Vive l'Anarchie - Semaine 49, 2025

Sommaire

Man charged with arson for burning American flag, trying to set fire to Christmas tree – Barre. VT

Publié le 2025-12-08 06:40:26

December 2, 2025

A Vermont man has been charged with arson after police said he burned an American flag and tried to burn a public Christmas tree last week.

The Barre City Police Department charged [name], 29, after they said he started a dumpster fire near Wobby Park on Nov. 25 and also left a burned American flag on a police cruiser.

Officers located the burned flag on the roof of one of the cruisers near the dumpster fire, along with cigarette butts scattered on the hoods of several cruisers nearby.

The following morning, police said they were called to City Hall Park after the city Christmas Tree was found knocked over. Surveillance video showed [name] trying to light the tree on fire before knocking it over.

Surveillance video also showed [name] setting the dumpster fire and vandalizing the police cruisers.

Found On Mainstream Media

[France] Ouverture d’un nouveau bâtiment à la prison des Baumettes

Publié le 2025-12-08 06:40:32

Initialement publié sur le compte Instagram Pnp Les Baumettes le 14/11/2025, le 21/11/2025 et le 01/12/2025.

Contre l’ouverture des baumettes 3 et toutes les prisons

Selon la propagande du ministre de la justice et de l’administration pénitentiaire, Gérald Darmanin, les baumettes 3 seront inaugurées à Marseille d’ici décembre 2025.

Il s’agit d’un élargissement du centre pénitentiaire des baumettes, avec un complexe de 4 nouveaux quartiers pour hommes et 1 quartier disciplinaire constituant au total 740 nouvelles places pour les prisonnier.es. Celles-ci s’ajoutent à celle déjà existantes pour un total de 1400 place de capacité.

Les nouveaux bâtiments sont placés afin qu’on ne puisse ni voir ni entendre les prisonnier.es. Iels seront isolé.es par un système de brise soleil et pare-vue au plus proche des fenêtres des cellules.

Comme pour tous les projets de construction de nouvelles prisons, l’argument utilisé pour les légitimer est la lutte contre la surpopulation carcérale et l’amélioration des conditions de détention.

Pourtant il est évident que la construction de nouvelles prisons ne sert pas tant à réduire la surpopulation, qu’à simplement enfermer plus.

Il suffit de regarder les baumettes 2, ouvert en 2017 : là aussi, on parlait de réduire la surpopulation, mais un an après leur ouverture, le taux d’occupation était déjà de 154%. Aujourd’hui il est de 200% ce qui ne fait qu’alimenter le cercle vicieux de l’enfermement.

De plus la nouvelle construction de nouvelles prisons s’accompagne toujours de politiques répressives, qui punissent avec l’emprisonnement de plus en plus de comportement et augmentent les durées de peines de prison.

Avec l’ouverture des baumettes 3, non seulement les conditions à l’intérieur ne s’amélioreront pas, mais elles empireront également pour celles et ceux qui sont a l’extérieur, avec plus de contrôles, plus d’arrestations, et plus d’interventions policières dans la rue.

Une nouvelle prison ne répare ni ne soigne, mais sert seulement à isoler encore plus, a détruire des familles et briser des liens, à contrôler et mettre dans de cage les personnes indésirables de la société.

L’enfermement n’a jamais fait baisser les actes de violences car enfermer n’a jamais réduit la pauvreté, les inégalités ou les souffrances psychologique. C’est de la torture dissimulée qui n’est pas remise en question.

La seule solution contre la surpopulation carcérale est la liberté.

Solidarité avec les prisonnier.es et leur proches


Le nouveau bâtiment des baumettes commence à montrer ses premières retombées négatives

Le bâtiment 3 a ouvert cette semaine, plusieurs détenus ont été transférés des anciens vers le nouveau bâtiment.

Il n’y a pas de nouvelles espace dédié aux parloirs, résultats les créneaux réservables sont répartis entre tous les bâtiments.

Nous avons su que les proches se retrouvent avec une seule possibilité de réservation par semaine !

Cette situation est inacceptable.

Les nouvelles prisons ne sont que de nouveaux problèmes, la seule solution c’est la fin de toutes les prisons !


Les nouvelles de l’ouverture des Baumettes 3 continuent

Les proches et les prisonnier.e.s payent au prix fort les projets d’enfermement de Darmanin.

Depuis plusieurs semaines, le chauffage et l’eau chaude ne fonctionnent pas dans de nombreuses parties de la prison.

Une personne qui a voulu protester contre son transfert dans les nouveaux bâtiments a été enfermée au mitard.

Et les proches continuent de n’avoir qu’un seul créneau disponible par semaine, et doivent se lever aux aurores pour avoir une chance de réserver des semaines à l’avance !

Nous nous fichons de savoir les raisons de ces désagréments, et nous réjouissons même des difficultés de l’administration pénitentiaire pour recruter des matons pour faire marcher la prison.

Nouvelles prisons, nouveaux problèmes ! La seule solution c »est la fin de toutes les prisons !
Nouve

[Grève] Attaques incendiaires en mémoire de l’anarchiste Kyriakos Xymitirs

Publié le 2025-12-08 06:40:46

Initialement publié sur Athens Indymedia le 01/11/2025, traduit par Act for freedom! le 10/11/2025.

« Si je ne brûle pas,
si tu ne brûles pas,
si nous ne brûlons pas,
comment l’obscurité deviendra-t-elle lumière ? »

Nazim Hikmet

Il y a 365 jours, notre compagnon Kyriakos Xymitiris a apporté la lumière dans l’obscurité, même si c’était la lumière de son explosion finale, à la fin d’un chemin brûlant.

Kyriakos était un combattant anarchiste ingénieux et actif qui a participé à tous les aspects de la lutte. Des marches, des interventions au mégaphone jusqu’aux affrontements avec la police. Il était présent sur tous les fronts et dans toutes les luttes. Il a participé à des assemblées de solidarité pour les militant.es emprisonné.es, à la coordination antifasciste, à des actions en faveur des occupations, en solidarité avec les immigré.es, contre la guerre et l’impérialisme, en solidarité avec les luttes des Palestinien.nes, dans les luttes contre la gentrification et le patriarcat. Et bien sûr dans l’action directe révolutionnaire et le choix des armes. Un combattant complexe qui utilisait tous les moyens avec imagination lorsque les conditions étaient proportionnées à chaque action. Avec humilité, patience et le sourire, Kyriakos était là pour soutenir toute lutte qu’il jugeait approprié avec les moyens adéquats. Jusqu’à son dernier assaut, fier vers le ciel.

L’action directe est le moyen de garder vivante et intacte la mémoire révolutionnaire. La culture et la tradition insurrectionnelles ne sont pas seulement un slogan, ni la solution à tous les problèmes de la lutte. Mais elles sont l’étincelle qui ramène ici et maintenant la flamme et le flambeau de ceux et celles qui sont tombé.e.s au combat. Elles sont le moyen d’honorer, de se souvenir et de poursuivre l’œuvre de ceux et celles qui ont donné leur vie pour la perspective révolutionnaire. De cette manière, la tradition se perpétue, nous détruisons la peur, nous prenons l’initiative des mouvements et nous soulignons qu’aucun ennemi n’est invulnérable, aucun objectif n’est inaccessible.

À une époque où l’on parle beaucoup, Kyriakos Xymitiris a choisi d’agir.

À une époque d’inaction, Kyriakos a choisi d’aller de l’avant.

À une époque où l’on remet tout au lendemain, Kyriakos a choisi de saisir l’instant présent.

En hommage à notre compagnons, en hommage à sa mémoire et à ses choix, nous avons choisi d’attaquer les cibles suivantes au cours des derniers jours :

• le bureau politique du vice-ministre des Affaires étrangères et député de la Nouvelle Démocratie Ch. Theocharis à Agios Dimitrios.
• le bureau de représentation du constructeur automobile américain Ford dans la zone de Polygono.

Solidarité avec tous les compagnon.nes poursuivi.es dans l’affaire Ampelokipi.

Degradation du local des Républicains à Wazemmes

Publié le 2025-12-08 06:41:02

Le 20 novembre 2025, jour du souvenir trans (TDOR), le local de Louis Delemer, candidat LR aux municipales de Lille, à été vandalisé. Les vitres ont été brisées et la facade recouverte d’un tag "Lille Antifa".

Une semaine avant, Bruno Retailleau était venu inaugurer le local mdr.
Le lendemain, pleins de connards ont réagi sur Twitter (Darmanin, Pecresse, Valet...)
Cette action rappelle que Lille reste antifasciste et mobilisée contre les droitards transphobes.
Bravo les camarades et soutient aux familles de vitrines.


Vive la génération Zbeul !

Publié le 2025-12-08 06:41:49

A propos des récentes émeutes au Maroc vues depuis un coin de la France.



En France l’expression « zbeuler » est désormais généralisée, en particulier parmi toutes celles et ceux qui cherchent à rompre la normalité, celle de l’exploitation au travail, de l’autorité des flics, du patriarcat, etc… Zbeuler c’est désordonner un état de fait que les riches et les puissant.e.s cherchent à imposer aux autres. Linguistiquement l’expression tire son origine du mot arabe « zbel » qui signifie la poubelle, les ordures, et par extension tout ce qui doit être jeter ou éliminer. Au Maroc, ce terme peut vite prendre une connotation sociale, du fait notamment de la popularisation d’un personnage de dessin animé dénommé « Bouzebal ». Littéralement « homme-poubelle », Bouzebal est un jeune galérien de banlieue dont l’ennemi juré est « Kilimini » (contraction phonétique du français « qu’il est mignon » en darija marocaine), un fils de riche incarnant la jeunesse dorée partie étudier à l’étranger et qui parle bien français. Lors des nuits du 30 septembre au 2 octobre dernier près d’une trentaine de villes marocaines, petites et grandes, ont été secouées par un gros zbeul qui semble en grande partie l’œuvre de « bouzebals » comme diraient certain.e.s par mépris de classe, et d’autres en signe de familiarité. Dans tous les cas, bouzebals ou pas, en prenant d’assaut des commissariats et saccageant des banques, tous ces révolté.e.s ont défié l’autorité avec une intensité rarement vue ces derniers temps au Maroc.

Ces deux nuits d’émeutes font suite à une série de rassemblements à travers le pays, à commencer par celui tenu devant l’hôpital Hassan II d’Agadir le 14 septembre, dénonçant l’état déplorable de l’établissement où huit femmes enceintes sont décédées lors du mois d’août après des césariennes. Une semaine plus tard deux autres rassemblements sont organisés à Tiznit et Essaouira, deux villes proches d’Agadir, lors desquels une dizaine de manifestant.e.s sont interpellé.e.s et relâché.e.s. Puis, sur le réseau social Discord, un collectif se présentant hors de partis ou syndicats, nommé « GenZ212 », en référence à la génération Z née entre 1995 et 2010 et à l’indicatif téléphonique national, appelle à se rassembler pacifiquement le samedi 27 septembre dans plus d’une dizaine de grandes villes du pays, pour exiger des réformes de la santé et de l’éducation et contre la corruption, « par amour de la patrie et du roi ».

A Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Marrakech, Agadir, Meknès, des centaines de personnes se retrouvent dans les rues en criant des slogans comme « Liberté, dignité, justice sociale » et appelant à des réformes. Très vite les flics mettent fin aux rassemblements en nassant les manifestant.e.s et en faisant des dizaines d’interpellations dont 70 rien qu’à Rabat, au motif que les manifs n’étaient pas autorisées. Dans la plupart des cas il s’agit de simples vérifications d’identité et les interpellé.e.s sont libéré.e.s sans poursuites judiciaires.

Le lendemain le collectif renouvelle l’appel et, malgré les nombreuses arrestations de la veille, de nouveaux rassemblements ont lieu dans les grandes villes et d’autres plus petites comme Safi ou Tinghir. A Casablanca, des manifestant.e.s envahissent même une autoroute urbaine et 24 personnes sont interpellées pour entrave à la circulation.

Dans la nuit du 29 au 30 des centaines de personnes bravent une fois de plus l’interdiction de manifester quitte à se faire interpeller. Ce soir-là les flics empêchent tout rassemblement à Casablanca et font une cinquantaine d’arrestations à Rabat ainsi qu’une soixantaine à Marrakech. Dans cette ville rongée par l’industrie du tourisme, des manifestant.e.s déterminé.e.s se sont élancé.e.s en manif sauvage en criant « Le peuple veut la fin de la corruption », principal mot d’ordre du mouvement, mais aussi « Vive le peuple », un slogan qui, dans cette société vivant sous le joug d’une monarchie détenant tous les pouvoirs, sonne comme une manière subversive de détourner le sempiternel « Vive le roi ».

Deux nuits de zbeul généralisé

Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre le mouvement prend des formes émeutières spontanées qui débordent complètement les appels du collectif GenZ212 dans une vingtaine de villes, souvent en périphérie des grandes agglomérations mais aussi dans de petites villes plus isolées. A Nador, Errachidia, Berkane, Béni Mellal, Tiznit, Kénitra, Khénifra, Guelmim, Rabat, Meknès, Ouarzazate, Casablanca, Fès, Agadir, Témara, Skhirat, des manifs sauvages parcourent les rues et souvent les forces auxiliaires (flics anti-émeutes) se prennent des jets de pierre bien mérités.

Ailleurs la révolte prend une tournure plus compliquée pour les autorités qui doivent faire face à des centaines d’émeutier.e.s. A Inezgane, en banlieue d’Agadir, trois caisses de flics sont défoncées, une agence d’assurance et trois banques sont attaquées, une agence de la poste du Maroc est incendiée, un supermarché Marjane est éventré et des bijouteries sont pillées. A Ait Amira, une petite ville de 50 000 habitants au sud d’Agadir, la gendarmerie royale perd 12 bagnoles dont certaines sont complètement incendiées, et plusieurs banques sont défoncées dans une liesse collective.

A l’autre bout du pays, dans la ville d’Oujda, les flics se font copieusement caillassés, mais ces ordures tentent de reprendre le contrôle en fonçant dans la foule avec leurs camions, causant au moins un blessé grave qui a perdu une jambe. Au total, pour cette seule nuit du 30 au 1er, les autorités annoncent que 142 voitures de police auraient subi des dégâts.

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, alors que le ministère de l’intérieur finit par autoriser les sit-in appelés par le collectif GenZ212, des émeutier.e.s attaquent l’autorité et le capital là où ils se trouvent, souvent bien loin des lieux officiels de rassemblement. La révolte gagne de nouvelles villes avec une intensité plus forte que la nuit précédente.

A Salé, ville pauvre qui jouxte Rabat la capitale, après des affrontements avec les keufs, deux caisses de la sûreté nationale y finissent calcinées, une banque est cramée dans le quartier Al Amal, plusieurs autres perdent leur vitrine ainsi que deux agences de transfert, puis la devanture d’un supermarché Carrefour est défoncée sur la route de Kénitra.

A Marrakech, alors qu’une marche prend forme dans les rues du centre, à l’autre bout de la ville les forces auxiliaires perdent le contrôle du quartier Sidi Youssef Ben Ali, par ailleurs connu pour avoir été un foyer d’insurrection contre les autorités coloniales françaises dans les années 50. Environ 200 personnes, majoritairement très jeunes, arrosent de pierres et de bouteilles les forces auxiliaires postées à l’entrée du quartier. Le comico du coin est ensuite incendié, une banque pillée, deux agences de transfert saccagées. Il faudra toute la nuit aux flics pour reprendre le contrôle de la zone.

A Tamansourt, une bourgade à quelques kilomètres au Nord de Marrakech, la gendarmerie est incendiée. Plus loin sur la côte atlantique, à El Jadida, une manif sauvage met le zbeul sur la corniche, notamment en cassant des voitures. A Taroudant, des manifestant.e.s attaquent la préfecture et commencent à incendier la porte du bâtiment. A Kelaat M’Gouna, petite ville plus isolée au Sud des montagnes du Haut Atlas, il y a aussi du grabuge dans les rues avec des incendies et de la casse.

Et puis, à Leqliaa, en banlieue Sud d’Agadir, un poste de la gendarmerie royale est attaqué par des dizaines de personnes. Les grilles de l’entrée sont arrachées, un 4x4 sorti, des motos brûlées, et le feu mis à plusieurs endroits du bâtiment. Des flics, en partie réfugiés à l’intérieur, finissent par tirer dans la foule à balles réelles, assassinant trois personnes et faisant plusieurs blessé.e.s. Le ministère de l’intérieur annonce que 3 policiers ont été grièvement blessés dans l’attaque.

