« Les pieds ont été coupés à la scie à bûches, les miradors étaient restés debout, ils tenaient sur trois pattes. Il y avait une volonté de nuire. » Rencontré jeudi 23 novembre, Didier Fresneau, le président de l’association de chasse (loi 1901) des Amis de la grange, à Fontaine-Milon, dans l’est de l’Anjou, ne décolère pas. La raison ? Trois des quatre tours de chasse, construites en août 2023, entre Lué-en-Baugeois et Fontaine-Milon, le long de la RD 137, ont été détériorées au début du mois de novembre. Une plainte a été déposée. « Les pieds coupés ont été remis en place, ça ne se voyait pas. C’est fait pour se casser la gueule ! » […]
Ce sont des tags et graffitis qui ont été découverts samedi 25 novembre 2023, au matin, sur plusieurs bâtiments du centre-ville d’Auray (Morbihan), notamment sur le Monoprix, sur une banque, ou encore sur des maisons alentour. Des tags et graffitis signés du symbole anarchiste, un A entouré d’un cercle. Certains appellent à soutenir la cause des sans-papiers, d’autres sont « contre les guerres et ceux qui en profitent ».
C’était le matin tôt, le 15 octobre, le ciel était complètement noir. Jour d’élections municipales. Nous avons attendu que les électeurs et les flics se déplacent dans le quartier. Les rues étaient presque vides. Nous avons atteint notre cible. Nous nous sommes regardé.es les un.es les autres, avec une étincelle dans les yeux. Tout était propre. Rien ne nous arrêtait. Quelques secondes avant l’action, nous nous sommes demandé.es si cela en valait la peine, la peur nous a pris, mais cela en valait la peine, pour toutes les raisons du monde. La détermination, le cœur ardent prennent la place de la peur. C’est l’une des rares fois où l’on sourit. Nous avons donné l’OK définitif. La personne a activé l’engin incendiaire, l’a placé sous la voiture. Il a fait le signal. Nous nous sommes éloigné.es, chacun.e à son tour, et avons vu que personne dans le secteur avait remarqué ce qui s’était passé. Quelques minutes après, pendant que nous étions loin, dans la sécurité de la nuit, l’engin s’est activé et a réduit cinq voitures à un chaos de flammes. Si les voisins n’ont pas été réveillés par le bruit de l’incendie, ils l’ont sûrement été par les sirènes des pompiers.
La seule chose qui a du sens, dans le monde misérable où nous vivons, est d’essayer de le détruire complètement. De résister de toutes les manières possibles. Cette petite action est une contribution à cette résistance. Elle est aussi une invitation à participer, à l’adresse d’autres individus et groupes. Il y a des cibles étatiques et capitalistes partout, tout ce dont on a besoin est un plan bien préparé et de surmonter nos peurs, individuellement et collectivement.
À une époque où le désespoir et la futilité l’ont emporté, nous répondons que nous n’avons pas besoin d’espérer dans un avenir meilleur, pour pouvoir résister à un présent qui nous tue. Avec ou sans espoir, nous nous battrons toujours.
Nous refusons de nous intégrer dans un système qui écrase nos vies. Nos désirs sont crées et contrôlés par la famille, l’éducation, la télévision. La raison pour laquelle nous sommes utiles au pouvoir est que nous sommes rentables, à nos frais, et tous les quatre ans ils nous jettent une carte pour choisir celui qui détruira nos vies et nous vendra le conte de fées de la liberté. Nous ne combattons pas pour une meilleure démocratie, qui nous donnerait plus de miettes, qui ferait de nous de meilleurs consommateur.trices, qui tuerait de manière un peu plus civilisé. Nous combattons pour un monde de solidarité, d’égalité, de liberté, pour l’anarchie et cela ne peut se faire que par la destruction de l’État, du capitalisme, du patriarcat, de la société et du pouvoir.
Combien de meurtres d’État encore, combien de guerres encore, combien d’immigrées encore doivent se noyer ou brûler, combien de trains encore doivent entrer en collision ? Combien de personnes encore doivent être tabassées et jetées hors d’un bateau, combien d’autres enfants doivent être enfermés derrière une porte de garage et assassinés sous les yeux coupables des travailleurs ?
Combien de fois l’État doit-il armer la main du flic qui tire et tue quiconque désobéit à ses ordres et défie son autorité, avant que nous comprenions que nous devons prendre notre vie entre nos mains et la jeter dans le feu ? Dans ce feu qui peut arriver à porter des coups à ceux qui oppriment nos vies. La seule chose qui nous reste, dans notre guerre contre l’État, le capitalisme, le patriarcat, est de devenir une vague impétueuse de résistance. De ramener à nouveau le conflit dans la vie quotidienne et éliminer l’oppression, l’exploitation, le racisme, le pouvoir.
Au printemps [plus précisément, le 27 juin ; NdAtt.], Nahel a été assassiné par des flics français, tout comme Christos Michalopoulos, un Rom de 17 ans, a été tué le 11 novembre par des flics grecs. Vengeance pour Christos Michalopoulos, Rom de 17 ans. Aucun meurtre d’État restera sans réponse. Victoire pour la lutte des prisonnier.es. Libération immédiate de l’anarchiste Kostas Dimalexis*.
P.-S. En général, nous n’avons pas besoin de raison spécifiques pour attaquer des multinationales, parce qu’elles sont toutes de la merde. Néanmoins, Renault produit et vend des voitures et, comme tous les constructeurs automobiles, fabrique des voitures de patrouille et des véhicules. Renault est une société automobile qui appartient en partie à l’État français. Et l’État français a récemment élargi sa coopération avec l’État grec. En plus de vendre des armes à la Grèce (avions de combat et navires de guerre) des flics français sont venu en Grèce avec l’intention de former des policiers à la surveillance par caméra et au contrôle avancé des foules. La France soutient aussi la Grèce et Frontex dans la guerre contre les migrants.
* Note d’Attaque : il avait été arrêté le 22 novembre 2022, accusé d’association de malfaiteurs et d’une attaque contre une station radio. Il a été libéré le 20 novembre 2023, le montage policier étant complètement tombé.
Nous revendiquons l’attaque du siège de l’entreprise Ergomar, appartenant au bien connu homme d’affaires Dimitris Marinelis, au 12 Ious Street, à Kephissia [ville huppée de la banlieue nord d’Athènes ; NdAtt.].
La raison de cette attaque est la volonté de prendre pour cible le rôle corrompu des entreprises de construction. C’est un secret de polichinelle que la coterie des politiciens et des gros patrons se partage les ressources étatiques et les fonds européens, en détournant ainsi des grandes sommes d’argent, aux dépenses du peuple grec.
Depuis des années, par des attributions faites directement à leurs larbins, ils gèrent et empochent d’énormes sommes d’argent, des pots-de-vin, grâce à la méthode bien connue de surestimer les coûts des projets et des matériaux nécessaires pour leur réalisation. Les entreprises de construction sont responsables de nombreux accidents du travail, car, pour faire le plus de profits possible, elles réduisent les mesures de sécurité nécessaires aux travailleur.euses.
Ergomar, de Dimitris Marinelis, a pris en charge la construction et l’entretien de grands projets étatiques et privés, en travaillant avec les plus grandes entreprises européennes et grecques, comme Aegean, Germano, Cosmote, Vodafone et de nombreuses autres.
Aussi, la chose la plus important est l’implication de cette entreprise dans le fiasco du toit de Calatrava*, qui, d’un côté, avec sa réalisation, a rempli des poches avec d’énormes sommes d’argent et, de l’autre côté, l’argent accordé en permanence pour la maintenance du toit est allé lui aussi au parti bien organisé de la corruption, car la maintenance n’a jamais été faite, en mettant ainsi en danger des milliers de personnes.
Rien n’est terminé, face à la barbarie étatique et capitaliste, nous nous dressons contre eux avec force et dignité.
Rappelez-vous bien qu’aucun d’entre vous n’est en sécurité et que nous pouvons vous rendre visite où et quand nous voulons. Avec tout moyen que nous choisirons.
Vous ne dormirez pas tranquilles, en pensant que vos magouilles resteront impunies.
P.-S. : par rapport aux médias grand public qui font des allusions à l’ordure fasciste Konstantinos Bogdanos, journalise et ancien député dans le ridicule gouvernement Mitsotakis, qui vivait dans ce secteur il y a six mois encore : nous savons très bien où il vivait et où il vit maintenant (après tout, cette personne a reçu par le passé une visite, un soir, à la suite de laquelle des véhicules lui appartenant ont brûlé). Le moment venu, nous lui rendrons visite et non pas pour des dégâts matériaux, mais pour des actions qui conviennent à un tel bâtard.
Conspiration de la vengeance
[ΣΥΜΠΡΑΞΗ ΕΚΔΙΚΗΣΗΣ]
* Note de Dark Nights : référence au stade olympique d’Athènes. [Re-]ouvert pour les Jeux olympiques de 2004, il héberge les matchs de l’équipe nationale de football et a récemment été utilisé comme stade à domicile par le club de foot AEK, jusqu’à la fin de la saison dernière, et par le Panathinaïkós pour ses matchs européens. Une étude a révélé que le toit avait été construit au rabais, qu’il est instable et pourrait facilement tomber sur les spectateur.trices du stade.
Depuis dimanche, les habitants de Saint-Sériès vivent sans téléphone ni Internet
France Bleu & Midi Libre, 21/23 novembre 2023
De très nombreux foyers, ainsi que la mairie, sans téléphone, ni internet : depuis dimanche 19 novembre, le village de Saint-Sériès, au nord de Lunel, subit les lourdes conséquences d’un acte de vandalisme commis sur une armoire à fibre située dans la rue principale.
« De nombreuses fibres ont été coupées. Dans le village, seules quelques personnes, qui ne sont pas raccordées à la fibre, ont encore le téléphone et internet », indiquait ce mardi 21 novembre Yves Person, le maire de cette commune de près d’un millier d’habitants, limitrophe du Gard. Le préjudice est important pour l’hôtel de ville, gravement pénalisé dans son fonctionnement.
Des réparateurs sont intervenus ce mercredi, mais il faudra des jours, voire des semaines pour que tout redevienne normal. Certains opérateurs téléphoniques promettent un rétablissement d’ici à quelques jours, d’autres d’ici à la mi-décembre.
Des compteurs Linky bidouillés pour réduire la consommation
Midi Libre, 22 novembre 2023
Sept personnes de 34 à 73 ans ont été placées en garde à vue dans le cadre de vols d’énergie. Notables ou monsieur-madame-Tout-le-monde, aisés ou pas, les profils des mis en cause pour vols d’énergie sont très différents. Un point commun : tous ont fait procéder à des modifications de leur compteur Linky afin de réduire la facture d’électricité.
Les investigations des policiers du commissariat d’Alès ont été menées en toute discrétion depuis près de deux à trois semaines. Devant l’ampleur des cas de compteurs trafiqués relevés dans le secteur d’Alès, le distributeur d’énergie a été contraint d’effectuer un signalement. Au moins sept mesures de gardes à vue ont été ordonnées par le parquet d’Alès qui supervise les investigations. Les auditions se sont succédées, les dernières ayant eu lieu ce lundi soir.
Selon les premières constatations, les suspects en charge de la modification du Linky auraient profité d’une faille de sécurité. Pas de système informatique complexe, ni puce ni logiciel pirate, juste un bon vieux câble électrique qui relie deux bornes spécifiques à l’intérieur du compteur. Un simple pontage en quelque sorte qui laisse passer le courant, mais sans le comptabiliser. Après cette intervention, il suffit de refermer le Linky et de le replomber. Si techniquement l’opération ne paraît pas très difficile pour un bricoleur, encore faut-il disposer des plombs et des pinces. Une économie substantielle de 50 % de la facture, voire plus comme le concède l’opérateur.
Samedi le 21 octobre à Montréal, un face-à-face entre une coalition de conservateurs religieux transphobes et une contre-manifestation en défense des jeunes trans prenait place. TL;DR: la défense trans a gagné.
Cet événement présenté comme une journée d’action pan-canadienne par « 1 Million March for Children », avec le groupe « Ensemble pour protéger nos enfants » (qu’on appellera EPPNE dans la suite du texte) en tête d’affiche du rassemblement à Montréal, se voulait la suite des affrontements du 20 septembre devant l’Université McGill. Cette journée là, une foule surprenamment impressionnante surtout composée de familles musulmanes avec des enfants tenant des pancartes disant « J’appartient à mes parents » en criant des slogans transphobes et des insultes homophobes, avait confronté une contre-manifestation mal préparée et avait réussi à marcher dans le centre-ville de Montréal. Ceci laissant les defenders trans et leur camarades queers et anti-fascistes secoué-es.
EPPNE avait cette fois appelé à une manifestation devant le 600 Fullum, l’adresse du Ministère de l’éducation du Québec, à qui ils adressaient une liste de demandes concernant les curriculums scolaires – ce qui était en fait un prétexte d’exposer leur transphobie sans bornes. On recommande de voir Montréal Antifasciste et P!nk bloc pour des perspectives plus détaillées sur le contexte politique émergeant, incluant l’impact de la guerre au Moyen-Orient (apparemment ceux qui appellent à un génocide peuvent être divisées en ce qui en concerne un autre). Ce compte-rendu met l’accent sur la dimension tactique de ce qu’on a observé le 21.
La manifestation de EPPNE était appelée pour 11h, et la contre-manifestation pour 10h, avec l’intention d’occuper l’endroit en premier. Comme on aurait pu le prédire, un petit groupe dédié a dû arriver vers à peine 8h pour nous permettre d’occuper la rue devant le 600 Fullum et de laisser aux organisateurs d’EPPNE, arrivés à 8h15, seulement un petit bout de gazon entre le côté sud du building et la piste cyclable qui longe l’autoroute. Une douzaine de policiers étaient déjà sur place et avaient délimité un périmètre dans le cul-de-sac à la fin de Fullum avec du ruban, pour créer une zone tampon entre les deux groupes. Ils ont informé les contre-manifestant-es que de traverser le ruban serait considéré un acte criminel.
Si on s’était réuni-es devant les bureaux du Ministère de l’éducation, ce n’était par pour défende ce système d’éducation qui, en règle générale, veut faire des enfants, de tous les genres et orientations sexuelles, des sujets dociles pour le projet colonialiste capitaliste, et des citoyen-nes obéissant-es face à l’autorité, des travailleurs et des consommateurs ayant le droit de poser quelques questions mais pas trop. Au contraire, on visait à occuper l’espace où les transphobes voulaient s’installer pour leur refuser la visibilité qu’ils veulent et démontrer que nous serons sur leur chemin peu importe où ils tentent s’organiser publiquement.
Les deux côtés sont arrivés à une scène qui avait été couverte de graffitis antifascistes, pro-trans et pro-Palestine la nuit précédente, avec l’édifice du Ministère, la machinerie lourde et les murs à côté couverts de tags tels que « YOUTH LIBER(A)TION [&] TRANS LIBER(A)TION NOW! », « Dykes for Palestine » et « Fuck transphobes ». Avec l’installation rapide de cinq tentes à auvent directement devant le 600 Fullum, servant de point de réunion logistique et d’abris de la pluie pour les contre-manifestant-es, il ne pouvait être plus clair qui était en contrôle de l’espace que les transphobes voulaient occuper, et que notre lutte dépasse la défense libérale d’un ordre social tolérant.
Nos nombres ont augmenté graduellement, puis rapidement à l’approche de 10h. L’arrivée d’un camion de son (quelques speakers puissants attachés à un pickup) ont aidé à créer une atmosphère festive. Les camarades arrivant étaient assigné-es à une ou l’autre des unités mobiles, chacune ayant un code de couleur ; rose et noir (les personnes à mobilité réduite ou qui le souhaitaient pouvaient aussi rester au point de réunion).
