Vive l'Anarchie - Semaine 48, 2025

Sommaire

[États-Unis] Contre les organisations – Coordination informelle

Publié le 2025-12-02 20:12:02

« Je souhaite, pour de nouvelles personnes, étendre et approfondir cette critique des organisations formelles et peut-être pour des compagnon·ne·s qui ont été dans le coin depuis peu, l’actualiser. Puis je souhaite offrir une proposition aux individus pour qu’iels l’examinent, en discutent, et la prennent ou la laissent à leur guise. » Publié anonymement sur Puget Sound Anarchists le 16 juin 2025. Une méthode de lutte à discuter et à saisir depuis le dit détroit de Puget, dans l’État de Washington, alors que les révoltes émeutières contre la Police Aux Frontières locale (I.C.E.) ont déjà commencé à être récupérées par les gauchistes. Du côté du vieux continent, des compas lancent une manifestation solidaire dans le Sud de Londres le 21 juin. Pendant qu’ici le Sinistre Retailleau lance ses rafles contre les exclu·e·s, voici une proposition à la première personne, qui pourra peut-être nourrir quiconque souhaite s’organiser contre les frontières.



« En tout cas, ce qui surgirait spontanément, sous la pression des besoins immédiats, serait infiniment préférable à tout ce que l’on pourrait inventer entre quatre murs, au milieu des bouquins, ou dans les bureaux de l’Hôtel de Ville. »
– Kropotkine, La Conquête du pain

« "La spontanéité s’organise." C’est quelque chose que peu de dirigeants politiques et d’étudiants en politique reconnaissent. Ils ne le voient pas parce que l’organisation est avant tout dans leur tête ; ou mieux, le type d’organisation auquel ils sont habitués est leur seule conception de l’organisation. Pour eux l’organisation est quelque chose de fixe, permanent et saint. Il est structuré avec une équipe dirigeante identifiable séparée de la base. Et la forme la plus concrète que l’organisation prend dans l’esprit des dirigeants politiques est un parti politique. »
– Kimathi Mohammed, Organization and Spontaniety [lien vers le texte en anglais]

Alors que de plus en plus des organisations officielles qui ont eu une mainmise sur la lutte se montrent pour ce qu’elles sont – des opportunistes, des assoiffés de pouvoir et dans de nombreux cas des anti-insurrections actifs – je vois que certaines critiques des grandes organisations formelles deviennent plus répandues. Je ne pourrais pas être plus heureux·se que les individus refusent d’être des fantassins involontaires ou de la chair à canon pour des projets qui ne sont pas les leurs, qu’iels refusent d’avoir leur rage et leur désir de combattre assaillis par le réalisme socialiste de la terre vaine – le réalisme qui dit éternellement que nous devons attendre, que toute expression individuelle de rage et de désir n’est pas juste sans importance mais une entrave active à la lutte.

Je souhaite, pour de nouvelles personnes, étendre et approfondir cette critique des organisations formelles et peut-être pour des compagnon·ne·s qui ont été dans le coin depuis peu, l’actualiser. Puis je souhaite offrir une proposition aux individus pour qu’iels l’examinent, en discutent, et la prennent ou la laissent à leur guise.

Le problème avec les grandes organisations formelles et les partis politiques que les gens rencontrent le plus en ce moment est probablement qu’ils ont une logique interne extérieure à la lutte – d’abord et avant tout ils essaient d’assurer leur propre reproduction. Recruter plus de membres, mettre leur nom et logo en tête des manifestations pour obtenir plus de capital politique et se projeter en tant que « leadership » sur un mouvement. Ceci est évidemment en opposition avec les mouvements autonomes qui essaient de se développer selon leurs propres termes et de gagner des combats particuliers et au mieux être une gêne mais au pire peut saper l’énergie des mouvements.

Pour le voir, nous pouvons regarder les actions du Party for Suckers and Losers (PSL [Party for Socialism and Liberation, un parti communiste, Ndt.]) à travers le pays au fil des années, mais particulièrement il y a quelques jours aux manifestations anti-I.C.E. à Seattle où ils ont choisi de mettre en avant un candidat qui se présentait à un quelconque poste plutôt que des individus autonomes sans papiers qui ont du physiquement arracher le micro à PSL. Pire encore, on peut regarder les occupations d’aéroport en 2017 contre le muslim ban où à l’aéroport Sea-Tac des personnes occupaient l’aéroport empêchant les gens d’être expulsé·e·s. Socialist Alternative et leur figure de proue à l’époque Kshama Sawant a déclaré prématurément la victoire, ont dit aux gens de rentrer chez elleux et de venir au rassemblement de Socialist Alternative à Seattle le lendemain, absolument contre les demandes des avocats des personnes sur le point d’être expulsées. SAlt est parti et a pris avec eux une grande partie de la foule et celleux qui sont resté·e·s n’étaient plus en grand nombre, et alors la police les a attaqué·e·s et dispersé·e·s.

Pour réitérer, les grandes organisations formelles ont leur logique propre qui est souvent contraire et activement opposée à la lutte autonome, où elles essaieront de coopter des mouvements pour se faire mieux voir, paraître plus fortes, plus importantes qu’elles ne le sont en réalité car elles se disputent une place à la table du pouvoir.

D’une façon similaire, les grandes organisations se méprendront pour la lutte. Elles font de leur mieux pour détourner le discours et les idées populaires de « que pouvons-nous faire ? », de penser, discuter, préparer et agir ensemble par nous-mêmes vers la nécessité de rejoindre une organisation – leur organisation. Elles traiteront les gens d’indiscipliné·e·s, de ne pas être stratégiques, organisé·e·s pour tuer le développement de l’auto-organisation autonome au berceau – le type d’organisation qui menace leur pouvoir. D’autre part, être une grande organisation visible avec des dirigeants facilement identifiables met la pression sur eux pour ne pas devenir trop radicaux de peur d’être confrontés à l’appareil répressif de l’État, donc ils doivent essayer de se ressaisir, contrôler et diffuser l’énergie combative des mouvements autonomes au devant desquels ils essaient de se positionner. Ils confondent leur propre sécurité et leurs chaînes avec celles du mouvement et en essayant de retenir l’énergie destructrice des exploité·e·s et des dépossédé·e·s, ils jouent le rôle de l’opposition contrôlée et fidèle pour le jeu mis en place par nos ennemis.

Je souhaite ajouter une mise en garde ici que, bien qu’il soit facile et important de viser ces grandes organisations socialistes, des anarchistes n’ont certainement pas été exemptes de ces dynamiques. Nous aussi, nous sommes parfois tombé·e·s en confusion sur toute une lutte ou nous sommes livré·e·s à des manœuvres politicardes sous une forme ou une autre. Et nous aussi, dans le passé, avons construit de grandes organisations formelles. Pas pour faire remonter une vieille histoire mais c’est une leçon à répéter – celle de la trahison de la CNT pendant la guerre civile espagnole, qui devint un organe de l’État républicain et l’a aidé à écraser les sections pro-révolutionnaires des anarchistes et l’auto-organisation autonome des paysan·ne·s et ouvrier·ère·s qui ne voulaient pas abandonner ce qu’iels avaient gagné. Pour paraphraser le vieux Malatesta – nous ne voulons pas émanciper le peuple, nous voulons que le peuple s’émancipe. Mais tout autant, nous devons nous souvenir que – si « le peuple » existe – nous ne sommes pas en dehors de lui mais nous sommes tout autant qu’il est.

Il y a plus que je pourrais aborder dans cette critique – comment ces organisations renforcent la division du travail, comment elles amènent les individus à s’identifier à l’organisation plutôt qu’à leur propre lutte, comment elles créent une fausse séparation entre les individus et les mouvements, comment les organisations avec un attrait de masse dilueront les idées, les discours et les objectifs, comment elles forment les gens à ne pas prendre d’initiative, etc. D’autres ont écrit plus en profondeur sur ce sujet et je laisserai des liens plus bas.

