Vive l'Anarchie - Semaine 49, 2018

Sommaire

Besançon, France : Sur le saccage d’un bâtiment de la fac de lettres

Publié le 2018-12-03 08:50:04

Dans un mail adressé à la communauté universitaire de Franche-Comté mercredi 28 novembre au soir, le doyen de l’université de lettres de Besançon, André Mariage, nous fait part de son indignation quant au saccage du bâtiment N de l’Arsenal durant la nuit du 27 au 28 novembre:

« Celles et ceux qui fréquentent le bâtiment N de l’Arsenal ont pu constater les dégradations commises par un ou plusieurs individus mal intentionnés durant la nuit du 27 novembre 2018. Ces actes de déprédation aussi lâches que ceux de mars 2018 n’ont d’autre motivation que la destruction du bien commun et le saccage de l’outil de travail des étudiants et des enseignants. De nombreux tags, dont certains à caractère injurieux, salissent nos murs et rendent inutilisables des écrans de projection comme celui de l’amphi N1. Le contenu des extincteurs a été déversé sur les meubles audiovisuels des salles N4, N5, N114, N107, N207 et N209, (sous réserve d’autres salles en cours de vérification) mettant tout le matériel hors service (ordinateurs, matrices vidéo, câbles…). Les enseignements seront perturbés du fait de ne pouvoir utiliser la vidéoprojection dans les salles détériorées. Les locaux du LASA ont également été très dégradés empêchant l’accès à certains bureaux.Le coût financier des réparations est déjà estimé à plusieurs milliers d’euros, sur la seule base des constatations effectuées. […] ».

En tant que personne étudiant à l’UFR SLHS, je tenais à apporter quelques précisions quant à la version du doyen à travers son communiqué de propagande :

Parmi les slogans tracés sur les murs amiantés du bâtiment, nombreux étaient ceux qui s’attaquaient à Macron, ainsi qu’à la direction de l’université (André Mariage pour la fac de lettres et le président de l’université, Jacques Bahi) qui, pour mémoire, a traîné deux étudiant.e.s en conseil de discipline durant ces deux dernières années de lutte contre la sélection. D’autres inscriptions étaient plus générales : « Aucune ambition dans ce monde sauf celle de le détruire ; Mort au patriarcat ; la paix sociale est violente ; Demandons rien prenons tout #ChampsElysées #24novembre ; Ni berger ni troupeau, révolte ; acabadabra nous revoilà », « 1er semestre: Saccage – 2è semestre: Etudes sur le cynisme » …

Le communiqué du doyen insiste particulièrement sur les dégradations visant les bureaux du LASA, laboratoire de socio-anthropologie. Non loin des bureaux, un tag dit « LASA : Labo de la répression ». Et pour cause, ces dernières semaines, ce labo de recherche se vante partout dans la presse locale de préparer l’ouverture d’un nouveau commissariat de police dans le centre commercial Cassin à Planoise, prévu au départ pour avril 2019 et qui finalement sera inauguré en décembre 2018. Celui-ci sera l’annexe du commissariat central de la Gare d’Eau dans le cadre du nouveau plan de « Police de Sécurité du Quotidien), où quinze flics seront en poste en continu. Ainsi, le site d’infos bisontines macommune.info, la radio pontissalienne plein air, l’Est Républicain (article payant) et France 3 Franche-Comté, ont relayé le lancement de cette « étude ».

« Dès janvier, les étudiants et leur directeur de recherches vont commencer par recueillir la parole des habitants de Planoise, des commerçants, des enseignants, des policiers, des élus municipaux, des gardiens d’immeubles… La liste n’est pas exhaustive. Une forme d’état des lieux sans à priori qui prendra six mois. L’objectif est d’élaborer deux à trois scénarios de crise qui font référence à des actes d’incivilités ou de délinquance. Le rodéo urbain, le squat des cages d’escaliers peuvent faire partie de ces scénarios mais rien n’est défini, cela dépendra du contenu des entretiens. La deuxième phase de ce travail va durer un an. Là, il s’agit de constituer des groupes de six à huit participants. L’objectif est de confronter les comportements en cas de crise. Quelle est la logique d’actions de chacun ? Comment réagissent-ils dans telle ou telle circonstance ? Comment les réflexes et les logiques professionnelles vont se confronter en cas d’incivilités ou d’actes de délinquances ? La dernière phase de travail est prévue sur six mois. L’expérimentation sera rendue publique. Il s’agira aussi de mesurer le degré d’adhésion des publics au dispositif de cette Police de sécurité au quotidien. Des « fiches actions » seront établies pour guider les pratiques futures et ainsi améliorer les réactions en situation de crise. »

Leur but semble clair : permettre aux flics d’adapter leur sale travail selon les situations « de crise » (en cas d’émeutes et autres révoltes, notamment). Ces universitaires (étudiants de master) en charge de mener les enquêtes sous la direction de Lucie Jouvet-Legrand, ont fait le choix conscient d’aller là où les flics ne peuvent pas, c’est-à-dire récolter des informations précieuses afin de perfectionner leurs méthodes de maintien de l’ordre et de pacification sociale. Le LASA n’est ni plus ni moins que la main gauche des forces de répression. Qu’elle en paye le prix n’a rien d’étonnant, dans une fac où la répression s’est abattue sur une vingtaine de personnes en février 2017.

Quelques autres photos des tags reprises de la presse locale ou de twitter:

 

[Reçu par mail]

Cher : Les antennes-relai (et l’unité de dépuration d’eau) au cocktail Molotov

Publié le 2018-12-03 19:33:04

Le Berry Républicain / vendredi 30 novembre 2018

Les gendarmes dénombrent cinq faits dont le mode opératoire est identique et plutôt singulier : un jet de cocktail Molotov sur des équipements, dans un périmètre compris entre Herry, Garigny, Charentonnay et Jussy-le-Chaudrier, soit une poignée de communes autour de Sancergues.
Cette semaine, ce sont d’abord quatre installations d’antennes-relais et de pylônes servant aux télécommunications qui ont été visées, dans les quatre communes. Deux pylônes sont situés en agglomération de deux communes, deux autres sont perdus en dehors des agglomérations.

Chaque fois, le ou les auteurs jette(nt) un cocktail Molotov. Une armoire électrique a été complètement détruite. Les conséquences pour les usagers (téléphones et internet) semblent limitées.
Vendredi 30 novembre, les gendarmes ont constaté une attaque d’une autre nature. À Herry, déjà victime d’une dégradation de pylône, c’est le local technique de l’unité de production d’eau potable qui a été visé. Le carreau de la porte a été cassé pour pouvoir y jeter plus facilement le cocktail Molotov. Là encore, les dégâts ont été limités.

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Mise à jour du 24 septembre 2021 : divorce-dépression-dépôt de bilan… et pas de politique

Le Berry Républicain / mercredi 22 septembre 2021

Un homme de 37 ans a été jugé coupable ce mercredi, par le tribunal correctionnel de Bourges, d’avoir détruit plusieurs installations de téléphonie mobile en les incendiant au cocktail Molotov.

Le tribunal l’a condamné à un an de prison avec sursis. Et a prononcé la confusion de cette peine avec une première – quatre ans d’emprisonnement avec sursis et 3.000 euros d’amende – prononcée pour des faits similaires, mais commis en réunion, par le tribunal correctionnel de Nevers (Nièvre), en décembre 2019.

Il devra en outre verser plus de 15.000 euros aux opérateurs visés.
Le substitut du procureur avait requis deux ans avec sursis simple et 2.000 euros d’amende.

Les faits s’étaient déroulés lors d’une soirée de fin novembre 2018 (notre édition du 29 novembre) à Garigny, Herry, Charentonnay et Jussy-le-Chaudrier, soit dans un rayon de moins de dix kilomètres. Le prévenu s’en était pris à deux armoires de répartition téléphonique et à deux relais.

Sur deux des sites, son ADN avait été retrouvé parmi les débris de cocktails Molotov confectionnés à partir de canettes de bière. Interpellé, il avait reconnu les faits.

Idem ce mercredi, à la barre. « À l’époque, j’étais en plein divorce, a-t-il avancé. C’était difficile, je buvais énormément. Je ne saurais pas dire exactement pourquoi je me suis attaqué à ces relais… »

Il a soutenu que ses agissements n’avaient « aucune portée politique », quand bien même il les avait commis au plus fort des manifestations des « gilets jaunes ».

Pour la société Bouygues, partie civile, un avocat chiffre « à plus de 7.000 euros » le préjudice subi à Herry. À Garigny, les dégâts se montent « à près de 29.000 euros », soit 36.170 euros « et 26 centimes » pour les deux sites. Son confrère, au soutien de l’entreprise Berry numérique, évalue la note à quelque 12.000 euros à Jussy-le-Chaudrier. « L’équipement détruit n’était même pas encore entré en exploitation, déplore-t-il. Il devait assurer l’accès à internet à des gens qui attendaient ça désespérément. Il leur a fallu attendre six mois de plus… »

À Charentonnay enfin, l’opérateur Orange a invoqué près de 5.000 euros de préjudice « et 150 abonnés impactés ».

Le parquet a clairement souligné l’influence du mouvement des « gilets jaunes » sur le prévenu. « Leurs manifestations ont incité des individus comme ce monsieur à commettre des actes isolés sous couvert de colère populaire, de grand changement révolutionnaire… Mais les “gilets jaunes”, aujourd’hui, ne sont pas là pour le soutenir?! »

L’avocat de la défense lui a emboîté le pas. « Les “gilets jaunes”, à l’époque, fustigeaient à longueur de temps les grandes entreprises qui amassaient les profits : à leurs yeux, c’étaient les banques… et les opérateurs de téléphonique mobile, les fournisseurs d’accès à internet?! Mon client, lui, venait d’être laminé par les fameux trois “D” : divorce-dépression-dépôt de bilan. Il se débattait en plein divorce, sa mère encore jeune venait de mourir et l’entreprise familiale avait dû déposer le bilan. Alors, après quelques verres, il a cru se défouler ainsi. »

L’avocat a plaidé « une erreur appartenant désormais à son passé. D’ailleurs, il a d’ores et déjà réglé l’amende infligée par le tribunal de Nevers. » Des arguments qui ont, pour partie, porté.

Seine-et-Marne : Actions contre la chasse

Publié le 2018-12-03 19:33:04

Frente de Liberacion Animal / vendredi 30 novembre 2018

Plusieurs miradors de chasse, pièges et agrainoirs ont été détruits en Seine-et-Marne. Des tags antispécistes et la signature Animal Liberation Front ont été laissés sur place.



Hamilton (Canada) – On ne regrette toujours pas : sur le plaider-coupables dans l’affaire de Locke Street

Publié le 2018-12-03 19:34:02

North-Shore.info / vendredi 30 novembre 2018

Le quoi et le pourquoi

Le 29 novembre 2018, celles/ceux qui faisaient face à des accusations par rapport à la soi-disant « émeute de Locke Street » ont accepté un plaider-coupable non coopératif. L’accord ne mentionne ni implique en aucune manière qui que ce soit d’autre que le groupe de personnes qui ont plaidé coupables et a été accepté collectivement par toutes les personnes impliquées. Depuis le début, ça a été une priorité pour nous d’affronter cette situation d’une manière qui allait à l’encontre de la tendance du système légal à individualiser et opposer les personnes les unes aux autres. On a mis l’accent sur l’aspect collectif et ouvert – en négociant cette solution on a tenu compte du bien-être de tout le groupe, tout comme des luttes dont nous faisons partie. Il n’a jamais été question d’un individu seul, ni seulement des inculpé.e.s.

En ce qui concerne la particularité de notre plaidoyer, une personne a été condamnée à un an de prison : il/elle est en taule maintenant et devrait purger 5-6 mois ; une autre personne recevra une condamnation plus courte dont la sentence tombera courant de la nouvelle année ; une troisième personne a reçu une sentence de 9 mois avec sursis, ce qui veut dire qu’elle est en arrestation domiciliaire, avec un couvre-feu. Pour le côté un petit peu meilleur de l’accord du plaider-coupable, deux personnes ont eu des sentences d’acquittement sous condition et trois autres ont vu leurs accusations retirées en échange de la signature d’un engagement à avoir un comportement conforme à la loi. Cela signifie que 5 de nous 8 s’en sortent sans inscription dans leur casier judiciaire. Toutes les sentences incluent aussi une période de probation et un certain nombre de TIG.

Pour celles/ceux qui se demandent pourquoi on a choisi le plaider-coupable au lieu d’aller à un procès, il y a un certain nombre de raisons diverses. La nature de la répression étatique est telle qu’il n’y a jamais de victoires pures, nettes. Quand vous avez affaire avec elle, vous êtes dans une positions dans laquelle toutes les chemins possibles pour vous sont mauvais – chacun pour des raisons différentes. Dans ce contexte où il n’y a pas de bonnes options, il s’agit d’essayer de choisir la moins pire, et pour nous cela était de choisir un accord de plaider-coupable.

Il n’y a pas à chercher de la justice dans le système judiciaire, tout comme il n’y a pas de corrélation innée entre légalité et justice. Les tribunaux sont ancrés et fondamentaux pour le colonialisme de peuplement qui constitue le Canada ; ils soutiennent un système de suprémacisme blanc ici aussi tout comme ils le font, de manière plus éclatante, au sud de la frontière [qui sépare le Canada des États-Unis ; NdAtt.]. Les tribunaux fournissent un vernis de respectabilité et d’« équité » tout en détournant l’attention de la pure violence de l’État, comme la police de Hamilton qui a tué de nombreuse personnes au cours de cette seule année, ou les innombrables morts et incalculables souffrances dans la prison de Barton. Aux côtés de la prison et de la police, les tribunaux sont un instrument essentiel utilisé par la classe dominante afin de faire respecter l’inégalité et plus en général pour maintenir leur pouvoir : les tribunaux sont gérés par et pour les riches, travaillant pour les protéger, eux et leur propriété. Pour une action comme cette manifestation [celle qui s’est déroulée sur Locke Street, à Hamilton le 3 mars 2018 ; NdAtt.], qui prend clairement comme cible les riches, quelle attente d’une issue positive aurions-nous pu avoir, pour nous engager dans un combat contre le système judiciaire ? Nous sommes leur ennemis et ils nous haïssent autant que nous les haïssons, et en plus ils s’énervent particulièrement quand quelqu’un.e défonce leurs Audis.

Cela ne nous a jamais intéressé d’évoquer les droits démocratiques ou les concepts de culpabilité ou d’innocence, afin de surfer sur la violence de l’État. Nous refusons de nous placer sur ce plan et ne voulons participer à quoi que ce soit qui soutienne le cadre qui crée et perpétue des divisions comme celle entre le criminel et le citoyen respectueux des lois, le bon activiste et le méchant, celui/celle qui proteste pacifiquement et le violent, etc. – cela sert les intérêts du pouvoir et ne fait que nous affaiblir.

Même si nous jouions à ce jeu dans un procès et nous « gagnions », il y aurait un prix. Le procès durerait des années et pendant ce temps cette affaire continuerait à générer du stress pour les personnes et leurs relations en plus d’être une énorme perte de temps et de ressources. Le procès lui-même serait déjà une punition, avec des restrictions de liberté (comme les arrestations domiciliaires, l’interdiction de se rencontrer et de venir en ville) et l’immense poids financier de trouver des dizaines de milliers de dollars pour les frais d’avocats. Cela serait probablement pire que ce que nous obtenons avec cet accord. Des telles pressions sont complètement normales et y font face presque toutes les personnes qui ont affaire avec un tribunal. L’idée que vous auriez un quelque « droit à un procès » est une foutaise : le système judiciaire est une machine à plaider coupable et nous n’en sommes pas immun.e.s.

De plus, nous étions très préoccupé.e.s par l’issue d’un procès qui aurait fait précédent, en influençant des affaires futures. Étant le premier groupe de personnes accusées sous la loi canadienne d’interdiction de dissimulation du visage de 2014, si nous avions été reconnu.e.s coupables des accusations portées contre nous, cela aurait défini le précédent sur lequel les sentences futures auraient été fondées. Les événements de Locke St. ont déclenché une réaction publique assez intense et une période de ce qu’on ne peut appeler autrement qu’hystérie (par exemple des articles de journaux parlant de la menace d’anarchistes qui se cachent dans les buissons, la mairie qui a déclaré que le A cerclé est un symbole de haine [l’interdisant, donc ; NdAtt.], des conférences de presse dramatiques à propos de la « chasse à l’homme » anarchiste, etc.). Au delà de tout cela, l’action a visé un secteur dans lequel vivent et vont dîner juges, avocats et leurs pairs. Inutile de le dire, nous aurions très probablement trouvé devant nous une cour assez hostile et, si condamné.e.s, les sentences auraient probablement été plus dures. Nous aurions de ce fait été impliqué.e.s dans la création d’un mauvais précédent qui aurait été appliqué à d’autres personnes et aurait impacté négativement les mouvement sociaux, les autres anarchistes et assimilé.e.s.

Résistance et répression

La répression peut arriver. Elle n’est pas une force immuable, comme le vent ou la pluie, mais tant qu’existera l’État, celles/ceux qui s’opposent aux actions des puissants feront face à sa violence. La question n’est pas « si », mais « quand », et nous pouvons dire que quand cela arrive ça surprend. À Hamilton, les personnes accusées sont impliquées dans des projets anarchistes publics et visibles, qui essayent de maintenir un antagonisme acharné contre l’exploitation et l’oppression dans cette ville. La gentrification en est une forme bien visible. Des tensions ont été construites – les anarchistes de la ville ont refusé de laisser la lutte de classe être menée de façon unilatérale et depuis des années des appels à la répression ont été lancés à notre encontre.

Nous refusons toute séparation entre idées et actions et nous soutenons toutes les activités qui ont eu lieu le week-end du 3 mars – le salon du livre, la manifestation, et plus – tous ces actes qui ont été criminalisés et ceux qui ne l’ont pas été. Bien que cela ne nous intéresse pas de faire des distinctions entre celles/ceux qui cassent des trucs de merde et ceux/celles qui ne le font pas, c’est important de remarquer que la casse n’était pas (et n’est presque jamais) simplement une action isolée. Ceux/celles parmi nous qui ont fait face aux accusations à Hamilton n’ont pas été pris.e.s pour cible avant tout pour avoir tout cassé, mais nous avons été ciblé.e.s plutôt parce que nous propageons de façon visible et constante les idées et pratiques anarchistes, idées et pratiques qui sont fondamentalement en contradiction avec la vision que la classe dominante et ses larbins ont de la ville.

On pourrait choisir d’être indigné.e.s par la criminalisation de la protestation et de l’organisation régulière d’activités (comme les diffs de tracts), mais cela reviendrait à dire que l’État se trompe à considérer des telles activités comme des menaces contre ses intérêts. Chaque groupe de lecture, repas public, rassemblement, manifestation, etc. fait partie de notre refus de voir nos vies gérées par des bureaucrates et des capitalistes, tout comme l’acte de balancer des pierres contre des vitrines. L’État attaquera toutes les facettes de la résistance qu’il pourra, et comme les pratiques de sécurité prises lors des actions sont souvent efficaces, la répression tend alors à se focaliser sur les activités menées de façon complètement publique.

Sur la réaction

Il y a déjà eu de nombreux textes à propos des réactions aux événements de Locke St., mais cela a été tellement hyperbolique que ça vaut la peine d’y revenir. Qu’est ce qui est remarqué dans cette ville et qu’est ce qui passe inaperçu ? Un texte d’avant les arrestations disait que l’expulsion d’une seule famille de son logement est bien pire que tout ce qui s’est passé sur Locke St. Cela peut simplement être mis de côté comme une dérive, mais ça vaut la peine de prendre en compte le fait que la propriété des investisseurs, des patrons et des propriétaires est constamment considérée comme plus importante que les besoins vitaux de la plupart des gens vivant à Hamilton. Pour chaque article qui parle d’expulsion des gens, et de façon équivoque, il y a d’une part une pile de brèves sur des crimes, présentant nos quartiers comme des problèmes à régler, et d’autre part une pile d’articles qui célèbrent les investissements.

Les formes de violence quotidienne menées par les riches, comme le loyer (et les expulsions) et le travail (précaire, mal payé) sont invisibles, tandis que les moments dans lesquels les personnes appartenant aux classes inférieurs répondent sont spectaculaires, présentés comme extraordinaires, demandant une dénonciation à laquelle nous sommes tou.te.s enjoints de participer.

Cela a crée à Hamilton une dynamique qui fait que l’extrême droite peut émerger ouvertement pour soutenir les affaires et essayer d’attaquer physiquement des « gauchistes » (ou tout ce qu’ils décident dans leur confusion d’appeler comme-ça) et dans lequel la Mairie peut essayer d’utiliser les cadres légaux particuliers à la criminalité organisée, au terrorisme et aux crimes haineux afin de s’en prendre aux anarchistes. L’ambivalence de l’ensemble de la ville envers une extrême droite qui essaye de se positionner en tant que défenseurs violents du statu quo est un inquiétant rappel de combien est passive et réactionnaire la politique dans la partie anglophone du Canada. Le cadre légal spécial dont on a parlé permet une répression ultérieure au-delà de ce que permettrait le code pénal normal et la tentative de la Mairie d’y avoir recours montre le danger d’une attitude étatique vis-à-vis d’idées qu’il appelle « extrêmes » (c’est-à-dire trop distantes du consensus de masse) en tant que crimes en elles-mêmes. Que ces antifascistes qui essayent d’avoir les autorités de leurs côtés dans leur bataille soient avertis : le monstre que vous participez à créer pourra venir un jour vous chercher vous… Heureusement, la tentative d’utiliser l’excuse des crimes haineux pour interdire le A cerclé dans l’espace public a échoué et la ville a été recouverte de tags anarchistes ; un rare rayon de soleil au cours de ces mois par ailleurs difficiles.

Ces expériences montrent l’importance de la créations de réseaux d’action et de solidarité qui ne reposent pas sur des amis des jours heureux, comme les soi-disant progressistes, ou sur le bon vouloir de ceux qui détiennent le pouvoir et leurs institutions. Si ce cycle de répression n’a pas réussi à écraser l’anarchisme à Hamilton, c’est parce que l’autonomie que nous avons construite pendant ces années nous a permis de surmonter la haine de ceux/celles qui ne veulent que manger dans des bistrots chic sans être dérangés et la violence répressive de celles/ceux qui veulent les représenter.

Rien ne s’arrête, tout continue

Les événements de Locke Street et la répression qui s’en est suivie n’ont rien changé par rapport à notre engagement de toujours et aucune des luttes que ces événements ont mis sous les feux des projecteurs ne s’est arrêtée. Nous n’avons toujours pas de larmes à verser pour les vitrines ou les voitures défoncées ; et les urbanistes, les investisseurs et leurs partisans ne méritent toujours rien d’autre que du mépris.

Comme ailleurs en ville, les « petites » boutiques de Locke Street sont la manifestation visible d’un processus plus large d’aménagement et d’investissements immobilier, de décisions d’aménagement urbain, de production culturelle bourgeoise, de maintien de l’ordre et de politique représentative qui est appelé gentrification. Les boutiques de Donuts et les appartements en copropriété provoquent les expulsions locatives et aggravent la misère. Ce qui rend Locke Street différent c’est la partie sud du quartier, où vivent certains des acteurs les plus actifs dans ce processus, ce qui en fait le « lieu de vie» des élites locales, plutôt qu’une « façade» comme les rues Barton ou King.

Notre opposition à la gentrification (et plus en général au capitalisme) n’est pas abstraite – elle ne peut pas l’être face à un processus concret avec des configurations spécifiques à travers la ville. La résistance à son encontre continuera d’être locale, qu’il s’agisse de la défense de certains quartiers comme étant destinés à celles/ceux qui y vivent (opposé.e.s à ceux/celles qui y investissent des fonds), ou qu’il s’agisse d’offensive pour rappeler à certaines personnes que leur recherche du gain a des conséquences réelles sur la vie des autres.

Soutien et remerciements

Aussi éprouvants qu’on été ces derniers mois, le soutien et la solidarité montrés par des gens ici sur place ou ailleurs ont été fondamentaux pour y faire face. Merci à tou.te.s celles/ceux qui ont permis jusqu’ici de défendre les personnes inculpées et de continuer à garder les dynamiques des projets et des luttes. Même si l’issue de ces accusations marque en quelque sorte une conclusion, il ne faut pas oublier les personnes qui continuent de faire face aux conséquences – n’oubliez pas d’aider ceux/celles qui sont en arrestation domiciliaire ou en liberté surveillée et certainement ne pas oublier celles/ceux qui seront enfermé.e.s. En particulier, Cedar qui est en taule à partir d’aujourd’hui et sera heureux.se de recevoir des lettres et des lectures. On peut lui écrire à la prison de Barton (165 Barton St. E, Hamilton, ON L8L 2W6) pendant les prochaines deux semaines, mais il/elle sera probablement transféré.e, du coup consultez https://hamiltonanarchistsupport.noblogs.org/ pour l’adresse mise à jour. N’oubliez pas que l’Administration pénitentiaire de l’Ontario ne permet pas l’envoi de livres (pourquoi, bordel?), du coup imprimez tout texte que vous voulez lui envoyer et assurez-vous qu’il n’y a pas d’agrafes ni autre chose que du papier et de l’encre.

Solidarité avec les inculpés du G20 et leurs soutiens et félicitation à ceux/celles qui ont gagné contre les accusations – nique les tribunaux, même quand on gagne. Solidarité avec celles/ceux sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui combattent la répression et la récupération jusqu’au bout. Nos pensées vont à celles/ceux qui défendent la terre, de l’est à l’ouest, à tou.te.s ceux/celles qui font face à la répression pour Standing Rock, les révoltés de la prison de Vaughn et tou.te.s celles/ceux qui prennent des risques pour résister aux multiples formes d’exploitation et d’oppression.

Contre les riches et le système qui leur permet de nous commander.

Deux anarchistes de Hamilton

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Pour écrire à Cedar (qui lit parfaitement le français) :

Peter (Cedar) Hopperton
Hamilton-Wentworth Detention Centre
165 Barton St East
Hamilton ON
L8L 2W6 – Canada

Récit de la longue journée du 1er décembre 2018 à Paris.

Publié le 2018-12-03 20:43:04

Encore un récit de la journée insurrectionnelle du 1er décembre à Paris, ou comment déborde(r) un dispositif.



Avant de raconter je voudrais préciser une chose. Il est difficile quand on rend compte d’une journée impliquant des moments de violence de ne pas se focaliser sur cette violence du fait de l’attrait spectaculaire qu’elle exerce. Au cours de cette journée, il y a eu 1000 fois plus de moments de rencontres où une personne en a rejoint une autre et lui a demandé « et toi tu viens d’où ? – nous on arrive de Valence et vous ? » et où une conversation s’est engagée ; de moments où une voiture est passée en agitant un gilet jaune et en disant « continuez comme ça courage ! » (c’était en fait systématique) avant de partir en klaxonnant avec un grand sourire ; que de moments où des grenades ont explosé (pourtant beaucoup de grenades ont explosé).

Je raconte ici en me concentrant sur l’aspect tactique des choses parce qu’il y avait, de mon point de vue, un côté euphorisant après des années de manifestations encadrées par des cordons de police étouffants, de voir le dispositif à ce point débordé ; et de sentir dans l’air un tel parfum insurrectionnel. Mais, comme les vidéos de gilets jaunes chargeant des lignes de CRS peuvent avoir ce même effet libérateur, elles ont aussi pour effet secondaire de donner l’impression qu’il faudrait forcément être prêt à jeter des pavés ou à recevoir des nuées de gaz lacrymogène sur la gueule pour pouvoir se rendre aux rassemblements.