En ce qui concerne les caméras des médias de masse: un cameraman de CTV News a été aperçu se promenant à travers la foule devant le 600 Fullum, filmant des contre-manifestant-es de très près. Les guidelines publiées avant le 21 encourageaient les participant-es à porter des masques et à surveiller les médias de masse et les livestreamers, mais nous n’avions pas planifié de nous assurer que les journalistes ne puissent pas explorer nos infrastructures, dans des lieux où certain-es pourraient avoir des conversations privées ou enlever leur masque pour manger ou boire. Des camarades ont pris l’initiative de confronter l’équipe de CTV et de physiquement les escorter hors de notre foule après qu’ils aient refusé nos demandes verbales de quitter. Bien que des bannières et des parapluies peuvent fonctionner contre des médias approchant une ligne solide, nous devons aussi pouvoir repousser ceux qui font leur chemin à travers notre foule, notamment dans les lieux où nous accueillons les nouvelles personnes arrivant. Nous pensons qu’une équipe dédiée à ce travail serait la meilleur approche dans le futur.
Autour de 9h30, l’unité rose s’était déplacée vers le nord sur Fullum pour bloquer la rue en haut du bloc, juste au sud de Sainte-Catherine. Iels allaient maintenir cette position en laissant les nouvelles personnes se joindre à la contre-manifestation et en bloquant l’accès aux transphobes, et ce pour le restant de l’action. Puisque cette intersection était le principal point d’accès pour toute personne arrivant du métro Papineau ou des stationnements sur rue un peu plus haut, le blocage de l’unité rose a permis avec succès de détourner un bon nombre de manifestants anti-trans, qui ont quitté en pensant que la manifestation de EPPNE avait été annulée ou complètement submergée par la contre-manifestation.
Un peu après 11h, l’unité noire a tenté de contourner les lignes policières qui protégeaient les anti-trans au bas de Fullum. Après avoir tourné à gauche sur Sainte-Catherine, il y a eu une altercation avec un fasciste solitaire portant un t-shirt « Kill All Pedophiles », qui a fini par terre. L’unité noire, d’une centaine de personnes protégées par plusieurs bannières de côté, s’est déplacée à l’ouest sur deux blocs, puis a tourné vers le sud sur De Lorimier, avant d’être empêchée de tourner à l’est sur René-Lévesque en direction des EPPNE par une ligne de policiers anti-émeute. Durant 45 minutes, iels ont occupé l’intersection de De Lorimier et René-Lévesque, sans pouvoir s’approcher davantage des transphobes, mais du moins en bloquant un autre accès à partir du métro vers leur point de rencontre, et en bloquant leur possibilité de marcher vers le Village gai et le centre-ville (les organisateurs d’1MM4C avaient appelé à marcher à 13h).
En infériorité numérique d’environ 10 pour 1, sous une pluie constante, étant graduellement encerclés de contre-manifestant-es et voyant leur route de marche vers le centre-ville bloquée, la foule de EPPNE était visiblement démoralisée. Certains ont exprimé leur frustrations sur leur Facebook Lives, disant (et montrant) à leurs spectateurs que notre côté était bien mieux organisé et en leur reprochant de n’être pas venus. Un d’eux a remarqué sur Whatsapp que leur adversaires sont « seulement 0,33% de la population, mais très intelligents et malveillants ». Et on ne peut que le prendre comme un compliment.
À l’approche de midi, l’unité noire a rencontré un groupe de renforts au coin de Sainte-Catherine et De Lorimier, et a commencé à se déplacer encore une fois vers le sud, avec un plan en tête. Rendu à René-Lévesque, un contingent s’est arrêté et a fait face à la ligne de policiers anti-émeute comme plus tôt, les forçant à rester en place, pendant que le reste du groupe, environ 100 personnes, continuait vers le sud avant de couper à l’est entre deux bâtiments. Malgré que ces mouvements soient ralentis par une certaine confusion générale, le SPVM a semblé désemparé pour la première fois de la journée, puisque leur plan de protection des manifestants anti-trans risquait de tomber à l’eau. Des camionnettes de police ont accéléré au coin de rue et une demi-douzaine de policiers anti-émeute se sont approchés, criant au contingent de rebrousser chemin. L’un deux a fait un spectacle de charger son fusil de balles de caoutchouc alors que d’autres brandissaient du poivre de cayenne. Cette intimidation leur a permis de bloquer la foule juste assez longtemps pour que d’autres policiers arrivent et les aident à former une meilleure ligne. Espérons que ces expériences de coordination en rue vont nourrir notre imaginaire tactique et nous aider à être encore mieux préparé-es la prochaine fois.
La carte suivante montre la position finale des transphobes, des contre-manifestant-es et de la police:
Peu après, quand l’unité noire s’est regroupée sur De Lorimier, la nouvelle s’est repandue que le EPPNE avait appelé à la dispersion de leur manifestation, confirmant ainsi leur défaite en ne tentant même pas de marcher et en ayant à expliquer à leur supporteurs comment quitter la zone en sécurité.
Il y avait tellement d’activité des contre-manifestant-es en différents points couvrant plusieurs blocs du quartier, le 21, qu’il serait impossible d’en faire un résumé complet, mais nous voulons remercier spécifiquement celleux qui ont assuré la livraison de nourriture et qui l’ont servie, et tou-tes celleux qui ont tenu des bannières pendant des heures.
Bien que la logique des contre-manifestations nous positionne sur la défensive, notre intuition nous laisse croire que nous pouvons dépasser une position purement réactive – qu’on a quelque chose à gagner – quand on s’organise sur une base de solidarité et qu’on compte sur nous-mêmes, plutôt que sur les médias, la loi ou la police.
Après que le soleil se soit couché, le jour de Thanksgiving [le 23 novembre ; NdAtt.], nous avons démoli un monument aux soldats américains de la guerre hispano-américaine [de 1898 ; NdAtt.], dans le cimetière River View.
La guerre hispano-américaine, pilotée par le président William Mckinley, a marqué un tournant dans l’impérialisme américain, en entraînant l’annexion de Puerto Rico, de Guam, de Cuba et des Phillipines et en posant des nouvelles normes aux États-Unis, au sujet des interventions militaires à l’étranger et du contrôle territorial. Le monument porte une plaque dédiée aux soldats américains qui ont tué pour qu’on exerce un contrôle sur les Philippines. Par cette action, nous faisons revivre le souvenir de l’insurrection philippine [de 1899 à 1902 ; NdAtt.] contre la domination américaine, ainsi que celui de l’anarchiste Leon Czolgosz, qui a assassiné le président McKinley, à New York, pendant que la révolte continuait dans les îles.
Les festivités de Thanksgiving et chaque monument à la puissance des États-Unis reproduisent les idéologies nationalistes et colonialistes essentielles pour la continuation de cet État. En répondant à un appel entendu à travers les océans et les frontières, nous agissons également pendant les journées internationales d’action contre le militarisme et toutes les guerres, du 17 au 25 novembre, proposées par l’initiative antimilitariste crée à la rencontre anarchiste de Saint-Imier. Alors que les machines de guerre alimentent une mort après l’autre, en Ukraine et en Palestine, faisons tomber toutes les statues et tous les symboles du pouvoir impérial, ainsi que tout système qui permet aux rouages de l’industrie de tourner.
Mort à l’Amérique ! Pour un antimilitarisme anarchiste !
Dans les médias d’information : « Une statue en bronze, vieille de 121 ans, d’un soldat de la guerre hispano-américaine a disparu d’un monument aux ex-combattants, dans l’Oregon, en laissant les responsables du cimetière « profondément attristés ».
La statue, qui, depuis 1902, fait partie du cimetière de River View, à Portland, a disparu de son socle pendant les vacances de Thanksgiving, ont déclaré les autorités sur Facebook.
La statue en bronze d’un soldat qui tient un fusil, d’un mètre et demi de haut, est d’un poids estimé de plus de 270 kilos, ont indiqué les autorités à la télévision Katu ».
La statue en question… enfin, quand elle était là (source : Wikipedia)
En solidarité, après les perquisitions domiciliaires chez nos ami.es de Leipzig, deux voitures du Land de Bade-Wurtemberg sont parties en fumée. En plus, le facho-poignardeur Hagermann a été dérangé dans son sommeil et sa boîte aux lettres remplie.
« L’État et les nazis, main dans la main » – prenons au sérieux ce slogan !
Toute répression à l’encontre des antifascistes renforce les fascistes. Toute agression de la part des fascistes contre nos structures, nos ami.es et les migrant.es renforce l’État.
Suite aux perquisitions qui ont eu lieu à Leipzig le 23 novembre*, et à une arrestation (avec l’accusation d’« incendie criminel »), nous nous sommes senti.es obligé.es de laisser libre cours à notre solidarité, notre rage et notre haine contre l’État.
Nous avons exprimé notre solidarité, mais aussi notre rage contre l’État et les fachos, par deux actions.
1) Hagermann, le facho qui joue du couteau, a reçu de la visite.
Pendant que Hagermann dormait, nous avons dérangé son sommeil en sonnant de manière agressive à sa sonnette. Un simple coup de sonnette est certes joli et amusant, mais ne nous permet pas vraiment d’exprimer notre rage. Quand Hagermann a regardé sa boîte aux lettres pour la première fois après cette nuit-là, il a du remarquer la belle mousse qui l’a rendue inutilisable.
Toute petite action contre des fachos peut aider, alors ne les laissons pas se reposer !
2) Des voitures du Land de Bade-Wurtemberg sont parties en fumée. Vermögen und Bau Baden-Würrtemberg** est responsable de beaucoup de choses. Nous pourrions écrire ici des nombreuses lignes sur la raison pour laquelle nous avons choisi cette cible. Mais, en fin de compte, une chose est importante : il ne faut en aucun cas faire confiance à l’État, il restera toujours notre ennemi. Que ce soit dans la gestion des biens, dans l’immobilier, la politique migratoire ou autre. Chaque sale État met en place des autorités, veut les maintenir et nous envoie ses sbires pour qu’on se calme.
C’est précisément la raison pourquoi nous avons choisi cette cible : parce que cela fait tort au Land de Bade-Wurtemberg, même si ce n’est qu’une petite chose. Un somme d’argent à 5 ou 6 chiffres ne ruinera pas le Land, mais ça devrait leur provoquer un peu d’anxiété.
En bref : deux voitures, relativement luxueuses, garées devant la filiale de Vermögen und Bau Baden-Würrtemberg ont brûlé et causé des dégâts.
Nous espérons que notre solidarité, avec les flammes qui se sont envolées par le monde, soit arrivée jusqu’à vous et à tou.tes les antifascistes qui sont en cavale et qu’elle vous ait donné de la force.
Pour finir, encore quelques mots à nos ami.es de Leipzig :
Nous sommes avec vous et vous n’êtes pas seul.es. Ce sale État essaie de vous intimider et nous vous souhaitons autant de force que possible, pour ne pas vous avouer vaincu.es.
Une attaque contre un.e est une attaque contre nous tou.tes. Du coup, ripostons tou.tes !
En fin de journée nous trinquerons à la votre, à la santé de tou.tes les antifascistes en cavale et à la notre.
Que vous ne soyez jamais attrapé.es et que votre vie dans la clandestinité soit aussi belle que possible !
Nique la police*** !
Notes d’Attaque : * Un lieu de vie collectif a été perquisitionné à Leipzig, car un.e des habitant.e est accusé.e de l’incendie de voitures DHL. Les flics ont saisi des appareils numériques (un chien entraîné à les détecter a été utilisé) et l’ADN de la personne sous enquête a été prélevé sur place. *** L’entreprise publique qui gère (et fait construire) le patrimoine immobilier et foncier du Land de Bade-Wurtemberg. ** En français dans le texte original.
Notre position est claire : il n’y a pas d’alternative à l’affrontement. Il n’y a pas de retour en arrière, face au système de domination et à sa machinerie, qui aliène, soumet et asservit, jour après jour. Un geste de propagande et d’amour pour les compas Mónica Caballero et Francisco Solar. Une étreinte complice, dans la décision de poursuivre avec l’attaque et la propagation des idées anarchistes. Nous croyons que la solidarité doit être action, les mots meurent dans la bouche de ceux qui ne créent pas de pratiques réelles pour réduire les distances avec nos compas qui vivent l’enfermement quotidien.
Ni les condamnations, ni les barreaux, ni le béton… ne pourront arrêter le progrès courageux de l’action anarchiste. Nous portons dans notre cheminement le courage et le détermination de ceux/celles qui ont marché, avant nous, le long des chemins de la négation d’un monde fondé sur l’exploitation.
En avant, tout le monde, avec le poison et le poignard…
LIBERTÉ POUR MÓNICA CABALLERO ET FRANCISCO SOLAR
VIVE L’ANARCHIE
Novembre 2023
« Il n’existe aucun verdict, aucune condamnation, aucune sentence qui puisse arrêter le progrès courageux de l’action anarchiste.
En avant, tout le monde, par le bras et le cœur, par la parole et la plume, par le poignard et le fusil, par l’ironie et le blasphème, par le vol, l’empoisonnement et l’incendie.
Faisons la guerre à cette société*.
Complicité, amour et anarchie pour Mónica Caballero et Francisco Solar »
* Note d’Attaque : ce passage rappelle celui, bien connu, de Joseph Déjacque : « Debout tous ! Et par le bras et le cœur, par la parole et la plume, par le poignard et le fusil, par l’ironie et l’imprécation, par le pillage et l’adultère, par l’empoisonnement et l’incendie, faisons – sur le grand chemin des principes ou dans l’encoignure du droit individuel – par l’insurrection ou par l’assassinat – la guerre à la société ! …la guerre à la civilisation ! » (J. Déjacque, « La question révolutionnaire » (1854). En « A bas les chef ! Écrits libertaires (1847-1863) », présenté par Thomas Bouchet, La Fabrique éditions, 2016, p. 90).
Jeudi 16 novembre, nous avons choisi d’attaquer un peloton du célèbre groupe OPKE (groupe de prévention et répression du crime de la police hellénique) au croisement des rues Navarino et Charilaou Trikoupis. Le résultat de cette attaque a été l’incendie du véhicule et des blessures pour certains d’entre eux. Notre attaque est à la fois une petite brèche dans le siège que les ordures avec l’uniforme de la Démocratie imposent dans le secteur d’Exárcheia et un petit rappel que rien ne restera sans réponse.
Cinquante ans après la révolte de Polytechnique, quinze ans après Décembre 2008, qui a éclaté après le meurtre du lycéen anarchiste Alexandros Grigoropoulos, l’État et les capitalistes ont lancé une attaque d’intensité inédite contre des conquêtes gagnées par le sang et la lutte. L’intensité de l’attaque est vécue par les couches les plus pauvres de la société, qui sont soumises à une exploitation quotidienne. Les meurtres au travail, aux frontières, en prison et aux postes de contrôles de la police sont appelés « accidents de travail », « incidents isolés », « fusillades » et n’occupent qu’une seule colonne dans les marges d’un journal. Mais il s’agit clairement de meurtres étatiques et capitalistes, dans un ambiance où nos vies sont dévalorisées et sacrifiables. Dans une ambiance néolibérale où les patrons, dont le seul critère est l’augmentation de leur rentabilité, pointent les pistolets des flics sur les superflu.es, les pauvres, les exclu.es et les petit.es délinquant.es. Les forces de la répression ont toujours été les bataillons d’assaut meurtriers de la démocratie bourgeoise. Les assassins en uniforme ont taché leurs mains de sang, du sang qui n’a pas encore séché, depuis les récents meurtres de sang froid du Rom Christos Michalopoulos, en Béotie, le meurtre de Kostas Manioudakis, la tentative de meurtre de B., une fille de seize ans, à Néo Héraklion et les innombrables passages à tabac de manifestant.es, de grévistes, etc. Les executeurs matériels et les instigateurs de ces meurtres sont les hommes de l’OPKE, une bande d’assassins et de tortureurs. Pour rappeler qu’aucun meurtre d’État ne restera sans réponse, que les vies des Roms comptent, que le sang coule et appelle à la révolte, des interventions comme celle-ci sont le devoir intrinsèque de chaque mouvement, chaque organisation, chaque procès social qui fait référence à la cause de la révolution sociale. Elles sont une tâche intrinsèque à la formation d’un mouvement révolutionnaire, afin que les perspective d’autodéfense sociale et de classe ne soient pas des déclarations vides et maladroites, mais des positions de bataille qui défient activement le monopole étatique/capitaliste de la violence.
