À Paris, en Seine-St-Denis, à Marseille, et partout ailleurs, on aimerait que les JO tournent à la cata pour ses organisateurs et pour l’état. Que cette grande fête des nationalismes et du business sportif ne se passe pas tranquilou !
Qu’on en finisse avec cette mise en scène glauque du dépassement de soi pour un État, pour une médaille, pour un fucking record. Crève cette mise en valeur de la productivité des corps.
Que la rage sorte face à cet étalage de thunes et de moyens, alors que c’est de plus en plus la galère pour s’en sortir. Et alors que, sous prétexte des JO, c’est des quartiers entiers qui se font bulldozeriser et vider de leurs habitant.e.s les plus pauvres.
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Les JO sont un exemple parmi d’autres de méga divertissement qui voudraient nous faire gober que ce monde n’est pas si pourri. Mais ce n’est pas des athlètes qui courent en rond qui vont nous faire oublier que cette société est bâtie sur le contrôle, l’exploitation et la dévastation.
Alors au lieu de se réjouir des exploits sportifs de « nos » athlètes, on pourrait plutôt se demander comment mettre fin à cette mauvaise farce non ?
Et quitte à faire du sport, autant s’amuser en prime !
Les JO : une fête qui pue l’arnaque !
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Plusieurs mois avant les Jeux Olympiques et paralympiques 2024 on voit déjà la propagande se mettre en route : nous sommes tous.tes appelé.e.s à nous réjouir que cette merde se passe par ici. La grande messe du nationalisme est lancée et c’est derrière le drapeau qu’on est censé.e.s trouver espoir et joie collective.
Nous, on ne voit pas du tout ça comme un événement exceptionnel mais plutôt comme un condensé de ce que le capitalisme a à nous offrir : de l’adrénaline derrière des écrans, de l’identification à des personnes qu’on ne connaît pas, de la joie collective forte, très rapide et très addictive au milieu d’un quotidien lisse, morne, ennuyeux à mourir (ou à rendre con).
Ça ne nous divertit pas de regarder des personnes poussées à bout dans leurs limites pour être compétitives, des corps cassés, dopés, normés, valides jusqu’à en avoir la gerbe.
Ça court, toujours plus vite, toujours plus fort. Mais ici le dépassement de soi n’est pas vu comme un moyen. Pour se faire plaisir, pour s’émanciper, pour se défendre ou pour survivre. Non, le seul but, la performance. Un dévouement absurde pour trouver de la reconnaissance et de la thune (comme dans tout taff finalement).
Et à chaque événement sportif international la chanson se répète comme un mauvais tube : l’appel à la victoire du pays, le sentiment guerrier face au concurrent, le drapeau bleu-blanc-rouge comme signe de ralliement. La flamme nationaliste doit être bien entretenue (nous on lui pisse dessus !). Que chacun.e se sente concerné.es par la victoire du pays. Sportifs, soldats, ouvriers, toustes derrière le drapeau !
Tout ça dans une période où c’est de plus en plus la galère pour vivre, où le capitalisme se fait clairement prédateur : exploitation au travail perte d’autonomies et de libertés, destruction de l’environnement, attaque de tout ce qui est non-productif, hors-norme, émancipateur.
Comme d’hab, le divertissement de masse sert à faire diversion, à dissoudre la colère qui pourrait exploser contre l’État et les capitalistes. Donner une sensation de bouffée d’air pour pas suffoquer complètement dans ce monde pourri, pour nous faire accepter de continuer à le faire fonctionner. Cette loi c’est les JO qui promettent du rêve, mais l’agenda des compétitions est déjà bien plein : coupes du monde, le tour de France, Roland Garros, festival de Cannes, Miss France, etc. Un rythme infernal pour bien nous garder en haleine !
Mais ça ne marche pas toujours et au milieu de cette grisaille il arrive quand même que la rage s’exprime très fort. Comme pendant les émeutes de juillet dernier.
Vive alors les troubles-fête en tout genre, celles et ceux qui cherchent à se réjouir de leur propre manière et désertent la place de spectateur.
Que des sabotages joyeux viennent crever l’écran de cette misère ! Vive les manifs, émeutes et bordels divers qui mettent à bas la paix sociale bourgeoise ! Qu’à toute échelle et de plein de manières différentes on puisse avoir la sensation d’être encore vivant en désobéissant et en attaquant la machine capitaliste.
Des gâche-la-fête
JO et surveillance
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Avec l’attention sur le pays que les jeux vont amener, l’État français va devoir prouver sa capacité à maintenir l’ordre dans les stades et dans les rues. Le budget rien que pour la sécurité des jeux est de 295 millions d’euros, ça en dit long sur le programme…
Les JO sont l’occasion pour le gouvernement pour tester et faire accepter de nouvelles formes de contrôle. Le côté exceptionnel de l’événement permet de justifier et ainsi rendre acceptable des mesures qui en temps « normal » ne le seraient pas, ou difficilement.
D’ici à l’été 2024 c’est encore plus de caméras qui vont être installées dans les rues pour l’occasion : + 1000 à Paris, + 500 à St Denis, + 330 à Marseille.
Ce déploiement va avec la mise en place de la vidéosurveillance automatisée (VSA) à titre expérimental pendant ces JO (et ce jusqu’en mars 2025). La VSA est une technologie qui utilise des algorithmes et des données biométriques pour détecter des comportements dits suspects sur les vidéos enregistrées. Ce qui permet de ne plus dépendre du « bon » travail des keufs qui regardent les caméras, mais de compter sur les logiciels pour faire le sale boulot d’analyser ces tas de données.
Du côté du privé, les JOP vont permettre aux entreprises françaises spécialisées dans la répression de faire leur pub, utilisant les jeux comme une vitrine grandeur nature du « made in fRance » sécuritaire. Et ces jeux vont aussi offrir aux sociétés privées de sécurité une place de choix dans le maintien de l’ordre, dans un contexte où elles sont déjà de plus en plus intégrées au système policier. Elles vont avoir beaucoup plus d’effectifs et elles vont aussi gagner une plus grande marge de manœuvre dans ce qu’elles ont le droit de faire.
On imagine bien que ces mesures soi-disant exceptionnelles ne vont pas s’arrêter après les deux semaines de l’événement. Ça fait d’ailleurs partie de l’« Héritage » assumé par le comité d’orga des JO. Les crises ou moments exceptionnels permettent de faire avancer d’un cran la répression. Comme pendant la crise du Covid où certaines mesures de contrôle (notamment technologiques) légitimées par la pandémie se sont inscrites pour de bon à l’hôpital ou dans nos vies en général.
Virer la misère
Partout où ils ont lieux, les JOP participent à dégager les indésirables : les gens à la rue, les personnes exilé.e.s, les pauvres, les putes. Il faut faire place nette pour que les touristes bourgeois puissent profiter pleinement et en toute sécurité. À Paris et en Seine-St-Denis ce sont des expulsions de squats, de campements et de foyers de travailleur.euse.s. Ou encore un harcèlement policier quotidien pour virer celles et ceux qui font tâche dans le projet olympique. En envoyant notamment les exilé.e.s dans des centres temporaires (SAS) situés en-dehors de l’Ile-de-France. Tout ça donc dans la continuité de politiques racistes, d’assassinats et violences policières et de chasse aux migrant.e.s.
Les jeux c’est aussi la gentrification à vitesse grand V de zones déjà dans le viseur. Les infrastructures qui vont être construites pour l’évènement visent, sur le long terme, à rendre le « territoire » plus attractif pour les entreprises et des populations plus riches. Les loyers augmentent et les quartiers ne sont plus accessibles pour les personnes qui habitaient là.
Et le BTP en profite pour s’en mettre plein les poches et exploiter sans limites les personnes précaires. Il y a de nombreux accidents sur les chantiers des JOP, dont des graves et avec une personne qui est décédée en juin 2023. Et tout ces chantiers participent gaiement au changement climatique et au grand ravage en cours des écosystèmes et espaces encore un peu vivants.
Prison pour étranger-es : ni à Dunkerque, ni ailleurs !
Les états français et britannique veulent construire un centre de rétention administrative (CRA) à Dunkerque !
Les CRA sont des prisons où l’état français enferme les personnes qui n’ont pas les « bons papiers » dans l’attente de leur expulsion du pays. Il en existe déjà plusieurs dizaines dans toute la france, dont un à Calais et un autre à Lille. Les violences et mauvais traitements contre les prisonnier-es y sont quotidiens.
Ce nouveau projet s’inscrit dans les logiques racistes et sécuritaires de la france et du royaume-uni, comme de l’ensemble des pays européens, qui dépensent des milliards d’euros dans la militarisation des frontières, le flicage et le harcèlement des personnes exilées.
Pour s’informer et s’organiser contre ce projet, rendez-vous vendredi 15 décembre, à 18h, au bar le Kilimanjaro (338 avenue de l’université) à Dunkerque. Au programme, projection d’un court reportage sur les CRA suivie d’une discussion.
LIBERTÉ POUR TOUTES ET TOUS ! Abolition des frontières et des prisons !
Un mec trans français raconte son enfance, son adolescence et comment elles ont joué dans ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ça parle de famille, de violences diverses, de transition et d’espoirs pour le futur.
L’horreur de la guerre a encore eclaté, cette fois au proche orient, tuant des milliers personnes, en blessant des dizaines de milliers ...
Si ce conflit oppose deux camps, il n’est pourtant pas possible de le réfléchir en dehors d’une lecture anticoloniale. Colonisation d’abord de la part de puissances impérialistes européennes comme la Grande Bretagne, qui ont pris le contrôle de nombreux territoires, dont la Palestine, pour en exploiter les ressources (pétrole,terres…). Puis, suite aux horreurs de la seconde guerre mondiale, il y eu le soutien de la création de l’Etat sioniste d’Israel, qui continuera cette entreprise de colonisation en grapillant toujours plus de territoires alentours, et principalement aux palestiniens. Cette colonisation, pratiquée et soutenue par les differents gouvernements depuis la création d’Israel, s’est accelerée et exacerbée avec l’arrivée au pouvoir de Netanyahou et de son gouvernement d’extrême droite.
Pourtant les palestiniens ne la subissent pas passivement ; differents mouvements de résistances et d’actions individuelles se mettent immédiatement en place pour lutter contre. Mais malheureusement et comme ailleurs dans le monde, certains luttent pour la création d’un état palestinien dont ils seraient évidemment les dirigeants. Mais la création d’un état, quel qu’il soit, ne constitue en rien une solution, et participe au contraire à soumettre les habitants à une idéologie liberticide qui ne va que dans le sens des classes dirigeantes et bourgeoises.
Ainsi, si les luttes de libération nationale contre le pouvoir colonial peuvent s’avérer vitale (pour continuer à vivre où l’on vit, à parler sa langue, à jouir de ses pratiques culturelles …) remplacer les tyrans coloniaux par des tyrans locaux qui continuent à exploiter et soumettre leurs « propre » population (comme dans de nombreux processus de décolonisation) n’est pas pour autant une perspective réjouissante.
Se limiter à cette perspective, comme le font bon nombre d’organisations d’extrême gauche en France, c’est légitimer la possibilité d’un monde fait d’exploitation et d’oppression « made in » quelque part : c’est soutenir le nationalisme, qui est la source de nombreuse guerre.
Contre la sommation à choisir un camps ! Ici comme ailleurs !
Comme dans toute guerre, nous sommes sommés de choisir un camps.Et imposer une seule vision à travers laquelle tout analyser est l’apanage systématique du pouvoir… et de ceux qui veulent le prendre !
Cette lecture binaire des évènements creuse les préjugés racistes en faisant des raccourcis tel que être juif correspondrait à soutenir Israël et défendre le sionisme, ou que la Palestine se réduirait au Hamas, que tous les musulmans soutiendraient. Cette essentialisation est le fait de discours de droite comme de gauche,dont le "camps" diffère.
Le gouvernement français a très clairement choisi le sien, et a donné carte blanche a l’Etat israelien pour massacrer des civils palestiniens. Ici, il en profite pour stigmatiser et réprimer toute forme de contestation du discours dominant, en utilisant le délit "d’apologie du terrorisme",en interdisant les manifs pro-palestiniennes et même les débats. L’Etat françait profite dans le même temps de ce climat pour attaquer les droits sociaux des étrangers et semer une ambiance de peur et de méfiance vis-à-vis des présumés musulmans/arabes. Cette peur instrumentalisée creuse les divisions au sein de la population et permet au pouvoir et au capitalisme de diviser pour mieux régner et exploiter.
A l’opposé, certaines organisations de gauche soutiennent aveuglement la Palestine en justifiant les pratiques abjectes du Hamas par l’anti-impérialisme, qualifiant de « glorieuse résistance » le massacre de festivaliers et invisibilisant le climat de terreur qu’impose le Hamas aux populations palestiniennes… La critique historique de la religion se trouvant ainsi anéantie, puisqu’ils prennent la défense d’un mouvement islamiste basé sur la religion pour opprimer sa population.
A la recherche de l’unité nationale ...
De l’autre côté de la méditerranée,c’est la même logique en plus exacerbée : le gouvernement israelien d’extrême droite et le Hamas renforcent leurs discours guerriers et nationalistes et donc leur raison d’être à travers le patriotisme. La guerre va donc permettre aux deux pays de recréer une union nationale, alors que depuis plus d’un an d’importants mouvements de contestations ont vu le jour à l’intérieur de l’État d’Israël et du côté palestinien, ébranlant les pouvoirs en place.
Et à l’international, la guerre devient un instrument privilégiés des Etats pour asseoir leur pouvoir. L’Etat iranien, soutien inconditionnel du Hamas, et contesté par un mouvement révolutionnaire depuis un an à l’intérieur de ses frontières, a besoin de retrouver une légitimité pour faire oublier qu’il vacille. Mais les États occidentaux donnent aussi carte blanche à l’Etat d’Israël, car ils y trouvent des intérêts économiques et politiques, et peuvent par là justifier leurs rhétoriques racistes.
La guerre a toujours été utilisé pour monter les exploités les uns contre les autres au service des intérêts de la bourgeoisie et du pouvoir, en s’appuyant donc sur le nationalisme, mais aussi la religion, les différences ethniques… pour susciter une adhésion des populations contre un ennemi commun tout en gommant les conflits de classes.
Perspectives
Ici, la répression de l’État français empêche toute critique vis à vis de ce conflit en interdisant des manifestations, les débats, les discussions. C’est pourquoi il est d’autant plus important de créer des espaces de rencontres pour pouvoir échanger autour de cette situation complexe au-delà d’un prisme binaire et réducteur,
Aucune guerre nationaliste ne peut et ne sera jamais de notre côté. C’est les pauvres qu’on envoie servir de chair à canon sur des champs de bataille, qu’on blesse, tue, viole, qui sont les victimes jamais « collatérales » des obus et des balles prétendument perdues pendant que ceux à qui elle profite prennent les décisions, bien au chaud dans leurs manoirs surprotégés.
S’attaquer à cette logique, c’est aussi lutter contre l’industrie de la guerre ici, contre les frontières, les nationalismes, les armées... au moyen de l’internationalisme, des perspectives révolutionnaires, du développement de lieux d’autonomies...en se solidarisant pour imaginer d’autres organisations possibles, en dehors de l’idée de représentation politique !
C’est pour toutes ces raisons que nous vous invitons le mercredi 13 décembre à 18h30 au 1 impasse lapujade pour se rencontrer et discuter ensemble sur ces bases la.
Après une réunion publique le 8 novembre qui a réuni une quarantaine de personnes, le CRAM 42 (nouveau collectif anti-militariste) a organisé une manifestation à St Étienne le 11 novembre, pour protester contre les guerres, ceux qui les provoquent et ceux qui en profitent.
Le 11 novembre est la date de la fin officielle du massacre de la première guerre mondiale : environ 12 millions de personnes y ont été tuées. Des morts qui ont avant tout servi les intérêts des États et de nombreuses entreprises qui ont engrangé des bénéfices records sur le dos des hommes et des femmes à qui on enjoignait de « servir la patrie » !
Enfin, parmi les victimes de cette guerre, se trouvaient aussi des soldats, des déserteurs et des pacifistes et antimilitaristes qui ont été incarcérés, fusillés, ou déportés.
Cette contre-commémoration était donc aussi une belle façon de leur rendre hommage !
Nous nous sommes retrouvé-es à une soixantaine sur une place proche de la cérémonie avec tracts, chants, des bandages ensanglantés, de superbes banderoles et notre éphémère Monument à la Vie, inspiré par le verso pacifiste du Monument aux Morts de Saint-Martin d’Estréaux (Loire).
La manif s’est ensuite rendue place de l’Hôtel de ville, d’où partait le défilé officiel (militaires, fanfares, embrigadés du SNU et des écoles, amateurs de militaria en famille). Nous l’avons intercepté à son départ, tout en entonnant « La chanson de Craonne », avant de le poursuivre jusqu’à la place Fourneyron où se trouve le Monument aux Morts de la ville.