Une proposition de coordination

« Si la question n’est plus de comment organiser les gens pour la lutte, elle devient comment organiser la lutte. Nous pensons que des archipels de groupes affinitaires, indépendants les uns des autres, qui peuvent s’associer selon des perspectives partagées et des projets concrets de lutte, sont la meilleure manière pour passer directement à l’offensive. Cette conception offre la plus grande autonomie et le plus large champ d’action possibles.. Dans le cadre de projets insurrectionnels, il est nécessaire et possible de trouver des manières de s’organiser informellement qui permettront la rencontre entre des anarchistes et d’autres rebelles, des formes d’organisation qui ne sont pas destinées à se perpétuer, mais sont orientées vers un but spécifique et insurrectionnel. »
– Anonyme, « Archipel – Affinité, organisation informelle et projets insurrectionnels »

Alors, si ce n’est pas de grandes organisations formelles, qu’est-ce que je suggère ? À un niveau de base, le développement de l’initiative individuelle, la pratique de la discussion et de la réflexion, ainsi que la formation de groupes affinitaires fluctuants et agiles.

L’initiative individuelle est facile à expliquer, mais difficile à mettre en pratique surtout pour des gens qui ont été largement formé·e·s à la soumission. Mais dans chaque révolte, celle en cours inclus, ça revient au premier plan car les gens voient des choses qui doivent être faites et les font. Cela doit simplement être encouragé et cultivé.
Mais en parallèle, nous devons encourager et cultiver la discussion et la réflexion. Même dans les émeutes il y a des temps morts où les gens peuvent discuter, même dans des situations à haute intensité il y a quelques moments où les gens peuvent se réunir, jeter un œil, discuter de plans et des possibilités. Ensuite, dans l’après, nous prenons le temps de réfléchir. Qu’est-ce qui s’est bien passé ? Qu’est-ce qui s’est mal passé ? Sachant et ayant vécu ce que nous avons fait, que ferions-nous différemment la prochaine fois ? Cela devrait être une pratique réflexive d’auto-réflexion, d’analyse et de prise de décision individuelles-collectives.

Ensuite, le dernier morceau – les groupes d’affinité fluctuants et agiles. Des petits groupes de compagnon·ne·s qui s’associent sur des bases de confiance et d’analyse partagées pour intervenir intentionnellement dans la lutte. Peut-être qu’à un moment et un endroit particuliers, iels viennent en tant que combattant·e·s avec des outils supplémentaires, des masques et des fournitures défensives à partager avec les gens, peut-être qu’iels viennent en tant que médecins, peut-être qu’iels se concentrent sur la production et le partage d’analyses sous forme d’affiches et de tracts, peut-être que pendant que les forces de l’ordre sont concentrées dans un endroit, iels décident d’être ailleurs. Peut-être qu’iels font tout cela ou rien de tout cela. Je dis fluctuants parce que l’affinité est fluctuante et les individus se déplaceront et devraient passer d’un groupe à l’autre au fur et à mesure que le réseau d’affinité grandit et change.

Ensuite, nous devons parler d’une coordination plus large à travers le temps et le territoire. Actuellement, beaucoup de gens expérimentent déjà cela déjà de différentes manières et formes et je pense que celles-ci devraient être reconnues pour ce qu’elles sont – les tchats où les gens discutent et se coordonnent, les appels autonomes à l’action auxquels les individus, équipes et réseaux d’affinité choisissent de répondre. Je souhaite ajouter quelques outils supplémentaires à l’arsenal.

Les outils dont je m’apprête à discuter sont orientés vers le développement de multiples fédérations libres d’individus et de groupes d’affinités qui se réunissent et se séparent en tant que nécessité à la lutte.

À cette fin, nous pouvons parler de réunion intentionnellement privée entre des personnes et des groupes qui ont une certaine connaissance les un·e·s des autres – que ce soit des relations directes ou des relations en réseaux. Ils sont utiles pour discuter de plans plus spécifiques et coordonner et partager des ressources.

Il y a des assemblées plus ou moins publiques qui sont mieux utilisées pour faire des discussions stratégiques plus larges, des gens venant déjà avec les plans et projets auxquels les gens peuvent se brancher, et partager des informations entre groupes et individus. Les assemblées qui essaient de former un consensus, de faire des plans ou des décisions spécifiques finiront par ne rien faire.

Il y a des spokescouncils [sorte de conseils de délégué·e·s/mandaté·e·s, Ndt.] où des individus et des groupes se réunissent pour coordonner divers plans autour d’un objectif – comme peut-être mettre un bâtiment fédéral particulier à l’arrêt. Habituellement, une seule personne de chaque groupe parle, iels partagent les soutiens disponibles, généralement ce qu’iels vont faire et toute demande d’approvisionnement. C’est très orienté logistique, mais aussi pour s’assurer que les combattant·e·s et les pacifistes ne se marchent pas sur les pieds.

Ensuite, bien sûr, il y a le partage d’analyses et de débats sur des sites de contre-information – comme celui-ci ! – ou des publications hors-ligne diffusées au sein d’espaces et de mouvements. Un exemple vraiment intéressant de ça était, pendant le blocus ferroviaire de 2016 à Olympia, une publication spécifique à la lutte appelée The Olympia Communard qui circulait et les gens y contribuaient avec leurs pensées et idées. De même, pendant beaucoup d’occupations forestières, des zines étaient généralement publiés.

Bien, pour conclure, je tiens à réitérer que les organisations formelles sont une impasse et nous duperont et aux organisations formelles je dis que nous devrions d’une part encourager le développement continu de l’auto-organisation autonome basée sur la construction de relations directes dans la lutte ; encourager le développement de l’initiative individuelle, la discussion continue, l’analyse et la réflexion pour le développement des groupes d’affinité visant à la coordination plus large de fédérations horizontales de groupes d’affinité.

Que mille groupes d’affinités fleurissent et mettent le feu à l’I.C.E. !

Lectures complémentaires [liste du texte d’origine]

Affinity
[en anglais]
[en français]

Individual Projectuality and Affinity
[en anglais)

Parcours autonome et discussion permanente
dans Quelques réflexions suite à la lutte contre la construction d’un nouveau centre fermé

A Project of Liberation
[en anglais]

No More Organizers
[en anglais]

The Insurrectionary Act and the Self-Organization of Struggle
[en anglais]

Nik le RN, nik les fafs

Publié le 2025-12-03 08:20:08
L’ENS de Lyon est par­te­naire de plu­sieurs uni­ver­si­tés israé­lien­nes com­pli­ces du géno­ci­de : Urgence Palestine Lyon, l’asso­cia­tion NIDAL et plu­sieurs syn­di­cats et col­lec­tifs étudiants de l’ENS lan­cent une action en jus­tice.

Paris-luttes.info

Publié le 2025-12-03 09:02:37
Résistances et solidarités internationales

Le génocide se fabrique aussi à Nanterre ! Manifestation et soirée d’information

Alors que le génocide continue à Gaza, avec une reprise des bombardements israéliens et une poursuite de la colonisation sur l’ensemble du territoire palestinien, une entreprise basée à Nanterre continue d’envoyer des composants d’armes à Israël.

jeudi 11 décembre à 18h30 @ Nanterre - salle des Guignons Nanterre
samedi 13 décembre à 15h @ Gare de Nanterre – Ville (...) Nanterre

Marseille : « La seule église qui illumine est celle qui brûle »

Publié le 2025-12-05 00:00:00

extrait d’ici (France Bleu) / mercredi 3 décembre 2025

[…] Les deux tags, effacés mercredi matin par la ville, ont été inscrits « probablement dans la nuit de dimanche à lundi » selon le père Martin Tran, curé de la paroisse, interrogé par ICI Provence. Les deux phrases écrites sur un mur extérieur de l’église Sainte-Marie-Madeleine des Chartreux étaient les suivantes : « La seule église qui illumine, c’est celle qui brûle » et « Si Dieu existe, il faut le butter« .[…]

ES: [Publicamos] Destruir todo lo que nos destruye se ha vuelto más vital que nunca… un compilado de escritos del Boletín anarquista para la guerra social Avis de Tempêtes

Publié le 2025-12-05 08:14:48

Hemos publicado , un compilado de escritos del Boletín anarquista para la guerra social Avis de Tempêtes, boletín anarquista que circula en el territorio dominado por el Estado francés.