Nous envoyons des salutations militantes aux camarades antifascistes qui ont fait face à l’État et aux fascistes, à l’approche du 1er novembre, en portant des coups au front commun formé par les flics et les fascistes, en promouvant la solidarité et et la camaraderie, qui restent nos armes les plus puissantes.
Bonne liberté à la guérillera et membre de Lutte Révolutionnaire Pola Roupa et au compagnon Kostas Dimalexis.
Solidarité au compagnon Polycarpos Georgiadis (qui passera en procès le 13 décembre) et à ceux/celles inculpé.es dans la machination d’État appelée « affaire compagnons/compagnonnes ».
Force aux compagnons D.S. et R.Z., accusés d’une tentative d’attaque explosive à Thessalonique.
Liberté pour la Palestine.
Rien n’est fini, tout continue.
Cellule Michalis Kaltezas*
* Note de Dark Nights : le meurtre de Michalis Kaltezas a eu lieu en 1985, pendant les manifestations pour l’anniversaire de la révolte de Polytechnique. Le flic Athanasios Melistas a tiré dans la nuque du lycéen Michalis Kaltezas, de 15 ans, d’une distance de vingt mètres, pendant que celui-ci courait avec d’autres manifestant.es vers la place Exárcheia. Juste après la mort de Kaltezas, des anarchistes ont occupé, en signe de protestation, l’ancien bâtiment de la faculté de Chimie, sur la rue Solonos, et le Polytechnique. Le matin du 18 novembre, le Comité d’asile universitaire, présidé par le recteur Michael Stathopoulos, a donné l’autorisation à la police d’entrer dans le bâtiment de Chimie. L’incursion a été menée avec l’utilisation de gaz lacrymogènes, pour la première fois depuis 1976, et les policiers ont arrêté 37 personnes, qu’ils ont lourdement tabassé, tandis que quelques unes ont réussi à s’enfuir et à atteindre l’occupation de Polytechnique par les égouts. Cela a été la première levée de l’asile universitaire depuis sont établissement officiel en 1982. Les jours suivants, les émeutes ont continué, à Athènes. Le flic meurtrier a été condamné à deux ans de prison, mais il a fait appel et il a été déclaré innocent. L’organisation révolutionnaire 17 Novembre a attaqué un car de police pour venger la mort de Kaltezas ; l’attaque a provoqué la mort d’un policier.
Alors que Philippe Vigier, ministre délégué aux Outre-mer, entame depuis mardi 29 novembre une visite officielle de deux jours dans la colonie de Mayotte, le plus pauvre des départements français, les gendarmes sur place ont subi plusieurs attaques nocturnes. Rappelons notamment que Mayotte subit depuis le mois de mai d’importantes pénuries d’eau, et que depuis le 20 novembre, quelque 330.000 litres d’eau en bouteilles sont distribués chaque jour à une population qui vit au rythme des coupures imposées par la préfecture, afin d’en limiter la consommation.
C’est ainsi que dans la nuit de dimanche 26 à lundi 27 novembre, un blindé de la gendarmerie, pris dans un guet-apens, a été attaqué aux molotovs dans la commune de Dembéni. La nuit suivante, c’est au centre de l’île, à Tsarano, qu’un camion de gendarmerie (de type GBC) a été retrouvé totalement calciné, tandis qu’à Miréréni, toujours au centre, des jeunes ont jeté de nombreux projectiles sur les patrouilles des forces de l’ordre du haut des toits des maisons.
« En temps de crise l’extrême droite a pour stratégie de tenter des rapprochements avec l’autre bord de l’échiquier politique. Nous en appelons donc à la vigilance, afin qu’aucune passerelle ne soit établie entre nos mouvements et des courants antisémites, racistes, antiféministes, nationalistes, conspirationnistes, etc., etc., et les personnes qui pourraient être complaisantes à leur égard. » [1]
C’est par ces mots qu’il y a dix ans les animateurs des éditions L’Échappée - Cédric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini - répondaient aux critiques qui leur avaient été faites quant à la présence d’un proche d’Alain Soral, Charles Robin, parmi les auteur·ices de leur recueil intitulé Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques. Cet ‘appel à la vigilance’ sonnait alors comme une résolution sérieuse, et ferme.
De 2008 à 2013, le groupe anti-industriel Pièces et Main d’Oeuvre (PMO) a dirigé au sein des éditions L’Échappée la collection Négatif. Ce groupe, qui s’était fait connaître pour son opposition aux nanotechnologies, va, autour des années 2013-2014, intensifier ses prises de positions ouvertement antiféministes et transphobes. Celles-ci seront suivies de déclarations islamophobes et de collaborations régulières avec des publications proches de l’extrême-droite telles RageMag, Le Comptoir, ou Limite.
Le développement violemment antiféministe et raciste de PMO, qui dès 2004 attaquait le « popullulationnisme » des « techno-lesbiennes » [2], devint emblématique des glissements réactionnaires potentiels du courant anti-industriel, qui trouvent un terrain propice dans ses tendances à l’essentialisation positive de la « Nature » et sa négation de la pluralité des rapports de domination au profit d’une seule critique, celle du « techno-totalitarisme » des « technocrates » qui menacerait une humanité indifférenciée.
Il aurait été concevable que le courant anti-industriel (qui a émergé au cours des années 1980 avec la revue post-situationniste l’Encyclopédie des Nuisances devenue ensuite maison d’édition), dont de nombreu·ses membres se revendiquent de l’anarchisme, se distingue de ces offensives réactionnaires en leur sein et en produise une critique émancipatrice. Ni l’un ni l’autre n’est arrivé.
PMO a continué à évoluer sans encombre au sein du mouvement anti-industriel [3]. Et PMO a essaimé. Des initiatives sont nées, se revendiquant de leur héritage réactionnaire, comme le podcast Floraisons, ainsi que les Éditions Libre et la branche française de Deep Green Resistance (DGR), toutes deux co-fondées par Nicolas Casaux et Kevin Haddock, qui revendiquent une transphobie assumée.
Paul Cudenec, un « anarchiste » transphobe, antisémite et antiféministe
En novembre 2022 est sorti le deuxième numéro de Brasero, la revue des éditions L’Échappée coordonnée par Cédric Biagini et Patrick Marcolini. Au sommaire de la revue, où l’on retrouve des habitué·es de la maison tel·les qu’Anne Steiner et François Jarrige, un article intitulé « Pour la loi de la nature » est signé par un personnage peu connu des lecteur·ices français·es : Paul Cudenec.
Paul Cudenec est présenté par les éditeurs comme un « journaliste, essayiste et romancier anglais, installé depuis 2013 dans les Cévennes, auteur d’une dizaine de livres, [et participant] aux sites Winter Oak et Organics Radicals. »
Paul Cudenec est en effet un essayiste connu en Angleterre pour ses prises de position anarchistes et spiritualistes proches du primitivisme. Winter Oak et Organic Radicals ressemblent quant à eux plus à des blogs personnels qu’à des projets collectifs, de même que Network23 et le Substack à son nom, tous republiant les mêmes articles.
Mais c’est peu dire sur Paul Cudenec que de s’arrêter à cela. Un rapide coup d’œil, à l’aide d’un moteur de recherche, à la production littéraire de ces dernières années de Cudenec interpelle par ses titres évocateurs : Le nouveau visage du Fascisme : Exposer le Great Reset (2021), Qui se cache derrière le gang vacciniste de la fausse-gauche ? (2021), Klaus Schwab et son Great Reset fasciste (2020) [4].
En quelques clics Paul Cudenec nous apprend donc que « Klaus Schwab est un enfant de l’Allemagne d’Adolf Hitler », que George Soros et l’« élite mondialiste » financent le « fascisme pro-technologie » et « vitaphobe » du « transgenrisme » et du « féminisme intersectionnel », tout en controlant Black Lives Matter et les antifascistes, et qu’« Israel est l’un des principaux défenseur du Great Reset ».
Un peu plus loin il dénonce « le totalitarisme du putsh Covid mondial », et les « soi-disant anarchistes » qui auraient soutenu « le confinement fasciste et le port du masque compulsif » qui nous « musèle » et « nous mène droit vers l’enfer transhumaniste » [5]. Cudenec publie également des articles très enthousiastes sur les Convois de la Liberté organisés par l’extrême droite canadienne et les manifestations antivax françaises de l’été 2021, dont des reportages photos [6] mettant à l’honneur des pancartes associant le pass à l’étoile jaune, ou promouvant les réseaux antisémites La Rose Blanche et Réinfocovid [7].
Dans la même veine, il a également publié un éloge du pamphlet de Julien Coupat [8] acclamé par les réseaux néonazis internationaux, le Manifeste conspirationniste (Seuil, 2022). En Allemagne, une version a été publiée en décembre 2022 par une maison d’édition d’extrême droite [9] qui nous informe sur leur site que la traduction « a été établie en étroite collaboration avec la maison d’édition parisienne et les auteurs, qui ont apporté un certain nombre de compléments à l’édition allemande ».
En juillet 2022 dans une interview publiée par le principal groupe anti-industriel italien Resistenze al Nanomondo, Paul Cudenec, entre deux attaques contre le « culte transgenre » et « l’arnaque intersectionnelle », et un appel à libérer « notre sens du sacré », nous raconte son parcours qui l’a conduit de l’anarcho-primitivisme jusqu’à son récent coup de cœur pour les anti-industriels français citant notamment Miguel Amoros et Renaud Garcia.
Se réclamant des penseurs traditionnalistes et fascisants René Guénon et Ernst Junger, Paul Cudenec invite les anarchistes à rejeter les « théories matérialistes » en retrouvant « la sacralité du vivant ». « Le but de la vrai spiritualité », nous dit-il, est « de prendre conscience de [notre] appartenance cosmique » et « de nous permettre de servir de véhicule à l’organisme universel dont nous ne sommes qu’une partie » [10].
En 2013, les éditeurs avait expliqué la présence d’un auteur néofasciste dans leur recueil en ces mots : « Cet auteur, Charles Robin, nous avait été recommandé par une personne de confiance […]. Notre erreur aura été de ne pas nous renseigner sur Charles Robin (nous ne l’avons même pas googlisé !) ».
Matthieu Amiech et les éditions La Lenteur
Si les éditions L’Échappée sont un bastion incontestable du mouvement anti-industriel, une autre maison d’édition en est l’héritière principale : les éditions La Lenteur fondées en 2006 par Nicolas Eyguesier et Matthieu Amiech [11], et diffusées, tout comme les Éditions Libre, par Hobo diffusion.
Matthieu Amiech, également membre du Groupe Marcuse et d’Écran Total (groupe contre la numérisation créé en 2013), y a récemment publié L’industrie du complotisme, un livre qui selon la recension enthousiaste de la librairie Quilombo accorde « autant de place à l’instrumentalisation étatique de l’anti-complotisme qu’à la montée du complotisme » [12].
En 2016 Matthieu Amiech avait brièvement pris la lumière médiatique en publiant dans Le Monde une tribune intitulée « Contre l’islamisme, ni “Causeur” ni “Crieur” », dans laquelle, se positionnant nettement du côté des « républicains fervents et martiaux » contre les « amis des musulmans », il reconnaissait aux premiers « un discours relativement lucide sur le péril islamiste, la volonté de sécession d’une fraction des musulmans et la nécessité d’un front le plus large possible pour faire barrage aux revendications identitaires risquant d’aboutir à la dislocation de la société. » [13]
En mars 2021, dans une interview pour Mediapart où il comparait la crise sanitaire à la victoire nazie en juin 1940, Matthieu Amiech faisait part de ses inquiétudes à propos de « la focalisation obsessionnelle sur une vaccination improvisée, biotechnologique et aux effets radicalement incertains » face à ce qu’il décrivait comme « un coronavirus de dangerosité modérée » [14].
En mars 2021 cela faisait plus de 5 mois que l’on comptait en moyenne 300 morts par jour du Covid-19 en France. Morts dont la proportion a toujours été beaucoup plus importante parmi les classes populaires et racisées [15]. Et dès 2020 un nombre considérable de personnes de tous âges rapportaient déjà des séquelles à long terme suite à une infection, même d’apparence « bénigne ».
La pandémie de Covid est devenue un sujet important du mouvement anti-industriel et notamment des éditions La Lenteur qui vont publier une série de mini-brochures dont Souriez, vous êtes soignés de Pierre Bourlier (12/2020), Où est passé la colère ? La politique prétendument sanitaire et ses conséquences de Écran Total (01/2021), et Ceci n’est pas une crise sanitaire de Matthieu Amiech lui-même (09/2021).
Dès le début de son texte Pierre Bourlier nous invite à « remettre en cause la gravité de l’épidémie ». Selon lui la pandémie de Covid-19 est « une peste imaginaire » qui sert une « offensive totalitaire ». Et « l’obligation du port du masque est le symbole de ce muselage ». Amiech quant à lui suit la même ligne tout en intensifiant le propos antivax, affirmant qu’ « il n’y a pas de rupture profonde dans l’état de santé de la population depuis mars 2020 à cause du Sars-Cov 2 » et que « les vaccins bio-technologiques achèvent de transformer notre monde en un vaste laboratoire hors-contrôle ». Cette « terreur » exercée à travers l’imposition de « vaccins génétiques » par l’« oligarchie mondiale » aurait pour but « l’informatisation "totale" du monde ».
Pas un mot ne sera consacré aux profondes inégalités d’accès nationales et internationales à un médicament préventif qui réduit drastiquement les formes graves de la maladie et diminue les risques de séquelles. La principale source « scientifique » mobilisée par ces textes est Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS devenu un fervent promoteur de Didier Raoult et de ses traitements dangereux, et qui en octobre 2020 a co-fondé le principal réseau de désinformation médicale français Réinfocovid. Lors de la parution du texte d’Amiech, en septembre 2021, l’implantation de Réinfocovid au sein de l’extrême-droite radicale et antisémite est amplement établie et documentée.
Enfin dans son texte Amiech qualifie les prises de position antifascistes comme celle de Sud Education de « sinistre » et d’« anti-populaire ». Le seul clivage politique qui importe est avec ou contre la « technocratie ». Ainsi, selon Amiech « le souci de défendre les plus fragiles face à l’épidémie dissimule mal [...] une approbation des transformations proposées par la technocratie, seringue et smartphone à la main. » Et tout comme dans son interview avec Mediapart, Matthieu Amiech y fait la promotion du groupe raciste, transphobe et antiféministe Pièces et Main d’Oeuvre.
Sans surprise Laurent Mucchielli, co-fondateur de Réinfocovid donc, fit une promotion enthousiaste sur les réseaux sociaux de l’ouvrage de Matthieu Amiech, L’industrie du complotisme.
Écran Total et la revue l’Inventaire
Le groupe Écran Total annonce la couleur dès la première page de sa brochure, se vantant de ne pas respecter collectivement les pratiques de réduction des risques. Plus loin iels déclarent : « Nous appelons donc à désobéir au protocole prétendument sanitaire ; ce que nous faisons chacun à notre manière dans notre groupe. Cela signifie prendre le risque de tomber malade nous-mêmes, et que d’autres tombent malades, y compris les plus fragiles. »
Mais les éditions La Lenteur ont également publié une autre brochure, que Matthieu Amiech présenta en octobre 2022 à la fête des Faucheurs Volontaires : Basculement de Paul Kingsnorth, dont le titre original est The Vaccine Moment. Kingsnorth y déploie sa version de ce qu’il nomme « l’apartheid vaccinal », affirmant que « tout le scénario de la pandémie a été répété dans un wargame moins d’un an avant que cela n’arrive » et que « la pandémie de covid s’est avérée être l’expérience contrôlée parfaite pour le déploiement de la prochaine étape de l’évolution de la Machine ».