La justice à plein régime pour enfermer à tour de bras...

Le 2 octobre, un communiqué signé au nom du collectif Genz212 rejette « toute forme de violence ou de vandalisme » et il est décidé, suite à un vote sur Discord auquel ont participé plus de 15 000 personnes, de continuer les rassemblements en les limitant à des horaires fixes de 17h à 20h, et en déplaçant les lieux de rendez-vous sur des grandes places plus éloignées des quartiers populaires « pour éviter de graves incidents avec les flics ». Une campagne de nettoyage des rues est même organisée le 6 octobre avec photos à l’appui. Après cet appel au calme, le collectif se désolidarise des émeutier.e.s dans une lettre adressée au roi. Le texte comprend huit revendications dont la principale est la démission du gouvernement d’Aziz Akhannouch, le premier ministre, tandis qu’une autre, un peu plus loin dans la liste, exige la libération et l’abandon des poursuites judiciaires pour tou.te.s les détenu.e.s lié.e.s aux protestations pacifiques, sauf « ceux dont l’implication dans des actes de sabotage a été prouvée »…

Le soir du 2 octobre, dans le quartier Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech, nombreu.ses.x sont celleux qui ne voulaient pas s’arrêter malgré la répression. De nouveau les flics se sont fait caillasser, une banque a été saccagée et des commerces défoncés. On imagine qu’ailleurs aussi, parmi celles et ceux sorties dans les rues les soirs précédents, beaucoup n’avaient pas envie de rester sages. Il semble pourtant que la normalité ait repris le dessus à partir du 3 octobre, même si le collectif GenZ212 a continué d’appeler à se rassembler dans les grandes villes, réunissant quelques dizaines de manifestant.e.s à chaque endroit.

Au total, dans l’ensemble du pays, des milliers de personnes ont été arrêtées lors des rassemblements et émeutes, ainsi que les jours suivants, à l’issue d’enquêtes souvent basées sur des photos et vidéos circulant sur internet. Plus de 2400 d’entre elles ont été poursuivies par la justice, certaines ont déjà été condamnées à de très lourdes peines de prison, et des centaines attendent toujours leur procès, soit en détention préventive, soit en liberté provisoire après paiement d’une caution qui atteint généralement 2000 à 5000 dirhams (200 à 500 euros).

Quelques dossiers et chiffres sortis dans la presse donnent une idée du carnage judiciaire en cours :
• A Agadir, le 14 octobre, 17 personnes ont été condamnées à de la prison ferme pour des faits commis à Ait Amira dans la nuit du 1er au 2 octobre. Elles étaient poursuivies notamment pour « destruction de biens publics et privés », « vol en réunion », « incendies volontaires » et « violences contre les forces de l’ordre ». Trois ont été condamnées à 15 ans de prison ferme, un à 12 ans, neuf à 10 ans, un à 5 ans, un à 4 ans et deux à 3 ans.
• A Ouarzazate, 6 personnes de Kelaat M’Gouna étaient poursuivies pour « incendie volontaire », « dégradation de biens publics et privés », « entrave à la circulation », « violences contre les forces de l’ordre ». Trois d’entre elles ont été condamnées à 4 ans fermes, deux autres à 2 ans et le dernier à 1 an.
• A Oujda près d’une soixantaine de personnes ont été poursuivies pour « violence envers les forces de l’ordre » et « participation à des attroupements nocturnes armés », et 17 autres pour « formation d’une bande criminelle », « attroupement armé » et « organisation d’une manifestation non autorisée », « possession d’armes blanches », « dégradations de biens publics et privés » et « agressions contre les forces de l’ordre ». Fin octobre, 8 d’entre elles ont été condamnées à des peines de prison ferme d’une durée de 15 à 18 mois, tandis que 7 autres ont pris du sursis.
• A Agadir et Casablanca, deux personnes ont été condamnées à 4 et 5 ans de prison ferme pour « incitation à commettre des délits et crimes via les réseaux sociaux ».
• À Marrakech, 26 personnes ont été poursuivies dans six dossiers pour « violences envers les forces de l’ordre », « participation à un attroupement armé », « incitation en ligne », « dégradation de biens publics et privés », et « possession d’armes blanches ».
• A Kénitra, 17 personnes, dont 9 mineurs, ont été poursuivies pour « pillages », « destructions de biens publics et privés », « incendies volontaires ».
• A Rabat, plusieurs personnes ont été poursuivies pour « attroupement armé » et « outrage aux symboles du Royaume ».

Un roi qui semble toujours hors d’atteinte

Le 8 octobre, une soixantaine d’intellectuels, artistes et militants des droits humains adressent, à leur tour, un courrier au roi, demandant de « traiter les causes profondes et structurelles de la colère ». Les militant.e.s de la GenZ212 attendent désormais « un signe fort » du monarque lors d’un discours qu’il doit tenir le 10 octobre au parlement. La veille, le collectif décide même d’annoncer la « suspension de toutes formes de protestation prévues pour le 10 octobre », « par respect pour sa majesté le roi Mohammed VI que dieu l’assiste et le glorifie ».
Au Maroc, bien qu’il y ait un parlement élu et un premier ministre nommé parmi la formation politique arrivée en tête des élections législatives, le roi, entouré de son cabinet royal, reste seul à la tête du pouvoir. Il préside le conseil des ministres, peut en renvoyer un quand il le souhaite, limoger le chef du gouvernement, dissoudre le parlement, suspendre la constitution, appeler à de nouvelles élections, ou diriger par dahir (décret royal). En plus de son statut politique il est « commandeur des croyants », soit le chef religieux du pays où l’islam est religion d’État. Pour renforcer ce statut, la dynastie des Alaouites, à laquelle appartient la famille royale, se présente comme descendante du prophète Mahomet, rien que ça. Le roi est donc le chef suprême auquel chaque marocain.e doit se soumettre. D’ailleurs chaque année se tient une cérémonie d’allégeance durant laquelle des centaines de hauts fonctionnaires, ministres, dignitaires du régime, députés, élus locaux, hauts gradés de l’armée, de la police et des services de renseignements, se prosternent devant « sa majesté » juchée sur un étalon et protégée du soleil par une ombrelle, le tout retransmis en direct à la télévision.

D’autre part, partout sur le territoire l’autorité du roi, et plus largement celle du « Makhzen », terme très répandu au Maroc pour désigner l’État, est assurée par des moyens de contrôle de la population reposant à la fois sur un appareil administratif et policier classique, et un système de renseignements plus officieux. La moindre critique du roi est quasi inexistante tant ce système diffuse efficacement la crainte du pouvoir. A l’échelle des quartiers, par exemple, des agents appelés moqaddems, représentants semi-officiels de l’autorité, instiguent la délation de tout comportement subversif, autant d’un point de vue politique que moral d’ailleurs, dans un État où, notamment, sont punis d’emprisonnement les relations homosexuelles et les rapports sexuels hors mariage.

Des luttes qui restent en mémoire

Depuis 26 ans que Mohammed VI a pris la succession du trône à la mort de son père Hassan II, les autorités ont toutefois été défiées par plusieurs mouvements de révolte, alors que la répression s’est montrée toujours aussi féroce. L’un de ceux qui doit ressurgir le plus dans les mémoires des révolté.e.s d’aujourd’hui est certainement le hirak du Rif débuté en octobre 2016. Suite à la mort d’un marchand de poisson écrasé dans un camion-poubelle alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par le Makhzen, des dizaines de milliers de personnes ont envahit les rues d’Al Hoceima, capitale du Rif, en mémoire du défunt et pour protester contre leurs conditions de vie. Après huit mois de manifestations et rassemblements incessants, des discours questionnant de plus en plus ouvertement la légitimité du Makhzen, puis l’interruption du prêche d’un imam appelant à stopper le mouvement, les autorités finissent par arrêter des centaines de personnes. En réaction, le 20 juillet 2017 se tient une grande marche pour leur libération, lors de laquelle un manifestant est blessé à la tête par une grenade lacrymogène dans des affrontements avec les flics. Plongé dans le coma il décède quelques semaines plus tard. Quand aux personnes arrêtées, environ 500 sont condamnées à des peines de prison, quatre prennent 20 ans pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État ». Récemment, le plus médiatique des détenu.e.s du hirak du Rif, Nasser Zefzafi, a fait sortir de sa prison une lettre en soutien à la GenZ212, et l’appel à la libération des prisonnier.e.s a été scandé plusieurs fois dans des rassemblements.

Les mémoires sont aussi évidemment marquées par le mouvement du 20 février en 2011, dans le sillage des printemps arabes, avec ses manifestations critiquant le régime pendant plusieurs mois, des postes de police attaqués à différents endroits, mais aussi neuf morts dont au moins trois assassinés par les flics. En partie récupéré par les partis politiques, islamistes compris, il débouchera sur une réforme de la constitution et de nouvelles élections législatives. Ces dernières années, d’autres révoltes ont été symptomatiques du niveau de misère dans laquelle vit une partie du pays. Fin 2018 des « manifestations de la soif » ont lieu à Zagora contre les coupures d’eau puis, début 2019, des habitant.e.s de la ville minière de Jérada sortent dans les rues durant plusieurs mois suite à la mort de deux hommes qui, comme plein d’autres, gagnaient leur vie en revendant clandestinement du charbon extrait dans des puits désaffectés de l’ancienne mine.

Au Maroc beaucoup de gens doivent faire ce genre de boulots pour vivre, tout en devant faire allégeance à un roi qui, en plus de son statut politique et religieux, contrôle le plus grand groupe financier du pays, Al Mada, regroupant de multiples filiales dans la banque, la grande distribution, l’immobilier, les télécoms, l’énergie et, historiquement, les mines. Avec son entreprise Managem, la famille royale, à la tête d’une fortune de plus de 6 milliards de dollars, exploite une dizaine de mines d’or et d’argent dans les régions les plus pauvres du pays, aggravant les conditions de vie par l’accaparement de l’eau et la pollution. Celle d’Imider, au sud de la chaîne de montagne du Haut Atlas, est bien connue car depuis les années 80 des habitant.e.s s’y opposent. A partir de 2011, des opposant.e.s ont même coupé l’alimentation en eau de la mine, tout en montant un camp pour occuper le site autour de la vanne.

Coupe du monde, CAN, TGV, … Le Maroc des grands projets

Dans les manifestations de ce début octobre, de nombreuses fois ont été pointées du doigts les dépenses faramineuses pour la construction des stades devant accueillir la coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2026 et la coupe du monde de foot en 2030. A Tanger et Casablanca, au tout début du mouvement, les écrans installés dans les rues affichant un décompte avant le début de la CAN ont même été hackés pour y diffuser des insultes contre les flics et des revendications pour la santé et l’éducation. Pendant les rassemblements des slogans critiquaient des infrastructures coûtant des milliards en comparaison avec le piteux état des hôpitaux où les patient.e.s doivent parfois apporter leurs propres draps et matériel médical. Comble de l’indécence le tout nouveau stade de Rabat comprend, en sous-sol, une clinique flambant neuve destinée aux sportifs… Pour 2030, les autorités ont annoncé en grande pompe la construction d’un stade de 115 000 places, soit le plus grand du monde, pour un coût de 5 milliards de dirhams (environ 500 millions d’euros). Et puis, à l’approche des compétitions, le Makhzen mène des programmes d’éviction des pauvres dans les quartiers centraux des grandes villes. A Casablanca, depuis 2024, des centaines d’habitations ont été détruites dans l’ancienne médina et leurs occupant.e.s relogé.e.s dans des quartiers excentré.e.s, pour construire à la place une large avenue royale reliant la grande mosquée Hassan II.

Si les chantiers pour les coupes de football cristallisent les tensions, le décalage entre des grands projets capitalistes sollicitant des investissements massifs et le niveau de vie local concerne tous les domaines. Ces grands projets sont souvent guidés par les intérêts d’investisseurs étrangers, émiratis, chinois et français en tête. Un jour peut-être la tempête qui, lors des chaudes nuits du 30 septembre au 2 octobre, a fait valdinguer des banques, des supermarchés, des comicos et des agences de transfert d’argent, se dirigera jusqu’aux infrastructures de ce capitalisme néocolonial. Peut-être, par exemple, qu’elle atteindra la nouvelle ligne de TGV reliant Tanger à Casablanca (320 kilomètres en tout), commandée en 2010, pour 3 milliards d’euros, au groupe français Alstom qui s’est refait un pactole d’1 milliard d’euros en vendant 18 nouvelles rames de train en 2024. Peut-être même que cette tempête passera plus au Sud, là où convergent désormais les regards voraces des grands groupes français spécialistes de la transition énergétique...

Hydrogène vert et néocolonialisme au Sahara Occidental

Le Sahara Occidental, un territoire de plus de 260 000 km², est occupé et administré par l’État marocain sur 80 % de sa superficie depuis 1975 bien que l’ONU le considérait encore jusqu’à peu comme « non autonome » et qu’une organisation armée sahraouie, le Front Polisario, contrôlant les 20 % restant, en revendique toujours l’indépendance. En octobre 2025, le conseil de sécurité de l’ONU a finalement reconnu un plan visant à faire de ce territoire une région autonome sous souveraineté marocaine, validant un processus de colonisation débuté par des années de guerre et de massacres, et poursuivi par l’occupation, la répression et la prédation économique.

Dans la zone occupée par les autorités marocaines, les tensions s’étaient ravivées en 2010 lorsque plus de 15 000 sahraoui.e.s ont monté un campement à Gdeim Izik en périphérie de Laayoune pour protester contre leurs conditions de vie. Le démantèlement du camp par les flics s’était soldé par au moins une dizaine de morts dont plusieurs policiers. En 2020 le conflit armé entre l’armée marocaine et le Front Polisario avait même repris après 20 ans de cessez-le-feu. Aujourd’hui les tensions sont toujours bien palpables mais pas de nature à freiner la nouvelle ruée vers l’or « verte ».

Car si le Sahara Occidental est historiquement exploité pour ses ressources halieutiques et ses gigantesques gisements de phosphates, servant à la fabrication d’engrais agricoles, c’est désormais son exposition aux vents et son ensoleillement qui attirent les investisseurs. Ces conditions climatiques en font une zone très rentable pour la production d’énergies « vertes » et donc de carburant décarboné, comme de l’« hydrogène vert », dérivable en ammoniac, nécessaire à la production d’engrais azotés. En mars 2024, le royaume a lancé son « Offre Maroc », un appel à venir exploiter un million d’hectares déjà identifiés. Il se voit répondre à 4 % de la demande mondiale d’ici 2030.

Alors que les relations diplomatiques entre la France et le Maroc étaient en crise depuis 2021, après que les services secrets marocains aient été accusés d’espionner, entre autres, le portable de Macron, à l’aide du logiciel israélien Pegasus, elles se sont vite revigorées quand ce dernier a annoncé, en juillet 2024, qu’il soutenait la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. Trois mois plus tard était organisée en grande pompe une visite du président français accompagné de neuf représentants de groupes énergétiques, avec des gros contrats à la clefs.
Ainsi, Engie va investir 15 milliards d’euros en partenariat avec l’office chérifien des phosphates (OCP), le plus grand groupe minier marocain, dans six projets liés aux énergies renouvelables, à l’ammoniac vert et au « dessalement durable ». A côté de la petite ville de Chbika, Total va construire et exploiter un centre de production d’ammoniac vert destiné à l’export sur le marché européen. Puis, à Dakhla, MGH Energy a signé un contrat pour construire une usine de e-fuels tandis qu’HDF Energy projette d’y bâtir une giga-usine capable de produire 200 000 tonnes d’hydrogène vert par an. Par ailleurs, tous ces rapaces sont bien accompagnés par l’agence française de développement (AFD), conforme à ses missions néocoloniales visant à soutenir les intérêts de la France dans le développement capitaliste de ses anciennes colonies et du reste du dit Sud global.

Bref, avec tous ces projets, il y a de quoi tapisser d’éoliennes et de panneaux solaires polluants des milliers d’hectares de désert, le tout pour faire tourner l’agro-industrie dévastatrice partout dans le monde. Au Sahara Occidental comme ailleurs, la fameuse transition énergétique n’est rien d’autre qu’une nouvelle conquête afin d’exploiter toujours plus la planète et ses ressources.