“Avis de tempetes” (“opinión/aviso de tormenta”) es una revista anarquista que sale mas o menos mensualmente, en el territorio francés.
En sus textos (textos propios y traducciones de otros lados) analiza y comenta temas actuales y profundiza discusiones sobre diversas temáticas, como por ejemplo la tecnologización del mundo, el capitalismo “verde” y sus energías llamadas “renovables”, luchas ecologistas, el antimilitarismo… siempre intentando de desarrollar una perspectiva de actuar, sin esperar a las masas, organizaciones o consensos, desde la iniciativa individual y autónoma. Rechaza la centralización y homogenización de la lucha, como las conlleva la estrategia política, con sus engaños, manipulaciones y afán de liderar los discursos y acontecimientos.

La perspectiva que plantea este periódico en muchos de sus artículos, una lucha con un enfoque importante en el ataque clandestino y del sabotaje de infraestructuras, realizado por grupos chicos y autónomos, refleja su análisis de vivir en un territorio y tiempo, donde perspectivas revolucionarias parecen fuera de alcance e imaginación debido a la avanzada pacificación de la sociedad, en combinación con la enorme y creciente dependencia de esta con la infraestructura tecnológica, que mientras continúe funcionando, en una confrontación mas simétrica, destruirá y absorberá nuestros esfuerzos con facilidad.
Con sus análisis y perspectivas/proposiciones se encuentra dentro de una dinámica bien activa y creciente en los últimos años en el territorio francés de discusiones y ataques contra infraestructuras del poder estatal, económico, político y tecnoscientifico, diseminado en todo el territorio, sin visible centralización. Hechos que en gran parte se realizan des del anonimato, aportando a esta dinámica de sabotaje y hostilidad difusa contra el poder, que va mas allá del lo simbólico, enfocándose en el ataque y la destrucción física de objetos.
Este libro contiene una selección de artículos de “Avis de tempetes” que abarca el periodo de 2018 a 2022, traducidos al español.
Los textos utilizados para este primer volumen fueron extraídos de theanarchistlibrary (en su versión en ingles), avisbabel (blog donde se pueden encontrar textos del boletín traducidos a distintos idiomas, entre ellos varios de los incluidos aquí) y desde el propio sitio web de Avis de Tempetes, donde podrán descargar todos sus números (en francés).

Anonimx, verano 2023

Índice

Palabras previas
Volver a empezar
Un héroe francés
De una vulnerabilidad
Tanteando
Aprovechar el momento
Aprovechar el momento, todavía
¡Que la marea cambie!
Sin victoria, ni derrota
La tiranía de la flexibilidad
¡Que cambie el viento!
13 minutos
Economía de guerra
Caraquemada: en los caminos de la revuelta contra el régimen de Franco
Romper el circulo

Colección de Fabricación Casera n°3
n° de paginas: 209
Dimensiones: 12x17cm
Primer tiraje: 20 ejemplares

via:  anarquicaeditora

Face à la répression, on est pas tout seul !

Publié le 2025-12-05T11:06:16+01:00

Suite à une vague d’interpellations hier matin, plusieurs camarades sont actuellement en GAV.

Cette vague de perquisitions et d’interpellations est une tentative d’intimidation du mouvement de la part des juges et de la préfecture.

Rassemblons-nous devant le commissariat Waldeck-Rousseau dès 12h afin de soutenir les camarades interpellé.e.s.Nous ne nous laisserons pas intimider.

Athènes, Grêce : Une gauche qui porte l'état dans son coeur

Publié le 2025-12-06 05:57:00

Une attaque maoiste sur des anarchistes à Athènes a démontré une culture politique formée par des habitudes patriarcales de commandement.



Des milliers ont prit la rue à travers la grêce le 17 novembre, en mémoire de cell.eux tué.es pendant le soulevement de 1973 à Polytechnique, quand des étudiants ont été abattu.es alors qu’iels se levaient contre la dictature des colonnels. A Athènes, plus de 6000 flics anti-émeutes étaient deployés contre la manifestation et le rassemblement à l’extérieur de l’ambassade des états-unis, avec des véhicules blindés fermant la marche afin de décourager une participation nombreuse.

Plus tôt, au matin du 15 novembre, autour de 150 membres du groupe maoiste ARAS sont descendus sur le campus de Polytechnique à Exarcheia pendant les préparations pour les commémorations annuelles de la révolte de 1973. Ils ont entouré un petit groupe d’étudiants anarchistes et anti-autoritaires, on lancé une attaque coordonnée et répétée, et ont en laissé plus d’une douzaine hospitalisé.es avec des commotions cérébrales, des os brisés, et des blessures graves à la tête – incluant des personnes inconscientes tabassé.es. Les attaquants ont opéré derrière un cordon humain serré, les portails du campus étaient verouillés, et des centaines d’autres organisations de gauche présentes étaient incapables d’intervenir. L’événement a été condamné publiquement par la majorité des organisations gauchistes et anarchistes de grêce.

Loin d’être juste une autre escarmouche entre gauchistes, l’attaque était un essai stratégique de prendre du territoire. Qui tient l’espace physique de Polytechnique ne gère pas juste un campus ; ielles prétendent aux narratifs de son histoire, et avec ça, au futur horizon de la lutte sociale. ARAS a passé des années à imposer sa domination dans des sections du mouvement étudiant de l’université, reproduisant une posture autoritaire similaire à la position hégémonique du parti communiste grec (KKE) dans le champ socio-politique plus large : l’insistance sur le contrôle organisationnel, le poliçage des dissidents, et la vieille rengaine – adoptée par le KKE et les libéraux – que les émeutièr.es sont des "briseur.euses d’unité" ou des flics infiltrés.

L’attaque appartient à un plus long cycle de désillusions, répression et déclin politique. Une génération a muri après la révolte des jeunes de 2008 – un moment qui a térrifié la classe politique – seulement pour voir le déroulement de la longue désillusion des années SYRIZA : la disparition de l’espoir, l’énergie du mouvement trahie, et ’la gauche gouvernementale" se réduisant à de la gestion technocratique. Ce qui a suivi a été le retour triomphant de la droite, armée avec un TINA violemment appliqué ("there is no alternative" edTrad : phrase initialement prononcée par Margaret Tatcher au "royaume uni" imposant le néolibéralisme) et une posture contre-insurrectionelle visant précisement les mouvements qui ont secoué le pays en 2008 et durant les années des mémorandums. Au cours des dernières années, les autorités policières ont de plus en plus attaqué les squats politiques – incluant l’intérieur des campus universitaires, avec la coopération de l’administration académique.

Dans ce climat, les schémas patriarcaux et autoritaires se sont renforcés pas seulement depuis le haut mais aussi à l’intérieur du champ politque, avec les ruines de la gauche agissant comme des tampons et comme contre-insurrection interne, absorbant la colère et bloquant l’émergence d’alternatives sincérement autonomes et sociales. L’attaque d’ARAS était une reconstitution de cette plus large tendance : l’internalisation de la logique étatique par une formation de gauche désespérement en quête de reconnaissance et de pouvoir. Essayer de sécuriser sa crédibilité et sa survie organisationelle dans un panorama modifié par l’asphixie lente de mouvements a culminé dans une rupture grotesque avec l’esprit de Polytechnique – un spectacle autoritaire qui a mimé les mêmes forces que cet anniversaire est supposé défier. Les mouvements ont beaucoup à craindre quand des acteurs légitiment ces formations au nom de "l’unité" ce qui les aide à obtenir plus de légitimité.

Mais encore, la brutalité de l’attaque a révélé plus qu’une embuscade sectaire et autoritaire ; elle a démontré une culture politique formée par des habitudes patriarcales de commandement – purulants à travers des parties de la gauche grecque (et du plus large spectre politique) – et maintenant encouragée sous un gouvernement qui fétichise la discipline, la punition et l’obéissance.