Sans chercher à réhabiliter le concept de « casseurs » et à séparer bon.ne.s et mauvais.e.s manifestant.e.s (comme cela a été dit, à part les incendies d’immeubles où globalement tout le monde est conscient de la connerie de la chose, les autres actes de « casse » de banques ou autres étaient accueillis par des vivats ; et plus personne ne cherchait à défendre le pacifisme face aux attaques de la police, j’y reviendrai) ; il est clair que tout le monde (moi le premier) n’est pas toujours prêt à riposter physiquement aux agressions policières. Le dispositif policier a été débordé autant grâce à toutes les personnes qui, cherchant à se tenir à l’écart des gaz lacrymogènes, reculaient loin du cordon de CRS et de fait se retrouvaient au milieu des routes dont elles paralysaient la circulation, ce qui est essentiel pour ralentir les convois de fourgons de police et les empêcher de se rendre trop rapidement d’un point A à un point B (puisque comme on sait le but de ce déplacement est d’aller tabasser nos ami.e.s en train de manifester dans une autre partie de la ville), que par les personnes empêchant physiquement les CRS de nous disperser. Le mouvement des gilets jaunes devra son caractère révolutionnaire autant à la détermination physique de certain.e.s membres que de notre capacité à discuter et élaborer (ce qui implique aussi d’apprendre des autres et non se voir comme l’avant-garde) des revendications, en excluant par exemple celles racistes concernant l’application du droit d’asile.

Il est donc tout aussi nécessaire d’avoir des personnes prêtes à se mettre physiquement en danger que des personnes préférant rester à l’arrière, prenant ainsi le temps de discuter, d’échanger, et éventuellement de bloquer les routes. Il y a de la place pour tout le monde et ce qui a fait le débordement est beaucoup plus la présence massive qu’une quelconque aptitude physique ou stratégique : concrètement, même en première ligne et contrairement au black bloc, on reculait de 200m en hurlant et rigolant à chaque charge et salve de lacrymo, mais puisque le dispositif avait été complètement débordé ça n’avait plus aucune importance. Il y a parfaitement moyen de venir tout en ne prenant aucun risque. Les images omniprésentes de charges, d’explosions, d’affrontements sont juste là pour faire peur et elles masquent mal la diversité des personnes présentes, jeunes ou vieilles, déters ou pas, hommes ou femmes (j’écris tout ça sans lien, il y avait des vieilles femmes beaucoup plus déters que moi jeune homme).

Enfin malgré le caractère relou et hasardeux de la chose, j’utiliserai quelques catégories sociologiques (genrées, raciales, sociales) pour mettre à mal une certaine image du mouvement ; étant donné que la plupart de mes camarades y compris « militant.e.s » se sont foutu de ma gueule et du fait que j’allais me retrouver à manifester aux côtés de vieux hommes blancs campagnards fachos, ce qui est loin d’avoir été le cas.

On se souvient d’un article écrit à la veille du 1er mai 2018 et de l’annonce que la manifestation se déroulerait dans une nasse géante et qui se concluait ainsi :

« Croit-on vraiment que, pour « gérer les foules », il soit assez de les faire disparaître ? Ne voit-on pas qu’en n’autorisant de manifester qu’au sein d’une nasse, on prend le risque d’étendre à toute la ville la zone d’un chaos qu’on aura plus de mal encore à contrôler ? Ne réalise-t-on pas qu’en tentant de proscrire de manifestation ceux que l’on identifie comme les « gêneurs », on ne fait qu’accroître leur colère ? Ne comprend-on pas qu’en se raidissant, on se rend certes plus cassant, mais aussi plus cassable ? »

Pour des raisons complexes que je ne prétends pas analyser ici, le débordement général n’était pas vraiment arrivé. C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé le 1er décembre, où les Champs Élysées étaient intégralement sécurisés par une nasse de plusieurs milliers de policiers et gendarmes.

Acte I : comment deborde(r) un dispositif

J’arrive à proximité d’un de ces checkpoints vers 10h30, l’hélico tourne déjà et des gaz s’élèvent de la zone. J’ai un peu la flemme de me faire fouiller, alors je choisis de marcher le long d’une rue parallèle aux Champs. Rapidement je rejoins 5, puis 10 gilets jaunes. Tout le monde débarque d’en dehors de Paris, je suis le seul local (et encore, de fraîche date), on a aucune idée de par où on pourrait passer, des gens sont montés de Valence, de Marseille, de Rennes, de partout. Un passant nous dit bonjour, quelqu’un relève que ça fait plaisir parce que la condescendance des Parisiens est assez imbuvable, et c’est vrai qu’on regarde les gilets jaunes comme des bêtes de foire dans la rue. A ce moment là de la journée, je suis surtout avec des gens de 25-50 ans, surtout blanc.he.s, plutôt artisans et ouvrier.ère.s d’après les conversations et les physiques plutôt massifs de certaines personnes (je précise car ça a beaucoup évolué dans la journée).

Le gilet jaune est une idée de génie : plus on marche dans la rue, et plus on est rejoints par des groupes tout aussi égarés. Personne n’a l’air de savoir si l’accès aux Champs est bloqué ou s’il faut se faire fouiller, donc on continue à marcher, cette fois en direction de l’Arc de Triomphe. Des groupes de 50 rejoignent des groupes de 50, puis on est déjà 400, on passe dans une petite rue et sur notre gauche à chaque intersection des groupes de CRS menaçants prêts à charger bloquent les accès, quelqu’un hasarde un timide « CRS avec nous » et tout le monde répond « mais t’as bien vu la semaine dernière c’est des traîtres dis pas ça », ils agitent leurs gazeuses dans notre direction et nous toisent avec leurs sourires goguenards mais bizarrement ne chargent pas ce qui ressemble déjà à une manif sauvage ; un type de 2 mètres avec des gants coqués trépigne « oh les bleus je vais me les faire », tout le monde a l’air très remonté après la violence de la semaine passée.

On arrive par une rue, et par la rue d’en face et celle de gauche deux autres groupes de 400 personnes chacun se profilent ; on leur crie « hé ho nos copains gilets jaunes » et on se rejoint dans une bonne ambiance, il y a un côté fourmillant/World War Z assez marrant, on arrive à plusieurs milliers sur une grande avenue face à un dispositif policier qui est encore très loin et qui bloque l’accès à l’Arc de Triomphe. Il y a déjà plusieurs centaines de gilets jaunes qui leur font face à plus ou moins grande distance. Ceux qui le veulent et le peuvent choisissent de s’approcher car il y a déjà quelques gaz, de nombreuses personnes se tiennent à bonne distance, papotent. L’entrée vers l’Arc est barricadée par des dizaines de fourgons de gendarmes qui forment une barricade, avec des petits soldats en armure dans les interstices : je ne sais pas si c’est le manque d’effectifs qui les pousse à cette stratégie un peu moyenâgeuse du créneau, mais on est loin des beaux cordons ou des grilles antiémeutes bien alignées.

C’est globalement très calme pendant un long moment, un face à face patient où à un moment les gendarmes font leur sommation « obéissance à la loi, dispersez-vous », une meuf leur gueule « c’est pas une manifestation c’est une révolution connards ! », quelques salves de gaz tirées ; ça reste environ une heure statique mais ma curiosité me pousse vers l’artère d’à côté où de nombreuses explosions se font entendre.

Je fais une petite ellipse sur cette rue où la situation est très confuse, il y a énormément de monde et une foule très compacte, de nombreuses bouches d’égout où les lacrymos sont immédiatement jetées ce qui fait qu’elles ne durent jamais plus de quelques secondes malgré les grappes qui tombent toutes les 3 minutes, et donc personne ne se disperse. La foule est prise en sandwich entre un cordon qui barre l’accès à l’Arc, puis une foule compacte d’environ 3000 personnes, puis un nouveau cordon de CRS qui au fur et à mesure presse par l’arrière : je précise car c’est le seul moment de la journée où un semblant de début de nasse se profilera (et encore il reste toutes les rues perpendiculaires de part et d’autres pour s’enfuir) ; tout le reste de la journée il y aura juste des cordons épars protégeant des rues stratégiques, par exemple l’Élysée ; mais jamais aucun début de nasse possible étant donné que tout le monde ou presque a refusé de rentrer dans le piège géant tendu par la préfecture.

Après un feu d’artifice d’explosions et de lacrymos à 13h12 (je regarde l’heure pile à ce moment), et alors que la pression s’accentue un peu, on est tout un groupe à prendre une rue perpendiculaire pour sortir du sandwich et le contourner, et à aller se positionner de l’autre côté de la ligne qui ferme le sandwich. En fait, 200 mètres plus bas, sur la même rue il y a encore un autre face à face à une intersection, avec des charges et des contre-charges très violentes et des explosions, et un cordon qui ne défend rien d’autre qu’une rue avec rien derrière, toutes les intersections autour sont libres et il y a des groupes de gilets jaunes qui marchent, rigolent, vont s’acheter à manger : le dispositif en gruyère de la préfecture fait qu’autour des Champs des scènes de guérilla côtoient des moments complètement paisibles, et l’unique hélico peine à faire des aller-retours entre les différentes zones de la capitale pour coordonner un minimum le mouvement des troupes au sol, qui se positionnent sans aucune cohérence perceptible.

Une fois qu’il est clair que la question de l’Arc de Triomphe est secondaire puisque la colère a débordé toutes les rues alentour (j’ai mis le « r » de déborder entre parenthèses car c’est davantage la police qui, en chargeant encore et toujours, a fait déborder les rassemblements tout au long de la journée, comme une tâche qu’on essaie d’effacer mais qui ne fait que s’étaler quand on la frotte), on part en groupe vers l’Élysée je crois (notre avantage stratégique majeur de la journée aura sans doute été que personne ne connaissait la ville ou le quartier, et donc on a passé la journée à dire qu’on allait ici ou là sans jamais y arriver, mais le gilet jaune faisait qu’on finissait toujours par se retrouver et être ensemble quelque part). C’est à ce moment que commence la phase « pousse-pousse ».

Acte II : pousse-pousse

Après un chemin en groupe dans des rues que je ne connais pas, où on passe devant un hôtel très chic devant lequel des bourgeois.e.s discutent et l’une d’elle dit « oh yes I moove around » et tout le monde reprend en cœur « oh yes me too I moove aroundeuuuuh », qui nous regardent interloqués (il y a une sororité-fraternité née de la conscience partagée du caractère particulier de ce qui est en train de naître qui fait que je me sens un peu comme un membre des brigades dans les rues de Barcelone, même si j’ai du mal à savoir si mes camarades sont le poum les stals ou les franquistes ; seul l’avenir nous le dira), on arrive dans une nouvelle rue ou une ligne de gilets jaunes fait face à une ligne de policiers (à vrai dire on se tient tellement loin d’eux que je ne saurais même pas dire s’il s’agit de CRS ou de gendarmes).

À partir de là commence un très lent poussage qui va nous conduire jusqu’à la place Saint-Augustin où l’on rejoindra un très gros groupe qui bloque déjà sur place. Pour le moment, on doit être 1500 personnes à faire face à une ligne très distante, qui régulièrement tire une salve de lacrymos, charge sur 50 mètres en sifflant, tout le monde court en hurlant : je précise car c’est n’est vraiment pas notre force offensive qui a fait ici la lenteur de leur progression. Tout le monde est très content d’être ensemble, la population est plus hétérogène que le matin, à cet endroit il y a pas mal aussi de « jeunes de quartier », à l’occasion un container est jeté par terre, quelqu’un renverse un sac poubelle et un autre lui dit « mets-y le feu mets-y le feu » et l’autre galère parce que sa main tremble (alors qu’on est vraiment à 400m des CRS, c’est pour bien souligner que c’est tout sauf des « professionnels du désordre » – s’ils existent – à qui on à affaire ici), les barricades sont dérisoires, des gens prennent des bouteilles en main mais ne les jettent pas.

Des banques sont à portée de main, elles voient certes leurs vitrines se faire éclater et des tags les recouvrir pour rappeler que les banquiers sont des voleurs et les CRS des traîtres, mais les CRS sont beaucoup trop loin pour intervenir : tout aurait pu être incendié et saccagé à l’intérieur sans qu’il ne se passe rien. Personne ne s’en préoccupe trop pour le moment, on fait connaissance, je profite juste du plaisir de voir des visages complètement différents de ceux vus et revus en manifs, et pourtant la même rage qui nous anime (même si ce n’est évidemment pas un critère politique suffisant). Il y a des très jeunes, qui préparent des bouteilles, un gosse qui se rapproche puis fuit à chaque charge en riant sur une trottinette électrique.

La lenteur de la poussée est surprenante, mais je pense que c’est que la ligne doit avancer depuis les Champs en se coordonnant avec les lignes de toutes les rues parallèles pour ne pas être encore plus un gruyère et ne pas laisser des trous trop béants qui permettraient de rejoindre les Champs si leurs lignes se disloquaient.

Au fur et à mesure de la poussée de plus en plus de gens nous rejoignent, les barricades sont de plus en plus massives et enflammées, le fait que de nombreuses personnes fassent des snaps et vidéos ajoute à l’effet boule de neige, beaucoup de gens sont très chauds et hurlent à leurs contacts en vidéo "c’est la révolution ok ? ce soir on brûle tout", etc. ; des disputes éclatent autour des camions de pompiers qui circulent dans tous les sens depuis le début de la journée et qui au départ se faisaient applaudir sur leur passage, mais qui maintenant qu’on a compris qu’ils venaient éteindre nos barricades se font repousser gentiment.

Dans un moment surréaliste, 15 fourgons de police sirènes hurlantes sortis de nulle part foncent sur la foule à 60km/h et esquivent de peu une barricade, ils manquent d’écraser un mec qui glisse en voulant se mettre sur le côté de la route sans que nous n’ayons le temps de riposter. La même scène se reproduit une demi-heure plus tard, entretemps nous avons été rejoints je crois par un groupe assez important de supporters de foot car des chants se font entendre, mais cette fois quand les 15 fourgons déboulent d’une petite ruelle ils reçoivent une avalanche de pavés qui fait qu’ils sont contraints de faire marche arrière dans le plus grand désordre, et de repartir d’où ils étaient venus.
Il y a certes dans le lot quelques drapeaux français, notamment parmi le groupe dont j’ai l’impression qu’ils sont des supporters. Comme cela a déjà été écrit je crois qu’il s’agit davantage d’une image populaire de « quand on fait la révolution on a un drapeau et on chante la Marseillaise », ce que tendrait à confirmer le fait que les paroles se limitent le plus souvent à « aux armes, citoyens, formez, vos bataillons » voire à « aux armes ». Cela dépend sûrement des personnes sur place. Le fait que de très nombreuses personnes l’après-midi et le soir qui autour de moi arboraient des drapeaux étaient non-Blanches me met encore plus mal à l’aise quant au fait de conclure à des fachos (même si vous me direz que ça n’empêche pas d’être nationaliste, etc.)

On est doucement repoussés jusqu’à la Place Saint-Augustin. A noter donc qu’avec cette très lente poussée toutes les rues perpendiculaires sont durablement bloquées, notamment par les barricades laissées ici et là ; d’où l’idée de tâche évoquée plus haut.

Sur la place je crois qu’on a fusionné avec le cortège de l’une ou l’autre des manifs organisées car je revois quelques-uns des gauchistes habituels (coucou !), il y a beaucoup beaucoup de monde sur ce croisement stratégique. La foule est très hétéroclite, des barricades sont construites pour bloquer la rue et face à la police à cheval qui organise une charge à quatre avant de renoncer, puis à 10 avant de renoncer de nouveau et se tenir à bonne distance, face à la détermination qu’ils rencontrent. Une rue proche menant apparemment à l’Élysée est gardée, sans que les CRS qui la gardent ne s’en éloignent une seconde pour aller seconder leurs confrères qui galèrent à repousser la foule. Les personnes qui tiennent la police à distance sont nombreuses et déterminées et, encore une fois, il y a aussi possibilité de se tenir à distance et de bloquer la route puisqu’il n’y a qu’une seule ligne qui fait face à plusieurs milliers de personnes, tardivement rejointe par une deuxième qui apparaît sur une rue voisine après une heure d’affrontements (ce qui laisse 4 rues pour s’échapper).

Pendant ce temps-là des gens, aussi bien des antifas que des jeunes « de quartier » ou dont je ne saurais pas trop dire jeunes de quoi ils sont ni s’ils et elles sont jeunes, éclatent toutes les banques des alentours (quand je dis qu’il y avait tout le temps pour ça tellement les CRS n’avaient aucune prise, c’est que la BNP a carrément été démarbrée petits morceaux par petits morceaux, sans outil et sous les vivats de la foule, sans que personne ne soit en mesure d’intervenir). Le feu timidement allumé dans le distributeur a là encore été éteint par quelques personnes (prouvant là-encore que si des gens avaient voulu allumer une banque et un immeuble avec, ce n’est certainement pas la police qui l’aurait empêché).

Boulevard Haussman

Au bout d’un certain temps on recule dans une petite rue où là encore des dizaines de barricades beaucoup plus grosses que tout à l’heure sont enflammées (et un autre incendie d’immeuble est évité par un cracheur d’eau avec les skills de carapuce) ; la nuit tombe.

Acte III : insurrection

Jusqu’alors, pour une raison ou pour une autre, il y avait encore assez peu de voitures malgré le débordement du dispositif et l’étalement de la tâche sur des centaines de mètres. Il y avait encore le sens qu’on était globalement vers le périmètre de la manif et il y avait assez peu de passants et de voitures autour. Le reste de la soirée et les 3 heures à venir sont un zbeul général au milieu des gens en train de faire leurs courses de Noël.

Le raconter n’aurait pas forcément de sens étant donné que le débordement ayant été consommé, l’intérêt tactique présenté par les lignes qui précèdent (si limité soit-il puisqu’elle ne visaient qu’à raconter un débordement) est encore plus limité.

Il suffira de dire que tout ensuite est devenu une joyeuse course au milieu des lumières de Noël des Grands Magasins et des gens paniqués qui, ce matin encore, nous regardaient comme des bêtes de foire et qui maintenant s’enferment à triple-tour derrière les vitres des commerces dont on abaisse précipitamment les grilles en métal, tout le monde a l’air de croire que l’heure de la guillotine a sonné, c’est le seul moment de la journée où je me retrouve à moins de 20 mètres d’un policier alors que nous sommes brièvement talonnés par la BAC (?) qui rapidement s’évanouit dans la nature ; partout autour des brasiers et des nuages de fumée massifs, des camions de pompier dans tous les sens ; comme ça a déjà été raconté ailleurs, une joyeuse troupe d’antifas et de « jeunes de quartier » qui part pour plus de 3 heures sans rencontrer un seul policier, Saint-Lazare, Strasbourg-Saint-Denis, Chatelet, Hôtel de Ville ; « anticapitalistes » et « la rue elle est à qui » a une autre saveur quand le Palais de la Bourse ne doit sa survie qu’au fait que les sapins qui auraient pu le libérer de sa triste existence appartenaient à un petit vendeur qui se serait trouvé dans la merde si son stock avait brûlé.

Du point de vue d’où je me trouvais, il y a eu un moment, suspendu dans le temps, juste après la place Saint-Augustin et pendant quelques heures, juste avant que la plupart des gens qui étaient venus de loin ne doivent rentrer chez eux, où la question de si l’insurrection était pour ce soir et tant pis si on dort dehors semblait à un point de bascule. Puis le destin a décidé qu’elle ne devait avoir lieu que la semaine prochaine, le temps pour les gauchistes de préparer un vrai programme décidant de leur place dans le mouvement. A nous de nous organiser d’ici-là !

Un autre ami

Barcelone, Espagne : Solidarité en flammes – 30 novembre 2018

Publié le 2018-12-04 10:26:04

Dans la nuit du 30 novembre à 2h du matin, alors que le quartier de Sant Andreu était en fête et que les flics patrouillaient, un distributeur de billets de la Deutsche Bank a brûlé de rire.
Un graffiti, « prisonnier-e-s en lutte ».

Une action individuelle.

Conséquence cohérente de ma tendance anarchiste.

Que les flammes illuminent, même d’un simple sourire, les nuits de mes compagnon-nes.

Aux prisonnier-e-s en lutte de la péninsule ibérique. En avant compagnon-ne-s !

Aux personnes poursuivies en Italie pour les opérations Panico et Scripta Manent !

A Paska, compagnon en grève de la faim depuis le 5 novembre. Force à toi compagnon !

A Anahi, dans le coma après une attaque en Argentine. Tiens bon compagnonne !

A Hugo et Marcos, rebelles et vengeurs. En avant !

A Juan Aliste. Irréductible !

Aux combattant-e-s grec-que-s et chilien-ne-s !

A Lisa, je t’attends avec un sourire complice !

A tous les individus cohérents et conséquents. Continuez la lutte !

Aux compas de Madrid.

Que M.I.L distributeurs de billets brûlent !

[Traduit de barcelona indymedia, 03.12.2018]

Varilhes (Ariège), France : Le DAB de la Caisse d’Epargne part en fumée – 3 décembre 2018

Publié le 2018-12-04 15:52:06

A Varilhes (Ariège), une agence de la Caisse d’Epargne a été attaquée dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 décembre.

Peu avant 4h, un incendie a embrasé le distributeur automatique de billets de la banque, le détruisant complètement. « La banque a fait appel à une société spécialisée […] pour nettoyer l’intérieur du local qui a subi des dégâts à cause de la suie et de la fumée consécutives aux flammes ». Par ailleurs, le mot «Voleurs» a été tagué sur la vitrine.

[Reformulé de la presse]

France : Les plus beaux blocus sont ceux qui s’enflamment – 3 et 4 décembre 2018

Publié le 2018-12-04 15:53:05

Depuis vendredi 30 novembre, de nombreux lycées sont bloqués un peu partout. Si certains jeunes tiennent à mettre des revendications derrière leurs actions (contre la « réforme du Bac », « Parcoursup » ou encore « le service national »), d’autres ont compris depuis bien longtemps que la révolte n’a pas besoin de revendications. Des manifs sauvages ont brisé la normalité dans de nombreuses villes de province, comme à Lille, Nantes, Dijon, Auxerre et Avallon (Yonne), Besançon, Limoges, Tours, Orléans, Noisy-le-Grand et Montreuil (Seine-Saint-Denis), Toulouse, Montauban, Saint-Raphaël (Var), Marseille…

Lundi 3 décembre, plus d’une centaine de lycées sont de nouveau bloqués dès 8h du nord au sud de l’Hexagone (188 précisément, d’après un décompte du ministère). A Aubervilliers, l’entrée du lycée J-P Timbaud, déjà ciblée par les flammes vendredi dernier (très vite éteinte par les pompiers), est incendiée à l’aide barricades de poubelles. Lors de la déambulation dans les rues, des poubelles et une voiture sont incendiées, des commerces, mobilier urbain et pubs attaqués, et une voiture de flics prise en chasse par des dizaines d’enragés perd une vitre… Les pompiers venus éteindre les incendies sont pourchassés à coups de caillasses. Dans le quartier des 4 Chemins, des magasins sont pillés et saccagés, comme un de téléphonie. Une riveraine raconte les scènes de pillages: « Tout le monde est rentré à l’intérieur et chacun se servait. Il y avait même des habitants du quartier qui sont descendus de chez eux avec des sacs, qui ont pris des choses et qui sont remontés […] »(Sud Radio, 04.12.2018)

Aubervilliers, 3 décembre

A Toulouse, plusieurs lycées ont aussi été bloqués. Des manifs ont été saccageuses au centre-ville: « Place Esquirol, une supérette a été prise pour cible par des pilleurs, […] qui n’ont eu le temps que de dérober des boissons. Un peu plus loin, c’est une boutique de sandwichs qui a essuyé quelques pertes alors que des voleurs venaient juste de s’introduire dans la boutique Lacoste du centre commercial Saint-Georges qui a d’ailleurs été momentanément fermée, par mesure de sécurité. Sur le Pont Neuf, vers 14 h 30, plusieurs dizaines de manifestants ont été repoussés en direction de Saint-Cyprien avant que certains d’entre eux parviennent à rejoindre la place du Capitole par le pont Saint-Pierre ». Des échaufourées ont eu lieu tout au long de l’après-midi, paralysant l’activité commerciale du centre.

Mardi matin, il y a eu des rassemblements spontanés devant au moins cinq lycées du Val-d’Oise, où des poubelles, des caddies ont été incendiés, selon la gendarmerie et la police. À Villiers-le-Bel, les forces de l’ordre ont reçu des « jets de projectiles ». Plusieurs lycées du Val-de-Marne sont également partiellement bloqués. Au lycée polyvalent de Cachan, dans le Val-de-Marne, une voiture a été incendiée en début de matinée. « La police a fait usage de gaz lacrymogène sur les lycéens qui étaient rassemblés devant l’établissement bloquant l’arrivée des pompiers », a précisé une source proche du dossier. Au moins 24 lycées de Toulouse et de Haute-Garonne sont touchés par des départs de feux, blocages ou échauffourées. A Blagnac, près de Toulouse, l’entrée et la façade du lycée professionnel Saint-Exupéry a brûlé. Pour le deuxième jour consécutif, les transports Tisséo de l’agglomération toulousaine sont à l’arrêt en raison des émeutes. C’est à Marseille que les lycéens sont le plus mobilisés: la ville compte 21 établissements perturbés, dont dix en blocage total. Au total, 23 lycées sont perturbés sur l’académie de Marseille-Aix-en-Provence.

Sur l’académie de Créteil, 32 établissements sont touchés en début de matinée, dont cinq bloqués totalement. Pour les autres, les lycéens contestataires ont installé des poubelles devant les grilles ou mis en place un barrage filtrant aux entrées. Les premières remontées obtenues auprès de quelques académies recensent un lycée perturbé à La Rochelle, un à Amiens, deux dans le Puy-de-Dôme et trois à Montpellier.

Lycée Saint-Exupéry de Blagnac, mardi 4 décembre 

Un véhicule renversé près du lycée Raymond Naves à Toulouse

à proximité du lycée Dédodat-de-Séverac à Toulouse.

Devant le lycée Raymond Naves, route d’Albi, à Toulouse

[Reformulé de la presse, 03 et 04.12.2018]

Montceau-les-Mines, France : Quelques flammes pour Colas, filiale du groupe Bouygues – 2 décembre 2018

Publié le 2018-12-04 15:53:09

Dimanche 2 décembre vers 22 heures, deux camions bennes de la société Colas, filiale de Bouygues, se sont embrasés à Montceau-les-Mines. Les deux véhicules étaient garés sur le parking de la société au Bois-du-Verne.

 

[Reformulé de la presse, 03.12.2018]

Suivi des manifestations du mardi 4 décembre

Publié le 2018-12-04 15:54:05

Débutés vendredi 30 novembre, les blocages de lycées de la métropole toulousaine continuent. La journée du lundi 3 décembre a été marqué par la traversée du centre-ville de nombreux cortèges violemment réprimé par les forces de l’ordre. Aujourd’hui 4 décembre, les blocages ont repris.

Pendant ce temps, les gilets jaunes poursuivent leurs actions.

Cet article sera mis à jour régulièrement.



Compte-rendu d'une séance de comparutions immédiates dédiée aux « gilets jaunes »

Publié le 2018-12-05 08:51:04

Les arrestations consécutives à l’émeute de samedi auront rempli les tribunaux. 111 personnes ont été déférées lundi. Pour résoudre ce problème insoluble de place, le pouvoir a trouvé une solution qu’il connaît bien : la justice d’abattage. Compte-rendu des saloperies du tribunal hier.