L’appétit des exploiteurs n’a pas de limites et tant qu’ils pourront continuer leurs sales affaires les pauvres en subiront toujours les conséquences. Au Maroc, la propagande du Makhzen, bien relayée par ses influenceurs baltajias (nom donné aux pro-monarchie), brouille les pistes en alimentant sans cesse le discours nationaliste selon la devise « Allah, la nation, le roi » et ciblant l’ennemi algérien ou sahraoui. Mais, comme le montre cette dernière révolte, nombreu.ses.x sont celleux qui savent très bien où se trouvent les responsables de leur misère et comment les attaquer.

Solidarité avec les révolté.e.s du Maroc, de Madagascar, du Népal, d’Indonésie, du Pérou, et du monde entier !

Contre tous les pouvoirs, liberté pour toustes !

Ioánnina (Grèce) : Revendication d’une action

Publié le 2025-12-08 06:41:57

Act for freedom now! / dimanche 30 novembre 2025

Le 17 novembre, nous avons décidé de briser le silence de mort de la ville, en détruisant quelques symboles du capitalisme moderne. Plus précisément, deux distributeurs automatiques de billets : un de la banque NRG (anciennement Banque du Pirée), dans le secteur de la mosquée, et un de la Banque nationale de Grèce, dans la rue Ch. Katsari.

Nous dédions notre action aux compas persécuté.es du squat Matrozos 45 qui sont menacé.es d’une condamnation à six ans et demi de prison [voir ici ; NdAtt.]. Aucune incarcération de squatteur.euses et d’anarchistes ne restera sans réponse.

AUCUN.E SQUATTEUR.EUSE EN PRISON

KYRIAKOS TOUJOURS PRÉSENT

RAGE ET CONSCIENCE, REFUS ET VIOLENCE, PROPAGEONS LE CHAOS ET L’ANARCHIE

Cercles conspirateurs de solidarité agressive
[συνωμοτικοί κύκλοι επιθετικής αλληλεγγύης]

Athènes (Grèce) : Une gauche qui porte l’État dans son cœur

Publié le 2025-12-08 06:42:10

Freedom [traduction reçue par mail] / mardi 18 novembre 2025

Une attaque maoïste sur des anarchistes à Athènes a démontré une culture politique formée par des habitudes patriarcales de commandement.

Des milliers de personnes ont prit la rue à travers la Grèce le 17 novembre, en mémoire de cell.eux tué.es pendant le soulèvement de 1973 à Polytechnique, quand des étudiant.es ont été abattu.es alors qu’iels se levaient contre la dictature des colonels. A Athènes, plus de 6000 flics anti-émeutes étaient déployés contre la manifestation et le rassemblement à l’extérieur de l’ambassade des États-Unis, avec des véhicules blindés fermant la marche afin de décourager une participation nombreuse.

Plus tôt, au matin du 15 novembre, autour de 150 membres du groupe maoïste ARAS sont descendus sur le campus de Polytechnique à Exarcheia pendant les préparations pour les commémorations annuelles de la révolte de 1973. Ils ont entouré un petit groupe d’étudiant.es anarchistes et anti-autoritaires, on lancé une attaque coordonnée et répétée, et ont en laissé plus d’une douzaine hospitalisé.es avec des commotions cérébrales, des os brisés, et des blessures graves à la tête – incluant des personnes inconscientes tabassé.es. Les attaquants ont opéré derrière un cordon humain serré, les portails du campus étaient verrouillés, et des centaines d’autres organisations de gauche présentes étaient incapables d’intervenir. L’événement a été condamné publiquement par la majorité des organisations gauchistes et anarchistes de Grèce.

Loin d’être juste une autre escarmouche entre gauchistes, l’attaque était un essai stratégique de prendre du territoire. Qui tient l’espace physique de Polytechnique ne gère pas juste un campus ; ielles prétendent aux narratifs de son histoire, et avec ça, au futur horizon de la lutte sociale. ARAS a passé des années à imposer sa domination dans des sections du mouvement étudiant de l’université, reproduisant une posture autoritaire similaire à la position hégémonique du Parti communiste grec (KKE) dans le champ socio-politique plus large : l’insistance sur le contrôle organisationnel, le poliçage des dissidents, et la vieille rengaine – adoptée par le KKE et les libéraux – que les émeutier.es sont des “briseur.euses d’unité” ou des flics infiltrés.

L’attaque appartient à un plus long cycle de désillusions, répression et déclin politique. Une génération a mûri après la révolte des jeunes de 2008 – un moment qui a terrifié la classe politique – seulement pour voir le déroulement de la longue désillusion des années SYRIZA : la disparition de l’espoir, l’énergie du mouvement trahie, et “la gauche gouvernementale” se réduisant à de la gestion technocratique. Ce qui a suivi a été le retour triomphant de la droite, armée avec un TINA violemment appliqué [NdT : “there is no alternative”, phrase initialement prononcée par Margaret Tatcher au Royaume Uni imposant le néolibéralisme] et une posture contre-insurrectionelle visant précisément les mouvements qui ont secoué le pays en 2008 et durant les années des mémorandums. Au cours des dernières années, les autorités policières ont de plus en plus attaqué les squats politiques – incluant l’intérieur des campus universitaires, avec la coopération de l’administration académique.

Dans ce climat, les schémas patriarcaux et autoritaires se sont renforcés pas seulement depuis le haut mais aussi à l’intérieur du champ politique, avec les ruines de la gauche agissant comme des tampons et comme contre-insurrection interne, absorbant la colère et bloquant l’émergence d’alternatives sincèrement autonomes et sociales. L’attaque d’ARAS était une reconstitution de cette plus large tendance : l’internalisation de la logique étatique par une formation de gauche désespérément en quête de reconnaissance et de pouvoir. Essayer de sécuriser sa crédibilité et sa survie organisationnelle dans un panorama modifié par l’asphyxie lente de mouvements a culminé dans une rupture grotesque avec l’esprit de Polytechnique – un spectacle autoritaire qui a mimé les mêmes forces que cet anniversaire est supposé défier. Les mouvements ont beaucoup à craindre quand des acteurs légitiment ces formations au nom de “l’unité” ce qui les aide à obtenir plus de légitimité.

Mais encore, la brutalité de l’attaque a révélé plus qu’une embuscade sectaire et autoritaire ; elle a démontré une culture politique formée par des habitudes patriarcales de commandement – qui suppurent à travers des parties de la gauche grecque (et du plus large spectre politique) – et maintenant encouragée sous un gouvernement qui fétichise la discipline, la punition et l’obéissance.

Depuis des décennies, Polytechnique a été maintenue ouverte par celle.ux qui rejettent ces narratifs d’ordre et d’inévitabilité. Très peu des courants politiques présentes ont jamais été “non-violents” dans le sens moraliste poussé par les gouvernements et les libéraux. Ielles ont défendu les occupations, ont confronté la police, bloqué des mines, et ont construit des infrastructures de soin sous le feu. Leur militance est collective et enracinée dans la protection mutuelle. La violence d’ARAS était l’opposé : domination autoritaire se faisant passer pour discipline, une mascarade de contrôle affligée de patriarcat se faisant passer pour une lutte sociale.

Cette distinction est essentielle. Les formations politiques qui reproduisent les structures de commandement hiérarchiques et patriarcales ne font pas simplement écho à la violence étatique – ils la légitiment. Quand une secte dirigée par un gars déferle dans Polytechnique comme une police privée anti-émeute, cela fonctionne comme l’extension officieuse de la répression que le gouvernement a augmenté depuis des années en asphyxiant les espaces du mouvement et en étendant les pouvoirs de la police sous la bannière de l’inévitabilité. Dans ce contexte, l’attaque d’ARAS se lit mois comme une folie sectaire que comme une version amateur grotesque du narratif de l’état : “l’ordre doit être restauré ; les alternatives écrasées”. Un écho violent du TINA auquel ils prétendent s’opposer.

Si les mouvements veulent survivre cette phase autoritaire – la criminalisation des dissidents, la mascarade du “bon manifestant / mauvais manifestant” , le poliçage des politiques de la jeunesse – ielles doivent confronter ce qui a permis cette attaque. Pas à travers des vengeances ou des purges, qui recycle seulement le même circuit autoritaire [NdT : pas forcément, les vengeances peuvent être un besoin], mais en refusant de tolérer à l’intérieur de nos espaces les hiérarchies, les masculinités [NdT :  masculinités trans et cis ne sont pas la même chose], et les habitudes de commandements qui rendent une telle violence possible. La justice transformatrice n’est pas une douce alternative à la militance ; c’est le seul chemin par laquelle la militance reste enracinée dans la libération plutôt que de glisser dans la logique de la domination.

La révolte de Polytechnique reste puissante car elle rejette la hiérarchie, le contrôle patriarcal, et la logique d’inévitabilité. C’était bordélique, pluriel et contradictoire – et donc sincèrement insurgée. Ce qui s’est passé cette année était une profanation de la mémoire par des gens reproduisant de manière assumée la logique de l’État encore plus que sa propre police. Maintenant notre tâche n’est pas seulement de défendre nos espaces de la répression extérieure, mais de défendre nos cultures politiques du pourrissement interne. Aucun mouvement qui échoue à déraciner l’autoritarisme – qu’il soit porté par l’état ou des imitateurs – ne peut construire le monde qu’iel dit se battre pour.

Blade Runner

The last edition RUMOER, anarchist publication ever! Nr. 9

Publié le 2025-12-08 06:51:25

This is Rumoer on your screen – but preferably on paper! The last
edition ever. We did what we had to and are preparing for our next
plans.

In this last issue we are looking back on the period we started this
project and the years that followed. On the dusty scene, on the quiet
traces of struggle. The world didn’t necessarily became a better place.

Maybe the anarchist bubble did. We wrote articles on group chats, the corona times, authoritarian tendencies around us, eating meat by anarchists, attack and a lot more!

Read online or order trough rumoer at riseup dot net. We will be
available for comments for a bit more anyway.
rumoer #9 (English)Download

https://rumoer.noblogs.org/post/2025/11/25/the-last-rumoer-ever-nr-9/

Love, fire and strength,

your rumoerrrrr friends.

Printrun: 250 dutch
250 english
Website: www.rumoer.noblogs.org
E-mail: rumoer@riseup.ne

Santiago (Chili) : Après plus de trois mois, le procès contre les frères Lucas et Aldo Hernandez est terminé

Publié le 2025-12-09 08:57:07

extrait de La Zarzamora / mardi 4 novembre 2025

Ce lundi 3 novembre, le procès contre Aldo et Lucas Hernandez s’est achevé avec leur condamnation à 21 et à 12 ans de prison, respectivement, après plus de trois mois d’audiences, pendant lesquelles le pouvoir a essayé avec tous ses moyens d’obtenir une peine exemplaire pour les deux frères.

Le 21 juillet de cette année, entre des rassemblements et de multiples actions solidaires, a commencé le long procès contre Aldo et Lucas Hernandez, qui s’est déroulé au Centre de (In)Justice de Santiago. Les plaignants, c’est-à-dire le Parquet, le Ministère de la sécurité publique et la Gendarmerie [l’administration pénitentiaire ; NdAtt.] du Chili, exigeaient au début des peines intolérablement excessives, allant des vingt ans de prison pour Lucas aux 90 ans de prison pour Aldo Hernandez.

Plus tard, après la lecture du verdict, le 3 octobre, les plaignants ont sollicité une peine de 32 ans et 1 100 jours pour Aldo et une peine de 18 ans et 800 jours pour Lucas ; de leur côté, les avocats d’Aldo ont sollicité une peine de 26 ans et celle de Lucas une peine de 12 ans. Enfin, ce 3 novembre, il y a eu la condamnation d’Aldo à 21 ans et de Lucas à 12 ans.

Les jugements, consignés dans un document de plus de 400 pages, font référence à trois faits : 1. l’attaque contre la Direction Générale de la Gendarmerie, en décembre 2021 [voir ici ; NdAtt.], 2. la perquisition d’une maison dans la localité de Loncura [localité balnéaire de la commune de Quintero, dans la région de de Valparaiso ; NdAtt.] et 3. la perquisition d’une maison dans le quartier de La Victoria [dans la commune de Pedro Aguirre Cerda, dans la banlieue sud de Santiago ; NdAtt.].

Aldo Hernandez a été déclaré coupable de l’attentat contre la Direction de la Gendarmerie, mais acquitté des délits de blessures légères à des matons et du délit de recel ; il a été déclaré coupable aussi pour ce qui concerne les éléments trouvés lors de la perquisition à Loncura (fait n° 2) mais il a été acquitté de touts les délits pour lesquels il était inculpé en relation avec la perquisition domiciliaire de La Victoria (fait n° 3). Lucas, quant à lui, a été condamné pour la plupart des délits en relation avec le domicile du quartier de La Victoria, mais il a été acquitté des délits de fabrication d’armes et de fabrication d’engins explosifs.

[…]

Il convient de rappeler que les deux frères ont été arrêtés le 22 décembre 2022 [voir ici ; NdAtt.], dans la maison du quartier de La Victoria, après avoir fait l’objet d’une enquête du Parquet métropolitain sud, dans le cadre de l’attaque contre la Direction de la Gendarmerie (de 2021), une enquête confiée à l’OS9, au Gope et au Labocar, pour réussir à incriminer les deux frères, alors considérés comme des sujets dignes d’intérêt. De même, il fait mentionner le fait que ces perquisitions ont été observées et vécues par des enfants, qui ont été exposé.es à la violence des forces répressives, ce qui aurait pu être évité.

Suite à la lecture de ce jugement, de nouveaux recours en justice ne sont pas à exclure, après l’étude et l’analyse de celui-ci.

Réunion publique antimilitariste

Publié le 2025-12-09 11:20:40

Dans une perspective anti-autoritaire, il s’agit d’un moment pour partager nos questions, nos informations et nos envies autour des questions de la militarisation ambiante (embrigadement de la jeunesse, nouveau service militaire, désertion et répression, propagande d’état(s), militarisation de l’industrie et augmentation des ventes d’armes, destruction du vivant, nombreuses guerres en cours... )
Si t’as envie de grignoter et de partager, tu peux amener de quoi manger (vegan).
Si tu as des brochures ou tracts ou affiches à partager, n’hésites pas non plus.

[St Nazaire] Présentation de 2 ouvrages des éditions Tumult

Publié le 2025-12-09T20:05:19+01:00

Vendredi 12 décembre à 20h – Présentation de 2 ouvrages des éditions TumultCinq femmes révolutionnaires contre le Tsar

Vera Zassoulitch, Praskovia Ivanovskaïa, Olga Lioubatovitch, Elisabeth Kovalskaïa et Vera Figner sont cinq conspiratrices fougueuses du mouvement révolutionnaire russe des années 1870-1880. Dix ans après l’abolition du servage, la première vague de lutte contre l’absolutisme tsariste prend principalement la forme d’une marche de la jeunesse vers le peuple paysan et ouvrier. Face à la répression, le mouvement se transforme : à la propagande et l’agitation s’ajoutent l’organisation secrète, la fomentation de révoltes paysannes, le combat armé et les attentats. Le 1er mars 1881, le tsar Alexandre II lui-même est tué lors d’un attentat à Pétersbourg.

Rédigés en partie dans l’isolement de l’exil ou le silence de la prison, ces récits autobiographiques retracent les extraordinaires parcours rebelles de ces cinq rêveuses de la liberté. Leurs mémoires racontent les multiples facettes de leur engagement révolutionnaire, notamment au sein de deux formidables organisations souterraines : Zemlia i Volia (« Terre et Liberté ») et Narodnaïa Volia (« La Volonté du Peuple »). Ils nous plongent dans l’agitation ouvrière et paysanne, les attentats et évasions, l’exaltation et le désir, les imprimeries clandestines, mais aussi la répression implacable, la vie rude dans la clandestinité, la douleur et le tourment, l’exil et la trahison. Nourris par l’élan de l’émancipation individuelle et la volonté de se libérer du carcan patriarcal, ce sont des récits intimes de farouches combats révolutionnaires.