Nous y avons été accueillis, sans trop de surprise, par un cordon policier. La critique de la guerre n’a de toute évidence pas sa place à la commémoration de la boucherie de 14-18.
Après avoir protesté et poussé de nouveaux chants antimilitaristes, nous avons tenté de contourner le cordon policier. Sans succès, hélas. Après de nouveaux slogans et de nouveaux chants contre l’État policier et la répression, la manif s’est dispersée un peu plus loin.
Notre cortège pacifiste constituait apparemment une menace aux yeux de tout ce beau monde !
Il faut dire que, comme nous l’avons signalé dans notre tract, la guerre fait toujours rage au Yémen, en Ukraine, ou à Gaza et que nous voyons aujourd’hui les États re-graisser leurs rouages « patriotiques », tandis que les industriels se relancent dans la production des armes !
Et, Saint-Étienne est une ville symbole du passage à l’économie de guerre militaro-sécuritaire. L’entreprise Verney-Carron-Lebel est en train de s’y agrandir pour fabriquer 100 000 « armes légères » par an pour la police, l’armée française et l’export.
La conclusion d’un contrat de 36 millions d’€ pour équiper l’armée ukrainienne de fusils d’assaut, de précision et de lance-grenades a permis à son PDG Hugo Brugière, de déclarer : « Je tiens… à exprimer ma profonde gratitude envers le ministère des Armées, le député de la Loire Quentin Bataillon, le député du Rhône Thomas Gassilloud, Président de la Commission de la défense nationale et des forces armées, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’ensemble des services de l‘État qui ont contribué de manière significative à la conclusion de cet accord historique. Cette collaboration témoigne de l’engagement des sociétés Verney-Carron et Cybergun envers la sécurité internationale et la coopération entre les nations. » (Le Progrès du 6 novembre)
La joie et la force des chorales de lutte présentes (La Barricade et La Brailleuse de Saint-Étienne, La Ravachole de Montbrison et Les Canulars de Lyon), la présence des locaux, de lyonnais et de grenoblois, de jeunes et de vieux, les pancartes et banderoles bien senties ont transformé ce jour de commémoration militaro-politique en un chouette moment antimilitariste et collectif.
Espérons que cette première action symbolique fasse de nombreux petits partout et pas que le 11 novembre.
À bas les guerres, à bas le militarisme, à bas l’industrie de l’armement !
Le collectif Stop Micro vient de publier un texte important sur les puces fatales de STMicro et de Soitec. L’intégralité de cette analyse sur l’alliance universitaro-militaro-industrelle est disponible sur leur site en suivant le lien.
À quoi servent les puces fabriquées par STMicroelectronics et Soitec ?
« Nous créons des technologies pour un monde durable, Nous donnons la priorité à l’humain et à la planète,
Nous générons de la valeur à long terme pour toutes les parties prenantes. Ensemble, accélérons le développement durable. » Jean-Marc Chéry, directeur de ST Crolles, 20211.
« Nous sommes le terreau innovant de technologies intelligentes et économes en énergie, qui transforment durablement nos vies quotidiennes. »
Soitec, 20232.
À en croire la poésie de STMicroelectronics et de sa voisine Soitec, avec le numérique, on serait en route vers une transition écologique visant à remplacer notre consommation de ressources fossiles (pétrole, charbon) par des énergies renouvelables, d’où sans doute le slogan de STMicroelectronics : « life.augmented ». Quant aux responsables de la Communauté de communes du Grésivaudan, ils expliquaient en mai dernier que les semi-conducteurs fabriqués dans le Grésivaudan servaient « pour les IRM »3. Ce serait donc ça, le rôle des semi-conducteurs produits par ST et Soitec ? Ce serait pour construire un monde post-carbone et pour le secteur médical que ST est en train de tripler la taille du site de Crolles et que Soitec vient d’inaugurer un nouveau bâtiment (Bernin 4)4, et se prépare à agrandir encore la taille totale de son site de 50 % dans les mois à venir5?
Pour éclairer ce débat, nous proposons une analyse concrète. Que fabrique-t-on à Crolles et à Bernin ? À quels secteurs et à quelles entreprises les micro et nanotechnologies du Grésivaudan sont-elles destinées ? Qu’est-ce qui justifie en bout de chaîne une telle consommation d’eau, de terres agricoles, de métaux et de matières premières ? S’agit-il vraiment d’IRM ? Cette enquête est appuyée sur des sources, toutes disponibles dans les notes, auxquelles vous pouvez vous référer pour approfondir certains sujets. Bonne lecture.
Compte-rendu de l’action contre le SIDO du 20 septembre 2023
Mercredi 20 Septembre 2023, les collectifs StopMicro, Écran Total, Stop 5G Lyon et la Coordination Anti-Armement et Militarisme se sont donné rendez-vous devant le Salon de l’Internet Des Objets (SIDO) à 9 heures, pour dénoncer le pillage des ressources en eau par cette industrie, ses collusions avec le militaire et la société du contrôle numérique.
Le SIDO se déroulait au Centre des Congrès de la Cité Internationale de Lyon. Réservé aux professionnels de l’industrie numérique, il est sponsorisé par STMicroelectronics, fabricant grenoblois de puces électroniques, contre lequel lutte le collectif Stop Micro de Grenoble.
En effet, alors que les périodes de sécheresse et de restriction d’eau se multiplient, l’usine STMicroelectronics de Crolles a non seulement la priorité pour siphonner les nappes phréatiques, mais compte aussi doubler la capacité de son usine et ses prélèvements en eau avec le soutien de l’État et des politiques locaux, y compris les élus EELV du coin.
Stopmicro dénonce également, aux côté de la Coordination Anti Armements et Militarisme (CRAAM), le fait que les puces produites par STMicroelectronics ont des usages militaires ; elles ont été trouvées, par exemple, dans des drones et missiles russes envoyés contre les civils ukrainiens. La CRAAM souligne aussi que d’après ses recherches, au moins la moitié des 230 entreprises exposant au SIDO vendent du matériel militaire.
Et enfin, le SIDO est une vitrine de la société de contrôle et du tout numérique dénoncée par les collectifs Écran Total et Stop 5G : objets connectés dans toutes les facettes de votre quotidien, automatisation de tout et n’importe quoi avec la robotique et l’IA, numérique partout, justice nulle part.
Nous étions une vingtaine devant l’entrée du SIDO avec banderoles, pancartes, mégaphones et une belle pile de tracts ; face à la conséquente file de visiteurs, nous ne sommes pas passés inaperçus !
Nos slogans – « Stop au techno-solutionisme », « SIDO militaro-collabos », « STMicro voleurs d’eau », « De l’eau, pas des puces » – ont évidemment reçu un accueil mitigé de la part des exposants et visiteurs. Cependant, quelques professionnels de cette industrie sont venus nous dire que nos accusations tapaient juste.
Le soir, nos collectifs ont organisé un débat à la Luttine, sur les ravages de l’industrie numérique.
Après avoir fait le compte-rendu de notre action du matin et présenté chaque collectif, le débat a principalement tourné autour des moyens de lutter contre cette industrie. Pour schématiser, deux façons d’aborder la question se sont dégagées : tout d’abord, une approche axée sur la présence du numérique au quotidien et son intrusion dans tous les aspects de nos vies (école numérique, publicités vidéo à tous les coins de rue, etc.). Des personnes ont montré de l’intérêt pour d’éventuelles actions sur ces thèmes (sabotage ou recouvrement de panneaux publicitaires, par exemple).
Puis nous avons discuté de l’approche qui consiste à nous attaquer aux destructions provoquées par la production matérielle du tout-numérique, comme le fait StopMicro en dénonçant les ravages inhérents à la production de puces électroniques. La lutte contre les futurs réacteurs nucléaires EPR2 annoncés au Bugey est une échéance importante, car la relance du nucléaire est un élément nécessaire à la soit-disant « transition écologique », qui justifie jusque dans le discours de certains « écologistes » la société du tout-numérique (le fameux techno-solutionisme). Nous avons aussi évoqué la mobilisation contre Arkema, qui empoisonne depuis des décennies l’eau, l’air et la population du sud Lyonnais avec ses PFAS – il est à noter qu’Arkema produit à Pierre Bénite du PVDF, un composé nécessaire aux usines de puces électroniques ; il s’agit d’un plastique très résistant, utilisé dans les canalisations de ces usines (comme celle de STMicro à Crolles) pour que l’eau conserve sa pureté. Sa production implique un paquet de saloperies, dont des PFAS.
La preuve est faite que nous ne manquons ni de raisons pour nous opposer à l’industrie et au capitalisme numérique, ni de luttes en cours ou à venir pour essayer de leur en mettre plein la gueule.
Rendez-vous mercredi 13 décembre à 18h à la bibliothèque La Rue (10 rue Robert Planquette dans le 18e), pour une causerie sur la lutte états-unienne contre le « Cop city ».
À l’occasion du acab day (13/12), une causerie est organisée à la bibliothèque La Rue en soutien aux camarades américain.e.s qui luttent contre le cop city.
Depuis 2021, un mouvement inédit à Atlanta a débuté contre le projet Cop city, un projet énorme de centre de formation pour la police dans la forêt de Welaunee qui a pour conséquence une grande artificialisation des terres. Ce mouvement en regroupe deux en son sein, le mouvement écolo et le mouvement pour l’abolition de la police, ce qui est rare aux États-Unis. Lors de la soirée, nous évoquerons donc la manière dont le mouvement est structuré, les différentes composantes du mouvement et les théories politiques pour enfin se débarrasser de la police et de la justice.
Depuis fin septembre, un camarade, accusé de participation à une association de malfaiteurs et d’attaques contre des nazis, est recherché par le biais d’avis publics. Cet avis publique de recherche, lancé par la police judiciaire fédérale (Bundeskriminalamt, BKA) et la police judiciaire (Landeskriminalamt, LKA) du Land de Saxe, a été largement relayé dans les médias. Dans des articles de presse publiés peu de temps auparavant, il était question de 20 personnes issues de la « mouvance d’ultragauche » en clandestinité ; des parallèles ont été établis avec la RAF et on parlait d’une cellule agissant dans la clandestinité. Tout cela s’inscrit dans le cadre de l’enquête contre une prétendue association de malfaiteurs, l’affaire Antifa Ost*. En plus d’avoir publié plusieurs photos et informations personnelles sur le camarade, les forces de l’ordre ont promis une récompense de 10 000 euros pour toute information, comme une prime sur sa tête. Ce n’est pas surprenant que cette chasse à l’homme, soutenue par les médias bourgeois, ait été accueillie avec gratitude aussi par les nazis et relayée dans le milieu de droite. Cette recherche publique de grade envergure, son accompagnement médiatique et la presque complète absence de critique publique sont l’expression de l’ambiance sociale actuelle. Cela se situe sur la toile de fond d’un renforcement de la droite et d’un climat social toujours plus autoritaire, dans le sillage duquel un parti ouvertement fasciste développe de plus en plus d’ambitions concrètes d’accession au gouvernement.
Ce n’est pas un secret que, en raison des actuelles poursuites, différents camarades aient décidé d’éluder la répression et d’entrer dans la clandestinité. La raison de ce texte est de reconnaître ce fait et de lancer un débat à ce sujet au sein du mouvement de gauche. Nous avons remarqué que pour de nombreuses personnes la condition de clandestinité est très éloignée de leur réalité de vie et de leur pratique politique et que, par conséquent, dans le mouvement dans son ensemble, dans ses structures et ses cercles, aucune prise de conscience n’a encore pu émerger à ce sujet. Nous écrivons ce texte en tant que personnes qui ont un lien plus ou moins direct avec la vie dans l’illégalité. Nous sommes conscient.es que des telles discussions doivent avoir comme condition préalable le fait d’être lancées et réclamées de manière ciblée. Ce texte doit donc être un premier coup d’envoi pour discuter de la répression actuelle, des peines de prison et de la possibilité de la clandestinité.
Avis public de recherche – Une nouvelle dimension et pourtant seulement la pointe de l’iceberg.
La méthode de l’avis public de recherche n’est pas complètement nouvelle, en ce qui concerne la gauche. Dans le cadre des attaques contre des fascistes, dans la période de la « journée de l’honneur » [le 11 février 2023 ; NdAtt.], à Budapest, il y a déjà eu plusieurs avis de recherche non officiels, depuis février, par lesquels le journal Bild, entre autres, a diffusé des noms, ainsi que les image des avis de recherche qui avaient été publiés auparavant par la police hongroise. Des images du camarade actuellement recherché circulent dans les médias de droite depuis des années, après qu’elles aient été passées par le Soko LinX** à la revue fasciste Compact. Cependant, ce dernier avis de recherche, publié dans presque tous les grands journaux et sur pas mal de panneaux publicitaires, a une ampleur et une diffusion qui n’ont plus été vus, pour la gauche, depuis leur utilisation contre les groupes combattants des années 70, 80 et 90. L’effort déployé est comparable à la recherche, il y a environs deux ans, de Marsalek, le manager de Wirecard impliqué dans des scandales liés aux services secrets, qui a volé des milliards d’euros. Cela montre que cet effort est inhabituel non seulement par rapport à d’autres affaires concernant la gauche, mais aussi plus en général. De manière partiellement similaire, à l’heure actuelle le BKA recherche 20 personnes en tout.
L’objectif de tout cet effort est, en plus de la recherche effective du camarade, aussi la diffamation publique de l’antifascisme conséquent. Les comparaisons avec la RAF et l’affirmation sans cesse répétée que dans les « cercles de la sécurité » on ne peut plus exclure qu’il puisse un jour y avoir des morts [c.-à-d. que des antifascistes pourraient commettre des meurtres ; NdAtt.] dessinent un scénario de menace qui devrait conduire à la désolidarisation et à l’isolement des camarades en cavale. Dans ce but, avec l’avis public de recherche, le LKA de Saxe et le BKA essayent de délégitimer publiquement les actions qui sont reprochées aux camarades en clandestinité et ils appellent publiquement à dénoncer un camarade antifasciste. Il faut attiser dans la population la peur d’une gauche prétendument dangereuse, qui commet des délits graves et pourrait bien se radicaliser davantage. Le fait que les interventions qui leur sont reprochées n’aient pas touché des personnes au hasard, mais que ce soient des fascistes qui ont été attaqués, semble jouer un rôle négligeable ou bien est parfois activement nié.
L’avis public de recherche est pour l’instant l’expression la plus claire de la répression contre le mouvement antifasciste et plus largement de gauche, mais il est loin d’être le seul. En particulier, dans le cas du procès Antifa Ost et des enquêtes sur les attaques contre des fascistes, à Budapest, on voit toujours plus souvent des tentatives d’intimidation qui visent non seulement les inculpé.es, mais aussi leurs entourages solidaires et leurs familles. Le LKA du Land de Saxe et son Soko LinX se font remarquer, depuis des années, pour une régularité dans les perquisitions domiciliaires qui est unique en Allemagne, souvent avec des motivations cousues de fil blanc et menées de la manière la plus brutale et humiliante possible. En plus, des nouveaux cas de surveillance s’ajoutent constamment, avec des caméras cachées et la menace constante d’autres inculpations en vertu de l’article 129.
Mais cette répression accrue ne se montre pas seulement à Leipzig. On la voit de plus en plus clairement, partout en Allemagne, avec des formes différentes et diverses priorités locales. Il y a quelques années, les peines de prison étaient encore rares, mais, dans plusieurs cas, nous sommes toujours plus souvent confronté.es à la possibilité de condamnations à des peines de prison ferme et à des séjours effectifs en taule. Ces dernières années, rien que dans le sud de l’Allemagne, il y a eu six condamnations à des peines de prison, pour des militant.es de gauche.
De même, ces derniers temps la répression contre des structures de gauche augmente de plus en plus. Le premier gros coup, même selon les critères d’une justice de classe bourgeoise assez bancale, a été l’interdiction, en 2017, du site internet Indymedia Linksunten, en tant qu’association. Ensuite, plusieurs autres procédures pour association de malfaiteurs ont suivi, une accusation, celle-ci, qui est désormais utilisée sans cesse, alors que par le passé elle touchait surtout les organisations révolutionnaires turques et kurdes. En plus du procès Antifa Ost, où les premières jugements sont déjà tombés, des procédures en vertu des articles 129 [association de malfaiteurs ; NdAtt.] ou 129a [association à caractère terroriste ; NdAtt.] sont en cours contre des personnes de Francfort, de Leipzig et de Berlin. Une procédure de ce type, contre le groupe Roter Aufbau, a été classée récemment, après trois ans d’enquêtes. Les perquisitions contre Radio Dreyeckland [une radio associative de Fribourg-en-Brisgau ; NdAtt.], parce qu’elle est soupçonnée d’être le porte-parole de l’association dissoute Indymedia Linksunten, ainsi qu’une nouvelle procédure pour association de malfaiteurs contre des personnes de Nuremberg, qui sont accusées de « glorification du mouvement antifa », à cause de tags solidaires, s’inscrivent dans ce contexte.
