoue avec une partie très concrète du meilleur atteint précédemment (blocages de routes et de ronds-points), et même la dépasse quand de gros centres commerciaux se trouvent bloqués et qu’elle se passe toujours de chefs.
Il est donc tout naturel qu’elle s’attire ces « bons soins » de la presse de l’Ordre ! (et aussi la censure des Facebook ?)
Par le fil même des actes posés, elle concourt finalement à ruiner ce que dénonçait si bien Jacques Prévert « Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie. Les vérités de la police sont les vérités d’aujourd’hui ... » ; elle contribue donc tant à l’amélioration si souhaitable des moeurs qu’à la désaliénation ! Ainsi tend-elle à rejoindre ce bel appel de B. Traven / Ret Marut, ce réclameur de la liberté de la presse - par ailleurs auteur (entre autres) de « Le Trésor de la Sierra Madre » - dans le Der Ziegelbrenner du 30 janvier ...1919 !
Humains !
Vous n’avez qu’un ennemi. C’est le plus dépravé de tous.
La tuberculose et la syphilis sont des fléaux terriblesqui font souffrir l’être humain.
Mais il existe un fléau plus dévastateur que la peste qui ravage le corps et l’âme
de l’Homme, une épidémie incomparablement plus terrible, plus sournoise et plus
pernicieuse : j’ai nommé la presse, cette catin publique.
Toute révolution, toute libération de l’être humain manque son but
si on ne commence pas par anéantir sans pitié la presse.
Tous les péchés seront remis à l’Homme,
mais le péché contre l’esprit ne lui sera jamais pardonné. ANEANTISSEZLAPRESSE,
chassez de la communauté des hommes ses maquereaux à coups de fouet,
et tous vos péchés vous seront remis,
ceux que vous commettez et ceux que vous n’avez pas encore commis.
Pas une réunion, pas une assemblée d’êtres humains ne doit se dérouler
sans que retentisse la déflagration de votre cri : ANEANTISSEZLAPRESSE !
Contre tout pouvoir séparé, d’exploitation et d’oppression,
c’est en nous parlant directement - sans cheffaillons, sans intermédiaires -
que nous trouvons notre force.
Contre toutes les sortes de champions de la falsification,
faisons vivre nos propres médias indépendants loin de tout asservissement.
Le 24 novembre dernier a vu des émeutes d’une ampleur exceptionnelle dans Paris. Bien que les forces de l’ordre aient paru totalement dépassées, les manifestants n’ont pas réussi à prendre un objectif significatif. Sans entrer dans une analyse politique du mouvement, il est possible d’observer les événements et en tirer des enseignements pour de futures actions.
Les forces en présence
Côté police, la préfecture annonçait 3000 agents, avec des effectifs provenant de la police nationale et de la gendarmerie. Présents également, au moins deux canon à eau et un hélicoptère ayant survolé Paris toute la journée.
Côté manifestant.e.s, 8000 participante.s, toujours selon la préfecture. Leur nombre réel est cependant difficile à évaluer de par la nature même de manifestation, diffuse sur un quartier entier, et le départ et l’arrivée de nouvelles personnes tout au long de la journée.
On pouvait observer la même répartition que dans les cortèges de tête des manifestations classiques :
des manifestant.e.s actifs.ves, n’hésitant à aller au contact, rompu.e.s aux techniques de guerilla urbaine, sachant comment utiliser l’environnement comme protection ;
des manifestant.e.s passifs.ves, soutenant par leur présence les manifestants actifs.
Contrairement au cortège de tête, ces manifestant.e.s passifs.ves ne sont pas des habitué.e.s des manifestations : ce sont des femmes et des hommes de tous âges, pour beaucoup venant de province, souvent en famille avec leurs enfants, et dont c’est pour la plupart la première manifestation. Ielles sont pourtant équipé.e.s en masques et en sérum pour se protéger (les avaient-ils emmenés avec eux ? Les avaient-ils achetés en voyant la tournure que prenait la situation ? Des camarades les avaient-ils fournis sur place ?)
Bien qu’ils restent la plupart du temps juste derrière les manifestant.e.s actifs.ves, ils reculent lorsque les gaz lacrymogènes s’approchent trop. Le canon à eau a un vrai pouvoir dissuasif, sa seule vue les fait reculer. Au contraire, les explosions de grenades assourdissantes (notamment des GLI-F4 utilisées massivement) les font applaudir ou huer, selon l’humeur du moment.
Une police désorganisée
Sur le papier, tout semblait clair : un large périmètre de sécurité autour des lieux de pouvoir (Élysée, Matignon, Assemblée nationale, ministère de l’intérieur), matérialisé par des barrières protégées par des fourgons de policiers tous les dix mètres. Sur les Champs-Élysées, plusieurs compagnies de CRS et de gendarmes pour empêcher toute intrusion sur l’avenue, les gendarmes semblant venir en soutien des CRS.
Néanmoins, dans la pratique, les forces de l’ordre ont semblé complètement prises au dépourvu, surprises par le nombre de manifestant.e.s, la violence des attaques et la durée des événements. Enfermées sur les Champs-Élysées, elles n’ont pas pu en sortir et ont été complètement dépassées par la mobilité des manifestant.e.s : quand un point semblait perdu, ielles rebroussent chemin dans les rues attenantes et se dirigent vers un autre. Les policiers étaient figés dans leur configuration, les nombreux agents postés sur le périmètre ne pouvant venir en aide à leurs collègue sous peine de créer une faille dans le dispositif.
Une police à bout
Le préfet se gargarise d’avoir envoyé plus de 5000 grenades sur la foule (« plus d’une par minute ! »), mais cela cache une autre réalité : par leur usage inconsidéré de grenades lacrymogènes, les policiers se sont trouvé presque à court de munitions [1] : alors que ces tirs étaient continus en début de journée, ils sont devenus plus épars à mesure que la journée avançait, les réservant pour les occasions les plus critiques.
Clairement, ils pensaient pouvoir contenir et disperser rapidement les manifestant.e.s, et ne s’attendaient pas à un tel afflux et une offensive continue sur toute la journée.
Des manifestants sans but
Pourtant, cette désorganisation n’a pas permis de garantir une victoire aux manifestant.e.s. Le principal problème semble être une absence de volonté politique : le seul but de l’offensive était apparemment d’aller sur les Champs-Élysées, ce qui en soi n’est pas un objectif politique. Construire des barricades sur les Champs-Élysées doit être un moyen, pas une fin.
Si l’objectif avait été politique, les manifestant.e.s auraient plutôt cherché à pénétrer dans le périmètre pour s’approcher des lieux de pouvoir, ce qui aurait pu être mené à bien étant donné la faiblesse de la protection à certains endroits : en faisant diversion sur les Champs-Élysées pour occuper les compagnies mobiles, il aurait été possible de submerger un point peu surveillé du périmètre et y pénétrer.
Cette absence de but a eu une conséquence très néfaste : de nombreux manifestant.e.s passifs.ves sont parti.e.s pendant la journée, ne comprenant pas l’intérêt de se faire gazer si la finalité n’était pas de converger vers un lieu de pouvoir.
Il faut se coordonner !
On pourrait ajouter à cela un problème de coordination : les groupes de manifestant.e.s étant répartis sur plusieurs fronts, il ne leur était pas possible de prendre des décisions pour tirer parti des potentielles opportunités, faute d’informations globales sur la situation.
Si une plateforme commune et ouverte avait permis d’échanger des informations, des propositions, des cartes, les actions auraient été beaucoup plus efficaces, les données étant partagées.
Prendre en compte les manifestants passifs
Une particularité de cette journée a été la présence massive de manifestant.e.s non-habitué.e.s des manifestations et venant de province. Leur présence derrière les manifestant.e.s actifs.ves a été nécessaire pour appuyer l’offensive.
Malgré tout, on a pu constater qu’à l’heure du repas et du goûter, beaucoup se sont éloigné.e.s pour manger. Et à la fin de la journée, ielles sont simplement partis pour rentrer chez eux. Ce sera à prendre en compte pour mener des actions d’envergure : il faudra les amorcer en dehors des repas et les faire aboutir avant la fin de la journée pour avoir le plus de monde possible.
En conclusion
Nous avons vu que la désorganisation et l’épuisement de la police face à une action massive et longue pouvait tourner à l’avantage d’un mouvement, à plusieurs conditions :
avoir un but politique précis, ce qui implique d’avoir une forte présence de militant.e.s déterminé.e.s et conscient.e.s politiquement ;
se coordonner pour partager les informations et tirer parti de toutes les opportunités, en gardant à l’esprit qu’elles peuvent être manipulées par des balances ;
mener l’action sur une journée pour avoir le plus de manifestant.e.s possible.
Évidemment, il est possible que le dispositif policier évolue pour colmater ses failles : à nous de faire preuve d’inventivité pour prendre le dessus !
Notes
[1] « Cette fois c’est allé jusqu’à un quasi-épuisement de nos stocks de munitions » (via Mediapart)
L’insurrection ne peut pas être négociée.
Écrits de Panagiotis Argirou, anarchiste, membre de la Conspiration des Cellules de Feu
« Et chaque fois que je me suis demandé si je ferais à nouveau le même choix, envers et contre tout, la réponse à toujours été « oui ». Je referai le même choix, même si cela était une bataille perdue depuis le tout début. Je le ferai à nouveau, même si j’étais la seule personne au monde à y croire, même si tout paraissait être vain et sans but, même si je savais que tout serait enterré dans l’obscurité et que personne ne pourrait savoir qu’un tel combat désespéré a existé ; même dans un tel cas je ferais le même choix. »
SOMMAIRE
– Quelques mots sur la Conspiration des Cellules de Feu (p. 1)
– L’insurrection ne peut pas être négociée (p. 2)
– Pour une nouvelle approche combative d’insurrection anarchiste. Pour un Décembre Noir (p. 10)
– Lettre de Panagiotis Argirou à l’occasion de la fin imminente du procès pour l’opération Phoenix (p. 15)
– Toujours coupable – Texte de Panagiotis Argirou à propos du procès des 250 attaques de la CCF / FAI-FRI (p. 17)
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On ne traverse pas des mers et des frontières en lâchant des lanternes
Vendredi 23 novembre au soir avait lieu une marche de solidarité avec les migrants de Ouistreham, toujours aussi nombreux à vivre dehors et à essayer de passer la frontière vers l’Angleterre par le terminal de car-ferry. Cette marche était organisée dans le cadre du festival « citoyen » festisol. Sur place, depuis plusieurs années maintenant, des solidarités de base sont organisées par des habitants et habitantes (repas, fringues, douches, hébergement…), tandis que de nombreux squats sont régulièrement ouverts à Caen, notamment par l’Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions.
La marche, déposée en Préfecture et ouverte par une bagnole de flics, réunit 400 personnes. Le CAMO (Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham) la souhaite silencieuse, en hommage aux morts écumant la méditerranée. Une fraction des gens refusent de jouer cette pièce macabre : fumigènes et slogans égayent la manif, rapidement encadrée par les gendarmes. Pas mal de migrants, quasi-tous soudanais, sont présents dans le cortège, et peu disposés au silence eux aussi.
La marche se termine sur le parking avant le terminal de car-ferry. Les gendarmes bloquent toute possibilité d’aller plus loin. Derrière, un facho notoire gueule « Allez les négros, rentrez chez vous », bien planqué derrière une rangée du PSIG (Peloton d’intervention de la gendarmerie). Les exilés sont les plus prompts à réagir, avec quelques autres personnes. On presse un peu le barrage de la bleusaille, et les exilés gueulent « Laissez-nous passer ». La première altercation avec un gendarme a lieu à ce moment-là. Pendant ce temps-là, une autre frange de la manif lâche des lanternes chinoises dans le ciel.
Les organisateurs et organisatrices annoncent, après ce qui aurait dû être une dernière prise de parole, la fin de la manif, et le retour au bercail groupé, pour rejoindre les voitures laissées au point de départ. Les gendarmes accompagnent le mouvement. Sur ce trajet, l’ouverture d’un squat préparée secrètement doit s’officialiser. Arrivé à proximité du bâtiment vide, un groupe se détache de la manif et ouvre la grille. Un groupe d’une quinzaine de personnes parvient à dépasser la cour et à rentrer dans le lieu avant que les cognes ne s’organisent. Quelques coups de tonfa sont distribués, et une personne est molestée et mise au sol pour interpellation. Pendant ce temps-là une quinzaine de personnes pousse les gendarmes pour créer une ouverture. La mêlée dure un bon moment. Les flics essaient de fermer la grille, largement pliée sous les poussées. Le colson qui doit leur servir à maintenir fermé la grille est subtilisé. Finalement, la situation se calme. Des gens sont dans le squat, une centaine de personnes est dehors. Le PSIG tient l’entrée de la cour, en rang là où se tenait la grille.
Le CAMO, ou plutôt son porte-parole, puis une autre personne au nom de l’inter-orga malheureusement habituelle lors de ces rendez-vous depuis quelques années, appellent à repartir en cortège et à lâcher les gens à l’intérieur du squat, alors que ces camarades de lutte risquent gros. La situation a le mérite de clarifier les positions des uns, des unes et des autres. Les citoyens et citoyennes remballent face aux autorités. La solidarité a ses limites. Les échanges sont vifs à l’extérieur, et tournent parfois à la guéguerre inter-orga pour savoir qui est le plus solidaire avec les migrants. Ça discute avec les flics, ça négocie. Il en est toujours ainsi quand la révolte s’exprime concrètement et non symboliquement. Les citoyens et citoyennes refusent le conflit avec l’Etat et ses cognes, quitte à laisser en pâture aux flics et aux juges d’autres personnes solidaires ou même des migrants, qui doivent se conformer à leur manière docile de contester.
