Vive l'Anarchie - Semaine 50, 2018

Sommaire

Gilet jaune acte IV : Sainté scintille

Publié le 2018-12-10 21:26:03

Acte IV de la manifestation des gilets jaunes à Sainté. Des gilets jaunes, des sans-gilets et beaucoup de rage. Cinq mille personnes arpentent le centre-ville. Récit à chaud d’une journée de mobilisation par des Stéphanois-e-s.



Acte IV de la manifestation des gilets jaunes à Sainté. Des gilets jaunes, des sans-gilets et beaucoup de rage. Cinq mille personnes arpentent le centre-ville. Récit à chaud d’une journée de mobilisation par des Stéphanois-e-s.

Trois caméras de surveillance extérieures retrouvées lors d’une journée de soutien

Publié le 2018-12-11 08:41:02

Anecdote

Une des deux caméras de modèle “BOLYGUARD MG983G” retrouvées lors de la journée de soutien

Septembre 2018, dans une petite campagne sarthoise de 300 habitant.es.

Pour répondre à l’appel à soutenir financièrement et matériellement la résistance à la poubelle nucléaire à Bure, nous décidons d’organiser une journée de soutien dans notre lieu de vie. Au programme, conférence gesticulée, temps d’échange sur la situation actuelle de la lutte, cantine et concerts.

Jour J, les premières personnes arrivent en début d’après-midi, en voiture, en vélo ou à pied depuis le bourg. (Il est important de noter que le lieu se trouve au bout d’un chemin de 250m bordé d’un champ d’un coté, et d’une haie d’arbres de l’autre côté).

Vers 15h, une des participantes qui est arrivée à pied en empruntant le chemin nous fait remarquer qu’il y a un appareil non identifié au sol dans les herbes. Une des organisatrice décide de l’accompagner pour aller voir. Le dispositif est ramené et analysé. Il s’agit d’une caméra de surveillance à distance de modèle BOLYGUARD MG983G.

Une équipe se monte pour aller vérifier que d’autres appareils ne sont pas planqués. *Bingo*, deux autres sont dénichés dans ce même chemin. L’un fixé à une hauteur d’environ 80cm dans un arbuste, le même que le premier trouvé, et l’autre à environ 1m20 fixé au tronc d’un arbre. Celui-ci ressemble à un drôle de boîtier rectangle mais reste une caméra de surveillance à distance, cette fois-ci de modèle RECONYX HYPERFIRE SM750.

Analyse des dispositifs

Les deux BOLYGUARD étaient recouverts d’un genre de résille de camouflage comme on peut le voir sur la photo. Chaque appareil contient 8 piles rechargeables AA, une carte mémoire SD de 32Go et une carte SIM SFR. La notice de l’appareil, fournie par le fabriquant, peut être téléchargée ici :

Pour le RECONYX, aucun camouflage mais de couleur vert kaki. 12 piles rechargeables AA, une carte mémoire SD de 32Go et une carte SIM SFR. La notice de l’appareil, fournie par le fabriquant, peut être téléchargée ici :

Ce que nous révèle le visionnage des cartes mémoires SD

Les dispositifs ont été installés le jour même très tôt dans la matinée (entre 03h30 et 04h00).

Les trois appareils ont une vision nocturne, deux étaient en mode appareil photo et un en mode vidéo+micro (se déclenchant une dizaine de secondes).

Leurs dispositions permettaient de prendre les plaques d’immatriculations de devant et derrière ainsi que les personnes qui empruntaient le chemin à pied.

L’un d’entre eux était inefficace du fait de feuilles dans le champ de vision (ou plutôt du travail bâclé des RG?).

Les cartes sim permettaient d’envoyer en temps réel l’ensemble des données des cartes SD.

Remarques

L’instruction ouverte depuis peu pour association de malfaiteurs à l’encontre de certain.es militant.es de la lutte anti-CIGEO a sûrement motivé la mise en place de ces dispositifs.

Lors de la recherche des dispositifs, il aurait été approprié de dissimuler son visage et les parties de son corps identifiables (tatouages, piercings,…), voir même de ne pas communiquer oralement entre nous mais plutôt avec un langage des signes.

On imagine que les RG ont agi hors d’un cadre légal et qu’il n’a pas été possible pour eux de venir récup’ leur matos. On s’attendait à en voir au moins un durant la journée mais que nenni !

Malgré que les appareils aient été trouvés assez tôt dans la journée, la prochaine fois on sera beaucoup plus attentives à ce genre de méthodes, et on espère qu’en partageant cette anecdote vous aussi !

Que crève ce vieux monde !https://desoreillesetdesyeux.noblogs.org

 

Marseille : les vitrines de la mairie et de la Soleam volent en éclat

Publié le 2018-12-11 08:43:02
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* 1/7e arrondissements secteurs où se situaient les 3 immeubles de la rue d’Aubagne qui se sont écroulés il y a plus d’un mois faisant 8 morts.
** voir aussi ici : (pour le récit de la semaine dernière) https://mars-infos.org/riposte-marseillaise-3596
*** à Marseille on aperçoit peu de gilets jaunes dans le zbeul et c’est tant mieux, néamoins on oubli pas toutes les limites liée à ce « mouvement » https://rebellyon.info/Le-choix-dangereux-du-confusionnisme-19845

France : Deuxième semaine de blocus et de bordel dans les lycées

Publié le 2018-12-11 08:43:04

Ce lundi 10 décembre, le mouvement lycéen entame sa deuxième semaine de blocus et d’affrontements. Et ce après une première semaine de répression féroce qui s’est abattue sur les jeunes révolté.e.s (des centaines de blessé.e.s et pour certains hospitalisé.e.s dans un état grave; plus de 700 arrestations pour la journée de jeudi 6 décembre, dont 148 rien qu’à Mantes-la-Jolie). Parmi les raisons de la colère: Parcoursup, réforme du BAC, service national universel… Mais aussi la domestication du lycée, qui prépare à l’insertion dans cette société moisie, faite d’exploitation et d’oppression. Petit tour d’horizon du mouvement en cours avant la grande journée de « Mardi noir » dans les lycées.

Ce lundi, six bahuts sont bloqués à Lyon et ses environs: Alfred de Musset (Villeurbanne), Robert Doisneau (Vaulx), Albert Camus (Rillieux-la-Pape), Hélène Boucher (Vénissieux), Lumière (Lyon), Colbert (Lyon). Aux lycées Jean-Paul Sartre, Condorcet, Faÿs, Broselette les lycéens ont été empêchés de bloquer par la police. A Saint-Etienne, Avignon, Lens, Beauvais, Hénin-Beaumont, Liévin (lycée Darras), Paris XIX (lycée Diderot), Nîmes (lycée Camus), Toulouse (lycée des Arènes),au lycée Aimée Césaire à Clisson (44), ça bloque et parfois ça s’affronte à la flicaille à coups de pavés. Plusieurs lycéen.ne.s ont été blessé.e.s et interpellé.e.s.

Par ailleurs, les flics ont mis en place de nombreux dispositifs de surveillance (à Lyon, cf ci-dessus): à Nice, les flics étaient présents avant 8h devant le lycée d’Estienne d’Orves, comme devant tous les établissements de la ville. Malgré leur présence, une trentaine de lycéen.ne.s ont barricadé l’entrée de poubelles, mais les flics sont très vite intervenus pour lever le blocus. Quelques jets de pétard ont été signalés, et une poubelle a été incendiée. 5 lycéens ont été interpellés. À Guillaume-Apollinaire, une tentative de blocage a rapidement été levée tandis que deux jeunes ont été interpellés devant Thierry-Maulnier en possession d’une barre de fer et d’un lance-projectiles, selon une source policière.

Des barricades ont été érigées à l’entrée de plusieurs lycées ce lundi aux quatre coins de Nantes : aux Bourdonnières au sud ; Livet dans le centre; à Camus, à l’Ouest ; à Monge, au Nord ; à la Colinière à l’Est. Mais aussi à Jean-Perrin, à Rezé. Mais c’est sur l’île de Nantes que la situation a été la plus tendue au lycée Nelson-Mandela. Une trentaine de jeunes ont mis le feu aux poubelles et ont jeté des projectiles sur les forces de l’ordre.

Centre-ville de Nantes, lundi 10 décembre

A plusieurs endroits, des gilets jaunes et des syndicalistes de FO et de la CGT cherchent à pacifier la situation, tentent coûte que coûte d’éteindre la rage, comme à Besançon mardi 4 décembre, où des gilets jaunes se sont ramenés pour faire la police, bien que ça n’ait eu aucun effet. La seule contribution des centrales syndicales au mouvement social en cours, c’est de proposer de mettre à disposition des Gilets jaunes leurs services d’ordre pour maintenir l’ordre dans les cortèges, à Paris comme en Province (Le Parisien, 1er décembre). Leur objectif est de « Sécuriser les cortèges de Gilets Jaunes et les protéger des casseurs » […] « On a fait la démonstration le samedi 1er décembre dans notre défilé de République à Bastille que quandd une organisation syndicale est là, les choses se passent bien« , souligne un haut cadre de la CGT, rappelant sa longue tradition de collaboration des syndicats avec le pouvoir.  Le 6 décembre, alors que la répression bat son plein, les centrales syndicales (dont la CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, FSU…) ont pondu un communiqué immonde qui se concluait par ces deux phrases: « le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place dans le pays. C’est pourquoi nos organisations dénoncent toutes formes de violences dans l’expression des revendications. » Tout simplement à gerber. Cependant, il n’y a rien d’exceptionnel dans leurs positionnements du côté des dominants. C’est une constante depuis toujours, lors de chaque mouvement qui déborde les dispositifs policiers et va au-delà de simples revendications sectorielles (bien qu’on en soit loin actuellement, le fait de revendiquer, c’est déjà entrer dans un rapport de dialogue (même musclé) avec le pouvoir en place, et en partie éteindre les flammes de la révolte contre ce monde une fois les revendications obtenues).

A Marseille et à Noisy-le-Sec, les dealers viennent aussi mater la révolte, puisque les blocus nuisent à leur trafic. Dans les quartiers nord de Marseille, des lycéens de Saint-Exupéry ont été attaqués à coups de paintball par la pègre locale, tandis que la veille à Noisy-le-Sec (93), au lendemain d’un blocage sauvage, des dealers ont remplacé les flics en tabassant un lycéen devant son bahut et la direction en raison de sa participation au mouvement. Mais parfois, ces pacificateurs et agents bénévoles de la répression reçoivent un peu de la monnaie de leur pièce. Ce lundi 10 décembre, un gilet jaune s’est mangé un coup de poing en pleine face devant un lycée de Beauvais: « j’ai demandé aux lycéens de se calmer et de ne rien casser. D’un seul coup, il y en a qui m’a mis un coup de poing », rapporte Gregory, gilet jaune.

La semaine dernière, des centaines de lycées ont été bloqués, blocus ponctués d’affrontements avec les flics, de barricades en feu et de destructions de biens de l’Etat et de bagnoles, etc… Durant la semaine, le ministère de l’Education Nationale a recensé chaque jour entre 150 et 200 établissements bloqués ou fortement perturbés. 

Courage et solidarité avec les lycéen.ne.s en révolte, qui font face à la répression sous diverses formes !

[Reformulé de la presse]

Vézac, France : Des flammes au domicile de la députée LREM [+ Quelques notes sur l’attaque et les émeutes ritualisées du samedi après-midi]

Publié le 2018-12-11 08:44:04

Aux alentours de 23 heures à Vézac (Dordogne) samedi 10 décembre, après une journée d’émeutes générale aux quatre coins du pays (Marseille, Paris, Toulouse, Bordeaux, Dijon, pour ne citer qu’elles), les flammes sont venues lécher le domicile de Jacqueline Dubois, députée LaREM de Dordogne. Sa voiture personnelle, ainsi que celle de son mari, sont partis en fumée. « Je m’en suis rendue compte en éteignant la lumière me couchant. J’ai vu une lueur à l’extérieur, et en ouvrant mes volets, j’ai découvert l’incendie », raconte la députée, qui a eu peur que les flammes atteignent la maison.

Nous trouvons intéressant de relayer les attaques incendiaires en dehors des émeutes du samedi après-midi, qui commencent à se ritualiser depuis trois semaines. L’attaque individuelle ou en petits groupes, dans une période de désordre généralisé, ouvre des possiblités immenses dans la conflictualité actuelle avec ce monde. En tant qu’anarchistes, lier nos idées à l’agir fait partie de nos bases, c’est indéniable. Nous cherchons à les diffuser et à les pratiquer peu importe le moment, en période de pacification comme en des temps de désordre et de chaos comme aujourd’hui (bien que les raisons qui y poussent ne soient pas les nôtres. Lire une critique anarchiste de ce mouvement ici). Nous ne ferons pas ici la liste des attaques et des dégâts de ce samedi 10 décembre, car elle serait trop longue et ce n’est pas le sujet. Ce que l’on peut dire, c’est que le gigantesque dispositif policier déployé à Paris (mais aussi ailleurs, comme à Toulouse, Marseille, Bordeaux ou Dijon) n’a pas empêché la propagation du chaos à d’autres secteurs de la ville (jusqu’à la place de la République) que les Champs-Elysées, déjà dévastés avec rage et joie le week-end précédent. La mairie de Paris a d’ores et déjà confirmé que les émeutes de ce samedi 10 décembre ont fait davantage de dégâts matériels que celle du 1er décembre. Et on s’en réjouit, bien évidemment.

En plus de frapper le domicile d’une responsable du désastre, cet incendie permet également d’élargir le désordre loin des photographes amateurs (émeutiers ou non) qui, il est clair, participe à la répression qui ne fait que commencer. C’est un fait assez hallucinant de voir des barricadiers se mettre à faire des selfies au milieu des affrontements, mettant en danger d’autres révoltés qui ont autre chose à foutre dans ces moments-là que de sortir leur portable, comme par exemple protéger leur intégrité physique, faire attention aux mouchards et autres charges de bacqueux ou à la présence deflics en civil, etc… (relire ce texte sur les émeutes du G20 à Hambourg: « Sur les vacances à Hambourg » : selfies, désordre et tyrannie de l’image).

Certains individus choisissent leur propre temporalité, loin de la logique mouvementiste  actuelle chez de nombreux révolutionnaires, anarchistes ou non, qui consiste à être là où ça se passe. Appuyons cette révolte, en étendant les actes d’hostilité du centre à la périphérie, partout et à tout moment !

Émeute populaire sur la Canebière

Publié le 2018-12-11 08:46:04

Gilets jaunes, marcheurs pour le Climat, habitant.e.s en colère contre la politique urbaine, lycéen-ne-s et minots de quartiers ont tenus, ensemble, la Canebière une bonne partie de la journée. Le lourd dispositif policier n’a pas suffit à contenir la grosse colère populaire qui s’est exprimée ce samedi 8 décembre 2018. Même si la journée se soldera quand même par une soixantaine d’arrestations...



Un gros dispositif de 600 flics et gardes mobiles, appuyés de 2 blindés de la gendarmerie était en place ce 8 décembre au matin pour protéger la marchandise et les lieux du pouvoir local. Certaines boutiques de luxe de la rue Paradis et de la rue Grignan ont préféré prendre les devant et ont décidé de ne pas ouvrir de la journée.

Matinée en jaune

Deux milliers de Gilets Jaunes partent du Vieux-Port à 11 heures, direction la préfecture. Manifestation tranquille avec des ambulanciers en tête de cortège. Et quelques un-e-s imposent aux autres les relents nauséabonds de l’extrême-droite drapée de jaune : drapeaux français à croix de Lorraine, discours contre l’action directe (« On doit défiler à visage découvert. Si on en voit qui cassent, ils seront sortis »), mots d’ordre anti-immigration (« D’abord la France, les autres après »), et illusoires slogans pro-police («  La police avec nous  »)... Bref une toute petite minorité que tout le monde gagnerait à faire taire, comme cela est fait à Paris depuis deux semaines.

Retour au Vieux-Port

De retour dans le centre, les Gilets jaunes tentent de se rapprocher de la mairie centrale ou de partir rue de la République direction le centre commercial "Les Terrasses du port", et c’est là, vers 14h, que les premières lacrymo sont tirées... Début des hostilités qui dureront plusieurs heures sur la Canebière. Les flics refoulent en effet les manifestant-e-s sur la Canebière. Des groupes de minots des quartiers sont déjà là et attendent que plus de monde rapplique. Un magasin de luxe se fait piller boulevard Longchamp. Charges et contre-charges se succèdent épisodiquement...

Vers 16 heures, plus de 5000 personnes reviennent de Castellane où les manifestant-e-s pour le climat épaulé-e-s par celles et ceux réclamant une autre politique de la ville (arrêt du chantier sur la Plaine, justice et logements pour les évacué-e-s de l’après drame de la rue d’Aubagne) aux cris de « Marseille, debout soulève toi ! », « Qui sème la misère, récolte la colère  », « Nous sommes tous des enfants de Marseille ! » « Gaudin, Macron, rendez le pognon ! » ou encore « Macron, Gaudin, ça sent le sapin ! »... Rue de Rome, de plus en plus de personnes se masquent et préparent leurs lunettes de piscines pour les gaz à venir... La jonction se fait sur la Canebière. Tout le monde a convergé.

Émeute sur la Canebière et alentours

Grande solidarité entre les différentes composantes. Les résidus de discours pacifistes se sont évaporés. Tout le monde est là, ensemble, pour en découdre. Trop peu de thunes, trop de mépris, désormais ce sera l’émeute populaire jusqu’à ce que le pouvoir lâche de l’argent. C’est le sentiment partagé sur la Canebière. Une voiture de location est enflammée en bas de la Canebière. Les flics se font pressants et gazent comme des malades. La BAC, habituellement décomplexée et toujours prête à la ratonnade, aujourd’hui casquée et solidement harnachée, s’attelle à protéger, en bons larbins, les boutiques de la rue St Férréol...

La boutique de l’OM est joyeusement pillée, à chacun-e son maillot. Un minot enfile à la va-vite sur sa tête le bonnet qu’il vient de sortir, ses collègues sont morts de rire : l’antivol est encore dessus et trône sur le haut de son front ! Pendant ce temps-là, plusieurs banques se font défoncer vitrines et distributeurs. Les sucettes de pub volent elles aussi en éclat.

La foule se fait repousser au niveau de la Soléam, au 49 de la Canebière. Toutes les vitres sont attaquées à coup de plots métalliques et de coups de pied bien sentis. Les manifestant-e-s entonnent le désormais célèbre « Tout Marseille déteste la Soléam !  ». L’infâme Gérard Chenoz pleurnichera quelques heures plus tard sur Facebook : « Il faut casser les casseurs » éructe-t-il. Certes Gérard, mais les "casseurs" dont tu parles sont les habitant-e-s que tu t’évertues déjà à casser et à chasser de leurs quartiers. Certain-e-s parlent déjà de « casser Gérard Chenoz » !! Bref, pas content que les marseillais-es s’en soit pris aux vitres de son joujou avec lequel il assassine les quartiers de Marseille. Étrangement, la mairie de secteur, située juste au-dessous, en prend aussi pour son grade : toutes les vitres sont tombées. Les élu-e-s s’indignent, ils ne comprennent pas. Ce sont bien les seul-e-s...

Tout autour du secteur, des affrontements durent plusieurs heures. Difficile d’en faire un résumé clair, tellement il s’est passé de choses. Ce qui est sûr c’est que les affrontements continuent, sporadiques, sur le Vieux-Port. Des barricades et des poubelles cramées. Les sapins de Noël en face de la Chambre de Commerce sont incendiés. Décidément ça devient une habitude... Noël aura-t-il lieu ?

La flicaille parvient cependant, avec ses blindés, à faire remonter tout le monde vers les Réformés. Les gens s’éparpillent un peu partout...

« Mes fins de mois sont difficiles, je dois faire mes courses de Noël, il est où le prochain magot ?! »

C’est le moment où la tendance "réappropriation populaire" prend clairement le dessus. Il est 17h30. Les jeunes cherchent où se trouve la marchandise à laquelle ils n’ont pas accès d’habitude. Mais le petit chaos généralisé et le peu de boutiques attrayantes en haut de la Canebière n’aboutira pas à grand chose. La gare, et ses échoppes, est donnée pour cible, mais le peu d’organisation collective empêchera d’y parvenir. Une bonne partie des manifestant-e-s sont pourtant disséminé-e-s dans les rues en-dessous. Rue Nationale, des barricades sont enflammées avec les poubelles, et un horodateur se fait dégommer à coup de lattes, les jeunes récupèrent la monnaie. Ça remonte vers la gare, avec toujours des feux de poubelles pour stopper la circulation et la progression policière. Puis tout le monde se disperse dans Belsunce.

Une demi-heure plus tard, rue d’Aix, plusieurs bijouteries se font piller par les minots. Pas un flic à l’horizon, normal, ils sont tous encore sur la Canebière où les affrontements continuent...

Les flics se concentrent sur Noailles, il est 18h30

Comme à l’heure habitude, les keufs aiment à se lacher sur Noailles à la fin des manifestations. Ils gazent, envoient les mastars de la BAC, mais ce ne semble pas très concluant. Nombre d’habitant.e.s continuent de les narguer et quelques poubelles partent en feu. Des groupes de jeunes bien mobiles tentent toujours d’accéder aux boutiques de la rue St-Fé, juste en dessous, mais se cassent les dents. Le jeu du chat et de la souris s’arrêtera vers 20 heures...

Une soixantaine d’interpellé-e-s et beaucoup de blessé-e-s

Un bilan assez lourd pour cette journée. Mais il faut dire que les flics s’étaient un peu mieux préparés sur Marseille. Sans doute les collectifs de la Street Medic Marseille et de la Legal Team publieront bientôt des bilans à ces sujets.

Solidarité avec tou-te-s les inculpé-e-s et les prisonnier-e-s du mouvement !! sera le mot de la fin !



PS :

Photos glanées sur internet...

Gilets jaunes Acte IV : récit d'un street-medic à Toulouse

Publié le 2018-12-11 08:47:04

La sidération. J’ai passé la soirée à y réfléchir, et ce matin je pense que c’est le mot qui convient le mieux à ce que j’ai ressenti en rentrant chez moi, vers vingt heures. Hier, Toulouse a flambé, Toulouse a crié, Toulouse s’est révoltée. Le temps d’une journée, Toulouse la rose est devenue Toulouse la rouge. Récit sur la journée du 8 décembre glané sur Facebook.



D’épaisses fumées en ont strié le ciel, fendant sa clarté, comme autant de points de rendez-vous et d’appels, dissimulant, derrière elles, les multitudes d’avions qui font d’ordinaire sa fierté. Des barricades se sont érigées l’une après l’autre, partout dans ses rues, formant l’écume de cette houle de colère, de violence et d’embrasement. Des milliers de projectiles, tirés par les deux camps, en jonchent le sol ce matin, tandis que le froid mordant et irrésistible a regagné son lit, et les bris de verre dans les allées me font penser à de la neige. Sidéré, c’est bien le mot, après cet après-midi passé au coeur des affrontements, porté par l’arrogance de vouloir me rendre utile en pareilles circonstances.

J’ai manifesté pour la première fois quand j’avais quinze ans, et je crois être descendu dans la rue chaque année depuis. Non pas que je sois un "dur" ou un "révolutionnaire" (on ne s’auto-proclame pas révolutionnaire, on l’est ou on ne l’est pas), mais je crois profondément que la mobilisation est un point de rupture qui permet d’ouvrir les yeux sur le monde, de rencontrer des gens hors de notre zone de confort, de s’en rendre solidaire, de s’engager, et surtout, d’échanger, de se confronter à des idées parfois en rupture avec les nôtres, mais qui sont les adversaires nécessaires de l’esprit critique. Je crois qu’agir fait grandir, et que même si on se trompe parfois, on mûrit d’avoir essayé.

C’est lors de la mobilisation "Loi Travail" en 2016 que mon regard sur les manifestations a changé. C’est là que j’ai vu, pour la première fois, des violences parfois insoutenables, des "bavures", des crânes fissurés, des litres de sang versés, et la sensation d’une injustice flagrante. Et encore, je n’avais pas fait les pires si j’en crois les médias. Les images de Nantes, Rennes, Paris défilaient sur mon écran sans que je puisse y croire. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire le "street medic", tout en me disant que j’étais dingue d’en arriver à penser à ça alors qu’il ne s’agissait que d’une manifestation. En théorie me disais-je, car la naïveté est parfois persistante, les forces de l’ordre ne sont pas sensées "casser", si ?

Eh bien si. Et ça s’est normalisé. Mais jamais je n’avais vécu ce que j’ai vécu hier.

Les appels au cortège unitaire s’étaient succédé toute la semaine, la convergence était réclamée afin de former un bloc massif. Le trajet et l’horaire des manifestations étaient incertains du fait des multiples retournements de veste de la préfecture, dont il était clair qu’elle cherchait à diviser les cortèges afin que tout le monde ne parte pas en même temps. Raté. Des lycéens avaient été nationalement humiliés dans la semaine, et à travers eux toute une partie de la jeunesse qui s’est enfin lassée d’être le défouloir permanent de la violence d’Etat, tout à tour muselée, molestée ou infantilisée par des porte-paroles toujours zélés quand il s’agit d’étouffer tout ce qui ne leur ressemble pas. Des étudiants avaient rejoint le mouvement, les AG se mettaient en place, les blocages furent réclamés ou actés (Université du Mirail, Sciences Po). Certains, dont moi, pressentant peut-être les événements de samedi, avaient choisi de s’organiser pour mettre en place un comité de secours volontaire, ou "street-medic", composé d’étudiants, de pompiers, d’infirmiers ou de simples citoyens. Nos compétences étaient inégales, mais l’organisation permettait à chaque unité de quatre ou cinq personnes de disposer d’un "confirmé", d’un soutien et de deux personnes faisant les aller-retour dans la foule pour repérer, extraire et ramener les blessés à des arrière-postes de fortune, improvisés dans les halls, les ruelles ou simplement derrière les buissons. Plusieurs comités similaires s’étaient formés, rassemblant à mon avis une bonne centaine de medics dispersés dans le cortège. Je profite de ce témoignage pour remercier toutes les pharmacies qui ont accepté avec bienveillance de nous donner du matériel de premiers secours (kits médicaux, sérum phy, compresses, gaze, mallox, bandes, etc.). La ligne était claire : on ne participe pas à la manifestation, on se contente de soigner les blessés, manifestants comme policiers. Je sais que certains s’en étonneront, mais pour moi, si la cause du désordre est le système, on ne peut pas en vouloir seulement aux individus. Les victimes de la violence sociale sont des deux côtés.

Ce matin, la presse parle de douze blessés à Toulouse. Ce n’est même pas le nombre de personnes que j’ai pu prendre en charge dans l’après-midi. Certains parmi nous ont raconté avoir chargé les personnes quatre par quatre dans les véhicules de secours qui parvenaient jusqu’à nous. J’ai même du mettre un blessé à bord de la voiture d’un riverain qui passait par là, à quelques mètres de la charge de police, et qui a rapidement accepté de le conduire à l’hôpital.

En ne parlant que des flash-balls, je me suis occupé de dix personnes : deux blessés à la tête, un à la poitrine, un à la main, un au coude, trois au pied, un à l’aine et un à la hanche. Et nous n’étions qu’une unité medic parmi une vingtaine.

Ce matin, la préfecture comptait 5.500 manifestants dans Toulouse : il faut vraiment être resté chez soi toute la journée pour y croire. A 14h, le boulevard Lacrosses dégueulait une foule compacte, un cortège tellement long qu’il permettait aux premiers de ne pas entendre les grenades qui visaient les derniers.

C’est en effet l’arrière du cortège qui était en situation d’émeute hier. Moins de quinze minutes après le départ de la manifestation, toute l’esplanade de Compans était noyée de fumée, de gazs lacrymogènes. Tout est parti d’un face à face entre quelques manifestants et une unité de la BAC (du moins, je crois). Et puis le coup classique : une bouteille en plastique vole, les gazs lacrymogènes sont tirés sans sommation, tout le monde s’énerve, le premier tir de flash-ball part, tout s’embrase. Il était 14h15. La situation, très tendue, se résume au même mouvement répétitif : gazs, riposte, charge sur vingt mètres, recul de la foule qui reforme le bloc quelques minutes après et reprend le terrain. C’est une guerre de position usante physiquement, mentalement, nerveusement. Les blessés commencent à affluer : le premier, un homme de quarante ans, est touché à la tempe par un tir. Je commence les aller-retours entre le lieu des affrontements et un abri improvisé sur un banc derrière les immeubles, où je ramène blessé après blessé. La manifestation avance de quelques dizaines de mètres, les premières barricades s’enflamment, la stratégie de maintien de l’ordre échoue déjà : trop peu nombreux pour contenir une telle foule, les gendarmes laissent les rues adjacentes ouvertes et la foule les envahit et s’y disperse. Conséquence : les gendarmes se dispersent aussi. En trois heures, ils ont à peine repris le boulevard : la vérité, c’est que la manif s’étire, avance, et que la queue de cortège suit mécaniquement. Les gens sont en colère...

Je n’ai pas envie ici d’exprimer mon point de vue sur la violence en manifestation ; la vérité, en tout cas, est qu’il ne s’agissait pas d’une "centaine de casseurs" comme l’évoquent les journaux, mais de milliers de personnes qui se succédaient, se soutenaient, se soignaient, s’encourageaient. Impossible pour les gendarmes de faire quoi que ce soit, hormis contenir bien imparfaitement l’émeute et répliquer à coups de flash-balls et de grenades. Médiatiquement, les violences qui ont eu lieu sont peut-être un mauvais coup (les photos sont nombreuses sur les réseaux, je ne vais pas tout détailler), mais elles ont été un vrai coup de génie tactique. La queue de cortège a concentré l’essentiel de l’attention sur elle, servant de point de fixation pour les forces de l’ordre qui étaient déjà trop peu nombreuses pour l’enrayer. Pendant ce temps, la tête de cortège continuait sa route et s’emparait de la ville. A 17h, les trois ponts étaient pris (Pont des Catalans, Pont Saint-Pierre et Pont-Neuf). On comptait quatre manifestations sauvages en même temps dans la ville -le cortège des Gilets Jaunes, de la CGT et de la marche pour le Climat ayant emprunté différents chemins pour accéder à la place du Capitole- et une émeute -il n’y a pas d’autre mot- à l’entrée de Saint-Cyprien, qui a rapidement contaminé tout le quartier. Sans la queue de cortège, jamais la manifestation n’aurait réussi à remonter jusqu’au coeur de la ville et à se visibiliser : vers 17h30, c’est une marée de gilets jaunes qui a déferlé dans un centre-ville que la préfecture souhaitait précisément préserver. Les théâtres d’affrontements se sont multipliés dans le quartier de Saint-Cyprien jusque tard dans la soirée, poussant même les gendarmes à tirer les lacrymos depuis un hélicoptère.

La presse raconte que les "casseurs" étaient des banlieusards profitant de l’occasion pour "tout casser" -comme si la violence révolutionnaire était un simple loisir. De mon côté, j’ai passé la journée à soigner des gens très divers : lycéens voulant riposter à la violence subie toute la semaine, étudiants, travailleurs de tous secteurs et tous âges (vers 18h30, j’ai même administré du sérum phy à un retraité qui avait été gazé), filles et garçons, "anars" comme gilets jaunes et écolos, tous unis et constamment solidaires sans regarder leur origine. Moudenc (le maire), disait sur BFM avoir vu des gens de l’ultradroite et de l’ultragauche main dans la main. Premièrement, il faudra qu’il m’explique comment, d’un seul regard, il devine l’orientation politique des gens. Deuxièmement : tout le monde s’en foutait. La barrière politique s’était effacée entre les uns et les autres, pour la raison très simple que par-delà la divergence des solutions, il y a une convergence réelle des problèmes.

Sur le référentiel médiatique, j’appartiens à l’ultragauche ; pour autant, hier, je ne sais absolument pas qui j’ai soigné en termes d’appartenance politique, parce que le même sentiment de foutage de gueule était partagé finalement par tout le monde.
Et au milieu de tout ça, oui, il y avait des banlieusards (enfin, si tant est qu’on puisse le deviner à l’apparence). Mais je pense ne pas avoir besoin de lister le nombre de raisons qu’ils auraient de toute façon à être en colère, eux qui sont sans doute la partie de la population qui connaît le mieux ce que veut dire "violence d’Etat". Je me fous de savoir pour qui votent les manifestants qui étaient présents, car hier ils étaient ensemble, vraiment ensemble, pour dénoncer la même chose et s’entraider. Le reste du discours n’est qu’une tentative de dispersion. Le problème est identifié. On discutera des solutions plus tard.

Si j’ai arrêté ma mission de street-medic vers 19h, ce n’est pas parce que la manif était terminée, c’est parce que j’étais épuisé, comme tous les autres. On a été complètement dépassés. Je n’avais pratiquement plus une cartouche de sérum phy. J’avais la peau brûlée par les gazs, les poumons en feu, les jambes lourdes et l’esprit en éclats. Je n’arrivais plus à réfléchir et je ne me sentais plus capable de prendre les bonnes décisions en cas d’urgence. Physiquement, nerveusement, psychologiquement, j’étais épuisé. Je n’avais jamais connu ça.
Ce matin, les médias ne parlaient que de Paris, en disant que tout avait été contrôlé. Ne doit-on pas voir dans ce parisiano-centrisme la preuve que le message n’a toujours pas été entendu ?

Hier, toute la province était en feu : j’ai vu les images de Caen, Nantes, Bordeaux, Lyon, Saint-Etienne, et j’ai vu le mouvement prendre en ampleur et en force. J’ai vu la répression policière s’accroître encore et mettre à nouveau le feu aux poudres, tout comme j’ai vu un haut degré de violence chez des manifestants qui n’ont plus le coeur pour se laisser faire et ripostent. Cela fait trop longtemps qu’on casse les gens, qu’on les arrête, qu’on les condamne, au seul motif qu’ils crèvent la faim et qu’ils osent se montrer.

Il n’y a eu aucune réponse politique majeure à ces revendications, et c’est trop tard. Tout le monde est à cran, y compris chez les forces de l’ordre. J’espère au moins qu’ils ont conscience que c’est précisément parce que les manifestants ne chargent pas encore et se "contentent" de caillasser qu’ils sortent presque indemnes de cette journée. Je me pose quand même la question : combien de temps est-ce que ça durera ..?

Je ne sais pas comment ça va finir, mais je suis à peu près sûr d’une chose : je ferais mieux de garder mon matériel de medic sous la main, parce que je risque de courir encore longtemps avec mon sac sur le dos avant de ne plus en avoir besoin.

Texte publié initialement sur Facebook.

La prison pour personne ! même pas pour les dominants !