Quand on arrive, devant l’une des 5 chambres de comparution immédiate ouverte pour l’occasion, ce qui marque d’abord, c’est la présence des journalistes. Les journalistes de télévision qui veulent filmer tout le monde, et surtout les proches des déférés qui pleurent. Mais les journalistes de la presse écrite seront aussi désagréables toute la séance. Ces imbéciles sont comme au spectacle. Ils se permettent des petites remarques sympas, du genre « ah bah aujourd’hui vu le nombre d’arrêtés y aura pas de mal à faire un papier » ou alors «  ils ont vraiment arrêté tous les cassos  ». Superbes de professionnalisme et d’humanité, ces pisse-froids de scribouillards.

A 14h le juge rentre dans la salle et on est obligé de s’humilier à se lever.
Les accusés commencent à arriver.

Petit point d’abord. Il paraît très vite clair que les PV d’interpellations ont été écrits avant toute interpellation et défiant toute logique. La totalité des inculpés n’aura pas participé à la manifestation. Il s’agit d’arrestations menées au préalable à la manifestation à partir de fouilles.
Il s’agissait visiblement d’une stratégie policière menée en lien avec le parquet. Tous les inculpés ont été arrêtés entre 8h et 10h le samedi matin en se rendant sur les lieux de la manifestation.
Ils sont tous accusés du même délit :
"Le fait pour une personne de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende."

Accusation floue, mais pratique pour faire du chiffre.

Début de la loterie

Les débuts des comparutions immédiates s’ouvrent par les demandes de délais.

Le premier à passer a 31 ans, chauffeur poids lourd en CDI, il habite en Seine et Marne. Jamais condamné, il s’est fait pincer en allant à la manif avec un masque à gaz, des lunettes et un couteau. Comme dans la plupart des cas, les flics n’ont pas pu donner de retour d’enquête au tribunal (« trop d’affaires » selon le juge). Il n’a donc pas de garanties de représentation (des papiers qui prouvent qu’il est socialement inséré comme son contrat de travail, son contrat de location, etc.) et le juge doit statuer en fonction de son simple témoignage. « Inséré socialement » (comme la totalité des prévenus on le verra) et père d’une gamine de 15 mois, il demande un délai avec contrôle judiciaire. Le débat porte sur le fait qu’il faille lui interdire de visiter Paris ou non. En effet, en tant que routier, il est amené à des missions sur Paris. La procureure plaide pour la première fois et c’est tout de suite désagréable, car sa voix traduit une excitation sadique assez peu conforme à son prétendu statut. Elle demande un contrôle judiciaire avec interdiction de Paris. Le prévenu sera interdit de Paris juste le dimanche jusqu’à son procès.

Le deuxième est un routier de 29 ans, déjà condamné pour des violences à un mois avec sursis. Il est accusé d’avoir eu dans son sac une pierre, des protège-tibias et un masque. Lui aussi travaille en tant que cadre dans une boîte de transports, il est père de deux enfants. Il gagne quand même 4000 euros par mois en CDD (ce qui va beaucoup plaire à la procureure) et on ne s’étonne donc pas qu’il soit le seul à ne pas avoir d’avocat commis d’office. La procureure demande un contrôle judiciaire avec interdiction de Paris, mais insiste vraiment sur le fait qu’il soit « bien intégré ». Entre gens qui gagnent 4000 balles par mois, on se reconnaît. Le juge suivra le procureur.

Le hall de ce charmant bâtiment

« Il n’y a pas eu de manifestation pacifiste »

Le premier à accepter de se faire juger est J, intérimaire de 27 ans dans la Nièvre. Lui aussi est accusé d’attroupement pour avoir eu un casque de vélo, un lance-pierre et un masque de ski dans son sac. Il sort de prison puisqu’il s’est fait prendre samedi matin très tôt et qu’un prolongement de garde à vue n’était pas nécessaire. Le JLD (Juge des libertés et de la détention) a donc demandé à ce qu’il passe la nuit à Fresnes avant de se faire juger.
S’il avoue la présence d’un lance-pierre dans son sac, il nie toute volonté de violence (rappelons qu’il n’a jamais vu la couleur de la manifestation) et qu’il n’explique pas pourquoi il a pris cette fronde. Il tente d’argumenter qu’il était contre la politique du gouvernement et qu’il galère en intérim, qu’il est obligé de vivre chez sa mère…
Évidemment, le juge en fait des tonnes sur la présence de ce lance-pierre, qui est donc une arme par destination. Malheureusement pour lui, les PV étant remplis à l’avance, le monsieur n’est pas jugé pour port d’armes, mais pour ce fameux « fait de participer sciemment à un groupement, même temporaire, blablabla ». Par contre, la présence de masque à gaz et de lunettes, il dit « la comprendre ». Nous, on comprend rien pour le coup. L’accusé ne trouve pas de réponse et on craint la réquisition du procureur.
Celle-ci est étonnamment douce. Elle insiste quand même sur le contexte, « qu’il n’y a pas eu de manifestation pacifiste » et donc qu’on peut douter de la véracité des déclaration du monsieur. Elle demande des jours amendes (210 jours amendes à 5 euros ce qui fait une amende de 1000 euros). Vient l’avocat de l’homme, très offensif : il commence à attaquer notamment la procureure sur l’indépendance de la justice. Sous-entendu, « On sait que les déclarations de Macron, vous allez les appliquer à la lettre ».

Il plaide le fait que la fronde était au fond du sac et qu’elle « interroge, mais ne caractérise pas ». L’avocat cible les violences économiques dont on ne parle jamais et les conditions d’interpellations floues. Il est vrai qu’on ne saura jamais où la personne a été interpellée, quand et dans quelles conditions.
Cette intervention de l’avocat aura comme conséquence que la procureure, pour l’instant assez endormie et relativement clémente, va se ressaisir et comprendre les vrais sens de sa mission : punir. Désormais toutes les réquisitions vont être plus lourdes. Et ça pèsera sur tout le monde. Ce prévenu sera par exemple condamné à 3 mois de prison avec sursis, allant beaucoup plus loin que les réquisitions de la procureure du fait des multiples charges de la procureure lors des affaires suivantes.

Au tour d’un autre accusé, 27 ans, cadre dans une société de sous-traitance de la SNCF, habitant Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise. Toujours accusé du même délit, celui-ci a moins de chance face à la justice : il est noir et la procureure a été échaudée par le discours de l’avocat. Il s’est fait toper avec une quinzaine de pétards et de fumigènes en se rendant à la manifestation. Il a tout avoué en garde à vue, même les choses qu’il n’a pas faites.
Sa défense n’est pas très heureuse, car il joue l’honnêteté devant le tribunal. Grave erreur ! Le tribunal est le territoire du mensonge ! Il avoue avoir ainsi ramené les pétards pour « se défendre » contre la violence des flics. Il explique qu’il s’est retrouvé le samedi 24 sur les champs Élysée avec sa maman et qu’il n’a pas supporté de subir des gazages gratuits de la part des forces de l’ordre.
Le juge lui rappelle qu’il n’y a pas de gazage gratuit et que la force de l’ordre est légitime dans tous les cas (bah voyons). Et en plus, on ne peut pas avoir foi dans son témoignage, car on ne sait pas ce qui s’est passé le 24 et qu’il s’agit probablement d’un bobard. Ce témoignage est évidemment vrai pour en avoir parlé avec la maman avant d’entrer dans la salle. En tous cas, il regrette et « doute qu’il aurait eu le courage de faire ça ».

La procureure est aux anges : elle va enfin pouvoir exercer son pouvoir. Elle rappelle les 3 condamnations précédentes de la personne pour conduite sous l’emprise de stupéfiant. Le mec a visiblement eu des problèmes d’addiction au cannabis. C’est un angle d’attaque nouveau qui va être particulièrement dégueulasse.
Elle développe un discours hygiéniste social digne des bourgeois dans Zola, expliquant qu’une addiction est un phénomène aggravant et que quand on est addict on se soigne, on ne va pas en manifestation. En gros, si t’es toxicomane, tu arrêtes de vivre et puis c’est tout. Elle rappelle que les pétards c’est interdit et qu’il a le « manuel du petit artilleur » et « qu’il y a pas de défense acceptable face à la police ». Elle invente également des problèmes d’alcool au prévenu, chose qui ne sera pas contredite par l’avocate commise d’office particulièrement nulle. 3 mois de prison avec mandat de dépôt requis. Le juge le condamnera à 6 mois de prison ferme sans mandat de dépôt.

« J’étais un peu l’infirmière »

Passe ensuite un mec manœuvre dans la Nièvre encore. Il est possible qu’ils soient venus en groupe. Il avait un masque à gaz, des gants de protection et un poing américain dans son sac. Mais il avait aussi du sparadrap, des compresses et du sérum physiologique. Interrogé par les flics, il répondra qu’il « était un peu l’infirmière » et qu’il avait fait ça pour protéger les manifestants en cas de blessures. Nice !
Plutôt souriant et détendu, ce manœuvre en usine à Nevers gagne 1400 euros par mois et a un enfant à charge. Le juge le cuisine sur le poing américain, évidemment, il réplique qu’il voulait « se défendre contre d’éventuels casseurs (sic) ou pilleurs durant la manifestation, mais aussi dans le métro ». Hé oui, on ne peut pas promouvoir l’autodéfense cheloue sur BFM et derrière s’étonner que des gens deviennent paranos !

Et là, coup de théâtre : un avocat gâteux se réveille dans l’assemblée, pour dire que la mairie de Paris se constitue partie civile dans les cas de dégradations. Bon ici, il n’est question d’aucune dégradation, du coup tout le monde rigole dans la salle et le juge renvoie le mec à ses pénates.
De retour sur l’affaire, la procureur dit qu’il n’avait pas de papier d’identité, ce qui est aggravant, visiblement, et surtout « indicateur de son état d’esprit ». C’est n’importe quoi. Elle insiste beaucoup sur le port d’arme, mais là encore, c’est con pour elle, le port d’arme n’est pas retenu comme une charge. Dommage hein.
Comme « élément de contexte », elle ajoute que le côté infirmier de l’individu « part d’une intention louable, mais dénote une bonne connaissance du terrain ». Bravo Einstein, il suffit d’avoir vu BFM 10 minutes cette semaine pour comprendre qu’on risque de se faire ravager la gueule en allant en manif. Elle n’est pas très fine, mais requiert quand même deux mois ferme. L’avocat répond coup pour coup : l’inculpé avait une pièce d’identité, la procureure a donc menti. Il n’est pas accusé de port d’arme, donc ne peut logiquement pas être condamné sur cette base, ce qui revêt une certaine logique. Il plaide donc la relaxe. La procureure est en PLS, mais de toute façon elle était sur son smartphone toute la plaidoirie de l’avocat et elle n’a pas entendu. Après tout, qu’est-ce que ça peut foutre d’envoyer des gens en taule, hein ? On s’attend à ce que le juge soit clément avec celui-ci. Nous sommes naïfs : il sera quand même condamné à 3 mois avec sursis.

160 mètres de haut pour montrer la puissance de la Justice

« Ils étaient froids alors j’ai voulu les réchauffer »

C’est au tour d’un autre prévenu d’apparaître avec un énorme œil au beurre noir. Il s’est visiblement fait casser la gueule pendant sa GAV, ou durant son interpellation. Il est ouvrier dans un abattoir, a 45 ans et une gamine de 16 ans qu’il élève divorcé. Il a été interpellé, car il « fonçait sur une ligne de CRS en espérant être suivi par la foule ». Il était 8h50 samedi matin, au moment où la foule de gilets jaunes tentait de rentrer sur les Champs. C’était sa première manifestation de cette ampleur. Il explique ne « pas avoir pu se retenir ». « J’ai parlé pendant 45 minutes aux CRS. Ils me répondaient pas, ils étaient froids alors j’ai voulu les réchauffer et j’ai foncé dans le tas  ». Les flics dans le PV lui demandent : pourquoi il a fait ça ? « parce que je suis con » a-t-il répondu. Évidemment, les rires fusent dans la salle, mais il y a rien de drôle. On sait tout de suite que cette personne va être condamnée.
Mais paradoxalement, et c’est une des absurdités de la journée, il ne sera pas jugé pour violence sur agent (tant mieux pour lui), mais toujours pour cette connerie d’attroupement. Il est donc poursuivi pour avoir sur lui un couteau, une lampe torche (???) et un casque (qu’il ne portait pas sur lui au moment de l’interpellation). On le questionne sur le pourquoi d’avoir un couteau. Il répond avec sagesse « pour couper le saucisson et le fromage. Je suis d’un milieu agricole ou on a toujours un couteau sur soi.  ». Cette réponse, quand même pleine de bon sens, ne satisfait pas le juge qui ne voit la vie qu’à travers son Code Pénal.
Le prévenu se lance ensuite dans une charge politique contre le gouvernement. Il a visiblement des problèmes d’argent et les taxes lui pèsent très lourd. Il appelle tout le monde à la révolte. Un peu paniqué le juge lui rappelle qu’il ne s’agit pas d’une tribune politique et que les fonctionnaires on un droit de réserve. Bien sûr, quand le juge se permet de dire les pires infamies de la bourgeoisie, là ça va, c’est pas politique.
Le prévenu confie être au bord du suicide. Les journalistes rigolent dans la salle. Il n’y a pourtant rien de drôle.
La bourgeoise de procureure va encore étaler son hygiénisme social lors d’une séance de questions a l’accusé :
-Monsieur, vous avez l’habitude de manger du saucisson et du fromage, c’est bien, (on note le ton paternaliste affreux), mais est-ce que pour le petit déjeuner vous aviez bu ?

La DGSI rentre en jeu

Passe ensuite M. Dreadeux avec un style teufeur : il dénote un peu des accusés. Il est SDF, mais n’a pas l’air dans la galère. Lui, c’est un nomade, son trip c’est d’aller de communauté en communauté dans le Sud et de vivre de petits chantiers ou des retapages de camion. Il s’agit visiblement d’un choix de vie qui le rend assez sympathique. Ses parents sont médecins et patron d’agence immobilière, mais il semble en rupture avec sa famille.
C’est celui qui va durer le plus longtemps. Il faut dire que son cas est un peu particulier.

Il s’est en effet fait arrêter sur réquisition du procureur le vendredi matin à la gare de Lyon alors qu’il venait de Chambéry. Les réquisitions portaient sur un signalement des renseignements (très probablement la DGSI) concernant un message envoyé par l’accusé sur une page FB se revendiquant du black bloc. Probablement une page de ce type ou ce genre. On peut remercier les connards qui s’organisent sur Facebook de manière aussi explicite, et servent d’appâts pour la répression d’État. Vous vous sentez à l’aise d’alimenter les fiches des renseignements ? Je vous jure, y a des claques qui se perdent.

Parce que du coup, M., 2 jours avant sa venue, envoie un message sur messenger qui est évidemment intercepté par les flics du genre «  comment c’est chez vous ? Moi et les copains on va monter et on est déter comme jamais ! C’était bien la guerre samedi ». Et c’est normal que des gens fassent ça avec des pages comme ça.
Du coup, M. s’est fait pister via son téléphone puis a été intercepté gare de Lyon à son arrivée. Circonstance aggravante, M. a la totalité de son Facebook visible. Cela permet de voir ses selfies, où il pose cagoulé avec un tee-shirt ACAB. La procureur se fera un plaisir de le rappeler.
Donc oui les flics sont très présents sur Facebook : visiblement, voir les messages privés ne les dérangent pas. On ne le répétera jamais assez : Facebook n’est pas un espace d’organisation et c’est une grosse poukave.

Donc M. est accusé "d’attroupement en vue de…" Mais aussi de port d’armes. Les flics ont trouvé sur lui un lance-pierre et 250 billes de fonte, en plus d’un casque et d’un foulard. L’enquête est mieux ficelée que les autres. Il y a eu une vraie recherche, notamment autour des téléphones. Le juge précise qu’il est en lien téléphonique avec des individus de la mouvance black block et qu’il a le « parfait attirail du black bloc ».
En face, le mec se défend bec et ongles. Il parle bien et essaie vraiment de mettre en difficulté l’accusation.
Il rappelle qu’il est nomade, et n’a donc pas de maison. Il porte donc toute sa maison sur le dos. Rien d’étonnant alors, à ce qu’il ait un lance-pierre avec lequel il joue avec les gamins de ses potes. D’ailleurs ce lance-pierre, il ne voulait pas l’emmener à la manif, mais le laisser chez la copine qui l’hébergeait sur Paris. Dans sa défense, tout se tient. Il faut dire que l’accusation particulièrement foireuse comme quoi on veut participer à une manifestation alors qu’on est ni sur le lieu ni le jour de la manif ne tient pas la route.
Sur la conversation Facebook : il voulait faire le malin, mais franchement il ne fait pas partie des blacks bloc et d’ailleurs c’est plutôt « un hippie ». « Vous verriez mes potes ils ont tous des fleurs dans les cheveux ». Il dit comprendre que le faisceau de preuve est en sa défaveur, mais il explique vraiment qu’il y a pas de preuves ! Il rappelle qu’il est malade, qu’il a des besoins d’intervention.

La procureur, fidèle à elle-même, l’attaque sur sa prétendue toxicomanie (il a le look et elle a le nez). Il a dit qu’il était sobre « même de cannabis » depuis un an.
Sa condamnation pour trafic de stupéfiants en 2009 : « J’ai payé pour ça et je n’ai eu aucun souci avec la justice depuis ».
Alors forcément, le juge est obligé de dévoiler ses valeurs de merde. Un mec qui traîne, un zonard, un zadiste, il ne comprend pas. Ça l’excède. Il le fait sentir :

Pour la procureure, c’est du tout bon. Un marginal ! On n’avait pas ce profil-là ! Il va payer, ce crasseux !
Pour elle, c’est un « vrai casseur ». Il s’agissait d’un contrôle préventif et « heureusement qu’on a des contrôles préventifs, c’est là pour éviter des débordements graves  ». La salle rigole. Elle a réalisé que Paris avait été ravagé sans l’aide de ce mec samedi dernier, ou pas ?
Elle demande 8 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

L’avocate fait une défense presque aussi affreuse que le réquisitoire de la procureure. Elle est dégoulinante de paternalisme. Pour elle, c’est un nomade perdu. Il est « immature », une brebis égarée d’une famille bourgeoise. Il faut que la justice le fasse rentrer dans le droit chemin, mais pas par la répression. Elle promet qu’il va rentrer chez ses parents. Il est sans défense. C’est vraiment dégueu à entendre, même si c’est probablement une technique de défense qui se tient devant un tribunal.
Mais c’est de toute façon une technique qui va être peu payante, puisque le prévenu va être condamné très lourdement : 3 mois ferme avec mandat de dépôt assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans. En cas de problème, il se tapera 3 mois supplémentaires. Il a également obligation de se trouver un logement, 150 euros d’amende et l’obligation de trouver une formation. Clou du spectacle et de l’ignominie, tous les scellés (autant dire son sac avec toute sa vie dedans) seront confisqués et détruits.

En bilan, on peut donc dire que la justice reste égale à elle-même. Le SDF et le mec noir sont ceux qui ont pris le plus cher et globalement, les peines ont été immensément lourdes comparativement à la faiblesse des dossiers.
Les comparutions immédiates restent des parodies de justice.
Enfin, il ne s’agissait ici que d’une partie des dossiers qui reflétaient les arrestations préventives. Il n’y a pas eu ici d’arrestations pour dégradation ou violence.
Il y a donc fort à parier que les peines les plus lourdes vont tomber le mardi 4 décembre où seront jugés les faits datant de samedi après-midi et en soirée.

Courage aux inculpés !

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Gilets jaunes au tribunal : « Montrer qu'on est un peu plus chaque jour à dire non à tout ça »

Publié le 2018-12-05 09:24:04

Compte-rendu d’audiences de comparutions immédiates au Palais de Justice de Paris le 3 décembre.



Dans cette chambre du Palais de Justice, tous les prévenus ont accepté la comparution immédiate.
Tous sont accusés du délit « de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens ».

Tous ont été arrêtés à leur arrivée à Paris, et ne sont pas arrivés sur les lieux de la manifestation dite « violente » des Gilets Jaunes. Les procès-verbaux d’interpellation sont plus que maigres, et se contentent de la liste du matériel contenu dans les sac à dos. Le tribunal n’a aucun acte à leur reprocher.

Un artisan du Sud de la France qui ne s’en sort pas financièrement, a fait tout ce chemin pour « montrer qu’on est un peu plus chaque jour à dire non à tout ça  » et «  montrer son mécontentement et sa solidarité avec ceux qui souffrent  ». Il a été menotté et insulté par des policiers en gilet jaune, à 10h50, en sortant de la voiture de son cousin.

Il avait emporté avec lui une tenue de moto cross (un plastron, des genouillères et un casque). Aucun élément ne prouvait que les lunettes de piscine et le marteau indiqués comme lui appartenant étaient vraiment à lui, la charge de la possession d’arme est retirée par la procureure.
La juge lui reproche de ne pas avoir écouté la radio avant de se rendre sur les lieux et se moque de sa tenue de « tortue ninja »

L’avocat demande la relaxe : il avait juste des protections, il ne dissimulait pas son visage, il n’est pas allé à la manif, n’a même pas eu le temps de mettre son gilet jaune, se rendre à la manifestation ne peut lui être reproché si elle est autorisée, et si elle est interdite, c’est une autre poursuite que celle là.
Verdict : Relaxe du transport du marteau
Coupable du surplus : 4 mois de sursis 
Peine complémentaire : 8 mois d’interdiction de séjour à Paris

Cinq gars, venus en voiture à Paris depuis l’Essonne, se font arrêter près de leur voiture alors que l’un deux est en train de payer le stationnement dans le 17e arrondissement, et qu’ils n’ont pas encore enfilé leur gilet jaune. Trois d’entre eux bossent dans la même boîte, ce qui fera dire à la juge : « mais c’est quasiment une délégation ».

Leur est reproché la possession et le transport de sérums physiologique (18 petites fioles pour l’un d’entre eux, ce qui semble affoler la juge), de 30 masques en carton (une autre juge affolée, « mais où avez-vous acheté cela ? » dans une grande enseigne de bricolage...). Le prévenu concerné justifie ce nombre de masques : à la dernière manifestation, il a porté secours à des personnes âgées qui souffraient de l’inhalation des gaz lacrymogènes, et pour celles-ci il avait prévu d’en distribuer à ceux qui n’en avaient pas.
Des pétards, autorisés à la vente et aux transport par toute personne de plus de 12 ans, se transforment en produits incendiaires et explosifs dans la bouche de la proc. Ces produits à haute valeur terroriste ont été achetés dans un magasin de magie...

La procureure, qui les caractérise comme des « trentenaires insérés socialement et en difficulté financière au regard des charges » requiert alors de la prison ferme pour trois d’entre eux.
L’avocat plaide que rien ne peut leur être reproché, ni acte, ni intention.

L’audience est émaillée des reproches, remarques maternalistes, humiliations et railleries de la juge. Tout sourire : « y avait de l’ambiance déjà, avec vos petits pétard ça fait un peu minus  », disant à l’un qu’il est « un bon père  », à l’autre « c’est pour protéger les vieux que vous apportez des masques  », soulignant que le crédit à la consommation, c’est vraiment une catastrophe et qu’il ferait mieux de trouver une autre solution, « y a pas un CE dans votre entreprise  ». La juge reproche à tous de ne pas avoir écouté la radio dans la voiture en venant, de façon tellement insistante tout au long de l’audience, que l’on pourrait finir par croire que c’est un délit.

Sur la participation à un groupement et le transport d’explosifs, deux d’entre eux ont été déclarés coupables des deux infractions ils écopent de 8 mois de sursis et 1 an d’interdiction de séjour. Deux autres sont déclarés coupables de la participation au groupement et écopent de 4 mois avec sursis et 1 an d’interdiction de séjour à Paris.
Le dernier, parce qu’il avait un casier judiciaire, a été condamné à 3 mois de prison ferme et 1 an d’interdiction de séjour à Paris.

Pour tous les prévenus du jour, rejet de la non-inscription au B-2.

La salle est remplie de journalistes et d’un public qui ne manifeste aucun soutien. L’arrogance des juges et de la jeune procureur rappelle celle des députés LREM sur les plateaux télés...
Le montage en épingle est plus gros qu’un éléphant, les gilets jaunes jouent profil bas pour s’en sortir le mieux possible, et votre rédactrice fulmine et s’imagine hurlante être évacuée de la salle, mais elle ne le fait pas.

Des nouvelles de loïc citation – g20 de hambourg

Publié le 2018-12-05 15:40:05

G20 DE HAMBOURG – UN PROCÈS FLEUVE S’OUVRE LE 18 DECEMBRE, MOBILISONS-NOUS !

DES NOUVELLES DE LOïC CITATION

(Pour un résumé de toute l’affaire, lire l’article sur Manif-Est.info)

Nous pensions que les prisons françaises excellaient en matière d’absurdité kafkaïenne. Nous voilà détrompé.es ! L’administration pénitentiaire allemande semble bien en mesure de leur faire la leçon. Depuis son arrivée à la taule centrale de Hambourg, notre ami subit quotidiennement l’arbitraire d’un règlement où l’opacité le dispute à l’invraissemblable. Un exemple. Le mois dernier, Loïc a été punit d’une heure d’isolement parce qu’il donnait du pain aux oiseaux venus siffler un air de liberté aux barreaux de sa fenêtre. Le pain, paraît-il, rendrait malade les maigres volatiles. Mais les bons sentiments des matons ne les ont guère pousser à retirer les lames aux barbelés qui partout hérissent les murs de la prison et sur lequels gisent les cadavres de moineaux malchanceux. « Bien que ce fut la punition la plus absurde et la plus méchante de ma vie, je n’ai pas pu m’empêcher de rire« , écrit Loïc dans l’une de ses lettres.

Le reste est à cette image. Chaque acte, chaque jour entre ces murs, est marqué du sceau de la bêtise bureaucratique. Depuis son extradition le 6 octobre, Loïc se trouve dans le bâtiment réservé aux détenus étrangers, c’est-à-dire à ceux qui ne parlent pas allemands. Et dans ce bâtiment, bien sûr, aucun surveillant ne parle une autre langue que l’allemand. Ses affaires personnelles sont restées bloquées durant des semaines. 25 jours avant de recevoir le moindre vêtement. Un mois et demi pour obtenir quelques uns de ses livres parmi lesquels, nous l’espérons, des dictionnaires et une méthode d’allemand.

Les livres, parlons-en. Pour qu’il les reçoive, ceux-ci doivent être neufs. L’administration recommande de les acheter sur Amazon mais accepte toutefois les colis d’une librairie de la ville. Et pour chaque ouvrage, le prisonnier doit obtenir une autorisation spécifique. Sans cela, le livre entre en prison et file directement au grenier où il l’attendra jusqu’à sa sortie. Malgré ces précautions, certains livres se perdent en route. Sûrement dorment-ils au côté de la partie du courrier qui n’est jamais délivrée ou expédiée… Cette autorisation, « Anfrage » en germain, est le sésame qui régit la vie des taulard.es. Il faut remplir un papier pour tout. Et le papier, il faut le remettre au surveillant au réveil, c’est-à-dire à 6h45 du matin. Ensuite, c’est trop tard pour le reste de la journée. C’est qu’il faut bien inculquer la discipline matinale aux repris de justice.