Finalement, les gendarmes demandent à voir le papier prouvant que le lieu est ouvert depuis plus de 48h. Malheureusement, il semble qu’il ait disparu ou ait été oublié. On apprend que les gens à l’intérieur vont sortir, mais que les gendarmes veulent les contrôler. Or, il semble qu’il y ait des sans-papiers dans le lot… Le groupe à l’intérieur sort en se chaînant et se dirige vers l’entrée de la cour. De l’autre côté, nous sommes plusieurs à pousser dans l’autre sens pour établir la jonction, empêcher tout contrôle et n’abandonner personne. Les gendarmes, pas assez nombreux, sont emmerdés par la situation. Les cognes n’aiment pas être pris en tenaille. Cette fois, la mêlée est moins bon enfant. Les gendarmes ne se contentent plus de pousser, mais cognent. La jonction se fait, le groupe de l’intérieur parvient à sortir, sauf une personne qui reste un moment à l’entrée de la cour, agrippée à la fois par les gendarmes et par les révoltés, avant de réussir à s’échapper. Les gazeuses à mains sont de la partie. Finalement, on se regroupe à l’extérieur. La situation reste confuse un moment, des blessés devant rejoindre les pompiers, d’autres gens s’inquiétant du sort du premier interpellé. Le PSIG est aux aguets. On craint de nouvelles interpellations. Les migrants sont les plus dynamiques, et sont plusieurs à vouloir retourner au contact.
Le paternalisme récurrent d’une bonne partie des gens présents s’exprime une nouvelle fois dans toute sa splendeur : on ne se contente pas de leur dire que là on n’a pas le rapport de force, qu’on s’en sort relativement bien et qu’il vaut mieux se barrer, ce qui peut s’entendre, mais certains et certaines, animés des meilleures intentions du monde, les empêchent physiquement de passer. Ils finiront par y arriver, et se rendront compte par eux-mêmes que la bataille se termine là pour ce soir. Une autre leçon de cette épisode, c’est qu’encore une fois on a vu qui ne voulait surtout pas aller au contact avec les flics, et que ce n’est certainement pas une bonne partie des migrants. On avait pourtant, lors des précédentes manifs, entendu des choses du genre : « il ne faut pas y aller, c’est mettre en danger les migrants, qui ne veulent pas de ça… » Ben voyons. On ne traverse pas des mers et des frontières en lâchant des lanternes.
Au final, le retour vers le parking se fait davantage par petits groupes que bien groupé. Plusieurs nouvelles interpellations ont alors lieu. En plus de la première interpellation lors de la tentative d’ouverture, au moins 2 autres personnes dont un exilé sont placés en garde-à-vue. Ils ont depuis été relâchés et les 2 camarades de lutte passent en procès pour violence sur agent. Il y en aurait peut-être eu 3 autres dont 2 exilés. La presse ne confirme que 3 interpellations.
De toute évidence le round d’observation est terminé. La répression prend un nouveau visage. Au harcèlement sournois des migrants, aux squats virés, succèdent les violences policières et l’arsenal judiciaire. Cette journée marque également un tournant dans la manière dont les manifestations risquent de s’organiser. Nous devons en prendre acte et nous y préparer. Nous ne pouvons qu’encourager ceux et celles qui ne veulent pas en rester à l’indignation et préfèrent la révolte en acte. Nous espérons que ce qui s’est passé ne sera pas un prétexte pour calmer les choses, et que de nouveaux rendez-vous publics comme d’autres formes de révolte vont se dérouler.
Cette journée et les quelques 400 personnes présentes lors de cette marche rendent une nouvelle fois manifeste la solidarité réelle que rencontrent les migrants sur place. A l’agitation locale de l’ultra-droite répond une solidarité concrète de chaque instant. Par contre, et ce n’est pas une nouveauté, cette solidarité s’exprime également avec un fort paternalisme. Certains et certaines pensent et agissent à la place des migrants. Les migrants comme ceux et celles qui manifestent leur solidarité ne sont réduits qu’à suivre les décisions d’états-majors, le plus souvent auto-proclamés.
Cette solidarité trouve également sa limite dans le refus de se confronter autrement que symboliquement et « humanitairement » à l’Etat et ses nervis, et en se dissociant publiquement des actions des personnes qui passent à l’acte.
C’est bien la composition comme idéologie que cette journée vient également ébrécher. Depuis un moment, nombre de militant-e-s et de « radicaux-ales » balbutient la même ritournelle, celle de l’unité à tout prix. Pourtant, composer, c’est souvent créer des alliances de circonstances entre des forces fortes de puissants antagonismes. Les événements d’une lutte finissent souvent par révéler ces contradictions. Ce que l’idéologie de la composition répand c’est une discipline de milieu privilégiant les liens avec la gauche syndicale, politique et associative à toute radicalité effective. Lorsque cette radicalité surgit quand même, se révèle alors le caractère factice de cette composition. Inutile de rêver, les idéologues de la composition seront prêts à toutes les contorsions pour maintenir l’unité. Espérons que d’autres la questionneront.
Il ne s’agit pas pour nous de rendre plus humain l’accueil des migrants, mais de détruire les frontières d’un monde où sévissent toujours plus l’exploitation, la destruction du vivant, les guerres économiques, nationalistes ou religieuses. Nous n’attendions rien de la gauche politique, associative ou syndicale, et n’en attendons pas davantage après cette journée. Nous continuons de penser que l’on ne traverse pas les mers et les frontières en lâchant des lanternes.
Suite à l’appel « Acte 2 » de la mobilisation des Gilets jaunes à converger vers Paris, un lecteur de Paris luttes info a décidé d’aller se ballader sur la plus belle avenue du monde. Comme tous les gilets jaunes il a préféré ça au champs de mars, pourtant plebiscité par le pouvoir. S’en est suivi un joyeux bordel...
Certaines journées sont surprenantes. Le 24 novembre 2018 est de celles-là. J’y suis allé seul, je n’y connaissais personne. Mon baromètre intérieur m’annonçait depuis quelques jours une montée progressive de la pression, celle qui pèse là, entre deux flash info de BFM, au niveau des tripes.
Je n’ai jamais enfilé, ces derniers jours, de gilet jaune. À Paris de passage à cette période, j’en profite pour ’’aller voir’’, comprendre, me faire mon opinion propre et tenter de saisir ce qui se joue dans ce mouvement dont on entend, depuis une quinzaine de jours, tout et son contraire.
J’y ai vu une rage et détermination jamais aperçus auparavant. Ajouté à une pratique quasi systématique de la construction de barricades – après tout, n’entend-on pas depuis la naissance ce mouvement qu’il faut ’’tout bloquer’’ ? – le maintien de l’ordre à la française, certainement le meilleur du monde, se retrouve ainsi à patauger pendant dix heures sur l’avenue la plus connue du pays. Un commerçant contemple les dégâts devant son magasin, au lendemain de cette journée. « Ils ont cassé la vitrine du pays », s’offusque-t-il.
De quoi les gilets-jaunes sont-ils le non ?
Nous avons donc tout entendu sur les gilets jaunes. Tous les sociologues, les experts, les instituts de sondage et autres éditorialistes défilent devant les caméras pour donner leurs avis. Le ressenti de cette journée dépasse de loin ces verbiages qui morcellent. Il y avait tous les âges, : certains jeunes des quartiers populaires étaient descendus pour la journée, d’autres, plus anciens et venus de province, portaient fièrement leur chasuble décoré du numéro de leur département. Et les premières questions qui bousculent apparaissent, tiens ! Qui est cet un homme seul, en pantalon de travail, qui a dessiné au marqueur un grand doigt d’honneur à l’arrière de son gilet, masqué avec une écharpe verte fluo ? Et elle, parmi ce groupe de femmes trentenaires, jean Levis déchiré, Air-max pailletées aux pieds et casque de vélo sur la tête ?
Une infinité de profils insaisissables, voilà le profil type. C’est la représentation la plus concrète de ce que cette expression contient d’intense : « tout le monde ».
Si je me suis senti si bien, c’est parce que pour une fois, il n’y avait pour ainsi dire personne d’expert ou de professionnel d’une quelconque lutte. Nous étions quelques milliers dépassés par notre propre puissance, et personne ou presque pour nous y refréner. Les galériens ont repris les rues ; et pas n’importe lesquelles.
Si nous pouvions extraire une substance commune à ce phénomène, partons de cette observation basique : les jours de grosse mobilisation sont le samedi. Les grandes centrales syndicales ont habitué plusieurs générations à battre le pavé en semaine, pour faire la grève, disaient-ils. Là, nous sommes avec un mouvement constitué d’existences si précaires que se mettre en grève est impensable. Par peur de perdre le sale boulot auquel on a signé ce mois-ci, ou parce qu’on ne peut plus cracher sur le salaire d’une journée. En ce moment, les journaux titrent tous les jours sur le sacro-saint pouvoir d’achat, les fins de mois difficiles, les taxes qui s’ajoutent les unes aux autres. Fort bien, mais ce qu’ils ne saisissent pas, c’est que lorsqu’on enchaîne les CDD à vie dans des boîtes de merde, quand on touche le minimum vieillesse après quarante ans de travail, quand on se fait saigner dans tous les sens, alors là, oui, ce qu’on veut tout de suite, c’est aller se venger et récupérer ses thunes. D’aucuns iront espérer la fin du salariat ou de l’économie par la même occasion ; en attendant, on a faim, on veut de la caillasse, et on est prêt à tout pour aller la chercher.
Prêt à tout, au risque de se mettre sérieusement en danger. J’ai vu une minorité de personnes ayant des gestes propres aux militants. Pour preuve, les slogans poussiéreux qui sont scandés à l’unisson : les fameux « Tous ensemble, tous ensemble, hé ! » ou bien le soixante-huitard « CRS = SS », étaient repris en boucle. La plupart des participants étaient peu habitués à ces grands rassemblements et son corollaire, la violence policière. Mais quand la page est vierge, tout est possible. Une minorité est équipée de masques à gaz. « Il m’en faut absolument un, à ce rythme là demain j’ai le cancer », entend-on dans la brume acide. L’audace frôle parfois l’insouciance.
Au cœur de la journée, alors que Castaner et Macron tentent de répondre au plus gros bordel qu’aient connus ces quartiers depuis des décennies, en condamnant les casseurs, en couvrant de « honte » celles et ceux qui osent s’attaquer aux forces de l’ordre, sur le terrain, cette séparation entre casseurs hors-mouvement et gilets jaunes pacifistes est imperceptible. Car nous avons là, dans le gilet jaune, un symbole qui balaye de facto cette critique ; celle qui insinue que des groupes extérieurs appartenant à telle ou telle mouvance puissent s’infiltrer. À partir du moment où il suffit d’enfiler ce gilet pour en être, tous les gestes portés avec celui-ci deviennent contaminants. Ne reste qu’une masse qui ne baisse pas les bras, qui reste là, recule parfois face à une charge ou une salve de grenades, puis revient inlassablement. Un peu comme ces nuages de milliers d’oiseaux qui, au printemps, forment de magnifiques ballets dans le ciel au gré des vagues de vent. Le symbole du gilet jaune est le liant. Et c’est ainsi que tout le monde se meut d’un même mouvement, un mouvement qu’on pourrait croire chorégraphié si sa beauté ne résidait pas dans sa spontanéité.
Hormis à une ou deux reprises, où un individu venait beugler de façon particulièrement hystérique un grand « Arrêteeezzz », suivi que de très peu d’effets, rien de transpirait la désapprobation des gestes les plus belliqueux.
« J’ai la rage, la rage. Je suis venue pacifiquement maintenant j’ai envie de les buter », entend-on dans une vidéo visionné des centaines de milliers de fois, de la part de quelqu’un qui a pris un tir de flash-ball dans la poitrine.
Les gilets jaunes ont été critiqués de se dire apolitiques. En réalité, c’est à une profonde réappropriation du geste politique que nous avons affaire. Quand des dizaines de milliers de gens n’ont qu’un mot à la bouche et le répètent comme un mantra : « Macron démission », et mettent tout ce qui est en leur pouvoir, ou presque, pour allier le geste au verbe, nous touchons à quelque chose qui est au cœur même du politique. ’’Apolitique’’ est simplement à entendre comme l’expression d’une remarquable et saine défiance vis-à-vis de la politique politicienne. Je n’ai vu aucun drapeau de syndicat ou de parti politique.
Défiance tout aussi palpable à l’endroit des médias. Bien sûr, il serait trompeur de dire que les médias ne couvrent pas cette situation – au contraire. Mais uniquement parce que cette colère qui s’exprime ’’marche’’. Les gilets jaunes font parler, et qui en parle s’assure de l’audimat. Ça marche donc parce qu’il y a une bonne majorité de la population qui, en plus de soutenir le mouvement, le suit à travers les médias, comme un feuilleton télé dont le personnage principal chute lentement, au ralenti presque, chaque épisode décrivant méthodiquement cette chute. C’est haletant comme un bon Netflix… Mais au délà de ça, l’époque va si vite que personne n’est dupe : dès qu’il faudra basculer sur la dernière sitcom en vogue, les médias le feront sans rechigner, que ce soit sous les ordres du pouvoir en place ou en se soumettant à la courbe d’audience. C’est ainsi que, pour en revenir à notre folle journée, les cameramen se font ici insulter, là chahuter, plus loin caillasser.
Mais ils sont où ?
Je disais plus haut m’y être bien senti, dans ce joyeux bordel. Ça n’est pas tout à fait exact. Je me suis même senti au départ plutôt gêné, parfois honteux, d’être là, avec eux… Eux ? L’extrême-droite.
Ce sujet à fait couler beaucoup d’encre, en bonne partie parce que la stratégie de communication du Ministère de l’Intérieur, dès les premiers affrontement en milieu de matinée, a porté sur la dénonciation d’une bande d’ultra-droite. Que l’on soit clair : elle était bien là, visible.
Lorsque je suis arrivé aux abords de la place de la Madeleine, point de crispation qui durera de nombreuses heures, j’ai focalisé mon attention sur un grand trentenaire, les cheveux gominés en arrière, veste en feutre noire, chaussures en cuir pointues, drapeau français porté comme un brassard autour du biceps. Il passait son temps, seul dans les petites rues, à aller de groupe en groupe pour les chauffer. Je le recroisais quelques instant plus tard portant un foulard avec le symbole de la fleur de Lys, emblème du Renouveau Français [1].
En retrait, je cherchais du regard tout signe ou toute attitude qui trahirait la présence de l’extrême-droite. Je voulais être fixé. Et j’ai vite trouvé mon deuxième énergumène. Une grande gigue rasé en bomber bleu marine, prétendant à des lycéens en sarouel avoir envoyé ’’une centaine de gars sur le flanc droit’’. ’’On est une armée maintenant’’ rajoutait-il les mâchoires crispées. Ce groupe plutôt détendu, une fois l’excité reparti, pouffa discrètement de rire.