Publié le 2018-12-11 08:50:05

Les frontières, le travail, la prison et le manque de solidarité face à la justice et la répression qui en découlent, ne sont absolument pas remis en question au sein de ce mouvement. Après tout, chaque parti(e) de ce mouvement, des fachos à l’extrême-gauche, défendront les leurs au sein de ce mouvement fourre-tout, au sein duquel les personnes isolées ne recevront aucune forme de soutien ou de solidarité. Sauve qui peut, comme dirait l’autre. Toutes ces abominations de ce monde sont même renforcés par une grande majorité des parti(e)s qui le composent. Et pas uniquement de la part de celles/ceux qui remplissent les rangs des fascistes et de la Réaction, des conservateurs ou des bonnes gens, des petits patrons qui voient désormais trop d’injustice fiscale ou autres beaufs sexistes et homophobes. Certains révolutionnaires qui se disent invisibles nous gratifient d’une apologie de la taule, comme en atteste la publication du tag « Macron en prison » réalisé à Paris le 8 décembre, ou encore d’une affiche des « militants » de la Plaine à Marseille, qui proclame « Gaudin aux Baumettes ». Ces deux exemples sont tirés du site proto-appelliste « la rue ou rien ».

Quoi de mieux pour se faire accepter dans une révolte, ici celle des « Gilets jaunes », que de renier une des bases du mouvement révolutionnaire. Et je parle de celle de la lutte contre la prison, toutes les prisons.

Mais peut-être que c’est une période révolue pour certains, ou plutôt que leur autoritarisme (comprendre aussi leurs barbouzeries) exercé sur la ZAD de Notre-Dame des Landes il y a peu les a tellement décomplexés qu’ils en viennent à faire l’apologie de la taule ?

En plus d’entretenir la confusion, il n’y a rien de plus populiste que de se ranger derrière LE PEUPLE, LA NATION EN LUTTE, quitte à mettre de côté les antagonismes sociaux et les intérêts de chacun – (petits) patrons/commerçants et exploités, riches et pauvres, patriotes/nationalistes et internationalistes… Il paraît même que maintenant, chanter la Marseillaise c’est devenu funky chez les révolutionnaires, même quand c’est juste « Aux armes citoyens » (Le citoyen, ce nouveau sujet révolutionnaire). C’est précisément ce que j’appelle faire de LA POLITIQUE.

Les prisons sont à raser, et c’est vers cela que devrait tendre toute insurrection selon moi. Ma volonté, en tant qu’individu, d’en finir avec toute autorité, toute hiérarchie et donc tout État n’est pas négociable, y compris lorsqu’il s’agit de rejoindre une masse jaune fluo qui se révolte.

Pour la liberté totale. Pour l’Anarchie.

Quand une médecin de la Timone menace de balancer les noms et âges des manifestants !

Publié le 2018-12-11 09:50:04

Madame Brigitte Morosof-Pietri est médecin. Elle fait partie de l’équipe du SAMU à la Timone et est médecin coordonnateur de l’hôpital de la Conception. Par ailleurs, Madame Brigitte Morosof-Pietri était conseillère municipale pendant 6 ans à Marseille. Bravant courageusement la loi et l’ordre des médecins, madame Brigitte Morosof-Pietri a menacé de balancer les noms et les âges des manifestants qui sont venus se faire soigner à la Timone samedi, en marge de la manifestation. Retour sur un post Facebook surréaliste...



Madame Brigitte Morosof-Pietri est médecin. Elle fait partie de l’équipe du SAMU à la Timone et est médecin coordonnateur de l’hôpital de la Conception. Ses amis Facebook se nomment Chenoz, Fructus, Moraine... ça vous dit quelque chose ? Et oui, en plus de son boulot de médecin-urgentiste, madame Brigitte Morosof-Pietri était également conseillère municipale pendant 6 ans à Marseille. D’ailleurs c’est son ami Chenoz qui a relayé samedi 08/12 un de ses posts sur sa page facebook. Sur le dit-post, madame Morosof-Pietri nous explique qu’elle a « les noms et les âges » de ces « anencéphales dégénérés » qui « encombrent les urgences pour de la bobologie ». En d’autres termes, madame Brigitte Morosof-Pietri nous explique qu’elle va balancer tous les noms des manifestants qui viennent se faire soigner à la Timone en marge des manifestations, car elle en a simplement marre de voir son lieu de travail saturé par des idiots qui se plaignent pour un rien !

Le premier problème, c’est que madame Brigitte Morosof-Pietri semble avoir oublié que, selon l’article R.4127-4 du code de la santé publique : « Le secret professionnel, institué dans l’intérêt des patients, s’impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession, c’est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris ». En d’autres termes, madame Brigitte Morosof-Pietri semble avoir oublié que selon la loi et l’ordre des médecin, l’intérêt public prime sur ses petits problèmes d’appréciation personnelle. Or, cet intérêt public veut que chacun puisse être convenablement soigné et ait la garantie de pouvoir se confier à un médecin, même s’il est dans une situation sociale irrégulière/marginale, pour bénéficier de ses soins, sans craindre d’être trahi ou dénoncé.

Alors madame Brigitte, dites-nous donc ce qu’il vous arrive ? S’agit-il d’une tentative déguisée de vous faire virer de l’ordre des médecins pour obtenir une retraite anticipée ? Ou bien d’une décompensation en bonne et dûe forme ? Entre les deux, mon cœur balance...

Le second problème de madame Brigitte Morosof-Pietri, c’est que son agacement personnel semble avoir brouillé ses capacité de diagnostique et d’analyse de la situation. Pour un médecin urgentiste, ça craint ! En effet, Brigitte se plaint des manifestants qui viennent se faire soigner dans SES urgences pour des bobos. Malheureusement pour madame Brigitte, on a fait un petit relevé de la situation des blessés. Et parmi ces blessés on trouve : une personne inconsciente prise en charge par les pompiers, une personne avec un trauma crânien important infligé par la BAC, opérée en neurochirurgie et encore hospitalisée à l’heure où nous publions cet article, une personne avec un genoux et une cheville cassée, sans parler des arcades sourcilières et des fronts ouverts, des quelques mâchoires défoncées et autres plaies provoquées par les tirs de flashball sur les tête, aux visages, sur les thorax et sur les pieds.

Alors oui, madame, vous avez raison, les urgences étaient pleines de victimes des violences policière. Mais le fait que vous reléguiez au rang de bobos les comas, fractures, trauma crâniens et opérations en neuro-chir, ça en dit long sur le traitement que nous réserve vos services à l’hôpital de la Timone. Parce que, ne l’oubliez pas Brigitte, la santé, pour l’instant, c’est encore un service publique !

Quand à monsieur Gérard Chenoz qui poste sur son compte Facebook ce magnifique message d’appel à la haine : « Il faut casser les casseurs ! ce n’est pas comme cela qu’on manifeste ». S’est-iln vraiment demandé comment peut-on manifester, nous, quand la mairie et les pouvoirs publics refusent d’entendre nos voix ? S’est-il vraiment demandé comment peut-on manifester quand lui et ses collègues choisissent de construire un mur à 400 000 euros et de rénover une place à 20 millions plutôt que réhabiliter des logements qui s’écroulent sur nos têtes ? Comment peut-on manifester quand nous mourrons dans nos taudis à cause de leur politique de logement, que nous sommes expulsés manu militari sans perspective de relogement dans nos immeubles ? Comment peut-on manifester quand la mairie nous propose des relogements au deuxième étage sans ascenseurs, alors que nous sommes handicapés, quand la mairie refuse de nous faire une autre proposition quand on lui fait remarquer qu’on ne pourra pas monter ces escaliers, que les agents municipaux nous disent qu’on abuse ? Comment peut-on manifester quand la même mairie refuse de payer les obsèques de nos morts et les coûts des rapatriement des corps ? Comment peut-on manifester quand, lorsqu’on descend dans les rues pour exposer notre rage, notre impuissance et notre désarrois, leur police nous reçoit à coup de tabassage, flashball et lacrymo ? Expliquez-nous monsieur Gérard comment vous manifesteriez vous, dans ce contexte...

Alors c’est vrai que face à la violence des 8 morts et des 2000 personnes à la rue, face à la destruction de nos vies par vos politiques, la violence que monsieur Chenoz dénonce, elle nous parait exagérée et la vitrine de leur mairie, elle fait pas le poids !

Les casseurs c’est eux !



PS :

Erratum : Une précédente version de cet article déclarait que Mme Brigitte Morosof-Pietri est conseillère municipale depuis 10 ans, et qu’elle est médecin urgentiste. Grâce aux retours de nos lecteurs et lectrices, et après vérification, il apparaît qu’elle fut conseillère municipale de 2008 à 2014, et qu’elle fait partie de l’équipe du SAMU à la Timone et est médecin coordonnateur de l’hôpital de la Conception.

Merci pour vos retour !

Boucherie au tribunal : communiqué de la Legal Team sur les audiences du 10/12

Publié le 2018-12-11 09:50:06

Lundi 10 décembre 14h, tribunal correctionnel de Marseille. Deux chambres correctionnelles ont exceptionnellement été ouvertes pour traiter en deux jours l’afflux des 50 personnes interpellées durant la manifestation du 08 décembre à Marseille. 24 prévenus passeront en audience ce lundi. Une véritable boucherie dont nous relayons ici le résultat.



14h/18h : Une mise en bouche relevée

  • Deux procès renvoyés au 19 janvier car les parties civiles (la boutique de l’OM), n’ont pas encore fait l’inventaire de ce qu’ils ont perdu et donc des dommages et intérêts qu’ils demandent. En attendant, les prévenus partent en détention provisoire aux Baumettes ! Allez l’OM !
  • Un procès renvoyé au 27 décembre. La personne mise en cause est arrêtée seule et longtemps après les débordements du centre ville. Son avocat souligne qu’une expertise psychiatrique aurait dû être jointe au dossier du procès. Décompensation ou pas cette personne part en détention provisoire jusqu’au 27 décembre.
  • Une personne accepte la comparution immédiate. Elle est accusée d’avoir ramassé un bout de grenade de désencerclement ou de palet de lacrymo lancé par la police et de l’avoir retourné à l’envoyeur. Comme chacun sait, l’arroseur arrosé est un scénario qui ne plaît ni à la police ni à la justice, et on ne saurait que trop les comprendre. Bilan : condamnation à 8 mois fermes aménageables (bracelet électronique...) et à 2 ans de sursis, le tout sans mandat de dépôt. Cette personne rentrera donc chez elle ce soir.
  • 3 personnes sont accusées de jets de projectiles et de participation armée en vue de commettre des infractions en l’espèce de dégradations, etc.

Deux d’entre elle voient leurs procès reportés à des dates ultérieures car les parties civiles (police), n’ont pu être avisées que les procès allaient se tenir (au cas où ils auraient aimé venir faire un petit coucou à ceux qu’ils envoient au trou). Ces deux personnes évitent de justesse la détention provisoire. Ils repartent avec un contrôle judiciaire serré assorti d’une interdiction de s’approcher de près ou de loin d’une manifestation. Ce qui en ce moment signifie concrètement : interdiction de passer ses prochains samedis aux abords des rues St Férreol, Longchamp et Rome, du centre Bourse, du Vieux Port, de la rue Paradis, de la Gare St Charles... Vu le périmètre aussi flou qu’étendu, le plus simple sera donc rester chez soi !

La troisième personne n’a pas de renvoi de procès et accepte la comparution immédiate. Cette personne clame son innocence mais repart quand même avec un joli cadeau : 3 mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve consistant à lui aussi éviter les abords de manif’ ces prochains temps. C’est à dire le centre ville !
Au passage un petit raccourcis du procureur : "Vous vous disez pacifiste et bien que vous sachiez que la manifestation va être "compliquée", vous choisissez quand même de vous y rendre ?"
Et bien oui, désolé madame, si on devait attendre d’être sûr que la police ne va pas nous tirer dessus pour manifester, pacifiste ou pas, cela fait longtemps que plus personne ne descendrait dans la rue !

  • Six personnes sont accusées du pillage d’une boutique de luxe. Pareil que pour la boutique de l’OM, les patrons n’ont pas fini de chiffrer les dégâts. Les procès sont donc renvoyés au 16 janvier. En attendant, cinq personnes repartent chez elles avec un contrôle judiciaire serré et une personne retourne à la case Baumette. Il avait juste moins de travail que les autres et un plus lourd passé judiciaire.

18/22H : une addition salée !

  • Deux personnes sont accusées de violence sur agents dépositaires de la force publique. L’une d’entre elle a accepté la comparution immédiate et repart avec le beau cadeau de 6 mois fermes, sans mandat de dépôt. L’autre a refusé et reste en prison préventive jusqu’au.... 24 décembre ! Joyeux noël...
  • Une autre personne est accusée elle aussi de vol à la boutique de l’OM. Elle passera en procès le 19 janvier, comme les autres. En attendant... elle reste en détention provisoire...
    Bonne année !
  • Une personne est accusée de port de fumigène. Elle prend 6 mois ferme, avec mandat de dépôt !
  • Six personnes passent en même temps. Elles sont accusées de participation à attroupement en vue de commettre dégradations, actions violentes, etc. L’une d’entre-elle est aussi accusée de détention de substances dites "explosives".
    L’une ressort avec des jours-amendes. Trois autres sont relaxées. Deux prennent 6 mois de sursis.

Bologne : une bombe contre un local de Forza Nuova

Publié le 2018-12-11 15:14:05

Bologne, une bombe contre le siège de Forza Nuova

Un engin rudimentaire (une boite contenant de la poudre noire) a explosé dans la nuit via la Biancolelli à Borgo Panigale, à Bologne, devant un local de Forza Nuova. Il n’y a pas eu de blessé, mais le volet a été endommagé et les vitrines brisées. La police d’État, et la Digos, ont ouvert une enquête.

reformulé de la presse

Nous avons gagné une bataille, la guerre de classes continue

Publié le 2018-12-11 15:14:05

Castaner a perdu la bataille du Samedi 8. Rien n’est jamais parfait. Le blocage économique de la ville opéré par le gouvernement en est la preuve. Pour encourager ce bel effort, nous avons arraché les planches de bois qui protégeaient les vitrines pour en faire de belles barricades de noël mais surtout pour empêcher que les magasins ne rouvrent le lundi matin.



Paris est fermée, faites demi tour !

Tous les grands magasins étaient fermés. A deux semaines de noël, les clients ont déserté l’espace public. Les bourgeois ont quitté la ville vers leurs adorables maisons de campagne, tel des Versaillais en 1871. Lâches, peureux, ils ont fait appel à leurs larbins de flics pour contrôler notre désordre. Les flics sont toujours malheureusement là prêts à nous tabasser, gazer, flash-baller. Certains croient encore qu’ils pourraient un jour enlever leurs casques, mais ils ne le feront que si on leur donne l’ordre, comme on a pu le constater ces dernières semaines, malgré la naïveté de ceux qui les applaudissent.

Ce samedi 8 décembre, seuls les taxis ou autres chauffeurs privés circulaient dans la capitale n’hésitant pas à mettre en évidence un gilet jaune sur le pare-brise, certains par solidarité, d’autres juste pour éviter d’être bloqué. La fiction qui nous est imposée au quotidien entre boulot-dodo, actualisations de Pole Emploi, plans débrouilles, cafardises d’allocations et sous-locs Airb&B, a été un temps mise de côté. Le « petit peuple » se baladait résolument dans les beaux quartiers plus vides que jamais. La promenade a été longue et à chaque coin de rue nous étions toujours plus d’occupants bigarrés, avec ou sans gilet jaune, à se parler, rigoler, chanter, parfois casser, dans la joie et… la réalité.

LA PROPAGANDE EST EN PANNE

Les chaînes de télévision et ses chiens de garde qu’on nomme journalistes ont diffusés l’angoisse d’une souricière inédite que la police a mise en scène sur les Champs Élysées. Toute la journée, ils ont filmé et parlé en continu en attendant désespérément que quelque chose se passe. Le paradoxe est que ce 8 décembre les journalistes ont tout raté.

Le grand saccage des Grands Boulevards, passant par Strasbourg Saint Denis, jusqu’à Bastille n’a pas - heureusement - été télévisé. Le peuple a cassé les barrières établies entre lui et la dépossession d’usage. Si le prix et les taxes sont cette frontière qui séparent ce qui est privé du commun, la réquisition et l’auto-réduction sont manifestement, par le pillage, l’unique manière de faire peur aux riches et récupérer ce qui nous est dû. Vive la gratuité et le partage mettons fin au profit !

Soyez pacifistes, pas pacifiques. Nous sommes les cobayes de l’industrie de l’armement, donc à bas les flics et les armées. Néanmoins, la discussion est notre arme face aux modérés extrémistes, ces dénonciateurs de la casse, pour qui la violence est uniquement légitime du côté de l’État. Il faut déconstruire les tabous, parler ouvertement. Le mouvement est hétérogène et la violence est relative. Casser des banques et des commerces ce n’est pas de la violence, c’est un acte d’équité. C’est la riposte du pauvre qui accède à ce qu’on lui a interdit d’approcher. Argumentons, ne jugeons pas l’acte des saints. Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes.

TOURISTS GO HOME ! REFUGEES WELCOME !

Ce mouvement n’est pas « français », il est juste populaire. Français ou immigrés, tout le monde est uni contre Macron et ensemble, nous représentons ceux qui ont été dépossédés du choix de vivre autrement notre propre sort. La pauvreté est une fatalité, mais elle peut être renversée quand « tous les pauvres s’y mettront ». Nous avons viré les touristes des Champs-Élysées, ceux pour qui Paris est juste une carte postale, mais nous revendiquons des droits pour les sans-papiers et autres migrants démunis de protection sociale. Ils sont chez eux !

Si nous entendons parmi nous des commentaires ou des propos racistes ou sexistes, nous devons les dénoncer. Nous ne tiendrons jamais une barricade avec des fascistes. La Marseillaise n’est qu’un chant militaire, guerrier et patriotique, à nous de proposer d’autres : « Ni patrie, ni patron ! Ni Le Pen, ni Macron ! ». Réagissons aux propos confusionnistes ouvertement d’extrême droite comme « François la sens-tu qui se glisse dans ton cul ? La Quenelle ! » sous l’air du Chant des Partisans, faisant clairement référence à Dieudonné. Les commentaires sexistes comme «  Brigitte, Brigitte, on t’encule » ou racistes tels « On est chez nous » sont inadmissibles. Soyons résistants, soyons antifascistes. « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos ! »

AUCUNE AVANT-GARDE N’EST POPULAIRE

Dès le début le mouvement des Gilets-Jaunes s’est voulu « apolitique » au sens où il rechigne à toute politique politicienne professionnelle. Le mouvement est naturellement spontané et autonome. Toute tentative de récupération ne peut aboutir qu’à une traîtresse représentativité ou une vaine insurrection qui nous ferait payer plus, à nous les pauvres, qu’aux petits-bourgeois dirigistes. Ils ne nous voient que quand on se soulève, le reste du temps ils écrivent des livres incompréhensibles pour le commun des mortels.

D’ailleurs on observe clairement ces différences lors des comparutions immédiates. Si les intellectuels et les militants professionnels sont soutenus par leurs partis et leurs groupes politiques, pour ne pas dire leurs familles friquées, nous n’avons devant nous que les barreaux. Mais sachez que nous ne sommes pas jaloux, nous n’avons jamais attendu rien en retour. Nous ne souhaitons pas leurs vies, pas même celle de Macron. Nous voulons déballer le confort à jamais. Soyons prudents et méfions-nous de tous les partis, même imaginaires !

D’ailleurs, il faut stopper les velléités des « représentants » ou des « porte-paroles » qui cherchent une « solution » au conflit. Ce qui se passe n’a pas de solution tant que nous n’aboliront pas l’exploitation des uns par les autres et que nous prendrons le contrôle des moyens de production pour décider plus « démocratiquement". La démocratie directe est l’unique solution et les Gilets Jaunes de Commercy on fait déjà de belles propositions, bien comme ceux de Saint-Nazaire. Destituer le pouvoir c’est le refuser, c’est vivre sans lui.

LA GRÈVE EST NOTRE CADEAU DE NOËL

Les syndicats, dépassés par ce mouvement et un peu par leurs bases, restent distants. Nous savons que le CGT ne participe pas de ce qu’elle ne contrôle pas. Pas assez réformiste, encore moins révolutionnaire, la CGT repoussera l’affrontement au Grand-Soir qui ne viendra jamais. Les syndicats ont proposé leur service d’ordre au mouvement des Gilets Jaunes pour le canaliser, pas pour le protéger, évoquant l’esprit du « CPE ». Pour protéger nos manifs nous avons déjà la police et nous savons bien ce que ça protège.

Ceci dit, le Père Noël s’habille en rouge depuis bien longtemps et ses barbes sont si grandes qu’elles pourraient faire concurrence à celles de Karl Marx… Donc, nous voulons lui demander un grand cadeau de noël, une grève générale de plusieurs jours qui bloquerait réellement l’économie productive. Appelons les syndicats à convoquer la grève générale illimitée dès maintenant !

MACRONMISSION

La complexité de ce mouvement populaire, ne doit pas se faire piéger par le concept de « Peuple » qui traîne sur les bouches, dans les textes des éditorialistes militants ou de la presse bourgeoise. Le populisme nationaliste est une idée confuse qui s’oppose à la conscience de classe. A nous d’apporter des idées et des points de vues divers ou divergents. Maintenons l’unité face à la représentativité, refusons tous les chefs, et accordons nous sur nos moyens d’action. Écoutons-nous pour expérimenter des nouvelles formes de coexister. Changeons nos rapports au monde et à la société. Chercher le commun et pratiquer le consensus, voilà des idées.

La démission de Macron ne nous suffira pas. Remplacer un président par un autre, ne change rien pour nos vies. On prend le risque de se retrouver avec des personnalités encore plus autoritaires venues de la gôche ou de l’extrême-droite. Il y aura toujours un porte-parole de la bourgeoisie amarré à la République pour nous faire chanter. Destituons le pouvoir en élargissant les modes de décision horizontaux aux luttes locales. Plus nos idées seront radicales, plus fort se manifesteront nos désirs de changement, plus nous aurons de chances de transformer en bon gros morceaux les petites miettes qui nous seront proposées.

Gilé Jônes

Lycéens : la deuxième semaine de mobilisation démarre en douceur

Publié le 2018-12-12 08:11:05

Mardi 11 décembre

extrait du Monde / mardi 11 décembre 2018

A Creil (Oise) – mardi 11 décembre.

Près de 450 lycées sont perturbés en France, mardi 11 décembre, parmi lesquels 60 sont bloqués, selon un bilan du ministère de l’éducation nationale communiqué à la mi-journée. Dans le sillage des « gilets jaunes », les lycéens manifestent pour la deuxième semaine de suite pour protester contre certaines réformes dans l’éducation, notamment celle du baccalauréat, le nouveau système d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup ou encore le service national universel (SNU).
Une quarantaine de lycées sont perturbés ce matin dans l’académie de Créteil. Des « blocages » ont été relevés à l’entrée de vingt lycées, tandis que l’entrée est « filtrée » dans dix-sept autres, selon nos informations. « On entend davantage de revendications lycéennes. Pour l’instant, les blocages se passent mieux ; le niveau de violence est moindre ce matin », précise-t-on au rectorat de Créteil. « Néanmoins, des affrontements entre jeunes et police sont signalés à Saint-Denis [Seine-Saint-Denis], Limeil-Brévannes [Val-de-Marne] et Combs-la-Ville [Seine-et-Marne]. »
Dans l’académie de Versailles, une vingtaine de lycées sont perturbés, dont sept bloqués.
A Paris, une vingtaine de lycées sont concernés ce matin et un appel à manifester à partir de midi à Saint Michel a été lancé.

« On fait grève pour le prix du jus de pomme »

La Dépêche du Midi / mardi 11 décembre 2018

Quelque 170 [dans un dixième article, dont on produit un petit extrait plus bas, la Dépêche aussi parle de 450 bahuts bloqués; NdAtt.] établissements sont perturbés mardi matin selon le ministère de l’Education, dans le cadre d’un appel à un « mardi noir » lancé par les syndicats lycéens pour maintenir la pression sur le gouvernement qui a lâché du lest face aux « gilets jaunes ».
La veille, le mouvement avait pris de l’ampleur au cours de la journée, avec 450 établissements perturbés, selon un décompte officiel communiqué en fin de journée.
Ce mouvement, qui proteste notamment contre la réforme du bac, la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup et le service national universel (SNU), est né la semaine dernière dans le sillage de la colère protéiforme des « gilets jaunes ».
Ces blocages s’accompagnent de rassemblements. A Lille, ils sont environ 400 sur la place de la République et beaucoup regrettent qu’Emmanuel Macron n’ait eu aucun mot à leur égard lors de son allocution lundi soir pour présenter des mesures après des semaines de mobilisation des « gilets jaunes ».
Même son de cloche à quelques centaines de kilomètres: « Macron n’a pas eu un mot pour nous », a regretté Sacha, un élève du lycée Claude-Fauriel à Saint-Etienne.
La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a, elle, déploré mardi « une manipulation » menée par « l’ultragauche » et « certains députés de La France insoumise ». Sur Sud Radio, elle a estimé que ce mouvement touchait « un nombre restreint de lycées, 400 au plus fort » sur quelque 2.000 établissements publics. « Mais ce qui est inquiétant, c’est que c’est tout de suite extrêmement violent », a-t-elle regretté. « On n’est d’ailleurs pas sûr que ça ne concerne que des lycéens. Il y a des bandes qui s’y greffent, et puis il y a une forme de manipulation de la part de groupuscules politiques et de certains partis politiques ».
En banlieue parisienne, théâtre de nombreux incidents violents la semaine dernière, la situation est néanmoins « plus calme que la semaine dernière », avec moins d’établissements touchés » en Seine-Saint-Denis, et trois véhicules incendiés à proximité des établissements selon la police. Dans le Val-d’Oise, six lycées sont perturbés. A Paris, deux lycées sont bloqués.
Quelque 300 lycéens se sont dirigés vers le rectorat à Lyon en milieu de matinée [la ligne T2 du tram a été perturbée par cette manif, selon Lyon Mag; NdAtt.]
, selon la préfecture du Rhône, qui a dénombré sept interpellations dans l’agglomération, notamment pour jets de projectiles à proximité de lycées à Villeurbanne et Saint-Priest. Un lycéen à Lyon, grièvement blessé à l’oeil lors d’une manifestation la semaine dernière, a porté plainte contre la police pour « violences volontaires », a indiqué à l’AFP son avocat.
A Marseille, une cinquantaine de professeurs ont encadré la manifestation d’élèves. « Notre souci, c’est la sécurité des lycéens » face aux « violences policières », a déclaré à l’AFP un professeur syndiqué à Sud-Solidaires, qui a requis l’anonymat. Pour l’académie de Marseille, dix lycées (sur 195) sont totalement bloqués, selon le rectorat.
A Saint-Etienne, les esprits se sont échauffés avant le début des cours au lycée Etienne-Mimard, avec un feu de poubelle et l’intervention des forces de l’ordre. « On craint qu’ils se fassent mal, ils mettent de l’aérosol dans les poubelles », a dit un policier à bord d’un véhicule banalisé patrouillant aux abords des établissements scolaires, « plutôt calmes » pour l’instant.
Si de jeunes grévistes assument avoir pour objectif de sécher des cours (« on fait grève pour le prix du jus de pomme », s’amuse l’un d’eux), d’autres exposent leurs arguments: « Avec Parcoursup, les prolos de province se font recaler direct, alors que t’es à Henri-IV (prestigieux lycée parisien) avec 9 de moyenne, ça passe », assure Youssouf, mégaphone à la main et autocollant des jeunesses communistes collés sur la veste.
On compte aussi, en milieu de matinée, 24 lycées perturbés dans l’académie de Rennes (dont 12 bloqués), un établissement avec barrage filtrant dans l’académie d’Orléans-Tours, une trentaine de lycées perturbés dans l’académie de Montpellier, deux lycées bloqués en Corse, sept dans l’académie de Nantes.

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même torchon même jour, un autre article sur le sujet

[…] Les blocages de lycées s’accompagnent de rassemblements, qui ont mobilisé quelques milliers de jeunes à Paris et en région: un gros millier de manifestants dans la capitale, même nombre à Rennes, 600 à Nancy et Angoulême, 300 à Auxerre, Dijon, Lyon, Nîmes, Montpellier, Mérignac etc, selon les chiffres de la police.
A Marseille, la manifestation s’est dispersée dans le calme en fin de matinée. Au pied du rectorat, une cinquantaine de jeunes se sont agenouillés mains derrière la nuque, en référence à l’interpellation controversée de 151 jeunes la semaine dernière près d’un lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines).
A Versailles, des centaines de lycéens venus de 4 établissements de Versailles ont manifesté à la mi-journée dans le calme, suivis de près par des véhicules de police. Sur le département des Yvelines, 15 jeunes ont été interpellés.
La situation était tendue dans quelques endroits en matinée: des voitures ont brûlé dans l’agglomération de Strasbourg et une équipe de France 3 a été prise à partie; un lycéen de 17 ans a été blessé par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) lors d’incidents devant un lycée de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Quelque 45 jeunes ont été interpellés sur le département. […]

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Les facs commencent à bloquer aussi

extraits du Parisien / lundi 10 décembre 2018

[…]A Nanterre, la quasi-totalité des bâtiments de la faculté sont ainsi bloqués depuis 6 heures ce matin à l’aide de chaises, tables ou de barrières. Des dizaines de bloqueurs formaient des piquets de grève devant chacun de ces bâtiments, empêchant professeurs et étudiants d’entrer. […]
A Paris, le centre Pierre Mendès France de Paris I, situé rue de Tolbiac, est pour le moment fermé. Une AG devait se tenir à 10 heures ce lundi. Le centre Sorbonne mère, situé en plein quartier latin, a été fermé par prévention par l’administration de l’université, qui craint un blocus.
Les cours à l’université de Rennes-2 sont totalement suspendus. […]
A Poitiers, le blocus de l’Hôtel Fumé, la faculté de sciences humaines et d’arts du centre de la ville, a repris ce matin. L’accès au bâtiment est néanmoins possible par une autre entrée. Une AG s’est tenue à 10 heures. […]

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Rennes : Les étudiants éjointent les lycéens et les poubelles s’enflamment

Ouest-France / mardi 11 décembre 2018

Le « Mardi noir » des lycées se poursuit à Rennes, ce mardi 11 décembre. Sur l’académie, le rectorat recensait ce matin 24 lycées touchés par le mouvement : 12 bloqués et 12 perturbés.
À 10 h 45, environ 200 lycéens ont rejoint les quais, à Rennes. Ils ont tenté de rejoindre le centre historique, mais les forces de l’ordre ont fermé les rues permettant d’y accéder.
Les troupes ont grossi en peu de temps. À 11 h, devant le métro République, au moins 500 jeunes manifestants avaient garni les troupes, avec quelques professeurs et étudiants de Rennes 2.  « On est surtout la pour accompagner le mouvement et faire en sorte que tout se passe bien » , explique ce professeur de Sciences Économiques et Sociales,  « car les élèves n’ont pas déclaré la manifestation en préfecture ».
La manifestation est ensuite partie de République. L’ambiance était calme. Direction place de Bretagne. Ils ont ensuite passé le mail Mitterrand, puis la route de Lorient. À 11 h 45, ils étaient à quelques pas du Roazhon Park.
Positionnés au croisement de Boulevard Marboeuf et de la route de Lorient. La circulation était fortement perturbée dans le secteur. Empêchés d’avancer par les forces de l’ordre, les manifestants – de moins en moins de lycéens, de plus en plus d’étudiants plus âgés, souvent masqués et cagoulés – ont ensuite disposé des poubelles au sol et lancé des fumigènes en direction des forces de l’ordre. Avant de repartir, via le boulevard Marboeuf, puis la rue de Saint-Brieuc. Et d’y être de nouveau bloqués par la police. L’ambiance calme du départ laisse peu à peu place à la tension. Aucune poubelle n’échappe à un passage au sol. Les manifestants ont lancé un feu de poubelle, sur la chaussée, devant le McDonald’s de Villejean. Ils ont ensuite pris la direction du campus de Rennes 2. Ils y ont également renversé et brûlé des poubelles. Les manifestants ont fini par se replier aux abords de l’université.

[NdAtt. : selon les journaux, une personnes aurait été interpellée parce qu’elle aurait jeté des projectiles sur les flics]

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Val-de-Marne : Affrontements avec les keufs

Le Parisien / mardi 11 décembre 2018

La situation a encore été tendue ce mardi matin devant quelques lycées du Val-de-Marne. Comme les jours derniers, de nouveaux incidents ont éclaté. 69 interpellations ont eu lieu. « Outre les caillassages, certains jeunes détenaient des objets incendiaires », assure un policier.
C’est encore une fois à Vincennes que des heurts ont éclaté. « Dès les premiers incidents, plusieurs jeunes ont été arrêtés », relève une source policière. Vers 10h30, le calme est revenu, a-t-on constaté sur place.
D’autres violences ont éclaté près du lycée Darius-Milhaud du Kremlin-Bicêtre mais aussi à Champigny et à Nogent. « Ce ne sont pas forcément les mêmes endroits que lundi », observe la même source.
À Limeil, devant le lycée Guillaume-Budé, les forces de l’ordre ont été la cible d’un caillassage. Selon des témoignages de lycéens recueillis sur place, lorsque la police a chargé et dispersé du gaz lacrymogène, les élèves se sont précipités pour rentrer. Dans la bousculade, une grille serait tombée sur des élèves, selon plusieurs lycéens. Des intrus ont aussi tenté d’escalader le portail. Un membre des équipes mobiles de sécurité, dépendant du rectorat, s’est légèrement blessé en trébuchant. Certains jeunes ont aussi été incommodés par les gaz lacrymogènes. A 11 heures, l’ordre était rétabli. […]

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Hauts-de-Seine : Bordel et plusieurs interpellations

extrait du Parisien / mardi 11 décembre 2018

Si la situation reste tendue, le nombre de lycées perturbés ce mardi matin dans les Hauts-de-Seine est moindre que la veille. Une petite dizaine d’établissements ont connu des incidents. Avec les habituels jets de projectiles, pétards et incendies de voitures. Vers 9 heures, la police avait déjà interpellé quelque six personnes en marge des incidents provoqués devant les établissements concernés, notamment dans le sud du département. En fin de journée, vingt-cinq personnes étaient en garde à vue.
Six d’entre elles ont été interpellés en marge des incidents aux abords du lycée Galilée, à Gennevilliers. La tension est montée tôt, avec des rassemblements de jeunes gens face à la police. Une voiture a été brûlée vers 8h30. Deux jeunes ont été arrêtés dans la foulée avec des objets destinés à briser les vitres et une bouteille de liquide inflammable. Et quatre autres un peu plus tard dans la journée.
Les personnels du lycée Galilée ont exercé leur droit de retrait. Dans un communiqué, ils se disent indignés par les «dérives policières » et évoquent notamment une interpellation houleuse, avec « usage massif de gaz lacrymogène et d’une grenade dispersante », mais aussi « des insultes » à l’égard des enseignants, et des «intimidations ».
Non loin de Gennevilliers, Clichy a connu quelques heurts devant le lycée René-Auffray, avec des dégradations de véhicules. Deux jeunes gens ont été arrêtés. Et à Nanterre, Joliot-Curie est resté sous tension. Comme le lycée Alexandre-Dumas de Saint-Cloud.
La majorité des lycées concernés par les violences ce mardi se trouve dans le sud du département. Il y a le lycée Jacques-Prévert à Boulogne-Billancourt, où deux jeunes ont été arrêtés dès le matin, l’un pour jet de projectiles, l’autre parce qu’il avait un bidon d’essence. Un troisième a été interpellé pour port d’arme ensuite. Mais aussi le lycée Eugène-Ionesco, à Issy-les-Moulineaux, avec l’arrestation d’un jeune homme pour jet de pétard. […]

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Yvelines : Les flics et le proviseur pris pur cible

Le Parisien / mardi 11 décembre 2018

Les forces de l’ordre ont procédé à 21 interpellations ce mardi en marge des rassemblements lycéens organisés dans le département. Des incidents ont éclaté à Montigny-le-Bretonneux, Trappes, Poissy et Conflans-Sainte-Honorine.
A Poissy, une bouteille d’acide a également été lancée contre les policiers. A Saint-Germain-en-Laye, le proviseur du lycée horticole a été touché par un jet de projectile. Trois personnes ont été interpellées. Les cours ont été fortement perturbés dans de nombreux lycées comme à Evariste-Galois, à Sartrouville, où beaucoup d’élèves n’ont pas rejoint leurs salles. Ils ont été dispersés par des policiers venus en nombre, compte tenu des incidents déjà relevés lundi.
Soixante lycéens notamment du lycée Jules-Ferry, à Versailles, ont manifesté dans la rue. Entre poubelles brûlées, arrêts de bus dégradé et jets de pavés sur les forces de l’ordre, six ont été interpellés. Après le déclenchement de l’alarme incendie, des élèves en ont profité pour sortir de l’enceinte scolaire et mettre le feu à deux poubelles impasse des gendarmes. Un feu allumé grâce à des briquets et des bouteilles de déodorant. Son auteur a été arrêté.
La police et les pompiers ont dû intervenir. « Ça aurait pu fortement dégénérer si les policiers n’avaient pas utilisé des boucliers pour obliger tout le monde à partir », rapporte Louca, 15 ans. « Les professeurs ont essayé de bloquer les élèves. De nombreux passants se sont fait bousculer », ajoute Ludivine, 15 ans.
A Poissy, quelques incidents ont eu lieu dans la matinée dans le périmètre du technoparc où se situe le lycée Charles-de-Gaulle. Près de 150 jeunes se sont positionnés devant les barrières de l’établissement afin d’empêcher les élèves d’aller en cours. Des sit-in ont eu lieu les différentes rues du pôle d’activités. Du coup un important dispositif de sécurité a été déployé par mesure de précaution. Les accès du technoparc ont été bouclés. Les dirigeants d’entreprise ont été invités à stationner leur véhicule à l’extérieur. « L’objectif était aussi d’empêcher les lycéens de s’installer sur la D 30 et de perturber la circulation », indique-t-on en mairie.