No mine in Gallok. Ecocide et colonialisme en terres samís occupées par la Suède 

Véritables ravages coloniaux au sein même de l’Europe, sur et sous le sol, No Mine in Gállok donne des informations sur l’ampleur du désastre, et permet de mieux comprendre l’industrialisation en cours sur place : mines, gigantesques parcs éoliens, monocultures d’arbres et champs de panneaux solaires à perte de vue… On y trouve des témoignages de personnes, sámis ou non, qui ont étudié ou lutté contre des projets écocidaires comme la mine de Gállok. Ielles se battent aussi contre l’annihilation des modes de vie peu industrialisés et contre la marchandisation des savoirs sámis.La solidarité n’est ici pas un soutien aveugle à une lutte ou à une population locale, elle s’incarne dans les actes et les mots. Elle relie les individus qui tentent de se frayer un chemin vers la liberté et vers la libération des territoires tant fatigués de devoir être utiles et productifs. Elle associe les combats contre toutes les dominations.

https://tumult.noblogs.org

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La programmation de décembre au local autogéré : https://ladm.noblogs.org/post/2025/11/27/agenda-decembre-2025/

Bruxelles: Flics vs squats

Publié le 2025-12-11 08:18:58

Bruxelles: Flics vs squats

On écrit ce texte pour parler un peu des flics. Et surtout des rapports du milieu squat bruxellois avec les flics. Ces derniers temps, plusieurs choses nous ont interpellées à ce sujet.

Premièrement, plusieurs discussions ayant eu lieu dans des groupes signal inter-squat nous ont laissé sceptiques. Certain.es y ont exprimé leur volonté de rencontrer des ’gentils’ flics pour ’discuter’ et ’faire connaissance’ pour ’mieux se comprendre’, un rdv a même été proposé. D’autres y ont demandé/fait tourner des contacts de flics ’ami’. On sait par ailleurs que des gens de nos milieux sont déjà en contact avec ce même type de keuf dans une perspective prétendument stratégique, de temporiser et fluidifier les rapports avec les proprios et la police.
Pour nous, ces interactions témoignent d’à quel point il est banal dans nos milieux de causer avec les flics, de collaborer d’une manière ou d’une autre et de ne pas (assez) s’en méfier.

De plus, il y a peu, un flic des renseignements a été vu en train de rôder aux abords de l’ouverture collective d’un nouveau Centre Social, quelques minutes seulement après que les gens soient rentrés. Ça éveille notre suspicion quant à comment cette situation a pu arriver.
On a du mal à pas faire le lien entre banalisation des échanges avec les flics, et la facilité que ses derniers semblent avoir à nous fliquer.

On aimerait faire le point sur ce que ça veut dire tout ça, pourquoi on est certain.es d’y perdre sur tous les plans, en plus de trahir nos idées d’insoumission à l’autorité.

On voulait commencer par revenir sur une expérience qu’on a eu avec une team de squat il y a quelques temps et qui nous a bien fait réfléchir. Partager ces réflexions, c’est une manière pour nous d’inviter nos entourages, copaines, complices, à ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Les flics nous la mette à l’envers

Quand on a appris que la proprio était au courant qu’on squattait son bat’, on s’est dit que pour tenter d’éviter une procédure unilatérale (procédure qui permet une expulsion rapide quand l’identité des occupant.es n’est pas connue), on irait faire constater l’occup’ par les flics. On a donc filé des identités au comico du coin. Un peu plus tard les flics sonnent à la maison et demandent de rentrer pour voir et constater l’occupation. Un peu pris.es au dépourvu, on les a laissé rentrer et on le regrette encore. Ces ordures ont pris pas mal de photos et ça ne nous a pas empêché de nous taper une procédure unilatérale. En effet, les flics ont jamais voulu nous donner un compte-rendu de leur visite, ni une preuve que certaines identités leur était connue et donc accessible à la proprio. L’excuse de l’insalubrité a ensuite été utilisée pour nous expulser le plus rapidement possible. Les quelques jours avant l’expulsion, les flics ont utilisé la moindre info qu’ils avaient sur nous pour nous mettre la pression régulièrement (nous appeler par nos prénoms dans la rue, demander si on allait bien déménager nos animaux, etc.) On s’est évidemment fait avoir un peu comme des cons par les keufs et on le partage ici pour que d’autres ne se fassent pas avoir comme nous.

Les flics cherchent des poukaves

Quelques jours avant notre expulsion, un type sonne à la porte de notre squat. Quand le pote ouvre, il lui dit qu’il est flic et commence à parler. Un autre flic en civil les rejoint bientôt – il était resté à l’écart pour avoir l’air moins suspect en laissant son collègue sonner à la porte seul. Ils se présentent comme faisant partie de la section info de la police judiciaire de Bruxelles-nord. Ils commencent par dire que c’est important pour eux que l’occup se passe bien. Ils justifient le fait que les flics en uniforme du quartier nous font ultra chier ces derniers temps (sonnent tous les jours, nous emmerdent dès qu’on est parqué sur le trottoir, qu’on fait l’atelier vélo, etc) en disant qu’ils ont peur qu’il y ait trop de consommation ou que le lieu soit insalubre. Ils se dissocient aussi de leurs collègues en uniforme, disant que eux ils comprennent pourquoi on occupe, que le logement c’est compliqué à Bruxelles. Ils se mettent à poser plein de questions sur nous : qui on est ? Combien on est ? D’où on vient ? Quelles sont nos idées politiques ? Comment on est organisés ? Est-ce qu’on fait partie du Front anti-expulsions ? Et petit à petit, ils proposent une collaboration. En sous-entendu : ils proposent que si on collabore, si on leur file des infos sur nous, ils peuvent prendre contact avec le proprio d’une futur occup. Ça voudrait dire, en échange, des infos sur nous, trouver un accord avec les proprios avant de squatter, accepter un bail précaire. Bref, une bonne vieille collaboration avec les flics pour perdre toute la subversivité du squat mais aussi pour qu’ils aient un bon point d’entrée dans le milieu squat, des gens à qui soutirer des infos tant sur notre squat que sur le milieu dans son ensemble. Le pote a bien sûre pas accepté. Mais, sans tomber dans de la parano, on a le sentiment que d’autres pourraient se laisser avoir. C’est une bonne vieille technique de keufs que de faire miroiter des avantages pour se mettre des balances dans la poche. Les flics ont d’ailleurs sous-entendus qu’ils avaient déjà ce type d’accord avec certains squat.

Les flics sont formés pour nous manipuler

Combien de fois on a entendu l’idée que en parlant aux flics, c’est nous qui leur soutirons des infos, ou que ça a un avantage pour nous de collaborer, de jouer les gentils. Les flics ne sont jamais des alliés. Leur travail est bien de protéger la propriété privée et les propriétaires vus qu’ils protègent les lois de cette société de merde. Et nous, comme squatteurs, on emmerde ces lois, nos pratiques ne sont pas légales et jamais un représentant de l’ordre ne peut nous soutenir d’une manière ou d’une autre. Les flics sont formés pour nous manipuler. Si l’on jette un œil à la science Forensic (la science de l’investigation, donc utilisée par les flics et la justice), on trouve de grosse théorisations des différentes manières de manipuler. On voulait en développer 4 qui nous semblent souvent utilisées par les flics avec les squatteurs et qu’on a pu voir avec notre dernier squat. Pour le développement de plus de méthodes de manipulation des flics, on conseil la lecture du petit livre « Comment la police interroge » (dispo ici).

Flics naïf

Combien de fois on entend que les flics sont trop cons. Alors oui, c’est sûr qu’à première vue ce ne sont pas des flèches. Mais il est important de garder en tête que jouer au con fait partie d’une stratégie souvent très efficace. Ce que ça créer, c’est qu’alors on se sent supérieur à eux. Et on commence à prendre un peu trop la confiance et donc à faire des conneries. Combien de fois on a entendu des personnes dire que c’est eux qui utilisaient les flics : « oui j’essaie de leur soutirer des infos ». Les flics savent très bien ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas nous dire en général, ils sont formés et payés pour nous soutirer des informations. Alors essayer de jouer au plus malin avec eux, ça mène très souvent à leur donner des infos qu’on aurait préféré garder pour nous. Parce que toutes les infos que les flics récoltent peuvent toujours leur servir, à court ou à long terme.

Stratégie de l’engagement

Une autre stratégie extrêmement efficace est le phénomène d’engagement. Les flics commencent par poser des questions banales, par faire une conversation sympas, sans enjeux. Petit à petit, ils se mettent à poser des questions plus précises. Il est alors très difficile de stopper la conversation quant on s’est déjà engagé.es dans la discussion. En plus, ils ont ainsi un moyen de pression : « Pourquoi avoir répondu à nos questions jusqu’ici mais refuser de le faire maintenant ? Vous avez quelque chose à nous cacher sur ce sujet ? ».

Les sables mouvants

La stratégie du sable mouvant est une technique où les flics t’encouragent à mentir. Ils vont rebondir sur tes mensonges jusqu’à te pousser à des contradictions. Mentir, surtout à l’improviste, demande de grandes compétences et c’est rarement une très bonne idée. « L’objectif pour la police est de te pousser à mentir puis de faire voler ton mensonge en éclat. Alors les policiers·policères vont te montrer qu’ils·elles savent que tu mens, que tu n’es plus crédible. » (citation de « Comment la police interroge ? »)

Faux marchandage

Les flics proposent des marchés pour soutirer des informations. Ils proposent des avantages, nous font des promesses qu’ils ne tiendront probablement pas. « Passer un contrat avec la police est une démarche très précaire car tu ne contrôles rien des éléments extérieurs et tu ne possèdes aucun moyen de pression pour qu’ils·elles maintiennent leurs promesses. » (citation de « Comment la police interroge ? »). Cela vaut pour ce qui est des propositions de type médiation avec les proprios.

Pourquoi c’est la merde de donner des infos aux flics ?

Ce que ça permet aux flics, d’avoir autant d’infos sur nous, c’est de faire du profilage. Ca veut dire qu’ils ont une idée assez précise de qui on est, de quelles relations on a, quelles idées ont porte. Et à partir de là, c’est beaucoup plus facile de savoir où chercher quand il se passe des actions plus chaudes. Si par exemple iels ont identifié des habitant.es d’une maison comme se bougeant sur les luttes pro-palestiniennes et sensibles à l’action directe, il leur serait plus évident de penser à viser cette maison pour y faire une petite perquisition suite à une attaque/un sabotage de solidarité avec la Palestine.

On a souvent l’imaginaire du flic infiltré dans les milieux militants. Et pourtant, les taupes sont bien souvent des gens qui ne bossent pas pour les flics mais qui donnent quelques infos en échange d’un avantage. Et si on ajoute a cela toutes les infos qui sont données, malgré nous, à chaque échange avec les flics, on peut se dire qu’iels se font une bonne petite idée de qui on est.

Parler avec les flics c’est jamais une bonne idée. On invite très chaleureusement à ne pas ouvrir aux keufs, à refuser de leur parler. On peut toujours leur dire « je préfère garder le silence » et c’est un droit en Belgique, de ne pas parler aux keufs.
« Le travail des flics est de nous faire parler pour nous charger nous ou d’autres. Réponde à leurs questions est non seulement dangereux pour nous et nos camarades, mais cela peut mener à une collaboration informelle. Si nous donnons une information, ils nous verront comme une personne qui peut leur en donner plus. Ils peuvent nous foutre encore plus la pression, ou utiliser une forme de chantage. Le truc, c’est qu’ils vont rarement nous demander de travailler pour eux formellement. Il n’y a pas de frontière claire entre répondre à leur questions et être une balance. » (Comment la police interroge)

Pas parler aux flics, c’est un truc de privilégié.es ?

Récemment on a pu entendre/lire cet argument pour justifier la pratique d’être en contact avec les flics : ne pas parler aux flics serait un privilège de ’toto’, une sorte de posture de principe que les personnes plus vulnérables ne pourraient pas se permettre.

Si commencer à parler aux flics mène souvent à un glissement et finit par tourner à leur avantage, alors leur permettre de comprendre, même indirectement, les dynamiques internes de nos squats ne peut que vulnerabiliser encore plus les personnes les plus précaires et marginales vis à vis de la répression. Dialoguer, ouvrir sa porte au flics, c’est permettre la possibilité d’une expulsion plus rapide à cause d’insalubrité (que les flics peuvent facilement inventer), c’est s’empêcher la possibilité d’une défense plus offensive de son squat, c’est aussi filer des potentielles infos sur où logent des personnes sans-papier, sur leur nationalité, et ça peut faciliter des opérations de rafles en vue de déportations collective. Bref, cet argument est en tout cas très réducteur et coupe la possibilité de réfléchir sérieusement à la question du rapport aux flics. D’ailleurs, on oublie pas que la conflictualité avec la police est souvent bien plus portée par des personnes précarisées. L’insoumission aux contrôles, la riposte, l’attaque sont des pratiques courantes de beaucoup de personnes sans-papier, racisées, pauvres. D’ailleurs bien plus courantes que chez les totos blancs…

Toujours des raisons de cracher à la gueule des flics

On l’a vu, c’est jamais à notre avantage de parler aux flics. Mais en plus de ça, n’oublions pas qui sont ces ordures. On n’ oublie pas qu’ils tuent, on oublie pas Ouassim et Sabrina, Sourour, Ibrahima, Mawda, Fabian et tous.tes les autres. On oublie pas que ce sont eux qui servent de chiens de garde à l’État, à ce monde qui nous fait vomir. Ils défendront toujours la propriété privée alors qu’on veut la détruire et que squatter fait partie de ça. Ils défendront toujours les frontières alors qu’on veut que tout le monde puisse circuler librement et que tous les papiers brûlent. Ils rafleront toujours les sans-pap’ à gare du midi, à Matonge et ailleurs pour les enfermer et les déporter hors de Belgique, alors que nous souhaitons que des gens puissent arriver du monde entier, quelles que soit leur raisons, que nous voulons un monde hétérogène et plein de belles rencontres. Ils défendront toujours les intérêts du Capital et des bourges, ce seront toujours eux devant les vitrines qu’on veut étoiler, devant les machines mortifères qu’on veut incendier. Ce sont toujours eux qui traquent et enferment en taule tous.tes les rebelles, tous.tes celleux qui refusent ou n’arrivent pas à se plier à la normalité. Les flics seront toujours nos ennemis ! Alors la prochaine fois qu’ils sonneront à la porte, on espère que l’on sera nombreux.ses a ne pas leur ouvrir, si ce n’est pour leur cracher à la gueule.


Des groupes liés aux sans-papiers https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers
Des squats à Bruxelles: https://radar.squat.net/fr/groups/city/bruxelles/country/BE/squated/squat
Des squats en Belgique: https://radar.squat.net/fr/groups/country/BE/squated/squat
Des groupes en Belgique: https://radar.squat.net/fr/groups/country/BE
Des événements en Belgique: https://radar.squat.net/fr/events/country/BE


[Stuut le 10 décembre 2025 https://stuut.info/Flics-vs-squats-9278]

9 décembre 1893 : boum ! au Palais Bourbon

Publié le 2025-12-11 08:21:09

Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant, miséreux, anarchiste, lance une bombe à clous dans l’hémicycle du Palais Bourbon. C’est le début d’une réaction d’ampleur : les lois scélérates.



Boum ! Explosion

Il est 16h au Palais Bourbon (oui, c’est comme ça que s’appelle l’Assemblée Nationale).
Les députés baillent au milieu des habituelles questions locales.
Quand soudain...

Boum !
Une soixantaine de personnes sont blessées par les petits clous d’un engin artisanal, y compris le lanceur de la bombe dont le bras a été dévié par une personne qui a bougé.
C’est la panique, les députés veulent fuir.

Le président du Conseil Charles Dupuy, passé à la postérité pour son acharnement contre Dreyfus à peine un an plus tard, hurle :

« Messieurs les députés, la séance continue. Il est de la dignité de la Chambre et de la République que de pareils attentats, d’où qu’ils viennent et dont, d’ailleurs, nous ne connaissons pas la cause, ne troublent pas les législateurs ».

Applaudissements des députés, ébahis devant cette scène surréaliste.

Dans la vingtaine de personnes arrêtées ce soir-là, un grand gars que ses potes surnomment « Marchal », avoue immédiatement.