Puis plus tard, à quelques centaines de mètres de la place Vendôme, l’embarras devint tourment lorsque j’aperçu une dizaine de jeunes habillés en noir et cagoulés, au milieu d’une foule en contact avec les boucliers des CRS, entonnant la Marseillaise, très vite reprise massivement.
C’est évident, ces trois exemples sont trois de trop. Mais entendons-nous bien : en dix heures d’affrontements, ce sont les trois seuls que j’ai aperçu. Au milieu de milliers de personnes qui se battaient ensemble, c’est de l’ordre de l’anecdote. Il est de surcroît intenable pour la droite radicale de participer à une émeute au milieu de jeunes venues des banlieue lointaines, des galériens qui aiment foutre le bordel en s’alcoolisant ou des habitués des cortège de tête. Pas assez blanc, pas assez propre, pas assez hiérarchisé. Enfin, je n’ai vu ou entendu aucun slogan propre à cette mouvance (on ne peut, ceci étant dit, occulter que bien des militants d’extrême droite de Debout la France ou du RN, très actifs dans ce mouvement, devait être présents mais moins ’’visibles’’).
Reste la question : s’ils étaient si peu nombreux, pourquoi Castaner en personne en vient à devoir les montrer du doigt ? Nous pourrions croire à une mauvaise interprétation des cellules de renseignements qui suivent la droite radicale, mais une autre hypothèse s’impose : tenter de rendre ce mouvement éthiquement injoignable est une stratégie politique. Se montrer et montrer que ça n’est pas le cas – la droite dure ne tient pas ce mouvement – c’est, en plus de répondre à la nécessité de leur laisser le moins de terrain possible, la possibilité de contredire et de décrédibiliser plus encore le Premier Ministre.
Sur les escaliers de la Madeleine, là où les gens feront des aller-retours pour reprendre leur souffle, être à l’abri des lacrymos, ou simplement regarder de plus loin la situation, je m’assied à côté d’un jeune, la vingtaine maximum. Entre ses pieds, un drapeau français. Je lance la conversation.
« - Ça veut dire quoi le drapeau français pour toi ? »
« - Bah c’est parce qu’on est français, c’est pour le montrer, c’est tout. »
« - Ça veut dire que si on est pas français, on ne peut pas participer à tout ça ? »
« - Bien sûr que si, tout le monde peut y participer, le drapeau français, c’est comme le tableau de Delacroix, c’est la révolution de 1789. »
Évidement, il devait bien y avoir dans la masse de gens quelques farfelus qui devaient avoir ce drapeau par amour de la grandeur de la France. Mais je postule ici autre chose : dans l’imaginaire collectif, ces symboles ont un autre signifié : la Révolution française. Dit autrement : « en France on fait la révolution et on coupe la tête des rois ».
Les beaux quartiers en mode avion
En milieu d’après-midi, France Bleu Normandie interviewe en direct Jocelyne, 68 ans, entre deux barricades des Champs-Élysées.
« Il y a pleins de jeunes, enfin, tout le monde ! On est en train de faire des barricades au milieu de la route avec tout ce qu’on trouve, des panneaux, des pots de fleurs, des chaises de restaurant, pour empêcher les CRS d’avancer ! Parce qu’ils n’arrêtent pas de nous envoyer des bombes lacrymogènes, ça pique ! Là les gens sont montés sur les barricades, et ça barde, ça barde ! On n’est peut-être pas 50000 mais on pas besoin d’être plus hein, parce que je vous assure que là, ça rigole plus. Il y en a qui ont même enlevé les pavés des rues. Ça fait plaisir de voir les jeunes qui se révoltent quand même, que la France se réveille, qu’on arrête de nous prendre juste pour payer, y’en a marre on peut profiter de rien, travailler pour les factures c’est tout ce qu’on peut faire. On ne peut pas tout accepter. C’est pas possible. Et là les CRS ils continuent d’avancer. »
Ce qui a peu été entendu sur cette journée, c’est que ce n’est pas seulement cette grande avenue célèbre qui est tenue pendant de nombreuses heure, mais toutes les rues autour. L’air étant irrespirable, il faut régulièrement se replier dans les voies adjacentes. Et la conflictualité se déplace ainsi dans ces grandes rue haussmanniennes, dans le Paris de la fashion-week et de la richesse qui s’étale à ne plus savoir qu’en foutre.
En y errant, on croise à chaque coin de rue un groupe de gilets jaunes, d’une vingtaine à plusieurs centaines. Ce sont souvent des zones de flottement, comme hors-du-temps. Chacun y fait une pause, panse une plaie, mange un bout. Certains s’invectivent sur tel sujet politique. D’autres, enfin, ne font que passer, pour errer et « aller voir ce qui se passe là-bas », le regard libéré et hébété à la fois ; ou pour prendre la police à revers. Se construisent dans ces rues alentours des barricades de toutes tailles : des simples barrières de chantiers mises soigneusement dans leurs plots ; au plus hautes atteignant les deux mètres.
Sur les points de conflit direct avec la police, chaque gazage est suivi, une fois le nuage partiellement dissipé, d’un reflux persévérant de cette vague de gens, comme un ressac insaisissable.
Sur un de ceux-là, un chantier est pillé puis très vite, une chaîne humaine s’organise pour transporter au plus vite le stock de palettes au milieu du boulevard et l’incendier.
Sur un autre encore, un homme se fait arrêter en première ligne. Une dizaine de gendarmes mobiles entourent le type au sol, recroquevillé en position fœtale. Face aux nombreux projectiles et à la foule qui s’approche hâtivement sous les cris de « lâchez-le », il ne peuvent extraire l’homme au sol. Ils croulent sous les pierres en attendant que les renforts, plus en arrière, s’organisent. Tant la pression est maintenue, il battent en retraite en libérant l’homme, qui se lève et cours comme un lapin, jusqu’à se faire récupérer dans la foule. Cris de victoire vibrants.
Il y avait trois mille hommes en armes pour cette manifestation. Des renforts de province avaient été appelé, dit-on. Et ça n’a pas été suffisant. Nous pourrions gloser longtemps sur les chiffres incalculables du nombre de participants à cette journée, mais une certitude s’impose : c’est bien une détermination incompressible qu’il a fallu pour mettre à mal les plans de la préfecture.
Plus tard, sur le boulevard Haussman, assez éloigné des affrontements les plus virulents, une file de camions sérigraphiés Propreté de Paris s’avancent. Des gilets jaunes les bloquent, la plupart des employés ont déjà déposé un gilet sur le pare-brise. Ils sont invités à arrêter le travail, à descendre des véhicules. Tous les moteurs s’éteignent en quelques minutes, les employés descendent sous les acclamations.
Plus haut, sur le même boulevard, plus éloigné encore, presque hors zone des gilets jaunes : une dizaine de voitures de la BAC slaloment entre les bouchons de voitures, toutes sirènes hurlantes. Ils doivent s’arrêter pour mettre sur le côté ce qui constitue une petite barricade faite de barrières. Très vite et par pur jeu de la provocation, un groupe de gilets jaune les double en courant sur le trottoir. L’un hurle : « Ho Benalla on t’a reconnu ! ». Hilarité générale. Puis, ils leur remontent une autre barricade, une cinquantaine de mettre devant eux. Nous subissons une charge, mais ils sont trop à distance et ne peuvent abandonner leur véhicules trop loin. Trois barricades de fortune seront faites au milieu de la circulation, plus en amont encore, les enfermant pour longtemps dans les bouchons. Tout cela, sur ce même boulevard qui porte le nom de celui qui est considéré aujourd’hui comme le premier préfet à avoir pensé l’urbanisme à travers le maintien de l’ordre. Amusante destinée.
C’est en début de journée, sur le place de la Madeleine, qu’une gilet jaune en pantalon treillis, canette à la main, m’avait annoncé : « C’est parce qu’on est mobile qu’on les nique ».
Il convient, pour saisir pleinement l’atmosphère de ce rare moment, de souligner que dans les affrontements comme plus en dehors, tout cela était baigné dans une ambiance qui s’apparente plus à une soirée de finale de coupe du monde qu’à un contre-sommet militant. Devant des barrières anti-émeute, une voiture se pose, on aperçoit un bras qui sort par la fenêtre conducteur et agite un gilet jaune, puis elle redémarre et fait plusieurs ronds sur elle-même, version clip américain. Au même endroit quelques heures avant, c’était à deux motards de faire des burn ensemble et d’enfumer d’une odeur de pneu la foule qui les encourageait.
Dans le même ordre d’idée, devant un feu de palettes où des silhouettes sont amassées, sûrement plus pour se chauffer qu’autre chose, une femme interpelle son ami « Mais t’es fou, t’as crâmé des palettes Europe, ça vaut cinq euros pièce ! » Rires complices.
Autre fait étonnant, dans toutes ces rues autour des Champs, la casse ou le pillage de magasin est marginalement pratiquée. Un LCL est cependant défoncé, la porte est forcée à coups de pavé, cède, tout le monde se rue dedans et c’est en l’espace de quelques secondes que l’intérieur est ravagé. Un départ d’incendie est tenté, vite éteinte par un gilet jaune qui a eu la clarté d’esprit de penser aux appartements au-dessus. Dans la liesse, un type se met face au distributeur, l’empoigne par ses rebords, et hurle « rendez nous l’argent ! ». Comme pour répondre à cette requête, quelqu’un sort de la banque en jetant en l’air des liasses de petits papiers. De loin, l’illusion est parfaite, et provoque un mouvement de foule, tout le monde veut récupérer sa part du butin. Déception générale : ce ne sont que des bordereau de remise de chèque.
Puis, tout le monde se met à applaudir en levant les yeux : deux personnes masquées ont réussi à pénétrer au premier étage de la banque et ont ouvert les fenêtres, façon grand spectacle. L’euphorie coupa net avec une nouvelle salve de grenades doublée d’une charge, qui permettra à l’équipe bleue de s’emparer du trottoir de la banque. Entendu à la volée, juste après : « Eux qui étaient au premier étage là, mon frère, une grosse pensée pour eux, ils vont prendre cher. »
Sur les Champs-élysées enfin, et jusqu’à l’Arc-de-Triomphe, les affrontements seront d’une rare violence. Là aussi, peu de casse (le Fouquet’s se fait étoiler ses vitrines, une boutique de luxe se fait piller) mais tout ce qui traîne finit inexorablement sur les barricades. Terrasses de bars, auvents, pots de fleurs, barrières de chantier. Quelques mortiers et feux d’artifices sont utilisés, mais dans l’ensemble, l’heure est à l’improvisation, et chacun jette ce qu’il trouve.
La répression est sanglante. 5000 grenades tirées sur la journée. De l’aveu même du Préfet de Paris, « c’est du jamais vu ». Une toutes les huit secondes. Deux personnes ont de graves lésions aux mains suite à l’explosion d’une grenade GLI-F4, modèle qui contient une charge de TNT, connu de certains pour mutiler à tout va les mouvements de contestation. Une autre personne a perdu l’usage de son œil suite à une blessure par flashball. Les blessés légers se comptent par centaines. Un punk de Caen soulève sa casquette après avoir rallumé son joint. Il tient à me préciser qu’il bosse depuis trois ans dans la même usine. Il veut me montrer son crâne : une plaie d’une huitaine de centimètres, pas recousue, couverte de sang coagulé. Il ne veux pas aller à l’hôpital ce soir, non. « Ce soir, il faut y retourner. »
Beau comme une insurrection impure
En repartant, on voit les arbres des Champs-Élysées qui se sont allumés de milles feux : la scène chaotique se marie à merveille avec la magie de Noël. Un sapin sert de barricade.
Plus loin, tagué sur un mur : « Beau comme un insurrection impure ». Même trottoir : « L’utra droite perdra ». Gageons leur un caractère prophétique.
Une fois rentré dans un métro, le message suivant s’entend dans toutes les rames : « Pour des questions de sécurité, les stations suivantes sont fermées : Miromesnils, Saint-Phillippe-du-roule, George V, Alma-Marceau… » la liste en est si longue qu’elle paraît interminable. Pas moins d’une quinzaine de stations sont fermées.
Depuis ce samedi, différents contre-feux sont allumés par l’exécutif. Le premier, on l’a vu, a été de rattacher les violences à l’extrême-droite.
Le deuxième, aurait-on pu penser, aurait consisté à faire semblant de lâcher du lest. La déclaration de Macron ce mardi matin fait preuve, à ce titre, d’une réelle sous-estimation de ce qui s’est passé à cinq cent mètres des premières fenêtre du palais de l’Élysée. C’est une très bonne nouvelle pour nous : c’était peut-être pour lui le dernier moment où un rétropédalage eut été utile pour éteindre l’incendie. Il y a fort à parier pour que ce soit dorénavant trop tard, tant cette contestation se dirige maintenant uniquement vers sa propre personne.
Il y a ensuite la nomination de certains autoproclamés porte-paroles pour pouvoir dialoguer avec ce mouvement. De la même façon qu’une intelligence collective a refusé d’aller dans la souricière du Champ-de-Mars, la légitimé de ces représentants est tout de suite remise en question sur les réseaux sociaux de façon très importante. Pourtant, les médias et les politiques se tournent déjà vers eux comme des représentants officiels et élus. La représentante du Val-d’Oise déclare ainsi, au sujet de samedi prochain, « n’être au courant de rien » ; celui de Haute-Garonne refuse d’appeler à « toute manifestation parisienne ». Quand à celle de l’Aube, les gilets jaunes du coin affirment n’avoir jamais été consultés ; sa place est déjà sérieusement remise en cause. Il est utile, en l’état, de tout faire pour qu’ils ne parviennent à ne représenter qu’eux-même.
J’ai vu dans cette journée une absence presque totale d’outils et de gestes, qui par ailleurs existent et pourraient être forts utiles à ce mouvement. Les banderoles renforcés, si présentes et salutaires pendants les mouvements des dernières années, n’étaient pas là. Les équipes de médecins de rue habituées à ces situations non plus. Les cantines populaires qui ont les structures pour nourrir des centaines de personnes étaient absentes. De même pour les équipes juridiques, qui ont les réseaux et la pratique pour soutenir celles et ceux qui en ont besoin.
N’ayons pas peur des questions que ce mouvement protéiforme peut nous poser, prenons les à bras le corps tout en assumant d’être un peu paumé. Et par la même occasion, disons-le simplement : il se passe un des mouvements les plus inattendus de la décennie, sous nos yeux, un mouvement dont les mots d’ordre peuvent pour une immense partie résonner positivement dans les oreilles les plus radicales. Bien sûr, personne ne sait ce sur quoi va déboucher cette histoire. C’est flippant et excitant à la fois.