En outre, l’expression autodéterminée dans la rue est de plus en plus restreinte ou empêchée par la force, comme cela a été montré à l’occasion du Tag X***, à Leipzig, ou des protestations contre le Salon de l’automobile de Munich. D’innombrables procédures pour des petites affaires bloquent des capacités et des ressources et épuisent les personnes visées.
À la recherche des traces : d’où vient la répression ?
Il y a actuellement différentes explications bien connues à l’intensification de la répression. Entre autres, dans le procès Antifa Ost, des déclaration de désolidarisation ont été faites par des cercles (prétendument) de gauche. Une fois encore, on a jacassé à propos d’un nouveau degré de violence qui ferait monter le niveau de la répression.
C’est vrai : plus l’antifascisme agit de manière conséquente et plus des fascistes et d’autres personnes d’extrême droite sont atteints de manière durable, d’autant plus l’État poursuit les responsables présumé.es. Ce qui est vrai aussi est que celui/celle qui agit contre les nazis d’une manière qui n’est pas seulement ponctuellement ou spontanée, mais organisée et cachée, pendant une longue période, se place en opposition vis-à-vis de l’État bourgeois – il/elle met concrètement en question le monopole étatique de la violence – et sera combattu par ce dernier. Mais cela ne suffit pas pour expliquer le durcissement de la répression, à différents niveaux. Nous devons plutôt regarder les conditions sociales dans lesquelles la répression produit actuellement ses effets. Depuis quelques années, on peut observer en Allemagne un développement de la droite, qui exprime moins un essor des groupes traditionnels de l’extrême droite qu’un ancrage en profondeur dans les partis bourgeois. Certes, c’est l’AfD qui attise ouvertement la haine contre les migrant.es et ce sont souvent des criminels de droite ou des nazis classiques qui attaquent les centres d’hébergement pour migrant.es et qui font que dans certaines zones les personnes qui ne correspondent pas à leur vision du monde ont peur. Mais ce sont les partis bourgeois, de la CDU [parti de centre-droite ; NdAtt.] jusqu’aux Verts, qui durcissent les lois sur l’asile. C’est la coalition de gouvernement [formée par trois partis de centre-gauche : libéraux (FDP), social-démocrates (SPD) et verts (Grünen) ; NdAtt.] qui, dans son projet de bilan pour 2024, veut supprimer jusqu’à 30 % des dépenses sociales. C’est la ministre de l’Intérieur Nancy Fraeser, de la SPD, qui met en pratique les slogans électoraux de l’AfD, quand elle veut appliquer des mesures de détention collective aux migrant.es et expulser des « membres de clans criminels » qui, individuellement, n’ont pas fait l’objet d’accusations concrètes. Il y a quelques années encore, c’étaient les partis et les organisation fascistes qui s’empressaient de s’aligner sur les programmes politiques des partis bourgeois. Désormais, ce qui se passe est plutôt l’inverse : les partis bourgeois essayent de s’aligner sur les positions et les revendications de la droite et se laissent pousser par cette dernière.
La répression développe parfois ses propres dynamiques, qui s’opposent à tout ce qui est considéré comme de gauche, dans un contexte donné. En conséquence ce ne sont pas seulement le mouvement antifasciste, le mouvement pour le climat, les révolutionnaires, qui sont visés, mais aussi des mouvement d’orientation parlementaires et réformistes comme « La dernière génération ». L’augmentation des interdictions et des procédures répressives ne suit pas une évolution uniforme. En parallèle, une partie des autorités poursuit toujours une stratégie de pacification, qui a pour but d’intégrer les mouvements de résistance et de les priver ainsi de leur force.
Le virage à droite des partis bourgeois n’est pourtant pas seulement un replis opportuniste et électoraliste face à l’AfD, même si des telles considérations y jouent certainement un rôle. L’extension des coupes dans les dépenses sociales, du ressentiment contre les migrant.es ou tel qu’il s’exprime dans la militarisation de plus en plus ouverte de l’Allemagne, est une réponse aux crises capitalistes et à la croissante concurrence impérialiste.
Aggravation des contradictions et réponse de droite.
Le mode de production capitaliste aggrave toujours plus la crise climatique ; il y a les premiers signes d’une récession économique en Allemagne, qui s’exprime par des prévisions de baisse de la croissance et des atteintes au système des retraites et de la sécurité sociale. On peut prévoir que, dans le cadre de la reconversion vers des « énergies vertes », comme la voiture électrique – qui, bien entendu, ne constitue pas un moyen efficace pour affronter la crise climatique – des dizaines de milliers de postes de travail seront supprimés. Au niveau global, les contradictions entre les différents blocs de pouvoir s’aggravent davantage, en ce qui concerne l’accès aux matières premières et aux sphères d’influence politique, et elles se manifestent au grand jour sous la forme de guerres. Les capitalistes sont obligés, dans un cadre de concurrence internationale, d’augmenter sans cesse leurs profits. Celui qui perd sombre. En conséquence, l’exploitation de la classe ouvrière s’intensifie davantage. Ces trois dernières années, aussi à la suite de la pandémie, le nombre de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême a grandi de façon brutale et les salaires réels ont continué de baisser, alors que, de l’autre côté, des nombreuses entreprises ont annoncé des bénéfices record.
Par l’exploitation des pays économiquement plus faibles, il est aujourd’hui possible de permettre une relative aisance à une partie de la classe ouvrière et de pacifier les luttes de classe dans les pays politiquement, économiquement et militairement plus forts, comme l’Allemagne. Mais il semble qu’actuellement le capitalisme soit de plus en plus en train de perdre cette possibilité. Les conséquences sont le militarisme et une intensification de la concurrence vers l’extérieur, pour imposer ses propres intérêts à d’autres pays et blocs de puissances. À l’intérieur, cela se manifeste par l’austérité et une répression croissante, ainsi que par une lutte contre-insurrectionnelle préventive qui se manifeste par de nouvelles lois sur la police, son armement et un durcissement général des lois. Tout cela s’inscrit dans un rapport d’interdépendance avec le virage à droite de la société, les campagnes d’opinion racistes et les tendances autoritaires – d’un côté ils en constituent le fondement, d’autre part ce virage à droite est encore renforcé par ces choix politiques. En même temps, on se prépare déjà à contrer d’éventuelles perspectives de gauche, ou révolutionnaires, au sujet de l’exploitation et de l’oppression.
Alors qu’une partie de la gauche réformiste n’a même pas la prétention de changer cette situation, la gauche anticapitaliste n’est pas non plus en mesure, en ce moment, d’y apporter des réponses progressistes. Là où on y essaye, et où la prétention au pouvoir de la part de l’État n’est pas acceptée, nous sommes socialement isolé.es, voire insignifiant.es. Souvent, à côté de la pratique militante, il manque une organisation qui puisse aller au-delà de la lutte contre l’adversaire politique et qui puisse développer ses propres perspectives.
La vérité est aussi que la répression ne touche pas seulement les organisations de gauche ou antifascistes, mais ces dernières années l’État s’en est pris aussi aux groupes de droite, du moins ponctuellement. Les récentes interdictions prononcées contre des structures fascistes et terroristes de droite montrent qu’une partie importante de la classe dominante, en Allemagne, n’a pour l’instant aucun intérêt à une prise du pouvoir par le fascisme. Les réponses de droite et réactionnaires à la crise ne remettent jamais en question le capitalisme, au contraire elles le renforcent. En revanche, une gauche anticapitaliste et antifasciste reste toujours, malgré son isolement social, un danger pour l’État bourgeois – même si plutôt abstrait, pour l’instant.
Et après ?
L’absence de grandes luttes de classe et de mouvements sociaux en Allemagne renforce le risque d’isolement, pour les forces progressistes qui remettent en question, aussi en pratique, le monopole étatique de la violence. Nous pouvons faire face à ce problème seulement avec un travail de construction constant et persévérant, qui repose sur la lucidité et sur la visibilité dans la société, qui agit en fonction des contradictions sociales et des luttes en cours, qui en fait partie et qui montre déjà, à petite échelle, des perspectives progressistes. Très concrètement, le fait que des perspectives de gauche deviennent populaires permettrait aussi que moins de monde participe à des campagnes de délation, comme l’avis public de recherche déjà mentionné, et ouvrirait la possibilité d’une base sociale et d’un soutien plus larges.
En même temps, en raison de la dureté de la répression, il y a aussi une tendance à isoler les camarades en clandestinité du reste du mouvement. Pratiquement aucune organisation de gauche, aucun groupe du milieu s’est solidarisé publiquement avec les personnes en cavale, bien que, depuis des mois, les médias bourgeois soient pleins de campagnes de diffamation et de calomnies. La formation d’expériences collectives et la prise de conscience de cette situation est ainsi rendue plus difficile. Cela vaut également dans le cas des prisonnier.es politiques, où garder des liens est moins dangereux, donc plus facile, mais qui peuvent aussi être séparé.es les un.es des autres dans différentes prisons d’Allemagne ou, dès qu’il y a un rapport trop étroit avec des prisonnier.es social.es, être simplement transféré.es.
Le fait que le degré de répression dépasse qualitativement le niveau de nos luttes crée une disproportion dans laquelle la répression s’imposera sans action ni choix conscients. La conscience politique se développe entre autres à partir de nos conditions de vie concrètes et des luttes que nous menons. Les luttes en Allemagne, en grande partie légales, ne préparent pratiquement pas leurs participant.es au contact avec la répression que l’État exerce en ce moment contre les personnes en cavale et leurs milieux supposés. Ce n’est donc pas vraiment surprenant que le mouvement de gauche en Allemagne soit intimidé par l’actuelle répression étatique. Mais cette constatation, à elle seule, ne nous fait pas avancer non plus. Pour pouvoir résister à la répression actuelle, il faut un choix actif de solidarité avec les personnes en cavale et avec les pratiques pour lesquelles ils/elles sont persécuté.es par l’État, il faut une opposition claire à l’État bourgeois et à sa justice de classe.
Même si les cas de répression, les procédures pour association de malfaiteurs, les avis publics de recherche et les peines de prison que nous avons cité ne sont pas encore la règle, ils ne constituent pas non plus des cas isolés, mais la pointe qualitative d’une tendance qui risque de s’aggraver dans les prochaines années. Les avis publics de recherche, des méthodes de surveillance tel que l’utilisation massive de caméras, de micros ou de traceurs GPS, ainsi que la répression contre les milieux auxquels on reproche leur soutien, se poursuivront. C’est le cas en particulier quand il y a des peines de prison qui tombent et des personnes choisissent de s’y soustraire. Il est nécessaire de l’admettre et, par conséquent, de créer un espace pour en discuter. Cela implique aussi de reconnaître que la répression – notamment en l’absence d’une approche constructive – suscite de l’angoisse chez les gens et conduit à un repli dans des pratiques tolérées, jusqu’au retrait complet de l’activisme politique.
Des nouveaux durcissements exigent aussi une nouvelle approche, face à une répression qui change. Une possibilité est celle de se soustraire à la répression. Par la clandestinité, nous pouvons créer une nouvelle capacité d’action et une nouvelle perspective quant aux peines de prison. Aujourd’hui la clandestinité semble si lointaine aussi parce qu’il y a moins d’expériences et d’exemples contemporains à ce sujet. Pour des nombreuses personnes, l’idée de passer une période donnée en prison est plus tangible.
Avec le temps et les expériences qui se feront, ce point sera relativisé lui aussi, mais ce n’est pas gagné d’avance. Il faut donc aborder de manière plus active l’échange d’expériences et la discussion consciente sur les approches et les perspectives stratégiques, sur les erreurs et les problèmes – tant en ce qui concerne la prison que la clandestinité – afin d’affronter la tendance à l’isolement. Cela implique de prendre conscience de la raison pour laquelle nous luttons vraiment et pour laquelle nous sommes aussi prêt.es à assumer certaines conséquences.
Contre toute adversité, contre la répression et la prison, le soutien et la solidarité avec les personnes en clandestinité existent et nous combattons ensemble pour une perspective – malgré tout.
Liberté et bonheur pour tou.tes les camarades en prison et en cavale !
20 novembre 2023 Commission sur la clandestinité
Notes d’Attaque : * une affaire répressive par laquelle la justice du Land de Saxe (dans l’est du pays) accuse quatre antifascistes d’une série d’agressions contre des nazis, entre 2018 et 2020. Le procès en première instance s’est soldé en mai 2023 avec des peines allant de deux ans et demi à cinq ans et trois mois de prison. ** Service du LKA de Saxe, crée en 2019 et chargé des enquêtes sur ce que politiciens, flics et journalistes appellent le « milieu extrémiste de gauche ». *** « Jour J » – appel pour une grande manifestation solidaire, le premier samedi après que les sentences du procès Antifa Ost soient tombées. Elle aurait du se tenir le 3 juin 2023, mais elle a été interdite et la ville placée sous stricte surveillance policière.
Aux premières heures du 17 novembre, nous avons attaqué et incendié trois machines d’Attiko Metro [ancien nom d’Elliniko Metro, l’entreprise d’État propriétaire du réseau ferroviaire en Attique et à Thessalonique et des métros d’Athènes et de Thessalonique ; NdAtt.], sur le chantier de la ligne 4 du métro, dans le secteur de Kaisarianí, au carrefour des rues Ethnikis Antistaseos et Filolaou.
Notre action est la suite logique du slogan que nous avons crié tant de fois, avec des milliers d’autres manifestant.es, dans les rassemblements et les manifestations contre la destruction de la place Exárcheia [où devrait être construite une station de la nouvelle ligne 4 ; NdAtt.], par la collaboration de l’entreprise d’État Attiko Metro et des autorités. Des mobilisations qui se sont intensifiées ces derniers temps, après que les machines de chantier ont envahi la place, pour vider le coin de ses arbres, buissons, etc.
[La traduction anglaise de cette revendication est partielle : deux paragraphes manquent ; NdAtt.]
Enfin, nous avons voulu que notre attaque incendiaire ait lieu au moment (tôt le 17 novembre 2023) où, selon les médias, 5000 policiers patrouillaient dans les rues d’Athènes, en prévision des mobilisations pour le 50ème anniversaire du soulèvement de Polytechnique. Notre attaque incendiaire s’est passée à la moitié du court chemin entre le poste de police de Kaisarianí et le quartier général de l’YMET [unités spéciales de la police hellénique ; Note d’Act for Freedom Now!], sur l’avenue Oulof Palme, ce qui prouve que la ville appartient à ceux/celles qui veulent détruire l’ordre et non pas à ceux qui sont payés pour le faire respecter. Maintenant et toujours.
Dans la nuit du 3 au 4 décembre, dans le cadre des journées d’actions contre Lafarge et le monde du béton, nous avons décidé d’agir pour mettre un coup d’arrêt à la production de la cimenterie Vicat de Saint Egrève.
Dans la nuit du 3 au 4 décembre, dans le cadre des journées d’actions contre Lafarge et le monde du béton, nous avons décidé d’agir pour mettre un coup d’arrêt à la production de la cimenterie Vicat de Saint Egrève.
Si, à travers cette action, c’est toute l’industrie du béton que nous attaquons, le choix du groupe Vicat n’est pas un hasard. Loin de l’image de petite entreprise locale qu’il tente de promouvoir, Vicat est un géant du béton qui produit chaque année près de 23 millions de tonnes de matériaux, pour un chiffre d’affaire de plus de 3 milliards d’euros. Le groupe possède une douzaine de filiales dans le monde, dont une partie en Afrique de l’Ouest où, dans une logique néo-coloniale dramatique, il pollue massivement les eaux et les airs.
Le groupe tente de faire croire à des intentions écologistes, en mettant par exemple en avant le transport des matières premières par le téléphérique du site de Saint-Egrève - fabriqué par POMA, le fossoyeur du nucléaire à Bure. Pourtant, ses activités restent parmi les plus émétrices au monde avec 20 méga tonnes de CO2 par an relachées dans l’atmosphère, et il n’a pas diminué ses émissions au cours des dernières années malgré ses promesses. Au delà de ces émissions, l’entreprise contribue à la destruction du vivant de bien d’autres manières. Après avoir vendu du béton pour la construction d’EPR, pris part à l’artificialisation des sols dans le cadre du Grand Paris, le groupe a récemment fait l’acquisition de l’entreprise de transport SATM afin de pouvoir participer directement au chantier abberant du Lyon-Turin.
En 2022 sur France Bleu Isère, Guy Sidos, PDG du groupe, avait l’occasion de promouvoir ses opérations de greenwashing. Il déclarait alors, dans un exercice de style aussi acrobatique que malhonnête : « Vous savez, on ne reproche pas à un artiste-peintre la production de sa peinture. On ne va pas reprocher aux fabricants de matériaux l’usage qui en est fait. » Il semblerait ici que Vicat soit à la fois producteur de peinture et peintre, et le tableau est morbide.