Matthieu Amiech présente Paul Kingsnorth comme un « écologiste anglais » oubliant de dire que Kingsnorth est un chrétien orthodoxe prosélyte qui dès 2008 se définissait lui-même comme « nationaliste » [16], montrant ensuite un véritable enthousiasme pour le Brexit et la victoire de Donald Trump [17]. Il a depuis pris des positions ouvertement antiféministes et anti-trans, et collabore régulièrement avec des média d’extrême-droite.
Les brochures d’Écran Total ont bénéficié d’une diffusion par l’intermédiaire de la revue L’Inventaire. La revue L’Inventaire, éditée par La Lenteur, est la principale revue du mouvement anti-industriel. Créée en 2014 et comptant aujourd’hui 12 numéros. On peut lire dans ses éditoriaux que « l’islamisme est un problème majeur » (n5/2017), ou qu’« on ne peut qu’éprouver gratitude et respect pour la laborieuse accumulation d’éléments permettant de reconstituer notre arrière-monde » par Pièces et Main d’Oeuvre, mais aussi qu’« il est important de pouvoir souligner partout que la dénonciation du “complotisme” sert d’abord à décourager la réflexion et la recherche d’information » (n11/2021).
À l’automne 2022, L’Inventaire livre dans son n°12 plusieurs « Recensions autour du Covid ». Raphaël Deschamps, membre du comité de rédaction de la revue, commence en nous invitant à lire les essais pandémiques de Giorgio Agamben (qui après avoir dénoncé « l’invention d’une épidémie » a comparé les non-vacciné·es aux « juifs sous le fascisme »), celui du chroniqueur du FigaroVox Matthieu Slama, ou L’idolâtrie de la vie du fasciste Olivier Rey.
Puis il dédie sa recension à tresser les louanges d’Alexandra Laignel-Lavastine et de son essai Le Covid-19 et le Culte de la vie par-dessus tout. Raphaël Deschamps oublie lui aussi de situer le propos de Laignel-Lavastine, raciste militante qui depuis des années multiplie les tribunes dans Valeurs Actuelles et le FigaroVox contre le « fascisme islamique » et la « sphère islamo-gauchiste » [18]. Le magazine libertarien-conservateur Atlantico, a publié des extraits de ce pamphlet contre le « sanitairement correct », promouvant « un essai puissant sans masque ni œillères », quand le Figaro se contente du qualificatif « brillant » [19]. Deschamps termine son texte en nous invitant, avec Laignel-Lavastine, à retrouver « le souci de l’âme » que « le monde de la technique s’est employé à marginaliser ».
Ces recensions se concluent sur un éloge dithyrambique s’étalant sur 6 pages que Raphaël Deschamps consacre à La Doxa du Covid, le recueil de Laurent Mucchielli. Dans ce recueil en deux tomes, Mucchielli réunit tout ce que la France compte de fans de Didier Raoult et d’habitué·es du blog trumpiste FranceSoir, ainsi que des auteur·ices de la maison d’édition radicalement climatonégationniste et identitaire, L’Artilleur [20]. Raphaël Deschamps quant à lui loue le « courage » de « Mucchielli et ses comparses » qui, en « scientifiques », ont « esquissé les contours d’un rapport moins frelaté au réel et à la vérité ».
Le numéro 13, annoncé pour septembre 2023, comprendra une note de lecture du best-seller anti-trans Dommages irréversibles d’Abigail Shrier et une « clinique » du film Petite fille par la psychanalyste Bénédicte Vidaillet.
Ce numéro s’ouvrira avec un article sur l’« écofascisme », signé par Paul Kingsnorth.
Bertrand Louart et le site Sniadecki
Cet article de Paul Kingsnorth intitulé « La vérité sur l’écofascisme » [21] a déjà fait l’objet d’une publication en janvier 2023 sur le principal site internet du mouvement anti-industriel, le site Sniadecki édité par Bertrand Louart [22]. Bertrand Louart est auteur de deux ouvrages aux éditions La Lenteur, qui publient également sa revue Notes & Morceaux choisis, mais aussi contributeur de L’Inventaire et animateur de l’émission Racine de Moins Un sur Radio Zinzine, quand il n’est pas occupé à harceler des gens sur Twitter sous le pseudonyme verlanisé de ‘Tranbert Harlou’.
Dans ce texte sans aucune consistance intellectuelle, Kingsnorth fait un amalgame complet entre l’usage de la notion d’« écofascisme » promu par des éditorialistes comme celleux du Figaro et de Valeurs Actuelles pour disqualifier toute remise en cause du productivisme industriel, et la conceptualisation de l’écofascisme portée par une partie de la gauche révolutionnaire pour analyser l’appropriation de thématiques écologistes par l’extrême-droite et les glissements fascisants d’une partie du mouvement écologiste.
Pour Kingsnorth « il est difficile de trouver un seul éco-fasciste dans le monde réel ». D’ailleurs « fasciste » est seulement une « injure gratuite et passe-partout », et l’« écofascisme » n’est qu’un moyen de faire taire « la mauvaise catégorie de défenseurs de l’environnement, c’est-à-dire à ceux qui nous offrent une vision de l’humanité et de la nature qui implique les racines, les traditions, la taille réduite, la simplicité, et un retour à des modes de vie antérieurs ». Vision qu’il fait sienne sans réserve. Comme pour Amiech, toute position écologiste qui refuserait cette approche est réduite par Kingsnorth à une allégeance à la « technocratie » portée par des « Verts-Machine ».
Ce texte de Paul Kingsnorth a été traduit par Annie Gouilleux, traductrice de plusieurs ouvrages aux éditions La Lenteur et d’articles pour L’Inventaire. En note, Annie Gouilleux nous informe que le texte orignal de Kingsnorth a été publié sur le site anglais UnHerd qu’elle présente ainsi : « "Unherd" signifie "inédit" ou ce qu’on ne vous dit pas ailleurs ; quotidien sur Internet dans lequel Kingsnorth publie des "week-end essays" ».
La réalité est que UnHerd, où Kingsnorth est donc chroniqueur, a été fondé par Tim Montgomerie, un militant libertarien-conservateur influent, un temps conseiller de Boris Johnson, et supporter du dirigeant antisémite Viktor Orban [23]. Contrairement à ce que laisse entendre Kingsnorth les partisans du Brexit comme Montgomerie ne sont pas des partisans du « local » mais de la dérégulation économique, environnementale et sanitaire, ainsi que de politiques patriarcales et racistes.
UnHerd, qui selon une stratégie typique de l’extrême-droite cherche à recruter des voix perçues comme venant de la gauche, a développé une ligne nationaliste-libertarienne qui publie des textes favorables au masculiniste pro-viol Andrew Tate, des interviews de Robert Kennedy Jr pour qui le Covid a été « ethniquement ciblé » pour épargner les Juif·ves, ou des articles ayant pour titre Le grand mensonge du changement climatique ou Le changement climatique n’est pas une catastrophe. Les attaques contre les personnes trans et contre les politiques de santé publiques sont des piliers de UnHerd [24].
Bertrand Louart a publié un autre texte de Paul Kingsnorth, traduit lui aussi par Annie Gouilleux : « L’abolition de l’homme (et de la femme ) ». Ce texte violemment transphobe, que Louart a rangé dans la catégorie « Transgenrisme » de son site, affirme notamment que « le concept “d’enfants trans” » est « une stratégie visant à reprogrammer la société » promue par « les médias, les élites culturelles, et un tas d’ONG généreusement financées » ainsi que « nombres de milliardaires ». Pour soutenir son propos Kingsnorth s’appuie sur le théologien conservateur Carl Trueman et l’éditorialiste de UnHerd Marry Harrington, qui a représenté le magazine aux conférences National Conservatism qui réunissent les grandes figures du néofascisme international, de Peter Thiel à Giorgia Meloni.
La présence d’un pamphlet anti-trans sur le site de Bertrand Louart n’a rien de surprenant. Celui-ci a multiplié les collaboration avec les militants anti-trans de DGR/Éditions Libre et Floraisons qui soutiennent ouvertement Dora Moutot et Marguerite Stern. Moutot et Stern sont deux militantes anti-trans reçues chaleureusement à l’Assemblée par la macroniste Aurore Bergé, qui s’affichent avec des fascistes tel que Julien Rochedy ou sur la chaîne youtube de l’équipe de campagne d’Eric Zemmour, Livre Noir. Alors que leur antiféminisme et leur transphobie étaient de notoriété publique, Jacques Luzi, Matthieu Amiech et Aurélien Berlan n’ont pas hésité à donné plusieurs heures d’entretiens au podcast Floraisons. Bertrand Louart est lui visible dans des extraits d’un film « co-produit par Floraison et Le Partage ». Deux média que Louart invite régulièrement dans son émission sur Radio Zinzine. Le Partage est un site animé par Nicolas Casaux, co-fondateur de DGR France et des Éditions Libre, connu pour sa transphobie virulente. C’est ainsi que le texte transphobe de Paul Kingsnorth est directement suivi sur le site de Louart d’une traduction par Nicolas Casaux d’un pamphlet anti-trans de Jennifer Bilek, ancienne de Deep Green Resistance passée à l’extrême-droite, qui promeut les théories antisémites du militant néonazi Keith Woods sur de prétendus liens entre « Transhumanisme et Judaisme » [25].
Quelques mois auparavant, en octobre 2022, Bertrand Louart publiait une recension élogieuse du Manifeste Conspirationniste signée par Nicolas Bonanni [26]. Si le livre est bâti sur la thèse que le virus est avant tout une « fiction », ou qu’il est parsemé d’affirmations sur les vaccins « aux effets secondaires si prometteurs », ou sur les personnes atteintes de Covid Longs qui « en vertu de l’effet nocebo, sont littéralement malades de solidarité » et donc somatiseraient leur maladie, ou bien qu’il nie purement et simplement l’antisémitisme qui a prospéré au sein du mouvement antipass/antivax ; tout cela, pour Nicolas Bonanni, « n’enlève rien aux qualités d’analyse du texte ». Il se félicite même que Coupat se soit enfin approprié les thèses de Pièces et Main d’Oeuvre, et conclu en s’inquiétant des capacités du pouvoir à « conquérir nos âmes ».
Nicolas Bonanni, contributeur de la revue L’Inventaire, est un des animateurs des éditions Le Monde à l’Envers qui a co-édité, avec La Lenteur, un livre du groupe Écran Total, et a également édité plusieurs figures du mouvement anti-industriel présentes sur le site Sniadecki comme Matthieu Amiech, TomJo ou le Groupe Grothendieck.
Le Monde à l’Envers avait également publié, en 2014, La reproduction artificielle de l’humain d’Alexis Escudero, un ouvrage qui avait eu un grand succès dans les rangs de la Manif pour Tous.
Jacques Luzi et Resistenze al Nanomondo
« Nous avons pris l’initiative, en 2014, de publier en feuilleton La reproduction artificielle de l’humain, dont nous avons réuni la documentation ; formulé le titre ; mâché les idées et les raisonnements ; que nous avons corédigé ; diffusé par voie électronique – avant la parution en livre dont nous avons également imaginé la couverture à la Andy Warhol. La seule chose que nous n’ayons pas faite dans ce livre étant de le cosigner » nous informent PMO dans leur contribution au numéro de la revue Écologie et Politique sortie à l’automne 2022, et intitulé Les Enfants de la Machine.
Ce numéro, dédié à la gestation et aux techniques afférentes, revendique fièrement son inscription dans la ligne définie par PMO et Escudero. Il a été coordonné par Mathias Lefebvre et Jacques Luzi (contributeur de L’Inventaire et auteur chez La Lenteur), qui sont les premiers à avoir introduit en France, dans les pages d’Écologie et Politique, des écrits de Paul Kingsnorth. Pour réaliser ce dossier Luzi et Lefebvre ont réunit les contributions d’Aurélien Berlan, Bertrand Louart, Michela Di Carlo et PMO, mais aussi de Renaud Garcia, Mélanie Guyonvarch, Gaëtan Flocco, et Silvia Guerini.
Dans leur introduction Lefebvre et Luzi dressent le tableau : « les technologies de PMA doivent être resituées dans le cadre général des recherches biomédicales qui, de la FIV à l’utérus artificiel et au clonage, en passant par les manipulations génétiques, s’évertuent à étendre à la reproduction les principes usuels de la domination industrialiste ». Contre l’industrialisme et son « geste totalitaire » il faut viser « l’émancipation de l’ensemble du genre humain de la cage d’acier formée par les macrosystèmes technologiques aliénants et destructeurs, plutôt que l’égalité des identités (nationale ou genrée ou ethnique). »
Mais qui est à la manœuvre pour intensifier ce totalitarisme ? Qui en constitue l’avant-garde ? Tou·tes les contributeur·ices semblent s’accorder : ce ne sont plus seulement les « technolesbiennes » que PMO pointait en 2004, mais plus largement les mouvements féministes et LGBTQ+.
Selon Silvia Guerini, figure importante du groupe Resistenze al Nanomondo, « les intérêts et les revendications du mouvement LGBTQ+ et du transféminisme en matière de reproduction convergent avec ceux du système technoscientifique et transhumaniste qui veut franchir l’une des dernières étapes pour s’emparer du processus de naissance et parachever son contrôle sur le vivant ».
Silvia Guerini a récemment approfondi son enquête en se demandant « Qui finance le mouvement LGBTQ ? » dans un article éponyme [27]. La réponse vient dès la première ligne : « Le financement du mouvement transféministe LGBTQ provient de certaines fondations et organisations, comme l’Open Society Foundations de George Soros ». Mais ce n’est pas tout, elle nous informe également que la fédération américaine des Planning Familiaux, en plus de faire du « commerce de tissus et d’organes » [28], a « lancé une campagne visant à remodeler les récits culturels sur la sexualité et la santé reproductive sur la base de la reproduction artificielle de l’humain. »
Elle conclut : « Ce n’est pas un mouvement populaire, c’est un projet d’élite, beaucoup d’argent est investi dans la promotion d’une condition corporelle dissociative qui nous détache de notre corps sexuel. La cause LGBTQ+ figure désormais en bonne place dans l’agenda des puissants. »
Resistenze al Nanomondo (RaN), qui comme Cudenec conseille la lecture d’Ernst Junger, anime le lieu La Piralide de Bergame ainsi que le journal L’Urlo della Terra (auquel PMO contribuent régulièrement), et ses liens avec les milieux néofascistes ont déjà été soulignés [29]. En avril 2021 RaN publiait un communiqué de soutien intitulé « Quand un tas de fumier est positif » [30]. Ce texte venait appuyer une action menée deux jours plus tôt : un tas de fumier avait été déversé devant l’entrée du centre social autogéré Paci Paciana, de Bergame également, une pancarte « Complices de la dictature sanitaire » plantée dedans.
RaN dans son texte de soutien à cette action, nous en donne les raisons, nous apprenant qu’elle était une réaction au fait que « le centre social Paci Paciana a lancé une campagne pour réaliser des tests de dépistage Covid gratuits dans son propre espace ». Ce qui pour RaN est éminemment problématique car « le but de cet étrange test appelé écouvillon va certainement au-delà de la recherche de la présence du SARS-CoV-2. On a affaire à de vrais grattoirs qui peuvent attraper, quoi ? l’ADN pour entamer le suivi du programme lié à cette pseudo pandémie. Tous enregistrés avec leur propre identité numérique qui va de pair avec notre code génétique et qui aura besoin de la technologie 5G pour permettre sa lecture. » Et puisque « maintenant c’est nous qui sommes ces épis de maïs OGM, [...] il est important d’indiquer clairement qui est complice et soutient ce techno-monde cybernétique et transhumaniste et, de fait, soutient et promeut haut et fort cette dictature sanitaire, surtout lorsque ces complicités proviennent d’une cyborg-gauche progressiste libérale arc-en-ciel. »
Mélanie Guyonvarch et Gaëtan Flocco, qui ont aussi écrit un article pour le numéro Les Enfants de la Machine, publiaient avec d’autres, à l’été 2022, un hommage au mouvement antivax de l’été 2021 dans la revue en ligne Terrestres, revue qui publie régulièrement des plumes du mouvement anti-industriel (Matthieu Amiech, François Jarrige, Raphaël Deschamps, Aurélien Berlan, Écran Total...). Ce pamphlet antivax et antimasque qui s’intitulait « Retour sur le passe vaccinal et son monde » était illustré par Terrestres d’une photo de troupeau de moutons, et prenait pour référence Laurent Mucchielli, dont Mélanie Guyonvarch, Gaëtan Flocco et Fabrice Colomb sont de fervents soutiens [31] et signataires de plusieurs de ses tribunes, dont « Une nouvelle religion vaccinale est née en Occident » (2021). Deux mois plus tard Terrestres publiait son propre éloge du Manifeste Conspirationniste, sous la plume d’un certain Bernard Aspe, qui tout en renvoyant dos à dos déni de cette « maladie de gravité modéré » que serait le Covid et déni « des effets secondaires de la vaccination », reconnaissait un « mérite à l’extrême-droite » tout en mettant en garde contre « les mouvements féministes ou décoloniaux » et leur « piège identitaire ».
