Vive l'Anarchie - Semaine 53, 2024

Sommaire

Chambly (Oise) : La permanence des fachos redécorée

Publié le 2024-12-30 00:00:00

Le Courrier Picard / lundi 30 décembre 2024

La permanence du député Alexandre Sabatou (Rassemblement national) à Chambly a été vandalisée dans la nuit du vendredi 27 décembre, indique le parlementaire dans un communiqué adressé à la presse lundi 30 décembre.
« Fuck le RN », « eat the rich », « ACAB » et un symbole anarchiste ont été inscrits sur la devanture du local. « C’est la signature évidente de l’extrême gauche qui s’attaque à ma personne et les électeurs que je représente ainsi qu’aux forces de l’ordre », selon le député qui a déposé plainte lundi 30 décembre.

Ce n’est pas la première fois qu’une permanence parlementaire est vandalisée dans l’Oise cette année. Celle du député David Magnier, également du Rassemblement national, à Clermont dans la 3e circonscription, avait subi le même sort à deux reprises en octobre.

Cenves (Rhône) : Un pylône de TDF incendié

Publié le 2024-12-30 00:00:00

France 3 / lundi 30 décembre 2024

L’alerte a été donnée vers 3 heures 30 du matin, dans la nuit de ce 30 décembre. Un incendie, vraisemblablement allumé volontairement, a atteint le pylône de télécommunication de Cenves, commune limitrophe du Rhône et de la Saône-et-Loire, tout près de Mâcon et de Solutré. Les dégâts sont très étendus.
Contacté, TDF parle de « dégâts lourds » et indique à la mi-journée qu’environ « 800 000 personnes » sont concernées. Secteurs concernés : le réseau hertzien sur Mâcon, Bourg-en-Bresse, une partie de Villefranche-sur-Saône et une partie de Chalon-sur-Saône.

Concrètement, sont neutralisées : Toutes les chaînes du groupe France Télévisions : notamment, donc, les éditions régionales de France 3, Toutes les chaînes du groupe Canal+, LCI et Paris Première.
Côté téléphone, le réseau téléphonique est coupé et « tous les opérateurs sont concernés » : Bouygues, SFR, Free, Orange
Internet en revanche n’est pas touché pour les abonnés qui utilisent la fibre. Mais « la 3G, 4G ou 5G peuvent être perturbées », précise TDF.
« Nous sommes bien conscients de l’urgence et toutes les équipes sont à pied d’oeuvre pour rétablir le réseau le plus rapidement possible », assure TDF qui espère un rétablissement quasi à 100 % d’ici 24 à 48 heures. « Une grosse partie du câble a été endommagé. »
Les équipes de TDF et les gendarmes sont sur place. Selon les premiers constats, tout porte à croire que l’incendie est d’origine criminelle. […]

Mise à jour du 31 décembre :

extrait d’actuLyon / mardi 31 décembre 2024

[…] Les premières constatations des gendarmes lundi ont révélé que l’incendie était d’origine criminelle. Le pylône a été incendié à l’aide de carburant et un grillage permettant d’y accéder a été découpé, a précisé à l’AFP la procureure de Villefranche-sur-Saône, Laëtitia Francart.
Une enquête du chef de dégradation de biens par un moyen dangereux pour les personnes est en cours. […]

En bleu, la zone touchée par le manque de signal


Picassent (Espagne) : pendant que tout le monde regarde le match…

Publié le 2024-12-30 09:21:56

El Pais (Espagne), 22 décembre 2024 – extrait traduit

Deux détenus du Centre Pénitentiaire Valencia II, dans la ville de Picassent, se sont évadés dans la nuit de samedi à dimanche 22 décembre après avoir utilisé des draps pour se suspendre, briser les barreaux d’une fenêtre puis forcer le portail d’entrée de l’enceinte. L’évasion s’est produite entre 21h, heure à laquelle un décompte a été effectué et où les deux détenus étaient encore dans leur cellule, et 23h, heure de la première ronde de sécurité nocturne et où leur absence a été détectée.

Les sources pénitentiaires soulignent que les prisonniers ont profité de l’agitation qui se produit habituellement dans la prison lorsque les détenus suivent depuis leur cellule un match de football important, comme celui disputé juste à ce moment-là entre le FC Barcelone et l’Atletico Madrid, pour s’enfuir sans que le bruit qu’ils produisaient ne les trahisse.

Selon la première reconstitution de l’évasion, les deux détenus ont réussi à quitter leur cellule en forçant les barreaux d’une fenêtre à l’aide d’une barre, puis ils se sont glissés dans la cour à l’aide d’une corde qu’ils avaient fabriquée avec des draps. Une fois à l’extérieur, ils se sont dirigés vers la porte coulissante par laquelle les marchandises entrent en taule et, après l’avoir forcée, ils ont quitté les lieux.

Cette double évasion porte à 24 le nombre de personnes qui se sont directement évadées des prisons espagnoles depuis 2003, selon les statistiques officielles des institutions pénitentiaires. Ce nombre d’évasions ne représente qu’une petite fraction du nombre d’évasions de prison enregistrées au cours des deux dernières décennies – plus de 10 000, selon une estimation basée sur diverses réponses parlementaires du gouvernement. Les trois quarts de ce chiffre ont été commises par des détenus qui ont profité d’une permission de sortie pour éviter de retourner en prison. Une autre partie a été commise lors de permissions de sortir de prison pour se rendre au tribunal, lors d’un séjour à l’hôpital ou lors d’une activité culturelle en dehors de la prison.

Glovelier (Suisse) : feu aux véhicules des collabos de la géothermie

Publié le 2024-12-30 10:37:37

Géothermie à Glovelier (Jura suisse)
Traduit de l’allemand de Barrikade, 21 décembre 2024

Tout devient électrique. Notre utilisation devient de plus en plus élevée. Les brosses à dents, les smart-homes, en passant par les voitures, les vélos, les trottinettes et, depuis peu, même les pantalons électriques sont censés nous permettre de gravir les montagnes. Donc toujours plus de confort, et toujours plus de consommation.