Depuis des décennies, Polytechnique a été maintenue ouverte par celle.ux qui rejettent ces narratifs d’ordre et d’inévitabilité. Très peu des courants politques présent ont jamais été "non-violents" dans le sens moraliste poussé par les gouvernements et les libéraux. I.elles ont défendu les occupations, ont confronté la police, bloqué des mines, et ont construit des infrastructures de soin sous le feu. Leur militance est collective et enracinée dans la protection mutuelle. La violence d’ARAS était l’opposé : domination autoritaire se faisant passer pour discipline, une masquarade de contrôle affligée de patriarcat se faisant passer pour une lutte sociale.

Cette distinction est essentielle. Les formations politiques qui reproduisent les structures de commandement hiérarchiques et patriarcales ne font pas simplement écho à la violence étatique – ils la légitiment. Quand une secte dirigée par un gars déferle dans Polytechnique comme une police privée anti-émeute, cela fonctionne comme l’extension officieuse de la répression que le gouvernement a augmenté depuis des années en asphixiant les espaces du mouvement et en étendant les pouvoirs de la police sous la bannière de l’inévitabilité. Dans ce contexte, l’attaque d’ARAS se lit mois comme une folie sectaire que comme une version amateur grotesque du narratif de l’état : "l’ordre doit être restauré ; les alternatives écrasées". Un écho violent du TINA auquel ils prétendent s’opposer.

Si les mouvements veulent survivre cette phase autoritaire – la criminalisation des dissidents, la masquarade du "bon manifestant / mauvais manifestant" , le poliçage des politiques de la jeunesse – ielles doivent confronter ce qui a permis cette attaque. Pas à travers des vengeances ou des purges, qui recycle seulement le même circuit autoritaire (edTrad : pas forcément, les vengeances peuvent être un besoin), mais en refusant de tolérer à l’intérieur de nos espaces les hiérarchies, les masculinités (edTrad : masculinités trans et cis ne sont pas la même chose), et les habitudes de commandements qui rendent une telle violence possible. La justice transformatrice n’est pas une douce alternative à la militance ; c’est le seul chemin par laquelle la militance reste enracinée dans la libération plutôt que de glisser dans la logique de la domination.

La révolte de Polytechnique reste puissante car elle rejette la hiérarchie, le contrôle patriarcal, et la logique d’inévitabilité. C’était bordelique, pluriel et contradictoire – et donc sincérement insurgée. Ce qui s’est passé cette année était une profanation de la mémoire par des gens reproduisant de manière assumée la logique de l’état encore plus que sa propre police. Maintenant notre tâche n’est pas seulement de défendre nos espaces de la répression extérieure, mais de défendre nos cultures politiques du pourrissement interne. Aucun mouvement qui échoue à déraciner l’autoritarisme – qu’il soit porté par l’état ou des imitateurs – ne peut construire le monde qu’iel dit se battre pour.

Man charged with tossing firebombs into L.A. federal building, targeting immigration agents

Publié le 2025-12-06 20:11:11

December 2, 2025

Federal prosecutors on Tuesday charged a Koreatown man with throwing Molotov cocktails at security officers inside a downtown Los Angeles federal building in an attack seeking to target immigration officials headquartered there.

[Name], 54, was arrested Monday on suspicion of tossing two improvised explosive devices into the building toward federal security officers at about 8:20 a.m. There was charring and burning where the first device landed, according to an affadavit from an FBI special agent. No one was injured.

Prosecutors charged [name] with attempted malicious damage of federal property, with an investigator saying he told them it was a "a terrorist attack" that he was carrying out because "you're separating families," an apparent reference to immigration officials' detention of family members.

[Name] confessed to having set his Koreatown apartment on fire four hours earlier after receiving an eviction notice, according to the affidavit filed in federal court. Then he headed to the federal building in downtown Los Angeles at 300 N. Los Angeles St. on his bicycle, carrying multiple shopping bags.

While standing at the base of the stairs outside the building's main entrance, [name] reached into one of the bags on his bicycle's handlebars and tossed a Molotov cocktail through the building's sliding door, the affidavit said. The entrance is marked as an employee entrance, and the doors automatically open.

[Name] then threw another device through the open door of the federal building's public entrance, where people were waiting in line to go through security to enter the building, according to the FBI investigator's affidavit.

Investigators examined security video that they said revealed [name] attempted to light at least one of the devices he tossed.

Federal security officers immediately arrested [name], then searched the bags and found a lighter and five more firebomb devices.

The building targeted houses Immigration and Customs Enforcement, and [name] told authorities he was motivated by his anger at the federal government's immigration policies and actions, the affidavit said.

[Name], when confronted by federal officers, yelled for people to "start shooting these," referring to the officers, the affidavit said. [Name] said if there weren't kids there, he would kill them. According to law enforcement sources, he is a U.S. citizen.

Along with the Molotov cocktails, investigators found a flame torch, a handheld device that can be used to produce a flame and is sometimes used as a kitchen or grill tool; two airsoft guns; and five knives.

Found on Mainstream News

Samedi 13 décembre, à 15h : Discussion sur les luttes en cours au Canada et la lutte spécifique contre le pipeline PRGT

Publié le 2025-12-07 00:00:00

Ces dernières années, la lutte contre l’extractivisme a éclaté sur la cote nord-ouest du Canada en se propageant, dans certains cas, dans tout le territoire contrôlé par l’état canadien. Dans cette vague d’industrialisation et de luttes contre celle-ci, l’État et les industriels manigancent pour construire dans cette région un nouveau pipeline de gaz naturel. Ils ne sont pourtant pas les seuls à conspirer, et un projet de lutte contre le pipeline PRGT est en train d’émerger. Un compagnon qui vit dans la région présentera les luttes récentes, les tensions sociales dans la région, ainsi que la lutte spécifique contre le pipeline PRGT, lutte qu’une poignée de compagnons proposent en mettant en œuvre une méthode insurrectionnelle. En partant de tout ça, on pourra discuter des expériences passées, des leçons et des enseignements que l’on peut en tirer pour des perspectives insurrectionnelles aujourd’hui.

[Brochure] Vive la génération Zbeul ! A propos des récentes émeutes au Maroc vues depuis un coin de la France

Publié le 2025-12-07 09:25:38

Initialement publié sur Indymedia Lille, le 01/12/2025.

PDF – floroc

En France l’expression « zbeuler » est désormais généralisée, en particulier parmi toutes celles et ceux qui cherchent à rompre la normalité, celle de l’exploitation au travail, de l’autorité des flics, du patriarcat, etc… Zbeuler c’est désordonner un état de fait que les riches et les puissant.e.s cherchent à imposer aux autres. Linguistiquement l’expression tire son origine du mot arabe « zbel » qui signifie la poubelle, les ordures, et par extension tout ce qui doit être jeter ou éliminer. Au Maroc, ce terme peut vite prendre une connotation sociale, du fait notamment de la popularisation d’un personnage de dessin animé dénommé « Bouzebal ». Littéralement « homme-poubelle », Bouzebal est un jeune galérien de banlieue dont l’ennemi juré est « Kilimini » (contraction phonétique du français « qu’il est mignon » en darija marocaine), un fils de riche incarnant la jeunesse dorée partie étudier à l’étranger et qui parle bien français. Lors des nuits du 30 septembre au 2 octobre dernier près d’une trentaine de villes marocaines, petites et grandes, ont été secouées par un gros zbeul qui semble en grande partie l’œuvre de « bouzebals » comme diraient certain.e.s par mépris de classe, et d’autres en signe de familiarité. Dans tous les cas, bouzebals ou pas, en prenant d’assaut des commissariats et saccageant des banques, tous ces révolté.e.s ont défié l’autorité avec une intensité rarement vue ces derniers temps au Maroc.