Le contenu de ce numéro d’Écologie et Politique est si brutalement sexiste, transphobe et réactionnaire que des membres du comité de rédaction de la revue Écologie et Politique ont jugé bon de s’en distinguer en en publiant une critique dans Terrestres [32].
Paul Cudenec, présent à l’évènement de lancement des Enfants de la Machine, s’est scandalisé de ces critiques adressées à ses camarades. Il a donc publié une réponse, sous le titre « La Voix du Système », dans un magazine où il tient une chronique : Truthtalk, un site qui diffuse régulièrement des vidéos de Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump et chef de file de l’internationale néofasciste [33].
Renaud Garcia et les éditions L’Échappée
Paul Cudenec n’est pas le seul à s’être élevé contre les critiques émises sur ce dossier d’Écologie et Politique. Jacques Luzi, coordinateur du dossier, a donné une interview à la revue Le Comptoir en réponse à la critique parue dans Terrestres. Dans cette interview, Jacques Luzi soutient notamment que « l’identité féminine se définit à partir de la capacité reproductive des femmes », mais aussi que « le Planning familial répand le lexique trans selon lequel le sexe est un “construit social” et “mâle/femelle”, “masculin/féminin”, sont des mots à bannir ». La critique émise par ses camarades du comité de rédaction est quant à elle qualifiée de procédé de « censure » typique de la « gauche industrialiste » et des « enragés transactivistes » [34].
Le mouvement anti-industriel a ses propres relais médiatiques. Le plus évident est le mensuel La Décroissance dirigé par le catholique Vincent Cheynet, et dont les positions profondément réactionnaires sont connues de longue date [35]. La Décroissance est très lié aux éditions L’Échappée : Cedric Biagini y est chroniqueur, de même que François Jarrige ; Patrick Marcolini et Guillaume Carnino y interviennent régulièrement, et Pierre Thiesset journaliste titulaire à La Décroissance est directeur de collection chez L’Échappée. La Décroissance donne donc régulièrement la parole au milieu anti-industriel, à PMO et aux auteur·ices de La Lenteur.
Mais si les protagonistes du mouvement anti-industriel sont également mis en avant dans Reporterre, ou des publications anarchistes plus confidentielles comme Réfraction ou À contretemps, c’est un autre hebdomadaire qui lui offre sa plus grande publicité hors des espaces militants. Il s’agit ici du magazine Marianne, dirigé par Natacha Polony, dont la ligne éditoriale polarisée par la dénonciation de « la tyrannie des minorités » a rendu son contenu indistinguable de celui de Valeur Actuelles [36]. Jacques Luzi, Matthieu Amiech, Aurélien Berlan, Bertrand Louart, mais aussi Cedric Biagini et Patrick Marcolini ont notamment eu les honneurs de ce magazine qui s’est fait le héraut de la lutte contre « les obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité » et le porte-voix des campagnes anti-trans. Le Comptoir, qui est également un relai actif du mouvement anti-industriel, a d’ailleurs été fondé par Kevin Boucaud-Victoire - rédacteur en chef de la rubrique débats et idées de Marianne et ancien chroniqueur de la revue Limite - avec certains de ses camarades de Ragemag, webzine qui s’éteignit au bout de 2 ans « après avoir explosé toutes les limites de la décence, sexiste, raciste, islamophobe et antisémite » [37].
Renaud Garcia, contributeur actif de PMO et auteur phare des éditions L’Échappée (ainsi que membre d’Écran Total et auteur chez La Lenteur et L’Inventaire), semble être particulièrement apprécié par Le Comptoir et Marianne. Cela paraît logique tant à sa lecture on peine à trouver ce qui le distingue de la prose d’une Natacha Polony et de son combat contre les « nouveaux inquisiteurs » [38] que seraient les militant·es féministes, antiracistes et antifascistes.
En 2021 les éditions L’Échappée ont réédité Le désert de la critique de Renaud Garcia. Un livre initialement paru en 2015 où Garcia se livrait à un exercice de shadow-boxing assez gênant contre des figurines en papier mâché confectionnées à son usage : les « déconstructionnistes ». La nouvelle édition est agrémentée d’une préface inédite, et c’est tout le vocabulaire de Polony que l’on retrouve sous la plume de Garcia qui s’en prend lui aussi aux « nouveaux inquisiteurs » de « la nouvelle doxa de la lutte contre toutes les oppressions », comparant « les milices néoféministes actuelles » à la police politique stalinienne et les luttes antiracistes au totalitarisme orwellien de 1984. Partageant l’obsession de la directrice de Marianne pour les personnes trans, il assène que « l’accusation de transphobie est un cheval de Troie permettant à des hommes trans de prendre le contrôle de groupe de femmes », et se gausse du « souci de ne pas “mégenrer” les gens, autrement dit commettre une erreur d’identification en se fiant à l’évidence de sa perception. »
Dans Les Enfants de la Machine Renaud Garcia prolonge son propos dans un texte qu’il introduit ainsi : « Cet article développe une thèse avancée dans la préface à la réédition de mon livre Le désert de la critique, selon laquelle les militants [...] qui se rassemblent sous l’étiquette LGBTTQQIAAP, seraient les “agents d’acceptabilité sociale” du parti technologiste : les partisans d’un monde intégralement bureaucratisé, en accélération constante, dirigé par la caste de l’avoir, du pouvoir et du savoir ». Plus loin Garcia fait siennes les positions de Colette Chiland, psychiatre anti-trans qui en 2011 comparait le travail théorique de Judith Butler à l’idéologie nazi [39]. Enfin, se revendiquant d’un « matérialisme organique et vitaliste » il conclue lui aussi que « la technoscience » constitue « le front principal à dénoncer, par-delà la polarisation médiatique extrême droite réactionnaire vs gauche transgressive. »
Pour appuyer son propos Renaud Garcia évoque également un autre auteur important des éditions L’Échappée : Anselm Jappe. Ce chef de file de la ‘critique de la valeur’ a publié en avril 2021 un pamphlet contre la PMA intitulé « Le droit à l’oncle » [40]. Selon Jappe « la PMA, dans toutes ses variantes, depuis la “simple” insémination artificielle jusqu’à l’implantation d’un embryon génétiquement modifié dans un utérus “loué” (gestation pour autrui), la greffe d’utérus, et jusqu’à l’utérus artificiel encore en voie d’élaboration, appartient au même monde que les centrales nucléaires et les pesticides, le clonage des animaux et l’amiante, la dioxine dans les poulets et le plastique dans les océans ». Ce texte, dans lequel Jappe trace un trait d’union entre le transhumanisme et la PMA qu’il rebaptise « zoologie médicalement assistée », a été salué par PMO qui, le qualifiant de « fidèle résumé » de leur propres positions, lui ont fait l’honneur de le republier sur leur site.
Mais ce n’est pas le seul point commun qu’Anselm Jappe partage avec PMO. En 2022 Jappe a vu l’un de ses écrits réfusé par la principale revue allemande de la ‘critique de la valeur’. La revue Exit !, dont il était un contributeur régulier. Dans cet article intitulé « Vous avez dit "dictature sanitaire" ? » [41] l’auteur de L’Échappée se livre à une charge azimutée contre l’« hystérie vaccinale », nous prédisant que bientôt le rappel vaccinal « sera administré chaque semaine, ou bien nous serons directement reliés à une perfusion continue. Et tout cela dès l’âge de cinq ans ». Pour Jappe cette dictature sanitaire représente « la plus grave restriction des libertés depuis 1945 ». De façon plus étonnante, Anselm Jappe ne se contente pas d’affirmer que « l’utilisation fanatique de la vaccination [...] vise essentiellement à créer un climat de soumission », d’apporter son soutien à Didier Raoult, ou de nier ouvertement le fait que les populations africaines n’ont quasiment pas eu accès aux vaccins, mais va jusqu’à soutenir que « le virus se moque de toutes les mesures et même de l’absence de mesures ». Ce qui le conduit à rejoindre le choeur de ses camarades anti-industriels, relativisant l’implication structurelle de l’extrême-droite dans les mouvements anti-prévention et répétant lui aussi que « l’accusation de théorie du complot est devenue un élément central du discours officiel et vise à étouffer dans l’œuf toute discussion sur les vérités étatiques et médiatiques. » Comme dans son texte sur la PMA, les points de vues contraires à celui qu’il soutien sont affublés des habits du « stalinisme ».
Les deux auteurs de L’Échappée semblent pleinement d’accord sur ce point. Renaud Garcia affirmant à Boucaud-Victoire, sur Le Comptoir, que le « militantisme “woke” » est « une résurgence totalitaire, dans le style des organisations de jeunesse staliniennes » [42]. Un point de vue partagé par les édition L’Échappée qui, pour présenter l’ouvrage de Garcia en quatrième de couverture, usent de mots qui rappellent étrangement les éléments de langage des chroniqueurs de CNews : « Les théories de la déconstruction, aujourd’hui portées par la culture “woke”, créent un climat de suspicion et d’intimidation inédit. Elles prospèrent sur le désert humain de la tyrannie des identités. »
Paul Cudenec est encore plus direct, intitulant un de ses récents articles :
« Woke is fascism »
Histoire de dix ans
Il y a dix ans la publication par les éditions L’Échappée du fasciste Charles Robin parmi les auteurs de Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques avait suscité un large mouvement de réprobation au sein des espaces de luttes. Mais bien que la réponse de la maison d’édition – intitulée « Les Éditions de L’Échappée appellent à la vigilance » [43] - se soit concentrée uniquement sur la présence de cet individu, les critiques émises à la sortie de cette publication pointaient des problèmes bien plus larges, comme la ligne générale de l’ouvrage et le pedigree des auteurs sélectionnés pour ce petit panthéon « radical », ainsi que celui de certains contributeurs.
De nombreuses personnes s’étaient étonnées que cette sélection de « penseurs radicaux vraiment critiques » par une maison d’édition se revendiquant du mouvement libertaire comporte un certain nombre d’auteurs très difficilement situables dans le camp révolutionnaires. Le profil de certains d’entre-eux retenait particulièrement l’attention, et il peut-être intéressant de voir ce qu’ils sont devenu depuis cette année 2013.
Guillaume Carnino, co-fondateur de L’Échappée, livrait un papier sur Dany-Robert Dufour. En 2013, Dufour est un ancien directeur de programme au Collège international de philosophie qui s’est spécialisé, comme une bonne part des ‘radicaux’ sélectionnés par L’Échappée, dans la critique du « libéralisme culturel », présenté par lui comme un « totalitarisme antiautoritaire » imposant la « désymbolisation » de la « religion du Marché », qui mène notamment au « transexualisme ». Son livre L’individu qui vient, paru en 2011, contient des pages d’une rare violence mysogine, homophobe et transphobe. Cette « critique du libéralisme culturelle » lui a valut des hommages appuyés de la part du néofasciste Alain de Benoist dès 2006 [44]. Dans les années 2010 Dufour a endossé le costume de l’intellectuel qui ne-peut-plus-rien-dire alors que ses ouvrages étaient réédités en poche chez Gallimard, se plaignant en 2017 auprès de Boucaud-Victoire d’être « classé parmi les néoréactionnaires » [45].
Plus récemment, en 2020 et 2021, Dufour a donné des conférences au Cercle Aristote, un thinktank « souverainiste » mené par Pierre-Yves Rougeyron, animateur à la webtv fasciste TVLiberté et président de l’association "Les Amis d’Eric Zemmour". En 2021 il a également publié Fils d’anar et philosophe chez la maison d’édition néofasciste R&N, un livre biographique basé sur des entretiens menés par Thibault Isabel, ancien rédacteur en chef de Krisis et ancien collaborateur d’Éléments, deux revues néofascistes fondées par Alain de Benoist. C’est d’ailleurs dans les colonnes d’Éléments que Dufour a donné une interview pour promouvoir son récent pamphlet anti-trans Le phénomène trans. En 2013, dans les notices biographiques de Radicalité on pouvait également prendre connaissance du fait que Dany-Robert Dufour était alors le directeur de thèse de Charles Robin.
Le texte sur Pier Paolo Pasolini avait quant à lui été confié à Olivier Rey, philosophe et mathématicien. Olivier Rey était en 2013 déjà connu pour son implantation dans les milieux catholiques conservateurs et traditionalistes. Il avait publié dans la revue catholique Étvdes, fondée par la Compagnie de Jésus, des articles au titres évocateurs comme « L’homme originaire ne descend pas du singe », il avait également donné un prêche anti-trans lors de la Conférence de Carême à Notre-Dame de Paris en mars 2011, et il était membre d’honneur de l’association Cosette et Gavroche créée en octobre 2012. « Dès le début d’octobre 2012, l’association Cosette et Gavroche a lancé une grande manifestation à Lyon le 17 novembre qui a été le point de départ du mouvement français La Manif Pour Tous », peut-on lire sur le site de l’association.
Mais c’est peut-être la lecture d’ Une folle solitude, Le fantasme de l’homme auto-construit, publié en 2006 par Olivier Rey, qui avait décidé cette maison d’édition anarchiste a inviter cet auteur. Dans ce vibrant plaidoyer en faveur de l’autorité et de la tradition on peut en effet lire que « dans un cosmos hiérarchiquement ordonné, prendre place dans une hiérarchie, fût-ce au plus bas degré, n’était pas uniquement servir : c’était également s’inscrire dans le monde, participer à son ordre, ainsi “il faut de tout pour faire un monde” : des puissants et des humbles, jouant chacun leur partition, participant à la plénitude ordonnée du cosmos social ». En septembre 2013, deux mois avant la parution de Radicalité, Olivier Rey publiait lui aussi dans la revue Krisis d’Alain de Benoist [46].
Conférences pour le Cercle Aristote ou pour le lobby anti-IVG Alliance Vita, apparitions sur TV Liberté, contributions aux magazines Éléments et Krisis, préfaces pour les éditions R&N… Il serait impossible de recenser toutes les collaborations d’Olivier Rey avec des organes néofascistes depuis 2013 tant elles sont nombreuses. Relevons-en simplement quatre : en 2017 Olivier Rey fera partie du comité de rédaction de L’Incorrect, magazine dirigé par Jacques de Guillebon, co-fondateur de Limite et proche de Marion Maréchal-Le Pen, et financé par le thinktank néofasciste L’Avant-Garde [47]. L’Incorrect, L’Avant Garde, Marion Maréchal et tous ceux qui constitueront la base de la campagne électorale d’Eric Zemmour organiseront en 2019 la « Convention de la droite » : Olivier Rey y donnera une conférence intitulée « Seuls les peuples enracinés résistent à l’effondrement ». En 2021 et 2023 Olivier Rey inteviendra au colloque annuel du thinktank néofasciste l’Institut Iliade. Enfin, en 2022, Oliver Rey participera à un débat organisé par la revue Éléments à propos du « Grand Remplacement », en tête à tête avec le principal promoteur de cette théorie, Renaud Camus.