Bien sûr l’extrême-droite parlementaire est dans les starting-block et se frotte déjà les mains. Bien sûr l’extrême-droite radicale perd dans la rue, mais est surreprésentée sur internet. Mais la tournure des prochains jours risque de lui donner tort, en injectant dans cette contestation des sujets qu’elle ne pourra jamais faire siens, entre autre la lutte contre les violences policières subie par les gens des quartiers populaires. En effet, le comité qui réclame juste et vérité pour Adama Traoré appelle à rejoindre les Champs-Élysées ce samedi. Au côté des syndicalistes qui s’invitent, eux-aussi, à la danse – image d’Epinal du gauchiste – cette extrême-droite va devoir louvoyer pour réussir à faire son trou, ce qui se présente comme de plus en plus incertain.
En attendant, un boulevard est ouvert. Un boulevard où il y a aurait tout intérêt à y apporter ce qui nous est cher.
Notes
[1] Le Renouveau Français est un groupuscule d’extrême droite, catholique et contre-revolutionnaire
Petit récit et photos de la marche de nuit en mixité choisie 2018
C’est un grand et beau cortège en mixité choisie qui s’est retrouvé à François Verdier dimanche soir (500, 600 personnes ?), sous l’œil d’un dispositif policier démesuré (plusieurs camions pour bloquer le boulevard et les rues adjacentes). Le départ a été lancé vers 19h45, entraîné par la batuccada et les slogans. Les flics marchent à reculons, en ligne devant nous (drôle de stratégie … pour nous empêcher d’accélérer le rythme ? [...]
Un grand merci aux personnes présentes, à celles qu’auraient voulu l’être, à celles qui l’étaient de loin et qui ont soutenu la marche à distance. C’était incroyable, comme un virus dans leur système d’exploitation. On a fait trembler le goudron, hurler le vent et les voisins, on a fait peur, on a fait fureur, on était là, on n’avait pas peur, on était en furie, on n’a rien laissé aux gars cis, on a pris le temps, on a pris la rue, on a posé notre rythme, on a clamé nos chants, rappé et screamé nos sons. On était beaucoup et on a kiffé nous voir si nombreux.ses !
C’est beau dit comme ça. Mais c’est pas tout. C’était pas que ça. C’est triste, c’est révoltant, qu’il faille encore prendre les devants, encore combattre les systèmes d’oppression au sein de nos marches. Mais il est hors de question de se taire et de laisser faire.
Nous, le collectif d’orga, dénonçons de manière catégorique les comportements transphobes, interesexophobes, non-binairophobes, qui se sont sentis la légitimité et l’aisance d’exister dans cette manifestation. Solidarité totale envers les personnes concernées et le collectif CLART-I qui ont et auront TOUJOURS leur place dans le mouvement féministe, sans avoir à le prouver.
Nous dénonçons les comportements oppressifs visant à exclure les personnes concernées par la mixité choisie de cette marche. Comportements qui ont eut lieu avant, pendant, et après la marche, notamment sur les réseaux sociaux.
Cette mixité, sans mec cis, est un choix politique affirmé, assumé, et défendu par le collectif d’orga.
Nous nous positionnons clairement contre toute atteinte et toute remise en question de la présence de personnes concernées par cette marche.
Nous nous positionnons radicalement contre la négation de la présence et de l’existence des mecs trans, des personnes en questionnement, des personnes non-binaires et des personnes intersexes au sein de cette marche, de nos luttes, et de notre féminisme.
Si ça te gêne, si tu restes persuadée que seule toi, personne assignée ou se désignant comme femme, est légitime à être ici dans cette "marche", tu as tort et tes comportements transphobes, interesexophobes, non-binairophobes ne sont pas tolérés avant, pendant et après la "marche".
Quand tu vas agresser une personne en l’alpaguant pendant la manif pour savoir si c’est un mecs cis, pour le.la virer, le.la genrer comme bon te semble, tu n’as pas ta place au sein du cortège.
Quand tu écris un commentaire ou un statut sur les réseaux sociaux pour remettre en cause la légitimité des personnes non "femmes" à être présent.e.s, à prendre la parole, à être visible au sein de la manif, tu te positionnes en contradiction profonde avec les bases politiques de cette marche.
Nous ne souhaitons pas minimiser, ni invisibiliser, les agressions sexistes très violentes et quotidiennes que subissent les femmes trans dans la rue et ailleurs, néanmoins nous dénonçons les pratiques politiques visant à mépriser et exclure les autres identités de genres opprimées dans le seul but de servir une soit disant "cause des femmes" avant tout.
On se rassemble dans ce cortège, sans mecs cis, pour changer le rapport de force et être en force ensemble.
D’ailleurs les mecs cis qui nous observent, que ça fait marrer, alors qu’on prend la rue, qu’on prend jean jaurès, on vous voit, on vous oublie pas, on vous retrouvera. Toi qui a agressé le cortège de tête, qui avait sa voiture garée sur le trajet, on t’oublie pas non plus.
En parlant du cortège de tête, voici un communiqué du collectif des Sales Races auquel nous apportons notre soutien :
Nous sommes les sales races et nous sommes en colère.
Plusieurs dynamiques nous ont posé problème, fait offense, et corroboré des systèmes de violence lors de cette marche de nuit.
Nous déplorons un manque total de soutient de la part de nos camarades blanc-he-s. Ce qui n’est pas dû à l’organisation de la marche, la présence d’une voiture PMR ne pouvant décemment pas servir d’excuse à la passivité et au manque de réactivité de personnes valides et privilégiées.
Nous restons convaincues que si ça avait été des blanc-he-s en tête de cortège, vous n’auriez inventé aucun obstacle, aucune excuse.
Ce manque de soutient dépeint bel et bien un climat plus large quant aux questions intersectionnelles.
En effet, après avoir appelé plusieurs fois la battucada à venir devant pour des raisons de dynamique et de sécurité, nos voix ont été ignorées, même méprisées. Nous avons eu droit à un, « elles arrivent, mais elles râlent », des « oui, oui », condescendants et inaboutis.
Au même moment nous avons dû éviter une altercation avec un mec cis, ainsi qu’une intervention policière. Si le dispositif policier vous a paru plutôt confortable, sachez que nous, en tête avec nos sales têtes, avons été littéralement lâché au danger. Votre confort vient de notre mise en danger.
Un flic s’est approché de notre camarade, sa lacrymo en évidence contre son torse bombé, « tu veux jouer, on va jouer ».
Ici, pas de prise en charge collective. Pas de dégage hurlé d’une seule voix, pas de slogan, pas de hurlements, pas de mouvement collectif, comme il y en a eu à l’arrière du cortège. Et si tu ne savais pas, que tu n’avais pas vu, t’avais qu’à venir devant et peut-être que t’aurais sû.
Nous avons eu la sensation, qui se révèle dans les faits, d’avoir vécu deux manifestations différentes. D’un côté, des féministes cis blanc-he-s s’organisaient, chantaient, marchaient entre elles pendant que nos slogans n’étaient pas scandés, que notre proposition à l’intersectionnalité n’était pas entendue. Voire incomprise. Pas prise en compte, du tout.
Nous n’avons pas pris le micro pour faire joli, pour dire du vent. Notre énergie n’est pas gratuite.
La banderole de tête portant le message, « Nous sommes les descendantes des colonisé-e-s que vous n’avez pas tué.e.s » étaient tenue par des personnes concernées, évidemment. Pour autant, nous n’avions pas besoin d’un périmètre de sécurité qui nous faisaient comprendre que c’était nous le danger.
Nous aurions aimé sentir cette masse flamboyante derrière nous, la puissance collective, la chaleur, le soutient, la force, la solidarité. Nous aurions aimé ne pas être triste, ne pas être touché.e.s, ne pas nous questionner sur « qu’est ce qu’on aurait pu faire mieux, ou dire autrement ». Parce que ces questions là, ce n’est plus à nous de nous les poser. Nous aurions aimé être entre nous pour nous connecter, que vous soyez avec nous pour nous soutenir, être prise en compte, exister.
Une personne blanche s’est permise de tenir la banderole avec nous, et quand nous lui avons demandé si elle se sentait concerné.e, elle répondait à côté de la plaque. C’est allé jusqu’à un coup d’épaule de sa part. Ce n’était pas à nous de le gérer. Quit à faire jouer votre solidarité blanche dans le coeur battant d’une manifestation de nuit protégée par un cortège de personnes racisé.e.s en tête, et un cortège de mec trans à l’arrière également au coude à coude avec la police, mettez là en place pour gérer vos camarades problématiques.
Pourquoi est-ce qu’on a décidé de prendre la tête de la marche ? Pour ne plus être noyé.e.s dans la masse, pour plus entendre « je n’avais pas vu, je ne savais pas ». Pour être là, vraiment là, ne plus être invisible. Pour que vous nous voyez, vous aussi, les féministes.
On revendique pas le droit d’exister. On vous oblige à constater le fait qu’on existe déjà. Que cette réalité cesse d’être niée.
Il est primordiale pour nous de ne plus être dissout-e-s dans l’amas homogénéisant de la féministerie blanche à laquelle on n’adhère pas.
Se réunir, se retrouver, connecter entre personnes non-blanc.he.s ne veut pas dire être en non-mixité. Cessez d’essentialiser nos regroupements !
Nonobstant le fait qu’il soit inadmissible dans le cadre d’une manifestation, quel quelle soit, de laisser un cortège de tête seul, écarté, visibilisé – que nous furent, comme le furent nos grands-parents pendant vos guerre, la première ligne isolée du front, la chaire à canon ; c’est encore du racisme que de considérer le racisme comme seul problème des personnes racisé.e.s.
Si nous sommes les descendantes des colonisé.e.s que vous n’avez pas tué, vous êtes les descendantes des colon.e.s qui ont tenté de le faire.
Nous ne vous demandons pas de nous sauver.
Nous vous demandons de donner sens à cette marche, d’être solidaire, d’être collective.
Sachez que ces dynamiques ont eu des répercussions sur nos choix, et que nous nous sommes arrêtés à Jeanne d’Arc parce qu’il était impossible d’envisager une suite après s’être autant faîtes repéré.e.s. Votre inaction participe de notre exclusion. Nos choix auraient été différents si la marche avait été différente.
Ne pas nous soutenir c’est encore nier ce que nous sommes. Et nous sommes épuisées d’avoir à rappeler notre existence, à la justifier, à la prouver.
Nous avons marché, nous avons pris le micro, nous sommes dans l’équipe d’organisation et avons mis notre énergie en amont dans cet évènement.
Alors c’est injuste de faire comme si nous n’existions pas.
Nous ne sommes pas venue marcher contre vous, nous vous avons demandé de marcher avec nous. Pas pour nous, mais avec nous.
L’accumulation de ces évènements nous ont attristé.e.s. Nous sommes gênées, fatiguée, épuisée, de devoir faire ce genre de constat dans le cadre d’une manifestation dîte radicale.
Nous sommes radicales, nous refusons l’exclusion, nous refusons qu’une manifestation de 600 personnes laissent une dizaine de camarades non-blanc.he.s gérer son cortège.
Nous aussi, comme vous, on se bat contre le patriarcat. A la différence prés qu’avant de se battre contre le patriarcat, vous nous obliger à lutter pour notre droit d’exister dans cette marche, dans le féminisme. On se bat pour pouvoir se battre ! Quand vous aurez compris ça, alors vous saisirez l’ampleur des dégâts et dégoûts que peuvent laisser vos inactions. Alors, nous espérons que vous prendrez vos responsabilités en termes de prises en compte, de remises en question, et d’actions.
Cette marche est magnifique et nécessaire. Nous appelons à une véritable prise de conscience collective, à une solidarité totale, réelle, et effective.
Nous invitons les groupements solidaires, les exclu.e.s, les laissé.e.s pour compte, à un ralliement et à une revendication inconditionnelle de notre présence sur toutes les prochaines manifestations féministes.
Nous sommes les descendantes des colonisé.e.s que vous n’avez pas tué.
On est bien décidé à rester,
On n’a pas finit de ne pas la fermer.
Les Sales Races
***
Maintenant que tout ça est dit, on lance un appel à archives, nous souhaiterions collecter des retours de la manif, audios , vidéos et photos (avec visages floutés sauf des flics), dessins, écrits, notamment les propos des keufs durant et après la manif à envoyer par email à l’adresse marche2nuit@riseup.net
A la suite de la marche, 19 personnes ont été interpellé.e.s, 14 sont sorti.e.s le soir même après un contrôle d’identité, 5 ont été placé.e.s en garde à vue. 4 sont sorti.e.s le lendemain avec des rappels à la loi (qui pour info seront inscrits sur leur casier judiciaire). La dernière camarade a été placée en garde à vue 48h et le juge des libertés à demander son placement à la maison d’arrêt de Seysses pour la nuit du mardi soir. Mercredi au palais de justice elle a refusé la comparution immédiate. Elle vient d’être libérée sous contrôle judiciaire, avec pointage deux fois par semaine au commissariat jusqu’au 18 décembre à 14h, jour du procès. On lâche rien. Nous sommes solidaires et nous vous tiendrons informé.e.s sur iaata.info des suites de notre soutien.
"Jamais vos barreaux n’arrêterons nos luttes "
Contre la hausse des frais d’inscription, contre Parcoursup, pour rejoindre l’ambiance contestataire initiée par les Gilets Jaunes... 500 personnes en AG mardi à Paris 8, 200 hier à Nanterre, plus de 500 aujourd’hui à Tolbiac !
Plusieurs lycées bloqués aujourd’hui à Paris, dans le Val d’Oise, dans les Hauts-de-Seine et partout ailleurs en France !
Gageons que tout ce beau monde sera dans la rue demain et après histoire de fêter Noël avant l’heure !
Des nouvelles de l’expulsion « solidaire » du foyer Bara par la Mairie, 2e épisode : la fermeture définitive du foyer historique des Baras après 50 ans d’abandon progressif par les politiques publiques, en oubliant de reloger un bon tiers des occupants
Ca y est : ce matin du 29 novembre 2018, à 5h du matin, le foyer Bara a été expulsé.
Cette ancienne usine de pianos « gérée » par le bailleur « social » Coallia [1], est un foyer de migrants depuis 1968.