« Ce n’est pas un crime. C’est un acte de justice sociale, vive l’anarchie ! »

Badaboum ! Explication

« Marchal », c’est Auguste Vaillant, un pauvre gars qui n’a pas trop de chance. Il avoue avoir été aidé pour faire la bombe et tiré au sort pour la porter à l’Assemblée Nationale. Ardéchois, abandonné par ses parents, il vit de petits boulots, à Paris principalement, même s’il tente, comme pas mal d’européens à cette époque, d’aller tenter sa chance en Argentine. Camarade de route des anarchistes, il peine à nourrir sa famille et vit mal sa misère.
Depuis sa condition sociale, il observe.
Pour lui, les principaux coupables sont les garants de la stabilité sociale de cette société qui exploite les hommes et les réduit à la mendicité : les bourgeois, et donc leurs représentants, les députés.
Séduit par la propagande par le fait, il décide, à 33 ans, de venger Ravachol exécuté à peine un an auparavant.

"J’aurai la satisfaction d’avoir blessé la société actuelle, cette société maudite où l’on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d’accaparer la richesse sociale.

Las de mener cette vie de souffrance et de lâcheté, j’ai porté cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales. "

« Bam ! Bam ! » Révélation / Répression

D’aucuns disent que des mouchards, des indics, des flics, ont aidé Vaillant à confectionner sa bombe, sans qu’il s’en doute. [1]

D’aucuns disent que ce seraient les fameux gars avec lesquels il a parié qui d’entre eux lancerait la bombe.

Bref ! On ne saura pas qui a fait quoi, mais Auguste Vaillant assume devant les juges un acte qui lui fait risquer sa tête.

En tous cas, politiquement, c’est bien pratique, un attentat spectaculaire en pleine Assemblée Nationale : effectivement, dès le surlendemain, c’est le déchaînement...

Les "lois scélérates" [2] sont votées immédiatement :

En plein scandale de Panama, les anarchistes tentent de soutenir Vaillant, mais sont trop occupés à échapper aux arrestations, perquisitions, dénonciations, qui commencent tout juste...

Malgré une pétition organisée par une cinquantaine de députés, Auguste Vaillant sera exécuté le 5 février 1894.



Notes

[1Comme le précise cependant la notice de Vaillant sur le site http://militants-anarchistes.info, basée sur des recherches historiques sérieuses : « Rien ne permet cependant d’affirmer qu’il y eut provocation, tout au plus une certaine incurie des services de police. »

[2Pour en savoir plus sur les lois scélérates, qui sont les grands mères des lois antiterroristes en France : https://paris-luttes.info/article7313 .

Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) : Le RN provoque un climat délétère

Publié le 2025-12-11 08:28:38

Ici (France Bleu) / mercredi 10 décembre 2025

La permanence de Céline Porquet à Bourg-Saint-Andéol en Ardèche a été victime d’actes de vandalisme pour la seconde fois en dix jours. Ce mercredi matin, une nouvelle dégradation et une tentative d’intrusion ont été constatées dans le local de campagne du Rassemblement National situé place Frédéric Mistral. Des individus ont essayé de forcer l’entrée afin de dégrader les locaux et d’accéder à la crêche [hein ? NdAtt.].

Céline Porquet, candidate aux prochaines élections municipales de mars 2026, a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Bourg-Saint-Andéol afin dit-elle dans un communiqué d’alerter sur « ce climat délétère ». La conseillère régionale rappelle également qu’elle a été confrontée à des intimidations physiques et verbales lors de la commémoration du 11 novembre. […]

 

et, selon le Dauphiné Libéré, même date : « […] Les premiers faits remontent à jeudi 4 décembre. Céline Porquet, candidate RN aux élections municipales à Bourg-Saint-Andéol, avait retrouvé la vitrine de son local de campagne, situé place Frédéric-Mistral, salie par des excréments. Elle n’en avait pas fait mention lors de l’inauguration du local, samedi 6 décembre, qui s’est déroulée sans encombre. […] »

[Verdun] Soirée de soutien à la lutte contre CIGÉO

Publié le 2025-12-11 08:29:16

Trente ans que ça dure !

Trente ans de pied dans la porte, de caillou dans la chaussure,

trente ans de manifs, rassemblements, mobilisations, tracts, journaux, brochures,

trente ans que l’Andra aurait voulu avancer à grands pas, mais ça freine dur,

grâce à tou.te.s celles et ceux qui refusent qu’on aille dans le mur,

et qui luttent sans faillir contre l’enfouissement radioactif ailleurs ou à Bure

Alors contre les relents de démocrature

avant les fissures dans leur vide-ordure

on vous propose une belle aventure :

accorder nos tessitures

pour cette

et pour conclure

à pied à cheval en voiture

pour pas vous faire appeler Arthur

tou.te.s vos ami.es, faut les inclure !


verdun-stop-nucleaire(at)riseup.net

Une cantine pour cantiner #33

Publié le 2025-12-13 10:07:25

La cantine de décembre sera en soutien à Nounou, qui est venu plusieurs fois cuisiner à la Tablée et qui et incarcéré à la Talaudière.



La cantine de décembre sera en soutien à Nounou, qui est venu plusieurs fois cuisiner à la Tablée et qui et incarcéré à la Talaudière.

[Livre] : Le livre « Incognito » à nouveau disponible

Publié le 2025-12-13 10:07:39

Incognito , Expériences qui défient l’identification, Mutines Séditions, traduit de l’italien, décembre 2025, 144 pages // 3e édition augmentée d’une postface

Publié une première fois en 2011 puis en 2019, ce livre qui parle de clandestinité projette un rayon de lumière dans l’obscurité. Il propose un saut dans le versant inconnu du secret, dans cette dimension parallèle où, souvent, même ce qui peut être dit ne l’est pas.

Les onze textes rassemblés ici parlent de ce monde, nous en rapportant quelques voix parmi tant d’autres, des voix dont le ton, les émotions et les messages sont certes variés, mais qui vivent ou ont vécu dans la dimension de la clandestinité. Des expériences qui ont été endurées par choix ou bien pour des raisons extérieures à sa propre volonté, suite à un parcours de luttes révolutionnaires pour les uns ou bien d’une condition sociale pour tant d’autres.

Le livre est à prix libre, et est déjà disponible dans plusieurs infokiosques de Toulouse à Paris, et de Marseille aux Cévennes (d’autres lieux sont en cours d’approvisionnement).

Pour commander des exemplaires, écrire à la distro :
commandes[arobase]lutineseditions.fr

[Trouvé sur Indymedia Lille, 11 décembre 2025]

Dunkerque (Nord) : Spie-Batignolles, Business de tes morts

Publié le 2025-12-13 10:24:05

Indymedia Lille, 11 décembre 2025

Des nouvelles du projet de construction du CRA à Loon-Plage (près de Dunkerque). Les CRA sont des lieux d’enfermement des personnes n’ayant pas les bons papiers. Dans le grand programme raciste des gouvernements actuels, 10 nouveaux CRA sont en construction.

La construction de celui de Loon-Plage a débuté, des engins de chantier sont présents sur le terrain. Les coordonnées GPS : 51.004, 2.207.

On a appris ces derniers jours que le contrat pour la construction du Centre de Rétention Administratif (CRA) à Loon-Plage a été attribué à l’entreprise : SPIE BATIGNOLLES NORD.

Le SPIE BATIGNOLLES a l’habitude de construire des taules, elle vit sur les thunes de l’enfermement et de la mort.

L’enfermement c’est un business juteux pour ces entreprises collabos. L’appel d’offre global sur le site des marchés public est de 39 millions d’euros ! De nombreuses autres entreprises (architecte, nettoyage, sécurité,..) se font de l’argent sur la vie des enfermé.e.s.

Pour ce CRA leur noms ne sont pas encore public mais nous ne manquerons pas de les faire connaître quand ce sera le cas.

En attendant si vous voulez transmettre vos meilleurs vœux de malheur au SPIE BATIGNOLLES NORD, son siège social se situe au 300 rue de Lille, Parc tertiaire Riveo, 59520 Marquette-Lez-Lille.

Contre l’enfermement et son marché, ciblons les boîtes collabos !

Pour plus d’info : anticradunkerque.noblogs,org

Munich (Allemagne) : Rébellion en temps de surveillance policière totale

Publié le 2025-12-14 08:05:00

[Note. De nombreux textes, analyses du dossier judiciaire, et lettre de prison ont déjà été traduits ici à propos de cette longue histoire répressive munichoise et de son contexte. Il est possible de les retrouver à partir de ce lien.]


Rébellion en temps de surveillance policière totale –
Lettre ouverte et mise à jour après la sortie de prison

Traduit de l’allemand de de.indymedia, 30 octobre 2025

Comme cela a déjà été dit, nous (Nathalie et Manuel) avons été étonnamment relâché-e-s de détention le 22 septembre.

(suit une brève mise à jour sur la remise en liberté et les premières semaines qui ont suivi, ainsi que la publication a posteriori d’une lettre ouverte écrite en taule et datant d’août 2025)


Pour Nathalie, la porte de la cellule s’est ouverte vers midi et demie et une matonne lui a appris sa remise en liberté. Elle n’a pas pu revoir les autres détenues qui étaient enfermées en cellule ou au travail à ce moment-là. Elle a juste pu laisser de petites quantités de nourriture à quelques-unes. On l’a ensuite accompagnée vers la sortie puis mise à la porte vers 16h.

Manuel a été informé vers 14h, après la promenade. Comme les portes des cellules étaient ouvertes dans sa section à cette heure-là, il a pu prendre congé des autres prisonniers et filer quasiment toutes ses affaires à des codétenus.

Un policier du K43 [la police judiciaire chargée des crimes qualifiés d’extrême-gauche] attendait chacun-e d’entre nous, le commissaire principal Unglaub pour Manuel et l’inspecteur Meyer pour Nathalie avant la sortie. Ils étaient là pour nous informer d’un dénommé  » avertissement de mise en danger « . Celui-ci consistait essentiellement à nous enjoindre à ne pas commettre de délits – même pas de « délits mineurs » (selon l’inspecteur Meyer) – et à nous renvoyer vers « un programme interne de déradicalisation ». On nous assurait que les portes du K43 nous seraient toujours ouvertes.

Alors qu’au motif que nous n’avions pas bien écouté et surtout trop ricané à ses propos, le commissaire Unglaub refusait de répondre à notre question de savoir si nous restions placé-e-s sous surveillance, il a à peine fallu trois minutes aux civils en observation pour se griller d’eux-mêmes à notre sortie. Le chauffeur du taxi que Manuel voulait prendre (plaque M QF 1185) s’est démasqué en tant qu’Observant, en lui répondant non pas qu’il était déjà réservé, mais en détournant le visage en même temps qu’il appuyait précipitamment sur une sorte de « bouton d’urgence » dans sa poche droite de pantalon, et qu’il s’assurait que les fermetures de sécurité du véhicule étaient enclenchées. Le tout en faisant d’énergiques gestes des mains sur le mode « casse-toi ». Il avait plus l’air d’un Observant grillé que d’un chauffeur de taxi pendant la fête de la bière.

Retour à la case départ donc. Il en irait de même les jours suivants. Ils se donnaient plus ou moins de peine, nous photographiant parfois sans vergogne au téléobjectif alors que nous nous baignions nu-e-s dans la rivière Isar, et lorsque, dépourvus de tels moyens techniques, ils s’aventuraient à portée de voix, c’était pour tourner les talons à toute vitesse et éviter de se faire accoster. Quand Manuel s’est souvenu de la promesse de la porte ouverte au K43, et a demandé à voir les décisions judiciaires nécessaires pour justifier une surveillance à plus long terme et l’utilisation de moyens techniques, un commissaire Unglaub manifestement très irritable lui a pratiquement hurlé dessus qu’il n’y en avait pas et que d’ailleurs Madame Findeisen et Monsieur Obermeier étaient en charge de cela, ainsi que le Parquet Général. Mais c’est bien connu depuis le cours d’instruction de propagande humaines des récits de Kafka, les portes du Parquet Général restent bien-sûr fermées. Un planton a aboyé qu’il fallait encore attendre, qu’un rendez-vous était nécessaire, que c’était le Parquet Général, qu’on ne pouvait pas juste débouler comme ça aux heures d’ouverture, qu’il fallait déposer une requête écrite. Heureusement qu’on avait déjà l’habitude de tout ça avec la routine carcérale …

Mais pourquoi cette remise en liberté maintenant ? Dans toute cette précipitation, on avait volontairement omis de nous le dire. On pourrait penser que ça n’est pas intéressant – ce qui compte c’est d’être dehors. En fait, c’est la cour d’appel, plus précisément l’association de magistrats autour du juge Höhne, qui a ordonné notre remise en liberté immédiate. En effet, notre procès a été ostensiblement repoussé. Depuis la mise en accusation mi/fin mars, le groupement judiciaire Himmelstoß ans Co., appelé 29e chambre pénale du tribunal régional de Munich I (chambre de sûreté de l’État), n’avait toujours pas fixé les dates du procès et n’envisageait la tenue des audiences qu’à partir de janvier 2026. La manœuvre était trop évidente. En effet, même si la justice bavaroise laisse couramment moisir les personnes en détention préventive, dépassant régulièrement le délai prévu de 6 mois, cette pratique est plutôt mal vue quand elle est à ce point flagrante.

Comme la commissaire Findeisen, cette policière si attentionnée que nous connaissons du soir de notre arrestation, l’avait alors déjà promis à Nathalie, notre cabane en forêt devait être rasée au sol peu après notre remise en liberté. Notre ancien habitat a été démoli avec de lourdes machines, et pour ce faire une énorme tranchée a été percée dans le sous-bois de la parcelle de forêt en pleine croissance. La police tient donc parole.

Le procès contre nous deux et une autre personne devrait commencer vers la fin du mois de janvier. Pour l’instant, 10 dates sont prévues.

Nous remercions encore une fois toutes les personnes solidaires pour les cartes postales, les lettres, les saluts et toutes les formes inimaginables de soutien qui nous sont parvenues en taule. Vous nous avez donné la force nécessaire.

Rien n’est fini, tout continue.


RÉBELLION EN TEMPS DE SURVEILLANCE POLICIÈRE TOTALE
Une lettre de l’autre monde à propos de la dernière vague répressive contre des anarchistes munichois-e-s.

(…)

Une esquisse en contexte social de la répression contre le journal « Zündlumpen » et des anarchistes de Munich

Alors que l’État mettait la presse au pas et instaurait une nouvelle sorte de nationalisme, celui de l’obligation vaccinale [contre le Covid] « solidaire », qui ne serait pas une contrainte, seulement « il n’y aura pas de liberté sans vaccination » selon Markus SöDDR comme il a alors été fréquemment appelé, il va de soi que la répression devait aussi frapper toutes celles et ceux refusant la muselière (médicalement) prescrite. Ce fut l’heure de gloire de l’Office central de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme (ZET) bavarois, nouvellement créé et qui se mit immédiatement au travail, en engageant les poursuites contre les opposant-e-s au vaccin, contre les « négationnistes du Covid », et contre les anarchistes and Co. C’est le ministre de l’Intérieur de Bavière en personne, Joachim Herrmann, qui va lancer la chasse aux anarchistes de Munich, en raison d’une prise de bec avec le journal « Zündlumpen« , un « hebdomadaire anarchiste » paraissant alors à Munich et comptant parmi les premiers critiques des mesures Covid, ou plus précisément en raison d’émoticônes clin d’œil excessivement menaçantes. »

A l’appel du plus haut chef de la police bavaroise, des flics s’activent alors plus ou moins secrètement. Avec l’accord des parlementaires Katharina Schulze, Alfred Sauter et Alexander Flierl, les services de renseignements bavarois surveillent le courrier d’une quinzaine d’anarchistes (présumé-e-s) qu’ils observent aussi de différentes manières. Bien qu’ils demandent à plusieurs reprises l’autorisation de prolonger ces mesures de surveillance, étant donné que leurs observations « n’auraient pas encore offert les résultats escomptés », comme par magie ces services sortent soudain de leur chapeau trois personnes « suspectées de faire partie de l’équipe éditoriale de Zündlumpen ». Cela se produit juste au moment où la police moins secrète en charge des investigations contre « Zündlumpen » clôt son enquête en raison du manque d’indices prometteurs. Trois personnes, c’est le minimum requis pour une procédure selon le paragraphe 129 pour « formation d’une association criminelle » dont doit relever l’édition d’un journal. Une telle procédure constitue à son tour le fondement indispensable pour réaliser, puis exploiter dans une procédure pénale, des mesures de surveillance, des écoutes téléphoniques, du contrôle de courrier etc. Comme par hasard.