Cette trajectoire politique marquée par la constance et dépourvue d’ambiguïté n’a en rien empêchée Bertrand Louart de publier plus d’une dizaine de textes d’Olivier Rey sur son site entre 2014 et 2019, ni le collectif Technologos, proche du mouvement anti-industriel, d’inviter Olivier Rey à donner une conférence intitulée « La décivilisation numérique » lors de leurs assises annuelles de 2017. Cette journée d’assises était introduite par François Jarrige et les vigilants éditeurs de L’Échappée, Guillaume Carnino et Cédric Biagini.
Beaucoup à la sortie de Radicalité se sont étonné·es du fait que les éditeurs ne semblaient pas se poser une seconde la question de ce qui avait permis à un texte rédigé par un fasciste d’être validé par leur soin, ni sur le ‘penseur’ à qui ce texte était consacré - Jean-Claude Michéa - qui était loin d’avoir une place marginale dans le livre, en en constituant au moins une boussole [48]. Et c’est la présence de Michéa lui-même qui ne laissait pas d’interroger, indépendamment du fait que sa présentation ait été faite par un fasciste. Cette incompréhension était-elle simplement dû au fait que des personnages comme Marine Le Pen ou Eric Zemmour présentait déjà à l’époque Jean-Claude Michéa comme leur auteur de chevet ? Ou bien à celui que Michéa avait dès 2001 co-signé un livre - Les Valeurs de l’homme contemporain - avec Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner, et, à la manière de Renaud Garcia, se saisissait de la moindre occasion pour couvrir de mépris la « lutte contre toutes les discriminations » ?
Peut-être les éditeurs de L’Échappée n’avaient-ils pas eu le temps de lire le dernier ouvrage de Michéa paru en mars 2013 – Les Mystères de la gauche - dans lequel il faisait dépendre « toute culture authentique » des « frontières géographiques », et le « véritable internationalisme prolétarien » de « ses fondements patriotiques et communautaires ». Peut-être la lecture de L’Empire du moindre mal paru en 2007, où Michéa faisait de l’« extrême gauche » et du Réseaux Éducation Sans Frontière l’avant-garde du Capital et de ce qu’il appelle son « sans-frontiérisme », était quant à elle trop lointaine [49].
Prenons-donc un ouvrage ni trop proche ni trop loin de 2013 dans la littérature éminemment rébarbative de Jean-Claude Michéa : Le Complexe d’Orphée, paru en 2011. Dans ce livre, qui a pour base sa thèse répétée ad nauseam que le Capital serait bâtit sur la symbiose du libéralisme économique de la droite et du libéralisme culturelle de la gauche (bref de la droite du travail et de la gauche des valeurs), Michéa consacre l’ensemble de l’ouvrage à attaquer l’« illimitation » et le « refus du passé », proprement « libéraux », de « la gauche et de l’extrême-gauche » [50].
C’est ainsi qu’il attaque une gauche coupable selon lui de combattre « tous les signes d’une vie collective enracinée dans une culture particulière » et de « célébrer à l’infini la transgression de toutes les limites morales et culturelles léguées par les générations antérieures ». « L’univers liquide dont rêvent Badiou, le Medef et les “sans-frontiéristes” » conduirait, toujours selon Michéa, au « déracinement généralisé » et à une « conception désincarnée (ou transgenre) de l’universel ». Il défend donc la vision d’« une société socialiste décente » qui devra « maintenir un secteur privé et, par conséquent, un nombre, probablement important, d’entreprises privées », pour lutter contre « le capitalisme sans frontières – machine dont les élites déracinées, incultes et perpétuellement mobiles s’emploient, depuis maintenant des décennies, à dissoudre la prodigieuse diversité des civilisations existantes ». Cela l’amène à consacrer plusieurs pages à la défense d’Eric Zemmour face à ce qu’il nomme « la police de la pensée ».
Sa thèse majeure, celle d’une gauche congénitalement « libérale », repose sur une source principale, citée dès la première page de l’ouvrage : une « étude magistrale », d’un certain Marc Crapez, paru en 2009, dans la revue Krisis. Celle d’Alain de Benoist.
Comment un Charles Robin ne serait-il pas à son aise dans une pensée aussi furieusement nationaliste et saturée de schèmes antisémites ? Mais surtout, comment cette pensée raciste et patriarcale a pu se diffuser autant et devenir matricielle au cours des années 2000 dans certains milieux anarchistes, alors que la seule chose que Michéa ait en commun avec l’anarchisme est l’usage du mot dans le titre d’un de ses livres ?
Dans les années qui suivirent, Kevin Boucaud-Victoire déclarera dans les colonnes de Limite que « Le livre Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques publié par L’Échappée en 2013 est presque une Bible pour nous ».
Alain de Benoist confiera que « dans le paysage intellectuel français, celui dont je me sens le plus proche, c’est quand même Jean-Claude Michéa ».
Et Charles Robin écrivit pour la revue Krisis un papier intitulé La sagesse anarchiste.
Faire face à nos responsabilités
Vous en conviendrez aisément, cette histoire n’a que trop duré. La tâche étant des plus pénibles, elle ne pouvait être réalisée à moitié. Concluons cette traversée d’un naufrage en compagnie de celui qui l’a inaugurée, le contributeur de la revue Brasero, Paul Cudenec, qui quelques semaines à peine après la sortie de la revue des éditions L’Échappée publiait un nouvel ouvrage intitulé Les Ennemis du Peuple : les Rothschilds et leur Empire Global corrompu [51].
En juillet 2023 PMO invitent leurs lecteur·ices à se rendre aux rencontres estivales annuelles de leurs ami·es de Resistenze al Nanomondo [52]. Du 27 au 29 juillet des conférences et animations sont programmées lors de ces « trois jours contre la techno-science ». Vincent Cheynet, Jacques Luzi et Paul Cudenec y sont programmés comme conférenciers. Le samedi 28 Jacques Luzi fait donc un exposé sur « Biotechnologie, PMA et eugénisme » tandis que Vincent Cheynet se demande s’il « existe une matrice du "phénomène trans", du transhumanisme, du transsexualisme ? » [53].
La veille ils ont pu assister à la projection d’Infertilité : un plan diabolique, un « documentaire » réalisé par la star historique des mouvements antivax Andrew Wakefield, et produit par Robert Kennedy Jr, figure importante du mouvement antisémite Qanon et candidat libertarien à la présidentielle américaine, ayant reçu le soutien public des milliardaires Jack Dorsey et Elon Musk. Ce « documentaire » diffusé par le lobby Children’s Health Defense, dirigé par Kennedy, affirme qu’après que l’OMS « sous le couvert d’un programme de vaccination contre le tétanos, a conduit à la stérilisation de millions de femmes en Afrique », désormais « les vaccins génétiques contre le Covid-19 sont susceptibles de provoquer la stérilité des femmes dans le monde entier. »
Paul Cudenec, quant à lui, donne une conférence intitulée « Faire la lumière sur le climat de manipulation ». Dans celle-ci il développe la thèse que, selon lui, « le fait que les mouvements pour la “justice climatique” et les “droits des trans” soient des faux drapeaux pour les intérêts financiers des entreprises n’est pas une coïncidence, mais fait partie d’un plan systématique et de grande envergure ». Il ouvre son propos en avançant qu’il est difficile de trancher entre la position d’une certaine Cory Morningstar « selon laquelle le changement climatique d’origine humaine est bien réel, mais qu’il a été systématiquement exploité à des fins nettement non écologistes par le capitalisme mondial », et celle de « l’affable scientifique anglais » Piers Corbyn qui « affirme qu’il n’y a pas de réchauffement climatique provoqué par l’homme » [54].
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Ces dix dernières années ont vu progresser de manière fulgurante l’extrême-droite internationale et les dynamiques réactionnaires et autoritaires, propulsées par les ravages de l’offensive capitaliste néolibérale. Tout en maquillant leur antisémitisme constitutif sous un anticapitalisme de pacotille et les artifices langagiers anciens de l’« élite mondialiste » ou de l’« oligarchie mondiale », les fractions d’extrême-droite de la bourgeoisie ont capitalisées pendant des années sur l’intensification de l’islamophobie extérieure et intérieure. Réussissant ainsi à capter une partie des angoisses d’une classe moyenne blanche en voie de paupérisation.
La pandémie de Covid-19 a été l’occasion d’élargir considérablement leur audience bien au-delà des sympathisants sensibles de prime abord aux discours racistes, tout en revitalisant un antisémitisme et un eugénisme décompléxé. À travers certains de leur représentants à la tête de puissances capitalistes mondiales comme Trump, Bolsonaro, Modi ou Johnson, mais aussi par la construction d’une miriade de mouvements fascisants comme Réinfocovid, iels se sont battu pour promouvoir l’infection de masse, pour l’abandon des personnes vulnérables, sureprésentées parmi les classes populaires et racisées, pour que prévale « la loi de la nature » et du profit, pour retrouver l’ancienne normalité. Appuyant ainsi le programme porté par le néolibéralisme de destruction continue des systèmes de solidarité et de toute forme d’autodéfense populaire.
Une fois les dommages de la pandémie invisibilisés et naturalisés par les néolibéraux grâce aux outils forgé par l’extrême-droite libertarienne, les fractions d’extrême-droite de la bourgeoisie, fortes d’arrivées nombreuses dans leurs rangs, ont relancé de nouvelles offensives. Certaines de ces offensives se sont concentrées d’abord sur les personnes trans, selon la stratégie typique de l’extrême-droite de s’en prendre d’abord aux personnes les plus fragilisées socialement. À travers les personnes trans c’est l’ensemble des minorités de genres et de sexualités, le mouvement féministes, et les droits reproductifs qui sont visés pour y opposer l’orde supposément « naturel » de la famille. En témoigne les violentes vagues d’attaques, en France et à l’international, contre le Planning Familial et le droit à l’avortement au cours de l’année 2022. Ces attaques ont été portées par l’extrême-droite historique ainsi que par la multitude de nouveaux satellites créent dans les premières années de la pandémie.
Enfin cette campagne contre les personnes trans et le féminisme, qui reprend bien des éléments de l’antisémitisme (le mythe de la minorité privilégiée, celui du « Lobby » tentaculaire, quand ce n’est pas directement des listes de personnes juives), a trouvé à se prolonger dans l’offensive plus générale et continue de l’extrême-droite contre les luttes d’émancipation, cette fois-ci affublée des oripeaux d’un vocable tout droit emprunté aux forces néofascistes américaines : le « wokisme ». Derrière l’épouvantail du « wokisme » agité par les partisans autoritaires de la reproductions des hiérachies sociales, c’est l’éternelle opération d’étouffement des luttes populaires contre les dominations capitalistes, coloniales et patriarcales, qui se rejoue (pour les épisodes précédents voir « islamo-gauchisme », « politiquement correcte », « dictature des minorités »).
Dans un contexte mondial où s’entrelacent crises écologiques, économiques, pandémiques et géopolitiques, l’ordre suprémaciste, patriarcal et eugéniste vendu par l’extrême-droite internationale qui a déjà conquis de larges pans de la bourgeoisie séduit des secteurs importants de la classe moyenne qui espèrent retrouver l’ancienne normalité. Hier comme aujourd’hui les fractions d’extrême-droite de la bourgeoisie recrutent en ouvrant des fronts, en menant des offensives, en surjouant la révolte. Une révolte pour enraciner et renforcer l’ordre dominant.
⁂ ⁂ ⁂
Comme nous l’avons vu, et aussi hallucinant que cela puisse paraître, depuis plusieurs années le mouvement anti-industriel a relayé chacune de ces offensives au sein même des espaces de luttes. Comme nous l’avons vu également, Pièces et Main d’Oeuvre, loin d’avoir été marginalisé·es par leurs sorties racistes, anti-trans, homophobes et anti-féministes sont au contraire reconnu·es et valorisé·es par l’ensemble de ce mouvement. PMO n’est pas l’exception mais la norme.
Le refus d’analyser et combattre la multiplicité des systèmes de domination qui structurent le capitalisme au profit d’une vision indigente opposant un sujet soi-disant unifié – les humain·es ou les vivant·es – face au « technototalitarisme » produit un terreau hautement favorable à la naturalisation des hiérarchies sociales. D’autant plus quand cela croît dans une atmosphère d’essentialisation et de fascination pour « la Nature », désormais vendu sous l’emballage du « Vivant ». Nous n’avons nul besoin de ces impasses essentialistes et autoritaires pour mener une critique conséquente du capitalisme industriel.
Quand des acteur·ices se révendiquant de l’anarchisme et des luttes populaires travaillent activement a importer des logiques autoritaires et réactionnaires au sein des espaces de luttes, alors même que l’extrême-droite devient chaque jour plus hégémonique, cela provoque une porosité avec le pire, des divisions dans les collectifs de lutte, et mène à un affaiblissement général porteur des plus grands dangers.
Tout cela devrait constituer un signal d’alarme fort et pousser l’ensemble des acteur·ices des luttes populaires d’émancipation à ne pas seulement « appeler à la vigilance » mais à s’organiser concrêtement pour qu’aucune passerelle ne soit établie entre nos mouvements et des courants antisémites, antitrans, racistes, validistes, antiféministes, nationalistes, et les personnes qui pourraient être complaisantes à leur égard.
De toute urgence, il nous faut élever des digues.
Chacun·e doit faire face à ses responsabilités.
Dossier sur « le glissement de PMO vers des positions homophobes, anti-féministes et réactionnaires », Timult 8, septembre 2014 [https://timult.poivron.org/08/]
[3] La notion de « mouvement anti-industriel » est employée par Miguel Amoros et Renaud Garcia (in Le Désert de la critique) quand Patrick Marcolini parle lui de « mouvance anti-industrielle » : « la mouvance qu’on nomme – en fait, qui se nomme elle-même – "anti-industrielle " » [sniadecki.wordpress.com/2023/06/14/marcolini-ancre/]
[4] Fascism Rebranded : Exposing the Great Reset, juillet 2021, Winter Oak ; Who’s behind the fake-left vaccine gang ?, octobre 2021, Winter Oak ; Klaus Schwab and his great fascist reset, octobre 2020, Winter Oak
[5] Voir notamment Klaus Schwab and his great fascist reset, octobre 2020, Winter Oak ; Controlling the left : the impact edgenda, février 2021, Winter Oak ; The Great Reset Phase 2 : War, mars 2022, Winter Oak ; Who’s behind the fake-left vaccine gang ?, octobre 2021, Winter Oak.