Seul en cellule 23 heures par jour, Loïc n’a droit qu’à deux heures de parloir par mois (hormis les rencontres avec ses avocats). Et là encore, la taule fait preuve d’ingeniosité pour humilier les êtres et contraindre les corps. Trois personnes sont autorisées à le voir mais elles n’iront pas seules. Dans le box aseptisé où une longue table empêche les étreintes se trouvent deux mouchardes, une interprète francophone et une flic connaissant parfaitement le dossier. Un mot au sujet du G20 ou de sa future ligne de défense et s’en est fini de la visite. Difficile de savoir ce qui relève du traitement habituel et ce qui est particulier à sa situation mais il semble que la dureté de ces conditions, comme celles de toute.s les autres prisonnièr.es du G20, ne soit pas sans lien avec le caractère politique des faits qui lui sont reprochés. Comme leur gouvernement, leurs juges et leurs flics, les matons hambourgeois n’ont toujours pas digéré les journées émeutières de juillet 2017 (voir l’interview d’un.e membre de la legal team sur Dijoncter.info).

 

OUVERTURE DU PROCÈS

Malgré cela, Loïc tient bon et il garde le moral. Si l’incarcération le bouleverse c’est parce qu’il constate à tout moment qu’elle n’est qu’une machine à broyer les âmes et soumettre les corps, un outil de vengeance au service de la justice classiste et raciste. « Je n’ai pas de mots pour décrire la souffrance de toutes ces âmes qu’on enferme dans l’indifférence, écrit-il. La prison est une horreur et si elle persiste c’est grâce aux préjugés. On n’éveille malheureusement pas la flamme de la révolte en écrivant Feu aux prisons mais en amenant les consciences de chaque individu à cette conclusion.« 

Désormais notre ami est déterminé à préparer sa défense pour le procès fleuve qui s’ouvrira le 18 décembre. La justice allemande prévoit une trentaine de journées d’audience jusqu’au mois de mai prochain ! Quatre autres jeunes comparaîtront aux côtés de Loïc, tous âgés de moins de 25 ans, dont deux étaient mineurs au moment du G20 de Hambourg. Ceux-là n’ont pas été incarcérés jusqu’à lors. Les deux autres, en revanche, viennent de subir les aléas de cette justice qui traite comme des pions celles et ceux qu’elle dit être ses ennemis. Après six mois de détention et alors que tout porte à croire qu’ils se présenteront à leur procès, les deux jeunes originaires de la région de Francfort ont été libérés. Deux heures plus tard, le parquet faisait appel et leurs avocats leurs conseillaient de revenir d’eux mêmes dans les cages de l’État. Sans doute espéraient-ils que leur bonne volonté serait récompensée mais l’appel a confirmé depuis leur maintien en détention.

Cinq personnes comparaîtront donc dans ce procès de la Elbchaussee – du nom de l’avenue d’un quartier bourgeois de la ville, méthodiquement saccagée à l’aube du 7 juillet 2017 par des centaines de rebelles tout de noir vêtus. La plupart sont accusées d’avoir simplement pris part à cette manifestation et, pour cela, l’État compte réclamer à leur encontre plusieurs années de taule. Si le dossier est vaste, il est principalement composé de centaines de pages de descriptions des dégâts et de dizaines d’heures de vidéos directement fournies à la police par les bon.nes citoyen.nes hambourgeoi.ses. Quant aux « preuves », elles sont pour bon nombre d’un nouveau genre (technologies de reconnaissance faciale, profil de démarche, corrélation hasardeuse entre des images prises à des endroits et moments différents etc.) et il leur reste à démontrer qu’elles tiendront devant un tribunal.

 

APPEL A RASSEMBLEMENTS

Vu d’Hambourg, ce procès s’annonce retentissant. Parce que cette balade matinale sur la Elbchaussee est perçue comme le pire affront subi par les organisateurs du G20 (voir la brochure « Le chaos contre le G20 » sur infokiosques.net). Parce que les moyens policiers déployés depuis un an et demi ont été massifs et qu’ils appellent des résultats. Parce que les termes de l’accusations tentent d’éluder le contenu politique des protestations pour laisser croire à une bande criminelle organisée. Par ailleurs, les accusés étant jeunes, il y a un fort risque que la Cour décide de faire son sale travail à huis clos. Pourtant, ni les principaux concernés ni leurs avocats ni même le procureur ne souhaitent un tel dispositif. L’audience du 18 décembre sera d’abord consacrée à trancher cette question technique. Il est donc possible que ce soit là la seule occasion de voir nos amis et compagnons et de leur manifester notre soutien.

Quoiqu’il en soit, il ne fait plus aucun doute que ce procès sera celui de tous les « troubles » survenus dans la cité portuaire à l’occasion de la réunion de tous les puissants de cette planète. Quelques personnes risquent aujourd’hui de lourdes peines mais c’est l’ensemble de nos mouvements qui sont attaqués. L’objectif est clair. Il s’agit de criminaliser toutes les formes de contestation de l’ordre néolibéral, de nous faire passer le goût des sommets internationaux pour qu’enfin les exploiteur.euses de tous poils puissent ripailler en toute sérénité au coeur même de nos villes. Que ce procès se fasse à huis clos ou en public, il faut qu’il soit partout l’occasion de porter haut et fort notre parole de résistance, celle de notre ami aujourd’hui enfermé entre leurs murs. Les seul.es criminel.les que l’on ait vues dans les rues de Hambourg en juillet 2017, ce sont celles et ceux qui se sont réuni.es à nouveaux à Buenos Aires ces jours-ci, qui iront à Davos au mois de janvier et Biarritz l’été prochain. Celles et ceux qui partout s’organisent pour détruire nos vies, planifier nos futurs et administrer le désastre qu’iels s’emploient à accentuer.

C’est pourquoi nous appelons à organiser partout des rassemblements en soutien à Loïc et autres inculpés du G20, le 18 décembre prochain et n’importe quand durant les prochains mois.

À Hambourg, les camarades prévoient d’être présent.es devant le tribunal chaque jour de procès.

Des manifestations et rassemblements sont déjà prévus dans plusieurs villes allemandes ainsi qu’à Nancy et Paris. Qu’il s’agisse de projections, de débats, de discussions, de lectures de poèmes autour d’un vin chaud ou de blocages devant les tribunaux, toutes les mobilisations sont importantes. Il s’agit de nous retrouver et de ne pas laisser la justice faire son travail de répression dans l’indifférence.

Seul.e.s quelques-un.e.s sont enfermé.e.s, mais nous somme tou.te.s visé.e.s !

Liberté pour Loïc !

Comité de soutien transfrontalier

PS.- Hier, 4 décembre 2018, Loïc devait être jugé à Paris pour une précédente affaire de piraterie informatique. Comme en septembre dernier, et alors même qu’il est aux mains de la justice, notre ami n’a pas été conduit devant le tribunal pour s’y défendre. Cette absurde affaire où l’État s’obstine à le juger deux fois pour les mêmes faits a donc été une dernière fois reportée au 14 mai 2019 à 13h30 (cour d’appel de Paris, Pole 4, chambre 10: accès par escalier A que vous trouverez derrière la sainte chapelle, en prenant la porte 13, en dépassant la machine à café et traversant la cour du 36 quai des orfèvres).

Contact : soutienaloic[at]riseup.net

Pour écrire à Loïc :
Loïc Schneider
UHA Hamburg (Untersuchungshaftanstalt)
Holstenglacis 3
20355 Hamburg

Samedi 1er décembre à Toulouse.

Publié le 2018-12-05 18:15:04

Récit partiel de la manif de samedi et courte analyse subjective non contractuelle et incomplète.



Samedi 1er décembre à Toulouse.

La manifestation des gilets jaunes est sur les grands boulevards, direction Arnaud Bernard. Sur le chemin, il y a la rue Bayard, qui mène à la Gare Matabiau « symbole de Toulouse » comme on a pu l’entendre pendant l’émeute. Un groupe essaye d’emprunter la rue pour y aller, comme ça avait était le cas le 24 novembre - ainsi que la matinée même. Les flics, visiblement flippé-es du nombre de gilets jaunes face à eux, commencent à balancer les premières grenades lacrymo.

Et là c’est parti. C’était tellement fait de manière gratuite, que les gilets jaunes se sont vnr direct. Le macdo a vu sa terrasse extérieure transformé en barricade au niveau de la sortie de métro. Les premiers projectiles, trouvés à droite et à gauche, commencent à fuser. Y’a des petits groupes déjà masqués, d’autre à l’arrache totalement, d’autre sans gants, d’autres avec, des sérums phy tournent, bref, en tout cas, personne ne s’attendait ni s’était préparé à cette journée folle.

Beaucoup de gilets jaunes sont derrières la barricade mais d’autres sont côté Jean Jaurès/Alsace lorraine. Les flics qui étaient en plein milieu à Jeanne d’Arc (une partie côté gare des bus tisséo et l’autre côté alsace lorraine) s’en prennent plein la gueule de chaque côté. Ils balancent tant bien que mal des lacrymo, mais les gilets jaunes reviennent toujours à la charge, ce qui pousse les keufs à se repliaient sous la gare des bus, à reculer petit à petit.

De là, les barricades sont avancées, tout les gilets jaunes sont ensembles, et pendant une bonne heure et demie, ils et elles vont attaquer les flics. Les projectiles sont préparés avec les moyens du bord (poteaux, gros pavés, on en a vu essayant de péter du bitume avec les pieds, faut avoir la rage quoi). Ça crie « on recharge », ça gueule « macron démission ». Ça chante la marseillaise : « marchons, marchons, d’un sang impur » tout en avançant en bloc, pierre à la main, sur les keufs, avant de tout leur balancer à la gueule et de se faire repousser par les lacrymo. Un groupe les harcèlent côté rue des moutons. La BAC répond très vite à coup de flash-ball. Le fameux « tout le monde déteste la police » a un écho incroyable et, même s’il n’est pas massif, est repris par une partie des gilets jaunes.

Y’a un groupe qui part côté rue Bayard (600/700pers), pendant que le groupe jeanne d’arc/rue des moutons (1000/1500pers) continuent à les caillasser. Les keufs lâchent prisent ! Et reculent sous les jets de pierre jusqu’à la gare Matabiau ! Alors, ça prend la rue Raymond IV direction la gare ! Ça « recharge » à chaque chantier (Toulouse comme Paris est un chantier à ciel ouvert). L’autre groupe qui est déjà à Matabiau se bastonne avec les keufs. Celui de Jeanne d’Arc arrive vers le tribunal administratif, mais pas assez nombreux ni équipés, il recule sous la charge des flics alors que certain-es essayait de les prendre à revers par la rue Matabiau. C’est à ce moment-là qu’un gilet jaune se fait exploser la tête par un tir de flash-ball (à l’heure actuelle, il est dans le coma au CHU de Purpan).

L’autre groupe qui est à Bayard maintenant redescend la rue, direction la place du capitole, y’a beaucoup de camarade dans le lot, ça chante plus « ah ah anticapitalista » que la marseillaise. La place du capitole, occupé à 90% par le marché de noël est une fausse bonne idée. Pris en étau, entre les chalets, le capitole, et les clients, le groupe revient vite vers Jeanne d’Arc. D’ailleurs, samedi dernier, la manif des gilets jaunes avaient finis là-bas tristement, alors qu’il y avait quand même une bonne énergie sur les boulevards.

A Jeanne d’Arc, c’est tout simplement 3 grosses barricades enflammés qui ont étaient érigés devant les positions des keufs. C’est le zbeul complet, le chantier du siège du crédit agricole est abondamment pillé, ça se sert pour les barricades, comme pour les projectiles. Des gilets jaunes chopent même un tuyau d’arrosage et s’en sert pour arroser les flics un peu trop près. Les barricades sont alimentées régulièrement pour pas que les keufs puissent se rapprocher, ça caillasse non-stop, et donc de fait les pompiers ne pourront pas s’approcher non plus. A ce moment, y’a pas trop de but, juste on tient la position, on tient jeanne d’arc pendant une bonne grosse heure, jusqu’à la nuit. Les gens ont la haine des keufs. On n’entend pas un seul « la police avec nous » du début jusqu’à la fin de l’émeute. Ça gueule contre les keufs « on va revenir avec les cok » « ramenez-vous sans les armes, au corps à corps ». Les vitrines, les bagnoles, finalement et proportionnellement parlant, très peu sont cassés car les gilets jaunes se concentrent sur les keufs, « les gardiens de Macron ». Seul rempart entre nous et Macron.

Comme d’habitude, le statique nous fume. Les plus motivé-es étant sur le front des barricades, les flics ont le temps de se réorganiser, et arrivent par les boulevards côté métro Jeanne d’Arc – donc par derrière, saturation immédiate et totale de la place à cause des lacrymo en 2 minutes. Les gilets jaunes se replient vers rue Bayard puis sur les boulevards en direction de Jean Jaurès. On perd la moitié des gilets jaunes sur cette charge. On se retrouve à moins de 500/700 sur les boulevards, ça monte des barricades tous les 20m/30m, en fait dès que les gilets jaunes trouvent de quoi faire. Y’a plein de petits qui rejoignent le zbeul ambiant. A Jean Jaurès, ça renverse la poubelle à verre. « ON RECHARGE ». Les flics assez loin, les gens entonnent le chant des bouteilles : ça avance de front, en faisant du bruit avec les bouteilles, putain ça a de la gueule ! Ils-elles sont peu nombreux mais une pluie de verre s’abat quand même sur la ligne de keuf. Tout se bordel va se poursuivre sur les allées Jean Jaurès, sur la place Wilson et jusqu’à François Verdier de 18h jusqu’à 20h30 au moins…

Alors quoi ?

Alors wouai, les drapeaux français, la marseillaise, ça fait un peu gerber. Wouai, bien sûr, ça représente quelque chose, ça veut dire quelque chose malgré tout. Mais faut pas croire que tu chantes ça parce que t’es faf. Ou alors, 80% des gilets jaunes sont des fafs. Non je crois qu’il faut se défaire de notre prisme de gaucho qui tend à tirer des conclusions trop vite à travers certains symboles ou certaines paroles. Les gilets jaunes font partie du prolétariat ou de la classe moyenne inférieur, qui n’ont pas forcément eu d’éducation libertaire ou qui baigne pas dans des milieux ouverts aux questions de races, de classe et de genre. Ce n’est pas pour autant qu’il faut les repousser. Comme pour les paroles sexistes, putophobes et homophobes, faut pas oublier qu’encore aujourd’hui elles sont, malheureusement, monnaie courantes dans la vie de tous les jours. Sans surtout pas minimiser certaines paroles, elles sont essentiellement dites sans fondement et par habitude. Je ne dis pas de chanter la marseillaise, mais bon, à nous de gueuler d’autres insultes, à nous de gueuler d’autres slogans. Mais c’est clair, que si on s’arrête dessus, si on se ferme à ce mouvement là pour ça, on se coupe de la quasi-totalité de la population. Arrêtons de croire que les gilets jaunes sont pas assez bien ou pas assez révolutionnaire parce qu’ils-elles n’ont pas les mêmes codes que nous. On ne vaut ni moins ni plus qu’eux : « Yellow is the new black ». Et la seule chose qui est sûr aujourd’hui, c’est que c’est maintenant et partout.

Dans les manifs syndicales ou libertaires, on est dans un milieu totalement opaque et fermé. Toujours les mêmes gens, toujours les mêmes actions, toujours les mêmes discours. Qui ne sont pas inutiles bien au contraire. Mais on ne peut pas se permettre de laisser se dérouler ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est-à-dire le début d’une insurrection, sans nous. Sans nous, et donc en la laissant aux fascistes, qui eux ne se posent pas de question. On peut se réjouir des différentes tapes contre des fafs qu’il y a eu (plus ou moins victorieuses) à Paris, Lyon et même à Toulouse.

On est à mille lieux des émeutes après la mort de Rémy Fraisse, mêmes les barricades de rue du Taur après l’élection de Sarkozy étaient mignonnes à côté de ce qu’il s’est passé ce samedi. C’est une colère profonde qui s’exprime, bien loin des idéaux réfléchis et penser, c’est de la colère pure, de la rage exprimé et/ou soutenu par toute une classe de la population (72% de soutien après les émeutes insurrectionnelles de samedi qui ont lieu dans TOUTE la France, ça en dit long). Merci au Comité Adama d’avoir était la seule orga à assumer le fait de s’y rendre, d’y amener une position anti-raciste claire et d’appeler les quartiers populaires à en faire autant. Le sous-prolétariat même si éloigné - de fait, des principales revendications (qui tend à s’élargir) des gilets jaunes à toute sa place dans ce mouvement, qui mute en insurrection.

Samedi prochain, les flics vont être mieux préparés et carrément à cran avec tout ce qu’il vient de se passer. Les CRS sont de retour de Paris et le match de foot au stadium a était annulé pour avoir le plus de keuf sur le terrain. Il faut également s’attendre à une suspension rapide du réseau tisséo (comme en début de semaine).

Préparons-nous, organisons-nous, ramenons du matériel de protection et du matériel offensif, créons une équipe de street médic, faisons front ensemble contre la police, contre les bourgeois, contre le capital, contre les quelques fafs – mais qui sont largement minoritaires, brûlons ces putains de quartiers commerçants et bourgeois comme à Paris, brûlons la préf comme à Puy en Velay, occupons les lieux publics pour en faire des lieux d’assemblée populaire et d’accueil…

Retrouvons-nous, tout simplement.

A samedi !

PS : Et même avant avec les lycéen-es !

Prison ferme en comparution immédiate pour des gilets jaunes

Publié le 2018-12-06 13:29:05

Compte-rendu des comparutions immédiates de trois gilets jaunes suite aux émeutes du 1er décembre à Paris



« L’infamie en robe de magistrat » (La Rumeur)

Dimanche dernier, après que Paris ait connu sa plus grande émeute depuis bien longtemps, Nicole Belloubet, ministre de la justice mais en fait ministre de la prison, s’est rendue au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris pour promettre des peines sévères aux gilets jaunes interpellé.e.s et déféré.e.s. Cette spectaculaire démonstration de la non-indépendance de la justice vis-à-vis de l’exécutif montrait qu’il fallait bien que l’État sorte ses gros bras juridiques en poussant les magistrat.e.s à prononcer des grosses peines. Et c’est bien tout un déploiement politico-judiciaire auquel nous avons assisté ce mardi 4 décembre dans la chambre 6.04 du TGI de Paris, une des cinq chambres d’audience mises à disposition pour expédier les jugements des plus de 250 personnes déférées depuis samedi. Nous allons revenir sur le procès de 3 d’entre eux.

D’autres compte-rendus ont déjà été publiés ici, ici et à ce sujet, et nous vous invitons à les lire également pour découvrir le contexte dans lequel ces comparutions se déroulaient : les journalistes se baladant autour de la salle en tentant de filmer chaque personne rentrant et sortant des salles d’audience, à la recherche du vrai profil des « casseurs » ; un tiers de la salle réservée aux journalistes ; des caméras qui se braquent sur les avocat.e.s commis.e.s d’office dans l’espoir d’avoir un entretien. Enfin bon, comme on pouvait s’y attendre, ce spectacle judiciaire ne pouvait avoir lieu sans euphorie médiatique, pour bien ancrer la peur de la répression au sein de la population.

Trois jeunes hommes blancs entrent dans le box des accusé.e.s. Ils ont entre 20 et 22 ans. Ils ont été interpellés samedi soir, et ils ont été retenus en garde-à-vue (GAV) puis au dépôt du tribunal pendant près de 70h en attendant leur procès. Les trois vont accepter de se faire juger sur place et immédiatement, sans demander un délai pour préparer leur procès.

Première comparution : un procès d’aveux et d’auto-poukave

Très vite, on va s’apercevoir que les procès-verbaux (PV) d’interpellation ont été faits à l’arrache, et l’avocate commise d’office ne se trompera pas en les qualifiant de « torchons ».

Le premier jeune, M., est accusé de participation à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens ainsi que de violences volontaires contre personne dépositaire de l’autorité publique, et dans ce cas plus précisément, d’un jet d’œuf et d’un déplacement de tôle sur la route.
La fiche d’interpellation de M. n’est pas du tout claire, mais le magistrat indique que la police « en avait appris plus lors des déclarations pendant l’audition de garde-à-vue ». Il continuera par dire que « les faits qui vous sont reprochés nous ont été rapportés par vous-même ; en quelque sorte vous vous êtes auto-incriminé ». M. a parlé à la police. Il avait été interpellé pour vol, mais la police n’avait rien trouvé sur lui. Il a donc avoué qu’il avait jeté un œuf sur des flics, et qu’il avait déplacé une tôle sur la route, offrant ainsi un dossier fourni d’aveux pour que la procureure puisse requérir une lourde peine. Le magistrat rigole devant cette situation tragique, et la procureure lui fait la morale, comme si un œuf allait sérieusement blesser qui que ce soit et notamment un policier surarmé et surprotégé.

M. a 22 ans, il est commis cuisinier, et son CDD de 6 mois va bientôt se transformer en CDI. Il gagne 1500€ par mois. Son casier judiciaire comporte une mention pour usage de stupéfiants. Il dit beaucoup boire d’alcool, mais explique au juge qu’il va arrêter suite aux 3 jours de rétention qu’il vient de vivre. Malgré son honnêteté et ses regrets de s’être rendu à la Place de l’étoile, la procureure va requérir 3 mois d’emprisonnement avec sursis et une interdiction de paraître sur Paris de 6 mois.
Son avocate expliquera pendant sa plaidoirie que M. a été tabassé pendant son interpellation, qu’il a de nombreux bleus sur le corps et un hématome au visage, et qu’il n’ose même pas le dire par peur et par honte. Elle explique qu’il est jugé pour des faits autres que ceux pour lesquels il a été interpellé, et demande la relaxe.

Finalement, M. s’en sortira avec une relaxe pour la participation à un groupement, et avec 200€ d’amende avec sursis pour les violences.

Deuxième comparution : le procès d’intention du prisonnier de « guerre civile »

Le deuxième jeune, L., a 21 ans, originaire de la Meuse. Il est accusé de participation à un groupement en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens, d’avoir eu son visage dissimulé, et d’avoir été interpellé avec un marteau et un burin. Lors de son audition de GAV, L. avait expliqué aux flics qu’il avait amené son marteau et son burin pour « retirer des pavés », mais ne se prononce pas sur ce qu’il voulait faire avec ces pavés. Il essaye de se rattraper pendant le procès en disant qu’il était parti de chez lui rapidement, et qu’il avait emporté ces outils sans faire exprès. Mais il est trop tard ; ses aveux pendant la GAV lui coûteront cher.
Lorsqu’il explique qu’il avait passé trois heures sous « l’Arche de Triomphe », le magistrat le reprendra avec tout le mépris parisien et bourgeois en expliquant que « ça se dit Arc de Triomphe, pas Arche ; l’Arche c’est à la Défense ». Les magistrats et la procureure lui font un réel procès d’intention, en voulant savoir pourquoi il avait ces outils et en insistant sur son intention pour ces pavés. L. refusera de répondre. La procureure revient sur l’interpellation, et L. affirmera que « la police ne dit pas la vérité, que je n’étais pas masqué ».

L. est apprenti en production horticole, en 1re année de CAP. Il vit chez sa mère, et est en alternance en gagnant 800€ par mois. Suite à un échec au bac en 2015, il aura un « parcours difficile », comme veut le démontrer le magistrat, qui insiste sur les 6 mentions de son casier judiciaire, principalement pour conduite sous stupéfiants et usage de stupéfiants. L. a déjà un certain nombre de condamnations, donc près d’un an de sursis qui lui pèsent dessus.

La procureure fera tout de son possible pour cracher sur l’image de L. Elle dit que malgré un unique chef d’inculpation, L. portait bien un masque, des gants et des outils, et « qu’il a peut-etre l’air doux comme un agneau aujourd’hui, mais le Monsieur L. que vous avez devant vous est bien différent de celui du 1er décembre. » Elle explique que L. s’était préparé pour de débordements, et qu’il n’est pas anodin qu’il ait été interpellé à côté de l’arc de Triomphe. Selon les dires de la procureure, « l’arc de Triomphe avait été pris par des manifestants non-pacifiques. C’était une prise de guerre ; une prise de guerre civile ! ». Suite à cette exclamation, elle requiert 6 mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt.

L’avocate de défense plaidera que L. s’est fait contrôler arbitrairement avec 8 autres personnes, alors que les flics cherchaient des personnes qui auraient pillé un tabac. Dans le PV d’interpellation, il n’y a pas de mention de visage dissimulé, et rien pour dissimuler son visage n’a été trouvé dans la fouille de L.. L’avocate explique que la police a retracé le parcours de L. grâce à son portable, et montre que L. avait quitté la zone assez tôt dans l’après-midi, pour prendre son train à Gare de l’Est. C’est en ratant son train qu’il est revenu vers le 17e, puis vers la Place de l’Étoile, avant de se faire interpeller. Il n’était donc pas là pour en découdre, mais presque là par hasard au moment de son interpellation. Elle demande la relaxe pour que L. puisse continuer sa formation.

L. sera condamné à 3 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Face à cette nouvelle, il est désemparé, abasourdi, et choqué, se montrant réellement en détresse. En fin de séance, il sera menotté et emmené. 3 mois de ferme sont facilement aménageables, mais le mandat de dépôt assure qu’il ne pourra que difficilement avoir accès à un Juge d’application de peines (JAP) pour pouvoir l’aménager. Il dort donc depuis hier soir en prison. Force à lui, nique les juges et nique les procs !

Troisième comparution : le procès de l’émeutier professionnel ou « le Disneyland de la manif qui déborde » (citation de la proc)

P. a 20 ans, il est étudiant à Roubaix. Ce dernier accusé comparait, semble-t-il, pour l’ensemble des dégradations et violences commises le samedi 1 décembre à Paris. Il est effectivement accusé de participation à un groupement en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens ; de dégradation de biens ; de violences volontaires contre personne dépositaire de l’autorité publique sans entraînant d’ITT ; et de vol et de recel.

P. est étudiant en LEA. Boursier à échelon 5, il travaille une journée par semaine à côté des cours, dans un port en Belgique, pour gagner un peu plus d’argent. Il affirme être directement touché par la hausse des taxes et être dans une réelle galère financière, mais il estime être heureux dans études, ce à quoi le juge lui rétorquera : « donc vous êtes heureux, ça va bien dans votre vie non ; pourquoi est-ce que vous manifester alors ? », comme si le bonheur dans ses études rachetait sa misère financière et lui enlevait toute légitimité à manifester contre la vie chère et contre les mesures anti-pauvres du gouvernement.

L’avocate commence par plaider une nullité de procédure, car P. s’est fait notifier ses droits en GAV plus de 7h après son interpellation, contrairement à toute procédure. La proc demande le rejet des nullités en invoquant les « circonstances insurmontables ». L’avocate se défend en expliquant que tout le monde s’est fait notifier leur droits à l’heure (plus ou moins), sauf P. qui semble avoir reçu un traitement spécial. Le juge rejette les nullités en joignant la procédure au fond du dossier.

P. a été interpellé avec en sa possession : une médaille souvenir de l’arc de Triomphe, et un portable plein d’images, notamment de lui-même en train de donner un coup de pied dans un engin de chantier.
Lors de sa garde-à-vue et après exploitation des images de vidéosurveillance, il a reconnu avoir relancé un palet de lacrymogène « en direction des CRS », pour « éloigner ce qui nous asphyxie tous ». Il a déclaré à la barre qu’il était venu « pour faire valoir ses droits en tant que manifestant ». Il dit avoir ramasser la médaille de souvenir en bas de l’arc de Triomphe, car des personnes en avaient lancées du haut de l’arc. Lors des réquisitions, la procureure s’est permis de se demander si le prévenu « sait-il au moins combien un engin de chantier coûte » ?, comme si elle le savait elle-même, et s’est même permis d’avancer « qu’une entreprise mettra peut-être la clé sous la porte par sa faute ». Lamentable et indécent. Lors de sa réquisition, une partie du public ne s’est pas empêchée de réagir à l’indécence des propos tenus, ce qui a manifestement dérangé le juge, qui a interpellé des membres du public en leur demandant ce qui « les faisait rire ». La procureure finit par requérir 2 ans de prison ferme avec mandat de dépôt. Une réquisition extrêmement lourde considérant les éléments matériels à charge (médaille souvenir et vidéo du coup de pied).