Ces deux nuits d’émeutes font suite à une série de rassemblements à travers le pays, à commencer par celui tenu devant l’hôpital Hassan II d’Agadir le 14 septembre, dénonçant l’état déplorable de l’établissement où huit femmes enceintes sont décédées lors du mois d’août après des césariennes. Une semaine plus tard deux autres rassemblements sont organisés à Tiznit et Essaouira, deux villes proches d’Agadir, lors desquels une dizaine de manifestant.e.s sont interpellé.e.s et relâché.e.s. Puis, sur le réseau social Discord, un collectif se présentant hors de partis ou syndicats, nommé « GenZ212 », en référence à la génération Z née entre 1995 et 2010 et à l’indicatif téléphonique national, appelle à se rassembler pacifiquement le samedi 27 septembre dans plus d’une dizaine de grandes villes du pays, pour exiger des réformes de la santé et de l’éducation et contre la corruption, « par amour de la patrie et du roi ».

A Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Marrakech, Agadir, Meknès, des centaines de personnes se retrouvent dans les rues en criant des slogans comme « Liberté, dignité, justice sociale » et appelant à des réformes. Très vite les flics mettent fin aux rassemblements en nassant les manifestant.e.s et en faisant des dizaines d’interpellations dont 70 rien qu’à Rabat, au motif que les manifs n’étaient pas autorisées. Dans la plupart des cas il s’agit de simples vérifications d’identité et les interpellé.e.s sont libéré.e.s sans poursuites judiciaires.

Le lendemain le collectif renouvelle l’appel et, malgré les nombreuses arrestations de la veille, de nouveaux rassemblements ont lieu dans les grandes villes et d’autres plus petites comme Safi ou Tinghir. A Casablanca, des manifestant.e.s envahissent même une autoroute urbaine et 24 personnes sont interpellées pour entrave à la circulation.

Dans la nuit du 29 au 30 des centaines de personnes bravent une fois de plus l’interdiction de manifester quitte à se faire interpeller. Ce soir-là les flics empêchent tout rassemblement à Casablanca et font une cinquantaine d’arrestations à Rabat ainsi qu’une soixantaine à Marrakech. Dans cette ville rongée par l’industrie du tourisme, des manifestant.e.s déterminé.e.s se sont élancé.e.s en manif sauvage en criant « Le peuple veut la fin de la corruption », principal mot d’ordre du mouvement, mais aussi « Vive le peuple », un slogan qui, dans cette société vivant sous le joug d’une monarchie détenant tous les pouvoirs, sonne comme une manière subversive de détourner le sempiternel « Vive le roi ».

Deux nuits de zbeul généralisé

Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre le mouvement prend des formes émeutières spontanées qui débordent complètement les appels du collectif GenZ212 dans une vingtaine de villes, souvent en périphérie des grandes agglomérations mais aussi dans de petites villes plus isolées. A Nador, Errachidia, Berkane, Béni Mellal, Tiznit, Kénitra, Khénifra, Guelmim, Rabat, Meknès, Ouarzazate, Casablanca, Fès, Agadir, Témara, Skhirat, des manifs sauvages parcourent les rues et souvent les forces auxiliaires (flics anti-émeutes) se prennent des jets de pierre bien mérités.

Ailleurs la révolte prend une tournure plus compliquée pour les autorités qui doivent faire face à des centaines d’émeutier.e.s. A Inezgane, en banlieue d’Agadir, trois caisses de flics sont défoncées, une agence d’assurance et trois banques sont attaquées, une agence de la poste du Maroc est incendiée, un supermarché Marjane est éventré et des bijouteries sont pillées. A Ait Amira, une petite ville de 50 000 habitants au sud d’Agadir, la gendarmerie royale perd 12 bagnoles dont certaines sont complètement incendiées, et plusieurs banques sont défoncées dans une liesse collective.

A l’autre bout du pays, dans la ville d’Oujda, les flics se font copieusement caillassés, mais ces ordures tentent de reprendre le contrôle en fonçant dans la foule avec leurs camions, causant au moins un blessé grave qui a perdu une jambe. Au total, pour cette seule nuit du 30 au 1er, les autorités annoncent que 142 voitures de police auraient subi des dégâts.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, alors que le ministère de l’intérieur finit par autoriser les sit-in appelés par le collectif GenZ212, des émeutier.e.s attaquent l’autorité et le capital là où ils se trouvent, souvent bien loin des lieux officiels de rassemblement. La révolte gagne de nouvelles villes avec une intensité plus forte que la nuit précédente.

A Salé, ville pauvre qui jouxte Rabat la capitale, après des affrontements avec les keufs, deux caisses de la sûreté nationale y finissent calcinées, une banque est cramée dans le quartier Al Amal, plusieurs autres perdent leur vitrine ainsi que deux agences de transfert, puis la devanture d’un supermarché Carrefour est défoncée sur la route de Kénitra.

A Marrakech, alors qu’une marche prend forme dans les rues du centre, à l’autre bout de la ville les forces auxiliaires perdent le contrôle du quartier Sidi Youssef Ben Ali, par ailleurs connu pour avoir été un foyer d’insurrection contre les autorités coloniales françaises dans les années 50. Environ 200 personnes, majoritairement très jeunes, arrosent de pierres et de bouteilles les forces auxiliaires postées à l’entrée du quartier. Le comico du coin est ensuite incendié, une banque pillée, deux agences de transfert saccagées. Il faudra toute la nuit aux flics pour reprendre le contrôle de la zone.

A Tamansourt, une bourgade à quelques kilomètres au Nord de Marrakech, la gendarmerie est incendiée. Plus loin sur la côte atlantique, à El Jadida, une manif sauvage met le zbeul sur la corniche, notamment en cassant des voitures. A Taroudant, des manifestant.e.s attaquent la préfecture et commencent à incendier la porte du bâtiment. A Kelaat M’Gouna, petite ville plus isolée au Sud des montagnes du Haut Atlas, il y a aussi du grabuge dans les rues avec des incendies et de la casse.

Et puis, à Leqliaa, en banlieue Sud d’Agadir, un poste de la gendarmerie royale est attaqué par des dizaines de personnes. Les grilles de l’entrée sont arrachées, un 4×4 sorti, des motos brûlées, et le feu mis à plusieurs endroits du bâtiment. Des flics, en partie réfugiés à l’intérieur, finissent par tirer dans la foule à balles réelles, assassinant trois personnes et faisant plusieurs blessé.e.s. Le ministère de l’intérieur annonce que 3 policiers ont été grièvement blessés dans l’attaque.

La justice à plein régime pour enfermer à tour de bras…

Le 2 octobre, un communiqué signé au nom du collectif Genz212 rejette « toute forme de violence ou de vandalisme » et il est décidé, suite à un vote sur Discord auquel ont participé plus de 15 000 personnes, de continuer les rassemblements en les limitant à des horaires fixes de 17h à 20h, et en déplaçant les lieux de rendez-vous sur des grandes places plus éloignées des quartiers populaires « pour éviter de graves incidents avec les flics ». Une campagne de nettoyage des rues est même organisée le 6 octobre avec photos à l’appui. Après cet appel au calme, le collectif se désolidarise des émeutier.e.s dans une lettre adressée au roi. Le texte comprend huit revendications dont la principale est la démission du gouvernement d’Aziz Akhannouch, le premier ministre, tandis qu’une autre, un peu plus loin dans la liste, exige la libération et l’abandon des poursuites judiciaires pour tou.te.s les détenu.e.s lié.e.s aux protestations pacifiques, sauf « ceux dont l’implication dans des actes de sabotage ou d’agression de force de l’ordre a été prouvée »…

Le soir du 2 octobre, dans le quartier Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech, nombreu.ses.x sont celleux qui ne voulaient pas s’arrêter malgré la répression. De nouveau les flics se sont fait caillasser, une banque a été saccagée et des commerces défoncés. On imagine qu’ailleurs aussi, parmi celles et ceux sorties dans les rues les soirs précédents, beaucoup n’avaient pas envie de rester sages. Il semble pourtant que la normalité ait repris le dessus à partir du 3 octobre, même si le collectif GenZ212 a continué d’appeler à se rassembler dans les grandes villes, réunissant quelques dizaines de manifestant.e.s à chaque endroit.