Vétuste, super crade, blindé de monde, le foyer Bara c’est l’incoutournable lieu de rencontres du bas Montreuil.
Pas des bobos, non ! Principalement des maliens, des sénégalais et autres travailleurs migrants dont beaucoup sans-papiers.
Depuis des années, c’est pas folichon comme conditions de vie : les 240 occupants légaux du foyer sont en fait plutôt dans les 600, entre ceux qui dorment là-bas de temps à autre, ceux qui sous-louent pour s’entasser dans une chambre, ceux qui s’entassent dans l’escalier, dans la cuisine...
Voynet avait déjà tenté d’expulser le foyer Bara en 2013 : comme à son habitude, le président du Mali avait fait une petite visite pour bien montrer qu’il n’en était pas question.
C’est alors que Coallia, l’État et la mairie de Montreuil se mettent d’accord sur la destruction et la transformation du foyer en résidence sociale, en application du plan de traitement des foyers de travailleurs migrants en Seine-Saint-Denis, lancé en... 1997.
Mais à quelle échéance ? Mystère ! D’ici 2018, 5 bâtiments doivent sortir de terre pour loger les personnes du foyer. Reste un mois, à l’aise...
Le foyer de la rue Bara a été confirmé en arrêté de péril mercredi. D’où l’expulsion jeudi matin.
Des ouvriers étaient déjà présents ce jeudi soir dans l’ancien foyer rue Bara pour commencer à péter toutes les canalisations et installations sanitaires, au cas où certains aient l’idée saugrenue de revenir. Les quelques fenêtres pas encore murées l’ont été, et le portail fermé définitivement...
Mais qui dit expulsion dit : relogement ! Et c’est là que ça devient un peu le festival...
Coallia a semble-t-il refusé de trouver une solution pour les occupants illégaux (200 personnes)... mais aussi pour les occupants légaux (à peu près 250 personnes) dans l’immédiat ! Pas mal, pour un bailleur social !
Les twittos se gargarisent du « déménagement du foyer Bara », des
« habitants du foyer Bara ENFIN relogés », avec « immense soulagement et fierté » : en vérité, ils sont expulsés par arrếté de péril (c’est quand ta maison va se casser la gueule ou qu’un promoteur va la casser sur ta gueule, comme à Marseille ou ça danse pas trop le MIA pour le moment).
Sur son Twitter, Patrice Bessac se félicite : "[Montreuil Ville Solidaire] Bienvenue à tous les résidents du foyer #Bara ! Une victoire pour la dignité !" On peut y voir de bien belle photos des plus âgés accueillis à bras ouverts par les élus.
En effet, une belle page de l’histoire de Montreuil se tourne : après avoir fait imploser le foyer Bara en septembre dernier, pour ne pas avoir à expulser les résidents, Bessac avait fait réquisitionner l’AFPA, ancien centre de formation pour adultes fermé depuis presque deux ans, dans le quartier de la Noue. Une partie des occupants (à peu près 200) était alors partis s’installer là-haut, bien loin du Montreuil gentrifié que Bessac et ses équipes appellent de leurs voeux.
Un déménagement, vraiment ? C’est dans une avenue tristoune, loin des transports et de l’activité trépidante de la rue de Paris, à 50 m de l’autoroute A3. Au-delà du changement drastique que cela va apporter au quartier Robespierre, tout le monde a gagné un gros quart d’heure de temps de trajet en plus tous les matins. Sachant qu’avec un taf de merde à l’autre bout de Paris (dans une autre banlieue le plus souvent) ça peut faire toute la différence...
Un relogement, vraiment ? Le local de l’AFPA a fait l’objet d’une procédure de la part de la préfecture, pour occupation illégale (par le maire qui joue à réquisitionner), et la décision d’expulsion a été suspendue par le Tribunal administratif de Paris. Ce qui veut dire que le local sera expulsable, en théorie, à la fin de la trève hivernale (mois de mars).
Ce jeudi matin, les occupants « légaux » ont été emmenés en bus municipaux dans le bâtiment de l’AFPA, tandis que les occupants sans titre sont restés à la rue (très nombreux, au moins 200 personnes).
Toute la journée, ils sont restés devant le bâtiment de l’AFPA pour être également « relogés » ; en fait, être sûrs de dormir au chaud ce soir, puisque Monsieur le Maire a dit qu’il relogeait tout le monde, « officiels ou non ».
La mairie, une brochette de flics en anti-émeute et de vigiles empêchant quiconque de rentrer dans le bâtiment, à défaut d’être sur une des mystérieuses « listes » faites à la va-vite mercredi soir, il y a eu de gros moments de tension toute la journée. On a entendu dire que les « légaux » proposaient aux « illégaux » de payer cent ou deux cent balles pour partager une piaule...
Vers 18h Djénéba Keita, une adjointe à la mairie a prétendu que personne ne dormirait à la rue ce soir et emmené une délégation à la Mairie. Ils y étaient encore à 20h.
Le nouveau bâtiment semble pourtant largement assez grand pour accueillir toutes les personnes qui s’entassaient dans beaucoup plus petit rue Bara, sachant qu’un des deux bâtiments de l’AFPA est encore inoccupé.
On peut se demander quelle image de la solidarité a Patrice Bessac (c’est pas avec tout le monde semble-t-il) et de la dignité, puisqu’il troque éhontément un vieux foyer miteux et surpeuplé contre un bloc de salles de cours absolument pas adaptées pour de l’habitation (au moins ils auront de grands dortoirs !) et surtout expulsable dès la fin de l’hiver (mais il dira que c’est la faute de la préfecture).
On ne peut que souhaiter à tous les occupants de l’ex-foyer Bara de rester fermes :
Le foyer est à ceux qui l’habitent !
Un toit et des papiers pour tous et toutes !
Notes
[1] Ex AFTAM, l’Association pour la Formation technique de base des Travailleurs Africains et Malgaches, présidée par Stéphane Hessel, l’Indigné. Qui est un des bailleurs sociaux des foyers et qui les laisse depuis de nombreuses années dans des états hallucinants.
Le 14 novembre dernier, lors de la Marche de la Colère, les flics de la BAC se sont salement lachés sur les habitant.e.s du centre-ville populaire. « Chasse à l’homme », « injures sexistes, racistes et homophobes », « ratonnades », « frappes à l’aveugle », « sévices corporels touchant les organes génitaux », « lynchages », « exactions » : les termes employés par les nombreux témoins soulignent l’ultraviolence à l’oeuvre ce soir-là... Le 24 novembre, lors de la manifestation contre le chantier et le mur de la Plaine, la BAC réitère, sur ordre de la préfecture, ses expéditions punitives. Retour en témoignages...
14 novembre, Marche de la Colère
En fin de rassemblement, les CRS chargent et repoussent les manifestant.e.s vers le Vieux-Port puis la Canebière. Il y a plusieurs blessés graves, dont un homme qui a la joue éclatée par une grenade lacrymogène qu’il a reçue en plein visage. S’en suit une grosse charge de la BAC non loin de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Les marseillais.es qui manifestaient ne comprennent pas tout de suite de qui il s’agit : une quinzaine de molosses sans brassard déboulent, frappent et gazent au hasard, en rigolant et insultant. « Qui c’est ? C’est les fascistes ? » demandent certain.e.s sous le choc. Tandis que d’autres comprennent que c’est la BAC : « C’est la BAC, ils sont en mode Gestapo », « On dirait une milice ! ». Les coups pleuvent, sans qu’ils ne cherchent à faire la moindre arrestation. La suite de leur expédition punitive est connue par les habitant.e.s de Noailles : insultes, agressions et tabassages à tout va. Jusque dans la rue d’Aubagne fraichement endeuillée. Plusieurs habitant.e.s parlent de réelles « exactions »... Un appel du "Collectif 5 novembre - Noailles en colère" à témoignages se concrétise quelques jours plus tard par une conférence de presse le 29 novembre à la Maison méditerranéenne des Droits de l’Homme (32 cours Julien). En voici la vidéo...
De nombreux témoignages fleurissent également spontanément sur Facebook, notamment sur la page du Collectif 5 novembre. Le journal papier Massdrovia, diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires lors de la manifestation contre le mur de la Plaine, publie lui aussi un récit de Denise, manifestante choquée :
« Ils se marraient entre deux passages à tabac »
Quand la manif est arrivée devant l’hôtel de ville, je me suis mise un peu à l’écart avec quelques amis, sur les marches menant vers le Panier. Sans prévenir, les CRS nous ont chargés. Je me suis retrouvée à terre, et j’ai senti des pieds me piétiner. Et c’est là qu’un baceux a voulu me shooter dans la tête. Heureusement une bouteille en plastique que je tenais a amorti le coup. Ensuite, des camarades m’ont tiré en arrière.
Choquée, j’ai quand même continué la manif. Et j’étais sur le bas de la Canebière quand les baceux ont lancé leur chasse à l’homme. Ils étaient une petite dizaine, dont une flique. Ils ont frappé tout ce qui se présentait, surtout des femmes et des personnes âgées. À ce moment-là, la queue de manif était déjà partie, ils ne ciblaient pas, se défoulaient purement et simplement. J’ai vu une personne se faire ouvrir le crâne. Une autre frappée à la tempe. Et des gens se faire cogner par derrière à coups de matraques, derrière les genoux ou dans le dos. Il y avait notamment ce type qui venait de se garer avec son scooter. Ils l’ont provoqué avant de la gazer et de s’acharner sur lui à terre. Effrayant. D’autant qu’ils se marraient entre deux passages à tabac, ravis.
Ensuite, ils sont partis vers Noailles. Là-bas, et notamment au bas de la rue d’Aubagne, ils ont continué à taper les gens au hasard, des jeunes, des vieux, et même un homme qui était avec ses enfants. Il y a une vidéo où on les voit rue Pollak, en train de provoquer les jeunes, de taper sur leurs scooters, en disant « allez viens, viens ». Ces scènes étaient d’autant plus monstrueuses qu’elles touchaient un quartier en deuil, traumatisé par les effondrements du 5 novembre. Il y a même eu une bombe lacrymo balancée rue d’Aubagne, dont la fumée a remonté jusqu’aux immeubles effondrés. On bosse avec des amis pour recueillir des témoignages. En tout, ils ont fait des dizaines de blessés. Il y a par exemple huit suturés à la tête. Et environ vingt-cinq personnes qui témoignent s’être fait frapper : épaules, genoux, mains, tête, etc.
Ce n’est qu’un début, d’autres témoignages vont arriver. Et la question se pose : est-ce possible qu’ils se soient comportés ainsi sans consignes de leur hiérarchie ?
Le 24 novembre, manifestation contre le mur de la Plaine
Rebelote. La BAC est de retour. Après le violent tabassage et l’arrestation de deux personnes en bas du Cours-Julien par les CRS lors d’une charge sans logique, quelques rapides affrontements ont lieu sur la Plaine. C’est le moment choisi pour la préfecture de lâcher sa milice sur les habitant.e.s. Là encore de nombreux témoignages. Une femme, par exemple, qui veut rentrer chez elle rue des Trois Rois reçoit un coup de poing en pleine tête et tombe au sol. Elle se relèvera immédiatement en panique et insultera vigoureusement les Bacqueux qui partiront tranquillement. Sont également aperçues des groupes de jeunes filles du quartier, spectatrices du déploiement policier, qui se font taper, tirer par les cheveux, insulter : elles sont terrorisées.
Mais c’est dans les rues entre le boulevard Chave et Eugène Pierre que la BAC se remettra à nouveau en chasse à l’homme et ratonnade. Toujours sans brassards, et à moitié cagoulés, ils foncent sur les groupes de deux-trois personnes et tapent au hasard avec leurs matraques télescopiques. Aucune arrestation à faire - et pour cause la confrontation des manifestant.e.s avec les flics a été minime - mais de l’ultraviolence pour tenter de terroriser celles et ceux qui osent manifester contre la Mairie et la Soléam...
Le jeu dangereux du préfet, Olivier de Mazières...
Depuis 15 jours, les discussions autour des interventions plus que musclées de la BAC vont bon train dans les quartiers du centre-ville. Plusieurs hypothèses reviennent régulièrement dans la bouche des habitant.e.s :
Le « trop plein de coke ». Régulièrement depuis plusieurs années, l’addiction des Bacqueux à la poudre est une hypothèse qui revient extrêment souvent. Mythe ou réalité ? Pour qui connait les effets de cette substance et assiste aux interventions survoltées des flics de la Bac, il n’est pas étonnant qu’un doute surgisse...
Le « dérèglement hormonal de leur taux de testostérone » ! Hypothèse plus farfelue, avancée par un habitant du quartier de la Plaine le 24 novembre au soir, elle est également difficilement vérifiable. Ce qui est certain, néanmoins, c’est que les insultes sexistes, homophobes pleuvent à chaque intervention de ces « bonshommes à grosses couilles » et qu’ils ont sans doute un problème à régler avec leur virilité !
La volonté délibérée de la préfecture de châtier et terroriser les habitant.e.s. C’est l’hypothèse la plus vraisemblable. La BAC reçoit ses ordres du préfet, Olivier de Mazières, et n’a normalement que peu de latittudes et d’autonomie dans les interventions qu’elle fait. La politique de la préfecture est-elle de faire la guerre aux habitant.e.s des quartiers du centre-ville ? De les terroriser pour essayer de les décourager à lutter contre la politique de la ville ? Ou de les punir physiquement d’avoir osé ouvrir leur gueule ? Une politique du maintien de l’ordre qui tient de plus en plus ouvertement de la milice et du travail de terreur...
Plusieurs habitant.e.s soulignent que c’est un jeu dangereux de la part du préfet. Car rien ne garantit que ça fonctionne. Les habitant.e.s sont déjà écoeuré.e.s par l’insalubrité de leurs quartiers et de la chasse aux pauvres que la Mairie veut imposer en centre-ville. Mais l’ultraviolence policière que la préfecture est en train d’installer les ulcère plus encore. La colère grossit jour après jour. Le retour de bâton risque d’être violent pour la Mairie et la préfecture. Comme celui des gilets jaunes avec le mépris de Macron d’ailleurs. Olivier de Mazières prendra-t-il le 1er décembre lors de la manifestation des quartiers pour un logement décent la responsabilité de nouvelles ratonnades de la BAC ? L’avenir nous le dira...
Appel à témoin
Si vous avez été victime ou témoin de violences policières lors des dernières manifestations, écrivez à marche.colere@@@gmail.com...