Si il fallait encore en dire, nous ajouterions que l’histoire des familles Vicat et Sidos, à la tête du groupe, est celle du déshonneur de la collaboration et du fascisme. A l’image de Joseph Merceron-Vicat condamné à la prison et à l’indignité nationale après avoir contribué à constuire des bunkers pour le IIIe Reich, ou plus récemment à celle de Pierre Sidos, antisémite, pétainiste notoire et fondateur de l’Oeuvre Française.
Face aux entreprises capitalistes qui exploitent les êtres humains et face aux industries écocidaires, face à l’Etat bourgeois et à sa justice qui criminalise nos camarades, nous continuerons de lutter en paroles et en actes.
Soutien inconditionnel à nos camarades de Bouc-bel-air !
Avant toute chose, un avertissement : ce texte est écrit par et pour des personnes queers et leurs ami-e-s. Il a pour intention de contribuer au débat autour de l’inclusion et des identités, où la validité des personnes queers n’est pas questionnée. Quiconque utilise ce texte pour contribuer à de l’homophobie ou de la transphobie est un foutu crétin.
Quand la porte de la cellule se referme enfin, quand le bruit métallique des clés s’éloigne, tu sais que t’iras pas plus loin aujourd’hui. Enfin tu peux relâcher ton souffle, seul-e avec ton matelas, et être dans ton propre corps à nouveau, ton corps qui n’est plus un problème à résoudre ou une question à laquelle répondre. Simplement ton poids familier sous la couverture, où tu peux trembler encore et encore, et essayer de dormir et de te préparer à ce qui va venir.
J’ai fait de la taule autant dans des prisons pour hommes que pour femmes, et j’en ai beaucoup appris sur le monde dans lequel on vit. Sur le genre et sur comment l’État le perçoit, et sur la façon dont le genre est une forme de contrôle. Ici, dans le territoire appelé Canada, l’État a changé ses règles sur la façon dont ses institutions traitent le genre il y a de ça quelques années. Il a ajouté «l’identité de genre» à la liste des «catégories protégées», comme la race ou le sexe, dans le projet de loi C-16(1). Cela signifie qu’il a fallu s’informer sur comment respecter l’auto-identification de genre.
Dans le monde austère et violent de la prison, la fragilité de ce cadre progressiste du genre apparaît clairement. La société canadienne a une approche – officiellement – positive de la différence, à travers l’inclusion de diverses identités basées sur l’auto-identification. C’est en grande partie le résultat de luttes, mais nous devons aussi être capable de le critiquer pour continuer à lutter pour un monde sans prisons et sans la violence du genre. On se penchera plus tard dessus dans le texte, mais adopter nous-mêmes la vision purement positive de l’identité de genre que véhicule l’État peut nous mener à une compréhension simpliste de (l’hétéro-)sexisme et à défendre les projets de l’État contre les réactionnaires, alors que nous devrions les attaquer à notre façon(2).
Se faire identifier
La prison est l’un de ces rares espaces restants où l’État continue à s’impliquer ouvertement dans la catégorisation des gens par le genre, et à les exposer à un traitement différencié sur cette base. Allongée sur ce matelas merdique, j’étais dans une cellule de l’unité d’isolement de la section femme de ma prison régionale après avoir été identifiée comme trans. Les gardiens m’avaient cuisiné sur mon genre et ma sexualité pendant à peu près deux heures jusqu’à ce que je sois en pleurs, ce qui était horrible, puisque j’essaye d’habitude de ne pas leur montrer grand-chose.
Au niveau humain, je ne pense pas qu’ils agissaient avec malveillance. Le processus était nouveau, la plupart d’entre eux ne s’en étaient jamais chargé avant et ils ne connaissaient probablement aucune personne trans. Et beaucoup des questions posées n’étaient pas les questions officielles. Quand le gardien derrière le bureau s’arrêtait pour taper quelque chose, l’un de ceux sur le côté intervenait avec curiosité : « Donc tu ne t’identifies comme rien, mais tu aimes les hommes ou les femmes ? Tu dois choisir. » Et alors le gardien au bureau continuait « Donc si tu es en surveillance étroite en cas de risque de suicide, et on t’a retiré tes vêtements, tu veux être surveillé par qui sur caméra, un homme ou une femme ? »
Comment tu t’identifies ? Identifie-toi ! Il y a deux portiques de détection menant à deux différentes incarcérations, tu dois t’identifier de façon à ce qu’on sache lequel utiliser.
La pression pour s’identifier avait commencé juste avant l’aube ce jour-là, peu de temps après les détonations des grenades assourdissantes quand les flics avaient enfoncé notre porte. J’étais nue sous un drap, les poignets attachés par des serflex, surveillée par un flic masqué en tenue de protection avec un fusil d’assaut à la main, quand un flic habillé plus normalement est entré. Il m’a annoncé les chefs d’accusation, et m’a ensuite demandé si je préférais qu’un flic homme ou femme me regarde m’habiller. J’ai dit que je m’en fichais. Il est parti chercher une flic femme et a coupé les menottes. Je passais en revu mes vêtements à la recherche de quelque chose qui serait à la fois féminin et chaud, puis j’ignorais leurs sommations pour me dépêcher alors que je me maquillais.
Au commissariat, je gardais un visage fermé alors que le policier me montrait des photos et des documents et me posait des questions. Quand arriva le temps du transfert au tribunal, les officiers de justice me demandèrent qui devait me fouiller, un homme ou une femme. Je dis que je m’en foutais. Ils dirent qu’il fallait que je réponde. Je dis que qui voudrait le faire le pouvait, que je ne pouvais pas les arrêter. Ils décidèrent de me faire fouiller le bas du corps par un homme et le haut par une femme.
Après le tribunal, je fus chargé dans le fourgon dans un box pour un seul prisonnier, classifiée comme « Femme : à maintenir séparée ». Il y avait plusieurs hommes dans les autres box et l’un d’eux commença à plaisanter, m’appelant sa petite-copine. On nous déplaça un à la fois vers la section homme de la taule, placés en cellules les uns à côté des autres, et les plaisanteries continuèrent. Je jouais le jeu nerveusement. J’avais déjà été en prison pour hommes avant, j’y ai parfois été identifiée comme gay, mais j’avais l’air assez différente à cette époque. Les gardiens virent ce qui se passait et me sortirent après quelques minutes. Ils me demandèrent où je voulais être. Je demandais quelles étaient mes options et ils répondirent probablement l’isolement chez les hommes ou l’isolement chez les femmes. Les autres prisonniers parlaient toujours de moi. Je dis chez les femmes. Ce fut la première affirmation que je fis en réponse à une question de la journée.
Construire et affirmer une identité, sur instagram comme dans une salle d’interrogatoire, est une façon de nous faire parler. La prison doit se montrer inclusive de la diversité de genre, et l’inclusion équivaut à une invitation à participer : « Où veux-tu être ? ». Devrais-je me sentir heureuse de me voir inclus dans une prison, affirmée en tant que personne trans, quoique ce mot puisse signifier ? Bien sûr que je suis contente de n’avoir pas vécu davantage de violence, mais est-ce que cette expérience tient vraiment lieu d’une victoire pour celleux qui ont milité pour l’inclusion ?(3)
Il est facile, et pas nouveau, de faire des critiques de l’inclusion, parce qu’il y a tellement de choses que nous préférerions demander – je viens d’une tradition anarchiste où c’est ce que le mot « queer » signifie. Cependant c’est différent de partir de ce que l’inclusion nous fait ressentir dans nos corps, comment elle nous façonne. Les façons dont l’exclusion est violente sont souvent évidentes, mais y at-il aussi une dimension violente à l’inclusion, quelque chose que nous rejetons à juste titre?
Comme point de départ on peut se demander comment l’État voit le genre. Que signifie le mot « femme » dans la phrase « prison pour femmes » ? Quelles sont les conséquences de l’inclusion en tant que femme dans une telle prison ? Comment est-ce que l’État comprend le mot « trans » et comment cette compréhension se manifeste-t-elle par des murs et des barreaux ? L’identité a deux versants, un positif et un négatif. Le négatif renvoie à l’oppression et à la violence, le positif à l’affirmation et à l’appartenance. La première fois que j’ai appris cette distinction, elle portait sur le fait d’être noir-e (je suis blanche). Dans ce contexte, « Noir-e » renvoie à une histoire et à un vécu continu de violence raciste qui produisent certaines personnes comme noires, mais en même temps cela affirme une identité résiliente, une lutte partagée et la culture qui en émerge (4). Un débat semblable est en cours dans ma région autour de l’identité autochtone et le rôle de l’ascendance, de la culture, de l’appartenance, de la violence, du racisme et de la lutte pour construire ces identités.
Le débat sur l’inclusion trans et le discours officiel d’État insistent sur le versant positif, sur l’affirmation – l’auto-identification comme base d’appartenance à une classe reconnue de personnes (pour moi, celle des femmes). Mais cette positivité n’est qu’un vernis, ce qui s’avère particulièrement évident en ce qui concerne la prison, car entre les murs c’est notre affirmation positive, notre autoidentification qui nous expose au versant négatif de l’identité – à savoir la violence genrée des prisons pour femmes.
Être vrai
Dans le contexte carcéral les femmes existent comme « les autres ». La prison est pour les hommes, la prison est masculine, même si le taux d’incarcération des femmes ne cesse d’augmenter. Dans le contexte du patriarcat, une prison qui « ne voit pas le genre », exposerait les femmes à une violence additionnelle que cette société ne sanctionne pas officiellement. Donc, dans un esprit d’égalité bourgeoise, le système carcéral produit une institution séparée pour les femmes, les regroupant sur la base d’un vécu de violence sexiste. Quand l’État commence à voir sa légitimité menacée par l’expérience de violences similaires des personnes queers et trans, celles-ci peuvent être ajouté-e-s à cette catégorie pré-existante sans avoir à changer la nature fondamentale de la prison.
Hommes et femmes sont des catégories signifiantes dans la mesure où il existe un vécu du patriarcat propre à chacun; les femmes trans constituent une identité distincte dans la mesure où elles ont aussi une relation spécifique à la violence du patriarcat (5). La prison fonctionne alors comme une usine : elle trie les corps pour les exposer à des traitements différenciés et les reproduire violemment comme des êtres genrés dans un monde qui a besoin de tels êtres. Être séparé-e ne veut pas dire être égal-e. La façon dont les gens sont traités dans une prison pour femmes n’est pas la même que dans une prison pour hommes. C’est en partie pour répondre à des besoins différents : des vêtements avec des hauts et des bas séparés plutôt qu’une combinaison, l’accès à des serviettes et des tampons, davantage de travailleurs sociaux, moins d’insistance sur la colère dans les programmes et davantage sur le trauma. D’autres aspects sont manifestement sexistes et correspondent à l’application des normes de genre par la prison : un code vestimentaire stricte, une interdiction de se toucher, une dissuasion pour l’exercice physique, et une tolérance limitée pour les conflits et les bagarres.
Au-delà des traitements différents, mêmes les choses qui sont identiques entre les prisons pour hommes et pour femmes ne produisent pas le même effet : les plateaux repas standardisés, les visites, la surveillance et les fouilles, la présence à la fois de gardiens et de gardiennes. Les deux expériences de ces mêmes éléments ont des effets très différents. Développons un de ces exemples : Les prisons provinciales des hommes et des femmes dans l’Ontario servent exactement la même nourriture. Dans la prison pour hommes, on la trouve souvent insuffisante, en partie parce que l’exercice joue un rôle important dans la culture des prisonniers ; il n’est pas rare que les prisonniers sortent de prison en meilleure forme et plus musclés qu’à leur entrée. Dans les prisons pour femmes, s’exercer est fortement déconseillé entre prisonnières et parfois les gardiens le traitent comme une violation des règles. Il est courant pour les prisonnières de prendre du poids rapidement tout en ayant une baisse globale de condition physique du fait d’une inactivité imposée. La société dans son ensemble traite la grosseur de façon fort différente pour les hommes et pour les femmes, donc cette prise de poids est souvent accompagnée de honte et vient jouer avec des troubles alimentaires et d’autres enjeux de santé mentale.
Des repas égaux dans une société profondément inégale produisent un impact global négatif sur les prisonnièr-e-s dans les établissements pour femmes – la prison nuit et contrôle autant par ce qu’elle donne que par ce qu’elle enlève. En ce sens, la prison pour femmes reproduit une vision spécifique du patriarcat à travers les formes de nuisance qu’elle cause et les dynamiques toxiques qu’elle encourage. Nous pourrions faire une analyse semblable de la façon dont les expériences de violence sexuelle et d’objectification rendent les fréquentes fouilles au corps plus pernicieuses, tout comme la présence de gardiens hommes t’observant à tout instant. Ou comment les systèmes de visites et de téléphones restrictifs viennent jouer avec le fait que les prisonnières ont beaucoup moins d’accès à des ressources et à du soutien extérieur que ce à quoi ont accès les prisonniers du côté des hommes.
Pour en revenir à mon histoire, je finis en isolement chez les femmes à la fin de cette première journée. Ce qui est plus ou moins la même chose que l’isolement chez les hommes, superficiellement du moins. La cellule fait à peu près la même taille, son agencement est le même, tout comme le sont les règles étranges comme ne pas avoir droit à des chaussures, et comme la télé qui est à l’extérieur de ta cellule et n’a pas de son. J’ai fini par rejoindre un bloc normal avec d’autres prisonnièr-e-s que le système considérait comme des femmes, mais ça a pris du temps.
Beaucoup de choses horribles se passent en prison. Une grande partie n’en sort jamais, ne devient jamais visible pour celleux qui sont à l’extérieur. Mais il y a des exceptions, la plus notable étant la mort. Si à l’heure actuelle les prisons provinciales dans ma région font l’objet d’une réorganisation pour réduire le nombre de morts par overdose, ce n’est pas parce qu’ils se soucient des prisonniers, mais parce que un corps qui en sort en tant que cadavre est impossible à ignorer. Ils préféreraient ainsi que les prisonniers n’aient aucune activité, aucun livre et aucune lettre plutôt que de risquer que du fentanyl ne puisse trouver son chemin vers l’intérieur. De même, les prisons ne peuvent cacher les grossesses.
Dans son entreprise de tri des corps, la prison a considéré mon corps comme une source potentielle de violence dont l’évitement (ou la gestion) est à l’origine de l’existence des prisons pour femmes. Lors de mes premiers jours en isolement chez les femmes, on m’a dit que je sortirais de l’isolement seulement si je pouvais prouver que j’étais incapable d’avoir une érection. Je n’ai pas mordu à l’hameçon, j’ignore donc ce que le «prouver» aurait pu impliquer. Mais il y a d’autres façons par lesquelles la prison s’assure que tu n’es pas une menace : ils regardent si tu prends des hormones et quelles sont tes doses, ils observent comment tu te présentes à l’intérieur des murs comme à l’extérieur, à ce pourquoi tu te bats contre eux (combien de fois tu les supplieras à la fenêtre de ta cellule d’isolement pour obtenir un rasoir ?). Ils évaluent aussi comment les autres prisonnièr-e-s réagissent face à toi.
À un moment, un sergent est venu et m’a dit que j’avais dix minutes pour me préparer, que j’allais visiter un bloc. Je résistais en disant qu’on ne m’avait pas encore donné de rasoir, alors ils m’en ont ramené un, mais sans démordre sur les dix minutes. Heureusement, comme ça faisait maintenant un mois que j’étais à l’intérieur, des gens m’avaient envoyé de l’argent, donc j’avais déjà pu me procurer du maquillage à la cantine. Je me suis donc précipitée avec le rasoir merdique et j’ai réussi à appliquer du fond de teint sur les coupures avant que ne soient revenus les matons pour m’emmener dans un bloc avec trente autres prisonnièr-e-s.
Je n’ai jamais vécu quoique ce soit de semblable au fait d’entrer pour la première fois dans un nouveau bloc. La seule chose qui change en prison d’un jour à l’autre, c’est les gens, donc tous le monde se scrute les un-e-s les autres et les nouvelles personnes sont de vraies curiosités. Tu dois te rendre inintéressant-e, mais évidemment les gardiens m’avaient amené là pour qu’on parle de moi. Je n’ai passé que quelques minutes dans le bloc durant ma «visite». Quelques personnes m’ont parlé, tout le monde m’a regardé et on m’a sorti à nouveau. C’était profondément gênant. J’ai réussi le test, c’est ce qu’on m’a expliqué plus tard, et ça avait à voir avec le son de ma voix, si je pratiquais le tucking, ce à quoi je ressemblais et comment je bougeais. J’ai une petite corpulence et on m’a dit que ça a aussi aidé. Les prisonnièr-e-s avec lesquel-le-s les gardiens parlèrent se trouvaient d’accord pour dire que j’étais «vraie», alors on m’a bougé dans ce bloc le soir-même.