Nous nous trouvons désormais dans une situation délicate : il faut trouver de l’énergie propre. Mais d’où doit-elle venir ? Pour GeoEnergieSuisse et la Confédération suisse, apparemment du projet de fracturation dans le Jura suisse. Il s’agirait de « géothermie profonde pétrothermique » : forer à des kilomètres de profondeur dans la terre, pomper d’énormes quantités d’eau et de produits chimiques dans le trou, et produire ainsi de l’électricité pendant 10 à 15 ans, jusqu’à ce que le trou redevienne froid. Et ensuite ? Un nouveau forage ?

La terre n’est pas de l’Emmenthal [du gruyère] !
Mais le gouvernement fédéral et le reste de la classe politique sont têtus. Leur seul intérêt est le profit et que tout continue comme avant. Tout cela dans un délai court et en prenant des risques s’il le faut. Au diable l’environnement et la santé des gens.

Mais nous sommes contre ! Pour nous, il est clair qu’un changement est urgent. La question n’est pas de savoir comment les marchandises et la consommation de ressources continuent de tourner sur elles-mêmes. Notre question est : quand cela s’arrêtera-t-il ?
Notre comportement de consommation, la surproduction absurde ainsi que la consommation actuelle d’électricité doivent changer. Et la réponse à cette question ne peut pas être du FRACKING greenwashé !

Une visite a donc été effectuée à l’entreprise « Sitadel Sarl Delémont », qui s’est terminée par l’incendie de quelques voitures. D’une part pour se défendre, d’autre part pour lancer un appel à tous ceux qui en ont marre de ce projet insensé de géothermie à Glovelier.
Défendez-vous, protestez et sabotez !
La population dit depuis longtemps qu’elle ne veut pas de la « géothermie profonde pétrothermique » et tous les moyens légaux de s’y opposer ont été épuisés. L’État fait malgré tout avancer le projet. Il n’y a donc pas d’autre choix que d’agir nous-mêmes.

Cette attaque visait le bureau de planification du projet géothermique, mais ils ne sont pas les seuls impliqués. Il existe d’innombrables façons de se défendre et de saboter d’innombrables entreprises, car elles ont toutes des noms et des adresses.

Dans cet esprit, amusez-vous bien et faites attention à vous !
Soyons du sable dans les engrenages et bloquons-les !


Deux voitures d’une entreprise liée au projet de géothermie prennent mystérieusement feu
Le Quotidien Jurassien, 1er décembre 2024

Il était 4 h lorsque l’appel de la police a tiré Manuel Lachat de son lit, samedi matin: « Vous êtes bien le directeur de l’entreprise Sitadel? Vos deux véhicules ont pris feu. » Une heure plus tôt, c’est une automobiliste, voyant les flammes sur le parking devant ses locaux à l’entrée de Delémont, qui a donné l’alerte.

L’homme se rend sur place et constate de lui-même: les deux véhicules floqués au nom de son entreprise, un bureau de géomatique, sont bel et bien calcinés. Un détail le frappe immédiatement: ils ne sont pas côte à côte. Il y a une place entre eux, certes vide, mais qui représente près de trois mètres d’espace. Difficile pour le directeur de penser qu’un défaut technique aurait donné le feu à un engin, puis que la proximité l’aurait fait se propager à l’autre. Il s’agirait plutôt d’un acte malveillant, selon lui. La police l’enjoint à porter plainte et lui demande d’établir une liste des gens qui pourraient lui en vouloir.

Fortes pressions

Une fois l’acte administratif effectué, Manuel Lachat retourne sur les lieux du sinistre. L’odeur âcre du brûlé entoure toujours les bâtiments. Qui pourrait donc bien lui en vouloir au point d’incendier des véhicules? Manuel Lachat cogite, songe à des conflits financiers. Puis il considère les menaces qu’il a reçues en lien avec le projet de géothermie de Haute-Sorne.

Son entreprise est en effet chargée de dresser l’état des bâtiments à proximité du site et d’en répertorier chaque fissure avant le début du forage. « Je ne suis pas « avec » le projet. Mon entreprise a simplement été mandatée pour ce travail. C’était une contrainte imposée au promoteur, non une volonté de sa part. Les gens mélangent souvent les choses« , clarifie Manuel Lachat, qui dit faire, parfois, l’objet de fortes pressions dans ce cadre.

L’explication à ce mystérieux sinistre pourrait venir de là, convient-il, mais en précisant bien qu’il ne s’agit que d’une piste parmi d’autres et qu’il ne veut en aucun cas jeter de l’huile sur le feu dans un contexte déjà extrêmement sensible.

La police garde également toutes ses réserves à un stade précoce de l’enquête: « Rien ne confirme qu’il s’agisse d’un acte malveillant. » En attendant, Manuel Lachat estime les dégâts à plusieurs dizaines de milliers de francs. Du matériel professionnel se trouvait dans les véhicules qui ont brûlé.

Cenves (Rhône) : pas de télé ni de téléphones pour le Nouvel An [Mis à jour]

Publié le 2024-12-30 12:13:51

Un pylône de télécommunication incendié : 800 000 abonnés
privés de télévision et de téléphone
France3 Bourgogne-Franche-Comté/TF1, 30 décembre 2024

L’alerte a été donnée vers 3 heures 30 du matin, dans la nuit de ce 30 décembre. Un incendie, vraisemblablement allumé volontairement, a atteint le pylône de télécommunication de Cenves, commune limitrophe du Rhône et de la Saône-et-Loire, tout près de Mâcon et de Solutré. Les dégâts sont très étendus.

Contacté, TDF parle de « dégâts lourds » et indique à la mi-journée qu’environ « 800 000 personnes » sont concernées. Secteurs concernés : le réseau hertzien sur Mâcon, Bourg-en-Bresse, une partie de Villefranche-sur-Saône et une partie de Chalon-sur-Saône.

Concrètement, sont neutralisées :

Côté téléphone, le réseau téléphonique est coupé et « tous les opérateurs sont concernés » : Bouygues, SFR, Free, Orange. Internet en revanche n’est pas touché pour les abonnés qui utilisent la fibre. Mais « la 3G, 4G ou 5G peuvent être perturbées », précise TDF.