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Seine-et-Marne : Un mardi calme, à quelques exceptions près

extraits du Parisien / mardi 11 décembre 2018

[…]A Pontault-Combault et Roissy-en-Brie, des regroupements d’élèves ont été observés en début de matinée devant les lycées Camille-Claudel (Pontault-Combault) et Charles-le-Chauve (Roissy-en-Brie). A proximité de ce dernier, ils étaient encore près de 200 en fin de matinée à être rassemblés, chantant la Marseillaise ou des slogans réclamant la démission d’Emmanuel Macron. Aux quelques jets de projectiles, les policiers présents ont répondu par des gaz lacrymogènes.

A Moissy-Cramayel, des élèves ont mis le feu à des poubelles et à la grille du lycée la Mare-Carrée ce mardi matin. Des banderoles ont ensuite été accrochées, revendiquant un blocus total de l’établissement et leur opposition à la réforme du Bac et à ParcourSup.

A Combs-la-Ville, les policiers ont essuyé des jets de pierres et projectiles devant le lycée Galilée, répliquant par des tirs de gaz lacrymogène. Les heurts n’ont fait aucun blessé. […]

A Vaux-le-Pénil, un policier qui passait à cheval devant le lycée Simone Signoret a été agressé par un lycéen de 16 ans qui a jeté des pétards dans les jambes du cheval. Entraîné, celui-ci n’a pas bronché et n’a pas été blessé. L’ado a été mis en examen pour violences volontaires aggravées sur personne dépositaire de l’autorité publique [tiens, la police est antispéciste : NdAtt.]. Il sera jugé ultérieurement devant le tribunal des enfants.

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Nantes : Les lycéens prennent la rue, mais il y a 14 interpellations

Ouest-France / mardi 11 décembre 2018

Devant le lycée Nelson Mandela – Nantes

Les policiers ont interpellé 14 personnes, ce mardi 11 décembre, entre 7 h 20 et 12 h 30. Toutes ont participé aux rassemblements autour des quelques lycées encore bloqués pour protester contre la réforme du bac et Parcoursup.
Les manifestants interpellés sont âgés entre 15 et 17 ans. Ils sont soupçonnés, selon les cas, de jets de projectiles, violences volontaires sur des policiers, destruction de bien privé par incendie, participation à un attroupement armé et rébellion. Les lycéens grévistes sont désormais réunis dans le centre-ville de Nantes. Près de 200 personnes sont présentes.

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Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) : Bien équipés

Ouest-France / mardi 11 décembre 2018

Environ 400 lycéens ont manifesté ce mardi 11 décembre dans les rues de Saint-Brieuc. Lors de la mobilisation, les policiers ont constaté la présence de plusieurs groupes de jeunes mobiles, avec sacs à dos et le bas du visage dissimulé. Les forces de l’ordre ont procédé à deux interpellations. La première a eu lieu à 11 h 15 rue de la Corderie : dans le sac à dos d’un collégien de 15 ans, les policiers ont retrouvé de quoi fabriquer une bombe artisanale (une bouteille vide, une bouteille d’acide chlorhydrique, et de l’emballage en aluminium). Placé en garde à vue pour détention et transport de produit incendiaire [???], l’adolescent a été laissé libre, avec convocation devant le délégué du procureur pour un rappel de la loi. La seconde interpellation a eu lieu quelques instants plus tard rue Gustave-Eiffel. C’est cette fois-ci un lycéen de 19 ans qui a été contrôlé en possession d’un pistolet à impulsion électrique, d’une bombe lacrymogène et d’une grenade de peinture. Il a été placé en garde à vue pour participation à une manifestation armé et avec le visage dissimulé. Il sera aussi convoqué ultérieurement devant le délégué du procureur pour un rappel à la loi.

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Avignon : Les poubelles qui se lèvent tôt…

La Provence / mardi 11 décembre 2018

Dès 7 h 45, hier matin, une poubelle prenait feu à l’embranchement des rues Thiers et du pont Trouca dans le centre-ville d’Avignon. Même si certains élèves du lycée Pasteur situé à quelques dizaines de mètres seulement, ont ralenti un peu le pas et se sont attroupés pour assister à la scène, à 7 h 55, ils étaient tous tranquillement en classe. D’ailleurs, l’acte de vandalisme, tout comme ceux commis sur leur établissement, vendredi dernier, était le fait de jeunes n’étant pas scolarisés dans ce lycée [ça s’appelle « solidarité »; NdAtt.].
Une demi-heure avant la rentrée de 13 h 30, une poubelle a de nouveau pris feu au même emplacement : « J’ai immédiatement appelé la police, explique le chef d’établissement, qui était sur le trottoir de la rue Thiers et s’inquiétait de la sécurité de ses élèves. Ça fait deux poubelles en feu depuis ce matin, mais c’est quand même moins grave que vendredi (lire notre édition de samedi, Ndlr). À force de secouer nos grilles, certaines se sont désolidarisées du sol. Ils ont également détruit une partie de nos caméras de surveillance« .
Mais finalement, à Avignon, c’est entre ces deux épisodes, en fin de matinée, que l’ambiance a été la plus chaude. En effet, quelques échauffourées ont éclaté du côté du lycée Philippe de Girard. C’est plus exactement au carrefour où la rocade traverse la route de Tarascon que quelques échanges virulents ont eu lieu entre des lycéens, des perturbateurs venus d’ailleurs et les forces de l’ordre.
Dans la matinée, des poubelles ont été jetées sur la voie publique et les forces de l’ordre se sont rendues sur place dans cette zone où la circulation est particulièrement dense. Ce ne sont pas moins d’une vingtaine de policiers et de gendarmes mobiles en tenue antiémeute, qui se sont placés en face des perturbateurs. « Nous n’avons pas eu à charger avant que les groupes ne se dispersent et partent plutôt vers la ville mais nous avons reçu des pierres pendant plusieurs minutes« , confie un policier. Lors de ces échanges, cependant, cinq interpellations ont quand même eu lieu.

Hier à Cavaillon, Avignon et Orange, les mouvements lycéens ont une nouvelle fois donné lieu à des débordements. Dans la cité cavare, les élèves ont été consignés à l’intérieur du lycée Ismaël Dauphin après des tirs de projectiles sur les forces de l’ordre. Au lycée professionnel Alexandre-Dumas le face-à-face avec les forces de l’ordre a débuté très tôt. À 8 heures, des manifestants interdisaient l’accès à l’établissement. La tension est ensuite montée d’un cran, les lycéens jetant des pierres sur des policiers répondant par des charges successives. Un jeune homme qui avait été interpellé la semaine dernière et mis en examen pour des jets de pierres a été arrêté de nouveau hier matin pour les mêmes faits. Le mis en cause âgé de 16 ans a été remis à ses parents. Un autre adolescent a été interpellé un peu plus tard pour les mêmes faits, placé en garde à vue puis laissé libre. Avignon, dès hier matin, des feux de poubelles ont éclaté devant les établissements publics et privés : René Char, Maria Casarès, Aubanel, Pasteur, Saint-Jo… Les lycéens du centre-ville se sont succédé sur le terrain des violences urbaines gratuites. Comme depuis la semaine passée, c’est à nouveau devant le campus des sciences et techniques, avenue de Tarascon, que des affrontements se sont produits entre les forces de l’ordre et des lycéens, rejoints par des casseurs. Au total, à Avignon, les policiers ont procédé à l’interpellation de plusieurs personnes dont 5 ont été placées en garde à vue pour des jets de pierres. La plupart sont des mineurs. L’un d’eux sera déféré afin d’être jugé en comparution immédiate demain. Les autres seront soit déférées devant le juge des enfants soit convoqués en vue d’une mise en examen. Enfin, à Orange, un adolescent a également été interpellé en marge des manifestations lycéennes.

Dès dimanche soir, le président de l’université d’Avignon Philippe Ellerkamp a annoncé, via un arrêté, la fermeture de l’établissement pour hier et jusqu’à nouvel ordre. Aujourd’hui, les locaux resteront fermés et tous les cours et examens sont annulés. Les deux campus Hannah Arendt et Agroparc sont concernés.

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Oise : Gazages, voitures cramées et 27 lycéens interpellés

extrait de France Info / mardi 11 décembre 2018

A Creil

Mardi 11 décembre, les lycéens de nombreux établissements picards sont descendus dans les rues. Dans l’Oise, il seraient environ 2 400 lycéens mobilisés dans tout le département. Selon la préfecture, huit personnes auraient été blessées – dont deux policiers – et les forces de l’ordres auraient procédé à vingt-sept interpellations.
Vers 11h30, selon le rectorat, la situation était encore particulièrement tendue dans les deux principales villes de l’Oise, Beauvais et Compiègne. Dans la ville chef-lieu, le rassemblement a débuté devant le lycée Félix-Faure et a dégénéré dans la matinée. Les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes pour contenir les manifestants et éviter qu’ils n’accèdent au centre-ville.
À Compiègne, le rassemblement a débuté devant le lycée Mireille-Grenet. Des dégradations ont été constatées sur du mobilier urbain, principalement des haies et abribus.
Des affrontements ont aussi eu lieu à Creil, dans le sud du département, où au moins quatre voitures ont pris feu et une cinquième a été renversée. Les lycéens de Jules-Uhry, devant lequel les voitures ont été dégradées, ont appelé au blocage.
En début de matinée, la compagnie de bus de l’agglomération du sud de l’Oise, le STAC, a annoncé qu’il suspendait son service. Celui-ci a repris autour de midi. Tout près de Creil, le lycée de Montataire a dû fermer ses portes ce lundi matin. Des débordements ont aussi été observés au lycée Marie-Curie de Nogent-sur-Oise.
Des points de tensions ont été observés également à Clermont-de-l’Oise, Chantilly et Senlis. Dans cette dernière ville, le lycée Hugues-Capet a fait part de sa sollidarité avec le mouvement étudiant. Dans un communiqué, l’établissement affiche les mêmes revendications que les lycéens : il appelle notamment à l’arrêt immédiat « des violences à l’encontre des des lycéens », au « retrait de la plateforme Parcoursup », « la création de postes d’enseignants-chercheurs pour accueillir tous les bacheliers » et à « l’annulation de la réformer du lycée et du baccalauréat ».
Toujours selon le lycée Hugues-Capet, « les réformes à l’oeuvre vont (…) dans le sens de l’accentuation des inégalités et de la concurrence entre les élèves, les établissements et les académies. »
La fédération départementale du FSU appelle lui aussi au retrait de Parcoursup et condamne les violences, mais aussi les « gardes à vue, déferrements devant la Justice des mineurs« . Selon le syndicat, « le gouvernement ne peut pas ainsi traiter la jeunesse » et souhaite la tenue de discussions entre le gouvernement et les organisations de jeunesse pour trouver « une réponse politique ».
Contrairement aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, aucun bus n’a été incendié à Chantilly. Selon le rectorat, la situation a été maîtrisée vers midi et la mobilisation a été relativement calme dans l’après-midi. […]
Contrairement aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, aucun bus n’a été incendié à Chantilly [dommage, ça sera pour la prochaine fois; NdAtt.]. Selon le rectorat, la situation a été maîtrisée vers midi et la mobilisation a été relativement calme dans l’après-midi. […]

 

A Nogent-sur-Oise

Comment les lycéens de Compiègne résolvent le problème de la hausse du prix du carburant.

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A Dijon : 200 lycéens, selon le Bien Public, ont manifesté dans le calme. Elles et ils étaient 1000 respectivement à Besançon et Nancy, selon, l’Est Républicain.

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Lundi 10 décembre

Vincennes (Val-de-Marne) : La gare RER devient un champ de bataille

Le Parisien / lundi 10 décembre 2018

Un champ de bataille : voilà à quoi ressemblaient les alentours de la gare RER de Vincennes, ce lundi matin après les violents affrontements qui ont opposé des lycéens et des jeunes, cagoulés ou encapuchonnés, aux forces de l’ordre. Entre la voiture retournée, les poubelles brûlées, les dizaines de pierres jetées sur les policiers, et des commerçants clouant à la hâte des planches de bois sur leurs vitrines… La scène avait quelque chose d’inédit dans ce quartier ordinairement très calme.
« Ça a commencé dès 7 h 30 à Hector-Berlioz, où des poubelles ont servi de barrières mais aussi à l’école du bâtiment et des travaux publics, située non loin. Là, des poubelles ont été brûlées et les pompiers ont dû intervenir très tôt, explique le cabinet du maire. Puis ça s’est propagé au lycée Jean-Moulin peu après. »
Selon plusieurs riverains, il n’était guère question de revendication politique : « Les ados jouaient à cache-cache avec les flics, les filles prenaient des selfies devant la voiture renversée en riant et disaient : « Eh, Madame, on va vous la remettre droite », détaille, avec beaucoup de détachement, la propriétaire du véhicule.
A l’inverse, l’une de ses voisines a eu la frousse de sa vie après que des cartouches de gaz lacrymogène sont tombés dans son jardin… « Je ne voyais plus rien, il y avait un immense nuage de gaz », soupire-t-elle.
Elle a eu particulièrement « peur » lorsqu’elle s’est rendu compte que plusieurs jeunes « le visage masqué », avait « des bouteilles d’alcool à brûler ou d’essence à la main ». Plusieurs adolescents, encore excités par l’agitation, raconte, avec une pointe de fierté, « les tirs de flash-ball et les interpellations des copains ». Preuve du désordre ambiant, un élève s’est même blessé à la main en retirant un fumigène jeté dans la voiture retournée dans le but de la brûler. Plusieurs sources confirment « une situation compliquée jusqu’à 10 h 30 pour les forces de l’ordre, car pas assez nombreuses avant l’arrivée de renforts », et ce, malgré trois interpellations.
Plus inquiétant, un couple riverain du lycée Jean-Moulin a déposé plainte dans l’après-midi. Il accuse un jeune de les avoir frappés puis aspergé d’essence. La raison ? Une simple photographie [une preuve pour charger des gens, plutôt; NdAtt.] de poubelle brûlée. La maire, Charlotte Libert-Albanel (UDI), a annoncé qu’elle restait « avec les forces de police […] vigilantes sur l’évolution de la situation ».

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Val-de-Marne : « C’était Bagdad »

Le Parisien / lundi 10 décembre 2018

[…]De nouveaux incidents ont éclaté ce lundi matin devant ou à proximité des lycées du Val-de-Marne. Selon nos informations, une soixantaine de personnes ont été interpellées. Quasiment autant que vendredi dernier. Une demi-douzaine de policiers ont été blessés. La situation s’est calmée dans tout le département vers midi.
Les forces de l’ordre ont dû faire face à des caillassages, des feux de poubelles, ou encore des blocages de rues. « Mais nous étions mieux organisés, assure une source policière. Nous avons pu bénéficier du renfort de gendarmes mobiles ».

Les heurts les plus violents auraient éclaté à Créteil et à Vincennes (où ont été blessés la majorité des policiers, visés par des jets de pierres). « C’était Bagdad, relate un lycéen. Une voiture a été renversée, des feux de poubelle allumés, et les policiers ont répliqué avec beaucoup de gaz lacrymogène ainsi que des tirs de flash-ball. »
Sur consignes de la police, le chef de l’établissement a ensuite fermé les portes de l’établissement jusqu’en milieu d’après-midi. Pour plusieurs commerçants, « certains jeunes qui participaient aux émeutes venaient d’ailleurs, d’autres lycées, d’autres quartiers ».
Mais si ces violences gratuites ont été impressionnantes, les premiers incidents sont survenus tôt le matin près du lycée Darius-Milhaud au Kremlin-Bicêtre. « D’abord c’était devant l’établissement, retrace un policier, puis le groupe s’est déplacé. L’établissement n’a pas été bloqué. » Deux véhicules ont été incendiés et un autre renversé. Les fonctionnaires ont été caillassés. Quatre personnes ont été interpellées et un élève a été touché à la poitrine par un tir du flash-ball. Un élu (FG), Ibrahima Traoré, affirme avoir été victime de violences. « Des CRS ont tenté de me faire une clé de bras alors que j’avais mon écharpe », affirme-t-il. Dans un communiqué, les élus communistes du département ont dénoncé « des violences inexcusables » et réclamé « la retenue des forces de police municipale et nationale ».
A 7 heures, le lycée Champlain, de Chennevières, a été bloqué. Au départ tout se passait bien puis la situation s’est tendue. « Un groupe de 30 à 50 casseurs nous a chargés à deux reprises, souffle un policier. Nous les avons repoussés. Puis ils ont brûlé des poubelles dans le quartier Clément-Ader où nous avons essuyé des jets de projectiles. Ils ont tenté de nous attirer vers le Bois-l’Abbé. » Les forces de l’ordre sont parvenues à interpeller trois personnes.
Toujours selon nos informations, des tentatives de pillage auraient eu lieu à Champigny mais l’intervention des policiers aurait permis d’y couper court. A Champigny toujours, des enseignants des lycées Louise-Michel et Langevin-Wallon estiment que « c’est la présence policière qui a été la principale source de tensions » près de ces établissements où des lycéens manifestaient, notamment contre Parcoursup.
A Maisons-Alfort, des heurts ont également éclaté. « Des barricades ont été mises en place sur la RN6 », glisse un policier.
A Villeneuve-Saint-Georges, des poubelles ont été brûlées près du lycée Arago. « Le groupe s’est ensuite rendu avenue de l’Europe où nous avons été caillassés pendant deux heures, témoigne un policier. Ils nous balançaient tout ce qu’ils pouvaient. On a répliqué à la lacrymogène. » Deux personnes ont été interpellées.
À Thiais, devant Apollinaire, un petit groupe de parents s’était mobilisé pour encadrer les élèves. Cela a dissuadé les jeunes de bloquer le lycée, ils sont tous rentrés à 8 heures. Mais un groupe a surgi peu après. Des tirs de mortier ont été constatés.
Des incidents auraient également été constatés à Nogent-sur-Marne et à Saint-Maur.
A Fontenay, les lycéens de Pablo-Picasso ont formé une chaîne humaine pour bloquer l’entrée du lycée, après que la police leur a confisqué du matériel pour former un blocage. Selon des témoins, ils se seraient fait gazer et auraient subi des tirs de flash-ball et de grenades de désencerclement.
A Vitry-sur-Seine, le lycée Jean-Macé était bloqué ce lundi matin, tandis qu’une tentative avait lieu à Camille-Claudel.
Selon le rectorat, « seuls cinq établissements ont été totalement ou partiellement bloqués ».

A Creteil

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Seine-Saint-Denis : Ça chauffe, les syndicats défendent la paix sociale et les élus racolent

Le Parisien / lundi 10 décembre 2018

La mobilisation des lycéens s’est poursuivie, ce lundi en Seine-Saint-Denis. « La situation est cependant moins compliquée et difficile qu’elle ne l’a été jeudi et vendredi derniers », note Radouane M’Hamdi, secrétaire départemental du SNPDEN UNSA 93, le syndicat des personnels de direction de l’Education nationale, en se fiant aux remontées du terrain.
Dans le bilan dressé par la préfecture, les policiers ont procédé à quarante interpellations, dont 32 ont conduit à un placement en garde à vue. Il n’y a pas eu de blessés. Côté dégâts matériels, en plus des feux de poubelles, neuf véhicules ont été brûlés.
Selon le rectorat, douze lycées du département ont directement été affectés par le mouvement : neuf ont été bloqués physiquement, avec du matériel et trois autres ont fait l’objet de filtrages. Pour calmer les esprits, les cours ont été suspendus jusqu’en début d’après-midi dans deux lycées. Les secteurs les plus touchés par les tensions sont Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, Aulnay et le Blanc-Mesnil.
A Aubervilliers, des petits groupes de jeunes gens mobiles se sont semblent-ils déplacés d’un établissement scolaire à l’autre, compliquant la situation. Les tensions ont particulièrement été fortes aux abords du lycée d’Alembert et du collège Diderot, installé tout à proximité.
Selon le syndicat enseignant SNES-FSU 93, « les professeurs et les élèves ont été mis en danger à la fois par des jets de projectiles des manifestants et par les grenades lacrymogènes et les nombreuses charges policières ».
Selon d’autres témoins, une rixe aurait également éclaté sur la voie publique. Des passants ont dû être mis en sécurité dans l’établissement et certaines personnes qui ont assisté aux violences indiquent qu’un membre de l’équipe éducative du collège a été repoussé par un policier tenant un bouclier. Le SNES-FSU a demandé que les deux établissements restent fermés ce mardi.
A Saint-Ouen, l’entrée d’Auguste-Blanqui a fait l’objet d’un blocus éclair. En quelques secondes, des conteneurs à ordures ont été poussés vers 10 heures, au milieu de la rue Charles-Schmidt puis incendiés. Des détonations liées à l’aspersion d’essence sur les poubelles, afin d’amorcer les flammes, ont été saluées par les cris des élèves. Après une tentative d’arrêt de la circulation, le calme est revenu.
Au lycée Paul-Eluard, à Saint-Denis, les cours ont été suspendus jusqu’en début d’après-midi. Dans la matinée, des jeunes ont « formé une chaîne humaine avant de monter une petite barricade devant l’établissement », d’après un témoin. Des jets de pétards ont également eu lieu. […]

Certains élus ont de leur côté choisi d’aller discuter avec les élèves et les professeurs, comme la maire socialiste de Bondy, Sylvine Thomassin au lycée Renoir et la députée (FI) de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain, qui a rencontré des enseignants du lycée Léonard-de-Vinci, à Tremblay-en-France.

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Nantes : Du bordel devant les lycées

Ouest-France / lundi 10 décembre 2018

La situation était très tendue au lycée Nelson-Mandela, sur l’île de Nantes, ce matin. A partir de 10 h, une centaine d’élèves se sont rassemblés devant l’établissement. Parmi eux, seule une trentaine a cherché l’affrontement avec les forces de l’ordre. Des cailloux ont été jetés sur l’une des grilles de l’entrée du lycée, près du jardin des cinq-sens. Des feux de poubelles ont été allumés avec des produits inflammables, style déodorant. À chaque petite explosion, les jeunes poussaient des cris de satisfaction. Une voiture a également été vandalisée. Les policiers ont répliqué par des jets de grenades lacrymogènes pour disperser les jeunes gens.
Vers 11 h 20, les forces de l’ordre ont pu disperser et éloigner les jeunes du lycée, en direction de la rue Gaëtan-Rondeau, où des voitures circulaient encore dans les deux sens. Les pompiers sont arrivés sur place afin d’éteindre les feux de poubelles : l’un avait été allumé devant une école maternelle du quartier. Le calme n’est revenu dans le quartier que vers 12 h 30.
Les cours ont été suspendus le matin, a annoncé la proviseur de Nelson-Mandela. D’autre part, l’internat de l’établissement ferme également ses portes de manière temporaire. Les internes de l’établissement ont été renvoyés dans leur famille d’accueil ce lundi et mardi 11.
Tous ces blocages ont eu des répercussions sur la circulation des transports en commun dans l’agglomération nantaise. Sur Facebook, la Tan informait que des lignes de bus étaient déviées.
Deux établissements ont décidé de fermer leurs portes ce lundi : le Conservatoire ainsi que l’école de danse la Passerelle. Les élèves, rencontrés sur place, s’estiment victimes collatérales de cette mobilisation lycéenne.
Les élèves du lycée des Bourdonnières, au sud de Nantes, ont bloqué les entrées, ce lundi, avant le début des cours à 8 h. Ils protestent contre Parcours sup et pour soutenir les Gilets jaunes. «  En tant qu’étudiants, on ne peut pas faire grève, alors le seul moyen qu’on a, c’est de bloquer. » Malgré les AG organisées en amont et la volonté d’un mouvement pacifiste, des personnes ont brûlé des poubelles devant l’entrée F du lycée. L’entrée A, la principale, est condamnée par des chariots, des poubelles et des pancartes. Le lycée est fermé pour la journée.

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Sartrouville (Yvelines) : Deux bleus blessés

Le Parisien / lundi 10 décembre 2018

[…] Dès 8 h 30, des heurts ont éclaté aux abords du lycée Jules-Verne avant que de nouveaux incidents soient signalés dans la foulée devant le lycée Evariste-Gallois. Bilan après environ une heure et demie de face-à-face avec les policiers : une poubelle incendiée et des véhicules endommagés dont deux voitures retournées au niveau de l’avenue de Tobrouk. Deux policiers municipaux ont également été blessés et transportés vers des hôpitaux du secteur pour y subir des examens.
Du côté de la ville, on évoque la présence de « groupes d’individus non lycéens et étrangers à la ville », lesquels auraient été à l’origine des affrontements. « Ces bandes se sont déplacées avec la volonté de nuire mais grâce à notre système de vidéosurveillance, la police a su réagir très rapidement et protéger les établissements », réagit Pierre Fond, le maire LR de Sartrouville en disant déplorer « le comportement violent de ces groupes manifestement venus pour s’en prendre aux enseignants, aux biens des riverains et aux forces de l’ordre ». Vers 10 heures, le calme était revenu aux abords des deux établissements, qui bien que restés ouverts, avaient été désertés par une grande partie des élèves. « Des gens d’un peu partout ont convergé par ici car le mot d’ordre avait été donné sur les réseaux sociaux », témoigne un surveillant du lycée Evariste-Gallois […]

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Rosez : Mal disciplinés

La Dépêche du Midi / mardi 11 décembre 2018

Pas de mouvement lycéen sur Rodez ce mardi 11 décembre. Mais la veille, lundi, plusieurs dizaines d’élèves du lycée Monteil ont entrepris dès le matin de sillonner les rues de la ville. Tout en étant discrètement suivis par la police, chargée de gérer leurs déplacements hasardeux dans les rues et au cœur de la circulation.
Un petit groupe s’est montré particulièrement mal discipliné à l’angle de la rue Raynal et de la rue Béteille. Trois élèves de seconde ont en effet entrepris de mettre le feu, à l’aide d’une bouteille de « White Spirit » (dissolvant très inflammable), au contenu d’un conteneur à poubelles, ce qui a nécessité l’intervention rapide des sapeurs-pompiers. La même opération s’est reproduite rue Camonil en milieu de matinée : une autre poubelle a été la proie des flammes. Ces trois élèves, mineurs, ont été à ce moment-là interpellés en flagrant délit par les policiers ruthénois qui les ont placés en garde à vue. Celui qui transportait le « White Spirit » en a été quitte pour un rappel à la loi. Ses deux autres camarades n’ont été remis en liberté qu’en fin de journée et seront convoqués prochainement devant le juge des enfants.

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Oise : Les lycéens vont chercher les flics chez eux

Le Parisien / lundi 10 décembre 2018

La journée s’annonce à nouveau tendue, dans l’Oise, ce lundi. Environ 800 lycéens beauvaisiens se dirigent actuellement vers le centre-ville pour manifester. De nombreux policiers sont toutefois mobilisés pour les en empêcher et bloquent le pont de Paris, faisant usage par moments de gaz lacrymogène. Déjà cinq interpellations ont eu lieu. D’autres devaient suivre.

Les commerces semblent de leur côté avoir pris les devants. Ainsi, le centre commercial Jeu-de-Paume n’ouvrira pas ses portes aujourd’hui. Un appel relayé au sein des commerçants pour laisser les rideaux fermés semble d’ailleurs avoir été relayé.

A Compiègne aussi, des manifestations sont en cours, de la part de lycéens. Avec là aussi des débordements, entre abribus détruits et feux de poubelles. Trois interpellations ont eu lieu alors que les adolescents tentaient d’entrer dans le lycée privé Jean-Paul II.

A Creil, des violences ont également eu lieu, avec deux voitures brûlées devant le lycée Jules-Uhry. Un gros attroupement était en cours, à 10 heures. Un important dispositif policier a été déployé, avec tirs de flash-ball et de fumigènes. Les lycéens ainsi dispersés se réfugient dans les rues attenantes. Les bus de la ville ont été détournés.

Dans la ville voisine de Nogent-sur-Oise, des débordements ont également été constatés devant le lycée Marie-Curie. Puis une tentative d’intrusion a eu lieu dans les locaux de la police nationale, avenue Saint-Exupéry. Elle a été vite maîtrisée. […]

Alertés dès dimanche des mouvements lycéens prévus ce lundi par le biais des réseaux sociaux, la FDSEA 60 et les Jeunes agriculteurs [qui sont mobilisé, eux, « contre la pression fiscale et pour une meilleure rémunération des agriculteurs », tiens!] ont décidé d’annuler les cortèges de tracteurs prévus à Beauvais et Compiègne dans la matinée. « Un tracteur, c’est lourd et dangereux, indique Guillaume Chartier, président de la FDSEA. Nous ne pouvions pas nous permettre de prendre le risque avec des étudiants non encadrés qui manifestent. » Les réunions prévues ce jour avec les autorités, afin d’évoquer les difficultés de la profession, sont toutefois maintenues.

A Creil

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Piqûre de rappel: il n’y a pas que les syndicats CGT, Sud, agriculteurs, qui essayent de canaliser les lycéens pour maintenir la paix sociale ou pour leurs fins politiques. Rouge et jaunes, même combat ?

Saint-Malo : quand les jaunes encadrent les jeunes

extrait de Ouest-France / lundi 3 décembre 2018

ils sont partis vers 10 h 30 du lycée Maupertuis, puis ont rejoint deux du lycée Jacques-Cartier. Ensemble, ils étaient plus nombreux – une centaine au total – à manifester dans les rues de Saint-Malo, direction les Rimains, cette fois-ci, où, à 13 h 50, ils étaient encore une soixantaine à scander  » Macron, démission !  » devant les grilles du lycée. Leurs mécontentements,  » Parcoursup, la réforme du bac et des lycées. Montrer aussi que les lycéens soutiennent la cause des Gilets jaunes ».
Alors que quelques lycéens faisaient part de leurs intentions,  » continuer jusqu’à Intra-Muros pour aller chercher ceux de la Providence et de l’Institution », les cinq gilets jaunes qui les accompagnaient, venus là  » donner un coup de main à la police pour sécuriser le défilé » pensaient eux les raccompagner jusqu’à leurs lycées respectifs. […]

Gilets jaunes, acte IV : le jour d'après

Publié le 2018-12-12 08:21:04

Nombre d’interpellations, témoignages de personnes blessées par la police, et autres remarques suite à la manifestation du 8 décembre à Tours.



D’après la préfecture, 11 personnes ont été interpellées, et 7 étaient encore en garde-à-vue dimanche matin. C’est relativement peu au regard du nombre d’interpellations survenues au niveau national : le ministère de l’Intérieur en annonçait près de 2 000, dont 1 082 à Paris.

D’après La Nouvelle République, la préfète avait mobilisé environ 200 policiers et à peu près autant de gendarmes, départementaux ou mobiles. 21 personnes auraient été blessées, mais c’est probablement une estimation basse.

Violences policières

Un certain nombre de personnes ont dû subir la brutalité policière. Une vidéo publiée sur Twitter montre un homme seul, les bras levés, face à une ligne de flics positionnés en travers de la rue Nationale ; alors qu’il n’est qu’à quelques mètres d’eux, il est atteint par un tir de LBD40 qui le fait chuter, et il est pris en charge par d’autres gilets jaunes qui tentent de le mettre à l’abri.

Autre témoignage, celui d’un journaliste de TVTours, qui raconte comment il a été insulté et visé par un tir de LBD alors qu’il se baladait :

Il a écopé de deux jours d’arrêt de travail après un passage au CHU de Tours et a effectué un signalement auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Un autre journaliste, qui couvrait la manifestation, affirme avoir été délibérément ciblé par des tirs de LBD40 à quatre reprises.

Un lecteur nous envoie le témoignage suivant :

J’étais sur Tours lors de la marche pour le climat samedi 8 et suite à la charge des CRS sur la place de la préfecture je suis allé rejoindre des amis à Jean Jaurès. Suite à ça je me suis fait tirer comme un lapin en tête de cortège alors que je n’étais pas violent ! Je me suis pris deux tirs de flashball, le premier dans le tibia qui m’a valu trois heures aux urgences et trois points de suture avec une plaie allant jusqu’à l’os ! Suite au premier tir je me suis immédiatement mis de dos pour me protéger et à ce moment-ci, dans un intervalle de dix secondes, je me suis pris un second tir au niveau de la fesse droite, j’imagine très bien ce qu’il aurait pu m’arriver si je ne m’étais pas retourné vu le lieu d’impact !

Remarques en vrac

Un certain nombre de militants d’extrême-droite ont été aperçus dans la manifestation, la vigilance reste de mise.

Il est très probable que deux flics de la BAC aient infiltré le groupe qui a descendu l’avenue de Grammont sous les tirs de lacrymo : deux types masqués, l’un au moins portant une casquette, toujours l’un à côté de l’autre, un peu en retrait, et filmant plus ou moins discrètement les manifestant-es plutôt que la police.