Au total, dans l’ensemble du pays, des milliers de personnes ont été arrêtées lors des rassemblements et émeutes, ainsi que les jours suivants à l’issue d’enquêtes, souvent sur la base de photos et vidéos circulant sur internet. A ce jour, plus de 2400 d’entre elles font l’objet de poursuites judiciaires, certaines ont déjà été condamnées à de très lourdes peines de prison, et des dizaines attendent toujours leur procès, soit en détention préventive, soit en liberté provisoire après paiement d’une caution qui atteint généralement 2000 à 5000 dirhams (200 à 500 euros).

Quelques dossiers et chiffres sortis dans la presse donnent une idée du carnage judiciaire en cours :
• A Salé, plusieurs condamnations de 15 à 20 ans de prison pour des « actes de vandalisme » sont déjà tombées et d’autres dossiers similaires sont toujours à l’instruction.
• A Agadir, le 14 octobre, 17 personnes ont été condamnées à de la prison ferme pour des faits commis à Ait Amira dans la nuit du 1er au 2 octobre. Elles étaient poursuivies notamment pour « destruction de biens publics et privés », « vol en réunion », « incendies volontaires » et « violences contre les forces de l’ordre ». Deux ont été condamnées à 3 ans de prison ferme, un à 4 ans, un à 5 ans, 9 à 10 ans, un à 12 ans et 3 à 15 ans… Par ailleurs, le tribunal d’Agadir a condamné un homme à 4 ans de prison et 50 000 dirhams d’amende (environ 5000 euros) pour « incitation à commettre des délits via les réseaux sociaux ».
• À Tanger, environ 80 accusés, dont 30 mineurs, poursuivis pour « vandalisme » et « violences contre les forces de l’ordre », seraient en détention provisoire.
• À Marrakech, 26 personnes sont poursuivies dans six dossiers pour « violences envers les forces de l’ordre », « participation à un attroupement armé », « incitation en ligne », « dégradation de biens publics et privés », et « possession d’armes blanches ».
• A Kénitra, 17 personnes, dont 9 mineurs, sont poursuivies pour « pillages », « destructions de biens publics et privés », « incendies volontaires », et sont en détention provisoire.
• A Oujda près d’une soixantaine de personnes sont poursuivies pour « violence envers les forces de l’ordre » et « participation à des attroupements nocturnes armés », et 17 autres pour « formation d’une bande criminelle », « attroupement armé » et « organisation d’une manifestation non autorisée », « possession d’armes blanches », « dégradations de biens publics et privés » et « agressions contre les forces de l’ordre ». Par ailleurs, 22 mineurs ont été placés sous surveillance judiciaire, tandis que 7 majeurs ont été mis en garde à vue pour avoir planifié une attaque contre une grande surface et préparé des actes de « vandalisme et de vol ».
• A Kelaat M’Gouna, huit personnes, dont deux mineurs, seraient poursuivies pour « destruction de biens publics » et « incendies volontaires ».
• A Rabat, plusieurs personnes sont poursuivies pour « attroupement armé » et « outrage aux symboles du Royaume ».
• A Ouarzazate, douze personnes font l’objet de poursuites, dont neuf en liberté contre une caution de 5.000 dirhams (environ 500 euros). Une autre, poursuivie pour des jets de pierres sur les flics, est en détention provisoire.
• Une personne arrêtée à Guelmim puis transférée à Casablanca a été condamnée à 5 ans de prison pour « incitation à commettre des délits et crimes via les réseaux sociaux ».

Un roi qui semble toujours hors d’atteinte

Le 8 octobre, une soixantaine d’intellectuels, artistes et militants des droits humains adressent, à leur tour, un courrier au roi, demandant de « traiter les causes profondes et structurelles de la colère ». Les militant.e.s de la GenZ212 attendent désormais « un signe fort » du monarque lors d’un discours qu’il doit tenir le 10 octobre au parlement. La veille, le collectif décide même d’annoncer la « suspension de toutes formes de protestation prévues pour le 10 octobre », « par respect pour sa majesté le roi Mohammed VI que dieu l’assiste et le glorifie ».
Au Maroc, bien qu’il y ait un parlement élu et un premier ministre nommé parmi la formation politique arrivée en tête des élections législatives, le roi, entouré de son cabinet royal, reste seul à la tête du pouvoir. Il préside le conseil des ministres, peut en renvoyer un quand il le souhaite, limoger le chef du gouvernement, dissoudre le parlement, suspendre la constitution, appeler à de nouvelles élections, ou diriger par dahir (décret royal). En plus de son statut politique il est « commandeur des croyants », soit le chef religieux du pays où l’islam est religion d’État. Pour renforcer ce statut, la dynastie des Alaouites, à laquelle appartient la famille royale, se présente comme descendante du prophète Mahomet, rien que ça. Le roi est donc le chef suprême auquel chaque marocain.e doit se soumettre. D’ailleurs chaque année se tient une cérémonie d’allégeance durant laquelle des centaines de hauts fonctionnaires, ministres, dignitaires du régime, députés, élus locaux, hauts gradés de l’armée, de la police et des services de renseignements, se prosternent devant « sa majesté » juchée sur un étalon et protégée du soleil par une ombrelle, le tout retransmis en direct à la télévision.

D’autre part, partout sur le territoire l’autorité du roi est assurée par un appareil administratif et policier officieusement appelé le « Makhzen », depuis les walis et gouverneurs, équivalents de préfets, à l’échelle des régions et provinces, jusqu’aux moqaddems, sorte d’agents de l’autorité à l’échelle des quartiers. La moindre critique du roi est quasiment inexistante tant le Makhzen est efficace. C’est le véritable organe de contrôle de la population, diffusant la crainte du pouvoir et instiguant la délation de tout comportement subversif, autant d’un point de vue politique que moral d’ailleurs, dans un État où, par exemple, sont punis d’emprisonnement les relations homosexuelles et les rapports sexuels hors mariage.

Des luttes qui restent en mémoire

Depuis 26 ans que Mohammed VI a pris la succession du trône à la mort de son père Hassan II, les autorités ont toutefois été défiées par plusieurs mouvements de révolte, alors que la répression s’est montrée toujours aussi féroce. L’un de ceux qui doit ressurgir le plus dans les mémoires des révolté.e.s d’aujourd’hui est certainement le hirak du Rif débuté en octobre 2016. Suite à la mort d’un marchand de poisson écrasé dans un camion-poubelle alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par le Makhzen, des dizaines de milliers de personnes ont envahit les rues d’Al Hoceima, capitale du Rif, en mémoire du défunt et pour protester contre leurs conditions de vie. Après huit mois de manifestations et rassemblements incessants, des discours questionnant de plus en plus ouvertement la légitimité du Makhzen, puis l’interruption du prêche d’un imam appelant à stopper le mouvement, les autorités finissent par arrêter des centaines de personnes. En réaction, le 20 juillet 2017 se tient une grande marche pour leur libération, lors de laquelle un manifestant est blessé à la tête par une grenade lacrymogène dans des affrontements avec les flics. Plongé dans le coma il décède quelques semaines plus tard. Quand aux personnes arrêtées, environ 500 sont condamnées à des peines de prison, quatre prennent 20 ans pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État ». Récemment, le plus médiatique des détenu.e.s du hirak du Rif, Nasser Zefzafi, a fait sortir de sa prison une lettre en soutien à la GenZ212, et l’appel à la libération des prisonnier.e.s a été scandé plusieurs fois dans des rassemblements.

Les mémoires sont aussi évidemment marquées par le mouvement du 20 février en 2011, dans le sillage des printemps arabes, avec ses manifestations critiquant le régime pendant plusieurs mois, des postes de police attaqués à différents endroits, mais aussi neuf morts dont au moins trois assassinés par les flics. En partie récupéré par les partis politiques, islamistes compris, il débouchera sur une réforme de la constitution et de nouvelles élections législatives. Ces dernières années, d’autres révoltes ont été symptomatiques du niveau de misère dans laquelle vit une partie du pays. Fin 2018 des « manifestations de la soif » ont lieu à Zagora contre les coupures d’eau puis, début 2019, des habitant.e.s de la ville minière de Jérada sortent dans les rues durant plusieurs mois suite à la mort de deux hommes qui, comme plein d’autres, gagnaient leur vie en revendant clandestinement du charbon extrait dans des puits désaffectés de l’ancienne mine.