J’ai entendu beaucoup d’histoires à propos de «fausses» femmes trans, expression qui peut signifier que des femmes trans n’ont pas un bon passing, mais la plupart du temps ça désigne celles qui n’en font pas l’effort. J’ai entendu mes co-détenu-es décrire des agressions ou des avances de la part de femmes trans alors qu’elles étaient à l’intérieur. Je n’ai aucune raison de douter de leurs expériences, car on a passé des mois ensemble et on a fini par se connaître assez bien. Un certain nombre de personnes qui m’ont raconté ces faits étaient aussi les plus accueillante-s avec moi, personnellement. Il semblerait que ce mépris pour les «fausses» femmes trans était proportionnel avec combien mes co-détenues pensaient que les «vraies» devaient être incluses.
Les «vraies» femmes trans ne se battent pas, ne crient pas avec des voix masculines, ne font pas de pompes et ne draguent pas d’autres femmes; à l’inverse, les «fausses» femmes trans aiment tyranniser les autres, font monter leur voix dans les aiguës sauf si ça peut servir à intimider, ne veulent pas d’un corps féminin et leur sexualité est celle d’un homme hétéro. Ça me fait ressentir un truc dégueulasse de répéter ce discours qui fait écho à la pire propagande antitrans. Pourtant, je pense que dans le contexte de la prison, c’était aussi une façon pour ces gens, dont je sais qu’elles ne détestent pas les femmes trans, d’essayer de se protéger les unes les autres.
La distinction entre «vraie» et «fausse» est encore plus bidon que le genre lui-même, mais je veux assumer la manière dont j’y ai participé. Au début d’une période d’un an et demi, dans laquelle j’ai fait trois passages en taule, je suis passée de non-binaire féminin à faire de mon mieux pour avoir un bon passing de femme. Par certains aspects, ce processus s’est avéré très satisfaisant et peut-être que j’aurais fini par le faire de toute façon. Par d’autres, une bonne partie de ma motivation était de ne pas avoir à passer des mois et des mois en isolement. Je comprends encore mon identité de genre comme étant – par essence – imposée, et je m’efforce encore d’avoir un bon passing, même si ça fait maintenant presque un an que j’ai entendu pour la dernière fois la porte d’une cellule se refermer derrière moi.
Ceci dit, je ne pense pas que ce soit un problème d’attitudes individuelles – pas les miennes, pas celles de mes co-détenu-e-s, pas même celles des gardiens-. Je pense que la compréhension progressiste et purement positive du genre est fausse et nuisible, ce que l’adoption par le système carcéral de l’auto-identification du genre a rendu encore plus évident. Je compte développer plus ce point, mais j’y reviendrai plus tard, car je veux d’abord vous raconter une histoire que j’ai entendue à l’intérieur.
Quand identité signifie accès
L’État a une règle selon laquelle il doit fournir des repas répondant aux régimes alimentaires religieux, parmi lesquels le plus compliqué est le kasher, puisqu’il ne s’agit pas que de remplacer une chose par une autre. Donc, les prisons de l’Ontario ont signé un contrat avec une entreprise privée pour les repas kasher, qui sont souvent d’une qualité bien meilleure que les repas standards. Ça fait que les prisonniers essayent constamment de convaincre l’institution qu’iels sont juifve-s, de façon à accéder à de la meilleure nourriture. Les prisons sont alors dans un rôle de contrôle de l’identité juive et fabriquent toute sorte d’obstacles pour celleux qui essayent sincèrement d’observer des règles religieuses.
J’ai entendu récemment qu’un bloc de la prison pour hommes adjacente avait essayé de régler ce problème une fois pour toute en déposant une plainte pour violation des droits de l’homme concernant l’accès aux repas kasher. Ils soutenaient que les règles alimentaires suivies par les personnes juives sont également celles présentées dans les Écritures observées par d’autres religions; il s’ensuit donc que toute personne observant les Écritures Saintes devrait avoir accès à de la nourriture conforme à ces règles. Le tribunal leur a donné raison et, tout d’un coup, des centaines de prisonniers exerçaient leur tout nouveau droit d’accès à de la nourriture kasher. Ça entraîna l’effondrement de l’approvisionnement de repas kasher (ou du moins de la ligne budgétaire correspondante), ce qui a eu pour conséquence que la plupart des prisonniers juifs furent poussés à prendre le régime vegan, puisque les repas kasher se raréfiaient.
Je ne sais pas si cette histoire est vraie. Je ne peux en retrouver aucune trace sur google. Mais j’ai été témoin, autant en tant que prisonnière qu’en tant que personne solidaire, de plusieurs moments de lutte de prisonnièr-e déclenchés au Canada dont la revendication pour l’accès à une meilleure nourriture pour tou-tes tenait lieu de poudrière. Même si cette histoire n’est qu’une fable, elle souligne certaines dynamiques sur la façon dont le changement – sur des bases d’identité – se produit.
Le système carcérale a été obligé d’accepter une définition élargie d’une classe reconnue de personnes et, de ce fait, de fournir un ajustement lié à cette classe, à plus de prisonniers. Autant le système que les prisonniers comprirent cette ajustement comme un privilège dont l’obtention représentait une amélioration des conditions de vie des prisonniers, aussi bien qu’une obligation financière accrue pour l’institution. La prison a alors refourgué ce fardeau à un autre groupe de prisonniers (ici, les prisonniers juifs pratiquants dans leur vie hors murs) tout en essayant de limiter l’accès à l’ajustement (ou au privilège) sur une base différente, plutôt que de remettre en cause l’identité de qui que ce soit.
Vous aurez sans doute deviné où je veux en venir, mais laissez-moi le développer. Le système nécessite d’étendre son contrôle sur le genre pour tenir compte de l’auto-identification, ce qui entraîne une augmentation du nombre de personnes assignées homme à la naissance placées en prison pour femmes (6). Il crée également un chemin plus facile pour quiconque voudrait bouger d’une prison pour hommes vers une prison pour femmes. Les conditions dans les deux établissements sont différentes, comme je l’ai expliqué plus haut, et cette différence se fonde sur la réduction ou la gestion de la violence à laquelle font face les personnes que le système considère comme femmes.
La violence dans les prisons pour hommes, en Ontario comme ailleurs, peut être intense, ce qui fait que beaucoup de gens ont leurs raisons de vouloir y échapper, pas seulement les femmes trans. Les prisons pour hommes essayent de répondre à ce besoin (parce que la prison a du mal à dissimuler les visites à l’hôpital, tout comme les cadavres et les bébés) avec la Détention protégée (DP) , ce qui revient plus ou moins au même que la Population générale (PG), à la différence que toutes les personnes qui s’y trouvent ne se sentaient pas en sécurité dans un bloc normal (7). Beaucoup de queers finissent en DP, mais c’est aussi l’endroit où finissent les personnes accusées de crimes d’ordre sexuel ou de violence contre des enfants, tout comme les personnes qui ont trop de conflits, qui sont dans le mauvais gang, qui ont une mauvaise réputation, qui étaient dans les forces de l’ordre…
L’admission en DP est volontaire, les prisonniers doivent juste en faire la demande, mais une fois que tu es en DP, c’est la plupart du temps impossible de revenir sur ce choix. Au fil du temps, il en résulte que le nombre de prisonniers en DP et en PG se ressemble de plus en plus, tout comme leurs niveaux de violence. Alors où va-t-on pour échapper à la violence de la DP ? Il y a eu un développement de nouvelles formes d’isolement ces dernières années (8). De plus en plus de queers se retrouvaient à purger la totalité de leur peine en isolement, ce qui ne fait qu’aggraver le problème préexistant de surpopulation dans les prisons en Ontario. Les unités d’isolement ne peuvent la plupart du temps pas être aussi densément peuplées, et le système carcéral veut disposer de l’espace à sa discrétion. Les personnes trans, en particulier, finissent la plupart du temps seul-e en cellule, au lieu de deux ou trois personnes par cellule comme pour d’autres.
Déplacer les personnes trans vers un autre établissement où iels seraient placé-e-s dans un bloc normal est donc une réponse partielle à la surpopulation. Ça signifie aussi que s’identifier comme trans donne à des prisonnièr-e-s, qui ne se seraient peut-être pas identifié-e-s comme trans autrement, une option additionnelle pour échapper au choix entre violence et isolement. Je crois que peu de gens agissent ainsi de façon tout à fait cynique et que pour beaucoup, ça ressemble plutôt à mon processus à moi de transition de non-binaire vers une présentation qui correspond à l’idée que se fait la prison (et la société en générale) d’une «vraie» femme (trans). Aussi, la violence carcérale s’abat de façon disproportionnée sur celleux dont la santé mentale les rend incapables de se conformer à l’environnement social rigide, qui est lui-même une réponse à la surpopulation et à l’incarcération elle-même (9).
La pression pour s’identifier à un genre auprès de la prison commence de plus en plus à ressembler à la pression pour s’identifier devant un flic qui t’arrête. C’est une invitation à participer à ce que le processus de contrôle de ton corps se passe en douceur sans trop te blesser. Je me souviens que quand je pleurais dans la salle d’admission, ce n’était pas que je refusais encore de leur dire quelles cases cocher, mais que je n’avais juste pas le bon type de réponses. Finalement, j’en arrivais à une réponse qui me fit obtenir ce dont j’avais besoin à la fin de cette très longue journée – un lieu sûr où dormir (10).
J’avoue que certains s’identifient comme trans cyniquement, tout comme ces prisonniers qui se battent pour être identifié-e-s comme des «gens du Livre» afin d’avoir accès aux repas kashers de meilleure qualité. Mais c’est une très petite minorité. Néanmoins, la prison pour femmes vient jouer un rôle de «super DP» dans le système carcéral global.
Toujours contre la prison
J’ai passé beaucoup de temps à discuter de ce sujet avec d’autres prisonnièr-e-s, aussi bien cis que trans. Peut-être que ce n’est pas un problème que la prison pour femmes soit également une super DP. La coercition et la violence font partie de l’identité de toute façon, donc c’est peut-être dans la culture entre prisonnier-e-s dans les prisons pour femmes qu’il faut gérer ce changement. C’est ça l’idéal progressiste, non ? Que des dirigeants éclairés décident des droits des gens et que l’exigence de respecter ces droits constitue l’unique limitation à notre liberté? Parce que l’oppression n’est qu’une question de comportement individuel, non ? Donc, heureusement que le système carcéral a collé des posters Personne Gingenre™ dans toutes les blocs de la prison pour femmes, de façon à ce que les prisonnièr-e-s puissent s’éduquer et préserver cet endroit comme un lieu sûr (11). Je ne plaisante pas; c’est vraiment là, juste à côté de l’imprimé obligatoire de nos droits, une douzaine de pages sous un panneau en plastique, et dont la typographie est si petite que ça en est illisible.
Toute personne qui se soucie de l’inclusion des trans, qui a pu lutter dans les campagnes que l’État vient de récupérer et de régurgiter sous la forme du projet de loi C-16, devrait examiner honnêtement ce que fait le système carcéral de leur projet. Le voir sous cette forme grotesque devrait ébranler notre analyse du genre et de l’inclusion de façon à la rendre plus riche et nuancée. Parce que l’autoidentification comme base d’inclusion en prison est intenable. Quand il y aura une réaction anti-trans au niveau législatif, on ne manquera pas d’histoires d’horreur venant de la taule pour alimenter l’indignation.
Et c’est pas du fait que certaines meufs trans sont «fausses», ni parce que certaines meufs trans reproduisent un comportement prédateur, qu’ont certaines prisonnières cis aussi. Il est évident que c’est injuste de tenir responsable un groupe entier de personnes pour les choses merdiques que font quelques individus de ce groupe. La réaction viendra parce qu’il ne suffit absolument pas de coller au système carcéral une vision positive de l’identité de genre. Il me semble important qu’il y ait une critique du projet de loi C-16 et de sa mise en œuvre qui provient de queers et de personnes porteuses d’un projet d’émancipation – et pas seulement d’opportunistes qui haïssent les personnes trans, comme Jordan Peterson (prof canadien devenu philosophe de droite). Je ne considère pas l’État comme un agent de changement social positif, mais même celleux d’entre vous qui le voient ainsi devraient se demander s’il n’existe rien à critiquer du projet de loi C-16, comme si Trudeau (le premier ministre canadien) avait tapé dans le mille du premier coup.
Pour celleux en-dehors du Canada, peut-être que voir comment l’inclusion trans progressiste s’est jouée ici s’avérerait utile pour éviter les écueils dans lesquels nous avons échoués. C’est un autre sujet, mais une analyse de comment s’est joué l’inclusion trans dans le milieu brutal de la prison pourrait bien révéler certaines faiblesses dans l’auto-identification comme base du genre ailleurs.
Le système carcéral pourrait réagir de différentes manières face à ces contradictions, mais d’abord une petite histoire : il y a eu quelques gardien-ne-s queers avec lesquels j’ai interagi dans la prison pour femmes. L’une était une femme trans qui, en me fouillant au corps, m’a dit «On a eu de grands progrès ces dernières années, les choses s’améliorent.» Mais celui avec qui j’ai interagi le plus régulièrement travaillait dans mon bloc et se montrait assez amical avec moi. Un jour, il brutalisa une de mes amies en vidant une bombe au poivre dans ses yeux à quelques centimètres de distance tandis qu’un autre gardien la maintenait au sol. On lui donna un sale surnom en référence à cet événement, et il se plaignit auprès de la direction afin que nous arrêtions de le «harceler». Plus tard il a eu une mammectomie, et me l’annonça avec enthousiasme pendant que je faisais la queue pour les médocs, et je regrette d’avoir alors fini par l’en féliciter.
Une des premières façons dont le système pourrait réagir serait de mettre les bouchées doubles dans l’amélioration de son projet d’inclusion, peaufinant ses politiques trans et résolvant les problèmes en cours. J’espère que des histoires comme celle-ci pourront aider à nous convaincre que leurs efforts en ce sens ne répondent en rien à nos besoins. Je m’en fiche de l’identité de genre du gardien qui me brutalise, de la même façon que leurs ajustements pour mon identité de genre ne m’ont pas rendue plus libre (12). De plus, le système carcéral pourrait se replier sur ses origines en appliquant un modèle de contrôle par la séparation. On entend beaucoup parler d’une unité spéciale pour les queers, voire même d’un établissement séparé. Le statut des personnes queers ne serait plus à mi-chemin entre la prison pour hommes et celle pour femmes, mais entre la prison ‘normale’ et la prison psychiatrique, ce qui constitue déjà la façon dont le système gère les formes de déviances qu’on ne peut nous reprocher. Nous devrions nous opposer à ça, tout comme nous nous opposons à tout développement du système carcéral.
En tant qu’anarchiste, je suis bien entendu contre toutes les prisons et je ne vais pas offrir de suggestions de politique. J’écris peu de temps après le meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis et après l’énorme rébellion qui s’en est suivie, à un moment où les critiques contre la police et la prison se sont propagées comme je n’aurais jamais pensé le voir. Ça m’a motivé à enfin finir ce texte plutôt que de continuer à me trimbaler ces expériences à l’intérieur, parce que je pense que les espaces féministes et queers pourraient faire plus pour construire une hostilité envers les flics et les prisons, à leurs manières. Je vis pour voir le jour où tou-te-s celleux dont la vie a été impactée par la prison se rassembleront pour les détruire, et laisser le champ libre aux pigeons et à la pluie. Nous planterons des arbres fruitiers sur leurs ruines et nous ferons un feu de joie des uniformes de prisonnier et de gardien. Je sais que la fumée emportera avec elle certains aspects du cauchemar genré dans lequel nous vivons tou-te-s, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs.
Postscriptum : Ça fait quatre mois que la parution de la version anglaise de ce texte est sortie, et je veux y ajouter un petit mot pour l’occasion de sa traduction vers le français. Si je n’ai guère traité de la race dans ce texte, c’est parce que j’hésitais à raconter des histoires qui ne sont pas les miennes ou d’en faire une analyse à la noix. J’aurais dû trouver la manière d’en parler, mais mieux vaut tard que jamais. Je n’ai rencontré aucune autre femme trans blanche en prison, elles étaient toutes noires ou autochtones, et j’avais beaucoup moins d’ennuis qu’elles. Elles finissaient presque systématiquement en DP ou restaient en isolement. Impossible de savoir dans quelle mesure c’était dû au niveau de soutien extérieur dont j’ai profité en tant que prisonnière anarchiste; mais le fait est que si toutes les femmes trans ont plus de chances de vivre dans la misère et de finir en taule, c’est autrement plus dur pour les femmes trans racisées.
Comme je l’ai expliqué plus haut, il est nécessaire d’avoir un bon passing pour sortir d’isolement et de se faire accepter par les autres prisonnières aussi bien que par le système. Des féministes racisées ont démontré que les standards de beauté sont blancs, et on pourrait en dire autant pour le passing, qui nous demande (le plus souvent) de jouer sur des notions de féminité stéréotypées. Si, dans les sociétés canadienne et française, on dressait le portrait de ce qu’est une vraie femme, belle et élégante, respectable, ce serait sans doute celui d’une femme blanche.