C’est peu dire que les rares dégradations commises contre le mobilier urbain ou quelques vitrines n’ont pas fait consensus parmi les manifestant-es : les arbres en pot au pied de l’hôtel de ville, que certain-es ont fait tomber deux fois, ont été relevés par d’autres ; il y a failli y avoir une baston entre manifestant-es après le bris d’une vitre de voiture avenue de Grammont.

Un obscur membre d’un obscur parti radical de gauche attribue une partie des débordements aux « anarchos -révolutionnaires » (sic) qu’il associe à La Rotative. C’est tellement con que ça ne mérite pas de réponse, mais suffisamment drôle pour être évoqué ici.

[GJ Acte IV] Brouillard et possibles

Publié le 2018-12-12 08:22:05

Pour le quatrième samedi consécutif, les gilets jaunes ont pris la rue hier après-midi. Après les émeutes historiques du 1er décembre, tous les regards étaient tournés vers cette nouvelle manifestation, qu’on attendait décisive.
Si le 1er décembre a été qualifié de pré-insurrectionnel, alors, est-ce que, vraiment, l’insurrection, serait pour samedi ? Le cours de piscine de dimanche matin aurait-il lieu comme toutes les semaines ? Dimanche matin aurait-il seulement lieu ?
Alors que les manifestations des semaines précédentes avaient toutes été marquées, d’une manière ou d’une autre par des débordements, des surgissements inattendus, celle-ci s’est déroulée comme une chorégraphie déjà rodée. On ne peut pas demander à l’histoire de se répéter infiniment.

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Macron on t’encule pas, la sodomie c’est entre ami·es

Malgré une bruine et avec un vent contre nous, il n’y avait pas moins de monde que la semaine dernière. Au début, il y a un regroupement place de la République, puis on se ballade, vers Darcy. Ce n’est pas très énervé, ce n’est pas non plus tout à fait déprimé. On attend le début des hostilités, le grand moment, l’étincelle où enfin, tout s’enflammera comme dans nos rêves les plus fous.
Mais on marche tranquillement, il pleut un peu, c’est pas désagréable. Arrivés place Darcy, une gêne se fait sentir. Un homme en empoigne un autre, devant les bacqueux qui se prennent encore pour des cow-boys virils sans se rendre compte de leur ridicule ontologique, et il l’enjoint à partir, sous prétexte qu’il est arabe, ou casseur, ou jeune, ou on ne sait quoi. Choc, malaise. La BAC sourit intérieurement. Et puis, derrière ça, il y a un bourré qui crie « Dieudonné président », ou quelqu’un qui accuse la mère de Macron de sucer des ours. Laissez les mamans sucer qui elles veulent !

Ce moment où l’on retire nos gilets jaunes

On a tombé le gilet samedi, et pas seulement parce que l’on n’aime pas la coupe et la couleur.

12 février 2022

Une question se pose : qu’est-ce qu’on fout là ? Ou comment être là ? Parce qu’on est plusieurs à se dire qu’on ne veut pas se battre aux côtés de personnes qui se comportent comme ça. Ni même avec. Encore moins pour. Il ne faudrait pas faire de l’opportunisme émeutier, ou par peur de rater le train de l’Histoire, devoir se tenir avec des gens qu’on déteste et contre lesquels on se bat.

Le gilet jaune pèse lourd sur les épaules d’un coup.
Une remarque remarquable, un homme portant un gilet jaune demande à un autre en criant « Il est où ton gilet jaune ? Hein ? T’es pas un gilet jaune ? » et l’autre qui lui montre son sac en criant aussi, un gilet jaune accroché dessus. C’est surréaliste.
Le cortège, les visages qui nous entourent, deviennent hostiles, la confiance s’effiloche.

Le Peuple n’existe pas. Il n’y a pas UN peuple, comme une force brute, préexistante, qui interviendrait dans l’Histoire en cette qualité. Si un peuple des Gilets Jaunes existe, c’est le surgissement qui le fait naître et qui le fait exister. Ce peuple des Gilets Jaunes est lui-même aussi divers que la population à partir de laquelle il se forme. Le gilet jaune n’est pas une base politique mais un attribut partagé. Nous sommes divers et sans forcément d’évidences communes. Pas de quoi s’en étonner, mais cela nous le confirme une fois de plus.
S’il y a une lutte des classes profonde indéniable, il est cruel de se dire que cette force qui habite ce mouvement n’exclut ni le racisme ni la misogynie. Pourquoi le peuple, comme aiment à le nommer les journaux, devrait forcément traiter Macron de pédé ? Et qu’est-ce qu’on fait, face à des individus qui sont juste des gros cons et à côté de qui on défile parce que nous aussi, on pense que la lutte des classes, c’est important ?

À propos des enculés

« Quelles sont tes relations avec ton trou du cul à part l’obligation de chier ? »

9 février 2019

Tolérer des remarques homophobes parce que ce sont des prolétaires qui les profèrent ? Parce que leur niveau d’éducation ne leur permettrait pas de se rendre compte de ce qu’ils disent contrairement aux éclairés des beaux quartiers ? Non. Nous n’excuserons pas les connards, qu’ils soient prolétaires ou non. Et en ce début de manif, il y en a eu. Et c’est souvent des mecs, sûrs de leur virilité.
Nous ne partirons pas. Nous ne pouvons pas rester dans ces conditions. Il est clair que nous ne voulons pas faire avec ces mots-là, ce vocabulaire ou ces actes de violence. C’est là, la limite à notre esprit de composition. Il faut arrêter de faire passer ces luttes APRÈS, parce qu’il y a une partie de l’histoire (#Marx) qui répète que les femmes et les pédés, on verra plus tard, que ces luttes sont moins importantes que les luttes sociales et qu’on règlera leurs problèmes de minorités après.
Après quoi, d’ailleurs ?
Après le Grand Soulèvement, bien sûr.
Après ce grand soulèvement généralisé du peuple.
Cette idée, ça fait longtemps qu’elle paraît désuète. Mais avec ces Gilets jaunes au nom rigolo et à la détermination de fer, on a cru de nouveau à quelque chose comme ça, sans vraiment y croire. Pas de naïveté quand-même, mais un petit soulèvement, comme ça, venu de nulle part. Chaque samedi, plus loin, plus fort et paf. Sauf que l’avantage de ce mouvement jusqu’alors était son caractère imprévisible. Maintenant, il est confronté à la question de la durée, la régularité de ces samedis, et qu’en faire, de cette régularité ? Comment on sait quand on vit un évènement de l’ordre du soulèvement ou de la répétition ? Qu’est-ce qui fait un soulèvement ? Et surtout, quels sont les points de bascule qui nous feraient nous dire que peut-être, il n’y aura pas de retour à une normale ? Après ce samedi, la possibilité d’une force qui enfle et gronde semble moins palpable, peut-être parce que les répétitions tendent à faire décroître un sentiment d’intensité. Peut-être parce qu’il faut garder l’ingouvernabilité des surgissements passés pour ne pas devenir routinier du samedi et de formes qui très vite se rôdent. La bataille finale est une fiction et logiquement ce samedi ne l’était pas. Mais c’est très bien, parce que notre arme, c’est le temps.

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Le casseur c’est ta sœur

Depuis les premières manifestations dijonnaises, une obsession se détache. Les Gilets Jaunes ont presque systématiquement été à la gare pour occuper les voies, dans la rue de la Liberté pour perturber le samedi shopping des consommateurs, ou devant la mairie pour interpeller les représentants du pouvoir local. Tout cela pour finir, immanquablement, par aller s’écraser sur les lignes de flics qui gardent la préfecture, attirés là comme des moucherons sur une lampe anti-moustique.
Ce samedi n’a pas dérogé à la règle, puisque après ce petit tour au centre-ville, le cortège s’est rapidement retrouvé, comme les semaines précédentes, à s’affronter avec les forces de l’ordre dans les rues avoisinant la Préfecture.

Comme le 1er décembre, des affrontements ont duré plusieurs heures, avec une intensité rarement atteinte à Dijon. Mais cette fois-ci, le camp d’en face était mieux préparé. Pas vraiment de dispositif mobile comme annoncé, mais des grilles anti-émeute enlevant toute possibilité d’imaginer pouvoir atteindre la Préfecture. Et du gaz, et des flashball. Toujours plus de gaz et de flashball. Des personnes ont été touchées au front, aux testicules, dans le ventre, les jambes, et un jeune homme a eu la mâchoire brisée par une de ces balles en caoutchouc.

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D’autre part, ces affrontements avaient un goût de déjà-vu, de réchauffé, et perdaient ainsi beaucoup de la force symbolique qu’avaient pu avoir, samedi 1er, les voitures brûlées devant la Préfecture. Surtout, l’impossibilité de pouvoir réellement atteindre la préfecture a cantonné ces affrontements dans le domaine du symbolique.

Qu’est-ce que cette obsession d’aller attaquer la Préfecture nous dit du mouvement ? Si, de prime abord, cette volonté de se confronter directement, sans médiation, avec l’incarnation locale du gouvernement parait à la fois légitime et bien sentie, elle témoigne aussi de ce que la plupart des gens considèrent comme l’ennemi, ou au moins comme l’adversaire. Pour beaucoup l’ennemi c’est Macron, son gouvernement et rien d’autre. « Macron démission » est le mot d’ordre le plus partagé.
Ce samedi, à quelques mètres des affrontements devant la Préfecture un petit groupe de personnes tente de diversifier les cibles, notamment en s’en prenant au distributeur automatique d’une banque. D’autres manifestants interviennent alors : « ça sert à rien ce que vous faites, allez plutôt vous battre devant la Préfecture ».

Nous sommes face à un blocage. La Préfecture est manifestement inaccessible. Rendons-nous à l’évidence, on n’atteindra pas les bureaux du Préfet pour le mettre à genoux comme les policiers de Mantes-la-Jolie ont mis à genoux des lycéens révoltés. Pas pour le moment en tous cas. Le mouvement a besoin de se donner d’autres cibles, et celles-ci ne manquent pas. C’est une erreur de penser que le pouvoir se tient tout entier dans les institutions de l’État. Nos ennemis sont autant dans les banques ou dans les incarnations du capitalisme que dans les partis politiques ou dans les bureaux de Suquet [1]. La ville regorge de bâtiment et de dispositifs qui matérialisent l’injustice sociale et l’autoritarisme contre lesquels nous nous battons. Des actions moins centralisées autour de la place de la Rép et de la Préfecture pourraient être imaginées, contre les banques, les centres des impôts, la vidéosurveillance, les locaux de partis politiques, au premier rangs desquels ceux de LREM.
Nos pratiques sont diverses et c’est très bien comme ça. Certains sont strictement pacifistes, d’autres acceptent certains illégalismes mais pas la casse, et d’autres encore n’ont pas de soucis avec les destructions matérielles. Il y a déjà eu une force d’imagination stratégique pour cibler le pouvoir sous toutes ses formes durant le mois passé. Alors restons disruptifs et débordant·es et, samedi prochain, nous pourrons reprendre le dessus sur le dispositif de maintien de l’ordre !

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Noël n’aura pas lieu

Nous avons jusqu’ici été critiques avec la manifestation de ce samedi. Nous ne sommes pas les seuls à déplorer l’impasse dans laquelle cette manifestation s’est enfermée, en témoignent les nombreuses réactions à chaud sur les pages Facebook des Gilets Jaunes Dijonnais. Plusieurs éléments nous donnent cependant de l’espoir dans la suite de ce mouvement.
Comme après chaque manifestation, chacun tente d’estimer le nombre de manifestants présents, gonflant ou diminuant le résultat selon son orientation politique. On ne se risquera pas à cet exercice, mais on se contentera de dire que le nombre de manifestant·es est resté relativement élevé depuis la semaine dernière, à un niveau incroyable pour une ville comme Dijon.
Surtout, cette question du nombre nous paraît franchement incongrue et dérisoire devant la détermination des personnes à venir manifester malgré le climat anxiogène distillé par les médias et la Préfecture. Détermination aussi de la part de toutes celles et ceux qui se sont encore affronté·es avec les forces de l’ordre pendant des heures, malgré les tirs de flashball et les gaz.
Au fil des manifestations, les bons gestes se diffusent. De plus en plus de gens viennent avec les équipements adéquats (masque à gaz, lunettes de plongées, sérum physiologique, Maalox, etc.), des équipes médic s’organisent, et les déplacements sont plus assurés, le temps des envolées de moineaux à la moindre lacrymo est derrière nous. La pratique de l’émeute s’est manifestement banalisée, on ne peut que s’en réjouir. Quel que soit le destin de ce mouvement, cela laisse au moins présager de bonnes choses pour la suite (éventuelle) du mandat de Macron. Peut-être aussi que les fantasmes sur les « casseurs » nihilistes, infiltrés, et ultraviolents se dissiperont un peu, même si sur ce point le matraquage médiatique semblait faire son effet ce samedi.

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Enfin, cette manifestation a aussi été le théâtre d’une jonction dont on espère qu’elle aura une influence politique positive sur ce mouvement. On parle bien sûr de la fraternisation avec une partie de la marche pour le climat, qui avait lieu elle aussi ce samedi. D’abord prévue pour partir de la place du théâtre, la marche avait été transformée en rassemblement sur la place Wilson, sous la pression de la Préfecture [2]. À l’appel de participant·es de la marche, certains d’entre eux ont rejoint le cortège des gilets jaunes, en ajoutant du vert à leurs gilets fluos. Ce genre d’initiative ne peut que compliquer l’entreprise de récupération du mouvement par l’extrême-droite, et vient balayer les analyses selon lesquelles ce mouvement serait celui de ruraux forcément rétrogrades et anti-écologie.

Peut-être faut il laisser du temps pour qu’un imaginaire commun émerge de ce magma. Certain·es diront que si la Marseillaise est chantée, ce n’est pas que pour nous glacer les os, mais bien parce que c’est le seul chant connu par tous. Et même si nos os sont glacés, nous ne pouvons pas fuir. Il faut occuper les espaces de silence et chanter, ou écrire ce qui nous tient politiquement. Pour ne pas laisser ce terrain au sexisme, au racisme et à l’homophobie.
Certaines personnes diraient qu’il n’y a pas de révolution réussie sans les flics. On dira surtout qu’on ne criera pas « la police avec nous ». On dira surtout que la révolution ne se fera jamais sans femmes, pédés, ou personnes racisées [3].
Nous appelons toutes les personnes qui, comme nous, sont révoltées par ces actes sexistes, racistes, et homophobes à l’affirmer bien fort, sur leurs gilets ou sur des murs.

Et si l’approche des fêtes peut être un trou noir, un aspirateur de cette force qui se déploie, il y a tout de même des gilets jaunes qui se marient sur des péages. Et si Noël n’aura pas lieu, il nous reste tant de samedi à vivre, tant de samedi pour laisser émerger des imaginaires, en jeter d’autres dans le caniveau, et ne retenir de la Marseillaise qu’« aux armes, citoyennes. »

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Notes

[1Le commissariat de police de Dijon se trouve place Suquet

[2À Nancy, le président des Amis de la Terre et un membre du Mouvement pour une alternative non-violente, co-organisateurs de la marche, ont été placés en garde à vue pour ne pas avoir respecté un arrêté du Préfet. Voir sur Reporterre

[3« Le mot racisé désigne les personnes (noires, arabes, rroms, asiatiques, etc...) renvoyées à une appartenance (réelle ou supposée) à un groupe ayant subi un processus à la fois social et mental d’altérisation sur la base de la race. » Autrement dit les personnes subissant le racisme.

Ce moment où l’on retire nos gilets jaunes

Publié le 2018-12-12 08:25:05

Samedi 8 décembre, nouvelle journée de mobilisation des gilets jaunes à Dijon. On décide avec quelques copains, copines, d’y faire un tour. Depuis le début, on n’est pas à l’aise. Partout les mêmes questions se posent. Notre place là-dedans ? Est-ce que l’on n’est pas en train de soutenir l’insurrection qui mettra l’extrême-droite au pouvoir... ? Comment cohabite-t-on avec des propos qui nous gênent, nous choquent, nous blessent… ?
Malgré tout, pour la 1ère fois depuis le début de ce mouvement, on se dit qu’on va le mettre, ce fameux gilet jaune dont tout le monde parle.

Nous voilà donc place de la République, il est 13h. Tout·es sapé·es comme jamais avec nos gilets, on suit le mouvement.
On commence à bouger rue de la pref’, pas possible d’aller bien loin. Grilles anti-émeute, flicailles et commissaire Di Bartolo qui vit son heure de gloire, se la jouant cow-boy solitaire face aux manifestant·es mais bien protégé par ses pions juste derrière. Rien de bien étonnant.

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On remonte place Darcy. Arrivé·es là-bas, nouveau barrage de keuf, belle brochette de bacqeux prêts à en découdre. Bloqué·es, on fait face pendant un moment, regard de défi, provoc’ tranquille. Aucune insulte ne fuse, plutôt des trucs navrants, mais auxquels on s’est peu à peu habitué·es, genre « la police avec nous... »
Un jeune gars s’assoit sur une chaise à quelques mètres des bacqeux, il les fixe.
Un gros mec se pointe, sûr de lui dans son gilet jaune (hé oui, ça fait pas le même effet à tout le monde). Il prend à parti une clique de jeunes un peu plus bronzés que la moyenne à côté de nous, dont le gars sur la chaise, qu’il chope à la gorge violemment. Il lui balance salement « on veut pas de ta sale race ici, dégage ! ». « T’es pas un gilet jaune » (paye ton insulte)
Quelques personnes se mettent entre eux. Ils disent aux jeunes de partir pour que la situation se calme. Le jeune se tire, le facho reste, peu de personnes réagissent.
Visiblement le rapport de force au sein des manifestant·es a l’air d’inciter les gens à penser que le plus simple est de virer l’arabe plutôt que le facho vu l’ambiance dans le cortège. Un gars se met à pleurer, choqué par l’affichage de propos racistes sans aucun complexe. Trop sensible, diront ses potes.
La scène se déroule à moins d’un mètre de la BAC, on ne doute pas de leur jubilation intérieure. Les gens continuent à se friter quelques minutes autour de « il faut pas se friter entre manifestants ». Le facho est vite oublié, les jeunes gars sont bien loin... Le motif de l’embrouille, si grave qu’il est, n’est pas l’important. Le tout est de rester unis, coûte que coûte, fachos et gens raisonnables ensemble. Tous ensemble mais sans cette clique qui faisait tâche…

On part dans la foule avec des copines, ventre noué, cerveau en vrac, à la recherche de ce jeune. On veut prendre de ses nouvelles, voir s’il veut témoigner, lui exprimer du soutien... on se cogne à la Marseillaise, à des drapeaux français, à des « Dieudonné président », à des gars avec fleurs de lys, des drapeaux régionalistes... c’est un peu l’étouffement.
Boule dans la gorge, les larmes montent, ça sort pour certaines, ça rajoute de la rage dans le cœur pour d’autres. C’est trop, c’est le moment où l’on décide de l’enlever, ce gilet.
Les moments qui suivent, c’est la parano. On regarde chaque groupe avec suspicion. Peut-être c’est des fachos ? Sombre impression d’être au coude à coude avec des néo-nazis. Nos peurs planent au dessus de nous.
On se rappelle de ce gars la semaine dernière qui criait aux keufs « d’aller se faire enculer, on n’est pas des pédés, aller plutôt taper ces tapettes des Grésilles, eux ils sont pas français ! » ... dans une indifférence générale.
Moment banal, composition à l’extrême... certains camarades nous diront que les mots utilisés sont vidés de sens... Mais certains sont pour nous malgré tout remplis de nos histoires. Une de nos consolations aurait pu être de se sentir soutenues dans ces moments où c’est trop. Malheureusement on n’a pas eu et on a toujours pas l’assurance que, autour de nous, les gens auraient réagit en notre faveur si on avait interpellé celui qui aurait dit le mot de trop.

On ressort de ce samedi avec un goût amer en travers de la gorge. C’est sûr qu’on ne va pas aller faire la morale à chaque « enculé », c’est sûr qu’on ne changera pas les gens. Les seules idées qu’on ait eu dans ce grand bordel jaune c’est d’être là, d’apporter nos slogans, nos tags, nos affiches... de faire en sorte que ces gilets soit-disant apolitiques soient plus rouges et noirs que bleus marines.
Mais au lendemain de cet acte 4, malgré tout notre enthousiasme pour la révolte et l’insurrection, ce qu’il nous reste c’est un goût amer.

Des copines sans gilet jaune
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[Genève] L’OMC redécorée !

Publié le 2018-12-12 08:35:04

Cette nuit, 10 du mois de décembre, nous nous sommes attaqué·e·s au siège international de l’OMC à Genève, Organisation mondiale criminelle, symbole des accords entre les puissant·e·s, du libre échange frénétique, du productivisme destructeur, de l’impérialisme sournois, du capitalisme antisocial... Cette nuit, nous avons marqué leur façade insolente de rouge, rappelant ainsi le sang qu’iels font couler en toute impunité.



En Grèce, en Algerie, en Argentine et ailleurs, le 10 décembre a été déclaré jour de résistance contre le durcissement du capitalisme et des systèmes d’oppression. A Genève, siège de nombreuses multinationales climaticides, plaque tournante du négoce de matières premières, réservoir mondial d’argent taché de sang, les symboles d’oppression ne manquent pas.

Cette nuit, nous avons choisi l’OMC. L’organisation mondiale du commerce, ou plutôt l’organisation mondiale criminelle, héberge les réunions qui dictent les règles du jeu du système économique. Ici, tout n’est que marchandise et ressources consommables. Nourriture, pétrole, métaux, êtres humains ne sont que les composantes d’une équation dont le seul but est l’accumulation de capitaux. Les grattes-papiers représentants des multinationales, des États et des marchés financiers décident de la valeur du monde, de qui va vivre et de qui va mourir.

Lire la suite sur Renversé.co

Procès contre des anarchistes en belgique : la date est fixée.

Publié le 2018-12-12 17:30:03

De 2008 à 2014, l’État belge a mené une vaste enquête visant les luttes multi-formes – mais toujours en-dehors des sentiers battus – qui s’attaquaient aux centres fermés, aux frontières, aux prisons et ce monde basé sur l’autorité et l’exploitation. Dans son collimateur : la bibliothèque anarchiste Acrata, des publications anarchistes et anti-autoritaires (Hors Service, La Cavale et Tout doit partir), des dizaines de tracts et affiches, une bonne centaine d’actions, d’attaques et de sabotages… bref, la lutte contre le pouvoir sous ses différentes expressions.

Perquisitions, micros, caméras devant et à l’intérieur de domiciles, filatures, mises sur écoute, infiltrations,… ce ne sont pas les moyens d’investigation qui ont manqué. Et pourtant tout cela n’a à aucun moment permis de prouver l’existence d’un supposé « groupe terroriste anarchiste » qui n’existait que dans les schémas autoritaires des flics. Pas prêt à lâcher l’affaire pour autant, le parquet a donc dû revoir ses ambitions à la baisse, mais compte bien faire payer l’addition à quelqu’un malgré tout. C’est finalement sous l’inculpation plus malléable d’ « association de malfaiteurs » que 12 compagnons et compagnonnes seront renvoyés devant le tribunal correctionnel le 29 avril et les jours qui suivront.

Mais en fait, cela vise tout individu qui, dans sa lutte contre ce monde, part de l’auto-organisation, de l’action directe et de l’hostilité envers toute autorité. En cela, ce procès est une attaque répressive contre la lutte anti-autoritaire dans son ensemble, une attaque qui s’inscrit dans un contexte de répression toujours plus grande à l’encontre de tous les indésirables et révoltés, aux frontières comme dans les quartiers, sur les lieux de travail comme dans les prisons,…

Le 22 octobre 2018, les échéances pour la comédie judiciaire ont été fixées. Dans les mois qui viennent, la défense et l’accusation devront déposer leurs conclusions écrites concernant le dossier. {{Le procès débutera alors le 29 avril 2019 et est censé durer 4 jours. }}

Les inculpations retenues sont :

-# Avoir en qualité de provocateur, chef de bande ou pour y avoir exercé un commandement quelconque, fait partie d’une association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux biens par la perpétration de crimes et de délits. (Accusation visant 3 personnes)
-# Avoir fait partie d’une association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux biens par la perpétration de crimes et de délits, pendant des périodes plus ou moins longues (Accusation visant 9 personnes)
-# Tentative d’incendie contre le centre fermé de Steenokkerzeel lors de la manifestation sauvage du 21 janvier 2009 devant le centre fermé en question (Accusation visant 8 personnes)
-# Avoir commis une attaque ou avoir résisté avec violences ou menaces envers six policiers lors de la manifestation sauvage du 21 janvier 2009 devant le centre fermé de Steenokkerzeel (Accusation visant 8 personnes)
-# Menace d’un attentat contre les personnes ou les propriétés lors d’un lancement de feu d’artifice devant la prison de Forest le 4 octobre 2010 (Accusation visant 3 personnes)
-# Destruction des propriétés mobilières d’autrui lors d’une bagarre avec les chauffeurs de deux limousines à la sortie de la « Rencontre autour du livre subversif » du 15 octobre 2011, (Accusation visant 3 personnes)
-# Coups et blessures contre deux chauffeurs de limousine lors de cette même bagarre du 15 octobre 2011 (Accusation visant 3 personnes)
-# Avoir commis une attaque sur deux policiers ou leur avoir résisté avec violences ou menaces lors d’une manifestation sauvage à Anderlecht du 12 novembre 2010 (Accusation visant 2 personnes)
-# Coups et blessures sur un agent dans la nuit du 1 octobre 2010 (Accusation visant 1 personne)
-# Fabrication et transport d’armes, en l’occurrence des barres de fer, des fumigènes et des clous tordus, le 1 octobre 2010 et le 12 novembre 2010 (Accusation visant 4 personnes)
-# Graffitis à différentes occasions, avec la circonstance aggravante de « mobile de haine » (Accusation visant 7 personnes)
-# Entrave méchante à la circulation à plusieurs occasions (Accusation visant 4 personnes)
-# Avoir injurié des fonctionnaires européens, avec la circonstance aggravante de « mobile de haine » (Accusation visant 3 personnes)
-# S’être publiquement attribué le titre d’avocat honoraire (Accusation visant 2 personnes)

{{
Si se battre pour la liberté est un crime, l’innocence serait vraiment le pire de tout.}}

 

 

Pour replacer ce procès dans son contexte, nous vous renvoyons vers d’autres textes qui ont été écrits à l’occasion :
{{Sans relâche.}} A propos des récents coups répressifs contre les anarchistes et anti-autoritaires sur le territoire belge. (octobre 2013) [http://lalime.noblogs.org/post/2016/03/29/sans-relache-a-propos-des-recents-coups-repressifs-contre-les-anarchistes-et-anti-autoritaires-sur-le-territoire-belge/->http://lalime.noblogs.org/post/2016/03/29/sans-relache-a-propos-des-recents-coups-repressifs-contre-les-anarchistes-et-anti-autoritaires-sur-le-territoire-belge/]
À propos du procès anti-terroriste à venir contre des anarchistes et des anti-autoritaires en Belgique (avril 2016) [http://lalime.noblogs.org/files/2016/03/a-propos-du-proces-belgique.pdf
->http://lalime.noblogs.org/files/2016/03/a-propos-du-proces-belgique.pdf]

Puis, pour revenir un peu sur cette période-là, on peut recommander :
{{Tout doit partir}}. Pour la liquidation totale de ce qui nous détruit. Les numéros de ce journal sont consultables dans des différentes bibliothèques anti-autoritaires. On peut aussi les télécharger sur le net.
{{Brique par brique. }} Se battre contre la prison et son monde (Belgique 2006-2011). Paru aux éditions Tumult (tumult.noblogs.org)
{{Éclats de liberté.}} La lutte contre la construction d’un nouveau centre fermé pour clandestins à Steenokkerzeel (Belgique, 2009-2010). Paru aux éditions Tumult (tumult.noblogs.org)
{{Hors Service.}} Recueil de textes du journal anarchiste 2010-2014. Paru aux éditions Tumult (tumult.noblogs.org)

Fougères, France : Colle et silicone, l’art du sabotage silencieux et efficace – 8 décembre 2018

Publié le 2018-12-12 21:24:03

Dans la nuit du 7 au 8 décembre, une série de sabotage ont ciblé les institutions de la ville : banques, stations-service et sous-préfecture. A Fougères (Ille-et-Vilaine), les distributeurs automatiques de billets (DAB) de quasiment toutes les banques ont été sabotés. Pour ce faire, de la silicone et de la colle ont été introduites au niveau de la fente d’introduction des cartes bancaires. Par ailleurs à Lécousse (35), des dispositifs 24h/24 des stations-service du secteur ont également été mis hors-service sur le même procédé. Certaines banques ont pu réparer dans la matinée mais des distributeurs sont restés inutilisables.

Les « Gilets jaunes » n’ont mis que quelques heures pour se dissocier sur leur page Facebook : « Les gilets jaunes de Fougères condamnent fortement ces actes non commis par les gilets jaunes. On entend déjà des gens faisant l’amalgame avec nous. Nous y sommes pour rien et le condamnons »

Durant la même nuit, la sous-préfecture, avenue Mitterrand, a elle-aussi fait les frais de cette balade sauvage : des serrures de l’entrée principale, de l’entrée des personnels et de celle du public. L’interphone a également été détruit.

On apprend qu’à cette occasion deux hommes ont été interpellés par les flics.

[Reformulé de la presse]

Dublin, Irlande : Une nuit de sabotage contre les banques

Publié le 2018-12-12 21:25:04

En l’espace d’une nuit de décembre, il y a eu des actes de vandalisme contre des banques et des DABs. Trois banques ont eu leurs serrures engluées, deux banques se sont vu taguer le message « Logement pour tou.te.s » sur leur façade et trois distributeurs de billets sabotés à la glue. Ces actes ont été réalisés parallèlement à la lutte menée pour le logement à travers toute l’Irlande.

Ces actes n’étaient que des petits gestes de défi et de révolte contre cette société carcérale, visant à subvertir le spectacle capitaliste, ne serait-ce que quelques heures. Des actions comme celles-ci exposent les points de vulnérabilité du capitalisme.

Les réformes n’apporteront pas la libération, l’Etat n’accordera jamais la liberté. Les réformes pourraient rendre un peu plus agréable cette société carcérale, mais une prison reste une prison. A travers ses délires et sa lâcheté, la gauche a clairement échoué. Ce sont les partis et les syndicats qui trahissent et se font acheter à chaque fois.

Crève la gauche, crève la droite, crèvent tous les politiques !

Crève l’Etat !

Crèvent les proprios !

Pour une lutte sans chef, sans politicien.ne.s ni bureaucrates !

Feu à cette société carcérale !

[Traduit de l’anglais de Act for Freedom Now, 12.11.2018]

Témoignage subjectif d'une soirée parisienne le 8 décembre

Publié le 2018-12-12 21:31:04

De passage sur Paris à l’occasion de la 4e montée des gilets jaunes sur les Champs-élysées, je retiens principalement une soirée de justice sociale. La diversité des cortèges dans la capitale, la présence extra-ordinaire des flics autour des champs et aux alentours, la détermination des personnes présentes là où je me trouvais, tout cela a montré pour moi la force et la puissance des humain-es lorsqu’iels se révoltent et qu’iels sont solidaires.



Je propose ici un rapide témoignage de ce à quoi j’ai participé avec quelques copaines en début de soirée, ce samedi 8 décembre 2018.

Spontané, mobile et conscient

Aux alentours de 17h, nous avons quitté quelques copaines et moi la place de la République après une marche pour le climat en demi-teinte malgré quelques banderoles déter ayant pris la tête de la marche en forçant la main aux organisateurs-rices (alternatiba, notamment) et permettant, au cours de cette marche, un cortège de tête autrement plus conséquent politiquement que ce qui pouvait suivre. Tout est néanmoins resté très lisse et très sage.

On essaye de rejoindre les champs car des ami-es nous informent que ça continue de bagarrer. Evidemment, un nombre impressionnant de stations de métro sont fermées (ce qui était déjà le cas les deux samedi précédents, confirmant la victoire que constitue déjà cette rupture de la normalité dans les quartiers riches de Paris). On aboutit, après un peu de marche, à St-Lazare d’où était parti un beau cortège inter-luttes le matin même. Sur place, les personnes présentes n’ont visiblement pas l’intention d’abandonner le pavé face aux flics. Collectant ici et là quelques infos sur la localisation des flics, on rejoint les masses de personnes qui évoluent autour de la gare, alternant les moments de précipitation pour échapper aux lacrymos, aux charges de CRS ou à la BAC et les moments plus calme où on se demande où aller et que faire. J’ai n’ai aucune idée du nombre de personnes présentes à ce moment autour de nous ; plusieurs centaines, peut-être un ou deux milliers. Poussé-es par les lacrymos, un nombre important de personnes commence à remonter la rue de Rome le long de la gare st lazare. A ce moment, quelques personnes chopent des barrières de chantiers et les balancent en travers de la route ; un mouvement collectif prend et rapidement, nous sommes plusieurs à choper tout ce qui nous tombe sous la main pour le balancer au milieu de la rue. Ceci fait, les groupes de personnes continuent de remonter la rue pour s’éloigner de la gare, rendant impossible une quelconque possibilité de stationner derrière ce début de bout de barricades. Un nombre important de personnes semble également peu ou pas équipé, non-masqué et visiblement plus à même de battre le pavé de manière mobile pour s’éloigner des barrages de flics et esquiver la BAC qui tourne dans les rues.

On décide alors de continuer vers les champs, tout de même. On avance au milieu du 8e arrondissement et nous n’avons pas pu rejoindre les champs car un spectacle incroyable nous a saisit. Il se déroulait dans ce 8e arrondissement à l’extérieur de la nasse géante que les keufs avaient constitué autour des champs. Des groupes de personnes évoluaient de façon complètement spontané dans le quartier, pour fuir la BAC ou contourner une colonne de keufs. L’espace nous appartenait alors. Dans la mesure où on échappait à la BAC et qu’on se tenait suffisamment éloigné des barrages de keufs. Mais l’espace nous appartenait. Protégé-es par le nombre de personnes arpentant les rues du quartier, protégé-es par un certain nombre masqué tout de même, protégé-es par la nécessité pour les keufs de tenir leur nasse et leurs barrages et l’impossibilité pour la BAC de coffrer tout le monde (bien qu’ils aient essayé). Les vitres des voitures explosaient sous nos coups de poings, de pavé, de grilles ou de marteaux ; certaines étaient déplacés en travers de la route et d’autres encore étaient enflammées. Les monoprix, carrefour et autre grande surface étaient ouvertes et nous assistions à une auto-réduction générale dans tout le quartier. Nous regardions les personnes sortir les bras chargés de bouffe, d’alcool et d’autres. La tension était grande ; la BAC débarquait rapidement et nous avons dû courir souvent pour leur échapper. Les portes d’un magasin « Nicolas » (vins / champagnes / liqueurs / ...) sont copieusement défoncés et sortent en flots du champagne, du vin et autres alcools de luxe. Des « les pauvres au champagne », ou « c’est Macron qui paye ! » fusent autour de nous. Il est clair que les personnes présentes savent où elles sont : chez les riches. Elles savent que les richesses présentes nous sont hors d’atteinte tout le reste du temps. Ces pillages prennent la forme consciente de réappropriation de richesses. On a le temps de discuter avec une personne au détour d’une rue et il nous balance : « Macron, c’est pas le problème, faut faire tomber le capitalisme - ma famille, elle me dit que je suis fou mais moi, je sais ce que je dis, je le dis à mes potes ; le problème, c’est le capitalisme ». Une pote relève que parmi toutes ces personnes présentes, un nombre largement majoritaire sont des mecs cis. Cela se ressent : dans le virilisme face aux keufs ou le sexisme face aux bourgeois-ses paniqué-es sur leurs balcons.