Il s’en est suivi des perquisitions, des prélèvements ADN et le vol d’une imprimerie entière, ainsi que de milliers de publications anarchistes, avec la volonté manifeste d’empêcher la diffusion d’idées anarchistes. L’imprimerie volée a été traitée par les flics comme une scène de crime, empreintes digitales et traces ADN ont été relevées, entre autres les mégots dans un cendrier ont été collectés et… voilà qu’on avait un quatrième inculpé. Le laboratoire de la PJ régionale avait certes déjà formellement exclu que le matériel d’impression de cette imprimerie ait pu servir à fabriquer « Zündlumpen« , mais qui s’en soucie ?

Après une autre perquisition, les flics des services de renseignements munichois, Florian O., Jannine F. et Johannes R. en tête, se consacrent à la lecture. Ils ont finalement appelé leur groupe d’investigation « EG Schrift » (groupe d’investigation sur l’écrit). Grâce à leur riche prise de notes au cours de ces cercles de lectures, non seulement nous savons désormais enfin ce que contiennent certains des plus gros tomes d’ouvrages anarchistes, mais nous avons aussi eu accès à telle ou telle interprétation et nous en avons gagné quelque connaissance sur la figure biblique et hobbesienne du Léviathan. Parallèlement à leurs cercles de lectures anarchistes, les flics obtiennent également la résiliation du contrat de location de la bibliothèque anarchiste « Frevel » en foutant régulièrement la pression au propriétaire. Florian O se pointe aussi à Pôle emploi, suite à quoi il écrit dans une note triomphante du dossier qu’il a obtenu que nos (Nathalie et Manuel) allocations soient coupées ou non renouvelées. Là- dessus, le proprio de notre logement, coopérant déjà avec les flics pour leur indiquer à quels moments nous aurions été ou pas dans l’appart, nous expulse de son propre chef pour loyer impayé.

Les flics qui à l’époque cherchent à chopper du sang ou de la salive de Nathalie pour avoir aussi son ADN et permettre ainsi au tribunal de compléter littéralement la « mosaïque » de l’accusation, surveillent son compte en banque, en particulier les retraits, de même que les communications de téléphone fixe et portable de ses parents, ils recherchent les listes de participant-e-s aux cours dans son ancienne école professionnelle – qu’elle fréquentait plus de 10 ans auparavant –, ils émettent tout un tas de requêtes auprès de plate-formes en ligne pour obtenir d’éventuelles données sur les utilisateurs, les comptes et les adresses de livraison, ils effectuent des filatures et finissent par attendre Nathalie chez ses parents à Noël. Mais ils ne la coincent pas et la suivent discrètement de là jusqu’à un supposé logement provisoire. Mais les forces de surveillance du groupe d’intervention mobile et leurs donneurs d’ordres de la sûreté de l’État ne semblent pas accorder d’importance au fait d’obtenir son ADN. Après deux semaines de surveillance 24/24, celle-ci est interrompue sans avoir demandé au moins une fois ce jus particulier.

Au lieu de ça, plus d’un mois après, quelques flics hooligans en voiture doivent s’y coller, en nous faisant tomber de vélo, Nathalie et moi, au cours d’un contrôle « aléatoire ». Ce qui avait (presque) commencé comme un scénario hollywoodien, se termine finalement par un acte bureaucratique, l’activité favorite de la « vraie police ».

Le groupe d’enquête RAUTE, les anarchistes et le diablotin incendiaire

Tandis que les flics partent en chasse contre un journal, volent des machines d’impression et du papier, et fondent des cercles de lecture pour avaler des centaines de publications anarchistes arrivées en leur possession suite aux perquisitions de 2022, il se trouvent confrontés à un tout autre problème : un « diablotin incendiaire » sévit en Bavière depuis quelques années déjà. C’est du moins ainsi que la presse locale titre sur une « série » d’incendies volontaires prenant pour cibles des véhicules, des engins de chantier ou forestiers, ainsi que des infrastructures telles que des antennes relais, des voies ferrées, des installations de géothermie et éoliennes, ou encore du matériel de la police elle-même. Il est question d’une cinquantaine d’incendies et de 25 millions d’euros de dégâts. Depuis août 2023 un groupe d’enquête, appelé « EG Raute » et créé spécialement pour cela, est en charge des investigations.

Mais qui cela pourrait-il bien être ? Même après des années d’enquêtes, les flics nagent dans le brouillard. Ça fait mauvais effet, très mauvais effet pour « la ville la plus sûre » d’Allemagne et pour la police bavaroise renommée pour sa fermeté… ah, les Républiques libres. Bon, comme ils l’écrivent avec une extrême prudence dans une déclaration à la presse, au moins pour certains faits, les flics suspectent des motivations « extrémistes ». Plus précisément anarchistes.

En effet, comme l’office fédéral de police criminelle s’est efforcé de le démontrer au cours d’intenses investigations, les anarchistes n’aiment pas l’État. Ielles le considéreraient même « comme une instance répressive de coercition« , qui « devrait être mise à bas« . Les flics découvrent en outre que des anarchistes « classiques » voient les « attaques contre des infrastructures comme un moyen éprouvé« , puisque celles-ci seraient pour l’État « un important instrument de surveillance et de contrôle de la population » et assureraient « le fonctionnement bien huilé du système« .

Cependant, les flics ont un problème : mises à part quelques rares exceptions, ils n’ont pu trouver dans cette « série » aucun communiqué de revendication (« SBS », communiqué d’auto-incrimination en langage bureaucratique) leur permettant une catégorisation « politique » des faits.

Pourtant cela même, selon la PJ nationale, irait plutôt dans le sens d’attaques anarchistes puisque, d’un point de vue anarchiste, les « SBS » seraient superflus car les actes devraient être « réfléchis et idéologiquement explicites » et les actions parler d’elles-mêmes. Ils pensent que c’est le cas pour celles qu’ils classent dans la « série ». La présence d’un SBS ne voudrait pour autant pas dire qu’un acte n’a pas été réalisé par des anarchistes. Logiquement ça se verrait dedans. Mais faute de SBS, les actions seraient fréquemment « documentées » dans des publications anarchistes.
Et nous revoilà avec nos cercles de lecture, mis en place non seulement par les flics munichois de sûreté de l’État, mais aussi par la crim ‘ nationale pour étudier les écrits anarchistes. Celui-ci analyse tant des publications que des sites anarchistes comme « Zündlumpen », « Zündlappen », « Sozialer Zorn » (les deux derniers sont qualifiés de « projets prenant la suite » de Zündlumpen), ou « Sans Nom » et « Switch Off » qui ont rendu compte de divers incendies en Bavière. Les flics tentent en vain d’établir des liens personnels avec la région de Munich et avec les faits relatés, ils spéculent sur qui a pu écrire ces articles et sur la possible existence d’un « groupement anarchiste international ».

C’est là que nous, Manuel et Nathalie, nous retrouvons dans la ligne de mire du EG Raute, en tant que prétendu-e-s participant-e-s à la publication « Zündlumpen ». Et comme en plus le français est une langue incroyablement peu maîtrisée en Allemagne, de la même manière que l’allemand en France, l’office fédéral de police criminelle fait l’hypothèse qu’en raison de ses racines françaises, Nathalie pourrait être l’autrice et la traductrice d’articles en langue française sur divers incendies en Bavière sur le site internet francophone « Sans Nom ». Mais ils n’ont rien d’autre sous la main que le fait que Nathalie parle couramment français. En revanche le groupe d’enquête EG Raute trouve à la même période une série d’incroyables « indices » contre nous.

« Empreintes de chaussures » ou : le fantôme de la salle des scellés

Un diablotin incendiaire dispose , c’est bien connu, de facultés magiques, et il est peut-être aussi capable par ses sorts de faire sortir et re-rentrer des choses de la salle des scellés du K43. En tout cas, les flics ont trouvé des « empreintes de chaussures » sur les lieux de l’incendie du chantier de géothermie à Polling en octobre 2023 et de celui des machines de foresterie dans la forêt de Hofoldinger en décembre 2023. Dans les deux cas, le profil serait identique à celui d’une paire de chaussures inutilisées saisies lors des perquiz de fin avril en lien avec la procédure « Zündlumpen » dans une cave louée par Nathalie. Simsalabim! – Il s’agit là d’ailleurs d’un profil de semelles qu’ils mettent rapidement dans la catégorie de nombreux modèles sans noms de Tedi und Kik.

Un vélo passe sur un pont

Mais ça n’est pas tout ce que les flics ont trouvé de sensationnel. En effet, ils prétendent avoir reconnu Manuel sur les images d’une caméra cachée placée par le EG Raute sur le pont ferroviaire et piétonnier Großhesseloher, qui traverse le fleuve Isar. A une heure assez proche du moment supposé où les engins de chantier ont été incendiés dans la zone Südpark en décembre 2023, Manuel est censé être passé en vélo sur ce pont. Mais pour celleux qui ne connaissent pas l’endroit, le pont Großhesseloher est à pas mal de kilomètres du Südpark. En outre la qualité des images est tellement mauvaise qu’ils peuvent seulement affirmer que rien ne contredit qu’il pourrait s’agir de Manuel.

“Orange is the New Black”

Mais, mais, mais, il y aurait encore d’autres images, d’un piège-photo. Trois semaines au moins avant l’incendie des machines forestières dans la forêt de Hofoldinger, cet appareil aurait pris en photo un promeneur à proximité du lieu du délit à venir. En fait comme beaucoup d’autres promeneurs que celui ou celle-ci, qu’on ne voit que de dos et de loin. Mais cette personne porte une veste de couleur orange qui ressemblerait à l’une observée au cours de la surveillance contre Manuel un mois plus tard, – les deux vestes sont orange. Du moins, là non plus rien n’irait à l’encontre de cette thèse. Soit dit en passant, au moment de cette photo les machines de foresterie en question n’étaient absolument pas encore arrivées sur les lieux du crime, elles n’avaient même pas encore commencé le travail dans toute la forêt de Hofoldinger.

“Celleux qui couchent ensemble doivent bien aussi aller jouer
ensemble avec des allumettes”

Ou : Big Brother vous salue bien

Wow, en voilà des indices, et puisqu’il serait de notoriété publique que nous vivons ensemble et que par le passé nous serions “apparu-e-s” ensemble, il est tout à fait clair que nous devons avoir commis ensemble ces trois incendies volontaires. En pratique, dans le cadre de la procédure “Zündlumpen”, ils ont épié Nathalie chez ses parents pour Noël et l’ont ensuite suivie jusqu’à un supposé logement temporaire. Ils nous ont filoché de près pendant deux semaines entières. Mais un beau matin, ils nous ont perdu-e-s de vue. Comme le système automatique de reconnaissance de plaques d’immatriculation a identifié la voiture de Nathalie sur l’autoroute en direction de l’Autriche, ils sont sûrs que nous sommes partis là-bas.
Au cours des semaines et des mois qui suivent, il leur faut désormais sortir de leur sac tous les tours que peut offrir l’État de surveillance moderne et démocratique. De nouvelles autorisations de surveillance sur le long terme et d’écoutes téléphoniques [TKÜ, Telekommunikationsüberwachung] sont émises à notre encontre et, comme ils nous soupçonnent d’être en Autriche parce qu’une de nos “importantes personnes-contact” est censée y habiter, ils requièrent aussi une décision d’enquête européenne, pour pouvoir légalement nous observer aussi en Autriche. Ils y organisent donc la vérification par des flics locaux de notre présence dans une maison. Une demande d’informations est également envoyée à Flixbus et à la Deutsche Bahn [SNCF allemande] pour savoir si nous avons réservé un voyage, et ils obtiennent l’autorisation d’installer un micro et un traceur GPS sur la voiture de Nathalie. Malgré nous, dans un premier temps nous restons introuvables.

A part l’Autriche, ils continuent à nous chercher à Munich et alentours. Ils planquent devant des “lieux du milieu” munichois et devant la maison des parents de Nathalie, écoutent sa famille et de supposé-e-s colocataires, et ils nous “logent” effectivement à plusieurs reprises à tel ou tel endroit, mais pour ensuite nous perdre à nouveau. Puis ils apprennent par écoute téléphonique de la famille de Nathalie, que nous aurions déménagé dans la forêt ! En l’espace de neuf jours, ils nous infligent deux “contrôles de routine”, un en ville et un en pleine forêt, les deux fois sous prétexte de “suspicion de vol de vélo”, ils nous embarquent au comico où ils nous gardent pendant des heures. A chaque fois, nous avons été préalablement “identifiés” par des officiers de police . C’est ainsi qu’ils ont fini par chopper l’ADN de Nathalie. Cela n’empêche pas qu’ils nous perdent à nouveau dans la foulée. Force leur est d’ailleurs de constater que nous avons une liste de certaines plaques “de véhicules de service banalisés”, c’est à dire dédiés à la surveillance. Dorénavant la devise est donc : Couverture avant tout. Ce qui ne leur facilite pour autant pas la tâche de nous garder dans leur ligne de mire.

Un bon mois plus tard, ils parviennent enfin à poser un mouchard GPS sur la voiture de Nathalie après qu’elle ait été “repérée”à l’Est de Munich, et à organiser une filature en quelques minutes. Les poursuites prennent une nouvelle dimension : des drones nous suivent dans la forêt après la tombée de la nuit, une cave louée par Nathalie est à nouveau perquisitionnée. Les flics sont en planque devant la porte les jours d’anniversaire de membres de la famille, leurs mails sont surveillés, divers voyages et gros événements familiaux sont espionnés et suivis de près par des flics locaux, sans compter les autorisations d’écoutes des communications et de filatures ponctuelles pour des objectifs susceptibles d’être ciblés et de potentielles “personnes-contact”, dans le pays et à l’étranger. Une fois, une surveillance spéciale est directement mise en place, après que le traceur GPS ait indiqué un déplacement de la voiture de Nathalie. Ils ne cessent de nous “loger” à différents moments et à différents endroits, dans et en dehors de Munich.

Presque 6 moins plus tard, ils finissent par faire une percée : ils ont découvert notre “campement”. Ils peuvent enfin vraiment se défouler. Ils truffent les alentours de pièges-photos et de micros. La voiture de Nathalie, garée quelques heures loin de nos regards, est aussi placée sous micro. Si seulement la technologie voulait bien coopérer… deux bons mois leur sont nécessaires pour pouvoir enfin nous écouter confortablement. Il ne faut juste pas qu’il pleuve ! C’est nul, mais entre-temps Nathalie a donné sa bagnole. Mais il leur reste encore les “campements”. Ils suivent donc intensément la construction de la cabane, les moments de présence ou d’absence, les visites, et exploitent l’intimité des conversations pour identifier les “personnes-contact proches”.

“Traces d’odeurs”
Ou l’heure de gloire du commissaire Rexen

Ils font aussi des incursions dans le “campement”, pour frotter des objectifs choisis arbitrairement, mais qu’ils pensent pouvoir nous attribuer individuellement, avec un mouchoir ensuite placé dans un verre. En langage policier cette procédure est appelée ”prélèvement d’échantillons olfactifs”. Par la suite, ces mouchoirs ont été présentés au commissaire Rex et à ses collègues “chiens pisteurs” sur les lieux de l’incendie d’un train de chantier à Oberhaching en juillet 2024, de la tentative d’incendie contre une éolienne à Berg en septembre 2024, et de l’incendie d’un convoyeur, de plusieurs bétonnières et d’une chargeuse sur pneus d’une usine à béton, également en septembre 2024. Et écoutez bien : ils ont aboyé en reniflant des restes et des emballages d’allume-feux, ainsi qu’un bouchon de bidon ! Il paraît même qu’à Oberhaching des chiens de recherche auraient couru sur quelques douzaine de mètres alentours !

Dans le même temps, ils accordent une attention redoublée à notre entourage présumé. Pour l’occasion de “rencontres” prévues au “campement” , ils installent une caméra sur le chemin d’arrivée supposé des visiteurs et réalisent des requêtes auprès des antennes-relais. La caméra vise à faciliter le début des filatures contre nous ou des personnes de passage. Nous ne sommes en effet pas deux à être sur la liste des personnes à surveiller. Les colocations de prétendues “personnes contacts très proches” reçoivent également leur caméra (de police), tout comme la cave de Nathalie. Les téléphones portables de plusieurs présumées “personnes-contacts proches” sont placés sous écoute.