Creutzwald (Moselle) : La haine contre ce monde n’a ni de couleur ni de gilet
Le Républicain Lorrain / lundi 26 novembre 2018
Déjà mobilisées sur les manifestations des Gilets jaunes un peu partout sur le territoire, les forces de l’ordre ont dû, en parallèle, faire face à une soirée agitée, dimanche, au quartier Breckelberg à Creutzwald. En cause : une quinzaine de jeunes, aux visages dissimulés, qui ont semé le désordre dans les rues de la cité. Ils ont notamment incendié une voiture, avant de s’en prendre au mobilier urbain. Dégradation d’abribus, feu de conteneurs d’ordures mais également de poubelles ont été signalés. Un véhicule de gendarmerie a notamment été caillassé. Le Psig de Creutzwald, ainsi que celui de Forbach, sont intervenus, renforcés par des gendarmes de la compagnie de Boulay-Moselle. Une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs des violences urbaines.
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Raismes et Escautpont (Nord) : Flics et pompiers tombent dans le piège
20 minutes / mercredi 20 novembre 2018
Pour eux, il s’agit d’un « véritable guet-apens ». Lundi soir, vers 22h, pompiers et policiers ont été alertés pour un feu de poubelle et un feu de branchages entre Raismes et Escautpont, près de Valenciennes, dans le Nord, rapporte La Voix du Nord. Alors qu’ils arrivaient sur le secteur à travers une ruelle faiblement éclairée, bordée par des fourrés, les sapeurs-pompiers ont été pris à partie par une dizaine d’individus cagoulés surgissant du bas-côté. Ces derniers ont jeté des pavés et des morceaux de macadam sur les représentants de l’Etat. « On s’est pris des sacrés pavés, c’était un véritable guet-apens, il n’y a pas d’autre terme pour décrire ça ! », explique l’un des intervenants au quotidien régional. Un policier a été blessé à la cuisse, mais sans gravité.
Des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) et de la brigade canine sont ensuite intervenus pour tenter de retrouver les auteurs des faits. En vain. Ils sont toujours recherchés. Les deux incendies ont, néanmoins, pu être éteints.
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Béziers (Hérault) : Solidarité lors de l’interpellation
e-metropolitain / lundi 26 novembre 2018
Trois policiers de la brigade anticriminalité -BAC-du commissariat de Béziers ont été malmenés par une trentaine d’individus et ont été blessés -deux d’entre-eux ont six jours d’interruption de travail, le troisième est actuellement examiné par un médecin-, ce lundi vers 22h dans la cité de la Devèze, alors qu’ils procédaient à l’interpellation d’un suspect activement recherché par la brigade de répression du banditisme -BRB- du SRPJ de Montpellier. Les policiers de la PJ n’étaient pas sur place, au moment des incidents.
Recherché par le SRPJ
[…] Trois policiers de la BAC de Béziers en patrouille ont, en tout cas localisé un Biterrois activement recherché par le SRPJ, sur la place de l’Église Jean Franco, à la Devèze, mais au moment où il a été menotté, il a hurlé et harangué les résidents de la cité. Une trentaine de jeunes se sont alors rués sur les trois fonctionnaires de police, qui ont été jetés à terre et tabassés et le véhicule d’intervention banalisé a été endommagé à coups de projectiles divers.
Des renforts de la Sécurité publique et de la police municipale sont intervenus pour disperser les assaillants et ont pu extraire le suspect, rapidement conduit au commissariat et mis à la disposition de la brigade de répression du banditisme -BRB- de la PJ de Montpellier pour être entendu.
Les trois policiers ont été transportés aux urgences de l’hôpital de Béziers. Ce soir, les responsables des syndicats Alliance Police Nationale et Unité SGP Police-FO de l’Hérault dénoncent cette nouvelle flambée de violences gratuites, dont sont victimes les policiers du département. Ils demandent que tout soit mis en oeuvre pour identifier et interpeller les auteurs de ces actes de violences. Vers 23h, des voitures ont été incendiées dans la cité de la Devèze, où règne une vive tension.
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Dijon : Quand on reconnaît le maton dans al rue…
Actu pénitentiaire / vendredi 16 novembre 2018
Les faits se sont déroulés a l’extérieur de l’établissement. Le surveillant allait chercher son pain à la boulangerie quand un ancien détenu de la prison de Dijon l’a reconnu dans la rue. Après un flot d’insultes et de menaces de mort, l’ancien détenu en est venu aux mains. Le surveillant a reçu une rafale de coups. Conduit à l’hôpital, il s’est vu prescrire 10 jours d’ITT (interruption totale de travail) selon une source syndicale.
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Mise à jour du 29 janvier 2019 : Trois personnes interpellées à Creutzwald
Le Républicain Lorrain / vendredi 25 janvier 2019
On pourrait comparer ça au jeu du chat et de la souris. Pendant trois semaines, en décembre dernier, les soirées ont été agitées à Creutzwald. Dégradations de mobiliers urbains, feux de voitures, des individus ont semé le chaos au quartier du Breckelberg et ses environs. Des méfaits commis à la faveur de la pénombre, et au nez et à la barbe des gendarmes. Ces derniers, déjà mobilisés sur les manifestations des Gilets jaunes en journée, ont multiplié les patrouilles nocturnes pour venir à bout de cette mauvaise série. Mais entre le 25 novembre et le 12 décembre, les faits se sont répétés de manière quasi-systématique nuit après nuit. Avant de devenir plus épisodiques jusqu’à la nuit de la Saint-Sylvestre.
Les investigations menées par les forces de l’ordre ont fini par payer. Témoignages, recoupement des renseignements obtenus -un vrai travail de fourmi pour les enquêteurs- ont permis de remonter jusqu’à trois individus. Des mineurs, âgés entre 16 et 17 ans, de la commune. Convoqués lundi avec leurs parents à la brigade de Creutzwald, ils ont tenté de nier les faits. Devant l’évidence des preuves apportées par les enquêteurs, ils ont reconnu leur implication dans les vingt-six méfaits recensés. Neuf dégradations de véhicules -des feux en majorité-, trois incendies de poubelles, le caillassage d’un bus scolaire et d’un logement de la brigade de gendarmerie leur sont imputés. Placés en garde à vue, ils ont été présentés au juge des enfants, au tribunal de Metz. Deux d’entre eux ont été placés en foyer, le dernier a été placé sous contrôle judiciaire. Tous ont l’interdiction d’entrer en contact les uns avec les autres.
La permanence de Claire O’Petit, députée LREM de l’Eure, a été vandalisée jeudi à coups de masse à Vernon (Eure) par un individu qui a réussi à prendre la fuite.
« Les faits ont eu lieu aux alentours de 18 heures. Sept impacts de masse ont été relevés sur les vitres de la permanence qui était vide », indique le commandant Joël Bachelet, chef du commissariat de Vernon. « L’individu, ganté, encagoulé et vêtu de noir a pris la fuite », a poursuivi le policier, précisant « qu’une enquête, conduite par le parquet d’Evreux, a été ouverte pour dégradation volontaire ». « Ce sont des actes inadmissibles et je porterai plainte », a réagi de son côté Claire O’Petit [celle qui avait eu des pourparler avec le Front National pour se présenter dans leur liste, celle qu’il y a un an, lors de la baisse des APL, disait aux jeunes «Si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ?», tandis qu’elle a été condamnée pour des « manquements comptables » dans une agence publique qu’elle dirigeait et qui a fait faillite…; NdAtt.].
« Cela fait plusieurs jours que je suis avertie par les services de police de menaces qui pèsent sur mes deux permanences dans le département », a-t-elle ajouté, indiquant que la surveillance « avait été renforcée » autour de ses permanences et de son domicile ces derniers jours. […]
Devant un lycée de Limoges (Haute-Vienne) des lycéens crient leur colère vendredi 30 novembre. Selon le ministère de l’Intérieur, une trentaine d’établissements ont été perturbés. Dans un lycée de Poitiers (Vienne), la mobilisation a débuté tôt dans la matinée. Parcoursup, la nouvelle plateforme d’orientation post bac est particulièrement visée. « C’est un système de sélection extrêmement injuste qui vise à séparer les bons élèves des mauvais élèves », explique un jeune. Brandissant parfois un gilet jaune, les élèves ont répondu à un appel de l’Union nationale lycéenne pour protester sur les réformes en cours.
À Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), c’est la réforme du bac et l’introduction du contrôle continu qui inquiètent. Les lycéens estiment ne plus avoir le droit à l’erreur et être soumis à plus de stress encore. À Tours (Indre-et-Loire), la police a du faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser les lycéens. Dans plusieurs établissements les blocages ont été reconduits pour la journée de lundi 3 décembre.
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« 30 % de ceux qui manifestent sont concernés. Les autres sont pour foutre la merde » – Vive la jeunesse !
Le Parisien / vendredi 30 novembre 2018
[…] Sur l’ensemble de la France, une trentaine d’établissements étaient perturbés en fin de matinée, de source policière. 2 600 participants auraient été recensés. Si la taxe sur les carburants n’est pas leur préoccupation première, les lycéens veulent dénoncer «la politique ultralibérale portée par le président de la République, Emmanuel Macron, au mépris des citoyens». […]
Depuis ce vendredi matin, plusieurs établissements sont bloqués comme à Poitiers (Vienne), Rennes (Ille-et-Vilaine), Marseille (Bouches-du-Rhône)… Des lycéens de Salins-les-Bains, dans le Jura, sont, eux, en grève. À Paris, sept établissements faisaient l’objet de barrages filtrants (qui laissaient donc passer élèves et professeurs) en matinée, a indiqué le rectorat, qui n’a pas relevé d’incident. En Bourgogne, quelque 200 à 250 lycéens à Cosne-sur-Loire (Nièvre), une centaine d’élèves à Tournus (Saône-et-Loire) ou encore à Avallon (Yonne), se sont rassemblés, bloquant parfois partiellement l’accès à leur lycée, selon la police.
De son côté, le lycée Bréquiny, à Rennes (llle-et-Vilaine), est bloqué par une quarantaine d’élèves qui ont placé des barrières ou encore des chaînes à l’entrée de l’établissement. Idem à Orléans (Loiret), où une centaine de lycéens se sont rassemblés devant le lycée Jean-Zay pour dénoncer la réforme du bac et Parcoursup, la plateforme d’orientation vers le supérieur. À Limoges (Haute-Vienne), les lycéens se sont retrouvés devant la préfecture. Dans les Hauts-de-Seine, cinq établissements sont aussi bloqués. À Dijon (Côte-d’Or), une quarantaine de jeunes ont enfilé des Gilets jaunes et se sont un temps installés à un rond-point, a encore indiqué la police.
En Seine-et-Marne, environ 150 lycéens de Meaux, se sont rendus dans différents établissements de la ville en marchant sur la chaussée. «30 % de ceux qui manifestent sont concernés. Les autres sont pour foutre la merde !» a témoigné l’un d’entre eux.
À la Seyne-sur-Mer (Var), la situation a dégénéré au lycée Langevin. Les CRS ont utilisé des grenades lacrymogènes pour faire face à des lycéens qui lançaient des projectiles.
Des tensions sont également survenues à Chambéry (Savoie), rapporte France bleu. Vers 11 heures, près du lycée Monge, des poubelles ont été incendiées, des panneaux de signalisation endommagés et des projectiles lancés. Un véhicule de police a été dégradé. Les forces de l’ordre ont dispersé les jeunes avec du gaz lacrymogène.
A Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, «près de 150 lycéens des établissements Renoir et Escoffier ont envahi l’A8», explique «Var-Matin». Vers 11 heures, plusieurs accès ont été coupés.
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Poitiers : Contre Parcoursup et contre le Service National Universel
Centre Presse / vendredi 30 novembre 2018
Les lycéens du Bois d’Amour, rejoints par ceux du lycée Camille-Guérin, ont pour objectif de rejoindre les jeunes du lycée Victor-Hugo en centre-ville. Le rassemblement est prévu devant cet établissement. Si beaucoup n’étaient pas au courant hier encore du mouvement en préparation et de l’appel à manifester de Union nationale lycéenne, certains ont d’instinct rejoint les cortèges et ont pris connaissance des revendications au vol. Parmi les contestations, le service national universel, qui ne semble pas rencontrer beaucoup de succès (une offre de différentes opportunités d’engagements, civils ou militaires, souhaitée par le pouvoir en place).
» Je ne vois pas l’intérêt de nous couper dans nos trajectoires d’études, estime Pia, une lycéenne. Il faut nous laisser du temps et je crois que le gouvernement devrait lui-même en prendre afin de nous expliquer, dans les lycées, ces grands changements à venir. »
Dans ce climat de contestation générale en ville et dans le département, le week-end « Gilets jaunes » semble décisif dans la poursuite ou non de ces blocus dès lundi. Pour l’heure, la mobilisation s’est dissipée dans les rues de Poitiers.
9h00. » Le mouvement se veut pacifique et leurs revendications n’ont rien à voir avec celles des Gilets jaunes « , insiste Zoé Maraval, affiliée CGT et Génération·s, le parti politique fondé par Benoît Hamon en 2017. Avec le rond-point de Auchan sud à quelques mètres du lieu d’étude, la proximité aurait pu porter à confusion. » Nous sommes là pour protester contre ParcourSup et la réforme du baccalauréat qui plongent beaucoup de lycéens dans l’incertitude quant à leurs désirs professionnels. Depuis ce matin du vendredi 30 novembre 2018, un blocus empêche l’accès aux bâtiments.
Nous sommes au début de l’année et je sais déjà que je vais devoir choisir des filières qui ne me plaisent pas
Ils sont nombreux vers 9 h à tourner autour de l’entrée principale. Beaucoup ne savent pas exactement de quoi il en retourne. » J’ai cru à des Gilets jaunes au début « , confie Bastien, élève de seconde, les yeux écarquillés devant son premier mouvement lycéen.
Pourtant les inquiétudes sont claires du côté des plus vieux. » Nous sommes au début de l’année et je sais déjà que je vais devoir choisir des filières qui ne me plaisent pas « , estime Côme, très inquiet. » Et cette réforme du bac ne sera certainement pas là pour aider les futurs élèves « , renchérit Noémie.
Le tout nouveau bac, qui n’intervient qu’en 2021, comporte notamment une mesure phare : les épreuves comptent désormais pour 60 % de la note finale. Ce qui ne semble pas clair dans les rangs ce matin.