P. sera relaxé concernant le vol et le recel, mais condamné concernant la participation à un groupement et les violences volontaires. Il sera condamné à 1 an ferme sans mandat de dépôt, ce qui signifie que sa peine est aménageable devant un Juge d’Application des Peines (par plein de mesures de contrôles judiciaires et de « détention à domicile ») comme le pointage ou le bracelet électronique. S’il parvient à aménager sa peine, elle sera moins pire que la prison, mais restera quand même de la prison « chez soi », ou l’on devient son propre maton. Un an de ferme, c’est quand même très cher payé pour un dossier vide. Le parquet et les magistrat.e.s ont décidé d’en faire un exemple, pour tous ces manifestant.e.s qui oseraient prendre part à cette « guerre civile ».

« Est-que tu crois, en la justice et ses lois ? Moi je ne crois qu’en les honoraires de mon avocat ? » (Médine et Booba)

Le TGI de Paris en feu le 28 juin dernier

La nécessité de l’auto-défense juridique

Quelques conclusions après ces comparutions immédiates, qui ne sont que des observations sur peu de comparutions, mais qui semblent tout de même représentatives du traitement pénal des gilets jaunes, et de la justice en général en comparution immédiate.

  1. En comparution immédiate comme toujours, et encore plus qu’ailleurs, c’est l’enquête sociale et le casier judiciaire, et non pas les faits pour lesquels le prévenu a été interpellé, qui jouent à fond sur la peine prononcée. Des cas graves d’accès limité à la justice sont constatés : d’abord, en comparution immédiate, aucun délai pour préparer sa défense n’est possible. C’est le principe d’une justice expéditive qui cherche à clore les dossiers au plus vite en enfermant à tout va.
  2. Certains prévenus que l’on a vu n’ont même pas vu d’avocat en garde-à-vue, sous la pression des flics sur le fait que « ça retarde la procédure », et ont donc vu leur conseil quelques minutes avant leur jugement, au tribunal. Les gilets jaunes parlent aux policiers et répondent aux questions à la barre, ce qui ne les aide pas et permet au procureur d’étoffer son dossier à coups d’éléments à charge. La pratique de l’enquête sociale est, pour le prévenu qui doit répondre aux questions ou qui voit son « parcours » dévoilé au grand public, souvent humiliante. Elle éclaire ouvertement sur les mécanismes de justice de classe, de justice bourgeoise, qui ne juge pas sur les faits mais sur les antécédents de la personne.
  3. Les juges cherchent à faire payer les prolétaires venu.e.s d’ailleurs à Paris y exprimer leur colère ; iels payent cher leur révolte contre la bourgeoisie et il est assez évident qu’on a voulu en faire des exemples en leur donnant l’image des « casseurs » dont les médias raffolent. Pour effrayer les futurs manifestant.e.s et empêcher, par l’intimidation, la colère et les révoltes légitimes qui ont eu lieu. Tout en protégeant les policiers par tous les moyens et en accentuant la division entre « manifestant pacifique » et « casseur professionnel ».
  4. L’Arc de Triomphe, symbole bonapartiste guerrier, impérial et colonial, a centralisé beaucoup des débats puisque les interpellations se sont faites autour. Mais on a bien senti que s’attaquer à ce genre de symboles parisiens, symbole napoléonien sur lequel figurait un tag « Justice pour Adama », était outrageant pour les magistrats et derrière pour toute la bourgeoisie. Autant dans les plaidoiries des avocats que dans la bouche des juges et procureurs, le mot « guerre »revient souvent, et cela n’est pas anodin. Comme si ce genre d’affrontements venait faire surgir aux yeux de la bourgeoisie à quel point ses intérêts sont menacés, et à quel point la guerre sociale, la guerre entre les classes, est déjà là. Ce que la classe dominée a toujours su et constaté.
  5. Quelques conseils d’anti-répression, à nouveau : en GAV, les policiers ne sont jamais nos amis. ON A LE DROIT DE GARDER LE SILENCE ; et il faut le faire. IL FAUT ABSOLUMENT DEMANDER A PARLER A SON AVOCAT lors d’une garde-à-vue, peu importe les coups de pression ou les tentatives d’amitié des flics. Les coûts d’un.e avocat.e commis.e d’office sont pris en charge par l’État. NE PARLEZ PAS AUX FLICS, TOUT CE QUE VOUS DITES EST RETENU À CHARGE CONTRE VOUS. IL FAUT NE PAS PRENDRE D’IMAGES LORS DES MANIFS. Si des images ont été prises sur votre portable et que les flics le saisissent, ne pas donner son code PIN, et de préférence éteindre son portable dès que vous êtes embarqués. Une fois au tribunal, IL FAUT ABSOLUMENT REFUSER LA COMPARUTION IMMEDIATE POUR AVOIR LE TEMPS DE PREPARER SA DEFENSE. Pour plus d’infos sur l’auto-défense juridique, consulter ici.
  6. Pour celleux qui ne sont pas jugé.e.s : allons faire un tour dans les comparutions immédiates, montrer notre hostilité aux juges et aux procureurs qui sont eux-même plein de dédain et de mépris pour les prévenu.e.s. Aller en force au tribunal, un des bastions de défense de la bourgeoisie, pour y tenir le front et y installer un climat plus hostile ; y perturber la violence ordinaire et si tranquille de la bourgeoisie qui enferme à la chaîne.
    Et avant même les interpellations, ou lors de l’interpellation, tracter et prodiguer des conseils d’anti-répression lors des manifs et sur les réseaux, notamment sur le droit au silence et à un avocat et le refus de comparution immédiate.

Perturbation du colloque du grand pari des expulseurs

Publié le 2018-12-06 13:29:07

Mardi 4 décembre, l’Écharde était assignée à feu le tribunal d’instance de Montreuil par l’Etaplissement Public Foncier d’Ile-de-France (Epfif) dans une procédure d’expulsion. Le rendu aura lieu le 4 janvier.
Ce même jour, l’Epfif organisait chez les journaleux du Monde, une petite sauterie pour décerner des prix aux maires bêtonneurs.



Une dizaine de personnes se sont faufilées à travers la sécurité et les bourgeois•es tiré•es à quatres épingles, et ont pu goûter aux mauvaises pâtisseries et au café offert par l’organisation du colloque. Alors que Geoffroy Didier allait présenter la rencontre, une banderole « le grand pari des expulseurs » est déployée sur la scène. Quelqu’une dans la salle prend la parole, pour donner les raisons de la perturbation, des slogans sont entonnés : « Epfif expulseur ». Après quelques minutes, tandis qu’une odeur pestilentielle commence à envahir l’auditorium, les joyeux•ses larron•nes s’en vont tranquillement laissant tracts et affiches sur leur chemin :

Salut les pourris !

Si nous sommes venu-es perturber votre petite fête d’auto-congratulation, c’est tout d’abord car l’Epfif nous a assigné au tribunal pour nous expulser, à Montreuil. On squatte un de ses nombreux bâtiments laissés vides. Car derrière les belles intentions affichées, l’Epfif est un acteur primordial de la chasse aux pauvres que constitue le « Grand Paris ». Ils achètent des locaux, spéculent dessus en les laissant pourrir vides durant des années alors que des centaines de personnes dorment dehors.
Non contents de tenter de mettre des gens à la rue en expulsant celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas payer de loyer, l’Epfif construit un supermarché du loisir géant à Gonesse, préempte et distribue des propriétés pour préparer les JO 2024, collabore avec la RATP pour construire des transports et rendre toujours plus efficace le métro-boulot-loisirs-dodo.

Et quand bien même l’Epfif construit des « logements sociaux », on sait ce que ça veut dire de vivre dans des cages à poules entassé-es dans des cités dortoir.

Ce monde que vous bâtissez, maires, états, capitalistes, pensé pour le rendement, pour l’optimisation des flux de marchandises et de personnes, on le vomit.
On sera toujours là pour être le grain de sable qui pourrait bien gripper vos folies de béton.

Des nouvelles de Loïc Citation - G20 de Hambourg

Publié le 2018-12-07 08:51:05

Des nouvelles de Loïc Citation

Résumé de l’affaire : Soutien à Loïc Citation !

Nous pensions que les prisons françaises excellaient en matière d’absurdité kafkaïenne. Nous voilà détrompé.es ! L’administration pénitentiaire allemande semble bien en mesure de leur faire la leçon. Depuis son arrivée à la taule centrale de Hambourg, notre ami subit quotidiennement l’arbitraire d’un règlement où l’opacité le dispute à l’invraissemblable. Un exemple. Le mois dernier, Loïc a été puni d’une heure d’isolement parce qu’il donnait du pain aux oiseaux venus siffler un air de liberté aux barreaux de sa fenêtre. Le pain, paraît-il, rendrait malade les maigres volatiles. Mais les bons sentiments des matons ne les ont guère pousser à retirer les lames aux barbelés qui partout hérissent les murs de la prison et sur lequels gisent les cadavres de moineaux malchanceux.

« Bien que ce fut la punition la plus absurde et la plus méchante de ma vie, je n’ai pas pu m’empêcher de rire », écrit Loïc dans l’une de ses lettres.

Le reste est à cette image. Chaque acte, chaque jour entre ces murs, est marqué du sceau de la bêtise bureaucratique. Depuis son extradition le 6 octobre, Loïc se trouve dans le bâtiment réservé aux détenus étrangers, c’est-à-dire à ceux qui ne parlent pas allemand. Et dans ce bâtiment, bien sûr, aucun surveillant ne parle une autre langue que l’allemand. Ses affaires personnelles sont restées bloquées durant des semaines. 25 jours avant de recevoir le moindre vêtement. Un mois et demi pour obtenir quelques uns de ses livres parmi lesquels, nous l’espérons, des dictionnaires et une méthode d’allemand.

Lire la suite de l’article à propos de Loïc et du procès du G20 en Allemagne qui s’ouvre le 18 décembre sur Manif-Est.info

Rennes : A la fac l’UNI reçoit de la visite

Publié le 2018-12-07 16:44:04

extrait de Rennes-Infos-Autrement / vendredi 30 novembre 2018

En marge des élections destinées à élire les représentants étudiants au sein des conseils d’administration du CROUS, le local de l’UNI de la fac de droit a été dégradé par des individus parfois cagoulés. “Vingt activistes d’extrême gauche ont fait irruption dans le local de notre mouvement étudiant alors que j’étais présente ce matin”, explique une jeune étudiante. “Ils avaient la volonté de tout casser et de m’attaquer physiquement”, ajoute-t-elle.  […]

Lure (Haute-Saône) : Top viandes n’est pas au top

Publié le 2018-12-07 16:47:04

L’Est Républicain / lundi 3 décembre 2018

La boucherie « Top viandes » a été saccagée vraisemblablement dans la nuit de dimanche à lundi. Des produits ménagers ont été déversés sur la viande. Le magasin sera fermé pendant quelques jours. Le préjudice est estimé à 15 000 €.

Castellas (Hérault) : Comment ralentir les trains

Publié le 2018-12-07 16:48:02

France Bleu / vendredi 30 novembre 2018

Les trains vont circuler au ralenti sur une portion de quelques kilomètres entre Sète et Agde jusqu’au lundi 3 décembre. C’est la conséquence d’un incendie d’une installation électrique au bord de la voie ferrée au niveau du Castellas. Cet acte de malveillance a été commis dans la nuit de jeudi à vendredi à 0 h30, après le passage du dernier TGV. La SNCF a porté plainte. L’incendie a détruit un poste relais électrique de signalisation qui va être changé au cours du week-end. […]

Autre incident vendredi soir, des palettes en feu sur les voies entre Montpellier et Nimes au niveau de Baillargues ont nécessité une interruption de la circulation des trains le temps que les pompiers interviennent. […]

Montreuil (Seine-Saint-Denis) : Incendie au tribunal

Publié le 2018-12-07 16:49:02

Le Parisien / mardi 3 décembre 2018

Un incendie nocturne d’origine volontaire a paralysé le tribunal ce lundi. Les audiences se tiendront dans une salle prêtée par la ville, au moins durant cette semaine.
Les dégâts ne sont pas visibles de l’extérieur. Un incendie a néanmoins paralysé le tribunal d’instance de Montreuil, rue Franklin, ce lundi. L’accueil du public n’a pas pu avoir lieu. Une partie de l’activité doit être délocalisée à partir de mardi.
Du point de vue de l’enquête de police, confiée au commissariat de Montreuil, l’origine criminelle ne fait aucun doute. « Des traces d’hydrocarbures ont été trouvées », indique une source proche de l’affaire. Le feu a été signalé un peu après 2 heures, dans la nuit de dimanche à lundi. Une quinzaine de sapeurs-pompiers sont venus à bout des flammes vers 3h30. Ils ont maintenu les rondes jusqu’à 8 heures.

Personne n’a été blessé, mais un bureau et l’escalier de service de ce bâtiment centenaire, construit en 1905, ont été endommagés. Le ou les incendiaires seraient passés par une fenêtre, fermée depuis par une grille anti-intrusion.
« Aucun dossier ni archive n’ont été détruits », rassure Vanessa Lepeu, vice-présidente en charge de l’administration du tribunal. Le circuit électrique a toutefois été endommagé, et ne fonctionne qu’en partie, ce qui oblige le tribunal à délocaliser une partie de son activité au moins. Les audiences de mardi, mercredi et jeudi se tiendront dans une salle mise à disposition par la ville (au 6, rue de la Convention), deux rues plus loin. […]
« Cela va nécessiter d’importants travaux de remise en état », indique le président du tribunal de grande instance, Renaud Le Breton de Vannoise. Il s’est rendu sur place et décrit une tenace odeur de brûlé. Il salue aussi « le professionnalisme des magistrats et fonctionnaires » qui ont découvert le sinistre en arrivant au travail. Le ministère a dépêché ses services pour évaluer l’ampleur des dégâts. […]

Foix : Enedis (encore) en fumée

Publié le 2018-12-07 16:49:04

La Dépêche du Midi / jeudi 6 décembre 2018

Le site ENEDIS de Foix a été la cible d’un incendie cette nuit. Le feu a pris en plusieurs foyers sur ce site dont les bâtiments sont répartis de part et d’autre de la route. L’enquête devra déterminer les circonstances de cet incendie.
Le sinistre s’est déclaré vers 3 heures du matin, sur deux sites d’Enedis installés rue du 19-Mars-1962 et rue de l’Alse, dans le quartier de Labarre, à Foix. Une ou plusieurs personnes ont mis le feu à cinq véhicules de l’entreprise qui étaient stationnés dans une cour pourtant fermée. Quatre voitures ont été détruites et une autre a été endommagée.
Dans le même temps, un incendie s’est déclaré de l’autre côté de la rue, dans le bâtiment abritant la direction de l’entreprise. Le ou les auteurs du sinistre sont entrés par une porte latérale et ont mis le feu par un moyen inconnu. Les flammes se sont propagées à l’ensemble du rez-de-chaussée.
Enfin, toujours à la même heure, c’est rue de l’Alse qu’un troisième incendie a été constaté. Cette fois, c’est un bâtiment abritant des poids lourds, dont une nacelle neuve, qui a été la proie des flammes.

[…] En dépit de leurs interventions, les hommes du feu n’ont pu que constater les dégâts de ces trois incendies simultanés: six véhicules détruits, deux véhicules endommagés par les flammes, quatre poids lourds détruits et deux bâtiments endommagés.

Le commissariat de police de Foix a, bien sûr, ouvert une enquête pour déterminer la cause du sinistre dont l’origine criminelle ne semble guère faire de doute. Ce matin, les agents de la police scientifique et technique étaient sur place pour procéder aux constatations d’usage.
Le maire de Foix, Norbert Meler, ainsi que l’élu de permanence se sont également rendus sur place, aux côtés des autorités préfectorales, de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de l’Ariège et du directeur adjoint du SDIS de l’Ariège.
François Camerlynck, directeur territorial d’Enedis Ariège, vient d’annoncer à La Dépêche que l’entreprise allait déposer plainte suite à ces incendies.
Il a tenu à souligner que « les agents sont choqués. Une cellule d’appui psychologique va être mise en place dès ce jeudi après-midi ». « Cependant, a-t-il ajouté, le service public va continuer à être assuré. Nous sommes en train de nous organiser, tant dans le département qu’au niveau de la direction régionale, pour que les dépannages et les interventions auprès de la clientèle soient assurés ».
Sur les dégâts survenus dans le bâtiment de la direction, situé rue du 19-Mars-1962, François Carmelynck rappelle que « seul le rez-de-chaussée a été touché. Il s’agit de l’espace où se trouve le plateau téléphonique sur lequel travaillent vingt-six agents. Il faut donc remettre en service le système informatique mais, là encore, le travail reprendra normalement dès demain sur différentes plateformes ».
Le montant des dégâts est toujours en cours d’estimation. « Mais l’essentiel, même s’il y a beaucoup de choses à faire pour nous organiser, est que la machine ne soit pas coupée », insiste François Camerlynck.

[По Rусский]

Nantes, France : Le député « En marche » reçoit de la visite – 6 décembre 2018

Publié le 2018-12-07 18:33:03

Jeudi 6 décembre au matin, à Nantes, le député Mounir Belhamiti de la République en Marche, a retrouvé sa permanence parlementaire en bien piteux état. Un tag a été inscrit sur la façade et plusieurs vitres ont été détruites.

Mounir Belhamiti, député depuis octobre 2018, remplace François de Rugy, parti au ministère de l’écologie. Cette attaque intervient alors qu’il devait rencontrer des habitant.e.s de la première circonscription (Nantes, Orvault, Sautron).

[Reformulé depuis la presse, 06.12.2018]

Maintien de l’ordre : Alors, plutôt flics ou dealers ?

Publié le 2018-12-07 18:37:02

Ce matin, on ne sait pas bien pourquoi ni comment, le lycée qui était d’un calme absolu la veille et dans lequel, vu d’un regard de prof, régnait une incompréhensible indifférence face àla situation extérieure (mouvement des « gilets jaunes  », blocages de nombreux lycées dès la fin de la semaine précédente, répression en cours contre de nombreux lycéens...) est bloqué par plusieurs centaines d’élèves déterminés. On ne sait pas bien pourquoi ni comment, et c’est tant mieux. Cette opacité-làn’est-elle pas le meilleur des signes que cette initiative est bien la leur ? En tirer que leur démarche n’aurait ni sens, ni intérêt, comme le font avec mépris la plupart des adultes de l’établissement, y compris (voire surtout) syndiqués, y compris de gauche, y compris parfois même « anti-autoritaires  », serait bien hâtif et en quelque sorte aveugle. Un aveuglement qui confine au déni.



Car il suffit de jeter un Å“il sur ce que vivent ces lycéens pour en imaginer pas mal, des raisons de bloquer leur lycée et le monde qui le produit et qu’il produit. Ce lieu où on les gère comme le bétail ponctuel et obéissant qu’ils doivent accepter de rester quand ils arriveront dans la dite « vie active  », ce lieu où on choisit pour eux le boulot de merde auquel ils ont le droit de prétendre, et la vie de merde qui ira avec, ce lieu où on leur apprend àvouloir « réussir  » aux conditions de ce monde, ce lieu où on leur a désappris le désir d’apprendre, ce lieu dans lequel la maltraitance inhérente àl’institution scolaire redouble bien souvent des situations de misère sociale, affective, familiale...

Car ce lycée, comme beaucoup d’autres, est un endroit dans lequel, quand on arrive le matin, on compte le nombre d’élèves qui se sont fait mettre la tête au carré par leurs parents, leurs grands frères, un petit caïd du quartier ; le nombre de filles agressées sexuellement, souvent en groupe, ou prostituées, éventuellement même dans le lycée ; d’élèves qui du jour au lendemain disparaissent parfois sans nouvelles et dont on entend reparler des mois plus tard sur TF1 tués par des frappes de drones en Syrie et en Irak ou assassins sanguinaires ; des élèves qui sont enfermés là, dans cette urbanité inhabitable, de laquelle ils sont interdits de sortir, que ce soit par les contrôleurs de la RATP, des contrôles policiers au faciès, et surtout, tout un monde qui se referme sur eux pour les empêcher de devenir autre chose que des rouages de plus dans la machine àexploiter (parce que ce monde a « besoin  » d’ingénieurs, de politiciens, mais aussi et surtout de balayeurs, chacun étant soigneusement sélectionné et orienté vers la déqualification qu’on lui prépare, en fonction de sa place dans la hiérarchie sociale capitaliste). Et puis l’occasion vient de se manifester, avec le contexte des gilets jaunes, de la réforme du lycée et de Parcoursup, dernières mesures pour sceller leur destin.

Ce sont quelques unes des raisons, qui suffisent àqui en aurait besoin, pour comprendre, soutenir, se solidariser. Ce ne sont pas forcément leurs raisons. Leurs raisons sont peut-être tout simplement de ne pas vouloir aller en cours ce jour-là, de profiter de l’aubaine, de sentir la joie d’un refus collectif de la normalité des journées qui se suivent, de reprendre un peu de force et de puissance face àl’autorité qui les écrase au quotidien. Et alors ? N’est-ce pas fondamentalement le même refus que toutes les « bonnes raisons  » précédemment énoncées, sans l’emballage normalisant de formes d’énonciations politiquement acceptables et policées. En tous les cas, trouver cette perturbation du quotidien scolaire aberrante ou non pertinente, considérer que l’urgence est àleur faire des cours informels (c’est-à-dire leur faire la morale sur le trottoir) parce qu’une poubelle s’allume, c’est tronquer la situation àbien des niveaux. Ils sont là, c’est le moment d’être là, et ça marche. Point.

Bref, en même temps que des milliers d’autres dans des centaines de lycées en France, les élèves bloquent. Ce jour-là, ils sont plus offensifs que d’autres. L’ambiance le permet sans doute. Une visite àl’épicerie d’àcôté est l’occasion de se munir d’Å“ufs, de divers projectiles, et de bouteilles d’eau dont certaines se rempliront ensuite, d’après la rumeur, d’autres sortes de liquides transparents et volatiles. Les adultes présents, pour la plupart du personnel de direction, se font caillasser, le proviseur prend des Å“ufs, des poubelles brà»lent, le blocus tient, la police bloque la circulation tout en se maintenant àl’écart, les feux sont rapidement éteints. Jusqu’ici rien de bien différent de ce qui se passe en général dans ce genre de situation. Les lycéens sont heureux d’agir ensemble et de retrouver un peu de puissance, sans doute aussi de participer àla contestation en cours, dans un monde où ça n’est pas si courant, et encore moins pour eux.

Et puis soudain, en fin de matinée, quelque chose se passe, que les témoins directs peinent d’abord àcomprendre. Les élèves comprennent très bien, eux qui sont supposés ne pas savoir ce qu’ils font. Trois jeunes hommes arrivent sur un scooter. L’un d’eux, àpeine plus âgé que les bloqueurs, en costume blanc, déposé par chauffeurs (et gardes du corps), descend, circule entre les groupes d’élèves bloqueurs avec la volonté claire de les disperser. Et c’est ce qui se passe, les élèves se dispersent, le blocus ne tient plus. La démarche est plus efficace qu’une intervention de la police ou des EMS [1]. On entend des menaces égrenées ici et là(« Si tu pars pas, attention àtes genoux, et on va rendre visite àta famille  »), des récriminations (« Votre blocus, il dérange notre business, rentrez-chez vous  »), des revendications territoriales ridicules (« C’est ma rue ici  »), des invectives aux profs (« Vous êtes pas foutu de les garder en classe et de les faire bosser ?  »), et puis, pour compléter le spectacle d’intimidation, l’un des élèves bloqueurs, un peu plus récalcitrant que les autres, se fait tabasser devant tout le monde, pour l’exemple, àterre, histoire de joindre le geste àla parole.

Le clou symbolique du spectacle se passe au moment du départ. Sous les yeux des flics (qui restent àdistance), le minable petit caïd, qui gère au mieux son territoire et son petit commerce (tout le monde sait qu’il deale dans la cité d’en face), après avoir fait place vide, retourne devant le proviseur et le CPE qui ont assisté àl’intégralité de la scène, leur serre la main, et leur tend un bout de papier avec son numéro de téléphone. Ils s’exécutent poliment, serrent la main tendue, prennent le bout de papier. « En cas de besoin, n’hésitez pas  ». Le préfet auto-proclamé repart alors avec ses nervis, et applaudit même les policiers (pas tant pour les féliciter que pour moquer leur « laxisme  »). Et chacun peut alors retourner àson travail, le proviseur àla direction de son lycée, où il espère que le calme est revenu durablement (quoi de mieux que de compter sur la peur réelle suscitée par cette intimidation réussie), le CPE àsa gestion de la répression (et après le blocus, il y aura àfaire…), et le petit commerçant àsa vente de came sur le trottoir d’en face, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ordonné.

Alors, quelle leçon tirer de cette fable tristement réelle ? D’habitude ces mécanismes se font plus discrets, ils sont moins explicites. Làtout est clair, au grand jour, sans scrupules. La terreur des dealers peut être plus efficace que l’autorité administrative et la menace policière. Plus économique aussi, et dans tous les sens du terme.Mais c’était sans compter sur la détermination lycéenne, et le blocus s’est poursuivi le lendemain, le jour suivant, et aujourd’hui encore. Un statu quo semble se maintenir, fruit d’un certain rapport de force sans doute. Les lycéens évitent àtout prix de bloquer la route, et ont intégré une partie des consignes du maintien de l’ordre « informel  » : plus de feux, plus de projectiles. La préfecture parallèle des dealers semble pour l’instant s’être résolue àaccepter la situation, àcondition qu’elle reste sans débordements pour le business (une bonne gestion est forcément pragmatique, même pour un proto-Etat).

Et voilàcomment, de partout, on intime àces adolescents, par la peur et la menace, de l’intérieur de l’institution comme de l’extérieur, le respect de cet ordre minable. Voilàcomment la force de la légalité s’associe àla menace du petit commerce illégal pour leur apprendre que, décidément, chacun doit rester àsa place. « Force doit rester àla loi  » (et d’où qu’elle vienne). Mais la puissance appartient àcelles et ceux qui se soulèvent.

Contre toute forme de maintien de l’ordre.

Mardi 4 décembre, Noisy-le-sec,
Une prof du 93.




[1Les Équipes Mobiles de Sécurité sont un corps de vigiles dépendant des rectorats académiques, organisés en brigades volantes postées pour être prêtes àintervenir rapidement dans les endroits considérés comme « chauds  » (blocages, bagarres, etc.). Leur mission est répressive, mais aussi supposément éducative, en tous les cas, aussi éducative qu’un coup de gazeuse précédé de trois insultes et d’un coup de coude, et suivi d’un conseil de discipline. Ils sont gérés par un partenariat entre le ministère de l’intérieur et le ministère de l’éducation nationale. Leur création par Sarkozy en 2009 dans le cadre du plan de sécurisation des établissements scolaires, a déclenché une hostilité assez générale chez les profs et a été dénoncée par quasi tous les syndicats, et aujourd’hui ils interviennent au moindre blocage, sans aucune contestation audible. La bonne nouvelle, s’il faut en trouver une, c’est que le nombre actuel de blocage les déborde, la mauvaise, c’est qu’ils risquent assez probablement de voir leurs effectifs renforcés. Ils sont àl’éducation nationale ce que les ERIS sont àl’administration pénitentiaire.

valence, France La domination policière, une violence industrielle( mise à jour)

Publié le 2018-12-07 18:40:04

radio france bleu Drome Ardèche

l’appel à manifester  devant les grilles  du lycées Algoud- Laffemas  à 8 heures du matin C’est une matinée difficile qui s’est déroulée dans le quartier Briffaut à Valence. Vers 8h30, environ 300 lycéens -certains venus en renfort des lycées valentinois IND et Camille Vernet- se sont rassemblés devant le lycée Algoud-Laffemas. Certains ont incendié plusieurs poubelles, d’autres ont caillassé un bus et tenté d’incendier la caméra de vidéo surveillance, d’autres encore ont lancé des pierres sur les policiers.