Mi-juin, ils décident de passer à l’offensive. Le 17 janvier, des mandats de perquisitions sont émis à notre encontre pour présomption d’incendie volontaire dans 5 ou 6 affaires. Pourtant ils prennent leur temps pour la perquiz’. Puis, comme c’est pratique, le Parquet général annonce que la procédure “Zündlumpen” serait enfin prête pour l’inculpation. Il serait temps, car si rien ne se passe dans les plus brefs délais, l’infraction pénale de menace contre le ministre de l’Intérieur bavarois Joachim Hermann sera prescrit (rappelons-nous, un Smiley clin d’œil a causé beaucoup de souci à Joachim et marque le début de notre histoire). Comme nous sommes tou-te-s deux sans logement fixe, cela signifie qu’ils peuvent nous placer en détention préventive en arguant un risque de fuite. Ça fait tout de suite meilleur effet dans la presse si le “EG-Raute” mène à des arrestations ! Mais après le coup décisif porté aux présumés “diables incendiaires”, deux personnes et trois objectifs (deux “campements” et – pour la troisième fois ! – la cave de Nathalie) ne font pas le poids. En un tour de main, une deuxième instruction est donc montée de toutes pièces, incluant, en plus de nous, deux autres personnes inculpées et cinq objectifs supplémentaires, dont plusieurs en Autriche. Ça ça a de la gueule ! Le même jour, le 4 février, les mandats d’arrêt contre nous sont émis, ainsi que les permis de perquisition en lien avec cette nouvelle procédure. Selon une méthode éprouvée, il s’agit à nouveau de “délit de presse”. Deux phrases dans un journal distribué deux mois auparavant dans le canton de Altötting en Bavière ne seraient pas formulées conformément aux règles de la démocratie (ce sera bien développé). Une semaine après la mise en scène de cet “abattage”, des mandats de perquisition sont émis contre de présumées “personnes-contact proches” et des “témoins” dans les affaires d’incendies. Encore un objectif de plus ! Et nous avons bientôt ce que le journal Welt am Sonntag a qualifié de façon tellement sensationnaliste “de plus grande action de police des dernières années contre une cellule de sabotage anarchiste autonome agissant en clandestinité”!

Le « feuillet incendiaire » et le parc éolien

Sols empoisonnés, surfaces scellées, air pollué, eau contaminée … au cours des 150 dernières années, l’industrie, son avidité insatiable et les déchets qu’elle produits ont transformé, empoisonné et détruit notre paysage à un rythme inédit. Les conséquences de cette avancée au pas de charge contre l’équilibre de l’ensemble du vivant apparaissent de plus en plus clairement. Le prétendu combat contre ces conséquences – résumé et réduit au concept de lutte contre “le changement climatique” – sert maintenant à légitimer le prochain assaut contre la terre mère : la dite “transition énergétique” par le bais des technologies “vertes”. Alors que la chasse aux matières premières nécessaires pour cela creuse des milliers de nouvelles blessures, non seulement dans nos paysages mais aussi partout dans le monde, en particulier dans les nombreuses colonies des différentes grandes nations industrielles, qu’elle contamine les nappes phréatiques et les sols, et qu’elles prive les gens qui y vivent de leurs moyens de subsistance, les obligeant soit à fuir, soit à travailler plus ou moins directement dans les nouvelles mines, ici comme ailleurs des milliers de nouvelles horreurs de l’époque industrielle sortent de terre, défigurant encore plus les paysages déjà tant marqués par l’industrie.
Éoliennes, parcs de panneaux solaires, routes électriques gigantesques, pipelines, centrales par pompage-turbinage, hydrauliques, à gaz, géothermie ou terminaux de GNL sont construits aussi vite que possible. Alors qu’il est partout question de remplacer les anciennes sources d’énergie par les nouvelles “renouvelables”, il s’agit manifestement – à l’instar de toutes les “transitions énergétiques” précédentes – de restructurer et de diversifier les sources d’énergie. L’industrie et l’État doivent procéder à cette restructuration car l’instauration d’une dystopie technologique totalement contrôlable et surveillée, aliénée et pilotable de manière perfectionnée, communément qualifiée de “numérisation”, augmente considérablement les besoins en énergie. D’après ce qu’on nous raconte, la digitalisation serait une aide indispensable pour “sauver le climat”.

Oui, oui, “la protection du climat” et un monde totalement technologisé ne sont pas contradictoires, comme on pourrait le croire instinctivement. Au contraire ils vont main dans la main. Dans ce contexte d’intensification – c’est du moins ce que souhaitent les patriarches de la tech – du détachement des humain-e-s de la nature au nom de la nature, un coin au sud-est de la Bavière nommé le “triangle bavarois de la chimie”, mis au service de l’industrie depuis une bonne centaine d’années en tant que “zone sacrifiée”, se voit confronté à l’un des nombreux projets, industriels et politiques, supposés protéger le climat : les politiciens à la tête de la Bavière et le consortium de la chimie Wacker voudraient installer 40 éoliennes dans la plus grande forêt des alentours, la forêt de Öttinger. Ce “plus grand parc éolien terrestre” d’Allemagne est supposé couvrir à l’avenir 10%, ou, vu les besoins en électricité croissants prévus dans les prochaines années, 5% des besoins du “triangle de la chimie”.

Après la bétonisation et la domestication des rivières du coin, l’Inn et l’Alz avec l’installation de centrales hydro-électriques, après l’empoisonnement des sols et de l’Alz, qui a tué des millions de poissons, après la contamination de la nappe phréatique et l’empoisonnement de la population locale, voici donc venu le prochain assaut contre les habitants de cette région et leur foyer. A la surprise et à la grande irritation de celles et ceux qui ont conçu ce fantastique projet-pilote de la “transition énergétique” bavaroise, et qui partaient du principe qu’une contrée dans laquelle une grande partie de la population en dépend financièrement avalerait la pilule sans problème, beaucoup d’habitants sont au contraire montés au créneau. Le fait que, par initiative citoyenne [référendum local], deux communes refusent à la majorité l’installation prévue des éoliennes sur leur territoire – il devait y en avoir 13 – a fait les gros titres au niveau national. Alors que les habitants qui avaient voté contre l’installation se faisaient traiter dans les médias de péquenauds arriérés et de nazis, Hubert Aiwanger, représentant du ministre-président bavarois et dirigeant des forêts domaniales bavaroises, à qui appartiennent les zones de forêts concernées, a remis en cause la dite “clause communale”, sur laquelle les deux communes s’étaient appuyées pour refuser les éoliennes. Il a également annoncé vouloir vérifier combien de temps un tel veto avait une valeur légale. Aiwanger et le ministre-président bavarois Markus Söder pestent d’ailleurs contre les instruments démocratiques sur lesquels de beaucoup d’initiatives citoyennes fondent de nombreux espoirs dans leur lutte pour leur territoire, et pas uniquement autour de la forêt de Öttinger – droit d’action collective, initiative citoyenne, etc.. Ils préféreraient les voir abolis le plus tôt possible. D’autres prétendent que les habitants auraient été “trop mal informés” et que la “communication” devrait être améliorée. Le message est clair : le “Non” n’est pas une option. Le parc éolien sera construit, d’une manière ou d’une autre.

C’est dans ce contexte surchauffé que fin novembre apparaît une petite brochure, le “feuillet incendiaire contre le parc éolien » Elle est largement diffusée dans un grand nombre des communes directement touchées par le parc éolien et fait les gros titres. Le conseil de district discute des contenus, les différentes initiatives citoyennes prennent publiquement position dessus – et les flics enquêtent.

Mais qu’y -a-t’il dans cette brochure pour qu’elle sème à ce point le trouble ?
Laissons-la parler d’elle-même :

Que se passerait-il si la population prononçait un Non résolu ? Un Non et basta. Un “Où cela va-t-il nous mener ? Nous ne négocions pas avec vous, allez au diable !” »

Si maintenant … la politique est tellement corrompue que nous ne devrions d’emblée pas compter dessus … Nous ne devrions pas non plus utiliser les moyens de la politique. Ils nous habituent trop à déléguer aux autres la direction de notre histoire, au lieu de prendre nous-mêmes les choses en main; à attendre sans rien faire d’avoir le droit de tracer une petite croix sur un papier en pensant que nous pouvons ainsi décider de quelque chose. Ils nous donnent l’impression de traiter sur un pied d’égalité avec les puissants, alors qu’en réalité ils nous condamnent à la passivité et à accepter leurs plans.”

“… Il y a t’il encore une seule personne aujourd’hui pour croire sérieusement que le progrès technique rend les gens plus heureux et détendus ? Tout le progrès technique – qui pénètre toujours plus chaque aspect de notre vie – n’apporte-t-il pas pas plutôt plus d’avantages à d’autres que nous ?”
“Je dirais que le concept d’énergie est un pur projet de la domination qui ne peut être changé de manière positive. Pourquoi ne pas réfléchir plutôt à une vie dans énergie ? Cela peut peut-être sembler absurde aujourd’hui, mais pourquoi ne pas oser le saut dans l’inconnu ?
La destruction du monde se poursuit allégrement, alors que la propagande étatique raconte qu’une réduction des émissions de CO2 serait la solution, pourtant les “énergies renouvelables” continuent à dévaster la planète.”

Ça n’est peut-être simplement pas une bonne idée d’amener des gens au pouvoir, ou de les laisser l’exercer, peu importe de qui il s’agit. Peut-être le problème réside-t-il dans l’existence de tels puissants. Et puisqu’une démocratie ne change en rien ce rapport, il n’est pas étonnant qu’elle semble ne servir que les intérêts des puissants … qu’elle soit là pour imposer les plans des grands penseurs – qui ont perdu tout lien avec la réalité dans les espaces climatisés de leurs bureaux et de leurs lofts,villas et salons et qui ne s’intéressent ni aux individus, ni aux particularités d’un endroit et d’une communauté – sur le dos des gens et de leur foyer.”

Et qu’est-ce que les flics ont à voir avec ça ?

Effrayés par les références positives aux mouvements de protestation contre la construction d’une usine de retraitement d’uranium à Wackersdorf en 1986, les flics enquêtent à nouveau pour suspicion de différents “délits de presse ». Ils s’indignent ainsi de l’injure publique manifeste contre des politiciens bavarois et nationaux : l’ancien ministre de l’économie Habeck, qui n’osa pas descendre du ferry pour parler avec des paysans en colère est notamment qualifié de “serpillière” et de “lâche”, Hubert Aiwanger de “connard d’Hubsi”, de “professionnel du claquement de doigts” et de “pauvre type”. Söder se prend aussi un “pauvre type”.

Les flics lisent aussi très attentivement diverses colonnes de nouvelles qui parlent d’actes de sabotage contre des mâts de mesure éoliens, des engins de foresterie, une usine à béton à Munich et un éolienne à Berg. Ils commencent en effet à flairer le début de soupçon d’approbation de délits.

Finalement, le Parquet général crée deux formulations constituant un motif suffisant pour perquisitionner sept “objectifs” au total (dont l’un à deux reprises), pour ouvrir une instruction d’abord contre quatre, puis cinq anarchistes de la région de Munich et d’Autriche, et pour ordonner et réaliser une prise d’ADN. Le titre “Rage against the Forstmaschine” en lien avec un récit sur huit engins forestiers incendiés dans les environs de Munich et à Erlangen, et la crevaison des pneus de deux autres dans le Haut-Palatinat il y a deux hivers, a déclenché le courroux du Parquet général qui manque manifestement de sens de l’humour. Son sens de l’humour n’est pas non plus sensible à la manière de qualifier la tentative d’incendie d’une éolienne à Berg de “note de protestation enflammée d’auteurs inconnus”. Dans les deux cas, il enquête pour suspicion d’approbation d’infractions pénales.

Le Parquet général porte ses soupçons sur les cinq personnes incriminées en s’appuyant principalement sur de prétendues conclusions tirées de la surveillance dont nous avons tous deux fait l’objet avec notre entourage présumé dans le cadre de la procédure “EG-Raute”.

Psychologie de l’extrémisme pour les imbéciles

Oui, l’intrigue concoctée par les flics et qu’ils nous ont servi ce soir là contenait tous les éléments d’un film d’action à suspens dramatique sur des “extrémistes” : une cachette secrète en forêt, un fanatique illuminé et sa petite femme soumise, un “cercle interne” comme seul contact avec le monde extérieur, une arrestation spectaculaire et des flics intègres qui tentent de stopper les deux et, si possible, de les remettre dans le droit chemin. Matière de premier choix pour la prochaine série Netflix.

Pourtant, alors que l’arrestation nous avait offert une belle scène d’action bien ficelée – même si trop courte pour un film –, l’interrogatoire qui suit est décevant par manque de talent de certains protagonistes et des personnages trop clichés.

Oui, après que l’audition officielle ait été extrêmement courte en raison du refus de notre part de toute déclaration, les flics, hommes avec l’homme, femmes avec la femme, se sont montrés très loquaces et personnels, nous racontant une histoire intéressante : nous nous serions caché-e-s dans la forêt et seul un cercle choisi aurait pu y avoir accès. Par les écoutes effectuées les derniers six mois dans la cabane, les flics seraient parfaitement informés sur ce cercle. C’est ce cercle qui allait être convoqué pour témoigner et où il y aurait certainement quelqu’un pour “vouloir sauver sa tête”, il y en avait toujours. D’ailleurs la relation qui nous lierait serait tout à fait toxique. En effet Manuel serait un ardent fanatique, sans scrupules et égocentrique. Il n’en aurait rien à foutre des gens en général et de sa copine en particulier, dont il aurait détruit sans le moindre égard la vie et les rêves pour l’embrigader dans son agenda. La dévalorisant en permanence, il serait parvenir à la rendre complètement soumise. D’aspect extérieur négligé (les poils sur le corps !) et intérieurement brisée, elle ne pourrait toujours pas s’avouer avoir été trompée à ce point là par lui. Et cela, bien qu’elle soit féministe. Mais les flics aimeraient bien l’aider à s’en sortir. Ça serait tellement dommage d’aller en taule pour les idées d’un autre.

Wow! Le grand jeu. Si seulement la performance d’acteurs des flics n’avait pas été tellement en retrait. En effet, le sermon moralisateur d’un côté et la rhétorique de la solidarité féminine de l’autre n’ont pas voulu déployer tous leurs effets. Le ton sonne trop étudié pour cela, comme le sermon d’un prêtre catholique.

Et cela, bien que pour cette scène-clé ils aient été jusqu’à enrôler des professionnels dans leur troupe, sous la forme de hauts fonctionnaires de la commission de police criminelle. Mais comme ça arrive souvent avec des apparitions spéciales de professionnels dans une troupe d’amateurs, si le savoir-faire est de premier ordre, ça cafouille dans le texte.

Ils se donnent pourtant du mal pour étayer cette image avec des “preuves” : en l’assortissant de citations tirées des écoutes dans la cabane, sorties de leur contexte et détournées au petit bonheur la chance, en faisant référence à un agenda qu’ils avaient déjà volé lors d’une perquisition en lien avec l’affaire “Zündlumpen” en 2022, et à des conversations téléphoniques de proches mis sous écoute.

Par ailleurs ils nous assuraient qu’ils ne nous laisseraient plus tranquilles toute notre vie durant si nous ne changions pas de style de vie. Et que nos cabanes seraient évidemment détruites.
Beaucoup de menaces, beaucoup de diffamations, la stratégie est claire : ils veulent exercer une pression psychologique, faire peur, semer le doute et la discorde, et mettre à l’épreuve toutes nos relations, dans l’espoir de toucher un point faible et de provoquer une rupture.

En mettant dans le viseur de la répression les personnes qui nous ont rendu visite dans notre cabane, ainsi que leurs colocations, ils tentent de nous isoler de nos amis et de nous détacher l’un-e de l’autre, par la séparation spatiale de la détention et les mensonges éhontés sur notre compte.

Se pourrait-il vraiment que quelqu’une soit juste utilisée par un homme ? Est-il vraiment possible qu’une femme cherche juste à plaire à quelqu’un ? Comme nous l’ont raconté plusieurs codétenu-e-s, dessiner l’image de cette sorte de relation est manifestement une méthode d’interrogatoire courante lorsque des partenaires de vies se font arrêter ensemble.