Les équipes de TDF et les gendarmes sont sur place. « Ce n’est pas la première fois » que des sites de télédiffusion sont visés par des actes de malveillance, ajoute TDF. Cet été en marge des Jeux Olympiques, un groupuscule anarchiste avait revendiqué l‘incendie d’une antenne-relais en Occitanie, en laissant un tag « No JO ».


Mise à jour 31 décembre
Rhône : 800.000 personnes privées de TV et parfois de téléphone par un incendie, la piste criminelle confirmée
TF1, 31 décembre 2024

La piste criminelle après cet incendie ne faisait que peu de doute pour les enquêteurs. Elle vient d’être confirmée. Dans la nuit de dimanche à lundi, vers 3 heures du matin, un pylône d’une hauteur d’environ 100 mètres a pris feu sur la commune de Cenves, au nord de Lyon, dans le Rhône.

L’incident a eu des conséquences immédiates dans la région. Ainsi, au total, ce sont quelque 800.000 habitants du secteur qui ont été privés de TNT (LCI, Canal +, France Télévisions, Paris Première…) Le réseau 3G, 4G et 5G a été également très perturbé, avec un réseau mobile coupé chez Bouygues Telecom, Orange SFR et Free Mobile.

Du carburant utilisé, le grillage découpé

Une enquête a été ouverte du chef de « dégradation de biens par un moyen dangereux pour les personnes » juste après les faits. La brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Villefranche-sur-Saône a été saisie.

« Les premières constatations faites par les gendarmes ont révélé une origine criminelle de l’incendie par l’utilisation de carburant et la découpe d’un grillage permettant d’accéder à l’antenne », indique Laëtitia Francart, procureure de la République de Villefranche-sur-Saône. Il n’y a pas eu à ce stade de revendication. Aucune arrestation non plus. Les investigations se poursuivent.

Dans le mêle temps, des agents sont à pied d’œuvre ce mardi dans le but de rétablir la télévision à temps pour le Réveillon, a indiqué le groupe TDF (ex-Télédiffusion de France). Les équipes du diffuseur et opérateur de sites d’antennes s’affairent afin de dépolluer le site et installer du matériel de remplacement, a précisé à l’AFP une porte-parole de TDF.  Sans donner aucune garantie, « on espère un rétablissement pour la télévision d’ici à ce soir », a-t-elle ajouté. « Il y a des gens qui n’ont que la télévision en cette période de fêtes. C’est leur seul moyen de se connecter à ce qu’il se passe à l’extérieur », a-t-elle souligné.

Outre la perte de nombreuses chaînes de télévision, le réseau téléphonique 3G, 4G et 5G est également « très dégradé » chez tous les opérateurs, mais dans un rayon plus petit autour de Cenves, a précisé TDF.  Des travaux pourront être réalisés la semaine prochaine, mais « ça ne dépend pas que de nous », selon TDF.


800 000 abonnés sans TV ni téléphone : pas de rétablissement avant « 24 à 48 heures »
France3, 30 décembre 2024

C’est un incident de grande ampleur qui touche 800 000 abonnés télé et téléphone dans le Sud-Bourgogne, la Bresse et le Beaujolais. Un pylône de télécommunication a été incendié, vraisemblablement volontairement, dans la nuit de ce 30 décembre. Patrice Bargas, directeur régional Sud-Est de TDF (Télédiffusion de France), répond à nos questions.

► Quels services sont touchés ?

Patrice Bargas : « Le site qui a été incendié diffusait à la fois des services audiovisuels pour la radio, la télévision, et hébergeait également des opérateurs télécom Bouygues, Orange, Free et SFR.

Les services impactés sont les chaînes de la TNT, en particulier le multiplex GR1. Cela concerne les chaînes du groupe Freance Télévisions [dont France 3 Régions), également France 2 en Ultra HD ainsi qu’un autre multiplex englobant les chaînes du groupe Canal, LCI et Paris Première.

Il n’y a plus de service sur un bassin de population d’environ 800 000 habitants pour ces chaînes de télévision, sur Mâcon, Bourg-en-Bresse, une partie de Villefranche-sur-Saône et de Chalon-sur-Saône. 

La téléphonie mobile, avec les 4 opérateurs, est également impactée avec des perturbations sur les services télécom. La partie diffusion radio, en revanche, n’a pas été touchée dont le service est toujours assuré. »

► Comment se déroulent les opérations et quel délai faut-il prévoir pour un rétablissement des services ?

Patrice Bargas : « Nous allons faire les travaux en deux temps :

Cela dépend de ce que l’on va trouver sur place. Il faut aussi qu’on mobilise des équipes pour intervenir dans cette période de congés… Cela demande énormément de personnel mobilisé. Cela peut prendre un peu plus de temps. Il est difficile, aujourd’hui, de donner une date formelle de rétablissement. »

► La piste de l’incendie volontaire est largement privilégiée, selon vous ?

Patrice Bargas : « Effectivement, le caractère volontaire de l’incendie ne fait aucun doute. On trouve des traces d’effraction sur le site [le grillage a été « soigneusement découpé depuis l’extérieur », ajoute TDF dans une note aux services]. Le mode opératoire paraît indiquer clairement le caractère intentionnel et malveillant.

Les forces de l’ordre étaient là dès ce matin pour constater et faire des relevés. Quand à savoir qui peut être derrière ce type d’acte malveillant, il est difficile de se prononcer. »

► Ce n’est pas la première fois que des postes de télécommunication sont visés par des incendies volontaires, parfois revendiqués par des groupuscules.

Patrice Bargas : « En effet, on a déjà vu ce type d’attaques chez nous sur d’autres sites, et chez d’autres opérateurs télécom. Cela peut être des activistes qui dénoncent la 5G, des personnes qui ne souhaitent pas l’installation de tel ou tel service, une manière d’exprimer une forme d’opposition… 

On rappelle tout de même que d’une part, les dégâts sont importants, mais que d’autre part on prive la population de télévision. On peut dans certains cas la priver de service radio, et surtout, en coupant les télécoms, on vient perturber et donc rendre inaccessible les services d’appels de secours et d’urgences, avec l’impossibilité de joindre le Samu, les pompiers, etc. C’est extrêmement grave. Les accusés, quand ils sont pris et se retrouvent devant un tribunal, peuvent être lourdement condamnés.