Beauté et laideur d’une soirée

Aux alentours de 20h, fatigué-es et stressé-es, on finit par s’en aller vers les tuileries, sortant un peu du périmètre sur-fliqué. Ce que nous avions vu ce soir était largement beau. C’était aussi englué dans trop d’oppressions entre nous (nous, qui battions le pavé dans ces rues de riche) et englué dans trop de réflexes à la con (qui c’est qui court le plus vite quand la BAC arrive ; alors que beaucoup savent que c’est en courant groupé et en laissant le moins de monde possible derrière qu’on risque le moins de se faire choper par les baqueux). Comme beaucoup ont pu le dire après le 1er décembre ou le 8 décembre : « ce qui compte, c’est la suite ». La suite de ces colères qui débordent (enfin !) ; la suite de ces blocages, émeutes, grèves qui concernent réellement la classe révolutionnaire. Celle des pauvres dans toute notre diversité, celle des exploité-es dans toutes nos inégalités face à l’oppression, celle de celleux « qui ne sont rien » comme dirait l’autre.

Personnellement, je crois qu’on peut renverser nos sociétés contemporaines en renversant toutes les structures de domination (patriarcat, impérialisme et colonialisme, spécisme et anthropocentrisme, capitalisme). Et je crois que c’est en se révoltant avec les pauvres, en tant que pauvre ou en tant qu’allié-e qu’on y arrivera. Les pauvres contre l’appropriation du monde par les riches ; ça n’est pas, selon moi, une binarité stupide. C’est la tension qui existe entre la concentration des pouvoirs et le partage des richesses pour l’autonomie.

Un énervé.

Quelques idées pour se défendre et construire une offensive

Publié le 2018-12-14 08:27:04

Un tract avec quelques conseils pour se défendre et attaquer.



En version imprimable format affiche :

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En version imprimable version tract : (l’idée est un recto verso)

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Seine-et-Marne : Des miradors de chasse abattus

Publié le 2018-12-14 08:28:04

Bite Back / lundi 10 décembre 2018

Plusieurs miradors de chasse ont été détruits en Seine-et-Marne et le message « ALF on reviendra :-) » a été tracé sur le sol avec les morceaux.


Frontignan (Hérault) : Multinationale et CAC 40, Mafia légale

Publié le 2018-12-14 08:42:03

e-metropolitain / jeudi 13 décembre 2018

L’enseigne de restauration rapide McDonald’s implantée dans la zone commerciale du Barnier, rue des Paluds, à Frontignan, a été incendiée dans la nuit de mercredi à ce jeudi, vers 3h30. La toiture a été en partie détruite, ainsi que du mobilier à l’intérieur. […]
L’incendie criminel ne fait aucun doute : des palettes et des pneus ont été volontairement déposés contre une des façades et enflammés. Sur l’entrée du McDo, des inscriptions ont été portées à la peinture rouge : « Multinationale et CAC 40, Mafia légale ». [bon, ce n’est peut-être pas très profond comme slogan… mais l’acte si !; NdAtt.] Il n’a pas encore été revendiqué.

Une enquête a été confiée aux policiers du SRPJ de Montpellier par le parquet. Les 40 salariés se retrouvent au chômage technique.

Quitter les Champs, tenir Paris

Publié le 2018-12-14 08:57:04

Une proposition pour le 15 décembre à Paris



« … c’est notre vocation au travers de l’Histoire d’ouvrir ainsi des chemins jamais explorés pour nous-mêmes et pour le monde. » Emmanuel Macron, 10 décembre 2018

Nous sommes à un tournant. En passant à l’offensive, le mouvement des « gilets jaunes », d’abord revendicatif et limité dans ses pratiques à des actions de blocage en province, est parvenu à prendre au dépourvu l’ensemble des forces de la domination. D’une contestation contre la fiscalité injuste, c’est la totalité du pouvoir qui s’est trouvée mise en cause. Le mouvement est ainsi monté en puissance pour culminer lors de la journée du 1er décembre à Paris, rejointe désormais par la plupart des grandes métropoles jusqu’à faire tache d’huile au-delà des frontières. Depuis quelques jours, tout est mis en œuvre pour imposer un retour à l’ordre, révision du dispositif policier, division médiatique entre bons gilets jaunes et mauvais casseurs, larmoyant discours télévisuel d’un président à la dérive, et maintenant opportun acte « terroriste » légitimant le renforcement des mesures sécuritaires. Après la panique initiale, le parti de la conservation se réorganise dans ce qui se profile déjà comme une union sacrée.

La force du mouvement résidait jusque-là dans son unité, dans la détestation unanime du chef de l’État, dans son absence de structuration, dans la façon dont il transcende les catégories politiques existantes et se garde des récupérations politiciennes, dans sa défiance vis-à-vis des médias dominants. Le joyeux désordre qui l’a rendu si imprévisible et si insaisissable pour tous ceux qui voulaient le réduire, lui dicter ses raisons, l’analyser de l’extérieur semble aujourd’hui toucher ses limites. La détermination ne paraît pas vouloir faiblir, mais les propositions d’actions et de pratiques à mener commencent à se figer dans un certain systématisme velléitaire si l’on s’en tient aux appels lancés à un acte V. Or la journée parisienne du 8 décembre a préfiguré une sorte d’enlisement susceptible de conduire, s’il se répète, à un découragement et à un épuisement devant le risque de montée à Paris dans une configuration prévisible sans mettre à profit les forces en présence pour une perspective ambitieuse. Si toute la force de ce mouvement tient aussi à ce que personne ne peut prétendre l’orienter ni encore moins le diriger, il paraît nécessaire aujourd’hui d’anticiper les mesures prises pour le contenir et éteindre sa vivacité.

Une nouvelle journée de manifestation se prépare à Paris pour le 15 décembre. On sait désormais, suivant ce qui s’est produit samedi dernier, que l’État met en place un verrouillage policier en anticipant les lieux où seront présents les manifestants – toujours au même endroit, les Champs-Élysées et leurs abords. On sait aussi que les manifestants seront une nouvelle fois refoulés dans les quartiers périphériques, éparpillés sans savoir où se rabattre, sinon interpellés préventivement. Il n’est pas question ici de présumer de ce que sera la journée de samedi ni des élans spontanés et de la part d’imprévu qu’elle contiendra, dont le bouleversement, on l’espère, du quotidien consumériste des Parisiens déboussolés. Pour autant, il nous paraît nécessaire de prévoir une situation similaire et, si elle se produit, de frapper, à ce moment-là, là où l’État ne nous attend pas.

Pour combler ce manque, et relativement à un mouvement qui refuse toute forme de représentation et dont les perspectives les plus intéressantes, en matière d’organisation, semblent consister dans la possibilité et la nécessité d’expérimenter des formes de démocratie directe, il nous paraît opportun d’envisager d’assurer une permanence, une continuité à Paris par le biais d’occupations qui pourraient faire office de QG (logistique, base arrière, accueil des provinciaux, poursuivre la rencontre commencée dans les rues) et de lieux de débat collectif sur le mode « assemblée populaire » tel qu’il commence de s’en formuler l’idée de Commercy à la zone portuaire de Saint-Nazaire. Les récurrentes dénonciations d’usurpation de la souveraineté populaire par l’État et les exigences d’une démocratie véritable impliquent, il nous semble, de la pratiquer concrètement et non plus sur les seuls réseaux sociaux, face aux leçons de démocratie données par le pouvoir en place et face à la dérive autoritaire qu’il brandit comme une menace.

Là où la police nous attend, là où le gouvernement compte sur l’usure et sur une ritualisation de la mobilisation, il nous faut inventer des initiatives qui les surprennent et qui permettent de poursuivre l’offensive telle qu’elle s’est ouverte depuis le 1er décembre. Cela sans interrompre les phases émeutières, mais pour répondre aux inévitables temps morts et expectatives de fin de journée. Approfondir le désordre pour avancer. Conjuguer une approche stratégique de la journée du 15 avec la possibilité d’une auto-organisation horizontale du mouvement qui puisse s’appuyer sur une proposition concrète de lieux à occuper, à conquérir. Il ne s’agit pas de viser des lieux de pouvoir, inaccessibles et téléphonés, mais des lieux atypiques, inattendus (instituts culturels, hôtels de luxe, bâtiments vides en rénovation…) susceptibles de contenir des centaines de gens, de disposer donc de grands espaces, et d’être néanmoins défendus.

C’est une proposition que nous lançons pour que tous se l’approprient, et dont les implications pratiques sont nombreuses et délicates, en matière de confidentialité, de communication, de diffusion la plus massive possible. Suivant les échos qu’elle aura, suivant les complicités éventuelles et bienvenues d’employés de tels lieux, la première disposition consistera à communiquer avant la journée du 15 des points de ralliement correspondant aux zones de repli observées lors des samedis précédents à l’issue de la répression, pour une fois sur ces lieux partir vers les endroits à occuper repérés en amont par quelques éclaireurs.

À vos cartes, stratèges ! À votre imagination, gilets jaunes !

Quelques partisans de l’irréversible associés, pour l’occasion, à une poignée d’opposants au retour à la normale

qctp1(at)riseup.net

Parfois, la nuit

Publié le 2018-12-14 09:00:02

Après Grenoble, Crest, Limoges, Paris, Besançon… Foix.
Dans la nuit du 6 Décembre, trois sites d’ ENEDIS sont livrés au feu.

En solitaires, nous écumons la nuit, vétu.es comme elle, de manteaux noirs derrière des yeux qui scintillent.
Son obscurité nous enveloppe jusqu’au terrain du crime.
Un briquet dans la poche.
Des bouteilles d’essence dans le dos.
Des corps prêts pour le jeu du chaos.

La partie dure quelques centaines de secondes pendant lesquelles on savoure de s’en prendre à ce monde.
Méfais accomplis, on se presse de retourner dans les bras de la nuit. On s’offre une volte face.
Et on rigole en silence.

Quel bel incendie !

Anxiogène, agité puis sauvage : encore un récit de la journée « Gilets jaunes » du samedi 8 décembre à Paris

Publié le 2018-12-14 09:00:05

Autre morceau du puzzle « Gilets jaunes » de la journée parisienne du 8 décembre. Avec un bilan chiffré et quelques perspectives à approfondir.



Ce texte constitue un énième récit de la journée parisienne du samedi 8 décembre, où les Gilets jaunes ont une fois de plus déferlé sur la ville. Mais s’il est parfois redondant avec des choses dites ailleurs, il ne fait pas l’impasse sur certains moments gênants (pour le dire gentiment) et raconte plusieurs instants de lutte, de manif et d’émeute qui ne sont pas traités dans les autres récits publiés sur Paris-Luttes (lire « Acte 4 - Dispositif exceptionnel, débordement exceptionnel », « Récit partiel du 8 décembre à différents endroits de Paris », « Témoignage subjectif d’une soirée parisienne » et « 8 décembre : la furia jaune continue », tous ces récits sont complémentaires et montrent la diversité des ambiances et la simultanéité de plusieurs points d’affrontements ou de manifs sauvages). De plus, ce texte lance quelques interrogations et perspectives quant à ce mouvement de Gilets jaunes qu’il est nécessaire de continuer à approfondir...

Toute la semaine suivant le samedi 1er décembre, dans les médias mainstream et ailleurs, on n’aura entendu que « peur d’un climat insurrectionnel » et « appels au calme et à NE PAS venir manifester sur Paris », venant aussi bien du premier ministre Edouard Philippe que de sites de la fachosphère type Égalité & Réconciliation, en passant par des politiciens de tous bords, les syndicats de police, les journalistes de BFMTV, TF1, CNews, France Info et compagnie, tout comme des inénarrables « Gilets jaunes libres » avec à leur tête l’anti-black bloc Benjamin Cauchy.

Le gouvernement a rajouté à cela la menace d’une répression inédite et d’un dispositif policier jamais vu sur la capitale, histoire de bien faire flipper tout le monde. Selon le ministère de l’Intérieur, 89 000 forces de l’ordre étaient sur le terrain pour encadrer la mobilisation des « Gilets jaunes » sur l’ensemble du territoire métropolitain, dont 8 000 rien qu’à Paris.

Malgré cela, comme plein d’autres, on s’est dit qu’on allait faire un tour dans les quartiers bourgeois de la capitale...

« C’est pas possible ça ! Trois semaines que vous nous cassez les couilles, maintenant ! Si vous voulez rester en vie, vous rentrez chez vous, vous n’avez rien à branler ici. »
Un CRS s’adressant à un manifestant (Paris, gare Saint-Lazare, le 8 décembre 2018) [1]

Matinée anxiogène sur les Champs-Élysées

Dans la matinée, l’ouest de Paris semble déserté : il n’y a (presque) personne dans les rues, les lignes de bus et de métro sont chamboulées, plusieurs stations fermées, et il y a des flics partout, formant des sortes de check-points flippants. Difficile d’échapper aux contrôles, les flics se vantaient d’ailleurs avant midi de plusieurs centaines d’interpellations rien que dans Paris, à la fois pour empêcher les personnes interpellées d’aller manifester, mais aussi pour faire peur aux autres et les dissuader de se déplacer.

Barricades policières, Paris, 8 décembre 2018

Et ça semble réussi, au moins au départ. Le climat anxiogène créé par l’occupation armée du terrain par la police éteint un peu l’expression de colère des Gilets jaunes. Sur les Champs-Élysées, les gens affluent, mais l’ambiance est calme. D’abord, deux points de tension se fixent des deux côtés des Champs : tout en haut, auprès de l’Arc de Triomphe, complètement encerclé par la police avec de nombreux véhicules dont quelques blindés de la gendarmerie. Et tout en bas, vers le rond-point des Champs-Élysées, les flics empêchant bien entendu l’accès au Palais de l’Élysée, situé un peu plus loin sur l’avenue de Marigny.

C’est du côté de l’Arc de Triomphe que les tensions sont les plus palpables (d’ailleurs la plupart des gens massé·e·s en bas finiront par rejoindre le haut des Champs-Élysées).

Il y a surtout des mecs, presque tout le monde a un gilet jaune, et si c’est impossible de généraliser quant aux affinités politiques des un·e·s et des autres, c’est quand même assez mal fréquenté : on voit pas mal de drapeaux identitaires (français, breton, quelques autres), des banderoles et pancartes plus ou moins conspis, des fachos qui se trimbalent avec des gilets jaunes « Révolution nationale » ou des sortes d’uniformes militaires... Le tout aux côtés de gens portant des A cerclés (anarchistes) sur leurs gilets jaunes, ou chantant « Hexagone » de Renaud à deux pas d’un petit groupe de royalistes qui ne bronchent pas. Des situations auxquelles on a quand même du mal à s’habituer, auxquelles il ne faut surtout pas s’habituer.

Alors que quelques projectiles tombent sur une rangée de flics anti-émeute qui riposent en lançant des grenades lacrymogènes, une meuf monte sur une barrière et se tourne vers les manifestant·e·s pour les sermonner et appeler à « la paix ». Elle se fait huer copieusement en retour.

Vers 12h15, alors qu’on se balade sur les Champs pour voir ce qu’il se passe plus bas, au niveau du métro George V on voit une petite dizaine de bacqueux débouler, cagoulés et armés, pour attraper quelques personnes au milieu de dizaines de Gilets jaunes complètement passifs. En quelques secondes, les flics sont intervenus au milieu de la foule, ont arrêté quelques Gilets jaunes, et il n’y a pas eu la moindre réaction, pas un cri, pas un geste. Effrayant. Ça rend clairement nostalgique des manifs contre la loi Travail (ou d’autres), lors desquelles ce genre de scène était tout simplement inimaginable, tant l’hostilité vis-à-vis des flics était grande. Cela met aussi en relief l’absence de sentiment commun autre que « Macron démission » qui réunit tout ce monde sur les Champs-Élysées. On avait l’impression d’une sorte d’indifférence totale vis-à-vis des personnes arrêtées, pourtant elles aussi porteuses d’un gilet jaune (et personne ne semblait savoir pourquoi ces arrestations ont eu lieu à ce moment-là).

Car niveau contenu, à part quelques « Marseillaise » entonnées, le seul slogan entendu et repris massivement, une nouvelle fois, c’est « Macron démission ». Le seul qui rassemble vraiment tout le monde ici.

Après-midi agitée dans les quartiers bourgeois

Vers 12h30, alors qu’on commençait sérieusement à en avoir marre d’être là (surtout après avoir assisté à ces arrestations au milieu de la foule), on s’aperçoit que ça commence à partir rue de Bassano. Une manif sauvage se met peu à peu en route. Les flics donnent l’impression de cadenasser toute la ville, mais ce n’est qu’une impression. Il y a des trous dans leur quadrillage, et tout le XVIe arrondissement s’ouvre à nous ! On est quelques centaines à s’élancer et à traverser le nord du XVIe d’est en ouest. On croise les avenues d’Iéna et de Kléber, on continue sur la rue Copernic, là aussi tout semble désertique. La seule voiture garée proche des Champs-Élysées est pétée, tout le coin est marqué par les tags de la semaine passée (quasiment tous anarchistes, surtout des slogans anticapitalistes accompagnés de A cerclés). Mais aujourd’hui, ça met du temps à décoller, tout le monde semble stressé par l’état de siège policier, même si les flics sont absents des rues par lesquelles on passe. Au fur et à mesure, des petites barricades sont mises en place, des poubelles sont renversées, des caméras sont attaquées, et de premières banques se font péter leurs vitrines et leurs DAB, notamment place Victor Hugo. De là, on prend l’avenue Raymond Poincaré direction la porte Maillot, avec l’idée d’aller bloquer le périph’. Arrivé·e·s place de la Porte Maillot, notre cortège a beau avoir grossi de manière assez impressionnante, une attaque de quelques flics, à coups de matraques et de lacrymos, nous met en déroute immédiatement. La plupart des gens flippent et ça court dans tous les sens. On n’aura pas atteint le périph’ ici.

Ça repart peu à peu en manif sauvage, plus petite, et probablement pas la seule dans le quartier tellement il y a de Gilets jaunes dispersés dans cette partie nord du XVIe arrondissement. On retourne vers les Champs-Élysées. Sur le chemin, quelques autres banques prennent des coups, mais globalement il y a très peu de prises d’initiative. L’ambiance reste assez calme. Arrivé·e·s près de l’Arc de Triomphe, on s’aperçoit que des Gilets jaunes sont rassemblé·e·s un peu partout autour. Un point de tension particulièrement important se situe en haut de l’avenue Marceau. C’est là qu’on s’arrête. Il est 14h30, on vient de passer 1h30 en manif sauvage, mais en réalité on est en mouvement depuis 10h ce matin. Et c’est loin d’être terminé.

Des blindés sur l’avenue Marceau, Paris (VIIIe-XVIe), 8 décembre 2018

On est donc en contrebas depuis l’Arc de Triomphe, le haut de l’avenue Marceau est jaune de monde. Par moments, ça s’agite un peu. Des projectiles partent en direction des flics, puis des grenades lacrymogènes sont lancées au milieu de la foule. Parfois des grenades assourdissantes, de désencerclement ou offensives. Peut-être aussi que des trucs explosifs sont lancés sur les flics, en général on était plutôt à distance des premières lignes donc on n’a pas trop vu. Ce qui est sûr, c’est que ça s’agite nettement plus que dans la matinée, et que la composition des Gilets jaunes sur l’avenue Marceau est encore une fois très hétéroclite. Il y a visiblement peu de « gauchistes », anarchistes ou autres antifascistes, même s’il y en a évidemment, ça se voit par les tags et graffitis qui apparaissent ici et là, et aussi parce qu’on reconnaît quand même quelques têtes... Mais on est minoritaires. Pas facile de dire qui est majoritaire, cela dit. Si les fafs organisés semblent peu nombreux, ils sont quand même là, et il y a un bon nombre de conspis de toutes sortes, notamment des Dieudonnistes qui chantent « la quenelle », ou encore des mecs qui taguent l’oeil de la Providence en référence aux théories du complot Illuminati... Ça sent le réac’ un peu partout, on entend des remarques racistes, ou des trucs affligeants du style « Brigitte pédophile » (Brigitte Macron ayant 24 ans de plus que son président de mari...), des banalités du style « Il y a des patrons sympas, il y en a qui galèrent » (en réponse orale à un tag « À bas l’État, les flics et les patrons », niant la critique du rôle social du patronat portée par le slogan pour se lamenter sur l’aspect personnel de tel ou tel individu... à ce compte-là il y a aussi des flics « sympas », et « qui galèrent », mais le problème reste là aussi leur fonction sociale). Heureusement, il y a aussi tout un tas d’autres gens qui ont la haine de Macron et n’aspirent pas pour autant à un ordre moral et politique fascisant. Notamment, la présence de fameux « casseurs-pilleurs » (identité beaucoup moins homogène que ce qu’en laissent paraître les « experts » dans les médias) est rafraîchissante, on ne les remerciera jamais assez pour leur énergie combative.

Entre 14h30 et 15h45 (minium), des affrontements ont donc lieu en haut de l’avenue Marceau, quelques barricades sont dressées, et pendant ce temps-là, à quelques dizaines de mètres plus bas dans la rue, plusieurs banques sont attaquées, vitrines et DAB brisés, tout comme d’autres commerces parfois sans que l’on comprenne le pourquoi du comment. Ce qui n’est pas le cas d’un magasin de golf, dont la vitrine est patiemment pétée, puis l’intérieur proprement pillé (clubs de golf, chaussures, etc.) [2].

Magasin ’us Golf sur l’avenue Marceau, Paris (VIIIe-XVIe), 8 décembre 2018

C’est vers 15h45 que tout semble se déstructurer sur l’avenue Marceau. Les flics noient l’avenue de gaz lacrymogène, ça reflue jusque tout en bas de la rue, la fuite collective commençant à ressembler à une manifestation sauvage. En arrivant sur la place du pont de l’Alma, on s’aperçoit que pas mal de gens arrivent aussi de l’avenue George V et/ou de l’avenue Montaigne. Le chemin semble complètement ouvert pour aller de l’autre côté de la Seine, où se trouvent tout de même, rappelons-le, l’Assemblée Nationale, le Sénat, Matignon, un bon nombre de Ministères, et tout un tas d’autres bâtiments institutionnels. Mais l’heure n’est pas vraiment à l’insurrection... La quasi totalité des gens semblent d’humeur passive et pacifique. À part quelques jeunes qui sont déjà de l’autre côté à s’attaquer à des voitures de bourges, ça se déplace à deux à l’heure, dans l’expectative d’on ne sait trop quoi. On se dépêche quand même de traverser le pont de l’Alma, un fourgon de police qui passe sur la place de la Résistance est joyeusement caillassé à bout portant, puis sur l’avenue Bosquet des banques et des véhicules de bourges sont attaqués. Un peu plus loin, une voiture de police est mise en fuite. Les effectifs anti-émeute ne sont pas tout près, il y a le temps de s’amuser un peu.

Puis, il commence à y avoir du monde sur la place de la Résistance. Ça commence (enfin !) à gueuler « On va à l’Assemblée Nationale ! », donc on prend le quai d’Orsay, où presque toutes les voitures garées se feront péter leurs vitres et/ou pare-brise, parfois sous les lamentations de certains Gilets jaunes. Mais aux abords de l’esplanade des Invalides, les flics anti-émeute chargent au pas de course pour bloquer le passage vers l’Assemblée Nationale. Ça fuit alors dans tous les sens, c’est un peu la panique de notre côté. Mais avec un peu plus de détermination et d’organisation, on arrivait les doigts dans le nez à l’Assemblée Nationale et dans la partie est du VIIe arrondissement, où trônent des Ministères à presque tous les coins de rue... Comme on le disait, l’heure n’est pas vraiment à l’insurrection, mais plutôt à la dispersion. Il est 16h15 et « notre » deuxième manif sauvage est terminée.

Ça fait des heures qu’on marche dans Paris, sous les hélicoptères de police, qui seront présents jusque dans la nuit. L’essence doit pas être si chère pour les flics...

Soirée sauvage dans le centre-est parisien

Vers 17h30, c’est la nuit, et on a réussi à rejoindre une manif sauvage en cours dans les IIe, IIIe et IVe arrondissements. L’ambiance nous est beaucoup plus familière, avec des slogans habituels, anticapitalistes, « Paris, debout, soulève-toi », « Tout le monde déteste la police », etc. Des banques et assurances se font détruire leurs vitrines. Des tags apparaissent ici et là. Des poubelles sont renversées et des barricades érigées, tout ça entre rue St-Denis, rue Étienne Marcel, Réaumur-Sébastopol, Arts-et-Métiers, rue des Archives, le Marais, jusqu’à la place de la République, où on finit par arriver, vers 18h. Des flics anti-émeute sont postés en nombre au niveau de la rue du Temple. Un canon à eau est là, avec écrit « ACAB » en gros sur le côté. Stylé.

Sur la place de la République, l’ambiance est calme. Il y a pas mal de monde, ça ressemble à une rencontre entre Gilets jaunes et manifestant·e·s de la marche pour le Climat, mais la perspective c’est plutôt discussion et mondanités qu’insurrection et manifs sauvages. On cherche déjà à savoir si ça ne bougerait pas plus ailleurs, mais on n’a pas de réponses satisfaisantes, pas d’indications claires (d’un autre côté, les gens ne seraient pas là à attendre s’iels savaient qu’il y avait mieux à faire ailleurs). Les minutes passent, on s’apprête à partir, éventuellement vers Bastille, il doit être près de 19h30, quand tout à coup les flics réchauffent l’ambiance : ils balancent plusieurs grenades lacrymogènes en plein milieu de la place de la République ! Ça on l’avait pas vu venir ! Mais en sous-effectif net du fait des multiples points de tension à travers la ville, les flics sont loin de nasser toute la place, comme ils en ont l’habitude en d’autres circonstances... Alors c’est un peu la fête. La plupart des gens semblent décontenancé·e·s, la place est vraiment noyée dans les gaz lacrymos, mais pour les plus habitué·e·s, c’est plutôt tranquille. Il y a comme ça plusieurs tentatives des flics de vider la place, mais c’est un échec total : ils ne font qu’attirer de plus en plus de monde.

Place de la République, Paris, 8 décembre 2018

Cela dit, on commence à se lasser, et si en d’autres occasions on serait bien vite parti·e·s en manif sauvage, il a fallu de nombreuses salves de lacrymos jusque dans la rue de Malte pour que quelques dizaines d’entre nous décidions de partir en mode sauvage sur la rue du Faubourg-du-Temple. Là, tout est renversé sur notre passage, les poubelles, le mobilier urbain, les barrières de chantier, etc. Des magasins subissent des tentatives ou des débuts de pillage, les flics tentent une charge, une rue adjacente est complètement bloquée par des barrières de chantier et un magasin de téléphones est cette fois sérieusement pillé.

« Va y avoir du sport » / Go Sport, place de la République, Paris, 8 décembre 2018

Vers 20h-20h30, autour de la place de la République, les hostilités continuent. Des barricades sont érigées un peu partout, des magasins et des banques sont attaqués dans les rues alentours, le Mc Do du quai de Jemmapes voit ses vitrines voler, pareil pour le Go Sport de République, qui se fait piller allègrement. Mais les flics commencent à gagner du terrain et les arrestations s’enchaînent (notamment à l’intérieur du Go Sport pillé...), au moins jusqu’à 21h30-22h.

« Rêvons plus grand » / pillage du Go Sport, place de la République, Paris, 8 décembre 2018

La journée aura été longue, elle s’arrête là pour nous, tandis que les flics continuent de circuler dans tous les sens dans le centre et dans l’est de Paris.

On fait le bilan, calmement

Selon les flics et les médias, on n’était que 10 000 à Paris, dont, on l’a dit, une majorité de gens pacifiques plutpot passifves. Et avec 8 000 flics en face, on a réussi à mettre tout ce bordel... Sachant que dans ce récit rien n’est dit sur ce qu’il s’est passé dans la partie nord de Paris, avenue de Friedland, boulevard Haussmann, du côté du parc Monceau et de Saint-Lazare, ainsi que vers rue de Rivoli, Chatelet, etc. Qu’est-ce que ça sera quand on sera 100 000 énervé·e·s, un million et plus !? La tactique de créer plusieurs points de manifestation et de désordre semble en tout cas prometteuse !

Malgré la sortie de tout l’attirail policier (en vrac, CRS, gendarmes mobiles, police montée ou garde républicaine, flics avec chiens, BRI, BAC en force, canons à eau, blindés de la gendarmerie, cars, fourgons, voitures, motards, lacrymos, grenades de désencerclement et offensives, flashball, matraques, hélicos, etc.), les dégâts ont une fois de plus été considérables pour le capital parisien.

Selon Anne Hidalgo, la maire de Paris : « Des dizaines de commerçants ont été victimes des casseurs, dans de nombreux quartiers. Une fois encore... C’est déplorable. (...) Des centaines de commerces et d’équipements publics empêchés d’ouvrir, des dégradations dans de nombreux arrondissements, une vie culturelle et économique à l’arrêt, une image internationale à restaurer : les dégâts sont incommensurables. » [3]

Emmanuel Grégoire, 1er adjoint de la maire de Paris, affirme lui que « le secteur concerné par les incidents était beaucoup plus important (...). En ayant moins de barricades, il y a eu beaucoup plus de dispersion, donc beaucoup plus de lieux impactés par des violences ». Selon l’adjoint chargé du budget de la capitale, « il y aura beaucoup plus de dégâts suite à la journée d’hier [4] qu’il y a une semaine [5] (...), un coût économique beaucoup plus important », notamment du fait de la fermeture de très nombreux commerces ce jour-là à travers toute la capitale [6]. Alors le gouvernement et les pacificateurs de tous bords ont beau clamé haut et fort la réussite policière et répressive de cette journée, le résultat est que des centaines d’enragé·e·s ont encore réussi à foutre le zbeul partout, en particulier dans les quartiers riches et commerçants de la capitale.

Question répression, les chiffres sont toutefois impressionnants : pour l’ensemble de la France, le ministère de l’Intérieur a dénombré dimanche dernier 136 000 manifestant·e·s (dont environ 10 000 sur Paris), 1 939 interpellations, dont 1 709 gardes à vue. Et 264 personnes blessées, dont 39 policiers et gendarmes, toujours selon le ministère de l’Intérieur.
Sur Paris, les services de police ont procédé samedi 8 décembre à un nombre annoncé comme record de 1 082 interpellations. Selon la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, le parquet de Paris a eu à gérer un millier de gardes à vue, dont 900 de majeur·e·s et 100 concernant des mineur·e·s.
« Dans les gardes à vue de Paris, on observe qu’il y a 80% de gens qui viennent de province », a aussi dit Nicole Belloubet, selon qui des gens repéré·e·s seront interpellé·e·s dans les jours ou semaines à venir...

Quelles perspectives insurrectionnelles ?

Comme le dit Pamela Anderson, et comme le pense vraisemblablement tout un tas de gens, « quelle est la violence de toutes ces personnes et de voitures de luxe brûlées par rapport à la violence structurelle des élites françaises et mondiales ? » [7] Cette question, faisons la résonner le plus possible, jusqu’à la destruction du capitalisme. Car en face, côté médias mainstream, expert·e·s en tout et n’importe quoi, politicien·ne·s de tous bords, ça ne fait que hurler à l’horreur de l’infiltration par les casseur·e·s, les « professionnel·le·s du désordre » et les faux gilets jaunes quand eux-mêmes ne rêvent que d’une seule chose : arrêter ce mouvement de colère brute en le récupérant pour leur bizness politicard et leur tranquillité bourgeoise.

Malgré les incessants appels à ne pas aller manifester à Paris le 8 décembre, des foules importantes de gilets jaunes ont à nouveau marché sur Paris, sans peur de l’insurrection. Mais sans forcément y participer très activement non plus... Et s’il y a une nouvelle fois eu beaucoup de dégâts infligés au pouvoir et au capital, se pose la question des perspectives que pose la possibilité d’une insurrection dans un contexte pareil. Car le contenu revendicatif du mouvement est parfois délétère, il n’est pas seulement très hétérogène, il est aussi en partie réactionnaire (en particulier sur les questions identitaires, sur l’immigration). Il est difficile d’omettre qu’une partie des composantes qu’on retrouve autour de l’Arc de Triomphe était présente dans les « Manifs pour tous » d’il y a quelques années, quand la droite la plus réac’ se rassemblait contre le mariage homosexuel. Ces gens-là, ces idées-là, sont tout autant que Macron nos ennemi·e·s.

Alors l’insurrection, puisque dans les médias le mot a été lancé comme une menace pour faire cesser le mouvement, parlons-en. Si les insurrections du printemps arabe nous ont beaucoup inspiré·e·s ces dernières années, elles ont aussi montré leurs limites. Si renverser un régime est un premier pas nécessaire, que ce soit celui d’un dictateur comme en Égypte ou en Tunisie, ou un président « démocratique » comme en France, la question de « l’après » se pose immédiatement. Si en Égypte et en Tunisie, nombre de camarades ont fait vivre des aspirations révolutionnaires proches des nôtres, la montée de l’islamisme a profité dans ces deux pays de la révolution en cours. Et après les prises de pouvoir islamistes, la contestation a continué, et l’armée a repris le dessus. En France, que pourrions-nous voir se profiler en cas de généralisation d’une insurrection post-Gilets jaunes ? Les probabilités actuelles d’un développement révolutionnaire anarchiste semblent assez faibles (et il n’y a pas à tergiverser, c’est pour un monde sans État et sans exploitation que l’on continuera de se battre). Vu le populisme d’une bonne partie du mouvement, de ses leaders auto-proclamés (qui ne représentent toutefois pas grand-monde pour le moment), méfions-nous des ambitions récupératrices d’un Mélenchon, ou pire, d’une Marine Le Pen. Ces deux-là comptent bien surfer sur la colère populaire actuelle pour leurs ambitions personnelles et politiciennes, au plus tard lors des présidentielles de 2022.

« Macron, Le Pen, Mélenchon : dégagez tous ! » / Paris, 8 décembre 2018

Quoi qu’il en soit, en tant qu’anarchistes on continuera de mettre en pratique nos idées, et ces temps-ci il est plus important que jamais de mettre en avant celles qui semblent les moins consensuelles au sein du mouvement des Gilets jaunes : la lutte contre les frontières et le racisme, contre l’exploitation salariale, contre toutes les formes de domination (en particulier le sexisme et l’homophobie). Bien sûr, on continuera de répandre, dans ce contexte qui y est favorable, les pratiques d’action directe, d’auto-organisation, sans représentation ni médiation, et le rejet des partis, syndicats, institutions et autres « corps intermédiaires »...

Mais pour le moment, il n’y a pas de quoi crier victoire. Comme on dit, la lutte continue.

Des anarchistes

Des CRS fatigués (la nuit était pourtant loin), Paris, 8 décembre 2018


Notes

[1Source : Twitter.