Pour avoir un bon passing, la couleur de ma peau me facilite beaucoup la tâche, au moins autant que ma petite corpulence. Le système carcéral a décidé que j’étais une «vraie» femme trans qui ne méritait pas une expérience de violence accrue, pour les mêmes raisons que la société accepte que je bosse dans le service aux clients. Ce sont des boulots de merde, mais c’est encore pire de ne pas pouvoir obtenir un boulot de merde quand on en a besoin. Dans ces deux cas, la race vient jouer avec l’identité de genre et faire que les politiques d’inclusion ne sont que pour certains. Ce qui n’est nullement un argument pour une meilleure inclusion, mais pour la nécessité de la critiquer et de concevoir une autre manière de penser le problème.
Galérer davantage en taule -comme économiquement- fait que le cycle de traumatisme, d’instabilité et de criminalisation se répète de plus belle en dehors des murs. La régulation du genre par la prison nuit à tout le monde, mais pas de la même manière. Ce n’est pas nouveau de dire que la prison réserve un traitement différencié selon la race, mais la race entre également dans la reproduction du genre à l’intérieur des murs au moment du tri des corps. Dans ce texte je voulais insister sur la violence de l’inclusion non pas pour minimiser la violence de l’exclusion, mais pour réfuter l’idée progressiste que l’inclusion est la réponse à l’exclusion. L’expérience des prisonnièr-e-s trans n’est qu’un énième exemple qui montre que ce ne sont que les deux faces d’une même pièce.
Anonyme Été 2020
Ce texte se veut un point de départ et j’espère que d’autres personnes l’étofferont. Il n’est pas signé, même si je sais bien qu’il n’est pas très anonyme. Si tu veux me contacter pour me faire des retours, c’est possible (en anglais et en français) à l’adresse de la brochure.
Traduction depuis l’anglais Juillet 2023 Pour recevoir la brochure ou pour toute correction, remarque, critique : atropa@mortemale.org
Notes :
1) Voici un résumé du projet de loi C-16, comme il apparaît présenté dans la proposition de loi : « Le texte modifie la Loi canadienne sur les droits de la personne afin d’ajouter l’identité de genre et l’expression de genre à la liste des motifs de distinction illicite. Il modifie également le Code criminel afin d’étendre la protection contre la propagande haineuse prévue par cette loi à toute section du public qui se différencie des autres par l’identité ou l’expression de genre et de clairement prévoir que les éléments de preuve établissant qu’une infraction est motivée par des préjugés ou de la haine fondés sur l’identité ou l’expression de genre constituent une circonstance aggravante que le tribunal doit prendre en compte lorsqu’il détermine la peine à infliger. » https://www.parl.ca/DocumentViewer/fr/42-1/projet-loi/C-16/premiere-lecture? col=2
2) Mon vécu n’est pas le même que tou-te-s, je ne peux m’exprimer pour le vécu de tou-te-s les personnes trans. Quelques notes me concernant pour aider à contextualiser : – Je suis blanche et je ne fais donc pas face au même niveau de criminalisation dans ma vie quotidienne, ni au même niveau d’hostilité au sein du système carcéral. Les prisonnièr-e-s trans noir-e-s et autochtones avec lesquels j’ai interagi ont souvent fait face à bien plus de violence et de refus autour de leur identité de la part du système carcéral que ce que j’ai pu connaître, ce qui est logique puisqu’iels subissent également plus de violence et d’exclusion à l’extérieur. – Je n’ai jamais été à l’intérieur pour autre chose que de l’activité anarchiste, c’est donc une énorme différence en terme d’expérience par rapport à quasiment toutes les personnes que j’ai pu rencontrer à l’intérieur, et je reçois bien plus de soutien extérieur. J’ai été incarcéré-e en 5 occasions séparées qui, accumulées, équivalent à à peu près un an, ce qui est long sous certains aspects, mais ce qui ne l’est pas du tout comparé à un bon nombre de personnes. – À savoir aussi que les hommes trans sont dans une position différente relative à ce que je décris dans ce texte. Les hommes trans à qui j’ai parlé ont dû choisir entre arrêter de prendre de la testostérone ou rester en isolement, donc la question de l’inclusion n’est pas la même pour eux.
3) Je ne blâme pas les prisonnièr-e-s de mes mauvaises expériences autant que je blâme l’institution déshumanisante qui expose toute différence à une telle pression intense.
4) Au-delà de l’élément de l’identité, je n’aurais pas l’analyse que j’ai de la prison sans les écrits et l’exemple des radicaux noirs. Lire Assata Shakur, George Jackson et Kuwasi Balagoon dans la prison des hommes, et en discuter avec d’autres prisonnier-e-s a été assez formateur pour moi.
5) Bien que je comprenne pourquoi ce cadre existe, insister sur le fait que « les femmes trans sont des femmes » est trop simpliste. La plupart d’entre nous avons grandi avec des privilèges masculins et nous ne comprenons pas ce que ça signifie d’être produit comme femme depuis la naissance ; de même, l’exclusion et la violence auxquelles les femmes trans font face dans la société ne sont pas les mêmes que celles auxquelles les femmes cis font face. Personne ne prétend que les femmes cis comprennent l’expérience d’une femme trans juste parce que « nous sommes toutes des femmes ». On n’a pas besoin de débattre si une forme de violence est pire qu’une autre, il suffit de dire qu’elles sont différentes. La différence ne veut pas dire que l’inclusion n’a pas lieu d’être (je ne vous demande pas d’attendre de rentrer chez vous pour pisser). C’est un argumentaire contre le fait de laisser la nécessité de l’inclusion – du fait de besoins similaires de sécurité dans le monde tel qu’il est – nous mener à une idée du genre qui aurait été réduite à ses dimensions positives. De même, il y a une différence entre le fait de s’identifier en tant que quelque chose et le fait d’être identifié ainsi. Que les deux coïncident ou non pour une personne donnée mènera aussi à une expérience de la violence différente. Problématiser des catégories comme homme/femme (ou cis/trans) est certes utile, mais je ne veux pas qu’on aplatisse les choses et qu’on finisse avec une capacité moindre à discuter de nos expériences différentes de la violence systémique.
6) Il y a eu de rares femmes trans dans les établissements pour femmes depuis au moins les années 80, mais la majorité des femmes trans étaient dans les prisons pour hommes.
7) Je sais que toutes ces classifications peuvent porter à confusion pour quelqu’un qui n’a pas fait de taule avant, donc je vais expliquer un peu ici. DP (Protective Custody, PC, en anglais) et PG (General Population, GP) se ressemblent : même emploi du temps, même niveau de surpopulation, même (manque d’)accès à des programmes. C’est pas l’isolement, tu es toujours avec beaucoup d’autres personnes et tu partages toujours une cellule.
8) C’est en parti en réponse aux verdicts de tribunaux canadiens qui limitent la capacité du système carcéral à utiliser l’isolement comme punition.
9) Soyons clairs, les prisons pour femmes ne sont pas un espace safe pour les queers. Par exemple, j’ai pu être témoin de situations où des personnes queers assignées femmes à la naissance étaient ballottées d’une relation à l’autre avec des femmes cis dures-à-cuire qui vivaient à hétéroland en dehors de la taule. Les personnes queers pensaient au début être dans une espèce de camp d’été gay, mais iels ont fini par se rendre compte qu’iels étaient dans une situation qu’il ne serait pas facile de quitter ou de changer.
10) Cette pression sur l’identité de genre des prisonnièr-e-s n’est pas qu’une question trans. J’ai vu la façon dont les hommes dans les prisons pour hommes font face à une pression à performer de l’hypermasculinité. De même, la prison pour femmes reproduit les individus comme des victimes sans défense en les dépouillant de leurs options et de leurs soutiens tout en jouant avec leur trauma. Le genre de presque tout le monde est examiné et changé par la prison. Il y a néanmoins une expérience distincte à celle-là liée au fait d’être trans, et c’est ce qui m’intéresse le plus ici.
11) La Personne Gingenre (en anglais The Genderbread Person) est un outil éducatif sous forme de poster visant à expliquer les différences entre genre, sexe et sexualité, dans le cadre d’une vision extrêmement progressiste du genre. https://www.genderbread.org.
12) C’est d’une ironie étrange que le syndicat des gardiens ait réussi à obtenir l’acceptation de l’identité de genre de leurs travailleurs avant que le système n’en soit arrivé à faire de même pour les prisonnièr-e-s. Il y a eu des femmes trans gardiennes dans les prisons pour femmes bien avant la Bill C-16.
Le projet de loi de la CAQ et de sa ministre Duranceau est une attaque directe envers les classes les plus vulnérables de notre société. La ministre, ses petits amis lobbyistes et sa partenaire d’affaire Annie Lemieux doivent être bien heureux de pouvoir exploiter librement les locataires pour se remplir les poches. Pour lui envoyer un message, nous avons redécoré la porte de son ministère à Québec.
Le PL31 est un coup bas pour le droit au logement.
Pour qui la ministre travaille-t-elle vraiment? Pour les promoteurs immobiliers ou pour la population?
Nous répliquerons sans relâche aux actes de ces rapaces.
Ce texte sert d’introduction à la brochure "Jouer les troubles-fêtes : critiques anarchistes de la méga-machine olympique" publiée pendant l’été 2020 en réponse à l’annonce de la venue des jeux olympiques à Marseille.
Je ne me souviens même plus des « raisons » pour lesquelles nous manifestions, si ce n’est que le parcours habituel était celui sagement contrôlé des centrales syndicales : du vieux-port à Castellane... Ce n’est qu’une fois arrivé à la fin que l’information à commencé à tourner : « Macron est à la mairie ! » Quelques jets de lacrymos plus tard, la tentative de départ en manif’ sauvage est coupée-court. C’est donc par le biais de la presse bourgeoise que j’ai pu apprendre, annoncé en grande pompe, et sous un œil positif, que le président de la république française rencontrait le maire pour parlementer sur la venue d’épreuves des Jeux Olympiques de Paris 2024 à Marseille.
Si quelques tracts contre la candidature olympique parisienne semblent avoir circulé à Paris, la venue partielle des jeux à Marseille semble ne s’être quant à elle faite justifier dans le langage du pouvoir que sous la forme d’une politique de décentralisation. Il fallait bien pouvoir continuer la liste commencée en 2013 avec la Capitale européenne de la culture : capitale du sport en 2017, de la gastronomie en 2019, Hôte de la biennale d’art Manifesta en 2020, et même une seconde fois capitale de la culture en 2018, même si personne ne sait au fond de quoi Marseille-Provence était alors la capitale ? C’est que ça doit faire bien sur le papier à en-tête, et celui là s’annonce déjà aux couleurs de Paris 2024.
Si les tensions locales autour des questions d’aménagement sont déjà houleuses, il semble encore y avoir une certaine passivité quant au passage de la mégamachine olympique à Marseille. C’est dans longtemps, et d’autres chantier de destruction semblent déjà se profiler, comme la percée du boulevard urbain sud à travers la pinède du Roy d’Espagne. Mais lorsque le chapitre local de l’organisation ATTAC a invité l’auteur Frédéric Viale pour présenter son livre Miracle ou mirage sur les Jeux Olympiques de Paris, illes l’ont fait un jeudi à 16:30, devant une pièce presque vide.[1] Ne pas faire de vagues ?
Une attention particulière avait alors été donnée à la fiscalisation du Comité International Olympique, mais certains aspects intéressants en sont néanmoins ressortis. L’ensemble des investissements dépassant de très loin les budgets sur lesquels ils auraient été jugés désirables, une partie des infrastructures, de transports en commun notamment, commence déjà a être payée sur le budget d’aménagement d’une collectivité territoriale du « Grand Paris » qui n’existerai pas encore... Pour ce qui en sera des logements d’athlètes, c’est à l’office des HLM de Seine-Saint-Denis, dans laquelle la plupart des infrastructures devront être installées, que reviendra la charge de leur construction, sous prétextes qu’elles pourraient être plus tard reconverties en logements sociaux, encore une fois à leurs frais.[2]
Dans cette grande messe du sport-spectacle, tou.te.s les acteur.ice.s de la paix sociale semblent donc y trouver leur compte, et la gauche n’est comme toujours pas en reste. Ainsi, l’ancien bureaucrate-chef de la CGT, Bernard Thibaut, affirmait dans le journal Libération, que « les syndicats tiennent à prendre leur part dans un évènement médiatique et populaire majeur. Dans un projet comme Paris 2024, il faut une place pour chacun [les multinationales et les syndicats]. » Ceux-là étant d’ailleurs tous inscrits comme membres du comité de candidature de la ville.[3] Pour Marie-George Buffet, député communiste du département 93, « Les JO de 2024 doivent être une source d’aménagement du territoire, »[4] « pour en faire une grande fête populaire »[5] Il semble difficile d’avaler la pilule selon laquelle si des dizaine de milliers de ’’jeunes loin de l’emploi’’ seraient recherché.e.s pour devenir bénévoles aux besoin de cette grande bête festive, ce serait au nom de ’’l’égalité des chances’’. C’est bien connu, chez Pole-Emplois au moins, qu’à ramasser des cannettes écrasées de Coca-Cola, tu y décrocherai une embauche...
Si tout ça résonne donc pour certain.e.s comme un refrain cognant sur des cibles habituelles, et se préoccupant de l’appareil du développement qui le suit, plutôt que du sport-spectacle en tant que tel, ou même de son esprit de compétition sous-jacent, il s’agit pour autant d’ancrer le fait qu’il n’y a rien à attendre de tou.te.s ces acteur.ice.s, et d’engager la discussion sur cette base, fort.e.s d’autres expériences de luttes contre la mégamachine olympique.
[1] Viale, Frédéric (ed). Paris JO 2024 : Miracle ou mirage ? Libre & Solidaire, 2019
[2] Pour Marseille, les seules dépenses déjà engagées sont celles de la réhabilitation de la Corniche Kennedy (28M ) et la transformation de la Marina du Roucas- Blanc en port-olympique, estimée à 30M.
Une discussion autour de la venue en ville de cette bestiole olympique aura lieu à 18h à la Salle Gueule ce samedi 2 Décembre, à l’occasion du Bus Stop Fest ’23.
Le 17 novembre au petit matin, nous avons attaqué et incendié 3 engins d’Attiko Metro sur le chantier de la ligne 4 dans le quartier de Kaisariani, à la jonction des rues Ethniko Antistaseos et Filolaou.
Notre action est la continuation du slogan que nous avons crié tant de fois avec des milliers d’autres manifestants, lors des rassemblements et des manifestations contre la destruction de la place Exarchia, opérée à travers la coopération de l’État, des entrepreneurs, de la compagnie Attiko Metro et des autorités municipales. Des mobilisations qui se sont intensifiées récemment, suite à l’invasion de la place par des engins de chantier afin de débarrasser la zone de ses arbres, buissons, etc.
Nous avons pris le risque de mener cette attaque afin de donner du courage à ces mobilisations et de nuire, ne serait-ce qu’un peu, au prestige et aux intérêts économiques d’Attiko Metro et de ses sous-traitants. Nous pensons que ces actions, ainsi que les diverses mobilisations des habitants d’Exarchia et d’autres endroits, pourraient ouvrir une brèche dans les plans de l’État et des intérêts économiques qui tentent d’imposer ce projet. N’oublions pas que la ligne 4 du métro, actuellement en construction, doit engloutir toute une série de places, d’espaces verts et d’espaces non aménagés sur son passage : la place Kypseli, la place Potomaya, la place Kolonaki, le parc Evangelismos, la place Gardenia, le bois du campus universitaire, etc.
Et les conséquences de ce projet ne se limitent pas à la destruction de toute notion « d’espace vert », mais s’étendent également à la restructuration de la vie de zones entières : marchandisation des quartiers, forte augmentation des loyers, déplacement des couches sociales les plus pauvres, congestion du trafic autour des nouvelles gares, etc. Autant de raisons qui nous poussent à rejeter en bloc la planification urbaine de l’extension du métro au sein de la métropole, même s’ils nous promettent une mobilité plus rapide dans notre exploitation quotidienne.
De plus, le dialogue politique ridicule ouvert par la municipalité actuelle autour de la transplantation et du « sauvetage » des arbres de la place Exarchia vers d’autres places et parcs, révèle de la manière la plus pathétique la nouvelle idéologie verte qui occupe et transforme tout dialogue autour de la nature et de l’humain en un débat qui tourne autour de questions de budgets, d’investissements et de logistique. Une idéologie qui permet à l’autorité municipale actuelle, d’une part de s’allier à Attiko Metro pour raser la place Exarchia, et d’autre part de s’allier à l’homme d’affaires Patera et d’aller en justice soi-disant pour « protéger le parc Evangelismos ». Comme on l’a déjà dit, leur idéologie est aussi verte que leurs… dollars.