[6] Voir Canada : the “anarchists” who hate freedom uprisings, février 2022, Winter Oak ; Resistance : rupture and rebirth, février 2022, Winter Oak ; France rises up against the new fascism, juillet 2021, Winter Oak ; Liberté ! Résistance ! A photo-report from France, juillet 2021, Winter Oak
[17] Les mensonges de la terre, Contre l’écologie völkisch de Paul Kingsnorth, Collectif Out of the Woods, mars 2017 (Lien en Bibliographie)
[18] Le déni idéologique du réel sera le plus difficile à abattre, Alexandra Laignel-Lavastine, décembre 2015, Valeurs Actuelles ; Face à l’islamisme, certains intellectuels « progressistes » sont dangereux, Alexandra Laignel-Lavastine, juin 2015, FigaroVox
[19] "La Déraison sanitaire" d’Alexandra Laignel-Lavastine : un essai puissant sans masque ni oeillères, décembre 2020, Atlantico ; Confinement : « Nos héritiers nous reprocheront notre irresponsabilité », Alexandre Devecchio, novembre 2020, Le Figaro
[21] La vérité sur l’écofascisme, Paul Kingsnorth, janvier 2023, Sniadecki [sniadecki.wordpress.com/2023/01/06/kingsnorth-ecofascisme/]
[22] sniadecki.wordpress.com ; La religion du progrès, Floraisons [floraisons.blog/la-religion-du-progres/]
[23] Boris Johnson adviser under fire for praise of Hungary’s Viktor Orban, George Parker, janvier 2020, Financial Times
[24] À propos de UnHerd voir Disaffected Right, Making Sense of UnHerd, Josh White, juin 2023, The Battleground [thebattleground.eu/2023/06/12/disaffected-right/] ; Red Tory to Blue Labour, How Spiked and Unherd are Keeping National Populism Alive, Jon Bloomfield, David Edgar, décembre 2022, Byline Times [bylinetimes.com/2022/12/07/red-tory-to-blue-labour-how-spiked-and-unherd-are-keeping-national-populism-alive/] ; Fighting Back Against National-Populism, Jon Bloomfield, David Edgar, décembre 2022, Byline Times [bylinetimes.com/2022/12/19/fighting-back-against-national-populism/]
[25] Cf. Bibliographie, notamment Pas d’éco-terfs dans nos luttes ! Floraisons et DeepGreenResistance ne viendront pas à la Maison de l’écologie, ni ailleurs !, novembre 2022, rebellyon.info ; Planning familial : les anti-trans, "cautions progressistes" des réacs, Pauline Bock, septembre 2022, Arrêt sur images
[26] À propos du Manifeste conspirationniste, Nicolas Bonanni, octobre 2022, Sniadecki
[29] Sur la dérive réactionnaire de certain·es "compagnon·nes", Des anarchistes, août 2021, mars-infos.org (Lien en Bibliographie)
[30] Quando un mucchio di letame risulta positivo al tampone, Resistenze al nanomondo, avril 2021
[31] Gaëtan Flocco et Fabrice Colomb ont pris personnellement la défense de Laurent Muchielli lorsqu’un de ses billet de blog a été dépublié par Médiapart et que le CNRS s’est désolidarisé de son chercheur, du fait qu’il désinformait de manière plus outrancière que d’habitude au sujet de la vaccination : "La sociologie ne consiste pas à faire la chasse aux sorcières mais à débattre", Gaëtan Flocco, Fabrice Colomb, août 2021.
[33] The Voice of the System, Paul Cudenec, janvier 2023, TruthTalk [truthtalk.uk/2023/the-voice-of-the-system/]
[34] Jacques Luzi : « La procréation technologiquement assistée est une médecine transhumaniste », Kévin Boucaud-Victoire, mars 2023, Le Comptoir [comptoir.org/2023/03/13/jacques-luzi-la-procreation-technologiquement-assistee-est-une-medecine-transhumaniste/]
[35] La Décroissance : quand le « journal de la joie de vivre » courtise la fachosphère, Aude Vidal, avril 2021, blog médiapart ; La Décroissance, ce journal que nous n’achèterons pas, juillet 2019, rebellyon.info · (Liens en Bibliographie)
[38] Délivrez-nous du bien ! - Halte aux nouveaux inquisiteurs, Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, 2018, éditions de L’Observatoire
[39] Les mots et les réalités, Colette Chiland, 2011, L’information psychiatrique [www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2011-4-page-261.htm] ; À propos de Chiland voir aussi Des « psys », des théories et de la transphobie, in Sociologie de la Transphobie, Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, novembre 2019, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine [books.openedition.org/msha/4875]
[40] Le Droit à l’oncle, Anselm Jappe, avril 2021, blog Mediapart [blogs.mediapart.fr/anselm-jappe/blog/190421/le-droit-loncle], réédité dans Soleil noir, Anselm Jappe, novembre 2021, Crise et critique.
[41] Haben Sie „Gesundheitsdiktatur“ gesagt ?, Anselm Jappe, janvier 2022, Wertkritik und Krisentheorie [wertkritik.org/beitraege/jappe-haben-sie-gesundheitsdiktatur-gesagt]
[42] Renaud Garcia : « Le militantisme “woke” ne cherche pas à convaincre mais à régenter la vie des autres », Kévin Boucaud-Victoire, novembre 2021, Le Comptoir [comptoir.org/2021/11/16/renaud-garcia-le-militantisme-woke-ne-cherche-pas-a-convaincre-mais-a-regenter-la-vie-des-autres/]
[43] [Intégralité du communiqué “Les Éditions de L’Échappée appellent à la vigilance” (novembre 2013) :
“Il a été porté à notre connaissance qu’un auteur d’un texte du livre collectif Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques, publié aux Éditions de L’Échappée et actuellement en librairie, entretenait des relations avec des structures proches de la mouvance d’Alain Soral. Cet auteur, Charles Robin, nous avait été recommandé par une personne de confiance, clairement engagée à gauche, initialement pressentie pour écrire le texte en question, et qui faute de temps n’a pas pu le faire. Cette personne n’étant en rien au courant des accointances de Charles Robin, et a été tout autant choquée que nous lorsque nous le lui avons appris. Notre erreur aura été de ne pas nous renseigner sur Charles Robin (nous ne l’avons même pas googlisé !), et la teneur de son texte ne pouvait en rien laisser présager de ses fréquentions politiques.
En temps de crise l’extrême droite a pour stratégie de tenter des rapprochements avec l’autre bord de l’échiquier politique. Nous en appelons donc à la vigilance, afin qu’aucune passerelle ne soit établie entre nos mouvements et des courants antisémites, racistes, antiféministes, nationalistes, conspirationnistes, etc., etc., et les personnes qui pourraient être complaisantes à leur égard”.]
[44] Nous et les autres, problématique de l’identité, Alain de Benoist, 2006, Krisis
[45] Dany-Robert Dufour : « Nous nous sommes embarqués dans une escalade de l’horreur », Kevin Boucaud-Victoire, mars 2017, Le Comptoir [comptoir.org/2017/03/13/dany-robert-dufour-nous-nous-sommes-embarques-dans-une-escalade-de-lhorreur/]
[47] L’Avant-Garde, ou comment vouloir garder ce qu’il y avait avant, septembre 2017, La Horde [lahorde.samizdat.net/lavant-garde-ou-comment-vouloir-garder-ce-quil-y-avait-avant]
[48] Voir Commentaires sur l’ouvrage collectif "Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques", Max Vincent, mars 2014 (Lien en Bibliographie)
[49] Les Mystères de la gauche, Jean-Claude Michéa, mars 2013, Climats ; L’Empire du moindre mal, Jean-Claude Michéa, septembre 2007, Climats
[50] Le Complexe d’Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Jean-Claude Michéa, octobre 2011, Climats
[51] Enemies of the People, The Rothschilds and their Corrupt Global Empire, décembre 2022, Winter Oak
Le projet de deuxième usine STMicro sur le site de Crolles est du jamais vu. Ce projet de 5,3 milliards d’euros sera financé à 43 % (soit 2,5 M) sur fonds publics : du jamais vu car hors de toutes les règles européennes sur les financements publics au secteur privé.
Il révèle tout le mépris que les industriels, capitalistes, pouvoirs publics, État et Commission Européenne ont pour les habitants, la nature et l’eau nécessaire à la vie.
Les populations sont priées d’applaudir car rendre l’Europe autonome (Chip Act européen doté de 45 milliards) et produire en Europe 20 % des puces mondiales, est à ce prix.
Cet accaparement de la ressource en eau se présente une fois de plus au nom du progrès, de l’indépendance nationale et la compétitivité.
Les locaux et les autres, doivent aussi comprendre que toujours plus de smartphones, d’objets connectés, de voitures autonomes, de satellites, de villes intelligentes c’est pour leur bien car le progrès est dans la connexion permanente… Tout en les laissant dans l’ignorance de la dimension militaire et sécuritaire du projet.
Derrière les usines de puces la logique mortifère d’intérêts militaro-industriels bien cachés
L’industrie électronique et informatique grenobloise a un long passé de liens organiques avec le complexe universitaro-militaro-industriel local et national dans la conception et la vente de matériels militaires en France comme à l’étranger.
SOITEC a été créée pour « valoriser » les technologies « Sicilium Sur Isolant » développées par le CEA-Direction des Applications Militaires et le CEA/LETI afin de « répondre à des besoins très spécifiques des programmes de la dissuasion [nucléaire] ».
En 2018, SOITEC a racheté avec MBDA (pour une poignée de puces), l’entreprise Dolphin Integration (Meylan) qui conçoit des circuits intégrés pour l’industrie de l’armement. Le fabricant de missiles MBDA étant depuis 2004 le premier client de Dolphin, une nouvelle ère de développement et de profitabilité se profile pour ces 3 boîtes.
STMicroelectronics (entreprise italo-française de droit suisse) exploite des technologies de SOITEC pour le civil comme le militaire. En 2020 la filiale grenobloise de STMicroelectronics prend la tête du consortium d’industriels européens EXCEED, financé par Agence Européenne de Défense (AED) pour développer les bases d’une filière européenne de « systèmes sur puce » destinés à des applications militaires.
L’objectif : supprimer la dépendance aux puces américaines et contourner l’interdiction de vente de matériels militaires ou stratégiques contenant des composants américains, à des ennemis des USA (réglementation ITAR, International Traffic in Arms Regulations).
Le but final : pouvoir vendre librement n’importe quel matériel militaire, à n’importe qui, mais à un bon prix.
STMicro, Lynred et SOITEC : des marchands de mort déguisés en bisounours de la vie connectée
STMicro : ses publicités prétendent « augmenter la vie ». En réalité, elles la raccourcissent brutalement pour beaucoup d’humains en Ukraine et ailleurs.
Ses microcontrôleurs STM32 ont été retrouvés dans une série de drones russes engagés en Ukraine : Orlan-10, E95M, Eleron-3SV et Koub-BlA. Des puces STMicro ont aussi été retrouvées dans les systèmes de guidage des missiles high tech Kh-101, utilisés contre les civils et les infrastructures stratégiques. SOFRADIR/ Lynred (Veurey-Voroise) : Le CEA/LETI est à l’origine de l’entreprise créée pour « valoriser » ses découvertes dans l’infrarouge : caméras thermiques, systèmes de guidages…
C’est maintenant une filiale de Thalès et Safran. Ses caméras ont été retrouvées (avec des caméras Catherine FC de Thalès) sur des chars russes capturés. Comme le révèle un article du Progrès du 24 mars, ses détecteurs PICO 640-046 commercialisés en 2015 (un an après l’embargo sur le matériel militaire français vers la Russie) et fabriquées en 2022, équipent les systèmes de détection des drones Orlan lancés sur l’Ukraine. SOITEC qui vend ses technologies à toute l’industrie militaire, continue paisiblement à fournir la force de frappe nucléaire.
Bien évidemment ces informations ne sont que la partie émergée de l’iceberg et la réalité de l’implication réelle de ces entreprises et bien d’autres dans les guerres et répressions contemporaines est immense et cachée (secret des affaires, confidentiel défense, ventes clandestines…)
Un État et des entreprises, hypocrites et menteurs
Beaucoup de ces puces sont des « biens à double usage », à la fois civils et militaires. Ce flou organisé permet à la Métropole de Grenoble, aux entreprises concernées et aux syndicats de prétendre qu’ils ne s’agit que de matériel civils que l’on peut continuer à vendre sans problèmes. C’est d’ailleurs la pitoyable défense de Lynred en réponse à l’article du Progrès déjà cité.
L’embargo de l’Union européenne visant la Russie, édicté en 2014 interdit l’exportation de ce type de biens « s’ils sont destinés entièrement, ou en partie, à un usage militaire, ou à un utilisateur final militaire ».
Comment se fait-il donc que toutes ces puces et détecteurs se retrouvent actuellement en Ukraine ?
Plus globalement de nombreuses lois, traités et conventions internationales sont censées réglementer, contrôler, « moraliser » le commerce des armes. Officiellement le TCA (Traité sur le Commerce des Armes) signé par la France, interdit d’exporter des armes « vers des pays ou des zones de conflits où les droits humains sont bafoués ».
En France c’est l’État et lui seul, qui choisit ce qu’il vend et à qui, en dehors de tout contrôle parlementaire ou autre. Il est donc le principal responsable des conséquences de ces ventes.
Les populations du Yémen, du Togo, de Palestine, d’Égypte, d’Indonésie, du Chili, du Sénégal, de Bahreïn, du Kurdistan le savent bien elles, qui sont victimes de guerres ou de répressions menées avec du matériel français.
Un marché protégé qui rapporte gros, dopé par les budgets militaires…
C’est l’État qui finance la recherche/développement militaire ou à double usage, achète pour son armée et qui, accompagné par les représentants corrompus des fabricants sert de VRP à l’exportation. Au passage, il récupére 2% sur toutes ces ventes. Et ces ventes sont vitales à son industrie militaire pour lui permettre de continuer à exister.
Selon le communiqué du SIPRI de mars 2023, les exportations d’armes de la France ont bondi de 44 % en 2018-2022 par rapport à la période précédente 2013-2017, avec pour premières destinations, l’Asie, l’Océanie et le Moyen-Orient. L’augmentation considérable des budgets militaires en France – 413 milliards pour 2024-2030 – soit +33 % d’augmentation – créera toujours plus de besoins en matériels toujours plus performants. Cela encouragera la spirale infernale de la course mondiale aux armements. Jusqu’à où ?
Les guerres se fabriquent près de chez nous, avec notre argent
Ce sont nos impôts qui permettent aux villes, départements, Régions et État de financer de nombreuses industries militaires. En Région AuRA les PME du cluster EDEN (Verney-Carron, Métravib, ARES…), Nexter (canon Caesar), Safran, Arquus (blindés), et autres Dassault (Rafale) en profitent largement. La Région finance aussi massivement (14 millions) le Plan Nano 2022 (7,5 millions l’an passé) porté par le CEA Grenoble où l’on retrouve toutes les entreprises grenobloises déjà citées.
Commerce des armes, militarisme et guerres : des crimes écologiques et humains de masse
Le bilan des ravages écologiques provoqués par les conflits passés et présents est terrible : zones rouges de la guerre de 14-18, millions de tonnes de munitions (explosives et chimiques) immergées en mer du Nord), pollution des munitions à uranium appauvri en Bosnie et Irak, milliers de km² pollués par les mines (Irak, Ukraine, Cambodge), agent Orange et opérations de modification du climat durant la guerre du Vietnam, essais nucléaires français (Algérie et Polynésie).
Les armées se verdissent… Comme au camp de Chambaran (près de Roybon) ou entre deux séances de tirs et de manœuvres, des stagiaires réhabilitent les zones humides. Pendant ce temps, les canonniers du camps de Canjuers foutent le feu à la garrigue en pleine canicule de 2022.
Les armées sont écologiquement responsables… Comme les armées US qui obtenu que leur empreinte carbone soit exclue des calculs du GIEC, alors qu’elles sont les plus grandes consommatrices institutionnelles de pétrole brut au monde.
Depuis la fin de la 2ème boucherie mondiale (60 à 75 millions de morts), des dizaines de millions d’humains, majoritairement des civils, sont morts dans des conflits « localisés », avec leur cortège de populations, humiliées, terrorisées, réprimées, violées… entraînant des crises humanitaires majeures : migrations forcées, famines, épidémies…
Industries de mort et de répression : refusons d’être complices !
Aucun syndicat, aucun parti de « gouvernement », aucune collectivité locale ne dénonce les industries de mort ici ou ailleurs : les profits, l’attractivité économique, la « préservation » et le « développement » de l’emploi (200 000 en France), le mythe de l’indépendance nationale, l’aliénation technicienne, la fascination morbide pour la puissance des armes écrasent toute discussion, critique ou contestation de même que la guerre en Ukraine
L’État avec sa réforme des retraites nous annonce maintenant qu’il va falloir travailler plus longtemps. Pour la défense de la patrie ou pour celle des industriels ?
Où va-t-il trouver l’argent pour que le budget des armées atteigne les 3% du PIB ? Cela se fera aux dépens des retraites, de l’éducation, de la santé, du social… En attendant d’envoyer la jeunesse embrigadée par le Service National Universel se faire massacrer pour défendre l’état et le capitalisme ?
Nous appelons à dénoncer et à combattre activementcette industrie de destruction (eaux , milieux, humains), l’État, les politiques et les universitaires qui la nourrissent.
Ces salopards sont complices et responsables de massacres, de guerres interminables au services d’États, de dictatures, de multinationales et d’impérialismes variés.