Il y a des individus qui sont très bien renseignés, qui connaissent la manière de pénétrer sur un site en un laps de temps réduit, de s’introduire et de contourner certaines dispositions que l’on prend pour retarder leur intrusion. »

 

Placard Brûle : programme de janvier 2025

Publié le 2024-12-30 16:31:04

Et voilà une nouvelle année qui commence... Forcément qu’on aimerait bien qu’elle soit bonne celle là, et qu’elle fasse trembler les bases de ce monde pourri à la racine. Sans trop miser là dessus, on va déjà continuer à proposer des espaces pour se retrouver, réfléchir ensemble et se donner de la force pour faire face. À vite !



Lundi 6 janvier à 15h - Un regard critique sur les plans et autres cartes
Les cartes et plans font partie de nos vies. Elles proposent une représentation, un résumé, un schéma, une simplification de parcelles de territoires et de lieux. Le choix des représentations n’est pas neutre : position du dessinateur.ice, demande des commanditaires et but recherché (ex : tourisme, contrôle de territoire pour des guerres...). Ce sont des outils avec un fort pouvoir. Or, très souvent ces plans nous guident. Avec l’évolution des nouvelles technologies, de plus en plus d’applications proposent des itinéraires tout tracés. A la question de la rentabilité, de la simplification et de la rapidité, qu’est ce qui est sacrifié ? Qu’en est-il de la construction de nos imaginaires, de nos mémoires, de nos chemins, de nos actions et des lieux occupés ?
Qu’est-ce que les nouvelles technologies ont changé dans nos manières de faire ? Et, qu’est ce que/qui ces représentations cartographiées invisibilisent ? (minorisé.es, répressions politiques des états, saccages environnementaux, re-construction entière de quartiers "gentrification"...) ?
On écoutera en premier un reportage de Tracks (Arte) sur la contre-cartographie.

Lundi 13 Janvier à 18h - C’est quoi le monde agricole aujourd’hui ?
Dans les milieux militants (et pas que) il y a beaucoup de clichés et de méconnaissances sur les agris et les paysan.nes. On pense un peu qu’il y aurait d’un côté les grand.es propriétaires terrien.nes qui se gavent de subventions, s’en mettent pleins les poches et sont à la botte de la FNSEA. Et de l’autre celleux qui se revendiquent paysan.nes, ayant fraîchement fui la ville : les bios, membres du réseau colibri, qui revendent leur légumes aux magasins bio qui nous coûtent un bras.

Parce que dans les espaces militants en ville, on parle de luttes écolo mais peu de la ruralité et de celleux qui y travaillent, y compris à Toulouse, pourtant entourée de régions agricoles. L’idée de ce moment c’est d’essayer de mieux comprendre ensemble cette réalité, les systèmes qui régissent le conventionnel et le bio. De comprendre, c’est quoi le fonctionnement des grandes coopératives, les producteurs intégrés ou comment fonctionne vraiment la PAC (politique agricole commune de l’union européenne)… Capter les différences entre la coordination rurale, la FNSEA et la conf paysanne, ainsi que leurs histoires respectives.

Cette discussion part d’une volonté de mettre en commun nos connaissances pour mieux saisir l’histoire et l’actualité des luttes et revendications des agriculteur.ice et des paysans aujourd’hui. Et peut être ça donnera lieu à une seconde discussion sur cette thématique, un mois suivant.

Lundi 27 janvier à 18h : Projection de "La Historia Oficial "
Film argentin de Luis Puenzo (1985, 1h52)
Buenos Aires, 1983, la fin de la dictature militaire est proche. Alicia, prof d’histoire bourgeoise, enseigne et défend la vision officielle du gouvernement en place. Ses élèves osent la remettre en question et les horreurs de la dictature sont progressivement plus ouvertement dénoncées, notamment les grands mères qui luttent pour retrouver les bébés volés aux prisonnier-e-s. Tout ça touche intimement Alicia qui commence à douter.
C’est une fiction mais extrêmement proche du réel et si on a envie on pourra échanger sur le contexte de la dictature qui a duré de 1976 à 1983.

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À l’Impasse, 1 impasse Lapujade

Le Placard Brûle sous sa forme actuelle existe depuis 2021, mais a été créé en 2009. C’est une bibli/brochurothèque en lutte contre toutes les dominations. C’est aussi, et surtout, un espace de discussion où l’idée est de tâtonner et d’affûter ensemble nos réflexions contre cette société de merde pour mieux aiguiser nos couteaux. De base, les moments que nous proposons sont en mixité, mais, selon les sujets abordés ou les besoins des personnes présentes, une ou des mixités choisies peuvent être mises en place. Jusqu’à juin 2022, les discussions étaient en mixité choisie sans mec cis hétéros et nous avons écrit un texte pour expliquer ce changement (le texte est trouvable sur internet si tu cherches : « A propos de la mixité au Placard Brûle »).

Souvent, nous nous reposons sur des textes, des docus sonores ou visuels pour aborder des thématiques. Cela ne veut pas dire que nous sommes entièrement d’accord avec leur contenu. Nous estimons qu’ils apportent des éléments intéressants et que leur critique peut être pertinente.
Mais, nous pouvons nous tromper, alors n’hésitez pas à vous faire votre propre avis, on se fera un plaisir d’en discuter.

Nous avons choisi les lundis pour nos évènements réguliers et chaque début de mois nous en diffusons le programme. C’est souvent en fin de journée, pile à l’heure où les fringales arrivent, amener à manger à partager est une bonne idée. Si tu veux être ajouté.e sur la liste mail (on envoie le programme tous les mois) ou si t’as des questions, des trucs à nous dire, ou si tu veux proposer une discussion, tu peux nous écrire sur placardbrule(at)riseup.net

Par rapport à l’accessibilité en fauteuil roulant : les évènements du PB auront lieu au rez de chaussée. Mais, pour accéder à la porte d’entrée il faut monter un trottoir rabaissé et les portes ne sont pas larges : 97 cm pour l’entrée principale et la salle d’accueil, 66cm pour la salle de discussion, 76cm pour les WC avec une marche de 4cm. N’hésite pas à nous écrire si t’as besoin de plus d’infos.