Au Maroc beaucoup de gens doivent faire ce genre de boulots pour vivre, tout en devant faire allégeance à un roi qui, en plus de son statut politique et religieux, contrôle le plus grand groupe financier du pays, Al Mada, regroupant de multiples filiales dans la banque, la grande distribution, l’immobilier, les télécoms, l’énergie et, historiquement, les mines. Avec son entreprise Managem, la famille royale, à la tête d’une fortune de plus de 6 milliards de dollars, exploite une dizaine de mines d’or et d’argent dans les régions les plus pauvres du pays, aggravant les conditions de vie par l’accaparement de l’eau et la pollution. Celle d’Imider, au sud de la chaîne de montagne du Haut Atlas, est bien connue car depuis les années 80 des habitant.e.s s’y opposent. A partir de 2011, des opposant.e.s ont même coupé l’alimentation en eau de la mine, tout en montant un camp pour occuper le site autour de la vanne.

Coupe du monde, CAN, TGV, … Le Maroc des grands projets

Dans les manifestations de ce début octobre, de nombreuses fois ont été pointées du doigts les dépenses faramineuses pour la construction des stades devant accueillir la coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2026 et la coupe du monde de foot en 2030. A Tanger et Casablanca, au tout début du mouvement, les écrans installés dans les rues affichant un décompte avant le début de la CAN ont même été hackés pour y diffuser des insultes contre les flics et des revendications pour la santé et l’éducation. Pendant les rassemblements des slogans critiquaient des infrastructures coûtant des milliards en comparaison avec le piteux état des hôpitaux où les patient.e.s doivent parfois apporter leurs propres draps et matériel médical. Comble de l’indécence le tout nouveau stade de Rabat comprend, en sous-sol, une clinique flambant neuve destinée aux sportifs… Pour 2030, les autorités ont annoncé en grande pompe la construction d’un stade de 115 000 places, soit le plus grand du monde, pour un coût de 5 milliards de dirhams (environ 500 millions d’euros). Et puis, à l’approche des compétitions, le Makhzen mène des programmes d’éviction des pauvres dans les quartiers centraux des grandes villes. A Casablanca, depuis 2024, des centaines d’habitations ont été détruites dans l’ancienne médina et leurs occupant.e.s relogé.e.s dans des quartiers excentré.e.s, pour construire à la place une large avenue royale reliant la grande mosquée Hassan II.

Si les chantiers pour les coupes de football cristallisent les tensions, le décalage entre des grands projets capitalistes sollicitant des investissements massifs et le niveau de vie local concerne tous les domaines. Ces grands projets sont souvent guidés par les intérêts d’investisseurs étrangers, émiratis, chinois et français en tête. Un jour peut-être la tempête qui, lors des chaudes nuits du 30 septembre au 2 octobre, a fait valdinguer des banques, des supermarchés, des comicos et des agences de transfert d’argent, se dirigera jusqu’aux infrastructures de ce capitalisme néocolonial. Peut-être, par exemple, qu’elle atteindra la nouvelle ligne de TGV reliant Tanger à Casablanca (320 kilomètres en tout), commandée en 2010, pour 3 milliards d’euros, au groupe français Alstom qui s’est refait un pactole d’1 milliard d’euros en vendant 18 nouvelles rames de train en 2024. Peut-être même que cette tempête passera plus au Sud, là où convergent désormais les regards voraces des grands groupes français spécialistes de la transition énergétique…

Hydrogène vert et néocolonialisme au Sahara Occidental

Le Sahara Occidental, un territoire de plus de 260 000 km², est occupé et administré par l’État marocain sur 80 % de sa superficie depuis 1975 bien que l’ONU le considérait encore jusqu’à peu comme « non autonome » et qu’une organisation armée sahraouie, le Front Polisario, contrôlant les 20 % restant, en revendique toujours l’indépendance. En octobre 2025, le conseil de sécurité de l’ONU a finalement reconnu un plan visant à faire de ce territoire une région autonome sous souveraineté marocaine, validant un processus de colonisation débuté par des années de guerre et de massacres, et poursuivi par l’occupation, la répression et la prédation économique.

Dans la zone occupée par les autorités marocaines, les tensions s’étaient ravivées en 2010 lorsque plus de 15 000 sahraoui.e.s ont monté un campement à Gdeim Izik en périphérie de Laayoune pour protester contre leurs conditions de vie. Le démantèlement du camp par les flics s’était soldé par au moins une dizaine de morts dont plusieurs policiers. En 2020 le conflit armé entre l’armée marocaine et le Front Polisario avait même repris après 20 ans de cessez-le-feu. Aujourd’hui les tensions sont toujours bien palpables mais pas de nature à freiner la nouvelle ruée vers l’or « verte ».

Car si le Sahara Occidental est historiquement exploité pour ses ressources halieutiques et ses gigantesques gisements de phosphates, servant à la fabrication d’engrais agricoles, c’est désormais son exposition aux vents et son ensoleillement qui attirent les investisseurs. Ces conditions climatiques en font une zone très rentable pour la production d’énergies « vertes » et donc de carburant décarboné, comme de l’« hydrogène vert », dérivable en ammoniac, nécessaire à la production d’engrais azotés. En mars 2024, le royaume a lancé son « Offre Maroc », un appel à venir exploiter un million d’hectares déjà identifiés. Il se voit répondre à 4 % de la demande mondiale d’ici 2030.

Alors que les relations diplomatiques entre la France et le Maroc étaient en crise depuis 2021, après que les services secrets marocains aient été accusés d’espionner, entre autres, le portable de Macron, à l’aide du logiciel israélien Pegasus, elles se sont vite revigorées quand ce dernier a annoncé, en juillet 2024, qu’il soutenait la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. Trois mois plus tard était organisée en grande pompe une visite du président français accompagné de neuf représentants de groupes énergétiques, avec des gros contrats à la clefs.
Ainsi, Engie va investir 15 milliards d’euros en partenariat avec l’office chérifien des phosphates (OCP), le plus grand groupe minier marocain, dans six projets liés aux énergies renouvelables, à l’ammoniac vert et au « dessalement durable ». A côté de la petite ville de Chbika, Total va construire et exploiter un centre de production d’ammoniac vert destiné à l’export sur le marché européen. Puis, à Dakhla, MGH Energy a signé un contrat pour construire une usine de e-fuels tandis qu’HDF Energy projette d’y bâtir une giga-usine capable de produire 200 000 tonnes d’hydrogène vert par an. Par ailleurs, tous ces rapaces sont bien accompagnés par l’agence française de développement (AFD), conforme à ses missions néocoloniales visant à soutenir les intérêts de la France dans le développement capitaliste de ses anciennes colonies et du reste du dit Sud global.

Bref, avec tous ces projets, il y a de quoi tapisser d’éoliennes et de panneaux solaires polluants des milliers d’hectares de désert, le tout pour faire tourner l’agro-industrie dévastatrice partout dans le monde. Au Sahara Occidental comme ailleurs, la fameuse transition énergétique n’est rien d’autre qu’une nouvelle conquête afin d’exploiter toujours plus la planète et ses ressources.


L’appétit des exploiteurs n’a pas de limites et tant qu’ils pourront continuer leurs sales affaires les pauvres en subiront toujours les conséquences. Au Maroc, la propagande du Makhzen, bien relayée par ses influenceurs baltajias (nom donné aux pro-monarchie), brouille les pistes en alimentant sans cesse le discours nationaliste selon la devise « Allah, la nation, le roi » et ciblant l’ennemi algérien ou sahraoui. Mais, comme le montre cette dernière révolte, nombreu.ses.x sont celleux qui savent très bien où se trouvent les responsables de leur misère et comment les attaquer.

Solidarité avec les révolté.e.s du Maroc, de Madagascar, du Népal, d’Indonésie, du Pérou, et du monde entier !