[2Dans cette petite vidéo - trop de monde filme, c’est déprimant ! - on voit un Gilet jaune au loin faire la morale aux pilleurs, qui, bien que faisant preuve d’un courage indéniable en bravant les lois de la sorte, ont, selon notre moraliste du jour, « oublié [leurs] couilles chez [leurs] mères ». Au-delà du non-sens d’une telle situation (un citoyen manifestant de manière pacifique donnant des leçons de courage à d’autres manifestants qui prennent autrement plus de risques), on rappellera qu’il n’est nul besoin d’être porteur de testicules pour s’adonner à des activités qui demandent du courage. Activités dont font bel et bien partie la casse et le pillage, qui par ailleurs ne sont pas l’apanage de la gent masculine.

[3Source : Twitter.

[4Le 8 décembre 2018.

[5Le 1er décembre.

[6Source : Le Figaro.

[7Source : 20 Minutes.

Athènes, Grèce : Revendication de l’attaque contre la police dans la rue Voulgaroktonou [+ Attaque contre le domicile d’un ministre de SYRIZA] – 4 décembre 2018

Publié le 2018-12-14 09:01:04

Le soir du 4 décembre, nous avons attaqué le contrôle de la police aux frontières d’Exarchia, rue Voulgaroktonou. Nous sommes venu.e.s avec des bâtons et des bouteilles enflammées et au moment où ils nous ont vus, ils se sont tout de suite mis à à paniquer et à crier à l’aide. Nous avons semé la peur dans leurs cœurs et leurs têtes, le feu a englouti au moins deux policiers et un véhicule de patrouille a été incendié. Nous les avons chassé et avons veillé à ce que ce soit une nuit inoubliable. Nous leur avons également volé une partie de leur équipement (matraques, boucliers et casques). Lorsque nous sommes parti.e.s, la rue avait changé de gueule, passant d’une rue de quartier paisible avec des points de contrôle à un champ de bataille, un lieu de victoire. Ils ont saigné, ce qui montre que nous en sommes capables.

La même nuit, l’État et ses portes-parole ont signalé une attaque légère et banale qui n’a fait ni blessures ni dommages. Ils cachent l’action au lieu de la publier par pure propagande répressive, parce que notre action a été un succès et un exemple. Lorsque nous les frappons et que nous gagnons, ils doivent faire de leur mieux pour le cacher et faire croire que c’est impossible, qu’ils sont composés de personnes ayant des faiblesses. Ils cachent également notre action en raison du fait que c’est la commémoration de la mort d’Alexis Grigoropoulos, dans le but de freiner notre élan et d’isoler notre action. S’ils sont dans l’impossibilité de changer notre victoire réelle, ils tentent de modifier ce qui est dit. Ils peuvent croire qu’ils sont capables d’éviter la chute de leur monde en gardant le silence, mais c’est une expression de leur échec. Nous sommes ici pour graver leur pierre tombale.

Le gouvernement nous a également accusé.e.s de faire partie de la mafia. Cela fait partie du programme de SYRIZA de criminaliser sans cesse l’insurrection, en cherchant à isoler et à mystifier notre réponse directe à la guerre menée par l’État et l’économie. Cela se voit aussi au sein du mouvement, par celles et ceux qui collaborent avec l’État, qui créent des émeutes dehors et parlent de nous en tant que « hooligans égoïstes ». Les balances du mouvement qui cherchent à faire en sorte que nos passions et nos stratégies révolutionnaires nous soient étrangères ouvrent la porte à la répression.

Dix ans après l’assassinat de notre compagnon et la révolte qui s’en est suivi, nous continuons à lutter par vengeance et par amour, parce que notre combat crée tout en détruisant. De 2008 jusqu’à notre action de la veille, et tout ce qui s’est passé entre les deux n’était pas suffisant. Nous gagnons dans ces moments de rupture l’extase de notre force collective, la force d’influer sur les rues, notre vie et ce monde. Notre seul regret est de ne pas en avoir fait assez. Ce sont ces moments qui changent le monde : la planification lorsque nos idées étaient fluides et fantastiques, aux moments qui précédaient l’anxiété, l’excitation et l’ennui, jusqu’au calme et à la beauté du présent de l’action, à la réflexion et au fait de se projeter vers l’avenir où nous sentions que notre prochaine étape serait tout. Nous devons continuer jusqu’à l’anarchie !

Nous sommes partout où il y a une lutte contre l’autorité, nous sommes la graine dans la forêt en feu. Dans nos cœurs il y a les insurrections qui ont suivi la révolte d’Alexis, qui se sont propagées à travers l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Les dictatures, la théocratie le pouvoir militaire du capital ont réprimé dans un bain de sang ces révoltes, mais nous sentons leurs pouls à chaque fois que nous nous emparons de la révolte. Dans nos cœurs il y a celles et ceux qui combattent aux États-Unis, qui se révoltent à l’intérieur et à l’extérieur de ce gigantesque système carcéral. Dans nos cœurs il a celles et ceux qui luttent contre la montée du fascisme partout (États-Unis, Europe, Brésil, etc…). Dans nos cœurs il y a les migrants et les solidaires qui détruisent ces récentes lignes nationales qui tentent de diviser nos luttes en Grèce comme partout. Dans nos cœurs il y a les anarchistes qui luttent contre l’État en Russie comme Mikhail Zhlobitsky, qui a attaqué à la bombe le siège du FSB le 31 octobre à Archangelsk. Dans nos cœurs il y a celles et ceux qui construisent et défendent les espaces libres en France. Dans nos cœurs il y a cette femme algérienne tuée par une grenade lacrymogène lancée par les flics à Paris [le 2 décembre à Marseille, NdT]. Dans nos cœurs il y a les luttes des indigènes et les compagnon.nes assassiné.e.s en Amérique Latine. Alexis vit à travers toutes ces luttes, et aussi longtemps que nous lutterons, il ne mourra jamais. Nous ajoutons modestement une attaque de plus à la liste.

Mort aux patrons. Mort à la police. Mort au capital.

Vive l’anarchie.

Par quelques personnes qui ont participé à l’attaque.

[Traduit de l’anglais d’Indymedia Athens, 05.12.2018]

Retour sur les comparutions immédiates du lundi 10 décembre suite à l'acte IV

Publié le 2018-12-14 09:02:05

42 personnes ont été arrêtées pendant, avant ou après la manifestation de samedi 8 décembre à Toulouse.
A priori 11 sont passées en comparution immédiate entre lundi et mardi.
Pour ce qui est des 31 autres personnes, elles ont été libérées le dimanche, certaines avec un rappel à la loi, d’autres après avoir reconnu leur culpabilité s’en sortiront avec des TIG et/ou l’obligation de participer à un "stage républicain" et pour les dernières, il semblerait qu’elle aient un procès plus tard.



Liste des compas

  1. M.Y
    Menaces de mort sur personnes dépositaires de l’autorité publique
  2. D.A
    Participation à un groupement en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens
    Port sans motif legitime d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D
  3. D.F
    Poursuivi pour participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations et pour port d’arme de catégorie D
  4. R.F
    Participation à un groupement en vue de violences ou destructions
    Violence sur personne dépositaire de l’autorité publique
  5. A.L
    Participation à groupement en vue de
    Port d’armes de catégorie D
    Transport prohibé d’armes de catégorie 6 par au moins 2 personnes
  6. M.C
    Fabrication non autorisée d’engin explosif ou incendiaire
    Transport de substance incendiaire ou explosif en vue de préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes
    Port prohibé d’arme de catégorie B
    Participation à un groupement en vue de
  7. C.J
    Participation à un groupement en vue de
    Violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.

Compte Rendu

1. M. Y.
Accusé de menace de mort sur agent pour avoir posté sur Facebook : « Barbecue samedi, poulets à volonté »
Explique que son fils s’est pris un tir de Flashball à la Réunion et semble très affecté et en colère. Colère qu’il exprime et qui lui vaudra une demande d’expertise psychiatrique de son avocate. Avocate dont il ne veut pas mais que la juge l’oblige à garder.
Lui ne pense pas que l’expertise psy soit necessaire et insiste pour étre jugé maintenant.
Il invoque la liberté d’expression, insiste sur le fait qu’elle n’est pas la même pour les blancs et les racisé.e.s.

Réquistion du proc :
Le proc demande une expertise psy

Peine :
Il lui faudra attendre jusqu’au 17 janvier à Seysses avant d’être expértisé (sic) et de pouvoir être jugé, car il y a selon le juge "risque de réitération". 1 mois et 6 jours passés en prison donc pour quelques messages sur facebook et parce qu’un peu trop agité.

2. D. A.
SDF, vit dans son camion.
Interpellé vers 11h avant la manif. Avec un marteau et 2 burins.
Reconnait en GAV vouloir jeter des canettes de peinture sur la mairie, pour montrer son mécontentement, mais pas vouloir utiliser le marteau et les burins qui se seraient retrouvées par inadvertance dans son sac. Il est en effet chaudronnier de métier et les a oubliés au fond de son sac.

Réquistion du proc :
Parle de l’importance du droit à manifester dans cette belle démocratie. Que les gens qui viennent avec des marteaux portent préjudice au message de la manif ("Une atteinte à ceux qui veulent manifester seulement par le poids de leur présence")
Demande 4 mois dont 3 avec sursis et maintien en détention + interdiction de port d’arme pendant 5 ans + interdiction de séjour à Toulouse pendant 1 an

Peine :
4 mois dont 3 avec sursis mais sans maintien en detention + interdiction de Toulouse pendant 1 an + interdiction de port d’arme pendant 5 ans (il ne sera pas précisé si les marteaux comptent dans les armes en question, ce qui serait fort embétant pour sa vie professionelle...)

3. D. F.
Port d’arme pour un marteau et une chaîne avec cadenas
D vient de Brive, il a été soulevé 30 minutes après son reveil dans un parking sous terrain. D dort dans la rue. Il a 19 ans.
Il a déjà participé à des rassemblements de GJ sur des ronds point mais ce jours là il voulait aller à Montpellier pour un concert.
Le marteau c’est pour se défende en cas d’agression.
Il explique que la chaîne et le cadenas accrochés à son pantalon, c’est son style vestimentaire. Il portait également des bottes, très suspect ^^

Réquistion du proc :
Commence par avouer que même si c’est "pas politiquement correct", il pense que ça peut faire du bien de dormir une petite nuit en prison.
Il essaie de l’attaquer pour avoir refusé de signer son PV (et en profite pour faire reférence à des tracts qui tournent et qui conseillent de refuser de signer et de parler en GAV, designant d’un ton ironique "les juristes trés avisés" qui les ont écrits).
Le proc avoue lui-même qu’il est difficile d’entrer en voie de condamnation pour la participation à un groupement. Il veut le poursuivre uniquement pour port d’arme, en substance un marteau. Et explique qu’il a été mis en détention hier parce qu’il était SDF.
Demande un truc chelou et impossible : il aimerait bien le revoir d’ici 6 mois pour voir ce qu’il a fait de sa vie, et que si il est pas convaincu, il lui met 3 mois ferme (parce que une nuit c’est pas toujours suffisant faut croire)

Peine :
Relaxe

4. R. F.
R.F. a été arrêté rue du Pont Vieux, près de la Prairie des Filtres, à 20h30. Il est accusé d’avoir lancé une bouteille de bière en direction de policiers du côté du Pont Neuf. La "violence sur personne dépositaire de l’autorité publique", c’est sur un bakeus, qui n’a jamais reçu cette bouteille.
R.F. explique avoir quitté la manif plusieurs heures avant, et être resté traîner dans le quartier, un peu malgré lui vu que la police était partout. Sur lui les flics disent avoir retrouvé un "masque noir", un masque de ski, un gilet jaune et des protections sur le bras (des protèges-tibias). R.F. reconnait avoir jeté sa bouteille en direction de la police, et décrit tout un régiment qui a déboulé sur le pont, et que les bakeus ont commencé à s’élancer dans sa direction. Il dit avoir réagit par peur et avoir détalé immédiatement, il nie être un casseur. Le juge le blâme, et avoue que la police a ce jour là eu "de petits problèmes pour assurer la sécurité et l’ordre". On en vient à l’équipement que portait R.F. "Quel est l’intérêt, monsieur, si vous dites avoir participé pacifiquement à la manifestation d’être vétu comme vous l’étiez ?" "Pour me protéger" "Ca interroge un peu" .Il se décrit comme pacifiste, mais précise que même un manifestant pacifiste se doit d’avoir ce genre de protections pour éviter les mauvais coups, que ce soit les cailloux lancés par les manifestants comme les tirs des flics.
R.F. déclare ne plus vouloir aller en manif, que le risque (de répression) est trop important. Le juge égraine son casier judiciaire, dont la dernière mention date d’il y a plus de 10 ans.

Réquistion du proc :
Après le juge, c’est au tour du procureur de reconnaître son impuissance. Le dispositif policiers de fouilles mis en place dans la matinée n’a pas marché. Comme à son habitude c’est une vraie scène de théâtre, et on se perd dans les détails les 457 flics mobilisés et l’usage des GLI-F4 autorisé à 18h15 par le préfet. Puis il en vient à accuser les manifestants d’appeler à l’escalade de la violence parce qu’ilselles viennent protégées en manifs. La paille, la poutre...Sur sa lancée, il dramatise en précisant que "c’est inquiétant que le préfet en vienne à autoriser les GLi-F4". On ne peut qu’acquiéser. Enfin il tente de retomber sur ses sales pattes
de proc et expliquant que ce sont les personnes comme R.F qui "entravent le droit de manifester, y compris en famille".
Il dresse un portrait de RF qui vient correspondrre à la figure casseur que tous les médias et politiques agitent. A Saint-cyprien, "les manifestants ont déjà manifesté", il s’agit d’attroupements de casseurs. "Toulouse à joué les prolongations jusqu’à 21h30. Allo Paris, ici Toulouse".
Il demande 1 an de prison dont 6 mois ferme avec mandant de dépôt et 2 ans d’interdiction de manifester.

Peine :
Coupable
8 mois dont 4 mois ferme, mandat de dépôt et 1 an d’interdiction de manifester.

5 et 6. A. L. et M. C.
Ils ont été contrôlé à la Daurade vers 10h du matin avec deux autres personnes. Ils "fumaient des clopes".
Ils se sont laissés fouiller. Le juge égraine ce qui a été retrouvé dans leurs sacs :

Ils déclarent s’être rencontré sur un rond point de Montauban, celui d’Ausonne (qui est occupé par les GJ).
Les flics disent qu’ils se connaissent de Notre Dame Des Landes, ils nient.
Depuis le début le juge parle de bombe, MC tient à préciser que c’est un engin incendiaire, pas une bombe. Qu’il l’a confectionné avec un pétard que l’on trouve dans le commerce. Le juge demande pourquoi il fabrique ça, réponse "pour faire une jolie flamme", depuis qu’il a 10 ans il sait faire ça. Mais il répéte qu’avoir pris ça ce jour là, c’est une bếtise.
MC déclare que les piles servent à alourdir le bidule, afin de le lancer plus loin. Le juge commence à s’indigner de voir autant de sincérité dans les réponses, mais a vraiment l’air de vouloir l’entendre dire qu’il voulait lancer ça sur les flics.
Justement, on en vient à parler de la police, et de la justice.
MC déclare ne pas vraiment saisir pourquoi les juges sont si tendres avec les flics violents qui blessent. D’ailleurs il préfère avoir un casque pour manifester. Il conseille à n’importe quel manifestant de faire de même.
Le juge en vient à la peinture qu’ils portaient dans leurs sacs. MC et AL sont formels : "c’est pas bien méchant" "c’est juste handicapant pour la police".

Le juge passe rapidement sur la fouille du téléphone de MC où a été retrouvé le leak de la note de la Préfecture de Police de Paris sur le dispositif policier du 8 décembre. Il y a aussi une preuve de sa présence à Paris le 1er décembre.

C’est au tour d’AL d’être questionné. Le juge pensait-il mieux s’en sortir ? C’est raté.
Les boulons trouvés sur lui sont restés au fond de ses poches. Il s’en sert à son travail, il portait encore son pantalon du boulot. La peinture il allait peut être s’en servir pour se défendre. Le juge tente encore de s’indigner "selon vous les policiers sautent souvent sur les manifestations ?!"
Oui et oui répondent simultanément MC et AL qui en profitent pour faire un rapide tour d’horizon des derniers méfaits des forces de l’ordre, notament le meurtre d’une octogénaire à Marseille.

Pour tenter de reprendre la main, le juge balance que MC est décrit par la flicaille comme "anarcho-autonomne anciens zadiste de NDDL". MC répond sans hésiter "oui je suis anarchiste, j’ai encore le droit d’avoir mes opinions. Par contre je ne suis pas zadiste !"
AL en profite pour interroger le juge "comment les policiers peuvent savoir simplement en nous regardant que nous sommes des zadistes ?".

Le juge n’arrive toujours pas à se sortir de la défense politique des accusés, il passe à la lecture de l’enquête sociale.
MC vit en camion, et se dit en vacances en ce moment. Il fait des boulots saisonniers. Il a déjà un casier, a fait 8 mois de prison pour "attroupement en vue de commettre des dégradations et de porter atteinte à autruit", en 2014, à Nantes.

AL est intérimaire, presque en permanence dans la même boîte depuis deux ans. Son casier est vide.

Réquistion du proc :
Il justifie une nouvelle fois les contrôles effectués le matin puis se perd dans un série de détaille afin de faire passer MC pour un danger publique. Le pétard est un "Bison n°6, l’aérosol était à moitié vide ce qui "potentialise l’action du butane entraînant une explosion de plus grande ampleur". Puis il revient sur le nombre de policiers blessés samedi, 19, alors que MC était en GAV tout du long. Le procureur en vient même à dire que "même la manière dont il s’exprime montre qu’il est dangereux !". Est-ce parce qu’il a arrêté l’école à 11 ans ou parce qu’il s’est revendiqué anarchiste ?
Comme peine il réclame pour MC 30 mois ferme et une interdiction de paraître à Toulouse pendant 5 ans "parce qu’il faut le contenir" et que "tous les 6 mois, Toulouse est le lieu de convulsions" à cause de personne comme lui.
Pour MC, il recquiert 30 mois de prison et une interdiction de paraître à Toulouse pendant 5 ans.
Pour AL, il recquiert 10 mois de prison, dont 5 avec sursis et une interdiction de paraître à Toulouse pendant 5 ans.

Peine
MC prend 2 ans de prison, avec mandat de dépôt et 5 ans d’interdiction de paraître à Toulouse.
AL prend 8 mois de prison, dont 4 avec sursis et mandat de dépôt ainsi que la même interdiction de Toulouse pendant 5 ans.

7. C.J.
C a été arrêté rue du Pont Neuf vers 18h15. Il est accusé d’avoir lancé un caillou en direction des flics. Le caillou n’a atteint personne.
C est mal à l’aise, stressé, ne cesse de s’excuser. Il explique avoir voulu observer ce qui se passait dans le quartier, avoir entendu du bruit provenir d’une rue et s’y être avancé. Des personnes attaquent les condés, son copain se reçoit un tir de Flashball dans la jambe. Sous le coup de la colère, C ramasse une pierre et la lance en direction des flics. De nouveau il s’excuse, explique que beaucoup de proches de son ex étaient policiers, que lui même a passé les concours pour être matons et flics. Les juges tombent des nues, tout le monde déteste vraiment la police.

Réquisition du procureur
10 mois dont 5 avec sursis et maintien en détention, ainsi qu’une interdiction de manifester pendant 2 ans.

Peine
Le juge suivra les réquisitions du procureur mais ne demande pas le maintien en détention.

Récapitulatif des peines :

  1. Report en attente d’une expertise psy, enfermement d’ici le procés le 17 Janvier
  2. 4 mois dont 3 avec sursis sans mandat de dépot, 5 ans d’interdiction de port d’arme, 1 an d’interdiction de Toulouse
  3. Relaxe
  4. 8 mois dont 4 mois ferme, mandat de dépôt et 1 an d’interdiction de manifester.
  5. 8 mois dont 4 fermes avec mandat de dépôt, et 5 ans d’interdiction de paraître à Toulouse.
  6. 2 ans de prison avec mandat de dépôt et 5 ans d’interdiction de paraître à Toulouse.
  7. 10 mois de prison, dont 5 fermes sans mandat de dépôt et 2 ans d’interdiction de manifester.

Paris ville morte, n’a jamais été aussi vivante

Publié le 2018-12-14 11:34:04

Quelques médias ont qualifié la capitale de ville morte samedi matin. Mais vue de l’intérieur, elle n’a jamais été aussi vivante. Un témoignage, suivi des droits de réponse en vigueur.



Paris Ville Morte

Les Gilets Jaunes ont réussi un véritable coup de force ce samedi à Paris. Effectivement, la capitale en très grande partie était économiquement à l’arrêt total. Dès tôt le matin, les gérants des magasins loin du centre qui comptaient bien ouvrir leurs portes pestaient en apprenant que leurs employés ne pouvaient accéder à leur lieu de travail. Ils refermaient leurs volets aussitôt. Les autres, plus prévoyants, avaient déjà décidé de ne pas se pointer du tout. Beaucoup avaient de toute façon pris la peine de barricader leurs entrées et certains, apparemment peu confiants en une quelconque protection officielle, ceinturaient leurs commerces de rangées de gros bras siglés “sécu”.

Dans les rares stations de métro encore ouvertes, aucune information précise sur l’état du réseau. Sur le quai, pas grand monde, à part cette dame qui s’excite au téléphone : “Il a fait fermer tout Paris, ce bâtard de Macron !”. La rame qui arrive n’est pas très remplie, et s’arrêtera pour de bon à la station suivante : “terminus !”.

A la sortie, spectacle surréaliste. Les boulevards sont vides de tout : pas une voiture en vue, pas un magasin ouvert, pas une trottinette qui traîne. Seulement quelques petits groupes en noir et jaune qui avancent tranquillement, silence général.

Arrivés à quelques encablures de l’arc de triomphe et au niveau des premiers cars de CRS, une brigade de la BAC sur les dents n’hésite pas à se jeter courageusement sur nous. Apparemment, eux-aussi trouvent l’atmosphère pesante et cherchent de la vie. Première fouille contre un mur, mais rapide, car les collègues viennent d’interpeller un type à côté. On le jette dans une bagnole, les flics montent aussi, sauf un. Cafouillage. “on est déjà cinq par caisse !”. Engueulade. On ressort le type effaré, on cherche un autre véhicule. Transfert, sirènes, décollage.
On commençait à se dire que la stratégie de la peur avait payée, qu’on était seuls dans cette ville fantôme, mais enfin on sent un peu d’excitation dans l’air, de la vie ?

Paris, jamais aussi vivante

Devant l’arc de triomphe, nouvelle fouille. Un flic de la BAC sort son talkie :

Derrière, un gros rassemblement est déjà formé sur les champs élysées. L’ambiance semble chaude et bon enfant. Il est encore tôt, on trace notre route mais on reviendra.
En direction de la manif’ des gauchistes de St Lazare, on est plutôt à contre courant. Les avenues sont toujours désertes mais on croise de plus en plus fréquemment de petits groupes se dirigeants vers les champs.

Et c’est là que ça devient vraiment étrange. Presque à chaque fois, ces groupes s’arrêtent pour papoter, dans la rue, à Paris, avec des inconnus ! On se renseigne sur sa ville d’origine, sur les points de rassemblement, les points de fouilles, le matos confisqué. On se souhaite bon courage.

Toute cette partie de la ville est alors piétonne et calme, ce qui semble favoriser les échanges et les rencontres. Les seuls qui ne s’arrêtent pas sont les joggers qui sillonnent les rues et traversent les check-points comme si ceux-ci n’existaient pas. Aucune porte d’immeuble ne bouge, les parisiens semblent cloîtrés dans leurs apparts, à part celui-ci, errant devant chez lui, perdu et affolé. Il nous enjoint à quitter la ville, à ne pas bloquer l’économie. Il ne comprend pas, il est en colère. Nous le laisseront là après avoir débattu quelques minutes avec lui. “D’accord mais s’il-vous-plait, ne cassez rien, s’il-vous-plait !” fini-t-il presque en larmes. Puis Il aborde le groupe suivant.

On se rend compte qu’a force de s’arrêter tous les deux platanes, on a pas trop avancé. On décide d’arrêter de discuter avec n’importe qui, non mais ! Mais c’est presque impossible, tout le monde veut bavarder. À Paris, quand deux regards se croisent, on s’arrête et on prend des nouvelles, c’est comme ça.

Une grande foire

La suite vous la connaissez : des rassemblements, des cortèges, des nasses, des grenades, des feux, des vitres qui éclatent. Énormément de monde, partout. Peu d’alcool avant le soir. Peu de frictions entre manifestants. Peu de sigles. Beaucoup de nouveaux. Peu de discussions sur le fond.
Nous n’avons été témoins que de peu de mépris de lutte. Nous étions à l’aise dans ces foules qui nous semblaient plutôt bienveillantes.

Finalement, cela ressemblait un peu à un festival de rue, avec ces groupes qui se croisent et se re-croisent en se demandant ce qu’ils ont vu. Mais un festival sans alcool, et donc un peu plus morose.

Mais sur les Champs Élysées, changement d’ambiance. Plus qu’un festival, c’est en fait une grande foire qui se déroulait ici tout l’après-midi.

Tout l’après-midi, les champs avaient en effet tout d’une foire populaire.
D’abord, l’entrée était totalement libre, à la condition de faire la queue devant les gentils vigiles CRS qui pouvaient vérifier que tout le monde avait bien son ticket (à retirer à l’office du tourisme).

Dedans, on pouvait trouver tout un tas de stands différents qui duraient chacun des heures. On regrettera l’absence de plan de situation et d’affichage clair. Parmi ces stands, nous avons pu voir :

Et j’en passe : le stand de tir bien en-tendu, le chamboule-tout, la chorale…

Ce qui nous a réellement frappé, à part les tonfas, c’est que chacune de ces activités prenaient place dans un endroit très localisé, et y restait tout l’après midi.
Nous pouvions très bien ressentir cet esprit de provocation de foules entières, qui ciblaient ici ce magasin proche des flics, là cette brigade particulière, encore et encore, inlassablement.

Ce qui nous a sauté aux yeux aussi, à part les gaz, c’est que bien qu’un groupe soudé de quelques personnes puisse facilement lancer un nouveau “jeu”, les initiatives n’étaient pas très nombreuses ni variées.
En particulier, nous avons regretté le peu de banderoles, de musique, le manque d’idées quant aux slogans, l’absence de réels groupes de discussion et d’activités y menant.
Et pourtant, nous avons aussi ressenti ce désir de participer, ces foules de moins en moins passives au fur et à mesure de l’après-midi qui passe, apprenant et prenant acte en temps réel des stratégies qu’on lui opposait.

Droit de réponse presque imaginaire

Alors qu’on s’apprêtait à publier ce texte, nous avons reçu plusieurs lettres émanant des ministères de l’intérieur et de la justice que nous reproduisons ici afin de permettre une information la plus complète du public.

« Il n’y a pas eu de débordement, ni même “énormément de monde” comme vous en faites part. En effet, nous rappelons ces simples faits :
À paris, à part les 8 000 policiers mobilisés, nous avons compté 10 000 manifestants. Nous sommes très satisfaits du dispositif policier mis en place. Il n’y a jamais eu autant de casse.
Si cela fait un ratio de 4 policiers pour 5 manifestants, à l’échelle du pays, nous avons compté 89 000 policiers pour 136 000 manifestants, soit un ratio global de 2 policiers pour 3 manifestants.
Ces chiffres parlent d’eux même, la situation était totalement sous contrôle.
 »
La pref’ de Paris (sous gestion directe de l’intérieur)

«  Oui, c’est vrai, nous avons procédé à un certain nombre d’interpellations préventives en amont de la manifestation. Cependant, le terme ’interpellations préventives’ n’est pas justifié.
En effet, à Paris par exemple, nous avons procédé à 1082 interpellations préventives, et en comptant les interpellations préventives non suivies de garde-à-vue (182) ainsi que les procédures classées sans suite (284), nous arrivons a un ratio de 466 interpellations préventives pour rien contre 616 interpellations préventives suivies de poursuites judiciaires, ce qui est quand même pas mal.
Ces chiffres parlent d’eux même, la situation était totalement sous contrôle.
 »
Nicole Belloubet, ministre de la justice (sous contrôle de l’Élysée)

«  Il est inexact de dire que nous n’écoutons pas le peuple quand il parle. En effet, bien avant la dernière manifestation, nous avions déjà pris tout un tas de mesures d’appui, parmi celles-ci :

Nous avons aussi reçu cette lettre du directeur des galeries Lafayettes :

« Le groupe Galerie Lafayettes s’associe aux revendications des gilets jaunes. C’est pourquoi notre équipe de sécurité, vêtus de ces gilets fluo au passage de cortèges devant notre magnifique enseigne, exhortait joyeusement la populace à avancer promptement. Malheureusement, face aux nombreuses forces de police présentes à l’arrière des dits cortèges, ils ont été contraint de retirer leurs gilets. Mais nous avions prévu le coup, car ils ont pu les remplacer aussitôt par de superbes brassard jaunes (en vente à prix réduit dans notre enseigne, rayon maintien de l’ordre). Galeries Lafayettes, la France vit plus fort ! »
Philippe Houzé, PDG des Galeries Lafayettes

Conclusion

En conclusion, un petit jeu.

Qui a dit, au lendemain de cette dernière manifestation :
nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies ?

1 – Emmanuel Macron
2 – Jean-Luc Mélenchon
3 – Philippe Poutou

Réponse : https://youtu.be/2RV3_7Dz56o?t=715

Comptez 1312 points par réponse.

[Paris-Montreuil] Tissons des solidarités face au droit de propriété ! Squatsolutions et Camelot Europe, une histoire de capitalisme urbain

Publié le 2018-12-14 11:35:02

[Paris-Montreuil] Tissons des solidarités face au droit de propriété ! Squatsolutions et Camelot Europe, une histoire de capitalisme urbain

Si tu possèdes un bien immobilier (un studio, un appartement, un atelier) et que tu le laisses vide parce que «dans quelques années je pourrai le vendre/louer plus cher», ou parce que «je n’ai pas le temps de m’en occuper» ou bien car «c’est compliqué, on n’arrive pas à trouver une solution avec les autres co-propriétaires», il est possible qu’entre-temps des galérien.ne.s y trouvent un abri.

Il arrive souvent que pendant des années des appartements, voire des immeubles entiers, soient laissés vides par leurs propriétaires. C’est à ce moment là que les « junkies » (comme le chef de Squatsolutions aime les définir) entrent en action. Ce sont des migrant.e.s, des chômeu.se.r.s, des précaires, des travailleu.r.se.s, des personnes seules ou avec famille, qui n’ont pas les bons papiers, les bons dossiers pour l’agence immobilière et/ou pas assez d’argent pour payer des loyers désormais exorbitants.

Au fil des années, des agences sont nées pour faire face au «problème» des squatteurs et des squatteuses. Aujourd’hui, les plus connues sont Camelot Europe et Squatsolutions.

Qui est-ce ?

Squatsolutions [https://squatsolutions.com/] se définit comme «leader européen spécialisé dans le rachat de biens en situation complexe ou problématique». Ils rachètent tout bien immobilier squatté en l’état AVEC les occupant.e.s sans ni droit ni titre. Ils s’occupent aussi de gérer les indivisions conflictuelles.
Yan Collet, le responsable acquisition, a plusieurs collaborateurs : des notaires, des avocats (dont maître Raphaël Richemond et maître Grégory Cherqui), des huissiers de justice (dont maître Alleno), la police nationale, la police municipale, des mairies, des généalogistes, des syndics de copropriété et des pompes funèbres. De plus, des agences immobilières des régions PACA, Auvergne-Rhône-Alpes et Île-de-France lui envoient des dossiers immobiliers placés dans des «situations complexes».
Squatsolutions travaille uniquement en France.

– De l’autre coté, Camelot Europe [https://fr.cameloteurope.com/] est un spécialiste de biens vacants au niveau international. Ce promoteur permet aux propriétaires de louer leurs locaux temporairement vacants pour pas cher, mais avec plein de contraintes pour les locataires : pas d’animaux, pas de tabac, pas d’enfants, pas de fêtes, pas plus de 18 mois d’occupation. Et un bon nombre d’obligations aussi : signaler tout dysfonctionnement ou toute intrusion illégale, respecter le règlement intérieur, etc. Des visites de contrôle sont prévues tous les mois pour vérifier le bon état du bâtiment. Leur objectif est de surveiller et protéger les biens de leurs clients afin d’éviter que des gens les occupent illégalement. Avec cette démarche, ils permettent de créer de la plus-value sur les biens immobiliers. Leur slogan est «protection par occupation» (bleah !). Ils travaillent aux Pays-Bas (où ça a été créé, en 1993), en France, en Belgique, en Finlande, en Angleterre, en Irlande et en Allemagne.

Comment ca marche ?

Squatsolutions. Après avoir compris qui sont les occupant.e.s, ils commencent des procédures judiciaires pour les expulser. Lors des procès, l’avocat de la boîte cherche à faire condamner les occupant.e.s à indemniser les propriétaires, mais souvent c’est des gens qui ne peuvent pas payer. Ils se chargent aussi de l’obtention de tous les diagnostics indispensables en vue de la signature du compromis de vente.

Camelot Europe. L’agence s’occupe de trouver des résident.e.s temporaires pour les immeubles à louer selon des critères de sélection très stricts. L’offre de résidence temporaire s’adresse à un public cible de travailleurs et travailleuses de tous âges, avec une préférence pour les célibataires. Pour vérifier la fiabilité des postulant.e.s, il y a un entretien où il faut fournir les documents originaux.

Tout ça c’est dégueulasse !

Une autre histoire de chasse aux pauvres et de capitalisme urbain

Si on regardait les choses du point de vue de celles et ceux qui galèrent pour s’abriter plutôt que du point de vue des promoteurs et des pouvoirs publics qui livrent la ville au capitalisme urbain, l’histoire serait racontée d’une autre manière. Dans les faits, les inégalités sont criantes.

Parce qu’ils/elles ont besoin d’un endroit où se loger, les squatteurs/squatteuses essayent de s’installer dans un bien qui est laissé vide par son/sa propriétaire. Souvent, ces mêmes squatteurs/squatteuses ne peuvent pas accéder aux logements sociaux ou aux aides de l’État car ils/elles n’ont pas le bon bout de papier, ils/elles ne remplissent pas tous les critères requis, ou bien parce qu’il n’y a pas assez de place pour loger tout le monde. Et à cause de ce système qui défend le droit de propriété et qui préfère spéculer plutôt que donner un toit à tout le monde, les squatteurs/squatteuses sont le plus souvent expulsé.e.s par la police sans aucune proposition sérieuse de relogement.

Parmi les occupant.e.s des bâtiments vides, certain.e.s squattent non seulement pour des raisons économiques mais aussi par choix politique, pour contrer la spéculation urbaine, pour faire vivre des espaces laissés à l’abandon et pour créer des dynamiques collectives hors du cadre institutionnel. Eux et elles aussi subissent le même traitement.

Face à cela, le squat nous apparaît comme légitime, voire salutaire. Tandis que la possession de (plusieurs) biens immobiliers inoccupés (murés, surveillés, gardiennés) pendant des mois et des années nous semble, elle, ignoble et illégitime, comme toute forme de spéculation.