Nous sommes installé.e.s à « L’impasse », qui se remplit chaque mois d’activités. Beaucoup d’évènements sont publiés sur iaata.info, les permanences se font les jeudis à 17h et les réunions d’organisation les mêmes jours à 18h. Pour en savoir plus, le texte de présentation du lieu est trouvable sur internet « Après l’expulsion d’Euforie c’est l’Impasse »

* « L’impasse » est un squat actuellement sans procédure. Une venue des flics pendant les discussions devient de moins en moins probable mais c’est une éventualité. Si t’as des questions, n’hésite pas à nous écrire.

Le PDF du programme :

PDF - 3 Mo

[2021] Il ne reste que peine, douleur et incompréhension

Publié le 2024-12-31 18:20:35
Cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

[nouvelle traduction de l’allemand (2021) reçue par mail de notraceproject, 31 décembre 2024]

Il ne reste que peine, douleur et incompréhension

Ce texte tente de revenir sur les évènements entourant l’affaire de répression à Zurich au cours de laquelle un ex-compagnon anarchiste a dirigé des soupçons vers d’autres personnes de son milieu afin de se dédouaner. Il traite de répression, de trahison, et autres abysses.

De quoi est-ce qu’il s’agit ?

En janvier 2019, un ex-compagnon a été arrêté à Zurich. Il a été accusé d’incendies volontaires contre des véhicules de l’armée à Hinwil en 2015 et contre l’antenne radio d’urgence de la police de la ville de Zurich, située à Waidberg, en 2016 (1). Avant son arrestation, l’ex-compagnon était sous surveillance depuis plusieurs mois.

En prison, le prisonnier a transmis une déclaration écrite au parquet sans consulter son cercle de soutiens, au moment de l’interrogatoire final, c’est-à-dire avant la fin de l’enquête. Dans cette déclaration, il a nié avoir quoi ce soit à voir avec les incendies dont il était accusé et a dirigé des soupçons vers ses ami·e·s et connaissances.

Ensuite, en septembre 2019, le groupe de soutien qui s’était formé à l’époque autour de la personne arrêtée a annoncé sa désolidarisation dans une lettre. Premièrement parce que des éléments de la déclaration écrite pouvaient être utilisés spécifiquement contre une autre personne (et le prisonnier semble réaliser cela). Deuxièmement parce que dans sa déclaration le prisonnier dirige explicitement des soupçons contre son cercle d’ami·e·s et de connaissances.

Après près d’un an de détention provisoire, l’ex-compagnon a été condamné à 42 mois de prison à la mi-décembre 2019 (2).

Quel est l’objectif de ce texte ?

Ce texte est un complément à la lettre « À propos de la défense du prisonnier de Zurich » publiée par l’ex-groupe de soutien en septembre 2019. Les observations qui suivent ne viennent cependant pas de l’ex-groupe de soutien. Elles proviennent de discussions collectives au sein d’un milieu anarchiste plus large. Elles ont émergé de discussions entre plusieurs personnes, plus ou moins proches du prisonnier et du groupe de soutien, qui souhaitaient faire face aux actions du prisonnier et revenir collectivement sur l’incident.

Dans ce texte, on rend publiques certaines informations à propos de l’affaire qui n’avaient pas jusqu’ici été rendues publiques. Parce qu’on considère qu’il est nécessaire et important que d’autres puissent aussi faire face à ces questions. Il s’agit de faire face à cette affaire spécifiquement, mais aussi d’apprendre pour mieux gérer des cas similaires dans le futur. Ce texte propose donc d’aller plus loin et de gérer collectivement les questions de répression, d’emprisonnement et de trahison.

On va citer ici des éléments de la déclaration que le prisonnier a transmis au parquet. Toutefois, cela ne nous intéresse pas de spéculer sur la véracité ou non de cette déclaration. Ce n’est pas important. Ce qui nous préoccupe c’est qu’il ait fait une telle déclaration d’une telle manière. On voudrait clarifier autant que possible le contexte de cette déclaration : qu’elle a été mûrement réfléchie, et que le prisonnier a volontairement incriminé d’autres personnes pour sauver sa peau. Qu’il ne s’agissait pas de quelques mots après des heures d’interrogatoire — mais d’une action planifiée, stratégique.

Que dit la déclaration ?

À propos de l’incendie de véhicules de l’armée dans un complexe militaire à Hinwil, l’ex-compagnon prétend dans sa déclaration écrite avoir été sur le lieu en question la veille de l’incendie, avoir repéré les lieux et touché la clôture au passage, dans le but, plus tard, de « coller des affiches ou écrire sur ces véhicules pour exprimer une critique de l’institution militaire. » Ainsi, dit-il, son ADN devrait se trouver sur cette clôture.

Plus loin il écrit : « Je me souviens avoir croisé des amis dans un bar ce soir-là à Zurich, je pense que c’était au Gotthard Bar sur la Langstrasse. Il y avait là des gens que je connaissais plus ou moins bien. Dans ce groupe la conversation a tourné vers l’exercice militaire qui était en train d’avoir lieu […]. Je me souviens avoir parlé avec une personne ce soir-là qui a dit qu’elle pensait que ce serait pertinent de faire quelque chose de plus concret dans ce contexte. J’ai donc mentionné que j’avais été à Hinwil dans la soirée et que je pensais qu’il serait peut-être possible de coller des affiches ou d’écrire sur les véhicules militaires garés là-bas. La personne connaissait manifestement l’endroit et j’ai parlé de l’endroit où j’avais examiné la clôture. […] La personne avait l’air intéressée, mais on a juste parlé. Enfin, je suis rentré chez moi plus tard, sans qu’on soit mis d’accord ou qu’on ait prévu quelque chose de plus concret. Quand j’ai lu dans les journaux quelques jours plus tard que des véhicules militaires avaient apparemment brûlé dans ce complexe, j’ai été très surpris. Bien sûr, je me suis demandé si cela pouvait avoir quelque chose à voir avec la conversation que j’avais eu ce soir-là. Mais au cours de la soirée on a absolument pas discuté mettre le feu à quoi que ce soit. »