Deux jeunes manifestants blessés

Mouvement des lycéens à Valence, échauffourées près du lycée Laffemas. Le DL / Fabrice Anterion

Les forces de l’ordre ont alors utilisé à plusieurs reprises du gaz lacrymogène pour disperser les jeunes. La police confirme également plusieurs tirs de flash-ball.

dauphiné libéré 07/12/2018 à 17:00

Mouvement des lycéens à Valence, échauffourées près du lycée Laffemas. Le DL / Fabrice Anterion

Lors des échauffourées, un jeune a été blessé au cuir chevelu, vraisemblablement par une pierre jetée par un de ses copains. Il avait la tête en sang, ce qui a impressionné les témoins de la scène mais la blessure est superficielle. Un autre jeune s’est brûlé la main en tentant de ramasser une grenade lacrymogène. CInq jeunes à l’origine de violences ou de dégradations ont été interpellés.

. Certains manifestants se réfugient à l’IUT pour fuir les forces de l’ordre. Les étudiants présents dans la cour leur reprochent leur attitude et la violence de leurs actions. C’est à ce moment-là qu’un étudiant de première année a reçu un coup de couteau dans le dos.

 

reformulation à partir de la presse locale

Des camarades ont été surpris d’entendre dans le centre ville un petit groupe de manifestant-e-s contre parcoursup et contre  la réforme du bac , ceux-ci malgré le nombre ont réussi d’atteindre les boulevards juste à côté du « marché de noël » sans que la police puisse intervenir .pour empêcher les joyeux manifestant -e-s. qui pouvaient perturber la vitrine municipale ( marché de Noël

Note à 23h20 aucune nouvelle des 5 gardés à vue au comico de valence.

 

 

Blocage des lycées : après une semaine, le bordel ne fait que commencer

Publié le 2018-12-08 12:08:04

Vendredi 7 décembre

De la colère à la rage

A Nantes, le 6 décembre

Le Parisien / vendredi 7 décembre 2018

Moins d’une semaine après son lancement, le mouvement lycéen a basculé dans une violence qui s’est encore amplifiée jeudi. A Mantes-la-Jolie (Yvelines), 151 jeunes ont été interpellés. Dans le Nord, ce sont 47 lycéens qui ont été arrêtés tandis qu’à Toulouse (Haute-Garonne), des policiers ont été pris pour cible dans des affrontements avec les jeunes.

« On se prend des gaz lacrymogènes pour un oui ou pour un non, lance Romain, 16 ans, scolarisé au lycée Dorian à Paris. Sur les réseaux sociaux, on voit des vidéos où des jeunes se font viser sans raison par la police. Forcément, ça nous tend. » « Au début, j’avais peur quand j’ai commencé à voir que des lycéens avaient été blessés, poursuit Bastien, élève de terminale dans le Val-de-Marne venu manifester avec les étudiants jeudi à Paris. Maintenant, je suis surtout en colère. » […]
Selon une note de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) que le Parisien a pu consulter, « le mouvement [lycéen] semble, à l’instar de celui des Gilets jaunes, éclipsé par des actes de plus en plus violents de guérilla urbaine ».
Dans les rangs des manifestants, on rejette la faute sur les forces de l’ordre et le gouvernement. « Il y a une répression policière exceptionnelle. On avait de la colère, mais là on va avoir la rage », lance le président de l’organisation lycéenne l’UNL, Louis Boyard, qui redoute « des morts » si la tension ne retombe pas. […]

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Hauts-de-Seine : Heurts et dégradations dans une quinzaine de lycées

Le Parisien / vendredi 7 décembre 2018

[…] En milieu de matinée, une quinzaine d’établissements était déjà touchée par les blocages, feux de poubelles et de voitures, jets de projectiles… Et six personnes ont déjà été arrêtées.

A Villeneuve-la-Garenne, les fauteurs de trouble ont d’abord agi devant le lycée Michel-Ange avant de rejoindre le commissariat pour tenter d’y enflammer trois conteneurs à ordures et s’en prendre à une voiture de police. Ils étaient une quinzaine et se sont déplacés avec pierres et bâtons. Deux heures plus tôt, vers 8 heures, le lycée avait été bloqué avant qu’une voiture ne soit incendiée et des poubelles enflammées. L’établissement a été fermé.

A Clichy, le lycée René-Auffray a été fermé. La veille, plusieurs voitures ont brûlé devant les établissements René-Auffray et Newton.

A Saint-Cloud, où la tension a été vive jeudi, avec l’interpellation de douze jeunes gens, deux cents personnes se sont rassemblées devant le lycée Alexandre-Dumas. Certaines sont encagoulées et les projectiles fusent.

A Sceaux, le lycée professionnel Florian a été le théâtre de départs de feux au deuxième étage du bâtiment. En conséquence, l’établissement a été évacué.

A Malakoff, après des incendies de poubelles vers 8 h 20 devant le lycée Louis-Girard, un cyclomotoriste a été agressé, renversé et frappé. Et une trentaine de casseurs s’en sont pris à un autobus de la ligne 191. Le caillassage n’a pas fait de blessés mais les vitres du bus ont été brisées. Le trajet de l’autobus est dévié.

Incidents et heurts perturbent également des établissements de Gennevilliers, Antony, Bagneux, Meudon, Vanves, Montrouge et Le Plessis-Robinson.

Par ailleurs, tandis que les forces de l’ordre interviennent devant les établissements perturbés, un groupe de policiers a été accueilli par des jets de projectiles alors qu’ils allaient porter secours à une jeune femme qui aurait fait un malaise, à la gare Chemin d’Antony. Des policiers ont été poussés sur les voies du RER. Le trafic a été interrompu.

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Nantes : Affrontements

extrait de France 3 / vendredi 7 décembre 2018

La tension n’est pas retombée à Nantes où des affrontements ont eu lieu ce vendredi matin entre des jeunes et les forces de l’ordre. Les incidents se sont produits autour du lycée Mandela sur l’île de Nantes et autour du lycée de la Chauvinière dans les quartiers nord. Des manifestants ont incendié des poubelles, détruit du mobilier urbain et jeté des pierres et autres projectiles sur les policiers qui ont riposté à coups de grenades lacrymogènes.

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Nantes : L’élu se fait tabasser

extrait de 20 Minutes / vendredi 7 décembre 2018

Jérôme Alemany, conseiller départemental (PS) de Loire-Atlantique, a été frappé par plusieurs individus ce vendredi matin à proximité du lycée Nelson-Mandela, sur l’île de Nantes. L’agression est survenue alors que l’élu, salarié du bailleur social Habitat 44, se rendait à son travail, quartier Beaulieu, au moment même où s’organisait une manifestation lycéenne. « C’était hyper électrique. On a vu des individus, probablement pas des lycéens, qui commençaient à retourner une voiture. On a essayé de les raisonner mais ils s’en sont pris à nous. » Jérôme Alemany a reçu plusieurs coups au visage. Le directeur d’Habitat 44, Jean-Noël Frexinos, a également été violenté. Lui souffre d’une plaie à l’arcade, en plus de divers hématomes. Tous deux ont déposé plainte, après des examens au CHU.

Jerôme Alemany, martyr du PS…

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Seine-Saint-Denis : Incendies, une voiture-bélier… la fête continue !

extraits du Parisien / vendredi 7 décembre 2018

La mobilisation concerne quasiment l’ensemble des lycées de Seine-Saint-Denis. Ce vendredi, des rassemblements ont eu lieu dans 55 des 66 établissements du département. La préfecture a recensé, dix voitures incendiées, dix autres retournées et 36 feux de poubelles. 63 personnes ont été interpellées dont une quarantaine ont été placées en garde à vue.

« Le mouvement ne s’est pas étendu mais nous déplorons une intensification de la violence avec une tentative d’intrusion à la voiture-bélier à Aubervilliers », a souligné le rectorat.

Dans cette commune, depuis le début, les violences sont toujours conséquentes. Une voiture-bélier a été lancée contre les grilles du parking du lycée Jean-Pierre-Timbaud, sans réussir à pénétrer. Devant la cité scolaire du lycée d’Alembert et du collège Diderot, plusieurs foyers d’incendie fumaient encore en fin de matinée. Une voiture a été retournée. « Ils ont répandu de l’essence sur la porte en PVC du lycée », indique un témoin. Jusqu’à présent ce lycée de centre-ville avait été épargné. « Ceux qui ont fait ça ne sont pas de chez nous », affirme un employé. Les élèves ont été priés de rester chez eux.

A La Courneuve, trois lycéens de Denis Papin ont été interpellés en possession de cocktails Molotov. Ils sont âgés de 16 et 17 ans.

Le climat a aussi été très tendu à Aulnay, Neuilly-sur-Marne ou encore Villemomble. Dans cette dernière commune, deux véhicules ont été incendiés dans une rue proche du lycée Clemenceau. « Les manifestants se sont dirigés vers Gagny et Neuilly-sur-Marne et ont tenté d’ériger une barricade dans le quartier des Fauvettes », indique une source proche du dossier. Cette opération s’est soldée par 23 gardes à vue « sur la base d’un groupement formé en vue de la préparation de violences et de dégradations ». Les supérettes voisines, Lidl et Super U ont préféré fermer durant toute la matinée avant de rouvrir leurs portes en milieu d’après-midi.

A Montreuil, la mobilisation s’est traduite par des barricades et des blocus. Une vingtaine de lycéens se sont réunis sur les marches de la mairie. En signe de solidarité avec les lycéens ont de Mantes-la-Jolie, ils ont posé un genou à terre puis une centaine d’élèves a défilé en centre-ville.

Devant le lycée Le Corbusier à Aubervilliers, le 7 12 2018

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Dans l’Essonne ça continue à chauffer

Le Parisien / vendredi 7 décembre 2018

[…]Ce vendredi, plusieurs lycées ont été bloqués. A Talma, à Brunoy, les élèves souhaitant assister aux cours ont pu entrer dans les locaux jusqu’à 8h42. Après, de jeunes manifestants ont condamné l’accès au lycée.

A Montgeron, devant Rosa-Parks, les policiers casqués ont dispersé les lycéens venus bloquer l’établissement. Même scènes devant le lycée professionnel des frères Moreau de Quincy-sous-Sénart, où une poubelle a été incendiée peu avant 8 heures. Les forces de l’ordre ont dû faire l’usage de gaz lacrymogène pour disperser les jeunes.

A Savigny-sur-Orge, devant le lycée Jean-Baptiste Corot une poubelle a également été détruite pour les flammes en marge des manifestations. Là aussi, les policiers équipés en tenue de maintien de l’ordre sont intervenus.

A Massy, des élèves du lycée Parc de Vilgénis ont bloqué l’établissement à deux reprises. Les forces de l’ordre ont ici aussi fait usage de gaz lacrymogène.

Devant le lycée Albert-Einstein de Saint-Geneviève-des-Bois, une voiture a été incendiée et le calme est rapidement revenu. […]

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Val d’Oise : Un voiture incendiée à Sarcelles

Le Parisien / vendredi 7 décembre 2018

Nouvelle journée de mobilisation aux abords des lycées du Val-d’Oise. Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans la matinée, notamment au lycée Jules-Verne de Cergy, de Pissarro à Pontoise, de Van-Gogh à Ermont.

Des débordements ont eu lieu à Sarcelles, aux abords du lycée de la Tourelle. Une voiture a été incendiée. La foule a été en partie dispersée.

A Vauréal, un blocus pacifique a été mis en place ce vendredi matin, comme jeudi et lundi. L’entrée de l’établissement est bloquée, mais dans une ambiance plutôt bon enfant.
Un rassemblement s’est aussi déroulé dans le calme à Taverny.
Une manifestation a également été organisée dans la matinée devant l’Institut de formation par alternance (Ifa) Chauvin, à Osny.

A Sarcelles, 7 décembre

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Val-de-Marne : Violences urbaines, pillages et les flics ne savent plus où donner de la tête

extraits du Parisien / vendredi 7 décembre 2018

Les grenades lacrymogènes fusent et croisent les tirs de flash-ball envoyés tous azimuts par les forces de l’ordre au milieu de près de 250 lycéens. Comme à Créteil, Thiais ou Saint-Maur ce vendredi matin, le blocus du lycée Pablo-Picasso à Fontenay a tourné à l’émeute après que « des casseurs » se sont mêlés aux élèves [pourquoi, ça ne put pas être tout simplement des lycéens qui en ont marre des conneries démocratiques? NdAtt.] mobilisés contre la réforme. Après une semaine de blocus dans les lycées du Val-de-Marne, le mouvement qui avait débuté dans le calme à Fontenay s’étend ce vendredi à tout le département. Mais surtout prend une forme assez inédite de violences urbaines qui contamine les établissements sans réelle logique et va jusqu’à des pillages dans des magasins à Fresnes.
D’un jour à l’autre, ce ne sont pas forcément les mêmes lycées qui sont bloqués. Un phénomène particulièrement déstabilisant pour le rectorat de Créteil mais aussi pour les forces de l’ordre.  […]

Devant le lycée Gutenberg à Créteil 7 12 2018

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Le Mans : Dégradations au lycée Yourcenar

Ouest-France / vendredi 7 décembre 2018

Des établissements sont partiellement bloqués, ce vendredi 7 décembre. La mobilisation est moins importante. Plutôt calme en début de matinée, l’atmosphère se tend. Les premières dégradations sont intervenues vers 10 h 30. Les groupes de manifestants sont désormais en centre-ville. Le dispositif policier a été renforcé par rapport à jeudi. […]
Il y aurait une quinzaine de policiers en plus à patrouiller en ville. Le groupe de manifestants a commencé la journée aux abords du lycée Touchard, place Washington, avant de se rendre au lycée Yourcenar, près de la gare, puis devant le lycée Montesquieu, dans le centre-ville.
[…] Un groupe de 300 personnes, souvent le visage caché, est désormais dans le centre-ville. La situation est tendue. Des manifestants courent. Les commerçants sont inquiets sur leur pas-de-porte. Le trafic des tramways a été interrompu brièvement. Le service des bus a lui aussi été perturbé, dans la matinée.
Une porte vitrée a été brisée au lycée Yourcenar. Un acte qui ne fait pas l’unanimité parmi les jeunes manifestants. Une marche sur le centre-ville demeure envisagée.

Une porte du lycée Yourcenar au Mans

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Lyon : Projectiles contre lacrymos

extraits de 20 Minutes / vendredi 7 décembre 2018

Jets de projectiles et gaz lacrymogène. La mobilisation des lycéens, rejoints par des étudiants et des professeurs ce vendredi matin à Lyon, a déjà donné lieu à de multiples tensions entre certains manifestants et les forces de l’ordre.
Dès 8 heures, des centaines de lycéens se sont rassemblées aux Terreaux, en Presqu’Ile, ou encore devant le lycée Ampère. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène à plusieurs reprises pour disperser la foule de jeunes, selon des témoins de la scène. […]
Après le départ du cortège, composée de plus de 3.000 personnes, la situation s’est de nouveau rapidement tendue avec les nombreuses forces de l’ordre mobilisées sur la manifestation. Un hélicoptère survole également le centre-ville ce vendredi matin.
Plusieurs jets de pierres, tirés par une partie des manifestants, ont visé les CRS, qui ont de nouveau riposté avec des gaz lacrymogènes, notamment sur le cours Gambetta. […]
Depuis mardi, 66 personnes ont été interpellées dans la métropole, selon la police lyonnaise, en marge des manifestations lycéennes. Trente-sept jeunes ont été ou doivent être présentés au parquet dans les prochaines heures […].

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Grenoble : Le rififi commence tôt

extraits de France 3 / vendredi 7 décembre 2018

La journée de mobilisation des lycéens contre Parcoursup, la réforme du bac et les classes surchargées notamment a tout de suite été perturbée par des débordements dans certains lycées. Le feu a été mis a plusieurs poubelles devant les lycées Mounier, Vaucanson et André Argouges à Grenoble et Pablo Neruda à Saint-Martin-d’Hères. […]
Des débordements ont lieu depuis 14 h 30 cours Jean Jaurès. Des vitres ont été brisée et des palettes ont été incendiées sur les voies du tram au niveau de l’arrêt Alsace-Lorraine. La situation est très tendue dans le secteur. Les CRS sont sur place et font usage de gaz lacrymogène pour repousser les manifestants.
À 18 heures, la police a effectué neuf interpellations tout au long de la journée pour des violences et tentative d’incendie volontaire principalement.

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Compiègne (Oise) : Caillassage de flics et abribus en miettes

extraits du Parisien / vendredi 7 décembre 2018

[…] Le mouvement des lycéens compiègnois se déroule dans un climat tendu ce vendredi.
Tôt ce matin, la situation n’a pas tardé à dégénérer aux abords des lycées, qui n’avaient pas fait l’objet d’une fermeture ce vendredi. Avenue de Huy, devant le lycée Mireille-Grenet, les policiers ont chargé à 8 h 30 une centaine de lycéens (400 selon les forces de l’ordre) qui bloquait l’entrée de l’établissement. Vers 9 heures, l’avenue avait retrouvé son calme.
A 10 heures, CRS et lycéens se faisaient toujours face, aux abords du rond-point du boulevard des Etats-Unis. Non loin de là, les élèves du lycée privé Jean-Paull II étaient confinés dans les locaux. Vers 11 heures, quelque 150 manifestants se sont retrouvés sur le parking du centre des rencontres de la Victoire, avant de prendre la direction du centre-ville.
Plusieurs abribus, ainsi que des panneaux publicitaires ont été dégradés, notamment rue Saint-Joseph. Dans le centre-ville, plusieurs commerces ont baissé le rideau pendant le passage des lycéens. Un jeune homme a été interpellé à la suite de jets de projectiles.
Peu avant 12 heures, seule une poignée de manifestants continuaient à faire face aux forces de police et de gendarmerie, devant la gare et sur le pont Solférino. D’autres sont parvenus à investir les voies. La circulation, qui a été interrompue en gare de Compiègne à cause de la présence de manifestants, a été rétablie.

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Lille : Lycéens et flics jouent au chat et à la souris

extraits de La Vois du Nord / vendredi 7 décembre 2018

Il est bientôt midi, ce vendredi matin, rue de Béthune à Lille, et les boutiques ferment leur portes, certaines baissant même le rideau métallique. Venus de la place de la République, environ cinq cents lycéens déboulent dans la grande artère piétonne, talonnés par les policiers. Ceux-ci viennent de faire évacuer République, où s’étaient rassemblés vers 11 h des élèves venus notamment de Carnot, Montebello, Fénelon et des établissements de la métropole lilloise, comme la veille. Très vite, la tension est montée notamment autour de la fontaine. Les policiers ont chargé à plusieurs reprises, recevant à nouveau des pétards et pavés. Il n’y a pas eu de blessés mais plusieurs interpellations. […]

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Jeudi 6 décembre

Mantes-la-Guantanamo ? Les flics se vengent en arrêtant tout le monde

Le Parisien / jeudi 6 décembre 2018

Les autorités ont décidé de mettre les moyens pour couper l’herbe sous le pied des fauteurs de troubles. Ce jeudi matin, au lendemain d’une journée particulièrement violente en marge du mouvement lycéen à Mantes-la-Jolie, les policiers sont intervenus en nombre. Dès 7 heures, ils étaient mobilisés pour empêcher l’installation de barrières aux abords des lycées et éviter que le blocage du lycée Jean-Rostand dégénère. Ils ont procédé à des arrestations massives : au total, 151 personnes ont été interpellées dans la matinée pour « participation à un attroupement violent ». […]

Parmi ces personnes interpellées, le plus jeune est âgé de seulement 12 ans. Certains d’entre eux ont été pris en flagrant délit, alors qu’ils déposaient des barrières. Les forces de l’ordre sont parvenues à les encercler, avant de les diriger vers la cour de l’Agora, la maison des associations située face au lycée Saint-Exupéry. Assis au sol et sous bonne garde, ils ont attendu d’être répartis dans les différents commissariats du secteur. D’autres ont été interpellés après avoir été identifiés par les enquêteurs à la suite des violences et dégradations commises ces derniers jours. […]

Dans le même temps, des incidents similaires se sont déroulés près des lycées Saint-Exupéry et Rostand de Mantes-la-Jolie où certaines voies ont été barrées à l’aide de poubelles incendiées. Une voiture a été brûlée à l’entrée de la cité du Val-Fourré et une autre devant « Saint Ex » […]

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Marseille : Les lycéens sillonnent la ville, les poubelles crament et les magasins… auraient mieux fait de fermer !

extraits de France Info / jeudi 6 décembre 2018

[…] Devant l’inspection académique, boulevard Charles Nedelec, des poubelles ont été brûlées. De l’autre côté de la gare, devant le lycée Victor Hugo fermé pour des raisons de sécurité, des voitures ont été retournées et brûlées. Cet événement a eu lieu à la suite d’affrontements entre des jeunes manifestants et des forces de l’ordre. Jets de cailloux contre bombes lacrymogènes. Selon un témoin, les forces de l’ordre auraient également fait usage de flashball. Une course-poursuite s’est engagée dans les rues aux abords de la gare Saint-Charles. La gare SNCF qui a été fermée en fin de matinée, à la suite d’une tentative de vandalisme. La police est intervenue, notamment à l’intérieur du McDonald’s de la gare. […]

Le risque était connu, les commerçants avaient reçu la consigne de fermer leur rideau au moment du passage de la manifestation des lycéens. Des individus se sont infiltrés parmi les lycéens. Au moment du passage devant les allées Provençales, plusieurs personnes ont envahi le magasin Micromania et se sont emparés d’au moins une console de jeux, rapporte notre confrère de France Bleu Provence. […]

A Villeneuve-lès-Avignon, des poubelles ont été brûlées et une voiture de la BAC a été caillassée par des individus devant le lycée René-Char. Des forces de l’ordre sont arrivés en renfort et sont actuellement posté devant le lycée. […]

Les lycéens de Périer ont bloqué l’entrée de l’établissement avec des poubelles ce matin. Ils étaient rassemblés devant le lycée et des individus extérieurs sont venus brûler des poubelles.

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Marseille : Virée au McDo

La Provence / jeudi 6 décembre 2018

Aux alentours de 11h ce matin, plusieurs individus sont entrés dans la gare Saint-Charles, alors qu’un rassemblement lycéen et étudiant était prévu au même moment à la faculté, située à proximité. Ils s’en sont pris au McDonald’s, désormais fermé, ainsi qu’à plusieurs autres vitrines. Des échauffourées ont aussi éclaté aux alentours de l’université.Repoussés par les forces de l’ordre, les auteurs se sont ensuite dispersés dans les rues alentours tandis que la manifestation se scindait en deux groupes. Les accès à la gare Saint-Charles ont été en partie bouclés et le métro fermé. Plusieurs barricades et feux de poubelles ont par ailleurs été signalés ce matin dans des lycées du Sud, du centre et du Nord de Marseille nécessitant l’intervention des policiers.

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Marseille – Business is business : flics et commerçants (illégaux), même combat

20 Minutes / jeudi 6 décembre 2018

[…] Le plus gros établissement des quartiers Nord de Marseille est bloqué depuis le début de la semaine. A plusieurs reprises, des jeunes du quartier, pas forcément scolarisés dans l’établissement, ont joué au chat et à la souris avec la police. Ce mercredi matin, la situation a brusquement dégénéré, racontent les témoins. « Vers 11 heures, un type s’est pointé, il a gueulé dans tous les sens, mais personne ne l’a vraiment écouté, reprend Hamza, auprès de 20 Minutes. Ça a dû le vexer : ils sont revenus à 20 ou 30 et ils ont tiré avec des Paintball. On était couverts de peinture jaune, la façade est refaite ! » Profs et élèves se sont réfugiés à l’intérieur de l’établissement. Et le lycée est carrément fermé ce jeudi. « C’est un premier avertissement. La prochaine fois, ce ne sera pas de la peinture » : voilà, en substance, les menaces qu’auraient proférées les trafiquants. Selon les habitants du quartier, ils venaient de la cité voisine de Campagne-Lévêque, un des plus gros « plans stups » des quartiers Nord. L’agitation lycéenne a sans doute perturbé leurs affaires… […]

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Toulouse : Les journaleux ne sont pas les bienvenus

Le Parisien / jeudi 6 décembre 2018

La quatrième journée de mobilisation à Toulouse connaît un regain de tension ce jeudi. Outre le blocage d’établissements, un policier a été légèrement blessé lors d’une manifestation, et des journalistes ont fait état d’agressions à leur encontre.
« Environ 1830 lycéens » se sont mobilisés sur l’ensemble du département avec une vingtaine d’établissements concernés, a indiqué la préfecture de la Haute-Garonne, précisant que deux lycées étaient bloqués.
Par ailleurs, quelque 300 manifestants ont participé à une marche à Toulouse au cours de laquelle les forces de l’ordre ont essuyé des « tirs de projectiles », selon la même source. Des poubelles ont également été incendiées et du mobilier urbain a été dégradé, a-t-elle ajouté. Sur Twitter, des journalistes de La Dépêche du Midi ont partagé des photos de leur matériel cassé, et l’une d’entre elle dit avoir été prise à partie par des manifestants.

Quand le journaliste est trop curieux…

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Drôme : Poubelles et voitures en feu

France Bleu / jeudi 6 décembre 2018

[…] A Montélimar, ils étaient une centaine de jeunes devant le lycée Alain Borne ce jeudi matin, certains cagoulés, et pour la plupart extérieurs à l’établissement. Une petite voiture, une Smart, a été déplacée et renversée sur le côté, et un conteneur à déchets a été incendié. Une pierre a également été lancée en direction des forces de l’ordre présentes. Celles-ci ont dû charger par deux fois pour disperser les manifestants.
C’est dans l’après-midi que deux lycéens des Catalins ont été interpellés et placés en garde à vue. En se basant sur la vidéosurveillance, la police a identifié un jeune de 15 ans, une pierre à la main pendant le face-à-face avec les forces de l’ordre. Sur une autre vidéo, le second de 16 ans est entrain de jeter une pierre, sans que l’on connaisse sa cible. Il porte aussi une bouteille en plastique, qui sera retrouvée par la suite, contenant de l’acide. Une cagoule est également retrouvée dans ses affaires.

A Pierrelatte, c’est devant le lycée Gustave Jaume qu’ont manifesté jusqu’à 200 lycéens. Comme à Montélimar, les pompiers sont intervenus : deux conteneurs ont été incendiés en fin de matinée, puis un véhicule brûlé en partie, dans l’après-midi, dans une rue proche du lycée. La vitre arrière a été brisée, et un engin incendiaire lancé à l’intérieur.
Une lycéenne de Gustave Jaume est blessée. Celle-ci s’est rendue à l’infirmerie de l’établissement et a expliqué s’être fait rouler sur le pied, sur le parking. Elle a une fracture à la cheville, une enquête est ouverte.

Parmi les lycées drômois devant lesquels des manifestations ont eu lieu, plus de 200 jeunes se sont rassemblés à Saint-Vallier devant le lycée professionnel Henri Laurens, une petite centaine à Nyons, au lycée Roumanille.