Enfin, nous avons choisi notre attaque incendiaire au moment (l’aube du 17 novembre 2023) où, d’après les formidables reportages des médias, les rues d’Athènes étaient gardées par 5000 flics en vue des mobilisations pour le 50e anniversaire du soulèvement de l’Ecole polytechnique. Notre attaque incendiaire a eu lieu à un jet de pierre entre le commissariat de Kaisariani et le siège de l’YMET (les forces spéciales de police] de l’avenue Olaf Palme, prouvant que la ville appartient à ceux qui veulent perturber l’ordre et non à ceux qui sont payés pour le faire respecter. Aujourd’hui comme toujours.
SABOTER LE DÉVELOPPEMENT, INCENDIER LEURS CHANTIERS !
Petit palmarès (non exhaustif) du relai meusien de la flamme
Depuis 2015 (au moins) Incendies récurrents des « boîtes vertes », forages et piézomètres semés par l’Andra tout autour du laboratoire de Bure. Par exemple ici, en juin 2020 ou là, en juillet 2022
Septembre 2022 Incendie, à Commercy, de la voiture de l’architecte de la caserne de gendarmes mobiles qui doit être construite à l’intérieur même du labo de l’Andra.
Bonus Pour bien juger de l’ancrage historique de cette discipline dans notre région, un petit retour en arrière, trouvé dans une archive : Le 27 juillet 2006, dans le cadre d’une semaine d’agitation citoyenne à Bure (Meuse) contre ce laboratoire d’enfouissement de déchets nucléaires appartenant à l’ANDRA, Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, avait lieu une manifestation jusque devant les grilles bien gardées du site. Là se sont produits quelques brefs affrontements et une tentative d’incendie.
Le projet de loi de la CAQ et de sa ministre Duranceau* est une attaque directe envers les classes les plus vulnérables de notre société.
La ministre, ses petits amis lobbyistes et sa partenaire d’affaire Annie Lemieux doivent être bien heureux de pouvoir exploiter librement les locataires pour se remplir les poches.
Pour lui envoyer un message, nous avons redécoré la porte de son ministère à Québec.
Le PL31 est un coup bas pour le droit au logement.
Pour qui la ministre travaille-t-elle vraiment?
Pour les promoteurs immobiliers ou pour la population?
Nous répliquerons sans relâche aux actes de ces rapaces.
Nous sommes partout.
Nous sommes anarchistes.
* Note d’Attaque : France-Élaine Duranceau, politicienne du parti de droite « Coalition avenir Québec » et actuelle ministre des Affaires municipales et de l’Habitation de la province. Elle est l’auteure du projet de loi 31, très pénalisant pour les locataire.trices. Cette loi donnerait entre autre la possibilité aux propriétaires de logements d’augmenter librement les prix des loyers (actuellement les augmentations sont réglementées) ou de refuser que la personne qui lue cède le bail de son logement directement à un.e nouveau.elle locataire.trice.
Aujourd’hui 7 décembre 2023, la 6e Cour pénale orale de Santiago a décidé de prononcer de longues peines contre la liberté de nos compagnon.nes, tentant de frapper et d’enterrer dans le béton les idées et les pratiques anarchistes avec cette sentence gerbante. En détail, les condamnations sont les suivantes :
Mónica Caballero a été condamnée à 12 ans de prison, pour complicité dans la double attaque explosive contre l’immeuble Tánica en février 2020.
Francisco Solar a été condamné à un total de 86 ans de prison. Cela concerne : deux envois de colis piégés (à la caserne 54 des carabiniers, blessant huit d’entre eux, et à l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense Rodrigo Hinzpeter, en juillet 2019) : 12 ans + 12 ans. Un chef d’accusation de tentative d’homicide sur des carabiniers : 15 ans. Un délit de blessures graves contre un carabinier : 6 ans. Un délit de blessures moins graves : 600 jours. Cinq délits de blessures légères : 100 jours (pour chacun d’entre eux), soit 500 jours. Un délit de dommages aggravés (la caserne) : 818 jours. Un chef d’accusation pour tentative d’homicide contre Hinzpeter : 12 ans. Deux délits de pose d’un engin explosif (Tánica) : 12 ans + 12 ans.
On saura dans les prochains jours si l’une ou l’autre des parties de la défense fait appel des condamnations, sinon il n’y aura pas de modification des peines imposées par les juges.
Les décisions disproportionnées de l’inquisition démocratique illustrent l’agacement permanent que les actions anarchistes génèrent pour le pouvoir et ses défenseurs. Ce n’est rien d’autre que la nécessité étatique de mettre en garde ceux qui cherchent à emprunter les chemins de la confrontation, mais nous savons qu’aucune condamnation n’arrêtera l’expansion des idées anarchistes contre le monde de l’autorité.
La solidarité combative complice anéantira les murs qui retiennent nos sœurs et nos frères en otage !
Mort à l’État et vive l’anarchie !
[Déclarations de Francisco puis de Mónica prononcées devant les juges le 6 novembre 2023, après plus de trois mois d’audiences, en guise de dernier mot après les réquisitions de procureur et avant la décision finale des juges.
Pour rappel, Francisco (alors en préventive, tout comme Mónica suite à leur arrestation en 2020) avait pris en décembre 2021 la responsabilité individuelle des trois attaques, qu’il a réitérée en juillet dernier au deuxième jour du procès. Nous traduisons ici la transcription de leurs déclarations à partir de la version italienne publiée sur le site lanemesi deux jours plus tard.]
Déclaration de Francisco Solar devant les juges
Bonjour,
Les actions dont j’ai déjà pris la responsabilité, que j’ai revendiqué politiquement et pour lesquelles je serai condamné s’inscrivent dans une longue tradition historique, spécifiquement anarchiste, qui se charge, à la première personne et sans la nécessité d’intermédiaires, de rendre des coups aux puissants et aux répresseurs ; parce que si quelqu’un avait pensé que leurs politiques de terreur, basées sur des impositions et des restrictions en tout genre, ainsi que sur des vagues répressives lors desquelles ils piétinent, souvent et volontairement, y compris leur propre légalité (qu’ils prétendent défendre et respecter), finiraient par passer inaperçues sans susciter aucune réaction, il se serait trompé lourdement.
Nous sommes nombreux à savoir attendre le bon moment pour agir, à concevoir la mémoire non pas comme un coffre où l’on range des souvenirs à contempler et des jérémiades, mais plutôt comme un moteur qui donne de l’élan à l’action vengeresse, comme faisant partie de notre pratique politique permanente, qui se nourrit de notre histoire, avec nos succès et nos défaites.
Et c’est cet exercice de mémoire qui a nourri les actions individuelles que j’ai menées en 2019 et en 2020 ; des actions individuelles qui n’avaient besoin ni de consensus ni d’accord collectif, mais qui ont été le résultat d’une analyse, d’une décision et d’une volonté personnelles ; des actions qui pour d’autres faisaient partie de la guérilla urbaine anarchiste et l’ont indubitablement renforcée ; une guérilla qui ne disparaît pas, malgré les continuels coups répressifs, en démontrant par les faits la praticabilité et l’efficacité des relations informelles orientées vers l’action révolutionnaire. En démontrant, par ailleurs, que pour réaliser des actions incisives il n’y a pas besoin d’une grande structure organisationnelle.
En ce sens, il est important de souligner que les grandes organisations rigides et stables deviennent rapidement leur propre finalité, c’est-à-dire qu’elles s’organisent seulement pour renforcer l’organisation elle-même, contrairement aux organisations informelles qui basent leurs relations sur l’attaque, ce qui leur confère ce dynamisme qui prévient le raidissement et l’apparition de logiques bureaucratiques.
Les actions, en plus d’être des coups contre des représentant ou des symboles du pouvoir et en plus de démontrer que ces attaques sont possibles, sont un moyen de diffusion d’idées et de messages, des messages de rébellion et de liberté qui seront reçus et mis en œuvre par quiconque le désire. Des messages qui ne constituent un véritable danger pour l’ordre imposé que s’ils sont liés à ces actions.
Et si je parle d’ordre imposé – une imposition qui, soit dit en passant, constitue le fondement des États modernes –, c’est parce que dans cette société il n’existe pas de contrat social par lequel les individus auraient délégué leur liberté à l’État en échange de liberté et de sécurité. Mais qu’au contraire existe l’État, fondé sur la spoliation historique des libertés des individus, en les soumettant et en leur imposant des limites dans de plus en plus d’aspects de leurs vies, renforçant et perpétuant alors cette domination étatique. L’État n’est plus seulement une simple institution, et on le retrouve dans chacune de nos relations, ce qui rend sa domination encore plus complexe et étendue ; par conséquent, les actions contre l’État ne sont pas seulement justifiées, mais aussi absolument nécessaires. Et certes – comme monsieur le Procureur l’a dit lui aussi dans le réquisitoire final – « qu’on leur donne la parole ! », mais que cette parole soit inséparable de l’action révolutionnaire, car une parole qui prétend construire de nouvelles relations, libérées de toute autorité, doit nécessairement aller de pair avec l’action révolutionnaire.
On ne peut pas nier la croissance et la prolifération de groupes anarchistes ces derniers temps, ce qui signifie que les discours et les pratiques anti-autoritaires sont devenus présents dans la plupart des mobilisations et des révoltes actuelles. Si on considère l’anarchie comme une tension plutôt que comme un point d’arrivée, et si on la conçoit comme une lutte permanente contre toute expression de l’autorité plutôt que comme une société parfaite ou un paradis sur terre, comme beaucoup de monde le suggère, on comprend alors que ces actions individuelles violentes sont une partie indispensable du parcours de libération. Je tiens à préciser que, sur ce chemin, de telles actions ne sont ni les premières ni les dernières, mais, comme je l’ai dit précédemment, elles font partie d’un continuum historique qui ne disparaîtra pas ; même si nous étions condamnés à des décennies d’emprisonnement, et même si nous étions tués, il y aura toujours des individus et des groupes d’individus prêts à répondre à la brutalité de l’État et du capitalisme : c’est inévitable.
Enfin, je veux profiter de cette occasion pour envoyer une salutation complice aux prisonniers et prisonnières anarchistes et subversifs qui luttent dans les prisons de ce pays.
Vive l’anarchie !
(6 novembre 2023)
Déclaration de Mónica Caballero devant les juges
Je vais essayer d’être assez brève, vu que j’avais décidé de ne pas prendre la parole dans ce tribunal ; je considère cependant qu’il est nécessaire de clarifier un certain nombre de questions assez spécifiques, par rapport à certaines affirmations, faites principalement par le Procureur.
J’ai donc décidé de faire une dernière déclaration dans ce procès, qui se veut une punition exemplaire, parce que je ne peux pas laisser passer l’occasion de défendre et de clarifier un certain nombre d’aspects liés aux idées et aux pratiques que j’ai défendues et adoptées de façon pratique au cours des 20 dernières années de ma vie.
Monsieur le Procureur a demandé à mon co-accusé si j’étais anarchiste. Oui, bien sûr que je suis anarchiste, mais qu’est-ce que cela signifie ? En disant anarchisme, je me réfère à un ensemble d’idées et de pratiques qui, au sein de principes qui sont par exemple l’entraide, la solidarité, l’autogestion, construisent des idées et des pratiques s’inscrivant dans la destruction et dans la construction. Qu’est-ce que je veux dire par cela ? La construction de ce qui est…
Quand je fais référence à l’anarchisme, j’entends cet ensemble d’idées et de pratiques qui, sur la base de principes comme l’entraide, la solidarité et l’autogestion, construisent les conditions pour que tous les individus… construisent les conditions pour que toutes et tous puissions nous développer de manière intégrale, sachant que ces conditions visent en même temps à la destruction de toute forme de domination.
Qu’est-ce que j’entends par « toute forme de domination » ? Ces formes de domination sont par exemple le système actuel d’oppression économique en vigueur, c’est-à-dire le capitalisme, ainsi que l’hégémonie du pouvoir politique, c’est-à-dire l’État actuel.
Au sein de ces pratiques, nous, les anarchistes, disposons d’un large éventail, comme l’a bien dit le Procureur général. Parmi les pratiques anarchistes, il y a la violence, mais ce n’est pas l’apanage du seul anarchisme, et en même temps l’anarchisme n’envisage pas la violence comme sa seule expression pratique ; eh oui, il y a des compagnons qui ont posé ou envoyé des engins explosifs, mais j’insiste : cette pratique de la violence politique n’appartient pas seulement à l’anarchisme, et l’anarchisme ne pratique pas seulement la violence politique.
Par rapport à tout cela, je dois nécessairement poser une question et y répondre en même temps : qu’est-ce qui caractérise la pratique anarchiste ? Les pratiques anarchistes, violentes ou non, s’inscrivent et s’inspirent nécessairement des idées anti-autoritaires. On ne peut pas séparer l’idée de la pratique anti-autoritaire anarchiste, et même plus largement révolutionnaire, sans prendre en compte la complémentarité entre idée et pratique. Autrement dit, les pratiques anarchistes ne tiennent pas debout sans la colonne vertébrale des idées. En clarifiant cette importante question sur le rapport entre idée et pratique, je peux affirmer catégoriquement qu’une pratique anarchiste, violente ou non, ne sera jamais employée de manière indiscriminée.
Le Procureur, dans une de ses répliques, ou plutôt, dans son réquisitoire, a mentionné un concept très important et très ancien pour nous, les anarchistes : il a parlé de la propagande par le fait. Le point de vue du Procureur sur la propagande par le fait, ou ce qu’il a essayé d’expliquer par rapport à ce concept, est une façon très myope de la concevoir, essentiellement parce qu’il a essayé de la concevoir dans le contexte historique où celle-ci a connu son apogée. Si je me rappelle bien, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, lors d’un congrès à Londres, un groupe d’anarchistes de différentes parties du monde a adopté comme pratique la propagande par le fait et l’a concrétisée par des assassinats, la pose d’engins explosifs et une longue liste d’autres épisodes. Mais la propagande par le fait est bien plus que cela. Ce que je suis en train de faire, ce que mon co-accusé fait dans ce procès même, à travers nos mots, c’est de la propagande par le fait. C’est cela la question : tout cela va bien plus loin que la simple utilisation de la violence, et en particulier d’engins explosifs.
Je dois aussi souligner que, dans ce procès comme dans tous les autres procès pénaux où j’ai été inculpée ou auxquels j’ai assisté, contre des compagnons et des compagnonnes au Chili ou dans d’autres endroits du monde, on a toujours assimilé notre vision politique à des faits délictueux, et il me semble curieux, pour ne pas dire plus, de nier cet aspect de l’enquête. Sinon, quel aurait été l’intérêt de saisir des dizaines, voire des centaines, de livres, les centaines ou les milliers de tracts, d’affiches, de brochures et ainsi de suite ? Je ne comprend pas que cela puisse avoir un autre objectif que l’étude de notre conception du monde ou de notre façon de comprendre la politique ou l’affrontement avec la domination, et je ne comprend pas la négation de cet aspect.
Comme je l’ai déjà dit, je suis anarchiste, donc ennemie de toute forme de domination, de soumission ou d’oppression réalisée par n’importe quelle structure de pouvoir, ce qui fait que l’État, dans toutes ses formes et représentations, est illégitime. Partant de l’idée que celui-ci, l’État, a été créé et consolidé à partir de l’idée du bien commun, ou du moins du bien de la grande majorité, ce qui est loin d’être vrai, je vis dans un monde où un groupe privilégié existe au prix de la misère de la grande majorité. Construire des formes antagonistes aux relations de pouvoir est nécessaire pour qu’existe un développement intégral de tous les habitants de ce monde, qu’ils soient humains ou animaux.
Pour finir, je peux dire à toutes les personnes présentes, que j’attends le verdict de ce tribunal assez sereinement, car je sais que les idées d’émancipation auxquelles j’ai consacré une bonne partie de ma vie me dépassent.
Et une dernière : aux personnes présentes et à mes compagnons et compagnonnes qui sont ici, ainsi qu’à ceux qui entendront ou liront mes paroles plus tard, je peux dire que jusqu’à mon dernier souffle j’affirmerai toujours : mort à l’État et vive l’anarchie !
Μercoledì scorso è morto, a 86 anni, Alfredo Bonanno.
Per oltre un cinquantennio, Alfredo ha dato un contributo importantissimo all’anarchismo rivoluzionario, come editore, come teorico, come uomo d’azione, come sperimentatore di metodi organizzativi basati sull’affinità e sull’informalità. Quello che lo differenziava radicalmente da qualsiasi intellettuale non era solo il suo rifiuto di ogni carriera accademica e di ogni rappresentazione mediatica, ma il fatto che analizzare lo Stato e il capitalismo non serviva per lui ad andare a dormire con le idee più chiare, bensì a trarne delle precise conseguenze – etiche, pratiche, organizzative – nella vita quotidiana.