Concernant le deuxième incendie volontaire, d’une antenne radio de la police à Zurich, dont il a été accusé, le prisonnier a fourni un récit encore plus détaillé dans lequel il a encore une fois prétendu n’avoir pas été impliqué dans la décision ou l’exécution de cet incendie — mais que d’autres personnes qu’il connaissait ou avec qui il avait été en contact avaient été impliquées. Il déclare : « À ce stade, je voudrais aussi expliquer que je me suis jusqu’ici retenu de témoigner parce que cela sera évident que j’ai été en contact avec des personnes qui ont peut-être été impliquées dans l’exécution de cet incendie. Puisque je ne veux en aucun cas faire de déclarations concernant d’autres personnes, j’avais peur que vous essayiez de faire pression sur moi avec des mesures telles que la mise à l’isolement. Comme j’anticipais de toute façon une longue détention provisoire étant donné la gravité des chefs d’inculpation, je me suis dit qu’il était préférable de refuser de témoigner dans un premier temps et d’attendre des interrogatoires ultérieurs. »

Il fait ensuite de longues observations à propos de « ce soir-là ». Ses remarques mentionnent deux personnes qu’il prétend avoir rencontrées près de cette antenne radio. « À un moment, je crois que le soleil s’était déjà couché, donc vers 21 ou 22h, j’ai vu deux personnes que je connaissais remonter le petit chemin vers le point d’observation avec des vélos et des sacs à dos. Je les ai appelés, ils sont venus vers moi et on a parlé un peu. […] J’ai demandé ce qu’ils faisaient, et ils ont mentionné un festival dans la forêt. Quand ils ont dit au revoir après environ une demi-heure j’ai demandé si je pouvais venir avec eux puisque je n’avais rien de prévu ce soir-là. Ils m’ont répondu un peu évasivement et ont dit qu’ils avaient quelque chose d’autre à faire. Je n’ai pas posé plus de questions et on s’est quitté. Après quelques minutes ils sont revenus et m’ont demandé si je voulais les aider pour quelque chose. J’ai en gros répondu positivement et ils ont expliqué qu’ils devaient transporter une échelle dans la forêt, qui était assez lourde, et que ce serait certainement plus facile à trois qu’à deux. […] Quand j’ai demandé pourquoi ils avaient besoin de cette échelle, ils ont dit que c’était à cause du festival. […] Comme l’un d’entre eux avait un gros sac à dos et un sac cabas je leur ai pris le vélo sur presque tout le chemin et j’ai roulé au pas à côté d’eux. Il doit s’agir du VTT qui a été retrouvé. »

Le récit très détaillé continue, « J’ai ensuite vu qu’il y avait deux pinces coupantes dans le sac posé au sol. Je les ai sorties et j’ai demandé ce qu’ils allaient en faire. Quand ils ont été évasifs et n’ont rien dit et m’ont dit de les reposer, j’ai su qu’ils trafiquaient quelque chose mais ne voulaient pas me dire quoi. Je leur ai demandé et ils m’ont finalement dit qu’ils voulaient voir l’antenne radio de plus près et qu’ils avaient besoin de l’échelle pour passer au-dessus de la clôture. Ils ont pris les pinces coupantes avec eux. […] Bien sûr je savais qu’il ne serait pas légal de grimper là-dedans, et je leur ai aussi dit que je n’étais pas vraiment d’accord qu’ils utilisent cette échelle, sur laquelle il y avait maintenant mes empreintes, pour quelque chose d’illégal. Ensuite ils ont dit qu’ils nettoieraient l’échelle avec de l’eau de Javel et m’ont montré qu’ils avaient même amené des combinaisons de protection. […] Quoi qu’il en soit, au final je me suis dit que je voudrais au moins être là quand ils nettoieraient l’échelle. Sur ce, moi et l’un d’entre eux avons mis l’une de ces combinaisons, ils en avaient bien sûr plusieurs. […] Je me souviens qu’à un moment l’autre personne a retiré quelque chose avec un sac. Je ne peux pas expliquer comment des micro-traces d’essence ont apparemment été trouvées sur des gants en latex, étant donné que je n’ai jamais vu ni senti d’essence sur le moment, et que personne n’a mentionné quoi que ce soit en rapport avec ça. Toutefois, avec le recul, quand j’y repense je me dis que peut-être à ce moment-là l’autre personne manipulait quelque chose avec une bouteille d’essence dans ce sac. […] Alors qu’on repartait à pied, on a entendu de la musique en provenance de la forêt, on aurait dit une grosse installation sonore. Ça devait évidemment être le festival dont ils avaient parlé. Ils voulaient y aller tout de suite et m’ont demandé si je voulais aussi venir. Mais j’ai dit que je rentrais chez moi, et pour blaguer je leur ai dit de ne pas en faire tout un plat. »

Le prisonnier porte ensuite des accusations encore plus claires avec ces lignes : « Ensuite, bien sûr, quelques jours plus tard j’ai appris que des perquisitions avaient eu lieu, au cours desquelles une personne avait apparemment été recherchée car suspectée de l’incendie d’une antenne radio près de Waidberg. J’ai été choqué quand j’en ai entendu parler. D’un côté parce que cela me paraissait évident que cela avait dû avoir quelque chose à voir avec ce soir-là mais que je n’aurais jamais imaginé ça, mais par-dessus tout parce que la réaction avait été si rapide et violente. Apparemment à Saint-Gall une maison a été prise d’assaut avec des armes dégainées. J’avais peur pour la personne recherchée, mais j’ai aussi pensé au fait que j’avais aussi manipulé ces combinaisons de protection, et que peut-être j’avais laissé des traces sur des choses, vu que visiblement quelque chose s’était mal passé. »

Le prisonnier a donc, dans sa déclaration très détaillée, situé sur le lieu de l’incendie le compagnon en cavale (3) ainsi qu’une autre personne. Bien qu’il n’ait pas directement mentionné de noms, il a explicitement dirigé des soupçons vers des personnes spécifiques avec ses descriptions et explications. Alors qu’il prétend d’abord dans sa déclaration ne pas vouloir donner d’informations à propos d’autres personnes, il incrimine ensuite très clairement deux personnes qu’il connaît apparemment. De plus, dans la déclaration il fait un lien direct entre cette affaire et une perquisition ayant eu lieu au domicile d’une personne.