Manque de pédagogie, d’approche méthodologique… Un style qui vaut au gouvernement une multiplication des crispations dont il faudra bien se préoccuper.
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Rennes : Le plus gros lycée de Bretagne bloqué
Ouest-France / vendredi 30 novembre 2018
Le lycée Bréquigny de Rennes est totalement bloqué ce vendredi matin par des lycéens protestant notamment contre Parcoursup. Et non pour se joindre aux Gilets jaunes, nous ont-ils assurés. Ils ont bloqué totalement toutes les entrées depuis 6 h du matin et comptent maintenir le blocus le plus longtemps possible. Quelques syndicats sont présents mais pour assurer la sécurité des lycéens.
Depuis l’aube, ce vendredi 30 novembre, le lycée Bréquigny de Rennes, le plus grand de Bretagne, est totalement bloqué par des lycéens qui protestent, notamment, contre Parcoursup. Et non pour se joindre aux Gilets jaunes, nous ont-ils assurés sur place. […]
Ils ont bloqué totalement toutes les entrées depuis 6 h du matin et comptent maintenir le blocus le plus longtemps possible.
Quelques syndicats sont présents mais pour assurer la sécurité des lycéens.
Des lignes de bus du Star sont impactées
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Laval : Tournée des lycées (et de la ville)
Le Courrier de la Mayenne / vendredi 30 novembre 2018
Les lycéens lavallois ont manifesté contre la plateforme Parcoursup et les suppressions de postes dans l’éducation nationale. Ils étaient 150 ce vendredi 30 novembre au matin devant la préfecture à Laval. Les lycéens manifestent contre la plateforme Parcoursup et les suppressions de postes dans l’Education nationale. Dès 8h, ils ont fait la « tournée des lycées » pour encourager leurs camarades à les rejoindre. Lycée Henri-Rousseau, Ambroise-Paré, Réaumur, Buron… Tous les lycées, ou presque, étaient représentés devant la préfecture. Les lycéens ont demandé à être reçu par le préfet de la Mayenne et par Marie-Cécile Clavreul, 2e adjointe en charge de l’éducation. Les jeunes manifestants comptent poursuivre le combat cet après-midi devant la préfecture ou l’hôtel de ville.
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Hauts-de-Seine : Blocages et affrontements avec les chtars
Le Parisien / vendredi 30 novembre 2018
[…] A Colombes, trois élèves portant des gilets fluorescents ont tenté de bloquer le lycée Anatole-France, sans succès. La situation a été nettement plus tendue devant le lycée Guy-de-Maupassant. Peu après 7 heures, des poubelles ont été incendiées tandis que certains élèves tentaient de mettre en place un barrage filtrant. Lorsque les policiers sont intervenus, ils ont subi des jets de projectiles. Ils ont répliqué en utilisant des grenades lacrymogènes. Après la dispersion des élèves, un regain de tension a été observé vers 9 heures.
Le lien entre des lycéens et des Gilets jaunes ? « Ils ne se font pas entendre et nous non plus », explique Angèle, en 1re S. « En fait, toute la rancœur contre la réforme des lycées, Parcoursup, la fatigue, le sentiment d’injustice refont surface », poursuit la lycéenne. […]
A Gennevilliers, le lycée Galilée était bloqué par une chaîne humaine dès 7h30, à laquelle quelque 190 élèves participaient. Les entrées dans l’établissement ont pu se faire, mais au compte-gouttes. La manifestation était autrement plus pacifique que vendredi dernier, où cinq interpellations avaient eu lieu après des jets de projectiles.
« Attention, notre mobilisation n’est pas liée aux gilets jaunes. Nous protestons contre la réforme du bac et Parcours Sup qui font de nous des cobayes de l’Etat. Nous avons réalisé des affiches et des tracts dans ce sens », précise Karim, en T ES.
Sur le coup de 7 heures, les lycéens ont formé une chaîne humaine devant l’établissement. « Notre but était de faire valoir nos arguments pacifiquement. Les quelques casseurs étaient vraiment minoritaires cette fois. La police était là et il n’y a pas eu de frictions… »
A Asnières, le lycée Auguste-Renoir a lui fait l’objet de trois tentatives de blocage ce vendredi. D’abord à 8 heures, sans succès. Puis un barrage filtrant qui a tenu 45 minutes autour de la récréation de 10 heures. A 13 heures, rebelote, mais dans un contexte plus tendu. Une minorité d’élèves a tenté d’incendier des poubelles, jeté des projectiles sur les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.
A Nanterre, la direction du lycée Joliot-Curie n’a pas été prise de court, car elle avait intercepté un message d’appel au blocage. La tentative de mobilisation a été tuée dans l’œuf.
A Rueil, des élèves ont tenté d’incendier des poubelles devant le lycée Richelieu. Deux lycéens ont été interpellés pour possession de produits incendiaires.
Enfin, à Villeneuve-la-Garenne, l’entrée principale du lycée Michel-Ange a fait l’objet d’un blocage par une centaine de lycéens. Mais les élèves qui le souhaitaient ont pu entrer dans l’établissement en passant par le parking.
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Reims : Ici on bloquait déjà le jeudi
France Bleu / jeudi 29 novembre 2018
Le lycée Franklin Roosevelt de Reims, près de la gare SNCF, est bloqué par 200 élèves ce jeudi 29 novembre 2018 à l’heure d’entrer en cours. Des élèves, postés devant l’établissement, bloquent l’entrée du lycée mais pas la rue. Les policiers sont sur place et la circulation est difficile dans ce secteur. Les lycéens protestent contre la plateforme parcoursup, la réforme du bac, ou encore le suppressions de postes a l’Éducation nationale. Pas de soutien actif aux gilets jaunes. […]
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Drôme : Raté à Montélimar, mais réussi à Romans-sur-Isère
Le Dauphiné / vendredi 30 novembre 2018
Ce vendredi matin, plusieurs gilets jaunes et des représentants de l’Union nationale des étudiants sont allés à la rencontre des élèves du lycée des Catalins, l’idée étant d’organiser un blocage de l’établissement. Une démarche qui faisait suite à l’appel au blocage de tous les lycées de France ce 30 novembre. Des tracts ont été distribués mais face à l’intervention du personnel encadrant de l’établissement, le blocage a été annulé.
Depuis ce vendredi matin, les lycéens de l’établissement Triboulet, en face de Marques Avenue à Romans-sur-Isère, bloquent l’entrée principale. Cependant la circulation des élèves est fluide et une porte sur le côté leur permet d’aller en cours, qui sont tous maintenus. « Parcours supercherie », « Macron démission » étaient les deux principales revendications des élèves alors que ce mouvement national lancé par l’Union nationale lycéenne proteste contre la dernière réforme.
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Val-d’Oise : Blocages et un feu de joie
Le Parisien / vendredi 30 novembre 2018
Les lycées Jean-Perrin, à Saint-Ouen-l’Aumône, et Van-Gogh, à Ermont, ont été le théâtre de manifestations d’élèves ce vendredi matin
La grogne lycéenne rejoint le mouvement des Gilets jaunes dans le Val-d’Oise. Au moins deux rassemblements d’élèves ont eu lieu ce vendredi, devant leurs établissements.
Le lycée Jean-Perrin, à Saint-Ouen-l’Aumône, a été bloqué en début de matinée. Plusieurs lycéens se sont rassemblés devant l’établissement et un feu aurait été allumé en pleine rue, devant les grilles. Des images que certains se sont empressés de relayer sur les réseaux sociaux. Les policiers ont tiré plusieurs grenades de désencerclement pour disperser les jeunes. Un policier a été blessé au niveau du coude par un jet de pierre.
A Ermont, le lycée Van-Gogh a lui aussi été aussi le théâtre d’une manifestation des élèves. «J’ai bloqué contre Parcoursup, explique un élève de Terminale. J’ai plein d’amis qui n’ont pas eu les écoles qu’ils voulaient alors qu’ils avaient un bon dossier. Le système privilégie les bons dossiers. »
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Et à Besançon les murs de la fac prennent la parole et les extincteurs vomissent leur haine du savoir-marchandise
L’Est Républicain / vendredi 30 novembre 2018
Comme en mars dernier, la fac de lettres a subi des dégradations volontaires, dans la nuit de mardi à mercredi. Tags injurieux, matériel vandalisé… André Mariage, le directeur, condamne « des agissements inacceptables » et va porter plainte.
La triste histoire se répète. Après un premier épisode en mars dernier rue Mégevand, la fac de lettres a subi une nouvelle vague de vandalisme, dans la nuit du 27 au 28 novembre, sur le site de l’Arsenal. On ne parle pas là d’une vitre brisée dans un coin, ou d’un petit graffiti isolé, mais bien d’actes d’ampleur, caractérisés, gratuits, et uniquement destinés à nuire.
« Ces actes de déprédation aussi lâches que ceux de mars n’ont d’autre motivation que la destruction du bien commun et le saccage de l’outil de travail des étudiants et des enseignants, s’indigne le directeur de l’UFR SLHS (Sciences du langage de l’homme et de la société), André Mariage, dans un courrier diffusé en interne. De nombreux tags, dont certains à caractère injurieux, salissent nos murs et rendent inutilisables des écrans de projection comme celui de l’amphi N1. Le contenu des extincteurs a été déversé sur les meubles audiovisuels de (plusieurs) salles, mettant tout le matériel hors service : ordinateurs, matrices vidéo, câbles… »
André Mariage est clairement consterné : « Le coût financier des réparations est déjà estimé à plusieurs milliers d’euros, sur la seule base des constatations effectuées ». Sans parler de la perte de temps et de la surcharge de travail engendrés. […]
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Mise-à-jour du 12 décembre : Sur le saccage d’un bâtiment de la fac de lettres
Dans un mail adressé à la communauté universitaire de Franche-Comté mercredi 28 novembre au soir, le doyen de l’université de lettres de Besançon, André Mariage, nous fait part de son indignation quant au saccage du bâtiment N de l’Arsenal durant la nuit du 27 au 28 novembre:
« Celles et ceux qui fréquentent le bâtiment N de l’Arsenal ont pu constater les dégradations commises par un ou plusieurs individus mal intentionnés durant la nuit du 27 novembre 2018. Ces actes de déprédation aussi lâches que ceux de mars 2018 n’ont d’autre motivation que la destruction du bien commun et le saccage de l’outil de travail des étudiants et des enseignants. De nombreux tags, dont certains à caractère injurieux, salissent nos murs et rendent inutilisables des écrans de projection comme celui de l’amphi N1. Le contenu des extincteurs a été déversé sur les meubles audiovisuels des salles N4, N5, N114, N107, N207 et N209, (sous réserve d’autres salles en cours de vérification) mettant tout le matériel hors service (ordinateurs, matrices vidéo, câbles…). Les enseignements seront perturbés du fait de ne pouvoir utiliser la vidéoprojection dans les salles détériorées. Les locaux du LASA ont également été très dégradés empêchant l’accès à certains bureaux.Le coût financier des réparations est déjà estimé à plusieurs milliers d’euros, sur la seule base des constatations effectuées. […] ».
En tant que personne étudiant à l’UFR SLHS, je tenais à apporter quelques précisions quant à la version du doyen à travers son communiqué de propagande :
Parmi les slogans tracés sur les murs amiantés du bâtiment, nombreux étaient ceux qui s’attaquaient à Macron, ainsi qu’à la direction de l’université (André Mariage pour la fac de lettres et le président de l’université, Jacques Bahi) qui, pour mémoire, a traîné deux étudiant.e.s en conseil de discipline durant ces deux dernières années de lutte contre la sélection. D’autres inscriptions étaient plus générales : « Aucune ambition dans ce monde sauf celle de le détruire ; Mort au patriarcat ; la paix sociale est violente ; Demandons rien prenons tout #ChampsElysées #24novembre ; Ni berger ni troupeau, révolte ; acabadabra nous revoilà », « 1er semestre: Saccage – 2è semestre: Etudes sur le cynisme » …
Le communiqué du doyen insiste particulièrement sur les dégradations visant les bureaux du LASA, laboratoire de socio-anthropologie. Non loin des bureaux, un tag dit « LASA : Labo de la répression ». Et pour cause, ces dernières semaines, ce labo de recherche se vante partout dans la presse locale de préparer l’ouverture d’un nouveau commissariat de police dans le centre commercial Cassin à Planoise, prévu au départ pour avril 2019 et qui finalement sera inauguré en décembre 2018. Celui-ci sera l’annexe du commissariat central de la Gare d’Eau dans le cadre du nouveau plan de « Police de Sécurité du Quotidien), où quinze flics seront en poste en continu. Ainsi, le site d’infos bisontines macommune.info, la radio pontissalienne plein air, l’Est Républicain (article payant) et France 3 Franche-Comté, ont relayé le lancement de cette « étude ».
« Dès janvier, les étudiants et leur directeur de recherches vont commencer par recueillir la parole des habitants de Planoise, des commerçants, des enseignants, des policiers, des élus municipaux, des gardiens d’immeubles… La liste n’est pas exhaustive. Une forme d’état des lieux sans à priori qui prendra six mois. L’objectif est d’élaborer deux à trois scénarios de crise qui font référence à des actes d’incivilités ou de délinquance. Le rodéo urbain, le squat des cages d’escaliers peuvent faire partie de ces scénarios mais rien n’est défini, cela dépendra du contenu des entretiens. La deuxième phase de ce travail va durer un an. Là, il s’agit de constituer des groupes de six à huit participants. L’objectif est de confronter les comportements en cas de crise. Quelle est la logique d’actions de chacun ? Comment réagissent-ils dans telle ou telle circonstance ? Comment les réflexes et les logiques professionnelles vont se confronter en cas d’incivilités ou d’actes de délinquances ? La dernière phase de travail est prévue sur six mois. L’expérimentation sera rendue publique. Il s’agira aussi de mesurer le degré d’adhésion des publics au dispositif de cette Police de sécurité au quotidien. Des « fiches actions » seront établies pour guider les pratiques futures et ainsi améliorer les réactions en situation de crise. »
Leur but semble clair : permettre aux flics d’adapter leur sale travail selon les situations « de crise » (en cas d’émeutes et autres révoltes, notamment). Ces universitaires (étudiants de master) en charge de mener les enquêtes sous la direction de Lucie Jouvet-Legrand, ont fait le choix conscient d’aller là où les flics ne peuvent pas, c’est-à-dire récolter des informations précieuses afin de perfectionner leurs méthodes de maintien de l’ordre et de pacification sociale. Le LASA n’est ni plus ni moins que la main gauche des forces de répression. Qu’elle en paye le prix n’a rien d’étonnant, dans une fac où la répression s’est abattue sur une vingtaine de personnes en février 2017.