Au lieu d’essayer d’empêcher tout type d’occupation illégale, il vaudrait mieux réfléchir aux problèmes sociaux existants et à la remise en question du modèle capitaliste et égoïste qui caractérise notre société.

Les entreprises comme Squatsolutions et Camelot Europe font du profit sur la galère des gens et encouragent l’affaiblissement des solidarités entre les personnes.

Il pourrait donc être intéressant de faire signe à ces entreprises cupides, juste pour leur rappeler qu’il ne suffit pas d’expulser les gens pour s’en débarrasser…

Le cabinet de l’huissier Alexandre Alleno se trouve au 39 avenue du Président Wilson, 93100, Montreuil.
Celui des avocats Richemond et Cherqui se trouve au 15 rue de Lubeck, 75116, Paris.
L’adresse postale de Camelot Europe se trouve au 46 rue de l’Echiquier, 75010, Paris.

Tissons des solidarités dans les quartiers et ne nous laissons pas faire !

Si le jeu c’est la chasse aux pauvres, nous ne voulons pas jouer avec vous. La seule chasse qui nous plaît, c’est la chasse aux maisons vides !

[Version PDF, tract de 4 pages A5.]

20 décembre : Soirée de soutien à Loïc Citation et aux inculpé-e-s du G20 de Hambourg !

Publié le 2018-12-14 11:36:04

Jeudi 20 décembre aura lieu une soirée de soutien à Loic Citation, militant anarchiste détenu en Allemagne suite à une extradition dans le cadre d’une enquète sur la mobilisation contre le G20 en Juillet 2017.



Pour le procès de l’action d’Elbchaussée : retrouvons-nous !

Jeudi 20 décembre à l’Écharde (19 rue Garibaldi, Montreuil)
Discussion, bar, infokiosques, chorale et soirée !
Auberge espagnole, ramenez un plat à partager !
18h30 – 20h : discussion
20h : chorales
21h - minuit : soirée
En soutien aux frais de cantinage et de défense de Loïc

En réponse à l’appel à rassemblements émanant du « Comité Transfrontalier » (https://manif-est.info/Des-nouvelles-de-Loic-Citation-G20-de-Hambourg-860.html)

Mardi 18 décembre commencera à Hambourg le procès de 5 personnes arrêtées dans le cadre de l’énorme traque européenne post-G20. L’État allemand veut faire payer quelques personnes pour les milliers de rebelles qui ont convergé dans la ville portuaire en juillet 2017 pour ne pas laisser Trump et consorts se réunir en paix. Il veut aussi se venger de l’affront subi parce que le dispositif policier massif prévu pour sécuriser le contre-sommet a été largement débordé – à Schantze, à Elbchaussee, et dans d’autres manifestations de ce contre-sommet.

Le procès qui s’ouvre est un nouveau chapitre de cette répression massive – soixantaine de perquisitions dont certaines dans cinq pays européens, appel à délation public, 3500 procédures ouvertes, fermeture de la plateforme de médias libres Indymedia Linksunten, etc. Il cible des personnes à qui il est reproché d’avoir participé à l’action d’Elbchaussee le 7 juillet 2017 : une balade matinale de plusieurs centaines de rebelles tout de noir vêtu-e-s, où voitures et vitrines de ce quartier bourgeois ont été saccagées.

Prévu pour durer plus de 30 jours et s’étaler sur 5 mois, ce procès s’annonce retentissant. Parce que cette promenade de bon matin est perçue comme le pire affront subi par les organisateurs du G20. Parce que les moyens policiers déployés depuis un an et demi ont été massifs (appel à délation, vagues de perquisitions coordonnées dans plusieurs pays, surveillance massivee) et qu’ils appellent des résultats. Parce que les termes de l’accusation tentent d’éluder le contenu politique des protestations pour laisser croire à une « bande criminelle organisée ».

Parmi ces 5 personnes, il y a notre ami et compagnon Loïc Citation, arrêté à Nancy le 19 août dernier après avoir été en cavale pendant plus de 2 mois pour refuser de se soumettre à un mandat d’arrêt européen. Enfermé d’abord à la maison d’arrêt de Nancy, il a été extradé le 6 octobre dans la prison de Hambourg où il restera au moins jusqu’à la fin du procès. Placé dans le « quartier des étrangers » - où les matons parlent uniquement allemand - il a pu obtenir ses premiers vêtements 25 jours après son arrivée, un mois et demi pour obtenir quelques livres…

Quatre autres accusés comparaîtront : deux étaient mineurs au moment des faits, et n’ont pas été incarcérés pour l’instant. Quand aux deux autres, ils ont été libérés après 6 mois de détention préventive… mais deux heures plus tard le parquet faisait appel, lequel a confirmé le maintien en détention : ils sont donc toujours derrière les barreaux.

Par ailleurs, les accusés étant jeunes (moins de 25 ans), il y a un fort risque que la Cour décide de faire son sale travail à huis clos. Pourtant, ni les principaux concernés ni leurs avocats ni même le procureur ne souhaitent un tel dispositif. L’audience du 18 décembre sera d’abord consacrée à trancher cette question technique. Il est donc possible que ce soit là la seule occasion de voir nos amis et compagnons et de leur manifester notre soutien.

Quoiqu’il en soit, il ne fait plus aucun doute que ce procès sera celui de tous les "troubles" survenus dans la cité portuaire à l’occasion de la réunion de tous les puissants de cette planète. Quelques personnes, à qui on reproche principalement d’avoir été présentes à cette action, risquent aujourd’hui de lourdes peines mais c’est l’ensemble de nos mouvements qui sont attaqués.

L’objectif est clair. Il s’agit de criminaliser toutes les formes de contestation de l’ordre néolibéral, de nous faire passer le goût des sommets internationaux pour qu’enfin les exploiteur.euses de tous poils puissent ripailler en toute sérénité au coeur même de nos villes.

Que ce procès se fasse à huis clos ou en public, il faut qu’il soit partout l’occasion de porter haut et fort notre parole de résistance, celles des personnes inculpées, et de notre ami Loïc aujourd’hui enfermé entre leurs murs. Les seul.es criminel.les que l’on ait vues dans les rues de Hambourg en juillet 2017, ce sont celles et ceux qui se sont réuni.es à nouveaux à Buenos Aires ces jours-ci, qui iront à Davos au mois de janvier et Biarritz l’été prochain. Celles et ceux qui partout s’organisent pour détruire nos vies, planifier nos futurs et administrer le désastre qu’iels s’emploient à accentuer !

Un appel à rassemblement international est lancé pour manifester notre solidarité par-delà les frontières à partir du 18 décembre et tout au long du procès. Plusieurs rassemblements sont déjà prévus : en France à Nancy (19 décembre à la Fac de Lettres), en Allemagne à Hambourg (17 décembre), Freibourg (18 décembre), Francfort (18 décembre) et sans doute Munster et Brême.

Seul.e.s quelques-un.e.s sont enfermé.e.s, mais nous somme tou.te.s visé.e.s !
Liberté pour Loïc et les autres compagnon-ne-s enfermé-e-s !

Pour écrire à Loïc Citation :
Loïc Schneider
UHA Hamburg (Untersuchungshaftanstalt)
Holstenglacis 3
20355 Hamburg

Contact et infos : soutienloic@riseup.net

« A ce rythme-là, vous allez pouvoir mettre toute la France en comparution immédiate » - Récit de deux après-midi au TGI de Paris

Publié le 2018-12-14 14:45:05

Lors de l’acte IV du mouvement des Gilets Jaunes, l’État a déployé une répression policière et judiciaire d’une ampleur rarement atteinte auparavant. Sur la seule ville de Paris ce sont 974 personnes qui ont été placé en garde-à-vue (parmi elles 820 majeurs et 154 mineurs). Concernant les majeurs, 641 ont eu un rappel à la loi ou un classement sans suite (soit 78%), 81 personnes sont passées en comparution immédiate. Ce compte-rendu permet de faire un état des lieux (non-exhaustif) de la répression judiciaire du mouvement social en cours. Il s’agit du récit de deux après-midi passées aux audiences de comparutions immédiates concernant la mobilisation du 8 décembre.



PV de contexte : ambiance contre-insurrectionnelle, deux proc’ et six juges radicalisés, des dizaines de vies brisées

Si les juges, les proc’ et les prévenus n’étaient pas les mêmes sur ces deux jours, l’ambiance était pourtant très similaire. Derrière leur beau pupitre, on a des procureurs qui ne tentent même plus de cacher leur obédience au pouvoir exécutif et aux flics et des juges qui suivent quasi-systématiquement les réquisitions des proc’. Comme toujours dans les tribunaux, l’ambiance est au mépris de classe et au paternalisme : le juge s’inquiète sur la consommation d’alcool d’un tel ou sur la façon dont un autre recherche activement du travail. Les prévenus -qui, rappelons-le, viennent de passer trois jours enfermés- ne se tiennent pas assez droit ou n’articulent pas suffisamment pour le juge. Le procureur, lui, joue bien son rôle de chien de garde de l’État, il rappelle sans répit les scènes de violences, Paris à feu et à sang, la bravoure des policiers qui défendent le peuple et le comportement anti-républicain de ces casseurs, pilleurs et autres tueurs de flics. Lors d’une plaidoirie, il a poussé la caricature jusqu’à citer « un célèbre chanteur » qui aurait « embrassé un flic ».

Dans le box, entourés de flics, on retrouve des prévenus aux profils assez similaires d’un jour à l’autre. Il s’agit exclusivement d’hommes, ils ont entre 18 et 41 ans, la majorité d’entre eux ayant entre 20 et 30 ans. Ils sont très majoritairement issus des classes populaires, souvent intérimaires ou sans-emploi, avec des revenus qui oscillent entre les 550 euros du RSA et 1500 euros pour ceux qui s’en sortent le mieux. Certains vivent chez leurs parents ou ont dû y retourner pour des raisons financières. Plusieurs utilisent une partie de leur salaire pour aider leurs parents qui ne s’en sortent pas avec leurs retraites. Quelques uns ont de jeunes enfants à charge. Une partie d’entre eux vient de régions assez éloignées de Paris, une autre de grande banlieue parisienne. Beaucoup évoquent leur envie de venir manifester et faire valoir leurs droits à Paris, dans l’indifférence du tribunal voire son mépris.

La plupart ont des avocat-e-s commis-e-s d’office, elles/ils plaident comme ils peuvent mais viennent souvent juste de découvrir le dossier. Pratiquement aucun ne conseille à son client de demander un délai pour préparer sa défense. Lorsque la question est posée aux prévenus, beaucoup d’entre eux répondent « oui, aujourd’hui » d’un air étonné sans avoir l’air de vraiment saisir l’enjeu. La majorité des prévenus n’a pas vu d’avocat-e-s en garde-à-vue car les flics leur ont dit que plus vite leur audition serait faite, plus vite ils sortiraient. Un mensonge, une fois de plus... Pour cette même raison, plusieurs n’ont pas demandé de médecin alors qu’ils étaient blessés suite à des tirs de flashball ou des tabassages en règle par les flics lors de l’interpellation. Parmi les prévenus de ces deux après-midi, un avait une plaie ouverte à la tête, un autre 3 dents cassées, plusieurs ont évoqué des bleus sur l’ensemble de leur corps, d’autres encore ont raconté s’être pris des flashball pendant la manifestation. Souvent ces éléments n’étaient pas abordés d’emblée par les prévenus -par peur, pudeur ou par honte selon les avocat-e-s-, et ce sont seulement les questions explicites des avocat-e-s qui ont fait émerger ces éléments. De même, les conditions horribles des garde-à-vues ont été très peu abordées par les prévenus. Le procureur lui est formel sur ce point : « les policiers ont bien d’autres choses à faire que de commettre des actes contraire à la déontologie policière ». Ah bon ?

Chaque jour en début d’après-midi, les salles étaient remplies de journalistes, d’habitants du quartier curieux, de quelques soutiens et même de quelques flics en civil. Un d’entre eux commente un des jugements par un « pour une fois, ils ont pris cher ces enculés ». En tendant l’oreille, j’ai compris qu’il s’agissait d’un flic en civil plutôt gradé qui parlait à un autre flic en civil et aux flics en service du tribunal. Tou-te-s se réjouissaient des lourdes peines annoncées, regrettant toutefois le laxisme des contrôles judiciaires : « ça serait mieux si on les faisait pointer au commissariat toutes les heures les samedis ». S’en est suivi une conversation sur l’indépendance de la justice : « s’ils ont eu ces peines, c’est parce que Belloubet les a appelé, je sais qu’il faut pas trop le dire mais Belloubet appelle directement les magistrats ». Ambiance.
Les familles et proches de prévenus sont peu nombreux dans la salle. La plupart font part des difficultés qu’ils ont eu à avoir des informations sur l’endroit où était leur fils/frère/ami. Ils n’ont pas reçu d’appel du commissariat, c’est seulement lors de leur arrivée au dépôt qu’ils ont été prévenus. Certaines familles sont venues de loin et se sont retrouvées perdues dans Paris sans savoir dans quel tribunal leur fils serait jugé. Ils n’ont souvent aucune idée de ce qui est reproché à leur fils/frère/ami avant d’entrer dans la salle d’audience. En fin de journée, les salles sont quasi-vides et les peines de prison ferme tombent dans l’indifférence générale.

Voilà le résultat après 14 heures d’audience et le passage de 24 prévenus :

- 45 mois de prison ferme (pour 9 personnes au total)
- 4 mandats de dépôt (les personnes condamnées partent directement en taule le soir même)
- 13 mois de prison avec sursis (pour 4 personnes au total)
- 4 relaxes totales
- 7 renvois dont 6 avec des contrôles judiciaires et 1 maintien en détention provisoire
- 2200 euros d’amende qui vont s’alourdir avec des audiences plus tard pour établir certains préjudices (notamment pour la ville de Paris)

Les différents types de dossiers

Les interpellations matinales : "ils voulaient même faire passer les casseroles de ma mère pour une arme"

Samedi dernier, beaucoup d’arrestations ont eu lieu dans la matinée alors que les gens n’avaient même pas encore eu le temps de sortir de leur voiture.
C’est le cas de Martin (tous les noms ont été changés) qui a été arrêté lors d’un contrôle routier aux alentours de 9h. Les chefs d’inculpation contre lui étaient nombreux : "port d’arme blanche", "détention de substances explosives", "transport de substances explosives" et "participation à un groupement en vue de...". Martin est complètement désemparé à la barre, il explique que la plupart des objets dont on lui reproche la possession sont des choses qui sont toujours présentes dans la voiture, comme par exemple les deux bonbonnes de gaz trouvées dans le coffre et utilisées dans le cadre d’un week-end camping. D’autres objets appartenaient aux autres personnes présentes dans la voiture qui ont aussi été arrêtées. Toutefois, comme le parquet n’a pas jugé bon de les mettre dans le même dossier, ils sont jugés dans des chambres différentes et il y a des chances que plusieurs soient condamnés pour la possession d’un même objet. Assez naïvement, en garde-à vue, Martin a reconnu qu’il avait ramené des billes et qu’il avait envisagé de les mettre au sol pour faire chuter les CRS : "c’était juste défensif, on se fait attaquer par les CRS, on veut seulement se défendre". Dans les réquisitions du procureur, les petites billes en verre deviennent des billes en plomb et il demande 3 mois de prison ferme. C’est ce que le juge mettra. Lors du mot de la fin, Martin a pris la parole, en pleurs, pour dire "je ne manifesterai plus". Ça tombe bien, c’était l’objectif.

Les arrestations pour groupements et jets de projectile : "la population des gilets jaunes aurait donc été victime de tirs de lacrymo par les policiers, c’est ce que vous dites ?" (le proc’)

À cette question offusquée du procureur, un des prévenus a répondu un "oui" très catégorique. Beaucoup des personnes jugées pour violences le sont car elles ont avoué en garde-à-vue avoir rejeté des palets de lacrymo ou des pavés sur les flics après une charge, un tir de flashball ou de lacrymo. Dans la plupart des dossiers, il n’y a aucune preuve hormis les aveux en garde-à-vue ou les exploitations des téléphones des prévenus.

Sur les quatre personnes accusées exclusivement de "participation à un groupement", 2 ont été relaxées, une a demandé un renvoi. Le seul qui a été condamné l’a été en raison des messages trouvés sur son téléphone - avec des appels explicites à la casse et des insultes envers les flics - et en raison de la présence d’un pavé dans son sac qu’il a reconnu y avoir mis pour le garder comme souvenir. Dans son cas, le procureur a demandé 3 mois ferme et c’est ce que le juge a mis (en refusant la non-inscription au B2). Les deux autres cas étaient assez similaires (c’est à dire des dossiers quasi-vide) mais l’exploitation de leur téléphone n’a rien donné. Un des deux était aussi accusé d’avoir un pavé dans son sac, mais il a nié et a expliqué qu’il avait été placé là par un CRS. Les deux ont été relaxé (le proc’ demandait trois mois ferme pour l’un et cinq avec sursis pour l’autre).

Concernant les six personnes accusées de "participation à un groupement" et de "violences sur personne dépositaire de l’ordre public ayant entrainé 0 jours d’ITT" (principalement des jets de projectiles), là encore, la plupart se sont auto-incriminés en parlant lors des garde-à-vues. J
érémie, arrêté pour avoir un tournevis en sa possession a avoué lors de son audition avoir relancé un palet de lacrymo en direction des flics (il n’était pourtant pas accusé de ça et aucun élément du dossier ne permettait de l’incriminer pour ça). Il a été relaxé pour les faits de groupement et condamné à 60 jours amende à 20 euros pour violences (le proc demandait trois mois ferme avec mandat de dépôt). Même chose pour Vincent, accusé d’avoir jeté un pavé sur un flic. Pensant arranger les choses, il déclare en GAV, "j’ai juste jeté des grenades lacrymo mais pas le pavé". Dans son cas, l’exploitation du téléphone va encore empirer les choses : c’est notamment le fait qu’il ait envoyé les fiches du dispositif policier la veille de la manif qui se transforme en "éléments préparatoires et concertés" dans la bouche du proc. Il demande 4 mois de prison, 2 ans d’interdiction de Paris et la confiscation du téléphone. Le juge suit ses réquisitions mais change les 4 mois ferme en sursis.

De la même façon, Paul a déclaré en audition : "j’ai jeté qu’un caillou lorsqu’on m’a mis le flashball". Son avocate précisera qu’il s’est pris un tir tendu de flashball dans le ventre. Il n’avait pas été interpellé pour ça mais le parquet a sauté sur l’occasion. Il a été condamné à deux mois de prison ferme (le proc demandait trois mois ferme). Mathieu relate des faits similaires et a fait constater sa blessure par un médecin. Il est condamné à un mois de prison avec sursis, le procureur en demandait trois.

À chaque fois, les prévenus expliquent et les avocates plaident que le projectile a été jeté sur le coup de la colère en direction des flics mais sans jamais les toucher. Il n’y a aucune victime dans sces différentes histoires. Il n’y a pas non plus ni de lieu, ni d’heure, ni aucun élément matériel pour caractériser des violences. Les seules preuves sont les déclarations des prévenus. Pour autant, le juge condamne dans tous les cas pour violences. Le juge et le proc’ sont dans le pathos à grand coups de : "avez-vous quelque chose à dire à tous les policiers blessés ?" et autres "jeter des projectiles est un acte d’une violence terrible".

Les deux autres personnes accusées de violences mais qui ont toujours nié les faits ont été relaxées (dans un des cas le proc demandait trois mois ferme, dans l’autre deux mois avec sursis).

Pour chaque accusation de groupement, la ville de Paris s’est constituée partie civile. On a eu droit a des plaidoiries pathétiques expliquant que les pavés font partie du mobilier urbain et que donc les personnes qui les jettent sur les flics ont contribué à dégrader le mobilier urbain, et cela d’autant plus que le jet de pavé pourrait endommager une autre partie du mobilier urbain. Le premier jour le juge a refusé la constitution de partie civile à chaque fois, le lendemain l’autre juge a accepté alors qu’ils s’agissait de dossier similaires.

Violences volontaires et complicité de violences volontaires : "je l’ai reconnu, c’est celui qui venait de me mettre 4 coups de matraque"

Pendant ces deux jours, un dossier s’est distingué des autres du fait du traitement spécifique qui en a été fait.
Il s’agit de deux hommes tous deux accusés de "participation à un groupement", "outrage à agents". En plus, l’un des deux, Karim, était accusé de "violences volontaires" et de "dégradations d’une vitrine" ; l’autre, Julien, était accusé de complicité pour ces deux délits du fait d’avoir filmé les scènes. Ils ont tous les deux des casiers judiciaires vides et un emploi relativement bien rémunéré. Ils ont été arrêtés juste après que l’un des deux ait mis un coup de pied dans le dos d’un flic. Le flic est tombé en avant et s’est vu notifier 5 jours d’ITT suite à son passage aux urgences. En GAV et au tribunal, Karim explique que ce n’était pas un geste gratuit car ce même agent l’avait frappé quelques minutes auparavant, il explique également qu’il regrette son geste et que c’est "l’ambiance de la journée" qui l’a poussé à agir comme ça. Le flic a porté plainte et est représenté par son avocate qui se décrit elle-même comme "spécialiste" de ce genre d’affaires. Il y a également un agent du ministère de l’État qui est partie civile. S’ils ont été arrêtés juste après les faits, les vidéos dans le portable de Julien sont accablantes pour eux deux : ce sont ces vidéos qui ont permis d’ajouter les délits d’outrages, de dégradation et de groupement. Concernant les violences, les vidéos jouent aussi un rôle primordial dans ce dossier puisque les personnes y sont nettement reconnaissables. De plus, c’est sur la base des vidéos que le parquet requiert la "complicité par le fait de filmer" pour Julien. Les vidéos qui pourraient être à décharge et que les prévenus évoquent ne sont pas dans le dossier. L’avocate du flic s’en donne à cœur joie dans sa plaidoirie et débite tous les lieux communs. Elle va jusqu’à dire que son client a reçu un coup de pied dans la nuque et qu’il aurait pu mourir suite au coup du lapin alors même que la vidéo montre que le seul coup reçu était au niveau du bassin. Rappelons que le flic a eu 5 jours d’ITT. Elle demande bien évidemment de la thune, 1000 euros dans un premier temps, puis davantage quand le flic aura fait tous les examens de santé. Le proc’ reste dans la même veine et demande pour Karim 10 mois de prison dont 6 avec sursis et un mandat de dépôt ainsi que 2 ans d’interdiction de Paris. Pour Julien, il demande 6 mois avec sursis et deux ans d’interdiction de Paris.

Au retour de la suspension, le délibéré tombe : Julien est relaxé pour les faits de complicité, pour le reste il est condamné à 4 mois avec sursis et à une interdiction de Paris pour 2 ans. Karim est condamné à 8 mois de prison dont 4 avec sursis et mandat de dépôt, interdiction de Paris pour deux ans et 1000 euros pour le flic. Ses proches, sous le choc, veulent s’approcher du box. Les flics de la salle les en empêchent. Ils font sortir les prévenus du box, un cri glaçant s’échappe du couloir. Les proches restent debout dans la salle et disent au juge "a t-on le droit de manifester notre incompréhension face à un tel jugement ?". Le juge leur lance un "non" sec et méprisant et leur dit de quitter la salle.

Dégradations, vols et recels : "Il ne peut pas dire qu’il voulait manifester pour le pouvoir d’achat car il est étranger" (le proc’)

Apparaissent enfin les fameux casseurs-pilleurs décrit par le Parisien. En deux après-midi, neuf personnes sont passées devant le tribunal pour des faits de vols, de recels ou de dégradations. Cinq d’entre eux ont fait des demandes de renvoi et sont placés sous contrôle judiciaire en attente de leur jugement le 8 janvier. Lors d’une des demandes de renvoi, le procureur a commencé sa réquisition sur le fond jusqu’à ce que le juge le reprenne en lui disant qu’il fallait qu’il fasse des réquisitions sur les conditions de renvoi. Cette erreur décrit assez bien le comportement des proc’ durant ces deux jours : des réquisitions à la chaîne qui reprennent toujours les mêmes phrases ("vu les images à la télévision, vous ne pouviez pas dire que vous ne saviez pas ce qu’il allait se passer", "comportements anti-républicain", "les policiers qui nous défendent tous", ...) et où il a l’air de sortir des durées de mois ferme et des "avec ou sans mandat de dépôt" de façon quasi-aléatoire.

Concernant les personnes accusées de dégradation, de vol et de recel, on retrouve dans les propos des juges et des proc’ une volonté de bien mettre en avant que ce ne sont pas de vrais manifestants. Le juge pose de nombreuses questions sur les raisons de la manifestation. Exemple d’interaction :
« - vous manifestez pour quoi ?
- soutenir les gilets jaunes
- c’est à dire ?
- ben en soutien
- mais c’est quoi les gilets jaunes ?
- ben pour les taxes et tout
- vous êtes intéressé par ce mouvement, ça se voit (sur un ton ironique) »
Dans le cas de cette personne, le proc’ se permettra de dire "le gilet jaune dont il était porteur n’est qu’un prétexte pour se fondre dans la masse". Ce mépris et cette volonté de présenter ces personnes comme des "opportunistes" s’inscrit clairement dans un cadre raciste. Pour un autre interpellé, tunisien et sans-papier, le proc’ déclare pendant sa réquisition : "Il ne peut pas dire qu’il voulait manifester pour le pouvoir d’achat car il est étranger".

Parmi les 4 cas jugés lundi ou mardi, il s’agit de trois cas de recels et un cas de vol. Les personnes accusées de faits de dégradations, et notamment pour des voitures brûlées ont demandé des reports. Le recel a été dans les trois cas reconnu, et à chaque fois les objets récupérés étaient en dehors des magasins, sur le sol. Si le procureur reconnaît que "le recel, c’est moins grave que la violence", il va pourtant demander de lourdes peines qu’il justifie par les casiers, et sera systématiquement suivis par le juge. Pour recels de cravates, Mohammed est condamné à trois mois de prison ferme. Pour recels de différents vêtements de sport et de documents d’identité, Dylan est condamné à 10 mois ferme avec mandat de dépôt. Il a déjà passé, en cumulé, plus de 10 ans en prison et avait déclaré que retourner en prison allait le détruire. Dans le cas d’Hassen, accusé à la fois de recel et de présence sur le territoire français (il est tunisien et sans papier français), le procureur requiert 4 mois ferme avec mandat de dépôt et interdiction du territoire français pour 3 ans. Malgré la tentative de son avocate de prouver que son casier judiciaire est inhérent à sa situation administrative et que la prison ne permettrait rien d’améliorer, le juge a décidé d’assumer le caractère raciste de son tribunal en allant au-delà des réquisitions du proc’ et a prononcé 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

Enfin, concernant le dernier cas, il s’agit d’un vol. Omar a été arrêté pendant qu’il filmait la casse de plusieurs magasins. En garde-à-vue, ces différentes vidéos ont été visionnées. Hormis cela, le dossier était complètement vide, jusqu’à ce qu’il déclare en audition être entré dans un magasin et avoir pris deux ou trois boissons énergisantes car il avait soif. Il s’est donc retrouvé accusé de "vols de boissons". Au cours d’une plaidoirie ahurissante, le proc’ a affirmé que vu son profil, ça ne faisait aucun doute qu’il était là pour piller et a demandé 4 mois avec mandat de dépôt. Suite à la plaidoirie de l’avocate qui a rappelé que le parquet demande 4 mois avec mandat de dépôt pour le vol de trois boissons, le juge a mis 2 mois ferme. Le pire dans cette histoire : l’avocate avait plaidé des nullités (sur le délai de notification des droits), celles-ci ont été jointes au fond. Lors du délibéré, le juge a annoncé que les nullités étaient retenues et que donc la GAV était annulée. Mais comme Omar a de nouveau avoué les faits pendant l’audience, cela ne change rien. S’il n’avait pas parlé à l’audience, le juge aurait du le relaxer. Apparemment son avocate commise d’office ne lui avait pas fait part de ce point essentiel...

N’oublions pas l’infamie quotidienne du tribunal

Lors de ces deux jours, j’ai assisté à deux autres comparutions immédiates disons "plus classiques" mais toujours aussi infâmes.
Dans le premier cas, quand Arbi est arrivé dans le box, il était clair pour tout le monde qu’il n’était pas en état de comparaître (du fait de différents signes physiques). Accusé de vol en réunion, il n’est parvenu à répondre à pratiquement aucune des questions en raison de son état mais aussi de difficultés avec la langue française. Le procureur a demandé de la détention provisoire en attente de son procès car il ne pouvait pas attester d’un travail ou d’une adresse. L’avocate a expliqué qu’elle n’avait pas eu le temps de réunir ces pièces et a fait état de problèmes psychiatriques importants. Le juge a décidé d’un maintien en détention jusqu’au procès.
Quelques minutes plus tard, Alfred, assisté d’une traductrice, est entré dans le box. Accusé de violences avec armes, il dit avoir été attaqué par plusieurs hommes et s’être défendu. Mais le juge lui fait vite comprendre que sa version en tant que SDF ne vaut rien face à celle des deux hommes qui l’accusent - dont il précisera bien la profession au moment de la lecture des auditions. Alfred tente de s’expliquer sur les faits, mais le tribunal n’a plus le temps, il est déjà tard, alors le juge le coupe et n’attend pas que la traductrice ait fini de traduire. Il sait de toutes façons déjà quelle version est la vraie. Il suit les réquisitions du proc’ et prononce un an de prison avec mandat de dépôt.

Des conseils à faire circuler massivement

Si ce récit de quelques comparutions immédiates vous déprime autant que ces deux journées passées au TGI, il est toutefois essentiel de réussir à s’en saisir pour s’armer contre la justice. Il ne s’agit pas d’améliorer la justice mais de développer et de partager des pratiques pour résister à la répression judiciaire. La justice restera toujours bourgeoise et raciste mais on peut, à la marge, éviter quelques mois de taule à des gens en diffusant massivement quelques conseils.

  1. NE PAS PARLER EN GARDE-A-VUE, il ne faut reconnaître aucun fait, même si cela ne vous semble pas incriminant. Une des techniques des flics, c’est de faire croire qu’on vous accuse de trucs très graves pour vous faire avouer des trucs moins graves. Le mieux c’est de ne rien avouer du tout, et pour faire ça, la meilleure technique, c’est de ne jamais leur répondre. Le silence est un droit, utilisez-le.
  2. Demander un-e avocat-e dès le début de la garde-à-vue, il/elle pourra vous conseiller et vous vous sentirez moins seul. Ça ne changera rien à la durée de votre garde-à-vue et ça peut vous permettre d’éviter des mois de prison.
  3. Ne filmez pas les manifestant-e-s pendant les manifestations : on ne se rend pas toujours compte de ce qui constitue un délit, mais par exemple une personne filmée en train de déplacer du mobilier urbain peut être poursuivie pour cela et votre vidéo pourrait servir de preuve contre elle. Même chose pour le jet de n’importe quoi, ou pour n’importe quelle infime dégradation. Même des insultes enregistrées sur une vidéo peuvent devenir des outrages à agent. Filmer c’est dangereux pour les autres, mais ça l’est aussi pour vous : vous pouvez être accusé-e-s de complicité du délit que vous filmez.
  4. Avant d’aller en manifestation, supprimez tous les messages potentiellement compromettants de votre téléphone. Mieux encore, au moment de votre interpellation, éteignez votre téléphone si vous le pouvez et refusez de donner les codes.
Pour résumer, ne faites pas le travail à la place des flics, des procureurs ou des juges.

On leur fera payer chaque coup de matraque, chaque goutte de sang, chaque heure de garde-à-vue, chaque mois de détention !

face.a.la.justice@disroot.org

Sortie prochaine sous contrainte pour le dernier prisonnier de la keufmobile

Publié le 2018-12-15 00:26:04

La demande de liberté conditionnelle de la dernière personne en prison dans l’affaire du Quai de Valmy a été définitivement rejetée par la chambre d’application des peines, juridiction d’appel du juge d’application (JAP).
Il restera enfermé au centre de détention de Meaux jusqu’à sa sortie avec crédits de réduction de peine*, prévue fin janvier prochain.



Mais il entre dans la catégorie des personnes concernées par une loi de 2014 pondue par Taubira (article 721-2 du code pénal), qui permet d’assortir le temps de remises de peine d’un certain nombre de conditions qui doivent être respectées au risque de retourner direct en taule. En gros, une espèce de contrôle judiciaire à posteriori alors que la peine de prison a déjà été tirée, et qui, sous couvert de réinsertion, constitue une punition supplémentaire.
Le JAP et le procureur, trouvant certainement qu’il allait sortir (un peu) trop tôt à leur goût, ne se sont pas privés pour lui coller à peu près toutes les contraintes possibles dans ce cadre :

- interdiction de paraître à Paris
- obligation de fixer sa résidence dans un lieu déterminé
- obligation de dédommager les parties civiles
- interdiction de rentrer en contact avec les coauteurs et les victimes
- interdiction de porter une arme
- obligation de répondre aux convocations du JAP ou du travailleur social désigné
- obligation de recevoir les visites du travailleur social et de lui communiquer les renseignements ou documents de nature à permettre le contrôle de ses moyens d’existence et de l’exécution de ses obligations
- obligation de prévenir le travailleur social de ses changements d’adresse, de boulot et de tout déplacement de plus de 15 jours
- obligation de demander l’autorisation du JAP pour tout changement d’emploi ou de résidence, lorsque ce changement est de nature à mettre obstacle à l’exécution de ses obligations
- obligation de prévenir le JAP pour tout déplacement à l’étranger

Tout ça pendant le durée de ses remises de peine, c’est-à-dire 6 mois.
La volonté est claire de lui faire payer jusqu’au bout son silence sur les faits. Ceci dit, si cette loi récente permet de garder les gens sous contrôle à leur sortie de prison, on n’oublie pas qu’il était déjà courant que les remises de peine soient tout simplement supprimées, notamment pour les personnes condamnées pour terrorisme.

Leur répression n’arretera pas nos rebellions, Liberté pour tou-tes

Sortie prochaine sous contrainte pour le dernier prisonnier de la keufmobile

Publié le 2018-12-15 12:17:04

Mais il entre dans la catégorie des personnes concernées par une loi de 2014 pondue par Taubira (article 721-2 du code pénal), qui permet d’assortir le temps de remises de peine d’un certain nombre de conditions qui doivent être respectées au risque de retourner direct en taule. En gros, une espèce de contrôle judiciaire à posteriori alors que la peine de prison a déjà été tirée, et qui, sous couvert de réinsertion, constitue une punition supplémentaire.
Le JAP et le procureur, trouvant certainement qu’il allait sortir (un peu) trop tôt à leur goût, ne se sont pas privés pour lui coller à peu près toutes les contraintes possibles dans ce cadre :

– interdiction de paraître à Paris
– obligation de fixer sa résidence dans un lieu déterminé
– obligation de dédommager les parties civiles
– interdiction de rentrer en contact avec les coauteurs et les victimes
– interdiction de porter une arme
– obligation de répondre aux convocations du JAP ou du travailleur social désigné
– obligation de recevoir les visites du travailleur social et de lui communiquer les renseignements ou documents de nature à permettre le contrôle de ses moyens d’existence et de l’exécution de ses obligations
– obligation de prévenir le travailleur social de ses changements d’adresse, de boulot et de tout déplacement de plus de 15 jours
– obligation de demander l’autorisation du JAP pour tout changement d’emploi ou de résidence, lorsque ce changement est de nature à mettre obstacle à l’exécution de ses obligations
– obligation de prévenir le JAP pour tout déplacement à l’étranger

Tout ça pendant le durée de ses remises de peine, c’est-à-dire 6 mois.
La volonté est claire de lui faire payer jusqu’au bout son silence sur les faits. Ceci dit, si cette loi récente permet de garder les gens sous contrôle à leur sortie de prison, on n’oublie pas qu’il était déjà courant que les remises de peine soient tout simplement supprimées, notamment pour les personnes condamnées pour terrorisme.