Que s’est-il passé après la déclaration ?

Quand l’ex-groupe de soutien et d’autres personnes ont découvert cette déclaration écrite, iels ont contacté le prisonnier, s’interrogeant sur ses motivations et son état. Il a répondu à ces questionnements en disait qu’il était en forme, sûr de ce qu’il avait fait, et que sa déclaration avait été une action stratégique judicieuse. On lui a demandé de retirer sa déclaration et on l’a informé que dans ces circonstances il ne serait plus soutenu par le groupe de soutien. Toutefois, le prisonnier a refusé de retirer sa déclaration à ce stade. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, peu avant le procès, qu’il a effectivement retiré sa déclaration, la qualifiant de fictive.

Mais les dégâts avaient déjà été faits, et la confiance déjà brisée. Les autorités judiciaires ne fonctionnent tout simplement pas de telle manière que quelque chose qui a été soumis puisse être retiré sans conséquences. Le parquet tente d’utiliser tout ce qu’il peut contre des personnes présumées suspectes — si ce n’est pas utilisable comme preuve devant un tribunal cela peut au moins être conservé comme preuve indirecte. Comme indiqué précédemment : on ne veut pas spéculer sur la véracité ou non de cette déclaration. Ce qui nous importe c’est : le prisonnier a essayé de se tirer d’affaire en dirigeant des soupçons vers son milieu, ses ami·e·s et ses compagnon·ne·s, ainsi qu’en pointant du doigt des personnes spécifiques. Et c’était, d’après ses propres dires, une décision stratégique. Cela ressort également du fait que, dans sa déclaration, il a repris certains éléments du dossier et thèses du parquet — par exemple pour tenter d’expliquer pourquoi des traces de son ADN ont été prétendument retrouvées sur les lieux de ces incendies volontaires.

Comment est-ce que le prisonnier a réagi ?

Après que le groupe de soutien se soit désolidarisé dans ces circonstances et ait rendu sa position publique dans une courte lettre, environ 6 mois plus tard l’ex-compagnon a envoyé une lettre ouverte à différents lieux et personnes dans laquelle il parle de sa déclaration, de l’audience au tribunal et de la réaction de l’ex-groupe de soutien. En gros, le ton de sa lettre était réprobateur et accusatoire et dirigé en premier lieu contre l’ex-groupe de soutien. Cette lettre ne présente pas de motivations ou d’explications concrètes, et n’offre pas non plus d’excuses. Le message de la lettre est plutôt que les réactions de ses compagnon·ne·s et le manque de solidarité sont bien pire que ce que les flics et l’État lui ont fait — et bien pires que ses propres erreurs. Dans celle-ci, le prisonnier n’assume pas les conséquences de ses propres actions mais les renvoie plutôt à une supposée puissance supérieure, à « quelque chose d’absurde », « comme un sorte de complot inévitable du destin. » Il écrit que sa déclaration était « insignifiante, » « une expérience, presque un jeu. » Rendre maintenant public qu’il aurait « implicitement incriminé quelqu’un » et attiré l’attention sur son milieu est une « calomnie » cruelle.

Quelle est notre position ?

On a décidé de publier ce texte et des extraits de la déclaration notamment à cause de la lettre en question. Parce que tant qu’il n’y a pas d’informations à propos des bases sur lesquelles l’ex-groupe de soutien et d’autres personnes ont pris des décisions, alors il n’y a pas de base commune pour parler de cette affaire — et en tirer des conclusions. Le prisonnier sera probablement libéré bientôt, après avoir purgé les deux-tiers de sa peine. On réfléchit actuellement à quoi faire et comment gérer cette situation.

Jusqu’à aujourd’hui le prisonnier ne s’est pas excusé et n’est clairement pas prêt à assumer ses propres actions, à assumer ce qu’il a initié avec sa déclaration. On veut donc maintenant expliquer ce que ses actions signifient pour nous : il s’agit d’une trahison. Pas une trahison dans le sens de « vendre la mêche », comme on dit, on ne veut pas spéculer sur ce qu’il a dit. Mais dans le sens d’un flagrant abus de confiance — une trahison de ses compagnon·ne·s et idées, de la confiance de son milieu, et de son cercle de soutiens.

L’expérience « insignifiante, presque un jeu » a des conséquences — pour ses compagnon·ne·s, pour ses ami·e·s, son milieu, pour d’autres personnes. La prison, lorsqu’une enquête criminelle est en cours, n’est pas le bon endroit pour faire des expériences. Même si les flics n’ont pas (encore) profité de sa déclaration pour agir publiquement contre d’autres personnes de son milieu, cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas le faire. Ou, d’ailleurs, qu’il serait donc acceptable d’incriminer d’autres personnes et de diriger des soupçons vers elles. Dans d’autres temps, en d’autres lieux, de telles « expériences » ont eu des effets graves sur des milieux entiers. Dans quelle mesure est-ce que cela sera le cas pour cette « expérience » — on ne sait pas.

On est conscient que l’isolement, la pression, les difficultés psychologiques et émotionnelles, et la violence exercée par les flics ou la prison elle-même peuvent rendre la vie en prison (et en dehors) très difficile pour des gens. Le fait que des personnes ne puissent plus supporter cette pression, ne puissent plus y résister, cela peut arriver — même si empêcher que cela se produise serait bien sûr la meilleure chose à faire. Il ne s’ait pas de défendre des mythes, dogmes, ou idées sur le « parfait révolutionnaire » qui ne cède jamais. Les questions relatives à la trahison, la répression et la prison sont complexes et devraient, au mieux, être abordées avant d’être confronté à la situation. Au mieux.