******************************

Ce texte a été écrit dans des conditions difficiles, où nous étions séparé-e-s dans des taules différentes, où la communication entre nous était souvent volontairement freinée (une lettre mettait entre 3 et 6 semaines). Et même après 6 mois de détention, nous n’avons pas eu le même accès à tous les éléments du dossier d’instruction. Dans la description de la répression, nous nous sommes limité-e-s à ce que permet notre perspective, tout en sachant qu’il y aurait encore bien d’autres aspects et histoires à raconter, et en supposant que d’autres compléteront éventuellement notre récit.

Avec amour et un feu encore flamboyant au cœur
Nathalie et Manuel

prisons de Aichach & Stadelheim, août 2025

Saint-Lô (Manche) : la propagande marchande ne passe toujours pas

Publié le 2025-12-14 08:11:32

Le lutin de Noël, la suite…
Trognon, 1er décembre 2025

Réponse saint-loise à un doux poème caennais

Il était une fois, c’est un début classique,
Conséquence du dérèglement climatique,
Un lutin étourdit, réveillé bien trop tôt,
Commença sa tournée en novembre à Saint-Lô.

Mais pourquoi sapristi je me lève si tôt ?
L’horloge mondiale a bu, et par ses gros sabots,
Son vacarme m’angoisse, je dois bien l’empêcher,
De rentrer à cette heure, complètement déréglée.

Mais pourquoi donc t’es tu mise dans cet état ?
C’est Surconsommation qui m’a fait mal au foie.
Hé bien je vais aller lui rendre une visite,
Et si elle me les brise, je lui casserai les vitres.

En deux temps trois mouvements, le lutin pris tromblon,
Pour dérouiller cette chère Surconsommation.
Tous les panneaux Decaux du centre de Saint-Lô,
Ont été mis à sac par un lutin costaud.

En rentrant se coucher, passa tête à la porte,
Il dit quelques mots doux à l’horloge presque morte,
Si Surconsommation t‘ennuie, fait-le moi donc savoir,
Je retournerai la voir et je la ferai boire,

Le calice jusqu’à la lie.

Saint-Lô, Novembre 2025


Une dizaine de panneaux à nouveau vandalisés :
qui s’attaque aux supports publicitaires à Saint-Lô ?
Ouest-France, 27 novembre 2025 (extrait)

Les faits ne s’étaient pas reproduits pendant près d’un an. Depuis le début de la semaine, plusieurs panneaux publicitaires ont de nouveau été vandalisés, plus particulièrement dans le centre-ville de Saint-Lô. De la rue Torteron, en passant par la rue Saint-Thomas, la gare SNCF, devant la médiathèque, la Fnac ou la Poste, à La Dollée, au Champ-de-Mars et place Sainte-Croix, une dizaine de ces panneaux ont vu leurs vitres brisées. 
Entre 2020 et 2023, un collectif anti-publicité avait déjà incendié plusieurs de ces panneaux, pour dénoncer l’omniprésence de la publicité sur le domaine public. En 2024, plus d’une dizaine de ces supports de communication avaient été pris pour cible par le même collectif. Les vitres de ces panneaux publicitaires avaient alors été brisées, tout comme cette semaine.

Coquelles (Pas-de-Calais) : mutinerie incendiaire au centre de rétention

Publié le 2025-12-14 08:15:43

Incendie et dégradations : sept pensionnaires du centre rétention de Coquelles condamnés
La voix du Nord, 11 décembre 2025

C’est une nuit agitée qu’ont connue les agents du centre de rétention administrative (CRA) cette nuit du 28 au 29 novembre. Lors d’une émeute, des retenus ont mis le feu dans deux chambres. Les matelas, les draps et les couvertures ont été incendiés.

Profitant de la confusion et, pendant que les agents s’affairaient à éteindre les deux feux, d’autres retenus en profitent pour dégonder une porte blindée afin de s’en servir comme bélier contre la porte de la cour extérieure. Au final, sept retenus identifiés sur les images des caméras de l’établissement sont interpellés.

Les deux incendiaires présumés contestent leur implication. Pour ce qui est des cinq autres, trois reconnaissent avoir porté des coups de pied dans la porte extérieure de la cour. Les sept sont tous reconnus coupables des faits reprochés. Les incendiaires écopent respectivement d’un an et de deux ans de prison ferme qu’ils effectueront en détention. À titre de peine complémentaire, ils sont interdits de pénétrer sur le territoire français pendant cinq ans.

Quant aux cinq auteurs des dégradations, deux sont condamnés à une peine de 6 mois de prison ferme qu’ils effectueront également en détention. Les trois autres, qui ont reconnu les faits, à 6 mois avec sursis. Ils sont interdits de pénétrer sur le territoire français pendant trois ans.

Marseille : La bienvenue à Sarkozy

Publié le 2025-12-14 23:30:25

actuMarseille / jeudi 11 décembre 2025

Sa venue était particulièrement attendue et une foule monstre s’est déplacée jusque dans le 12e arrondissement de Marseille ce jeudi 11 décembre 2025 pour apercevoir Nicolas Sarkozy.
Mais quelques heures avant la venue de l’ancien président de la République, en dédicace pour la sortie de son dernier livre Le journal d’un prisonnier, la librairie Arcadia a été recouverte de tags. Des messages « anti-Sarkozy », des « gribouillis », ainsi que des « slogans antifas », font savoir plusieurs sources à actu Marseille.

La découverte a été faite très tôt ce jeudi matin, obligeant les services de la Métropole à intervenir pour effacer les tags avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy prévue à 15h30.
Auprès de France 3, le directeur de la librairie Arcadia, Christian Escoffier, révèle que son établissement plusieurs fois par téléphone ces derniers jours. […]

Cahors (Lot) : sabotage d’internet pendant le Black Friday

Publié le 2025-12-14 23:30:38

Cahors : Des câbles téléphoniques sabotés côte de Roquebillière
et aux Durands

Medialot, 4 décembre 2025

Des câbles téléphoniques ont été sectionnés à Cahors, le week-end dernier (les 29 et 30 novembre 2025), à plusieurs endroits différents (côte de Roquebillière, aux Durands à Lacapelle…). L’opérateur Orange a porté plainte et estime le préjudice à plusieurs milliers d’euros. De nombreuses personnes (le chiffre est difficile à évaluer) n’ont plus internet ni téléphone fixe depuis le sabotage. Les équipes de techniciens d’Orange sont mobilisées.

Des relevés doivent encore être effectués avant de démarrer les travaux de réparation, avec la contrainte de la circulation. Une quinzaine de jours pourrait être nécessaire avant un rétablissement complet.

[France] Mort au sionisme, brûlent ses complices

Publié le 2025-12-14 23:31:20

Initialement publié sur Marseille Infos Autonomes le 04/12/2025.

Une délégation de 10 sociétés de la tech israélienne devait être reçue aujourd’hui au Tholonet, dans le cadre d’un évènement organisé par Rising Sud, avec la Société du Canal de Provence, et le ministère israélien de l’économie.

Les délégations spécialistes de l’utilisation de l’eau pour le génocide ne sont pas les bienvenues.
Les voitures de fonction de la société du Canal de Provence qui ont brûlé cette nuit sont là pour le rappeler.

Muselier et sa clique nous donne envie de vomir. Plus de deux ans qu’ils sont complices du génocide en Palestine, et cette journée le reconfirme. Ce mercredi 3 décembre, une délégation d’entreprises israéliennes de l’eau est invitée à venir tranquillement se promener au château du canal de Provence et à faire du business avec la région. L’eau potable à Gaza, il n’y en a plus. L’armée israélienne fait tout pour qu’il n’y ait plus une goutte d’eau pour les hommes, les femmes, les enfants de Gaza. Ils crèvent de soif, l’eau est totalement polluée, il n’y a plus d’égouts, et les populations sont touchées par de nombreuses maladies.
En Cisjordanie, le vol et les restrictions d’eau sont un des principaux moteur de la colonisation et de l’oppression des populations palestiniennes.
C’est ça le « savoir faire israélien de l’eau » duquel Muselier veut s’inspirer.

Les voitures de fonction brûlées la nuit du 2 au 3 décembre sur le parking du château du Tholonet sont un avertissement pour tous les complices de génocides.

Mort au sionisme, brûlent ses complices !

https://www.lamarseillaise.fr/societe/la-tech-israelienne-de-l-eau-n-est-pas-la-bienvenue-IO19242974

https://reporterre.net/La-tech-israelienne-de-l-eau-accueillie-en-catimini-dans-le-sud-de-la-France

Loon-Plage (Nord) : Spie Batignolles Nord, business de tes morts

Publié le 2025-12-14 23:36:31

Indymedia Lille / jeudi 11 décembre 2025

Des nouvelles du projet de construction du CRA à Loon-Plage (près de Dunkerque). Les CRA sont des lieux d’enfermement des personnes n’ayant pas les bons papiers. Dans le grand programme raciste des gouvernements actuels, 10 nouveaux CRA sont en construction.

La construction de celui de Loon-Plage a débuté, des engins de chantier sont présents sur le terrain. Les coordonnées GPS : 51.004, 2.207.

On a appris ces derniers jours que le contrat pour la construction du Centre de Rétention Administratif (CRA) à Loon-Plage a été attribué à l’entreprise : SPIE BATIGNOLLES NORD.

Le SPIE BATIGNOLLES a l’habitude de construire des taules, elle vit sur les thunes de l’enfermement et de la mort.

L’enfermement c’est un business juteux pour ces entreprises collabos. L’appel d’offre global sur le site des marchés public est de 39 millions d’euros !
De nombreuses autres entreprises (architecte, nettoyage, sécurité,..) se font de l’argent sur la vie des enfermé.e.s.

Pour ce CRA leur noms ne sont pas encore public mais nous ne manquerons pas de les faire connaître quand ce sera le cas.

En attendant si vous voulez transmettre vos meilleurs vœux de malheur au SPIE BATIGNOLLES NORD, son siège social se situe au 300 rue de Lille, Parc tertiaire Riveo, 59520 Marquette-Lez-Lille.

Contre l’enfermement et son marché, ciblons les boîtes collabos !

Pour plus d’info : anticradunkerque.noblogs,org

Réunion publique du collectif Non au D-Day Land Caen

Publié le 2025-12-14 23:37:58

Une nouvelle réunion publique du collectif Non au D-Day Land Caen aura lieu le lundi 12 janvier à 19H, au squat du 5 rue Président Ribot à Caen.



Dans l’objectif de lutter contre le grand projet industriel de tourisme de mémoire autour du Débarquement du 6 juin 1944 « Normandy Memory » (anciennement Hommage aux Héros à Carentan, et auparavant D-Day Land), prévu sur les terrains de l’ancienne Société Métallurgique de Normandie à Colombelles, une nouvelle réunion du collectif Non au D-Day Land Caen aura lieu lundi 12 janvier à 19H, au squat du 5 rue Président Ribot à Caen.

Le collectif Non au D-Day Land Caen rassemble des personnes qui ont envie de s’organiser de manière autonome sur des bases antimilitariste, critique du tourisme, et pour une écologie anti-industrielle et non-réformiste, par tous les moyens jugés nécessaires.

Renversé.co publie un article sur la police… ça tourne mal

Publié le 2025-12-14T19:39:33+01:00

Depuis plusieurs semaines, le site de Renversé est inaccessible pour beaucoup de personnes car il est bloqué par plusieurs opérateurs. La cause ? Un article publié en septembre dans lequel est nommé le policier lausannois impliqué dans les meurtres de Mike et Camila. L’avocate du policier semble prête à tout pour censurer votre site d’informations favori…

Renversé (renverse.co) est un site participatif modéré par un collectif qui gère la publication d’articles soumis par des militantexs. Cet outil d’expression et de diffusion d’informations central en Suisse romande permet de publier des articles d’analyses et de partager les événenements liés aux différentes luttes et mobilisations, en restant anonyme si souhaité.

Contexte : police vs. Renversé

Le 25 août dernier, le grand public découvre l’existence de groupes WhatsApp sur lesquels des policiers lausannois échangent des propos haineux, racistes, transphobes, mysogine, validistes et autres. Cette nouvelle, peu surprenante, fait suite aux meurtres de Marvin, Camila et Michael, tous commis en 2025 à Lausanne lors d’interventions policières brutales et disproportionnées. Ces événements tragiques s’ajoutent à la longue liste des crimes policiers en Suisse. Rappelons que dans le canton de Vaud, huit personnes ont trouvé la mort suite à un contact avec la police depuis 2017. L’écrasante majorité de ces personnes sont des hommes noirs.

Les médias révélent par la suite que le policier qui a pris Camilla en chasse et provoqué l’accident de scooter qui lui a coûté la vie était déjà prévenu pour le meurtre de Mike Ben Peter, un homme noir tué par des policiers en 2018 à Lausanne. De plus, la presse indique que ce même policier a participé à au moins un des groupes WhatsApp aux contenus haineux et racistes.

C’est alors que le 3 septembre, un article intitulé “La peur va changer de camp” est publié sur Renversé par des contributeur.ices anonymes. Cet article dénonce la “protection totale et le soutien inconditionnel” dont jouissent les policiers “malgré des fait accablants et incontestables”. Il donne également le nom de ce policier impliqué dans la mort de deux personnes et dénonce la justice qui, une fois saisie, “acquitte, et permet à des policiers meurtriers de continuer à exercer”. En plus de cette impunité policière, l’article parle de comment “les noms des victimes des violences policières […] sont traînés dans la boue”, via certains médias qui relaient “des informations visant à criminaliser les victimes et ainsi, à justifier leur mort”.

Le 17 octobre (soit plus d’un mois après la publication de l’article) l’avocate du policier en question contacte Renversé par email. Elle exige le retrait du nom de son client de Renversé, arguant qu’il est “accompagné de qualificatifs susceptibles d’appeler à des violences à son encontre” et que la publication représente “une atteinte à sa personnalité”. Peu après la réception de ce mail, renverse.co est bloqué par les opérateurs suisses. L’avocate en question aura sûrement obtenu, et allez savoir comment, que les fournisseurs d’accès internet bloquent votre site d’information favori. À ce jour, nous n’avons toujours pas été informéexs des raisons de ce blocage. Ce, malgré notre réponse fin novembre à l’avocate qui l’informait que l’article avait été retiré et qui l’enjoignait à nous faire parvenir dans les 10 jours la décision formelle ayant autorisé le blocage du site.

Une procédure bâillon

En attendant d’avoir plus d’informations sur la situation, nous avons retiré le nom du policier et nous demandons que l’accès au site soit rétabli dans un délai de 10 jours. Au delà du fond douteux et de la forme illicite de cette procédure de blocage du site dans son entier, nous dénonçons une procédure bâillon et une limitation inacceptable de la liberté des médias et de la liberté d’expression. Cet article a été publié car il avait pour objectif d’informer et qu’il relève de l’intérêt public. Par exemple, il est tout à fait légitime que d’autres personnes ayant été victime d’actes litigieux aux dimensions potentiellement discriminatoires de cet agent sachent à qui elles ont eu affaire. Tel aurait été une des nombreuses mesures nécessaires que les autorités auraient dû prendre pour protéger la population, mais de toute évidence elles rechignent à réagir à la hauteur de la gravité des faits dont l’institution policière est autrice.

Ainsi, on ne peut qu’appuyer le constat soulevé par les rédacteurices d’un “deux poids-deux mesures” entre la façon dont les policiers sont protégés et le traitement réservé par l’État aux victimes des violences qu’il commet. Dans ce contexte, le blocage du site de Renversé est un acte d’intimidation d’autant plus inadmissible quand on sait que depuis, une personne au moins a trouvé la mort suite à une détention à l’hôtel de police. Cette limitation d’accès au site est un dommage collatéral de cette impunité policière et nous adressons avant tout notre solidarité et pensées aux proches de Mike, Camila, Michael, Nzoy, Hervé, Lamin, Marvin et toutes les autres personnes tuées par la police en Suisse pour qui nous réclamons encore justice et vérité.

En attendant le déblocage…

En attendant que tout ça se résolve, le blocage du site de Renversé semble quelque peu aléatoire. Vous avez peut-être même la chance de toujours pouvoir y accéder sans rien avoir à faire. Pour les moins chanceuxses, vous avez trois options pour continuer à vous informer et à publier sur Renversé :

À très vite sur Renversé…

https://renverse.co/infos-locales/article/renverse-publie-un-article-sur-la-police-ca-tourne-mal-7943