Contre tous les pouvoirs, liberté pour toustes !

[Canada] Coup d’éclat au Port de Montréal pour dénoncer sa complicité dans le génocide à Gaza

Publié le 2025-12-07 10:21:08

Par les Soulèvements du Fleuve, le 14/10/2025.

13 octobre 2025 – Durant la nuit du 12 au 13 octobre, des bureaux du Port de Montréal ont été saccagés par un groupe anonyme qui dénonce la complicité du Port dans le génocide à Gaza et son expansion controversée à Contrecœur. Situé au 3490 Notre-Dame Est, la façade et les locaux ont été aspergés de peinture malodorante et couverts de graffitis sur lesquels on peut lire : « Montréal arme le monde, désarmons le Port ». Les Soulèvements du fleuve diffuse et contextualise le communiqué du groupe anonyme.

 

« Nous avons ciblé le Port de Montréal pour son rôle logistique dans la production et la distribution de matériel militaire canadien. Nous avons l’intention de nuire par tous les moyens possibles à la remilitarisation promue par les gouvernements provincial et fédéral. Des entreprises locales comme General Dynamics, Pratt & Whitney et CMC Électronique sont complices du génocide à Gaza » explique une des militantes qui a pris part à l’action. « General Dynamics fournit à Israël des obus explosifs avec lesquels sont massacrés les Palestiniens tandis que CMC Electronics fabrique des capteurs de vitesse Doppler utilisés dans le F-35, les avions de chasse qui bombardent Gaza. Puis, Pratt Whitney a conçu le réacteur » renchérit-elle en citant le rapport « Exposing Canadian Military Export to Israel » .

Le cessez-le-feu feu à Gaza ne signifie en rien la fin de la lutte pour la libération de la Palestine. Il n’y aura pas d’impunité pour les fabricants d’armes ni pour Israël et ses alliés. Tout comme la colonisation de la Palestine n’a pas débuté le 7 octobre 2023, elle continuera après le retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza. Les forces sionnistes sont toujours aussi puissantes comme le démontre l’absence de sanctions envers Israël. Les prochains mois seront cruciaux pour le futur de la Palestine, la mobilisation continue.

Le Port de Montréal fait également affaire avec Maersk, dont les porte-­conteneurs acheminent les marchandises canadiennes vers Israël en transitant par la Méditerranée. « Nous devons rompre nos liens commerciaux avec Israël et les entreprises qui participent au génocide. Nous savons aussi qu’il existe un système opaque d’envoi de matériel militaire à Israël. Cibler les infrastructures de transport est une manière de nous y opposer. », soutient un autre militant, en faisant référence au rapport « Les dessous des exportations militaires canadiennes vers Israël » et à la campagne internationale contre Maersk .

Des actions ailleurs en Occident ont également ciblé les installations portuaires en raison de leur rôle clé dans l’armement d’Israël. C’est notamment le cas des travailleurs de la CGT de Marseille qui ont refusé l’embarquement de matériel militaire en juin dernier et du récent blockage dockers du Port de Gênes en Italie après l’interception de la Flottille pour la liberté par Israël.

Le Port est également critiqué pour son controversé projet d’expansion à Contrecœur, qui menace de détruire des milieux naturels et les écosystèmes déjà fragilisés du fleuve Saint-Laurent. « Les guerres au Moyen-Orient. la remilitarisation, le boom extractiviste, l’agrandissement des ports et du commerce international, tout ça est interrelié » ajoute le groupe. « Le réarmement des puissances coloniales et le soutien au projet sioniste nécessitent des besoins gigantesques en ressources primaires. L’augmentation des projets miniers pour l’extraction de minéraux rares et des projets de logistique sont d’autres ingrédients essentiels de cette remilitarisation. C’est d’ailleurs pourquoi des projets miniers au Québec, comme celui de la Loutre en Outaouais, sont directement financés par l’armée américaine. On se soulève aujourd’hui pour dénoncer tous ces projets qui participent à ces mouvements de destruction du vivant et de souffrance. »

« L’expansion du port à Contrecoeur est présentée comme à tort comme un projet d’ » intérêt national » alors que l’on sait très bien qu’il ne sert que l’intérêt des multinationales et de leurs riches actionnaires. Cela va accroître notre dépendance aux marchés internationaux. Délocalisation ici et exploitation dans les pays du Sud voilà ce qu’à amené la mondialisation et sa logique de libre-marché » ajoute une troisième personne derrière l’action.

L’action contre le Port de Montréal s’inscrit dans la semaine d’action en solidarité avec la Palestine organisée par le collectif Désinvestissons pour la Palestine (D4P) et participe au mouvement international de libération de la Palestine.« Notre action est aussi une réponse à l’appel des Soulèvements du fleuve, un mouvement de résistance au développement industriel, colonial et extractiviste », nous partage le groupe.

Les Soulèvements du fleuve, en soutien avec ce groupe d’action anonyme, dénoncent la destruction du vivant perpétrée par le Port, que ce soit par l’agrandissement du port de Contrecœur ou par sa complicité dans le génocide à Gaza. En freinant l’expansion logistique. nous fissurons la chaîne de production de la guerre, ainsi que celle de l’extractivisme. Nous refusons que notre fleuve soit bétonné pour mieux soutenir l’économie de la guerre. Il est venu le temps de se soulever.

 

 

[France] Colis piégé dans une agence Allianz

Publié le 2025-12-07 10:21:41

Une personne a été blessée lundi après-midi par un engin explosif placé dans la boîte aux lettres d’une agence du groupe Allianz à Montluçon (Allier), un acte « condamné avec la plus grande fermeté » par l’assureur allemand. L’explosion est survenue peu après 14H00 dans le centre de cette ville de 32.000 habitants, alors qu’il n’y avait pas de public dans l’établissement, a indiqué la préfecture de l’Allier dans un communiqué.

« Selon les premiers éléments de l’enquête, l’explosion a eu lieu au moment de la relève du courrier, lors de la manipulation par un collaborateur de l’agence d’un colis déposé dans la boîte aux lettres », a-t-elle ajouté. « A ce stade, ni les auteurs, ni les motivations de cet acte ne sont connus », a souligné la préfecture.

La victime, blessée par « un engin explosif », est le fils du directeur de l’agence, a précisé à l’AFP le procureur de Montluçon Christian Magret avant de se dessaisir au profit du parquet de Cusset, puisque ce dernier dispose d’un pôle criminel. Cet homme de 34 ans a été blessé aux bras et au thorax, sans que son pronostic vital ne soit engagé. Selon la préfecture, deux autres personnes étaient présentes au moment de l’explosion, mais n’ont pas été blessées. Les trois personnes présentes lors de l’explosion ont été transportées à l’hôpital pour des examens de contrôle.

Après l’explosion, un périmètre de sécurité a été établi aux abords de l’établissement. Il a ensuite été levé alors que les vérifications se poursuivaient dans l’établissement. Des démineurs lyonnais, dépêchés avec un hélicoptère de la sécurité civile, sont arrivés vers 17H30 pour vérifier qu’il n’existait pas de risque d’une seconde déflagration, avant de laisser la place aux enquêteurs. Une quinzaine d’agents de la police scientifique, dont certains en tenue blanche, et de la police judiciaire s’activaient dans la soirée dans et devant l’agence, selon des journalistes de l’AFP sur place. Le Parquet National Anti-Terroriste (Pnat) est « en observation » des faits de Montluçon. Pour autant, l’enquête et la communication reste confiée au parquet local à ce stade.

Dans la nuit du 5 au 6 novembre à Toulouse, une agence Allianz a subi une attaque similaire rappelle La Dépêche. « On a brisé les vitres », avait-il été écrit dans un communiqué intitulé « Allianz cassé de A à Z ». Un groupe anarchiste revendiquait cette attaque du fait qu’Allianz assurait une entreprise israélienne d’armements. Selon une source judiciaire, la justice n’a, à ce stade, pas connaissance de revendication sur les faits de Montluçon et ne peut donc pas établir de lien entre cette explosion et la dégradation volontaire survenue à Toulouse.