Les déclarations au parquet sont dans tous les cas problématiques parce qu’elles ne sont pas une bonne stratégie de défense. La plupart des avocats conseilleront de ne faire de déclarations que lors du procès, si on en fait tout court. Parce que le parquet va utiliser tout ce qui a été dit contre toi ou d’autres. Le but du parquet est de rassembler autant de preuves que possible pour accuser des gens — il ne décide pas du verdict. Refuser de témoigner est toujours la meilleure auto-défense pour se protéger soi-même et les autres. Néanmoins, il peut y avoir des situations dans lesquelles des personnes ne voient pas d’autres options que de dévoiler certaines informations. Mais même cela peut être fait sans se distancer des idées, actions ou méthodes. Et par-dessus tout : sans impliquer d’autres personnes au passage.

Le fait que le prisonnier se désolidarise des attaques et méthodes dans sa déclaration rendrait déjà difficile de continuer de témoigner d’une solidarité « révolutionnaire » envers lui. Ou, pour le dire autrement : cela aurait été étrange et politiquement questionnable de se référer positivement aux attaques en lien avec l’affaire quand lui-même s’en désolidarise clairement.

Mais le vrai gros problème dans cette affaire est le fait que le prisonnier entraîne d’autres personnes dans ses constructions sans leur consentement, dirige des soupçons vers elles pour sauver sa peau — et soutient ainsi les hypothèses du parquet. Sa déclaration était écrite, délibérée, préparée. Elle n’a pas été faite sous le coup de l’émotion, du désespoir ou parce qu’il ne pouvait plus supporter la situation. De plus, il aurait eu (contrairement à de nombreu·x·ses autres prisonniè·re·s sans groupe de soutien) l’occasion et le temps de dire quelque chose à son cercle de soutiens, de les informer, de demander de l’aide… Mais il a décidé de faire une déclaration incriminant d’autres personnes sans demander conseil, de lui-même, par sentiment de supériorité.

Et même en imaginant qu’un·e compagnon·ne fait des déclarations qui incriminent d’autres personnes — par exemple parce que la personne cède, ne peut plus supporter la pression, est dans une situation difficile, les déclarations sont obtenues sous la torture — si la personne communique ouvertement et avec transparence, s’excuse, essaie d’assumer son acte et les conséquences du mieux que possible, alors la situation serait très différente. Même dans ce cas, un lien de confiance serait rompu, mais d’autres niveaux d’interactions pourraient subsister. Cependant, comme décrit, cela n’a pas été le cas avec le prisonnier — bien au contraire.

Pour toutes ces raisons, nous appelons ses actions une trahison. Parce la confiance les un·e·s envers les autres, et la confiance que nos compagnon·ne·s ne la trahiront pas, est la base de nos actions, vies et luttes en commun.

Désolidarisation — et maintenant ?

Les actions du prisonnier ont mené à de nombreuses discussions longues et difficiles. La décision d’informer d’autres compagnon·ne·s et milieux de sa déclaration n’a pas été prise à la légère — et n’a certainement pas été une décision facile pour les gens. Il peut être critiquable que pas assez d’informations n’aient été rendues publiques, que les détails de cette affaire n’aient pas été publiés plus tôt. Cette décision a pris du temps. Mais complètement cacher aux autres compagnon·ne·s et milieux le fait qu’une personne avait fait une déclaration ayant pour but d’incriminer d’autres personnes aurait été irresponsable et négligent.

Ce n’est pas facile de rompre la solidarité, l’amitié ou toute autre type de soutien à un compagnon. Il y a eu et il y a des discussions, des doutes, des peurs d’une répression supplémentaire. La déclaration ne soulève pas seulement des questions auxquelles on ne saura sans doute jamais répondre, elle empoisonne aussi des relations et crée des insécurités dans un milieu large. Elle laisse derrière elle incompréhension, peine et colère. Encore aujourd’hui, beaucoup de choses restent inconnues. Au final, il n’est même pas clair où cette trahison s’arrête. Est-ce que c’est tout ? Est-ce qu’il a dit d’autres choses ?

La décision de rompre la solidarité ne provient pas d’un dogmatisme. Elle est une réaction à l’abus de confiance, aux blessures, à la trahison des idées, des compagnon·ne·s et des amitiés.

Au final, cette affaire montre malheureusement que personne n’est à l’abri de se trahir soi-même et d’autres. On voudrait être sûr et se rassurer soi-même et d’autres que jamais on ne coopérerait avec les flics, l’État. Mais cette affaire nous montre qu’en réalité, au final, on ne peut pas savoir. C’est précisément pourquoi on pense qu’il est important d’aborder des questions qui vont plus loin, de nous poser ces questions, y compris dans leur contexte politique. Quelles peuvent être les conséquences de mes actions pour moi-même et pour d’autres ? Est-ce que je crois moi-même en ce que je dis et j’écris ? Qu’est ce que cela veut dire que de mettre en pratique mes idées ? Quelle est ma position dans une telle affaire ?

Pour nous, les auteur·ice·s de ce texte, une chose est sûre : on ne fait plus confiance au prisonnier. On ne veut pas partager nos luttes, espaces ou milieux avec lui à l’avenir. On ne veut plus rien avoir à faire avec lui. Et on pense que nos raisons devraient être connues.

Notes
1. Plus d’informations sur l’affaire : « Un compagnon de la bibliothèque anarchiste Fermento arrêté ».
2.
Voici une mise à jour concernant le procès : « Update zum Prozess von dem in Zürich am 29.Januar Verhafteten ».
3. Le jour suivant l’attaque incendiaire sur une antenne radio de la police à Zurich, plusieurs perquisitions ont eu lieu dans plusieurs villes en Suisse. D’après les mandats de perquisition, le but était de rechercher une « personne fortement suspectée » dont les « objets personnels avaient été trouvés. » La personne recherchée internationalement, un compagnon anarchiste, n’a pas été trouvée dans les lieux perquisitionnés et a depuis disparu du milieu. Plus d’informations sont disponibles dans la brochure « Silence radio ».