Il paraît que ce automne la mode est au jaune fluo. Il paraît qu’il va assez bien avec le bleu-blanc-rouge. Il paraît qu’il faut absolument y être, participer, contribuer parce qu’il y a du monde dans la rue, sans orgas et ça casse. Il paraît que si on n’y va pas on reste forcement devant internet.
Nous, on s’en fout.
Les barricades sur les Champs ne cachent pas la confusion. La casse ne peut pas remplacer les idées antiautoritaires. On était dans la rue en 2016, on y sera à nouveau, mais pas pour défendre le vieux monde et ses bagnoles.
Et on pense que plein d’autres possibilités existent, il suffit de les chercher.
Au petit matin du 27 novembre on a cramé une voiture du service technique de la Préfecture de Police, devant le poste de la rue Camille Desmoulins (le même qui avait perdu ses vitres il y a quatre ans). La voiture sérigraphiée Enedis garée en face y est passée elle aussi. Enedis, avec sa filiale Gepsa [en réalité Gepsa est une filiale d’Engie; NdAtt.], se fait du fric avec l’enfermement. Ils gèrent pas exemple la taule de Meaux où est enfermé Kréme (on t’envoie une accolade poto !).
Solidarité aussi avec les anarchistes en prison à travers le monde, de ceux de l’op. Scripta manent en Italie, à la CCF en Grèce, aux personnes récemment arrêtées en Argentine.
L’essence augmente ? On utilisera des allume-feux.
Puisqu’il faut grossir le trait pour être entendu. Aparté imaginaire à une caricature, ne cherchant plus a être constructif quand l’heure est au mépris. Écrit avec fatigue, colère et toute la prétention nécessaire.
A toi la caricature donc,
toi qui es le plus souvent un homme, blanc, hétéro (et ça se sait), ciscgenre bien sûr. Tu manque
visiblement de rien, a des papiers, vis dans un certain confort, n’a jamais subi la précarité sans
l’avoir choisi. Tu as fait des études (et ça se sent), au moins tu entends quelque chose à la rhétorique
politique, sait manipuler les mots à l’ oral ou par écrit. T’es ni vieux, ni mineur, rentre dans les
normes facilement, et (nécessité) t’es valide.. en somme tu fais partie de ce micro pourcentage de
personnes qui de base ne subissent presque rien du système que tu critique tant, contre lequel tu
prétends agir .
En fait, ce monde il est fait pour toi…
Mais tu veux le changer ce monde. Nous aussi
Tu es en colère, tu compte agir. Nous aussi
Accepter sans rien dire n’est pas ton genre. Nous non plus
Nous ne nous battons pas pour les mêmes choses.
D’ailleurs malgré toi tu le sens sûrement..
Tu ne comprendras jamais vraiment ceux, qui paumé-es dans leurs vie, savent pas par où prendre le
problème, bien qu’ils l’identifient. Ceux qui veulent niquer « babylone » mais n’agissent pas dans ton
sens.. Toi tu construit, te bouge en avant, t’organise, tu agis toi, au moins.
Tu ne comprends pas vraiment. Tu ne te sens jamais trop à ta place dans les ambiances punks, de
shlags, féministes, sans papiers, zonard-es , queer, arraché-es, gosses d’immigré-es, galériennes des
quartiers, de l’usine, qui enchaînent les boulots de merdes, les saisons agricoles, les ptites
combines, les tafs pourris au black, ect….
Pourtant ce sont ceux là même qui ont des raisons de combattre le monde qui va avec l’aéroport.
Tu ne te sentiras jamais vraiment à l’aise dans ces ambiances parce que la barrière de l’efficacité
t’interdit de faire parti de ces mondes, ou d’y être complètement accepté.
Parce qu’en un sens tu y es en guerre. Parce que tu y deviens trop facilement l’ennemi…
Parce que tu es notre bourgeois.
Comme les porteurs du projet d’aéroport tu ne comprends pas ceux et celles du dessous qui freinent
tes projets . Toi tu entreprend, tu vois le futur, pense l’avenir, tu as des ambitions pour cette zone,
que tu partage avec tes potes et auxquels vous travaillez.
Tu es notre bourgeois. Comme ces cravateux, qui méprisent les plus pauvres parce qu’au lieu
d’acheter des Nike et des écrans plats ils feraient mieux d’épargner pour améliorer leurs conditions
de vie, toi tu méprise ceux qui kill des bières ou se promènent « en foutant rien » au lieu de
s’organiser pour cultiver un bout de la zone et manger meilleur.
Quand tu trouve scandaleux que l’on puisse voler ce que tu possède, ou chier sur tes objectifs
médiatiques, on trouve scandaleux que tu ose parler de la « richesse de la diversité ».
Mais tu n’es pas seul. Oh non ! Tes projets ne tombent pas du ciel….
Tu sais t’entourer, stratégiquement… l’objectif est aussi questionnant que les méthodes.
39De paysans ou de citoyennistes, arguant qu’ils font partis du mouvement, lorsque tu sais que ce sera
là une force d’organisation de poids favorable a tes dynamiques.
De syndicalistes ou d’étudiant-e-s arguant entendre et suivre les luttes sociales, lorsque tu y vois du
potentiel de « lutte », de possibilité de bousculer l’état par des biais plus « audibles » que toi
De venèr antifa prompt à se cagouler ou « jeunes des quartiers » s’ils peuvent servir de première ligne
motivée et jeter de la caillasse aux keufs pendant que toi tu leurs échappe, bien organisé… Chacun
son rôle, chacun sa place..
Toi tu appelle toutes ces petites alliances bien utiles « des compromis » et garde un peu d’opacité
autour pour qu’on ne vienne pas trop t’asticoter de bouffer à toutes les gamelles . Tu « compose »..
Et tu te garde bien de leurs dire à tous, le mépris que tu porte a leurs revendications, méthodes
d’actions , leurs réalités et leurs utopies, et combien, au fond ils ne sont que des alliances utiles a ton projet politique, utile à te rendre fort.
Un projet d’ensemble pour la zad si « commun », si collectif, qu’il peine à trouver du rebond au sein des occupantes, mais ça ne te perturbe pas et heureusement tu as beaucoup d’amis ailleurs.
Alors tu feint d’ignorer que l’idéal auquel tu travaille ne porte que peu de changements d’avec le monde qu’il combat, et que donc il implique pour la zad une sacrée normalisation.
Et tant pis si pour que ça existe il faut lisser l’image, et peu à peu gommer tout ce que cette zone porte de pas de côté contre ce monde…
Tu te fais croire que tu peux être source de changement, méprisant ceux qui te disent que tu leur marche sur le pied. Tu continue de porter tes idées haut et fort, parce que toi tu sais, tu pense !
Quel changement ! Ahah le « système » n’a qu’a bien se tenir, voilà l’offensive !
Reste ceux et celles que tu ne sais pas encore trop comment prendre sur la zad.
Un peu boulets, illes entravent parfois tes ambitions, contestent, râlent, attaquent les journalistes, jamais contents, « anti-tout » primaires (et sûrement un peu complotistes sur les bords), illes ne s’investissent jamais vraiment dans les chantiers, alors qu’ils sont bien contents de profiter de ce que tu construit de « durable » ou cultive, illes sont parfois bourrés en réu, « violent », veulent protéger pacha mama, barricader la route pour un rien, ou causent a n’en plus finir de « processus » qui de toutes façons ne marchent pas en se racontant qu’illes sont du côté de la veuve et l’orphelin …
En quelque sorte illes manquent de réalisme sur « comment on mène une lutte vers la victoire avec toutes ses composantes » et ralentissent la marche du progrès.
Heureusement tu sais leurs parler, fermement quand il faut, ou les prendre dans le sens du poil quand tu as besoin de leur accord ou de parler en leurs noms.
Tu trouve un peu comment tirer parti de leurs présence en les mentionnant dans tes écrits, tes blabla ou en montrant qu’ils construisent des cabanes atypiques, ça te donne le sentiment un peu excitant que des mondes différents co-existent sur la zone.
Et au fond tant pis s’illes se sont incrustés au casting, parce qu’ illes ne resteront sûrement pas dans l' »après ». Illes pourront rester, sages ou en accord avec toi, sinon tu sauras te passer de la justice pour te passer d’eux, parce que tu as besoin de toute ton énergie pour lutter contre l’état et ses flics.
En fait tu la trouve un peu pénible cette « diversité » quand il faut la côtoyer..
Tant pis s’illes ne comprennent rien à l’amour intense et révolutionnaire qui te lie à tes amis, au potentiel de base arrière, à la poésie des mots « territoire », « ensemble », « habiter », « inventer », « construire », « perspectives » , « insurrection », « avenir », « imaginaire », « autonomie », « spontanéité », « commune », ect.
Ce n’est pas donné à tout le monde de faire une lutte sexy c’est vrai, alors tant pis pour nous hein..
et tant pis pour toi . Tu sais quoi ? Ce dont tu parle on le pratique souvent, ambition en moins.
Loin des « gestes forts » il se passent pleins de petites révolutions un peu foireuses mais si vivantes.
Tu n’imagine pas un millième de ce que tu rate. Tu n’imagine pas la richesse politique qu’il y a quand tu te tais et que tu t’absente.
Alors continue de construire « l’ennemi » si ça dis, là t’es bien parti, bon petit soldat du patriarcat.
« contre le monde qui va avec l’aéroport »..pour nous il faut bien commencer quelque part, et tu incarne si bien ce qui permet qu’il se perpétue!
Continue de kiffer ton épopée insurrectionnel, écrit l’histoire, mais garde en tête que ceux et celles qui sont nécessaire pour faire bouger ce monde de merde ne seront jamais ni vraiment tes alliés, ni vraiment tes amis….
Le mercredi 28 novembre, une quinzaine de personnes solidaires ont choisi d’interrompre la rencontre à la bibliothèque « Moby Dick » de Garbatella, organisée par le « Garant des personnes privées de liberté ».
Le directeur de Caritas, professeur de philosophie théorique et directeur de l’office national de lutte contre les discriminations raciales, a pris part à une rencontre intitulée « Migrations et hospitalité ». De leurs confortables positions de pouvoir, ils prétendent gérer, contrôler et analyser la vie au sein des lieux d’enfermements, des CRA, des hotspot et de l’ensemble du système « d’acceuil ».
Ces lieux et ce système sont ne sont pas réformables et ont pour seul objectif de priver de liberté et ils doivent être détruits.
À l’intérieur de ces structures, on meurt, comme cela a malheureusement eu lieu le 11 novembre au CP de Ponte Galeria, où Natalia est décédée avant l’arrivée de l’ambulance et dont la mort a été rendue publique qu’après plusieurs jours par la voix de ses compagnonnes incarcérées.
Ces histoires sont souvent passée sous silence et ce n’est que par contact direct avec les femmes emprisonnées que nous apprenons l’absence d’eau chaude pendant plusieurs jours, le harcèlement des agents sur les prisonnières, les crachats lors de la demande de nourriture et les cheveux arrachés lors des perquisitions.
Il a été décidé de crier contre ces personnages toute notre colère et d’arrêter leur théâtre sordide, une vitrine inutile sur le faux accueil et l’hospitalité.
Dans le quartier, il y a aussi des affiches dans différentes langues qui parlent de ce qui s’est passé et se passe à Ponte Galeria et dans les autres prisons.
Dans la nuit qui précède une bannière avec écrit « De la prison on meurs tous les jours. Natalia est décédée dans le CP le 11 novembre. L’indifférence, c’est la complicité » est apparue sur la Via Casilina.
Repris de roundrobni.info
aussi :
Contre les déportations révolte dans le hotspot de Taranto
Le 14 novembre dans l’après-midi du 14 novembre, une quantaine de personnes enfermés depuis quelques jours dans le hotspot de Taranto et risquant l’expulsion se sont affrontés avec les forces de l’ordre. Deux personnes ont réussi à s’échapper en escaladant la clôture, et en jettant des pierres et des morceaux de verre en directions des flics. Un policier aurait blessé à la jambe.
résumé depuis : https://hurriya.noblogs.org/post/2018/11/15/taranto-contro-
Dans la nuit du 27 novembre, un escadron d’architecte en désertion a parcouru la ville et répandu peinture et colère là où s’affairent les architectes et ingénieurs civils genevois qui ont participé au concours immonde pour la construction du centre fédéral d’attente et de renvoi du Grand-Saconnex. Cette commande des « autorités » cantonales et fédérales perpétue la politique d’asile raciste et répressive de la Suisse.
En découvrant votre arcade ou votre devanture redécorée, vous, les bureaux architech/ab ingénieurs, meier+associés architectes/ingegneri pedrazzini guidotti, lacroix chessex/ingeni genève, aurez sûrement l’imbécilité de vous demander ce qui a bien pu motiver ces actes de sabotage éclairés. Fort heureusement, soucieux de ne pas vous laisser vous égarer trop longtemps dans le vide de vos esprits, nous vous avons laissé des indices, les noms des projets que vous avez soumis au concours : Lauréat n°3 « Ouverture », Lauréat n°5 « Lauryn Hill ». Au cynisme du choix de ces noms, s’ajoutent l’indécence des gains octroyés à votre défaite, respectivement 45’000 et 20’000 balles ! Nous espérons que les frais de réparation auront l’élégance de dépasser ces montants absurdes.
Par ailleurs, dans la fulgurance de notre action à la force émancipatrice indéniable, nous avons décidé d’arrêter de construire et ce pour mieux déconstruire. Déconstruire le monde que vous tentez de construire. La réalisation de ce complexe carcéral et répressif doit être parasitée, sabotée, vandalisée car elle ne doit et ne verra jamais le jour. En désertion, nous continuerons de semer le trouble. Cette action est la première pierre que nous ôtons et, par ce modeste geste symbolique, nous appelons tous les corps de métier susceptibles de contribuer de près ou de loin à cette infamie d’y renoncer sans tarder.
Feu aux prisons !
Solidarité avec toutes les personnes en exil et sans statut légal.
A.C.A.D. (groupe Anti Carcéral d’ex-Architecte à la Dérive)