Leur répression n’arretera pas nos rebellions, Liberté pour tou-tes

*Remise ou réduction de peine : dispositif qui fonctionne comme un crédit de jours qui sont accordés à la personne condamnée et déduits de sa peine définitive. De ce « forfait » peuvent être ajoutés ou retirés des jours lorsque l’administration pénitentiaire considère que la personne condamnée s’est bien ou mal comportée.

 

Foix : Et la CGT, elle fait quoi?

Publié le 2018-12-15 12:39:03

La Dépêche du Midi / vendredi 14 décembre 2015

Une cinquantaine de personnes s’est rassemblée à 10 heures, ce vendredi, devant les locaux d’Enedis, à Foix. Cette manifestation, mise en place par l’union départementale de la CGT, était organisée en soutien aux agents de l’entreprise après les trois incendies, revendiqués par un groupe anarchiste, du 6 décembre dernier. […] [encore et toujours, on emmerde la CGT, on emmerde Enedis et… on emmerde la Dépêche ! NdAtt.]

Laroque-d’Olmes (Ariège) : L’individu au sein de la masse de Gilets jaunes se fait balancer… MAJ du 11/01

Publié le 2018-12-15 12:40:04

La Dépêche du Midi / vendredi 14 décembre 2018

Samedi 8 décembre, Lionel* a enfilé son gilet jaune pour l’acte IV de la mobilisation, et rejoint un petit groupe sur un rond-point de Laroque-d’Olmes. Malgré le bon esprit de la manifestation, cet homme de 41 ans a tenu un discours choquant à d’autres Gilets jaunes : « Il faut cramer les flics, prendre une Kalachnikov, tirer sur les CRS, être violent. Il n’y a que comme ça qu’on arrive à quelque chose en France », dit-il. « Déjà le 1er décembre, vous aviez menacé de “cramer” un gendarme de la brigade de Lavelanet », explique Hervé Barrié, le président du tribunal, lors de l’audience du prévenu, hier, devant la chambre correctionnelle de Foix.

Hervé Barrié s’est appuyé sur les témoignages de Gilets jaunes de Laroque-d’Olmes qui, face aux propos dangereux et répétés du prévenu, ont alerté les gendarmes à proximité du rond-point où ils étaient postés. Interpellé trois jours plus tard à son domicile, où un fusil a été saisi, Lionel a reconnu les faits du 8 décembre.

« Jamais je ne passerai à l’acte, je l’ai dit sur le ton de l’ironie. Je tiens à m’excuser envers les forces de l’ordre », a déclaré le prévenu, qui a ensuite durci le ton face aux juges, ce qui lui a valu un rappel au calme. « Comment expliquez-vous ces propos et que vous vous retrouviez ici alors que vous êtes sous le coup d’un sursis ? » a demandé Hervé Barrié. « C’est la société, le système, qui m’a rendu comme ça », a répondu Lionel.

« Mais le RSA que vous percevez tous les mois, c’est la société qui vous le verse, non ? Vous critiquez mais vous profitez du système social », lui a asséné l’un des assesseurs. Sans emploi, le prévenu a expliqué avoir terminé une mission d’intérim en 2015, puis plus rien : « C’est comme ça, ils prennent les gens pour travailler, et ils les jettent. Puis ils recommencent avec d’autres », s’est indigné Lionel, dont le casier judiciaire est déjà garni de 10 condamnations, certaines pour outrages.

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays, a dit le procureur, Jean-Paul Lescat, citant J.F. Kennedy dans son réquisitoire. À vous de vous assumer, ne mettez pas tout sur le dos de la société ». Il a ensuite défendu les forces de l’ordre : « Elles sont sur la brèche depuis trois ans. On a vu jeudi soir qu’un simple policier a été capable de détruire un terroriste à Strasbourg. Les autres Gilets jaunes vous ont dénoncé car vous déconsidérez leur mouvement », a ajouté Jean-Paul Lescat, demandant 8 mois de prison ferme.

L’avocate de Lionel, Me Émeline Andrieu, s’est elle aussi prêtée au jeu des citations, commençant son plaidoyer avec « Le Déserteur », de Boris Vian. « De tout temps, on a écrit sur le système. Dans le rap, Ministère amer a chanté “Sacrifice de poulet”, Sniper que “la France était une garce”… Ils n’ont pas été condamnés. Leur liberté d’opinion a été reconnue, et eux avaient un public. Mon client s’est juste exprimé face à un petit groupe de Gilets jaunes, il n’est pas monté sur une chaise. Vous ne pouvez pas le condamner », a plaidé l’avocate.

Le « Gilet jaune » a écopé de 6 mois de prison ferme, payant aussi son lourd casier. Le sursis dont il faisait l’objet a été en partie révoqué, portant la peine finale à 9 mois d’emprisonnement, avec maintien en détention.

*Le prénom a été modifié

*****

Mise à jour du 11 janvier – Et à Beauvais il y en a qui défendent la permanence de la députée… enfin, faut bien préserver les amitiés politiciennes !

extrait du  Courrier Picard / mardi janvier 2019

Une vitrine brisée de part et d’autre la porte d’entrée, et cela malgré la fermeture du rideau de fer durant trois jours. Voilà ce qu’ont découvert ce mardi matin les collaboratrices de la députée de la 2e circonscription de l’Oise (LREM), Agnès Thill, à l’ouverture de la permanence de cette dernière dans la rue Gambetta, à Beauvais. L’élue devait se rendre ce jour au commissariat pour déposer plainte au commissariat de police de Beauvais

Sur une vidéo publiée sur le réseau social Facebook, reprise sur le compte d’Agnès Thill, on voit clairement un homme vêtu de noir s’en prendre à coup de pied au rideau de fer qui protège la permanence. Des manifestants porteurs d’un gilet jaune le retiennent ensuite et l’homme cesse de donner des coups de pied.

Ces dégradations se sont produites durant la manifestation du samedi 5 janvier. Beauvais a en effet le théâtre d’une manifestation d’importance – 700 manifestants – de Gilets jaunes qui a aussi donné lieu à des dégradations sur le marché de Noël de la place Jeanne-Hachette.

« La permanence avait été exceptionnellement fermée ce samedi. Nous avions été prévenus par la préfecture de la tenue de cette manifestation, confie Isabelle Lescalle, attachée parlementaire d’Agnès Thill. Des personnes auraient pu rentrer et cela aurait pu dégénérer ».

La députée de l’Oise a reçu à trois reprises les Gilets jaunes à sa permanence au mois de décembre, dont une fois en compagnie de Pascal Bois, également député de l’Oise. […]

Le pain, l’essence et les roses

Publié le 2018-12-15 12:41:04

Les émeutes font toujours rêver les anarchistes, d’autant plus en cette époque de paix sociale. On ne peut pourtant pas faire abstraction de ce qu’est le mouvement des Gilets jaunes, d’où il a pris son essor, quelles sont les motivations et les finalités, très hétéroclites, des personnes qui y participent. Se limiter à exalter les moyens employés (grosses émeutes, blocages, sabotages) et rejoindre ce mouvement de façon acritique (ou avec de simples remarques de façade sur les groupuscules fascistes présents, ou encore dans la vaine tentative d’y donner un je-sais-pas-quoi d’anarchiste) reviendrait à mon avis à une certaine superficialité.

Panem et circenses

Les médias (télévisions et grands journaux) ont eu un rôle majeur dans la naissance et dans la « prise » de ce mouvement. Ils l’ont fait exister même avant la date des premiers blocages, le 17 novembre. Ils ont parlé et parlent avec complaisance des revendications économiques qui en sont à l’origine, de la hausse du prix des carburants, des « invisibles » qui le composeraient, de leur demande « qu’on les écoute », etc. Ces mêmes médias couvrent le mouvement des Gilets jaunes jour par jour, parfois avec un ton moins complaisant, certes, par exemple lors des journées d’émeutes. Ils jouent maintenant à la division entre les Gilets jaunes, avec leurs revendications somme toute « raisonnables » et « légitimes », d’un côté, et les « casseurs », « provocateurs », « pilleurs », « racailles » de l’autre. Pensons en revanche au silence que la plupart des médias font à propos de certaines grèves (comme celles des cheminots du printemps dernier) ou d’autre luttes.

Cette forme moderne de média de masse qui sont les réseaux sociaux a permis la diffusion des mots d’ordre de ce mouvement, à partir de son symbole lui-même, et aussi la coordination des personnes, notamment au niveau local. Un aspect de ce mouvement souvent mis en avant par l’« ultragauche » et les anarchistes en est l’organisation littéralement « autonome » (en dehors des partis et des syndicats). Ces caractéristiques d’autonomie et de spontanéité (contrairement aux mouvement sociaux « traditionnels », quand le timing est presque toujours donné par les orgas syndicales) en arrivent à être présentées comme des qualités en elles-mêmes. Selon moi il s’agit là, au contraire, simplement de caractéristiques certes nécessaires, mais pas plus. Si on cherche des exemples antérieurs du caractère diffus de cette grogne, de sa spontanéité, on peut se référer aux très nombreuses destructions de radars routiers, depuis la baisse de la limitation de vitesse sur les nationales (ce qui signifie plus d’amendes) en juillet dernier. Cela va dans la même direction que la récrimination contre la hausse du prix des carburants et les saccages de péages autoroutiers, qui sont une critique en acte non pas au rôle social de la voiture, mais au prix de son utilisation. Une direction très peu émancipatrice, à moins qu’on pense la liberté comme un film à la Fast and Furious.

Même en oubliant que Facebook est avant tout un outil du pouvoir, on s’aperçoit que tout n’est pas horizontale chez les Gilets jaunes. Comme dans les assemblées et parmi les anarchistes, aussi dans le monde des « j’aime » et des réflexions en 280 caractères ou sur les rond-points et les blocages, il y a des personnes qui s’expriment mieux, qui ont un plus grand « capital social » que d’autres, il y a des leaders et des suiveurs. Une autorité moins visible ou « informelle » (en dehors des cadres organisés) reste pourtant une autorité. Et ne nous leurrons pas : l’horizontalité des pages Facebook est celle des administrateurs de ces pages, pas celle des personnes qui les « aiment ». De plus, si la situation devenait vraiment insurrectionnelle, les pages Facebook, les comptes Twitter (et les sites et blogs) seraient tout simplement fermés, comme ça a été le cas par exemple dans certains pays arabes lors des soulèvements de 2011.
La volonté affichée par de nombreux Gilets jaunes de ne pas être récupérés, se tenant à distance des partis politiques et syndicats et refusant de nommer les représentants tans désirés par le gouvernement (parce que tant utiles), n’enlève rien au fait que les revendications contre les taxes et l’appel au « peuple d’en bas » sont politiques et sont typiques de la droite populiste. L’avalanche de textes enthousiastes qui sortent de l’ultragauche et nos tags lors des manifs (parfois très beaux), pourront difficilement faire changer cette donne.

On parle beaucoup de l’infiltration dans le mouvement des Gilets jaunes de groupes et personnes venant de l’extrême droite : identitaires, néonazis, racistes, confusionnistes, membres du RN et souverainistes à la Dupont-Aignan. C’est une évidence que tout ce que la France compte de facho a revêtit le fameux gilet. Mais a mon avis, cela est simplement l’arbre qui cache la forêt. Le point est ailleurs : plus que d’une infiltration de l’extrême droite, il faudrait parler de proximité entre des positions largement répandues dans le mouvement des Gilets jaunes et celles d’une partie de la galaxie fasciste.

Les fameuses revendications sorties du moulin Facebook (aussi bien que tout ce qui n’est pas revendiqué) nous montrent le projet politique, quelque peu confus, des classes moyennes en voie d’appauvrissement ou déjà appauvries. Elles vont du simple citoyennisme (zéro SDF, retraites et salaires dignes – pas un mot sur le RSA, au passage) à une demande d’une quelconque forme de démocratie directe (referendums, un site internet qui expliquerait les projets de loi, consultation citoyenne) à des positions conservatrices (mesures en faveur des petits commerces, baisse des taxes, moins d’impôts pour les « petits » – lire les PME, sachant que les salarié.e.s au SMIC ne payent pas d’impôts) à la Réaction pure et simple (moyens conséquents accordés à la police et à la Justice, expulsion de migrants déboutés du droit d’asile). Cela saute aux yeux aussi dans le jeu identitaire qui tourne autour du drapeau tricolore (ou des drapeaux régionaux), de la Marseillaise, de « Gaulois ». Dans cette lutte de « la France d’en bas contre la France d’en haut », ce qui compte vraiment, c’est cette commune appartenance nationale, tandis que le rôle social de chacun.e est secondaire. Il n’y a pas de place pour un autre monde, dans ce projet, si ce n’était pas cette douce France pays de leur enfance… qui ressemble tellement à cette France de béton qu’on connaît très bien, avec ses 70000 personnes en taule, sa chasse aux migrants, son racisme envers les minorités, son exploitation quotidienne…

Des revendications, celles du mouvement des Gilets jaunes, donc, qui sont bien loin d’être révolutionnaires, et même un minimum émancipatrices. A la gauche de la gauche, on argumente pourtant que c’est le cas des revendications exprimées, tandis que le ras-le-bol diffus sous-tendraient à autre chose, à de véritables tendances révolutionnaires. Cela voudrait dire que quelques subversifs assumés connaissent les vrais raisons de la révolte de milliers d’autres personnes mieux que ces personnes elles-mêmes ? Un peu présomptueux, non ?

Il n’y a évidemment pas que des réacs dans ce mouvement. De nombreuses personnes sincères et sincèrement désireuses d’un changement sont en train de se mettre en jeu pour un monde un petit peu meilleur que cette galère à laquelle on nous attache. Avec les semaines, les revendications anti-taxes sont par exemple de plus en plus accompagnées par des protestations contre la vie chère. Le problème est que la dynamique qui est en route est marquée par de très forts aspects conservateurs. Il me semble très difficile pourtant qu’un pas plus en plus, vers la remise en cause par exemple du travail, de l’économie, de l’État, soit possible à partir de ces présupposés.
Des hypothèses telles le fait que les moments émeutiers, parfois presque insurrectionnels, qu’on a pu voir ces derniers week-end puissent provoquer une chute du pouvoir en place qui ouvrirait la voie non pas à un autre pouvoir, mais à l’anarchie, et/ou qu’une radicalisation des Gilets jaunes, provoquée par les émeutes elles-mêmes, amène à un refus de toute autorité, ou encore qu’une poignée de révolutionnaires assumé.e.s puissent influencer ce qui se passe à un point d’en changer les caractéristiques, me paraissent des professions de foi.

No future is now ?

On a de plus en plus l’impression que les sociétés dans lesquelles on vit, du moins en Europe, sont comme sous perfusion de morphine. Telle est la résignation, le conformisme, tellement évanescent semble l’espoir que quelque chose d’absolument autre puisse exister, que le anarchistes courent, littéralement, derrière tout ce qui se passe.

Une vision de la société comme fondée sur la « lutte des classes » strictement économique était déjà trop schématique au XIXe siècle (par exemple parce qu’elle ne tenait pas suffisamment compte du rôle des paysans, ou à cause de sa prévision sur la « disparition » des classes moyennes, absorbées par le prolétariat à la suite de leur appauvrissement progressif). Aujourd’hui, elle est carrément obsolète et ne nous permet pas de comprendre ce qui se passe. Certes, il y a toujours des patrons et des exploités, il y a des riches et des pauvres, mais les distinctions entre eux sont de plus en plus poreuses et ne touchent presque plus aux valeurs. Il y a une acceptation quasiment sans exceptions, de la part des exploités, des valeurs et des manières de penser des couches dominantes de la société. On pourrait décrire ceci comme la conquête de l’hégémonie culturelle (comme elle a été théorisée pas Gramsci) par des codes de valeurs « bourgeois » et/ou étatiques. Au contraire, des principes comme la solidarité et la conflictualité vis-à-vis du pouvoir et même des mythes et des habitudes qui étaient propres aux couches sociales plus basses, sont en train de disparaître. Pensons au refus de la collaboration avec la police : il y a quelques générations encore, le silence était de mise face aux pandores, tandis qu’aujourd’hui prolifèrent les réseaux de voisins vigilants, notamment dans les zones rurales. Les valeurs qui sont dominants en cette époque, parmi les plus pauvres autant que parmi les plus riches, sont le culte du travail et de l’argent, la recherche de la richesse, l’hédonisme (qui n’est pas du tout de l’individualisme), le conformisme, le communautarisme, l’isolement de l’individu au sein de la masse, la servitude vis-à-vis du pouvoir, la consommation comme raison de vie et comme élément caractérisant l’identité de chacun.e, la confiance dans la Justice et les Droits de l’homme, le retour du religieux, la foi dans la technoscience…

Ce qu’il manque aujourd’hui, par rapport à des moments révolutionnaires du passé, est peut-être aussi une utopie qui existe dans la conscience sociale, qui vit dans les espoirs, avant de se concrétiser dans la révolte. Les étincelles qui ont fait exploser certaines des révolutions du passé ont sont certes parties de besoins quotidiens (la demande primordiale de « pain »), mais se focaliser seulement sur cet aspect nous cache les terrains où ces étincelles sont tombées. A quel point à certaines époques l’espoir dans un autre monde, une autre vie, était présent dans les esprits, les souhaits et les actes de larges couches sociales ? La plus grande victoire de la démocratie (et du capitalisme) à la fin du XXe siècle a été celle de se présenter, comme le meilleur monde possible ou du moins comme le moins pire, jusqu’à devenir, dans la tête de nombreuses personnes, le seul monde possible. Cette victoire culturelle, cette opération de conquête des esprits (dont un moment symbolique a été la chute de l’énorme caserne à laquelle avait donné naissance la tendance autoritaire et de massification du mouvement ouvrier du XIXe siècle) est en train de devenir une réalité indépassable. La fuite en avant technologique et la destruction de la planète ne s’arrêteront pas aussi facilement. Même une révolution victorieuse qui abolirait l’État devrait par exemple se confronter au problème du nucléaire. Une centrale nucléaire ne s’éteint pas en appuyant sur un bouton, la décontamination nécessite des temps longs, des connaissances et une organisation de travail très complexes, qui présupposent… cette société. Mais c’est justement le caractère dangereux qu’est en train de prendre la technologie (et pas uniquement nucléaire : qu’on songe aux nanotechnologies, aux OGM « 2.0 » ou à l’intelligence artificielle, des domaines qui d’ailleurs se croisent de plus en plus) qui rend urgent le fait de la combattre jusqu’au but.

De semaine en semaine, surtout lors des journées Acte 1, 2, 3 et 4, on a vu une escalade dans l’utilisation de la force de la part des Gilets jaunes. Cette montée de la violence pendant les manifestations n’est pas une nouveauté, mais me paraît dans la lignée de ce qui s’est passé ces dernières années, des blocus de 2010 aux manifs saccageuses de 2016 et 2017. Chaque mouvement met la barre un peu plus haut, il crée un précédent et participe à la construction d’un imaginaire, même pour celles et ceux qui l’ont vu seulement à la télé.
Du côté de l’État, la réponse policière atteint elle aussi un niveau inégalé par le passé, avec le symbole fort des blindés de la Gendarmerie dans Paris le 8 décembre et les milliers d’interpellations bien concrètes (dont plusieurs centaines le matin, avant tout bordel). Sans oublier le rôle de l’abattoir judiciaire, avec les dizaines de personnes déjà en taule et les quelques dizaines d’autres qui ont même été arrêtées la veille du 8 décembre, chez elles, avec l’excuse d’affaires judiciaires qui sentent le montage.

Au moment d’écrire ces lignes, le nombre des personnes qui subissent la répression est impressionnant (des centaines de procédures judiciaires, après environs deux-mille GAV). Cependant, parmi les revendications du mouvement des Gilets jaunes qui foisonnent sur les réseaux sociaux, des plus terre-terre aux plus farfelues, il en manque une qui a pourtant été toujours présente dans les mouvements « traditionnels » : la libération des personnes arrêtées. Encore de l’espoir dans la Justice, malgré tout ?
Cela peut surprendre, mais en effet, même si « ça chauffe » de plus en plus, avec des personnes prêtes à se mettre en jeu (prison ferme, blessures graves), les différentes revendications explicitement affichées par les Gilets jaunes ne visent pas plus haut. Si c’est dur à croire que quelqu’un accepte de risquer de se faire casser la tête ou crever un œil pour une petite hausse du SMIC, c’est sûrement que la rage, le sentiment de ses droits bafoués même quand on demande des miettes, justement explose. Mais j’ai l’impression que pour des très nombreuses personnes il s’agit précisément de la rage provoquée par la sensation que « nous, le Peuple » on n’est pas écoutés par ceux-là même dont le travail est de faire bien marcher les choses. Même le slogan le plus « radical » du mouvement, ce fameux « Macron démission », sous-tend au fait qu’il suffirait de faire tomber la tête du roi (et instituer des referendums réguliers, des consultations populaires via internet, etc.), pour que tout aille mieux. On peut chercher autant qu’on veut, mais aucune remise en question de la République, de la démocratie, de la propriété, du travail, au contraire. Même le fameux « Appel de Commercy », au senteur de souffre zadiste-imaginaire, se limite à proposer des assemblées populaires et des cabanes… sur les ronds-points.

Une attitude assez cynique voudrait que quand les choses vont mal, elle ne puissent que s’améliorer, une fois touché le fond. Le problème est qu’il n’y a pas de fond et on ne peut que détourner le regard, inquiets vis-à-vis de à ce qui peut être le futur. Mais vers où le tourner à part vers un présent qui n’est que désolation ?

Il y en a pour nous dire que les exploités ont toujours raison, quoique ils/elles disent ou fassent. Il y en a pour nous dire que, puisque l’ambiguïté est de mise partout, il faut quand-même être de la partie, apporter sa contribution, afin d’influencer les jeux. Il y en a pour faire l’éloge des actes sans prendre dans la moindre considération leurs motivations, comme si l’émeute ou le sabotage étaient une finalité en soi, puisque le « désordre » serait le parfait levier pour les anarchistes afin de renverser le pouvoir (Lénine est moins loin de ce qu’on pense…). C’est le cas d’une grosse partie du « milieu » qui a d’abord regardé avec suspicion à cette mobilisation, en mettant en avant (correctement, à mon avis) ses aspects douteux, pour en devenir des fervents supporteurs après les émeutes du 24 novembre. C’est le cas par exemple des partisans de la fumeuse convergence des luttes (souvent inexistantes), une théorie qui signifie, concrètement, la somme mathématique des points faibles des uns et des autres et la porte ouverte à la récupération de politiciens et petits chefs. C’est le cas des agent de ce Parti Imaginaire qui, même après avoir abandonné le Marx de leur jeunesse autonome pour la philosophie post-moderne, ont gardé le caractère borné de leurs ancêtres politiques, gagnant en surcroît la vacuité de leurs maîtres de fac, avec un zeste de technique publicitaire en rab’.
Soit. Mais ça pourrait être aussi l’erreur de quelques anarchistes, si on se limitait à la fameuse « méthodologie » (caractère autonome d’une lutte, complète autogestion du mouvement, forte conflictualité, actions diffuses et non reconductibles à un groupe en particulier… il manque quelque chose ? Ah, si, l’idée de liberté!) et aux habitudes faciles de jouer à la frange radicale de… peu importe pourvu que ça crame.
Il ne faut pas oublier qu’au delà de Paris et très peu d’autres villes (où cela a pris une jolie tournure de dévastations anti-riches) et des dévastations de péages, les cibles d’incendies et destructions de ces semaines sont surtout les représentations périphériques du pouvoir central (les Préfectures) ou de l’administration financière de l’État (Centres de finances publique) et quelques permanences, maisons et voitures privées de députés LREM. Cela en dépit complet d’autres structures et institutions étatiques comme mairies, tribunaux, prisons, commissariats, gendarmeries, locaux de la CAF ou de Pole emploi, etc., ou des permanences d’autres partis politiques. En dépit aussi de nombreux secteurs de l’économie (toujours à part les péages autoroutiers et quelque pompes à essence). C’est sympa de voir une préfecture en flammes, mais je pense qu’au delà des dégâts matériels, il faut aussi prendre en compte l’aspect symbolique de l’attaque à l’ennemi (État ou capital). Aujourd’hui ce qui est visé (encore une fois, en dehors de émeutes parisiennes) c’est incontestablement l’État percepteur de taxes. Cela est bien loin de me satisfaire.

Mais du coup, est-ce possible de dépasser les connotations conservatrices d’un mouvement comme celui des Gilets jaunes ? Est-ce que le sentiment de « ras-le-bol », qui semble être la constante derrière leurs diverses revendications, peut avoir une portée et une issue radicale dans le sens de s’attaquer à la racine pourrie de ce monde : l’autorité ? Ou bien ce mouvement sera simplement la porte d’accès au pouvoir étatique de nouveaux groupes politiques ?

Des comparaisons ont été faites entre le mouvement des Gilets jaunes et celui des Bonnets Rouges ou celui des « Forconi », qui entre 2013 et 2014, a quelque peu remué une Italie frappée par la crise économique, ainsi que ses milieux révolutionnaires frappés par l’appel au peuple. A mon avis, si on veut faire un parallèle avec le passé, on pourrait penser aussi à la crise argentine de fin 2001, symbolisée par le slogan anti-politicien « Que se vayan todos » et lors de laquelle il y a eu des nombreux blocages routiers et des manifestations avec de très durs affrontements. A l’époque, le pays sud-américain était secoué par la rage populaire et ce qui restait de son système économique était bloqué. Il y a eu des morts lors des émeutes et un Président de la République a du s’enfuir de son Palais en hélicoptère. Mais les raisons de cette révolte portaient principalement sur la défense du statut social des classes moyennes, dont les épargnes avaient disparu à cause de la crise économique. Ces motivations originaires, bien lointaines d’une guerre à l’autorité, et qui à un moment paraissaient pourtant dépassées par la rue, ont a mon avis joué dans le fait que le « qu’ils s’en aillent tous » a pu faire place nette à une relève du pouvoir (et à quelques expériences d’autogestion d’usines abandonnées par leur protestataires, des cas bien entendu tout à fait intégrés dans un capitalisme gagnant).

Mai en hiver ?

Il me paraît que ce sont les lycéen.ne.s qui ont bien saisi l’occasion du bordel ambiant pour aller de l’avant. Mobilisé.e.s depuis un an contre Parcoursup, elles/ils profitent ces jours-ci du fait que l’État est déjà affolé par le mouvement des Gilets jaunes. Ils/elles bloquent les lycées, manifestent, s’affrontent avec les flics. Elles/il se font encadrer par leur profs, toujours prêts à ses poser en donneur de leçons, même de radicalité, ou par les syndicats, toujours prêts à chercher des masses à guider, mais aussi, ça a été le cas à Grenoble et à Saint-Malo, par des Gilets jaunes, venus pour empêcher les débordements ! Sans idéaliser non plus les mouvements lycéens (démarrés, dans ce cas, à l’appel d’un syndicat), le refus tout simple d’aller en cours porte quand-même en soi le refus de s’intégrer docilement dans le monde du travail, issue prévue de la scolarité. Les jeunes n’ont aucune demande raisonnable de baisse du prix de l’essence, de plus de démocratie plus directe, d’écoute de la part de « ceux d’en haut » vers « ceux d’en bas » qui travaillent ou voudraient le faire. Pour ces adolescent.e.s, c’est juste question de foutre un joyeux bordel parce qu’on a envie de s’amuser à la place de rester cloué à une table. Peut-être que c’est une question d’âge, mais les mouvements lycéens ont cette fraîcheur de révolte comme une fête, de Mai… On fait l’école buissonnière pour rompre la routine, pour emmerder la prof, pour se balader en ville et au passage chourer dans les magasins, pour caillasser du bleu… Parce que les réformes successives du Bac et de l’université veulent créer des esclaves encore plus dociles et performants, tirant un trait sur cette bulle de non-productivité qui peuvent parfois être les années d’études (pour ceux et celles qui peuvent se les permettre). Parce que justement le taffe ça nous emmerde tous et on en a rien à foutre d’une meilleure organisation du monde du travail. Quoi dire par rapport au citoyen responsable (ou même remonté) en jaune fluo, défendant sa place dans la société ? Tout simplement, on se sent plus proches de qui ?
Certes, on ne peut pas rester indifférent.e.s devant les images des émeutes, devant la rage qui se répand, devant le spectacle des vies brisées par la violence policière et judiciaire. On ne peut cependant pas s’aveugler sur certaine caractéristiques profondes de ce mouvement.

La question, pour les anarchistes, pour moi-même, reste celle de quoi faire ou pas, et comment (pour le pourquoi… la totale liberté individuelle me suffira). Participer comme un Gilet jaune parmi les autres, en plus des autres, me paraît très loin de mes perspectives. L’option du « témoignage », c’est à dire d’y participer mais de manière critique, ou en portant des contenus anarchistes, ou encore de « porter sa contribution » pour ne pas laisser l’espace libre aux fascistes (ou, chose plus probable, aux partis politiques traditionnels) me parait inutile.
Mais la question de la participation est peut-être mal posée. Vouloir intervenir à tout prix dans un mouvement est peut-être la mauvaise approche. Agir ailleurs, pendant que l’État est aux prises avec les Gilets Jaunes, est peut-être plus intéressante pour des anarchistes. Ce n’est pas qu’il faut toujours être ailleurs, toujours à côté (de la plaque?). Parfois il peut être intéressant de se trouver précisément « là où ça se passe », pour faire précipiter la situation. Je ne crois cependant que ce ne soit pas la cas aujourd’hui. Quand le choix est entre la confusion, même émeutière, et l’ailleurs, il vaut mieux à mon avis continuer sur son chemin.
En tout cas, les anarchistes ne vivent pas dans sur une autre planète : que je le veuille ou non, ce qui se passe a une influence sur ma vie. Cela peut du coup ouvrir des possibilités inédites : le samedi 1er décembre, tous les équipages de la BAC parisienne (et même la BRI) étaient en train de se faire déborder dans les quartiers riches. On ne pouvait pas le savoir, ni le prévoir (quoi que…), mais le samedi 8 décembre, ça a été pareil et on pouvait s’y préparer. Et si quelque chose avait eu lieu dans les secteurs où la présence policière était réduite à peu de chose ? Parfois un petit peu d’audace, une bonne idée et le choix du bon moment peuvent avoir des suites heureuses.

Quoi faire, donc ? Peut-être pas forcement participer, avec l’espoir secret d’influencer les événements. C’est déjà beaucoup de ne pas se laisser influencer par eux, se faisant tirer comme des feuilles par le vent. Et si c’est légitime de vouloir que nos actions aient plus d’impact, qu’on oublie pas la différence entre ce que c’est d’agir sur les « gens », pour les diriger (de la politique en somme), et agir sur la situation, pour la rendre incontrôlable et empêcher à quiconque de diriger les autres.
J’aime penser aux anarchistes comme à une minorité agissante, ni avant-garde qui va à la rencontre des « gens » pour les enrôler, ni suiveurs qui courent dés que sa chauffe. Jamais passifs, jamais spectatrices. Qu’on continue, avant tout, à faire vivre nos idées dans nos vies. Qu’on continue à faire ce qu’on a toujours fait*. A partir de cette base, de nos idées et de nos actes de révolte concrète, on pourra peut-être rencontrer d’autres personnes qui se révoltent contre ce monde.

Il faudra à mon avis dépasser le manque d’ambition qui nous empêche de construire quelque chose sur des bases anarchistes claires, sans aller à la recherche d’une justification venant d’ailleurs, de quelque secteur de la société, de quelque catégorie de victimes. Les anarchistes ne sont pas des chevaliers servants au service des masses, ni des justiciers, mais des personnes qui ont décidé de s’en prendre à ce monde d’autorité pour continuer à rêver d’une autre vie. Si d’autres personnes décident de se joindre à ce rêve, tant mieux – et peut-être que cela est plus facile dans des moments de révolte. Cela ne signifie pourtant pas que dans de tels moments ça serait aux anarchistes de transiger sur leurs principes pour faciliter des rencontres, des alliances tactiques.

Le but reste, aujourd’hui comme hier et comme demain, la guerre à toute autorité. Pour cela, il faut aussi croire dans nos forces, aussi petites qu’elles soient – petites, mais motivées par nos idées. Et peut-être que parfois, quand les pavés volent en quantité, ça pourrait même être les idées, ce qui est le besoin le plus urgent. Précisément pour que les pavés n’arrêtent pas de voler et, surtout, pour qu’ils visent juste.
Parce que le pain est nécessaire, mais sans les roses la vie a un goût insipide.

Un anarchiste
12 décembre 2018

 

Note :

* Comme il le dit bien le beau texte « Les jaunes sont-ils eux aussi devenus nos amis? », publié sur Indymedia Nantes le 9 décembre <https://nantes.indymedia.org/articles/43836>

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Paris : Attaque pour un décembre noir

Publié le 2018-12-15 12:42:03

reçu par mail / vendredi 14 décembre 2018

 » Vous attendez la Révolution ! Soit ! La mienne est commencée depuis longtemps ! Quand vous serez prêts – Dieu quelle longue attente ! – je n’éprouverai pas de dégoût à parcourir un bout de chemin avec vous !
Mais quand vous vous arrêterez je continuerai ma marche folle et triomphale vers la grande et sublime conquête du Néant ! Chaque Société que vous construirez aura ses marges et aux marges de chaque Société rôderont les vagabonds héroïques et bohèmes, des pensées vierges et sauvages qui ne savent vivre qu’en préparant toujours de nouvelles et formidables explosions rebelles ! Et je serai parmi eux « 

Des jolis mots – il ne doivent pas rester que des mots.

Je n’ai pas envie de courir derrière les masses. On dit que cette fois-ci c’est la bonne, que l’insurrection est arrivée… La mienne est arrivée il y a longtemps de cela et c’est une révolte individuelle.

Aux premières heures du 11 décembre j’ai mis le feu à six voitures de la Mairie de Paris, rue Corvisart (13e). Ce n’est pas le PS en particulier qui était visée, pas plus que Macron ou un autre. Tous les pouvoirs sont à détruire.

Pour ne pas oublier les compagnon.ne.s qui nous ont quitté.e.s. Pour Mikhail, Zak, Sébastian, Mauricio, Alexis et tou.te.s les autres.
Pour celles et ceux qui sont en prison. Une pensée en particulier pour Krème et les inculpé.e.s de l’affaire Scripta Manent in Italie.
Pour un décembre noir !

Une capuche noire sur la tête, un monde nouveau dans le cœur

 

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