La CRAAM
Tract distribué le premier avril 2023 lors de la manifestation « De l’eau, pas des puces »organisée par le collectif STOP Micro de Grenoble et qui a réuni plus d’un millier de personnes joyeuses et déterminées.
Après deux vagues d’arrestations en juin, ce sont 3 personnes qui ont été arrêtées cette semaine en lien avec l’affaire Lafarge
Mardi 28 novembre tôt le matin, trois personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire Lafarge.
Elles ont été arrêtées par la SDAT, puis emmenées en garde à vue à Lyon, où elles ont été interrogées pendant 3 jours, avant de sortir jeudi en début de soirée.
Déjà en juin, une personne avait été arrêtée à Lyon, et avait publié un récit.
Un article publié en septembre détaillait les moyens d’enquête invasifs mis en oeuvre dans cette affaire.
Rappel
Emmené-e en garde à vue, on a le droit de :
demander un avocat.e si on en connaît un.e (renseignez vous auprès des légal team sur les avocat.es de confiance. Le nom suffit)
prévenir un.e proche : c’est important car cette personne pourra envoyer un avocat si on en connaît pas
15 ans après l’assassinat d’Alexis par la police, l’État continue à tuer. En mémoire aux insurrections et émeutes en Grèce en 2008, on vous invite à une projection du documentaire Remember December, ce mercredi 06/12 à 19h à la Bibliothèque Anarchiste Libertad. Elle sera suivie d’une discussion où certain.es pourront partager leur vécu.
Accès : 19 rue Burnouf, 75019, Paris,
métros Belleville (lignes 11, 2) et Colonel Fabien (2).
On vous attend nombreuxses !
“Les solutions les plus rapides ont rarement été les plus intelligentes. Des pistes existent déjà, des expériences pratiques, des textes…
C’est à nous de nous renseigner, d’apprendre, d’échanger nos expériences, et d’essayer d’autres solutions. Et pour ça je pense qu’il est très important d’avoir confiance en notre capacité d’imaginer de nouvelles logiques, à créer de nouvelles structures.
Et si ce n’est pas nous, qui ?
Et si ce n’est pas maintenant, quand ?”
– Clem, réalisatrice du film et camarade.
***
15 χρόνια μετά τη δολοφονία του Αλέξη από την αστυνομία, το κράτος συνεχίζει να δολοφονεί. Σε ανάμνηση των εξεγέρσεων στην Ελλάδα το 2008, σας προσκαλούμε στην προβολή του ντοκιμαντέρ Remember December, αυτή την Τετάρτη 06/12 στις 7μμ στην Αναρχική Βιβλιοθήκη Libertad. Θα ακολουθήσει συζήτηση στην οποία κάποι@ θα μπορέσουν να μοιραστούν και τις δικές τους εμπειρίες.
Πρόσβαση: 19 rue Burnouf, 75019, Παρίσι, μετρό Belleville (11,2) και Colonel Fabien (2).
Σας περιμένουμε εκεί!
«Οι πιο γρήγορες λύσεις σπάνια είναι οι πιο έξυπνες. Υπάρχουν ήδη δρόμοι προς τα εμπρός, πρακτικές εμπειρίες, κείμενα…
Είναι στο χέρι μας να μάθουμε, να μοιραστούμε τις εμπειρίες μας και να δοκιμάσουμε άλλες λύσεις. Και γι’ αυτό πιστεύω ότι είναι τόσο σημαντικό να έχουμε εμπιστοσύνη στην ικανότητά μας να βρούμε νέες ιδέες και να δημιουργήσουμε νέες δομές.
Και αν όχι εμείς, τότε ποιος;
Και αν όχι τώρα, πότε;»
– Clem, σκηνοθέτρια του ντοκιμαντέρ και συντρόφισσα.
Opération Scripta Scelera : le parquet a demandé un jugement immédiat pour Gaia, Gino, Luigi et Paolo. Le procès commencera le 9 janvier.
Tribunal de Massa, 23 novembre
Ces dernières semaines, quatre compagnons, qui sont aux arrestations domiciliaires avec toutes les restrictions depuis le 8 août pour l’opération Scripta Scelera, ont reçu la notification du décret qui fixe le jugement immédiat et, par conséquent, le début du procès, au tribunal de Massa, avec un juge unique, le 9 janvier 2024. Dans cette affaire sont impliqués dix anarchistes au total : en plus des quatre qui se trouvent aux arrestations domiciliaires, cinq autres ont l’interdiction de sortir des communes de résidence et de chez eux la nuit (l’une d’entre eux doit aussi pointer chez les flics) et un compagnon est sous enquête, mais sans mesures de contrôle judiciaire. Le procureur Federico Manotti, du parquet de Gênes, avait demandé la détention préventive pour tout le monde, pour association subversive avec la finalité de terrorisme, provocation aux crimes et délits avec la circonstance aggravante de la finalité de terrorisme, presse clandestine et, seulement pour certains d’entre eux, aussi l’offense à l’honneur et au prestige du président de la république – des délits qui auraient été réalisés par le biais de la publication et de la distribution du bimensuel anarchiste internationaliste Bezmotivny. La requête de jugement immédiat porte seulement sur les chefs d’inculpation de provocation aux crimes et délits et d’offense à l’honneur et au prestige du président de la république.
On rappelle que le jugement immédiat est une procédure spéciale, caractérisée par l’absence d’audience préliminaire : on passe des enquêtes préliminaires à l’audience de jugement. Cette procédure peut être utilisée seulement si le procureur et le juge d’instruction, qui doit en valider la requête, pensent détenir des preuves accablantes de la culpabilité de l’inculpé et si ce dernier se trouve en état de détention (en prison ou aux arrestations domiciliaires).
Dans un passé récent, le parquet de Rome avait eu l’arrogance de procéder ainsi dans le cadre de l’opération Bialystok, mais cela n’a pas porté beaucoup de chance aux inquisiteurs. Ces derniers temps, le procès contre le compagnon Marco Marino, dit Zac, est en train de se dérouler lui aussi en jugement immédiat.
C’est cependant la première fois, à notre souvenir, que, dans le cadre d’une procédure judiciaire anti-anarchiste, le jugement immédiat est utilisé pour une partie seulement des inculpés, en morcelant ainsi l’affaire en plusieurs tronçons. Il s’agit d’une évidente tentative de saper la solidarité et surtout d’expédier rapidement une partie du procès, avec un précédent qui puisse être utilisé à l’avenir pour fermer la bouche à la presse anarchiste.
Dans l’ensemble, cette opération semble assez bordélique. L’audience pour le jugement immédiat a été fixée alors que celle de la Cassation sur les mesures de contrôle judiciaire (qui touchera aussi à l’accusation d’association) n’a pas encore eu lieu, avec une destination inusuelle (le juge unique du tribunal d’une petite ville) qui pourrait être déclarée incompatible au cours du procès. D’autre part, une partie des compagnons accusés d’avoir édité le journal passera probablement en procès seulement plus tard et ils ne pourront pas intervenir quand seront discutées des questions que sans doute les concernent (avant tout, le profil théorique du journal), de façon qu’ils passeront en jugement quand une sentence sur le sujet sera déjà tombée. Malgré tout, à cette occasion aussi, le juge d’instruction de Gênes a décidé d’accéder aux requêtes du procureur.
L’histoire de Bezmotivny est une histoire de solidarité, d’internationalisme, de lutte de classe. L’histoire d’un journal qui n’a jamais fui le soutien aux anarchistes emprisonnés dans le monde entier et la publication de revendications d’actions. Il s’est donné à fond dans le mouvement de solidarité avec Alfredo Cospito, qui, par ailleurs, est fini en régime de détention 41-bis aussi à la suite d’une procédure judiciaire pour provocation aux crimes et délits avec la circonstance aggravante de la finalité de terrorisme, l’opération Sibilla (qui concerne principalement Vetriolo). Trois des compagnons sous enquête pour l’opération Scripta Scelera ont été impliqués aussi dans l’opération Sibilla et l’opération du parquet de Gênes s’est partiellement déployée sur le modèle de cette dernière, du coup Scripta Scelera vise à consolider en tant que pratique répressive habituelle les mesures de contrôle judiciaire suite à des accusation de provocation aux crimes et délits avec des circonstances aggravantes, en rapport aux publications révolutionnaires.
Bezmotivny a pris une position internationaliste intransigeante par rapport à la guerre en Ukraine : contre tout État, à partir du notre, pour le défaitisme révolutionnaire, pour la défaite de l’OTAN. Cette opération répressive est l’expression des politiques de guerre de l’État italien.
Cette histoire est aussi notre histoire. Les acrobaties techniques d’un magistrat qui veut faire carrière ne suffiront pas pour qu’un tel parcours soit jugé et liquidé en catimini.
CONTRE LA CENSURE, PERSÉVÉRONS DANS L’AGITATION ET DANS LA PROPAGANDE ANARCHISTE !
Présence solidaire : mardi 9 janvier 2024, à 8 heures, devant le tribunal de Massa, piazza De Gasperi.
Samedi 4 novembre, à midi, il y a eu une expropriation au supermarché My Market de la rue Agia Sophia, dans l’un des secteurs le plus centraux de Výronas [ville de la banlieue sud-est d’Athènes ; NdAtt.].
Les supermarchés ont toujours été parmi les entreprises qui ne ratent jamais une occasion de transformer chaque crise en une opportunité pour multiplier, de différentes manières, leurs profits sur nos dos. Cela en essorant leurs salarié.es, avec des salaires de misère et des horaires flexibles, et en imposant des marges exorbitantes sur tous leurs produits, en donnant la priorité à ceux de première nécessité, ce qui gêne encore plus notre qualité de vie.
Nous vivons pour travailler, nous vivons pour payer un loyer, nous salaires finissent la première semaine du mois et, dans de telles conditions, l’État essaye de nous convaincre que le « panier de la ménagère » et les miettes qu’il donne comme allocations constituent une politique sociale. Dans la même optique de « politique sociale » il y a les compensations humiliantes et l’hébergement dans des camps et des stades, avec laquelle il a essayé de convaincre les habitant.es de la plaine de Thessalie que leurs vies seraient reconstruites [début septembre, des importantes inondations provoquées par la tempête « Daniel » ont ravagé cette région, en faisant 15 morts ; NdAtt.]. Dans cette même situation, les patrons de supermarchés, comme dans un marché noir moderne, ont même profité du manque d’eau potable, dans une large zone inondée de Thessalie, et ont vendu plus chères les bouteilles d’eau. Pendant que les populations touchées regardaient la boue et les débris, les patrons étudiaient leurs bilans, leur chiffre d’affaires et leurs marges de bénéfice.
TOUT EST À NOUS, PARCE QUE TOUT A ÉTÉ VOLÉ.
Nous avons donc pris des dizaines de produits de première nécessité (de l’huile, des produits de nettoyage, des articles de toilette) chez My Market et nous sommes parti.es tou.tes ensemble sans payer un centime. Ces produits ont déjà été donnés à des gens de Thessalie qui en ont vraiment besoin, en renforçant ainsi les centaines de gestes de solidarité avec les personnes touchées qui ont été exprimés, pendant cette période, par le mouvement auto-organisé. Ce petit geste d’expropriation et de partage de ce dont nous avons besoin est inspiré par le mouvement global de contre-attaque et de récupération, qui est nécessaire pour reprendre tout ce dont nous sommes privé.es quotidiennement et dont nous avons vraiment besoin.
Nous n’attendons rien de personne. Nous nous organisons collectivement contre la dévalorisation continue de nos vies. Nous luttons pour la vie et la dignité.
Nous faisons appel à une prolifération d’actions directes similaires.
EXPLOIRATION_2.0
P.-S. Nous avons décide de filmer notre geste et de le partager, pour briser le silence orchestré par les médias et pour inspirer des initiatives similaires… Sequence_01.mp4
Indymedia Nantes, 2 décembre 2023
(avec les véritables liens hypertexte du communiqué original)
Dans la nuit du 19 au 20 novembre, nous avons attaqué l’alimentation électrique de deux sites de production du groupe Aubert et Duval :
– A Firminy, nous avons scié un pylône sur la ligne 220kV qui alimente le site. Il n’est que partiellement tombé.
– A Ancizes-Comps, nous avons incendié une ligne de 220 kV également, à l’endroit où les câbles de haute tension entraient sous terre. Nous avons pu nous approcher et déposer nos dispositifs au pied des gaines, sans danger.
L’entreprise Aubert et Duval est un rouage central de l’industrie militaire française. Elle fournit des pièces pour les sous-marins de Naval Group, pour des Rafales de Dassault ainsi que pour les centrales nucléaires de Framatom.
Ce qui est sûr, c’est que notre objectif de toucher à l’industrie militaire est atteint. Si nous n’avons pas les moyens de connaître précisément les dégâts que nous avons occasionné, nous savons que ces industries se savent visées, et que leurs points faibles sont mis en lumière par nos actes.
« Derrière la guerre, des usines ordinaires«
Comme le soulignait si bien le tag laissé sur les lieux d’une usine d’aéronautique incendiée en mars 2023 à Beauchastel, la guerre dont on nous rebat les oreilles toute la journée qu’elle doit cesser et qu’elle est injuste, commence ici ; et est rendue possible grâce aussi aux entreprises en apparence anodines.
Nul n’ignore que les conflits mondiaux gagnent en intensité. Depuis presque deux mois, les bombes tombent sur les habitant.e.s de la bande de gaza, à un rythme encore inégalé, et avec un large soutien politique, militaire et financier des États-Unis comme de la plus part des pays occidentaux. Ces mêmes qui appellent à une trêve, au respect des civils et du Droit International, produisent les bombes qui massacrent d’une façon qu’ils prétendent condamner, là bas ou ailleurs, puisque plusieurs milliards d’individus vivent dans des zones de guerre ; avec le lot d’horreur qu’elle engendre et que l’on connaît : viols, tortures, déplacements forcés, … Cette hypocrisie prêterait à sourire si elle n’était pas si macabre.
Ces guerres résultent très concrètement d’un complexe militaro-industriel, de ses usines, de ses laboratoires, ses techniciens. En France, les huit grands groupes de l’industrie militaire – Airbus, Arquus, Dassault, MBDA, Naval group, Nextor, Safran et Thales – célèbrent leurs records de vente. Environ 4000 entreprises travaillent pour la défense avec le soutien actif et permanent de l’État qui a prévu un budget de 417 milliards d’euros pour augmenter son pouvoir d’extermination et exporter son arsenal dans le monde entier. Des engins de mort qui servent directement aux massacres, comme c’est le cas des avions de chasse de Dassault ou des chars et des canons de Nexter utilisés par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis au Yémen.
Nous ne voulons pas rester indifférent.e.s face à ça. Nous voulons aussi passer un message aux travailleurs de ces industries. Que nos actes les privent un temps de leur travail, et les mettent face à leurs responsabilités. Nous espérons également que ces actes, et les mots que nous posons dessus, participent à visibiliser ses usines de mort les plus discrètes.
Une pensée pour celles et ceux qui luttent pour leur liberté, pour celles et ceux qui font face à la répression.
Après deux vagues d’arrestations en juin, ce sont 3 personnes qui ont été arrêtées cette semaine en lien avec l’affaire Lafarge
Mardi 28 novembre tôt le matin, trois personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire Lafarge.
Elles ont été arrêtées par la SDAT, puis emmenées en garde à vue à Lyon, où elles ont été interrogées pendant 3 jours, avant de sortir jeudi en début de soirée.
Déjà en juin, une personne avait été arrêtée à Lyon, et avait publié un récit.
Un article publié en septembre détaillait les moyens d’enquête invasifs mis en oeuvre dans cette affaire.
Rappel
Emmené-e en garde à vue, on a le droit de :
– demander un avocat.e si on en connaît un.e (renseignez vous auprès des légal team sur les avocat.es de confiance. Le nom suffit)
– prévenir un.e proche : c’est important car cette personne pourra envoyer un avocat si on en connaît pas
– garder le silence