En Ardèche, une dizaine de lycéens se sont mobilisés à Privas, devant le lycée Vincent d’Indy, tandis que près de 200 lycéens d’Aubenas ont rejoint sur les rond-points les rassemblements de gilets jaunes.

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Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) : Deux lycéens en GAV pour un feu de voitures

La République de Seine-et-Marne / jeudi 6 décembre 2018

Ce jeudi 6 décembre, dans la matinée, deux voitures ont brûlé près du lycée André-Malraux, dans le quartier de Surville, à Montereau-Fault-Yonne, pendant les manifestations lycéennes. Les pompiers sont intervenus et l’incendie était circonscrit vers 11 heures. Les véhicules sinistrés – une Peugeot 306 et une Ford Fiesta – appartiennent à deux riverains. Une vitre de l’un d’eux a été cassée avant la projection d’une bouteille remplie d’essence enflammée dans l’habitacle.
Grâce à la vidéosurveillance, les deux auteurs ont été filmé en train d’acheter du carburant pour 1 €. Les policiers, qui surveillaient les caméras, les ont interpellé rue Anatole-France.
Il s’agit de deux lycéens de 16 ans, scolarisés à Malraux. L’un d’eux est déjà connu des service de police pour des violences récurrentes, l’autre est un parfait inconnu de la justice.
Actuellement en garde à vue, les mineurs, qui étaient en possession de gants sentant encore l’essence, ont reconnu les faits. Ils devraient être prochainement déférés au parquet de Melun.

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Le Mans : Quand la manif passe devant Lacoste c’est Noël avant l’heure

Ouest-France / jeudi 6 décembre 2018

En marge de la manifestation des lycéens, le magasin Lacoste du centre-ville du Mans a été littéralement dévalisé, ce jeudi 6 décembre. Environ trente individus se sont emparés des vêtements jusqu’au fond de la boutique.
« Je ne pensais pas qu’on allait se bagarrer, déplore Maé, une vendeuse de la boutique Lacoste dans le quartier Saint-Nicolas au Mans, ce jeudi 6 décembre.  Je faisais le ménage quand ils sont entrés. Ils m’ont jeté le seau et je les ai accueillis avec le balai. Ils étaient une trentaine ».
Ce vol de grande envergure s’est produit ce jeudi matin sous les yeux ébahis des badauds et de riverains du centre-ville du Mans. En marge de la manifestation des lycéens. « J’ai vu des gars ressortir de la boutique avec des tee-shirts et des polos en les brandissant dans la rue comme des trophées. J’ai eu peur. Alors je me suis carapaté », raconte un témoin de la scène.
« Comme on ne s’est pas laissé faire, au final, ils ont lâché deux ou trois vêtements et les policiers m’en ont rapporté un », précise la vendeuse. Pour l’instant, selon le gérant du magasin, il est encore trop tôt pour évaluer le nombre d’articles dérobés.
Même scénario de désolation au Monoprix de la place de la République. Une trentaine de personnes masqués de foulards, cagoules et bonnets sont entrées vers 10 h 30. « Ils ont renversé des étagères au rayon parfumerie et maquillage au rez-de-chaussée, explique Héléna Melnikova, la directrice.  Il y a pas mal de dégâts. Nos clients ont aussi été confrontés à cette violence. C’est ce qui nous désole le plus. » Le magasin est toujours fermé, à 15 h, « jusqu’à nouvel ordre », indique une affichette. Les bandes de vidéosurveillance vont être transmises à la police. […]

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Clermont-Ferrand : Caillassages de flics

La Montagne / jeudi 6 décembre 2018

[…] A Riom, c’est un adolescent de 17 ans qui a été arrêté vers 8 h 45, avenue de Clermont, près du lycée Virlogeux, alors qu’il tentait de mettre le feu à une poubelle. Laissé libre à l’issue de sa garde à vue, il fera l’objet d’une composition pénale.

A Clermont, où le face-à-face entre les jeunes manifestants et les policiers s’est tendu à plusieurs reprises au fil de la matinée, quatre mineurs ont été interpellés et placés en garde à vue, où ils se trouvent toujours, ce jeudi soir.

Le premier, âgé de 14 ans, est suspecté d’avoir lancé une pierre dans la vitre latérale d’un véhicule de la police municipale, vers 10 h 45, rue des Veillards, à deux pas du palais de justice clermontois. La conductrice a été touchée à la tempe par le projectile, tandis qu’une seconde policière municipale, passagère de la voiture, a été blessée à la main par des éclats de verre. Elles ont toutes les deux été prises en charge par les sapeurs-pompiers clermontois.

Les trois autres interpellations, concernant des mineurs de 17 ans, se sont déroulées à 11 h 16, 11 h 20 et 11 h 30, rues André-Moinier, Sidoine-Appolinaire et Jean-Richepin, en centre-ville, pour des jets de pierres sur les forces de l’ordre, une rébellion, ou encore la possession d’une bouteille de carburant vraisemblablement destinée à mettre le feu à des poubelles.

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Mercredi 5 décembre

Mantes-la-Jolie (Yvelines) : Lycéens VS flics 2-0 (et le journaflic se fait voler son outils de délation)

Le Parisien / mercredi 5 décembre 2018

[…] Plus inquiétant, plusieurs bouteilles de gaz ont été découvertes par les forces de l’ordre aux abords du lycée Jean-Rostand. Une douzaine de bonbonnes ont été volées chez des riverains et jetées dans des bennes à ordures incendiées, peu avant 10 heures. Si les flammes ont noirci certaines bouteilles, elles n’ont heureusement pas explosé.

Rue Fernand-Bodet, les riverains sont effarés par la situation aux abords du lycée Jean-Rostand, où une quarantaine d’individus cagoulés se sont retrouvés devant les grilles du Lycée dès 8 heures. Munis de bâtons et d’engins incendiaires, ils occupent la chaussée en rassemblant des poubelles pour les embraser. Face à eux, une horde de lycéens déterminés à en découdre. L’une des résidentes n’hésite pas à interpeller les jeunes. « Que vous ne soyez pas content et que vous manifestiez, d’accord. Mais ne vous en prenez pas à nos voitures qu’on a du mal à payer. Laissez-nous tranquille ! », lance la mère de famille en colère. Certains policiers ont même été la cible de cocktails molotov et de jets de pierres

[…] Quelques minutes plus tard, l’hésitation n’est plus de rigueur, tout le monde s’en va, poussé par le gaz lacrymogène, la charge des forces de l’ordre et l’arrestation musclée de deux jeunes à terre.

Dans la foulée, les affrontements reprennent de plus belle et se déplacent au Val-Fourré, dans une rue perpendiculaire à l’établissement, tout au bout de la rue Marcel-Fouque. Les forces de l’ordre font alors usage de gaz lacrymogène et de grenades pour disperser la cohorte de jeunes.

En tout début d’après-midi, deux voitures, dont une a été retournée sur le toit, finissent de brûler sur le parking aux abords de la patinoire. Pendant que des agents d’entretien débarrassent la voie du verre brisé, d’un feu de circulation arraché et d’un panneau de rue et de son poteau démontés, les exactions se poursuivent.

Autour du rond-point à proximité, des grappes de jeunes restent là, comme en alerte. Derrière la tour Vega, un groupe entasse des encombrants dans une benne à ordure et traverse le parking. Une poignée d’entre eux la pousse sur la route, avenue du Général-de-Gaulle, avant d’y mettre le feu devant l’arrêt de bus, pendant qu’une trentaine les regarde faire. Soudain, quelques uns s’en prennent à une jeune femme et lui assènent plusieurs coups au visage. Il faudra l’intervention d’automobilistes pour que cesse l’agression.

La tension semblait retomber dans l’après-midi, où aucun policier n’était d’ailleurs visible. En début de soirée, le quartier était toujours calme. Mais des appels circulent sur les réseaux sociaux pour maintenir les blocages et réitérer ces scènes de violence ces prochains jours.

Dans le secteur, cinq jeunes ont été interpellés et placés en garde à vue.

Ce mercredi matin, notre journaliste présente aux alentours du lycée a été agressée par plusieurs jeunes gens. L’un d’entre eux lui a arraché et volé son appareil photo.

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Essonne : Sortir des lycées, envahir les villes

Le Parisien / mercredi 5 décembre 2018

A Bondoufle comme à Brétigny-sur-Orge, plusieurs échauffourées ont éclaté devant les établissements scolaires, obligeant les forces de l’ordre à intervenir. […]
A Brétigny-sur-Orge, les forces de l’ordre ont également dû intervenir. Dès la matinée, près de 200 jeunes ont bloqué l’entrée du lycée Jean-Pierre-Timbaud. […] Là encore, des échauffourées ont éclaté, obligeant les forces de l’ordre à intervenir. Plusieurs poubelles, devant l’établissement mais aussi dans le centre-ville ont été incendiées. « Les jeunes se sont enfuis vers la gare », raconte une élève du lycée qui attendait de savoir si elle pouvait revenir en cours sans crainte.

Brétigny-sur-Orge, le 5 décembre

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Mardi 4 décembre

Essonne : un gendarme à l’hosto

Le Parisien / mardi 4 décembre 2018

Deuxième jour de tensions autour des lycées dans l’Essonne. Après un lundi de manifestations dans cinq lycées de l’Essonne, ce mardi des violences urbaines ont animé les mouvements. Notamment à Bondoufle et Ris-Orangis.

Dès lundi, une patrouille de gendarmerie avait été caillassée devant le lycée Truffaut de Bondoufle. Mais ce mardi, plus de cent manifestants ont jeté des bouteilles et des pavés sur les militaires. « Les manifestants de cet établissement ont été rejoints par d’autres qui sont arrivés en bus », indique une source proche du dossier.

Un gendarme a été gravement touché à la jambe. Un projectile l’a atteint au mollet, perforant le muscle jusqu’à l’os. Ce père de deux enfants a été conduit en urgence à l’hôpital. Il devrait déposer plainte. Un deuxième militaire, s’est, lui, blessé au genou lors d’une manœuvre. Quatre jeunes ont été interpellés.

A Evry, les policiers municipaux ont arrêté un mineur qui est suspecté d’avoir jeté des projectiles dans leur direction. Et à Ris-Orangis, la police nationale a placé en garde à vue trois personnes. Alors qu’ils intervenaient pour un feu de poubelle en pleine rue près du lycée Mendès-France, les agents ont été pris pour cible par les manifestants qui leur ont jeté divers objets. Deux garçons de 17 ans ont été arrêtés ainsi qu’une fille âgée de 18 ans.

A Bondoufle, le 4 décembre

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Marseille : Situation tendue et la CGT joue (comme d’hab’) les pompiers

extraits de France Info / mardi 4 décembre 2018

Selon le rectorat, 23 lycées de l’académie Aix-Marseille sont touchés par un blocage total ou partiel, ce mardi matin. Sur les 23 lycées concernés, 21 sont des lycées de Marseille.

Des objets brûlent devant le lycée Montgrand, situé place de la Préfecture. Des jeunes empêchent le camion de pompiers d’intervenir pour éteindre l’incendie. C’est une nouvelle fois le service d’ordre de la CGT qui intervient pour calmer les tensions, et sécuriser le camion de secours. […]

Près du lycée Périer, au 299 rue Paradis, des poubelles ont été incendiées sur la chaussée. Un jeune monte sur le camion des pompiers et s’amuse debout. Les CRS interviennent. […]

La situation est extrêmement tendue devant l’inspection académique où ont décidé de se réunir les lycéens en colère, face aux CRS sont présents. Les lycéens les plus excités ont brûlé des poubelles auparavant devant plusieurs établissements.
La CGT a décidé d’envoyer son service d’ordre pour servir de tampon entre les jeunes et les policiers.

 

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Mantes-la-Jolie (Yvelines) : Lycéens VS flics 1-0

Le Parisien / mardi 4 décembre 2018

Et soudain, les lycéens, qui fanfaronnaient gentiment devant leur établissement, se rassemblent en une masse compacte. Ils foncent sans prévenir sur les policiers, en poussant des hurlements. Il est 11 heures ce mardi matin devant le lycée Jean-Rostand de Mantes-la-Jolie quand le blocage de cet établissement se transforme en violences urbaines.

Plusieurs dizaines d’ados se ruent sur les forces de l’ordre en lançant des pavés, des cailloux. Un peu plus tôt, un portail avait été arraché pour alimenter le feu déclenché devant ce groupe scolaire d’un millier d’élèves.

Comme en début de matinée, où ils avaient déjà été chargés et l’un des leurs, blessé, les policiers répliquent par des grenades lacrymogènes qui dispersent rapidement la foule hostile et déchaînée. Mais les plus véhéments, rejoints par des élèves du lycée Saint-Exupéry voisin, se replient un peu plus loin et caillassent à nouveau les fonctionnaires.

Les riverains baissent leurs volets, ferment leurs portes. Au milieu des violences, cette scène surréaliste : un lycéen s’excuse d’avoir touché une maison alors qu’il visait la police.

Petit à petit, les policiers qui, depuis le matin, ont reçu pour consigne de ne répliquer qu’en cas d’extrême nécessité, regagnent du terrain et repoussent les assaillants. L’ambiance se calme, l’apaisement est de retour et la remarque raciste d’un policier de la Bac (« Toi pas parler Français ? ») contre deux lycéens qui s’étaient trompés de trottoir restera sans effet.

A la radio, certains entendent les commentaires de leurs collègues à Porcheville où le lycée Lavoisier a été le théâtre de scènes similaires quoique moins violentes. Des poubelles ont été brûlées et des feux allumés sur la route. Des forces de l’ordre ont également été visées par des projectiles. Une boulangerie a été la cible de certains élèves. Au lycée Camille-Claudel de Mantes-la-Ville, deux jeunes de 15 et 17 ans ont été interpellés pour des faits similaires. Une situation similaire a également touché le lycée Blériot de Trappes.

Au cœur des événements, les représentants de l’Etat s’inquiétaient que les violences lycéennes ne gagnent les quartiers populaires et ne les fassent basculer dans les émeutes.

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Les plus beaux blocus sont ceux qui s’enflamment – 3 et 4 décembre 2018

Sans Attendre Demain / mardi 4 décembre 2018

Depuis vendredi 30 novembre, de nombreux lycées sont bloqués un peu partout. Si certains jeunes tiennent à mettre des revendications derrière leurs actions (contre la « réforme du Bac », « Parcoursup » ou encore « le service national »), d’autres ont compris depuis bien longtemps que la révolte n’a pas besoin de revendications. Des manifs sauvages ont brisé la normalité dans de nombreuses villes de province, comme à Lille, Nantes, Dijon, Auxerre et Avallon (Yonne), Besançon, Limoges, Tours, Orléans, Noisy-le-Grand et Montreuil (Seine-Saint-Denis), Toulouse, Montauban, Saint-Raphaël (Var), Marseille…

Lundi 3 décembre, plus d’une centaine de lycées sont de nouveau bloqués dès 8h du nord au sud de l’Hexagone (188 précisément, d’après un décompte du ministère). A Aubervilliers, l’entrée du lycée J-P Timbaud, déjà ciblée par les flammes vendredi dernier (très vite éteinte par les pompiers), est incendiée à l’aide barricades de poubelles. Lors de la déambulation dans les rues, des poubelles et une voiture sont incendiées, des commerces, mobilier urbain et pubs attaqués, et une voiture de flics prise en chasse par des dizaines d’enragés perd une vitre… Les pompiers venus éteindre les incendies sont pourchassés à coups de caillasses. Dans le quartier des 4 Chemins, des magasins sont pillés et saccagés, comme un de téléphonie. Une riveraine raconte les scènes de pillages: « Tout le monde est rentré à l’intérieur et chacun se servait. Il y avait même des habitants du quartier qui sont descendus de chez eux avec des sacs, qui ont pris des choses et qui sont remontés […] » (Sud Radio, 04.12.2018)

Aubervilliers, 3 décembre

A Toulouse, plusieurs lycées ont aussi été bloqués. Des manifs ont été saccageuses au centre-ville: « Place Esquirol, une supérette a été prise pour cible par des pilleurs, […] qui n’ont eu le temps que de dérober des boissons. Un peu plus loin, c’est une boutique de sandwichs qui a essuyé quelques pertes alors que des voleurs venaient juste de s’introduire dans la boutique Lacoste du centre commercial Saint-Georges qui a d’ailleurs été momentanément fermée, par mesure de sécurité. Sur le Pont Neuf, vers 14 h 30, plusieurs dizaines de manifestants ont été repoussés en direction de Saint-Cyprien avant que certains d’entre eux parviennent à rejoindre la place du Capitole par le pont Saint-Pierre ». Des échaufourées ont eu lieu tout au long de l’après-midi, paralysant l’activité commerciale du centre.

Mardi matin, il y a eu des rassemblements spontanés devant au moins cinq lycées du Val-d’Oise, où des poubelles, des caddies ont été incendiés, selon la gendarmerie et la police. À Villiers-le-Bel, les forces de l’ordre ont reçu des « jets de projectiles ». Plusieurs lycées du Val-de-Marne sont également partiellement bloqués. Au lycée polyvalent de Cachan, dans le Val-de-Marne, une voiture a été incendiée en début de matinée. « La police a fait usage de gaz lacrymogène sur les lycéens qui étaient rassemblés devant l’établissement bloquant l’arrivée des pompiers », a précisé une source proche du dossier. Au moins 24 lycées de Toulouse et de Haute-Garonne sont touchés par des départs de feux, blocages ou échauffourées. A Blagnac, près de Toulouse, l’entrée et la façade du lycée professionnel Saint-Exupéry a brûlé. Pour le deuxième jour consécutif, les transports Tisséo de l’agglomération toulousaine sont à l’arrêt en raison des émeutes. C’est à Marseille que les lycéens sont le plus mobilisés: la ville compte 21 établissements perturbés, dont dix en blocage total. Au total, 23 lycées sont perturbés sur l’académie de Marseille-Aix-en-Provence.

Sur l’académie de Créteil, 32 établissements sont touchés en début de matinée, dont cinq bloqués totalement. Pour les autres, les lycéens contestataires ont installé des poubelles devant les grilles ou mis en place un barrage filtrant aux entrées. Les premières remontées obtenues auprès de quelques académies recensent un lycée perturbé à La Rochelle, un à Amiens, deux dans le Puy-de-Dôme et trois à Montpellier.

[Reformulé de la presse, 03 et 04.12.2018]

Lycée Saint-Exupéry de Blagnac, mardi 4 décembre

Un véhicule renversé près du lycée Raymond Naves à Toulouse

A proximité du lycée Dédodat-de-Séverac à Toulouse

Devant le lycée Raymond Naves, route d’Albi, à Toulouse

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Lundi 3 décembre

Montargis (Loiret) : Des magasins pris pour cible

La République du Centre / lundi 3 décembre 2018

Le rendez-vous était fixé ce lundi matin à 10 heures, au Pâtis. Des élèves des lycées en Forêt et Durzy de Montargis s’y sont effectivement retrouvés avant de partir vers le lycée professionnel Jeannette-Verdier pour tenter d’en faire sortir leurs camarades.
Plusieurs centaines de jeunes ont alors traversé les rues du centre-ville au pas de course. Mais « ils n’ont pas voulu laisser sortir les élèves de Verdier », témoigne une lycéenne, l’une des organisatrices de la manifestation de ce matin. « On a décidé de repartir vers le Pâtis. »

Déjà, pendant cette marche dans les rues de la ville, de petits incidents s’étaient produits. « Des jeunes, qui ne sont pas des lycéens, ont lancé des pétards », raconte la jeune fille. « Puis, un groupe s’est séparé et s’est dirigé vers le Leader Price. » Une cinquantaine de personnes, visages masqués, a alors fait irruption dans le magasin de la place Girodet, bousculé le directeur, et s’est emparée de nourriture : chips, bonbons, boissons… La porte d’entrée a également été brisée.
« Au Pâtis, il y a eu une prise de parole. On a appris que, pendant ce temps, un groupe était parti chez Micromania pour tout casser« , poursuit la lycéenne. Devant la boutique de jeux vidéo, qui était fermée, un lycéen s’est interposé pour faire cesser les violences. Il a été roué de coups. À l’intérieur, les employés du magasin préparaient l’ouverture de ce lundi après-midi. « Personne n’est entré et il n’y a pas de dégâts, à part la vitre cassée », expliquaient-ils, entre midi et deux. Mais « on a vu le jeune s’interposer et se faire frapper. »
Dans la rue Dorée, la tension est rapidement montée. La police est intervenue et a ramené les manifestants, lycéens et casseurs, vers la place Mirabeau dans un climat de tension extrême.
Jusqu’en début d’après-midi, des passants ont assisté à des altercations entre groupes de jeunes : rue Dorée, rue du Devidet… […]

Le Leader Price de Montargis

Nice : Blocage de la promenade à la maison d’arrêt

Publié le 2018-12-09 11:15:02

Nice-Matin / samedi 8 décembre 2018

Depuis 17 heures, ce samedi, près d’une centaine de détenus de la maison d’arrêt de Nice refusent de réintégrer leurs cellules et bloquent les cours de promenade.
A l’heure de regagner les cellules, après la promenade de l’après-midi, un blocage s’est constitué. Les détenus ont diverses revendications portant sur leurs conditions de vie en cellule ou encore le nombre de douches qu’ils peuvent prendre par semaine. À l’approche de fêtes, le contenu des colis de Noël auxquels ils ont droit a été la goutte d’eau. Selon nos informations, les détenus ne pourraient pas, pour la première fois cette année, avoir de viandes ou poissons cuits, foie gras ou autres produits festifs. […]

Après plus de quatre heures de blocage de la prison par les détenus ce samedi à Nice, l’équipe régionale d’intervention et de sécurité a pu arriver sur place et commencer la réintégration des détenus dans leur cellule. Peu après 21h30 samedi, tout se faisait dans le calme.

Fougères (Ille-et-Vilaine) : Du bon usage du silicone

Publié le 2018-12-09 11:15:06

Toutes les banques sabotées… et les Gilets jaunes prennent les distances

La Chronique Républicaine / samedi 8 décembre 2018

Les faits se sont déroulés cette nuit, entre vendredi 7 et samedi 8 décembre. A Fougères et Lécousse, les distributeurs automatiques de billets (DAB) de quasiment toutes les banques ont été endommagés. Les auteurs de ces actes de vandalisme ont utilisé du silicone pour obstruer l’entrée des cartes bancaires rendant les automates inutilisables. Les dispositifs 24h/24 des stations service du secteur ont également été visés et dégradés. Visiblement par les mêmes personnes car ils ont utilisé un procédé identique. Si le service 24h/24 fonctionnait à nouveau dans la matinée pour certaines stations essence, les DAB, eux, n’étaient pas réparés à midi.

Ces actes ont-ils un lien avec la grogne contre Emmanuel Macron ? Sont-ils le fait de Gilets jaunes plus virulents qui ceux qui défilaient sagement ce matin dans les rues de Fougères ? Ou de délinquants qui profitent du mouvement pour commettre leurs exactions ? Ou sont-ils tout simplement déconnectés de l’actualité ? Impossible à dire pour le moment. La police n’a pas souhaité faire de commentaires. Elle précise toutefois qu’une enquête est en cours.

Les Gilets jaunes ont réagi sur leur page Facebook :
« Les gilets jaunes de Fougères condamnent fortement ces actes non commis par les gilets jaunes. On entend déja des gens faisant l’amalgame avec nous. Nous y sommes pour rien et le condamnons »

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Les portes de la sous-préfecture condamnées aussi, mais deux personnes interpellées

La Chronique Républicaine / samedi 8 décembre 2018

Dans la nuit de vendredi 7 à samedi 8 décembre, des individus ont multiplié les dégradations dans Fougères. Quasiment tous les distributeurs automatiques de billets (DAB)  et les automates des stations-service de la ville ont été endommagés par du silicone.

Nous avons également appris que la sous-préfecture, avenue Mitterrand, a subi des dégradations au niveau des serrures de l’entrée principale, de l’entrée des personnels et de celle du public. L’interphone a également été vandalisé pendant la nuit. Les auteurs ont, comme pour les DAB et les stations essence, utilisé du silicone et de la colle.

Deux hommes ont été interpellés par les policiers de Fougères dans la journée de samedi 8 décembre. L’enquête ouverte par la police se poursuit.

Les Jaunes sont-ils eux aussi devenus nos amis ?

Publié le 2018-12-09 11:36:02

Indymedia Nantes / dimanche 9 décembre 2018

En plein mouvement des « gilets jaunes », ces deux dernières semaines ont vu émerger des émeutes, à Paris mais pas seulement, ainsi que divers sabotages. Dès lors, un certain nombre d’anarchistes se sont posés la question de l’intervention au sein de ce mouvement, de la même manière que, depuis toujours, ils interviennent au sein des différents mouvements sociaux. Cependant, si habituellement cette intervention semble aller de soi, il ne nous semble pas anodin qu’ici cela ne soit pas autant le cas et que la question fasse débat. Comme le signe que quelque chose sonne faux.

Les « gilets jaunes » ont commencé comme un mouvement plus ou moins poujadiste se basant sur l’annulation de la hausse des taxes, la baisse des « charges » patronales, etc. Depuis, la liste des revendications s’est allongée et force est de constater qu’elles versent majoritairement dans le populisme (l’une des revendications est « que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine »). Pour un mouvement qui se dit apolitique, une bonne partie de ses revendications est plutôt très à droite.

Le mouvement est, dans ses bases, intrinsèquement réactionnaire et ce n’est pas pour rien si lors des différents blocages et, de manière encore plus manifeste, pendant les émeutes, on a pu entendre la Marseillaise, voir des drapeaux nationalistes, gaullistes, royalistes, et autres bonnets phrygiens. De même, la couleur politique de certains soutiens « célèbres » dès les premières heures (Le Pen, Dupont-aignan, Wauquiez, Dieudonné, etc.) ne nous semble pas être anodine. Si l’on pourrait être tentée de regarder les mouvements révolutionnaires et insurrectionnels du passé pour se hasarder à des comparaisons avec ce qui se passe actuellement, il ne faut pas oublier qu’entre-temps le monde a bien changé. C’est ainsi une population gavée d’idées dégueulasses et de « fake news » qui se trouve aujourd’hui dans la rue. Tout cela crée un climat où, entre autres, le nationalisme, le racisme, l’(hétérocis)sexisme et le conspirationnisme ne sont jamais très loin. Ces formes de domination peuvent aussi être présentes dans les mouvements sociaux (et même dans nos milieux), mais elles sont ici beaucoup plus présentes, et ce de manière assumée.

Dès lors dans le cadre de la question qui se pose à propos de l’intervention anarchiste dans ce mouvement, nous nous demandons déjà (puisque certains ont commencé à y intervenir) pourquoi l’on devrait accepter la marque « gilet jaune ». Pourquoi en accepter et en avaliser les revendications « de base » (augmentation des taxes, etc.), et surtout, pourquoi en relayer la symbolique ?

Si des anarchistes portent le gilet jaune dans les émeutes, cela nous pose question, le font-elles dans un esprit de manipulation, pour se fondre dans la masse et faire croire qu’ils sont intégrées au reste des « gilets jaunes » ?

L’unité matérialisée par le fait que tout le monde porte ce gilet nous met mal à l’aise : encore une fois, comme une reproduction incessante du monde que l’on déteste, les individualités se trouvent effacées. Les spécificités et l’unicité de chaque individu sont gommées par un uniforme qui voudrait faire croire que les aspirations de tout un chacun se valent. Cette uniformisation n’a, en plus, qu’une valeur symbolique, et non pratique comme on peut le voir dans la « culture » anarchiste de l’émeute où elle sert à l’anonymisation pour éviter la répression.