Dentro alcune invarianti dell’anarchismo – Bakunin, innanzitutto, che Alfredo non mummificava in dotti manuali storici, ma trascinava nelle battaglie del presente –, suo impegno costante è stato quello di pensare e praticare un modello insurrezionale adatto all’epoca della ristrutturazione tecnologica del capitalismo. Non l’insurrezione come attesa dell’ora “X”, ma come tentativo di attaccare qui e ora specifici progetti del potere con una metodologia ben precisa: il gruppo di affinità come propulsore, la struttura informale autonoma da partiti e sindacati come proposta. Dall’individuo al gruppo a pezzi più o meno consistenti della classe degli esclusi, nell’intervento rivoluzionario anarchico si articolava per Alfredo un concetto qualitativo di forza (e di vita).
Ma non è del suo contributo teorico che vogliamo parlare oggi, né della sua ostinata determinazione di editore, organizzatore, rapinatore, carcerato, ma di quello che ha significato per alcuni di noi, all’epoca giovanissimi compagni, conoscerlo. E conoscerlo non solo nei dibattiti e nelle iniziative di lotta, ma nell’impegno quotidiano, là dove emergeva, insieme alla sua impressionante capacità di lavoro, la sua disponibilità al confronto, la sua sovrabbondanza di vita, la sua risata fragorosa. Il nostro pensiero non corre oggi ai tomi, agli opuscoli, ai comizi, ma agli agnolotti che Alfredo preparava in piena notte dopo che avevamo finito di scrivere, impaginare e stampare un settimanale, alla improbabile mise – pigiama, scarpe di cuoio, sciarpa e berretto – con cui si presentava ai tecnici della macchina da stampa o agli agenti della Digos, al modo in cui sapeva conciliare un ego indubbiamente ingombrante con una inconfondibile autoironia.
Due aspetti di Alfredo ci hanno davvero formati. La tensione verso la coerenza e lo spirito di avventura progettuale. Di contro alla prolissità di certi suoi testi, alcune sue formule erano brevi e forti come solo delle ragioni di vita sanno esserlo.
Perché la coerenza? Perché quando non reagiamo alle ingiustizie ci sentiamo delle merde, e non vogliamo vivere sentendoci delle merde. Serve aggiungere altro?
E poi il più prezioso dei suoi suggerimenti, che ci risuona ora che stiamo assistendo a un orrore indicibile nella sua amata Palestina: dobbiamo concepirci progettualmente senza limiti, lasciando che sia la realtà a sbatterceli di fronte, cosa di cui s’incarica fin troppo generosamente, senza mai anticiparla.
Perché la qualità delle nostre vite è più forte di tutto. Anche della morte.
Nous vous observons dans les rues, marchant d’un air tendu ou détendu et entendu. Nous nous voyons dans les bus, trams et métros, sur nos lieux de survie, de travail ou d’étude, portant des keffiehs, des kippas, des drapeaux ou d’autres symboles de nos fantasmes d’identité et de notre position. Nous constatons des centaines de milliers de personnes comme nous, dans les miroirs noirs et vitreux de nos vies, éclairés à la fois par des spectacles de mort et des spectacles de refus.
Aujourd’hui, cette date de 2023 est celle d’une des sectes/religions qui a colonisé nos imaginaires et notre réalité par la violence, alors que le voile d’illusion est de plus en plus fin et transparent, les mort-e-s de l’histoire nous chuchotent, nous parlent.
Nous, les auteurices, ne sommes pas israéliens, pas palestinien-ne-s, pas ukrainien-ne-s, pas russes, pas soudanais-es, pas yéménites, pas népalais-es... Nous écrivons ceci pour les anarchistes, les libertaires, les révolutionnaires. Vous vous reconnaitrez au fur et à mesure de votre lecture. Nous écrivons aussi pour les anarchistes en devenir, les adjacent-e-s, et pour toustes ceux et celles qui sont intéressé-e-s.
L’horreur des guerres et génocides est profonde, inéluctable et complexe. Nous, anarchistes et proches de l’anarchie, comprenons l’histoire, le contexte des apartheids, les chiffres, l’hypocrisie, l’exceptionnalisme, la cruauté, la torture, les propagandes, les causes, les idéologies...... Nous ne sanglotons plus. Nous perdons plus que le sommeil, nos ami-e-s et nos familles.
Certains se sentent utiles ou impuissant-e-s, alors ils/elles entreprennent des tâches relativement et subjectivement effrayantes et chronophages disponibles dans le répertoire actuel de la "conscientisation" ou de la "résistance". Ces tâches sont moches ou belles, futiles et compréhensibles : pétitions, cagnottes, marches, manifestations, éducation populaire, "construction de mouvements", "prise de parole" à l’école ou au travail, tribunes, article et déclarations, actions directes violentes ou non.
Vous contentez-vous vraiment de ce qui est bien, bon, morale et compréhensible ? La posture de droiture morale de la "prise de position" est-elle véritablement tout ce dont vous avez besoin pour vivre en liberté, en paix avec autrui, avec les autres ?
Les discours, les poèmes, les lettres ouvertes et les déclarations ? Faites-les rapidement et ne vous laissez pas épuiser, car les mots dérivent, flottent et se dissolvent, tout comme ce texte. Profitez de leur effet éphémère pendant qu’ils durent, mais sachez que les expressions qui durent sont d’un type plus concret.
Il est inutile de se répéter les un-e-s aux autres, et peut-être à quiconque, ce que nous comprenons déjà. Anarchistes et autres, ne perdez pas votre temps à organiser des formations, pétitions, webinaires. Quelqu’un-e d’autre écrira les pétitions, fera les mèmes, écrira les funestes et ridicules tweets. Laissez aux modéré-e-s, aux sociaux-démocrates, aux libéraux, aux nationalistes, aux étatistes les illusions de mendier auprès de l’État. Des centaines de milliers de personnes ou des millions rempliront inévitablement le rôle éternel de ceux et celles qui rampent et s’inclinent pour des miettes, pour des concessions, pour une mort vivante, une mort lente et une vie résignée, au lieu d’une vie pleine et extatique. Ils se filmeront en train de célébrer danser ces vains rituels.
Accepter sans se révolter, une chose pénible, désagréable, pensée comme inévitable n’est définitivement pas de l’anarchie, mais pas du tout ! Réveillez vous !
Quels sont ces divers mouvements dits sociaux qui défilent et supplient ? Du théâtre de masse. De la figuration. C’est bien et compréhensible, mais ne le sousestimez ou ne le surestimez pas.
- Je n’ai basé notre cause sur rien - Souvenez vous de l’unique Max Stirner...
Qu’en est-il des journaflics, des blooms, des diantdiant-e-s censuré-e-s, des sales profs et enseignant-e-s maton-ne-s qui risquent de perdre leur emploi salarié ? Résistez à la séduction du drame individuel élevé sur le piédestal de l’action collective. C’est le travail des certain-e-s radicaux qui ont accepté de vivre une époque non radicale, de pseudo-révolutionnaires professionnel-le-s qui transforment leurs problèmes personnels en campagne.
On se fout des dieux, on se fiche des nations !
C’est bien et compréhensible pour certains - mais anarchistes, s’il vous plaît, ne gaspillez pas beaucoup de votre souffle, de votre énergie à discuter avec vos ennemi-es et à essayer de prouver au monde que vous aviez et avez raison.
Gardez votre énergie, votre élan, votre souffle pour vous.
Action directe ? À quel point est-elle directe ? Combien de temps dure-t-elle ? L’effet n’est-il qu’une nouvelle bavure colorée sur le réseau de miroirs noirs, plus une amende ou une inculpation ? Nous entendons des slogans scandés pendant que vous, le militant de la solidarité, êtes emmené. C’est une bonne chose que vous fassiez la chose effrayante et significative - quelle qu’elle soit pour vous, ou vous, ou vous. C’est bien et compréhensible. Mais est-ce bien cela ? Votre but est-il simplement de fermer une petite partie de l’infrastructure du génocide pendant quelques heures, d’inspirer d’autres personnes et de faire réfléchir les gens ?
Toutes les actions directes ne donnent pas les résultats escomptés.
Quoi que vous fassiez en surface, il est peut-être temps de le faire en sous-sol. Quoi que vous fassiez avec le plus grand soin et dans le plus grand secret, c’est peut-être le moment de vous améliorer encore.
A cerclé
Il n’est plus temps de se contenter d’inverser les rôles et postures, même si c’est bien et compréhensible pour certain-e-s : remplacer l’inertie par l’action, le silence par la parole.
Faire un pas décisif hors du monde de la mort, des théâtres ennuyeux du refus, de la répression, d’une nouvelle protestation, puis d’une nouvelle mort. Ce monde est tracé, décidé, dirigé par les État-nations et leur fidèle ami : la société existante. À l’intérieur de ce monde, les morts, viols, blessé-e-s persisteront certainement, presque comme si - semble-t-il de manière absurde - ils étaient alimentés par notre résignation faite de chagrin, nos marches funèbres.
Si ce n’est déjà fait, il est temps pour nous de quitter ce monde, entièrement. Lorsque nous sortons, même immobiles, nous ne marchons pas.
Il nous faut courir sur les sentiers de la vie, il nous faut cercler le A d’anarchie.
C’est un vieil adage que peu de gens suivent : Vivez comme si vous étiez déjà libres.
..... soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ! a écrit La Boétie vers 1574 ; quand on vous expliquait plus haut que les écrits en font pas tout .....
Nous n’allons pas être prescriptifs, sauf sur ce point : notre et votre existence entière devrait changer. L’horreur quotidienne et permanente nous y oblige. Si vous avez hésité, le moment est venu de transformer radicalement le moi, la façon dont nous nous y rapportons et la façon dont nous nous rapportons aux autres. Quel que soit le nombre de règles sociales stupides dont vous vous êtes déjà débarrassé, préparez-vous à en jeter encore plus. Il ne s’agit pas seulement d’un effort quantitatif : vous devrez affronter les vaches sacrées, les idoles de votre soumission, vos plus grandes peurs, les obstacles les plus redoutables.
Autogestion de la vie
Ce n’est qu’en vivant libres et égaux que nous pourrons jamais concrétiser notre désir de vivre libres avec toustes les habitant-e-s de la terre qui se fichent du nom du gang qui contrôle leur environnement, qui veulent voir périr ou tomber tous les états/nations/gouvernements. Ensemble, littéralement ou symboliquement, nous voulons partager tout : la nourriture, les histoires qui se racontent, la musique, la beauté, danser et chanter des chansons, nous prélasser dans la chaleur du soleil et nous émerveiller devant la profondeur étoilée du ciel nocturne non pollué.
Mardi 28 novembre, la sentence en appel du procès qui a fait suite à l’opération Bialystok est tombée. Dès le début, le pourvoi en appel du procureur s’est révélé maigre quant à ses motivations, à un tel point que le Procureur général (qui représente l’accusation en cette phase du procès) a demandé, à la fin des débats, la confirmation des peines prononcées en première instance.
La Cour d’appel a confirmé l’acquittement de la personne déjà acquittée de l’engin explosif près de la caserne des Carabinieri du quartier San Giovanni et en plus l’a acquittée aussi des autres chefs d’inculpation. L’anarchiste condamné pour l’incendie des voitures du service d’autopartage Eni-Enjoy a eu sa peine confirmée (un an de prison, avec sursis).
La compagnonne anarchiste condamnée en première instance à sept mois a été acquittée de toutes les accusations, tandis que trois autres ont eu leurs peines réduites à trois mois, car acquitté.es pour certains délits mineurs.
Les juges ont les 90 jours habituels pour déposer les motivations de la sentence.
L’énième château de cartes du Parquet (ou, plutôt, du ROS [le groupement des Carabinieri qui s’occupe de criminalité organisée et de terrorisme ; NdAtt.]), tramé pour frapper l’anarchisme dans ce pays, est en grande partie tombé, à cause de l’inconsistance non seulement des preuves spécifiques, jugées insuffisantes pour porter à une condamnation pour les infractions qui auraient été la finalité de l’association, mais aussi de l’argumentation accusatoire elle-même, qui envisageait le scénario d’une association de type terroriste en ligne avec les propositions organisationnelles informelles de l’anarchiste emprisonné Alfredo Cospito. Nous accueillons favorablement cette sentence, car il nous semble qu’elle enlève un élément encore à la toile tissée par la Direction nationale anti-mafia et anti-terrorisme dans le but d’essayer d’isoler et de réduire au silence les contributions d’Alfredo Cospito, en construisant un profil de « dangerosité sociale » qui puisse justifier son placement dans le régime de détention 41-bis.
Nous rions face à cette énième débâcle des projets répressifs de l’État et nous profitons de l’occasion pour saluer tou.tes les prisonnier.es anarchistes et rebelles, enfermé.es partout dans le monde, tou.tes ceux/celles qui sont frappé.es par des mesures de contrôle judiciaire ou administratif, les inculpé.es, celles/ceux qui sont sous procès, ainsi que tou.tes ceux/celles qui échappent aux mailles du pouvoir.
Comme toujours, pour l’Anarchie et la libération totale !
La solidarité internationaliste doit devenir une pratique ! Bosch doit faire face à ses responsabilités !
Un an est passé, désormais, depuis que Jina Mahsa Amini, 22 ans, a été tuée par la police des mœurs iranienne, à cause du voile qu’apparemment elle portait de manière incorrecte. Les émeutes qui ont suivi ont été réprimées dans le sang par le régime iranien et effacées du débat publique par les médias occidentaux. L’État allemand, Bosch et d’autres entreprises continuent malgré tout à faire comme si les innombrables personnes persécutées, chassées, torturées et assassinées n’existaient pas. Depuis 2016, Bosch vend à l’Iran des caméras de surveillance, à l’aide desquelles on surveille le respect de l’obligation du port du voile ; des personnes innocentes sont ainsi persécutées. Certes, la multinationale prétend avoir cessé ses échanges avec l’Iran depuis 2018, mais il n’y a pas de preuves de cette affirmation et les caméras continuent de marcher. Même s’il essaye de cacher sa participation, le groupe Bosch ne peut pas éviter de faire face à ses responsabilités dans la répression meurtrière, de la part du régime iranien, du mouvement de libération en Iran.
C’est la raison pour laquelle, dans la nuit du 7 au 8 décembre, la façade du siège de Bosch à Cologne a été enjolivée avec les slogans de la révolution queer-féministe, pour éviter que la complicité meurtrière de cette entreprise avec l’inique régime iranien ne soit encore passée sous silence. Les mains ensanglantées des opprimé.es ont été collées sur les murs de l’entreprise, à côté des noms de quelques-unes des personnes tuées.
On sait également que l’État iranien soutient, au niveau international, des organisations terroristes islamistes comme, entre autres, le Hamas. Malgré le fait qu’il soit à connaissance de l’islamisme, de la misogynie, de l’homophobie, de l’antisémitisme du régime iranien et de sa répression des opposant.es politiques, l’État allemand ne fait rien. Il n’y a presque pas de sanctions et les entreprises allemandes poursuivent librement leurs affaires avec l’État iranien, pendant que les soi-disant gardiens de la révolution répriment, tuent et contrôlent une grande partie de l’économie.
Nous nous opposons à cela. Nous sommes solidaires de la révolution féministe en Iran et nous refusons le fait que l’on ne sache pas quelles entreprises font des profits aux dépenses de la liberté et de la vie des personnes en Iran.
Au sein de l’Union européenne, l’État allemand est le plus important partenaire commercial de l’Iran et, en tant que tel, par des sanctions, a la possibilité d’exercer une immense pression sur le régime iranien. Mais tant que cela n’arrive pas, nous le faisons nous-même et nous appelons à identifier les partenaires de ce régime d’injustice, là-bas et ailleurs, et à les mettre face à la responsabilité de leurs actes.
Nous revendiquons l’action de désarmement de la centrale a ciment de Corseul (22) ce vendredi 8 décembre 2023.
Nous, Hérissons, nous sommes introduits dans la centrale et avons grignoté quelques câbles, et signalé notre passage à l’aide de peinture.
Cet acte est avant tout un acte d’autodéfense contre un ennemi commun, Lafarge-Holcim.
Pour nous protéger, pour stopper ce monstre qui tue nos sols et détruit nos habitats,
Pour protéger nos côtes, leur sable et leurs fonds ravagés pour nourrir le monstre.
Pour préserver l’eau, qu’il engloutit dans des quantités toujours plus folles, polluant celle qu’il ne boit pas.
Pour vous protéger, vous, êtres vivants Humains, de sa puissance destructrice et de ses mauvaises alliances.
Nous nous partageons le même monde, celui que Lafarge et ses confrères tendent à détruire, pour leur profits égoïstes. Nous nous devons de protéger ce monde, ensemble.
C’est notre devoir.
Amicalement,
Les Hérissons en Boule
Nous sommes la Nature qui se défend