La symbolique du « gilet jaune » n’est pas anodine, elle fait référence à l’obligation datant d’il y a quelques années d’avoir dans son véhicule un gilet jaune et un triangle de signalisation, qui avait déjà provoqué la grogne du conducteur moyen. A cette époque, celui-ci ne se préoccupait pas plus des luttes sociales qu’aujourd’hui. Ses revendications n’étaient qu’immédiatistes, sans pensée sociale derrière, sans envie d’un autre monde, sans haine de l’actuel. Il en va de même aujourd’hui avec le hochet du pouvoir d’achat. Ce que veulent les « gilets jaunes », ce n’est pas une rupture mais au contraire de pouvoir continuer à perpétuer ce monde, pouvoir continuer à participer. En quoi devrait-on trouver cela intéressant ?

Pour beaucoup de personnes participant à ce mouvement, il s’agit de leur première « mobilisation ». Où étaient-elles en 2006, en 2010, en 2016, pour ne reprendre que les mouvements sociaux les plus gros de ces dernières années ? Il ne s’agit pas de dire que parce qu’elles n’ont pas participé à ces mouvements sociaux (voire les ont méprisés), alors on ne devrait pas participer à leur mouvement, mais plutôt de bien se rendre compte que nos perspectives diffèrent de ce à quoi elles semblent aspirer. De même que les perspectives émanant du « Jour de colère »[1] nous empêchaient d’y intervenir, nous ne voyons pas de raison pour que les perspectives de ce mouvement nous incitent à y agir. Et si ce mouvement s’était basé sur des questions plus sociales, ces individus (actuels « gilets jaunes ») auraient-ils pris l’initiative de rejoindre un tel mouvement ? On peut en douter, sans en être certaine, étant donné le décalage entre leurs revendications et celles d’un mouvement social. On pourrait nous rétorquer qu’il n’y a pas que des individus de droite dans ce mouvement. Ce n’est évidemment pas le cas, mais force est de constater que les idées à minima de gauche ne sont pas majoritaires. Cela crée un climat extrêmement confus si propice à la diffusion des idées d’extrême-droite.

Ainsi, on comprend mal comment ce marasme pourrait déboucher sur autre chose qu’un État (et même un état) plus coercitif, excluant et où les identités (nationales mais pas seulement) se retrouveraient renforcées.

L’un des principes anarchistes est que les moyens doivent correspondre aux fins. Il nous semble problématique lorsque des anarchistes font des émeutes aux côtés de réactionnaires (qu’ils se rendent visibles en faisant partie de mouvements d’extrême droite, ou que ce soit de simples « personnes lambda »), que cette question soit éludée. Et si l’on considère que tout est mieux que l’existant, pourquoi alors ne pas soutenir des initiatives comme celles d’ITS[2]  ou encore l’ETA[3] ?

Pour certains anarchistes intervenant dans ce mouvement, on a l’impression d’assister à l’éternelle course au sujet révolutionnaire ou insurrectionnel, qu’on le nomme prolétariat, habitant des quartiers populaires, « racisé », voire « peuple ».

Une question qui se pose est « sur quoi est-ce que cela peut déboucher ? » Il est peu probable que cela débouche sur une révolution ou une insurrection dont les bases nous satisferaient. Ainsi, il ne reste pas énormément d’issues possibles : soit un nouveau gouvernement parvient à prendre le Pouvoir, et on peut fort parier que celui-ci n’aurait, au minimum, rien à envier au précédent, soit une satisfaction totale ou partielle des revendications. Étant donné leur contenu, les anarchistes qui souhaitent intervenir veulent-ils véritablement être celles qui, par leurs actions, favoriseraient potentiellement « que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine » ?

Et dans ce contexte de tension et d’action, notre discours, ultra-minoritaire, peut-il être entendu et compris ? Un moment de conflit est-il un moment où l’on peut réellement avoir une influence sur la pensée globale ? De plus, la majorité des personnes qui participent à ce mouvement ne fréquente pas nos canaux de communication et part d’une culture politique/philosophique soit proche de zéro, soit à l’opposé de la nôtre.

Certaines personnes affirment que nous aurions un ennemi commun, et que cela justifierait l’unité. Est-ce vraiment le cas ? Notre ennemi n’est pas seulement Macron, tout comme il n’était pas seulement Hollande ni Sarkozy, il n’est pas non plus uniquement Rothschild ou n’importe quel PDG de multinationale. Parmi nos ennemis, il y a l’État, le capitalisme et toute forme de régime politique. De même, converger vers les centres du Pouvoir à une époque où celui-ci est bien plus diffus qu’il ne pouvait l’être auparavant nous semble avoir peu de sens. Les préfectures et l’Élysée sont davantage des symboles, et se concentrer uniquement sur ces points, c’est d’une part ne pas voir les capacités d’adaptation du Pouvoir (il n’a pas besoin de bâtiments particuliers pour continuer de prendre des décisions). D’autre part, c’est avoir une analyse bien superficielle de ce qu’est le Pouvoir et c’est ignorer le fait qu’il ne se résume pas à quelques institutions. Ne serait-ce qu’aller au travail, accepter de se soumettre à un chef, c’est obéir à un Pouvoir, et le mouvement des « gilets jaunes » ne remet massivement pas cela en cause. Leur critique se porte principalement uniquement sur les taxes sans une once de critique contre le patronat, le travail ou même à minima le nombre d’heures travaillées par rapport au salaire gagné.

Comment peut-on justifier, toujours dans un esprit de cohérence, d’aller lutter aux côtés de personnes qui sont habituellement les cibles de nos critiques, qu’elles soient néofascistes, petits patrons, ou même cette personne qui compare sa situation de travailleur acharnée qui n’a plus rien à la fin du mois, avec ces « assistées au RSA à qui tout est payé », ou encore qui fustige les immigrés et un gouvernement qui serait bien trop laxiste.

Se pose aussi une comparaison entre l’intervention anarchiste dans le mouvement actuel et la même intervention, beaucoup plus habituelle, dans les mouvements sociaux. On pourrait nous taxer d’hypocrisie d’accepter la seconde et de refuser la première parce que nous sommes censées être à la fois contre la gauche et contre la droite. Mettons les choses au clair : Nous souhaitons une situation chaotique. Mais dans une situation de chaos, il y a toujours une partie de la population qui souhaite un retour au calme. Dans le premier cas, l’extrême droite est celle qui souhaite le plus un retour au calme. Ici, l’extrême droite (ou une partie du moins) souhaite l’extension du chaos. Mais elle ne souhaite le chaos que pour être celle qui finira par ramener l’ordre. Et si cela arrive, nous serons extrêmement isolés pour pouvoir nous battre contre cette extrême droite qui aura gagné en force.

Quoi qu’il en soit, les anarchistes veulent le chaos dans une perspective de négation du Pouvoir, ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des autres composantes du mouvement, qui elles veulent la perpétuation du Pouvoir.

Et ne nous voilons pas la face : combien d’anarchistes ont d’abord eu des aspirations gauchistes avant d’avoir de réelles perspectives anarchistes ? Et même parmi les anarchistes actuels, combien se disent être rattachées à la gauche ? Si l’on n’a aucun problème à affirmer que l’anarchisme tel que nous l’entendons est au-delà de la gauche et de la droite (et non « au-delà du clivage gauche-droite » qui est bien souvent un cache-sexe néofasciste), et donc au-delà de la politique, il reste historiquement et dans le cheminement individuel plus proche de la gauche que de la droite.

Il est bien beau de s’extasier sur les actions de sabotage que l’on peut voir en ce moment. Pour nous, l’acte et la pensée doivent correspondre et une banque caillassée dans un mouvement qui considère que tous les banquiers sont « juifs » ou « sionistes » n’a pas le même écho à nos yeux que la même banque caillassée dans une haine d’un monde basé sur le fric. On peut observer le problème sous un autre angle : Parmi les personnes qui aujourd’hui applaudissent l’incendie d’un bâtiment de l’URSSAF, combien applaudissent les actes de sabotage perpétrées le reste du temps ?

Si ce mouvement est effectivement pourri, on peut quand-même certainement en tirer des leçons sur nos manières d’agir. On a vu lors des précédentes émeutes des actions éparpillées et diffuses, donc plus incontrôlables. Au contraire, « nos » émeutes ont tendance à être des blocs cohérents se déplaçant d’un point A à un point B, dans un trajet parsemé d’actions de sabotage. Cette stratégie semble aujourd’hui essoufflée et bien connue des services de répression. Ce mouvement peut aussi être intéressant en cela qu’il s’est construit en dehors des organisations syndicales (même si les raisons de ce refus n’ont rien à voir avec les nôtres) et qu’il semble aujourd’hui encore refuser toute représentation (là encore c’est à nuancer puisque des porte-paroles ont émergé).

Néanmoins, si cela peut être défaitiste, sans doute vaut-il mieux ne se faire aucune illusion sur une quelconque sortie « heureuse » plutôt que mettre tant d’énergie dans quelque chose qui ne correspondrait pas à nos intérêts. Ces derniers ne se trouvent pas dans les revendications pour une vie moins chère, ce que nous voulons (et nous ne saurions le demander à quelque chef que ce soit), c’est une vie non payante. Nous ne voulons pas faire partie d’un monde où il faut travailler pour pouvoir vivre, pour pouvoir être quelqu’un. Nos intérêts ne se trouvent pas non plus dans une quelconque démission (ou « destitution » comme aime le dire les néo-blanquistes), mais dans la destruction du Pouvoir. Cela non plus ne se quémande pas, ne se revendique pas. Nous étions ennemis des précédents gouvernements, nous continuerons de l’être pour les prochains, quelles que soient les couleurs dont ils se pareront.

D’un côté nous pensons qu’attendre les conditions objectives et subjectives en vue d’une révolution ou d’une insurrection est illusoire, surtout dans un contexte où la Réaction semble revenir à grand pas. D’un autre côté, refuser d’attendre ces conditions et d’agir avec des personnes ayant à cœur des idées réactionnaires, nous pose problème. Nous refusons ce faux dilemme. Nous ne voulons pas attendre le moment opportun pour agir, mais pour autant nous trouvons absurde d’être là où se trouvent des réactionnaires.

Les anarchistes n’ont pas besoin de ce mouvement pour agir, la haine contre ce monde peut se matérialiser en tout temps. Aujourd’hui, dans dix jours, dans deux ans, toujours.

 

Des individus, pas des vêtements.

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Notes :

[1] Journée de manifestation politiquement confuse ayant eu lieu le 26 Janvier 2014 à Paris. L’article Wikipedia en dit quelque chose d’intéressant : « Dans sa recension de la manifestation, Le Monde, en collaboration avec l’Agence France-Presse, relève que « le défilé est très hétéroclite : catholiques, « hommens », travailleurs frontaliers avec la Suisse et manifestants contre l' »équitaxe » côtoient des drapeaux de La Manif pour tous et des slogans anti-fiscalité, mais aussi, plus marginaux, des ultra-nationalistes ou des admirateurs de l’humoriste Dieudonné […]. Quelques actes antisémites et slogans homophobes ont été entendus et quelques heurts ont eu lieu sur le trajet de la manifestation »

[2] Individualités Tendant vers le Sauvage : tendance misanthrope d’illuminés qui pratiquent l’attaque indiscriminée guidés par une pensée anti-civilisationnelle réactionnaire qui a été fortement critiquée par des anarchistes ces derniers mois. Ils sont principalement présentes en Amérique centrale et du Sud.

[3] Euskadi Ta Askatasuna, organisation armée indépendantiste basque.

 

NB : Les accords de ce texte peuvent paraître fantaisistes, ils le sont. Le point médian utilisé habituellement ne nous convient pas, rendant la lecture et la compréhension plus difficiles et rappelant la bicatégorisation de genre. Même si nous avons privilégié les termes permettant des formulations épicènes, celle-ci perdure malheureusement ici. Le principe est de ne pas se focaliser sur le genre puisque là n’est pas la question, et que nous souhaitons sa destruction.

 

[in italiano]

 

Acte 4 - Dispositif exceptionnel, débordement exceptionnel !

Publié le 2018-12-09 20:32:04

Ambiance apocalyptique, le jour se lève sur une capitale déserte, quasiment plus aucune voiture ne stationne dans les rues, toutes les vitrines des magasins sont protégées par des panneaux de bois, pas de transport en commun, pas un café d’ouvert, seul le bruit des hélicos vient perturber ce calme lourd. Le plan semble bien défini par le ministère de l’intérieur, mais les protagonistes de la pièce ont décidé d’improviser. De l’Etoile à Répu en passant par St Laz et Beaubourg, ce récit à plusieurs mains est loin d’être exhaustif sur les événements qui se sont déroulés ce samedi 8 décembre 2018 à Paris. De multiples cortèges de plusieurs milliers de personnes ont sillonné Paris.



Scène 1 : autour de l’étoile le matin, errance dans une ville cloisonnée

Tôt le matin, des rassemblements se créent en plusieurs points de la capitale, à Étoile, Bastille, Porte Maillot, Répu. Les médias commencent déjà à dérouler la longue litanie communicationnelle : tout est sous contrôle, le nombre d’interpellations gonfle de minute en minute, les gens sont arrêtés pendant des contrôles ou des fouilles préventives aux abords des points de rassemblement, dans les villes de départ, en gare, mais aussi en bas de chez des militant’es fiché’es. A 10h30, il y avait déjà 354 interpellations dont 127 gardes-à-vue et une enquête ouverte sur la fuite du dispositif policier hier soir. Premiers tirs de lacrymos à côté des Champs, où se trouvent 1500 personnes.
11h : Le rendez-vous place Saint-Lazare semble nassé par les CRS. On décide de ne pas entrer dans le dispositif policier pour garder les coudées franches.

Scène 2 : Avenue Friedland, point chaud de fixation

11h30 - Aux abords d’Opéra, on retrouve un petit millier de personnes. Le quartier Havre-Caumartin est bouclé, des barrages filtrants sont postés sur 4 ou 5 rues (Rue des Mathurins, de Caumartin), tu peux rentrer facilement mais la sortie n’est pas garantie, il faudra montrer carte d’identité et subir une fouille des sacs pour quitter cette nasse filtrante. Les flics ont une liste de noms. On demande : « C’est des personnes recherchées ? » Réponse « oui ». Au moins 150 noms sont sur sa liste. Sur quels critères ces listes ont-elles été dressées ? Le policier ne veut pas répondre. Les flics sont en place, sûrs de leur dispositif, ils ne semblent pas inquiétés. Il y a deux petits blindés à Haussmann. Il ne se passera rien ici pour l’instant, on décide donc de tracer vers les Champs-Élysées. D’autres, syndicalistes, fanfare et gilets jaunes, partent en manif sauvage, tranquille et sans flics, vers Hôtel de Ville et ils rejoindront République quand arrivera la marche pour le climat. En passant par Madeleine, on remonte l’avenue Friedland, le dispositif pour protéger la place de la Concorde est le même que samedi dernier. Quelques gendarmes mobiles (GM) sont présent’es sur la place St-Augustin, illes discutent pépouze sans porter leur casque. On est une foule clairsemée de quelques milliers de personnes marchant dans cette ambiance de ville morte, avec 90% des vitrines protégées.

Un parfum de victoire (crédits La rue ou rien)
Le plan (crédits @deverly_b)
(crédits La rue ou rien)

11h30
Champs-Élysées : au niveau de la rue Jean-Mermoz, tout près du palais de l’Élysée, petit à petit des milliers de personnes convergent vers les Champs-Élysées. Toutes ces personnes bien diverses arrivent au niveau du rond-point des Champs dans le dos du dispositif de la gendarmerie. Alors que jusqu’à maintenant tous les manifestant’es se faisaient fouiller minutieusement par des bacqueux à la panoplie de ninja, la gentille pression du nombre fait céder les barrages et la foule entre sur les Champs sans plus de formalité. Les camionnettes des GM et les deux blindées sont obligés de reculer pour ne pas avoir de manifestant’es dans leur dos. On remonte l’avenue et il y a déjà beaucoup de monde.

Paris année 0

Les groupuscules de droite radicale sont bien présents. L’ambiance est un peu surréaliste sur cette avenue entièrement fermée. Des groupes de BAC ridicules (cagoules, lunettes de piscines, LBD-40) sont sur les trottoirs à intervalles réguliers. Vers la place de l’Étoile les flics opèrent une grosse charge avec déjà beaucoup de grenades. Le jeux semblent écrits d’avance ici aussi, alors on ressort des Champs pour se retrouver dans le quartier de Saint Philippe du Roule. Des petits groupes de gilets jaunes errent autour de l’avenue Matignon. C’est dur de comprendre ce qui se passe. Il y a plein de petits groupes de gilets jaunes de partout qui comme nous, cherchent à comprendre où ça se passe. Petit à petit la foule s’agglomère vers le boulevard Haussmann et l’avenue Friedland.

Déploiement de blindées (crédits @deverly_b)
(crédits @deverly_b)

12h30 - 14h30
Un barrage nous bloque l’accès à l’Arc de triomphe. Les premiers affrontements sérieux commencent. A peine arrivés nous voyons un gars la quarantaine prendre un [flash-ball|LBD-40] dans la cuisse. On le sort des gaz, on désinfecte vite fait sa plaie et on discute un peu. Il vient de la Meuse et comme beaucoup il a du mal à finir les fins de mois avec ses deux filles. Ils nous dit que s’il faut mourir pour qu’elles aient un avenir il est prêt. On se sépare en se souhaitant bonne chance.
Pendant plus d’une heure, on est quelques milliers à rester au contact des CRS, subissant charges et lacrymos. Les camarades sortent un groupe de l’Action Française du cortège de la manif aux cris de « Paris, Paris, Antifa ». Le point de fixation perdure et les premières barricades enflammées font leur apparition. Les flics utilisent beaucoup de grenades offensives et de désencerclement. On ne compte plus les grenades lacrymogènes. Les charges sont violentes mais la foule ne cède pas. Il va y avoir une sorte de flux et reflux pendant au moins une heure sur l’avenue Friedland. Quelques magasins et une banque finissent par se faire casser, mais étonnement, à part un caillou ou deux, la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Paris restera intacte malgré la stagnation d’une partie du cortège devant le bâtiment.

Baricade, avenue Friedland

On se fait de plus en plus gazer, et on perd du terrain, la foule décide de rebrousser chemin sur l’avenue Friedland, et on part direction Saint-Augustin. Une mercedes crame, une barricade enflammée est montée avec les protections en bois des banques et boutiques. Après un petit déstockage de sacs à mains dans une boutique de luxe du quartier, et la casse des magasins qui s’est intensifiée, à l’angle de l’Avenue Friedland et de la rue de Courcelles, les gendarmes mobiles tentent une nasse avec l’aide de trois blindés. Ils gazent copieusement mais la majorité des manifestant’es peuvent quand même sortir du dispositif.

Mercedes en feu

Une partie des gilets jaunes est repoussée vers le parc Monceau et une autre vers le boulevard Haussmann. Si depuis la matinée, on a l’impression d’être exactement là où les flics nous attendent, à partir du moment où on fuit ce point de fixation, on sent le débordement venir...
Une partie du cortège se fait poursuivre par les GM au pas de course et nous remontons sur le parc Monceau. Une voiture de diplomate est enflammée à l’entrée du parc. Mais on ne peut vraiment pas s’attarder, les flics nous arrosent de gaz, ils sont définitivement plus mobiles que la semaine dernière. On bouge rapidement dans ces rues bourgeoises, les punchlines fusent : « Rien qu’avec la déco de cet appartement tu nourris dix familles ! ».

“Eat the rich”

Scène 3 : Saint-Augustin/Saint-Lazare, le débordement consommé

D’autres gilets jaunes refluent sur le boulevard Haussmann et des barricades impressionnantes sont dressées. Au niveau de Saint-Augustin des camionnettes de CRS tentent de couper le cortège. Les flics sortent des fourgons et prennent une pluie de projectiles. Ils rentrent prestement dans leur camionnette et partent sans demander leur reste.

13h-14h
Au même moment des groupes épars se rassemblent entre Saint-laz’ et Saint-Augustin par grappes, au gré des rencontres sur le trajet « vous allez par où ? »/« ça se passe comment sur les Champs ? » les nouvelles circulent de téléphones portables en discussions de trottoir. Globalement, beaucoup ne connaissent pas le secteur, on s’oriente comme on peut : on s’informe beaucoup aussi sur où sont les autres points de rassemblement : Grands Boulevards, parc Monceau, toujours les Champs, Répu, porte Maillot, le Marais, ça tourne et ça change vite. Certains groupes se fixent devant les grands magasins à Haussmann, d’autres se dirigent vers l’avenue Friedland où le climat semble plus offensif. Les slogans sont divers : Macron démission ! Retour de l’ISF, etc. Les gens discutent d’où ils viennent (beaucoup des personnes de province dans le cortège), de ce qu’ils veulent : dans l’ensemble arriver à boucler le mois, voir Macron démissionner et changer cette société qui ne favorise que les riches... Et dans toutes les conversations les vidéos des lycéens de Mantes-la-Jolie qui ont choqué et mis en colère tous les gens rencontrés.

Vers 15h00 on voit passer les blindés et quelques renforts de camions qui se dirigent vers Friedland. Il y a à ce moment là pas mal de bacqueux dans le coin et plusieurs groupes se disent qu’il est temps de bouger. On avance vers Opéra où pas mal de gens se sont passés le mot et un cortège de 2000 personnes se reforme rapidement pour partir boulevard des Capucines, rapidement rejoints par d’autres. Un peu après, las de tourner en rond pour retrouver les camarades sur les Champs, plusieurs groupes décident de se diriger vers la marche pour le climat qui partait à 14h de Nation en direction de République.

Costumes gratuits - Place de l’opéra

Sur le trajet on croise plein de gens en gilets jaune, ou sans, masqués ou non, et des passants réservant un accueil plutôt sympathique au mouvement, on discute, on admire la force de la mobilisation : sur ces avenues commerçantes pas un magasin, pas un café d’ouvert, pour un samedi avant noël, c’est impressionnant ! Une bonne partie de la foule se regroupe au niveau de la place Saint-Augustin et dans les rues autour de la gare Saint-Lazare, d’autre petits cortège vont vers Répu ou retourne vers Friedland. Ce n’est plus une manif. Il y a du monde de partout !

Alors que les flics noient la place Saint-Augustin sous les lacrymos, de nombreuses vitrines se font attaquer et des magasins piller. Le Starbuck situé rue de Rome se fait entièrement dévaliser, ça ne vaut sûrement pas du café zapatiste mais ça fera l’affaire sur les ronds-points et les piquets de grève !
Au même moment on apprend que du coté de l’avenue Marceau les affrontements sont forts mais nous ne serons jamais dans ce secteur pour le constater.

Vers 16h des groupes de gilets jaunes arrivent à République sur une place cadenassée par les GM qui n’est pas sans rappeler certains dispositifs vus pendant la Loi travail et Nuit debout ; la marche pour le climat est déjà là, une manifestation pour le Togo aussi, des gilets jaunes de partout. L’accueil sur la place est plutôt festif et tout le monde s’accorde pour dire que les deux revendications ne sont pas antagonistes et que le jeu de la division ne prendra pas. Il y a là des syndicalistes, des écolos, des gens déguisés, des gilets jaunes, rouges, oranges, violets, des rubans verts. Bon c’est sympa mais pas très offensif. On décide de repartir et là surprise, à la sortie seuls celle’ux qui ne portent pas de gilets jaunes peuvent passer, les autres sont priés de rester sur la place. L’ambiance se tend un peu, mais personne ne se décide à enfoncer ce cordon de GM

Scène 4 : Manif sauvage de Saint-Lazare à Chatelet

16h30-17h
Dans le quartier de Saint-Lazare alors que les renforts policiers commencent à se faire plus visibles, une manif de plusieurs centaines puis milliers de personnes se forme et prend les grands boulevards en passant par Opéra en direction de République. La casse des vitrines de boutiques de luxe, banques, fast-foods et autres cibles symboliques devient quasi-systématique, les pillages fréquents. Quelques tags fleurissent également, l’ambiance du cortège est clairement anticapitaliste. La manif marque ensuite une petite pause au niveau de Strasbourg Saint-Denis, une énorme barricade est montée sur quasiment toute la largeur du boulevard puis enflammée, tandis que de plus en plus de monde arrivant à la fois de Saint-Lazare et de République rejoint la manif !

Scène 5 : Dispersion entre le Marais et République

17h
Certain’es repartent direction Haussmann où ça a l’air de bouger plus, mais rapidement les infos qui tournent parlent de la belle manif sauvage du côté des Grands Boulevards. Un cortège repart direction gare de l’Est, d’autres stagnent (toujours aucun flic en vue 30 mn après le début des feux de joie), d’autres en direction du Marais.

Grand Boulevard

Après quelques débats sur la direction à prendre, la manif repart vers le centre direction Châtelet par la rue Saint-Denis. Une Internationale est entonnée en tête de cortège (ça change des marseillaises et ça fait du bien !), des « Paris, debout, soulève-toi ! » sont scandés et largement repris par la foule pendant que les vitrines de banques continuent de tomber sous les acclamations. Alors qu’on approche de Châtelet et du commissariat du 1er arrondissement, une petite équipe de flics se montre ce qui créé une légère panique qui scinde le cortège en deux parties. Le boulevard Sébastopol est bloqué un moment. Des barricades sont de nouveau enflammées rue Rambuteau comme rue Saint-Denis. Une voiture de police égarée rue Quincampoix se fait copieusement caillasser et est obligée de faire une puissante marche arrière pour s’en sortir. Après un petit tour autour du centre Pompidou les deux parties se retrouvent. La manif tente ensuite à deux reprises d’approcher de l’Hôtel de ville, mais les flics sont présents rue de Rivoli et gazent copieusement à chaque tentative. Le cortège repart alors par les petites rue du Marais en direction de République.Il doit être autour de 18h, les groupes de manifestant’es s’éparpillent au fur et à mesure des embranchements des rues.

(crédits @deverly_b)

Scène 6 : Zbeul à République et manif sauvage

Après une pause autour d’une bière bien méritée, on entend que ça pète à République. On arrive vers 19h sur la place sous une pluie de lacrymos. Le Go Sport est pris d’assaut mais une charge de keuf mettra fin prématurément à tout espoir d’auto-réduc’. Un groupe de personnes quitte alors la place pour partir en manif sauvage par la rue du Faubourg du Temple, deux bagnoles de flics qui passaient par là se font copieusement caillasser. Le Mc Do quai de Jemmapes se fait éclater. Plus haut rue du faubourg du Temple des barricades sommaires sont montées, certaines poubelles enflammées. Au niveau du métro Goncourt, avenue Parmentier, une grosse barricade enflammée paralyse la circulation et une épaisse fumée noire recouvre les rues. Encore quelques poubelles renversées et la manif finit par se désagréger... Encore une folle journée !

Epilogue

Aujourd’hui encore, la police a été débordée malgré un dispositif inédit et une communication gouvernementale terrifiante. Selon la Mairie de Paris, l’émeute a été beaucoup plus destructrice que la semaine dernière. Avec les fermetures préventives des magasins l’impact économique de la journée a été considérable.
Aujourd’hui encore la répression est dingue : 900 GAV rien qu’à Paris, des blessé’es très nombreux’euses dont des mutilé.e.s (au moins une éborgnée à Paris). Sur la scène de la capitale les acteurs et les actrices de ce mouvement mouvant étaient largement présents et visibles dans les rues de Paris, voire complètement majoritaires dans les manifs sauvages de fin d’aprem.
Quelles suites cette semaine et samedi prochain ? Les facs ? Les lycées ? La grève générale ?
L’avenir est à nous, rideau.